Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 13 Déc - 11:36

191 résultats trouvés pour autobiographie

Frank Westerman

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 Wester10

EL NEGRO ET MOI

En  1983, à dix neuf ans, Frank Westerman, jeune étudiant alors en vacances, découvre dans un le musée d' histoire naturelle de Banyoles un noir. Le corps est naturalisé et exposé dans une vitrine comme les animaux avec qui il voisine.
Sur le socle, une plaque indique : BOCHIMAN DU KALAHARI.

"On n'était pas chez Mme Tussaud. Je n' étais pas en train d' admirer une illusion de la réalité ; ce Boshiman n' était pas un moulage fait pour donner le frisson...
C'était une personne, écorchée puis empaillée comme on le fait pour un animal."


La stupeur passée, Westerman décide d'enquêter sur ce phénomène.

Il terminera ses études d'ingénieur et entrependra toute une série de voyages, d'abord en tant qu' étudiant puis de coopérant.
En Jamaïque puis au Pérou, où il terminait son mémoire après un stage dans une communauté paysanne du Pérou. C'était l'époque où l'organisation terroriste du Sentier lumineux s'imposait dans une partie du pays.
Westerman apprit beaucoup dans la cpommunauté paysanne : d'abord à observer, à se taire, et se rendre utile pour se faire simplement accepter.
Pas un seul instant, Westeman n'a abandonné l'enquête sur El Negro. C'est pour cette raison qu'il se rendra à Paris, au Musé d'histoire naturelle. Grâce à un polonais qui y travaille, il commence par se renseigner sur le commerce d' animaux empaillés au 19e siècle à Paris.
C'est là qu'il découvrira ceux qui, en plus des animaux naturalisés avaient envoyé aussi  un noir : El Negro. Les frères Verreaux présents dans sa région natale déterrèrent le corps et l'envoyèrent par bateau à Cuvier.
Parallèlement, il découvrira le grand débat  sur l'évolution qui agitait le monde scientifique. On était encore très loin de Darwin.
Bien au contraire, la religion s'efforçait de retarder les théories nouvelles qui pourraient mettre en danger ses propres dogmes.
C'est donc Cuvier qui régnait en maître et se fit connaitre en disséquant le corps de celle qu'on nomma la Vénus Hottentote.

Je pourrais lontemps épiloguer sur la suite d'aventures qui menèrent une fois de plus Westeman sur la piste d' El Negro, mais ce serait stupide et inutile.
Sachez seulement que Westerman revint en Catalogne et au musée de Banyoles vingt ana après son premier voyage. Il avait appris que El Negro avait disparu et avait été envoyé en Afrique pour reposer dans la terre de ses ancêtres. A la suite de protestations d'ambassadeurs et d'intellos africains. Et au grand désarroi de la conservateur du Musée et de la population de la ville catalane. Mais triomphe assuré pour un militant noir de la ville, toubib et membre du parti socialiste espagnol.
Il y eu beaucoup de bruit et de tapage à cause du  pauvre Boshiman, en haut lieu et dans les instances espagnoles autant qu'internationales.
Pour terminer, Westerman se rendra sur les lieux memes où était désormais enterré El Negro -où ce qu 'il en restait- La peau d' El Negro resta en Espagne !
Un coin perdu du Bostwana.
Entre temps, il abeaucoup appris sur l' histoire de l'esclavage et réfléchi sur l'avenir du continent africain.

Ce livre montre que la réalité -même si elle a des côtés sordides ou incompréhensibles- peut être incroyablment romanesque une fois qu'elle a été reconstruite après enquête. Mais un travail introspectif aussi profond et intelligent est rare.
Il est vrai que cette quête changea profondément la vie de l'auteur et l'auteur lui-même.
On le comprend !

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mots-clés : #autobiographie #historique
par bix_229
le Mar 20 Déc - 17:07
 
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Sandor Marai

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 4102en11

Ce que j'ai voulu taire

Originale:  Hallgatni Akartam (Hongrois, écrit entre 1949/50, perdu, retrouvé et paru finalement en 2013 à Budapest!)

CONTENU :
Ce livre, qui chronique les dix années entre l’Anschluss (mars 1938) et l'exil définitif de Marai (1948), constitue le dernier volet des « Confessions d'un bourgeois ». Il n a jamais été publié du vivant de Márai.

Pour répondre à la question centrale du livre, « Comment la Hongrie en est-elle arrivée là ? », c’est-à-dire à pactiser avec l'Allemagne nazie, puis à devenir un satellite de l Union soviétique, Marai se livre à une analyse approfondie de la société hongroise. Celle-ci est indissociable d'une perception pleine de finesse de la situation mondiale, fondée sur une réflexion étonnamment moderne, d’une lucidité presque visionnaire. Son point de vue est celui d’un bourgeois assumé, un humaniste aspirant à un ordre juste qui pourrait prendre la forme d’un socialisme modéré. Cette chronique de la décomposition d'un pays, d'une culture et d'un mode de vie est une lecture précieuse pour qui souhaite comprendre la Hongrie et l'Europe d'aujourd'hui.

REMARQUES :
A coté de quelques apparitions « personnelles » dans le récit, et contrairement peut-être à la forme de narration des premiers tomes -  plus proche d’un récit, d’un vécu ? - Marai donne avant tout une sorte de chronique et d’analyse de ces années cruciales. Le jour de l’Anschluss est le point de départ d’un tour d’horizon de la situation en Allemagne, en Autriche, mais aussi dans l’Europe, le monde, pour expliquer comment selon lui a pu arriver ce qui est arrivé, d’abord pratiquemment sans resistance extérieure.

Il y aura quelques autres dates clés et portraits poignants d’hommes politiques qui permettent de partir d’un point de départ. Il faut s’imaginer – et Marai en est conscient – comment en espace d’une dizaine d’années la societé hongroise a basculé d’un état bourgeois via une proximité avec le nazisme vers l’intégration forcée dans l’URSS et ses satellites. Tout un monde disparaît, une forme de penser, de vivre... Et au fond, le tout est déjà en germe quand l’Autriche passe dans la Deutsches Reich, en Mars 1938. Des conséquences prévisibles, une guerre inévitable à l’horizon – pour celui qui voyait clair.

Dans la deuxième partie l’auteur s’approche des conséquences du traité de Trianon qui démantelait la Hongrie de deux-tiers de son territoire et d’une partie de sa population. Terrain propice... Mais malgré des abus, on trouve aussi une accusation chez Marai de ne pas rendu ainsi une service à la Hongrie et la situation internationale.

Donc, il s’agit plutôt d’une forme d’analyse, mais d’une grande maîtrise qui donne l’impression au lecteur qu’il comprendra un peu mieux les interdépendances, les relations, les événements. Marai ne se contente pas de voir la Hongie comme pure victime innocente, mais met en avant les attitudes latentes d’antisémitismes et de fascisme. (Le lecteur se demande à quel point certaines de ces analyses ne se revèlent pas encore aujourd’hui comme étant très actuelles...)

Marai se déclare appartenant à cette bourgeoisie éclairée qui a peut-être peu en commun avec des associations plus tardives avec ce terme : une étroitesse, une lourdeur etc. Cette attitude de Marai a rien d’une préférence vers une droite nationale autodestructrice, voir fascisante. Mais on pressent une certaine nostalgie à une vie en voie de disparition. Dans cette veine je me sentais rappelé au « Monde d’hier » de Stefan Zweig...

Pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de la Hongrie, mais aussi de l’Europe dans le contexte de la montée du fascisme, ce livre nous dit beaucoup de choses intéressantes. Peut-être on aperçoit ici et là quelques faits qui aident à comprendre une certaine passivité ? Aussi de l’auteur ?

Très informatif, très intéressant. Et dans une écriture d’une grande maîtrise.


mots-clés : #autobiographie #deuxiemeguerre #regimeautoritaire
par tom léo
le Mar 20 Déc - 16:43
 
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Magyd Cherfi

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 Cherfi10

Magyd Cherfi : Ma part de gaulois. - Actes Sud


Actes sud a écrit:C’est l’année du baccalauréat pour Magyd, petit Beur de la rue Raphaël, quartiers nord de Toulouse. Une formalité pour les Français, un événement sis mi que pour l’“indigène”. Pensez donc, le premier bac arabe de la cité. Le bout d’un tunnel, l’apogée d’un long bras de fer avec la fatalité, sous l’incessante pres sion énamourée de la toute-puissante mère et les quolibets goguenards de la bande. Parce qu’il ne fait pas bon pas ser pour un “intello” après l’école, dans la périphérie du “vivre ensemble” – Magyd et ses inséparables, Samir le militant et Momo l’artiste de la tchatche, en font l’expérience au quotidien.
Entre soutien scolaire aux plus jeunes et soutien mo ral aux fi lles cadenassées, une génération joue les grands frères et les ambassadeurs entre familles et société, tout en se cherchant des perspectives d’avenir exaltantes. Avec en fond sonore les rumeurs accompa gnant l’arrivée au pouvoir de Mitterrand, cette chro nique pas dupe d’un triomphe annoncé à l’arrière-goût doux-amer capture un rendez-vous manqué, celui de la France et de ses banlieues.
Avec gravité et autodérision, Ma part de Gaulois raconte les chantiers permanents de l’identité et les impasses de la république. Souvenir vif et brûlant d’une réalité qui persiste, boite, bégaie, incarné par une voix unique, énergie et lucidité intactes. Mix solaire de rage et de jubilation, Magyd Cherfi est ce produit made in France authentique et hors normes : nos quatre vérités à lui tout seul !

“Dire que j’écris me gêne, complexe d’ancien pauvre, d’ex-fils-d’immigré, d’épisodique schizophrène car j’suis devenu français. J’ai du mal à écrire car je m’écris et m’écrire c’est saisir une plaie par les deux bouts et l’écarter un peu plus. La plume m’a séparé de mes compagnons d’infortune, tous ces « Mohamed » de ma banlieue nord hachés menus par une société qui a rêvé d’un « vivre ensemble » sans en payer le prix. Je raconte une fêlure identitaire, un rendezvous manqué. C’était l’année 1981, la gauche arrivait au pouvoir la besace pleine de l’amour des hommes et les premiers Beurs accédaient au bac. Le bac, une anecdote pour les Blancs, un exploit pour un indigène.
Tout était réuni pour cette égalité des droits tant chérie. La promesse d’une fraternité vraie semblait frémir.

Pourtant la rencontre de la France et de sa banlieue n’a pas eu lieu, elle n’a toujours pas vu la lumière car l’exception française persiste, celle d’être français et de devoir le devenir…”


Je n'ai pas encore lu Ma Part de Gaulois, mais j'avais aimé ses deux premiers livres, qui avaient
été remarqués par certains critiques à l'oeil vif et des libraires.


mots-clés : #autobiographie #immigration
par bix_229
le Mar 20 Déc - 16:04
 
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Carlos Liscano

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 41rjcx10

Le fourgon des fous


Présentation de l'éditeur, 4ème de couverture
Plus qu'un témoignage, une réflexion sur l'homme et son inextinguible appétit de vivre, sur la nécessité de comprendre l'inimaginable. Sans cris, sans fureur, un plaidoyer vibrant pour le droit à la dignité, un récit pudique et bouleversant.


Montevideo, 1972. Carlos Liscano est jeté en prison par le régime militaire à l'âge de vingt-trois ans. Il en sortira treize ans plus tard. Il aura connu la torture, les humiliations, la honte, les étranges relations qui lient victimes et bourreaux, l'absurdité d'un système qui veut lui faire avouer quelque chose qu'il ne sait pas. Mais il aura aussi connu la résistance envers et contre tout, l'amitié indéfectible qui se noue entre camarades d'infortune, l'urgence de l'ouverture au monde et, par-dessus tout, le pouvoir libérateur de l'écriture. Le 14 mai 1985, avec ses derniers compagnons, Carlos Liscano est embarqué dans un fourgon qui va le mener vers la liberté. Une liberté inquiétante, douloureuse, impossible...


