Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Lun 16 Déc - 14:00

91 résultats trouvés pour Amour

Claudie Hunzinger

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 3 La-sur10

Claudie Hunzinger : La Survivance

A l'époque d'Amazon et des librairies en ligne, peut on encore faire vivre une librairie de livres d'occasion  et accessoirement en vivre ? Pour Sils et Jenny la réponse est négative. La librairie en faillite, ils sont contraints de partir.
Mais où aller ?
Jenny se souvient d'une maison désaffectée dont elle a héritée. Une ruine en fait et perchée à 1000 mètres dans les Vosges. A 20 ans ils y passaient les vacances. Y retourner 40 ans plus tard pour y vivre est une épreuve totalement inconnue. D'autant qu'ils ont embarqué tous leurs livres et quelques rares objets personnels.
Les accompagnent Betty, la chienne et Avanie, l'ânesse, compagnons d'infortune mais pas seulement.

Ce qu'ils vont découvrir c'est que le vieux monde n'est plus pour eux, il les a rejetés et continuera à le faire. Et de plus, c'est un monde fini ou en voie de l'être.
Continuer c'est tenter de survivre en autarcie, en cachette, avec la seule compagnie de quelques cerfs. Mais s'adapter à la solitude et à la promiscuité, à l'isolement et aux intempéries est une forme de révélateur inéluctable de leur condition humaine  et de leur absence d'avenir.
Ils sont au bout du chemin.

Sils et Jenny sont des survivants d'une époque où les illusions et les utopies tenaient lieu d'avenir. Où les livres comblaient tout ce qui manquait dans une société matérialiste et anonyme.
Ce qu'ils vont vivre va les souder mais aussi leur faire comprendre qu'ils ont perdu la partie.
Ce sont ces perdants magnifiques dont parle Leonard Cohen.
Si nous les aimons c'est parce que le coeur n'est pas qu'un muscle ou un homme de coeur une simple métaphore.
Ces personnages sont inoubliables et l'écriture de Claudie Hunzinger nous entraine et nous transporte loin des clichés et des sentiers battus.
Et nous les suivons.


mots-clés : #amour #nature #solitude #universdulivre
par bix_229
le Jeu 24 Jan - 19:53
 
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Sujet: Claudie Hunzinger
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Russell Banks

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 3 La-res10

La Réserve


« La Réserve », c’est un lieu de villégiature, perdu dans les Adirondaks, un lieu majestueux, au nord-est de l'État de New York. Les habitants des maisons, des chalets luxueux, perdues au fond de cette végétation luxuriante et montagneuse sont des riches, parmi les plus riches, des New-Yorkais entre autres. Ce lieu est tellement préservé qu’il est gardé, balisé, entouré d’une garde armée. Comme une sorte de cité idéale.

Parmi ces riches, la famille Cole dont la maison est au bord du lac, vient y passer des mois, le père est un médecin de renom. La fille, Vanessa Cole, fille adoptive, se plaît dans ce lieu de refuge. Séduisante et séductrice, elle sait y faire pour attirer les hommes dans ses rets. Mais en même temps elle est considérée comme une foldingue, et surtout par sa mère qui rêve de la faire interner et envisage sérieusement de le faire, c’est une réalité.

Le peintre Jordan Groves, ami du père, vient de temps à autre, avec son petit avion, rendre visite à la famille. Il est vite repéré par les gardes, et on n’aime pas les intrus qui sont vite renvoyés d'où ils viennent. Il se laisse séduire par la belle et élégante Vanessa et se rendra de plus en plus souvent à la Réserve après la mort du père, le Dr Cole.

Jordan Groves, qui vit hors de la Réserve, suffisamment loin pour y venir en avion, un biplan qui peut se poser (en douce) sur le lac, est marié avec une belle femme, discrète, une sorte de femme idéale et à laquelle il tient, a deux fils et sa vie rangée va être pas mal chahutée. Rien à faire, il a besoin de retourner à la Réserve car quelque chose se passe entre ces deux-là !
Et puis la jalousie qu’il ressent lorsqu’il a la surprise de voir que Vanessa se rend chez le jardinier et homme à tout faire de la Réserve, un homme canon physiquement, est une émulation. Il veut Vanessa Cole.

La mère de Vanessa, Evelyn Cole, de son côté, femme riche et éprise d'argent, confisque celui qui doit revenir à Vanessa à la mort du père, malgré un testament. Elle aimerait mettre sa fille sous tutelle, et pire encore, la faire interner en Suisse, d'ailleurs les contacts sont déjà pris.

Mais la terrible Vanessa Cole est-elle réellement folle ? Et aura-t-elle le choix ? En tout cas elle n'a pas l'intention de se laisser faire par sa mère, et elle va le lui montrer. On entre dans un univers un peu pervers et perverti, où se côtoient la beauté et la noirceur, le meilleur et le pire de la laideur.

Chaque chapitre de ce livre commence par des « flashs » de ce qui adviendra plus tard, on voit évoluer tous ces personnages dans l'avenir, et la guerre d’Espagne gronde et bombarde. La vie change. Même pour les riches.

C’est mon premier Russel Banks, j’y ai pris du plaisir, et parfois mon avis était mitigé, mais avis aux amateurs de Russel Banks ! C'est pour vous !


mots-clés : #amour #famille #guerredespagne #lieu #pathologie
par Barcarole
le Mer 9 Jan - 19:01
 
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Sujet: Russell Banks
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Juan Gabriel Vásquez

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 3 51th8y10

Les amants de la Toussaint

Originale : Los Amantes de Todos los Santos (Espagnol/Colombie, 2001)

Sept nouvelles de 10-44 pages

CONTENU:

-  Cachettes: Un écrivain colombien, se trouvant entre France et Belgique, deviendra témoin d’un drame familiale. Communiquer la douleur, ou la taire, en faire un secret ?

- Les amants de la Toussaint: La vie d’un jeune couple se trouve en crise. Brièvement l’homme cherche une consolation chez une veuve solitaire, craintive, marquée encore par des souvenirs de son mari défunt. Tandisque qu’il comprend de vouloir sauver son couple, sa femme prend une décision….

- Le Locataire : Pendant une chasse le vieux Xavier commet le suicide. Depuis longtemps il avait été amoureux de la femme de son meilleur ami. Il y a vingt ans, avec presque un enfant à venir de cette liaison, ils avaient même projeté de s’en aller. Et maintenant ? Comment Georges et Charlotte s’en sortent ?

- Le retour : Après quarante ans d’incarceration après l’assassinat de son beau-frère, Madame Michaud, presque 80 ans, retourne à la domaine immense et labyrinthique qu’elle avait été la seule à connaître comme sa poche auparavant. Mais les temps ont changé… Où est-ce qu’on trouve une « maison », un « chez soi » ?

- Au café de la République : Viviane et le narrateur en début de maladie grave sont séparé depuis six mois. Mais pour visiter son père à lui, le couple se reforme. Faire semblant ? Se donner une deuxième chance ?

- La solitude du magicien : Enceinte de son mari Léopold, Selma le trompe néanmoins avec le « magicien », homme presque sans histoire à lui ? Où est-ce que cela va finir ? Quel avenir ?

- La vie sur l’île de Grimsey : Grand héritier d’un harras, Oliviera passe une nuit avec une véterinaire et comprend pourquoi celle-ci a tellement peur du noir et de la solitude...

REMARQUES :
Toutes ces histoires jouent dans les Ardennes belges ou le Nord de la France. Certains motifs reviennent dans certaines histoires : des chevaux, la chasse, les noms de villages… Souvent y-at-il une sorte de vue en avant sur l’histoire avant que celle-ci ne soit reprise en détail, donc pas juste narration linéaire. Souvent il y a un narrateur actif.

