Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 13 Déc - 11:35

35 résultats trouvés pour colonisation

Andreï Makine

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Le livre des brèves amours éternelles  


CONTENU:
Dmitri Ress s’est décidé très tôt pour la révolte. Sa résistance contre le régime soviétique revêt un aspect original : il ne critique pas tellement le régime comme plutôt la majorité plus ou moins tranquille qu’il divise, un peu cyniquement, en trois catégories. Mais voilà : trois longs séjours dans des camps en résultaient très tôt dans sa vie, et il en sort, prématurément vieilli et va en mourir déjà à l’âge de 45 ans. Un ami d’un ami d’un ami – le narrateur ! – se demande après une brève rencontre avec ce personnage, si celui-ci n’a jamais eu le temps d’aimer ou si, par un cruel destin, il n’a pas raté l’essentiel d’une vie.

Dans le „maintenant“ de l’écriture, vers 2010, ce narrateur se rappelle de cette rencontre, faite il y a une trentaine d’années. Et il y associe des histoires (six) de sa propre vie, commençant avec l’enfance dans les années 60/70 dans l’ère Brejnev jusqu’à l’effondrement de l’Union soviétique. A leurs manières, ces histoires lient brièveté et éternité.

REMARQUE:
Est-ce qu’au début de ce roman il y a alors la rencontre avec quelqu’un qui semble ne pas avoir eu des chances, qui n’a pas pu, apparemment, connaître un bonheur ? Alors : danger d’un apitoiement?

Alors quand le narrateur pense, après coup, à ce Ress, il va y associer des souvenirs de sa vie (6). Apparemment plus brillants !? Mais à voir de plus près, chacune de ces histoires commencent aussi à leur façon par des abandons vécus, par la stérilité d’une répétition, par des expériences différentes d’exclusion. Et puis, comme par un éclair, un cadeau, un scintillement de quelque chose d’eternel, surgit une expérience d’amour, quelques fois dans un très bref lapse de temps.

D’un coup, me semble-t-il, l’expérience du temps (vécu) est chamboulée : il y a des périodes si courtes, des minutes mêmes, qui peuvent revêtir une apparence d’éternité et qui peuvent compter tellement plus que de longues périodes qui, souvent dans un regard en arrière, se laissent résumer par quelques paroles.

De là le titre paradoxe et significatif ? « Des brèves amours éternelles ».

Et après ces six histoires de la vie du narrateur on retourne vers ce personnage de Ress qui, par un entretien avec un ami commun, reçoit d’un coup encore un peu plus de relief. Est-ce qu’alors pour lui aussi il y avait eu une histoire, un moment d’amour qui valait la peine pour tout le reste ?
Comment devenir des hommes et des femmes qui savent discerner le beau ? Devenir des vrais poètes ?

Livre excellent, qui m’a plu énormément. On y retrouve ce mélange makinien entre poésie pure et des descriptions d’un réalisme, venant de la vie en URSS.
Mais la critique d’un système (communiste) s’étend à tous régimes qui font croire que tout soit prévisible ou ordonnable. Mais jamais on pourra donner (ou défendre) l’amour par décret. Ces moments ne pourront pas devenir en absolu des victimes des structures.

Splendide !


mots-clés : #colonisation #regime autoritaire
par tom léo
le Ven 17 Fév - 15:59
 
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Sujet: Andreï Makine
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Hella S. Haasse

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L'anneau de la clé

Alors qu'elle mène une vie recluse au fin fond de sa campagne, Herma reçoit une lettre d'un journaliste enquêtant sur son amie d'enfance, Dée. Dans la correspondance qui s'établit entre eux, Herma tente d'en dire le minimum. Mais dans sa tête, il en va tout autrement, et les notes qu'elle couche sur le papier n'ont pas grand chose à voir avec le récit purement factuel dévolu au journaliste…

Sous nos yeux renaît le monde aujourd'hui révolu des grands propriétaires terriens et des riches colons de l'Empire des Indes. Un âge d'or pour la narratrice, qui évoque avec nostalgie sa jeunesse indonésienne, son amitié avec Dée et la fascination qu'exerçait sur elle la famille de celle-ci.
Pourtant, au fur et à mesure que les souvenirs affluents, les zones d'ombre se font de plus en plus grandes, les douleurs refoulées apparaissent au grand jour. Plus Herma se remémore des épisodes de sa vie qu'elle avait préféré oublier, plus le mystère autour de la personnalité de Dée et de ses relations avec Herma s'épaissit. Le tableau idyllique laisse place à une vérité bien plus tourmentée, au récit du lent délitement d'une époque…

Le texte d'Herma est parcellaire ; l'occupation japonaise, aux conséquences désastreuses pour les deux familles, est quasiment passée sous silence. Et de multiples questions resteront à jamais sans réponse... Mais c'est justement là que Hella S.Haasse excelle, dans les silences, dans les non-dits, dans les mensonges que l'on se fait à soi-même pour continuer à vivre. Avec subtilité, elle parsème son récit de petits cailloux qui, au-delà des apparences, trahissent le désarroi d'Herma, confrontée à un passé bien lourd et à l'effondrement de toutes ses certitudes… Au lecteur de déceler les plus cachés d'entre eux…

Spoiler:
Un exemple ?

Au début du roman, Herma nous révèle qu'elle et son mari n'ont pas eu d'enfants car les maladies contractées durant la captivité de Tjeerd l'avaient rendu stérile. Pourtant, à la toute fin, nous apprenons que Tjeerd fut pris en otage au bout de 17 ans de mariage. Ce qui signifie qu'Herma avait au minimum 35 ans. Quand on connaît l'époque, qui peut penser qu'ils auraient volontairement attendu tout ce temps ?
Un détail s'ajoute à ce que nous apprenons finalement des relations du trio Dée,  Herma, Tjeerd...


Ce roman m'a paru beaucoup plus personnel que Les seigneurs du thé, que j'avais lu précédemment. Je ne sais ce que l'auteur a mis d'elle-même dans le personnage d'Herma, voire dans celui de Dée, mais elle fait revivre à merveille l'époque de l'Empire des Indes dans lequel elle a grandi. Une société de privilégiés, avec ses oeuvres de charité, ses thés dansants et ses vacances luxueuses. Et pourtant… Malgré une évidente nostalgie, l'auteur n'en reste pas moins lucide sur la fin annoncée d'un système. Par petites touches, elle nous montre combien l'atmosphère était déjà gangrenée…

J'ai été emportée par l'atmosphère envoûtante de ce roman. Parfois frustrée par les multiples zones d'ombre non résolues, je l'avoue, mais séduite de bout en bout. Quelle richesse, et quelle complexité dans ces quelques 180 pages !

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #colonisation
par Armor
le Jeu 9 Fév - 3:00
 
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Sujet: Hella S. Haasse
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Thierry Murat

ÉtuŋwAŋ Celui-Qui-Regarde

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Joseph Wallace est un jeune bourgeois de Pittsburg promis à une existence ordinaire. Mais il part un beau jour à la découverte des "Territoires". Fasciné et respectueux, ouvert au doute et à autrui, il devient l'hôte des indiens qu'il photographie dans leur quotidien. Sa découverte de ce peuple, de sa sagesse va bouleverser sa pensée, son intimité  et sa présence au monde à défaut de sa vie ordinaire. Il assiste impuissant au massacre de ces habitants premiers par les colons avides de richesses et de pouvoirs, dont ses photographies constituent un ultime témoignage.

