Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Sam 14 Déc 2019 - 9:24

191 résultats trouvés pour autobiographie

Mikhaïl Boulgakov

J'ai lu Le maître et Marguerite il y a 100 ans. Et plus récemment, Récits  d'un jeune médecin et Morphine.

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 6 97822512

Récits d'un jeune médecin
traduit du russe par Hélène Gibert

Ce sont donc six récits inspirés du séjour qu'a fait lui même Mikhaïl Boulgakov dans un hôpital civil de la province de Smolensk , où il avait été affecté en 1916. Situation un peu extrême du fait de l'isolement géographique et des conditions climatiques pour un jeune médecin fraichement diplômé mais sans aucune expérience pratique. Comme tous, donc.
A partir de cas cliniques rencontrés , Boulgakov construit des récits d'un réalisme parfait, on s'y croirait..
Et surtout, parvient à transmettre ( peut être que cela parlera plus à certains qui ont déjà fait ce genre d'expériences d'une angoisse infinie, où on se sent tellement nuls)la différence entre savoir théorique et confrontation à des situations concrètes.
Avec, dans la progression de ces récits, un cheminement qui est finalement toujours le même, la peur et l'obligation de l'affronter sous le regard de ceux qui vous prennent pour quelqu'un qui, du fait de ses pseudo-compétences , va dominer le problème ( et de là, l'intelligence de comprendre, il l'explique très bien, que finalement, les diplômes ça ne sert pas à grand chose, et qu'il faut absolument accepter l'aide de ceux qui n'ont pas le bout de papier, mais qui ont l'expérience), puis la réussite une fois, quelquefois par le plus grand des hasards.Et après une reprise de confiance en soi qui se termine toujours par une surestimation, et là, l'échec ( il n'y en a pas beaucoup, d'échecs vraiment graves dans ces récits, c'est dommage) , le retour sur terre et la nécessité de redémarrer .

La lecture de ces récits devrait être rendue obligatoire à tous les étudiants en médecine, ils sont très fins, très bien écrits bien sûr et même si l'on n'est plus dans la Russie de 1916, cela n'a aucune importance, la leçon donnée , l'expérience racontée n'ont ni âge ni lieu.

( récup)


mots-clés : #autobiographie #initiatique #medecine
par Marie
le Mar 12 Sep 2017 - 15:19
 
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Sujet: Mikhaïl Boulgakov
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Geneviève Brisac

Un année avec mon père

De la mort de sa femme dans un accident de voiture (sa femme qu'il a en quelque sorte tuée) jusqu'à son propre décès,  Geneviève Brisac a vécu une bonne année proche de son père, dans un compagnonnage subtil. Auprès de cet homme vaillant mais fragile, exigent et secret, il fallait une bonne louche de délicatesse pour que l'exercice, sur la corde raide, reste léger et confortable.

Ni grands discours, ni déballage d'émotions, ce n'est pas le genre de la maison, tout passe  en fierté et non-dits. Il faut un œil et une oreille acérés pour détecter l'épaule qui tombe de fatigue, le rare mot tendre (« ma grande »), la paupière qui cligne d'exaspération, cachés derrière la crânerie et le brio revendiqué. Et une bonne dose de doigté et de patience pour faire accepter le coup de main, sans amputer sur un territoire et une liberté farouchement revendiqués. Quelques souvenirs émergent, quelques confidence, assez rares,  car nos parents, ces êtres parmi les plus proches de nous, restent aussi parmi les plus mystérieux.

Sous la désinvolture apparente du récit, sous la tendre ironie, Geneviève Brisac cache des sentiments qui la (nous) prennent à la gorge.


mots-clés : #autobiographie #famille #mort #vieillesse #viequotidienne
par topocl
le Mar 12 Sep 2017 - 9:21
 
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Sujet: Geneviève Brisac
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Henry David Thoreau

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 6 19177410

Walden ou la vie dans les bois (1854)

L'heure du commentaire est venue pour cette lecture étrange... il y a des traces sur le fil alors je ne vais pas trop insister : le début est lourd (au sens un rien ch...), une leçon de morale (décroissante) par un petit gars de bonne famille qui part vivre "dans les bois". Même en tentant d'imaginer un contexte mi XIXème états-unien... Difficile de ne pas sentir une forme de morale écrasante (dont il conserve néanmoins des traits) et une machine d'exploitation qui se met en marche avec beaucoup de gens, de pauvres gens qui prennent ce train à la destination incertaine en marche.

Alors la vie dans les bois aux bords de l'étang de Walden pourquoi ? pour écrire, pour réfléchir, pour faire un break peut-être aussi comme on dirait de façon floue... pour chercher, peut-être trouver, esquisse-t-on après lecture.

Des chapitres à thèmes : économie, chauffage l'hiver,... une structure assez carrée avec la volonté d'instruire à travers le récit d'expérience(s) qui se permet des écarts avec un certain 'humour et un trop plein d'amour pour la langue et la culture. Motivation palpable.

Ce carré a un côté de rejet d'une forme de vie, ça apparaît très fermement au début et c'est par reflet fermé. Intéressant peut être ses chiffres du premier chapitre mais partiel. Il y a forcément des manques et on a le droit je crois d'avoir l'impression de subir un genre de littérature d'une mode très éloignée des nôtres (mode XVIIIè ?)... et puis ça se transforme, on entrevoit une longue méditation quelque peu hébétée mais pointilleuse teintée de tradition morale, du pays (le lieu géographique) et de pensées lointaines, indiennes, chinoises et par les courants du moment (transcendantalisme).

Dans cette méditation "l'épreuve" a un rôle non négligeable bien que le zozo avoue apprécier de ne pas travailler toute la journée et trouve aussi de l'aide à l'occasion. et sans doute dans ses réponses plus de doutes qu'il n'a l'air de l'affirmer car l'expérience est conclue comme une parenthèse (ce qui ne veut pas dire qu'il n'y avait rien dedans).

Le lecteur agacé du premier chapitre (le plus long d'ailleurs) ? aura à traverser d'autres moment d'intérêt moindre surtout dans les accumulations de références et les dérives vers le catalogue documentaire. Ceci ne l'empêchera heureusement pas de suivre avec intérêt les observations sur la formation et la fonte de la glace sur l'étang ou les animaux... et les gens... qui sont eux comme des ombres dans cet univers. Ombres bien vivantes cependant qui rejoignent cette impression de passage, qui se mue aussi presque imperceptiblement en impression de pardon (pour rester dans les références).

Ce qui n'est pas exclusivement un très humain miracle. C'est un des propos de l'auteur à travers la réinvention (ou révélation ?) d'une manière d'attention. une observation soigneuse, curieuse et ouverte... qui cherche la beauté sans masquer certaines taches (intéressant rapport à la prédation et à la nutrition, réflexion autour du végétarisme). Et la beauté de son coin, de son "endroit" qu'il arpente par tous les temps le jour et parfois la nuit, il fait un bel effort pour la partager !

Un résultat étrange, qui tire sur le bancal, dont on a envie de dire si ça devait être nécessaire qu'on doit y réfléchir à deux fois mais beau, motivant, revigorant... et moins certain que la somme de ses affirmations. Une distance à prendre avec le contenu du livre et avec son image devenue quasi-intouchable, iconique, presque impérative. Une approche, un moment de vraie recherche d'une espèce de constante résurrection. Recueillir ou épuiser toute la saveur de l'instant pour qu'il existe pleinement en soi, tenter de le connaître ou de savoir pour... (vivre mieux ?).

Je me suis usé sur les premières pages mais je ne regrette pas et je crois que je lirai volontiers Civil Disobedience qui suit dans le livre. Petit plus personnel dans cette lecture en VO (désolé pour les extraits) ? Livre sorti de la bibliothèque familiale et petites annotations qui vont avec, passage soulignés ou points de vocabulaires.  

(récup certes mais remaniée).

mots-clés : #autobiographie #essai #lieu #nature #xixesiecle
par animal
le Sam 9 Sep 2017 - 0:37
 
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Sujet: Henry David Thoreau
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Eric Reinhardt

La chambre des époux

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 6 Images96


Curieusement, j'avais gardé un souvenir bien meilleur de Cendrillon, ce livre dont Reinhardt prend soin de nous rappeler plusieurs fois ici à quel point ce fut un roman accompli, et unanimement encensé par  la critique. Je gardais l'idée qu'il m'avait saturée , submergée, mais que c'était brillant de chez brillant. Ce qui explique que j'ai pris La chambre des époux à la médiathèque avant-hier: un sujet plus modeste - et grave qui plus est, un format plus concis, me suis-je dit, ça devrait passer, ça peut même être bien.

