Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Lun 16 Déc - 14:49

191 résultats trouvés pour autobiographie

Artur Klinau

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 8 54001-10

Minsk cité de rêve

quatrième de couverture a écrit:“Je suis né dans la Cité du Soleil. Y ai-je été heureux ? Oui, certainement. Chaque être humain a sa propre Cité du Soleil – son enfance, pour laquelle le lieu de naissance importe peu. Ai-je été heureux au Pays du Bonheur ? Oui, certainement. Aussi longtemps que j’ai cru en lui. Nous croyions en cette scénographie merveilleuse dressée à la frontière entre utopie et réalité.?
Artur Klinau n’avait pas 25 ans lorsque le mur de Berlin est tombé. Son enfance, il l’a passée dans ce qui était alors le Pays du Bonheur – l’Union soviétique – avec les défilés sur la place du Kremlin conduits par le Métaphysicien et ses ministres Amour, Sagesse et Droiture.
Il se souvient de Minsk, la ville où il a grandi, la Cité du Bonheur, à l’époque où les habitants imaginaient qu’elle était l’utopie réalisée. Aujourd’hui il sait que l’utopie n’existe pas, mais sa tendresse pour sa ville est intacte et il nous la fait partager.


Un souvenir de la ville agrémenté de photos de l'auteur (qui est aussi photographe) pour ce livre d'abord publié en allemand en 2006. On pense souvenir forcément car c'est le point de vue de l'enfance qui est choisi et sa tonalité candide qui perdure assez longtemps dans l'ouvrage. C'est un peu déroutant car on sent bien que tout n'est pas si simple mais justement. C'est ce qui lui permet de petit à petit nous emmener plus profondément dans la ville, ses histoires et celle de son pays au voisin très encombrant. C'est aussi le ton qui permet de résoudre une partie du problème et de témoigner de chaleur et de nostalgie pour une ville presque neuve qui devait elle faire vivre une utopie. Un voyage forcément dépaysant qui conserve des masques sur certaines de ses figures mais lève un coin du voile pour le voyageur étranger.

Minsk cité de rêve, Cité du Soleil bâtie sur la rivière Nemiga aux portes du Pays du Bonheur. La tendresse n'empêche pas les années et la maturité d'arriver, ni même le dégel mais ce monde, excessif, factice, dur, complexe n'est pas rejeté. On sent qu'Artur Klinau à sa manière l'intègre à sa personnalité et à ses espoirs d'un pays différent et meilleur. Il y a une brume dans cette exploration, un mystère, une incertitude qui doit perdurer en longeant les palais et en traversant les places immenses de Minsk ou si l'on doit s'arrêter un instant dans une arrière cour ou laisser vagabonder une pensée jusqu'aux faubourgs.

Le vocabulaire et la tournure faussement enfantine peuvent gêner, dérouter mais le texte est bien construit et dans cette mouvance des livres qui parlent d'une ville il choisit non pas le catalogue documenté (on a l'impression que les informations distillées au fil des pages coulent de source pour l'homme du cru) mais l'affectif. Un affectif apaisé pour une histoire douce mais pas si simple. Ça m'a bien plu, ça travaille beaucoup la curiosité, ça raconte un peu au gamin de la fin de la guerre froide que je suis de cette énigme de l'Est. Une énigme qui perdure et une énigme qui est aussi la nôtre, la «forme de la ville» qui voudrait être celle de la pensée ?  Pas mal du tout et beau petit livre. J'ai bien fait de céder au traducteur et à l'éditrice lors de mon dernier passage au salon de l'autre livre !Et c'est volontiers que je lirai autre chose de leur répertoire : signesetbalises.fr


mots-clés : #autobiographie #initiatique #lieu #regimeautoritaire
par animal
le Dim 15 Jan - 20:10
 
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Luciano Bolis

Luciano Bolis (1918-1993)

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 8 Bolis11

Luciano Bolis (né le 17 avril 1918 à Milan et mort le 20 février 1993 à Rome) est un homme politique antifasciste italien, qui fut membre du mouvement Giustizia e Libertà, du Parti d'action (Partito d'Azione) et milita au sein du Mouvement fédéraliste européen, créé en 1943 à Milan par Altiero Spinelli.

Né dans un milieu bourgeois, Luciano Bolis prend position contre les convictions fascistes de ses parents, entraînant avec lui ses deux frères dans les rangs de la Résistance.
Étudiant en littérature et en philosophie, sportif accompli, il mobilise - lors de son arrestation par les Chemises noires - des ressources exceptionnelles de résistance physique et morale. Après la guerre, il devient un militant actif de la construction européenne.
Luciano Bolis est mort en 1993.

source : wikipedia.org


Bibliographie :

- Mon grain de sable (1946)

___________


Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 8 12232510

Mon grain de sable

quatrième de couverture de fosse aux ours a écrit:GÊNES, FÉVRIER 1945 : Luciano Bolis, un des responsables de la résistance génoise, est arrêté par les fascistes.

Sauvagement torturé, il se tranche avec une lame de rasoir les veines du poignet puis la gorge, afin de ne pas « donner » ses camarades.

Ses bourreaux lui refusent cette délivrance et le conduisent, mourant, à l’hôpital.

A la Libération, Bolis rédige un compte rendu quasi clinique des instants terrifiants qu’il vient de vivre. Un récit, sobre et violent, qui analyse de façon subtile les réactions d’un homme seul face à la souffrance physique et au suicide.

Rarement description d’actes commis par un « héros ordinaire » a atteint un tel degré de dépouillement et d’intensité.

Ce livre, découvert par Natalia Ginsburg et Cesare Pavese, est constamment réédité en Italie.

Luciano Bolis (1918-1993) a été, après la guerre, un militant actif de la construction européenne.


un extrait, le début, de la préface de la traductrice Monique Baccelli :

Le 20 Août 1780 grâce à l'action des philosophes et plus particulièrement de Voltaire, une déclaration royale abolit la "question" en France. Cette réforme, déjà effective en Russie, s'étendra progressivement aux autres pays d'Europe. Cela pour la légalité. Dans les faits, et clandestinement, deux siècles plus tard la torture est toujours pratiquée, avec des procédés de plus en plus "scientifiques", sur tous les continents. Le mécanisme et les conséquences de ce comportement inhumain, qu'on dirait indéracinable, ont rarement été étudiés avec autant d'impartialité et de lucidité que par Luciano Bolis. Certains aspects de son témoignage prennent une valeur tellement générale qu'ils se situent hors du temps et de l'espace, d'autres ont au contraire besoin d'être éclairés par quelques précisions historiques et biographiques.

Commençons par là : l'historique, un éclairage direct sur la vie "chez les méchants", si on peut dire, (un peu comme seuls dans Berlin mais en plus court), ça sonne comme les histoires de résistants "de chez nous". Le reste pour faire rapide, c'est une arrestation, des tortures, une tentative de suicide, une libération. Et le vrai, non pas le "vrai reste" - puisque le reste (le précédent) est très vrai et essentiel aussi horrible soit-il - c'est les réflexions, l'esprit, de ce (jeune) homme, sa volonté, sa force pour ne pas parler. "Incroyable" est un mot facile pour en parler. C'est bref, effrayant, déstabilisant, factuel. Une sensation de vertige et de peur. Un certain questionnement. Une volonté, celle ce Luciano Bolis, intellectuelle mais physique, qui dépasse... tout, qui dépasse la douleur, la peur, la solitude... tout. Qui résiste même dans son hospitalisation dans un état certainement plus catastrophique que ses mots ne le laisse paraître.

je vous laisse les premières lignes de ce témoignage singulier :

Cette chronique d'une aventure qui m'est arrivée à Gênes dans les derniers temps de la domination nazie-fasciste n'a pas de prétention littéraire, ni d'intentions apologétiques ou polémiques. Elle n'est donc pas une défense du suicide, ni un acte d'accusation contre l'ennemi et encore moins la valorisation d'un comportement, mais un simple exposé des faits et un éclaircissement des circonstances, alternant avec le rappel d'états d'âme et de pensées qui m'a semblé indispensable à la compréhension d'un épisode peut-être intéressant en soi; l'expérience d'un suicide manqué n'étant pas des plus courantes.
La valeur de cette histoire est donc l'authenticité absolue de ce qu'elle apporte, une authenticité que j'ai respectée justement à cause de l'urgence de vérité qui m'a incité à exprimer par des mots une expérience qui pouvait sembler impossible à raconter, à moi qui ne suis pas écrivain de métier. C'est ce même besoin de vérité qui m'a conduit à l'usage de la première personne, fastidieuse pour des raisons évidentes, mais que j'ai fini par accepter pour éviter d'inutiles artifices et m'exprimer avec davantage de naturel.


Deux passages extrêmement durs : les tortures et la tentative de suicide. Il y a une formidable humanité, jusque dans son regard sur ses bourreaux, et une vitalité stupéfiante.


... Ici s'arrête la récup.

