Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Sam 7 Déc - 18:02

91 résultats trouvés pour Amour

Sergueï Essénine

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La ravine

Comment ne pas trop se planter. L'écriture a quelque chose de très morcelé en nous faisant passer de personnages à d'autres qui voisinent avant de revenir aux précédents. La nature succède aux regroupements et aux isolements, les âges aussi.

Une poésie en prose directe quoique elliptique, avec des accents crépusculaires mais une grande force lumineuse. Des tourments sourds et des souffrances très concrètes dans la vie de ces gens denses qui vivent dans cette "ravine", ces bois et ces champs. Des vies simples, élémentaires baignées de l'étrange douceur de ce texte très particulier à la puissance évocatrice rare.

Quand vous lisez ce livre vous n'êtes pas ailleurs que dedans !

mots-clés : #amour #nature #poésie #ruralité #social
par animal
le Dim 1 Juil - 21:57
 
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Sujet: Sergueï Essénine
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Siri Hustvedt

Tout ce que j'aimais

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C'est l'histoire d'une vie qui passe. Que cela ait lieu dans le milieu artiste et intellectuel New-Yorkais, que les troubles psychiques, hystérie ou psychopathie notamment, y aient une place de premier plan, lui donne un aspect assez typiquement Hustvedtien. Ce n'est d'ailleurs pas ce qui est le plus réussi : les longues digressions psychiatriques, les non moins longues descriptions d’œuvres d'art contemporain (qui ont un sens j'en suis sûre, mais à un degré très élevé que je n'ai pas su décrypter ) m'ont invitée à sauter quelques passages. il y a un curieux mélange de la typique distance de l'auteur, son côté scientifique-rigoureux-analytique-observateur qui curieusement donne toute sa valeur à l' empathie déchirante vis-à-vis de ses personnages souffrants, vis-à-vis des deuils et des renoncements. Roman irrégulier, donc, d'une ambiance parfois étouffante, parfois provocateur, mais attachant.


mots-clés : #amitié #amour #creationartistique #psychologique #relationenfantparent
par topocl
le Sam 23 Juin - 9:46
 
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Sujet: Siri Hustvedt
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Brit Bennett

Le cœur battant de nos mères
Titre original : The Mothers

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C'est un roman du passage de l'adolescence à l'âge adulte, avec cette tonalité particulière que cela se passe en Californie, dans une communauté religieuse noire conservatrice, où les "mères", les vieilles femmes, surveillent, jugent, palabrent et racontent l'histoire. Le poids de la communauté, ses exigences comme ses hypocrisies, est énorme sur les individus et   leur formation, que ce soit par la soumission ou la rébellion.

Le fil directeur est la filiation, le rôle des mères, indispensables mais défaillantes, l'amour qu'on leur voue même pour celles  que l'on hait. L'une se suicide sans laisser de raison, elle a eu sa fille Nadia très jeune et celle-ci se demande si sa mère n'aurait pas eu une meilleure vie sans elle, et aurait donc survécu. L'autre n'est apte ni à proposer une vie stable à sa fille Aubrey, ni à la protéger des abus sexuels qui se passent sous son toit. Nadia et Aubrey sont deux amies de coeur, l'opposée l'une de l'autre unies/séparées sans le savoir par leur amour commun, mais si différent, pour Luke, le fils du pasteur.

Nadia fait le choix d'elle-même, se référant sans doute à sa mère, et quand elle est enceinte à 17 ans décide d'avorter, poids qu'elle va traîner comme un boulet malgré l'envol qu'elle prend, quittant sa vie tranquille, son père désespéré, pour devenir une avocate new-yorkaise brillante aux mœurs libérées.  Aubrey, au contraire fait le choix de "la sagesse", la religion vécue, le couple, le mariage, la fidélité, l'enfantement, toutes chose qui ne sont pas forcément faciles non plus.

Plus que l'opposition entre ces eux filles, très réussie mais assez classique,  j'ai aimé le contraste entre Nadia et Luke, qui jouent des rôles inversés de ce qu'il est habituel de distribuer aux hommes et aux femmes. Nadia choisit sa carrière son épanouissement par le mouvement et un certain égoïsme, l'aventure en quelque sorte . Luke au contraire fait le choix des concessions pour la stabilité, l'amour, la filiation. C'est la femme qui est "forte" et l'homme qui est doux.

Bon, au total, je ne vous cache pas qu'il n'y a pas de bon choix, et si j'ai longtemps eu peur que le livre ne soit une apologie de la raison et du renoncement au détriment de l’égoïsme et de l'individualité, il n'en est rien. Chacun souffre à sa manière. Ces trois jeunes ont grandi seuls et trop vite, leur chemin est plein d’embûches, mais que faire d'autre qu'avancer, faire des choix et - si possible - les assumer? Il s'agit de personnages ordinaires, pris dans les tourments d' un destin déjà souvent croisé dans la littérature, mais  l’œil de Britt Bennett, la vivacité de son récit, la touchante exploration des contradictions de la tendresse nous les rend attachants. Et derrière cette histoire qui reste plaisante et sensible si elle n'est lue qu'au premier degré, se cachent de nombreuses questions existentielles fondamentales.


mots-clés : #amitié #amour #conditionfeminine #identite #jeunesse #psychologique #relationenfantparent #religion
par topocl
le Sam 19 Mai - 11:10
 
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Sujet: Brit Bennett
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Ernesto Sábato

Alejandra

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 4 97820210


Le livre commence sur l'annonce d'un fait divers : l'assassinat par Alejandra de son père Fernando dans la chambre de la tour de la famille suivi du  suicide de la jeune femme par le feu puisqu'elle provoque un incendie. Le "rapport sur les aveugles" découvert dans les restes de la chambre peut-il expliquer ce drame, celui d'une grande famille de Buenos Aires ?

1ère partie : Martin le jeune homme amoureux d'Alejandra conte sa rencontre avec la jeune femme insaisissable, mystérieuse, laquelle dit avoir besoin de lui mais cèdera néanmoins avec réticence à l'amour physique.

2ème partie : le rapport sur les aveugles établi par le père d'Alejandra, Fernando, visiblement paranoïaque révèle sa peur obsessionnelle des aveugles, depuis l'enfance

3ème partie : la voix de Bruno ami de la famille qui en connait le passé et qui a aimé Georgina la femme de Fernando et à travers elle Alejandra.


Ce que j'ai trouvé intéressant  :  

- la partie du rapport sur les aveugles bien maîtrisé dans les hallucinations, les élucubrations, repoussant,  construit par  Fernando ;

-  la fuite des soldats qui accompagnent Lavalle, qui est en fond de l'histoire de la famille et de l'Histoire de l'Argentine ; cette suite qui scande le récit adroitement.

Je me suis un peu lassée des états d'âme du jeune homme, des sautes d'humeur d' Alejandra.


L'atmosphère du livre est trouble, dérangeante, par moment je ressentais le besoin de  "prendre l'air". La dernière page tournée je ne sais toujours pas pourquoi Alejandra a tué son père, pourquoi elle s'est suicidée par le feu (même si elle "voyait souvent un incendie" dans ses rêves) donc je suis frustrée.  Alejandra garde sa part d'ombres, de ses rapports avec ses parents nous ne savons pas grand chose, mais ils semblent également malaisés et maléfiques.

Il est vrai que le destin des membres de cette branche de la famille a subi les soubresauts de l'Histoire de l'Argentine, plus que toute autre et qu' ils sont tous "plus ou moins" atteint de folie.


c'était une bonne lecture tout de même et le lien avec le précédent Tunnel est visible.


mots-clés : #amour #criminalite #famille #guerre #historique #pathologie
par Bédoulène
le Jeu 17 Mai - 8:57
 
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Sujet: Ernesto Sábato
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Irmgard Keun

Gilgi

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Originale : Gilgi – eine von uns (Allemand, 1931)

CONTENU :
Cologne vers 1930 : Gilgi vit dans une famille petite-bourgeoise, un peu trop rodée. Elle cherche avec une grande discipline l’indépendance et l’avancement professionnel. Pit et Olga sont des très bons amis, à son coté, mais donnant aussi de temps en temps leur opinion forte pour dire clairement leurs idées. Au jour de son 21ème anniversaire Gilgi entend de sa mère qu’en fait elle était adoptée et qu’elle est arrivée chez eux par une certaine Mme Täeschler. Ebranlement leger, quête de la mère, des origines... - des questions nouvelles ?! Puis apparaît un certain Martin Bruck, Bohémien, grand voyageur devant l’Eternel, et ayant 20 ans de plus. Elle tombe follement amoureuse, mais il vit tellement autrement qu’elle, sans but précis si ce n’est le plaisir immédiat, ne se souciant pas de l’argent. Est-ce qu’elle enonçera à sa façon d’être? Qu’est-ce qui en résultera ?