Cela a pris presque trente ans pour Liscano de mettre en mots (ou de publier) une partie de son vécu. Sans voyeurisme, il se montre au lecteur comme cet homme d’un coté humilié, bafoué, mais au même moment gardant un sens de dignité, si difficile à tenir, si devant des yeux voyeurs on a été au bout de ses forces, dans une détresse extrême. Malgré cela il reste très prudent avec des jugements hâtifs sur ce bourreau en face, et sa propre innocence face à la violence.

C’est d’une grande force que Liscano commence son livre plutôt avec la description de gestes qui rendent une dignité : à soi-même, à l’autre, à ses parents morts pendant son incarcération. C’est dans la deuxième partie qu’il parle plus amplement de la torture…, d’abord même dans la troisième personne : le prisonnier, le détenu…etc.  Ce qu’il décrit du rapport du torturé avec son propre corps (qu’il appelle « l’animal ») est très poignant.

Son langage est jamais faussement criant, mais sobre, simple. J’ai beaucoup aimé (en opposition à tellement d’auteurs latino-américains) ce style simple, réaliste, droit, sans « magies ». Ce n’est pas un « beau » livre, mais un récit qu’on pourrait mettre à coté de ceux d’un Primo Levi et d’autres. En fin de lecture je prenais congé d’un homme que je respecte profondément…


mots-clés : #autobiographie #regimeautoritaire
par tom léo
le Dim 18 Déc - 17:34
 
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Arthur Koestler

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 22510110

Hiéroglyphes

Le premier tome relate l'engagement de Koestler au PC Allemand, l'auteur prévient le lecteur  «Il m'a été impossible de ressusciter l'enthousiasme naïf de cette époque : j'ai pu en analyser les cendres, mais non en ranimer la flamme».

Cependant l'euphorie se dévoile  tout de même dans  certaines phrases, et notamment  par la critique qu'il en fera plus tard, dans les qualificatifs qu'il emploie : «C'est cet aspect actif, brave et chevaleresque du communisme qui m'attira, avec des millions d'autres, dans le Parti, et qui compensa nos déceptions.»

chapitre 1 : Euphorie :  l'engagement au Parti, la vie du Parti communiste Allemand, la foi, l'espérance en la Russie Soviétique, la montée du fascisme.

L'endoctrinement au Parti, résulte de  la dialectique, l'obéissance aux  directives du Komintern, les mesures extrêmes  de sécurité,  la perte d'identité, de l'individu ; le Parti est l'Unité.

Il écrira « La doctrine marxiste est une drogue, comme l’arsenic ou la strychnine, qui, prise à petites doses, peut avoir un effet stimulant, à doses plus élevées un effet paralysant sur le système créateur

A propos du Parti communiste Allemand  : «Après le 20 juillet 1932, il était évident pour tout le monde, sauf pour nous, que le K.P.D., le plus fort des partis communistes d'Europe, était un géant châtré dont les rodomontades ne servaient qu'à masquer la virilité perdue.»

Le PC Allemand se prépare à la clandestinité qui se profile à la montée du fascisme. Koestler contrairement aux autres membres, procède son engagement en demandant par écrit son adhésion au Parti.

L'antinomie entre les socialistes et les communistes est très vive et s'exerce au détriment de la gauche.

Les luttes entre les nazis et les communistes sont fréquentes,  parfois armées, des traquenards où tombent les camarades de Koestler. Lui sera employé à la propagande et par son métier de journaliste à relater ce qu'il entend et peut servir au Parti.


Chapitre 2 : Utopie : Koestler part en Russie, il doit taire son appartenance au parti pour accréditer les articles qu'il doit écrire pour vanter le Plan Quinquenal, il visite la Russie d'Europe et la Russie d'Asie ; il tombe en période de famine, mais la Terreur n'a pas encore commencé au fur et à mesure de son voyage il découvre une Russie de pénuries de tous ordres, lui en souffre moins car les «étrangers» s'approvisionnent à une coopérative privée.

Il comprendra plus tard son attitude là-bas : « J’avais des yeux pour voir, et un esprit conditionné pour éliminer ce qu’ils voyaient. Cette « censure intérieure » est plus sûre et efficace que n’importe quelle censure officielle. »

l ’explication de K. quant au fait que des intellectuels tels que lui soient restés plusieurs années au PC alors même que malgré leur aveuglement ils avaient des doutes, des crises comme il le dit, devant certains faits, il s’avère que d’autres évènements encore plus ignobles (Hitler pour l’Allemagne, Franco pour l’Espagne) les ont confortés de rester dans cette idéologie.

Tome 2 : Exil

Koestler quitte la Russie, mais ayant appris l'accession au pouvoir d'Hitler part pour la France. Ces écrits sont régulièrement refusé par le Parti car trop de sentiments romantiques et bourgeois.  Koestler est complètement démuni de tout ce qui permet de vivre (argent, logement etc.) mais c'est presque pour lui une renaissance  ; il résume ainsi son attitude pendant cette période :

«Si je m'abandonne souvent à des accès d'abattement, les véritables catastrophes me remplissent en général d'une espèce d'exaltation. Et, bien que, je sois jalousement attaché ç ce que je possède et qu'une perte partielle - une chemise volée, une tache sur un meuble - m'irrite et m'attriste, la perte totale de tous mes biens fit naître en moi, les trois fois où la chose se produisit, un sentiment de libération, l'excitatiion d'un nouveau départ. Cela fait partie, j'imagine, du tempérament apocalyptique, du type de mentalité qui aspire à tout ou rien, tempérament qui manque de force dans les crises mineures mais s'épanouit dans les catastrophes


Koestler fait une analyse très réaliste des raisons qui ont amené l'Occident à la seconde guerre mondiale : tous coupables, droite ou gauche, gouvernements, à des degrés différents «ont eut dit qu'ils étaient tous associés dans un pacte de suicide européen.»

La guerre civile débute en Espagne, Koestler y part, pour le Parti, comme «reporter» pour 2 journaux, il se servira de la mission de l'un ou de l'autre au gré de la situation, à sa 2ème mission il est arrêté et emprisonné, il ne doit sa liberté qu'à l'intervention collective de plusieurs intellectuels et scientifiques, ainsi qu'à sa femme dont il est séparé d'ailleurs. En prison il se découvre une paix intérieure qu'il attribue à «l'écriture invisible» comme il appelle cette nouvelle spiritualité (para-psychologie par exemple, expériences sensorielles).

Koestler écrit 3 livres «alimentaires» sur la sexualité, édités par ses cousins.

Le processus de retrait de Koestler par rapport au Parti s'est inscrit dans son esprit sans qu'il en prenne conscience mais après avoir eu connaissance de la Terreur installée en Russie, avoir perdu tant d'amis, il sait qu'il ne pourra plus avaler tous les mensonges, que le dernier lien s'est rompu en apprenant le pacte Hitler/Staline.

«Je devins de plus en plus conscient d'une dette écrasante à payer. Le Zéro et l'Infini que je commençais à écrire l'année suivante en fut un premier règlement.»

et vis à vis de Dorothy qui a grandement contribué à sa libération d'Espagne :

«Je découvris que j'avais, sans le savoir, contracté une autre dette, une dette personnelle, impossible à payer.»

Après une série de conférence en Angleterre où il exprime ouvertement son sentiment sur ceux (POUM) que le Komintern  accuse de trahison, Koestler rédige sa lettre de démission au Parti, mais la termine par une déclaration de fidélité à l'Union Soviétique.

«Etonnant, mais pourtant pas incompréhensible à la lecture de  l'aveu qui suit et dont on peut retrouver l'esprit chez Ignazio Silone et certainement d'autres ex-communistes.»

«J'avais vingt-six ans quand j'adhérai au parti communiste, et trente-trois quand je le quittai. Les années intermédiaires avaient été des années décisives, tant par la saison de la vie qu'elles remplirent que par la façon dont elles la remplirent d'un objet unique. Jamais auparavant, ni depuis, l'existence ne me sembla aussi débordante de sens que pendant ces sept ans. Elle avait la supériorité d'une belle erreur sur une vérité sordide.»

Après sa démission du PC, Koestler a été en butte aux attaques du Parti, notamment pour son livre révélateur sur les procès de Moscou : Le zéro et l'Infini. Son livre est attaqué notamment par l'un de ceux qui avait fait partie du collectif de sa défense alors qu'il été emprisonné Frédéric Joliot-Curie.

Koestler part pour un reportage, passant par la Grèce, Alexandrie, il découvre dans ces pays des luttes, il restera 2 mois et demi en Palestine. Pays où il s'est rendu 11 ans auparavant,

A l'époque à propos des sionistes :

«Il ne s'agissait plus de se demander si le sionisme était une idée bienfaisante ou non. Ils savaient que les chambres à gaz étaient proches. Ils avaient dépassé le stade de la discussion. Quand on les provoquait, ils montraient les dents.»

La terreur arabe s'exprimait par intermittence.

Entre 1942 et 1948 Koestler fit plusieurs séjours, écrivit 2 livres, fit des conférences, plaida la cause du partage comme seul moyen de mettre fin à l'horreur.

Koestler s'établit définitivement dans «la paisible Angleterre», mais visita plusieurs pays, il était à présent un écrivain connu.


C'était une très bonne lecture, mais j'en sors  remuée. Dans le deuxième Tome je trouve que Koestler revient trop souvent sur le passé déjà évoqué et l'on perd donc la chronologie ce qui à mon avis nui un peu à la cohérence des évènements.

Mais j'aime l'honnêteté de Koestler, son analyse, je suis sensible à sa «névrose d'anxiété», sa timidité, je veux le connaître mieux encore, je lirai donc d'autres livres... mais après une pause car j'ai besoin de digérer cette période très troublée.

Si Koestler a trouvé en l'«écriture invisible» une nouvelle spiritualité, je suis sure  que l'héritage du parti communiste s'est inscrit avec  une «encre indélébile».






mots-clés : #autobiographie #politique
par Bédoulène
le Dim 18 Déc - 16:56
 
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Primo Levi

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 616tc810

Si c’est un homme

J'en sors évidemment, comme tous les lecteurs je suppose, bouleversée et désolée car il apparaît que les décennies écoulées depuis la 2e Guerre mondiale n'ont pas prouvé que l'Homme, soit plus sage, que le message ait été compris.

Voici quelques extraits :

Lors de la pendaison d'un homme qui voulait organiser une mutinerie comme à Birkenau :

«...et peut-être les Allemands ne comprendront-ils pas que la mort solitaire, la mort d'un homme, qui lui est réservée, le vouera à la gloire et non à l'infamie.

Quand l'Allemand eut fini son discours que personne ne comprit, la voix rauque du début se fit entendre à nouveau : Habt ihr verstanden ? (est-ce que vous avez compris ?)

Qui répondit "Jawolhl" ? Tout le monde et personne : ce fut comme si notre résignation maudite prenait corps indépendamment de nous et se muait en une seule voix au-dessus de nos têtes. Mais tous nous entendîmes le cri de celui qui allait mourir, il pénétra la vieille gangue d'inertie et de soumission et atteignit au vif l'homme en chacun de nous.

«Kameraden, ich bin der Letzte !» (Camarades, je suis le dernier!)

Je voudrais pouvoir dire que de notre masse abjecte une voix se leva, un murmure, un signe d'assentiment. Mais il ne s'est rien passé. Nous sommes restés debout, courbés et gris, tête baissée, et nous ne nous sommes découverts que lorsque l'Allemand nous en a donné l'ordre. La trappe s'est ouverte, le corps a eu un frétillement horrible : la fanfare a recommencé à jouer, et nous, nous nous sommes remis en rang et nous avons défilé devant les derniers spasmes du mourant.»

«Le câble d'acier d'un treuil nous barre le passage ; Alex l'empoigne pour l'enjamber, mais Donnerwetter, le voilà qui jure en regardant sa main pleine de cambouis. Entre-temps je suis arrivé à sa hauteur : sans haine et sans sarcasme, Alex s'essuie la paume et le dos de la main sur mon épaule pour se nettoyer ; et il serait tout surpris, Alex, la brute innocente, si quelqu'un venait lui dire que c'est sur un tel acte qu'aujourd'hui je le juge, lui et Pannwitz, et tous ses nombreux semblables, grands et petits à Auschwitz e partout ailleurs.»