Presque dix années après la lecture, les contours se sont brouillés mais pas ces deux lignes directrices : cet aperçu de la résistance italienne et surtout ce choc d'une situation anormale à plus d'un titre. C'est choquant.  Effrayant d'imaginer ne plus pouvoir s'appartenir dans ces dernières extrémités, derniers retranchements, dans des conditions pareilles. Et il raconte le pas qu'il a franchit. Son retour, l'énergie dont il fait preuve dans ce témoignage, sa lucidité sont un espoir. C'est inoubliable et terrifiant.



mots-clés : #autobiographie #captivite #deuxiemeguerre
par animal
le Mer 11 Jan - 22:48
 
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Maurice Sachs

Le Sabbat

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 8 Le_sab10

Quel étrange destin que celui de Maurice Sachs, sa biographie offre l’image d’un salaud absolu. A lire « Le Sabbat », la réalité semble plus complexe. Cette autobiographie menée jusqu’à la fin des années 30 est une sorte de catharsis par laquelle Sachs cherche à comprendre comment il s’est trouvé entraîné dans un cercle infernal plongeant de plus en plus bas. Il est je pense sincère, lucide également, il ne tente pas de se disculper de ses erreurs sans pour autant s’auto flageller.
Son enfance est catastrophique, au sein d’une famille divisée. L’amour et l’admiration du jeune Maurice se portent alors vers des êtres qui ne le méritent visiblement pas. Toute sa vie il éprouvera un besoin d’affection et d’admiration, c’est en partie ce qui le perdra. Il a aussi de nombreux défauts, racontant ainsi comment très jeune il éprouva la volupté du vol. Il est faible et ne peut résister aux différentes tentations, celles du sexe, de l’alcool, de la grande vie qu’il a connu dans les années folles lorsque l’argent coulait à flots. L’un entraînant l’autre, Sachs multiplie les dettes, les détournements de fonds, les trahisons. Tour à tour secrétaire de Cocteau et de Gide, éditeur, marchand de tableaux, ses rêves de grandeur s’achèvent dans des déroutes absolues. Pourtant on se dit qu’il suffisait parfois de peu de choses pour qu’il en soit autrement. Sachs le sait et se promet à chaque crise de s’amender, en vain. Tardivement, il se rend compte que sa vocation est l’écriture, mais il paresse et papillonne autour des lumières de la fête. C’est probablement la fin qu’il sent proche qui le pousse à rédiger plusieurs livres dans une sorte de boulimie de ce qu’il a à dire. Son style est clair, précis, formé de longues phrases. « Le Sabbat » est un livre intéressant sur un milieu et une époque, le Paris des années folles, par la mise à nu d’une personnalité sensible, souvent attachante, avec pourtant de grandes zones d’ombre.


mots-clés : #autobiographie
par ArenSor
le Mer 11 Jan - 16:34
 
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Frederick Exley

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 8 41jexx11

Le dernier stade de la soif

Frederick Exley écrit  brillamment son autobiographie, celle d’un homme peu brillant qui ne sait se dépêtrer de son questionnement existentiel autrement que dans la fuite, dans l’alcoolisme et l’apathie . De ces hommes invivables pour leur entourage, mais qui donnent de bons bouquins.

Si la lucidité de Exley lui permet de nous fournir des portraits caustiques de ses contemporains américains, elle ne lui permet malheureusement pas de tirer son épingle du jeu, car à part débiner les  autres ou en abuser,  et lui-même s’autodétruire, Exley n’a d’autre talent que sa plume. Cela donne un récit alerte et séduisant d’un homme qu’on a en même temps envie de plaindre et d’envoyer promener, un homme qui reconnaît lui-même son ambiguïté par rapport à un système qui le fascine mais qu’il exècre.

L’écrivain manipule son lecteur, mais pas plus que l’homme ne manipule son entourage : il ne sait transformer ses révoltes - mais aussi les mains tendues, finalement assez nombreuses, même si elles sont parfois maladroites -  qu’en effondrement.

C’est triste, triste. Que reprocher à cet homme mené par la fatalité de sa fragilité ? Mais qu’accepter de sa démission, qui n’est pas qu’autodestructrice ? Cette équivoque, où il ne manque pas de toucher  à la malhonnêteté, m'a assez souvent mise mal à l'aise mal à l’aise. Mais peut-être était-ce le but réel de ce livre?

(commentaire récupéré)


mots-clés : #addiction #autobiographie
par topocl
le Dim 8 Jan - 10:02
 
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John Clare

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 8 Rubon210

Voyage hors des limites de l’Essex & autres textes autobiographiques

À l’époque du romantisme tardif, entre le Lenz de Büchner et l’Aurélia de Nerval, l’écriture autobiographique de John Clare (1793-1864) témoigne d’une volonté et d’une nécessité de préserver « l’identité propre », d’un combat mené contre une double aliénation, sociale et mentale.
Issu d’une famille « illettrée au dernier degré », ignorant orthographe et ponctuation, John Clare écrivit très tôt de nombreux poèmes dont certains furent publiés par John Taylor, le premier éditeur de Keats et Thomas de Quincey. Il fut cependant accusé de ne pas être l’auteur de son premier recueil. La célébrité atteignit pourtant le « poète-paysan », qui rencontra Coleridge et De Quincey à Londres, mais elle fut de courte durée, et les publications s’espacèrent. Sujet à des crises de plus en plus fréquentes dont l’origine remontait à l’enfance, Clare décida de se faire interner en 1837. C’est en s’évadant de l’asile en 1841 pour retourner chez lui et les siens, vivants et morts, qu’il rédigea les notes au rythme heurté, haché, du Voyage hors des limites de l’Essex. Recueilli quelque temps par sa véritable épouse, Patty, John Clare retourna finalement à l’asile et y resta jusqu’à sa mort en 1864, écrivant lettres et poèmes.

L'éditeur Grèges

Il est un des motifs qui revient dans London Overground de Iain Sinclair et à peine posé la question à mon libraire que j'avais le livre dans les mains. Parfois les lectures s'imposent.

Avec ce voyage on survole peut-être une oeuvre ou on la contourne puisqu'il n'y a que très peu de morceaux de la poésie de l'auteur, par contre on plonge au cœur du problème, ou du système, ou du sujet, selon la branche à laquelle on veut se raccrocher.

Pas de poésie mais une autobiographie fragmentée qui précède le Voyage. Une longue lettre adressée à son éditeur qui n'est pas une justification, pas non plus vraiment une explication, un témoignage pas forcément. Ca ressemble plus à un aveu, une mise à nu ou livraison à nu, une affirmation de soi pour ce poète qui n'aurait pas du l'être. Un homme qui n'aura peut-être jamais été tout à fait lui-même.

Dans l'exercice de sa profession de foi de poète comme dans sa vie sentimentale il semble à la fois coincé dans sa condition d'origine (sociale) et motivé par le fossé à franchir. Mais ça c'est en second. En premier lieu c'est l'affirmation. De la poésie, de la nature, du besoin de dire et d'écrire. De célébrer comme de créer sa propre planche de salut ?

Le texte respecte au mieux le manuscrit : absence de ponctuation, espaces pour marquer des séparations et sans syntaxe des articulations de phrases qui utilisent certains mots comme pivots. mots qui terminent une phrase en étant déjà le début d'une autre. Le rythme peut-être, un phrasé et la nudité du propos rappellent une voix comme celle de Pierre Rivière (ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère... ), ce que souligne d'ailleurs aussi le traducteur.

C'est par moments autre, incertain et néanmoins indiscutable.

Plus on s'approche du voyage plus se fait évident un phénomène de déconstruction-réassemblage de certains repères, temporels notamment et probablement une réécriture de soi qui n'en est pas exactement une de réécriture. Le sens "remplace" un autre sens antérieur ou "réel" pour les autres. Toujours est il que c'est dans cette ambiguïté qu'on ressent la continuité de la poésie, de sa poésie.

C'est le genre de lecture qui fait partie des voyages accompagnés à la frontière de nous-mêmes. Un autre rapprochement avec un auteur comme Stanislas Rodanski peut-être, des personnalités très différentes mais qui sont passées de l'autre côté de la barrière mais on écrit, se sont écrites et ainsi élevé le sens de ce geste. On peut se détacher de ce type d'expérience, il y a fatalement une pointe de vertige au bord de ce gouffre. Troublant et étrangement instructif.


mots-clés : #autobiographie
par animal
le Mer 4 Jan - 21:38
 
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Tim O'Brien

A propos de courage

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 8 Image228

Alors qu’il n’avait pas encore 20 ans , Tim O’Brien après avoir bien réfléchi, décida de partir au Vietnam avec les autres. Il se dit qu'il ne pourrait plus regarder en face ses parents, ses amis, les gens de son village s'il ne le faisait pas. Il n'est pas sûr que cette décision lui ait réellement éét dictée par le courage…

À 43 ans, devenu écrivain et père de famille, Tim O'Brien nous livre sa guerre à travers de petits récits précis et oniriques. Ou plutôt l'histoire de sa guerre, car il a bien notion des distorsions que le temps, la volonté, la mémoire apportent à son récit. Il nous parle de l'ambiguïté de la guerre, cet enfer, cette terreur, et pourtant, l'étincelle du défi de l'aventure ; cette période insoutenable de sa vie qu'il a tant de mal à quitter. Il nous parle des amis qui ont partagé son quotidien, de l'insoutenable humour macabre qui seul leur permettait de tenir, de joies douces et éblouissantes au milieu de l'horreur boueuse, et surtout, surtout, de l'émerveillement d'être encore en vie après le combat.

   Une blessure devrait être une expérience dont on puisse retirer quelque fierté. Je ne veux pas parler de machisme. Tout ce que je veux dire c’est qu'on devrait être capable d'en parler : l'impact brutal de la balle, comme un coup de poing, la manière dont elle vous fait perdre le souffle et tousser, comment le bruit du coup de feu vous parvient environ 10 ans plus tard, et la sensation de vertige, l'odeur de soi-même, les choses que l'on pense et que l'on dit et que l'on fait immédiatement après, la manière dont le regard se focalise sur galet blanc ou sur un brin d'herbe et comment on se met à penser : Mon Dieu, c'est la dernière chose que je verrai jamais, ce galet, ce brin d’herbe, et ça vous donne envie de pleurer.