REMARQUES :
Comme le roman était écrit en 1931 un sous-titre français peut sembler un peu fort, parlant "des années 30", même si sensiblement certains sujets apparaissent déjà dans l’arrière-fond de l’histoire. Le titre allemand « Gilgi – l’une de nous » met un autre accent : certains problèmes de Gilgi, ainsi mon interprétation, sont ceux des gens de son époque, peut-être surtout des femmes? Tiraillées entre indépendance, amour, renoncement et recherche d’épanouissement personnelle et professionnelle. On rencontrera ici des questions, ouvertement, dont à l’époque on parlait probablement pas, et surtout pas une femme : les grossesses multiples, l’enchainement par une famille, voir : par une relation prenant trop de place, « persécutions » sexuelles au poste de travail...

Gilgi a sa vie en main (ainsi la toute première phrase du roman!), et elle ne compte pas de la perdre. Mais les aléas de la vie l’ébranlent légèrement : quête de la mère (finalement on trouvera la bizarreries qu’elle en a trois, et aucune qui compte vraiment pour elle!), perte de l’emploi, et puis surtout cette relation avec Martin qui prend de plus en plus (trop?) de place dans sa vie jusqu’à lui faire faire des choses qu’elle ne voudrait pas faire. Ainsi on est dans une tension, une lutte entre la quête de liberté et indépendance et une certaine forme de dépendance (dans un sens vaste) dans une relation amoureuse. Donc, Gilgi veut être autre, mais elle est aussi « une de nous », et en beaucoup ?! Je ressentais comme un balancement dans un champ d’attentes, d’obligations, discipline, l’indépendance, insouciance et (perte de) contrôle, de souveraineté.

Je ne vais pas raconter plus de l’histoire, assez riche et touffue. Mais Irmgard Keun m’a convaincu par « Après minuit », et je continuais donc sa découverte ici avec un roman antérieur, un de ceux qui l’ont fait connaître. Les sujets vont ici probablement parler beaucoup aux uns, tandisque pour moi c’était ici encore une fois, et avant tout (avant certains thèses « existentielles », un certain contenu qui peuvent faire frémir, voir même choquer ?) la langue et le style qui sont une merveille. Au moins en allemand. C’est inimitable comment elle utilise la langue, et éventuellement à son époque (mais qu’est-ce que j’en connais?) une des pionnières : Une écriture entre dialogue intérieur, descriptions, être adressé par soi-même ou par l’auteur, un va-et-viens entre action extérieure et monologue intérieure etc. Tout cela devient difficilement séparable, forme un tout, un continuum de pensées sautant d’ici à là. Très impressionant !

S’y ajoute - mais est-ce qu’on peut le rendre en français ? - un colorit local de Cologne, lieu de tout le roman : utilisation du dialecte, description de la ville, d’une vie d’avant la guerre qui partiellement m’ont fait sourire et m’ont rendu nostalgique.

En lisant on rit, on devient pensif ; on devient calme et, de temps en temps, cela fait mal !


mots-clés : #amour #identite
par tom léo
le Lun 30 Avr - 21:56
 
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Sujet: Irmgard Keun
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Květa Legátová

La belle de Joza

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 4 La-bel11

A Brno, dans la période qui suit l'assassinat de Heidrich, la répression s'intensifie, Eliska n'a d'autre choix que de se retirer dans le village frontalier de Zelary, changer de nom et épouser Joza, l'employé de  la forge.

C'est évidemment une fracture effroyable dans sa vie, mais elle a vite fait d'adopter le  mode de vie montagnard, de se réjouir d'une vie au sein de la nature  vouée aux travaux domestiques et artisanaux, et de fondre devant Joza, si bon, si calme, si généreux qu'il panse les plaies non cicatrisées de son enfance.

Le début du récit évoque un conte de fée à l’envers,  où ce n’est pas la fille de ferme qui devient princesse, mais la jeune médecin engagée qui se glisse dans la peau d'une paysanne, ce qui va , en quelque sorte lui faire découvrir son "prince". il y  a là une certaine naïveté, qui est en concordance avec la simplicité de la nouvelle vie qu'elle s'est faite, et s'accorde bien au style de Kveta Légatova qui n'est pas dénué d'humour.

Le récit tourne ensuite à une espèce de description ethnologique imagée des habitants des zones de montagne (où Kveta Legatova a été affectée par les autorités communistes en sanction de son comportement) et de leurs usages, qui sont l'objet de l'émerveillement ingénu d'Eliska.

Ce livre qui démarre haletant dans l'effroi de la fuite, continue dans le bonheur tranquille  d'un nouveau chemin trouvé à l'écart du monde. Mais celui-ci ne va pas tarder à donner de ses nouvelles...

mots-clés : #amour #deuxiemeguerre #exil
par topocl
le Jeu 26 Avr - 18:48
 
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Sujet: Květa Legátová
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Laurie Colwin

Une vie merveilleuse

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Guido et Vincent sont cousins et amis d’enfance. A ces trentenaires de la bonne société new-yorkaise, nantis d’un métier qui leur plaît et d’amis souriants, il ne manque que la femme de leurs rêves pour que la vie soit merveilleuse.
Ils la rencontrent au même moment, l’un en la personne de l’élégante Holly, raffinée et secrète ; l’autre, de Mitsy, descendante d’immigrés russes, la rebelle jamais rassurée.

Partie de la quatrième de couverture de l'édition poche


Bon, je vous mets la quatrième de couverture pour que vous ayez une idée de la trame du roman même si je trouve que celle-ci est très réductrice!!

Bien sûr, il faut la rencontre de ces êtres pour constituer le coeur du roman mais avant tout, je trouve que Laurie Colwin excelle dans la descriptions des êtres et des caractères de chacun, révélant les détails, les réactions de tous. A tel point que l'on a l'impression de les connaître...

J'ai adoré l'insaisissable Misty mais elle n'est plus riche qu'en comparaison de la réserve raffinée de Holly...

C'est une tranche de vie, celles de ces éternels adolescents trentenaires new-yorkais qui décident un jour de devenir adultes. Il ne se passe pas grand-chose au fil des pages mais on se plait en leur compagnie excentrique et parfois futile qui font que la vie pétille un peu plus quand on tourne la dernière page.

Laurie Colwin est une merveilleuse conteuse de "tempéraments" !


Un roman qui ressemble à un lancé de confettis. Plein de couleur, poétique et aussi parfois très critique d'une société.


mots-clés : #amitié #amour
par kashmir
le Dim 22 Avr - 16:35
 
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Sujet: Laurie Colwin
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Nicole Krauss

La grande maison

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Que reste-t-il quand on a tout perdu ?

Nadia vit à New York. Son mari l'a quittée, son appartement est presque vide, les livres qu'elle écrit se vendent peu.

À Londres, Arthur affronte la maladie de sa femme, Lotte. Il découvre qu'elle lui a caché une partie de son passé. Isabel, une américaine venue étudier à Oxford, rencontre un antiquaire qui mène une traque incessante pour retrouver les biens juifs confisqués par les Nazis.

Au même moment, à Jérusalem, Aaron tente de se rapprocher de son fils, Dov, et lui adresse une lettre bouleversante.

Exilés de leur propre vie, tous sont liés sans le savoir par un objet mystérieux, un bureau comportant dix-neuf tiroirs qui aurait appartenu à Federico Garcia Lorca.

Ce livre où les récits s'entremêlent célèbre le pouvoir de l'écriture. Malgré les ombres de l'Histoire, une force subsiste, poussant chacun vers la vie, la rédemption.

Quatrième de couverture


Autant le dire tout de suite, j'ai adoré cette lecture même si je l'ai trouvée, pour bien des raisons, très perturbante.


C'est un roman à plusieurs voix, qui vont forcément à un moment, se répondre ou s'entremêler, mais il faut attendre la fin du livre pour en savoir un peu plus.

Spoiler:
Quoique certaines questions resteront en suspens...


