Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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191 résultats trouvés pour autobiographie

Delphine Minoui

Je vous écris de Téhéran

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 3 51l7i010

Delphine Minoui est née à Paris d'une mère française et d'un père exilé iranien. Elle a toujours voué un culte particulier à son grand-père resté à Téhéran. Devenue journaliste, elle va s'installer pour quelques temps,qui, au fur et çà mesure que grandit sa fascination pour se pays, deviendront des années, chez sa grand-mère devenue veuve.

C'est l’occasion de participer intimement aux événements de la Révolution islamique , des coups d'état, des tentatives de  contre-révolution qui émaillent l'histoire de l'Iran de la la fin du XXème et du début du XIXème siècle.  De sentir dans sa chair les angoisses et les affres de la répression, de croiser divers destins d'Iraniens, plus ou moins rebelles, plus ou moins fascinés par le pouvoir. C'est le moment  de comprendre (ou tenter) les contrastes et les ambiguïtés, de remodeler les  certitude, celles sur l'Iran, les Iraniens, ses grands-parents et sa propre identité.

Bien que le style soit assez travaillé, il pêche par moment de tout en laissant un petit goût de superficialité du fait de l’abord journalistique.


Mots-clés : #autobiographie #lieu #regimeautoritaire #temoignage
par topocl
le Dim 4 Nov - 17:55
 
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Elias Canetti

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 3 La-lan10

La langue sauvée

Il y a quelques temps (au début de l'année 2016) j'ai lu "Le flambeau dans l'oreille" en apprenant alors que j'étais déjà embarqué dedans qu'il s'agit du deuxième tome de ses mémoires, divisée en quatre périodes. Ce n'est pas bien grave, mais je m'étais dis qu'il fallait que je lise le premier tome un de ces jours. Dans l'un comme dans l'autre volume, Elias Canetti nous livre sa vision des époques et des lieux dans lesquels il évolue. Ces fragments ― tous liés à une anecdote, à l'atmosphère de la société d'alors (dont l'auteur nous livre finalement un précieux éclairage), à une personne de son entourage ou une personne historique, une lecture ou un événement important ― sont racontés avec double regard revendiqué et mis en évidence : celui d'une l'analyse a posteriori et d'une tentative de l'auteur, avec une belle franchise, de se remettre dans la peau de l'enfant puis du jeune homme qu'il a été. Il ne donne jamais l'impression de lisser certains contours, même s'il affirme à plusieurs reprise, qu'il ne dit pas tout. Heureusement, après tout.

Car par rapport à sa vie d'adulte du deuxième tome (1921 - 1931 ; Canetti est né en 1905) on entre avec ce premier tome (1905 - 1921) dans un cercle plus intime, notamment celui de sa relation avec sa mère, et qui dit des souvenirs peut-être plus imprécis (quoique sa mémoire soit étonnante) dit sans doute une part d'analyse plus importante, partant, plus précise, approfondie. On pourrait trouver son maniement du scalpel un peu indélicat, à l'égard de sa mère comme au sien, n'était l'intelligence et la compréhension qu'il y applique et qui force l'admiration. On se dit que cette lucidité n'est pas étrangère à la puissante figure maternelle ― bien plus déterminante que celle de Karl Kraus, ce dernier domine le second ouvrage ― surtout à la lecture des dernières pages, où sa mère juge son enfant sans appel, condamnant l'autosatisfaction dont il avait jusqu'ici fait preuve. Une attitude incompatible avec un développement intellectuel à la fois rigoureux et éthique auquel elle l'avait encouragé, en l'initiant très tôt à tirer des enseignements de ses lectures et de son existence.


Mots-clés : #autobiographie #relationenfantparent
par Dreep
le Ven 2 Nov - 16:31
 
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Edouard Louis

Qui a tué mon père

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 3 Proxy_70

Edouard Louis dresse un portrait de son père, cet homme frustre et taiseux qu’il aime et hait tout à la fois, cet homme détruit par la vie, devenu précocement invalide, qui aime et hait son fils tout à la fois. C’est un portrait tout en nuance et ambivalence, très touchant, d’un homme qui est resté captif d’une réalité sociale terrible, alors que son fils, lui, en est sorti . Et du prix terrible à payer : ce fossé infranchissable entre eux (encore que la fin laisse entendre que cela ne soit pas totalement infranchissable).

Puis sur la fin  Edouard Louis en veut à  Chirac, Sarkozy, Macron, et quelques autres, qui ont entretenu et durci un système qui enserre dans la fatalité de la précarité et de l’exclusion, au niveau social, financier, culturel et de la santé. Cette courte partie est malheureusement très superficielle, quasi anecdotique et déçoit en cela.

Le livre étant d’une minceur extrême, on ne pouvait guère s’attendre à mieux (mais peut-être un peu, quand même), d’autant qu’il s’agit plus d’une accumulation d’anecdotes que d’un récit réellement construit et je dois dire que 12 euros pour 76 petites pages, même si quelques unes sont poignantes, ça coince un peu.

mots-clés : #autobiographie #politique #relationenfantparent
par topocl
le Mer 24 Oct - 10:14
 
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Sujet: Edouard Louis
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Edouard Louis

En finir avec Eddy Bellegueule

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 3 Proxy_69

Je n'aime pas trop les jeunes gens trop médiatiques et les livres trop médiatiques. J'y allais donc vraiment à reculons. J’ai de ces aprioris, parfois. 
J'avais tort. C’est les médias qu'il faut ne pas aimer, et laisser les jeunes gens qui ont des choses à dire écrire leurs livres. Celui-ci ressemble à un conte populaire : les fées d'Édouard Louis c'est  l’école de la République qui pour une fois a joué son rôle et l'a aidé à sortir de sa misère psychique, et à devenir le garçon brillant qu'il est devenu, quoique définitivement marqué. 