Mais alors là, ça n'a pas passé du tout. Ca a plutôt condensé mon exaspération. L'impression d'une pochade  (enfin j'espère au moins que Reinhardt considère ça comme une pochade et non  pas comme quelque chose de sérieux) bâclée qui se donne de l'importance, et qu'il se fout de nous, Reinhardt, à s'exposer en type pathétique, différent, inspiré ("socialement inadapté" dit-il), et il en est si fier.

En fait, ça démarre pas trop mal. Le sujet m'intéresse : il y a 10 ans, la femme de Reinhardt a eu un cancer du sein et il décrit dans son premier chapitre comment ils ont réagi à cela en une intensification de la vie et de la profondeur de leur relation commune. Comment en quelque sorte ils en gardent comme  un bon souvenir. Ca, ça m'a plu, ça a trouvé écho en moi.(Ce premier chapitre est d'ailleurs un article de commande qu'il avait écrit à l'époque, qui se suffisait bien joliment à lui- même, mais auquel malheureusement, Reinhardt a voulu donner une suite)

La suite, ça pouvait presque être drôle : Reinhardt se moque de lui-même : comment après avoir été si magistral, il a craqué un peu plus tard, pleurant comme un veau et ravalant sa morve, après avoir croisé une femme ayant vécu une épreuve similaire, voire pire. Lâchant enfin toute cette trouille géante qu'il a eu et qu'il est arrivé à cacher jusque-là sous ce faux bonheur du cancer. Presque drôle sous le tragique, si ça ne pesait pas mille tonnes. (Et s'il n'en avait pas profité - qu'est ce que ça vient faire là? -  pour ridiculiser ses confrères écrivains au passage, ces types arrogants et pédants qui ne se prennent pas pour de la merde - parce qu'en fait il n'y a que Reihnardt qui a le droit à ça, ne pas se prendre pour de la merde.)

Et puis, Reinhardt trouve la solution pour canaliser ça : écrire un roman qui raconterait l'histoire d'un homme qui avait connu un quasi-bonheur auprès de sa femme atteinte d'un cancer du sein, et qui craquerait et se déliterait en en croisant une autre qui etc etc... Alors il y a un petit jeu de poupées gigognes qui pourrait être malin mais qui est d'un casse pied... Car, déjà que Reinhardt, pour bien se faire comprendre (ou occuper de la place?), explique les choses  quatre fois, là, il reprend et re-raconte tout, et il reprend exactement les mêmes mots et phrases avec "il" au lieu de "je" . Donc 4x2=8 fois, si je compte bien. Hahah, n'est ce pas un effet grandiose (et à peu de frais, en plus)? Mais quand même, créatif : au lieu d'écrire « l'idée qu'elle puisse mourir m'était tout simplement intolérable, tout simplement intolérable, tout simplement intolérable » comme la première fois, Reinhardt  écrit cette fois : « l'idée qu'elle puisse mourir lui était tout simplement intolérable, tout simplement intolérable, tout simplement intolérable, tout simplement intolérable ». Génial, non?

Cela enchaîne ensuite sur une fascination morbide puis une aventure coquine du double de Reinhart avec la femme en agonie, totalement glauque, racontée sur le mode badinage, car vous l'aurez bien compris, cette façon de sauter une quasi morte est une sublime manière de rendre hommage à la vie, et  accessoirement à la guérison de son épouse. Si c’est pas de la psychologie de bazar, ça....

Et il ne faut pas oublier les phrases et digressions tellement longues qu'il est obligé de les couper par des "donc, disais-je", les phrases inlassablement répétées pour faire style, les parenthèses "cocasses", les dialogues aussi creux et vides que les vrais dialogue de la vie pour faire plus vrai...
Ni les détails de la vie sexuelle de Reinhardt et de sa femme, qu'il a la grande délicatesse d'attribuer à son personnage dit fictif, leurs longues conversation sur le fait qu'elle n' a plus de désir, qu'il ne font plus l'amour; mais , oui ils s'aiment, ils s'aiment, encore plus qu'avant, et c'est tellement plus beau, n'est-ce pas un couple qui s'aime tant que ça, bien qu'ils ne fassent pas l'amour et autres platitudes du genre "ils sont trop verts et bons pour des goujats" (tellement plus beau que le médiocre couple moyen à qui, oui, il arrive de faire l'amour, minable qu'il est)...

Bref, là où Reinhardt croit écrire un hymne à sa femme tant aimée, à leur couple si magnifique, à la victoire sur la maladie, on a plutôt un vague  vaudeville raté à la métaphysique intello-raisonneuse à la con (excusez-moi)

Donc, je n'ai pas aimé. Et je l'ai regretté, rien que pour cette phrase des premières pages, pleine de douceur:

(Je crois que rien ,n'est plus fort dans la vie que le plaisir anticipé de retrouver sa bien-aimée à la fin de la journée, et de laisser ce plaisir-là innerver d'une sorte d'orgasme doux, diffus, qui part du ventre, les heures que l'on passe sous l'emprise de cette attente - et quand on a la chance de connaître ça on n'a besoin de rien d'autre que d'eau fraîche, c'est bien vrai.)



mots-clés : #autobiographie #creationartistique #pathologie
par topocl
le Ven 8 Sep 2017 - 8:03
 
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Sujet: Eric Reinhardt
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Saša Stanišić

Ce qui est amusant en plus c'est que le souvenir que j'en ai colle avec ce que j'en avais trouvé, en avant la récup' :

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 6 97822510

Le Soldat et le gramophone

C'est donc l'histoire, des souvenirs romancés ? d'un double de l'auteur, Aleksandar, à l'enfance qui suit la fin du communisme et la montée des tensions dans le pays, à l'adolescence marquée par la guerre civile et un départ pour l'Allemagne. Et un retour d'un jeune adulte, allemand ? dans sa ville natale au bord de la Drina.

Le début du bouquin m'a fait un peu peur car il y a une part belle de cucul poético-enfantin très marqué. ça ne disparait jamais complètement mais se mue en une vision plus pop avec l'âge. Toujours est-il que parallèlement à ça il se passe des choses et des choses qui deviennent rapidement dramatiques... tempérées par l'humour et la douceur nostalgique du retour vers l'enfance et les ainé(e)s de la famille. Beaucoup d'allers-retours parfois redondants, quelques facilités aussi probablement mais bien emmenées par le rythme et l'inquiétude entretenue, ce qui serait un suspens historique, mais aussi par la rupture perpétuelle de ton. Un grand drame devenu pas si grave tout en restant une terrible question, et on y verra volontiers la rupture et la communion hasardeuse de l'expatrié "gâté" face aux ruines de son pays (il y a une culpabilité) et à une phase essentielle de son existence mise par la force des choses et après coup entre parenthèses.

On lui en voudrait si chaque fois qu'il est trop léger un élément ou une rencontre ne venait ancrer ce qui ne va pas dans le sourd et palpable.

Pas désagréable d'un point de vue humain et documentaire (c'est moche d'employer ce mot là), mieux construit que ça en a l'air, ce qui affirme des qualités de conteur... tout de même un peu de frustration dans la légèreté des pirouettes et de la pas toujours probable poésie.

Merci à Bédoulène pour cette proposition dans le cadre de la chaîne de lecture, ce n'est pas un livre que j'aurai lu autrement il me semble, et ce n'est pas une lecture que je regrette loin s'en faut, honnête et qui se positionne aussi comme un fragment de miroir de génération, et à plusieurs points de vue.

mots-clés : #autobiographie #contemporain #guerre #historique
par animal
le Lun 4 Sep 2017 - 14:17
 
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Sujet: Saša Stanišić
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Geneviève Brisac

Une année avec mon père

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 6 41dtns10

Un récit , ou plutôt des impressions qui demeurent ,d'une année de vie, d'un automne à un autre , après la mort de sa mère dans un accident, laissant leur père ,quelqu'un de très indépendant ,seul .

En exergue:
Dans toute parole donnée, dans toute parole reçue, dans chaque geste et la moindre pensée, dans tout fragment même bref et aléatoire, de notre vie et celle d’autrui, il y a quelque chose de précaire et quelque chose d’inéluctable, quelque chose de caduc et quelque chose d’indestructible.
Marisa Madieri

Malgré les deux morts qui marquent chaque automne- le père est mort en novembre, 14 mois après son épouse- ce n'est pas du tout un livre tragique. Mais tourmenté plutôt par le souci de , pour la narratrice, rester à sa place , veiller sans prendre en charge, il ne le permettrait pas de toutes façons, et c'est très difficile.