Je l'ai découvert comme un roman sur l'incommunicabilité entre les êtres pourtant liés par des sentiments très intimes, un roman sur l'étouffement d'un amour trop fort, un roman sur le regard que l'on porte sur une vie écoulée.
Le livre fait évoluer les personnages au milieu de l'Histoire du vingtième siècle et , en cela, est enrichissant. On s'attache à certains personnages plutôt qu'à d'autres, on essaye de comprendre la motivation de leurs actes sans jamais oublier que les tourments des guerres modifieront à jamais leur perception de l'existence choisie ou subie.
C'est aussi un roman sur l'écriture, le travail de l'écrivain et les choix qu'il entraîne.


Au milieu de cela, le bureau aux nombreux tiroirs dont un seul est verrouillé...quel lien le lie aux différents époques, aux différents personnalités ?


Juste une dernière précision - j'ai choisi de ne pas vous dévoiler le roman car chacun l'approchera avec son propre vécu - : la dernière page tournée, il vous hantera longtemps car  il vous aura laisser beaucoup de questions auxquelles, il vous faudra tenter de répondre.

mots-clés : #amour #contemporain #creationartistique
par kashmir
le Dim 8 Avr - 14:14
 
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Sujet: Nicole Krauss
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David Foster Wallace

Petits Animaux inexpressifs

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Nouvelle narrant l’histoire de l’équipe de production et de réalisation du jeopardy. Dans es années 80 quand il fallait relancer ce jeu célèbre. Précisions que cette histoire est intégrée dans le recueil de nouvelles La fille aux cheveux étranges que je n’ai pas lu.
Cette histoire globale est incrémentée dans l’histoire d’amour de deux jeunes femmes abîmées, la candidate phare du jeu et l’encyclopédiste chargée des questions. Des personnages avec une forte psychologie, un style mi sarcastique mi cynique font de cette histoire une fiction intéressante. L’autisme et le lesbianisme sont des thématiques de société qui n’ont malheureusement pas évolué dans le bon sens et on y décèle les mêmes enjeux et les mêmes incompréhensions. Que dire à autrui ? Comment l’expliquer ? C’est notre vécu ? Notre nature ?
Une fiction simple avec un propos émouvant et intelligemment mené.

****
mots-clés : #amour #identitesexuelle #pathologie #psychologique
par Hanta
le Jeu 5 Avr - 10:30
 
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Sujet: David Foster Wallace
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Mathias Enard

Remonter l'Orénoque

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Joana, jeune infirmière recommence une nouvelle vie. Elle remonte l’Orénoque à la recherche d’un père qu’elle a à peine connu, disparu depuis longtemps, quelque part dans le sud, dans la forêt du plateau des Guyanes.
Elle fuit également Paris et l’hôpital où elle travaillait :

« … Je les ai vues, je les ai accompagnées ces chairs dolentes, ces chairs allongées soignées par des hommes debout, cette humiliation constante du corps allongé à l’hôpital, on se penche vers vous, sur votre cas, vous voici dépossédé d’une grande partie de vous-même remise entre les mains d’un autre corps, médical celui-là, qui en fait son commerce et sa gloire, et moi, mes patients j’ai appris à les mettre à distance, à les rejeter loin de moi, à les soigner mécaniquement sans les guérir, malgré le trouble et les affects, inévitables, qui se fabriquent parfois dans la main d’un homme, dans le secret de doigts refermés, malgré le rejet, le dégoût, la haine même d’autres chairs pourtant tout aussi allongées : certaines ont le don de vous mettre hors de vous, d’autres vous émeuvent, et c’est peut-être par peur, par peur de ces intrusions que j’ai choisi le bloc opératoire, pour remplacer les voix des patients par le cliquetis des instruments et le silence des viscères, refuser le danger où je me voyais mise, ainsi face à la compassion. »


Là bas, Joana s’est trouvée à la pointe d’un triangle amoureux avec deux médecins. Le narrateur, Ignacio, la cinquantaine, à la vie bien réglée avec femme et enfant, malade de désir pour Joana et de culpabilité envers son épouse. Et le jeune Youri, être fantasque, fêlé au plus profond de l’être et engagé dans une course à l’abîme alcoolique :

« .. je sentais qu’il allait distribuer les responsabilités, une par une, à tout le monde, elle comprise, qu’il finirait par en revenir à lui-même, qu’il s’écouterait, se jugerait, s’apitoierait sur son sort et finirait par se condamner, comme toujours, incapable de sortir du cercle, de briser l’aporie, il se fracassait toujours contre le même écueil, fouillait, fouissait autour de lui en aveugle pour découvrir un sens, un but qu’il ne trouvait nulle part, et dès qu’il le sentait proche, dès que la vie ou la mort le lui mettait dans les mains, il le rejetait pour son absurdité, cherchant ailleurs toujours plus loin, toujours plus profond une illumination, une révélation qu’on lui refusait parce qu’il n’y croyait pas, en vérité c’est lui le hamster sur sa roue, il tourne à l’infini dans le noir, sa conscience ne lui sert à rien, tous les livres qu’il lit mal non plus… »


Joana tente de sauver Youri qui l’entraîne dans son délire suicidaire, Ignacio tente de la sauver…
Après une crise terrible, voilà donc Joana sur un vieux bateau en train de remonter l’Orénoque :

« Et moi à quoi renaîtrai-je, au bout du fleuve, à un nouvel emploi, une nouvelle vie à Sao Paulo, à Rio ou à Lima, à un enfant que je chargerai de continuer l’illusion, le cours des choses, auquel je me consacrerai, qu’il poursuive – à ma place, en mon lieu et place – l’aventure désordonnée que je tiens de ma mère, m’effaçant à mon tour, poussé hors du monde petit à petit dans l’exil, lentement, comme on voit, dans les sables, des ossements transformés doucement en opales, les corps abandonnés dans la terre deviennent des richesses, après un temps incalculable de repos, de patience, et les émeraudes ou l’ambre qu’il y a dans les sédiments sont la preuve de ce passage de la mémoire à l’or, dans la putréfaction, et mon exil ne sera ni vain ni glorieux, j’irai me mélanger aux boues de l’Orénoque et retrouver mes racines, comme on dit, elles ne sont qu’un champ de ruines fertiles où poussent les pierres précieuses, lointaines et anonymes, de tant d’humains mêlés. »


Ignacio la fait revivre par l’écriture :

« … Je la frôle dans l’encre, aujourd’hui, et l’écriture est peut-être le seul moyen que nous avons d’atteindre, de parvenir à l’autre, je peux prendre sa place, la voir, la faire tourner sous mes yeux, et même, comme un golem troublant, la tirer de la boue du fleuve pour la ramener vers moi, interrompre le voyage où elle m’oublie, sans doute, et me rappeler à elle. »


C’est un court roman, le deuxième de Mathias Enard, que j’ai trouvé d’une force étonnante par les sujets abordés : les corps, le manque, le désir :

« Le corps est la chose la plus infidèle qui soit, il essaye de combler, de remplir ses vides – défaut d’origine, de matrice – par d’autres liens, d’autres plénitudes dans une volonté aveugle, toujours, d’infini recommencement, de retrouvailles pour retenir, un temps, l’anéantissement et la décadence dans le don de soi et l’oubli,… »


« Ce sont nos blessures qui nous font, nos douleurs qui nous fabriquent, nos manques qui nous construisent, en creux, nous sommes coulés dans le moule du désir, il nous modèle en nous torturant, nous donne la forme de ce que nous n’avons pas, c’est le vide entre deux mondes, l’énergie entre deux corps qui se repoussent en se touchant, qui s’annulent dans l’étreinte si jamais ils s’atteignent, c’était prévu depuis le départ, il n’y avait rien à faire, donc rien à regretter… »


La prose de Mathias Enard est d’une beauté envoûtante. Ce sont de très longues phrases, parfois plus d’une page, qui se déploient, sinueuses, majestueuses comme les eaux du fleuve, d’autres très courtes et sèchent. On y sent la boue charriée par l’Orénoque, les cris des oiseaux dans la forêt, à la tombée du jour ou le crissement du bistouri ouvrant les corps dans la salle d’opérations.