   Quelque chose était allé de travers. Quand j'étais arrivée dans cette guerre, j'étais une personne calme et réfléchie, diplômée d'une université, appartenant à la fraternité Phi BetaKappa et titulaire du tableau d'honneur, j'avais toutes mes lettres de créance mais, après sept mois dans la jungle, je réalisais que tous ces grands honneurs de la civilisation avaient été plus ou moins écrasés sous le poids de la banale réalité du quotidien. J'étais devenue méchant à l'intérieur de moi-même. Si ce n'est parfois un peu cruel. En dépit de toute mon éducation, de toutes mes excellentes valeurs libérales, je ressentais maintenant une immense froideur, quelque chose d'obscur et au-delà de la raison. C'était difficile à admettre, même pour moi, mais j'étais capable de faire du mal.


   C'était une plaisanterie éculée. D'ailleurs, tout était éculé. Le film, la chaleur, l'alcool, la guerre


   Ensemble nous comprenions ce qu'était la terreur : vous n’êtes plus humain. Vous êtes une ombre. Vous glissez hors de votre propre peau, comme lors d'une mue, abandonnant derrière vous votre propre passé et votre propre futur, laissant tout ce que vous avez jamais été ou souhaité ou cru. Vous savez que vous allez mourir. Et ce n'est pas un film et vous n’êtes pas un héros et tout ce que vous pouvez faire, c'est gémir et attendre


   Nous sommes maintenant en 1990. J'ai quarante trois ans, ce qui aurait semblé impossible à un élève du huitième, mais cependant lorsque je regarde des photos de moi tel que j'étais en 1956, je réalise que dans les grandes lignes je n'ai pas changé du tout. On m’appelait alors Timmy ; maintenant on m’appelle Tim. Mais l’essence reste la même. (…). À l'intérieur du corps ou à l'extérieur du corps, il y a quelque chose d'absolu et de constant. La vie humaine est une chose cohérente, comme une lame traçant des arabesques sur la glace : un gamin, un sergent d'infanterie de vingt trois ans, un écrivain entre deux âges ayant connu la culpabilité et le chagrin.



Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 8 Image268

(commentaire récupéré)


mots-clés : #autobiographie #guerre
par topocl
le Dim 1 Jan - 17:21
 
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Sujet: Tim O'Brien
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Daniel Pennac

J'aime beaucoup Daniel Pennac. Comme un roman est un livre culte pour moi. Les Malaussènes, c'était quelque chose! J'avais été un peu déçue par

Journal d’un corps


Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 8 Image265

Qu'on se le dise, Daniel Pennac ne veut plus entendre parler de sentiments, d’émotions ou d'opinions, et, quand il fait écrire à son héros un journal, ce n'est pas le classique journal intime , c'est le  « journal d'un corps » où il recense scrupuleusement le vécu et les sensations de celui-ci à l'exclusion de tout sentimentalisme ou intellectualisme. D’aucuns disent que c’est révolutionnaire, que cela n'a jamais été fait. Mais est-ce que ça n'a jamais été fait de parler de sexe, et de petites misères physiques ? Est-ce que c'est révolutionnaire de parler de la crotte de nez que l’index décolle soigneusement de la narine, roule doucement contre le pouce avant de l'éjecter en direction du sol ? Est ce que là il ne fait pas simplement un peu son malin, à jouer la provoc ? Regardez comme j’arrive à écrire sur n’importe quoi ! Ca ne me choque pas, cela m’ennuie et cela ne me parait pas génial. Si « cela n’ a jamais été fait »  comme cela se disait avec enthousiasme au Masque et la plume, ce n’est peut-être pas sans raison, parce que ça n’a guère d’intéerêt..

Il est certain que j'exagère, que je caricature. L'absence de pudeur comme un défi ? Il n'y a là  que du descriptif, rien de vraiment excessif, et contrairement à ce que j'avais pu redouter avant ma lecture (appréhension qui est partagée par beaucoup je crois) ce livre ne doit pas effrayer. Il n’est ni choquant, ni salace, ni vulgaire, ni trash, je l’ai plutôt trouvé  un peu VAIN par rapport à l’objectif annoncé. Certes brillant, Pennac a des capacités d’écriture, d’intelligence et d’humour qui ne se démentent pas ici. Il y a des passages auxquelles on adhère complètement, brillants , percutants parfois même éblouissants, des choses touchantes (c’est dans le touchant qu’il est le meilleur, bien meilleur que dans le trivial,. Je note aussi que les moments les plus touchants sont ceux où il s’écarte un peu , consciemment ou non , de son pari initial pour laisser parler son cœur ou son cerveau à la place de son corps) .


Cela a un petit côté catalogue, j’ imagine Pennac faisant la liste de toutes les choses dont il veut parler autour du corps (on trouve d’ailleurs cette liste dans l’index de la fin du livre, comme si j’allais rechercher toutes les pages du livre où il  a parlé de…la varicelle, par exemple , ou des poils…), et cochant sa liste chaque fois que l’un de  ces sujets a donné lieu a un développement (je regrette qu’il ait oublié le baiser). Cette sensation de liste est aggravée par la présentation sous forme de journal, avec de multiples petites entrées et sans lien narratif fluide. Il me manque un souffle. Cet homme réduit à son corps est totalement… désincarné !
Peut-être parce que je ne peux me passer d’un peu de cœur derrière le corps ?

Donc d’excellents moments pour un exercice que j’ai trouvé plutôt démonstratif et artificiel. Un défi que Pennac s’est lancé , qu’il a réalisé du mieux qu’on peut le faire, un exercice talentueux, mais qui sonne assez creux
Un peu d’âme par pitié, ne serait pas du luxe !


mots-clés : #autobiographie
par topocl
le Dim 1 Jan - 11:29
 
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Sujet: Daniel Pennac
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Daniel Pennac

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 8 Chagri10


Chagrin d'école

Ce livre est plus un documentaire qu'un roman. L'auteur endosse tout à tour le statut d'élève cancre et celui d'enseignant. Un témoignage lucide et honnête sur les affres du cancre et, sans complaisance, sur certains enseignants qui les ont laissés s'installer dans un «non-avenir». Un constat de l'échec de l'Education Nationale par déficit de formation : l'ignorance des Enseignants devant les élèves ignorants. La transmission du savoir pour être efficace doit intégrer les problèmes sociaux, économiques, environnementaux... L'auteur dénonce notamment la prépondérance de la consommation qui fait de l' élève un «élève-client» donc une perte de l'élève Individu au profit de l'élève Marketing. La métaphore finale résume dans une envolée l'essentiel de la méthode que l'auteur enseignant honore. Quelques passages répétitifs mais la lecture de ce livre est agréable, c'est avec tendresse, humour et honnêteté que l'auteur nous délivre son message. De plus ce récit est très argumenté.

quelques passages :

«- les profs, ils nous prennent la tête, m'sieur !

- tu te trompes. Ta tête est déjà prise. Les professeurs essayent de te la rendre.
Cette conversation je l'ai eue dans un lycée technique de la région Lyonnaise. Pour atteindre l'établissement il m'avait fallu traverser un no man's land d'entrepôts en tous genres où je n'avais rencontré âme qui vive. Dix minutes de marche à pied entre de hauts murs aveugles, des silos de béton à toit de fibrociment, c'était la jolie promenade du matin que la vie offrait aux élèves logés dans les barres alentour.»


«- et toi Samir, qu'est-ce que tu portes, là ?

Même réponse instantanée :

-C'est mon L, m'dame !
Ici j'ai mimé une agonie atroce, comme si Samir venait de m'empoisonner et que je mourais en direct  devant eux, quand une autre voix s'est écriée en riant :

- Non, non c'est un pull ! Ca va m'sieur, restez avec nous, c'est un pull, son L c'est un pull !

Résurrection :

-Oui c'est son pull-over, et même si pull-over est un mot d'origine anglaise, c'est toujours mieux qu'une marque !

[...]

parce que ce sont les marques, Maximilien, qui vous prennent la tête, pas les profs !
Elles vous prennent votre tête, elles vous prennent votre argent, elles vous prennent vos mots, et elles vous prennent votre corps aussi, comme un uniforme elles font de vous des publicités vivantes, comme les mannequins en plastique des magasins!»



mots-clés : #autobiographie
par Bédoulène
le Dim 1 Jan - 10:06
 
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Gyula Illyès

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 8 Produc13

Ceux des Pusztas

Qu’est une Puszta ? un domaine : un château où vit soit un aristocrate, un membre de l’église ou un régisseur, au gré des siècles ou des années et autour sous leur responsabilité, mais à distance respectable, car dérangeantes, des familles vivant dans une grande promiscuité  dans un long bâtiment scindé en pièces, s’y ajoutent les bâtiments indispensables à la vie d’une ferme, étable, porcherie etc.
C’est dans une grande misère qu’au début du 20ème siècle ces domestiques agricoles vivent exploités par les propriétaires du domaine, à l’écart des villages, du reste de la Hongrie. L’auteur est né dans une de ces pusztas, s’il raconte la vie de sa famille c’est simplement pour faire connaître au monde, et  honorer à travers eux tous les habitants des pusztas.

