Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Sam 14 Déc 2019 - 10:31

191 résultats trouvés pour autobiographie

Pascal Bruckner

Un bon fils

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 7 Images63


Les pères brutaux ont un avantage : ils ne vous engourdissent pas avec leur douceur, leur mièvrerie, ne cherchent pas à jouer les grands frères ou les copains. Ils vous réveillent comme une décharge électrique, font de vous un éternel combattant ou un éternel opprimé. Le mien m'a communiqué sa rage. De cela je lui suis reconnaissant.


Pascal Bruckner a eu une enfance tout ce qu'il y a de plus petite-bourgeoise, avec ce que  cela implique de banalités, de prières du soir, de petites cruautés envers les animaux, d'attouchements avec les cousines… À ceci près que son père, antisémite virulent fasciné par Hitler, était violent et pervers avec ce que cela implique de cris, d'humiliation et de coups…
Ce qui l'a sauvé,  sans doute, c'est  la pension, puis le lycée Henri IV à Paris, son amitié/fusion avec Alain Finkielkraut, ses maîtres penseurs, pères de substitution à leur manière : Sartre, Barthes, Jankélevitch, sa révolte et son engagement dans la vie et la pensée.
Ces 2 premières parties sont barbantes, avec une impression de déjà lu, une absence de recul par rapport aux situations qui met le lecteur mal à l'aise dans une espèce de voyeurisme involontaire. Quand une pensée s'exprime au-delà de la simple relation des faits, elle tombe assez vite dans l'aphorisme affligeant.

La maladie n'enseigne rien sinon qu'on peut la vaincre ; en ce sens, elle aussi m'a sauvé.

Être libre, c'est vouloir et pouvoir ce que l'on veut.

Tout enfant rêve de recréer ses parents, de les remettre sur le droit chemin.

Pour l'enfant, le père est un géant qui rapetisse à mesure que lui grandit.

L'enfant n'est pas gentil, il est juste faible et n'a pas encore eu l'occasion de manifester sa méchanceté.

Je compris alors le but de toute existence : marier la vérité et la beauté.

Etc, etc...

Plus intéressante est la 3e partie, où Bruckner, qui a fini par se débrouiller à apprendre à vivre et à penser, l'optimisme chevillé au cœur, s'occupe des 13 dernières années de son père, devenu veuf, un peu décati mais toujours bon pied bon œil. Ce n'est pas le récit d'une résilience, c'est le récit d'une acceptation, de la compréhension que les êtres sont multiples. S'il n'aime pas son père, s'il reste perpétuellement prudent en sa présence, il peut concevoir de s'en soucier, chacun peut trouver un enrichissement à cette fréquentation et rien n'empêchera que cet homme l'a fait, il l'a fait ce qu'il est, il est en lui.

J' attendais plus...

(commentaire récupéré)


mots-clés : #autobiographie #violence
par topocl
le Sam 1 Avr 2017 - 5:50
 
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Sujet: Pascal Bruckner
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Aharon Appelfeld

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 7 Histoi10

Histoire d'une vie

C’est celle de l’auteur ; les années de la petite enfance où rode des parfums de confiture ; les vacances chez les grands-parents chez qui se parlait le yiddish et le foyer de la famille où l’on ne parlait pas de religion.

Après ce fut le ghetto (à l'âge de 7/8 ans), la mère assassinée, le père travaillant de longues heures et lui presque orphelin à se débrouiller avant le chemin du camp.

L’auteur fait une description de l’ambiance du ghetto et de l’attitude des gens , car il est souvent dans l’observation.

« L’hospice et l’hôpital avait été fermés, et les malades livrés à eux-mêmes, erraient dans les rues en souriant.
« Les policiers les attrapaient brutalement et les entassaient dans des camions. Personne n’implorait leur grâce. Il était entendu pour tout le monde que, si nous étions condamnés à la déportation, ils devaient être les premiers. Même leurs familles n’essayèrent pas de les sauver. »


L’auteur rappelle à plusieurs reprises dans son récit que la guerre est un révélateur, les bons en sont sortis élevés et les mauvais abaissés. Certains se sont conduits en héros et dans ce ghetto, c’était l’enseignant communiste qui s’occupait des enfants aveugles pour lesquels le chemin entre l’institut et la gare avec des stations tout au long m’a fait penser au chemin de croix, mais à chaque station leur chant s’élevait pur vers le ciel.

Après s’ être enfuit du camp (mais  comment ?) l’enfant a erré dans les terres d’Ukraine, les forêts surtout comme un petit animal apeuré, affamé mais prudent, se cachant ou parfois s’offrant à travailler auprès d’une personne vivant seule.

La mémoire est le fil d’Ariane du récit,  l’auteur dit que son corps en garde la vivance alors que l'esprit est dans l'oubli (protection ?)

« La mémoire, s’avère-t-il, a des racines profondément ancrées dans le corps. Il suffit parfois de l’odeur de la paille pourrie ou du cri d’un oiseau pour me transporter loin et à l’intérieur. »

Il y a un élément intéressant dans ce récit c’est l’évocation des camps de réfugiés où transitent les rescapés. Des camps « cour des miracles » où se côtoient adultes et enfants, trafiquants, voleurs…..
Et la révélation d’un camp « particulier » Kaltchund et précisément « l’enclos Keffer ».

L’auteur parle aussi des mains tendues, au camp, à l’armée plus tard, une période où il était démuni.

« Nous n’avons pas vu Dieu dans les camps mais nous avons vu des Justes. »

A son arrivée en Israël l’auteur se sent perdu, pas de maison, pas de famille, ne connaissant que très peu l’hébreu, il travaillera dans les jardins, là il n’est pas obligé de parler, la parole lui est difficile.
L’auteur explique la confrontation entre le yiddish (langue de ses grands-parents) et la langue hébraïque. Lui a perdu sa langue maternelle l’Allemand  qui se trouve être bien sûr celle des assassins. Mais il lui faut apprendre l’hébreu : « mais à quel prix : celui de l’anéantissement de la mémoire et de l’aplatissement de l’âme. »

Deux chapitres sont consacrés à l’interaction entre écriture et religion, l’univers d’écrivains célèbres (Agnon, Ouri Grinberg) et sa position personnelle dans la littérature Juive. Je me souviens que l’auteur, dans un reportage, affirmait la « musique » des mots.

C’est au club de l’association « la vie nouvelle » fondée par les rescapés qu’il retrouvera « une maison ».

« Parfois il me semble que mon écriture ne m’est pas venue de la maison, ni de la guerre, mais des années de cafés et de cigarettes au club. La joie de sa fondation et la tristesse de son déclin vivent et bouillonnent en moi. »

Malgré le sujet je trouve l’écriture de l’auteur sereine ;  l’enfant aimait observer (hérité de sa mère), l’adulte aussi.
Encore une fois la passivité des juifs déportés est critiquée, dans ce livre par les juifs vivant dans d'autres pays, au USA notamment.(mais c'est bien eux les donateurs, ceux qui aident à construire)

C’est le 2ème livre que je lis de l’auteur (après Badenheim 1939) ce ne sera pas le dernier.


mots-clés : #autobiographie #campsconcentration
par Bédoulène
le Sam 25 Mar 2017 - 12:00
 
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Sujet: Aharon Appelfeld
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Maja Haderlap

L'Ange de l'oubli

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 7 Ange-d10

   Les noms des camps sont accrochés à ceux qui ont été assassinés et aux survivants comme de petites étiquettes et ils s'estompent avec ceux qui sont décédés entre-temps. Ils disparaissent avec les fermes et domaines, l'herbe et les buissons les envahissent, les recouvrent, à peine s'il en reste une trace, un tas de débris, à peine un appentis vermoulu, un sentier broussailleux.



Maja Haderlap a grandi en Carinthie, la province  autrichienne la plus au sud, au sein de la minorité slovène. Pendant la guerre, les persécutions, les enrôlements dans la Wehrmacht font que toute cette population est plus ou moins directement liée avec les partisans. Ses grands-parents, ses parents alors adolescents, subissent et partagent la violence, la torture ou les camps.

Sur ces familles, au sein de paysages à la sauvagerie protectrice, pèse "le secret de la menace". La mort et le désespoir n'ont pas fini de réclamer leur dû : Maja Haderlap décrit son enfance, façonnée par le personnage tutélaire de sa grand-mère,  bercée par les récits des différentes générations "assailli[e]s et empoisonné[e]s par leurs propres souvenirs", tragiquement malmenée par un père à jamais dévasté.

Puis son départ vers les études, au moment où justement son corps se fait entendre, l'amène à la découverte d'une autre culture, allemande, celle-là, et ainsi de la notion d'appartenance.

   
Durant des mois, je me sens comme un animal figé pendant la mue, auquel la peau qu'il faut ôter est restée coincée au-dessus de la tête, impossible à enlever. Si quelqu'un s'approchait de moi, je pourrais le cogner, sauf que je ne me doute de rien.


Les mots lui feront  saisir les dimensions sociologiques, politiques et historiques de l'histoire de sa famille, et par ce premier roman qu'elle nous offre,  à chasser l'Ange de l'oubli, dans la tradition des écrits peu à peu exhumés des femmes de sa famille.

 
La décision de m'inscrire en études théâtrales vient de mon idée, résultat de nombreuses soirées au théâtre comme spectatrice, que la scène pourrait devenir pour moi un espace où affronter sans danger tous les désespoirs et les complications. Sur scène, les catastrophes sont limitées, on a beau tuer les protagonistes, ils survivent toujours. Ils manifestent leurs déceptions, leurs travers, leurs rêves, leur amour et leur haine, ils peuvent se laisser aller à leurs sentiments et à leurs craintes les plus cruelles. Une représentation a forcément un début et ne finit pas toujours bien. Mais dans tous les cas elle se finit. Le théâtre ne peut nous attaquer par derrière comme la vie, même quand il se débat dans tous les sens. Tout est jeu, tout est en suspens.