D’abord il y a sa famille : Zola en l’an 2000, on l’a dit. Des êtres frustres, rustres. La pauvreté, l’alcool, l’absence d’horizon. On a parlé de règlement de compte, je ne l'ai pas vu. Peut-être en rajoute-t’il, peut-être pas. C’est sans importance (il y a écrit « roman »). Ce sont des faits et des comportements, insoutenables pour nos yeux éduqués et privilégiés. Mais cependant, si on veut mettre un peu de bienveillance dans sa lecture, j'ai cru déceler en eux tous, des failles, une humanité. Et si je l’ai lue, c’est qu’Edouard Louis l’y a glissée. 

Toute cette bassesse,  cette arrogance vulgaire, cette sauvagerie, ce n'est jamais que de la peur, la peur de l'autre chez des gens qui n'ont jamais eu droit à la parole, mais aussi à ce qu'on leur parle, à ce qu'on leur explique. Malgré tout le rejet qu'ils inspirent, ils souffrent et aiment, mais ils n'ont pas eu la chance qu'on leur apprenne à l’ exprimer dignement. Mais quand même, le père a décidé de ne jamais frapper ses enfants, et s'y tient ; croyant mourir, il donne cérémonieusement  une chevalière à son fils, qu'il a pourtant l'air de tant rejeter ; il y a plusieurs tels petits gestes rapportés, sous le flot de grossièretés, qui montrent l'homme en lui. L’homme souffrant. Malgré tous ces dénigrements , malgré l'horreur que leur inspire l'homosexualité de leur fils, pour eux totalement inacceptable, ils n'en sont pas moins fiers.
(Edouard Louis écrit un chapitre qu'il appelle L'autre père où il rapporte des faits "honorables" en rapport avec son père. Si son père pouvait écrire, il écrirait sûrement lui aussi un chapitre intitulé  L'autre fils pour éclairer son ambiguïté à son sujet)

Finalement je me disais : ce qu'il y a de plus curieux, ce n'est pas tant que de tels gens existent, c'est surtout qu’il soit besoin d' expliquer qu'ils existent, car dans la vie, nous en côtoyons, j'en vois dans mon bureau, j'en vois dans ma rue. Il suffit de choisir de les voir.
.
Et puis, cette homophobie, cette horreur de voir leur fils être (et devenir) autre, je ne pense pas que cela soit lié uniquement à leur inculture, c'est trop facile, ce n'est vraiment pas une question de classe sociale (le dernier paragraphe du livre le prouve bien et nous-même comment aurions-nous réagi avec toutes nos belles idées et notre belle conscience donneuse de leçons ?). 

Et c’est le 2e grand thème du livre, ce garçon, qui, dès la petite l'enfance s'est senti différent, et a été ressenti différent par les autres. Qui a discerné peu à peu en quoi cela consistait, en a eu peur, en a même été dégoûté (comme dans Le secret de Brokeback mountain), a subi, dans la famille,  au village, au collège, les humiliations et les insultes qui y étaient liées, a tenté selon les moments de l'apprivoiser, de le nier, de le dépasser, a souffert dans son corps et dans son âme. Ce garçon, qui, quand il est enfin arrivé à sortir avec une fille, jubile en se répétant dans sa tête : « guéri, guéri ». Et qui, peu à peu, construit sa défense : la fuite. Une fuite comme une construction.

Sans pathos, sans fiel, En finir avec Eddy Bellegueule est un roman d’éducation absolument terrible.

Récup 2014

Mots-clés : #autobiographie #discrimination #enfance #famille #identitesexuelle #social #temoignage
par topocl
le Mar 23 Oct - 20:37
 
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Sujet: Edouard Louis
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Vivian Gornick

La femme à part


Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 3 La-fem11



Après Attachement féroce ,paru assez récemment en France , voilà une suite de ce récit autobiographie d'une féministe New-Yorkaise des années 60 plutôt atypique , journaliste engagée longtemps pour la cause . Cependant , et j'insiste  je balaierais volontiers le qualificatif féministe  fortement réducteur et induisant immédiatement dans l'approche mental du lecteur un prisme unique potentiellement nuisible à l'embrassement de ce texte à multiples ouvertures  .
J'avais beaucoup aimé "Attachement féroce" qui s'attachait essentiellement à raconter son chemin d'émancipation au sein de ce New-York qui semble faire corps avec elle-même , cocon-prison à l'image de l'amour fusionnelle et quasi pathologique avec sa mère .Recherche du soi ,  racontée au gré de ses déambulations New-Yorkaise , dans une forme de langueur inclinant le lecteur à s'insérer dans le rythme des mots et des creux , une voix pas détachée ni objectivée mais plutôt dans un va-et vient entre l'intérieur et l'extérieur invitant peut-être le lecteur dans son sillage .
Avec "La femme à part",  les lecteurs de son premier opus ne seront pas déstabilisés , juste confirmés dans l'idée que Vivian Gornick est une auteure talentueuse , unique dans son mouvement scriptural.
Elle déambule Viviane , comme d'autres courent dans les rues New-Yorkaises accompagnée quelquefois de son fidèle ami Léonard , peut-être sa part manquante , son double masculin ,ou son écho . Elle déambule Viviane dans le temps aussi , sans nostalgie réelle , dérivante , juste le temps d'accrocher sa réflexion à l'anecdote et de  rebondir dans le présent immédiat , et de poser un regard amusé , ironique , ou même totalement neutre , présence ouverte aux scènes de rue telle Viviane Maier .
Cette flânerie est une invitation aux gambades mémorielles , aux soubresauts de l'âme déclenchés par le hasard des mots et des associations conscientes ou pas chez le lecteur .
Vivian picore la vie , Viviane butine la vie , sans ordonnance dans l'espace temps et les structures intérieures de la psyché , l'écriture en est le reflet . Une maîtrise puissante de la narration littéraire dans une anarchie apparente offre au lecteur le sentiment qu'il est en présence d'une grande auteure , injustement méconnue en France . Enfin c'est mon avis .
Un livre emprunté à la bibliothèque mais que je vais acquérir très rapidement , pour pouvoir faire picoti-picota , l'ouvrage s'y prête . Livre de chevet d'aucuns diront .