«Nous constatons que de nos jours, dans tous les pays victimes d'une occupation étrangère, il s'est aussitôt créé à l'intérieur des populations dominées une situation analogue de haine et de rivalités ; phénomène qui, comme bien d'autres faits humains, nous est apparu au Lager dans toute sa cruelle évidence.»

«Les proéminents juifs constituent un phénomène aussi triste que révélateur. Les souffrances présentes, passées et ataviques s'unissent en eux à la tradition et au culte de la xénophobie pour en faire des monstres asociaux et dénués de toute sensibilité.»

(commentaire rapatrié)



mots-clés : #autobiographie #campsconcentration
par Bédoulène
le Dim 18 Déc - 16:44
 
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Jean-Paul Kauffmann

L'arche des Kerguelen – Voyage aux îles de la Désolation

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 K121010

   Pour le survivant, tout livre a un sens. Peu importe son contenu. La moindre histoire est stimulante parce qu'elle donne l'illusion d'être libre. Nous ne sommes plus seuls. Ce qui dans des circonstances ordinaires paraissaient obscur ou insignifiant  ne l'est plus. Contraint à l'élémentaire, l'esprit extrait d'emblée l'essence des choses, élucide ce qui est hermétique, pourvoit à ce qui est indigent. Avec le presque rien, on invente presque tout.



Jean-Paul Kauffmann a toujours rêvé des îles Kerguelen, cet archipel de l'Océan Indien à la limite du continent antarctique, possession française depuis sa découverte par Kerguelen en 1772, peuplé de quelques militaires et scientifiques et de milliers de lapins, éléphants de mer et manchots. Les paysages sont fabuleux, chaos premiers aux évocations bibliques.


  Entre la  page blanche et l'achevé d'imprimer, les Kerguelen donnent l'illusion d'approcher des origines ou des fins dernières.


Quatre ans après sa libération de captivité, c'est chose faite, il s'embarque sur le Marion-Dufresne  se confronter à cet archipel désertique, battu par la pluie et les vents, mi- mystère, mi-vérité. À côté des découvertes naturelles, géologiques, botaniques, zoologiques, à côté des paysages fantastiques, il teste cette nouvelle forme de solitude, où, cette fois encore, le temps ne se compte pas, mais à laquelle l'espace donne une ouverture pour lui salutaire.

   Je suis heureux d'affronter de mon plein gré l'extrême solitude et l'élémentaire clarté d'une nature hostile.



Pas un mot de sa captivité, mais au travers des phrases, au-delà du récit de voyage, du rapport des nombreuses connaissances historiques ou géographiques accumulées , du recensement scrupuleux des noms de lieux et des morts, célèbres ou obscurs, Kauffmann poursuit une réflexion qu'il a intégrée à tout son être, qui s'est construite dans le cachot, et l'a sans doute sauvé, sur le temps, le silence, l'attente, la solitude.

   Existence cloîtrée, sans véritable but : pour moi la vérité à l'état pur.Désolation, terre de l'attente. Attente du chaland, attente d'une meilleure météo, attente du Marion, attente de l'arche que je n'ai pu rallier par Val Travers. C'est l'espoir sans l'impatience.
   Le temps est un espace que le ciel et le vent laissent ouvert. Nul besoin de combler ce vide. L'attente ne s'épuise pas en efforts inutiles, en signes dérisoires que d'ordinaire l'on s'impatiente à interpréter. Dans le désœuvrement kerguélénien, il entre une indolence qui est le contraire de l'apathie, une sorte d'insouciance ardente, tendue vers rien. L'esprit ne dépend ni des faits ni des instants, il n'est captif  ni du passé ni de l'avenir. L'ordre des jours est aboli.



Dans cette expédition, Kaufmann court après des chimères, peut-être. Il s'imprègne du vent (« la singulière complicité entre le silence et le vent »), de la lumière, des odeurs qu'il partage avec ces explorateurs et aventuriers dont les pas l'ont précédé sur l'île.


   Les tombes sont l'une des rares traces d'humanité de la désolation, pays sans arbres que la mort à reboisé de ces stèles plantées en plein vent.


 
 Je déteste la marche. Mes amis pensent que j'aime la nature parce que je possède une maison dans la forêt landaise. Je passe à leurs yeux pour une sorte de  François d'Assise interpellant les fleurs et les oiseaux. Je me garde bien de les contredire. Ils m'imaginent en promeneur solitaire errant sur les chemins forestiers alors que je ne bouge jamais de chez moi. Une vie d'homme ne saurait suffire à explorer l'arpent que je possède.



   Plus que la souffrance le désœuvrement n'est-il pas l'épreuve suprême ? Qui sait combler le vide de l'âme quand plus rien ne l'absorbe est tiré d'affaire. Il triomphe du supplice le plus cruel : le temps sans mesure ni terme. La douleur occupe ; l'être souffrant se contemple dans son tourment. L'ennui ne connaît ni la nuance ni la satiété.



(commentaire récupéré)


mots-clés : #autobiographie #insularite #voyage
par topocl
le Dim 18 Déc - 15:30
 
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Francisco Goldman

Dire son nom

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Difficile de dire ce qui m’a tenue sous le charme dans ce livre autobiographique. Si on regarde objectivement Francisco Goldman raconte sa propre histoire, fort simple, banale dans sa cruauté-même : presque quinquagénaire, écrivain reconnu ayant plutôt raté sa vie sentimentale, il est tombé amoureux d'une jeune femme mexicaine fantasque, drôle, tendre, qui pourrait être sa fille. Comme Francisco, Aura est passionnée de littérature. Elle consacre une grande partie de son temps aux livres, ceux qu'elle lit, ceux qu'elle étudie, et ceux qu'elle tente d'écrire, s'alarmant de n'avoir encore rien publié alors qu’elle n’ a pas trente ans. Mais elle sait aussi mener une vie d’étudiante avec Francisco, traîner dans les cafés, discuter cinéma, se baigner dans la mer... Elle a un rapport je- t'aime-je-te-hais avec une mère qui a tout sacrifié pour la réussite de sa fille, et un rapport inexistant avec son père qui l'a abandonnée alors qu'il était tout enfant. Ceci explique sans doute et sa force et sa fragilité. Ils vivent quelques années d'intense bonheur puisque aura l’aime aussi, l'épouse, qui partagent leurs moindres instants, Franciso la protège, et Aura le vivifie.

Mais Aura est morte il y a 2 ans écrasée par une vague lors de leurs vacances mexicaines. Francisco Goldman raconte leur bonheur éblouissant de naguère, le drame difficilement surmontable qu’il vit aujourd'hui. Cela n'a rien de racoleur, rien de larmoyant, c'est comme un ami qui raconte, passe d'une histoire à l'autre, se souvient d’une anecdote, repart en arrière, cherche une explication, un signe prémonitoire, et revient à ses douleurs du jour. À part cela, il ne se passe pas grand-chose, c’est une petite histoire de vie, mais on est curieusement formidablement attaché à ce couple, à cette jeune femme, dont on partage le quotidien à travers une superbe écriture. C'est l'histoire vraie de Francisco et de sa jeune femme Aura, qui trouva la mort de 2008, c'est lumineux et tragique à la fois.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #autobiographie
par topocl
le Sam 17 Déc - 16:21
 
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Boris Chiriaev

La veilleuse des Solovki

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   « Etant enfant, je me suis retrouvé un jour dans un abattoir. J'y ai vu, dans un coin, un tas de viscères provenant d'animaux que l'on venait d'abattre. Entre les poumons rosâtres et les boyaux blanchâtres se détachaient en sombre les petites masses des cœurs d'où s'échappait un épais sang noir... Les cœurs palpitaient encore ; on les voyait se contracter et se dilater dans un rythme irrégulier. La force d'inertie de la vie en allée les possédait encore et les forçait à battre. Les uns se mouraient, les autres s'activaient encore, mais à vide, car arrachés à l'organisme qu'ils servaient, jetés sur le sol maculé et inondé de sang.
   Telles m'apparurent les Solovkis des années 1923-927, comme un tas d'entrailles arrachées, mais encore palpitantes et sanguinolentes. Ils n'avaient ni avenir ni présent, ces rebuts jetés sur la grande décharge russe, ils n'avaient qu'un passé. Et ce passé puissant faisait encore frémir leurs cœurs vidés de leur sang.
   Ils étaient déjà morts, mais leur cœur battait encore… »



Boris Chiriaev a été déporté aux îles Solovki de 1923 à 1930. C'était l'époque initiale où on y trouvait surtout des aristocrates, des intellectuels, des  religieux,où l'empreinte du monastère valeureux et rayonnant qui avait habité ces îles depuis des siècles était encore marquée, et où N A Frenkel n'avait pas encore soumis le travail forcé à ses vues stakhanovistes.
La veilleuse des Solovki a été écrit sur 25 ans, et forcément, au fil du temps, Chiriaev et son livre ont évolué. Il n'a pas écrit le livre vengeur qu'il projetait initialement, il a fait le choix non des soviétiques, mais de « l'âme russe ».


  « A travers les ténèbres vers la lumière ; à travers la mort vers la vie »



Les Solovki sont en effet à cette époque un amalgame intime de la tradition  russe historique, avec ce que cela importe de jouissance, de fidélité au tsar, de religiosité et de l'austérité de l'esprit révolutionnaire le plus extrême. Mais tout n'est pas encore tout à fait noir et blanc, des échappées sont encore possibles.

   « Ainsi s'entremêlaient et s'entrelaçaient bizarrement les délicats fils de soie du passé et la toile rêche des temps nouveaux ».



La veilleuse des Solovki, c'est cette veilleuse qu'a maintenue allumée jusqu'à sa mort un moine ascète retiré dans les forêts voisines, c'est aussi la flamme de l'enthousiasme, de la culture et de la dignité, entretenue par les hommes, malgré le travail exténuant, la peur, les coups et la mort qui rôdait. Cette flamme a revêtu de nombreux aspects, par l'entretien de la culture russe (théâtre, journaux et publications diverses, bibliothèque, musée du monastère astucieusement camouflé sous l' appellation « musée anti-religieux », recherche scientifique...), de la religion, et de divers petits actes d'honneur et de rébellion plus ou moins cachée, dont la célébration secrète de Noël, autour d'un sapin interdit, par six détenus de six religions différentes, est un des points culminants.


   « La veilleuse de la conscience morale réveillée, ranimée, la Veilleuse  incandescente de l'Esprit »



L'idée de Chiriaev n'est  pas de cacher l'épouvantable quotidien, qui trouve bien le moyen d'apparaître dans toute son horreur au fil de son récit. Mais ce qu'il veut, c'est transmettre depuis son exil italien  un message d'espoir, traquer  l'humain au cœur de ces détenus avilis. Son récit s'appuie sur de nombreux portraits d'hommes et de femmes qui ont tous su trouver quelque chose à opposer à la barbarie et à l'injustice. Ce n'est pas un roman, mais cela se lit comme un roman entre la truculence du conte populaire et le souffle de la tradition littéraire russe. L'écriture est à la fois attentive et habitée, y convergent la tolérance, l' absence de jugement, la malice par moments, et aussi une grande humilité, puisque de Chiraiev lui-même, on entendra très peu parler.

(commentaire rapatrié)



mots-clés : #autobiographie #campsconcentration #insularite
par topocl
le Sam 17 Déc - 9:34
 
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Patti Smith

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M Train 

Ce recit-journal rend compte, dans un style élégant, des lectures de l'auteur, de ses rêves, de ses prises de notes et déplacements, de ses états d'âme, mais surtout de leur étroit sertissage à sa vie quotidienne, 
caisses de resonnances de ses propres obsessions, 

à l'appui des photos fort modestes, aussi,
 d'objets ou de scènes qu'elle aura été photographier, de la tombe de Genet à un ballon échoué sur le bitume.
 