"Je déteste mon nouveau rôle. La vie privée de mon père ne m’intéresse pas, ne me regarde pas. D’ailleurs, il ne veut pas que nous nous en mêlions. Je voudrais en être dispensée. Etre loin, à l’autre bout du monde. Je le suis davantage pourtant que je ne le crois.
Le docteur Chaïm se moque de moi.
Vous vous accordez tellement d’importance!
Quelle injustice encore.
Que savez-vous de ce que pense votre père? De sa vie? De ses désirs, de ses principes, de ses peurs?
Presque rien, mais trop encore.
Et je ferme les yeux en versant l’eau du thé pour ne pas voir la rouille, les paquets de pâtes périmés, le calcaire, le vieux pain.
Vous regardez quand même.
Je ne veux pas verser l’eau à côté du pot.
J’essaie de faire des visites plus légères, des visites qui ne seraient plus des visites, des je-passais-juste-par là qui ne trompent personne, ni moi, mais je ne veux pas être l’infirmière, je ne suis pas la garde-malade, éloignez de moi la fille répressive, jamais je n’ai voulu priver mon père de quoi que ce soit, elles tournent autour de moi, ces figures hostiles, ô Cordelia, prête moi ton sourire! J’essaie de ne pas prendre trop d’habitudes filiales.
Je relis Le Roi Lear, Le Père Goriot,et le si beau David Golder pour me vacciner contre l’intimité si décriée des filles et de leurs pères. Je lis Anna Freud, Camille Claudel, Jenny Marx, Virginia Woolf. Les Antigones aux pieds englués dans les traces trop fraîches des semelles de leurs pères.
Je relis le Journal de Virginia Woolf. 1928.
«  Anniversaire de Père. Il aurait eu quatre-vingt-seize ans. Oui, quatre-vingt-seize ans aujourd’hui,comme d’autres personnes que l’on a connues. Mais, Dieu merci, il ne les a pas eus. Sa vie aurait absorbé toute la mienne. Je n’aurais rien écrit. Pas un seul livre. »
Ce n’est pas votre vie, dit le docteur Chaïm, grandissez donc un peu.
"


C'est une année pendant laquelle chacun recherche de nouvelles marques ,et leurs rapports sont:"un mélange de pudeur, d'admiration de frustration et de tendresse. Il y a tout ce qui ne se dit pas, les loupés ou les espoirs décus que l'on se camoufle parce qu'il est trop tard."

Une année traversée de beaucoup de chagrin, qui s'exprime très peu ,même entre soeurs:
"Je ne peux savoir ce que pensent mes sœurs. Un mur de chagrin nous sépare comme nous sépareraient des chutes d’eau. ( Je pense à une image d’Hitchcock, l’héroïne est cachée sous les chutes, un abri, une grotte impensée. La peine ressemble à cela.)"

Et de moments cocasses, dont du moins Geneviève Brisac, avec son humour, cherche à retranscrire la cocasserie.
Et aussi des moments joliment qualifiés d'apnées de l'optimisme..

Un ou deux règlements de compte, aussi faits avec finesse, mais quand même! Un extrait, j'aime assez la façon de raconter de Geneviève Brisac:

"J’ai invité les Butor, dit mon père. J’irai d’abord l’écouter à la Sorbonne, il reçoit une chose honorifique, il fait un discours, ils m’ont gentiment envoyé une invitation. Puis nous dînerons à la Closerie des Lilas. Voudrais-tu être des nôtres?

La soirée est belle et douce, je les trouve tous les trois en train de boire l’apéritif, Michel Butor a les joues roses, le ventre rond sous l’empiètement de sa cotte grise, une salopette du soir, il sourit aux anges, il évoque les hommages qui lui ont été rendus aujourd’hui. Elle en profite pour rappeler quelques réjouissances récentes, des colloques en l’honneur de ce même Butor, qui est son époux depuis plus de cinquante ans, peut être cinquante-cinq, cet heureux temps, ce temps si ancien, une exposition que nous ne devrions manquer sous aucun prétexte. Ils ont l’air heureux.
Vous ne pouvez pas imaginer le nombre d’universités qui réclament Michel partout dans le monde. Et nous adorons voyager.
Nous partons vers la Closerie des Lilas. Mon père a l'air épuisé, il est pâle. Il vacille sur sa canne...
L'Inde nous a éblouis, raconte Butor, une civilisation étonnante, des civilisations plutôt, des mythes passionnants, le Gange, les temples, les crémations, sans parler des singes qui nous volaient nos affaires ...
Si on commandait le dîner? propose mon père dont je crains qu'il ne défaille d'ennui.
Je crains aussi que les Butor ne sortent des photos, mais ils ont changé de sujet, et, en mangeant d'excellent appétit, ils évoquent les joies que leur donnent leurs enfants, les étés dans le Sud-Ouest avec leurs petits-enfants, les travaux dans la maison.
Ils resplendissent.
Ils ne posent aucune question.
Ils sont à leur affaire.
Mon père est maintenant jaune citron. Il paie le dîner, attrape sa veste, se prend les pieds dans les lanières de son sac, au revoir, au revoir, et nous marchons dans la nuit, clopin-clopant.
Quelles âmes desséchées, dis-je, quelle aura de vanité efficace, comme on dit la grâce efficace.
Ta mère avait raison, murmure mon père, la littérature durcit le coeur, les écrivains sont des monstres d'indifférence.C'est ce qu'elle disait toujours.
Il y a des boulangers d'une cruauté extrême, dis-je, et des fleuristes nazis.
Mon père trébuche une fois encore, l'alcool, la fatigue, le chagrin, nous sommes devant sa porte, je pianote pour l'ouvrir.
Michel Butor était son meilleur ami, et il n'a même pas prononcé son prénom, murmure-t-il.
Par pudeur, peut être, dis-je.
Mais j'ai des doutes.
"

Beaucoup aimé, vraiment.




mots-clés : #autobiographie #famille #mort #vieillesse #viequotidienne
par Marie
le Mer 30 Aoû 2017 - 8:22
 
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Sujet: Geneviève Brisac
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GAO Xingjian

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 6 4165f310

La montagne de l'âme :

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 6 Auteur10

Le regard (l'auteur est aussi peintre)

(lu après un retour du Sichuan ... Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 6 3123379589 )
Je n'ai pas été perturbé par la narration particulière. Au contraire j'ai trouvé le style très plaisant. Je me suis laissé porté au gré de ces histoires, sans chercher à tisser un lien entre elles.
J'ai eu l'impression que l'auteur était constamment dans la métaphore, dans l'introspection. Cette quête de la montagne est surtout une quête personnelle, un chemin invisible, un appel dans la nuit.
Ce livre m'a particulièrement parlé, peut-être car les lieux me sont souvent familiers, et me ramènent à certaines émotions, et que les questionnements rejoignent les miens.
C'était le bon moment pour lire ce livre, qui traînait depuis fort longtemps sur mes étagères. Je continuerai avec Le livre d'un homme seul.

Tu marches droit devant toi sur le sentier sinueux. Dans ta vie, tu n'as jamais eu de but précis, les objectifs que tu t'étais fixés se sont modifiés avec le temps, ils n'ont cessé de changer et finalement tu n'en a jamais eu. Si l'on y réfléchit, le but ultime de la vie humaine est sans importance, il est comme un essaim d'abeilles. Le laisser provoque des regrets, mais le prendre entraîne le plus grand désordre chez les insectes, mieux vaut l'abandonner là où il est et l'observer sans y toucher. A cette pensée, tu te sens plus léger, peu importe où tu vas, à la seule condition que le paysage soit beau.