C'est un très beau livre, qui prend son temps,  d'une grande paix et d'un grand poésie, autant dans le texte que dans les images.
Thierry Murat a un travail des noirs te des camaïeux très personnel, sublime pour tout dire, qui souligne autant les moments de paix que ceux de révolte.

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mots-clés : #bd #colonisation #minoriteethnique
par topocl
le Mer 1 Fév - 11:25
 
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Sujet: Thierry Murat
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Yasmina Khadra

Ce que le jour doit à la nuit


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Dans l'Algérie coloniale, le jeune Younes est confié à son oncle, pharmacien, afin d'échapper à la misère que connaît sa famille. Il grandit au milieu de jeunes Blancs, oubliant presque ses origines arabes. Ses amis européens et lui forment une bande d'inséparables. Mais, un jour, une Française beaucoup plus âgée que lui posera un geste aux conséquences imprévisibles...
« Oran retenait son souffle en ce printemps 1962. La guerre engageait ses dernières folies. Je cherchais Émilie. J’avais peur pour elle. J’avais besoin d’elle. Je l’aimais et je revenais le lui prouver. Je me sentais en mesure de braver les ouragans, les tonnerres, l’ensemble des anathèmes et les misères du monde entier. » Yasmina Khadra livre ici un grand roman de l’Algérie coloniale (entre 1936 et 1962), une Algérie torrentielle, passionnée et douloureuse, et éclaire d’un nouveau jour la dislocation de deux communautés amoureuses d’un même pays.

"Nous sommes les otages de nos souvenirs"

Pour commencer ce post, je tiens à saluer cette écriture toujours aussi délicate de Yasmina Khadra.
Celle-ci ne manque pas de style , ni de poésie dans un thème encore une fois assez grave qui évoque la guerre d'Algérie et les âmes meurtries. Des résurgences d'une enfance heureuse et unie à un chaos tant politique que personnel , l'auteur fonde un univers mélancolique qui nous enveloppe et nous emmène au cœur même des cicatrices et des entailles d'un amour qui saigne.D'une brèche ouverte sur des blessures sédentaires suinte un destin imposé par le colonialisme , brisant des rêves à l'aube des réalisations. D'une main de fer , l'entreprise guerrière éveille la colère et attise les haines des vies fauchées ; complices des animosités, les amitiés se figent et explosent de ce trop plein de ressentiments.
Yasmina Khadra nous incite à monter dans sa barque littéraire qui vogue sur des eaux troubles et à considérer son pays estropié , sa seule arme pour dénoncer les souffrances. Si nous y regardons de plus près , on peut encore voir aux fenêtres des oubliés ces âmes déchirées...
Un très beau livre.

Nous ne sommes pas paresseux. Nous prenons seulement le temps de vivre. Ce qui n'est pas le cas des Occidentaux. Pour eux, le temps, c'est de l'argent. Pour nous, le temps, ça n'a pas de prix. Un verre de thé suffit à notre bonheur, alors qu'aucun bonheur ne leur suffit. Toute la différence est là, mon garçon.



Qui sommes-nous au juste ? Ce que nous avons été ou bien ce que nous aurions aimé être ? Le tort que nous avons causé ou bien celui que nous avons subi ? Les rendez-vous que nous avons ratés ou les rencontres fortuites qui ont dévié le cours de notre destin ? Les coulisses qui nous ont préservés de la vanité ou bien les feux de la rampe qui nous ont servi de bûchers ? Nous sommes tout cela en même temps, toute la vie qui a été la nôtre, avec ses hauts et ses bas, ses prouesses et ses vicissitudes ; nous sommes aussi l'ensemble des fantômes qui nous hantent... nous sommes plusieurs personnages en un, si convaincants dans les différents rôles que nous avons assumés qu'il nous est impossible de savoir lequel nous avons été vraiment, lequel nous sommes devenus, lequel nous survivra.



mots-clés : #colonisation
par Ouliposuccion
le Mar 24 Jan - 17:45
 
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Sujet: Yasmina Khadra
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Khushwant SINGH

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Train pour le pakistan

Mano Majra ; quelques huttes, un temple sikh, une mosquée, et l'orgueil du village, la villégiature dans laquelle les hauts fonctionnaires viennent se ressourcer le week-end. Et puis la gare, dont les trains rythment le quotidien. L'indépendance ? Elle ne soulève guère les passions, les villageois n'en attendent rien ; tout au plus, fatalistes, sont-ils conscients que d'esclaves des Anglais, ils vont devenir esclaves du nouveau gouvernement…
Autour d'eux, le drame de la Partition se déploie avec fureur, détruisant irrémédiablement des siècles de cohabitation tranquille et même amicale entre communautés ; mais à Majno Mara, on refuse de se laisser happer par ce déferlement de violence, et la vie s'écoule comme toujours, rythmée par les travaux agricoles, les prières et les exactions des voyous locaux.
Seulement, Majno Maro est situé sur la frontière entre l'Inde et le Pakistan nouvellement créé ;  un jour, ce ne sont plus des réfugiés que les trains charrient, mais des cadavres…

Si l'action se déroule entièrement dans ce hameau de quelques huttes, elle n'en est pas moins révélatrice de l'ambiance d'une région tout entière. L'Inde de Khuswhant Singh est profondément marquée par le système des castes ; autrefois soumis aux seigneurs féodaux, puis aux Anglais, les villageois font tout naturellement allégeance à ceux dont le prestige vient cette fois de l'éducation. Iqbal, jeune étudiant envoyé à Majno Mara par le parti communiste pour éduquer les masses, semble accepter comme totalement naturelle cette servitude spontanée que nul ne songe à remettre en question… Dans cette société à la hiérarchie immuable, les puissants usent et abusent des lois à leur guise, quitte à broyer quelques vies pour servir de plus grands desseins. En témoigne le personnage du chef de la police, retors à souhait...

De la Partition qu'il a personnellement vécue, Kushwhant Singh a tiré un roman à la narration très sobre ; la violence inouïe et inattendue qui balaya la région, racontée à hauteur de villageois, n'en est que plus terrifiante.
L'auteur a parfaitement su saisir le moment où tout bascule, celui où la trompeuse harmonie se délite, et où le voisin de toujours devient soudainement un ennemi vecteur de toutes les peurs et de tous les fantasmes. Il décrit de façon simple mais saisissante l'esprit mouvant des foules, le petit rien qui peut tout faire s'embraser ; la force de persuasion du verbe, ou tout au contraire, sa tragique impuissance…
Et si le roman se termine par une pirouette peut-être un peu trop romanesque, pourra-t'on reprocher à l'auteur d'avoir voulu insuffler un peu d'humanité et d'amour à une époque qui en manquait tant ?

On le tuerait comme on tue les autres. D'ailleurs, à leurs yeux, il n'était pas neutre. On le déshabillerait, on verrait : "Circoncis, donc musulman !"  (…)  Quelques individus, d'une espèce pas tout à fait humaine, allaient abatttre d'autres individus de leur race. Un mince tassement à l'accroissement annuel de quatre millions d'individus ! Ce n'était même pas comme si l'on arrachait de braves gens aux mains de mauvais bougres. Car, si l'occasion était donnée aux victimes, elles se feraient bourreaux. En fait, les musulmans se faisaient bourreaux à peine un peu plus loin, sur l'autre rive de cette rivière.