Dans les pusztas aussi, il y a une hiérarchie sociale, les Bergers sont par exemple d’une classe supérieure et les statuts sont hérités par les fils : le fils d’un valet ne sera à son tour que valet etc.
La plupart des gens des pusztas  ont pour origine les Magyars, il ne faut donc pas s’étonner qu’ils aient malgré des siècles conservé les traits de caractères de cette tribu. (Je reprends un passage de la LC 13ème tribu car là aussi étaient les Magyars : Les Magyars qui ont été les alliés des Khazars, de nombreuses années ont reculés (harcelés par les Pétchénègues) à l'ouest jusqu'au territoire actuel de la Hongrie)

L’auteur rappelle les différentes invasions subies par la Hongrie et les dates importantes de l’Histoire.
J’apprécie que l’auteur ne se dérobe pas quand il avoue qu’ après avoir vécu en dehors de la puszta, à l’étranger, qu’à son retour dans le foyer familial il soit lui aussi dérangé par l’atmosphère prégnante, difficilement supportable.
Il explicite les conditions de vie de ceux de la puszta en citant les textes de lois et des documents comme les « conventions » qui un temps liaient les domestiques agricoles au propriétaire du domaine. Souvent personne parmi les domestiques agricoles ne peut bénéficier des « avancées » sociales inscrites dans les lois.

La génération des grands-parents de l’auteur restait aussi esclave après la guerre d’Indépendance qu’avant ou pendant celle-ci.
Lorsque les parents de l’auteur quittent la puszta pour habiter une maison dans un village la mère et le fils sont apeurés par toutes les habitations, ils craignent les villageois, se cachent.
Alors qu’ils se rendent avec appréhension dans une mercerie acheter du fil :

« Nous rapportons la bobine de fil en souriant, comme si elle était un trophée de victoire.
C’ est alors que nous avons pris conscience vraiment que nous étions des gens d’une puszta. »


-------------------------------

Ce récit rend justice à ceux des puszta et représente pour l’auteur je pense un rachat pour les années où il n’ a pas mesuré l’importance qu’ils avaient pour lui, pour la force et l’humanité dont il a hérité de ce lieu de vie. Il s'agit d'une bonne lecture! Je poursuivrai avec un petit texte de cet auteur.

Extraits :

« Le droit de participer aux affaires nationales se trouvait lié à la propriété terrienne : l’histoire de la Hongrie était donc celle des grands propriétaires ; le compte-rendu de leurs querelles. »

« Combien l’évolution historique est rapide chaque fois qu’elle peut se faire dans un sens inhumain ! »

« Bien sûr le servage a été aboli en 1848 et le Parlement a supprimé les droits féodaux. C’eût été très beau de sa part, s’il l’avait fait plus tôt. Dans ce cas là, la noblesse aurait mérité le qualificatif de magnanime, mais étant donné qu’elle avait pris ces mesures, acculée et morte de peur, elle n’a pas le droit d’y prétendre. »

« Malheureusement, il ne leur était pas donné souvent de devenir des êtres humains. Les blasphèmes et les rixes réveillent l’ambiance des pusztas plus souvent que les rires. »

« Moi, j’avais des ennuis surtout avec mon odorat, ce qui n’ a pas échappé à la perspicacité de ma grand-mère. Elle ne me reprochait ni ma lavallière, ni mes souliers cirés d’une façon ostentatoire ; mais elle observait, avec inquiétude et méfiance, mon idée fixe de l’aération. « Ferme donc cete fenêtre, disait-elle en croisant frileusement sur la poitrine son vieux châle tricoté. Ne peux-tu même plus supporter notre odeur ? » Effectivement, je la supportais mal et j’en rougissais. Je me faisais d’amers reproches, je me santais un traître. »

Je dirais que l'affectif a amené l'objectif mais comme le dit Louis Guilloux dans l'intéressante préface

«En lisant Ceux des pusztas, on sent partout que l'auteur lui-même paysan par naissance, l'est resté aussi par sa manière de savoir et de voir, de dire, qu'il a hérité des qualités foncières des paysans de tous pays qui sont la prudence, l'exactitude dans le jugement, l' honnêteté quand il s'agit d'expliquer les choses ou de prévoir le Temps qu'il fera.»

«Avant  d'être bonne ou mauvaise, une chose est vraie ou elle ne l'est pas. Gyula Illyès ne triche jamais. On ne triche pas avec l'évidence. Si on se pose en témoin, on ne triche pas non plus avec soi-même. On fait attention. L'art de Yula Illyès en fait à chaque instant la preuve.»


Un autre extrait car je pense qu'il faut connaître la vie de ces gens :

«La nature procède par bonds, le processus de réadaptation ne se fait pas sans excès. Il a fallu que j'échoue sur les rives de l'océan atlantique, que je fasse l'orateur enflammé aux réunions des débardeurs noirs de Bordeaux, avant de comprendre les raisons qui m'avaient mis en route. Il a fallu que je retourne souvent chez moi, en rechignant, que je trouve non seulement les étables et les bicoques sans charme, mais même les couchers de soleil de la puszta plus tristes qu' ailleurs, avant de pouvoir y rapporter mon coeur. Ensuite, il a fallu du temps pour que mes yeux voilés par l'amour fanatique de la paysannerie et l'enthousiasme des enfants prodigues rentrant au bercail, s'ouvrent et contemplent le paysage dans sa réalité. Les vallées et les collines me connaissaient mieux que je ne les connaissais»

La 4ème de couverture explique l'intérêt du récit suivant, Déjeuner au château :

«Complément indispensable, où, à travers les rapports complexes qui se sont établis entre les aristocrates déchus et leurs anciens domestiques, se dessine, sur l'ancien tableau en ce qu'il a de permanent la figure nouvelle des pusztas.»


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Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 8 31emlp10

Le déjeuner au château

L'auteur à présent «reconnu» fait des séjours au château de la puszta de son enfance, il est invité par le dernier propriétaire le Comte au château de Ürgöd car le seigneur de la puszta n'y vivait pas. À la réforme agraire de 1945 les terres des aristocrates ont été redistribuées aux paysans, domestiques agricoles qui travaillaient pour beaucoup depuis plusieurs générations pour les seigneurs des pusztas. Ce passage des terres est appelé "la relève". Le Comte se retrouve donc hébergé par son ancienne secrétaire et ne dispose que d'une surface très modeste.


«L'aristocratie Hongroise, dépouillée de ses terres, a vécu une expérience curieuse : elle s'est approchée de l'humain.»

«Depuis des siècles, l'aristocratie hongroise redoutait la couche de la population à qui elle devait ses fabuleux privilèges  - ceux qui travaillaient sur ses terres la faisaient trembler. D'ailleurs cette peur hystérique était justifiée. Les grands propriétaires méprisaient, opprimaient le peuple, avec une rigueur qui dépasse l'imagination. Jadis les manants étaient mieux traités.»


Ce déjeuner est l'occasion pour l'auteur d'une joute verbale avec celui pour lesquels ses grands-parents et parents travaillaient. Le Comte essaie de convaincre Illyès de sa proximité avec le peuple paysan en flattant son grand-père berger, lequel était apprécié, mais l'auteur mène la conversation, à chaque tentative du Comte sur le grand-père de la Princesse (la femme du Comte) Metternich qui a inculqué à sa petite fille, la peur du Hongrois.

«Elle jeta un regard embrasé sur son mari, puis sur moi aussi . L'angoisse brillait au fond du brasier. Ce n'est pas la surdité qui l'empêchait de répondre.»

Je l'ai rassurée; le peuple Hongrois, tout au moins la partie du peuple qui sème et laboure les champs voisins, n'éprouve pas les sentiments de rancune incoercible à l'égard du noble chancelier que ses cauchemars lui faisaient croire. Et, pour la première fois, le démon de la familiarité insolente des subalternes s'exprimait par ma voix :

«Grand-papa exagérait !»

L'auteur qui est retourné sur la puszta pour écrire dans un lieu tranquille (son étude de la puissance sur la psychologie), explique à son hôte qu'il n'est intéressé que par l'état psychologique des aristocrates. Le Comte pense que l'aristocratie a contribué à faire l'Histoire ; Illyès lui répond qu'«Ils ont guidé cette nation vers l'une des plus sanglantes catastrophe de son Histoire.»

C'est à l'aide d'exemples que l'auteur fait entrevoir au Comte les exactions, les turpitudes, les actions les plus saugrenues des aristocrates sur le peuple des pusztas. Nombres d'aristocrates sont morts, délaissés par leurs anciens domestiques, ne sachant ni s'habiller, se nourrir etc.... «être servi à ce point devient une servitude» Seule une tranche plus en phase avec la Nature, donc plus proche du peuple paysan a été soutenu et a pu se reconvertir.

La secrétaire à propos d'une parente démunie du Comte -«Pourquoi ne regretterait-elle pas ce qu'elle possédait légalement, puisqu'elle en avait hérité?»

Silence. Un silence légèrement accusateur qui m'incitait à répondre :

- Je crois qu'on ne peut hériter légitimement l'injustice.

Le Comte : Et si vous aviez hérité une ferme ?

- Hériter un outil de travail, à l'usage personnel, c'est différent. Hériter un moyen d'exploitation, c'est illégitime, puisqu'on avait déjà dû le prendre à la communauté de manière illégitime.

