Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Sam 7 Déc - 18:00

47 résultats trouvés pour communautejuive

Peter Staphan Jungk

La traversée de l'Hudson

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Ca commence comme une bonne grosse blague juive new-yorkaise. rien n'y manque: le père physicien mondialement connu, en perpétuelle partance, la mère adorée et insupportable, et Gustav, le fils étudiant historien (sa thèse porte sur les accords de paix pendant la guerre de Cent Ans, de 1337 à 1453), fuyant ce trio symbiotique à Vienne, pour rien moins que devenir fourreur et s'enchaîner à une fadasse juive orthodoxe qui l'entraîne dans une religion rigoriste.
Mais bien sûr, derrière , il y a le tragique , car cette osmose familiale est liée au fait qu'ils sont seuls au monde, toute la famille ayant brûlé dans les camps...

On prend Gustav au sortir de l'aéroport à New-York, et sa mère est venue le chercher. Dans une superbe Cadillac blanche, les voilà engloutis, au passage du pont Tappan Zee, dans un méga-embouteillage, qui va les confronter pendant quelques heures, à leurs souvenirs, leurs démons, leurs rancœurs.

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Peter Stephan Jungk se fait alors le roi de l'allégorie. la relation des deux protagonistes est engluée dans ce sur-place, cette impasse absolue qui va,à la levée de l'obstacle, déboucher sur une libération. Jusqu'à Gustav qui va se faire voler ses papiers , dans cette épreuve de réappropriation de son identité. Mais il n'est pas seul : le père, mort il y a un an, qui a toujours été protecteur et bienveillant , se réincarne en une forme étrange et gigantesque, échouée dans l'Hudson juste sous le pont,  "dieu fluvial", havre salvateur, nu et endormi, paysage incarné, rêve d'enfant, fantasme , golem, va savoir.

C'est donc l'histoire d'une curieuse renaissance à 45 ans, d'une libération par le passage d'une épreuve, dérisoire s'il en est. Il y a un mélange d'humour qui ne fait  pas toujours dans la finesse -tous les bons vieux clichés y passent -,  et de poésie farfelue, pour dresser le portrait de cet homme aliéné, défini par son passé et que le passage du fleuve va délivrer.


mots-clés : #communautejuive #famille #humour
par topocl
le Dim 16 Juil - 10:10
 
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Wladyslaw Szpilman

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Le pianiste

Résumé :
Septembre 1939: Varsovie est écrasée sous les bombes allemandes. Avant d'être réduite au silence, la radio nationale réalise sa dernière émission.
Les accords du "Nocturne en ut dièse mineur" de Chopin s'élèvent. L'interprète s'appelle Wladyslaw Szpilman. Il est juif. Pour lui, c'est une longue nuit qui commence ...
Quand, gelé et affamé, errant de cachette en cachette, il est à un pouce de la mort, apparaît le plus improbable des sauveteurs : un officier allemand, un Juste nommé Wilm Hosenfeld. Hanté par l'atrocité des crimes de son peuple, il protégera et sauvera le pianiste.

Après avoir été directeur de la radio nationale polonaise, Wladyslaw Szpilman a eu une carrière internationale de compositeur et de pianiste. Il est mort à Varsovie en juillet 2000. Il aura fallu plus de cinquante ans pour que l'on redécouvre enfin ce texte étrangement distancié, à la fois sobre et émouvant.


L’auteur fait dans ce livre un témoignage poignant de sa vie sous l’occupation de Varsovie entre 1939 et 1945, témoignage qu’il écrit dans les suites immédiates de la fin de guerre, encore sous le choc de ces années, ce qui donne un ton assez distancié du récit qu’il nous livre, encore sous le choc de ce qu’il vient de traverser pendant 6 années.

