Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 13 Déc - 11:36

191 résultats trouvés pour autobiographie

Marguerite Duras

La Douleur

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 La_dou11

Sous ce titre a été publié en 1985 un ensemble de cinq textes qui ont pour point commun la fin de la dernière guerre mondiale et la Libération. Certains sont à caractère autobiographique, d’autres sont de pures fictions.

La Douleur raconte l’attente angoissée de Marguerite Duras du retour de déportation de son mari Robert Antelme. Le récit se présente comme un journal. C’est en fait un faux journal qui trouve ses origines dans les fameux « cahiers de guerre », ensemble de notes écrites par Marguerite Duras dans les années 1945-47. Ces textes ont été revus à différentes reprises par l’auteur, notamment pour leur publication en 1985. Comme bien souvent, Marguerite Duras revient sur son passé dont elle modifie sans cesse la teneur. C’est le travail d’une écrivaine et non d’une historienne.
La Douleur est un texte fort qui décrit le comportement à la limite de l’hystérie d’une femme qui attend son mari détenu. Est-il mort ? Est-il vivant ? Tout se passe comme si Marguerite voulait éprouver dans la chair une violence dévastatrice qui serait en sympathie profonde avec celle connue par Robert en captivité. S’y mêle également un arrière-plan de mauvaise conscience, Marguerite ayant une liaison depuis deux ans avec Dionys Mascolo, le meilleur ami de Robert ! Après avoir fréquenté les gares d’Orsay et l’hôtel Lutetia, lieux de rassemblement des déportés, recueilli nombre de témoignages, les informations viennent du colonel Morland, nom de guerre de François Mitterand et le sauvetage in-extrémis de Robert à Dachau. Suit le lent retour à la vie du détenu décrit par l’auteur en termes parfois très crus. La publication de ce texte entraîna une longue brouille entre Duras et son ex-mari.

Monsieur X dit Pierre Rabier est le récit de la rencontre et des relations ambiguës entre Marguerite Duras et un gestapiste, de son vrai nom Charles Delval. Ce texte a été écrit vers 1985 à partir de notes rédigées en 1946 lors du procès de Delval et en 1958 lors de l’élaboration du scénario du film « Hiroshima, mon amour ».
Pour résumer le sujet : après l’arrestation de Robert en juillet 1944, Marguerite se rend au siège de la Gestapo, rue des Saussaies, afin de faire parvenir un colis à son mari interné à Fresnes. Elle tombe sur Charles Delval qui a procédé à l’arrestation de Robert Antelme.
S’ensuit une étrange relation entre le gestapiste et la résistante, fait de séduction de la part de Charles (réciproque pour Marguerite ?) doublée d’un jeu dangereux du chat et de la souris. Ainsi Charles invite régulièrement Marguerite dans des cafés et des restaurants, sous le prétexte de pouvoir aider Robert. Nous ignorons jusqu’où ira leur relation. Un projet d’assassinat de Delval est monté par le groupe de Dionys Mascolo, mais n’aura pas lieu. Finalement Charles Delval sera condamné à mort et exécuté en 1946. Marguerite Duras a témoigné une première fois à charge au tribunal, puis une seconde fois à décharge.
Dans monsieur X, Marguerite Duras présente Charles Delval comme un personnage fasciné par l’Allemagne nazie et ne doutant pas une seconde de la victoire finale. Il interprète donc sa tâche comme une sorte de devoir moral. Nous sommes au cœur de l’ambivalence bourreau – victime, les frontières n’étant pas aussi imperméables que notre vision 70 ans plus tard pourrait le laisser penser.
Fait  étonnant et qui mérite d’être mentionné puisque ces récits ont une forte valeur autobiographique : Dionys Mascolo, amant de Marguerite, entretient une relation avec la femme de Charles Delval avec laquelle il a un enfant ! Compliqué tout cela.scratch

Dans Albert des Capitales Marguerite Duras renverse les rôles et se présente en tant que bourreau. En effet, il s’agit d’un interrogatoire mené par une certaine Thérèse (« Thérèse c’est moi » nous prévient MD) d’un mouchard accompagné d’un tabassage en règle. C’est un texte extrêmement violent, franchement très dur et qui m’a mis très mal à l’aise. M.D. a-t-elle cherché à faire un contrepoint à « L’Espèce humaine » de Robert Antelme ?

Ter le milicien est le portrait d’un jeune frimeur, flambeur, amoureux de la vie qui a été séduit par une collaboration active. On ne sait s’il continuera à vivre ou s’il sera exécuté.

Les deux derniers textes sont des fictions : L’Ortie brisée, fuite d’un collaborateur dans la banlieue parisienne ; Aurélia Paris, jeune juive recueillie dans un appartement parisien. Ce sont deux beaux textes.

Ma lecture de « La Douleur » suit celle de « L’Espèce humaine » de R. Antelme. Ce dernier livre est éprouvant, mais soutenu par une pensée ferme et élaborée. Au contraire « La Douleur »  avec ses textes disparates, ses ambiguïtés, ses non-dits, son caractère beaucoup plus ouvert vers les interprétations du lecteur, offre une autre vision, complémentaire ?, qui peut être dérangeante pour certains, mais n’est-ce pas le caractère des œuvres d’art ? Very Happy


Mots-clés : #autobiographie #campsconcentration #deuxiemeguerre #genocide
par ArenSor
le Lun 5 Fév - 12:15
 
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Sujet: Marguerite Duras
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Carlo Levi

Le Christ s'est arrêté à Eboli.

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Eboli10



« Confinati » - c-à-d mis en résidence surveillée – de 1935 à 1936, pour antifascisme, à Gagliano, petit village de Lucanie (Basilicate actuelle), Carlo Levi a rapporté de son séjour forcé dans « cette terre sans consolation ni douceur, où le paysan vit, dans la misère et l’éloignement, sa vie immobile sur un sol aride en face de la mort ».

Pourquoi ce titre ?
« Nous ne sommes pas des chrétiens, disent-ils ; le Christ s’est arrêté à Eboli. » Chrétien veut dire, dans leur langage, homme – et ce proverbe que j’ai entendu répéter si souvent n’est peut-être dans leurs bouches que l’expression désolée d’un complexe d’infériorité : nous ne sommes pas des chrétiens, nous ne sommes pas des hommes, nous ne sommes pas considérés comme des hommes, mais comme des bêtes, moins que les gnomes qui vivent leur libre vie, diabolique ou angélique, parce que nous devons subir le monde des chrétiens, au-delà de l’horizon, et en supporter le poids et la comparaison.


Carlo Levi, dans la lenteur et la langueur du temps qui passe, des journées qui paraissent interminablement calmes et vides, observe et peint, découvre et décrit, comprend et analyse.
Sans jamais tomber dans l’apitoiement misérable, Carlo Levi nous confie son vécu dans une écriture qui coule comme une source claire et fraîche, nous livre ses réflexions d’une profonde humanité, nous bouleverse avec ses mots simples. Les descriptions des paysages y sont certes très belles mais ce qu’il réussit à merveille c’est de nous approcher de ses paysans, de leur monde. Le texte sobre donne une telle dimension à la souffrance et au désespoir que l’on frissonne tant on finit par aimer ces paysans.
Carlo Levi fait la lumière sur la réalité de ce qu’était le sud de l’Italie, un pays oublié vivant toujours comme à l’époque féodale où les propriétaires et les fascistes (la petite bourgeoisie) régnaient sur une population décimée par la malaria.
A la fin du roman, Levi expose une sorte de réquisitoire où sont développées les réelles solutions à apporter pour que cette région et ses paysans et leurs enfants se sentent intégrés dans leur propre pays, « créer une nouvelle forme d’Etat qui soit aussi l’Etat des paysans ».

Grande émotion.

(carnet retrouvé...)


mots-clés : #autobiographie #exil #politique #ruralité #social
par Cliniou
le Lun 15 Jan - 12:08
 
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Sujet: Carlo Levi
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Carlos Fuentes

Diane ou La chasseresse solitaire

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Diane_10

Cette « chronique autobiographique » commence (et se poursuit) par d’intéressantes considérations sur Dieu (pouvons-nous être heureux dans la vie, et aussi dans un éventuel ciel ?), la littérature et le cinéma (mais aussi les autres arts), Don Juan (métamorphose et mouvement), auquel s’apparente l’auteur. Il s’agit essentiellement de narrer les (presque) deux mois de sa liaison avec Jean Seberg (Diane Soren dans le livre) ; elle a la trentaine en 1970, lui quarante ans ; les deux sont mariés, elle à un autre écrivain, Romain Gary (Ivan Gravet), lui à une autre actrice, Rita Macedo (Luisa Guzmán). C’est érotique, et assez impudique ; avec des regards (de gauche) sur les sociétés sud-américaine (les faits se passent au Mexique) et américaine (hollywoodienne notamment, mais pas que : influence puritaine, arrogance, etc.) ; sur les mythologies (dont Jeanne d’Arc) ; et bien sûr c’est une histoire d’amour mouvementée jusqu’à la rupture, sur fond de Black Panthers et FBI.
Intéressant pour qui s’intéresse à la biographie de Jean Seberg, « l’accoucheuse de révolution », persécutée, angoissée. Pour qui s’intéresse à Carlos Fuentes, l’écrivain qui se confie exceptionnellement ici, et pas sous un jour toujours brillant. Enfin l’occasion de rencontrer, par exemple, Buñuel (le désir et le rêve doivent en rester à ce stade), ou encore Clint Eastwood (en photo au chevet du lit).