mots-clés : #autobiographie
par églantine
le Mer 17 Oct - 12:04
 
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Sujet: Vivian Gornick
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Rainer Maria Rilke

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 3 51phsa10

Histoires pragoises

Je suis un peu intimidé pour dire quelques mots sur ce livre : je n'ai fait qu'effleurer pour le moment son œuvre, avec ces deux nouvelles écrites avant Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, avant Les Elégies de Duino, en 1899... on a envie, après avoir lu un tel livre, de parler de ce qu'on ressent spontanément plutôt que de faire la moindre analyse. Rilke recréé la Prague de son époque, où l'antagonisme entre le peuple tchèque et la domination animait les conversations, mais semble laisser tout cela dans un arrière-plan confus et fantomatique. Des images saisissantes s'y superposent, et marquent davantage : des lieux plein de silences ou trop sonores, trop vastes, qui touchent les personnages dans ce qu'ils cachent au plus profond d'eux-mêmes.


mots-clés : #autobiographie #lieu #nouvelle #xixesiecle
par Dreep
le Dim 7 Oct - 16:14
 
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Ernest Hemingway

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 3 51ukyk10

Paris est une fête

Souvenirs (mis en forme par Hemingway à la fin des années 50) du temps où il écrivait Le soleil se lève aussi (1926), soit une sorte de reprise de ce roman des années de bohème à Paris. J’ai peut-être préféré ce récit à la fiction, dont il ne se distingue finalement guère, et que la même nostalgie sincère parcourt pourtant, quoiqu’en dise la préface :
« Si le lecteur le souhaite, ce livre peut être tenu pour une œuvre d'imagination. Mais il est toujours possible qu'une œuvre d'imagination jette quelque lueur sur ce qui a été rapporté comme un fait. »

C’est le mythique Quartier latin de ces années-là, « une génération perdue », la bibliothèque-librairie Shakespeare and Company de Sylvia Beach, la Closerie des Lilas et autres cafés comme le Dôme et la Rotonde,
« Les gens que j’aimais et ne connaissais pas allaient dans les grands cafés pour s’y perdre et pour que personne ne les remarque et pour être seul et pour y être ensemble. »

un troupeau de chèvres qui distribue son lait le matin, une friture de goujons pêchée de l’île Saint-Louis et dégustée avec du vin blanc, Gertrude Stein, James Joyce, Ezra Pound, Scott Fitzgerald portraiturés de façon plus ou moins acide, le printemps à Paris, l’écriture à Paris, la "faim" (relative) à Paris
« Découvrir tout ce monde nouveau d’écrivains, et avoir du temps pour lire, dans une ville comme Paris où l’on pouvait bien vivre et bien travailler, même si l’on était pauvre, c’est comme si l’on vous avait fait don d’un trésor. »

Ces souvenirs m’ont donc ramentu un Paris largement disparu, et la lecture d’Henry Miller ‒ mais ici sans la verve, l’humour et la chair du happy rock qui vint faire l’expérience de Paris dans la décennie suivante.

mots-clés : #autobiographie #lieu
par Tristram
le Ven 5 Oct - 0:57
 
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Daniel Pennac

Mon  frère

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 3 00538310

Bernard, son grand frère qui l'a tant protégé enfant, avec qui, adulte  il a partagé des parties d'échec, des ballades avec leurs chiens, beaucoup d'amour et peu de confidences, est mort il y a seize mois. Quoique d'une riche personnalité, c'était un type plutôt en retrait, ce que lui reprochait son épouse,  et c’est sans doute cela qui a poussé Daniel Pennac à mettre Bartleby en scène.

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 3 Proxy_19


Ce récit alterne donc des histoires sur le frère de Pennnac, qui le rendent assez sympathique, et des éléments sur la pièce qu'il a jouée. Tout cela est intercalé, en chapitres alternants, avec le texte coupé de Bartleby, écrit en italique,  que Pennac a utilisé au théâtre. Au total sur 120 pages, 74 , souvent courtes, sont de Pennac. Si son frère paraissait en effet un type bien (comme c'est souvent le cas dans les éloges funèbres), s'il y a quelque moments d'émotion, le texte est quand même bien léger et tout cela est assez paresseux, sans que cela remette en cause la sincérité de l'auteur.



mots-clés : #autobiographie #fratrie #mort #théâtre
par topocl
le Jeu 4 Oct - 17:45
 
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Sujet: Daniel Pennac
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Walter Benjamin

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 3 Sens_u10


Enfance berlinoise

"Plusieurs courts textes de Walter Benjamin, parus dans la presse allemande entre 1933 et 1935 et contenus dans deux cahiers manuscrits, sont à l’origine de ce recueil que, malgré son projet, l’auteur n’arriva pas à publier de son vivant. Des souvenirs d’enfance y retracent les lieux familiers d’un Berlin à la fois cossu, populaire et mystérieux. Des bribes d’histoires parsemées d’êtres fantasques y côtoient les membres de la famille de W. Benjamin. Mêlées à des expériences inédites qui frappèrent l’enfant, telle la fréquentation assidue du « Panorama impérial »(pp.38-41), elles composent autant de parcours enchanteurs."
Revue Critique d' art