Pianiste à Varsovie lorsque grondent les prémisses de la seconde guerre, Wladislaw Spilzman, d’abord dans le ghetto puis dans des planques, nous emmène dans un voyage terrible au fil de la progressive montée de l’idéologie nazie et des violences perpétrées envers les juifs dans le ghetto de Varsovie, mais aussi dans la prise de conscience progressive de ce qui se passe. D’abord niée et non vraiment entendable, la réalité de l’horreur, de l’innommable, de la tuerie sans raisons, de la violence pour la violence, etc, se font jour. Au début chacun n’imagine pas vers quoi cette occupation va tendre, et à quelle aberration l’humanité va être confrontée. Dans la famille de l’auteur il existe une forme d’espoir de fin de guerre  rapide et l’idée qu’il ne peut y avoir autant de mal sans raison ;  il y a aussi une tentative de conserver une forme de « normalité » rassurante par le maintien des habitudes, des rites familiaux, des retrouvailles autour du repas.

Puis, peu à peu, le climat se dégrade, les espoirs s’amoindrissent, les violences augmentent, les déportations surviennent, et les gens du ghetto prennent plus conscience de ce qu’il se passe et de ce qui arrive à ceux que l’on emmène, des rumeurs courent à ce sujet, on le sait mais on le tait… souvent. Cela en choisissant d’espérer jusqu’au bout plutôt que de choisir d’en finir. Dans ce « monde » qui ne tourne plus avec ses habituelles coordonnées, où l’humain est peu à peu nié et où ceux qui en sont la cible en prennent peu à peu conscience, les horreurs impensables deviennent la réalité quotidienne. L’idée que les allemands seront vite écrasés s’efface, et il y a une prise de conscience de l’inélucatibilité de ce qu’il se passe. L’auteur nous assène cette violence du quotidien, sonore et visuelle, faite de bruits de bombe, de cris, de coups de feu, d’exécutions sommaires sans distinctions aucunes, de corps qui pourrissent dans les rues…

Puis, avec lui, nous allons sortir du ghetto, de la foule, du bruit, des odeurs, des visions macabres, et il nous fait vivre les années où il est caché hors du ghetto, des années de solitude, affrontant le froid, la faim , se nourrissant de ce que certains parfois lui amène sinon de ce qu’il trouve parfois ( eau croupi, pain moisi, etc…), et cette peur au ventre d’être découvert qui ne le quitte pas. A un excès d’images, de sons, d’odeurs… succèdent presque un huis clos silencieux, rythmé par l’attente patiente dans l’expectative d’une possible descente allemande, à l’écoute attentive des bruits du dehors, s’efforçant de ne pas en faire, et des manques de son corps.

Ce livre est un nouveau regard sur la seconde guerre mondiale, car si je me suis penchée auparavant sur les camps de concentration, je n’avais jamais lu de témoignage évoquant la question des ghettos. Il est difficile de donner un avis des livres qui parlent de cette période, car finalement ce sont des témoignages de l’innommable, de l’impensable, et à part faire la traversée aux côtés de l’auteur je n’imagine même pas pouvoir dire j’aime ou j’aime pas. Donc j’ai fait cette traversée émotionnelle, parfois dure, violente, elle n’a pas été simple, mais tellement nécessaire, comme chaque fois que je me replonge un peu dans cette période là.

Et les écrits à la fin d’un point de vue d’un soldat allemand, j’ai trouvé aussi cela riche que de pouvoir entendre une autre voix s’élever pour dire leur horreur à eux qui l’ont vécu de l’autre côté.




mots-clés : #autobiographie #communautejuive #deuxiemeguerre
par chrysta
le Ven 7 Juil - 13:58
 
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Israel Joshua Singer

Yoshe le fou

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Le grand rabbin hassidique de Nyesheve, tout puissant, richissime, mais plutôt rustre, marie sa plus jeune fille et Nahum,  tous deux âgés de 14 ans.Le jeune homme est délicat, raffiné, cultivé. Si la jeune femme, qui n'a pas appris autre chose, se dévoue pleinement à son époux, celui-ci entre dans une neurasthénie délétère. Mais le vieux rabbin épouse à son tour en quatrième noce une toute jeune femme. Celle-ci et le jeune marié tombent amoureux au premier coup d’œil. Dans ce contexte de règles, de convenances et de paraître, le jeune homme s'enferme dans sa religiosité et sa culpabilité, et devient peu à peu Yoshe le fou. Et des années après, le destin fera de cette dérive, résultat de la folie des hommes et de leurs vertus hypocrites,  la perte de la cour hassidique.