C'est une femme de 70 ans qui écrit, et pourtant son rapport au temps rénove tous les poncifs à ce propos, les deuils et quelques flottements émotionnels décrits, seuls, parleront d'une entité frottée au temps qui passe. La solitude, aussi, omniprésente.
J'ai eue en ce sens bonheur à suivre cette rock star que je méconnais par ailleurs, parce qu'elle démontre que nous sommes seuls maitres de notre image. Y compris au coeur du huis clos de notre esprit.

Il est intéressant de constater qu'avec une apparente honnêteté intellectuelle Patti Smith élude certains pans entiers de la vie quotidienne pour articuler son recit autour de bien d'autres, triviaux ou spirituels. La réitération de ses récits de routine nous les fait vivre avec la gratitude volontaire d'un visiteur.  Leur somme brosse un tableau réaliste et pourtant singulier d'une existence autant soumise qu'une autre aux détresses existentielles. Là où je choisirais de conduire 15 km pour arpenter une exposition, elle prendra l'avion pour le japon, mais passé ce fossé de possibles, le tissage de sens en lui même se déploie, généreux, créatif.

J'y rencontre, fidèle, et donc comblée, à mes quêtes, la figure d'une solitude universelle en ses caractères, et les mises en scène et remèdes que l'auteur lui opposent. 

Une promenade poétique en compagnie d'un esprit singulier, non pas puissant mais sensible, attachant et passeur.

Agréable. Et mélancolique lecture. Dont les derniers paragraphes accusent la perte fondamentale à laquelle toute vie nous destine.

Mais en route nous aurons appris à verser un peu d'huile d'olive dans un petit bol, à le poser près d'une tasse de café, aux côtés d'une tranche de pain complet, à aimer les photos nues de ses obsessions, et à écrire, enfin, avec estime de soi, tous nos espoir de naitre à l'écriture, à ses côtés.

Pour résumer , ce sont des Choéphores que patti Smith applique,, et transmet, comme principes de vie.

C'est dépaysant.
J'en ressors non conquise par la figure mythique de Smith mais attachée à son humanité singulière. ça me parais un bon bilan.

En post scriptum une petite note sur le style : parfois, le fond et la forme s'embrument, la narratrice a ses errances et ses incohérences, mais elless sont narrées comme telles, ce qui nous permet de la suivre tout de même et d'en tirer la moelle.


mots-clés : #autobiographie
par Nadine
le Ven 16 Déc - 22:40
 
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Dominique Ané

Y revenir

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   À l'époque où je revois Vincent, je tente d'écrire des nouvelles. Je ne m'y suis pas essayé depuis l'enfance, tétanisé par ma vénération pour la littérature, et redoutant le syndrome du «livre de chanteur ». Mais je persévère cette fois, parce qu'on m'y encourage, et qu'écrire consiste peut-être en ça aussi : reconnaître son impuissance à le faire, et s’y atteler malgré tout. Vivre nous apprend bien que nous ne savons pas vivre, et nous le faisons quand même. Si au bout il y a un livre, tant pis si ce n'est pas celui qu'on voulait faire. Un livre est un regret, mais au moins est-il délesté de celui de ne pas l'avoir écrit.



Y revenir, c'est revenir à Provins, ville sans vie, ville figée où son enfance se trouva non bercée, mais étrangère. Enfant unique, enfant secret, enfant maladroit, marqué au saut de la solitude, avec son lot de secrets sombres, d'humiliations rentrées. Aimé avec douceur, nourri de feuilletons télévisés, il a grandi à Provins, perclus de rancoeur contre une vie provinciale étriquée, sauvé par sa découverte de la musique qui lui a offert le salut.


   Le pacte scellé avec la musique est irréversible.



Ah ! N'attendez pas le « livre de chanteur » et les anecdotes truculentes. Le livre est tout en sensibilité dans une mélancolie qui exclut l'apitoiement et qui affronte une remise en question d'une honnêteté désarmante. Dominique A est un humble qui sait reconnaître ses attachements comme ses erreurs, qui sait se reconnaître et se raconter.
C'est en outre superbement écrit en petits textes courts, sobres, sans étalage de sentiments, sans larmoiement, profondément touchant.





 
Peut-être faut-il ruser pour mettre le temps à ses pieds ; comme ce garçon fils de menuisier, qui de marionnette est devenu enfant par l'entremise d'une fée, et dont je suis passionnément les aventures cathodiques. N’obéissant qu’à son instinct, il ne se voue qu’à l'instant présent ; il n'anticipe rien, le passé l'indiffère, il est libre. Il le pays cher, et redevient morceau de bois pour avoir bravé les interdits du monde des adultes. Au prix d'innombrables épreuves, il retrouve forme humaine, et la dernière image du dernier épisode le voit courir sur une plage, entraînant son père, qui peine à le suivre. Un enfant peut donc être celui qui mène la marche, tirant le vieux monde derrière lui. Il faut pour cela beaucoup de courage, et je ne suis pas sûr d'en avoir autant. Mais quoiqu'il en coûte, il semble préférable d'être un enfant plutôt qu'un morceau de bois.



 
Le soir parfois, dans la nuit en hiver, ou dans le jour déclinant aux approches de l'été, j'accompagne ma mère jusqu'à la cabine téléphonique face à la supérette à l'entrée de notre résidence. Maman  téléphone à ses soeurs, et moi je traîne autour de la cabine. À rythme régulier, ma mère insère des pièces dans la machine, et la conversation ne s'interrompra que lorsque le porte-monnaie sera vide. Pendant ce temps, je fais des allers-retours sur un muret. De rares voitures passent lentement ; elles semblent le faire à contrecœur, comme désolées de perturber la sérénité du décor. Je ne sais pas pourquoi j'aime autant ces moments-là. Peut-être parce que tout me paraît enfin paisible, imprégné d'une fine brune mélancolique qui, déjà, m'a pris dans ses filets. Le silence de ces fins de journées tient à distance  toutes les peurs. Ici, les dangers que font peser la vie et la fréquentation des autres n'ont plus cours, et je pourrais rester là des heures avec ma mère, auprès de cette cabine, sur ce bout de trottoir où presque personne ne passe, pendant que la machine décompte le temps et les mots échangés.



 
L'enfance vient à glisser. Elle ne rend pas tout à fait les armes, mais l'on doute que celles qu’elle nous a confiées suffirons à nous protéger, et à donner corps à nos désirs. Aucun pistolet en plastique ne fera disparaître la plaine. Une fois le fait admis, la déception ravalée, on rit de sa naïveté, et on chute dans l'adolescence, dans cet entre-deux où les armes de substitution sont si dures à trouver, si peu fiables, et où les pas sont en quête d'adhérence.



   Depuis toujours, le son des pas me fascine. Je rêve d'une musique qui ne serait faite que du frottement de la semelle sur le sol, du claquement du talon sur l'asphalte.
   Lorsque je m'imagine filmé sur le chemin de l'école, je marche exprès sur du gravier pour donner de la densité à la bande-son.



mots-clés : #autobiographie
par topocl
le Ven 16 Déc - 9:21
 
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Sujet: Dominique Ané
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James Agee

Une mort dans la famille

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   Il sentait que son père avait beau aimer sa maison et les siens, il était pourtant trop solitaire pour trouver dans la satisfaction de cet amour familial l'aide dont il avait besoin ; que sa solitude même en était accrue, ou bien lui rendait plus difficile de ne pas se sentir seul.(...) Il savait qu' une grande partie de son bien-être tenait à ce qu'il s'attardait pendant quelques minutes loin de chez lui, dans un grand calme, à écouter remuer les feuilles, et regarder les étoiles ; et que sa propre présence, à lui, Rufus, était tout aussi indispensable à son bien-être. Il savait que tous deux savaient le bien-être de l'autre, et les raisons à cela, et à quel point chacun comptait plus pour l'autre, de cette façon incomparable et capitale, que qui ou quoi que ce soit dans le monde ; enfin que le meilleur de leur bien-être reposait dans ce savoir mutuel, lequel n'était ni caché ni révélé.




James Agee nous parle d'une famille où les enfants se savent protégés par leur père, et aimés par leur mère, intuitivement, sans que cela soit forcément dit, et que cela suffit pour que le monde soit beau. Rufus, six ans, que son père emmène au cinéma voir Charlot, et avec qui il s'arrête, rituellement, assis sur une pierre proche de la maison, transmettant par son silence l'intensité de ses sentiments. Et dont la mère, une fois sa vaisselle faite, se repose bienveillante sur le fauteuil à bascule de la véranda, s'en remettant à Dieu.


   Parfois ces soirs-là son père fredonnait un peu et un mot ou deux émergeaient de ce fredonnement, mais il n'achevait jamais fût-ce un lambeau d'air, car dans le silence il y avait plus de contentement, et parfois il disait quelques mots sans conséquences, mais jamais n'essayait d'en dire plus, ou de s'attendre à une réponse ; puisque dans le silence il y avait plus de contentement.


James Agee nous parle des quelques jours qui entourent la  mort de ce jeune père follement aimant quoique farouche, de la sidération face à ce tragique événement, de la bonté réciproque des survivants, ainsi que de leur entourage familial et amical, qui va étayer ces premiers instants.

Et curieusement, ce n'est pas le sentiment du tragique qui ressort de la lecture, mais l'émotion contenue dans  la bonté des personnages, de l'attention à l'autre. Cette délicatesse donne une lecture d'une incroyable et déchirante douceur. Chaque personnage,  vraiment chacun,  les sanglots au fond de la gorge, est  subtilement magnifié par sa générosité intrinsèque. Ils savent que c'est ensemble, dans l’humanité partagée, qu'est leur seule ressource. Les enfants déboussolés sont jetés hors d'un monde qu'ils croyaient bienfaisant, et qu'ils découvrent implacable. Ils observent cette étrange cérémonie entre adultes, reçoivent leur lot d'attention, et en retour sont le soutien volontaire et involontaires des grandes personnes. Chaque personnage, adulte ou enfant, éperdu de solitude et d'amour mêlés, trouve quelqu’un à aider et pour l’aider

Un seul personnage échappe à cette aura d'humanité, dans un monde ou croyants et non-croyants partagent amour et respect, un prêtre aveuglé par son intransigeance, symbole effrayant de ce monde inhospitalier.

Beaucoup de dialogues, aussi réalistes que travaillés, avec ce que cela implique de phrases non terminées, d’alternance de non-dits et  de courage à dire les mots aussi douloureux soient-ils, de silences partagés. Mais James Agee n'écoute pas que les mots, il traque les bruits, aussi insignifiants soient-il, frôlements, gouttes qui tombent, criquets qui s'acharnent… et aussi, une fois encore, l'épaisseur bienheureuse des silences.

Pour parler de cette histoire qui évoque sa propre enfance, James Agee a une plume tout à fait singulière, précieuse, d'une sensibilité infinie, et  qui laisse la lectrice tout a la fois remuée et bercée. Comblée.

(commentaire rapatrié)



mots-clés : #autobiographie #mort
par topocl
le Jeu 15 Déc - 13:29
 
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Ruth Klüger

Allez, je plombe l'ambiance! Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 2441072346

Perdu en chemin

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Je suis carrément déçue par ce deuxième tome. Ruth Klüger y décrit sa carrière universitaire aux États-Unis et en Allemagne, et, plus rapidement, l'échec de son mariage et le demi-échec  de sa relation avec ses enfants. L'objectif quasi exclusif est de montrer ce que son statut de femme-juive-revenue des camps lui a valu de brimades, propos désagréables, comportements malvenus voire grossiers. Malheureusement cela donne quelque chose de tout à fait descriptif, voir énumératif, où on ne retrouve que rarement l'humour,  la mise à distance, l'irrévérencieuse réflexion qu'on trouvait dans Refus de témoigner. Cela finit par être assez indigeste, et je n'aurais certainement pas fini le livre si je n'avais pas  été si accrochée par le premier, et s'il n'avait pas été  relativement court.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #autobiographie
par topocl
le Sam 10 Déc - 21:26
 
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Ruth Klüger

Ruth Klüger
(Née en 1931)


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Ruth Klüger, née le 31 octobre 1931 à Vienne, est une écrivain et universitaire américaine.