" Je connaissais déjà toutes les cachettes de l'appartement, et j'y retournais comme dans une maison où l'on est sûr de tout retrouver comme autrefois. J'avais le coeur battant. Je retenais mon souffle. Ici, j'étais enfermé dans le monde de la matière. L'enfant qui se tient derrière la portière devient lui-même quelque chose de flottant et de blanc, il devient un fantôme. La table à manger derrière laquelle il s'est accroupi, il la transforme en une
C'est pourquoi, lorsqu'on m'attrapait dans ma cachette, je chassais d'un grand cri le démon qui voulait ainsi me métamorphoser." idole de bois, et les pieds sculptés sont les quatre piliers du temple qui l'abrite.
Derrière une porte, il est lui même porte ; il s'en revêt comme d'un lourd masque et devient le prêtre magicien qui ensorcellera tous ceux qui entrent sans se douter de rien. Il ne doit à aucun prix être découvert. Quand il fait des grimaces, on lui dit que si l'horloge sonne à ce moment-là, il restera toujours comme ça. Ce qu'il y a de vrai là-dedans, je l'ai découvert en jouant à cache-cache. Qui me découvrait pouvait me pétrifier comme une idole sous la table, faire de moi un fantôme pour toujours cousu dans les rideaux, m'enfermer à vie dans la lourde porte."



mots-clés : #autobiographie #enfance
par bix_229
le Dim 23 Sep - 16:59
 
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Sujet: Walter Benjamin
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Judith Perrignon

Et tu n'es pas revenu
avec Marceline Loridan-Ivens


Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 3 Proxy_58

   Pourquoi une fois revenue au monde, était-je capable de vivre ? C'était comme une lumière aveuglante après des mois dans le noir, c'était violent, les gens voulaient que tout ressemble à un début, ils voulaient m'arracher à mes souvenirs, ils se croyaient logiques, en phase avec le temps qui passe, la roue qui tourne, mais ils étaient fou, pas que les Juifs, tout le monde ! La guerre terminée nous rongeait tous de l'intérieur.



Des camps, Marceline est revenue à 17 ans, mais son père, parti avec elle, n'est pas revenu. Avec une belle intelligence affective, elle raconte, 75 ans après, parce que c'est toujours là, comment "Mon retour est synonyme de ton absence". Comment ce mari, ce père, dont on ne sait rien de ses derniers mois et de sa mort, qui n'a même pas de tombe, a manqué, laissant une béance impossible à combler, définitivement traumatisante. Elle raconte l'impossible retour, l'impossible réconciliation au monde.


mots-clés : #autobiographie #campsconcentration #relationenfantparent
par topocl
le Sam 8 Sep - 13:04
 
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Sujet: Judith Perrignon
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Marceline Loridan-Ivens avec Judith Perrignon

Et tu n'es pas revenu
avec Judith Perrignon


Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 3 Proxy_57

Pourquoi une fois revenue au monde, était-je capable de vivre ? C'était comme une lumière aveuglante après des mois dans le noir, c'était violent, les gens  voulaient que tout ressemble à un début, ils voulaient m'arracher à mes souvenirs, ils se croyaient logiques, en phase avec le temps qui passe, la roue qui tourne, mais ils étaient fou, pas que les Juifs, tout le monde ! La guerre terminée  nous rongeait tous de l'intérieur.


Des camps, Marceline est revenue à 17 ans, mais son père, parti avec elle, n'est pas  revenu. Avec une belle intelligence affective, elle raconte, 75 ans après, parce que c'et toujours là,  comment  "Mon retour est synonyme de ton absence". Comment ce mari, ce père, dont on ne sait rien de ses derniers mois et de sa mort, qui n'a même pas de tombe, a manqué,  laissant une béance impossible à combler, définitivement traumatisante. Elle raconte l'impossible retour, l'impossible réconciliation au monde.



mots-clés : #autobiographie #campsconcentration #relationenfantparent
par topocl
le Sam 8 Sep - 13:03
 
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Sujet: Marceline Loridan-Ivens avec Judith Perrignon
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Daniel Mendelsohn

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 3 Cvt_un10

Une odyssée : un père, un fils, une épopée

Topocl a évoqué avec beaucoup de justesse la beauté rare du récit composé par Daniel Mendelsohn. Le mythe révèle par l'écrit l'intime et interroge l'individu confronté à ses proches choix, à l'angoisse d'une perte, à la fragilité de la vie.

J'ai été particulièrement touché par l'humilité du regard de Daniel Mendelsohn envers son père. De l'entame d'un séminaire sur l"Odyssée" d'Homère aux imprévus d'une croisière méditerranéenne sur les traces de cette épopée, le fils découvre des richesses apparemment enfouies et remet en cause ses propres interprétations et perceptions. Les nuances, les contradictions et les complexités d'un être peuvent alors être perçues et transmises, créant un pont entre les multiples richesses d'un passé et l'édifice d'une histoire personnelle à construire.


mots-clés : #antiquite #autobiographie #contemporain #creationartistique #famille #relationenfantparent
par Avadoro
le Ven 7 Sep - 0:43
 
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Sujet: Daniel Mendelsohn
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Magda Szabó

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 3 Arton710

Le vieux puits

Un vieux puits comblé dans la cour de la maison natale. Les parents ont interdit à la petite fille de s'en approcher de peur que la terre s'écroule.
Mais, c'est bien connu, ce qu'on interdit aux enfants, les attire d'autant plus.
Par respect pour ses parents la petite fille respecte l'interdit.
Mais rien ne l’empêche d'imaginer ce qu'il y a peut être au fond du puits. Ni, plus tard, de s'y glisser pour retrouver ses souvenirs d'enfant, sa ville, ses amis, ses parents. Tout ce qui l'a frappée si tôt et si durablement.

Les souvenirs de Magda Szabo sont ceux d'une enfant précoce, vive, sensible et imaginative. Entourée de parents exceptionnellement aimants, compréhensifs et doués.
Tous deux sont dotés de dons artistiques comme le reste de la famille.
Si la vie ne leur permettra pas de les exprimer publiquement, ils inventent pour elle des contes quotidiens, tissant ainsi entre eux une complicité active.