Mi-conte philosophique, mi-récit picaresque, Yoshe le fou est une critique acerbe des milieux hassidiques de l'Europe de l'Est au XXème siècle. La verve de l'auteur n'exclue pas quelques longueurs , mais Israël Joshua Singer, à travers une galerie de portraits souvent truculents,  arrive à décrire avec précisions et humour les codes et dérives de ce milieu, infatué de lui-même,  bardé  de certitudes et fausses croyances.


mots-clés : #communautejuive #humour #religion
par topocl
le Mar 27 Juin - 16:41
 
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Soma Morgenstern

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Le fils du fils prodigue



ce livre est le premier tome d'une trilogie "Etincelles dans l'abîme"

Dans ce premier Tome c'est surtout les rites et préceptes  de cette communauté dont le lecteur prend connaissance et la "faute" du frère ainé de la famille Mohylewski (courant Hassidim)Jossele qui s'est converti au christianisme en épousant sa femme. L'ami et régisseur le Vieux Jankel a depuis quelques années dans l'idée que seul peut devenir le nouveau maître de Dobropoljer l' héritier légitime : le Fils du Fils prodigue ; en effet Welwel n' a pas d' héritier direct.

C'est donc à la faveur du Congrès mondial d'août 1928 se tenant à Vienne que Welwel rencontrera le fils de son frère (décédé à la guerre), la rencontre se fait à l'occasion d'un quiproquo, qui débouchera sur une invitation du jeune homme à séjourner dans la demeure familiale où Jankel se propose de l'initier aux devoirs d'un propriétaire terrien.

L'écriture est claire, filante c'était une bonne lecture. De plus le sujet intéressant de cette branche de l'orthodoxie juive avec la rencontre de l'univers du petit-fils.
J'ai une faiblesse particulière pour le personnage de Jankel, le vieux régisseur et ami, mais tous les personnages sont bien saisis.

je me procurerai les 2 autres tomes car je suis  un peu restée sur ma faim.

Extrait :

le Rabbin à l'étudiant qui transporte un livre non religieux :

" - Pour passer le temps ? Des livres pour passer le temps, cela existe ? Et quand on l'a fini, le livre pour passer le temps, on le jette n'importe où, comme une paire de vieilles savates ? Un livre !... Le fameux livre que ça doit être ! Quel sens y-a-t-il à lire de tels livres ? Et à quoi bon écrire de tels livres ? Pour passer le temps ? Si on lit pour passer le temps, peut-être qu'on écrit alors aussi pour passe le temps... Qu'y a-t-il dans ce livre ?



(commentaire récupéré)


mots-clés : #communautejuive #religion
par Bédoulène
le Sam 24 Juin - 8:51
 
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Bruno Schulz

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Les boutiques de cannelle


Drohobycz, c'est dans cette bourgade qu' est né l'auteur et notre narrateur. A travers de courts textes tels des nouvelles le narrateur dévoile  la vie quotidienne de sa ville et de sa famille de religion Juive. Il raconte l'homme d'exception qu'est son père, Jacob, dans ses meilleurs moments comme dans les pires puisque ce dernier  souffre apparemment de maladie mentale mais c'est dans le fantastique que va s'exprimer cette altération.  Une échappatoire à la grisaille de cette ville et des habitants que Jacob imagine en couleur et en relief.

Déniant au Démiurge le monopole de la création le Père réinterprète la création et fascine ceux qui l'écoutent.

Sublimés par une écriture poétique,  par des métaphores extravagantes,  cette lecture force l'imagination et emporte le lecteur dans un temps qui lui est inconnu comme ce "13ème" faux mois de l'année.

Le titre du livre porte celui d'une nouvelle "les boutiques de cannelle" où le narrateur, adolescent, va flâner et découvrir ces boutiques,  une nuit au ciel plein de promesses.

L'écriture s'inscrit également dans un jeu de contrastes permanent.

L'écriture suffit à mon plaisir de lecture,mais la personnalité du Père est fascinante de par la liberté de son imagination, de sa sensibilité au vivant  et à l'immatériel même si l'on a conscience qu'il est passé dans un espace sans retour.