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Jean_s10

« Combien de fois ne me suis-je pas dit : Je serai toujours ce que je suis en ce moment ! Je me remémore et j’écris pour retrouver le moment où elle serait à jamais comme elle était, tel soir, avec moi. Mais toute singularité, amoureuse ou littéraire ‒ souvenir ou désir ‒, est vite engloutie par la grande marée qui sans cesse nous encercle comme un incendie sec, comme un déluge ardent. Il nous suffit de sortir un instant de notre peau pour savoir que nous sommes cernés par une houle toute-puissante qui nous précède et nous survit, indifférente à notre existence particulière.
J’aime et j’écris afin d’emporter une victoire passagère sur l’immense et omnipotente réserve qui est là, mais ne se manifeste pas… Je sais que la victoire est éphémère. Mais elle me permet de garder mes propres réserves, grâce auxquelles je peux faire quelque chose ‒ en cet instant ‒ qui ne ressemble pas au reste de ma vie. L’imagination et la parole me disent que, pour que l’imagination parle et la parole imagine, le roman ne doit pas être lu comme il a été écrit. Cette condition devient extrêmement hasardeuse quand il s’agit d’une chronique autobiographique. L’écrivain doit fournir les variations sur le thème choisi, multiplier les options du lecteur et tromper le style par le style même, au moyen de constantes modifications de genre et de distance. »
« Diane, la chasseresse solitaire. Ce récit, lesté des passions du temps, se met lui-même en échec parce qu’il n’atteint jamais à la perfection, à l’idéal de ce qui a pu être imaginé. Il ne le désire même pas, du reste, car si la parole et la réalité coïncidaient parfaitement, le monde s’achèverait, l’univers ne serait plus perfectible puisqu’il serait parfait. La littérature est une blessure par où jaillit l’indispensable divorce entre les mots et les choses. Par cette plaie, nous pouvons perdre tout notre sang.
Seuls à la fin, comme seuls au commencement, nous nous remémorons les instants de bonheur que nous avons sauvés de la mystérieuse latence du monde, nous revendiquons l’esclavage du bonheur et nous n’écoutons que la voix de la réserve masquée, le pouls invisible qui au bout du compte se manifeste pour affirmer la vérité la plus terrible qui soit, la condamnation irrévocable du temps qui nous est imparti sur terre :
Tu n’as pas su aimer. Tu as été incapable d’aimer. »

« ‒ Les couples qui auraient pu être mais qui ne se sont pas formés, les couples qui se ratent, ajouta-t-elle en français, tu comprends ? les gens qui se croisent comme des bateaux dans la nuit. Cette idée m’angoisse beaucoup. »

« À tort ou à raison, je n’ai vécu que pour écrire. »

« Le mensonge est le revers du progrès. Plus nous avançons dans le progrès technologique, plus nous compensons notre retard moral ou imaginatif en utilisant l’arme dont nous disposons : le mensonge. »

« Le lecteur doit être inventé par l’auteur, imaginé dans le but de lui faire lire ce que l’auteur a besoin d’écrire, non ce qu’on attend de lui. »

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Jean_s11
Diane/ Jean y Carlos

mots-clés : #amour #autobiographie
par Tristram
le Sam 30 Déc - 13:13
 
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Sujet: Carlos Fuentes
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Wallace Stegner

Oups, j'arrive trop tard pour topocl et son train..

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 97828510

The Big Rock Candy Mountain ( La bonne grosse montage en sucre)
traduit de l'anglais ( Etats- Unis ) par Eric Chédaille
Editions Phébus

Ce roman, traduit en 2002, a été écrit trente ans avant Angle d'équilibre. Mais il traite en fait du même thème, analysé avec peut-être moins de recul, et ça se comprend, trente ans de vie aident, quelquefois, à prendre du recul !
C'est une histoire très autobiographique, celle de la famille de cet écrivain américain mort en 1993.
Cette fameuse "candy mountain" représente ce qu'on appelle couramment le "rêve américain", partir de rien et arriver... à quoi, c'est autre chose !
La grande majorité des habitants de ce pays y aspiraient, en tout cas, en ce début de siècle dernier. De là à tous y aboutir....
C'est le récit d'une quête effrénée pour "réussir", en allant toujours plus loin et de manière toujours plus aventurière, du père, donc, de Wallace Stegner, un homme de l'étoffe des premiers pionniers, mais né un peu tard, peut être, alors que la fortune des pionniers est déjà faite, et qu'il ne reste que des miettes à grappiller dans des conditions toujours plus difficiles.

Cet homme traîne derrière lui sa famille, bien obligée de suivre et de s'adapter, sa femme (merveilleux hommage rendu à la femme dans son personnage de mère, le reste est beaucoup plus ambigu) et ses fils, de plus en plus révoltés par les sautes d'humeur d'un père éternellement sujet à des revers de fortune. Un des fils en mourra, et l'autre deviendra universitaire puis écrivain, et son histoire familiale lui servira de trame pour ce premier roman.
A la mort du père, ce fils va lui rendre une sorte d'hommage en écrivant :

"Harry Mason était et un enfant et un homme. Quoiqu'il fît jamais, à n'importe quel moment de sa vie, il fut, jusqu'en ses colères, un être mâle de bout en bout, et il fut presque toujours un enfant.
A une époque plus ancienne, en d'autres circonstances, il aurait pu être un individu montré en exemple par la nation toute entière, mais il n'eût été en rien différent. Il n'en fût pas moins resté un être humain au développement imparfait, un animal social immature ; or, plus la nation va de l'avant, moins il y a de place pour ce genre de personnage. Harry Mason vécut avec celle qui fut ma mère et que je révère pour sa bonté, sa douceur, son courage et sa sagesse. Mais j'affirme, en ce jour où sont célébrées les obsèques de cet homme, et en dépit de la haine que j'ai eue pour lui pendant de nombreuses années, qu'il possédait plus de talents, plus de ressources et d'énergie qu'elle. En affinant les qualités de ma mère, on arriverait à la sainteté, jamais à la grandeur. Ses qualités à lui étaient la matière brute à partir de laquelle se construisent les hommes remarquables. Quoique je l'aie toujours détesté, et bien qu'aujourd'hui je ne l'honore ni ne le respecte, je ne peux lui retirer cela..."

Dans des extraits d'entretiens publiés par le journal Libération en juin 2002, Stegner, parlant de la littérature, écrit :
"Penser qu'il y ait quelque chose de nouveau à dire, à mon sens, ne mène à rien. Ce qui importe, c'est la compréhension toujours plus approfondie de ce qui de tout temps a existé."


C'est ce que, je pense, il a essayé de faire au long de son oeuvre (du même auteur, toujours chez Phebus, deux très beaux romans d'un écrivain plus assagi sinon plus serein, "Vue cavalière" et "La vie obstinée").


mots-clés : #autobiographie #famille #initiatique
par Marie
le Dim 17 Déc - 21:30
 
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Sujet: Wallace Stegner
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François Sureau

Le chemin des morts

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Chemin10
Récit (autobiographique sans doute), de la taille d'une nouvelle (une quarantaine de pages environ), paru en 2013.

Début des années 1980. Un tout jeune brillant juriste atterrit à la Commission de recours des réfugiés (aujourd'hui Cour Nationale du Droit d'Asile). Il évoque le président de celle-ci à l'époque, pour lequel il nourrit de l'admiration, tant pour le parcours que pour la méthode.

Le chemin des morts, au Pays basque, c’est ce chemin particulier qui mène chaque maison jusqu’au cimetière. Chaque famille a le sien, et se tisse ainsi au-dessus des routes et des sentiers une toile secrète, invisible et mystérieuse, qui mène jusqu’à l’église.



Arrivé en France en 1969, fuyant la justice franquiste, Javier Ibarrategui, membre du commando qui avait assassiné Melitón Manzanas à Irún le 2 août 1968 (commissaire, tortionnaire notoire sous le régime franquiste, à la tête de la Brigada Político-Social de Guipúzcoa - à noter que cet assassinat est, à jamais pour l'Histoire, le premier attentat prémédité d'ETA) avait-il à y demeurer en vertu du droit d'asile, tandis qu'entre-temps l'Espagne était devenue une démocratie ?

Pouvions-nous seulement faire à l'Espagne la mauvaise manière de tenir pour nul et non avenu son retour au droit ?