Je suis incapable de faire la cour à une jeune fille aussi candide, en fait je suis sans doute incapable d'aimer vraiment une femme. L'amour, c'est trop lourd, je veux vivre avec légèreté et gaieté, sans avoir à assumer des responsabilités. Le mariage et toutes les tracasseries et rancœurs qui s'ensuivent sont trop épuisants. Je deviens de plus en plus distant, personne ne pourra plus provoquer mon enthousiasme. Je suis déjà vieux, et il ne me reste de goût que pour quelque chose qui ressemble à de la curiosité, sans toutefois chercher à obtenir un résultat qui est parfaitement prévisible et, de toute façon, trop pesant. Je préfère errer de-ci de-là, sans laisser de trace. Dans ce monde immense, il y a tellement de gens, tellement de destinations, je n'ai aucun lieu où m'enraciner, installer un petit nid pour vivre tranquillement, rencontrer toujours les mêmes voisins, leur dire les mêmes choses, bonjour, bonsoir, et replonger dans les minuscules imbroglios de la vie quotidienne. Avant même de commencer, je suis déjà dégoûté. Je le sais, je ne peux plus donner le bonheur.


Toi, tu continues à gravir les montagnes. Et chaque fois que tu t'approches du sommet, exténué, tu penses que c'est la dernière fois. Arrivée au but, quand ton excitation s'est un peu calmée, tu restes insatisfait. Plus ta fatigue s'efface, plus ton insatisfaction grandit, tu contemples la chaîne de montagnes qui ondule à perte de vue et le désir d'escalader te reprend. Celles que tu as déjà gravies ne présentent plus aucun intérêt, mais tu restes persuadé que derrière elles se cachent d'autres curiosités dont tu ignores encore l'existence. Mais quand tu parviens au sommet, tu ne découvres aucune de ces merveilles, tu ne rencontres que le vent solitaire.


mots-clés : #autobiographie #contemythe #spiritualité

Commentaire rapatrié
par Arturo
le Dim 20 Aoû 2017 - 4:29
 
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Sujet: GAO Xingjian
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André Gide

Je n'avais pas fait de commentaires des Faux-monnayeurs, un peu déçu, comme avec Isabelle.

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 6 51pcok10

Isabelle:

Peut-être le premier Gide qui ne m'a pas tellement emballé. Ca reste très bien écrit, agréable à lire, mais je n'ai pas trop adhéré à cette histoire, ne la trouvant pas très intéressante. Le fantasme sur la peinture d'Isabelle, j'ai trouvé ça peu crédible. Je lis que c'est un récit qui se veut critique du courant romantique, je veux bien... Mais, ce n'est pas une franche réussite à mon avis.




Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 6 31fpln10

Thésée :

Un récit à la première personne, retraçant la vie du mythique fondateur d'Athènes, Thésée. Connu aussi pour avoir tué le Minotaure, être ressorti du labyrinthe de Dédale grâce au fil d'Ariane, et il a aussi à son actif pléthore de conquêtes féminines (Hélène, Ariane, Phèdre ...).
Ce qui est intéressant, c'est que Gide raconte avant tout sa propre histoire au travers du récit. Il prend des libertés, et utilise les personnages antiques pour étayer les grands thèmes qui ont jalonné sa vie : le désir, la transgression, l'humanité.

Phèdre et Pasiphaé apparaissent principalement comme voluptueuses, il profite des penchants grecs pour les jeunes éphèbes pour révéler ses propres désirs.

Le récit se fait à la fin de la vie de Thésée, comme un bilan. Le bilan de la vie de Gide ? Il lui a fallu 20 ans pour écrire ce récit d'une centaine de pages.

Comme toujours avec Gide, la plume est merveilleusement ciselée. Une qualité rare d'écriture. La pureté au travers d'un style léché. C'est vers la fin du livre, que je l'ai trouvé le plus touchant.

Gide, Œdipe qui parle a écrit:Et d'ailleurs, ce que je voulais crever, ce n'était point tant mes yeux que la toile ; que ce décor où je me démenais, ce mensonge à quoi j'avais cessé de croire ; pour atteindre la réalité


mots-clés : #autobiographie #contemythe
par Arturo
le Sam 19 Aoû 2017 - 10:01
 
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Sujet: André Gide
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Iceberg Slim

Pimp : Mémoires d'un maquereau

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 6 Fghhfg10

J'ai adoré ce roman autobiographique. Je l'ai aimé pour trois raisons principales :
- le langage est cru mais jamais salace, et il est incroyablement varié ce qui nous fait contourner les stéréotypes du rappeur-racailleux qui parle avec ses mots et tant pis si l'on ne comprend rien. Et ce langage, ce style permet de s'imprégner du paysage dans lequel l'auteur nous propulse.
- l'histoire qui est passionnante, loin des clichés, ce n'est pas une glorification ni une rédemption, c'est le constat d'une évolution heureuse et malheureuse par d'autres moments et cette distance, cette absence de jugement fait du bien.
- la richesse des personnalités qui constituent l"histoire : mi-charismatiques, mi pathétiques, ils sont complexes et cela permet des péripéties plus subtiles qu'il n'y parait.

J'ai vraiment aimé ce livre et je le conseille.


Mots-clés : #autobiographie #conditionfeminine #criminalite #prostitution #segregation #social #violence
par Hanta
le Ven 18 Aoû 2017 - 4:38
 
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Louis Calaferte

Septentrion

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Septentrion est un excellentissime récit, plein de vie avec un rythme que j'ai particulièrement aimé. En effet j'ai ressenti une écriture par saccade presque musicale tant le jeu des phrases courtes et des phrases longues est harmonieux. Les descriptions de situations ou de lieux sont riches mais pas exagérées et laissent la part belle aux pensées de l'auteur qui possède un cynisme assez jubilatoire.
Pour ce qui est du côté "hot" du roman je ne l'ai pas trouvé choquant mais comme je le disais quand on a lu Sade on est peu choqué par le reste. Ce qui est surprenant c'est que le rythme du récit varie selon la situation sexuelle décrite. Rapide et saccadé quand la situation s'enflamme ou lascif et lent quand la situation est plus érotique que sexuelle. C'est du moins l'impression que ca m'a laissé et c'est je pense pour cela que cela peut paraître choquant. un sentiment d'intimité s'empare de nous et l'on se pense concerné par la situation à cause du rythme imposé qui nous accompagne.
Le style est magnifique, clair mi-courant-mi familier par endroits, soutenu et presque poétique dans d'autres. Cela fait du bien une telle richesse de vocabulaire.

Un excellent livre qu'il serait dommage de louper.


mots-clés : #autobiographie #sexualité #social
par Hanta
le Jeu 17 Aoû 2017 - 9:04
 
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Gérard Oberlé

Itinéraire spiritueux


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Itinéraire spiritueux, peu cousu autour du fil conducteur de son épicurisme du vin (mais aussi des martini dry, rhum, tequila, etc.), de l’enfance à l’écriture de ces souvenirs, en passant par ses rencontres et amitiés, célèbres ou guère ‒ ce qui permet de belles découvertes ‒ (Jim Harrison, Luis Buñuel, Jean-Claude Carrière, Jean-Pierre Coffe ; le poète Norge, James Crumley, Tom Robbins, Jean-Claude Pirotte, Sylvain Goudemare ; également des chiens ‒ qui picolent aussi pour certains…), anecdotes au gré de sa vie de libraire dans l’ancien et d’éditeur (avec une dilection particulière pour les méconnus), de gastrolâtre et d’ivrogne, de voyageur (Italie, Norvège, Turquie, Egypte, Syrie, Guyane, Nouvelle-Calédonie, Etats-Unis, etc.), où l’érudition littéraire (clins d’œil, citations) se tempère d’humour rabelaisien (mais curieusement l’auteur éponyme n’est pas directement évoqué) ou zutique, canaille, voire pataphysique (comme l’idée du « monument aux ivres morts ») et de nostalgie de l’époque d’avant l’actuelle « panboétie galopante ». Une constante cependant : la correspondance livre et vin, spiritueux et spirituel.
Sans grande prétention, mais délectable, pour une première lecture de cet auteur !