Extraits :

Pleins d'affection, ces arbres simulaient le vent, ébouriffant d'un geste théâtral leurs couronnes, montrant, en des poses pathétiques, l'élégance de leurs éventails, argentés à l'envers comme les nobles fourrures des renards.

Il semblait que des générations entières de journées d'été, comme de patients maçons, étaient venues gratter les crépis moisis des vieilles façades, casser leur émail trompeur, mettant à nu leur véritable visage, la physionomie que le sort leur avait sculptée et aussi la vie qui les avait façonnées du dedans.

Sans nul appui, incompris de nous, cet homme extraordinaire défendait sans espoir la cause de la poésie.

Vous donnez à une quelconque tête de drap et d'étoupe une expression de colère et vous l'abandonnez avec cette colère, cette convulsion, cette tension, vous la laissée enfermée dans une méchanceté aveugle qui ne peut pas trouver d'issue.

Le jour est gris, comme toujours dans ces parages, et le paysage rappelle par instants une photographie de journal illustré, tant sont ternes, plats, les gens, les maisons et les véhicules. Cette réalité mince comme du papier, trahit par toutes ces crevasses son caractère de trompe l'oeil.

Plus loin, derrière les toitures de la place du Marché, je voyais de lointains murs de feu, les façades dénudées des maisons du faubourg. Elles grimpaient les unes sur les autres, raidies par la frayeur, sidérées. Un froid reflet rouge les ceignait d'une couleur tardive.



mots-clés : #fantastique #communautejuive
par Bédoulène
le Dim 21 Mai - 10:02
 
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Christopher R. Browning

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Des hommes ordinaires : Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la Solution finale en Pologne

présentation de l'éditeur a écrit:A l'aube du 13 juillet 1942, les hommes du 101e bataillon de réserve de la police allemande entrent dans le village polonais de Jozefow. Au soir, ils ont arrêté 1 800 Juifs : 300 hommes sont sélectionnés pour le travail, les autres, femmes, enfants et vieillards, sont abattus à bout portant. Les quelque 500 policiers de réserve du 101e bataillon n'avaient rien de nazis militants ou de racistes fanatiques. Ces " hommes ordinaires " ont eu, à plusieurs reprises, l'occasion de s'abstenir. Ils ont, dans leur immense majorité, préféré obéir, faisant en seize mois plus de 83 000 victimes, assassinées sur-le-champ ou déportées vers Treblinka. Analysant les témoignages de 210 anciens du bataillon, Christopher Browning retrace leur parcours, analyse leurs actions et leurs motivations, dans un des livres les plus forts jamais écrits sur la Shoah et sur l'ordinaire aptitude de l'homme à une extraordinaire inhumanité.


Une lecture sur laquelle j'étais resté partagé. L'objectif de rigueur et d'objectivité énoncé ne donnant pas forcément l'impression d'être poussé jusqu'au bout et une construction chronologique brouillée par des allers-retours expliqueraient mes réserves.

Il faut cependant souligner que le cœur de l'ouvrage repose sur un ensemble de témoignages a posteriori, collectés dans les années 60. Épluchés, sélectionnés et recoupés ils servent à tenter une reconstitution de comment ces "hommes ordinaires", ces policiers, hommes déjà mûrs, certains pères de famille, originaires de Hambourg ont pu participer activement, plusieurs fois, aux basses besognes de la Solution finale.



L'auteur n'est d'ailleurs pas le seul historien à s'être intéressé à ces témoignages, la postface est consacrée aux divergences de vue avec un confrère (Goldhagen). Partie laborieuse qui peut rendre compte d'une recherche d'objectivité plutôt que de condamnation d'office ? faut voir. j'ai été déçu aussi dans cette dernière partie par la démonstration qui est loin d'être extraordinaire, mis à part que l'approche du livre qu'on a en main est nettement plus motivante.

Pour ce qui est des faits reconnus on apprend beaucoup, sur le rôle des ghettos, certaines évolutions de la façon de mettre en oeuvre les exécutions : alcool, "sous-traitance" à des soldats étrangers, un découpage de l'ensemble en tâches attribuées à des acteurs différents, ...