Ruth Klüger est née à Vienne le 31 octobre 1931, dans une famille juive « émancipée, mais non assimilée », ainsi qu'elle la décrit elle-même. Son père, Viktor Klüger, issue d'une famille pauvre exerce comme gynécologue et pédiatre. Sa mère, née Alma Hirschel, d'origine bourgeoise a eu un fils, Jiri (Georg en Allemand) d'un précédent mariage avec un tchèque. Les premiers souvenirs de Ruth sur le monde extérieur sont liés à l'antisémitisme. En 1942, âgée de 11 ans, elle a été déportée avec sa mère à Theresienstadt, puis en 1944 à Auschwitz. Elle échappe à la mort promise en général aux moins de quinze ans car tous les membres de son convoi sont parqués dans le camp B2B, un des nombreux sous-camps de Birkenau appelé « camp familial de Theresienstadt ». Elle est ensuite transférée dans le camp de travail de Christianstadt en Basse-Silésie, camp de travail annexe de Gross-Rosen. En février 1945, pendant l'évacuation du camp, Ruth Klüger et sa mère parviennent à s'enfuir. Elles se réfugient en Bavière, puis émigrent en 1947 aux États-Unis, où Ruth Klüger poursuit ses études à New York puis à Berkeley.

En 1980 elle devient professeur à l'université de Princeton et a enseigné par la suite dans plusieurs universités américaines. Elle a été également pendant plusieurs années professeur invité à l'université de Göttingen en Allemagne. Elle est une spécialiste reconnue de la littérature allemande. Un jour, à Göttingen, elle est renversée par un cycliste dans la Judenstrasse (rue des Juifs). Le traumatisme de la chute réveille ceux de sa jeunesse : « Je crois qu’il me poursuit [verfolgt], veut me renverser, vif désespoir, une lumière dans la nuit, son phare, métallique, comme un projecteur sur du fil barbelé, je veux me défendre, le repousser, les deux bras tendus, l’impact, l’Allemagne, un moment semblable à un combat à mains nues, cette lutte que je perds, du métal, l’Allemagne encore, qu’est-ce que je fais ici, pourquoi suis-je venue, suis-je seulement jamais partie ? » (p. 272)
Cela déclenche en elle un retour vers le passé qui aboutit à la rédaction de son témoignage en 1992 Weiter leben (Continuer à vivre), traduit en français en 1997 sous le titre Refus de témoigner, autobiographie et livre de réflexions sur la déportation, dont le thème principal est le refus de voir son identité réduite à la catégorie d'ancienne déportée, ainsi que la critique des stéréotypes engendrés par la mémoire de la déportation.

Ruth Klüger a reçu de nombreux prix littéraires, dont, en France, le prix Mémoire de la Shoah (1998) et en Autriche, le prix Theodor Kramer (de) (2011)..


(wikipedia)

Traductions en français

Refus de témoigner. Une jeunesse
Perdu en chemin

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Refus de témoigner

lecture bouleversante comme toutes celles sur le même sujet, là une parole de femme

Ce qui m’ a le plus intéressé c’est que ces paroles sont celles de la fillette, puis de la femme, l’auteure prend la place que sa famille, la société, l’histoire veulent lui soustraire, parce que sous tous les cieux il semble acquis que la place de la femme doit être celle de l’acceptation, parce que secondaire. Alors sa réponse est la fuite, physique, matérielle, mentale.

La fuite mais pas l’oubli, se servir de sa mémoire pour revivre, pour contrer tous ceux qui après guerre regardent les survivants comme des coupables, (sous-entendu si les Juifs étaient dans des camps, c’est qu’il y avait bien raison) non dit-elle je ne suis coupable de rien, et encore moins de vivre. Il a fallu des décennies pour que l’holocauste porte un nom, qu’il soit reconnu crime contre l’humanité.

Les va et vient entre le passé et le présent, entre les USA et l’Allemagne montrent bien que l’auteure est toujours en recherche, sur elle-même et les autres, mais lucide, elle sait qu’elle n’est souvent pas crue, comprise.
Rebelle, sévère, la femme reflète la fillette ; les relations avec sa mère sont toujours aussi difficiles, contradictoires et là aussi la fuite s’impose.

Rhut est fidèle à ses idées, à sa non religion, à ses amies que ce soit Ditha (l’amie, la sœur des camps) ou ses amies connues aux USA.

Après avoir lu ce témoignage et parce que j’ ai vu « la Shoah de Lanzmann », la liste de Schlinder et beaucoup de reportages j’étais un peu déstabilisée par son analyse sur ce voyeurisme, même si elle n’a pas employé de mot (il me semble). Mais je me souviens qu’elle s’est à plusieurs reprises adressée à ses lecteurs et plus spécialement à ses lectrices quand elle les pensait plus concernées.

Seuls le respect pour l’auteure peut être une conclusion de cette lecture et la mémoire de ce qui fut



mots-clés : #autobiographie #campsconcentration
par Bédoulène
le Sam 10 Déc - 16:24
 
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Jean-Baptiste Labat

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Voyage aux Iles de l'Amérique (présenté par Daniel Radford)

Ce sont les mémoires du R.P. J.B. Labat qui a séjourné aux Antilles plusieurs années .
Ce moine dominicain est un personnage des plus actifs doué pour édifier, structurer, gérer un village, outre de donner les bénéfices qu’il pense, de la religion aux hommes qui peuplent ces îles, plus particulièrement la Martinique et la Guadeloupe. Mais il visitera aussi la Dominique, Saint Martin etc… au gré des acquisitions françaises et les îles coloniales de l’Espagne au gré des alliances des  pays.
Il dresse un inventaire étonnant des végétaux (forme, utilité, culture) des animaux (les nourriciers, les dangereux), cite même des recettes pour le manger et le boire, car le R.P. apprécie la bonne chère ( il y a d’ailleurs des accommodements à la règle du Carême) et il apparait que les îles étaient giboyeuses et poissonneuses.

Il consacre un chapitre aux cultures qui font la richesse des îles  : le sucre de canne et les sucrières, le cacao et le coton.

Il présente aussi pour les diverses communautés de gens leurs qualités et défauts, leurs mœurs et usages, les civilités  : les propriétaires sont français, les esclaves des noirs et les Caraïbes sont les indiens (ou sauvages comme certains les appellent)

Il ressort de ce récit que la mentalité des hommes, y compris le R.P. était très « macho »(les femmes ont été créées pour servir !)  et que l’esclavage était une chose normale, accepté comme nécessaire(le paiement des esclaves se fait en nature, le plus souvent le sucre en est la monnaie)
« Jamais les épouses ne doivent manger avec leur mari. Cette coutume, toute extraordinaire qu’elle paraisse d’abord, n’est pas trop sauvage.  Après quelque réflexion, elle m’ a paru remplie de bon sens et fort propre pour contenir ce sexe superbe dans les bornes du devoir  et du respect qu’il doit aux hommes. »
« Cependant, elles (les femmes Caraïbes)savent si bien leur devoir et le fond avec tant d’exactitude , de silence, de douceur et de respect  qu’il est rare que leurs maris soient obligés de leur en faire souvenir. » Grand exemple pour les épouses Chrétiennes , que l’on prêche inutilement. »
(dur à lire cela)
La sorcellerie est vivement réprouvé et le R.P. cite d’ailleurs des évènements passés et  certain qu’il a eu l’occasion de voir .

« A la fin pour leur faire voir que je ne craignais, ni le diable, ni les sorciers je crachais sur la figure (le marmouset) et la rompis à coups de pied.
Enfin je le fis mettre aux fers (l’esclave noir) après l’avoir fait laver avec une pimentade, c’est-à-dire avec de la saumure dans laquelle on a écrasé des piments et des petits citrons. Cela cause une douleur horrible à ceux que le fouet a écorchés, mais c’est un remède assuré contre la gangrène qui ne manquerait pas de venir aux plaies. Je fis aussi étriller tous ceux qui s’étaient trouvés dans l’assemblée. »

La guerre avec les Anglais était quasi permanente et les deux pays  avaient besoin de l’aide des Caraïbes pour faire pencher la balance en leur faveur.
Sur l’île de Saint Christophe le Sieur Coullet su convaincre les Caraïbes et les noirs  : « Après les avoir régalés et leur avoir offert maints présents, il les convainquit de rompre leur alliance avec les Anglais.  Ils s’empressèrent  alors de massacrer quelques uns de ces derniers qui tombèrent entre leurs mains et d’apporter leurs membres boucanés pour faire voir qu’ils avaient entièrement rompu avec nos ennemis. »

Déjà le R.P. me parait parler de surconsommation et d’écologie  :  La difficulté de leur chasse (il s’agit des oiseaux appelés diables) en conserve l’espèce qui serait détruite entièrement depuis fort longtemps, selon la mauvaise habitude des français, s’ils ne se retiraient pas dans des lieux qui ne sont pas accessibles à tout le monde. »
« La nonchalance ordinaire de nos insulaires qu’ils communiquent hélas aux européens »
(ceci est, toujours en vigueur)

Le R.P fut à plusieurs reprises atteint de la maladie de Siam (la fièvre jaune)il fut bien soigné et assez fort pour s’en sauver. Il n’hésite pas plus tard alors qu’il souffre de fièvre, d’enflure à se soigner lui-même avec des plantes.(teinture de Scamonée, raclures de mahot-cousin, tisane de bois de gayac et de fguine
Les Européens ont apporté en amérique des maladies comme la petite vérole notamment.

Un chapître évoque le tabac qui devient médicament, et parait-il soigne beaucoup de maux – le R.P. averti toutefois de se garder de tout excès, il est mentionné d’ailleurs qu’il est interdit en Turquie, en Perse.  Cette culture du tabac participera à l’établissement  de nos colonies et l’enrichissement pour le roi.
Café : à présent répandu dans le monde comme boisson  le RP.  A  un avis  laconique sur son utilisation « drogue nouvelle »  cependant sa culture a « sauvé » la Martinique qui ne disposait que de sucreries et peu nombreux étaient ceux qui savaient  bien faire.

Cacao : l’usage du cacao est très répandu aux Iles, les habitants le consomme à l’ordinaire ; en France c’est l’Infante d’Espagne qui a introduit cette boisson.

L’écriture  fait souvent sourire, le R.P. a-t-il un humour involontaire ?
« Cette femme était toute nue et tellement nue qu’elle n’avait pas deux douzaines de cheveux sur la tête. »
« Mais ce qui est bien plus admirable, c’est que sans discours et sans querelle ils se massacrent et se tuent  fort souvent. »
« l’arbre tomba enfin, sa curiosité fut satisfaite, mais il en porta la nouvelle en l’autre monde car il en sentit tout le poids. »
« Cette cérémonie (je leune de 30 à 40 jours) ne se pratique que pour le premier né ; autrement les pauvres maris qui ont cinq ou six femmes pourraient s’attendre à jeûner plus de Carêmes que les Capucins. »

C’est un récit très vivant, intéressant même s’il date, peut-être d’ailleurs  pour cette raison et parce que c’est l’Histoire des Iles, de cette France lointaine.
C’ est aussi une aventure, faune, flore, Caraïbes, Esclaves, hommes d’église, pirates……………


"message rapatrié"


mots-clés : #autobiographie #esclavage #historique #insularite
par Bédoulène
le Sam 10 Déc - 10:02
 
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Sujet: Jean-Baptiste Labat
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Salman Rushdie

Joseph Anton, une autobiographie

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 Images59

...ou… comment la réalité dépasse (et de loin) la fiction, nous rappelle que nous vivons dans un monde de dingues, de lâches et de courageux, où nous avons tort de dormir sur nos deux oreilles .