« Je ne fais que raconter le substrat capricieux de mes souvenirs. » (IV)

« Les grands ivrognes, ce qui boivent tout le temps et ne font pas grand-chose d’autre, ceux qui jamais ne dessoûlent complètement, sont peut-être les derniers hommes libres. » (V)

« Je ne connais rien de plus idiot, de plus éloigné de la curiosité que l’assuétude du touriste biftèque-beaujolais réclamant son pastis à Santiago de Cuba ou son whisky en Amazonie. A chaque climat sa pommade ! Le jour où je serai coincé dans une hamada où les natifs se rincent au jus de crotale, je trinquerai au jus de crotale » (XII)

« Avec le blues, mon âme se fait volontiers buveresse. » (XV)


mots-clés : #autobiographie #humour
par Tristram
le Ven 11 Aoû 2017 - 22:59
 
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Aslı Erdoğan

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"Le silence même n'est plus à toi"

Asli Erdogan a connu les prisons de Turquie, elle a senti la chappe de plomb qui s'est abattue sur son pays qu'elle compare à l'Allemagne ou la Pologne de l'époque nazie.
Journaliste elle a couvert les évènements depuis 2010, les horreurs que le reste du monde se refuse à voir notamment l'ONU, par peur ? par connivence, par indifférence ? par bêtise ? . Journaliste, elle en a fait la relation dans un journal d'opposition, son livre "le silence même n'est plus à toi" reproduit certains de ses articles qui lui ont valu son incarcération dans la sinistre prison de Bakirköy à Istanbul, car exprimer son opinion est un crime en Turquie, comme au Vénézuela et à Cuba, des pays qui dessinent le visage de la dictature, un visage qui partout a les mêmes traits, un visage qui gène tout juste dans le reste du monde où il est plus "aisé" de fermer les yeux, de se boucher les oreilles par confort et commodité alors qu'il est encore temps de voir et d'écouter avant que la pensée unique s'installe et ferme les grilles, grilles de fer, qui enferment et détruisent à petit feu. Dépêchons nous de lire ce livre tant que nous avons un cerveau, un esprit critique d'autant que cette femme courageuse a une belle écriture, preuve qu'heureusement l'espoir n'a toujours pas été abattu.


mots-clés : #autobiographie  #regimeautoritaire
par Chamaco
le Lun 7 Aoû 2017 - 7:27
 
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Jaroslav Hasek

Aventures dans l'Armée rouge

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Court récit autobiographique avec un mélange d'humour et d'ironie, Jaroslav Hasek nous raconte quelques expériences vécues au sein de l'Armée Rouge. Sans réelle date on devine que c'est quelques temps après 1918. On le retrouve dépêché pour devenir gouverneur de Bougoulma petite bourgade récemment conquise par les soviétiques. Il devra faire face à un général révolutionnaire, un générale de cavalerie, un tribunal révolutionnaire tous plus incohérents les uns que les autres.

Toujours cocasse, toujours piquant Hasek fait la part belle à démontrer les absurdités de situations qui nous paraissent déjà totalement illogiques.
C'est frais, cela se lit avec confort et agrément, et donne vraiment envie de relire les aventures de Chvéïk.  Toujours un plaisir de retrouver ce cher auteur tchèque.


mots-clés : #autobiographie
par Hanta
le Jeu 27 Juil 2017 - 4:47
 
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Josef Schovanec

Je suis à l'est!

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En somme, être normal est bien triste. Je préfère la compagnie des fous.


Josef Scoovanec  nous présente l'autisme, son mode de vie, que d'aucuns nomment handicap, maladie voire folie.

Lorsque je suis seul dans ma chambre, je ne me sens pas autiste (...) Suis-je donc autiste tout le temps ? Quand je suis dehors ? Et si je ne sors plus de chez moi, serai-je encore autiste ?


Il commence par raconter son  cursus (l'apprentissage tardif de la parole, le harcèlement et l'exclusion à l'école, le lycée, Sciences po) faisant émerger les particularité qui ont émaillé sa relation à lui-même et à l'autre, ce handicap social, cette soi-disant psychorigidité. Il montre  l'incompréhension face à sa maladresse, sa bizarrerie,  avec ce cercle vicieux de  la constitution de l'identité par l'exclusion. Mais aussi la tolérance, l'intelligence relationnelle et l'ouverture bienveillante de certains, notamment de ses parents, que la dictature tchécoslovaque et l'exil avaient peut-être préparés à mieux gérer la différence . Et aussi les errances diagnostiques de médecins emprisonnés dans leur égo et leurs croyances,qui ont mené à de catastrophiques prises en charges thérapeutiques, inadaptées et délétères.

Il explique en quoi, en parallèle des acquisitions classiques, le parcours de l'autiste impose tout un apprentissage, fait d'observation, de réflexion, de gaffes et leurs retours plus ou moins destructeurs, pour tâcher d’obtenir un minimum d'adéquation, c'est à dire  d'intégration. Car si pour lui "la règle, c'est la règle" et cela poussé jusqu'au stade le plus ultime, celle-ci n'est pas forcément celle des autres, le point de vue et l’interprétation sont autres.

Il parle de son appétence culturelle qu'il appelle, avec son humour toujours un peu distant,  toxicomanie, qu'on peut voir aussi comme le moteur qui l'a amené à vaincre ses angoisses, ses réticences , ses perplexités dans le seul but de la satisfaire.

Au-delà de l'anecdote quotidienne, il poursuit une réflexion sur la norme, la normalité et la normalisation.

A l'école, quand on veut blâmer un enfant, on lui dit : « Ne fais pas l'intéressant ! » Alors que l'objectif de toute vie artistique, professionnelle, voire de toute vie humaine, et précisément d'être intéressant.


Il repositionne inlassablement l'autiste et le non-autiste, interroge la notion de différence culturelle, d'étrangeté.

Les manques sont toujours très relatifs. Diderot, dans la Lettre sur les aveugles, qui au demeurant lui a valu la prison, compare l'absence de la vision de l'aveugle à la situation du moucheron, qui n'a pas de bras mais a des ailes. Objectivement, la plupart des gens ne ressentent pas le manque d'ailes pour voler, alors même que cela pourrait leur être fort utile.


A distance "l'approche  misérabiliste (montrer la souffrance de l'autiste)" et de "l' approche bling bling (montrer les aptitudes au calcul mental d'un certain nombre de gamins avec autisme)", Josef Schovanec propose "l'approche pragmatique", l'acceptation de la différence, l'ouverture à l'autre, la recherche de solutions adaptatives. Une approche qui, au delà des mouvements associatifs qu'il n'épargne pas,  donne la parole aux autistes, et aussi aux non-autistes, abusivement considérés comme "non concernés", chacun apportant à l'autre sa singularité pour l'enrichir,  dans le but de construire les conditions optimales d'une cohabitation heureuse et fructueuse.

Si la société promet bonheur, longue vie, santé, bon salaire, et que je n'ai rien de cela, et si l'autisme est défini par le trouble social, comment pourrais-je ne pas être au moins un peu autiste ?


Pour conclure
En somme, je crois que l'être humain est très complexe. Que l'on ne peut jamais le décrire par un seul critère. C'est pour cela que je ne peux me définir par l'autisme ; l'autisme est une de mes particularités, comme, par exemple, le fait que je mesure environ 1,95 mètre. La seule grille de l'autisme, à supposer qu'elle existe et soit unique, ne peut pas rendre compte de ma personnalité, comme elle ne rend compte de la personnalité de personne. Je me méfie des théories qui voudraient réduire les êtres humains à un mécanisme d'horlogerie. Je vois que l'être humain est beaucoup plus composite, en mouvement. Ne l'enfermons pas, ne nous enfermons pas dans une case. Il nous en manquerait une.


Josef Scovanec nous achemine vers une meilleure compréhension de l'autre, qu'il soit "avec autisme" ou non, et ce n'est pas la moindre qualité de son livre.


mots-clés : #autobiographie #essai
par topocl
le Ven 14 Juil 2017 - 9:44
 
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Sujet: Josef Schovanec
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Robert Brasillach

Une génération dans l’orage

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Cet ouvrage comporte deux livres : « Notre avant-guerre » écrit en 1939-1940 et publié l’année suivante, « Journal d’un homme occupé » constitué de récits divers et d’extraits d’articles parus dans « Je suis partout », mis en ordre et publié après la mort de Brasillach par son beau-frère Maurice Bardèche.

Notre avant-guerre est une évocation du Paris des années 20 et 30 vu par Brasillach. Le récit commence avec l’entrée à Louis-le-Grand, l’exposition des arts décoratifs de 25, la découverte de la littérature, du cinéma muet, des théâtres. Il se poursuit par les premières expériences journalistiques et se termine par les voyages dans l’Espagne en guerre et en Allemagne lors du congrès de Nuremberg de 37.