Plus que tout, c'est sa mère que la petite Magda aime, et admire. Jamais elle ne connaîtra un être plus proche dans sa vie.

"Mère avait toujours à faire, je ne sais pas comment elle trouvait le temps d'écrire -sans doute la nuit. L'art était pour elle autre chose que pour des artistes plus favorisés : sa corde de rappel, sa bouée de sauvetage quand la vie était trop lourde à porter."

Magda la juge téméraire, inventive, fantasque, fabuleusement douée pour réinventer une vie  meilleure.
Un être romanesque, une fée.
Avec le père, Magda découvre la ville, les monuments, les commerçants. L'histoire, la science, la culture. Mais elle l'aime également beaucoup.

"La vie était simple, il offrait bonheur et sécurité.
Et il était homogène. Tout  y était vivant, non seulement les humains et les,animaux, mais aussi les choses ; toutes les créatures fantastiques y vivaient, comme des êtres de chair et de sang."


Même la maladie et la fièvre lui apportent des visions surnaturelles. D'autant plus appréciées que, "du fait de ses aptitudes et du caractère de ses parents, les limites entre réalité et imaginaire étaient floues."
Très tôt aussi, elle a besoin de réfléchir, de raisonner, de chercher des explications à tout.
La réalité vivante de la ville et des êtres lui apporte des éléments supplémentaires et concrets de connaissance.
Ce qui ne l'empêche pas, comme tout enfant d'aimer ou de haïr sans trop savoir pourquoi.

Comme ses parents, elle aime les animaux, et elle réalise qu'en fait, ils n'existent "qu'en tant qu'outils et nourriture."
Un jour, elle assiste à l'agonie et à la mort d'un cheval accidenté et c'est pour elle l'occasion d'un profond traumatisme.
Ce qui la trouble durablement aussi, c'est le silence des animaux face à la mort.

Un peu plus tard, la conscience de la mort se rapproche, c'est celle de son père qu'elle pressent.
Et cette révélation sera désormais une inquiétude constante.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ces souvenirs, remarquables par leur quantité autant que par leur précision. Même si la romancière a réinventé.
C'est une enfance heureuse et pleine qu'elle a connue dans l'ensemble.
Et, de fait, c'est ce qu'elle nous révèle de plus intéressant.
"Il n'est pas facile d’être adulte et une fois adulte de supporter celui qu'on a été."

mots-clés : #autobiographie #enfance
par bix_229
le Mer 5 Sep - 18:38
 
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Sujet: Magda Szabó
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Yasunari KAWABATA

Dans La danseuse d'Izu. Il y a aussi nombre de ces nouvelles très courtes dans Récits de la paume de la main. Pour ma part, j'ai abandonné mon pochothèque à mon ami libraire, je trouve ce recueil un peu mal foutu et d'une lecture pas très confortable ni simple pour s'y retrouver dans sa bibliographie.

Pour le reste, il paraît que pour Kawabata, Les Belles Endormies devaient se retrouver avec les textes suivants : La beauté tôt vouée à se défaire et Le Bras. Ces deux derniers ont été réunis ensemble par les éditions Livre de poche en France (ce livre-là), mais pas avec Les Belles Endormies.

Lecture du 16 avril dernier :

L'Adolescent

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 3 4136ts10


Contient : Lettres à mes parents ; L'Adolescent ; Le journal de ma seizième année ; Huile ; Grand-mère.

Kawabata rouvre la malle et met sous nos yeux les textes de jeunesse qu'elle contient, telles des vieilles photographies. D'autres auraient réutilisés ces fragments comme matériaux pour d'autres écrits, plus impersonnels, les rendant méconnaissables. Kawabata nous les montre sans retouche, se contentant de les commenter en faisant remonter ses souvenirs avec plus ou moins de difficultés. Ces souvenirs sont loin d'être tous lumineux, certains sont même terribles. Le regard de Kawabata fixe les êtres et les choses sans pudeur et avec insistance, habitué à regarder sans être vu : il avait été élevé par son grand-père aveugle puis bien tôt dû s'occuper de lui, jusqu'à l'âge de quinze ans. Il se rappelle aussi de l'amour que Kiyono ressentait pour lui, de l'huile qu'il a renversé par colère et qui le dégoûte, de sa grand-mère qui le protégeait, des crises et des élans tendres qu'il a connu. Kawabata expose ses fragilités, avec suffisamment de distance pour ne pas que ce soit étouffant, mais avec une sincérité et une intelligence remarquables.

Yasunari Kawabata a écrit:C'est une voix brève et douloureuse que je dois supporter sans répit, jusqu'à ce que je m'endorme. Au fond de moi-même, j'entends ces mots qui martèlent ma cervelle : « Ça prend du temps, mais le corps finit par perdre ses forces. » Grand-père redresse un peu la tête ; il reprend conscience et veille à ne pas trop manger.
Mais jour après jour, son corps...[...]
Mon grand-père est comme un vieux kimono usagé tout défraîchi et plein de gros plis. Sa peau est dépourvue de toute élasticité. Quand on lui pince la chair, elle reste telle quelle. Je ne sais plus que faire. Aujourd'hui, ne me dit que des choses qui m'énervent. Son visage a l'air de plus en plus inquiétant.



mots-clés : #autobiographie
par Dreep
le Mer 29 Aoû - 20:21
 
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Sujet: Yasunari KAWABATA
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Eduardo Halfon


Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 3 Monast10
Monastère

"Une cage allait à la recherche d'un oiseau." Kafka

"3/4 arabe, 1/4 polonais et juif parfois."

Ainsi se définit Eduardo Halfon, la narrateur. Le narrateur qui n' est pas l' auteur.
Enfin pas tout à fait...
Et il ajoute :

"Trois grands parents arabes juifs, venus d' Egypte, du Liban, de Syrie, envoyés en Amérique Latine et un grand père paternel, juif et polonais arrêté à Lodz par les nazis à 16 ans, et envoyé en camps de concentration."