J'ai adoré ce livre qui m'a appris un nouveau pan d'histoire. Je suis entrée avec émotion dans l'intimité de cette famille avec toutes ses complexités et ses souffrances,  puis m'en suis éloignée pour y trouver un point de vue plus général, transgénérationnel et politique, dans une langue à la fois mélancolique et poétique. C'est aussi la révélation d'un paysage, d'un mode de vie paysan qui ne demandait qu'à s'impliquer gaiement et humblement dans le labeur traditionnel(j'ai  pensé à MH Lafon dans la description du quotidien paysan), et à qui la tyrannie a imposé le choix du courage et des actes. C'est aussi un roman d'émancipation, laquelle passe par la découverte du monde, de l'autre et de l'usage des mots.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #autobiographie #deuxiemeguerre #famille
par topocl
le Sam 25 Mar 2017 - 9:59
 
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Sujet: Maja Haderlap
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Vivian Gornick

Attachement féroce

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 7 Attach10



La couleur est annoncée d'emblée avec un titre pareil et le lecteur se met en condition pour se confronter de plein fouet à une histoire qui en appelle au couperet.
Quelle surprise alors, dès les premiers pages de ce récit autobiographique de découvrir une autre tonalité .
Déjà, il faudrait s'en référer au titre original , "Fierce attachements" : ainsi dilués dans le pluriel , ces mots correspondent plus justement au prisme de Vivian Gornick qui relate sa relation douloureuse, à la mère,mais aussi par loi de cause à effet ,  à l'amant, à l'ensemble du tissu sociétal dans lequel elle grandira,  et s'affirmera dans un mouvement d'adhérence et de recul qui rythme sa vie.

Ce fut pour Vivian Gornick , âgée de 52 alors en 1987, une première incursion dans le récit romanesque/autobiographique, jusque là son travail d'écriture uniquement orienté vers sa carrière journalistique, publiant chroniques et reportages féministes dans Village voice.
Alors oui bien sûr, de férocités il en sera. Alors oui d'attachements il en sera aussi. Tout autant que de douceur et de liberté. Et c'est toute la richesse de ce témoignage cette ambivalence. Voire même cet équilibre, résultat que l'on devine d'une vie de tâtonnements. Pudique , elle glissera là-dessus… Et puis le chemin intérieur ne s'emprisonne pas dans les mots, elle choisira de raconter plutôt ses promenades avec sa mère, et le flux et reflux de la mémoire qui accompagnent le mouvement de la marche.

Vivian Gornick déambule dans les rues New-yorkaises , au gré des envies et du temps qui passe , avec sa mère dans une atmosphère de road-movie planante . Et elle raconte, dans le lâcher-prise de l'instant et du caprice mémoriel, sa vie … Par petites touches impressionnistes, surgit de sa plume toute une époque, un contexte social, un univers codifié. Un monde de femmes. Juives. Au sommet trône La mère. Puissante, dévoreuse, castratrice, amour toxique ? Vivian Gornick a mis plus de trente ans avant d'écrire cet ouvrage : il en résulte une hauteur de vue, une forme d'acceptation, de douleur assumée qui dément en partie ces affirmations si faciles, réductrices et surtout profondément stériles ...
Alors oui , dans une ondulation toute féminine, mère et fille n'ont cessé d'arpenter les rues New-Yorkaises, libérant les souvenirs, chacune dans sa vérité et dans l'incapacité de trouver la jonction pour se rencontrer …. Mais elles marchent, côte à côte, inlassablement, tissées l'une dans l'autre. Et la vie n'en finit pas de passer. Les hommes passent aussi, mais sans existence réelle dans cet univers matriciel …. Alors oui, en ce sens on peut qualifier Vivian Gornick de féministe, bien que son regard délicatement détaché de la platitude du réel démentirait cette affirmation, car loin de toute force vindicatrice acharnée.
Subtile, caustique parfois dans la fulgurance d'une blessure dénudée abruptement, c'est dans une forme d'attachement détaché que ce récit autobiographie claque avec douleur et douceur pleinement vécues , sensualisées .
Un immense tour de force dans une veine qui n'est pas s'en rappeler, Virginia Woolf, Katherine Mansfield mais aussi Alice Munro.


mots-clés : #autobiographie
par églantine
le Jeu 23 Mar 2017 - 6:33
 
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Sujet: Vivian Gornick
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August von Kageneck

J'avais hésité à reprendre ce commentaire l'autre jour mais l'ouverture par Tristram du fil Günter Grass et son malaise remet sur le devant de ma mémoire cette idée de malaise, qui est malaise mais aussi énigme car comment vraiment savoir (rapport à soi), et si ma lecture n'a pas été enthousiaste le point d'interrogation persiste.


Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 7 Cover-10

Examen de conscience - Nous étions vaincus mais nous nous croyions innocents.

L'auteur, ancien officier de la Wehrmacht, revient à la fois sur son engagement comme soldat en Pologne puis en Russie et sur l'après de la guerre avec, entre reconstruction et réconciliation, l'écriture ou réécriture d'un passé possible après l'impensable.

Un programme qui promet beaucoup mais suscite aussi beaucoup de réserve. Von Kageneck choisit de transcrire le nécessaire et naturel ressassement. Ses souvenirs, citations de camarades ou d'historiens, petit à petit il reconstruit un parcours collectif. Seulement vers la fin on sort un peu la tête du conflit pour chercher un recul supplémentaire.

Il y a du bon dans cette construction mais malheureusement c'est aussi elle qui fait qu'on peut avoir l'impression qu'on ne creuse pas tant que ça en revenant beaucoup sur les mêmes choses. Notamment l'état de soldat "correct" opposé à la menace communiste. Une vision qui d'ailleurs ne se nuance pas complètement quand il revient sur la montée du nazisme en Allemagne avec l'appui des puissants du pays et d'une droite plus traditionnelle.

Ca a un sens d'essayer de différencier ceux qui ont fait ce qu'il ne fallait pas (SS mais pas que) de ceux qui n'ont pas pu empêcher et de ceux qui ne savait pas là où ils étaient mais ça reste maladroit et là aussi comme en surface quand il faut rapprocher et mélanger les pièces...

Peut-être qu'on reste trop près d'une histoire simplement militaire quand le sujet derrière est l'ombre du génocide ou qu'on ne peut s'empêcher (relativement facile certes ?) de se demander si la victoire ou une défaite autre auraient pu aboutir au même questionnement.

Beaucoup de questions et peu de réponses dans ce livre qui a malgré tout ses bons côtés (surtout l'écriture d'une nouvelle armée) et de moins bons qui sont révélateurs de la complexité d'une situation qui implique de l'affectif et du vécu même dans le camp des vaincus.

Toujours est-il que j'attendais sensiblement plus de cette lecture qui me laisse un léger goût de malaise.


mots-clés : #autobiographie #deuxiemeguerre
par animal
le Lun 20 Mar 2017 - 17:25
 
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Sujet: August von Kageneck
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Günter Grass

Pelures d’oignon

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 7 Pelure10

Mémoires de l’auteur à 80 ans (et peu après qu’il eut révélé avoir fait partie de la Waffen-SS).

« Quand on le presse de questions, le souvenir ressemble à un oignon qui voudrait être pelé afin que soit dégagé ce qui, lettre après lettre, est là, visible ; rarement univoque, souvent dans une écriture à lire dans le miroir ou crypté d’une quelconque manière. »

« Après, c’est toujours avant. Ce que nous appelons présent, de fugace maintenant-maintenant-maintenant, est toujours dans l’ombre d’un Maintenant passé, de sorte que même la fuite en avant que l’on appelle avenir ne peut se courir qu’avec des semelles de plomb. »


L’enfance de l’auteur à Dantzig/ Gdańsk, d’abord collectionneur de vignettes iconographiques (récupérée dans les paquets de cigarettes) dans le misérable deux pièces pour quatre familial, puis admirateur de l’armée du Reich au début de la seconde Guerre Mondiale (avec un goût marqué pour les chiffres factuels, à la fois enfantin et inhumain – tonnage des navires coulés, etc.), qui se reproche maintenant de ne pas s’être posé de question (camp de concentration à proximité, Juifs ostracisés, l’objecteur de conscience qui refuse de porter un fusil) – sorte de remords d’une soumission conformiste mais culpabilisatrice, enfin engagé « volontaire » à 16 ans dans la Waffen-SS (où il apprend la peur, notamment celle d’être pendu comme déserteur) ; après l’effondrement, misère vagabonde, ahurissants cours de « cuisine abstraite » pour dompter la faim qui ronge le prisonnier de guerre, puis la seconde faim (sexuelle), enfin la troisième : l’art – dessin, sculpture (d’abord sur pierres tombales), « sécrétion » de poèmes, danse, et même joueur de planche à laver dans une formation jazz à laquelle Armstrong se joint lors d’une session, enfin la prose... C’est l’après-guerre, où le consensus dit « Il faut laisser le passé en repos. »

Dans son style d’une lecture difficultueuse, phrase renversée (verbe et sujet n’apparaissant que tard), aller-retour systématique, – et toujours avec sa verve humoristique, parodique, provocante, grivoise et blasphématoire, critique sans pathos, teintée du réalisme magique dont il fut précurseur, Grass retrace une histoire personnelle écrasée par le poids de l’Histoire, et devant beaucoup au hasard, comme celle de ses personnages romanesques. Ce texte renvoie beaucoup à son œuvre (qu’il éclaire) : on apprend par exemple que ses « enfants de la tête » doivent leur origine à des personnes, des évènements qu’il a connus.