Brasillach excelle dans un univers proustien, décrivant avec émotion et mélancolie un temps qui ne reviendra pas. L’extrait suivant en donne toute l’ambiance :

« Le soir de « Comme ci ou comme ça » ou le soir d’ « Hamlet », moins encore, d’une pièce oubliée, triste et énervée, qui peut dire ce qu’il est devenu dans notre symbolique personnelle ? C’était un soir de l’avant-guerre, un de ces soirs comme il n’y en aura plus, et on aura de la peine à savoir ce que de pareilles minutes pouvaient représenter pour nous, qui avions dix-sept ans, ce printemps parfumé, ces féeries envoûtantes, ces voix blanches et alternées. C’était un soir de l’avant-guerre, où l’on croyait encore à tant de choses, et à la jeunesse éternelle, et au goût de miel des tilleuls sur Paris. »


Le style de Brasillach peut être qualifié de « vieille France », ce qui n’est pas pour moi péjoratif, bien au contraire. Des phrases amples, admirablement construites, sans scories. La plume nous accompagne avec fluidité, sans aucune lassitude, dans un récit de 300 pages. Brasillach est sans conteste un bon écrivain, plaisant à lire.

Que peut-on en déduire de la personnalité de l’auteur ?  A Paris, à Louis-le-Grand et à l’ENS, Brasillach baigne dans un univers culturel marqué bien à droite, celui de l’Action française qui a beaucoup d’audience dans la 1ère moitié du 20e siècle. Ses compagnons se nomment Maurice Bardèche, qui deviendra son gendre, Thierry Maulnier, Georges Blond, et quelques autres,  il y a tout de même quelques exceptions comme Roger Vailland mais qui n’apparait que fugitivement. Brasillach va être amené à fréquenter Bainville, Gaxotte et celui qu’il considère comme le plus grand penseur politique de l’époque, Charles Maurras. Il est intéressant de voir les principes qui unissent tous ces personnages : anti bourgeoisie, culte de la jeunesse, de la nature, de la virilité, mépris sinon haine pour la démocratie. Tout cela s’enchaîne avec des gouvernements jugés corrompus et de compromis, qui amènent aux journées anti parlementaires de 1934, premier point de fracture. C’est à cette date par exemple que Rebatet renie l’Action française qu’il juge trop molle pour promouvoir un «fascisme à la française ». L’attitude de Brasillach semble plus nuancée, il gardera jusque 1940 (et peut-être au-delà) une grande admiration pour Maurras. La seconde rupture a lieu en 1936 avec le Front populaire, vécu comme une victoire du marxisme entraînant la pagaille, puis ce sera Munich et la guerre. Curieusement, Brasillach semble un peu en retrait de ces événements qu’il juge avec un certain détachement et une bonne dose d’ironie.

Le Journal d’un homme occupé
vaut surtout pour la description de la drôle de guerre et des manœuvres absurdes des régiments en mai et juin 1940. Brasillach narre également ses conditions de vie comme prisonnier dans un stalag.En revanche, les extraits de « Je suis partout » ont été choisis pour leur qualité littéraire et leur côté politique acceptable. Vous n’y trouverez pas la phrase terrible : « Il faut se séparer des Juifs en bloc et ne pas garder les petits. »

Comment un individu cultivé, fin, sensible, doté d’une solide culture humanisme, d’humour et d’auto dérision, a-t-il pu en arriver à proférer de pareilles horreurs ? Il y a là une folle course vers l’abîme qui part d’une volonté de régime fort, à la fois social et national, qui passe par les hommages au Maréchal, sauveur de la France, à la collaboration et la situation se raidissant, se range définitivement au côté d’une Allemagne garante d’une grande Europe, ultime rempart contre la menace bolchevique.

Un point m’a frappé tout de même dans ces récits : la notion d’un « génie français » qui parcourt toute l’histoire de France à travers un certain nombre de réalisations et de figures tutélaires qu’elles soient politiques, littéraires ou artistiques. Il y a là une construction intellectuelle et morale qui se sent menacée par certaines catégories de la population : les Juifs, les Bolcheviques, pire les Juifs bolcheviques ! Tout cela protégé par un régime parlementaire corrompu, expert en alliances de partis et en compromis.

Alors pourquoi lire Brasillach aujourd’hui ? D’abord pour le plaisir du style, ce qui n’est pas rien ; ensuite pour une évocation sensible de certains milieux culturels de l’entre deux-guerres, de cette génération quelque peu sacrifiée ; enfin pour tenter de comprendre, encore et toujours ; même si c’est impossible ; en tout cas, « Une génération dans l’orage » offre quelques clefs.

Pour conclusion, on a souvent cité le général de Gaulle qui a refusé la grâce à Brasillach et qui a écrit : « Dans les Lettres, comme en tout, le talent est un titre de responsabilité ». Je suis assez en accord avec cette opinion.


mots-clés : #autobiographie #deuxiemeguerre #journal
par ArenSor
le Lun 10 Juil 2017 - 13:21
 
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Sujet: Robert Brasillach
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Wladyslaw Szpilman

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Le pianiste

Résumé :
Septembre 1939: Varsovie est écrasée sous les bombes allemandes. Avant d'être réduite au silence, la radio nationale réalise sa dernière émission.
Les accords du "Nocturne en ut dièse mineur" de Chopin s'élèvent. L'interprète s'appelle Wladyslaw Szpilman. Il est juif. Pour lui, c'est une longue nuit qui commence ...
Quand, gelé et affamé, errant de cachette en cachette, il est à un pouce de la mort, apparaît le plus improbable des sauveteurs : un officier allemand, un Juste nommé Wilm Hosenfeld. Hanté par l'atrocité des crimes de son peuple, il protégera et sauvera le pianiste.

Après avoir été directeur de la radio nationale polonaise, Wladyslaw Szpilman a eu une carrière internationale de compositeur et de pianiste. Il est mort à Varsovie en juillet 2000. Il aura fallu plus de cinquante ans pour que l'on redécouvre enfin ce texte étrangement distancié, à la fois sobre et émouvant.


L’auteur fait dans ce livre un témoignage poignant de sa vie sous l’occupation de Varsovie entre 1939 et 1945, témoignage qu’il écrit dans les suites immédiates de la fin de guerre, encore sous le choc de ces années, ce qui donne un ton assez distancié du récit qu’il nous livre, encore sous le choc de ce qu’il vient de traverser pendant 6 années.

Pianiste à Varsovie lorsque grondent les prémisses de la seconde guerre, Wladislaw Spilzman, d’abord dans le ghetto puis dans des planques, nous emmène dans un voyage terrible au fil de la progressive montée de l’idéologie nazie et des violences perpétrées envers les juifs dans le ghetto de Varsovie, mais aussi dans la prise de conscience progressive de ce qui se passe. D’abord niée et non vraiment entendable, la réalité de l’horreur, de l’innommable, de la tuerie sans raisons, de la violence pour la violence, etc, se font jour. Au début chacun n’imagine pas vers quoi cette occupation va tendre, et à quelle aberration l’humanité va être confrontée. Dans la famille de l’auteur il existe une forme d’espoir de fin de guerre  rapide et l’idée qu’il ne peut y avoir autant de mal sans raison ;  il y a aussi une tentative de conserver une forme de « normalité » rassurante par le maintien des habitudes, des rites familiaux, des retrouvailles autour du repas.

Puis, peu à peu, le climat se dégrade, les espoirs s’amoindrissent, les violences augmentent, les déportations surviennent, et les gens du ghetto prennent plus conscience de ce qu’il se passe et de ce qui arrive à ceux que l’on emmène, des rumeurs courent à ce sujet, on le sait mais on le tait… souvent. Cela en choisissant d’espérer jusqu’au bout plutôt que de choisir d’en finir. Dans ce « monde » qui ne tourne plus avec ses habituelles coordonnées, où l’humain est peu à peu nié et où ceux qui en sont la cible en prennent peu à peu conscience, les horreurs impensables deviennent la réalité quotidienne. L’idée que les allemands seront vite écrasés s’efface, et il y a une prise de conscience de l’inélucatibilité de ce qu’il se passe. L’auteur nous assène cette violence du quotidien, sonore et visuelle, faite de bruits de bombe, de cris, de coups de feu, d’exécutions sommaires sans distinctions aucunes, de corps qui pourrissent dans les rues…

Puis, avec lui, nous allons sortir du ghetto, de la foule, du bruit, des odeurs, des visions macabres, et il nous fait vivre les années où il est caché hors du ghetto, des années de solitude, affrontant le froid, la faim , se nourrissant de ce que certains parfois lui amène sinon de ce qu’il trouve parfois ( eau croupi, pain moisi, etc…), et cette peur au ventre d’être découvert qui ne le quitte pas. A un excès d’images, de sons, d’odeurs… succèdent presque un huis clos silencieux, rythmé par l’attente patiente dans l’expectative d’une possible descente allemande, à l’écoute attentive des bruits du dehors, s’efforçant de ne pas en faire, et des manques de son corps.