Le dur des faits, les descriptions d'exécutions, les chiffres qui vont avec dépassent de loin toute possibilité d'imagination ou de projection. Ce n'est pas un problème d'abstraction c'est que (dieu merci !) sans ce genre d'expérience il est impossible de conceptualiser ça, de concrétiser le sens des mots et des chiffres.

Avec les extraits de témoignages et d'autres documents le livre essaye de définir ce qui a rendu possible le passage à l'acte "d'ensemble", en incluant les différences de caractères et d'attitudes, les refus, degrés divers d'acceptation et  de participation active. Des clés ou des pistes sont trouvées dans le contexte historique : l'endoctrinement, la guerre, l'usure morale dans cette guerre, mais aussi dans les dynamiques de groupe : hiérarchie, peur des sanctions, une forme de solidarité aussi teintée d'une volonté ne pas se marginaliser dans une structure qui ne peut pas l'accepter. Beaucoup d'ingrédients qui laissent inquiet et songeur tellement c'est à la fois lointain et quotidien à d'autres degrés.

La démonstration ne se transforme pas pour autant en justification, ce qui n'est pas étonnant et à rapprocher des chiffres comme 500 acteurs pour 83000 victimes (exécutions et participation aux déportations). Pas étonnant mais l'énigme et l'inquiétude qui motive ce type de lecture reste entière...

Les rappels  sur les expériences comme celles de Milgram (fameuse histoire des décharges électriques) sont légers. Les retours sur le poids du groupe, les oppositions d'images lâcheté/courage, faiblesse/force, endoctrinement/libre arbitre, le racisme "d'époque"... déplacent le sujet sur une perspective qui n'est plus historique ou alors "à actualiser" (sans que ce soit formulé explicitement).

A côté du comment c'est donc la question de la légitimité de l'acte et de l'individu qui est posée, le sentiment implicite qui fait qu'on évite de se poser des questions.

Reste qu'il est à travers cette lecture seule, et dans l'absolu ?, impossible de se projeter dans ce monde d'alors et qu'on ne peut pas non plus estimer le poids du choix individuel du refus (question politique d'une forme d'inaction).

La conclusion brute qu'on serait obligé d'en garder n'est pas réjouissante : statistiquement nous sommes des monstres.

(A prendre avec des pincettes car c'est une refonte avec de lointains souvenirs d'un avis de lecture de 2010... ).


mots-clés : #antisemitisme #deuxiemeguerre #communautejuive #historique
par animal
le Dim 12 Mar - 22:01
 
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Sujet: Christopher R. Browning
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Robert Menasse

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Chassés de l'enfer

Viktor, la quarantaine bien tassée, décide de mettre un peu d'ambiance à un repas de classe (25 ans après l'obtention de son baccalauréat) en révélant le passé nazi de ses anciens professeurs, presque tous présents au dîner. Auquel il ne reste plus que Viktor et Hildegund, les autres ayant fui sous l'outrage ; non sans avoir copieusement insulté l'impétrant.

Mais pourquoi Viktor, devenu historien, a-t-il eu besoin de faire resurgir l'Histoire ? Pourquoi cet homme n'a-t-il jamais accepté la défection de ses parents et son placement à l'internat ? Pourquoi, chez lui, ne parlait-on jamais de la période nazie ? Pourquoi a-t-il été privé de son histoire familiale, une histoire juive (il s'appelle Abravanel) et lourde ?

Parallèlement au récit de Viktor, le lecteur suit l'histoire d'un petit garçon portugais, Manoel, qui en 1612 va voir surgir le fabuleux carrosse de l'Inquisition et s'envoler tous ses rêves de gamin. Ses parents sont des marranes, des juifs convertis au christianisme, mais qui continuent à célébrer les rites de leur ancienne religion. L'enfant, qui ne comprend pas ce qui lui arrive, est envoyé chez les Jésuites alors que ses parents sont torturés par l'Inquisition. Cet enfant est cependant promis à un grand avenir… juif dans la Nouvelle Jérusalem que sera Amsterdam au XVIIème siècle.

Les deux récits s'interpolent de manière à former une sorte de miroir, de relais, d'écho de l'un à l'autre ; les deux enfants ayant vécu de manière à la fois similaire et différente les mêmes troubles, les mêmes questionnements et les mêmes douleurs profondes.