Vous n’avez rien compris à la fatwa lancée contre Salman Rushdie ? Vous saurez tout. Vous croyez tout en savoir ? Vous en saurez encore plus. Salman Rushdie a décidé de tout dire, de A à Z, de haut en bas, de gauche à droite, sans laisser passer un détail, sans oublier un nom, une anecdote ou une péripétie. Cela donne une impression de logorrhée obsessionnelle qui est assez jubilatoire, et curieusement, malgré 724 pages fort copieuses, on ne se lasse pas, on accroche à ce récit tout à fait passionnant. On a curieusement en même temps l’ impression que Salman Rushdie est à côté de nous pour nous raconter cette histoire, avec une vivacité qui évoque l’oralité, mais que c'est aussi formidablement écrit, avec un style époustouflant.

Salman Rushdie explique comment on vit, comment on aime (ses femmes, ses fils, ses amis…)ou déteste (quelques règlements de comptes affûtés), comment on écrit, publie, et surtout comment on se bat dans une situation aussi tragique, à la fois kafkaïenne et ubuesque et cela nous donne un récit palpitant, un thriller qu’on a du mal à lâcher, un roman d'aventures des temps modernes.

Mais il ne s'en tient pas la, c'est aussi une profonde réflexion sur qu’est ce écrire, qu'est-ce qu’exprimer sa liberté, qu’ est ce qui est acceptable et y a t’il des choses qui ne le sont pas, jusqu'où mener un combat, et en même temps un grand cri d'alarme face aux fondamentalistes terroristes, et donneurs de leçons en tous genres.

Et cela finit en apothéose, sur fond de 11 septembre, pour nous expliquer ce que la littérature a bien compris, que les hommes sont multiples, profonds, complexes, et que cette complexité même leur donne toujours la possibilité d'avoir quelque chose en commun, au contraire de ce que peuvent dire tous les nationalistes et extrémistes religieux, et que c'est pour ça que la littérature, ou l'art, doivent être protégés, parce qu’ils sont un pont entre les hommes et que sans eux, nous ne survivrons pas.

Salman Rushdie alias Joseph Anton dresse de lui-même un superbe portrait tout en complexité, alternativement humble et arrogant, généreux ou insupportable, adolescent ou réfléchi, un homme que le destin a malmené et dont il parle avec recul, intelligence, humour, sans complaisance aucune. Un homme qui n’a (presque) jamais cessé d’écrire :


   Il était très ému parce que l'achèvement du Dernier soupir du Maure, plus encore que celui de Haroun et la mer des histoires, était une victoire qu'il avait remportée sur les forces obscures. Même s’ils le tuaient maintenant ils ne pourraient pas le vaincre. Il n'avait pas été réduit au silence. Il avait continué d'écrire


…ni de se battre :

   Mais il savait qu'il devait continuer et qu'il allait le faire, calquant sa conduite sur celle de l'irrésistible Innommable de Beckett. Je ne peux pas continuer. Je continue


et qui se retourne sur son histoire en refusant qu'elle ne lui dicte sa vie :

   
Ce ne serait pas comme avant mais ce serait bien



Je ne peux reprocher qu'une chose Salman Rushdie aujourd'hui, c’est qu’il m'a donné envie de relire tous ses livres dont on suit avec éblouissement l'élaboration.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #autobiographie
par topocl
le Sam 10 Déc - 9:48
 
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Sujet: Salman Rushdie
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Giacomo Casanova

Giacomo Casanova (1725-1798)

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 Casano10

Je me décide à ouvrir un fil sur cet individu hors du commun. Une personnalité mouvante qui vous glisse des mains telle une anguille, aux multiples facettes, à l’image des masques vénitiens qu’il affectionnait tant.

Casanova, fut à la fois ecclésiastique (peu de temps), soldat, ambassadeur (plus ou moins officiel selon les circonstances), agent secret, grand voyageur (il séjourne dans toutes les grandes cours européennes), joueur (toujours et dans toutes ses actions), mage (alchimiste, voyant…), aventurier (son exploit le plus célèbre étant l’évasion de la prison des Plombs à Venise), quelque peu escroc, séducteur impénitent et surtout, pour ce qui nous intéresse, écrivain.

Campons mieux le personnage : plus de 1m90, teint mat, vraie force de la nature, il nait à Venise dans un milieu de comédiens et restera vénitien jusqu’au bout des ongles jusqu’à la fin de sa vie, bien qu’il fut éloigné de sa patrie à plusieurs reprises et qu’il finit sa vie tristement comme bibliothécaire en Bohême.

Sa principale caractéristique : Casanova est un amoureux de la vie et il la dévore avec un appétit d’ogre : repas et vins somptueux, conversation entre amis, jeu (le pharaon où il mise gros) et amoureux de la femme (je vais y revenir). Au XXe siècle, Casanova aurait été qualifié de flambeur, dragueur et macho.

Casanova séduit
un nombre considérable de femmes. Il les préfère bien sûr jeunes et jolies, mais apprécie également leur innocence, leur esprit, leur culture, leurs bonnes manières. Toutefois, il ne les veut pas « savantes » et raisonneuses, matières nobles réservées à l’intelligence masculine. Il n’échappe pas à son temps avec des mœurs qui nous choquent aujourd’hui, montrant une attirance pour les très jeunes filles, parfois à peine nubiles, pratiquement vendues par leur mère dans l’espoir d’un beau parti. Mais le sexe n’est pas tout pour Casanova. D’ailleurs, lorsqu’il lui arrive de fréquenter les prostituées, il en éprouve du remords, déçu par les relations « animalières ». De plus ces rencontres lui sont souvent fatales et se traduisent par des chaudes-pisses qu’il soigne à coup de mercure et de régime. En résumé, Casanova doit tomber amoureux pour être heureux et cela ne se résume pas seulement à des échanges physiques. Le problème est que Casanova est constamment amoureux. Il promet le mariage à l’une en toute bonne fois, mais il suffit qu’une autre lui tombe sous les yeux pour qu’il oublie la première. Cependant, bon prince, il cherche à confier cette délaissée à un ami ou une connaissance de qualité afin de lui faire faire un beau mariage !

Libertin donc Casanova, mais pas à la manière de Sade. Ce serait même son antithèse. Pas de provocations blasphématoires chez lui. Esprit libre, éloigné des superstitions, franc-maçon, il croit en Dieu. Casanova est plutôt du genre "gentil" avec les femmes en ce 18e siècle.

Venons-en à l’écriture. Casanova s’est dès son plus jeune âge intéressé à la littérature et en particulier le genre noble en Italie à cette époque, la poésie. Toutefois, les quelques ouvrages qu’il fait publier ne lui apportent pas le succès qu’il en attendait. Comment aurait-il pu deviner que son nom aller passer à la postérité grâce au manuscrit dans lequel il raconte sa vie et qu’il entreprend d’écrire dans la deuxième moitié de son existence ? Manuscrit qu’Il a pensé à faire publier puis à détruire avant de mourir, tel Virgile avec l’Eneide. Comment aurait-il pu penser que ce texte soit publié ? En effet, Casanova est très corporel, il s’embarrasse rarement de métaphores et ses descriptions ne donnent pas dans l’allusif. Il parle masturbation, vit, tout juste si le sexe féminin a droit au doux nom de « sanctuaire ». A cela probablement une raison simple : selon la belle expression de Gérard Lahouati (préface édition Pléiade), L’Histoire de ma vie est une sorte d’A la Recherche des plaisirs perdus. Casanova, ses facultés de séduction sur le déclin, revit les jouissances du passé par le souvenir et l’écriture. Preuve en est que son ouvrage s’arrête en 1774, à la cinquantaine au moment où l’âge fait sentir ses effets.

Alors ce texte ? C’est un vrai roman d’aventure, sans aucun temps mort. Le lecteur est happé par les multiples péripéties, les anecdotes, les rencontres avec des personnages célèbres ou inconnus. L’auteur est d’une verve incroyable mêlant réflexions profondes et décrivant les situations auxquelles il est confronté avec esprit et humour (il n’hésite pas à rapporter certains « râteaux » mémorables avec les femmes). A la fois imbu de lui-même et doté d’autodérision, Casanova nous offre un fascinant kaléidoscope de la civilisation du 18e siècle.

L’histoire du manuscrit est à l’image de l’auteur. Vendu à l éditeur Brockhaus en 1820, il fut traduit dans une version expurgée en allemand, reprise en français ! Ensuite, le manuscrit fut tenu pratiquement secret. Déménagé en catastrophe en 1943, de Leipzig en flammes, il fut enfin publié correctement en 1960. Récemment, la bibliothèque nationale a pu en faire l’acquisition. C’est un vrai miracle que nous puissions lire aujourd’hui les aventures de ce diable d’homme !

Dernier point : il faut absolument éviter les anciennes éditions totalement caviardées : expurgées, réécrites. Seulement deux d’entre-elles sont à recommander : celle de la collection « bouquins » et encore mieux, pour les plus fortuné (e), la dernière édition en Pléiade.


Bibliographie sélective en français :

- Confutation de l’Histoire du gouvernement de Venise d’Amelot de la Houssaye, 1769
- Lana Caprina, 1772
- Icosaméron ou Histoire d'Edouard et d'Elisabeth 81 ans chez les Mégamicres (5 tomes), 1787
- Histoire de ma fuite des prisons de la République de Venise, 1788
- Histoire de ma vie, 1826-1832 (également publié sous le titres Mémoires de J. Casanova de Seingalt)
- Soliloque d'un penseur (essai)
- Ma voisine, la postérité
- L'amour à Venise
- Essai de critique sur les moeurs, sur les sciences et sur les arts
- Discours sur le suicide

Extraits des mémoires :
- Le duel, ou essai sur la vie de J.C Vénitien (épisode des Mémoires, initialement publié séparément)
- Mes folies de l'île de Casopo
- Mes apprentissages à Paris
- Madame F, suivi de Henriette

mots-clés : #aventure #autobiographie
par ArenSor
le Jeu 8 Déc - 13:49
 
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Sujet: Giacomo Casanova
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Doug Peacock

Mes années grizzlis

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 97823510

De mon point de vue, peut-être un peu tordue, sauvegarder les ours était une idée révolutionnaire : une tentative pour empêcher notre monde de devenir complètement dingue.


Les pas de Rick Bass m’ont naturellement embarquée chez Peacock, après un petit détour par Pete Fromm.

Cette fois j’ai vu plein d’ ours, là où Rick Bass passait beaucoup de temps à les pister. Je les ai vus car Peacock a un talent descriptif plutôt fort, pour faire vivre sous nos yeux ces grosses masses de muscles et de griffes qui fascinent les humains, mais ne s’offrent qu’à quelques observateurs plus respectueux que les autres, en l'occurrence Peacock, un grand solitaire rageux, qui fuit ses cauchemars du Vietnam.

Ceux de ma génération ont manifesté contre la guerre, libérant ainsi leur conscience. Moi, je me suis retiré dans les bois et j'ai eu recours à du vin de mauvaise qualité pour obliger ma mémoire à s'endormir.


Cette nature sauvage et inhospitalière, la rudesse de la vie au grand air  sont pour lui comme un cocon salvateur.

Lorsque l'on est assis sur le flanc d’une montagne en pleine tempête, à la recherche de ce que certaines personnes considèrent comme l’animal le plus féroce de ce continent, on éprouve une véritable humilité et une étonnante réceptivité.



Peu à peu, au fil du récit, les pages sur la guerre, aussi évocatrices que celles sur l'aventure-grizzli, se font plus rares, même si des traces continuent à ressurgir jusqu'à la fin du récit.

Cette nuit-là, je dormis profondément. Un sentiment de tolérance et de reconnaissance m’avait envahi, dû probablement au fait de vivre avec l'animal le plus dangereux du continent et d’en accepter les risques inhérents. Je n'étais plus celui qui dominait et je me retrouvais étrangement ouvert et vulnérable.



Et ainsi, Peacock passe 20 ans dans les montagnes à fuir la compagnie des hommes, pas tout à fait celle des femmes. Il n’en règle pas moins ses comptes avec l'impérialisme américain, sa dangereuse tendance à dominer et décimer les hommes et les bêtes.

La façon dont nous nous sommes comportés envers les Indiens, les bisons, les loups et les grizzlis correspond à la manière dont nous avons écrit notre histoire selon des voies convergentes, éclaboussées de sang, qui nous ont conduit où nous en sommes à présent. En dépit du léger remords que nous éprouvons aujourd'hui, nous n'avons aucune excuse.