Un énorme coup de coeur  drunken  drunken  drunken


mots-clés : #amour
par ArenSor
le Mar 27 Mar - 18:05
 
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Sujet: Mathias Enard
Réponses: 66
Vues: 2494

Salman Rushdie

La terre sous ses pieds

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Vina Apsara, star pop à la voix irrésistible, aime le génie musical Ormus Cama qui crée leur célèbre groupe rock, qui l’a découverte, puis perdue, la recherche et la retrouve, fou d’elle. Leur romance épique est narrée par Rai, ami d'enfance d'Ormus dans le Bombay des années 1950, et amant secret de Vina, qui les suit dans leur ascension en Angleterre puis aux USA, et sur toute la planète.
Ça c’est le pitch du scenario, mais il est réducteur. Le personnage principal, ce sont les mythologies indienne, grecque, en fait d’un peu partout, y compris nord-américaine (celle du showbiz), juxtaposées en une mythologie globale (mais plus dionysiaque qu’apollinienne), avec leur fondement de tragédie et destinée, et des refrains comme « Ce n’est pas ça qui devait arriver. » Avec toujours le mythe vivant que forment les deux principaux protagonistes. C’est donc un roman de la démesure, de la folie, de l’hybris, de la passion, soit l’univers mythologique transposé (ou prolongé, ou se perpétuant) de nos jours.
Un des centres est le mythe d’Orphée, un autre la culture rock, un autre encore celle de la photo (soit un monde qui imagine beaucoup, l’imaginaire étant la création d’images nouvelles, ce à quoi Rushdie excelle, étudiant la société actuelle en fabulant dessus).
D’autres thèmes sont repris : le jumeau, ou l’autre, le double mort ; la dualité qui ne se résume jamais à elle-même ; « l’amour tardif », quand il est trop tard…
Jusqu’aux tremblements de terre, qui respectent les frontières Nord-Sud, Occident-Orient : nous voici au Nouvel Âge des New Quakers !
Quand les dieux sont morts, et que la terre veut se débarrasser de nous… mais les amants mythiques sont toujours là.

« L’espèce humaine est naturellement, démocratiquement polythéiste, à part l’élite évoluée qui s’est totalement dispensée du besoin de dieux. […]
Quand nous cesserons de croire aux dieux, nous pourrons commencer à croire à leurs histoires. Bien sûr, les miracles n’existent pas, mais s’ils existaient, alors, demain, on se réveillerait pour trouver encore plus de croyance sur terre, plus de dévots chrétiens, musulmans, hindous, juifs, alors bien sûr on pourrait se concentrer sur la beauté des histoires parce qu’elles ne seraient plus dangereuses, elles seraient capables d’inspirer la seule croyance qui mène à la vérité, c'est-à-dire la croyance volontaire et non croyante du lecteur dans le récit bien raconté. » (15)


Rushdie se sert de différents genres, uchronie, anticipation, parodie, et use de jeux de mots, d’onomatopées, d’allusions référant à la politique, la littérature, les musique et cinéma :

« Plus minable que la salle des personnages de films et de séries télé jamais tournés est la pièce des rôles de théâtre non joués, et encore plus lamentable est la Chambre des députés, des trahisons futures, et le bar des livres non écrits, et la ruelle des crimes non commis [… » (4)


Urbanisation cupide de Bombay après l’indépendance :

« Une ville de pierres tombales se dresse sur le cimetière de tout ce qu’on a perdu. » (6)


Déshérence de l’émigré d’Inde à Londres, avant l’Amérique (livre de 1999) :

« Inde, fontaine de mon imagination, source de ma sauvagerie, toi qui m’as brisé le cœur.
Adieu. » (Fin de 8 )


Vision sévère du monde occidental, donc, y compris les USA :

« Cette Angleterre-là, corrompue par le mysticisme, hypnotisée par le miraculeux, les psychotropes, amoureuse des dieux venus d’ailleurs, a commencé à l’horrifier. Cette Angleterre-là est une région sinistrée, les vieux condamnent les jeunes en les envoyant à la mort sur des champs de bataille lointains et les jeunes leur répondent en se condamnant eux-mêmes. » (10)

« De nous trois, seule Vina a fait un voyage de retour, c’est elle qui, la première, a été prise dans le tourbillon dévorant de la faim spirituelle du monde occidental, ses abîmes d’incertitude, et elle est devenue tortue : une carapace dure sur un intérieur rempli de bouillie. Vina, la rebelle, la hooligan des mots, la hors-la-loi, la femme marginale : ouvrez-là, et vous trouverez le cristal et l’éther, vous trouverez quelqu’un qui désire être un disciple, quelqu’un qui désire ardemment qu’on lui montre le droit chemin. » (11)


Comme dans un récit d’univers parallèles, deux mondes s’interpénètrent ou entrent en collision, le nôtre et un autre (« l’autremonde », qui se révèle une variante ratée), par des déchirures, des contradictions du réel :

« …] notre irréconciabilité intérieure, la contradiction tectonique que nous avons tous en nous et qui a commencé à nous déchirer en petits morceaux comme la terre instable elle-même. » (11)


C’est un livre-monde, une œuvre totalitaire (et je m’y suis un peu enlisé ; près de 800 pages, mais ce genre de livre nécessite cette abondante matière).

J’ai constaté des contresens et des flottements au niveau de la traduction ‒ presque inévitablement, compte tenu de la somme à traduire en peu de temps.

J’ai pensé à John Irving vers le début, peut-être à cause de la sensibilité à l’enfance malheureuse. Plus évidents, il y a une proximité avec certaines œuvres de science-fiction, et une parenté avec des auteurs comme Don DeLillo.

« Mais le passé ne perd pas sa valeur en cessant d’être le présent. En fait, il est plus important parce qu’il est devenu invisible pour toujours. » (5)

« Il errait dans les rues le jour et la nuit, à sa recherche, la femme qui n’était nulle part, il essayait de l’extraire de la foule des femmes qui étaient partout, il découvrait quelques fragments dont il pouvait s’emparer, quelques bribes auxquelles il pouvait s’accrocher, dans l’espoir que ce nuage puisse au moins faire qu’elle vienne le visiter dans ses rêves.
Telle fut sa première quête d’elle. Pour moi cela me semblait presque nécrophile, vampirique. Il suçait le sang des femmes vivantes pour faire vivre le fantôme de la Disparue. » (6)

« La culture a besoin d’un vide pour s’y précipiter, quelque chose d’informe à la recherche des formes. » (13)

« L’espèce humaine est naturellement, démocratiquement polythéiste, à part l’élite évoluée qui s’est totalement dispensée du besoin de dieux. […]
Quand nous cesserons de croire aux dieux, nous pourrons commencer à croire à leurs histoires. Bien sûr, les miracles n’existent pas, mais s’ils existaient, alors, demain, on se réveillerait pour trouver encore plus de croyance sur terre, plus de dévots chrétiens, musulmans, hindous, juifs, alors bien sûr on pourrait se concentrer sur la beauté des histoires parce qu’elles ne seraient plus dangereuses, elles seraient capables d’inspirer la seule croyance qui mène à la vérité, c'est-à-dire la croyance volontaire et non croyante du lecteur dans le récit bien raconté. » (15)

« Nous changeons ce dont nous nous souvenons, puis cela nous change, et ainsi de suite, jusqu’au moment où nous nous effaçons ensemble, nos mémoires et nous-mêmes. Quelque chose comme ça. » (16)

« …] les chansonnettes regrettables devenues les hymnes totémiques du Nouvel Âge des tremblements. Nous ne devons pas considérer Ormus Cama comme il prétend modestement le faire, un simple troubadour ou un rocker ; car sa musique de haine de soi et du déracinement a été pendant longtemps au service, je dirais même au cœur, de l’Occident où la tragédie du monde est reconditionnée pour l’amusement de la jeunesse, et dotée d’un rythme contagieux qu’on marque du pied. » (18)


Amour, ConteMythe (et Mondialisation dans un certain sens)


mots-clés : #amour #contemythe #mondialisation
par Tristram
le Mar 20 Mar - 14:22
 
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Franck Bouysse

Glaise

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Sur fond de guerre de 14, au fin fond du Cantal rural, ceux et celles qui ne sont pas partis au front tentent de survivre, et affrontent l'amour et la haine.

Les péripéties sont totalement prévisibles dans les deux premiers tiers du livre, et ce qui innove un peu à la fin est préparé mine de rien  par des dialogues-pièges semés ça et là entre les chapitres pour feinter le lecteur. Les personnages sont, on dira dans ce contexte rural, taillés à la serpe, la nuance  ne semblant pas faire partie de la psychologie des habitants du Cantal. Assez curieux de voir ces paysans de peu de mots alterner entre le dialogue utilitaire  et les interrogations philosophico-existencielles. Enfin, parmi les scènes vraiment "terroir", un certain plaisir à se complaire dans la vilénie assez morbide.