Le cas est épineux, les sinistres GAL (Grupos Antiterroristas de Liberación) opérent, groupes occultes, para-militaires sévissant dans l'ombre y compris (et même par périodes surtout) sur sol français, lequel est considéré par ceux-ci, à tort ou à raison, comme un sanctuaire pour les activistes basques.

Et Javier Ibarrategui s'était tenu plus que tranquille en France, allant même jusqu'à désapprouver, par un écrit circulant dans les milieux clandestins, l'assassinat de l'amiral Carrero Blanco en 1973. Ce qui lui fut reproché
par ses anciens camarades comme par certaines vois autorisées de l'extrême gauche française.



Dire le droit, motiver une décision de justice est ardu.
Lorsqu'un juge adopte une solution, c'est bien souvent parce que la décision inverse lui paraît impossible à rédiger, pas davantage.


Et puis il y a les cas.
En évoquant quelques-uns d'entre eux, on survole le relativisme, chaque époque connaît le sien propre, couplé au regard, qui diffère tous les quinze ou vingt ans.
Et même les cocasseries, la filouterie pas bien méchante:
Je me souviens que ce jour-là nous avions accordé le statut de réfugié à un Zaïrois, dont nous devions découvrir ensuite qu'il s'était déjà présenté trois fois à la Commission sous des identités différentes. Il avait un beau talent d'acteur et revendait ensuite -à un prix abordable- le précieux papier à ses compatriotes.



J'ai beaucoup apprécié cette courte nouvelle (ce court récit), pas seulement pour la teneur et le questionnement central qu'il pose:
En effet -bonheur de lecteur- le style est ramassé, concis, cependant à l'opposé du type script ou scénario, sobre mais jamais sec, toujours à grand pouvoir évocateur: que l'auteur en soit remercié...

mots-clés : #autobiographie #exil #immigration #justice
par Aventin
le Sam 16 Déc - 19:10
 
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Sujet: François Sureau
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Patrick Deville

Vais-je me réconcilier avec Patrick Deville?

Taba-Taba

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Images52

Qu'est ce qui a fait Patrick Deville, ce petit garçon, cette "crevette", qui a vécu ses premières années derrière les murs du Lazaret de Mindin, en face de St Nazaire, cet hôpital psychiatrique où son père anime une troupe de théatre, éprouvant une étrange fascination-amitié pour un pensionnaire, "solitaire ténébreux", scandant sa solitude de l'obscure litanie taba-taba-taba/taba-taba-taba, alexandrin parfait adressé à l'adversité?

Est-ce sa famille dont il déroule un historique tout à la fois romanesque et scrupuleux, grâce aux 3 m3 des archives de cinq générations, léguées par la tante Monne, rescapées de combien de pertes et de hasards ? Journaux d'époque, correspondances, photographies, journaux intimes, répertoires, factures, courriers administratifs lui permettent, une année durant, d'organiser un grand jeu de piste à travers la France, au volant de sa Passat : il n’est pas du genre à se contenter de la paperasse, Deville, il veut retrouver les lieux, il veut voir, il veut sentir, il veut rêver. Il veut imaginer ces fantômes d'ancêtres se glissant dans les rues, pêchant dans les ruisseaux, échappant aux obus, se cachant au maquis...

Est-ce notre histoire française, ses guerres sans cesses enchaînées, ces der-des ders préparant la suivante,  dont le traumatisme se transmet au-delà des mots, trouvant son apogée dans les actes terroristes qui frappent nos territoires paysagers et intimes?

Est-ce l'histoire mondiale, de conquêtes en colonies, à la rencontre desquelles il s'envole en alternance avec son périple des campagnes et villes françaises (Wikipedia nous l'expliquant puisqu'il est directeur littéraire de la Maison des écrivains étrangers et des traducteurs de Saint-Nazaire, )?

C'est bien sûr tout cela qui l'a fait, fruit de tant de hasards qu'il aurait tout aussi bien pu ne jamais être là. C'est ce qui a fait cet esprit curieux, passionné, érudit, avide de détails inutiles qu'il rend indispensables, d'histoires et de souvenirs, de lectures et de voyages, organisés dans des digressions, des associations temporelles ou spatiales, livrés au lecteur dans un feu d’artifice  foisonnant : émotions,  noms célèbres ou inconnus,  citations, lieux, événements historiques ou intimes étroitement mêlés. Dans la luxuriance et l'emportement, rares sont les instants où l'on frôle la noyade face à ce déferlement.

Le récit emporte brillamment la gageure d'une ambition folle qui cherche à l'exhaustivité : décrire un homme, c'est décrire le monde. Et cet homme, amalgame de tant de choses, de tant de gens, de tant de lieux, de tant de siècles, cet homme lucide se veut optimiste quand le monde part en vrille: et alors, ce monde ne le fait-il pas depuis des siècles et des siècles? C'est par un charme fou, un humour malin, une fantaisie jamais épuisée, un sens du romanesque captivant, une attention à l'autre et un amour partagé que Patrick Deville donne sens à tant de sacrifices  dans les diverses boucheries des siècles passés.

Ici, la littérature,  modelant habilement réalité et fiction entremêlées (il parle de roman sans fiction), répond à nos interrogations essentielles, en quelque sorte. Arrivée éblouie au terme de ce roman universel et intime, je ne sais plus au final si la question est : qu’est ce qui a fait Patrick Deville, ou : qu'est ce qui fait le monde.


mots-clés : #autobiographie #famille #guerre #historique #terrorisme
par topocl
le Mer 6 Déc - 16:22
 
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Sujet: Patrick Deville
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George Sand

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Tylych10

Elle et Lui


C’est l’histoire d’une passion, celle de Thérèse et Laurent,  exacerbée par le caractère inconstant du jeune et talentueux peintre. En effet Laurent semble souffrir d’un déséquilibre psychique, passant de la douceur à la fureur en quelques minutes,  de la jalousie à l’indifférence, ne cessant d’accuser puis de réclamer le pardon de celle qu’il aime.

C’est par l’amitié que ces deux êtres se sont liés,  puis le garçon tombant amoureux de sa tendre et belle amie (peintre elle aussi) la convainc par ses déclarations, ses promesses ( renoncement à sa vie dissipée) de  céder à l’ amour.

« Ecoute,  ajouta-t-elle en tenant sa main dans les siennes avec tout la force dont elle était capable, ne me retire jamais cette main là et, quelque chose qui arrive, garde assez d’honneur et de courage pour ne pas oublier qu’avant d’être ta maîtresse, j’ai été ton ami. »

Mal lui en prit,  le bonheur ne dura  pas 7 jours. Victime d’hallucination Laurent est incohérent,  cette 7ème journée qui s’annonçait agréable fut une déconvenue.

« Il avait eu une hallucination. […]Quand il a été tout près, j’ai vu qu’il était ivre, et non pas poursuivi. Il a passé en me jetant un regard hébété, hideux, et en me faisant une laide grimace de haine et de mépris. Alors j’ai eu peur, et je me suis jeté la face contre terre, car cet homme…c’était moi ! »

Laurent s’ennuyait de cette vie calme, régulière,  il critiquait Thérèse qui pourtant fit des efforts pour sortir avec lui dans des lieux qu’elle n’aurait jamais fréquenté.

« Il faut savoir que la monotonie ne me convient pas, il faut me laisser à mes instincts qui ne sont pas toujours sublimes, mais que je ne peux pas détruire sans me détruire avec eux… »

Pour rompre la monotonie elle proposa à Laurent un voyage en Italie mais en 24 heures Laurent était déjà las de Gênes. Ce fut la rupture après une scène terrible.

Palmer, un américain ami de longue date avec Thérèse avait  favorisé la réunion du couple pensant que Laurent pouvait apporter le bonheur à Thérèse. Il avait une nouvelle à délivrer à la jeune femme (dont il avait d’ ailleurs raconté la vie à Laurent) Thérèse s’apprêtait à rentrer en France et Palmer, fort de sa rupture d’avec Laurent, lui révéla son amour et lui proposa le mariage. Elle accepta.

Palmer et Thérèse reçurent une lettre inquiétante de Laurent, ils le rejoignirent à Florence où il était atteint de fièvre, de délire. Thérèse le veilla et le soigna. Remis de cette épisode Laurent ne se souvenait pas de leur rupture et souhaitait continuer à vivre  avec Thérèse.

« Ce cœur là,  Laurent,  dit-elle en frappant se poitrine, n’est ni si fier ni si ardent peut-être que le vôtre ; mais, vous l’avez dit vous-même souvent autrefois, il reste toujours à la même place. Ce qu’il a aimé, il ne peut cesser de l’aimer ; mais, ne vous y tromper pas, ce n’est pas de l’amour comme vous l’entendez, comme vous m’en avez inspiré, et comme vous avez la folie d’en attendre encore. Ni mes sens ni ma tête ne vous appartiennent plus. J’ai repris ma personne et ma volonté ; ma confiance et mon enthousiasme  ne peuvent plus vous revenir. J’en peux disposer pour qui les mérite […] »

Rentrée en France, Thérèse fut bouleversée et amère de la demande de Palmer, jaloux de Laurent ; elle reprit sa parole sur le mariage.