« Du reste, j’ai peu à dire sur la façon dont quelque chose naissait et naît ; à moins que je ne mente… »


Il ne témoigne finalement que de bribes hypothétiques, n’ayant guère de vrai souvenir de l’époque de la guerre, et plus aucune trace écrite. Il souligne l’importance du drill (méthode d'entraînement mécanique et répétitive pour assurer une exécution sans hésitation de certaines manœuvres dans un contexte stressant), renvoie Orages d’acier à A l’Ouest rien de nouveau. Il dit n’avoir réalisé la vraie mesure des horreurs perpétrées par le nazisme qu’en 1946 (procès de Nuremberg) ; sans parti pris, cet ouvrage laisse le lecteur dans le malaise. Peu de commentaire sur « les camps » :

« Il me fallut du temps pour apprendre par à-coups et m’avouer en hésitant que par ignorance, ou plutôt par ignorance volontaire, j’avais pris part à un crime que le temps n’a pas amoindri, qui ne veut pas se prescrire, dont je suis malade aujourd’hui encore. »

« Comme la faim, on peut dire de la culpabilité et de la honte qui suit qu’elles rongent, rongent inlassablement ; mais je n’ai eu faim que quelque temps, tandis que la honte… »


Je dois préciser avoir lu cet ouvrage avec en tête le fil littérature des camps, sujet auquel il apporte peu.
Sans être inintéressant, ce n’est bien sûr pas un de ses superbes romans (qu’il faudrait sans doute avoir lus au préalable), mais cet auteur mérite qu’on se penche un peu plus sur son œuvre littéraire, assez époustouflante dans son imaginaire rabelaisien.  

Bémol concernant l’édition au Seuil ; objet de bonne qualité, de lecture agréable, avec même une table des matières (attention devenant malheureusement trop rare), mais les notes de fin (du traducteur, suite à entretien avec l'auteur), avec la pagination, ne sont pas renvoyées dans le texte ! C’est d’autant plus dommage que Grass fait souvent allusion à un contexte culturel, géographique et historique allemand, pas forcément familier pour le lecteur français.


mots-clés : #autobiographie
par Tristram
le Lun 20 Mar 2017 - 10:01
 
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Sujet: Günter Grass
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Sebastian Haffner

Les discussions récentes sur les témoignages de rescapés des camps de la mort me fait penser que ce livre pourrait intéresser nombre d'entre vous.
Ma lecture est ancienne, mais de nombreuses images marquantes me restent encore en mémoire. Un témoignage précieux.

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 7 51aref10

Histoire d'un Allemand - Souvenirs (1914-1933)

Sebastian Haffner était étudiant en droit. Il a assisté, aux premières loges, à la montée en puissance du nazisme. Ecoeuré, horrifié, il a quitté le pays en 1938. Ce livre lui fut commandé la même année par un éditeur anglais ; mais la guerre éclata, et le manuscrit ne fut jamais publié. Il ne fut redécouvert qu'après la mort de l'auteur, et publié en 2000 en Allemagne, non sans avoir été dûment authentifié. En effet, certaines personnes contestaient qu'il ait pu avoir une vision aussi claire des horreurs qu'allait engendrer la folie nazie. Ce qui est certain, c'est que cet ouvrage met terriblement à mal l'explication si souvent entendue : "On ne savait pas…"

Pour qui s'intéresse à cette période, ce livre offre un éclairage nouveau et passionnant. La forme du récit oscille entre le témoignage et l'essai ; l'auteur nous parle de cette époque à travers le prisme de sa propre expérience d'Allemand "ordinaire", mais il va aussi plus loin, tentant d'analyser l'incidence du contexte historique sur les réactions du peuple allemand. Tout d'abord, il essaie de comprendre les raisons de l'inertie d'une grand majorité d'Allemands face à la montée du nazisme. Selon lui, les soubresauts de la politique nationale, l'instabilité des différents gouvernements au pouvoir depuis la guerre de 14-18, ou encore l'inflation galopante, ont peu à peu réuni les conditions qui ont amené Hitler au pouvoir alors qu'il n'avait pas gagné les élections de 1933…
Totalement désabusé, comme anesthésié, le peuple n'a pas réagi à ce coup de force, pas plus qu'il n'a réagi ensuite aux lois et aux exactions commises par les nazis. (assassinats, tortures, intimidations… le tout à la vue de tous, contrairement à ce qui a pu être dit…)

Sebastian Haffner nous livre ensuite un récit très riche, qui nous plonge littéralement dans la vie d'un Berlinois dans les années 30… Il décrit avec justesse le contexte politique incertain, l'arrivée d'Hitler au pouvoir, la montée de la peur, l'embrigadement... Stupéfiant passage que celui où l'auteur, alors étudiant en droit, se trouve obligé de passer 3 semaines dans un camp militaire à claironner des chants nazis, étape obligée s'il veut espérer obtenir son diplôme de juge…
Le lecteur va de surprises en surprises. L'un des passages qui m'a le plus stupéfiée est celui où l'on apprend que les discours prônant l'extermination des juifs étaient diffusés dans les rues de Berlin par haut-parleur... Même si la méthode exacte d'extermination était inconnue, il ne faisait aucun doute que leur fin était programmée…
De même, l'on apprend horrifié qu'un jour, alors qu'il était tendrement enlacé avec sa petite amie, un groupe d'enfants accompagnés de leurs professeurs les a tout naturellement salué d'un claironnant "Mort aux juifs ! Le plus cruellement ironique étant que la petite amie était bel et bien juive, ce qui n'était pas encore visible, le port de l'étoile jaune n'ayant pas encore été instauré…

Ce récit m'a profondément marquée. C'est un livre nécessaire, profond, qui soulève des questions passionnantes et avance des explications des plus intéressantes. Bien des justifications entendues après guerre volent en éclat à la simple lecture de cet ouvrage. Et l'on ne peut que louer la lucidité et la clairvoyance de l'auteur, mais aussi son honnêteté. Jamais il ne se fait passer pour un homme héroïque. Simplement pour un citoyen responsable, qui a refusé les compromissions indispensables alors pour exercer le métier auquel il était promis…
J'ajouterai enfin que le style, superbe, est à la fois très littéraire et facile à lire. Je ne saurais trop le recommander à tout lecteur intéressé par cette période. Je pourrais vous en parler encore longtemps, mais je préfère laisser la parole à l'auteur avec quelques extraits.


Deux extraits du prologue, écrit je le rappelle en 1939 :

"En usant des pires menaces, cet état exige de l'individu qu'il renonce à ses amis, abandonne ses amies, abjure ses convictions, adopte des opinions imposées et une façon de saluer dont il n'a pas l'habitude, cesse de boire et de manger ce qu'il aime, emploie ses loisirs à des activités qu'il exècre, risque sa vie pour des aventures qui le rebutent, renie son passé et sa personnalité, et tout cela sans cesser de manifester un enthousiasme reconnaissant."

" Ces duels dans lesquels un individu cherche à défendre son individualité et son honneur individuel contre les agressions d'un Etat tout-puissant, voilà six ans qu'on en livre en Allemagne, par milliers, par centaine de milliers, chacun dans un isolement absolu, tous à huis clos. Certains duellistes, plus doués que moi pour l'héroïsme ou le martyre, sont allés plus loin : jusqu'au camp de concentration, jusqu'à la torture, jusqu'à avoir le droit de figurer un jour sur un monument commémoratif. D'autres ont succombé bien plus tôt : aujourd'hui, ils récriminent sous cape dans la réserve de la SA ou sont chef d'îlots dans la NSV."



Page 214 :

" Les nazis ne font désormais plus mystère de leur propos de dresser les Allemands à pourchasser les juifs dans le monde entier. L'intéressant, c'est ce propos lui-même, qui est une nouveauté dans l'histoire universelle : la tentative de neutraliser, à l'intérieur de l'espèce humaine, la solidarité fondamentale des espèces animales qui leur permet seule de survivre dans le combat pour l'existence ; la tentative de diriger les instincts prédateurs de l'homme, qui ne s'adressent normalement qu'aux animaux, vers des objets internes à sa propre espèce, et de dresser tout un peuple, telle une meute de chiens, à traquer l'homme comme un gibier."


(ancien commentaire largement remanié)


mots-clés : #autobiographie #deuxiemeguerre #regimeautoritaire
par Armor
le Ven 10 Mar 2017 - 10:53
 
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Sujet: Sebastian Haffner
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Vues: 802

Michèle Desbordes

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 7 Petite10

Les Petites Terres

Un récit absolument superbe.

Publié à titre posthume en 2008, le récit écrit par Michèle Desbordes dans l'urgence d'une mort à venir (elle décède en 2006), s'éloigne beaucoup des romans maîtrisés, travaillés, distanciés de l'auteure, d'abord parce qu'il s'agit de la vie de Michèle Desbordes, qu'elle s'y livre tout entière, femme de lettres et femme aimante, femme voyageuse attirée par la mer et femme fatiguée, éreintée et brisée, pleurant un amour mort. Le récit ici déborde de tout côté, il est comme une vague de lave qui brûle tout sur son passage et ne peut être retenu par aucune barrière, aucune impudeur, aucune frontière. Il est là, tout entier dans les mots qui courent, qui filent sur la page, insatiable, dévorante, inlassable.