Même dans leur diversité certains sujets reviennent en étant variés : Des histoires de couples, soit en « fin de relation », ou en situation éphémère, soit dans des constellations triangulaires avec des situations de tromperie. Les protagonistes semblent seuls et désireux de rompre cette solitude à la fois. Parfois la perte, le deuil, la question de culpabilité

Des sujets universels ? Ô, quand ils sont traités d’une certaine façon cela ne pourrait pas forcement m’attirer outre mesure, mais Vasquez en fait plus que du pur romance. Les personnes derrière ces histoires sont en recherche, elles apparaissent fragiles et parfois pauvre, presque toujours : seules même au milieu du couple. Certains restent dans la tête et dans le coeur dans leur désir et leur quête. Parfois il ne semble pas y avoir d’issue, ou seulement passagèrement. La solitude reste.

Bien écrit avec parfois des tournures inattendues.

mots-clés : #amour #nouvelle #solitude
par tom léo
le Sam 15 Déc - 8:01
 
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Sujet: Juan Gabriel Vásquez
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Camille Laurens

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 3 41c1ir11

L'AMOUR, ROMAN. - Gallimard

Elle aime aimer, Camille Laurens, sa narratrice aussi, et ce n'est pas sa faute si c'est rarement réciproque.
Elle mène l'enquête dans sa propre famille et dans sa propre vie. A travers La Rochefoucauld aussi. Ce n'est pas brillant. En est du véritable amour comme de l'apparition des esprits : tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu.
Alors elle conclut qu' il n'y a pas d' amour seulement des moments d'amour.
Des moments d'attente et d' espoir...

L'objet de l'attente, on peut l'appeler le prince charmant, si l'on veut, histoire de se moquer, de renvoyer le rêve à sa légende et la femme à son absence.
Mais ce n' est pas ça. Ce qu'attend l'âme dans cette chambre, et ce qu'attend le corps collé à la vitre dans le coin le plus reculé, ce n'est pas un prince fût-il charmant, non, c'est un pas, un bruit de pas, non pas l'homme qui marche, mais l'écho d'une marche, non pas l'homme qui vient, mais le pas qui ne vient pas, pas jusque là, pas jusqu'à elle, l'attentive - pas jusqu'à moi, ce pas que tout m'oppose, je ne t'aime pas, je ne peux pas, je ne sais pas, ce pas qui n' arrive pas, je n' y arrive pas, ce pas qui n'arrive jamais, je n'y arriverai jamais, ce pas qui m'abandonne, est-ce une raison pour cesser de la guetter ?
Est-ce qu'on fait autrement pour les poèmes et les romans ? Est-ce qu'on fait autrement que d'espérer ce qui ne vient jamais - la forme pure, le souffle divin, le mot juste ?
Quelque chose qu'on pourrait saisir sans détruire le désir qu'on a de lui ? (P 220-221)

On peut parler des filles et de leur Prince Charmant, mais que dire du rêve que poursuivent les hommes avec au moins autant d'obstination : l' Autre Femme, la femme d'à côté, l'autre côté de la mer ? Si les femmes attendent un bruit de pas qui n'arrive jamais, les hommes fuient vers un pays où ils n'arrivent jamais - ou bien, à peine au port ils n'ont de cesse de repartir, Circé les pousse vers Pénélope, et près de Pénélope ils rêvent au chant des Sirènes. Ils auront beau se moquer, quelle différence ? Ils ne lisent pas les mêmes livres, c'est tout. (p. 248)



Récupéré


mots-clés : #amour
par bix_229
le Jeu 6 Déc - 16:54
 
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Sujet: Camille Laurens
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Carol Rifka Brunt

Dites aux loups que je suis chez moi.

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 3 Bm_cvt10

Jess est une jeune fille au seuil de 'l’adolescence, paumée comme  il se doit à cet âge, parents aimants mais largement absents, grande sœur autrefois quasi jumelle qui la traite maintenant comme une gamine négligeable. Et son oncle Finn, l'oncle adorable-adoré qui meurt du sida...
Cependant il lui laisse « en cadeau » Tobby son compagnon sidéen auprès duquel elle va trouver réconfort, amitié, , résoudre les secrets familiaux, avancer dans sa construction personnelle, puis ressouder peu à peu les alliances.

C'est une roman pour adolescents, dommage que ce ne soit pas dit d'avance. Avec ce qu'il faut de faits de société,  de choses à apprendre t leçons à tirer pour affronter la vie,  de jusqu’au boutisme dans les actes et les sentiment.s C'est plutôt bien ficelé, il y a de l'humour, de la tendresse et de gros chagrins. Le temps d’une après-midi tranquille où l'on accepte de retrouver son état d'adolescence (où l'on n'était finalement pas plus bête que maintenant) , c'est assez émouvant, cocasse, tout doux, dans les deux premiers tiers, mais sur la fin le rocambolesque efface un peu cette sensation délicate et poétique.

Mots-clés : #amour #enfance #fratrie #initiatique #mort
par topocl
le Lun 26 Nov - 12:08
 
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Hjalmar Söderberg

Egarements

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Originale: Sförvillelser (Suèdois, 1895)

CONTENU :
Viviane Hamy a écrit:Printemps à Stockholm. La nature renaît, reprend peu à peu ses droits sur l'hiver et les rues grouillent de monde. Thomas Weber vient d'obtenir sa licence en médecine. N'exerçant encore aucune activité sérieuse, il flâne par les rues du centre-ville et non loin du port, prêt à se jeter dans l'aventure au grès des rencontres fortuites. Un seul but occupe son esprit : dépenser au plus vite l'argent que son père lui a offert en récompense de son succès universitaire. Son premier achat sera une élégante paire de gants rouges ; d'ailleurs la vendeuse, au cou gracile et à l'épaisse chevelure, va vite hanter sa rêverie.

Égarements est un roman de la sensation, d'une belle mélancolie, sur les soubresauts de la jeunesse et l'entrée dans l'âge adulte. À sa parution, en 1895, il provoque un scandale, car jugé indécent et pornographique ; depuis, il est devenu un classique de la littérature scandinave.


REMARQUES :
Le livre parle en quinze chapitres d’environ une dizaine de mois et parle de son « anti-héros » Tomas Weber. Juste à vingt ans il a obtenu sa licence en médecine et pour cela reçu une bonne somme rondelette de son père. Dans le milieu décadent de la ville cet argent est vite dépensé. Il bascule entre son amour de « toujours », Märta, laquelle il aimerait probablement marier à longue terme. Et de l’autre coté son amour, désir pour la jeune Ellen, timide. Est-ce qu’elle ne pourrait pas être un terrain pas dangereux pour « certaines expériences » ? Mais la pendule va une fois ici, une fois là-bas, pas possible de suivre ses inclinations actuelles. Une fois il s’occupe de celle-ci, puis il préfère celle-là. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez Tomas ? Pas de miracle qu’il ne pourra pas écrire crédiblement une thèse pour sa sœur sur le « Saint Sacrement ». Cela n’étonne que sa sœur. Mais avec tout cela ce roman ne provoque plus un tel émoi aujourd’hui (comme à sa parution où on a accusé Söderberg de pronographie etc). Ou bien…?

Alors je me disais déjà : A quoi bon, ce théâtre auquel fait penser l’apparition de différents personnages au début du roman. Mais oui : qui connaît Stockholm va prendre goût de reconnaître des rues, des places connus, comme toujours chez l’auteur partie intégrale des promenades et flâneries. Et aussi quelques bons mots. Et puis ? Est-ce que c’est tout ?