C’est le portrait d'un impressionnant homme unique, qui voit dans son combat pour sauver les grizzlis une lutte pour une espèce humaine plus libre, plus courageuse, plus chaleureuse. Un homme qui donne à voir et à comprendre des animaux emblématiques entre tous.

La forme du récit est celle de brèves annotations mises côte à côte, autour du fil directeur des grizzlis, au fil des saisons, et il ne faut pas en attendre un début et une fin, une progression, mais plutôt l'évocation par petites touches d'une symbiose qui a duré des années entre un homme et la nature. Cette forme m'a finalement un peu lassée, j'ai fini par sauter des passages sur la fin. Il n'en demeure pas moins que Mes années grizzlis restera un livre marquant.



(commentaire rapatrié)



mots-clés : #autobiographie #guerre #nature
par topocl
le Jeu 8 Déc - 13:32
 
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Sujet: Doug Peacock
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Mario Vargas Llosa

Il ne m'avait pas convaincue en première lecture, Vargas LLosa.

La tante Julia et le scribouillard

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 51najo10

Je n'ai pas été emballée par ce roman semi autobiographique de Vargas Llosa, tout en y voyant bien le côté sympathique et original qu'on peut y trouver.
D'abord, j'ai mis longtemps à comprendre qu'il était dans le registre de l'humour. J'ai trouvé d'une badinerie un peu fade l'histoire avec la tante Julia (dont la seule dénomination est un régal). Cette fadeur-même, le côté falot du héros ne m'ont pas fait passer au-delà du stade du sourire-prêt-à-s'épanouir-si-on-lui-en-accorde-un-peu-plus. C'aurait pu être le cas grâce au scribouillard, car là, l'auteur ne recule devant rien dans le rocambolesque délirant, mais au contraire, c'était un peu trop pour moi....
J'ai regretté que Vargas Llosa n'approfondisse pas plus que la réflexion sur l'écriture et j'attendais aussi une fin plus facétieuse.

Au total, les moments de lassitude ont alterné avec les moments  d'étonnement amusé, mais l'enthousiasme n'y était pas. C'est un livre dont je me souviendrai sans doute, car il a  une singularité vraiment originale, que l’écriture en est habile, mais pas vraiment comme d'un grand moment.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #autobiographie
par topocl
le Mer 7 Déc - 11:12
 
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Jim Harrison

C’est en me délectant de Chaud Brûlant de Bill Buford que j’ai eu connaissance de J. Harrison. Ce roman relate les déboires et plaisirs de ce journaliste qui plaque tout pour faire l’apprentissage du métier de cuisinier chez Mario Batali (cuisinier doué à la personnalité bien trempée et un peu exubérant) à New York et en Toscane. Or j’ai vite constaté qu’ à chaque gueuleton gargantuesque était convié Jim Harrison, célèbre auteur, poète, critique, etc., etc.
Ma curiosité piquée, j’ai acheté le dernier roman qui venait de sortir d’Harrison : « L’Odyssée Américaine ».

Il n’y a pas vraiment d’histoire, juste un départ qui ouvre sur bien des espaces américains. Cliff, la soixantaine, est plaqué par sa femme. Son chien mort, la maison devant être vendue, il prend sa vielle Taurus et un puzzle des Etats-Unis et part pour un voyage qu’il a toujours espéré faire à travers les états. L’idée : renaître, voir à pleins yeux et rebaptiser chaque états. S’en suit la rencontre avec une ancienne étudiante, une relation « chaude » mais qui finira par le gêner dans sa quête de renaissance. Tout le long du roman, écrit à la première personne, on suit Cliff dans ses pensées, tous ses regards par-dessus l’épaule, d’une vie qui est derrière mais pas encore tout à fait, toute cette conscience des erreurs et aussi des bons moments, beaucoup de pourquoi. Derrière chaque phrase, il y a Harrison, son respect de la nature, son attachement à la terre, ses valeurs, et sa dérision.
Sans doute que si on lit cette odyssée à 60 ans, on comprendra d’autres choses cachées dans le texte mais, j’y ai décelé un homme que j’écouterais des heures durant de part sa rare humanité.

Suite à cela, je me suis plongée dans « Retour en Terre ». Bon nombre d’entre vous en ont déjà parlé mieux que je ne le ferais mais j’ajouterai que c’est un hymne à la vie et à l’amour. Le style est franc, comme toujours avec J.H, mais par delà les mots, il y a toujours toutes ses réflexions qui donnent corps à chaque personnage, ses questions auxquelles nous sommes confrontés selon les valeurs que nous sommes prêts à défendre…..et j’aime les valeurs d’Harrison. Beaucoup d’éléments sont puisés dans le vécu de l’auteur, on peut y reconnaître sa mère, son frère, ses filles, lui-même,etc.

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 9 97822610

Enfin, j’ai lu « En Marge » , son autobiographie. Je l’ai découvert tel que je pensais qu’il était : amoureux de la poésie, l’écriture est sa vie ; amoureux de la nature, elle est la rampe qui lui permet de ne pas tomber . Tout est dit avec beaucoup d’humilité, aucune grosse tête, mais plutôt de la dérision, des questionnements sur certains succès, l’aveu d’une personnalité fragile tirant vers la mélancolie. Lire "En Marge", c’est découvrir un Homme et aussi se rendre compte à quel point chaque roman est un cœur ouvert sanguinolent.

Quelques extraits de "En Marge":

I. Débuts:

- Ma famille:

« …Qu’ai-je oublié?.….L’horloge biologique suffisait et, venant de derrière la fenêtre grillagée, au-delà de l’écheveau bourdonnant d’un moustique ou d’une mouche, il y avait le grondement serein d’une truie, le couinement étouffé d’un porcelet, le chien du voisin, le camion de lait à trois kilomètres de là, le mugissement d’une vache, le sabot paresseux d’un cheval frappant la terre, le cri du coq que j’attendais depuis longtemps et qui, même s’il faisait encore nuit, chassait les inévitables démons nocturnes. »

« …Une famille perdit six enfants en un mois, tous les enfants qu’elle avait. Que resta-t-il alors aux parents? Pas grand-chose, j’imagine. Quarante ans après, j’entends toujours les voix de mon père et de ma sœur Judith, tous deux tués dans un accident de voiture alors que j’avais vingt-cinq ans. Je suis sûr que, la nuit, les parents des six petites victimes de l’épidémie de grippe, lorsqu’ils regardaient la lune et les étoiles, pouvaient entendre leurs voix, ou alors le matin toutes ces chaises vides ont dû les rendre fous de douleur. »

« Quand vous venez de passer dix heures à creuser des fossés par une torride journée estivale, vous n’entrez pas dans le bar du coin en commençant à pérorer sur les vertus du dur labeur et de l’économie, sans oublier la beauté du calvinisme comme système moral. Vous avez envie de boire plusieurs pintes de bière, point final. »

« Néanmoins, je reconnais volontiers qu’une bonne dose de bêtise, de grossièreté répugnante, de sauvagerie pure et simple caractérisent désormais la chasse et la pêche, que ce soit sur des fermes d’élevage de gibier ou lors de véritables tueries, à cause de la mécanisation de la chasse par des véhicules tous-terrains, ou de l’ignominie des touristes revenant du Mexique avec des centaines de kilos de viande découpées en filets. L’homme a une capacité inépuisable à souiller son environnement et en ce domaine les politiciens ont toujours eu une longueur d’avance. »

« Bien sûr ces changements de comportement culturel et l’invention de multiples diversions font partie d’un système économique qui me dépasse. J’envisage ce système comme un bain dans une piscine anémiée, stérile, bondée, puant le chlore, en comparaison d’une délicieuse baignade dans un lac au fond de bois, la berge du lac bordée de nénuphars en fleurs…..[…..]. Même les profondeurs obscures semblent séduisantes en comparaison d’une piscine, comme une promenade printanière sous la pluie dans les bois en comparaison d’une série télévisée où de gens se font descendre ou tabasser à New York ou à Los Angeles tandis que des durs à cuire enchaînent d’insipides répliques soi-disant spirituelles. »

« Mais c’était un univers sauvage, traversé par d’anciens chemins de bûcherons et, correctement consacré à l’épuisement adolescent, le monde naturel peut vous débarrasser de vos poisons au point que votre curiosité l’emporte et que « vous », l’accumulation des blessures et du désespoir, n’existez plus. »

- Grandir:

« Ces défauts de caractère se sont manifestés de bonne heure, par une lenteur à me lever le matin, une difficulté à enfiler mes vêtements, qui persiste encore aujourd’hui. Ô Seigneur, encore cette même foutue corvée: le slip, les chaussettes, le pantalon, les chaussures, essayer de mettre ses chaussettes sur des pieds mouillés qu’on a oublié d’essuyer après la douche. Se laisser tomber à la renverse sur le lit pour lire quelque chose, la chaussette à moitié mise. La banalité des ceintures et des boutons. J’ai été d’autant plus ravi de lire la biographie de Rimbaud par Graham Robb que le héros de ma jeunesse détestait tant boutonner ses vêtements qu’en Ethiopie il conçut à sa propre intention des vêtements dépourvus de boutons. »

« on entend aujourd’hui beaucoup de bêtises sur le fait que nos enfants ne sauraient plus lire, mais comment pourraient-ils prendre goût si leurs parents ne lisent pas et s’il n’y a pas de livres à la maison? Si les livres ne sont pas traités comme des objets bien-aimés au même titre que la page sportive du journal ou le poste de télévision, pourquoi diable un enfant désirerait-il lire? On se demande comment des professeurs au salaire scandaleusement faible peuvent consacrer leur existence à essayer de lutter contre l stupidité des parents, mais dans notre culture soumise au pouvoir de l’argent tout va apparemment pour le mieux dans le meilleur des mondes pourvu que les parents réussissent à se pointer à l’heure à lur boulot souvent assommant. »

« Tous les deux ou trois ans je retombe sur une citation d’une lettre de Rilke, la dernière fois dans le livre étonnant de Richard Flanagan intitulé Death of a River Guide: « C’est au fond le seul courage qui soit exigé de nous: avoir le courage de regarder le plus étrange, le plus singulier et le plus inexplicable dans ce qui s’offre à nous. Le fait que, de ce point de vue, l’humanité se soit comportée avec lâcheté a causé un tort irréparable à la vie tout entière; les expériences que nous qualifions de « vision », ce qu’on appelle le « monde des esprits », la mort, toutes ces choses qui nous sont si proches et que nous évitons quotidiennement ont été éliminées de la vie au point que les sens grâce auxquels nous pourrions des appréhender sont atrophiés. Sans parler de Dieu; »

« Qu’avais-je donc en tête? Un autoportrait de cette époque, dessiné avec une grande économie de trait, me fait légèrement grimacer, hausser vaguement les épaules. […..]
Les grands hérons bleus parmi les pins blancs, le huard qui faisait le tour d’un massif de roseaux avec son petit en remorque, l’ourson qui regardait du haut d’un peuplier, voilà d’agréables images issues du passé, mais elles demeurent beaucoup moins nettes que celle du serpent d’eau qui t’a mordu à la cheville, [….]. Qu’avais-je donc en tête pour, dès ma prime jeunesse, me mettre ainsi en marge? Tu fais l’impossible pour créer un mode de vie qui convienne à ta vocation de poète, ou plutôt un mode de survie qui n’est pas sans ressembler au rituel d’une société primitive par lequel un jeune homme peut commencer de pratiquer la chasse et la cueillette. A la place d’ainés, tu as tes livres. Ton père et tes maîtres t’ont peut-être enseigné à te débrouiller dans le monde, mais tu es tout seul dans cet effort entrepris pour consacrer ta vie à la création littéraire. Le sentiment religieux d’une vocation tente d’ignorer complètement l’énigme biblique selon laquelle « beaucoup sont appelés, mais peu sont élus », même si cette phrase s’incruste au fond de ton cerveau pour remonter à la surface à la moindre crise de mélancolie ou de doute. »