Tout cela dans un style ronflant à force d'être travaillé, avec des métaphores "poétiques" qui fleurissent à chaque page (oui, à chaque page, ce n’est pas une façon de parler).

Cet avis n'engage que moi, Le Monde recommande, mon libraire recommande, Babelio note 4.25/5...

Mots-clés : #amour #identitesexuelle #premiereguerre #ruralité
par topocl
le Sam 10 Mar - 9:36
 
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Gustave Flaubert

Madame Bovary

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Comment le récit d’une banale histoire d’adultère dans la bourgeoisie provinciale du 19e siècle devient-il un chef-d’œuvre de la littérature ? Et comment lire aujourd’hui ce roman en tentant de faire abstraction des multiples exégèses dont il a fait l’objet depuis sa parution ?

Tout au long de ma lecture, j’avais en arrière-plan cette affirmation de l’auteur : « Madame Bovary, c’est moi ! », phrase d’ailleurs qu’il n’a peut-être jamais prononcée (voir ici)
Quelles interprétations lui donner ?

La première qui me soit venue à l’esprit est l’investissement que Flaubert a mis dans cet ouvrage sur lequel il a travaillé de nombreuses années et qu’il a constamment modifié pour en faire une sorte d’œuvre d’art parfaite. La maïeutique a été longue et douloureuse. On comprend que Madame Bovary lui ait tenu à cœur. Ce livre, c’est lui !
J’ai été sensible à ce fameux « style », marque de fabrique de l’écrivain, mais peut-être plus à la construction du récit dont on parle moins souvent. Il s’agit pourtant d’une architecture élaborée avec une montée progressive des périls jusqu’à la catastrophe finale.

Mais « Madame Bovary c’est moi !» peut aussi s’entendre comme identification de l’auteur avec son héroïne, ce qu’on entend sous le terme de bovarysme. Qui est en fin de compte Emma ? une jeune femme de la petite bourgeoisie agricole de Normandie, nourrie dans sa jeunesse par la littérature romantique, qui rêve du grand amour, d’un destin hors du commun. Elle rencontre « Charbovari », grand cœur mais très terre à terre et manquant quelque peu de poésie. C’est l’histoire donc de deux mal mariés, ce qui entraîne l’un dans l’incompréhension de sa femme et l’autre dans la haine de l’époux.

En effet, Emma se trouve enfermée dans un village perdu de la campagne, monde fermé, mesquin, petit-bourgeois qui suinte l’ennui, la routine, l’espionnage des voisins. Il suffit d’en voir les descriptions qu’en donne Flaubert pour comprendre à quel point cette situation est un mouroir à petit feu.
Invitée à un bal par le châtelain, Emma découvre qu’il existe une autre vie, faite de plaisirs, de luxe, de raffinement, de rêve et d’idéal également. Elle est fasciné par les jeunes aristocrates.

« Dans leurs regards indifférents flottait la quiétude de passions journellement assouvies ; et, à travers leurs manières douces, perçait cette brutalité particulière que communique la domination de choses à demi faciles, dans lesquelles la force s’exerce et où la vanité s’amuse, le maniement des chevaux de race et la société des femmes perdues. »"]« Dans leurs regards indifférents flottait la quiétude de passions journellement assouvies ; et, à travers leurs manières douces, perçait cette brutalité particulière que communique la domination de choses à demi faciles, dans lesquelles la force s’exerce et où la vanité s’amuse, le maniement des chevaux de race et la société des femmes perdues. »


Plus tard, elle pense rencontrer ce bonheur sous les traits de Léon, le jeune clerc de notaire. Il est beau, sensible à la poésie, possède une âme romantique. Les deux oiseaux isolés se plaisent, mais Léon doit poursuivre ses études à Paris. Amour resté platonique, mais première fêlure dans l’univers romanesque d’Emma et première trahison de Charles.

Le bonheur le voici vraiment cette fois, en la personne de Rodolphe, plus âgé que Léon, ayant du « vécu », bien fait de sa personne, beau parleur, disposant de substantiels revenus et habitant le manoir d’Yonville-l’Abbaye. Emma tombe rapidement sous le charme. S’engage alors une liaison passionnée.

« Quant à Emma, elle ne s’interrogea point pour savoir si elle l’aimait. L’amour, croyait-elle, devait arriver tout à coup, avec de grands éclats et des fulgurations, -ouragans des cieux qui tombent sur la vie, la bouleverse, arrache les volontés comme des feuilles et emporte à l’abîme le cœur entier. Elle ne savait pas que, sur la terrasse des maisons, la pluie fait des lacs quand les gouttières sont bouchées, et elle fût ainsi demeurée en sa sécurité, lorsqu’elle découvrit subitement une lézarde dans le mur. »


Mais Emma est trop passionnée justement, elle veut fuir en Italie avec Rodolphe. Celui-ci prend peur, l’affaire va trop loin et puis cette maîtresse commence à l’ennuyer. Il l’abandonne donc et s’enfuit sur Paris.
C’est une profonde trahison pour Emma et une secousse qui l’ébranle de la tête aux pieds, au point que commencent de vrais troubles physiques : évanouissements, sautes d’humeur, repli sur soi, haine de plus en plus marquée pour Charles.

« Oui, murmurait-elle en grinçant des dents, il me pardonnera, lui qui n’aurait pas assez d’un million à m’offrir pour que je l’excuse de m’avoir connue… »


Elle pense trouver le repos dans la religion, mais comme toujours en adoptant une approche exaltée. Le brave curé est à mille lieux de pouvoir comprendre quoi que ce soit au désarroi d’Emma.

Enfin elle retrouve Léon, plus mûr mais toujours aussi amoureux ; nouvelle liaison, nouveaux mensonges, passion hors du commun, folle course à l’abîme d’un être qui a perdu tout repaire, toute dignité… Là encore, l’amant se révélera d’une rare lâcheté.
En fin de compte le seul vrai amant d’Emma fut Charles, amant qu’elle n’a pas su, qu’elle n’a pas voulu voir. Pourtant le seul mâle qui serait à sauver dans cette histoire sordide.

Madame Bovary n’est-ce pas Flaubert engoncé dans la médiocrité du quotidien, rêvant d’Orient, de Salambo… ? N’est-ce pas nous ?

Emma Bovary c’est le romantisme porté à son extrême, une femme de caractère qui rêve d’idéal et qui se heurte sans cesse à la médiocrité du monde, à la lâcheté des hommes. Dans la dernière partie du livre c’est un papillon affolé, qui perd pied, qui va au bout de la trahison, de l’humiliation. C’est également, un être capable de rouerie, de désirs mesquins et qui peut se révéler futile et boursouflé de vanité. Emma est séduisante, agaçante, répulsive tout à la fois. Multiple Emma dans laquelle le lecteur trouvera toujours une part de lui-même. Emma qui exercera sa fascination à différents âges de la vie, des relectures. Peut-être une clef pour la transformation de ce récit en chef d’œuvre ?

Curieusement, j’ai beaucoup pensé à des chansons de Brel qui a su trouver des mots justes pour décrire le heurt de l’idéal à la médiocrité du réel.

« Car tout bourgeois, dans l’échauffement de sa jeunesse, ne fut-ce qu’un jour, une minute, s’est cru capable d’immenses passions, de hautes entreprises. Le plus médiocre libertin a rêvé de sultanes ; chaque notaire porte en soi les débris d’un poète. »


« N’importe ! elle n’était pas heureuse, ne l’avait-elle jamais été. D’où venait cette insuffisance de la vie, cette pourriture instantanée des choses où elle s’appuyait ?... »


« Elle avait des paroles tendres avec des baisers qui lui emportaient l’âme. Où donc avait-elle appris cette corruption, presque immatérielle à force d’être profonde et dissimulée ? »


« Il s’efforçait même de ne pas la chérir ; puis, au craquement de ses bottines, il se sentait lâche, comme les ivrognes à la vue des liqueurs fortes. »


« Puis, se calmant, elle finit par découvrir qu’elle l’avait sans doute calomnié. Mais le dénigrement de ceux que nous aimons toujours nous en détache quelque peu. Il ne faut pas toucher aux idoles : la dorure en reste aux mains. »


Petite anecdote : j’ai rencontré dans le livre un lointain ancêtre qui ne faisait pas un métier très joli !