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #Independance #colonisation
par Armor
le Lun 2 Jan - 0:02
 
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Sujet: Khushwant SINGH
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Chenjerai Hove

Chenjerai Hove

(1956-2015)

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Chenjerai Hove (né le 9 février 1956 à Zvishavane (Zimbabwe) et mort le 12 juillet 2015 à Stavanger (Norvège)) est un écrivain africain du Zimbabwe.

Né en Rhodésie du Sud britannique en 1956, poète, romancier et essayiste, Chenjerai Hove a suivi des études universitaires en Afrique du Sud et au Zimbabwe. Il a travaillé comme enseignant et journaliste.

Hove a été en 1984 le président fondateur de l’Union des écrivains du Zimbabwe (Zimbabwe Writers Union). Il a fait partie du premier bureau de l’association des droits de l’Homme du Zimbabwe en 1990 (Zimrights).

Ayant pris position contre la politique du président Robert Mugabe, il s’est exilé aux États-Unis et a rejoint en 2007 l’Université Brown, à Providence dans l’État de Rhode Island.

L’œuvre littéraire
Chenjerai Hove fait partie d’un groupe d’auteurs africains, comprenant Wilson Katiyo, Charles Mungoshi et Yvonne Vera, qui utilise la tradition orale des campagnes shona pour véhiculer un message de résistance à la domination blanche sur l’ancienne Rhodésie2.

Décès
Il meurt d'une insuffisance hépato-cellulaire le 12 juillet 2015 en Norvège.

(wikipedia)


Traductions françaises

Ossuaire
Ombres
Ancêtres

Livre pour enfants
Les clefs de Ramb


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Ombres

L'auteur nous conte l'histoire d'une famille vivant en Rhodésie (durant la colonisation) dans la région de Gutu et que les "blancs" ont enjoint de rejoindre la région de Gotami en leur faisant miroiter une meilleure vie dans une ferme qui leur appartiendrait. Ils comprirent qu'ils avaient été bernés, cette région peuplée de bêtes sauvages, de moustiques n'était pas une terre vierge, un autre peuple, celui de Gotami, vivait ici et avait été repoussé plus loin avant l'arrivée des "nouveaux".

La famille s'installa donc, le père, la mère, les enfants et durent travailler dur pour subvenir à leur besoins. L'une des filles Johana gardait les animaux, elle tomba amoureuse du fils d'un voisin, il promis de l'épouser quand elle serait en âge, mais il ne revint jamais la demander et elle attendit des années. Un jeune garçon, Marko, arrivé lui aussi d'une autre région aimait Johana, mais il était trop jeune pour elle. Ils étaient donc tous les deux en attente jusqu'au jour où

"Ce soir là la jupe longue de Johana en montra plus qu'il n'était permis d'habitude à la jeune fille. Le vent aux yeux fureteurs vint soulever son jupon. Les yeux de Marko suivirent ceux du vent, et avec le vent il regarda. Johana elle aussi avait profité de la pénombre du couchant pour jeter un coup d'oeil. Elle vit le garçon et il la vit. Ils se virent sans prononcer un mot, sans éprouver le besoin de le dire. Seul le malaise en leur coeur leur disait qu'ils étaient passés en d'étranges contrées dont personne jamais ne revenait vivant."

et cet amour porta fruit.

Le père de Johana dans sa colère tenta de tuer Marko, qui le considérait comme un père et lui comme un fils. Le jeune homme s'enfuit se pendre à un arbre et Johana de son côté choisit la mort dans le poison.
Le père de Johana fut anéanti ; en apprenant que des guerriers dansaient sa mort il s'enfuit à la ville.
Des bandes de jeunes se formèrent pour combattre les Blancs et ils tuaient ceux qu'ils considérer comme "traitres" ; les fils du père de Johana moururent dans cette guerre.

Après avoir été arrêté errant dans la ville, le père de Johana fut emmené à la ferme ligoté dans le véhicule de police pour reconnaissance, après quelque temps, relâché il revint à la ferme auprès de sa première femme, la mère de Johana, mais une autre guerre, entre gens de même couleur, ravageait le pays et des rebelles virent en lui un traitre et le tuèrent dans les bois où son corps ne fut retrouvé que longtemps après.

Ce livre est d'une écriture poétique, les mots sont comme des images, des dessins, pour traduire ces vies de labeur, ce respect des ancêtres qui ont fait loi des traditions.

L'amour, la peur, la mort sont exprimées par des chants et des danses ; ainsi que la guerre.

C'est une très belle lecture que ce petit livre.

Extraits

"Les mots sont ainsi, ils coupent plus profondément que des lames de rasoir. Des lames c'est mieux elles coupent là où c'est visible. Mais avec les mots c'est différent : ils coupent là où on ne voit pas."

Le peuple de Gotami parlaient déjà écologie :

"Ceux de Gotami refusèrent au père de Johana le droit d'asperger de poisons les champs. Ce serait détruire la terre de leurs ancêtres. Les petits insectes faisaient partie de la terre de leurs pères. Des mains négligentes n'avaient pas à les tuer. Ils devaient être libres de voler au gré du vent. Si les nouveaux venus empoisonnaient l'air et le sol, ils susciteraient la colère des ancêtres, les mirent en garde ceux de Gotami."

"Mais que dirait Johana, avec ses mots à elle, sortis de sa bouche, après avoir écouté ceshistores ? Dirait-elle que chez elle c'était la maison de la mort, celle où la mort avait son nid, où elle attendait patiemment l'heure de frapper à la porte et de lâcher un déluge de mort ? Que dirait-elle cette femme qui vivait murée dans son silence et craignait de répondre aux mots cruels des autres ?"

"Debout devant son père, elle ne lui dirait pas les flots de joie qui les avaient submergés, elle et lui, le corps étincelant éclaboussé de gouttes d'eau, les cheveux en bataille saupoudrés de sable. Comment pourrait-t-elle raconter l'histoire que seuls connaissaient ce garçon et cette femme ? Et la douleur aussi : elle ne pourait, debout devant ses parents, leur raconter le sang qui avait jailli d'eux, d'elle et de lui, ces gouttelettes de sang parties se perdre dans le sable, et elle avait regardé, sans essuyer ni de son doigt ni de sa robe usée. Non, elle ne leur raconterait rien. Elle affronterait seule avec lui la colère des ancêtres de la contrée. Et cette colère du pays, il l'affronterait seul avec elle."





mots-clés : #colonisation #traditions
par Bédoulène
le Sam 31 Déc - 19:12
 
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Jean-Luc Raharimanana

Jean-Luc Raharimanana
(Né en 1967)


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Jean-Luc Raharimanana, né à Tananarive le 26 juin 1967, est un écrivain malgache en langue française.

C'est dans son pays natal qu'il écrivit sa première pièce, Le prophète et le président, mais elle ne put y être montée à cause de la situation politique. Il vint ensuite en France pour des études en ethnolinguistique. Il a depuis été journaliste, enseignant, et l'auteur de nouvelles, de pièces de théâtre et de romans. Dans un style violent et lyrique, il y décrit la corruption et la pauvreté qui sévissent sur son île, avec des rappels sur la douloureuse histoire du pays.