Michèle Desbordes raconte un amour, l'amour qu'elle a éprouvé pour un homme, un écrivain reconnu, de vingt-cinq ans son aîné et qu'un jour elle a quitté, qu'elle a fui, qu'elle a abandonné, partant à l'autre bout du monde, sous les tropiques comme on dit, parce qu'il fallait au moins ça, cette distance pour pouvoir continuer à vivre. Loin de lui, lui qu'elle retrouve plus tard, quand elle revient à Paris, lui qui est vieux désormais, qui perd la mémoire, qui n'écrit plus, qui ne sait bientôt plus qu'il a écrit des livres, qu'il a été écrivain, qu'il a aimé cette femme, cette femme qui n'aura jamais osé lui dire à quel point elle l'aime encore, à quelle point il est en elle comme elle fut en lui, lui qui ne s'en souvient plus. Lui qui cesse un beau jour de sourire de ce sourire plein de douceur et elle qui ne s'en aperçoit pas et ne sera pas là pour lui tenir la main à l'heure du grand passage. C'est tout ça le récit de Michèle Desbordes, à vau l'eau, en recourant à une écriture sans gouvernail et sans amarres, magnifique dans sa dérive, sublime dans son tangage.

Mais c'est aussi une œuvre d'écrivain, une auteure qui revient sur sa propre production et donne au lecteur attentif les clés, les origines, les différentes matrices de ses livres, comme un testament. C'est aussi une réflexion sur la marche, celle que fit Hölderlin de France en Allemagne pour retrouver la femme aimée qui va mourir ; ou celle de Werner Herzog, faisant le chemin inverse de Munich à Paris pour retrouver son amie, l'actrice Lotte Eisner qui elle aussi est sur le point de trépasser ; et puis la marche de l'écrivain, de l'homme aimé qui, fait prisonnier en 43 (au moment de la naissance de Michèle) traverse la France jusqu'en Souabe pour se retrouver dans un stalag. La marche mais aussi les trains, les nombreux trains que Michèle Desbordes prend dans sa vie et qu'elle compare à des parenthèses, des instants d'accalmie entre deux mondes reliés par des wagons. C'est aussi un livre sur la chaleur et sur la pluie, sur les voyages et sur les hommes. Un livre monde et un livre totem.

C'est un livre magnifique.
Un livre bouleversant.



mots-clés : #autobiographie
par shanidar
le Lun 6 Mar 2017 - 7:17
 
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Sujet: Michèle Desbordes
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Jean-Louis Fournier

On va où papa ?

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 7 Tylych12

"Cher Mathieu, cher Thomas,
Quand vous étiez petits, j'ai eu quelquefois la tentation, à Noël, de vous offrir un livre, un Tintin par exemple. On aurait pu en parler ensemble après. Je connais bien Tintin, je les ai lus tous plusieurs fois.
Je ne l'ai jamais fait. Ce n'était pas la peine, vous ne saviez pas lire. Vous ne saurez jamais lire. Jusqu'à la fin, vos cadeaux de Noël seront des cubes ou des petites voitures... "

Jusqu'à ce jour, je n'ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi? J'avais honte? Peur qu'on me plaigne?
Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c'était pour échapper à la question terrible: "Qu'est-ce qu'ils font?"
Aujourd'hui que le temps presse, que la fin du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j'ai décidé de leur écrire un livre.
Pour qu'on ne les oublie pas, qu'il ne reste pas d'eux seulement une photo sur une carte d'invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n'ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d'ange, et je ne suis pas un ange.
Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d'une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler d'eux avec le sourire. Ils m'ont fait rire avec leurs bêtises, et pas toujours involontairement.
Grâce à eux, j'ai eu des avantages sur les parents d'enfants normaux. Je n'ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n'avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu'ils feraient plus tard, on a su rapidement ce que ce serait: rien.
Et surtout, pendant de nombreuses années, j'ai bénéficié d'une vignette automobile gratuite. Grâce à eux, j'ai pu rouler dans des grosses voitures américaines.

Jean-Louis Fournier


A la lecture de cette quatrième de couverture , certains pourraient se dire «  Misère , encore un bouquin exutoire qui va faire pleurer dans les chaumières , ou bien un père qui se fait du fric sur le dos de ses gamins handicapés »
Ne rougissez pas si c'est votre cas , j'en faisais partie.
Pourtant ce livre s'est retrouvé entre mes mains , parce que mon entourage en parlait , parce qu'ils étaient troublés sans être plombés.
Ce que je présumais c'est vite avéré faux , les clichés sont inexistants , l'ironie et le cynisme sont les maîtres mots sans occulter l'amour d'un père qui préfère en rire plutôt qu'en pleurer afin de rendre un hommage des plus vivants à ses enfants , de contrer le regard d'une société qui ne sait pas observer au delà d'un handicap , apeurée par ces différences qu'elle tente d'ignorer par peur d'y être touchée de trop près.
Régulièrement , ces enfants , ces adultes sont les oubliés , n'existant qu'en tant que "pathologie" (barbarie gerbante de la bien-pensance), et c'est avec une force admirable que Jean Louis Fournier , au travers de ses fils , leur redonne une identité , une âme.
De la force d'un père en ressort une fragilité touchante avec cette particularité qui la rend admirable.
L'auteur se flagelle , évoque ses manquements , ses incompréhensions et sa colère ,et c'est sûrement ce qui le rend encore plus humain , évite l'arrière-goût de pathos dégoulinant qu'on pourrait imaginer se prendre en pleine face trop habitués à passer de l'autre côté de la frontière dans ce répertoire.
Rentrez dans ce monde , celui d'une provocation parfois grinçante qui cache de profonds remords , un cri d'amour saisissant.
Si je devais résumer ce livre en un mot , un seul me viendrait à l'esprit :
Dignité.

" Mes petits oiseaux, je suis bien triste de penser que vous ne connaîtrez pas ce qui, pour moi, a fait les plus grands moments de ma vie.

Ces moments extraordinaires où le monde se réduit à une seule personne, qu'on existe que pour elle et par elle, qu'on tremble quand on entend ses pas, qu'on entend sa voix et qu'on défaille quand on la voit. Qu'on a peur de la casser à force de la serrer, qu'on s'embrase quand on l'embrasse et que le monde autour de nous devient flou.

Vous ne connaîtrez jamais ce délicieux frisson qui vous parcourt des pieds à la tête, fait en vous un grand chambardement, pire qu'un déménagement, une électrocution, ou une exécution. Vous chamboule, vous tourneboule et vous entraîne dans un tourbillon qui fait perdre la boule et donne la chair de poule. Vous remue tout l'intérieur, vous donne chaud à la gueule, vous fait rougir, vous fait rugir, vous hérisse le poil, vous fait bégayer, vous fait dire n'importe quoi, vous fait rire et aussi pleurer.

Parce que, hélas, mes petits oiseaux, vous ne saurez jamais conjuguer à la première personne du singulier et à l'indicatif du présent le verbe du premier groupe: aimer. "



mots-clés : #autobiographie #famille #pathologie
par Ouliposuccion
le Jeu 2 Mar 2017 - 4:00
 
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Sujet: Jean-Louis Fournier
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Jorge Semprun

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 7 Bm_62110

Résumé :
Déporté à Buchenwald, Jorge Semprun est libéré par les troupes de Patton, le 11 avril 1945. L'étudiant du lycée Henri lV, le lauréat du concours général de philosophie, le jeune poète qui connaît déjà tous les intellectuels parisiens découvre à Buchenwald ce qui n'est pas donné à ceux qui n'ont pas connu les camps : vivre sa mort. Un temps, il va croire qu'on peut exorciser la mort par l'écriture. Mais écrire renvoie à la mort. Pour s'arracher à ce cercle vicieux, il sera aidé par une femme, bien sûr, et peut-être par un objet très prosaïque : le parapluie de Bakounine, conservé à Locarno. Dans ce tourbillon de la mémoire, mille scènes, mille histoires rendent ce livre sur la mort extrêmement vivant. Semprun aurait pu se contenter d'écrire des souvenirs, ou un document. Mais il a composé une œuvre d'art, où l'on n'oublie jamais que Weimar, la petite ville de Goethe, n'est qu'à quelques pas de Buchenwald.


Mon avis :

J’ai d’emblée été séduite par ce roman, dès les premières pages quand l’auteur se trouve face aux soldats américains et s’interroge sur le regard qu’il perçoit chez eux, regard d’effroi, d’épouvante, affolé, rempli d’horreur, et conclut : « c’est l’horreur de mon regard que révèle le leur ».
D’emblée, la plume de Semprun m’a emportée, bercée presque, au fil des pages que j’ai avalées avec facilité, sans sentiment de lourdeur, grâce la fluidité de son écriture. Je redoutais me confronter de nouveau aux camps, et à certains écrits « exhibitionistes » de leur horreur, j’ai trouvé un récit qui ne s’y apesantit jamais, tout autant qu’il en parle et fait ressentir le décalage entre représentation de l’horreur des camps vu de l’extérieur et vécu des camps qui ne peut être réellement transmissible, tant l’expérience est personnelle et échappe en partie dès qu’elle passe en mots.

C’est l’incommunicable de l’expérience vécue que Semprun nous fait percevoir, et il y réussit. Il nous fait percevoir l’horreur banale, insolite, comment elle s’infiltre un peu partout dans le rythme des journées, les violences , le quotidien, les odeurs, l’environnement… Au-delà il nous permet d’entendre d’autres moments, ceux de jazz, de cinéma, entre les déportés, etc … petits moments insolites au milieu du Mal quotidien. Cela m’a fait penser à un autre livre que j’avais lu jeune, où l’auteur disait combien on ne se sent jamais autant en vie que quand la mort rôde autour de nous chaque jour. Semprun, d’ailleurs, nous dit bien comment son sentiment de vie s’est ancré là-bas, et comment il n’a eu depuis que l’impression de ne pas exister, de survivre.  La vie fraye avec la mort et il semble que l’un ne peut être réellement perceptible sans l’autre. Toutes les années qui ont suivi les camps, Semprun nous exprime comment il s’est confronté au choix de ne pas écrire car il lui était impossible d’écrire sur autre chose que les camps, mais qu’écrire à ce sujet  le renvoyait à la mort. Il nous fait ressentir au travers de ses lignes, comment il a choisi de vivre en s’éloignant de la mort, en n’écrivant pas, tout en même temps que cela l’éloignait de la vie.