Ah, le roman commençait à provoquer mon vrai intérêt à partir assez exactement le milieu : Les dettes s’accroissent, les femmes commencent à résister, et des doutes existentiels apparaissent. D’un coup une sorte de mise en question de soi-même surgit, une forme de pessimisme mélancolique : Est-ce que je vais l’éviter, me filer dans la route fréquentée, et préférer les mensonges de la vie ? Là le roman me rappelait d’une littérature existentielle que j’associe avec des temps bien plus tardifs, je veux dire plus proche de nous (selon mes connaissances). Y est lié une tristesse de type nordique. Tout cela me faisait m’intéresser au roman.



« … et le voilà tout seul, comme un naufragé sur un radeau à la dérive. »

Parfois je me dis que cette décadence apparaît alors aussi dans une autre lumière comme si Söderberg n’était pas juste un exalté, jubilant, mais un peintre un peu défaitiste d’êtres humains en fin de compte perdus et solitaires.


mots-clés : #amour #lieu #portrait #sexualité #xixesiecle
par tom léo
le Dim 25 Nov - 14:46
 
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Sujet: Hjalmar Söderberg
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Norman Rush

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Accouplement

Une jeune trentenaire, étudiante américaine en anthropologie, cherche un sens à sa future thèse au coeur du Botswana. Entre fuite et cynisme, saupoudrant d'un humour clairvoyant son itinéraire, elle se fait narratrice de ses perditions et ressacs, de ses lubies, et nous prévient très vite que tout son récit voudra expliciter la rencontre exceptionnelle qu'elle va faire d'un homme .

Le tempérament de cette femme, singulier, tisse tout le corps textuel, elle mène la danse, mais ce présupposé est servi par la nature de son caractère, analytique, anthropologue jusqu'au bout des poils, mais aussi rompu au détour psychanalytique.
En conséquence, on accrochera ou pas quant au ton, au mouvement du récit.

F.Le corre pour cairn info a écrit:Exploration territoriale, confrontation des idées, rencontre des cultures, utopie politique, épreuve de la personnalité, passion amoureuse et rivalité des sexes, le tout exposé par une jeune anthropologue américaine, perdue au Botsawana pour les besoins d'une thèse en anthropologie nutritionnelle ? une vraie fausse piste sur laquelle elle ironise : « En Afrique, on veut plus, je pense. Les gens y sont pris d'avidité. Je n'ai pas échappé à la règle. » Ce sont les premiers mots du livre. Le ton est donné. Observatrice méticuleuse d'elle-même et des autres, des institutions et des sociétés, la jeune femme, aussi maîtrisée que caractérielle, est une surdouée des interprétations multiprises qu'elle démonte aussi vite qu'elle les monte. Elle est à elle seule un prodige de méfiance et de détermination, une virtuose en dialectique, mélange détonant de cérébralité et de sensualité. Quand elle entend parler d'un certain Nelson Denoon, intellectuel qui aurait fondé une cité secrète au fin fond du Kalahari , « ce vide replié dans le vide jusqu'à l'Atlantique », elle sait qu'elle ira le rejoindre. Ce qu'elle fait seule avec deux ânes, avant d'arriver à moitié morte à Tsau, la fameuse communauté de Denoon où des femmes tentent d'émerger de leur asservissement séculaire. Là sont Denoon, l'utopie, et un temps immobile qui recèle sa propre capacité de destruction. Contrairement au royaume des hauteurs où s'accouplent les vautours, ce repaire qui prétend écarter la violence ne pourra protéger l'accouplement de chair et d'esprit qu'elle aurait voulu comme une confrontation loyale, équitable et jamais achevée. L'illusion se défait, sans que le mouvement s'épuise, sans que cessent de tenailler l'envie de comprendre et le grand, l'insatiable appétit de vivre.



c'est drôle, spécieux (jargon universitaire bonjour), empathique et arborescent dans sa logique, c'est un roman sur l'amour féminin, sur la société botswanaise, sur l'utopie socialiste.
Assez épatant du point de vue de la personnalité féminine décrite (auteur empathique, observateur, qui sait pourtant aussi par touche discrète nous démonter sous un jour moins favorable ), l'auteur dit qu'il a eu l'ambition de construire le personnage féminin le plus complet de la littérature anglophone. Pour avoir survolé des articles non traduits sur lui, il semble que ce soit un grand hommage à sa femme, à leur relation, bien que transposé, détail qui rend assez sympathique le fatras global où nous transporte cette femme de foi perdue et d'instinct sauf. A moins que ce ne soit tout l'inverse.

Une très jolie lecture . Le regard politique est intéressant, aussi, bien que la lecture de nos jours puisse le faire paraitre un peu déjà vu. Mais sans doute qu'à l'époque il valait son poids.
Et je n'ai pas de citation. pardon. rendu à la médiathèque.




mots-clés : #amour #conditionfeminine #huisclos #independance #initiatique #insularite #politique #social
par Nadine
le Mer 21 Nov - 19:28
 
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Sujet: Norman Rush
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Aki SHIMAZAKI

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Le poids des secrets

Le poids des secrets : cinq livres pour autant de visions d'une même histoire. Cinq livres pour cerner au mieux la personnalité de chacun, les raisons des silences, des faux-semblants, et des secrets soigneusement enfouis parce qu'il serait trop douloureux de les dévoiler. L'histoire ? Mieux vaut ne pas en parler, tant le charme de cette série réside dans le fait d'en découvrir peu à peu toutes les facettes. Tout au plus puis-je vous dire qu'elle se déroule principalement dans les années 30-40,  et qu'il y est question des deux enfants d'un même homme, l'un légitime et l'autre non, qui se rencontreront et s'aimeront... Il est aussi beaucoup question de la seconde guerre mondiale, et des aberrations d'un régime autoritaire alors en pleine rhétorique guerrière, avant que ne survienne le désastre de Nagasaki...

L'écriture d'Aki Shimazaki est précise, concise, épurée à l'extrême. D'ordinaire, j'affectionne plus de rondeur, et ce minimalisme assumé m'a de prime abord déroutée. Mais c'était sans compter sur le charme qui en émane et qui vous accroche tout en douceur avant de vous happer... J'ai lu les cinq volumes d'une traite.

De cette lecture, je ne garderais volontiers que le positif. Mais je ne serais pas tout à fait honnête si je n'évoquais pas mes quelques bémols... Pour commencer, je regrette tout de même que, de livre en livre, le style reste strictement identique. Chaque récit émanant d'un être différent j'aurais aimé que, sans renoncer à sa singularité, Aki Shimazaki use d'un «petit quelque chose » qui différencie chaque narrateur. J'ai également moins adhéré au dernier volume de la série, le procédé choisi pour distiller quelques clés de compréhension cruciales me paraissant quelque peu factice et forcé dans sa volonté didactique.

Mais je ne voudrais pas que ces quelques bémols vous donnent une fausse idée de ma lecture ; car sans être aussi conquise que d'aucuns ont peu l'être avant moi, j'ai beaucoup apprécié cette découverte. Je garde en tête le charme évanescent de l'écriture, et la sensible évocation des tourments intimes d'hommes et de femmes englués dans le carcan des convenances d'une époque sans concession. Les visions multiples se cherchent et se répondent, les secrets se dévoilent et pourtant, une fois le dernier volume refermé tout n'est pas explicité, tout n'est pas décortiqué. A chacun sa part d'inconnu et d'irrationnel. Et c'est, je le crois, très bien ainsi.



mots-clés : #amour #deuxiemeguerre #famille #identite #intimiste
par Armor
le Sam 13 Oct - 19:12
 
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Sujet: Aki SHIMAZAKI
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Claude-Prosper Jolyot de Crébillon, fils

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Les Égarements du cœur et de l'esprit

Dans ses mémoires, M. de Meilcour apparaît au lecteur comme quelqu'un qui possède un certain recul par rapport aux événements qu'il raconte. Le décalage entre la clairvoyance de ce narrateur presque omniscient et la naïveté du personnage qu'il a joué, frisant l'idiotie, commence par faire tout le sel de ce récit vraiment très drôle. Toute la narration se concentre sur les jeux de séductions mondaines ou amoureuses, ou sur des manœuvres méchantes pour écarter l'un ou l'autre d'une partie jouée serrée.