« Thérèse !Thérèse ! s’écria Palmer avec violence en lui serrant le bras jusqu’à le meurtrir, jurez-moi,sur le souvenir de l’enfant que vous avez perdu, que vous n’aimez plus Laurent, et je tombe à vos  pieds pour vous supplier de me pardonner mon injustice. »

Fort de la rupture de Thérèse avec Palmer, Laurent  redevient  si charmeur, si prometteur,

Ah ! Thérèse, vous m’avez déjà dit une fois que je me vantais devant vous de ce dont je devrais rougir, que j’étais un mur de prison. Vous n’avez oublié qu’une chose : c’est qu’il y a derrière ce mur un prisonnier !
A quoi me servira, je vous le demande, d’avoir barbouillé de peintures fantasques les murs de mon cachot, si le mot  aimer  ne se trouve écrit nulle part ?


que  Thérèse succomba  une nouvelle fois :

« Thérèse sentit bientôt que l’affection de son pauvre enfant, comme il s’intitulait toujours, lui était douce, et que, si elle pouvait continuer ainsi, elle serait le plus pur et le meilleurs sentiment de sa vie.
- Probablement, lui disait-il, j’étais malade sans le savoir quand, pour la première fois, j’ai été coupable envers toi. Une fièvre cérébrale, cela semble tomber sur vous comme la foudre… »


Le premier bonheur de Thérèse n’avait pas duré toute une semaine ; le second ne dura pas vingt-quatre heures.

« Aussitôt ses velléités d’amour pour elle lui revinrent  et en même temps ses soupçons, sa jalousie et sa colère. Jusque là ce charme d’amitié l’avait bercé et comme enivré ; il devint tout à coup amer et glacé. »

« Il obéissait à cet inexorable besoin que certains adolescents éprouvent de tuer ou de détruire ce qui leur plaît jusqu’à la passion.

Thérèse  pensa que c’était elle qui était la cause de la « folie » de Laurent car ce n’est qu’en sa présence qu’ elle se manifestait.


« Un soir, il lui fit une si longue et si incompréhensible querelle, qu’elle ne l’entendit plus et s’assoupit sur son fauteuil. Au bout de quelques instants, un léger frôlement lui fit ouvrir les yeux. Laurent jeta convulsivement par terre quelque chose de brillant : c’était un poignard. Thérèse sourit et ferma les yeux. Elle comprenait faiblement, et comme à travers le voile d’un rêve, qu’il avait songé à la tuer. En ce moment tout était indifférent à Thérèse. Se reposer de vivre et de penser, que ce fût sommeil ou mort, elle laissait le choix à la destinée. »

Mais, un matin un bambin vient sonner à sa porte disant qu’on l’ avait adressé à elle, Mlle Jacques parce qu’elle devait s’occuper de lui, son père étant mort et sa marâtre ne voulait plus de lui. Thérèse reconnait ses traits dans le visage de l’enfant, elle comprend que c’est le fils qu’elle croyait disparu.

Elle remercia Palmer  de lui avoir ramené son enfant ; tous deux partent vivre en Allemagne, la mère avait  chassé la maîtresse.

***

Mon sentiment : passion, souffrance,  l’art, la solitude  qu’est-ce ? romantisme? mais il y a dans ce  livre du drame, du social, le  stoïcisme  de Thérèse,  alors  peut-on   qualifier cette histoire de romantisme réaliste (?)

L’histoire de cette passion est sauvée  par l’écriture  à la fois sensible et forte  de l’auteure,  les sentiments  et les raisonnements  sont bien exploités,  sinon j’aurais certainement abandonné le livre car cette passion  aurait pu virer, avec une autre plume, au pathétique.

Ce livre est dit autobiographique, il semble en effet que certains personnages et évènements de l’histoire s’inspirent  fortement de  la vie de George Sand.


mots-clés : #autobiographie #xixesiecle
par Bédoulène
le Jeu 30 Nov - 10:47
 
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Sujet: George Sand
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Alice Rivaz

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 31ncmb10

" Longtemps le visage maternel se posa sur mes yeux pour les fermer à tout ce qui n'était pas lui. Il me masquait jusqu'à la couleur des jours, jusqu'à l'odeur de l'herbe et des fleurs. Il étouffait la voix des enfants qui voulaient jouer avec moi. Mes yeux ne savaient que le regarder, tout mon être que le respirer, et plus encore, le boire! Mes mains n'étaient faites que pour toucher la robe qui recouvrait un corps si précieux; mes oreilles pour me repaître de ces mots tendres à moi destinés.
Tout devenait félicité  quand la main, la voix, le regard de celle que j' aimais peuplaient mon proche univers, mais tout se ternissait, se couvrait de brume
quand ils s' en retiraient.
[...] Je me sentais trop bien. Comme un poisson dans l' eau. Elle était l' eau."



Ainsi commence l' autobiographie d' Alice Rivaz, née à Clarens, un lieu aimé par Byron et Rousseau. Si le premier amour, profond et fusionnel d'Alice
fut pour sa mère, il est justifié parce que cette mère-là avait les pieds sur terre, ayant très tot voyagé en Europe pour enseigner le français et fui la misère
du foyer. Ce qui ne l' empêchait nullement d' être une mère et une épouse tendre.
Le père lui, était souvent absent, meme quand il était là. Perdu dans ses pensées et convaincu de  la nécessité d' une révolution sociale. On était au début
du 20e siècle et l' espoir du' une révolution faisait son chemin. Du moins dans les milieux ouvriers et intellectuels.
Le père, menaçait souvent de démissionner de son métier d' instituteur et la mère était profondément angoissée par la crainte de perdre leur gagne pain.

Meme si son père était souvent distant, Alice l' aimait l' aimait et l' admirait profondément. Elle n' était donc jamais à l' abri des tensions familiales.
Troublée de voir de plus en plus souvent ses parents se déchirer sans comprendre le sens des mots utilisés ni la position de chacun.
Le monde des adultes lui semblait incompréhensible et blessant. Et les roles qu' ils affectaient en guise modus vivendi l' effrayaient.
La vie est triste et injuste, disaient-ils,  et la consolation est dans la religion pour certains, dans l' utopie et l' action révolutionnaire pour les autres.

Le livre s' achève au moment où un profond changement va affecter leur vie. Le père a fini par avoir gain de cause. Il va devenir journaliste et ils vont
vivre à Lausanne. Changement de  vie, de décor.
Un jour, en lisant le journal, le père bouleversé s' écrie : "Ils ont tué Jaurès." La guerre se profile...Mais c' est une autre histoire.

Tel est ce récit d' une enfance revisitée. Celui d' une femme intelligente, sensible et courageuse. Et en plus, elle a du talent.


Récupéré



mots-clés : #autobiographie #enfance #social
par bix_229
le Sam 25 Nov - 23:38
 
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John Maxwell Coetzee

Vers l'âge d'homme

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Coetze12
Bon je m'attendais vraiment à mieux ! L'homme ralenti fut une belle découverte et je partais confiante .
Ouvrage autobiographique d'un écrivain descendant d'afrikaners  hanté par l'histoire de son pays , et toutes les blessures de l'humanité  .Et pourtant ,là on nage dans le mou mou de questionnements vaguement existentiels , philosophiques embrumés .L'écriture n'a rien de dynamisant ,ça manque de nerfs tout ça , ce n''est même pas dépressif , ni mélancolique .... Apathique mais pas tout à fait , en quête d'exaltation mais avec tiédeur , lunaire et décalé , dans l'autodérision tristounette, caustique fatigué , Coetzee a un intérêt indéniablement soporifique : Mais même là ça reste du léger Atarax 25 .
.  Le positif , c'est que  j'y ai puisé plein de références , et donc je l'ai lu avec un certain intérêt .Indirect .

Il tue le temps, il s’efforce de tuer le dimanche pour que le lundi vienne plus vite, et avec le lundi le soulagement du travail. Mais vu de plus loin, le travail est aussi une manière de tuer le temps.


En fait , pour rien au monde il n'entreprendrait une psychothérapie .L'objectif de la psychothérapie est de rendre heure heureux .A quoi bon? Les gens heureux ne sont pas intéressants .Mieux vaut porter le  fardeau du malheur et essayer d'en faire quelque chose de valable , de la poésie , de la musique ou de la peinture : c'est là sa conviction.



mots-clés : #autobiographie #segregation
par églantine
le Jeu 23 Nov - 20:53
 
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Gunnar Gunnarsson

Nuit et Rêve


Originale : Natten og drømmen (Danois, 1926)

CONTENU : Il s'agit du troisième tome (de cinq dans l'originale) de la saga d'inspiration autobiographique de l'auteur islandais. De ces premiers tomes j'ai parlé plus haut. Le fil de narration reprend là, où le deuxième tome s'est achevé : après la mort de la mère, c'est l'arrivée d'une belle-mère dans la maison d'Uggi. Dans les premiers pages il décrit le matin de son neuvième anniversaire... et la narration va nous conduire jusqu'à ses 18 ans et son départ vers le Danemark, pour des études dans une école.