« Elle fut stoïque, le lendemain, lorsque maître Hareng, l’huissier, avec deux témoins, se présenta chez elle pour faire le procès-verbal de la saisie. »


Autre anecdote : je vois une pastille sur la couverture du livre "bac 2015". Je me souviens vaguement avoir lu "Madame Bovary" dans le cadre scolaire, sans en avoir gardé aucun souvenir....


mots-clés : #amour #psychologique #xixesiecle
par ArenSor
le Mar 6 Mar - 19:13
 
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Sujet: Gustave Flaubert
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Paul Auster

4 3 2 1

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Quel dommage que ce livre fasse 1 000 pages, qu'il pèse 1 tonne, cela va décourager tant de lecteurs ! Quel plaisir que ce roman de la démesure, qu'il fasse 1000 pages, qu' on s'y vautre, qu'on s'y traîne, qu'on s'y love, qu'on y tremble et qu'on y pleure, qu'on y rie, qu'on s'y attache, qu'on y retrouve tant  de souvenirs propres , qu'on y apprenne tant…

Bien sûr, certains aimeront, d'autres pas, mais comment ne pas reconnaître à Paul Auster, cet homme courtois, lumineux, intelligent, d'être en plus un auteur hors-pair, hors normes, qui nous livre ici son Grand Roman Américain, typique d'un lieu et d'une époque, tentaculaire et omniscient et qui ne ressemble à aucun autre? Comment ne pas lui reconnaître un talent extraordinaire de conteur, tant dans la structure narrative, profondément originale et parfaitement maîtrisée, que dans l'écriture d'une richesse, d'une vivacité, une inventivité qui n'est que le reflet de celle de la vie de son (ses) héros, "mes quatre garçons" les appelle-t'il, tellement jeunes et tellement mûrs, tellement heureux et tellement désespérés, tellement attachants?

On l'a dit partout, Archibald Isaac Ferguson est un jeune juif new-yorkais des banlieues dans l'après-guerre, de cette classe moyenne qui, Dieu merci, recherche son émancipation non dans la consommation et la frivolité, mais dans la création, (l'écriture en l'occurrence ), la réflexion, la remise en question, la recherche d'une justice et des libertés. Et comme Ferguson est un enfant puis un jeune homme réfléchi, si souvent "adulte", qui s'interroge en permanence sur la destinée, le rôle du hasard et des choix, Paul Auster, par des glissements dans son environnement, lui offre quatre destins, tout en préservant sa personnalité centrale, qui va évoluer, certes, varier selon les versions, mais rester là comme un noyau fondateur.

Tour de force, Paul Auster déplace sur une vingtaine d'années les personnages (Ferguson et tout son complexe environnement familial et amical)  avec malice, sur son échiquier élaboré, sans jamais perdre le lecteur, en tout cas jusque ce qu'il faut pour que cela soit délicieux de se laisser porter, d'essayer de venir vérifier un détail en arrière et finalement y renoncer, car finalement, on s'en fout, l'instant est là qui nous emporte: il y a cet humour, cette clairvoyance, cette tendresse pour les personnages quels qu'ils soient,  cette générosité sans limites de l'auteur et c'est ce qui importe..  Il y a ce souffle époustouflant à décrire l'intimité d'un jeune homme en formation, son incroyable relation avec une mère toujours ouverte, toujours accueillante, toujours encourageante, jamais envahissante, qui est la clé de sa personnalité, de son aptitude à de devenir un explorateur et un conquérant (un conquérant sympathique) dans tous les domaines : les études, l'écriture, le positionnement politique, le sport, la culture, l'amour, le sexe… L'existence des quatre histoires enrichit formidablement cette façon d'aborder  l'élaboration d'une personnalité, lui donne une puissance, une profondeur.

Les quatre Ferguson ont tous  une relation à l'écrit, qui n'est pas la même, poète, journaliste, prosateur… à succès ou sans succès, tous dans une recherche absolue de sincérité, dans un désir d'inventer de nouvelles voies, et ceux qui cherchent à savoir ce qu'est la littérature ne manqueront pas de trouver ici de nombreuses pistes.
Mais Auster élargit son discours à tous les arts, rend un hommage à un nombre incalculable d' œuvres qui ont marqué son propre apprentissage culturel, les livres, les films, les pièces musicales, le sport qui en même temps qu'un épanouissement physique est un art. Il raconte le plaisir des premières fois,  ces innombarables premières fois qu'il faut connaître, les unes après les autres, pour se construire en tant qu'homme vivant.
Il rend hommage aux médiateurs, parents, adultes bienveillants, amis, petites amies et petits amis, professeurs, tous sources d'inspiration, donneurs de conseils, tuteurs attentionnés, guides à travers le monde, tous  ces gens qui nous aiment, et qui font que nous devenons qui nous sommes.

Il raconte comment la jeunesse née après guerre, dans cette euphorie du jamais-plus et de la quête du bonheur enfin aboutie, sa jeunesse à lui, a grandi au contraire dans  une Amérique violente, autoritaire, imbue d'elle-même, violant les libertés individuelles, méprisant les individus (l'assassinat de Kennedy, de King, la lutte pour les droits civiques, la guerre du Vietnam, les émeutes raciales). Comment elle a fait fleurir en son sein  la révolte et parfois l'engagement.

Il y a enfin New-York, ville tentaculaire, détestable et magnifique, ses rues numérotées où déambuler nuit et jour, ses cafés, ses odeurs, ses taudis, ses habitants, ses universités, ses banlieues d'où chacun rêve de s'échapper...

Et puis, on tourne la 1015ème page... et c'est fini.
Déjà.... pale
Tant pis, il nous reste Paul Auster, il parait qu'il a déjà commencé à écrire son prochain livre!



mots-clés : #amitié #amour #communautejuive #creationartistique #identitesexuelle #insurrection #lieu #relationenfantparent #sports
par topocl
le Sam 3 Mar - 10:58
 
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Tchinguiz AITMATOV

Le premier maître

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Ouvrage comprenant trois nouvelles je vais donc les commenter à part.

Mon petit peuplier :

Magnifique histoire de vie, la plus longue de l'ouvrage,  histoire d'amour et descente aux enfers mélancolique d'un homme. Un homme qui désirait tellement posséder le monde entier qu'il ne comprît pas qu'il possédait déjà son monde à lui.
L'histoire d'un chauffeur routier emprunt de son pays et de ses désirs d'ascension sociale, d'un homme ambitieux là où le coeur des hommes est à l'opposé du désert naturel. La spontanéité et la franchise des personnes m'ont surpris, peut être suis trop occidental ou est ce la nouvelle qui est ancienne je ne sais pas, toujours est il que ces personnalités directes et si brutes ont quelque chose parfois de poétique et parfois d'exubérant ce qui n'est pas déplaisant cela ajoute du corps au récit.
J'ai été vraiment emballé par cette nouvelle. Et très ému.

L'oeil du chameau

La nouvelle qui m'a le moins plu et pourtant j'ai beaucoup apprécié ce moment. L'histoire d'un jeune étudiant qui décide de travailler dans un kolkhoze loin de chez lui et qui va littéralement en baver. Quête existentielle et expérience initiatique dans un monde abrupte, peuplé de personnes abîmés, il demeure une joie en l'avenir très proche de l'idéal communiste promis à tant de gens qui en sont morts.
On sent poindre l'ironie et un petit message envers le stackhanovisme avec la mise ne opposition d'un romantisme individuel.
C'est touchant, cela me fit penser à certaines oeuvres dites de nature wrinting américaines.

Le premier maître

Récit magnifique, encore une fois, de et auteur que je ne connaissais pas. L'histoire d'un homme qui se servit des principes du soviétisme pour faire le bien à la hauteur de ses facultés, l'histoire d'une élève devenue une grande figure intellectuelle qui se remémore son mentor, l'amour pour celui-ci qui lui apprît à apprendre, à comprendre, la nostalgie et finalement une relation qui ne sera pas toujours positive. L'atmosphère est sensiblement la même d'un récit à un autre on y retrouve une exaltation des émotions, du souvenir, et une mélancolie quant à la place de chacun.


mots-clés : #amour #initiatique #nouvelle
par Hanta
le Mar 27 Fév - 11:01
 
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Sujet: Tchinguiz AITMATOV
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Emmanuel Carrère

Un roman russe

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C'est donc une relecture. Et bien , je comprends bien pourquoi je n'avais pas aimé. Je continue à ne pas pouvoir dire que j'ai aimé. Mais.  Mais ce livre est complexe, ambigu et tragique, comme son auteur.