Meilcour s'égare et se trouve dans une situation de plus en plus confuse, de plus en plus ridicule, parmi des gens sans consistance, mais très habiles dans le double-jeu et le mensonge. La vision que donne Crébillon de cette société pourrie jusqu'à la moelle, se précise au détour d'une leçon de Versac à notre personnage, oh, on comprend que l'on se moquait peut-être un peu légèrement ― mais pourquoi pas ? ― des mésaventures de notre héros, et qu'il faut être assez suicidaire ou complètement cynique pour s'enfoncer à ce point dans la tourbe, et feindre d'être d'accord avec elle.

Crébillon fils a écrit:Il y a mille gens à qui l'on n'en croit que parce qu'ils ne cessent pas de dire qu'ils en ont {du mérite}. Ne vous arrêtez point à l'air de froideur et de dégoût avec lequel on vous écoutera, au reproche même qu'on vous fera de ne vous perdre jamais de vue. Tout homme qui vous blâme de trop parler de vous, ne le fait que parce que vous ne lui laissez pas toujours le temps de parler de lui : plus modeste, vous seriez martyr de sa vanité.


mots-clés : #amour #initiatique
par Dreep
le Dim 7 Oct - 16:08
 
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Sujet: Claude-Prosper Jolyot de Crébillon, fils
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Willa Marsh

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Une famille délicieuse

J'ai donc pris ce titre en médiathèque, pour voir. J'ai lu ça en quatre soirées, et c'était ce qu'on appelle mièvre, mais très agréable. Je ne bouderai jamais cet aspect en moi qui reste très bon public face à un livre ficelé sur l'histoire avant le style, saupoudré de très bons sentiments.
Et là c'est clairement ça. Peut-être ce que tu appelles "atmosphère anglaise", kashmir. Les protagonistes essentiels sont altruistes, diplomates, introspectifs, sages et super bien élevés  etc
D'abord il y a beaucoup de chiens, et beaucoup de mise en scène de leur brave présence. J'ai beau avoir une petite chienne, le procédé m'a fais marrer, ils servent beaucoup à faire avancer l'action et le dramatique : tel chien, ainsi, se demande pourquoi il n'a pas sa gamelle , tandis que sa maitresse apprend qu'elle est cocue : elle en est consciente, il faut qu'elle surmonte son désarroi, qu'elle se lève et qu'elle le nourrisse, etc

Ensuite, il y a ce tableau-cocon de la vie, le rituel du thé, le regard sur les plantes vertes, les intériorités tournées vers les fugaces beautés météorologiques.

Enfin il y a la construction systématique et méthodique d'un système de sens-doudou, des soeurs qui s'entraident,des secrets dévoilés , des trames de vie croisées, des personnes vraiment pas gentilles, des efforts pour les supporter .

c'est donc super dur de dire que c'est bien écrit, que c'est bien, mais j'ai passé un moment très agréable.
Oui .
Quand j'avais la télé , il y a 17 ans, je regardais parfois des sottises toutes mignonnes, c'est pareil : et j'ajoute que si c'est mignon, ya pas de raison de l'appeler sottise.

Donc pour finir, là ce roman appuie pas mal sur les rapports fraternels, et les secrets de famille. Sur la vie de plusieurs soeurs, plus ou moins unies (mention spéciale pour la garce, très drôle)

J'ai trouvé un passage à copier, c'est très bien car ainsi ça sera clair pour tout le monde.:
Le soleil de ce début d'automne entrait par la porte principale, tombant à l'oblique, en bandes de lumière poudrées d'or. Il lustrait la vieille banquette, flamboyait sur la grande plaque de cuivre qui couvrait la table de chêne, touchait d'une lueur tendre les coloris fanés de la large tapisserie de soie accrochée au mur sous la galerie. Une paire de bottines en caoutchouc se trouvait juste à l'extérieur, jetée négligemment sur le dallage de granit ; abandonnée sur le coussin usé de la banquette attendait une corbeille de jardinier en osier, chargée de ficelle, d'un sécateur, d'un vieux déplantoir et de torsades de papier contenant de précieuses graines.
Le chant atténué des grillons, à peine audible par-dessus le murmure du ruisseau, soulignait la tranquillité de l'instant. Bientôt le soleil se déroberait, passant par-delà l'épaule de la falaise pour rouler vers la mer, et de longues ombres ramperaient sur la pelouse. Il était cinq heures : l'heure des enfants.
La chaise roulante sortit silencieusement de l'ombre, ses roues avancèrent doucement sur le sol de mosaïque craquelé, avant de marquer une pause à l'entrée du salon. Son occupante se tint là, immobile, tête baissée. Elle prêta l'oreille à d'anciennes voix, vieilles de plus de soixante ans. Contempla le chintz éraflé, abîmé par les petits pieds et les sandales à boucle. Devant elle, une broderie encadrée, une scène à moitié finie...
Chut ! Quelqu'un raconte une histoire. Les enfants ont fait cercle autour de leur mère : les deux plus grandes partagent le sofa avec leur petite soeur, calée entre elles ; une troisième fille est allongée par terre sur le ventre, elle fait un puzzle, son pied levé battant l'air - signe de vitalité réprimée. Une autre fillette encore est assise sur un tabouret près de la chaise de sa mère, avide des images qui embellissent le récit.
- Je vais vous raconter quelque chose, dit la Conteuse, mais gardez-vous de trop remuer, de tousser ou de vous moucher sans cesse... et ne tordez pas vos mèches. Puis, quand j'aurai fini, je veux que vous alliez immédiatement au lit.


Bon en fait, pour tout vous dire, j'ai bavé d'envie : je n'ai pas de soeur, j'ai été tout à fait bonne cliente de ce fantasme faussement réaliste d'une union familiale étroite  jocolor

mots-clés : #amitié #amour #vieillesse
par Nadine
le Ven 5 Oct - 12:14
 
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Sujet: Willa Marsh
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Ernest Hemingway

Le soleil se lève aussi

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L’histoire d’expatriés américains (journalistes, écrivains pour la plupart), profitant d’un taux de change fort avantageux pour boire et manger, à Paris puis en Espagne, pour pêcher la truite et suivre la fiesta de San Fermin à Pampelune. La pêche à la truite aura une destinée littéraire remarquable aux Etats-Unis ; la tauromachie est rendue avec un soin ethnologique, de la desencajonada (débarquement des toros) à la corrida.
« Chaque fois que les taureaux fonçaient sur les picadors, je lui disais de regarder le taureau et non le cheval, et je lui appris à observer comment le picador plaçait la pointe de sa pique, afin de lui faire comprendre, afin qu’elle se rendît bien compte, que c’était là une chose faite dans un but défini, et non un spectacle d’horreurs injustifiées. »