Il lui aura fallu nombre d’années pour poser sur papier des bribes de cette partie de sa vie, celle qui a encombré par la suite toutes les années qui lui restaient. Mais, comme il le dit bien, ce travail de mémoire qu’il a engagé ramène juste à un impossible car ramener les camps au présent ne peut être réalisable.
Page après page, en nous amenant à traverser différents moments et époques de manière un peu éclatée mais en suivant le fil rouge de la poésie qui le ramène à différents moments et souvenirs, Semprun reconstruit quelque chose de son expérience des camps et de l’homme qu’elle a construit, qui en est sorti, imprégné de ce qu’il y a vécu. LA poésie, les livres, cela semble dans ce roman être un fil du souvenir tout autant qu’un pare feu contre la folie de l’horreur vécue ; comme si cette horreur était habillée, fil par fil, de mots, de souvenirs liés à des auteurs qui lui ont permis de reconstruire les coordonnées de son trauma en les habillant autrement, une reconstruction longue et progressive de sa mémoire, une acceptation de la regarder peu à peu en face. Longtemps dans ces pages, il dit comment dans la vie d’après, il n’a jamais été sûr d’être là, d’être revenu, et comment d’une certaine manière, il n’en est pas vraiment revenu. Il raconte comment il a évité cela jusque tard dans sa vie, comment de toute façon c’était incommunicable, comment de plus les gens ne voulaient pas entendre.
« Rien n’est vrai que le camps », dit-il, et toute sa vie semble avoir été tournée vers  comment y retourner, comment se confronter à cela de nouveau, autrement, tant dans la réalité que dans sa tête, pour enfin pouvoir vivre. Cela lui aura pris une bonne partie de sa vie.

Ce livre m’a vraiment touchée, émue, fait réfléchir à nombre de choses dont je ne pourrai pas rendre grand-chose ici, mais je crois que c’est une expérience à traverser avec Semprun de bout en bout pour entendre un peu quelque chose de ce cheminement qui a été le sien et, peut-être, nous permettre de cheminer aussi,  à ses côtés, dans une autre manière de percevoir certaines choses.



mots-clés : #autobiographie #campsconcentration
par chrysta
le Mer 1 Mar 2017 - 12:58
 
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Sujet: Jorge Semprun
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Grégoire Bouillier

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 7 Bouill10

Rapport sur moi

Je ne suis pas particulièrement adepte de l'autofiction, ni très friande des confidences des écrivains, je ne sais donc pas vraiment pourquoi le petit livre de Grégoire Bouillier m'est tombé entre les mains, en dehors de son format sympathique, de son doux papier accueillant et du joli travail de l'éditeur Allia… Cela allait-il être suffisant pour me faire apprécier ce récit, ce 'Rapport sur moi' dont le titre, éloquent, aurait eu tendance à me faire fuir… ?

Et bien, je dois dire que ce 'Rapport' est une bonne pioche, très agréable lecture, qui m'extrait généreusement de mes sentiers battus et m'emmène vers des horizons attrayants. L'écriture, à elle seule, a retenu mon attention et l'esprit caustique de l'auteur possède une certaine force d'attraction sans lorgner du côté d'un déshabillage décomplexé et arrogant. Ça pique mais en douceur...

Le récit de Grégoire Bouillier commence ainsi :

J'ai vécu une enfance heureuse.

Un dimanche après-midi, ma mère surgit dans notre chambre où mon frère et moi jouions chacun dans notre coin. "Les enfants, est-ce que je vous aime ?" Sa voix est intense, ses narines fantastiques. Mon frère répond sans ambiguïté. J'hésite à me lancer du haut de mes sept ans. J'ai conscience de l'occasion et, en même temps, je redoute la suite. Je finis par murmurer : "Peut-être que tu nous aime un peu trop." Ma mère me regarde avec épouvante. Elle reste un instant désemparée, se dirige vers la fenêtre, l'ouvre avec violence et veut se jeter du cinquième étage. Alerté par le bruit, mon père la rattrape sur le balcon alors qu'elle a déjà passé une jambe dans le vide. Ma mère hurle et se débat. Ses cris résonnent dans la cour. Mon père la tire sans ménagement en arrière et la ramène comme un sac à l'intérieur de la pièce. Dans la lutte, la tête de ma mère heurte le mur et ça fait klong. Visible sur le mur, une petite tache de sang témoigna longtemps de cette scène. Un jour, je dessine au feutre noir des cercles autour et m'en sers de cible pour jouer aux fléchettes ; lorsque je mets dans le mille, j'imagine retrouver un bref instant la faculté de parler sans crainte.


Déroulant sur 159 pages alertes l'histoire de son existence, Bouillier semble chercher (et trouver) les explications des ratages de sa vie d'adulte dans les effondrements, les rendez-vous manqués, les béances de son enfance et cela en utilisant un système qui consiste à se pencher essentiellement sur la valeur des mots pour en extraire tous les échos. Cette espèce de grille de lecture, qui force bien souvent l'interprétation, mais reste si ce n'est logique du moins ludique donne de belles perspectives d'illustrations à l'auteur qui ne se prive pas d'explorer pas à pas les jeux de langage qui, des traumatismes de l'enfance l'ont conduit à ce qu'il est (un homme en attente (?)).

Un livre extrêmement réjouissant. Pas du tout nombriliste malgré un titre légèrement ronflant. Qui laisse une belle part à la signature, au style d'un auteur en verve, désireux de comprendre sa vie, ne cherchant jamais à rattacher son existence à une quelconque initiation intellectuelle, mais se maintenant à flot par la grâce d'une écriture joueuse sans être voyeuse, intelligente sans être érudite, confidentielle sans être scabreuse, pleine d'humour et sans jugements.


Joli tour de force pour un premier livre qui se lit avidement.


mots-clés : #autobiographie
par shanidar
le Mar 28 Fév 2017 - 12:44
 
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Sujet: Grégoire Bouillier
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André Beucler

De Saint-Pétersbourg à Saint-Germain-des-Prés

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 7 De-sai10

En treize chapitres André Beucler, prince des nuits parisiennes de l’Entre-deux-guerres raconte ses souvenirs avec d’illustres écrivains qui furent ses amis. Il y a en priorité Valéry Larbaud et Léon-Paul Fargue avec qui il est particulièrement proche. Beucler trouve de belles phrases pour parler du premier :
« Il s’agissait exactement, dans le cas de Larbaud, d’écrire avec allégresse ce qui vous passe par la tête et par le cœur, à condition d’avoir une bonne tête et un cœur pur. Il s’agissait aussi de parties fines avec son imagination d’où naissent en abondance sentiments et souvenirs, ou encore de songeries profondes et complaisantes sur soi-même, de méditations poétiques sur ces images qui, précisera plus tard Gaston Bachelard, nous apprennent sans cesse à parler »

On y rencontre aussi Gaston Gallimard, Paul Morand fou d’automobiles, Saint-John Perse dans son bureau des affaires étrangères, Robert Desnos, Max Jacob, Louis Jouvet, Drieu la Rochelle, Roger Martin du Gard ; un autre très proche, Giraudoux présenté sous un jour facétieux, s’amusant à ajouter des plats fictifs sur les menus des restaurants et y semant une belle pagaïe : « concombres illustrés », « poitrines de veau farcies à la hussarde », « Langoustines d’Elseneur » etc… Giraudoux également, ministre de l’information en 40, qui envoie Beucler réaliser une mission périlleuse en Autriche.

La plupart de ces écrivains sont issus d’un milieu bourgeois, ils ont reçu une éducation soignée, possèdent une culture raffinée. Beucler montre combien ils sont perdus dans un Paris qui se transforme et s’enlaidit, comment ils s’éloignent d’un monde qu’ils trouvent de plus en plus vulgaire et où leur politesse exquise ne trouve plus place. La preuve, ce joli mot de R. Martin du Gard à ses amis, alors qu’il sort de clinique après une quinzaine de jours d’hémorragies internes :
« Roger Martin du Gard, en convalescence, après des ennuis de santé, qui l’ont obligé à un long repos, vous remercie bien vivement de votre témoignage de sympathie, et s’excuse d’être encore, pour le moment dans l’impossibilité de répondre aux amicales attentions dont il a été l’objet ces derniers temps. »


Ces souvenirs dont le seul reproche est d’être parfois hagiographiques – Sachs est de ce point de vue plus direct – donnent envie de lire, relire des auteurs parfois quelque peu oubliés aujourd’hui ; plus particulièrement en ce qui me concerne : Larbaud, Fargue et Martin du Gard (colonel Maumort notamment).


mots-clés : #autobiographie
par ArenSor
le Dim 19 Fév 2017 - 14:43
 
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Sujet: André Beucler
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Tamiki HARA

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 7 51dwj610

Ce n'est pas évident de parler de Fleurs d'été. Je crains de ne pas pouvoir éviter les lieux communs ni la maladresse. Le caractère documentaire de ce texte complique toute prise de distance. Je vais commencer par mon ressenti.