Il participe à de nombreuses manifestations, ateliers d'écriture, etc. Plusieurs de ses œuvres ont été traduites en allemand, anglais, italien et espagnol.


Œuvres

Le prophète et le président, théâtre (1989)
Le lépreux et dix-neuf autres nouvelles (Hatier, 1992)
Rêves sous le linceul (Le Serpent à Plumes, 1996)
Le puits, théâtre (Actes Sud Papier, 1997)
Lucarne (Le Serpent à Plumes, 1999)

Nour, 1947, roman (Le Serpent à Plumes, 2001)
Landisoa et les trois cailloux, pour la jeunesse (Edicef, 2001)
L'arbre anthropophage, récit (Joëlle Losfeld, 2004)
Madagascar, 1947, livre de photos (Vents d'ailleurs, 2007)
Za, roman (Philippe Rey, 2008)
Le cauchemar du gecko (Vents d'ailleurs, 2010)
Enlacements (Vents d'ailleurs, 2012)

(source wikipedia)

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ZA

Il faut absolument que je vous montre le langage de Za :

« Elles peuvent de leur langues samarrées, vous santer, sarmes et coquillazes, sea, sex end sun à bave. Za m’eskuze à vouloir trop kuiser les cuisses du silence.
Car avaient egzisté les pères et les maires, ils peuvent dire eux, pères qui nous ont fait serfs, pouissants crocodeals qui se partazent les carcasses de nos terres, maires-caïmans à la maçoire vissée à la clé à molette.
Ils méritent, Za vous le zure, d’avant Za paroler, discorir et travolter. »


Un langage que le lecteur doit apprivoiser pour découvrir toute la richesse mots et de l’écriture.  Car Za crasse (crache) les mots qui sortent de sa bouce (bouche) et  l’orthographe de  certains mots  est révélatrice.

Za a tout perdu, femme, enfant, bien,  même la parole, alors il s’est forgé un langage ponctué par le rire pour survivre.

Za est fou, mais Za le sait. Za se bat toutes les nuits avec l’ange punisseur, avec  ses propres démons.

Za accepte de se soumettre, accepte les coups, la saleté,  mais Za connait le coléreux, l’insoumis Ratovoantanitsitonjanahary, mais Za sait-il que Ratovo et lui sont une même personne ? l’acceptera-t-il ?

Za sait la vie de la société, il sait les Immolards et l’Unique Dollaromane qui détrousse les ancêtres dans la plaine où ils gisent  et geignent, là où Za voudrait aller pour retrouver son fils disparu.

Cette plaine où tous les emblèmes  des révolutions, des colonisations, des guerres sont enfouis pèle-mêle ;  Za sait tout cela mais Za en a assez, il refuse ceux qui croient l’aider, ceux qui le fustigent, il refuse de reconnaître sa femme, Za veut plus rien savoir, plus rien entendre, plus rien voir.

Une écriture bouleversante et détonante dans ce récit où se dessine l’histoire de cette Ile, à travers  la parole de Za et des témoignages  des miliciens, des  militaires, ministre et des morts ; Madagascar.

Extraits

"Hier Za n'est pas passé ici. Hier Za n'aura pas pu passer ici. Ils ne m'écoutent pas - ils sont malades ! Ils ne m'écoutent pas. Ils attrapent des queues de taureau fraîchement désenculées et me fouettent avec. Ils visent mon visaz, ma zoue éclate. Za m'enfuit. Za rejoint la digue, ils me lapident avec des os et des tendons.
L'anze rit."

"Zira elle a dit qu'elle n'a qu'à mettre culotte et dentelle pour sanzer votre budzet de l'Etat. "

"Les femmes aux ceveux de paille entassent les ossements dans des sacs de zute pour les zeter dans des bennes que hissent aussitôt des camions Tata made in India. Za me plie de douleur. Za voudra. S'al vous plait."

"Za voudra porter le dernier coup, biffer le regard et envalser la dernière tête, finir le travail et entériner le sacre du bourreau. Car Za vous le dit ma veulerie, Za vous le dit l'ordinaire de la vie, ma vie, votre vie, le triomphe de l'absurde et de l'état honteux. Za n'a pas à soupporter  la douleur du monde et la connerie de l'houmain. Eskuza-moi. Za m'eskuze. Le monde n'a zamais été qu'une souite de malheurs. Za ne fait que suivre ce qui dure depuis des vénérations et vénérations. Za en a marre."


mots-clés : #colonisation
par Bédoulène
le Sam 31 Déc - 17:06
 
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Sujet: Jean-Luc Raharimanana
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Etienne Goyémidé

Etienne Goyomidé (1942-1997)


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Né à Ippy en 1942, décédé le 17 mars 1997.

Licencié ès sciences de l'éducation et diplômé d'anglais, Étienne Goyémidé a occupé divers postes dans l'enseignement et a été directeur d'une imprimerie, ainsi que directeur de la Troupe Nationale de Centrafrique. En 1991 et 1992 il a été ministre de l'Enseignement et de la Recherche.
En 1993, il a obtenu la Bourse du Centre national du Livre (France).
Il a plusieurs fois obtenu le prix de la meilleure nouvelle francophone.



Oeuvre

La petite leçon, théâtre, 1976.
Le Monsieur de Paris, théâtre, 1978.
Au pied du Kapokier, théâtre, 1978.
Mes respects Monsieur le Directeur, théâtre, 1978.
Le vertige, théâtre, 1981.
Les mangeurs de poulets crevés, théâtre, 1983.
Le silence de la forêt, roman, Hatier, 1984, 157p.
La vengeance noire, nouvelle, 1984.
La fille du ciné-bar, nouvelle publiée dans le recueil collectif Un voyage comme tant d'autres, Hatier, 1984.
Le dernier survivant de la caravane, roman, 1985
Responsabilité collective, théâtre, 1988.
Au nom de la loi, roman, Hatier, 1989.
"Le Théâtre existe !", in Littérature centrafricaine, Paris, Notre Librairie 97, avril-mai, 1989 p. 88-93.
Demain... la liberté, théâtre.

adaptation
Son roman LE SILENCE DE LA FORÊT a été adapté au cinéma en 2003 (avec le même titre) par son compatriote Didier Florent OUÉNANGARÉ et le Camerounais Bassek BA KOBHIO, 93 min. Production : Centrafrique, Cameroun (Films Terre Africaine) et Gabon (CENACI, Centre National du Cinéma).
Film présenté au festival de Cannes en mai 2003 (Quinzaine des Réalisateurs).

(source Africulture)


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Le dernier survivant de la caravane

L’histoire : le narrateur  raconte avec humour l’atmosphère de son enfance dans la ville d’Ippy  au temps de la colonisation Française en fin du 20ème siècle, alors qu’il était  comme tant d’autres enfants un « bambin déluré et turbulent ;  l’attrait pour eux de la modernité qu’avaient apporté les  Blancs (les Français en l’occurrence) les magasins, les automobiles etc... . Il précise que  l’école et la religion ne s’étaient pas implantés facilement dans leur village, comme dans les autres villages d’ailleurs.