Ce livre est un nouveau regard sur la seconde guerre mondiale, car si je me suis penchée auparavant sur les camps de concentration, je n’avais jamais lu de témoignage évoquant la question des ghettos. Il est difficile de donner un avis des livres qui parlent de cette période, car finalement ce sont des témoignages de l’innommable, de l’impensable, et à part faire la traversée aux côtés de l’auteur je n’imagine même pas pouvoir dire j’aime ou j’aime pas. Donc j’ai fait cette traversée émotionnelle, parfois dure, violente, elle n’a pas été simple, mais tellement nécessaire, comme chaque fois que je me replonge un peu dans cette période là.

Et les écrits à la fin d’un point de vue d’un soldat allemand, j’ai trouvé aussi cela riche que de pouvoir entendre une autre voix s’élever pour dire leur horreur à eux qui l’ont vécu de l’autre côté.




mots-clés : #autobiographie #communautejuive #deuxiemeguerre
par chrysta
le Ven 7 Juil 2017 - 7:58
 
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Hisham Matar

La terre qui les sépare
(The return. Fathers, sons and the land in between)


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Hisham  Matar est un petit frère de Télémaque
je souhaiterais être le fils de quelque homme heureux
qui dût vieillir sur ses domaines -
au lieu de cela, ça mort demeure à jamais inconnue…


Il est né en Libye, où son père, un intellectuel doux et charismatique était un des principaux opposants à Kadhafi. En 1979, Hisham avait 9 ans, sa famille a  dû émigrer au Caire. Et quand il fait ses études à Londres,  son père est enlevé par les services secrets égyptiens et rendu à la Lybie, jeté dans une geôle infernale. Aucune information ne transparait plus.

L'une des choses sur lesquelles l'humanité semble s'accorder est ce à quoi une prison doit ressembler et comment elle doit fonctionner.


Comme si lui et moi nous tenions chacun sur la rive opposée d'une même rivière et que l'eau grossissait entre nous, jusqu'à devenir un océan.


C'est en 2011 après la révolution libyenne (mais, il ne la sait pas avant une terrible guerre civile qui fera presque regretter Kadhafi), qu'il peut enfin revenir au pays natal, terre dont il n'a jamais oublié la lumière.

Ma condamnation silencieuse de ces frères d'exil qui ne désiraient rien tant que de s'assimiler - autrement dit, ma passion de fou furieux pour le déracinement - constituait mon serment misérable de fidélité au pays que j'avais quitté, ou, j'y pense, peut-être pas tant à la Libye qu'au petit garçon que j'étais au moment du départ.


Dans la voiture, alors que nous nous éloignions d'Ajdabiya pour gagner Benghazi et la côte, je me rendis compte que, durant toutes ces années, j'avais gardé en moi cet enfant que j'étais autrefois, son langage particulier et les détails de sa personnalité, l'impatience de css jeunes dents assoiffées de mordre dans la chair fraîche d'une pastèque, sa première pensée au réveil étant : Comment est la mer aujourd'hui ? Est-elle lisse ou agitée, avec des crêtes d'écume blanche au sommet des vagues ?


Hisham Matar évoque ce père tant aimé, disparu depuis vingt et un ans, dont il ne sait rien à part quelques lettres éparses dans les premières années.

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 6 Jabala12

Les pères savent forcément, ayant eux-mêmes été des fils, que la présence fantomatique de leurs mains restera des années durant et jusqu'à la fin des temps, et que, quels que soient les fardeaux que l'on accumulera sur cette épaule et le nombre de baisers que l'amour viendra y déposer, sans doute attiré par le désir secret d'effacer le sceau d'un autre, cette épaule restera  pour toujours loyale, en souvenir de la main de cet homme qui a eu la bonté d'ouvrir les portes du monde.


Est-il anéanti ou vivace,  vivant ou mort? Mort sans doute, mais alors où est son corps, et quel fut son parcours? Il raconte les années passées en exil à se battre pour obtenir des nouvelles ou une libération de son père et des nombreux membres de sa familles incarcérés en même temps que lui. C'est l'occasion d'une belle réflexion sur l'exil, la douleur de l'absence, l'amour filial, la ténacité, mais aussi sur la répression et  l'histoire de la Lybie, faite avec les tripes de ceux qui y ont combattu pour la liberté.

Dans ce très beau livre, à l’écriture mélancolique, magnifiquement traduit par Agnès Desarthe, on est porté par le désespoir à la fois doux et virulent de Hisham Matar, sa colère, son énergie et sa fidélité. On l'accompagne dévasté dans ce retour douloureux, où traine toujours, derrière les retrouvailles émouvantes, ce remords du père parti, de la vie volée, de la vérité inaccessible.

Cela, je crois, fait parti de l'intention, du processus. On fait disparaître un homme pour le réduire au silence, mais aussi pour racornir l'esprit de ceux qui restent, pour pervertir leur âme et limiter leur imagination. Lorsque Kadhafi enleva mon père, il m'enferma dans un espace pas beaucoup plus grand que la cellule dans laquelle il l'avait jeté. J'allais et je venais dans cet espace, mû par la colère d'un côté, puis par la haine de l'autre, jusqu'à ce que je sente mes entrailles se rassembler et se durcir. Et parce que j'étais jeune, et que la colère et la haine sont des émotions de jeune homme, je me fis croire à moi-même que la transformation était pour le mieux, que c'était une forme de progrès, un signe de vigueur et de force.



Tom Leo, j'ai beaucoup pensé à L'oubli où nous serons de Héctor Abad pendant cette magnifique lecture.

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 6 Jabala10Jabala Matar

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 6 Oncle_10 2011 Hisham Matar retrouve l'oncle Mahmoud


mots-clés : #autobiographie
par topocl
le Jeu 22 Juin 2017 - 7:41
 
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Sujet: Hisham Matar
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Amadou Hampâte Bâ

Oui mon commandant !

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Cette lecture du second tome des mémoires d’Amadou Hampâté Bâ fait suite à celle du premier, il y a quelque temps ; après l’enfance d’Amkoullel l’enfant peul, c’est le devenir du jeune plumitif d’administration, commis expéditionnaire indigène, « écrivain temporaire essentiellement précaire et révocable » envoyé loin de chez lui, à la ville d’Ouaga, chez les Mossis. Outre l’intérêt particulier pour celui qui vécut dans les contrées évoquées, j’en ai trouvé un autre, plus général, à l’exposition par un témoin digne de confiance de l’Afrique occidentale dans la première moitié du XXe siècle. Ce sont notamment l’histoire coloniale et une religion musulmane (mêlée de « superstition » traditionnelle) vus de l’intérieur, remettant à l’heure bien des conceptions contemporaines relayant tout et son contraire avec un brio inégalé, si ce n’est le plus souvent par leur partialité.

« Tout à coup, une parole du Prophète Mohammad me revint en mémoire. Un jour, il avait dit à ses compagnons : "Aucun musulman ne doit avoir quitté cette terre sans avoir, au moins une fois dans sa vie, violé la shariya (loi islamique) au nom de la charité [pitié, en variante plus loin]." »

En ce qui concerne la colonisation, c’est surtout son aboutissement, l’exploitation, après la découverte, l’exploration, les phases militaire puis administrative, qui devint insupportable.

« Un jour le commandant de Menou traita les Samos de "grands voleurs incorrigibles" devant monsieur Leenhardt. Ce dernier – en tant que trésorier, il était en même temps régisseur de la prison – réagit immédiatement : "Si nous nous basons sur l’ensemble des jugements qui ont condamné des Samos pour vol et que j’ai consulté dans les archives, répliqua-t-il, force est de constater que ces pauvres bougres ont commis des larcins plutôt que des vols, à proprement parler ; ce sont plutôt des nécessiteux que des voleurs." »

Ledit Leenhardt envoie un prisonnier condamné cinq fois pour vol déambuler sans surveillance avec une caisse bourrée de la recette du trésor en petites coupures, à fin de démonstration – positive...