REMARQUES :
Le livre se divise en douze chapitres, qui sont encore sous-divisés par des unités de sujets, thèmes divers, indiqués par une séparation de quelques points (dans mon édition allemande des années 20).

Le roman autobiographique est très chronologique et construit simplement, sans trop d'artifices. L'histoire nous est raconté par un narrateur, parlant de son propre passé assez lointain, son enfance, sa jeunesse dans une Islande rurale, assez dure, simple.

Si les deux premières parties avaient été empreintes de souvenirs d'enfance presque romantiques, se terminant avec la mort de la mère, nous trouvons dans ce tome à la suite de ce recit des descriptions beaucoup plus marquées par des expériences dures, tristes. Ainsi la nouvelle femme du père va être difficilement adoptée par les enfants et Uggi doit se retenir fortement pour ne pas exprimer son malaise. Seulement après beaucoup d'années il semble reconnaître les efforts de sa belle-mère et commence à l'apprécier. Mais une certaine innocence a disparu et le deuil de sa mère, une solitude et le sentiment d'un monde perdu marquent ces années après sa mort. S'ajoutent encore d'autres séparations : le départ d'amis pour le plus ou moins lointain, le refus d'un premier amour.

On trouvera les descriptions des travaux plus ou moins quotidiens ou exceptionnels ; les achats dans la prochaine bourgade ; les cours temporaires à l'école de la ville et l’hébergement là-bas ; le naufrage d'un bateau et comment on videra la cargaison etc
Et à coté de tout ce travail très prenant le désir d'aller plus loin dans l'apprentissage qui est perçu comme une concurrence qui va enlèver des mains tant utiles de la ferme dans des périodes d’appauvrissement. Et les premières tentatives d'écriture, la découverte aussi de la lecture....

Et bien sûr nous continuons à trouver des descriptions impressionnantes de la (force de la) nature : on vit en et avec elle, des fois comme partenaire, des fois comme un jouet face aux éléments. J'ai lu en allemand, mais dans ces scènes il me semble que la langue de l'écrivain devient des fois grandiose et nous tire avec lui. Bon, certains pourraient la trouver un peu pathètique, contenant des anciennes tournures et idées, mais ce livre se meut souvent entre  nuit et rêve, entre réalité dure et espoir, lumière. Dans ce mélange de réalisme et d'humanisme Gunnarsson rappelle vraiment un peu un certain Maxime Gorki, ou aussi, de point de vue de style, de langue, des fois à l’œuvre de Knut Hamsun ou Ernst Wiechert.

Donc recommandation (de ma part) pour les amateurs de ces auteurs et un recit qui se situe dans l'environnement nordique, islandais !


mots-clés : #autobiographie #initiatique #viequotidienne
par tom léo
le Mar 7 Nov - 22:23
 
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Arthur Koestler

LA CORDE RAIDE

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 51nbdn10


Koestler nous livre son enfance, son adolescence et sa vie de jeune adulte. Enfant Arthur  vit une vie familiale plate  entre  ses parents, l’un rigide, l’autre insignifiant, privé presque totalement de rapports avec les autres enfants. Il acquiert très vite les notions de culpabilité, de punition et de rédemption. Il  sera atteint  toute sa vie d’une timidité incontrôlable  et  emportera ses mythes (Hora Baboue) et  à chaque nouveau choix de vie il passera ce qu’il appelle des « ponts brûlés ».

Koestler est un homme de foi, il a besoin de croire et quand il croit il s’y engage à fond ; c’est ainsi que jeune homme,  il adhère à une société Sioniste et part en Palestine travailler dans une « Kvutsa ». Il restera 3 ans en Palestine, mais la culture Européenne lui manque tant qu’il rentre en Europe où il exercera dans plusieurs grandes villes sont métier de journaliste.

Pendant ses 3 ans la montée du fascisme s’est  décuplée, les partis socialistes d’Allemagne et de Prusse n’ont eu de cesse que de s’affronter au Parti Communiste en se discréditant auprès des ouvriers ;  le seul parti qui représente une alternative au régime fasciste et un espoir  c’est le Parti Communiste avec pour  « guide » la nouvelle Russie.

Après une suite d’ennuis triviaux Koestler se « regarda » et ce qu’il vit ne lui plu pas, un petit bourgeois à succès. Où était le révolté qui partit en Palestine ? Il lui fallut à nouveau engager sa foi.

Arthur Koestler est un révolté , il s’indigne et s’engage toujours avec  ferveur , c’est ainsi que plaçant sa foi dans le Parti Communiste il adhère  en 1931.



« tout comprendre et ne rien se pardonner »  C’est à cette règle que s’est prêté l’auteur.

C’est avec son écriture que moi je qualifie de « noble » (honnête, digne, humaine, agréable et propre) avec  son impitoyable lucidité, ses analyses irréfutables (très argumentées) son esprit scientifique aussi  qui mesure et pèse précisément  que Koestler se décortique et  présente au lecteur le processus d’enrôlement  et de maintien dans cette société au « système clos » qu’est le Communisme.

Il fait aussi une leçon historico-politique de l’Europe d’entre- deux guerres. Son travail de reporter, (notamment les nombreux documents qu’il adresse aux journaux) en Palestine et dans la région lui permet de dresser la situation politique et géographique de cette partie du Monde.

Ce qui est vérifiable aujourd’ hui c’est l’échec des partis de gauche prompt à répéter les mêmes erreurs « On ne peut que les contempler avec horreur et désespoir, car, cette fois, il n’y aura point de salut. »

Son humour mesuré  s’exerce à bon escient et participe aussi à l’efficacité de l’écriture.
Bref encore ne très intéressante lecture !

Extraits :
» nous avions tort pour de bonnes raisons et je continue à croire que, à quelques exceptions près, ceux qui dès le début dénigrèrent la révolution Russe le firent principalement pour des raisons moins louables que notre erreur.
« Les prolétaires naïfs croient aux promesses révolutionnaires du camarade Hyde, sans se soucier des accords diplomatiques, des compromis et des trahisons du docteur Jekyll : c’est dans cette catégorie que se rangent les millions de gens, économiquement déshérités et politiquement incultes, qui votent pour les candidats communistes, en Europe et en Asie. D’autre part, les libéraux naïfs, eux, considèrent le camarade Hyde comme un croquemitaine inventé par les réactionnaires. Cette catégorie compte un certain nombre d’hommes d’Etat (elle comptait le président Roosevelt), d’hommes politiques, de savants et d’artistes occidentaux. »
« je n’en retiens pas moins comme valable une certaine méthode marxiste d’examen . Je continue également à croire qu’éliminer Marx et Engels de l’histoire de la pensée humaine y laisserait un vide presque aussi grand que ferait l’élimination de Darwin. »
« Je n’ai jamais vécu dans une telle promiscuité avec la divinité et ne m’en suis jamais senti plus éloigné. »

« C’est cette conscience de la défaite soulignée par le hautain silence du désert, des cours d’eau taris et des rocs arides, qui provoque la mélancolie de Jérusalem.
"Pendant la grande crise, la plupart des restaurants de Tel-Aviv consentaient à leurs habitués sans ressources un certain crédit. Le système de crédit rotatoire consistait à prendre régulièrement le petit déjeuner dans un établissement A, le déjeuner dans un autre B et le dîner dans un troisième C. Quand on se trouvait en possession d'un peu d'argent, on payait A, où la dette était la plus lourde, la fois suivante B et ainsi de suite par rotation. Si A ou meme A et C vous coupaient votre crédit, il restait toujours B, chez qui on était assuré d'au moins un repas par jour. Je n'ai jamais, depuis, vu un psychanalyste parvenir à des résultats thérapeutiques aussi efficaces."

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #autobiographie #enfance #politique
par Bédoulène
le Sam 4 Nov - 15:21
 
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Daniel Mendelsohn

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Cvt_un10

Une odyssée – un père, un fils, une épopée  

Daniel Mendelsohn, professeur de littérature classique, héritier de générations de spécialistes de la littérature classique,  entame un séminaire de première année au Bard Collège, pour  un groupe de  tout jeunes étudiants, naïfs et enthousiastes, sur le thème de l’Odyssée d’Homère. Une transmission intellectuelle qui reproduit celle que lui ont prodiguée ses maîtres, comme un cadeau à la génération suivante. Son père, un vieil homme dur, exigent, scientifique passionné de littérature, mort depuis – et dont la mort fait l’objet du bouleversant dernier chapitre - s’impose comme auditeur libre. Tout au fil des semaines, il va « ronchonner, pinailler et contester tout ce que je m’évertuais à leur enseigner », et le fils, quoique brillant professeur thèsé va souvent  se retrouver « comme si j’avais 11 ans ». Quelques semaines après, ils vont partager une croisière thématique en Méditerranée « Sur les traces d’Ulysse », expérience qui vient couronner cette étude théorique.

l’un de mes tableaux préférés, La chute d’Icare de Bruegel, se trouvait dans ce musée.
Effectivement. Une œuvre très célèbre que vous, qui êtes classiciste, devez particulièrement apprécier.
Absolument, confirmai-je en souriant. Elle nous parle de l’hubris, de ce qu’il y a d’insensé à défier les dieux.
Il me regarda, amusé. Ou plutôt de ce qu’il y a d’insensé à défier les pères!