Ces pérégrinations touristiques sont narrées sur un ton banal, distancé, prosaïque (journalistique ?) par Jake Barnes, un ancien combattant de la Première Guerre mondiale où il fut blessé, ce qui le rendit impuissant ; la guerre, c’était (aussi) le bon temps, et les jeunes vétérans de la "génération perdue” font la fête à Paris. (Je vais lire prochainement Paris est une fête ‒ récit peut-être encore plus autobiographique ?)
C’est Brett (Lady Ashley) qui a soigné Jack, et ils sont épris l’un de l’autre, sans espoir de couple, ne serait-ce que parce qu’elle passe d’une aventure à l’autre, même si elle se « sent garce ». Ils font partie d’une bande de copains ‒ tous les protagonistes sont alcooliques, sauf peut-être Robert Cohn, juif complexé qui fut aussi amant de Brett, et la suit partout dans l’espoir vain de la reconquérir, ce qui le rend insupportable au reste du groupe.
Voici un extrait qui m’a paru significatif du ton de ce roman :
« Le taureau qui avait tué Vicente Girones s’appelait Bocanegra. Il portait le no 118 de la ganadería de Sanchez Taberno. Ce fut le troisième taureau que tua Pedro Romero dans l'après-midi. On lui coupa l'oreille aux acclamations de la multitude et on la donna à Pedro Romero qui, à son tour, la donna à Brett qui l’enveloppa dans un de ses mouchoirs et laissa oreille et mouchoir, ainsi que de nombreux mégots de Muratti, tout au fond du tiroir de la table de nuit, près de son lit, à l’hôtel Montoya, Pampelune. »


« C’est drôle, dit Brett, comme on devient indifférent au sang. »


Mots-clés : #amitié #amour #jeunesse
par Tristram
le Dim 30 Sep - 15:17
 
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Sujet: Ernest Hemingway
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Mathias Enard

Remonter l’Orénoque

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Parallèlement au récit de la remontée de l’Orénoque par Joana, Ignacio écrit ce roman (plutôt une novella, environ 150 pages) en racontant comment Youri, son collègue chirurgien, s’est mis à sombrer dans l’alcool et la folie en poussant dans ses bras son amante, Joana justement, l’infirmière dont lui-même s’est épris.
La quête de sens, le désir et l’amour, surtout le thème du corps traversent Joana enceinte et les patients, mais ce n’est que l’un des fils qui s’entrelacent dans ces histoires, et l’Histoire, qui remontent vers les vagues sources originelles.
C’est encore une nouvelle voie parcourue par Enard, avec une nouvelle voix, un style adapté au propos (deuxième roman écrit par l’auteur, cinquième que je lis de lui).
Bien sûr la promesse de la remontée du fleuve équatorial n’est pas tenue, c’est d'ailleurs un rêve inatteignable par l’écriture (mais qui ne meurt pas même si on l’a vécu parfois), sauf peut-être dans l’Ecuador de Michaux, qui n’en dit pratiquement rien…
Enard fait référence à Jules Crevaux, explorateur des Guyanes, de l’Amazone et de l’Orénoque, dont les comptes-rendus de voyage sont passionnants ; le Noir Apatou qui apparaît dans le roman est une évocation du chef boni qui suivit Crevaux jusque Paris.
Pour qui l’Orénoque intéresse, je peux citer les ouvrages suivants parmi ceux que j’ai lus :

En radeau sur l'Orénoque : des Andes aux bouches du grand fleuve, Voyages dans l’Amérique du Sud, contenant notamment À travers la Nouvelle-Grenade et le Venezuela, et Le mendiant de l'Eldorado. De Cayenne aux Andes, de Jules Crevaux
Le Superbe Orénoque, Jules Verne.
Robinson Crusoé, Daniel Defoe (son île est située dans l'embouchure de l’Orénoque).
Le partage des eaux, d’Alejo Carpentier.
Moravagine, de Blaise Cendrars.
Les Mahuzier au Venezuela et dans l'enfer vert du delta de l'Orénoque, Albert Mahuzier.
L'Expédition Orénoque-Amazone, récit du voyage effectué entre 1948 et 1950 par Alain Gheerbrant et ses compagnons.
L'Expédition (Croisière) Eldorado, de Barrancas, au Venezuela, à Buenos Aires, du bassin de l'Orénoque à celui du Paraná en passant par l’Amazone, par son navigateur, Jean-Gérard Mathé.
Légendes indiennes du Venezuela, Raymond Zocchetti.

Enard fait allusion à
« …] une source inexistante, une toile d’araignée de cours d’eau sauvages, de rivières striant les forêts pour rejoindre au hasard les entrelacs amazoniens. Pas de seuil, pas de partage des eaux, aucune frontière à laquelle se raccrocher [… »

et donc au canal de Casiquiare, un défluent qui relie l'Orénoque à l'Amazone via le rio Negro, extraordinaire phénomène de communication interbassins avec renversements de sens du courant, truc qui me fascine (aussi pour l’avoir un peu expérimenté).
Mais Remonter l'Orénoque parle d'autre chose, qu'on peut difficilement commenter sans divulguer le dénouement, d'où mes méandreuses gloses...
Sinon, belle édition d’Actes Sud, c’est agréable à feuilleter, ça change de browser la liseuse…
A propos :
« …] ces livres étant, j’en suis convaincu, le meilleur de moi qui les avait lus à défaut de les avoir écrits, ils ont fait de moi ce que je suis plus sûrement que la mère elle-même, qui me les confiait pourtant déjà. […]
…] je me contentais de lui remettre les mots des autres, par paquets, ceux qui m’étaient les plus chers, ceux, au fond tout aussi intimes, qui la reflétaient pour moi le plus fidèlement. »






mots-clés : #amour #medecine #mort
par Tristram
le Mar 25 Sep - 0:13
 
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Sujet: Mathias Enard
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Philip Roth

Professeur de désir

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Histoire de David Kepesh narrée par lui-même, surtout ses expériences féminines de jeune professeur de littérature comparée (Tchekhov, Kafka). Ça parle donc de l’empire de la chair :
« …] je ne peux que comparer l’idée fixe du corps, sa froide indifférence et son mépris absolu du bien-être de l’esprit à une sorte de régime autoritaire rigoureux. »

Nous sommes dans la veine de Portnoy et son complexe ; à propos, Professeur de désir appartiendrait à un cycle "David Kepesh", suivant Le Sein (que je n’ai pas lu) et suivi de La Bête qui meurt (qui m’a fort intéressé).
Son humour particulier, peut-être juif (ou plutôt anglais ?) est basé sur les situations cocasses dans les conquêtes féminines de David (c’est plutôt lui qui est conquis, voire écrasé) ‒ aussi dans son analyse avec le psychanalyste Klinger, et encore sur les traces de Kafka dans Prague.
Avec son style travaillé, voire un peu alambiqué une fois traduit, Roth capte l’attention et ne la lâche plus tandis que le ton devient plus poignant, la confession plus personnelle ‒ que Tchekhov et Kafka prennent de plus en plus de place.
« Et puis, il y a mes rêves éveillés en plein cours, aussi riches soudain qu’ils sont irrépressibles, et si manifestement inspirés par le désir d’une miraculeuse rédemption ‒ retour à des existences lointaines, réincarnation sous la forme d’un être totalement différent ‒ que je félicite presque d’être à ce point déprimé et incapable de susciter en moi le plus anodin des fantasmes. »

« Un simple intérim. Ne jamais rien connaître de stable. Rien, sinon mes inéluctables souvenirs de la discontinuité et du provisoire, rien sinon cette saga constamment prolongée de tous mes échecs… »

« Impossible de le dire, pas ce soir, mais dans un an ma passion sera morte. Elle a déjà commencé de mourir et j’ai peur de ne rien pouvoir faire pour la sauver. Et que tu ne puisses rien faire non plus. Si étroitement liés… lié à toi comme à personne d’autre ! ‒ et je ne serai pas capable de lever une main pour te toucher… à moins que je ne rappelle d’abord que je dois le faire. Devant cette chair sur laquelle j’ai été greffé, dont la substance m’a permis de retrouver la substance de mon existence, je serai sans désir. Oh ! c’est stupide ! Absurde ! Injuste ! Etre ainsi dépouillé de toi ? Et de cette vie que j’aime et que je commence à découvrir ! Et dépouillé par qui ? Par nul autre que moi-même ! »