Il s'agit d'un  fatras absolu qui pourrait avoir pour sous-titre Quelques mois de la vie d'Emmanuel Carrère.

Au premier chapitre, il part en reportage sur les traces d'un soldat Hongrois qui a été hospitalisé pendant 50 ans dans un hôpital psychiatrique russe, finalement identifié et ramené à sa famille,  ne parlant plus que par bribes , ne se souvenant de rien. Super sujet, traité de façon frustrante sur un chapitre.

A l'occasion du reportage à Kotelnitch, où est  l’hôpital psychiatrique, Emmanuel Carrère y est séduit par ce village post-soviétique  agonisant, où il parait impossible de vivre mais où des gens survivent quand même. Il tisse des liens et il finira par y revenir fasciné un mois durant, pour s’imprégner de cette vie si étrange pour nous, une non-aventure typiquement carrérienne qui a son charme décadent, et finit  tragiquement.

Pendant la même période il cherche à faire aboutir le projet d’écrire sur son grand-père géorgien immigré  au moment de l'annexion de la Géorgie par l'Union Soviétique, personnalité aussi tourmentée que son petit-fils, malmené par la vie jusqu'à son arrestation et sa disparition mystérieuse en 44, sans doute liée à ses activités d’interprète pour les Allemands. Il pense que creuser l'abcès de ce mystère pourra l'aider à mieux assumer son propre malêtre.

Voilà. Tout ça, quoique un peu disparate, et pas complètement abouti,  c'est épatant. Du Carrère comme on l'aime.

Seulement manifestement cela ne suffisait pas, ou peut-être n'était que le prétexte pour que Carrère,  adolescent amoureux de nous parler de Sophie, la belle Sophie, la Sophie amoureuse,  Sophie qui fait si bien l'amour en présence ou au téléphone , Sophie, l'amour de sa vie. Cependant comme Carrère est, cela ne change pas, totalement immature, égocentrique, égoïstement torturé, supérieur, maladroit, possessif, infantile, cela finit mal et on a droit à tous les détails de cette rupture en plusieurs actes. Au centre de celle-ci, une nouvelle érotique dont Carrère semble très fier, mais que j'ai trouvée d’une longueur.... Et puis des dialogues répétés du genre Tu es l'amour de ma vie mais je ne peux pas te supporter. Tu es la femme que j'aime mais je suis un si sale type. Tu es l'amour de ma vie mais séparons nous, je souffre trop...

Dreep est plutôt indulgent quand il qualifie ça de
@Dreep a écrit: une histoire de cul et de cocu avec sa copine du moment qu'il a étalé dans Le Monde, je crois.

C'est une pleurnicherie infantile, un règlement de compte lamentable, une bombe à retardement dans la vie de la pauvre Sophie.


Manifestement Carrère se complaît dans sa démonstration qu'il est un sale type ( tout en n'omettant pas de nous dire qu'il peut bander sans interruption toute la nuit), un peu comme si le fait de taper sur lui-même l'autorisait à dire tout et n'importe quoi sur les autres. Quelle "sincérité" mal placée! Surtout que c'est carrément rasoir et complaisant, désobligeant, obscène (pas tant les histoires de cul que l'étalage privé et le règlement de compte).

Tout cela pose la question de la liberté de l'artiste. Comme l'a dit Dreep, Sophie existe. Elle avait un autre homme en "roue de secours" et ce pauvre type en prend aussi plein la figure. Et puis la mère de Carrère (personnage publique, Hélène Carrère d'Encausse) lui demande de ne pas dévoiler l'histoire du grand-père et il s'en fout. Il n'en fait pas un portrait très glorieux, de sa mère, mais quand même elle n'est pas un monstre non plus.

Donc, un seul conseil, si vous êtes amené à fréquenter Carrère, prudence, même "si vous n'avez rien  à cacher " selon la formule consacrée.

Donc finalement,  quand
@Dreep a écrit:  Je lui en veux encore.

Je comprends, Dreep, je comprends vraiment. Mais vois-tu les dernières pages (le suicide du cousin, la malédiction familiale, la lettre-confession à sa mère) sont bouleversantes, plus bouleversantes que beaucoup de choses que j'ai  lues, et alors malgré la détestation que j'ai traînée au fil des pages, je lui pardonne. La pourriture, la mesquinerie, je les regrette, c'est cher payé. Mais quoique ici profondément maladroit,  c'est véritablement un écrivain, et il me touche.

@Quasimodo a écrit: quant à Carrère, mais tous ses livres ne sont pas égaux semble-t-il ?

Et bien oui, tout à fait, tu l'auras compris  Cool ...


mots-clés : #amour #creationartistique #relationenfantparent #sexualité #violence
par topocl
le Ven 23 Fév - 19:36
 
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Sujet: Emmanuel Carrère
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Tchinguiz AITMATOV

Djamilia
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Aragon a exagéré, paraît-il, du moins je le croyais pour l'avoir trop entendu. "Plus belle des histoires d'amour", c'est bien définitif, ça ne fait pas bien propre - un rien appellation contrôlée -, ni n'engage tellement à la confiance. (Peut-être est-ce dommage que cette phrase soit sortie de son contexte, car la préface n'a rien de racoleur.)
Quoiqu'il en soit, après la lecture, elle ne me paraît que trop juste (je ne trouve guère qu'un contre-exemple : Alejandra et Martin, dans Héros et tombes). Seulement il n'aurait pas dû le dire, sans doute était-ce une impression beaucoup trop intime pour être partagée. On ne se plaindra pas toutefois des lecteurs gagnés de cette manière, dont je suis.

On est dans l'aïl de Kourkouréou, village des montagnes kirghizes, frais installé, car ses habitants sont d'anciens nomades.
Comme le rappelle Aragon, ce livre n'a rien de pédagogique, d'explicatif, à l'usage des occidentaux, puisque le narrateur est un enfant de l'aïl, à qui sa culture est toute naturelle. C'est précisément dans la fusion de notre sensibilité avec cette culture agricole, traditionnelle et encore tout imprégnée de la vie nomade, de laquelle le lien social incroyablement resserré semble être aux fondations, que j'y ai trouvé une immense partie de mon plaisir.

Elle est d'ailleurs absolument indissociable de l'histoire d'amour à proprement parler, parce que celle-ci questionne toute cette culture. Culture du lien social, chaleur humaine ? Oui, mais on fait sentir au solitaire, à l'original - à Djamilia, à Danïiar - tout ce que son comportement a d'inconvenant. Djamilia, intégrée à une famille en vue et défendue par une belle-mère respectée, est préservée d'une certaine façon. Danïiar, qui ne peut s'y intégrer (le veut-il ?), est mis à l'écart, plaint et méprisé tout à la fois.

Par ailleurs, cette douce exclusion (douce ? à moins que le narrateur, parfaitement intégré et d'une famille illustre, ne la comprenne qu'amoindrie ?), due à cette incapacité de Danïiar, l'orphelin sans nulle attache, de faire sienne les traditions de l'aïl, est doublée d'un attachement charnel, presque viscéral, à la terre. Solitaire et silencieux, il en est venu à une profonde compréhension de la nature, les plus anciennes et probablement les uniques racines qu'il se reconnaisse. Il le révèle, une nuit et beaucoup d'autres, à Djamilia (on le devine) et au jeune Seït qu'il consacre dans sa vocation artistique, par un chant. Chant qui confine à l'essentiel, au plus intime degré de nature, d'une inspiration presque prophétique et qui passant la compréhension humaine, n'en est pas moins éminemment, profondément terrestre.

Cet amour, rupture d'avec les traditions de l'aïl ? Oui, mais aussi Danïiar transmet-il lui-même par son chant, comme un paradoxe, une partie des traditions de cette zone de l'Asie centrale. Il semble, se dévoilant, proposer un chemin plus universel et dans lequel lui et Djamilia puissent être réunis.  

On ne peut que se demander comment le taciturne Danïiar a-t-il pu aller à ce point contre sa propre nature, et s'ouvrir aussi complètement à deux sots qui l'avaient rejeté. C'est une sorte de miracle; et je crois, l'une des plus grandes beautés du livre. Ainsi que l'est la métamorphose de Djamilia.