L'intervention de la parente du Comte relevant certainement d'un état pathologique l'auteur a hâte de quitter le château mais comme le Comte le pique encore c'est sur une correction grammaticale vexante pour ce dernier qu'Illyès prend congé de l'«aristocratie»!

Le Comte : - Vous aviez dit que vous étiez le dernier Petchenègue qui en ait conscience !

Pour la première fois, le rire du Comte était dur et son ton n'admettait pas de contradiction.

- Le dernier Petchenègue qui en eût conscience, aurais-je dit, monsieur le Comte.

Conclusion d'Illyès : «Une gifle vieille de cinq cents ans, a dû m'être rappelée par un de mes gènes, ce coup de malotru devait être sa réaction.»

Je le regrette.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

C'était une lecture intéressante car contradictoire avec Ceux des pusztas. Par l'Histoire qui y est intégrée, par la connaissance des deux peuples, celui des paysans et celui de l'aristocratie.



mots-clés : #autobiographie #social
par Bédoulène
le Dim 1 Jan - 0:56
 
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Sujet: Gyula Illyès
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Klaus Mann

Le tournant

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 8 Image226

Le tournant m'a narguée, tentée, m'a été proposé plusieurs fois et pourtant, j'ai renâclé. Et j'avais tort. Malgré ses 700 pages, ses centaines de personnages cités, cette autobiographie se lit avec passion, qu'on s'attache au portrait d'un homme ou au portrait d'un siècle.

Deux superbes chapitres racontent une enfance munichoise heureuse, pleine de tendresse. Puis le jeune homme  croque la vie à belles dents entre jouissance et désespoir, toujours parti, écrivain insatiable à l'ombre de son père, membre d'une jet-set européenne avide de culture.


« un vieil individualiste, un vagabond, non dépourvu de tendances excentriques et anarchistes »


L'exil forcé qu'il subit sous la menace du nazisme en tant qu'opposant au régime transforme ses voyages de plaisir en une errance dévastatrice, et déclenche un militantisme forcené : Klaus Mann prend sa canne de pèlerin, informe, explique, convainc et finit , lui, le pacifiste, par s'engager dans l'Armée américaine.
A travers son histoire personnelle (qui refuse tous les détails croustillants), c'est bien sûr l'histoire du monde qui se déroule.

C'est vraiment un bouquin impressionnant, et qui parle tout autant de notre époque, si comparable quand on veut bien y porter attention, et c'est assez terrible.


Quelques citations de le Tournant, correspondant à la période 1923-24:

   « La crise morale et sociale au centre de laquelle nous nous trouvons, et dont la fin ne semble pas encore prévisible, était pourtant bien, déjà en ce temps-là, en plein développement. Notre vie consciente commençait à une époque d'incertitude oppressante. Alors que tout, autour de nous, se crevassait chancelait, à quoi aurions-nous pu nous raccrocher, selon quelles lois aurions-nous  dû nous diriger ?"

   
   «Nos poètes à nous, nous transmirent le dédain de l'intellect, la préférence accordée aux valeurs biologiques et irrationnelles aux dépens des valeurs morales et rationnelles, la survalorisation du somatique, le culte de l'Éros. Au milieu de la vacuité et de la désagrégation générale, rien ne semblait avoir une réelle importance que le voluptueux mystère de notre propre vie physique, le miracle sensuel de notre existence terrestre. En présence d'un Crépuscule des Dieux qui mettait en question l'héritage de deux millénaires,  nous cherchions un nouveau concept de base pour notre pensée, un nouveau leitmotiv pour nos chants, et nous trouvions « le corps, le corps électrique »."

   
 
« La glorification des vertus physiques  perdait à mes yeux toute espèce de charme et toute force de persuasion, quand elle s'alliait à un pathos héroïque et militant, ce qui était, hélas, souvent le cas. Je ne comprenais d'ailleurs absolument rien aux fanatismes sportifs, qu'il nous faut considérer comme un autre symptôme – peut-être le plus  important ! - de l'état d'esprit anti spiritualiste de l'époque. Qu'est-ce que les gens pouvaient bien trouver de si excitant et de si merveilleux à des combats de boxe et à des matchs de football ? Je ne les comprenais pas… »


   « Ce n'était pas à la conscience et à la réflexion qu'aspirait cette société vidée de son sang et désorientée ; ce que l'on voulait, c'était bien plutôt oublier  - la misère présente, la peur de l'avenir, la faute collective... »


   « Ces messieurs Krupp et Stinnes se débarrassent de  leur dette : ce sont les petits qui payent. Qui donc se plaint ? Qui proteste ? Tout cela, c'est à se tordre, c'est à crever de rire, c'est la plus grande rigolade de ce qu'on appelle l'histoire du monde ! »



... qui me terrifient car elles me font furieusement penser à la période actuelle,( bien que le contexte soit différent), et qu'on sait comment ça a fini.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #autobiographie #historique #regimeautoritaire
par topocl
le Sam 31 Déc - 10:09
 
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Frédéric Pajak

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 8 Pajak10

J'entends des voix

L'Univers de Frédéric Pajak est non seulement très personnel, mais totalement autobiographique.
Il définit la plupart de ses textes de récits écrits et dessinés.
Qu'est-ce qui lui vient en premier, le texte ou l'image ? Je l' ignore. Mais l'ensemble forme un tout homogène et cohérent.

Depuis des années, Pajak  traite presque obsessionnellement de certains thèmes qui le touchent de près et ce depuis près de trente ans.Parmi ceux-ci, des écrivains : Nietzsche, Pavese, Joyce, Primo Levi.
Dans J'entends des voix, on y touve aussi des lieux : Sils Maria, en Engadine, et où séjourna Nietzsche, et Turin, la ville où vécut et mourut  Primo Levi.

J'ai l'impression que Pajak, de livre en livre, se livre plus ou moins directement mais beaucoup plus directement dans J'entends des  voix.

Pajak écrit :

"C'est tout à fait par hasard que je me suis retrouvé, il y a trois ans, à randonner et à dessiner chaque jour dans la montagne, aux alentours de Sils-Maria, où vécut Nietzsche. Fatalement, j'ai repensé à lui, et fatalemnt je me suis replongé à nouveau dans ses écrits… avec l'envie de reparler de lui et - pourquoi pas ? -, avec lui. Un dialogue imginaire qui  m'a reconduit à Turin où j'ai écrit et dessiné [i]L' Immense solitude - livre inachevé qui devait se conclure sur le suicide de Primo Levi.

Déjà trente ans que je lis et relis Nietzche. J'aime toujours autant ses paradoxes, ses provocations, sa liberté. Mais à Sils Maria, j'ai pensé de façon obsessionnelle à sa douleur - sa douleur mentale certes ; sa douleur physique, plus encore. J'ai cherché à comprendre d' où venait ce mal, et en cherchant, j' ai rencontré parfois son
contraire : le plaisir, surtout avec son amie Malwida von Meysenbug, qui l'aura rendu si heureux.

J'ai entendu la voix de Nietzsche, et très vite s'y sont mêlées d'autres voix, celles d'amis et de parents disparus. Au chagrin que m'inspire leur absence se sont ajoutés d'autres états d'âme, et des souvenirs, des paysages, des anecdotes.
Peu à peu ce livre écrit et dessiné, précédé de quelques photographies, s'est refermé, tournant la page d'un seul et même livre - depuis L' Immense solitude jusqu' à Mélancolie - dédié à la solitude, à l' enfance, à l' amour comme ce manifeste dont je rêvais à l'âge de dix neuf ans, lorsque je présentais mes premiers dessins à Gébé, le rédacteur en chef D'Hara-Kiri et auteur de l'An Zéro un, et qui avait pour titre : Manifeste incertain."[/i]


De fait, ce qui m'a le plus touché dans ce livre, ce sont les souvenirs consacrés à son père, à un ami photographe suicidé, à Gébé.

Message récupéré


mots-clés : #autobiographie
par bix_229
le Ven 30 Déc - 18:12
 
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Sujet: Frédéric Pajak
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Edouard Limonov

Edouard Limonov (Né en 1943)

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 8 Limono10

Édouard Veniaminovitch Savenko, dit Édouard Limonov, né le 22 février 1943, est un écrivain franco-russe et dissident politique, fondateur et chef du Parti national-bolchevique.
Truand à Kharkov, poète à Moscou, sans-abri puis domestique à New York, écrivain et journaliste à Paris, soldat en Serbie, dissident puis prisonnier politique dans l'ex-URSS, Limonov fut empéché d'être candidat à la présidentielle russe de 2012.
Selon Emmanuel Carrère, son biographe, « sa vie symbolise bien les rebondissements de la seconde partie du xxe siècle ».

Limonov est né à Dzerjinsk, en URSS - une ville industrielle située sur la rivière Oka -, près de la grande ville de Nijni Novgorod (Gorki, sous le régime soviétique). Dans les premières années de sa vie, sa famille s'installe à Kharkov, RSS d'Ukraine, où Limonov a grandi. Son père est un officier subalterne du NKVD. Contrairement à la rumeur que l'auteur laisse courir, sans doute par goût de provocation, son père n'est pas un tchékiste haut placé de la police politique, et il n'a donc pas orchestré de purge ou de répression ; petit officier sans ambition, son père est l'équivalent d'un gendarme français, qui sert comme surveillant d'usine pendant la Seconde Guerre mondiale, sans connaître par conséquent le front. Les premières années de la vie de Limonov s'écoulant en grande partie avec des militaires, ces derniers racontent sans cesse des récits de guerre, que le jeune fils d'officier admire. Très affecté, il l'est quand il apprendra que sa myopie l'empêchera d'épouser la carrière militaire, et qu'il devra porter des lunettes, ce qui ne sied pas, selon lui, au grand héros qu'il voudrait devenir Petit, il lit avec passion les romans de Jules Verne et d'Alexandre Dumas, et souhaite parcourir le monde en aventurier et en héros. Il dira plus tard que tout ce dont il a rêvé, il l'a fait.