J'ai rarement, peut-être jamais, lu un texte qui m'ait autant bouleversé. Je suis sans doute très naïf. Sans doute, à l'école, on m'a appris ce qui s'est passé à Hiroshima le 6 août 45. On ne nous en a certainement pas fait l'éloge, et je me rendais vaguement compte que c'était mal. Mais est-ce que j'étais un enfant tout à fait insensible, me l'a-t-on enseigné d'une façon légère, inconséquente ? Certes le lieu et la date nous en éloignent, mais je réalise, et cruellement, qu'on n'insiste pas beaucoup sur cet aspect de la guerre. L'éloignement géographique, la France alors déjà libérée, ça nous donne le droit de se sentir moins concerné ?
Les Etats-Unis des années 40, des "gentils Alliés" ? Je pense que c'est une blague.
Je caricature un peu, mais je ne suis pas certain d'être le seul à avoir eu ce vague sentiment de confort, en pensant à ces sauveurs d'Américains. Qu'on ait pu me le faire éprouver, ce sentiment, et aussi tard, voilà ce que je ne supporte pas.

En 1945, l'auteur est réfugié à Hiroshima. Quelques jours avant la fête des morts, redoutant une attaque imminente, il se rend sur la tombe de sa femme pour y mettre des fleurs. La ville est calme, il fait beau. L'auteur laisse paraître doucement sa tristesse. L'atmosphère est paisible, presque religieuse. Ce sera ses derniers souvenirs de Hiroshima telle qu'il l'a connue.

Le surlendemain, c'était la bombe atomique.


Il survit au bombardement. Fleurs d'été en est le récit, ainsi que des jours qui ont suivi. Tout d'abord, le choc du bombardement vécu par l'auteur dans la maison familiale. De la véranda, il voit la ville écrasée; seul, au loin, un bâtiment de béton armé est encore debout. Puis, la fuite : des incendies se déclarent un peu partout dans la ville. Il s'enfuit vers la rivière, progressant sur les maisons effondrées, complètement aplaties. Là-bas, il retrouve ses frères, sa sœur et beaucoup d'autres rescapés. Tous racontent ce qui leur est arrivé, puis ils se séparent. Soudain l'auteur, cherchant à passer la rivière, croise des hommes et des femmes gisant sur le sol. Le corps brûlé, dégénéré, flétri : image plus saisissante et plus terrible encore que s'ils étaient morts, ils agonisent.

Comme nous avancions sur l'étroit chemin de pierre qui longe la rivière, je vis pour la première fois des grappes humaines défiant toute description. Le soleil était déjà bas sur l'horizon, le paysage environnant pâlissait. Sur la grève, sur le talus au-dessus de la grève, partout les mêmes hommes et les mêmes femmes dont les ombres se reflétaient dans l'eau. Mais quels hommes et quelles femmes ...! Il était presque impossible de reconnaître un homme d'une femme tant les visages étaient tuméfiés, fripés. Les yeux amincis comme des fils, les lèvres, véritables plaies enflammées, le corps souffrant de partout, nus, tous respiraient d'une respiration d'insecte, étendus sur le sol, agonisant.


L'auteur commence à prendre la mesure du désastre. Il s'agit ensuite de retrouver les membres de sa famille, et les emmener se faire soigner dans des centres improvisés. La mort est partout; les gens se meurent dans la rue, sous les arbres, près de la rivière, partout où ils ont pu trouver une place pour s'allonger. Après quelques jours, l'auteur et ceux de sa famille qui ont survécu trouvent à se réfugier dans un village de la région. Par manque de soins et de nourriture, chacun s'affaiblit; certaines maladies se déclarent, certains succombent à leurs blessures. Le récit s'arrête là.

J'en suis sorti complètement sonné. Il était temps de lire ce texte. On se trouve complètement démuni face à un tel déchaînement aveugle, face à l'ampleur de ce crime. L'auteur se tient au récit de ce qu'il a vu, dans toute son horreur. Il n'ajoute aucun jugement personnel, ne fait presque pas allusion aux agresseurs. De cette manière, il fait paraître, contenus, son incompréhension et son désespoir face à l'attaque d'un ennemi invisible, muet, dont on n'imagine pas que les mouvements puissent avoir une quelconque logique.

C'est tout de même un très beau texte, plein de simplicité et de force, servi par une écriture claire et sensible. C'est une œuvre terrible, essentielle et dont on sort changé.
On peut regretter que Tamiki Hara ne soit pas plus traduit en français.


mots-clés : #autobiographie #deuxiemeguerre
par Quasimodo
le Dim 19 Fév 2017 - 10:48
 
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Sujet: Tamiki HARA
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Stefan Zweig

Le monde d'hier

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 7 Images10


Nous sommes en 1941. Stephan Zweig, désespéré de l'homme et du monde, dévasté par un nouvel exil, joue une fois de plus son rôle d'écrivain : témoin et penseur se retournant sur son histoire et l'histoire de ce siècle . Ce livre se partage entre l' autobiographie à orientation littéraro-intellectuelle, et un témoignage historique. On sent dès le début que c'est un cri désespéré.

La première moitié du livre est consacrée au tournant XIXème-XXème siècle , cet avant guerre insouciant.  De Vienne, à la fois libérale et puritaine, Zweig, jeune homme précocement brillant et descendant d'un bourgeoisie plus qu'aisée, voyage sans limites à travers l'Europe et le monde, tisse des amitiés artistiques dans toutes les capitales... jusqu'à l'assassinat de Louis- Ferdinand et au déclenchement de la 1ere guerre mondiale, où, citoyen européen qui commence à être reconnu en tant qu'auteur, il se retrouve l'un des seuls à prôner un pacifisme résolu, attaché à sa « liberté intérieure».

C'est un récit à la fois fort instructif, élégant et très maîtrisé , les différences de mentalités entre les capitales sont finement analysées, Zweig décrit de belles figures d'amis artistes. Par contre absence totale de femmes,  on est là pour parler de choses sérieuses...
J'ai également  été gênée par une vision du monde tout à fait biaisée par sa situation privilégiée, ignorant tout du sort des moins favorisés (les ouvriers étaient bienheureux en ces temps où l'on avait réduit leur temps de travail, explique-t'il) et l’impression que tous les citoyens partagent, et son bonheur, et ses points de vue. Comme s'il régnait une fraternité universelle, comme si la notion de nationalisme n'avait émergé que le jour de la déclaration de guerre, pour mieux exploser dans les décennies suivantes. Cette « naïveté » explique sans doute sa  surprise à découvrir les excès de la haine et les enthousiasmes belliqueux.

Dans l'après-guerre, les blessures du traité de Versailles qu'on croit enterrées, la misère et la famine jugulées, l'inflation maîtrisée, s'installe un temps que Zweig veut croire serein.
Il y connaît un succès planétaire, fréquente les grands de ce monde en matière de pensée et d'art, sa collection d’autographe trouve un essor éblouissant, dans le temps-même où le festival de Salzbourg s'épanouit. Quelques confrontations avec les chemises noires mussoliniennes, lui mettent la puce à l'oreille, mais son ingénuité est toujours là, ce sont des temps heureux. Là encore il semble curieusement croire que cette plénitude est commune à tous.

Ce n'est que peu à peu qu'émergent Hitler et ses sbires, « dressés à l'attaque, à la violence et à la terreur », sans trop attirer l'attention. Puis, brutalement, les interdictions aux Juifs, les brimades, et pour Zweig, le choix de l'exil d'où il sera confronté aux tentatives de conciliation qui n'empêcheront pas la déclaration de guerre. C'est la fin des choix, la perte d'une nationalité, l'effroyable statut d'apatride, puis d'étranger ennemi. Là encore une certaine ingénuité, l'idée qu'en Amérique du Sud, loin de l'Europe explosée, un monde meilleur de tolérance est possible.

Témoignage et réflexion sur un monde en mutation qui perd une certaine innocence et qui court à sa perte, on ne doit pas attendre de Le monde d'hier une objectivité historique ; c'est le regard désespéré d'un homme des plus choyés,  naufragé au sein d'un monde en perdition. On découvre cet homme et sa vision de l'histoire des quarante premières années du XXème siècle. Car Stefan Zweig a choisi de s'épargner de voir la suite.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #autobiographie #historique #regimeautoritaire
par topocl
le Mer 15 Fév 2017 - 7:31
 
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Sujet: Stefan Zweig
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Joseph Gourand

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 7 00429010

Les cendres mêlées

Dans la préface de Serge Klarsfeld : réflexion «  Le lecteur ne sort pas indemne de cette plongée dans un univers maudit,  … Jo sera son guide plutôt que Primo Levi.  Y aurait-il une victime plus méritante, plus juste qu’une autre ?  ou bien ai-je mal compris ?


C’est le récit par l’auteur de la déportation du jeune homme de 17 ans qu’il était au jour de son arrestation à Lyon par la gestapo ; passage à Drancy.

A l’’insouciance des années d’adolescence de ce « titi parisien » s’oppose  l’horreur des camps de concentration. Le lecteur suit Joseph sur  ce trajet en train qui conduit à la mort.  Ses parents, sa sœur Marie et son frère ainé André sont ses compagnons de « voyage » terminus Auschwitz. Il sera le seul à en revenir.

Pourquoi crois-je qu’après plusieurs lectures je sortirai de celle-ci moins touchée ? Impossible, les ressentis s’ils sont tous aussi terribles sont exprimés pour chacun de manière si personnelle  que j’apprends encore sur la déshumanisation, des bourreaux comme des victimes . C’est terrifiant pour une victime d’avoir conscience de sa déchéance.

Reste à survivre  et  Joseph a l’indéfectible soutien de son père car lui-même a la naïveté de l’ enfance.:  nous avions vite compris que le tabac était la monnaie d’échange.
Un trafic avec les vêtements soustraits aux déportés faisait l’objet d’une économie de survie.

Après que les anciens du camp ne leur aient pas caché la destination de la mère et de la soeur Joseph assistera à l’abandon de son frère André qui se suicide, à la sélection fatale pour son père.