« Les objectifs avoués de ces deux institutions étant la recherche de lendemain fleuris sur terre pour l’une et au ciel pour l’autre par le canal de mille et une privations, nous nous posions fréquemment la question de savoir comment et par qui cette idée saugrenue et inhumain e avait pu se matérialiser chez nous. »

Cependant ils étaient heureux. Mais par la bouche du personnage Ngala  l’annonce d’un futur prévisible :

« …il vous répondait sans détour que l’armée du chef Ippy n’était pas vaincue, que la longue trêve prise pour la fin de la guerre avec les Blancs, que manger les produits des Blancs signifiait conclure avec eux un pacte de non-belligérance. Tôt au tard, disait-il la guerre reprendra, et cette fois nous en sortirons vainqueur »

« Et quand tombait la nuit, nous exprimions bruyamment notre amour de la vie, notre confiance en la nature, la grande nature, le Dieu des Blancs, nos divinités. »

L’auteur rappelle au passage que les  Fils d’Ippy sont tombés pour la France dans des pays lointains (Indochine, Bir Hakeim, Djibouti, Hanoï, Alger, Tunis et sur le sol Français)

Les veillées étaient propices aux danses, aux chants (souvent dans une prose relatant un évènement ou un personnage) et aux histoires que racontaient les anciens et dont les enfants raffolaient.
C’est à l’occasion d’une de ces veillées que Ngala, l’ancien conte une histoire terrible, celle de la caravane d’esclaves dont furent victimes  les gens de son village capturés par une troupe de Maures, ces êtres étrangers et féroces dont ils ne comprenaient ni la langue ni les mœurs. (notamment "leur gymnastique à certaines heures" vers l'orient)

« Toutes les souffrances physiques et morales endurées jusqu’alors s’étaient trouvées purgées, éjectées de nos corps et de nos âmes, par ces quelques gouttes de salive jetées à la face du chef des esclavagistes."

Cette longue marche , où les « esclaves » portaient licou et mains liées est prétexte à légendes et histoires qui ressurgissent dans les mémoires  durant ce long trajet jalonné de morts.

Lecture rapide vu le nombre de pages et le format du livre,  et que j’ai lu d’une traite, tant l’écriture est attachante ; les nombreuses légendes et contes m’ont fait penser aux fables de La Fontaine, car il en sort toujours un enseignement.
Les mots des écrivains d’Afrique Noire me plaisent, il y a toujours de la poésie et même les épisodes  durs sont exprimés  en espérance (pas facile transcrire mon sentiment).


(message rapatrié)


mots-clés : #colonisation #esclavage
par Bédoulène
le Ven 30 Déc - 17:45
 
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Sujet: Etienne Goyémidé
Réponses: 1
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Valentine Goby

La fille surexposée

Tag colonisation sur Des Choses à lire - Page 2 Image263

 
l'éditeur, alma a écrit:  Dans la collection pabloïd se rencontrent des auteurs libres d'improviser dans le genre et le style qui leur convient, à condition de s'inspirer d'une remarque de Picasso. Dans la Tête d'Obsidiennes d'André Malraux l'auteur des Demoiselles d'Avignon et de Guernica affirme que les thèmes fondamentaux de l'art ont et seront toujours: la naissance, la grossesse; la souffrance, le meurtre, le couple, la révolte et peut être le baiser. Il les appelle emblèmes.



Valentine Goby a choisi  la révolte. C'est écrit au début du livre, je ne suis pas sûre que j'aurais identifié ce thème sans cela.

Le régime colonial marocain avait regroupé à Casa dans un quartier appelé le Bousbir, 600 prostituées, encadrées policièrement et médicalement pour offrir un bordel hygiénique et plus propre, plus « moral »... Des photos de ces prostituées ont servi de cartes postales et le peintre-photographe marocain Miloudi Nouiga, les a utilisées dans une lutte déterminée contre l'oubli de ces femmes.

Tag colonisation sur Des Choses à lire - Page 2 Nouiga10

Valentine Goby rapporte ces faits  dans un court récit à plusieurs voix (Maurice, le jeune homme qui fréquente le bordel et achète une carte postale, l'envoie à un ami ; Isabelle,  la petite-fille de ce dernier qui découvre  la carte postale et rencontre le peintre ; Biski, l'une des prostituées ; et  Miloudi Nouiga lui-même). Cet artifice donne une certaine distance assez documentaire . On sent un peu l’œuvre de commande, l'écriture comme procédé pour rappeler  ces prostituées à la mémoire de tous. J'ai trouvé que la « cause » venait au détriment de la puissance romanesque. Il n'en demeure pas moins qu'on croise de beaux personnages, des interrogations édifiantes, racontées d'une prose riche et habile et qu'on s’intéresse à l'aspect historique.

Un livre instructif donc, où m' a manqué l'émotion qu’aurait dû déclencher le sort de ces femmes humiliées.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #colonisation #conditionfeminine #creationartistique
par topocl
le Jeu 29 Déc - 9:57
 
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Sujet: Valentine Goby
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Anne Hébert

Tag colonisation sur Des Choses à lire - Page 2 41xf9710

Kamouraska

C'est tout le Québec. Y a l'identité double, la dépossession, le rapport à la colonisation, le rapport au catholicisme, etc. Anne Hébert tisse sur un fond culturel particulier, mais ses personnages vont au-delà de l'illusion culturelle et prennent un écho universel parce qu'humain. C'est la grandeur du roman : il va au fond de ses personnages, très vite et adroitement. Hébert n'a pas besoin de 800 pages pour parler de tout et de rien : son style nu et direct le fait en 300. Le mensonge s'effiloche dans les phrases et le sang du meurtre souille la neige : c'est un roman des contraires, du mouvement : anglais/français, intérieur/extérieur, froid/chaud, vie/mort, etc. Le mouvement est aussi dans la narratologie : tout le monde a le droit aux paroles, aux pensées, aux mensonges et tout jaillit, fusionne, coule en jets comme le sang sur la neige blanche.

mots-clés : #historique #colonisation
par Jeremy.
le Mer 28 Déc - 0:14
 
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Sujet: Anne Hébert
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Antonio Lobo Antunes

Le cul de Judas

Tag colonisation sur Des Choses à lire - Page 2 Image151


   En effet, selon les prophéties de ma famille, j'étais devenu un homme : une espèce d'avidité triste et cynique, faite de désespérance cupide, d'égoïsme et de l'urgence de me cacher de moi-même, avait remplacé à jamais, le plaisir fragile de la joie de l'enfance, du rire sans réserves ni sous-entendus, embaumé de pureté, et que de temps en temps il me semble entendre, voyez-vous, la nuit, en revenant chez moi, dans une rue déserte, résonnant dans mon dos en cascades moqueuses.


Echoué dans la nuit d'un bar lisboète, un homme vieillissant drague une femme inconnue à la recherche d'une brève étreinte consolatrice. Dans son paquetage, bien au fond, sa jeunesse embrigadée dans le conformisme d'une famille bourgeoise, et par-dessus 27 mois de guerre en Angola, dont il revient étranger au monde, dévasté, errant.. Et curieusement ça marche,comme le lecteur, l'auditrice muette  suit jusqu’au bout  cet « irrémédiable naufrage »  l’égrènement logorrhéique de cette  inhumaine absurdité, la confession violente et crue de cette désespérance.

   Parce que c'est cela que je suis devenu ou qu'on m'a fait devenir : une créature vieillie et cynique qui rit d'elle-même et des autres du rire envieux, maigre, cruel des défunts, le rire sadique et muet des défunts, le rire répugnant et gras des défunts, et en train de pourrir de l'intérieur, à la lumière du whisky, comme pourrissent les photos dans les albums, péniblement, en se dissolvant lentement dans une confusion de moustaches.