Dans la banlieue de Kharkov appauvrie et qui sent encore les secousses de la guerre, Limonov et ses amis deviennent des petites frappes, enchaînant les petits coups, qui le font parfois aller en garde à vue, mais il évite la prison grâce à la position de son père, connu et apprécié dans toute la ville. Limonov racontera sa vie à Kharkov et notamment ses aventures de petit truand dans Autoportrait d'un bandit dans son adolescence et Le Petit Salaud. Cette vie de petit bandit s'arrête quand ses deux meilleurs amis sont pour l'un mis en prison pour deux ans, et pour l'autre envoyé à l'usine pour vivre et obligé de se marier car il a mis sa petite copine enceinte.

Il commence ensuite, par l'intermédiaire de son nouvel ami Kostia, à fréquenter la bohème kharkovienne, dont le centre est la librairie 41, où l'on s'échange des livres interdits, les apprend par cœur ou les recopie ; c'est ainsi qu'il découvre Anna Akhmatova, Marina Tsvetaïeva ou le poète montant Joseph Brodsky (qu'il haïra par la suite), et qu'il commence à écrire des poèmes, encouragé par ses amis.

source : wikipédia

Oeuvres traduites en français

Le poète russe préfère les grands nègres
Histoire de son serviteur
Journal d'un raté
Autoportrait d'un bandit dans son adolescence
Le Petit Salaud
Oscar et les femmes
Cognac Napoléon : nouvelles
L'étranger dans sa ville natale
Mort des héros modernes
La grande époque
La sentinelle assassinée : journal dissonant
Le Livre de l’eau
Le grand hospice occidental
Mes prisons

Nouvelles ou recueils de nouvelles :
Salade niçoise
Écrivain international
Des incidents ordinaires : nouvelles
Discours d'une grande gueule coiffée d'une casquette de prolo
Le Dos de madame Chatain
L'Excité dans le monde des fous tranquilles, chroniques 1989-1994
« Cocteau à Kharkov »


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Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 8 413e5010

Autoportrait d'un bandit dans son adolescence

Quelques mots sur cette lecture : Tout d'abord ma satisfaction qu'un petit loubard, vivant dans un quartier semblable à nos cités françaises, puissent aimer et maîtriser l'écriture.

Si l'on en croit le livre, c'est après s'être fait "tabasser" copieusement par un plus grand qu' Eddy comprend qu'il lui faut être fort pour ne plus subir, alors il fait le choix d'abandonner les études (lui qui partageait son temps entre l'école et la bibliothèque) et de devenir un autre homme, il devint délinquant.

"Ce jour là il s'était arrêté peu après sa maison [] avait posé sa sacoche par terre, retiré sa cravate de pionnier et l'avait fourré dans sa poche. Ce geste n'avait rien à voir avec un reniement de l'organisation des pionniers. Il symbolisait plutôt pour Eddy-baby le début d'une vie nouvelle. Il avait décidé d'abandonner ses livres, d'entrer dans un monde réel et d'y devenir le plus fort et le plus courageux."

Il y a beaucoup de mépris de la part des loubards, comme d'ailleurs des quelques personnes qui ont une "position"( militaires, intellectuels) vis à vis des "prolétaires" ; Eddy appelle l'ensemble des ouvriers "la moutonnière". Mais peut-être le mépris est-il inconsciemment dirigé aussi contre lui-même.

On n'arrive pas à en vouloir à cet adolescent qui s'effraye lui-même parfois de ses pensées et qui pleure en cachette sur son premier amour.

De saisissants portraits de personnages, comme celui de Slava le Tsigane, psychologue à son heure ou Assia l'amie, voire les chefs de gangs des différents territoires, de la milice.

c'est un récit intéressant servit par un style très réaliste, mobile et qui recrée l'atmosphère de l' époque (révolue ? pas sur)

je ne resterai pas sur une seule lecture.

(message rapatrié)




mots-clés : #autobiographie
par Bédoulène
le Ven 30 Déc - 17:32
 
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Sujet: Edouard Limonov
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Peter Matthiessen

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 8 41s24q10

Le Léopard des neiges

Je conseille volontiers Le Léopard des neiges à ceux qui aiment les "vrais" récits de voyage, l’aventure dans l’Himalaya, les contraintes et les risques de tels périples, la beauté, les risques de ce type d’expédition comme on n’en fait plus beaucoup aujourd’hui...

Le Léopard des neiges de Peter Matthiessen est le récit fait par l’auteur d’une expédition de trois mois dans l’Himalaya. Il accompagne le zoologiste George Schaller, l’initiateur et "patron" du voyage. Ils vont parcourir depuis le Népal dans la région du Dolpo, jusqu’à Shey au Tibet, des régions perdues, franchir des hautes chaînes de montagne comme le Kanjiroba ou le Dhaulagiri, traverser des petits villages retranchés en altitude.

Matthiessen est donc l’invité de Schaller, venu étudier les bharals, sorte de mouflons entre l’ovin et le caprin et, sans trop y croire, rencontrer le légendaire et rarissime léopard des neiges.

Chacun des deux mène sa vie, accompagnés des sherpas et guides qui parfois agacent, tantôt chaleureux, confiants et admirables, tantôt semblant prêts à tout abandonner en échange de roupies pour survivre. Une amitié est née avec ces hommes si précieux dans l’expédition que la vie de tous dépend d’eux, qui doivent porter les lourdes charges, guider le groupe sur des chemins escarpés et dangereux jusqu’à 6 000 mètres d’altitude où l’air est rare et glacial, les paysages époustouflants.

Matthiessen ne parle pas beaucoup de son coéquipier Georges Schaller sauf pour se plaindre parfois de ses exigences, de son comportement glacial et renfermé mais aussitôt dit, il se ravise et comprend qu’il s’agit de respect d’un homme discret pour l’intimité des autres. Leur but est différent, Schaller est un zoologiste en mission, il est en exploration ; Peter Matthiessen est quant à lui dans une quête spirituelle bien que non définie comme telle, après la mort de sa femme, et à la recherche de l’"éveil", malgré les recommandations de son maître Zen Sohen Roshi : « n’attends rien » (de ce voyage).

Matthiessen est bouddhiste, tout comme les sherpas qui accompagnent l’expédition. Chaque jour, il nous confie ses impressions quotidiennes, décrit les étapes qui sont enfin franchies, les camps de base sommaires, les paysages dans la neige imprégnés de yin-yang, les pics vierges scintillant dans la lumière, la glace et le ciel bleu lavande, les chants des populations locales (tels les Ring-mos), les ravins vertigineux et les cols ou les passages à quatre pattes agrippé aux parois ! Sur chaque rocher, on entend le om mani padme hum, mantra bouddhiste en écho aux moulins à prières, les drapeaux qui claquent au vent et dispersent les prières à chaque passage de col, ou encore écrits sur un stupa… Il nous explique en action, dans ce livre, la philosophie des bouddhistes tibétains, lui le bouddhiste zen, la signification des fresques, des décorations, des croyances, des symboles, des mots.

Ce récit de voyage est une véritable bouffée d’air bien frais, paisible et enchanteresse malgré le danger, qui ravive notre fibre spirituelle, que nous avons tapie au fond de nous ! Immergée dans la philosophie bouddhiste-en-acte, j’ai vraiment aimé, c’était pour moi une méditation et la découverte de paysages splendides et impressionnants.


mots-clés : #autobiographie #journal #nature #religion #spiritualité #voyage
par Barcarole
le Ven 30 Déc - 12:27
 
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Sujet: Peter Matthiessen
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Pierre Goldman

Souvenirs obscurs d'un juif polonais né en France

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 8 Image264

J'ai pris envie de lire ce livre en lisant Lola Lafon, qui le cite abondamment, puis en trouvant ceci :


  La bibliothèque idéale de Lola Lafon

   Le livre lu et relu
   Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France de Pierre Goldman (ed Points). C’est une œuvre extraordinaire. Un texte écrit en prison et qui embrasse tout à la fois : la philosophie, le droit, une réflexion sur l’innocence, sur le fait d’être juif. Un livre indispensable.



Si la catégorie Cris jetés à la face du monde existait,j'y aurais mis le livre de Pierre Goldman plutôt que dans la catégorie Témoignage.

Pierre Goldman est le fils de Juifs actifs dans la résistance, écorché vif, étranger en tout lieu . C'est un gauchiste déterminé, partisan de la lutte armée, auteur d'un projet de guérilla urbaine. Fin 1969, ayant besoin d'argent, pour ses plaisirs personnels ou pour aider des amis, il a perpétré trois vols à main armée à Paris. À la même époque, dans le même quartier, un hold-up Boulevard Richard-Lenoir se termine par un double meurtre qui lui est imputé alors qu'il n'a jamais cessé de clamer son innocence.

Ce livre, écrit en prison après sa condamnation, est une mélange d'explications, d'argumentations, de réflexions générées par cette affaire.