Mots-clés : #amour #sexualité #social
par Tristram
le Sam 15 Sep - 22:20
 
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Sujet: Philip Roth
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Pete Fromm

Mon désir le plus ardent

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Maddy et Dalt ont 20 ans, ils sont jeunes, ils sont beaux, ils s'aiment, il se marient. Ils sont tous deux guides de rivière, passionnés par leur métier plein d'aventure et d'émotions fortes. Il vont avoir des enfants, tout cela, c'est leur désir le plus ardent.
Seulement voilà, il fallait compter avec cette "putain de sclérose en putains  de plaques" qui s'invite à leur table. Et si au fil des années, c'est peu à peu Adieu, veaux vaches, cochons, ils décident de ne pas se laisser dicter la loi. Grâce à l'amour, qui soulève des montagnes, c'est bien connu, et grâce à une bonne tranche d'humour et une sacrée dose d'ironie, dernières politesses  du désespoir, ils tâchent vaille que vaille de rester aussi des gens heureux  des Veinards, comme ils se sont dénommés au départ. Même si ils ne sont plus les mêmes, transformés chacun par cette épreuve de chaque instant. Sans pour autant nier les creux de vagues, les sables mouvant, les épuisements, les déceptions.

(..) et je m'abandonne, une nouvelle journée derrière nous, une autre devant, imminente, demain. Toujours comme la chute d'une blague répétée à l'infini. demain. Même quand c'est  la dernière chose que l'on veut, savoir ce qui vient, ce qui va suivre. Demain.


Ca a l'air assez mélo comme ça, et ça l'est dans la mesure où la vie est un mélo de toute façon. Lecteur, il faudra te résoudre à verser par-ci par-là une petite larme, à voir ton cœur fondre face aux épreuves de ce couple attachant et pas banal, tu pourras  aussi rire mais tu ne larmoieras jamais. Pete Fromm, observateur aussi malicieux que touchant, les suit au plus près pendant plusieurs décennies, en faisant le choix de décrire leur intimité quotidienne tout en laissant de coté tous les actes médicaux. La petit musique du temps qui passe et de désillusions prend une tonalité bouleversante, et amène le lecteur à un peu de modestie dans l'observation de ses propres difficultés existentielles. C'est une belle histoire forte et émouvante, qui sait être nuancée  dans   son aspect "il suffit de  s'aimer ", tonique quoique dramatique par une bonne dose d'humour noir ; c'est très réussi.


mots-clés : #amour #famille #pathologie
par topocl
le Mar 11 Sep - 13:27
 
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Sujet: Pete Fromm
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Søren Kierkegaard

La reprise

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« Essai de psychologie », certes, mais avec tant d’esprit et d’ironie qu’elle confine au facétieux (sans oublier la certaine misogynie d’époque).
« Il est assez rare de trouver en pareil état une jeune fille abandonnée. Quand je la vis, quelques jours après, elle était encore vive comme un poisson tout frais péché ; d’ordinaire, une jeune fille est alors plutôt hâve, affamée comme un poisson qui a séjourné dans un vivier. »

« Quand le malheur atteint une jeune fille, aussitôt surviennent tous ces monstres affamés qui veulent assouvir leur faim et leur soif de psychologie ou écrire des nouvelles. J’oserai donc me précipiter pour éloigner du moins ces œufs de mouches de ce fruit qui m’était plus doux que tout, plus délicat, plus tendre à regarder qu’une pêche, à l’instant le plus favorable, quand elle se pare avec la plus grande magnificence de soie et de velours. »

Vu, écouté, lu et conseillé par le narrateur-observateur, le personnage de composition (et d’origine autobiographique) du jeune amoureux que cela rendit poète et inéluctablement malheureux fuit l’aimée. Il y a une vision idéalisée de la femme-leurre à garder à l’esprit lorsqu’on lit des auteurs du XIXe, aussi la notion d’honneur, la mélancolie de rigueur, les adjurations peu ou prou religieuses, etc., et toutes ces exaltations forment le moteur d’un mode de comportement pour le moins daté (nous parlerions peut-être de sens de la responsabilité, culpabilité, dépression). Après l’examen approfondi de ces transes et tourments (malentendu, culpabilité, etc.), non sans une longue digression sur la farce théâtrale, et encore des affres et lamentations entre romantisme allemand et Baudelaire,
« Les nuages vont et viennent,
Ils sont si las, ils sont si lourds ;
Voilà qu’ils s’abîment à grand bruit,
Et le sein de la terre devient leur tombe. »

(le personnage de) Kierkegaard en vient à s’identifier à l’épreuve transcendante de Job, évite une solution religieuse et enfin, dans un glissement de sens des mots qui ramène à la reprise, au retour, à la duplication du même, parvient à une sorte de renaissance à se consacrer à la pensée
« dans le for intérieur, là enfin où, à chaque instant l’on met sa vie en jeu, pour, à chaque instant, la perdre et la gagner de nouveau. »

Ouvrage assez décousu (dans le fond comme la forme), où la part existentielle est assez réduite :
« Comment ai-je été intéressé à cette vaste entreprise qu’on appelle réalité ? Pourquoi dois-je être intéressé ? N’est-ce pas affaire de liberté ? Et si je suis forcé de l’être, où est le directeur ? J’ai une remarque à lui faire. N’y a-t-il aucun directeur ? Où dois-je adresser ma plainte ? L’existence est assurément un débat ; puis-je demander que mes observations soient prises en considération ? Si on doit prendre l’existence comme elle est, ne serait-il pas bien mieux de savoir comment elle est ? »

La part "philosophique" et/ ou "spirituelle" est encore plus congrue, et c’est dans les exégèses qu’on cherchera l’approche du concept de répétition/ reprise dans toutes ses acceptions, comme le renouveau.
« …] la reprise est le terme décisif pour exprimer ce qu’était la « réminiscence » (ou ressouvenir) chez les Grecs. Ceux-ci enseignaient que toute connaissance est un ressouvenir. De même, la nouvelle philosophie enseignera que la vie tout entière est une reprise. »

Ici, on en parle beaucoup plus clairement.
Sinon, il m’a semblé que cette étude de la fuite d’un homme devant sa fiancée éclaire le cas Kafka.


Mots-clés : #amour #philosophique #psychologique #spiritualité
par Tristram
le Sam 11 Aoû - 20:31
 
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Sujet: Søren Kierkegaard
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Robert Olen Butler

L'appel du fleuve.
traduit par jean-Luc Piningre

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Cela aurait pu s'appeler aussi l'Appel de la guerre. Sur 5 générations, c'est une histoire du genre "Tu seras un homme mon fils!", mais ça ne marche pas.

Robert 70 ans est marié à Darna dans une relation toute de silences, de non dits, de  respect, de partage intellectuel, de courtes phrase qui se suffisent à elles-même. Pendant les quelques jours qui entourent la mort de son père, les vieux démons qu'il a ramenés de la guerre du Vietnam et gardés secrets au fil des décennies l'envahissent. Le grand-père a fait la Grande Guerre, le père a combattu Hitler. Lui a voulu gagner l'amour de son père (bel échec) en s'engageant, alors que son frère a fui au Canada, tranchant définitivement dans l'amour des siens. Ceux qui sont partis ont ramené des secrets terribles que leur femmes ont respectés, les soutenant chacune à sa manière. Un SDF  psychotique traîne par là, son père vétéran du Viet-Nam lui soufflant sa conduite dans son cerveau malade.