On a dit que c’était un livre sur son père. Mais en fait, ça s’appelle Une odyssée, en référence à l’Odyssée d’Homère. Son père ? L’Odyssée ? Qu’importe ? N’est ce pas la même chose ? Car l’Odyssée, ne l’a t’on pas dit et répété, est un livre total, un de ces livres uniques et universels qui englobent tout, après lesquels il n’est plus besoin (possible ?) d’écrire quoi que ce soit, car tout est dit. Et cela, n’est ce pas la définition d’un être humain, unique, universel, in-reproductible ? L’analyse littéraire alterne avec le récit familial, l’un éclairant subtilement l’autre et ainsi, au fil des semaines, dans une traversée à haut risque qui le ramène au pays natal, l’Odyssée va lui donner en même temps  les clés de son père et les outils pour sa propre remise en question.

Cheminant habilement, dans un acharnement érudit, entre fiction et réalité, Mendelsohn décortique, crée des liens, des correspondances, des résonances, part en digressions, réminiscences. L’Odyssée c’est la vie tout entière, à commencer par la transmission, la filiation, la fidélité, la ruse, la recherche du port d’attache et les difficultés de la vie. C’est un récit qui  permet de tout comprendre, de « révéler les tendons d’Achille », un récit où le présent fait découvrir le passé (Mendelsohn appelle ça une composition circulaire) dans un miroir intellectuellement brillant et d’une incroyable émotion. On n’a plus aucun doute sur le fait que Daniel Mendelsohn a raison d’avoir consacré sa vie et son intelligence à décortiquer les textes antiques, puisqu’ils gardent cette actualité si prégnante, qu’on peut considérer ces fictions du passé comme une répétition générale de nos vies d’aujourd’hui.

Quelle audace bienvenue que d’offrir en partage ce décorticage chronologique et scrupuleux du texte ! Et quelle jubilation intellectuelle à suivre cette analyse progressive, intelligente, humaine, cette explication de texte en direct, vivante et accessible, tout à la fois rationnelle et subjective. Daniel Mendelsohn y mêle une sensibilité, au fil de la progression de sa quête, dans des détails touchants, ces relations implicites entre trois générations, des choses intimes qui se passent entre ce père et ce fils qui ne sont jamais parlé intimement et ébauchent un dialogue et une compréhension à travers la littérature.

Hommage magnifique à un texte unique et à un père unique, comme tous les pères, Une odyssée est un récit de transmission, palpitant et tendre, qui montre la littérature à l’œuvre, indispensable, généreuse et porteuse de sens. Et si le père, Jay Mendelsohn n’en démord pas, plein d’aplomb et d’humour sous-jacent, de préférer le poème au réel, pour ma part, je dois dire que j’ai bien du mal à exprimer une préférence entre cette fiction et cette réalité, qui, étroitement entremêlées, s’unissent à lever le voile du mystère d’un homme.

mots-clés : #antiquite #autobiographie #contemporain #creationartistique #famille #relationenfantparent
par topocl
le Sam 4 Nov - 10:46
 
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Varlam Chalamov

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 411z9k10

Récits de la Kolyma

Editions Verdier, 1478 pages

Ce qui m’a intrigué en feuilletant cet énorme livre, c’était que la place importante que Chalamov donne à la littérature dans son livre saute aux yeux. A la Kolyma, nous dit Chalamov, où tout est déshumanisé, elle semble au contraire n’avoir aucune place. On est par ailleurs bien trop occupé à survivre au milieu des truands et du travail forcé, d’un froid qui descend jusqu’à -60° C, des maladies et du manque évident de nourriture. Mais j’avais aussi envie de lire ce livre pour ce qu’il revêt de la perception d’une certaine réalité, atroce. Je n’avais à ce moment-là pas d’autre envie. L’auteur prévient le lecteur que ce qu’il a vécu là-bas le dépasse, nous à plus forte raison encore.

Des petits morceaux sont reconstitués, dans un désordre chronologique et de répétitions. Le livre acquiert en quelque sorte une forme libre de mémoire aux limites humaines : quelques réflexions éparses ― il ne brille pas par sa dimension analytique malgré tout ― quelques épisodes. Notamment un, relaté dans un très beau récit intitulé "Marcel Proust"… Ce fantôme (dans le meilleur sens du terme, s’entend) a un éclat très particulier, très étrange et en tout cas lumineux au cœur de ce témoignage. Si justement la littérature n’a plus de place, ou presque plus, c’est au mieux en tant que souvenir.  Dans des pénibles tentatives de réminiscences de sa vie avant le goulag, ou bien quand on « édite des rômans » pour des truands oisifs. Mais « au mieux, un souvenir » n’est-ce-pas déjà beaucoup ? La littérature devient pour Chalamov un moyen de redevenir humain, qu’il partage avec son lecteur dans une avidité palpable. Mais on se sent comme étranger, peut-être que l’expérience est trop radicale, même si nombre de ces récits sont émouvants.

Varlam Chalamov a écrit:Les valeurs sont brouillées et chaque notion humaine, bien que désignée par un mot dont l’orthographe, les sonorités, l’assemblage familier de sons et de lettres restent les mêmes, renvoie à quelque chose qui n’a pas de nom sur le « continent » : ici, les critères sont différents, les us et les coutumes particuliers ; le sens de chaque mot est transformé.
Lorsqu’il est impossible d’exprimer un sentiment, un événement ou un concept nouveau dans le langage humain ordinaire, on voit naître un mot neuf, emprunté à la langue des truands qui sont les arbitres de la mode et du bon goût dans l’Extrême-nord.



mots-clés : #autobiographie #campsconcentration #captivite #creationartistique #regimeautoritaire
par Dreep
le Mer 1 Nov - 19:11
 
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Gunnar Gunnarsson

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 32648610

J'avais beaucoup aimé cette lecture (merci encore Aventin) :

Le jeu des brins de paille et vaisseaux dans le ciel

  Souvenirs d'enfance dans les herbes islandaises. Souvenirs d'enfance racontés proches du point de vue de l'enfant qui est notre guide et narrateur. Donc exercice périlleux... mais réussite complète. On ne tarde en effet pas à se laisser prendre par la main et à regarder par ces yeux d'enfant.

  Ce qui veut dire que le talent de l'auteur pour la narration est tel qu'on ne se pose pas la question de savoir si l'on flirte avec la perfection ou non. De petit événement de la ferme en petite histoire de "Vieille Bega", Uggi notre gamin nous fait faire connaissance avec sa découverte du monde qui pour nous prend des allures de redécouverte.

  Il faut s'imaginer à lire une écriture mesurée, égale, fluide qui montre et raconte sans cesse pour dévoiler petit à petit un entourage et une naissance à soi. Les préoccupations sont d'enfant : être fort, à la hauteur du père mais juste et droit, s'amuser, imaginer mais bien montrées depuis l'adulte, sans niaiserie mais avec toute la douceur requise. Une nostalgie chaleureuse berce ces années qui font courir après un morceau de sucre, des fleurs ou un animal, la douceur du tissu familial au sens large et avec les "domestiques"... toute une confiance qui fait vivre un épanouissement chaleureux.

  D'autant plus précieux que tous ces événements et histoires si contés d'un ton léger n'en esquissent pas moins quelques dilemmes et questionnement moraux et les ombres de la vie et de la mort qui peuplent les aléas de l'existence terrestre. L'exercice de conscience se révélant d'autant plus touchant qu'aidé par la subtilité formelle de ces deux épisodes.

  Touchant aussi parce que ce regard conscient de lui-même et de ses rêves comme de ses très concrètes limites est fixé quand ce n'est pas sur ces vaisseaux dans le ciel que l'on n'entrevoit qu'assez tardivement en tant que tels sur l'entourage, les personnes, leurs beautés et leurs faiblesses et avec le plus souvent un voile sur les défauts. Et on s'amuse aussi à suivre ces tendres descriptions pleines d'empathie et de séductions diverses.

  Et dans la balance de l'expérience l'équilibre se fait entre les tensions et la sérénité, la confiance et la générosité du partage (par le récit, l'écriture) et sur un fond de nature omniprésente, rude et généreuse elle aussi, incertaine, méconnue. Quelque chose reste à portée mais méconnaissable et après il y a encore la mer.