En quelques mots : le parfum cru et les teintes fânées des fenaisons, la plénitude dans la rudesse; la fertilité et l'âpreté de la vie champêtre. La poésie des inlassables trajets en charette de l'aïl à la gare. Le chant de Danïiar et la douleur de Djamilia qui l'écoute.

Danïiar lança un œil mauvais dans notre direction, et nous n'avions pas eu le temps de nous raviser qu'il avait tiré le sac du fond de la britchka, l'avait mis debout sur le rebord, était sauté à bas, d'une main retenant le sac, et, l'ayant chargé sur son dos, s'était mis en marche. Au début, nous, nous faisions mine de ne rien trouver de particulier à tout cela. Et à plus forte raison les autres n'avaient-ils rien remarqué : c'était un homme qui marche avec son sac, comme tous le font. Mais quand Danïiar atteignit l'escalier, Djamilia le rattrapa.
- Laisse donc, je plaisantais !
- Va-t-en ! - dit-il fort distinctement, et il prit l'escalier.
- Regarde, il le porte ! - marmonna Djamilia, comme pour se justifier.
Elle continuait à rire doucement, mais son rire était devenu pour ainsi dire artificiel, comme si elle s'y fût elle-même forcée.
Nous remarquâmes que Danïiar s'était mis à plus fortement boîter sur sa jambe blessée. Et comment n'y avions-nous pas pensé plus tôt ? Jusqu'à ce jour je ne puis me pardonner cette sotte plaisanterie, car c'était moi, le sot, qui avais inventé la chose !


Nous rentrâmes tard de la gare. Danïiar allait devant. Et la nuit était une splendeur. Qui ne connaît les nuits d'août avec leurs étoiles lointaines à la fois, et proches, extraordinairement brillantes ! Chaque petite étoile est en vue. En voilà une, comme engivrée sur ses bords, qui n'est que scintillation de petits rayons glacés, du ciel sombre elle regarde notre terre avec un naïf étonnement. Nous roulions dans le défilé, et moi je la regardais là-haut longuement. C'était avec plaisir que les chevaux trottaient vers l'écurie, sous les roues le cailloutis grinçait. Le vent, de la steppe, apportait un amer pollen d'absinthes en fleur, un à peine perceptible aromate d'orge mûre, refroidi; et tout cela, se mêlant à l'odeur du goudron et des harnais des chevaux en sueur, vous faisait un peu tourner la tête.


Je recommande sans réserve, c'est un livre magnifique. "Un livre rare, un livre secret" pour reprendre l'expression de Bix, et qui m'a serré le cœur, et qui m'a ému aux larmes.

mots-clés : #amour #traditions
par Quasimodo
le Mer 21 Fév - 18:39
 
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Sujet: Tchinguiz AITMATOV
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Eduard von Keyserling

Dans un coin tranquille/Im stillen Winkel

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 4 97837110


Je me réfère ici à une édition allemande de 2006 sous ce titre, contenant trois de ses nouvelles… !

CONTENU :

1. Harmonie (1905)
Felix rentre dans sa Courlande natale après un long voyage. Pourtant il n’est marié que depuis deux ans, mais nous comprenons vite qu’il a quitte dans la panique sa jeune femme de maison riche, Annemarie. Après la perte de leur premier enfant elle avait glissé vers une dépression, Felix ne pouvait pas en faire face. Est-elle guéri maintenant ? Comment va se passer ce retour ? Mais le sentiment d’un mur de séparation est bien là, d’une aliénation grandissant, voir aussi : d’une jalousie envers l’oncle Thilo plus âgé, qui est si proche de sa femme. Mais comment est-il possible que Felix est bien capable de vouloir bien plus que seulement désirer d’autres femmes tandisque qu’il ne peut aucunement voir un quelconque droit chez sa femme pour un tel désir ? Son plaisir d’être et de jouer le « maître » des lieux est de loin insatisfaisant pour se rendre aimable…

2. Son expérience de l’amour/Seine Liebeserfahrung (1906)
Un jeune écrivain aimerait tant vivre quelque chose de bien exaltant, digne d’être décrit dans un carnet à part, en vue d’une publication… Une première expérience d’amour ? Alors est-ce que la rencontre avec la belle Claudia, si expérimenté en voyages et affaires du monde, va croître vers une telle expérience ? Où est-ce qu’il va se faire leurrer par son « wishful thinking », incapable de discerner chez elle son inclination vers son cousin ? Où son les frontières entre force d’imagination et narcissisme

3. Dans un coin tranquille/Im stillen Winkel (1918)
La famille d’un banquier part en « datcha », retraite d’été : père, mère , fils et fille. Parfois un aide du père-banquier fait son apparition, biensûr attiré par la mère… Et c’est l’été 1914 : la guerre éclatera, et le patriotisme revêt les coeurs. Mais le fils, Paul, vit cette « guerre » déjà depuis longtemps, exclu par ses camarades. Et il va aussi vouloir montrer son courage et « partir en guerre »...


Mais oui, on pourrait souligner les différences entre ses nouvelles ou alors mettre en relief des motifs se répétant. Plutôt peu de protagonistes centraux, trois, quatre. Le couple (dans sa forme traditionnelle) ne semble guère marcher, et se termine par des frctures, séparations, voir la mort… Les femmes étouffent dans un carcan de règles et dans des relations où elles ont le rôle de soumise. Au même moment les inhérences de la vie d’un couple ne sont plus respectés, et on transmet facilement les cadres de l’étiquette et de la fidélité. Keyserling décrit des murs de séparation qui empêchent d’être vraiment soi-même. Un monde va vers sa fin et tel ou tel protagoniste sent l’incertitude de l’existence. L’auteur alors nous montre la fragilité du monde.

C’est bien, voir très bien écrit, mais pas forcement très édifiant. Pourtant un image de son époque. Bien une recommandation aux amateurs de Keyserling !



Encore une remarque sur ces observations de bix :

@bix_229 a écrit:La Courlande est un petit pays mystérieux et même mythique. En tout cas pour moi, mais je sais qu'il a été annexé par plusieurs pays au cours de son histoire. En tout cas, il étais annexé par la Russie au début de 20e siècle.
Dans ce pays vivait alors, si l'on peut dire, une noblesse en pleine déliquescence. Hors du temps hors de tout.
C'est ce milieu qu'a décrit Eduard von Keyserling dans toute son oeuvre.


Pour l’intéressé(e) à l’histoire de la Courlande et son histoire très riche, je ne peux que recommander le livre extraordinaire de Jean-Paul Kauffmann « Courlande » !

mots-clés : #amour #nouvelle
par tom léo
le Dim 18 Fév - 8:42
 
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Sujet: Eduard von Keyserling
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Siegfried Lenz

Une minute de silence

Tag amour sur Des Choses à lire - Page 4 Erfesr10

Deuxième livre que je lis de cet auteur et deuxième fois que j'ai des larmes....
Si le but est d'émouvoir c'est réussi. L'histoire est pourtant complexe, celle d'un deuil mais également d'une histoire d'amour peu avouable. Quand il y a autant d'émotion la morale, j'ai personnellement tendance à m'en ficher prodigieusement et ce fut précisément le cas ici. La seule injustice ressentie est sur le devenir de chacun et non sur ce à quoi ils aspirent.
Magnifique style, toujours mélancolique, on est transporté dans cet univers de petit port du nord de l'Europe.
Lenz fait désormais partie de mon panthéon aux côtés de Hrabal.

*****

mots-clés : #amour #mort #intimiste
par Hanta
le Mar 23 Jan - 10:13
 
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Kent Haruf

Nos âmes la nuit

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Comme elle se sentait trop seule, Annie, 70 ans est venue demander à son vieux  voisin Louis de venir la nuit chez elle pour discuter. De cette décision fort inhabituelle va naître une relation toute en délicatesse, en pudeur et en sincérité. Celle-ci amène de beaux moments de bonheur simple, comme on croyait qu'il n'y en aurait plus,  et résistera, à sa façon, au qu'en dira-t'on et à l’opprobre filiale.

Il en ressort un petit bouquin court, au style d'une platitude exaltante, que j'ai lu émerveillée par sa simplicité, sa douceur, sa sincérité. Son originalité aussi, loin des grandes péripéties romanesques, mais plein d'une authenticité qui m' a bouleversée. Un merveilleux doudou, qui se paye le luxe de ne pas manquer d'humour.


mots-clés : #amour #intimiste #solitude #vieillesse #viequotidienne
par topocl
le Lun 22 Jan - 17:45
 
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