C'est donc un thème qu'on a déjà vu et revu, la guerre, le Vietnam, les traumatismes, les secrets, les enfants , les femmes, tout l’entourage qui en souffre.

J'ai assez aimé la façon de faire de Robert (tiens, il s'appelle Robert et je n'ai pas trouvé de biographie qui dise s'il a fait le Viet Nam) Olen Butler. D'abord j'aime bien les enterrements et tout ce qui tourne autour, en littérature du moins : c’est le moment de réunir tout le monde, de catalyser les sentiments, de dire les choses inavouées etc... Et là il s'en sort plutôt bien, c'est puissamment mené, sans débordements, dans cette réserve sentimentale qui semble affecter 'presque) tous les membres de la famille, cachant leur détresse derrière un mot, un geste, un silence.

Robert, cet homme vieillissant qui devient du jour au lendemain l’aîné de cette  famille déchirée, n’est pas la brute qu'ont pu donner les guerres aux générations précédentes; c'est un homme éduqué, intelligent, brillant même , attachant,  qui cache, tout enfoui,  un tout jeune garçon traumatisé et est autant déchiré par le traumatisme que par le secret. J'ai beaucoup aimé ce couple qu'il forme avec sa femme (et d'une façon générale la place des femmes dans ce roman), ce que l'amour est devenu en 50 ans, qui n'a plus besoin des mêmes enthousiasmes et artifices, qui trouve une certaine paix, laquelle peut sembler terne, mais cache en fait une énergie et une tendresse qui n'a même plus besoin de se dire.

Et puis, si au début les réminiscences et autres ramentevances m'ont un peu irritée, comme des flashbacks hollywoodiens, elles  se sont peu à peu mêlées au quotidien, aux espoirs, aux pensées, aux rêves, aux délires, elles ont pris leur place et tout le récit  fonctionne  sur cela, le passé, toujours présent, c'est assez prenant.



mots-clés : #amour #famille #guerre #mort #psychologique #relationenfantparent #vieillesse
par topocl
le Dim 5 Aoû - 11:05
 
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Sujet: Robert Olen Butler
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Djuna Barnes

Le bois de la nuit

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Le Paris nocturne des années vingt-trente et de tous les vices, terrain favori des ivrognes et « invertis » tourmentés, notamment états-uniens, et volontiers iconoclastes.
Roman d’inspiration onirique, baroque, décadente, théâtrale, que traversent les personnages en perdition : la baronine Robine Vote, une jeune Américaine mariée au faux baron Felix Volkbein, riche juif autrichien cultivé auquel elle donne un enfant retardé, Guido, avant de le fuir pour vivre avec l’amoureuse et bohème Nora Flood, qu’elle fuit pour errer la nuit dans les cafés, puis suivre la riche et vulgaire Jenny Petheridge, le tout sous l’œil du docteur Matthieu O'Connor, observateur averti et pochard travesti.
Je retiens le portrait acerbe (et jaloux) de la « squatteuse », Jenny, la description cruelle des « deux-pence-debout » (prostituées en fin de carrière), le facétieux Tiny O’Toole, l’oscillation perpétuelle entre bestial et humain…
Ramentevances, parentages et rapprochements non certifiés : Lautréamont, Wilde, Peladan, Ronald Firbank, Cixous, les vierges folles rimbaldiennes…
« Ses méditations, pendant cette marche, étaient une part du plaisir qu’elle escomptait trouver quand la marche prendrait fin. […]
Ses pensées étaient par elles-mêmes une forme de locomotion. »

« …] des rideaux qui ressemblaient à des colonnes par le tempo de leur immobilité [… »

« La vie : la permission de connaître la mort. »

« Votre vie est particulièrement à vous quand vous l’avez inventée. »

« Le Temps est un grand congrès qui projette notre fin, et la jeunesse n’est que le passé en train d’avancer une jambe. »

« La souffrance est le dépérissement du cœur ; tout ce que nous avons aimé devient l’"interdit" quand nous ne l’avons pas compris tout à fait, comme le pauvre est le rudiment d’une ville parce qu’il sait quelque chose que la ville, à cause de sa propre destinée, veut oublier. Ainsi l’amant doit aller à l’encontre de la nature pour trouver l’amour. »



mots-clés : #amour #identitesexuelle
par Tristram
le Sam 4 Aoû - 21:00
 
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Marceline Loridan-Ivens avec Judith Perrignon

L'amour après
avec Judith Perrignon

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Au crépuscule de sa vie, lumineux quoiqu'elle perde la vue, Marceline Loridan-Ivens rouvre la valise de ses archives et se rappelle comment, au retour des camps, avec "l'ombre de la mort" dans son dos, elle a fait le choix de la liberté, là où beaucoup de ses compagnes ont choisi le mariage, la sagesse, les enfants, cadre rassurant pour dépasser l'empreinte infernale. Comment elle joue le "jeu de la séduction dont j'avais abusé pour me rassurer, par simple peur d'être aspirée par le vide".

C'est l'occasion de parler d'un corps qui ne peut que se souvenir des sévices, de l'usage d'une espèce de liberté qu'elle a paradoxalement apprise dans les camps, où, jetée à 15 ans, elle s'est affranchie de toute tutelle pour ne vivre que par elle-même. C'est aussi l'occasion de parler  d'amour dans cette incroyable relation partagée avec Joris Ivens, d'amitié, notamment avec quelques pages très fortes sur Simone Veil, si différente et si proche, de ce lien impossible à couper entre les survivant(e)s.
C'est un texte que la belle écriture de Judith Perrignon contribue à rendre aussi joyeux que terrible, vivant, en quelque sorte, de cette énergie de savoirs, de relations, de combats qui a conduit Marceline Loridan-Ivens.

Seuls comptent la quête, le mouvement, le sens.


Sans mentir, franche, résolue, elle ne franchit jamais les limites d'une impudeur, ni sur l'horreur ou la douleur, ni sur la joie, ni sur le plaisir. Les dernières pages sont bouleversantes, elle se retrouve seule dans le lit de son conjoint décédé reste de son côté, puis adopte le milieu. Tout cela est bien remuant. Il y a une beauté à cette façon de mener sa vie.

Mots-clés : #amour #autobiographie #campsconcentration #conditionfeminine #correspondances #temoignage
par topocl
le Mer 1 Aoû - 15:42
 
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Sujet: Marceline Loridan-Ivens avec Judith Perrignon
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Robert Penn Warren

Tous les hommes du roi

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Après tant de mois, j'y étais enfin. Car rien ne se perd, rien ne se perd jamais. Il y a toujours un indice, une facture, une marque de rouge à lèvres, une empreinte de pied dans la plantation, un préservatif sur le sentier du parc, une vieille blessure qui lance, un souvenir d'enfance, une infection dans le sang. Et le passé, le présent et le futur ne sont qu'un seul et même temps, et les morts n'ont jamais vécu avant que nous leur donnions vie, et leurs yeux, au-delà des ténèbres, nous implorent.


Que voilà un roman majestueux, virtuose, prolifique! Un roman noir qui emprunte au meilleur du genre, ses politiques véreux mais pathétiques, suant dans leurs costumes  élégants, ses petits malfrat obéissant dans la chaleur humide du Sud, où il ferait si bon boire et fumer sur les vérandas, si seulement la vie décidait d'être douce et simple, si seulement ces personnages crapuleux n'étaient pas aussi des hommes souffrants... Mais non, l'homme est par nature tourmenté, ballotté par la douloureuse splendeur du ballet de ses sentiments, désespéré de trouver un sens à la vie, une réponse aux aspirations de l'enfant qu'il était, de se définir en tant qu'individu cohérent, de dénouer l’inextricable nœud des responsabilités.