  Et l'indéfectible amour pour cette figure de la mère qui sert d'ancrage à tous ces épisodes d'apprentissage parfois remuant, parfois silencieux et solitaire. Et quel plaisir que de pouvoir se plonger et replonger quelques jours dans une unité, une joie de lecteur comme neuf qui tout familiarisé et attaché qu'il devienne n'en finit pas lui non plus de tout simplement s'émerveiller.

  En conclusion je partage parfaitement l'enthousiasme pour cette petite merveille inestimable (comme souvent les petites merveilles). C'est une très belle façon de commencer son année de lecteur confiant.

 Très très beau, très subtil et pleinement élémentaire. J'associe ce genre de lecture au plus évident plaisir de lecteur, peut-être une des sensations qu'entre toutes je préfère. On est ailleurs le temps de la lecture, un peu ailleurs entre les moments de la lecture et encore ce n'est pas que ça.

(Récup).


mots-clés : #autobiographie #enfance #famille #mort
par animal
le Mer 1 Nov - 10:06
 
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Russell Banks

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 51dvhc10

Voyager

Premier écrit lu de Banks, pour moi.
C'est une suite de récits dont le premier, nommé "voyager" est le plus construit et scénarisé. Les suivants sont des récits de voyage ou d'alpinisme. Pour ceux qui s'intéressent à ces domaines, allez-y, car cette lecture est tres agréable, l'auteur maitrise bien la distanciation nécessaire à ce genre, il sait entre intime et général porter par son style et sa personnalité une transmission qualitative de l'expérience.
Le premier récit est très intéressant car il y introduit avec beaucoup d'adresse une trame introspective , il résoud ce fameux bémol de la subjectivité dans le récit, l'inclue, la pare et la tient à distance tout à la fois.
C'est un beau portrait de l'artiste lui même.
Mais exécuté, sinon avec humilité dumoins avec une indulgence assez spirituelle et riante.

J'ai le sentiment d'avoir rencontré sa personnalité, elle est assez attachante, en tous cas solidement plantée, j'en ferais pas mon mentor, mais sa maîtrise dans l'écriture m'intéresse. Je le relirai.C'était bien.
Je pense que les lecteurs qui l'ont commenté ci dessus aimeront aussi.
Mots clefs, quant au contenu "voyage" : Caraïbes, Himalaya, Andes.

ps : Une réflexion intéressante sur le couple lui sert aussi de fil rouge, ici et là. De ce point de vue il a fait un très beau texte , avec le 1er, "Voyager". Beau menteur sincère.

mots-clés : #alpinisme #autobiographie #voyage
par Nadine
le Sam 21 Oct - 10:52
 
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Daniel Mendelsohn

L’étreinte fugitive

Tag autobiographie sur Des Choses à lire - Page 5 Images14

Daniel Mendelsohn  , pour moi comme pour beaucoup, ça a d'abord été le choc de Les disparus. Le succès aidant, est parue en français l'étreinte fugitive, premier volet de sa trilogie. La parution récente du troisième opus,  Une odyssée : un père, un fils, une épopée, est l'occasion pour moi de m'y replonger. Moins abouti sans doute, plus confus, moins centré, l'étreinte fugitive reste une lecture riche et pleine d'ouvertures.

Si la tragédie était, comme nous nous plaisions à le croire parfois, le théâtre de l'affrontement du Bien et du Mal, elle ne serait pas aussi captivante : la tension qu'elle suscite vient de quelque chose de beaucoup plus complexe et intéressant, qui est le conflit entre deux idées du Bien.


Daniel Menselsohn aime les "garçons", il vit à Chelsea, quartier gay de New-York et fréquente les lieux de drague, les sites de rencontres,  cumule les rencontres d'une nuit ou d'un instant, sans lendemain et sans intimité, pour le plaisir du jeu et de la multiplicité.
Daniel Mendelsohn habite aussi dans le New Jersey, un quartier à la bourgeoisie conformiste, auprès d'une femme célibataire, Rose, qui, une fois enceinte, lui a demandé d'être l'élément masculin auprès de cet enfant, Nicholas. Auprès de lui il apprend l’importance  de la permanence, de la sagesse, l'intensité de la filiation.
Daniel Mendelsohn est le descendant de Juifs polonais émigrés aux Etats-Unis entre deux guerres, et dont l'histoire familiale est aussi complexe et pleine  de sens que celles de la tragédie grecque.
Daniel Mendelsohn ne renonce à aucune de ces trois images de lui, qui se reflètent  et se répondent à l'infini dans un miroir qu'il se tend à lui-même.

Ce qui donne un sens à cet amalgame parfois confus,  est une expression du grec ancien, dont Mendelsohn est un érudit passionné : deux particules, men ... et de... qui n'ont de sens l'une sans l'autre, et qu'on pourrait traduire par d'un côté... et de l'autre côté , et qui, nous dit-il, sous-tendent la pensée grecque. Quelque chose qui a à voir avec la dualité, le paradoxe, l’ambiguïté, le compromis. Quelque chose qui apprivoise la complexité : gay et père, sujet et objet, volage et fidèle, Américain et juif, fils et père, confronté à la beauté comme à la perte.

Dans la famille de cet homme, les photos avaient une importance suprême parce que c'était la preuve de la beauté et qu'après avoir  tout perdu, leur maison, leur terre, leur brasserie, leur boucherie en gros, leurs camions, leurs domestiques, leurs filles et leur dignité, il ne leur restait que la beauté.


C'est livré dans un livre exigent, sans concession, qui ne s'offre pas le luxe de la simplicité, de la chronologie, parce que ce ne serait pas le reflet de la vie, de ses surprises, de ses traquenards. Mendelsohn suit ses pensées, saute d'un personnage à l'autre, d'une époque à l'autre pour tracer un trajet plein de contre-temps, de digressions  et de détours. L'ensemble est disparate, parfois sans queue ni tête, et l'unité lui vient par une réflexion implicite sur les liens entre vie vécue, littérature, mythes, histoires, mensonges qui sont la source de son identité.

Nous allons voir des tragédies parce que nous avons honte de tout compromis, parce que nous trouvons dans la tragédie la beauté pure de l'absolu, une beauté qu'on ne peut avoir si on choisit de vivre.



mots-clés : #autobiographie #communautejuive #contemythe #famille #identitesexuelle #immigration
par topocl
le Mer 11 Oct - 21:39
 
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Maya Angelou

Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage.

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Bailey parlait si vite qu'il en oubliait de bégayer, de se gratter la tête et de se nettoyer les ongles avec les dents. Il était emporté loin dans un mystère, enfermé dans l'énigme que les jeunes Noirs du Sud commencent à démêler - à partir de l'âge de 7 ans et jusqu'à leur mort. Le casse-tête sans humour de l'inégalité et de la haine.


Par petites touches s'unissant dans une belle linéarité, Maya Angelou raconte son enfance de petite fille noire de milieu modeste, dans une Amérique ravagée par la ségrégation. Après le divorce de ses parents, elle est ballottée entre grand-mère, mère, père, avec son frère adoré Bailey comme point d'ancrage.
De l'Arkansas à Saint-Louis et Los Angeles, elle observe différentes façons d'être traitée par les blancs. Elle analyse aussi différentes façons d'être aimée et éduquée : l'austère religiosité de sa grand-mère, la négligence affectueuse de son père, la joie lumineuse, tournée vers les plaisirs de sa mère.

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Elle observe, décortique, essaie de comprendre les nombreuses choses que les non-dits ne lui expliquent pas. Elle découvre peu à peu comment chacun entretient une flamme pour survivre à la chape de la ségrégation, et comment la religion, en entretenant l'espoir d'un avenir meilleur, est un frein pour l'émancipation.

Le récit à hauteur d'enfant ne souffre jamais de son aspect rétrospectif, Maya Angelou relate avec aisance les croyances et les incertitudes de l'enfance, ce qui offre un récit tout à la fois fort et plein de charme.


mots-clés : #autobiographie #enfance #segregation
par topocl
le Mar 10 Oct - 19:31
 
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Sujet: Maya Angelou
Réponses: 7
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Hervé Le Tellier

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Toutes les familles heureuses

C’est un gamin qui n’a qu’indifférence pour ses parents qui le négligent. Il vient d’un milieu priviligié, avec des ramiffications qui remontent loin. Sa mère est “folle”comme il dit. Elle ne s’occupe que du qu’en dira-t-on, rit à gorge déployée au mauvais moment  et a des accès de colère dirigés contre lui la plupart du temps. C’est une femme amère et frustrée. Son père est absent, inconscient de ce que la paternité représente. Et il fait le constat que son beau-père est un imbécile, sans envergure qui se laisse maltraiter par sa femme et redirige sa haine refoulée sur des innocents. Il aime par contre ses grands-parents, sa tante (que sa mère appelle “la pute”). Tout ce petit monde vit dans le même immeuble, les uns sur les autres. Très vite il prend la poudre d’escampette, à dix huit ans il décide de vivre sa vie.