Ce livre a réveillé en moi le souvenir de Meroé, d'Olivier Rolin, pour l'Afrique, et du Crabe Tambour de Pierre Schoenoerffer pour la guerre qui ne vous lâche pas.  Ce sont des  mondes d'homme cassés par la vie, avec ce que cela implique de cynisme, d'amertume, d'autodérision, de haine de soi et des autres : « la farce tragique et ridicule de ma vie. », j'ai été envoûtée par cette litanie d'obsessions lancinantes.

   janvier se terminait, il pleuvait, et nous allions mourir, nous allions mourir et il pleuvait, il pleuvait,et assis dans la cabine de la camionnette, à côté du chauffeur, le béret sur les yeux, la vibration d'une infinie cigarette à la main, j'ai commencé mon douloureux apprentissage de l'agonie.


Là comme souvent la femme est le refuge nourricier, l'espoir d'un havre, son avilissement n’empêchant pas une adulation . Il y en a beaucoup,  de la légitimes aux putains noires.

   J'en avais marre, Sofia, et tout mon corps implorait le calme que l'on ne rencontre que dans les corps sereins des femmes, dans la courbure des épaules des femmes où nous pouvons reposer notre désespoir et notre peur, dans la tendresse sans sarcasme des femmes, dans leur douce générosité, concave comme un berceau pour mon angoisse d'homme, mon angoisse chargée de la haine de l'homme seul, ce poids insupportable de ma propre mort sur le dos

.

Le style d'Antunes est souvent magnifique, lyrique, dérangeant, drôle, poétique, sublime dans l'exaltation de la noirceur et des abîmés de l'âme – un peu trop, parfois, ai-je trouvé, lassée de reprendre mes phrases au début pour en retrouver la cohérence.

Et je  chipoterai encore en disant que le chapitrage par lettres de l'alphabet ( et dieu sait si j'aime les alphabets !) m'a paru vaguement maniéré (comme s'il avait besoin de ça!)

Quoiqu'il en soit, j'arrête mes remarques critiques car Le cul de Judas est un livre très fort parce qu'il nous parle de la vie, de la mort et de l'amour, il nous les crache magistralement à la figure, partagés que nous sommes entre le dépeçage de l'Afrique par de jeunes Portugais hagards et l’atmosphère lugubre de ce bar où se reconnaissent les solitudes.


(commentaire récupéré)


mots-clés : #colonisation #guerre #vieillesse
par topocl
le Jeu 22 Déc - 16:37
 
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Sujet: Antonio Lobo Antunes
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Kateb Yacine

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Nedjma

Pas facile de parler de ce livre. Entremêlé d'autobiographie c'est une histoire très éclatée autour de quatre jeunes hommes autour des manifestations et représailles du 8 Mai 1945, événement très présent mais diffus. La chronologie et le fil de la narration sont brisés pour nous porter aux côtés de l'un ou de l'autre ou de plusieurs puisqu'ils se connaissent, se croisent sont demi-frères ou cousins. La violence et l'injustice coloniale sont présents comme l'ombre de la tribu et les liens compliqués de famille et de séductions. Le chômage aussi, le désœuvrement, l'ivresse et les femmes. Et pas seulement pour nos jeunes hommes. Entre le passé mythique très vivant et présent dans l'esprit, la terre, et les aspirations floues de ressemblances avec les "notables" transplantés de France, entre la richesse et les séductions étrangères, les femmes si proches mais inaccessibles (quoique). Entre les péripéties et les ennuis émerge la cousine Nedjma, cousine que l'on dirait mal mariée et qui ne cesse de séduire fatalement ces âmes en peine. Une image intermittente, floue elle aussi, qui s'échappe toujours. Écartée d'une idée de conformité à une pureté ou une autre elle est séduction et tentation sans même être une synthèse de la femme d'avant et de celle "colonisée". Elle est autre chose, on ne saura pas tout à fait quoi. Mais nos somme toute braves types ne s'en remettent pas.

Si certains passages éphémères ont l'air trop poussés et ne passe pas si bien (on pense à un artifice de forme moderne et libre) , d'autres rêveries enfumées sont un voyage recommencé, l'errance d'une condition bien simple d'aspiration juste : la femme, le travail, une tranquillité qui concrétiserait l'existence. Mais dans un environnement à la fois familier et hostile, un moment où s'affrontent et se perdent un monde tribal et le capitalisme du XXème siècle qui se prend malgré tout un peu les pieds dans un courant humaniste qui le fait trébucher. La fin de la deuxième guerre mondiale on sent aussi la possibilité d'un espoir. Forme d'époque ni écriture blanche ni lourdeur littéraire, liberté avant tout, peut-être une langue et une culture pour parler d'autre chose (ça se fait dans les deux sens). Le refus d'un état trop défini (par les uns ou les autres) et d'une condamnation, pas sans regrets cependant. Une mélancolie vivace, pas sans charmes, parfois énigmatique.

Une lecture stimulante et utile quant à "l'ombre historique". Le texte tout de même semble un peu trop insaisissable pour sa position de texte fondateur... c'est un compliment.

J'ai un gros faible pour le passage à Constantine.

Extrait :


Rachid ne quittait plus le fondouk, le balcon ; l'espace de mosaïque, de fer forgé ; il ne quittait plus la farouche collectivité, le Divan, l'intime rêverie de la horde : dix ou vingt hommes de tous les âges - rêveurs silencieux qui se connaissaient à peine les uns les autres - dispersés le long du balcon, au sein du vertige, au faîte de la falaise ; en l'une des alvéoles du Rocher, le refuge où ils se retrouvaient jour et nuit, avec l'odeur du basilic et de la menthe, le goût du thé moisi, les cèdres, les cigognes, le morse timoré des cigales, le cri sans suite de leur tranquille agonie. Rachid avait découvert depuis longtemps le fondouk dont il venait de se rendre maître, après s'être perdu de ville en ville ; il ne quitterait plus Constantine ; il mourrait probablement au balcon, dans un nuage d'herbe interdite ; enfant, il avait remarqué les têtes sévères des troglodytes ; il avait entendu la musique, et s'arrêtait sans en avoir l'air devant le fondouk, avec de rares passants courbés comme des arbres sous l'écho envoûtant du tambourin dont la violence galvanisait comme un tonnerre apprivoisé couvrant les grêles chaudes, le crescendo du luth, pesanteur et rapidité des larmes intérieures dont Rachid, comme une plante attentive, ressentait la coulée, tandis que s'élevait d'un autre point de l'abîme un air de flûte, un souffle d'été mâle, de nuit vibrante bue comme une mouche dans le café ; enfant, Rachid avait deviné que cette mélodie venait d'une société secrète, mi-nécropole mi-prison, bien qu'il n'eût jamais entendu parler de la secte des Assassins. Il savait comme tout enfant que les mélomanes du fondouk fumaient autre chose que du tabac, ce qui les rendaient fous, mais pas à la façon des ivrognes... Plus tard, il avait vu par la porte entrouverte un coin du balcon, la volière... A présent, il se savait capturé, comme le rossignol et les canaris qu'on entendait dès le seuil du fondouk, et il ne lui venait plus à l'idée d'en sortir. Cela lui était arrivé alors qu'il revenait de Bône, après l'assassinat ; en l'interrogeant, à l'époque, on avait cru et répété dans Constantine que Rachid avait son mot à dire, sans être tout à fait complice, et on l'avait cherché à savoir : "Ce n'est rien. Un simple accident", répondait-il ; affaire passionnelle, disaient les journaux, Rachid n'en parlait plus, ne voulait plus en parler ; à mesure qu'il s'habituait au fondouk, son langage se raréfiait, de même que s'embuait et se creusait son regard sombre, et les côtes se dessinaient sous la vieille chemise  de soldat, comme si son corps de plus en plus sec devait mettre en relief le squelette, uniquement le squelette de l'homme puissant qu'il eût été en d'autres circonstances...  