Racontée depuis les temps tardifs de l'apaisement, cette tragédie digne des Atrides nourrit un grand roman des illusions perdues, disserte sur le bien et le mal, la pureté impossible et la rédemption interdite.

C'est jack Burden qui raconte, Jack qui est celui qui ne se salit pas les mains, ou y croit, en tout cas.

il a dit que si le monde était  un tas d'ordures, l'homme, pour sa part, n'avait pas à l'être.


Tout à la fois journaliste et historien il  va comprendre que la quête de la Vérité ne suffit à sauver le monde :  "L'ignorance, c’est le bonheur".

Mais le monde est une gigantesque boule de neige qui dévale une montagne, et jamais on ne la voit remonter la pente pour revenir à l'état de flocons, à l'état de rien.


Car oui,  aussi : "La connaissance c'est le pouvoir", c'est ce qu'a compris Willy Stark, dont il est le bras droit, un "grand couillon naïf" parti de rien et devenu  Gouverneur "intense, inquisiteur, exigeant",  un populiste adulé par les petits, qui sait corrompre, asservir, terroriser.

-Tu as cru que tu pouvais me rouler...faire en sorte que je l'achète. Eh bien je ne vais pas l'acheter! Je vais l'écraser! J'ai déjà acheté trop de fils de pute. Si tu les écrases, au moins ils ne mouftent plus, mais quand tu les achètes, impossible de savoir combien de temps ils vont rester à ta botte.


Ces deux hommes pleins d'estime l'un pour l'autre dans leurs différences,versions pile et face de l'espèce humaine, se répondent en fait comme deux miroirs face à face, et ces miroirs mettent en lumière leurs ambiguïtés. Racontant Willy Stark, Jack Burden se dévoile, solitaire crâneur, homme d'amour et d'amitié, fils orphelin, il  pêche à la fontaine du souvenir , car tout se tient,  "c'est uniquement avec le passé que se forge le futur"

Il y a ce récit tragique aux accents déchirants, ces héros haïssables et qu'on aime pourtant, fasciné, charmé. Il y a aussi l'inventivité, l'acuité, le lyrisme de l'écriture de Robert Penn Warren, tout à la fois sensuelle et vigoureuse, patiente, attentionnée, liquide.  Il y a les pièces du puzzle patiemment accolées, les allers et retours, les chemins transversaux. Il y a les leitmotivs, les réminiscences obsédantes,. il y a les métaphores, leur pertinence, leur sensualité, leur poésie.

Le monde entier, les troncs nus des autres arbres, qui avaient perdu leurs feuilles désormais, le toit des maisons et même le ciel lui-même avaient un air pâle, lavé, soulagé, similaire à celui que peut avoir un homme souffrant d'une longue maladie qui se sent mieux et pense qu'il va peut-être guérir.


Il y a une lectrice comblée.




Ton Ami de Jeunesse est le seul ami que tu auras vraiment, car il ne te voit pas tel que tu es. Dans son esprit, il voit un visage qui n'existe plus, prononce un nom - Spike, Bud, Snip, Red, Rutsky, Jack, Dave - qui appartient à ce visage sans existence, mais qui, par quelque confusion absurde et sénile de l'univers, se rattache maintenant à un étranger ennuyeux qu'on regrette d'avoir rencontré. Mais il se plie à cette confusion sénile, incontinente, de l'univers et continue d'appeler ce pénible étranger par le nom qui n'appartient vraiment qu'à ce jeune visage d'autrefois, à l'époque où sa jeune voix appelait faiblement par-dessus le fruit des flots en fin d'après-midi, murmurait la nuit près d'un feu de camp, ou disait au milieu d'une rue bondée : « Oh, écoute un peu ça : « Aux confins du Welnlok, anxieuse est la forêt... Le Wrekin a gonflé  sa haute toison d'arbres » » Ton Ami de Jeunesse ne reste un ami que parce qu'il ne te voit plus.


Mots-clés : #amitié #amour #corruption #culpabilité #identite #relationenfantparent #trahison
par topocl
le Lun 9 Juil - 21:36
 
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Sujet: Robert Penn Warren
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Ramuz Charles-Ferdinand

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Adam et Eve (1932)

Pas de grande surprise quant à la thématique ? Côté décor on se trouve peut-être à mi-chemin, dans un petit village pentu avec quelques champs, une rivière, un café. Très peu de personnage, les principaux se trouvant au nombre de 5 si on voit large. Je ne sais pas si ça suffit à dire le roman atypique ? On peut aussi relever qu'il est très intérieur, la couche d'hallucination collective, ou partagée, ne pouvant se trouver que par ricochet ou extrapolation.

C'est que le drame de Bolomey, sorte de vieux garçon, est que sa jeune épouse est partie. Rumination, mélancolie, espoir, acharnement, sur fond de lecture du "livre". Lydie, déçue d'âge plus... intermédiaire ? (tiens, on peut le recaser celui-là !) est la fille de la patronne du café, elle en pince pour Bolomey ou du moins ferait bien sa vie avec, mais lui... sous l’œil de deux plus âgés, l'un itinérant local et l'autre la mère de Lydie et la patronne du café.

On peut aussi voir et entendre les voitures passer, à distance, sur la route, le phonographe aussi est là.

Il y a de beaux passages, on sait s'y attendre, mais je l'ai trouvé assez plombant ou plombé, au sens  simple mais qui peut peser sur le moral. Dans le reste de l'oeuvre, que je ne connais pas toute, je le trouve particulier, à la fois très resserré et "décroché". On n'est jamais au bout de ses surprises dans ce monde.

Le lac est gris clair comme du fer-blanc, lisse comme un toit de tôle.
Il faut voir comment c'est ici et que c'est assez désert et peu peuplé, pendant que Gourdou vient à travers le vignoble, qui est là-haut comme beaucoup de serpillières mises à sécher au soleil ; puis, au moment où la pente faiblit, la couleur du pays change.
Le pays noircit. Le pays tout à coup se couvre de vergers pleins d'arbres assez petits et bas, des pruniers, des poiriers, des cerisiers surtout, qui font de loin comme une branche de persil. Et il y a peu de monde dans les champs ; mais Gourdou parle à ce monde de près ou de loin, tout en venant.
- Ah! éparpillés ! leur dit-il. Ah ! posés les uns à côté des autres ! Ah ! appliqués quand même pour pas grand chose à un travail toujours le même ! ah ! couchés tard ! ah ! levés tôt !
Il lui arrive de parler tout seul, disant des choses tristes d'une voix gaie.
- Rien ne nous est donné qu'on ne le prenne, c'est-à-dire qu'il faut y mettre tout son temps et toute sa peine pour le morceau de pain qui fait besoin et l'assiette de soupe qui fait besoin, couchés tard, et levés matin, est-ce vrai ?
Maintenant il parle tout haut.
- Séparés et collés ensemble. Unis par le dehors, par les lois, par les habitudes, désunis du dedans : frères et étrangers, père et fille et étrangers, mère et fils, mari et femme...
Il repousse sa sacoche, il lève celle de ses mains qui tient la canne ; à qui est-ce qu'il parle, est-ce que c'est au vallon ? Le soleil est devenu rouge comme de la cire à cacheter derrière le brouillard ; on peut le regarder en face. Rouge et rond comme un cachet sur une lettre. Et le lac à présent est comme du papier sale.


Mots-clés : #amour #contemythe #solitude
par animal
le Dim 8 Juil - 21:28
 
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Sujet: Ramuz Charles-Ferdinand
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