Ce livre commence un peu laborieusement avec dates et détails à l’appui. Et petit à petit Hervé Le Tellier entre dans le vif du sujet. Il raconte sa famille qu’il regarde et juge lucidement. Tout comme il se juge lucidement, par la même occasion, et fait à plusieurs reprises mention de l’appellation de “monstre” qu’il se donne. Ce n’est jamais pleurnichard, il revient juste sur ces années, maintenant qu’il peut, tout le monde étant parti ou devenu irrémédiablement “fou” (comme il dit). C’est drôle ( même si on rit jaune), c’est subtilement raconté. Je ne connaissais pas cet auteur et j’ai donc commencé par ses mémoires…. ou biographie….Mais cela m’a donné envie de lire d’autres livres de lui.

Mots-clés : #autobiographie #famille
par Pia
le Lun 9 Oct - 16:42
 
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Sujet: Hervé Le Tellier
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Doan Bui

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Le silence de mon père

Les mots sont comme les oiseaux gracieux que mon père admirait sur les estampes chinoises. Les mots se sont envolés de son esprit : oiseaux migrateurs, ils sont partis vers des horizons plus chauds et mon père est resté dans son éternel hiver de silence.

Suite à un AVC, le père de Doan Bui a perdu la parole. L’occasion pour l’auteur d’un triste constat : elle ne connait pas son père, cet homme qui, une fois rentré de sa journée de travail, s’installait en silence face à la télévision. Et qui n'a rien dit, sur son enfance au Vietnam, sur l’exil, sur l'impossible retour. Venu en France faire des études de médecine, n’en est jamais reparti. Il a épousé une vietnamienne, elle aussi réfugiée. Ensemble ils ont eu des enfants « banane ». Jaunes à l’extérieur, blancs à l’intérieur. Tous nés en France. De pur produit de la République française. Ne parlant pas la langue de leurs parents.
C’est d’ailleurs tout le paradoxe de Doan Bui, qui raconte à merveille le dilemme des immigrés de la seconde génération. Car Française, elle ne l'est pas vraiment aux yeux de tous. Régulièrement, on la complimente pour sa remarquable maîtrise de la langue, ou on la salue d'un retentissant : "Ni Hao !"...   Accentuant le sentiment d’imposture d’une femme qui ne sait plus très bien, en somme, qui elle est vraiment.

Je voulais tellement être Française, qu’il m’était  –m'est ? insupportable d’être confondue avec d’autres immigrés, ceux qui parlaient mal la langue de Voltaire, les Fresh of the boat, arrivés plus récemment, les blédards, les niakoués. L’affront suprême était d’être assimilée aux immigrés chinois, ceux dont on parlait avec méfiance à la télévision (clandestins, mafieux, etc., etc.).
J’avais habité un temps chez une tante dans une des tours du 13e et j’en étais venu à haïr l’odeur du nuoc-mâm imprégnée dans les murs, les sacs plastiques Tang Frères, les enseignes bariolées (...). Ah non, moi, jamais je n’habiterai là, chez les chinetoques, merci bien, plutôt mourir, c’est moche, mais c’est moche là-bas, inimaginable, je rêvais d’appartements haussmanniens moulurés, de boulangeries tradition, de fromagers, de caves à vin…
Et pourtant, aimantée, j’ai finalement posé mes valises dans une tour, en plein cœur de Chinatown, avec plein de Chinois qui me prennent pour une Chinoise, des épiceries chinoises tous les deux mètres, des coiffeuses chinoises qui s’appellent Jenny Coiffure, avec des photos de stars hongkongaises permanentées sur la devanture et une forêt d’enseignes criardes en chinois qui clignotent comme dans un casino de Las Vegas.
Ma mère en fut très contrariée. Avant mon déménagement, elle s’y est rendue et croisant un voisin blanc, elle l’a interpellé :  « Y a vraiment beaucoup de Chinois ici, non ? » Et l’autre, perplexe : « Ne vous inquiétez pas madame, ils sont très gentils.»


Ce livre, c'est donc le témoignage d'une fille partie à la recherche de son père, mais aussi d'elle-même. Paradoxalement, Doan Bui, grand reporter à l'Obs et spécialiste des sujets sur l'immigration, n’avait jamais osé franchir le mur de silence familial. Enfin, elle retrouve ses réflexes de journaliste : elle fouille, elle ose questionner, quitte à dévoiler au grand jour les secrets de famille... Croyant bien faire, nos parents se sont interdits de transmettre leur culture, ils sont restés muets sur leur histoire. Je retrouve tant de secrets dans toutes les familles asiatiques, imbriqués dans les parcours d’exil.

Au-delà de l'immigration, ce livre pose la question de la relation parent-enfant, de la parole, et de la transmission. C'est avant tout une réflexion prenante sur l'identité, d'autant plus difficile à aborder quand l'exil est de la partie... J'ai ainsi été marquée par l'aspect paradoxal d'une culture vietnamienne à la fois omniprésente et occultée. Bien qu'elle les constitue intrinsèquement, les parents Bui poussent leurs enfants à la renier. Une dualité qui, forcément, a des conséquences. Sur les parents, qui taisent leurs renoncements, leurs peurs, leur nostalgie. Sur les enfants qui, tout en étant résolument français, ressentent sans se l'avouer un sentiment d'incomplétude.
Mais cette fois, Doan Bui a décidé de tout dire. Car il n’y a aucune honte à avoir. Rien à cacher. Personne ne perdra la face.
Un témoignage dont l'impudeur se pare d'élégance, et qui, tout en retenue, dit la difficulté d'être français...


mots-clés : #autobiographie #exil #famille #immigration #devoirdememoire
par Armor
le Jeu 5 Oct - 22:53
 
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Sujet: Doan Bui
Réponses: 9
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Mikhaïl Boulgakov

Comment ne pas me joindre aux éloges pour „Le maître et Marguerite » ? L’auteur utilise largement les moyens de la satire, si repandus dans la littérature soviétique (et russe). C’est à se demander si ce n’est pas un moyen par excellence de parler de choses qu’on ne peut pas nommer ouvertement ?! Mais je vais me concentrer à présenter un peu plus:

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La garde blanche


CONTENU :
C’est l’histoire fortement imprégnée par des traits autobiographiques de trois frères et sœurs (Alexandre, Hélène, Nikolka) en Décembre 1918. En Russie c’est la guerre civile et des restes de troupes allemandes et d’autres forces tiennent des larges parties de l’Ukraine. Kiev rassemble des gens venus de partout et de toutes les origines : des banquiers, des aristocrates, des gens douteux fuyant les forces bolchéviques.  Sous l’assaut des troupes nationalistes de Petlioura les Allemands et leurs alliés, comme le « Hetman », prennent la fuite. Jusqu’à l’arrivée de l’Armée Rouge en Février 1919 s’écouleront seulement deux mois. L’histoire « personnelle » des trois figures principales est imbriquée dans la « grande Histoire » : Hélène va être abandonné par son mari « collaborateur et faisant confiance dans les Allemands. Alexandre (sous certains égards l’Alter Ego de Boulgakov) se met à disposition en sa qualité de médecin et sera blessé. Nikolka va s’engager dans les combats tandis que Hélène attend avec crainte à la maison.

IMPRESSIONS :
Des grandes confusions et mélanges, des combats sans fins, des changements de front marquaient la situation de ces années dans le pays de la révolution d’Octobre. Et on pressent fortement que les changements en Russie n’étaient pas le résultat d’un seul jour, mais que les conflits s’allongeaient, se compliquaient pendant des longues périodes (et au-delà par d’autres formes de résistance et de combats). Et quelques fois il y en avait bien plus que deux partis en questions, ainsi en Ukraine ! Je suis reconnaissant entre autre que ce livre fait connaître un peu de cette complexité des années révolutionnaires. Cela reste presque impensable, quel chaos ce pays a traversé…

Il me semble que ce livre n’est pas de la même veine si fortement satirique que d’autres livres de Boulgakov, même si aussi ici on trouvera l’une ou l’autre situation grotesque. Au centre de ce livre si marqué par les événements historiques est quand même l’individu, la personne, ces trois frères et sœurs Tourbine (nom de la famille maternelle de Boulgakov !) et leurs amis proches.  C’est comme si pour le lecteur attentif on lit que l’individu n’est pas aboli. Au milieu de ces turbulences politiques ils continuent à chercher pour ce qu’on pourrait appeler un peu pathétiquement « le sens et la vraie vie ». Et en fait : au tout début paraît cette grande question universelle et typiquement russe à la fois : « Comment vivre ? » Cela me semble une vraie perspective de lire ce roman avec la question comment on peut bien survivre de tels temps de conflits et de désespoir. Qu’est-ce qui pourra nous sauver ? Ici c’est certainement le rôle de chacun, la contribution de chacun : ils prennent part actif à l’histoire…

mots-clés : #autobiographie #famille #historique #premiereguerre #revolution
par tom léo
le Mer 13 Sep - 21:56
 
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Sujet: Mikhaïl Boulgakov
Réponses: 9
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