- Le Monde Réel:

« J’avais cinquante ans lorsque j’ai enfin compris que je m’étais marié parce que je ne pensais pas pouvoir survivre seul. Je crois qu’il y a quelque chose en nous qui tente inconsciemment de s’assurer que nous allons continuer de vivre. J’étais tout bonnement incapable d’écarter seul les ténèbres compactes accumulées par les perceptions de mes sens. […] Peut-être est-ce toujours le cas. Je me suis également dit que le fait de grandir dans une famille unie et aimante ne vous prépare guère de manière adéquate à la vie en dehors de cette famille. C’est peut-être une hérésie, mais j’en suis convaincu. On s’habitue au tiède cocon de l’amour humain, dont on constate l’absence dès qu’on descend de la véranda familiale. »

II. Sept Obsessions:

- L’Alcool:

« Je crois vraiment que, lorsqu’on a passé sa journée à manier une pelle ou derrière un bureau en grinçant mentalement des dents depuis le matin, l’alcool constitue le rite de passage obligé entre ce labeur ingrat et vos loisirs du soir, cette partie de votre vie qui a lieu lorsque vous n’êtes pas obligé de gagner votre croûte, les soirées et les week-ends consacrés à la poursuite d’un bonheur auquel on croit mordicus avoir droit. »

« Il est clairement établi que les conducteurs en état d’ivresse, un délit dont je n’ai jamais été reconnu coupable, tuent environ vingt-cinq mille personnes par an. Mais on peut se demander pourquoi les conducteurs qui ne sont pas en état d’ivresse tuent chaque année à peu près le même nombre de gens. Bien sûr, ils sont beaucoup plus nombreux, mais si la propagande était correcte, ils devraient être parfaits. »

«L’histoire littéraire est saturée par l’iconographie de l’alcool, […]. Nous participons tous à ce que les Français appellent la comédie humaine, où notre comportement tend peut-être à la sincérité, mais n’y parvient jamais. Quand une chanson country dit: « La vie a un aspect sombre et trouble. », bon nombre d’entre nous le voient à gauche, à droite, devant et derrière, à la périphérie du champ visuel, mais la tragédie classique exige des individus d’exception en guerre contre des ennemis, le hasard ou le destin. Les étudiants en littérature comprennent que la tragédie n’inclut pas les gueules de bois. La souffrance des gueules de bois, aussi intense soit-elle, ne saurait s’élever au-dessus de la simple farce. »

« Quand vous avez la gueule de bois en avion, vous volez toujours en solo dans une transe intérieure et auto-référentielle saturée des caprices d’un modeste apitoiement sur soi, modeste car la blessure a été infligée par nul autre que vous-même. De toute évidence, si jamais l’avion atterrit sur le dos, vous serez la seule victime de l’accident. Le meurtre et la gueule de bois sont profondément sentimentaux, encore plus que la fête des mères ou un premier amour. […] L’apitoiement sur soi est sans doute la plus dommageable des émotions frelatées. Vous vous vautrez avec délectation dans votre bain de boue intime, votre chimie cérébrale est une soupe lyophilisée de regrets insincères. Alors, le grand garçon en tournée promotionnelle oublie aisément toutes les décennies où aucun éditeur ne prenait la peine de lui proposer la moindre tournée promotionnelle. »

-Strip-tease:

« L’exhibition publique de beauté suscite le désir, alors que dans notre réalité « réelle » c’est le désir qui suscite la beauté. »

-La Chasse, la pêche (et les chiens):

« Sur la Yellowstone,[…]. La pêche s’est améliorée le 11 septembre, une date que tout le monde connaît. Le souffle court, j’ai fui la maison pour rejoindre la rivière, tandis que dans mon cerveau tourbillonnaient les larmes et les éclaboussures de sang. Au cours des jours suivant, j’ai peu à peu cessé de regarder la télévision, pour me rabattre sur la radio, où la pensée est accessible au langage. La télévision essaie de vous faire croire que parler c’est penser, qu’une logorrhée non préméditée est un précieux cadeau offert au public, avec l’interminable répétition visuelle des avions percutant les gratte-ciel, comme si des enfants psychotiques se trouvaient aux commandes de ce média. Mille faux sages pontifiants vomissaient leurs sempiternelles analyses en temps de crise. »

-Religion Privée:

« Je crois depuis belle lurette que cette idée de faire grand cas de soi constitue l’échec moral majeur de la prière, et c’est particulièrement difficile pour un poète et un romancier qui a consacré toute sa vie à faire un grand cas de sa propre vision du monde. Voilà bientôt deux siècles que nous vivons avec la conception de l’artiste - […] - en tant que héros romantique et isolé, marginal et souvent paria, un chaman sans portefeuille, un individu doté d’un souffle impressionnant, réel ou truqué, qui lui permet de gonfler son ego jusqu’aux dimensions d’un dirigeable afin de se prémunir contre les coups, réels ou imaginaires, que lui assènent ses concitoyens. Ce n’est pas le genre de personne prompte à reconnaître que nous sommes tous « comme des moutons sortis du droit chemin ». »

« Combien de fois avons-nous entendu dire que cinq millions d’enfants se couchent tous les soirs en ayant faim? Sans doute moins souvent que toutes les fois où nous avons lu ou vu des articles où l’on faisait l’éloge de la richesse. »

-Un bref tour de France:

« Où donc suis-je vraiment chez moi, si un tel lieu existe, dans ce pays qui a tellement compté à mes yeux comme une échappée possible, un baume disponible, un immense réservoir de nourriture, d’art et de littérature? […] Comment, où et pourquoi nous sentons-nous chez nous mentalement sinon physiquement? Où pouvons-nous localiser notre géopiété apparemment génétique?
Les réponses nous échappent aisément, car elles sont parfois trop évidentes, si près de notre nez que nous ne les voyons plus, tout comme nous sommes aveugles à nos propres caractéristiques, à nos propres syncrétismes auxquels nous sommes tellement habitués que nous nous étonnons lorsque d’autres les trouvent étranges. »

« Dehors, je me suis assis sur les marches du baptistère dans les premières lueurs du jour et j’ai regardé des douzaines d’hommes et de femmes installer leurs étals de poissons, de légumes, de viandes et de fromages. En attendant, j’avais repéré une splendide jeune femme au moment de son entrée dans l’église, qui gravissait les marches près de moi. Je l’ai bien sûr suivie à l’intérieur et, parce que la messe était terminée, je me suis dit qu’elle allait peut-être allumer un cierge et prier pour rencontrer son prochain petit ami, peut-être un Américain balourd et hébété. Au lieu de quoi elle est montée jusqu’à l’orgue et elle s’est mise à jouer du Bach à un volume qui a bientôt liquéfié ma structure osseuse ainsi que mon cerveau surmené. »

-La Route:

« […], et j’ai enfin compris la leçon économique qui me crevait pourtant les yeux depis longtemps: les boulots de survie dévorent toute la vie. »

« Un problème rarement évoqué et relatif à l’arrivée brutale du succès, c’est que ce dernier submerge aussitôt l’existence tout entière. »

« J’avais également lu les romans très impressionnants des écrivains autochtones américains Linda Hogan et Louis Owens. La beauté d’un paysage a besoin de votre aide pour perdurer dans votre mémoire. Il faut peupler mentalement ce paysage avec une histoire humaine et, plus important encore, le sentiment de la qualité de vie humaine que seule la littérature de premier ordre est capable de vous procurer. »

« J’ai besoin d’entendre une serveuse me parler de ses problèmes avec sa Plymouth 1985. J’ai besoin de voir une jeune fille en robe verte remplir elle-même son réservoir d’essence par un après-midi torride du Nebraska. J’ai besoin de rendre visite à des clubs de strip-tease paumés où les femmes sont presque aussi moches que moi. J’ai besoin de l’insécurité des tempêtes de neige ou d’une voiture surchauffée quand il fait trente-neuf degrés à l’ombre dans le Kansas, de l’insécurité du cœur et de l’esprit tâtonnants loin de leur milieu habituel. Il est trop facile d’être sûr de soi, trop facile de savoir à tout instant ce qu’on fait, trop facile d’emprunter sans cesse le même chemin jusqu’à ce qu’il devienne une profonde ornière qui bientôt à son tour une tranchée insondable où vous ne voyez plus rien au-dessus du bord. »

« Enfin, le plaisir que tu prends à rouler sans but revient à accepter ta propre fragilité, le passage du temps, tandis que les kilomètres qui défilent égrènent ton propre compte à rebours. Lors de es déplacements à travers le pays, tu es à chaque instant capable de cartographier ton passé, et tu as une vision de plus en plus claire de ton avenir. Jamais tu n’approcheras d’aussi près l’existence libre et capricieuse d’un oiseau migrateur. »

III. Le Restant de la Vie.

- Après la licence:« J’ai souvent pensé que les membres survivants d’une famille accueillent la mort violente de leurs proches avec une répugnance durable. Quarante ans plus tard, cette humeur, cette atmosphère reviennent parfois, comme si l’on jetait un linceul sur moi. Il m’était déjà évident que je ne comprenais pas les processus de la vie, et je comprenais la mort encore moins. Peut-être que personne n’y comprend rien, même si ceux qui ont la foi sont sûrs de leur fait. J’ai parlé avec d’anciens soldats qui m’ont dit que, même sur le champ de bataille, il n’existe aucune préparation émotionnelle. La mort vous laisse sans voix, ou plutôt sans verbe. On devient simplement un primate hurleur, de manière audible ou pas, un primate qui tient entre ses mains son cœur ensanglanté et qui se demande comment il continue de battre. Le mot « amour » acquiert une imprécision mortelle lorsque les objets de l’amour nous sont arrachés et que notre amour s’éloigne dans le vide en tournoyant sur leurs traces invisibles. »

- Boston et Kingsley:

« L’amour ne vainc pas tous les obstacles, mais il en supprime beaucoup. […] Quand, après plus de quarante années de mariage, tu as toujours le cœur qui s’emballe au seul contacte de la main de ton épouse contre tes propres doigts, tu peux sans doute en conclure qu’ensemble vous avez peut-être accompli quelque chose de bien. »

« Retour au chaos, à la confusion, aux limites de notre esprit fragile. Je viens d’apprendre que mon dernier recueil de novellas, intitulé En Route vers l’Ouest, va être publié en Thaïlande. Une demi-heure plus tard, en arrivant à mon bureau du Hard Luck Ranch, en Arizona, j’ai découvert que ma chienne locale préférée venait de s’étouffer en mangeant. Je suis sorti dans la cour et j’ai fondu en larmes, […]. Il est dans la nature de l’esprit humain qu’à l’avenir, dès que je penserai à la Thaïlande, ou quand je verrai mon livre traduit en thaï, ou encore lorsque je mangerai un plat thaï, je me rappellerai Mary de manière poignante. Nous parvenons très rarement à nous extirper de notre vraie nature. »

- Nord-Michigan:« J’intitule ces mémoires En Marge parce qu’il s’agit de la position adéquate et confortable pour un écrivain. Dans les situations où l’on est inévitablement le centre de toutes les attentions, on ressent une désagréable inquiétude, on a même parfois l’impression d’un comportement déplacé. Dès que quelqu’un souhaite « donner un dîner » en mon honneur, je décline aussitôt l’invitation. J’aime les dîners où je me retrouve en marge, c’est-à-dire à ma vraie place. Comment observer les divagations du comportement humain lorsqu’on est la cible de tous les regards? »

- Hollywood:

« Si je passais une heure ou deux assis sur une bûche au bord de la rivière, les variations du courant dissipaient presque aussitôt tous mes soucis, et voilà peut-être la principale raison pour laquelle les pêchent la truite. Lorsqu’on a consacré beaucoup de temps à l’étude du monde des corbeaux, il devient parfaitement logique d’accepter le fait que la réalité est l’agrégat des perceptions de toutes les créatures, et pas simplement de nous-mêmes. »


mots-clés : #autobiographie
par Cliniou
le Mer 7 Déc - 10:15
 
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Sujet: Jim Harrison
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