(message de deuxième main).


mots-clés : #colonisation
par animal
le Lun 19 Déc - 20:35
 
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Sujet: Kateb Yacine
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Joseph Conrad

Nostromo

Tag colonisation sur Des Choses à lire - Page 2 51tj1h10

  "Il y a dans un trésor quelque chose qui s'attache à l'esprit d'un homme. Il prie et  blasphème et persévère cependant ; il maudit le jour où il en a entendu parler pour la première fois, et laisse arriver sa dernière heure sans s'en apercevoir, croyant toujours qu'il ne l'a manqué que d'un cheveu. Il le voit chaque fois qu'il ferme les yeux. Il ne l'oublie qu'à sa mort - et même alors… docteur, avez-vous jamais entendu parler des misérables gringos de l'Azuera, qui ne peuvent pas mourir ? Ah ! ah ! Ce sont des marins comme moi. On ne peut pas échapper à un trésor une fois qu'il s'est  attaché à votre esprit."


Sur fond historique de colonialisme, de coup d'états militaires, de guerre civile, et de politique dictatoriale au Costaguana, petit pays fictif d'Amérique latine, Joseph Conrad nous fait vivre au rythme d'un groupe d'Européen, installés là-bas comme chez eux. Écartelés entre leurs amours, leurs rêves et leur cupidité, ils mènent une existence à la fois brillante et fiévreuse, où ils apprennent que la réalisation des espérances, financières ou autres,  ne mène pas forcément à l'épanouissement personnel. Même chose pour Nostromo, un marin génois débarqué ici pour faire fortune, emblématique de cette petite communauté, qui voue un mélange d'admiration et de mépris à ce personnage valeureux et  fantasque.

Difficile de faire un commentaire  sur ce roman,  considéré par tous comme le chef-d’œuvre de Joseph Conrad, si ce n'est pour redire que c'est un roman magistral, qui se mérite, mais qui récompense généreusement l'effort qu'on a pu mettre dans sa lecture.On est captif des allers-retours temporels, des péripéties romanesques dignes des meilleurs romans d'aventure, de la complexité des personnages pris dans les rets de cette vie coloniale alternativement délicieuse et rude, cette petite communauté imbue d'elle-même, égocentrique et brillante, qui au delà de son lustre n'échappe pas à la moiteur.
Un roman âpre, foisonnant et tumultueux dont on ressort avec une satiété heureuse.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #colonisation #insurrection
par topocl
le Sam 17 Déc - 9:36
 
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Sujet: Joseph Conrad
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Rachid Boudjedra

Rachid Boudjedra
Né en 1941

Tag colonisation sur Des Choses à lire - Page 2 Boudj10

Rachid Boudjedra, né le 5 septembre 1941 à Aïn Beïda, dans la région d'Oum El Bouaghi, en Algérie, est un écrivain et poète algérien de langue française et de langue arabe.
Issu d'une famille bourgeoise, il passe sa jeunesse à Aïn Beïda, puis il commence ses études à Constantine et les poursuit à Tunis (Tunisie).

Dès 1959, il prend part à la lutte contre la colonisation française en Algérie. Blessé, il voyage dans les pays de l'Est, puis l'Espagne, où il est représentant du FLN.
En 1962, après l’indépendance, il retourne en Algérie et devient un étudiant syndicaliste. Il entreprend alors des études de philosophie à Alger et à Paris. Il obtient une licence de philosophie à La Sorbonne en 1965 et achève son cursus en soutenant une thèse de doctorat sur Louis-Ferdinand Céline. Il obtient également une licence de mathématiques de l'université d’Alger. Il se destine ensuite à l’enseignement (Blida), mais en 1965, après la prise du pouvoir par Houari Boumédiène, il quitte l’Algérie. Interdit de séjour pendant plusieurs années, car il faisait l'objet d'une condamnation à mort, il vit d’abord en France de 1969 à 1972 où il sera professeur de philosophie au lycée de Coulommiers, puis au Maroc où il enseigne à Rabat jusqu'en 1975.
En 1977, il devient conseiller pour le ministère de l'Information et de la Culture. Il participe à la rubrique culturelle de la revue hebdomadaire Révolution africaine.
Il est membre de la Ligue des droits de l’homme. Il a une sœur et un frère.
En 1981, il est nommé lecteur à la SNED et enseigne à l'IEP d'Alger.
Il a reçu le Prix des Enfants terribles en 1970 pour La Répudiation, le Prix Eugène Dabit du roman populiste 1997 pour La Vie à l'endroit, et, le prix du Roman arabe pour Les Figuiers de Barbarie en 2010.


Bibliographie :

Pour ne plus rêver, poèmes, dessins de Mohammed Khadda, 1965
La Répudiation, 1969
La Vie quotidienne en Algérie, 1971.
Naissance du cinéma algérien, 1971.
Journal Palestinien, 1972.
L'Insolation, 1972
Topographie idéale pour une agression caractérisée, 1975
L'Escargot entêté, 1977.
Les 1001 Années de la nostalgie, 1979
Le Vainqueur de coupe, 1981
Extinction de voix, poèmes, 1981.
Le Démantèlement, 1982.
La Macération, 1984.
Greffe, poèmes
La Pluie
La Prise de Gibraltar
Le Désordre des choses
Fis de la haine
Mines de rien
Lettres algériennes
Peindre l’Orient
La Vie à l'endroit
Fascination
Cinq Fragments du désert
Les Funérailles
Hôtel Saint Georges
Les Figuiers de Barbarie
Printemps





Tag colonisation sur Des Choses à lire - Page 2 51ogis10

L'Hôtel St-Georges

C'est dans cet hôtel que Nabila rencontre le sergent Français Jean,  c'est lui qui demande à sa fille dans une lettre qu'elle découvre après sa mort, comme un héritage, de visiter l'Algérie où il était appelé durant la guerre, les lieux qu'il n' a jamais oubliés, cette blessure qui l'a accompagné toute sa vie et qu'il n'avait jamais confié.

Jeanne s' adresse à une famille algérienne, laquelle la guidera dans sa quête et se sera pour l'une et les autres des rapports de confiance qui leur permettront de découvrir ou redécouvrir l' histoire dans l'Histoire, celle de l'Algérie qui a été colonisée durant 132 ans, comme le précise l'un des personnages. Mais en retour le Gd-père rappellera aux jeunes que leur pays a aussi colonisé l'Andalousie et la Sicile. Cette visite se révèlera bénéfique pour tous, Jeanne séduite par le pays et reconnaissante à ses "guides", la famille algérienne étonnée  et touchée en apprenant le métier exercé par le sergent Jean et son passé dans leur pays.