Il est le fruit et le mélange de cette hérédité, exilée au Guatemala.
Un mélange identitaire plutôt mal assumé, turbulent et instable.
D' où son malaise quand il est invité en compagnie de son frère au mariage de sa sœur à Jérusalem.

Sa soeur, il nous la présente jeune, belle, intelligente, ouverte.
Or, ne voilà t-il pas qu' elle va épouser un juif de Brooklyn, ultra orthodoxe.
Eduardo n' a pas envie d' assister à ce mariage.
Moins encore, lorsque mis en présence de ce futur beau frère, il le découvre vain, arrogant, dogmatique et agressif comme tous les néo convertis.
De ce mariage, nous n' en saurons pas d' avantage.

Ce qu' il voit d' Israel, dès le tarmac de l' aérodrome, accentue son malaise.
Un chauffeur de taxi lui demande s' il est arabe et lui déclare tout de go que les arabes sont méchants et qu' il faudrait les tuer tous.
Et puis, il y a ce fameux mur que les Israéliens ont édifié pour être séparés des palestiniens.
Les jours je font que l' enfoncer dans une torpeur étouffante accentuée par la chaleur de l'été.

Jusqu' au jour où il rencontre Tamara,  une femme qu' il a connue et aimée.
Une israélienne forte et rien moins que conformiste.
Elle le conduit au bord de la Mer Morte et cette excursion est l' occasion pour lui  de se confronter à son passé et à son histoire familiale.
Pour elle, de le faire parler, se raconter.
Avouer ses doutes, le fait de ne pas se reconnaitre juif.
Elle lui dit que son histoire familiale fait partie de ses racines, c' est aussi son histoire à lui.
"Notre histoire, conclue-t-elle, est notre seul patrimoine."
J' ai aimé cette histoire brillamment racontée et qui sait nous montrer sans insister, à quel point les êtres humains sont multiples, contradictoires, surtout quand ils sont prisonniers des soubresauts de l' Histoire.


mots-clés : #autobiographie #communautejuive #famille #identite
par bix_229
le Lun 27 Aoû - 20:05
 
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Sujet: Eduardo Halfon
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Romain Gary

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 3 Gary_110


CHIEN BLANC

Romain Gary vint en Californie en 1969 avec sa femme Jean Seberg, engagée politiquement et socialement.
C' est l' époque où les Noirs manifestent pour les droits civiques. Malcolm X a été assassiné, les Black Panthers dirigent un mouvement révoutionnaire radical qui va dérailler sérieusement et Martin Luther King est abattu à son tour.
Gary est témoin de la situation, mais beaucoup plus spectateur qu' acteur.
Il a eu certes un role important dans l' Histoire, mais les hommes l' ont déçu, enfin, la nature humaine...
Il aime les betes et il est toujours accompagné d' un zoo ambulant : chiens, chats, oiseaux, serpent...
Il a recueilli un chien perdu, quand il se rend compte très rapidement que l' animal a été dressé pour attaquer les Noirs.
Contre l' avis général, il décide de ne pas l' abattre...

"C' est assez terrible d' aimer les bètes. Lorsque vous voyez dans un chien un etre humain, vous ne pouvez pas vous empecher de voir un chien dans l' homme et de l' aimer."

Curieusement, je ne connaissais Gary que sous son nom d' emprunt : Ajar. Je crois que j' avais été retenu par le coté diplomate ou l' aspect best seller...
Je connaissais la réalité dont il parle, mais dite par un homme tel que Gary, elle acquiert une autre dimension, celle d' un homme honnète, généreux, lucide, profondément humain.
Vraiment un type bien !
Souvent déçu, irrité, mais jamais désabusé ni découragé.
Du moins à l' époque...

Sa femme, l' actrice américaine Jean Seberg, se suicide en 1979.
Et lui meme se tire une balle dans la bouche en 198O.
Que le bonheur est proche, que le bonheur est lointain !

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 3 Gary_s10

Récupéré

mots-clés : #autobiographie #racisme
par bix_229
le Mar 21 Aoû - 20:44
 
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Sujet: Romain Gary
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Kurt Vonnegut, jr

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 3 51nees10

Abattoir 5

Plus un conte éclaté qu'un roman de SF, baigné d'un humour désabusé. Quelque part aujourd'hui nous aurions l'idée d'une histoire terminée, un temps en quelque sorte figé. Claude Simon l'a dilaté, a dilaté le temps du souvenir qui habite le présent, Vonnegut l'étale, simultanéité du passé, du présent et d'un possible futur.

Ce qui se fait marquant à part que penser à La route des Flandres qui tient de l'épreuve en lisant ce livre "facile" c'est que leur point de départ est le traumatisme de la guerre. Billy Pilgrim (le pèlerin) fait office de bouffon malgré lui pour (re)traverser l'épreuve (autobiographique) de la guerre et du bombardement de Dresde. Malgré lui, comme ça vient, pour ce gars pas dégourdi mais pas méchant. Le même qui un peu de la même façon retrouvera une Amérique parfaite et une vie prospère qui ne saura pas l'intéresser. Les Trafalmadoriens sont plus intéressants ?

Amérique parfaite ou images qui habitent encore notre quotidien, il y a de quoi faire entre maison, argent et autres images d'une vie attendue, normalisée et gavée de morts et d'attitudes aveugles et préfabriquées.

C'est assez poignant et l'humour nécessaire ne fait que rendre l'ensemble plus touchant. C'est un beau bouquin pacifiste, un vrai qui parle de guerre et d'imagerie populaire, assez brut finalement dont l'apparente spontanéité ne fait pas oublier la difficulté et la peine du geste.

La tendresse pour ce bonhomme qui décroche, se sauve, n'est pas que pour lui même et ça fait du bien.