   Je lui dis écoutez monsieur Braunschweig peu m'importe la réclusion à vie je n'aime pas la vie j'ai grandi dans l'évocation d'Auschwitz pour moi Fresne c'est un internat un peu rigoureux au Venezuela si j'avais été arrêté on m'aurai tué ou torturé et je serais actuellement en prison pour je ne sais combien d'année la prison j'ai toujours su que je risquais d'y séjourner longtemps ce que je ne supporte pas c'est l'infamie de cette accusation de cette condamnation je suis innocent.



Après avoir présenté des extraits de l'acte d'accusation concernant les affaires dont il se reconnaît coupable et celle dont il se dit innocent, Pierre Goldman écrit une première partie sous le titre de "curriculum vitae", où il décrit son parcours, ses agissements, les trois hold-ups, ainsi que son alibi et les raisons qui font qu'il ne peut pas être coupable du quatrième. S'opposant au « curriculum vitae » établi par les policiers, sur la foi de commentaires subjectifs de son entourage, il s'en tient aux faits. Pas d'explications, pas d 'affects. Pierre Goldman s'attache à rendre cette partie sèche, distante, sans fioritures : j'ai fait ceci. J'ai fait cela. Il s'est passé ceci…C'est l'histoire d'un jeune homme de son siècle déterminé par ses origines, s’exprimant dans une révolte folle furieuse par rapport à une société bourgeoise qui n'est plus admissible.

Ensuite, il décortique obsessionnellement l'instruction pour en faire ressortir les contradictions, les faiblesses, les incohérences. C'est un Douze homme en colère obsessionnel et pointilleux, et donc plutôt fastidieux même s'il est primordial il faut une bonne dose d'obstination pour en venir à bout.

La troisième partie, par contre est assez prenante, par sa description du procès, des personnalités. Goldman est tout aussi capable de mépriser un de ses anciens amis que d'admirer l'avocat général. Et cet homme qui a passé une licence de philo en prison, dissèque les modalités du système juridique, à qui il reproche son racisme, son positionnement politique voire idéologique. Il l'accuse, arguments à l'appui, de préjuger de sa culpabilité sur la seule image atypique qu'il présente, de vouloir piéger le gauchiste plus qu'assurer une vraie justice : « juger l'homme dans son ensemble, et pas seulement son crime ». C'est assez poignant.

   À l'absence de preuves déterminante, matérielles, on a remédié en établissant une relation complètement arbitraire entre ce que j'étais (pour l'accusation, pour certains) et l'acte qu'on me reprochait. Je n'ai pas été jugé parce que j'ai été préjugé, parce que le verdict a seulement consisté à faire découler de mon être supposé (de ma personnalité, etc.) un acte criminel et homicide qui - selon l'accusation - en était l'effet quasiment naturel, et, en tout cas, plausible.il fallait à l'accusation que je puisse être la cause d'un tel acte.


C'est donc une lecture pas toujours passionnante au fil des pages, mais qui ouvre sur un homme des moins ordinaires et pose des questions indispensables.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #autobiographie
par topocl
le Jeu 29 Déc - 10:04
 
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Sujet: Pierre Goldman
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Martin Winckler

Plumes d’Ange

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 8 Image162

Où l'on retrouve Martin Winckler qui, à travers un nouveau feuilleton initialement publié sur le Web, poursuit son travail autobiographique, et par là sa quête identitaire. Il choisit de présenter cette fois-ci Ange, que nous avons commencé à connaître dans Légendes, Ange, son père au prénom si rare, qui l’a tant aimé et qu'il a tant aimé. Par lequel il a tant souffert aussi, dans une famille comme beaucoup d’autres, où aimer veut dire ne pas faire souffrir et où il a mis fort longtemps à comprendre que faire ses propres choix n'est pas trahir.

Winckler approfondit donc sa recherche sur son père, il a la chance que dans sa famille on ait beaucoup parlé (même si cela n’empêche pas que certaines choses ont été tues), on a beaucoup gardé (de photos, de lettres, de documents, de textes…), Et au-delà du portrait du père, cet homme extraordinaire, « bon » dit son fils et profondément humain, se dessine la quête du fils pour établir ce portrait , ce qui est l'un des thèmes passionnants du livre.
Au-delà des rapports d’une grande tendresse que Marc (Martin Winckler est un pseudonyme) établit avec son père tout au long de son enfance et de son adolescence, Martin (l’écrivain) recherche ce qui, avant sa propre naissance, et après la mort d’Ange n'a pas manqué de le marquer, de l'enrichir et de l’éprouver en même temps. On s'attache énormément à ces « personnages », le père omniprésent, rayonnant, l'enfant fasciné, inconsciemment hanté par l'idée de ne pas être à la hauteur de son attente.

Il est un peu gênant de lire ce livre dans un « cycle Winckler » comme je le fais parce que de nombreux textes sont repris directement de Légendes, et d'autres parties se retrouvent prêtées au personnage de Bruno dans Les trois médecins. Cela donne quelques longueurs. Sans doute Winckler aurait-il gagné à plus reprendre ses textes, les présenter un peu différemment, apporter un éclairage autre. Cela doit moins gêner en cas de lecture à distance des différents ouvrages.

Il faut aussi accepter, quand on lit Winckler, une certaine naïveté, un côté chevaleresque de sauveur de l'humanité, une façon de présenter des personnages fondamentalement trop bons, comme dans un conte. Je pense que c'est la façon dont il vit, dont il voit le monde, et qui pour cette raison entre dans ses livres.

Ceci étant accepté, on prend un grand plaisir de lecture dans cette histoire familiale, histoire d'un homme qui aime son père, et l’imitant et le rejetant à la fois, apprend à devenir homme à son tour.


Dans les toutes premières pages :

 
 Pour élucider l'empreinte qu'il a sur moi, j'ai longtemps voulu remonter le temps et reconstituer sa vie. J’ai cru souhaitable de rassembler des documents, de retracer des itinéraires, de solliciter ceux de ses proches qui vivent encore et qui, pour beaucoup, brûlent de parler de lui. Jusqu'au jour où j'ai compris que ça ne suffirait pas. Ange ne se cache pas dans les archives, il ne se cache pas dans les paroles des survivants ou dans leurs souvenirs. J'ai beaucoup appris des uns et des autres, mais l'homme dont je cherche à dessiner les contours se tient là, sous mes yeux, dans le miroir. Il est là, dans mes mains et mes gestes. J'entends sa voix quand je parle. Et surtout - je raconterai comment je l'ai découvert - il s'est livré dans ce que j'ai écrit. Allez ! J'ai trop tardé à le défier. Aujourd'hui, je dois faire face : c’est sa trace en moi qu’il me faut affronter.


Dans les toutes dernières pages :


  Mon père était un homme bon, il est mort, et personne ne peut dire, et d'abord pas lui, si je suis un type correct, qui fait honneur à sa mémoire. Voilà, c'est ça, je voudrais que ce livre, qui porte le nom de mon père, lui fasse honneur.
   Je sais ce que vous allez vous dire, c'est ridicule de poser les choses en ces termes, et pourtant c'est comme ça que ça se pose dans ma tête et ça me fait chialer là, à l'instant pendant que je vous écris, je ne sais d’où ça vient, mais ça vient de loin, ça me fait un mal de chien.


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mots-clés : #autobiographie #famille
par topocl
le Mar 27 Déc - 18:05
 
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John Maxwell Coetzee

Vers l'âge d'homme


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Ce livre m'a scotché ! J'ignorais qu'il faisait partie d'une trilogie autobiographique et je ne l'ai du coup pas lu dans le juste ordre ni en le pensant autobiographique.
L'auteur nous emporte dans les méandres d'une pensée compliquée, désespérée, le propos d'un poète frustré par son manque de créativité, frustré par le manque d'émotions avec les femmes qu'il rencontre, la peur qu'elles lui volent son inspiration, et ces racines si complexes à intellectualiser.
On retrouve du Kierkegaard, celui de "La reprise" où le jeune (Kierkegaard réfléchissant à sa rupture avec Régine Olsen) pris sous l'aile du philosophe danois (comprenant qu'il s'est trompé en rompant) oscille entre choisir sa vie amoureuse et sa vie artistique.
J'y ai retrouvé du Hrabal aussi dans ses considérations sur l'importance de la littérature au sein de la société, au sein de cultures oubliées et soumises à la violence.
Le style emporte par sa simplicité à exposer des questionnements pourtant complexes.
Il y a beaucoup de pudeur et pourtant tellement de sentiments dans cette oeuvre.
Magistral.



mots-clés : #autobiographie #creationartistique
par Hanta
le Mar 27 Déc - 12:25
 
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Joyce Carol Oates

JCO, versant autobiographie:

J'ai réussi à rester en vie

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«Nous ne choisissons pas les gens dont nous tombons amoureux. L'amour que nous éprouvons est notre destin. Nous ne choisissons pas notre destin.»


Sur les bancs de l'université où elle est toute jeune étudiante en littérature anglaise, Joyce rencontre Ray, de 8 ans son aîné. Un mois plus tard ils sont fiancés, deux mois après mariés. S’ensuivent 47 années d'un amour indéfectible, subtil, où ils vont vivre dans leur bulle, parfaitement complémentaires, en affinité parfaite tant au niveau affectif qu’intellectuel, sans un nuage, sans un orage. À tel point que quand Ray atteint 78 ans, et meurt en l'espace d'une semaine, Joyce, qui n'avait jamais imaginé la vie sans lui, se retrouve dans une espèce de désespoir douloureux et hébété. Ce livre est le récit des 4 mois qui suivirent son veuvage.