« Sur le terrain, la colonisation, c’était surtout des hommes, et parmi eux il y avait le meilleur et le pire. Au cours de ma carrière, j’ai rencontré des administrateurs inhumains, mais j’en ai connu aussi qui distribuaient aux déshérités de leur circonscription tout ce qu’ils gagnaient et qui risquaient même leur carrière pour les défendre. »

Cela rejoint mon attitude personnelle, surtout au temps innocent où je pouvais jauger quelqu’un sans prendre conscience de sa position sociale, de son orientation sexuelle, de sa couleur ou de ses éventuels handicaps : lorsque intuitivement je ne voyais que les personnes, sans catégoriser. C’était valable en Afrique, quand j’étais encore assez innocent pour « parler à un chien avec un chapeau »… Je fais cet aparté parce que je trouve très dommageable la tendance de plus en plus affirmée à étiqueter les gens. L’idéal, c’est de rencontrer quelqu’un sans s’apercevoir qu’il est sans-dents ou ingénieur, bleu ou martien, mais juste « untel ». C’est une vertu innée chez nous je crois ; je me rappelle mon fils, écolier dans une école multicolore, à qui je demandais perfidement sa couleur lorsqu’il m’annonçait avoir un nouveau copain : « je regarderai demain, et je te dirai ! »

Amadou Hampâté Bâ, qui œuvra sans relâche à préserver les inestimables valeurs humaines de cette partie du monde, en risque de disparition car transmises oralement, nous confie ici le quotidien et l’actualité de l’époque (notamment auprès du pouvoir et des notables), avec la place prépondérante de la parentèle, du partage, de l’humour, comme de la bienvenue de l’étranger chez des ethnies fréquemment mal sédentarisées :

« Le voyageur de passage qui descend chez un logeur est "son étranger". Ce titre crée un lien entre le voyageur et son hôte, et, pour ce dernier, un devoir de d’entretien et d’assistance presque sans limite en Afrique ancienne. En employant ici ce terme, surtout accompagné des cadeaux d’usage, j’honorais le vieux pêcheur et créais d’emblée entre nous une relation fondée sur la confiance. »
On est circa 1922 ; autres temps, autres mœurs…

Voici un mot du père spirituel de l’auteur, Tierno Bokar, marabout de sa petite ville natale, qui y fonda une école coranique, et par ailleurs promoteur de la tolérance et précurseur de l’œcuménisme :

« Le grand livre de la nature, nous disait-il, est le seul dont les pages ne se déchirent jamais. Il est toujours là, à votre disposition, attendant d’être déchiffré. »

En ce qui me concerne, je conserve cette phrase à méditer, simple sagesse qu’il ne faudrait jamais perdre de vue :

« La généralisation, quelle qu’elle soit, n’est jamais le reflet de la réalité. »


mots-clés : #autobiographie #colonisation #traditions
par Tristram
le Lun 15 Mai 2017 - 17:18
 
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Sujet: Amadou Hampâte Bâ
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Gérard Garouste

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 6 51dwjt10

L'intranquille

"Je suis le fils d'un salopard qui m'aimait. Mon père était un marchand de meubles qui récupéra les biens des Juifs déportés. Mot par mot, il m'a fallu démonter cette grande duperie que fut mon éducation. À vingt-huit ans, j'ai connu une première crise de délire, puis d'autres. Je fais des séjours réguliers en hôpital psychiatrique. Pas sûr que tout cela ait un rapport, mais l'enfance et la folie sont à mes trousses. Longtemps je n'ai été qu'une somme de questions. Aujourd'hui, j'ai soixante-trois ans, je ne suis pas un sage, je ne suis pas guéri, je suis peintre. Et je crois pouvoir transmettre ce que j'ai compris. "


L’histoire commence à la disparition du père de Gérard, une mort qui ne l’émeut pas et dont il dit :  « Sa mort ne change pas grand-chose. Elle ne résorbe rien. Je vis depuis toujours dans la faille qui existe entre lui et moi. C'est là que j'ai compris mon rapport aux autres et au monde. »

Fils d’un père brutal dont la réussite professionnelle et sociale est liée à la seconde guerre et qui a professé toute sa vie sa haine contre les juifs, Gérard nous entraîne au fil des pages dans son histoire, et dans comment, face à l‘héritage d’un père qui, n’ayant pu être héros a fait salaud, il va s’en dégager peu à peu.

Ce livre, c’est l’histoire d’une vie au travers d’une relation entre un père et son fils, et de comment elle construit, guide, ce dernier. C’est l’histoire aussi d’une souffrance face à la maladie qui prend Garouste à l’aube d’être père lui-même et qui l’accompagnera toujours par la suite, fera partie de son quotidien et de celui de ses proches.

C'est aussi l'histoire d'un peintre, et de son essor progressif dans un monde qui n'était pas celui d'aujourd'hui

Un témoignage écrit simplement, touchant, un récit court à traverser sur les vagues des mots et des maux de l’auteur et dont on ne sort pas indemne.


mots-clés : #autobiographie #creationartistique #pathologie
par chrysta
le Mar 9 Mai 2017 - 1:49
 
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Sujet: Gérard Garouste
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Colombe Schneck

@Bédoulène a écrit:après 3 lectures tu peux être sure de ta décision ! Smile


Qui sait? A mon avis "Les soeurs de miséricorde" dépasse le lot. J'ai commencé par là, et c'est après que j'ai lu deux autres, pour connaître un peu plus de l'auteure. Ici, à défaut de ne pas avoir traduit encore le commentaire sur "Les soeurs de miséricorde", mes remarques sur:

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 6 00011

Dix-sept ans

Originale : Français, 2015

CONTENU :
Grasset a écrit:"On m'a élevée ainsi : les garçons et les filles sont à égalité. C'est faux. Je suis une fille, pas un garçon. J'ai 17 ans, mon corps me trahit, je vais avorter. J'y pense toujours, je n'en parlerai jamais à personne. Parfois, je ne suis pas loin de dire le mot, de le partager avec une amie proche. Et puis non, je renonce. Pourquoi ce silence ?"
Un récit pudique et poignant dans lequel l'auteur revient sur cet événement, jamais banal, jamais confortable, qui a marqué son adolescence et fait d'elle la personne qu'elle est.



REMARQUES :
Donc il s'agit ici pas d'un roman, mais plutôt d'un récit autobiographique, basé sur un quelque chose vécues en 1984 ; c'est à dire que l'auteure regarde en arrière avec une distance de trente ans. Elle raconte comment elle a goûté une éducation libérée et sans entrâves, grandissant en ce début des années 80, juste après la prise de pouvoir par les socialistes. Tout semblait possible, facile, faisable. Même les luttes féministes semblent pour elle déjà du passé: la Loi Veil vient d'avoir 10 ans. Dans ce contexte libertaire elle parle pas de son premier amoureux ou petit ami, mais de son premier amant : depuis le début semble claire qu'il s'agissait juste de découvrir son corps (et à la limite celui de l'autre) ensemble. Bien au contact avec son gynécologue, elle prend la pillule, mais dans son insouciance (dont elle parle librement), elle oublie souvent de la prendre comme il faut. Et arrive ce qui doit arriver : elle tombe enceinte, à 17 ans, juste avant de passer le bac.

Qu'est-ce qui m'arrive, demande-t-elle ? Et pas question d'une autre solution qu'une IVG. S'il y a des regrets c'est celui de la honte de sa propre « stupidité », mais pas des sentiments de culpabilités ou de responsabilité. Elle insiste sur ce fait qu'il n'y avait de nulle part une reproche moraliste. Seule remarque de son père (un peu incompréhensible pour elle) qu'à partir de ce moment « ce sera plus difficile », et pas juste un acte oubliable, mais grave, laissant des blessures. Oui, elle vit partiellement des interrogations, mais « peut-êre suffirait-il de peindre la fissure en blanc pour qu'elle disparaisse » ? Non, pas de question de morale, mais d'où alors une malaise ? Presque grandissant avec les années ? Reste une absence sans nom de quelqu'un (elle pense que ce aurait été un garçon) qui l'accompagne invisiblement...

Certains commentaires sont à lire quasimment entre les lignes, les conséquences d'un choix fait dans l'âge d'insouciance. Mais pas de doigt accusateur, pas de moralisme. Un certain constat, plus fort que des reproches, atteignant des niveaux plus profondes?

Peut-être ses questionnements n'atteignent pas toutes les dimensions de la question (à mon avis), mais ce livre m'a néanmoins touché. Cela va loin, et c'est une réponse à un livre d'Annie Ernaux («L'événement ») qui invite de raconter ce que des femmes ont vécu.


mots-clés : #autobiographie #conditionfeminine
par tom léo
le Mer 26 Avr 2017 - 16:50
 
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Sujet: Colombe Schneck
Réponses: 25
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