Encore mieux que pas déçu par ma lecture...

mots-clés : #autobiographie #autofiction #guerre #sciencefiction
par animal
le Dim 19 Aoû - 20:41
 
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Sujet: Kurt Vonnegut, jr
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Chen Ming

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 3 Inkedd13

Les nuages noirs s'amoncellent

La moitié de ma vie est le reflet du régime communiste. Ma vie n'a cessé d'être instable. Enfant, je dus me battre contre la misère. Grâce aux études, j'ai réussi à devenir professeur d'université. En plein épanouissement intellectuel, j'ai dû renoncer à toute activité et je fus envoyé dans un camp. Ensuite ce furent vingt-cinq années d'oppression et d'humiliation sans relâche.
Mon cauchemar a duré trente ans à cause d'une erreur de l'histoire.


Chen Ming est né en 1908 dans la province du Shanxi, au nord de la Chine. Son enfance fut misérable, marquée du sceau de la tristesse de sa mère, qui vit plusieurs de ses enfants mourir faute de soins. Chen Ming vivait dans un même habit rapiécé à l'infini, et ne mangeait que rarement à sa faim. Pourtant, sa mère, ignorant les quolibets des voisins, l'envoya coûte que coûte à l'école. Et son fils lui donna raison. A force de ténacité et grâce à la générosité de quelques amis, il devint professeur d'histoire contemporaine à l'université. Il pensait enfin pouvoir couler des jours heureux avec son épouse lorsque l'arrivée des communistes au pouvoir en décida autrement, signifiant le début d'un cauchemar qui devait durer près de 30 ans...

Les purges parmi les intellectuels chinois débutèrent dès 1951. Sans aucun jugement, sans savoir ce qu'on lui reprochait, Chen Ming fut condamné à 5 ans de laogai (le goulag chinois), où il vécut les pires sévices. Et sa libération en 1956 ne signifia en rien la fin de ses tourments...
Comme ancien détenu, mais aussi comme intellectuel, il fut brimé sans fin. Son sort était à la merci des décisions arbitraires et fluctuantes d'un régime totalitaire devenu fou. Vingt années durant, il dut balayer les rues sans relâche. Les fouilles et pressions policières, tout comme les interrogatoires, étaient continuels. Sa femme fut elle aussi cataloguée de «droitière », et dut comme lui subir des « séances d'autocritique », terribles humiliations publiques sous les quolibets de la foule.
Ce cauchemar ne prit fin qu'en 1978, lorsque Chen Ming fut finalement réhabilité, et que l'état chinois reconnut qu'il avait été condamné par erreur. Comme par miracle, les mêmes qui, la veille encore, le vilipendaient et lui crachaient dessus, n'étaient désormais que sourire à son égard... Comment imaginer les sentiments de cet homme de 70 ans, dont la vie avait été broyée par l'Histoire, comme celles de tant de ses compatriotes ?

Ainsi que l'indique Jean-Luc Domenach dans la préface, le récit de Chen Ming « contribue à corriger l'impression fausse, propagée après le retour au pouvoir de Den Xiaoping, qui fait de la Révolution culturelle un délire soudain et comme accidentel. » En réalité, les campagnes visant à écraser le milieu intellectuel ne cessèrent de se succéder, et la Révolution culturelle n'en fut que le paroxysme. Nombreux furent ceux qui se suicidèrent de désespoir. Mais Chen Ming a refusé de se laisser fléchir, de cesser de réfléchir. Le lavage de cerveau n'a jamais pris sur lui ; en secret, il est toujours resté un homme libre.

Au soir de sa vie, devenu veuf, Chen Ming entreprit de rédiger ses mémoires. Conscient qu'il était impossible de les publier dans son pays, il les confia à Camille Loivier, alors jeune étudiante en Chine. A charge pour elle de les traduire et de les faire publier en France.
C'est donc ainsi que nous est parvenu ce récit terrible et poignant. Jusqu'au bout, Chen Ming garda une part de son mystère, ne partageant qu'avec grande parcimonie ses pensées les plus intimes et les ressorts qui lui permirent de tenir face à la barbarie. On sent là toute la retenue d'un être qui vivait encore en Chine, et à qui la vie avait appris qu'on ne peut vraiment faire confiance à personne... Et pourtant, ce sont bien les phrases de cet homme hors du commun qui nous permettent, à nous lecteur, de garder foi en l'humain, en son incroyable capacité de résistance et de résilience...
Un témoignage rare, bouleversant, essentiel.


mots-clés : #autobiographie #campsconcentration #regimeautoritaire #revolutionculturelle
par Armor
le Sam 18 Aoû - 21:48
 
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Sujet: Chen Ming
Réponses: 5
Vues: 350

Irvin Yalom

Ca va un peu prolonger ce qu'écrivait Arturo dans le précédent post...

Comment je suis devenu moi-même ? (2018)

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 3 514m2x10

Devenir soi-même, c’est toujours un peu con, si on le savait on irait droit dessus. Nonobstant, certains bouquins de développement personnel se mettent en tête l’idée de nous faire advenir à nous-mêmes à l’aide de petits trucs et de petites astuces qui permettent également, et assez insidieusement, d’augmenter notre aptitude à entrer dans le rang d’oignons sans faire pleurer les éplucheurs de légumes. La méthode de Yalom est un peu différente : devenir soi-même, c’est vieillir, tout simplement. Appréciez la subtilité de l’idée : chaque instant qui passe, au lieu de vous rapprocher de la mort, vous rapproche de l’essence même de votre être. Bravo à vous, bravo à nous, nous devenons plus authentiques à chaque seconde, même nos égarements finiront par le confirmer.