Il faut dire aussi que ce n'est pas un roman, mais un récit autobiographique de la grande écrivaine Joyce Carol Oates. J'ai été très intéressée par tout ce qui touche au «vivant» : cette relation d'exception, ces époux-amant si proches, qui partagent toute pensée et tous moments, mais ne lisent jamais les écrits de fiction l'un de l'autre, les fameux amis qui ne sont autres que Richard Ford, Philip Roth, Jeffrey Eugenides… et de nombreux autres tout aussi célèbres, quelques passages intéressants sur la création littéraire, la personnalité de JCO enfin: bêtement, cette femme aux plus de 100 ouvrages, dont on parle régulièrement pour le Nobel, qui montre une finesse aussi implacable à décrypter les arcanes de l'âme humaine dans ce qu'elle a de plus retors, je me l'imaginais forte, voire implacable. C'est en fait une femme douce, timide, humble, menant une vie fort ordinaire, qui n'est plus rien sans l’étayage de son mari tuteur, ayant besoin d'être regardée et aimée pour exister.

«J'aimerais leur dire qu'être un écrivain « établi » ,- voire un « écrivain majeur » (qualificatif qui me semble totalement irréel )- ne donne ni assurance ni sentiment de sécurité, ni même une idée de qui l'on est.»


«En dépit de ma réputation d'écrivain, ma vie privée a été aussi mesurée et bienséante qu’un papier peint de Laura Ashley»


J'ai été estomaquée de voir cette femme, si roulée dans sa création littéraire, totalement naïve et désemparée face à la vie, n'ayant pas une seconde imaginée qu'une vie pour Joyce pouvait exister sans Ray et pour Ray sans Joyce, et donc totalement impréparée à ce veuvage dévastateur. J'ai moins accroché à tout ce qui touche à la mort et au veuvage, je trouve cela plutôt long, et j'ai regretté que Joyce Carol Oates ne m’ait pas traitée en tant que lectrice comme elle traitait son mari :

«Nous avions pour habitude de ne pas partager tout ce qui était perturbant, déprimant, démoralisant, ennuyeux (...) Car  à quoi sert de partager ses misères avec quelqu'un, sinon à le rendre misérable lui aussi ?»


Autant je comprends qu'elle ait ressenti le besoin de mettre cela par écrit pour le dépasser, autant je n'ai pas trouvé cette expérience enrichissante pour moi. Enfin j'ai été très gênée par les nombreux aphorismes sur le thème de «un homme, une femme», «une veuve», comme si nous étions tous pareils et réagissions tous de la même façon…

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mots-clés : #autobiographie  #mort
par topocl
le Mar 27 Déc - 9:38
 
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Sujet: Joyce Carol Oates
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Jan Yoors

La Croisée des chemins - La guerre secrète des tsiganes 1940-1944.

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Yoors a 17 ans quand la guerre éclate. En 1940, il est contacté par les forces de résistance et il devient agent de liaison entre celle-ci et les tziganes.  La répression dont ils sont l' objet , les réseaux internationaux, l'habitude de vivre cachés, la vie d'errance qui facilite à large échelle le transport de biens et de personnes les prédispose à œuvrer efficacement dans ce sens. Il n'en demeure pas moins qu'il leur faut vaincre le rejet de toute alliance avec les gadje et leur haine de la violence.. Yoors, sur dénonciation,  est emprisonné, torturé puis, il réussit à s'évader. Il se retrouve dans un monde où bien peu de ses amis ont échappé aux rafles et où il va mettre sur pied un réseau d'évasion entre l’Allemagne et l’Espagne.

La première partie qui raconte l'implication tzigane dans la résistance,  son organisation et ses spécificités, est une mine d'enseignement.
La suite (emprisonnement, torture, réseau de passeurs) est plus « classique », je dirais, mais n'en reste pas moins un témoignage passionnant.

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mots-clés : #autobiographie #deuxiemeguerre #minoriteethnique
par topocl
le Ven 23 Déc - 16:35
 
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Jan Yoors

Tsiganes

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 8 Index310


Yoors, dès l'âge de douze ans, a passé la majeure partie de son temps à parcourir l'Europe dans la roulotte d 'une Kumpania de gitans, qui finirent par l'adopter. Tout ceci avec la curieuse bénédiction de ses parents, des artistes à l'ouverture d'esprit pour le moins extraordinaire. Yoors était heureux dans ses hivers douillets et "civilisés" au domicile familiale, autant que dans ses errances nomades en compagnie des Lovaras.

Son témoignage a ceci d'exceptionnel qu'il ne s'agit pas d'une immersion en terrain inconnu, mais bien d'une assimilation complète au peuple tsigane, dont il nous livre les traditions, fustigeant nos croyances ordinaires à courte vue. A travers les personnages dont il a partagé la vie, les joies et les épreuves, l nous explique l'âme tsigane, si différente de la façon d'être des gadje : ancrée dans le  présent, indifférente à la possession, toute dévolue à la famille, qui guide les étapes au fil du temps, masquant son désarroi dans les cérémonies, rituels et fêtes.

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mots-clés : #autobiographie #initiatique #minoriteethnique
par topocl
le Ven 23 Déc - 16:34
 
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Fritz Zorn

Mars

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 8 Image205


Ce n'est pas que je n'ai pas de compassion pour ce jeune homme, présentant un trouble de la personnalité sévère, au moins en partie lié à une éducation pathogène, qui développa à 17 ans une dépression chronique puis un lymphome. Ce n’est pas que son point de vue ne m’intéresse pas, même si je suis loin de partager toutes ses analyses. Mais ce livre est pour moi un fatras de déversement d’autoanalyse et d’opinions proclamées dans un style lourd et redondant, fatras dans lequel il y a cependant mille pistes de réflexion...


Dans les 100 premières pages, la description de la famille est finement analysée, mais il n’ y a pas un personnage autre que l’auteur, pas une anecdote, rien que du général. Rien de vivant, en fait. Et ça ne parle que de lui. Alors certes je comprends que compte tenu de son fonctionnement psychique, c'est sans doute un excellent reflet de son mode de  pensée, mais, bien franchement je trouve cela rébarbatif. Cependant, malgré ces réserves stylistiques, c’est quand même plutôt intéressant cette analyse du retentissement sur la construction de la personnalité de l'auteur. D’autant qu’on y retrouve, cumulés et passés à la loupe, des dysfonctionnements qu’on retrouve de façon plus ponctuelle et moins développée dans pas mal de familles plus banales, y compris les nôtres, celle où nous avons vécue en tant qu'enfant et celle que nous avons construite pour nos enfants.

Dans la 2e partie, la dépression, puis le cancer, se déclarent. On quitte le récit pour passer à l’essai.Zorn tente de nous expliquer la filiation directe entre ces 3 phénomènes : son éducation, sa dépression et son cancer.  En fait il ne tente pas, il postule. Et je dois dire que je ne suis pas arrivée à comprendre en quoi l’arrivée du cancer était une joie. Parce que cela le conforte dans ses idées et sa  pensée magique ?
Au niveau médical, il y a des choses très vraies, sur la nécessité de nommer le mal, et la maladie. On  est en 1977 et que c'était encore moins évident que maintenant à cette époque. Par contre le lien éducation-personnalité-cancer est pour moi tout à fait inacceptable, en tout cas sous cette forme (ce qui ne revient pas du tout à nier les troubles psychosomatiques, ni le rôle du stress sur le déclenchement des maladies, ni  la relation psychologique/somatique)

Enfin, 3ème partie,  l’ essai se fait de plus en plus marqué. C’ est  une réflexion sur ce qui pourrait se résumer à la bourgeoisie et le mal, voire la bourgeoisie suisse et le mal .Tout ceci est assez simpliste, ou parfois totalement confus pour moi, et ma gêne est aggravée par la tendance aux généralités assénées comme vérités.

Zorn montre le caractère apparemment inéluctable des choses : j'ai été élevé dans  une famille hypocrite, sans affect, uniquement préoccupée de sa respectabilité, je suis donc devenu un homme inapte au monde, j'ai donc fait une dépression, j'ai donc eu un cancer. Je n'en veux à personne parce que mes pauvres parents ne sont cela que parce que leurs propres parents étaient déjà de pauvres parents éduqués dans une ambiance délétère… Cette vison est totalement pessimiste et fataliste.

Mais  son analyse évoluant, il prend enfin distance par rapport à son milieu. C’est ici qu’on peut voir comme une révolte, qu’enfin on voit Zorn s’éveiller, qu’on n’ a plus envie de lui donner des coups de pieds dans les fesses. Il appelle au rejet de ces valeurs et à la révolution. Mais  lui-même n’en sera jamais acteur, il est trop longtemps resté fondamentalement bourgeois lui-même dans son inaptitude à transgresser et rebondir. Car au final, il est pris dans une espèce de filet où le cancer lui refuse un avenir dans lequel il pourrait (dit-il), devenir autre. On se demande si ce filet ne le réjouit pas, d’ailleurs, permettant de justifier son incapacité à  quitter ce carcan qu'on lui a imposé : malheureusement, il est trop tard.

Mais bon, écrire, c’est peut-être déjà une transgression, c’est peut-être déjà un geste révolutionnaire.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #autobiographie #essai #pathologie
par topocl
le Ven 23 Déc - 16:28
 
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Sujet: Fritz Zorn
Réponses: 3
Vues: 372

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