Les allemands pris en tenaille entre les troupes russes à l’est et les autres pays  Alliés à l’ouest ne voulant pas reconnaître leur prévisible défaite poussent dans un sursaut de haine les déportés sur les routes.

Joseph sera l’un des squelettes fantomatiques qui se traînera dans la marche de la mort mais qui ne l’arrêtera pas ;  il a les paroles de son père pour le soutenir et la promesse faite de construire une famille, pour que vive le NOM et à travers lui les disparus.

C’ est une constante aussi dans les témoignages des déportés de s’interroger sur Dieu, sur sa présence ou son absence.
« Je ne crois pas que Dieu ait jamais séjourné dans aucun des camps de la mort, mais ce jour de Kippour, à Auschwitz, il fallait qu’Il fût sourd pour ne pas entendre. »

C’était une lecture qu’il me fallait faire. Dans ce livre le lecteur voit le bonheur dans l’ enfance, l’ horreur dans le camp puis le ré-apprentissage de la vie au retour en France.

Malgré la charge émotionnelle l’ auteur a épargné le lecteur : "Tout raconter était impossible et le serait à jamais. Ici, dans ces pages, je ne livre que des bribes. Reste l’intransmissible, l’incommunicable, ce que chacun des survivants porte enfoui en lui."
 


Extraits

Les enfants n’échappent pas aux épidémies. Il n’y avait donc aucune raison pour que le virus antisémite les épargnât davantage.

D’in côté la peur et l’angoisse, de l’autre des rires et des pâmoisons. Toute la pornographie d’une époque. Notre mort programmée leur tenait-elle lieu d’aphrodisiaque ?

Aujourd’ hui, lorsque je repense à ces heures, une seule question me hante : pourquoi les alliés n’ont-ils pas bombardé les lignes de chemin de fer menant aux camps de concentration ? Le risque militaire n’aurait pas été bien grand, et le geste Ô combien symbolique.

Eux qui avaient pour fonction et vocation de faire mourir des juifs ne supportaient pas qu’un seul se soit donné la mort. Ils assimilaient cela à une sorte d’évasion réussie. Une libération anticipée.

Je ne me suis jamais beaucoup interrogé sur la notion de culpabilité collective du peuple allemand. C’est l’Homme lui-même qui a failli durant la seconde guerre mondiale et révélé la bête humaine. Tout ce que j’ai vu et entendu depuis n’a fait que me conforter dans cette opinion.

Enfant les morts me faisaient peur, mais désormais c’étaient eux que je craignais le moins. Les morts n’ont ni religion ni nationalité. Ils étaient devenus mes amis.




mots-clés : #autobiographie #campsconcentration
par Bédoulène
le Jeu 9 Fév 2017 - 19:32
 
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Sujet: Joseph Gourand
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Willy Holt

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 7 Femmes10

Femmes en deuil sur un camion


Rien ne diffère des autres livres lus des survivants des camps (Semprun, Levi, Klugër, Kerstez) ;  de la barbarie, de l’indicible, la faim, le froid, l’épuisement, l’humiliation, la mort.

 Willy Holt  a connu  les camps,  d’Auschwitz à Buna, Buchenwald, Dora jusqu’à Bergen-Belsen, les marches forcées à chaque évacuation de camp quand les Alliés talonnaient les Allemands.

Il a acquis la nationalité française en 1923 au retour de sa mère dans son pays, la France, mais lorsqu’il est arrêté dans un train fin  décembre 43 avec un  manuel de guerilla urbaine (qu’il devait résumer pour le réseau de résistance auquel il appartenait), donc potentiellement « terroriste » lors du bain javellisé qu’il subira les allemands s'aperçoivent qu’il est circoncis, donc Juif,  raison pour laquelle il portera une étoile rouge et jaune à son arrivée à Auschwitz.

Lui qui ne connait absolument rien des Juifs sera donc considéré tel pendant sa détention. (le médecin qui l’avait fait naître avait proposer la circoncision à sa mère pour éviter plus tard une maladie)

Willy a suivi les conseils du chef du premier  block où il échoue, un Polonais qui connait la langue française :

1) Se laver tous les jours
2) ne jamais échanger de nourriture
3) Ne jamais donner aux allemands l’impression qu’il a peur d’eux, ni de l’un d’eux

Willy reconnait qu’il doit en grande partie sa survie pour avoir suivi ces conseils.

Mais aussi parce qu’il s’est servi  de son aptitude au dessin et à la peinture.

Dans ces camps posséder la maîtrise d’un métier  utilisable était un atout. En tant que peintre il s’est vu confier des travaux durs à l’extérieur mais un kapo l’ayant vu dessiner  l’envoya dans une section de peintres  en lettres ; c’est là qu’il fit son premier tableau et qu’ il eut pour « clients » les chefs de l’administration allemande, lesquels payaient en nature (cigarettes, pain) Willy offrait les cigarettes car il ne fumait pas. Cela parait anodin une cigarette mais ceux, ils étaient nombreux, qui étaient en manque pouvaient être poussés à des extrémités.

Dans chaque camp où il est passé il se procurait ses outils de survie : crayon et papier. Son travail de peintre lui permettait d’être à l’abri, ce dont il se satisfaisait car ayant aussi travaillé à l’extérieur il avait pu se rendre compte de l’extrême rigueur du climat et du poids du travail.

Pendant les derniers mois de détention les déportés entendent alternativement les bombardements et les pauses qui génèrent tout à tour espoir et désillusion. C’est au camp de Bergen-Belsen qu' ils  apprennent la défaite des allemands et les français sont  les premiers rapatriés.


J’ ai apprécié ce qu’écrit Holt dans sa préface

Le tatouage du numéro : cette marque « antivol »

« Ma seule culpabilité serait l’oubli »

« sur la chemise de mon dossier, marqué en grosses lettres capitales « TERRORISTE »
J’allais donc savoir « pourquoi », à Auschwitz, j’étais en train de vivre la conséquence d’actes auxquels je pouvais, dans ma détresse, parfois me raccrocher. Je m’étais battu, je me battais encore, contre quelque chose de concret, pour quelque chose de concret.
Autour de moi, des centaines de milliers d’autres, désespérés, enduraient le même supplice, sans en admettre aucun « pourquoi ». Il leur fallait subir, et mourir, sans avoir ce recours de vivre la suite de leurs actes, puisque la raison de leur calvaire, en toute conscience, n’existait pas. »



C’est une belle écriture, un homme qui relate honnêtement ses ressentis, qui essayait  simplement de survivre du mieux possible  sans nuire aux autres.
Il s’explique aussi sur sa position lorsqu’ il se retrouve dans le magasin (vêtements et objets soustraits aux déportés) et qu’il se sert (pour des camarades et lui-même) car le lecteur a une distance que ni lui ni les autres déportés  n’avaient  et,  peut être indigné.

Cela me fait penser aussi  que généralement le regard que les gens portaient sur les survivants à leur retour était ressenti  par eux comme une suspicion, il l’exprime très bien dans sa préface.

De nos jours où plusieurs pays d’Europe sont tentés par les idées extrêmes  ces lectures  rappellent un passé pas si lointain


Extraits :

« Je suis terriblement, violemment tenté de garder pour moi ma part de saucisson, que j’ai dans la main. Il me faut lutter contre moi-même pour enfin tenir parole. «

Pendaisons : « Celle d’un jeune Juif français de seize ans condamné pour vol de pain et de confiture, trouvant à la dernière minute le courage d’entonner la Marseillaise, faisant passer sur nous tous un frisson de révolte et déclenchant chez les SS une réaction de ricanements haineux. »

« Dans un allemand impeccable, sans le moindre tremblement de voix, le supplicié aura ces mots superbes, criés de toutes ses dernières forces : « Gardez l’espoir, je suis le dernier »

« Au sein de ce malheur constant, de cette misère avilissante, de cette détresse, Dieu existe-t-il ?
Bien sûr, Dieu existe. La preuve ? Je le prie et l’injurie alternativement tous les jours. »

« Je suis venu tenter d’apporter du réconfort et c’est moi qui en reçois, par la grâce d’une voix toulousaine, merveilleuse, ensoleillée, et je ne suis pas au bout de mes surprises. »

« Le possesseur de cet accent méridional porte sur son pyjama l’étoile de David. Réflexe typiquement raciste, j’en rougis : sur le moment, cet amalgame judéo-occitan m’étonne. C’est idiot ! Pourquoi les familles juives installées en France, dès avant le Moyen-Age, en particulier justement dans le Midi, n’auraient-elles pas nos accents ? «

« Quatre femmes en grand deuil, quatre Allemandes, ignorant les armes braquées des gardes, nous distribuent, par-dessus les ridelles du camion, des pommes et du pain.
Les SS furieux hésitent. Ces femmes, ils le savent, n’ont plus rien à perdre. Elles tentent, par ce geste, d’absoudre, un peu, la faute de tout un peuple. Faute pour laquelle elles ont payé déjà le lourd tribut : leurs amours, maris et fils, probablement disparus dans la tuerie de la guerre.





mots-clés : #autobiographie #campsconcentration
par Bédoulène
le Dim 5 Fév 2017 - 16:28
 
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Sujet: Willy Holt
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Harry Wu

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 7 5151dc10

Vents amers

C’est un vrai livre-témoignage de Harry Wu Hongda sur ce qui est résumé en haut en quelques lignes…: sa naissance au sein d’une famille bien placée à Shanghai en 1937 qui ne lui laissait voir que par un filtre une réalité longtemps ignorée : la souffrance du peuple simple et pauvre, quelques rues plus loin, dans des quartiers jamais visités. L’arrivée au pouvoir de Mao et les changements dans la famille et la société sont racontés d’une manière sobre, et aussi en avouant les illusions, les rêves qui allaient de pair au début. L’auteur ne cache pas une première fascination. Puis, un moment donné, c’est une affaire « stupide » qui va le conduire en prison, au camp, les redoutés Laogai chinois qui n’avaient rien, mais vraiment rien à envier au Goulag soviétique, ni certains camps de sinistres mémoires. Il va passer 19 ans dans différents camps, frôlant la mort par épuisement et faim. Il ne nous épargne pas les cotés les plus durs de ce système concentrationnaire et devient par son engagement inlassable d’en parler un « Soljénitsyne » chinois. Il est absolument miraculeux que cet homme garde une certaine simplicité et ne se laisse pas remplir par une simple amertume. Un moment donné, au milieu de la nuit des camps, il a vécu une invitation au devoir de survivre pour rendre témoignage. C’est ce qu’il a fait !