Le lecteur se rend compte que cette famille algérienne ressemble à une famille française, avec des personnages lumineux, d'autres plus sombres, des secrets, des blessures, il y a même des communistes (alors que le PC est interdit en Algérie) des croyants et des athées.

Les regrets, les reproches ne peuvent être évités, oubliés  ( par exemple : alors que la France et les Alliés fêtent le 8 mai 1945, la libération, en Algérie ceux qui profitent de l' occasion (ceux qui se sont battus contre le nazisme)  pour brandir le drapeau Algérien, réclamant l'indépendance, sont, sur ordre du Préfet de Constantine, par centaines  fusillés) ; de même la reconnaissance à certains hommes.

Certains, français ou algériens lisent et commentent  Malcolm Lowry, les confessions de St-Augustin, IBN Arabi, Lacan .............

Très intéressant condensé de l'histoire de l'Algérie et une reconnaissance dans cette fiction par la quête de Jeanne. C'est aussi une déclaration d' amour à ce pays, l'Algérie, par la voix de ces femmes, de ces hommes, tous ces personnages de fiction, algériens ou français.

C'est également une critique sur la colonisation, toutes les colonisations et leurs corollaires invasifs.

"message rapatrié"



mots-clés : #colonisation #guerredalgérie
par Bédoulène
le Ven 9 Déc - 17:08
 
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Sujet: Rachid Boudjedra
Réponses: 0
Vues: 282

Mongo Beti

Mongo Beti (1932 - 2001)

Tag colonisation sur Des Choses à lire - Page 2 Mbeti110

Mongo Beti est le pseudonyme d'Alexandre Biyidi Awala (son premier pseudonyme étant Eza Boto).
Il commence sa carrière littéraire avec la nouvelle Sans haine et sans amour, publiée dans la revue Présence Africaine, dirigée par Alioune Diop, en 1953. Un premier roman Ville cruelle, sous le pseudonyme d’Eza Boto suit en 1954, publié aux éditions Présence Africaine.
Mais c’est en 1956 que la parution du roman Le Pauvre Christ de Bomba fait scandale par la description satirique qui est faite du monde missionnaire et colonial. Paraissent ensuite Mission terminée, 1957 (prix Sainte-Beuve 1958) et Le Roi miraculé, 1958. Il travaille alors pour la revue Preuves, pour laquelle il effectue un reportage en Afrique. Il travaille également comme maître auxiliaire au lycée de Rambouillet.

En 1959, il est nommé professeur certifié au lycée Henri-Avril à Lamballe. Il passe l’agrégation de lettres classiques en 1966 et enseigne au lycée Corneille de Rouen de cette date jusqu’en 1994.

En 1972, il revient avec éclat à l’écriture. Publié par François Maspero, son livre Main basse sur le Cameroun, autopsie d’une décolonisation est censuré à sa parution par un arrêté du ministre de l’Intérieur français, Raymond Marcellin, sur la demande, relayée par Jacques Foccart, du gouvernement camerounais, représenté à Paris par l’ambassadeur Ferdinand Oyono.
Il publie en 1974 Perpétue et Remember Ruben. Après une longue procédure judiciaire, Mongo Beti et son éditeur François Maspero obtiennent en 1976 l’annulation de l’arrêté d’interdiction de Main basse sur le Cameroun.
En 1978, il lance, avec son épouse Odile Tobner, la revue bimestrielle Peuples Noirs Peuples africains, qu’il fait paraître jusqu’en 1991.

En 1991, Mongo Béti retourne au Cameroun, après 32 années d’exil. Il publie en 1993 La France contre l’Afrique : retour au Cameroun. En 1994, il prend sa retraite de professeur. Il ouvre alors à Yaoundé la Librairie des Peuples noirs.


Bibliographie :

Sans haine et sans amour, 1953.
Ville cruelle (publié sous le pseudonyme Eza Boto), 1954
Le Pauvre Christ de Bomba, 1956.
Mission terminée, 1957.
Le Roi miraculé : chronique des Essazam, 1958.
Main basse sur le Cameroun : autopsie d’une décolonisation, 1972
Perpétue et l’habitude du malheur, 1974.
Remember Ruben, 1974.
Peuples noirs, peuples africains, 1978 - 1991
La Ruine presque cocasse d’un polichinelle, 1979.
Les Deux Mères de Guillaume Ismaël Dzewatama, futur camionneur, 1983.
La Revanche de Guillaume Ismael Dzewatama, 1984.
Lettre ouverte aux Camerounais, ou, La deuxième mort de Ruben Um Nyobé, 1986
Dictionnaire de la négritude avec Odile Tobner et la participation de collab. de la revue Peuples noirs - Peuples africains, 1989
La France contre l’Afrique : retour au Cameroun, 1993
L’Histoire du fou, 1994.
Trop de soleil tue l’amour, 1999
Branle-bas en noir et blanc, 2000.
Mongo Beti à Yaoundé, textes réunis et présentés par Philippe Bissek, 2005
Africains si vous parliez, 2005
Mongo Beti parle : Testament d'un esprit rebelle, 2006





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Le Pauvre Christ de Bomba

Le Révérend Père Drumont, dit RPS pour Révérend Père Supérieur est un missionnaire français venu en Afrique pour évangéliser Bomba et sa région, le pays des Tala, au Cameroun. Ayant refusé de voir pendant trois ans les habitants de ces villages parce qu’il refuse la polygamie, il se remet en route, accompagné de son jeune cuisinier Zacharie et de son enfant de chœur Denis, âgé de 15 ans, qui est aussi son boy… et le narrateur du roman. Le RPS est en vélo tandis que les deux jeunes marchent sur les pistes.

Les femmes chrétiennes, promises au mariage, sont tenues de vivre à la « sixa », une sorte de foyer basé à la Mission de Bomba, tenu par des hommes. Cette sixa a été instaurée par le RPS, présent en Afrique depuis plus de 20 ans, qui espère lutter contre la polygamie et ramener les Camerounais de la région au catholicisme et à Dieu.

Zacharie, mi-ange, mi-démon, est l’autre personnage principal qui ne mâche pas ses mots et qui joue un rôle important, rôle non négligeable dans les actions du RPS.

Chaque jour correspond à une étape dans un village ou une petite ville, où le père Drumont se rend chez le cathéchiste, puis à l’église ou ce qu’il en reste, pour évangéliser les indigènes ou les ramener sur le droit chemin. C’est un personnage sévère, qui croit dur comme fer à ce qu’il entreprend, ne se remettant jamais en cause. Il refuse qu’une route soit construite, assurant que la population serait asservie pour la construire, sa priorité étant la cause de Dieu.

Nous sommes en pleine période du colonialisme, le roman se déroule dans les années 1930. La mission s’avère un échec total, un constat dramatique. Sous la plume de Mongo Béti, ce drame prend un tel relief... Non seulement la mission a été un échec mais elle a causé tant de dégâts, engendré tant d'horreurs.

Mon résumé n'est qu'une gouttelette d'eau qui ne rend pas l'intensité de ce roman. C'est un livre magnifique que je viens de lire et je ne compte pas en rester là avec Mongo Béti. Je vous le conseille !


mots-clés : #colonisation #minoriteethnique #religion #traditions
par Barcarole
le Sam 3 Déc - 21:21
 
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Sujet: Mongo Beti
Réponses: 3
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