Le parcours n’est pas aisé pour autant, tout le monde le sait. Les premiers chapitres du livre sont laborieux voire rebutants. Ils présentent le schéma rigide suivant : évocation de la situation d’un patient sur un paragraphe, création d’un lien entre cette situation et celle de l’enfant Irvin, narration du souvenir, brève échappée non détruite par le temps sur le court filament chronologique d’une vie d’enfant. L’évocation du cas clinique semble n’être qu’un prétexte vite écorché, le souvenir peine à remonter à la surface, le vieil Irvin semblant avoir tout oublié du jeune Irvin un peu angoissé qu’il dit avoir été, sans doute parce que le reste de sa vie fut un triomphe relatif, sans doute aussi parce que la colère qu’il dit avoir ressenti dans sa jeunesse semble avoir désormais laissé place à la compréhension et au pardon.

Ce voyage était divin, pourtant je me sentais souvent impatient et agité, peut-être à cause du « choc des cultures » ou parce que je ne savais pas vivre sans bûcher. Ce sentiment de mal-être a empoisonné mes premières années d’âge adulte. Vu de l’extérieur, je réussissais formidablement : j’avais épousé la femme que j’aimais, j’avais été admis en fac de médecine où tout marchait bien ; mais, en réalité, je n’étais jamais à mon aise, doutant toujours de moi, sans arriver à saisir l’origine de cette anxiété, soupçonnant une blessure profonde remontant à mes jeunes années, et avec l’impression de ne pas être à ma place, de ne pas être aussi méritant que les autres.



Ce n’est qu’à partir de la page 100 que la biographie devient plus fluide et plus captivante lorsque Irvin, enfin marié et sûr de sa voie professionnelle, nous raconte les petits et grands événements sa vie de couple et de famille, ses découvertes psychothérapeutiques et ses relations professionnelles avec des personnes plus ou moins connues du lecteur. Même s’il se montre parfois un peu agaçant à vouloir nous faire comprendre à quel point sa vie a été merveilleuse, pleine d’amour, d’enfants, d’amis riches et célèbres, de best-sellers et de maisons à Hawaï, il reste aussi attendrissant et il n’hésite pas à mettre à l’œuvre dans son bouquin ce qu’il a toujours préconisé en tant que psychothérapeute : pour briser la cuirasse de méfiance de son patient, il faut savoir prendre des risques soi-même et ne pas hésiter à révéler sa vulnérabilité la plus profonde. Si la méthode a fait ses preuves en psychothérapie, elle fonctionne aussi en littérature, permettant de surmonter les moments d’ennui et d’agacement et procurant un plaisir de lecture simple sans être non plus transcendant.

Plus je vieillis, plus je ressens cet isolement. Je pense au monde de mon enfance – les réunions du samedi soir chez tante Luba, les odeurs s’échappant de la cuisine, la poitrine de bœuf, le ragoût et les carottes à la juive, les parties de Monopoly et les parties d’échec avec mon père, l’odeur du manteau de laine d’agneau bouclé de ma mère – et je frissonne en comprenant que tout cela n’existe plus que dans ma mémoire.


Cette profession, qui nous offre l'occasion de dépasser notre petite personne, fait de nous des explorateurs, plongés dans la plus grandiose des recherches - le développement et la préservation de l'esprit humain. Main dans la main avec les patients, nous savourons le plaisir de la découverte - le moment décisif où des fragments idéels disparates glissent brusquement l'un vers l'autre pour former un tout cohérent. Je me fais parfois l'effet d'un guide escortant des étrangers à travers les pièces de leur propre maison. Quel bonheur de les regarder ouvrir les portes de chambres où ils n'étaient jamais entrés, de découvrir dans des parties inexplorées des éléments de leur identité, beaux et novateurs.



mots-clés : #autobiographie #medecine #psychologique
par colimasson
le Lun 13 Aoû - 16:49
 
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Sujet: Irvin Yalom
Réponses: 11
Vues: 667

Marceline Loridan-Ivens avec Judith Perrignon

L'amour après
avec Judith Perrignon

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 3 41aubv10


Au crépuscule de sa vie, lumineux quoiqu'elle perde la vue, Marceline Loridan-Ivens rouvre la valise de ses archives et se rappelle comment, au retour des camps, avec "l'ombre de la mort" dans son dos, elle a fait le choix de la liberté, là où beaucoup de ses compagnes ont choisi le mariage, la sagesse, les enfants, cadre rassurant pour dépasser l'empreinte infernale. Comment elle joue le "jeu de la séduction dont j'avais abusé pour me rassurer, par simple peur d'être aspirée par le vide".

C'est l'occasion de parler d'un corps qui ne peut que se souvenir des sévices, de l'usage d'une espèce de liberté qu'elle a paradoxalement apprise dans les camps, où, jetée à 15 ans, elle s'est affranchie de toute tutelle pour ne vivre que par elle-même. C'est aussi l'occasion de parler  d'amour dans cette incroyable relation partagée avec Joris Ivens, d'amitié, notamment avec quelques pages très fortes sur Simone Veil, si différente et si proche, de ce lien impossible à couper entre les survivant(e)s.
C'est un texte que la belle écriture de Judith Perrignon contribue à rendre aussi joyeux que terrible, vivant, en quelque sorte, de cette énergie de savoirs, de relations, de combats qui a conduit Marceline Loridan-Ivens.

Seuls comptent la quête, le mouvement, le sens.


Sans mentir, franche, résolue, elle ne franchit jamais les limites d'une impudeur, ni sur l'horreur ou la douleur, ni sur la joie, ni sur le plaisir. Les dernières pages sont bouleversantes, elle se retrouve seule dans le lit de son conjoint décédé reste de son côté, puis adopte le milieu. Tout cela est bien remuant. Il y a une beauté à cette façon de mener sa vie.

Mots-clés : #amour #autobiographie #campsconcentration #conditionfeminine #correspondances #temoignage
par topocl
le Mer 1 Aoû - 15:42
 
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Sujet: Marceline Loridan-Ivens avec Judith Perrignon
Réponses: 33
Vues: 1916

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