Je fus très impressionné par ce livre. Pas que j’ignorais les horreurs des camps en Chine, mais de lire un tel récit nous met aux frontières humaines. Les expériences de l’humiliation par d’autres et par l’épuisement complet et les pressions de s’autocritiquer poussent aux limites pour redevenir « animal ». Il y avait très peu de lumière…, juste de temps en temps paraissent quelques prisonniers (pas des anges) ou même gardes qui se gardent des traces d’humanité. Et l’auteur, je le mets un peu dans la compagnie des gens comme Primo Levi…

Pour celui qui veut avoir un document clé sur la Chine, probablement un livre incontournable…


mots-clés : #autobiographie #campsconcentration #revolutionculturelle
par tom léo
le Jeu 26 Jan 2017 - 13:07
 
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Sujet: Harry Wu
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Marjane Satrapi

Persepolis

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 7 410

La petite Marjane avait 10 ans lors de la révolution iranienne, 11 ans au début de la guerre Iran-Irak, 14 ans quand ses parents l'ont envoyée en Autriche poursuivre ses études, 18 ans quand elle est revenue chez elle, dévastée par la solitude et  l'exil, 21 ans quand elle s'est mariée, 24 ans quand elle a définitivement quitté l'Iran pour faire l'Ecole des Arts décoratifs à Strasbourg.

C'est donc un récit autobiographique en noir et blanc des plus intéressants, réaliste, tendre, plein d'humour. Je l'ai sans doute moins apprécié que je ne l'aurais fait si je n'avais pas lu très récemment En censurant un roman d'amour iranien, de Shahriar Mandanipour, car on retrouve, très proches, les mêmes  informations sur l'oppression des islamistes, et les capacités de résistance souterraine dans ce milieu instruit et occidentalisé. De même Le jeu des hirondelles, qui raconte l'histoire de l'enfance gâchée de Zeïna Abirached pendant la guerre au Liban, jette une certaine ombre sur ce récit par un esprit encore plus frondeur, plus poétique et un graphisme plus original et ludique.

Il n'en demeure pas moins qu'on voit grandir la petite Marjane, vieillir son entourage, qu'un trait discret, voire un point suffisent à exprimer la psychologie des personnages. Les illusions s'effacent peu à peu, mais il est plaisant de voir cette capacité  continuer à penser par soi-même et à résister en frôlant (et jouant avec) les limites,  et à se garder son petit coin de bonheur, à se serrer les coudes, s'aimer et rester soi.

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 7 110  Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 7 210  Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 7 310

(commentaire récupéré)


mots-clés : #bd #autobiographie #regimeautoritaire
par topocl
le Jeu 26 Jan 2017 - 9:50
 
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Sujet: Marjane Satrapi
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Pierre-Jakez Hélias

Le Cheval d’Orgueil

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 7 Pierre-jakez-helias-3.1282458120.thumbnail

Témoignage sur son enfance en pays bigouden, pleine de sensibilité, par un breton de souche. Les sabots, les lits-clos, les coiffes, mais aussi la grande place de la misère ou au moins de l’indigence (« la Chienne du Monde »), la faim ‒ et le corollaire respect pour la nourriture, le pain, les pommes de terre, le cochon familial (« le sacrifice du prince entripaillé ») ‒, les jeux astucieux avec des riens, cueillettes, chapardages, glanes diverses, recadrent d’ailleurs un peu notre passé proche, avec cette constatation que j’ai pu faire moi-même dans d’autres régions « défavorisées » : l’altruisme et l’entraide naturels dans la collectivité (en l'occurence, "coterie", clan) et le bonheur « simple » que vivent paradoxalement les gens des sociétés matériellement pauvres, mais qui ont encore cette dignité ici appelée orgueil (honneur et vergogne).

« Mais chacun est juge de ses devoirs. »


Hélias cite, en épigraphe au chapitre VI (La vie dure) le philosophe Destutt de Tracy (à qui on doit notamment le terme idéologie), homme politique dès la révolution (d’origine noble, il s’engage pour l’abolition des droits féodaux) :

« Les nations pauvres, c’est là où le peuple est à son aise ; les nations riches, c’est là où il est ordinairement pauvre. »

observation qui (me) donne à réfléchir.

Le passage de la langue bretonne au français, autour de la charnière de la première guerre mondiale notamment (première « ouverture » sur le reste du monde), et des Rouges de la République opposés aux Blancs dans la « nationalisation » de la France, constitue aussi un des thèmes principaux qui se dégagent. Aucun côté revendicateur chez l’auteur, qui manie parfaitement les deux idiomes (le livre, originellement écrit en breton, a d’ailleurs une vraie valeur littéraire) ; mais il souligne le malaise civilisationnel consécutif au déclassement qu’apporta l’interdiction du breton à l’école.

« Avec le français on peut aller partout. Avec le breton seulement, on est attaché de court comme la vache à son pieu. Il faut toujours brouter autour de la longe. Et l’herbe du pré n’est jamais grasse. […]
Et puis, ma mère le lit un peu certains soirs, en suivant la ligne avec le doigt de la bouillie [l’index], moi derrière elle, essayant de mettre des sons sur la balle de blé noir des signes. »


Un témoignage précieux, effectivement, sur la disparition de la paysannerie (« les jardiniers du monde »), de l’indépendance et de l’art de vivre en collectivité rurale bretonne. Aller-retour de l’exode et du tourisme, du folklore à la contestation... Plus globalement, je dirais perte de diversité (dans l’uniformisation) : appauvrissement…

« Il est plus facile d’être de son temps que d’être de quelque part. »



mots-clés : #autobiographie
par Tristram
le Lun 23 Jan 2017 - 9:09
 
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Sujet: Pierre-Jakez Hélias
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Frédéric Beigbeder

Un roman français

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 7 Tylych21

C’est l’histoire d’une Emma Bovary des seventies, qui a reproduit lors de son divorce le silence de la génération précédente sur les malheurs des deux guerres. C’est l’histoire d’un homme devenu un jouisseur pour se venger d’être quitté, d’un père cynique parce que son cœur était brisé. C’est l’histoire d’un grand frère qui a tout fait pour ne pas ressembler à ses parents, et d’un cadet qui a tout fait pour ne pas ressembler à son grand frère. C’est l’histoire d’un garçon mélancolique parce qu’il a grandi dans un pays suicidé, élevé par des parents déprimés par l’échec de leur mariage. C’est l’histoire d’un pays qui a réussi à perdre deux guerres en faisant croire qu’il les avait gagnées, et ensuite à perdre son empire colonial en faisant comme si cela ne changeait rien à son importance. C’est l’histoire d’une humanité nouvelle, ou comment des catholiques monarchistes sont devenus des capitalistes mondialisés. Telle est la vie que j’ai vécue : un roman français. » F.B.


Autoflagellation , condescendance et rébellion d'un aristo à particule , soit le paradoxe de toute sa vie :
Beigbeder se vante d'être issu d'une famille ayant sauvé des juifs durant la seconde guerre mondiale et pleure sur son sort après son arrestation pour détention de drogue sur la voie publique tout en déclarant la guerre à un procureur (non éditée) dans son livre , la peur au ventre face à l'éventualité d'avoir un procés...
Encore une fois , l'auteur joue la carte d'une certaine mélancolie , de dégoût de la société , un brin torturé et brisé afin de mieux faire passer son cynisme et son arrogance à coup de révolte prépubère et de sensibilité déguisée ne mettant en avant que son hypothétique grandeur d'esprit..
Tant de simulations larmoyantes rendent terne l'éclat qu'aurait pu avoir sa réflexion si celle-ci avait eu le visage de la sincérité.
« Un roman français » se veut être un parcours de vie , un constat personnel , un voyage intérieur mais n'en ressort qu'un Beigbeder qui s'écoute et se congratule de sa différence dans une dédaigneuse jouissance à rabaisser son prochain tel un chevalier sans peur mais plein de reproches qui crève des nuages invisibles à coup de discours pathétiques dans un commissariat afin de se positionner en petit roi qui a besoin de briller pour exister.
Si Beigbeder cherchait l'apaisement et la reconnaissance dans cet exercice c'est bien essayé mais il semblerait que c'est raté , il n'en ressort que rancune et aigreur.
J'ai bien essayé de trouver un peu de compassion durant cette lecture parce que la vérité c'est qu'il est touchant ce garçon (normalement ) , tenté d'y voir un peu de loyauté mais j'avoue que le costume qu'il endosse ressemble de trop près à une farce nauséabonde qui pourtant , à en croire son prix Renaudot, n'a pas éclaboussé la bonne majorité.
Je dédie ces quelques lignes à Beigbeder et à sa dignité disparue dans ces centaines de pages.


mots-clés : #autobiographie
par Ouliposuccion
le Mar 17 Jan 2017 - 16:41
 
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Sujet: Frédéric Beigbeder
Réponses: 16
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