Mais ce que je retiens plus particulièrement (en dehors du très efficace jeu temporel, de la finesse des analyses historiques et psychologiques et des questionnements philosophiques), c'est bien l'allure globale du récit. Un récit qui semble ligoté, enchaîné, un récit qui est comme contenu, réprimé, bâillonné et le lecteur sent (de manière physique) cet empêchement, cette contention, cette rétractation et il est impossible de ne pas entendre gronder les eaux de la révolte, de ne pas percevoir les coups de béliers cognant contre les portes, les cris qui s'étouffent mais qui voudraient jaillir. Pourtant si le texte échappait à cette contention alors il deviendrait un hurlement sauvage, un maelstrom dévastateur, incompréhensible et dangereux. C'est pourquoi le lecteur sait gré à l'auteur de contenir sa rage, son impuissance et de la mettre en mot, et même de lui donner un visage, une figure, une attitude :


Maintenant qu'il avait le fouet en main, il le fit siffler en frappant l'enfant : Voyou de petit Juif, je vais t'apprendre à souiller un chrétien… (et de nouveau le fouet cingla Mané), comme tu l'as fait, espèce de porc ! … (un coup de fouet) Cochon de Juif ! Les chevaux entendirent le fouet et se cabrèrent, redémarrèrent, le cocher eut fort à faire pour les dompter, Caaaaalmes ! Mais l'homme, lui, ne se calmait pas. Regarde ce que tu as fait ! Et encore le fouet - et là se produisit une chose étrange : Mané aurait pu se sauver en courant, le gros homme poussif n'aurait eu aucune chance de le rattraper. Courir ! Mais où ? Mané n'en avait aucune idée. La seule qui lui vint, c'était que, s'il supportait cela, s'il ne courait pas, s'il encaissait les coups avec résignation, tête baissée, alors la rage de cet homme s'apaiserait plus vite. Et l'homme, voyant avec quelle résignation l'enfant recevait le fouet, laissa tomber celui-ci après un dernier coup déjà moins assuré : Ah, tu veux m'apprendre le christianisme ! Tu tends l'autre joue ! Espèce de porc !


L'attitude de résignation de l'enfant Manoel est exactement celle de l'auteur face à un texte qui pourrait être un cri de révolte mais qu'il transforme en parole et de cette parole jaillit d'infinis questionnements sur le sang, sur l'appartenance (ou pas) à une religion, sur ce qui fonde (ou ceux qui fondent) nos certitudes, nos engagements et en filigrane se pose la question du déterminisme : les juifs sont-ils déterminés (par le sang ? Par leur Histoire ? Par leur religion ?) à ne pas se rebeller contre la déportation et à en faire une force ?


Chassés de l'enfer est un texte d'une ampleur (temporelle, philosophique) impressionnante et parfois effrayante. Il convoque les grandes questions qui traversent les siècles : la religion, la soumission, la révolte, le renoncement. Mais c'est aussi, et peut-être avant tout, un roman, un roman d'apprentissage, la vie de la naissance à l'âge adulte de deux êtres que tout sépare hors leur commune origine juive, et l'auteur s'attache à raconter ces vies, parfois minuscules, parfois immenses, qui font de ce roman un véritable récit d'aventures modernes, anciennes, mélangées.


mots-clés : #communautejuive #historique #initiatique
par shanidar
le Mar 7 Mar - 21:46
 
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Peter Schneider

Encore une heure de gagnée : Comment un musicien juif survécut aux années du nazisme

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On peut lire ça comme un "simple" roman d'aventure haletant. Konrad Latte , ce jeune pianiste juif, l'un des derniers Juifs dans Berlin qui n'ait pas émigré ou n'ait pas été déporté, survit dans Berlin, de cache en cache, sans baisser la tête, malgré l'absence d'argent, de logement, de papiers et de cartes d'alimentation. Il gagne sa vie comme organiste dans les différentes églises de la ville, puis part sur le front Est diriger un orchestre dans le but de distraire et encourager les soldats, car où est-on le mieux caché que dans la gueule du loup?
C'est tout à fait extraordinaire et palpitant.

Mais Peter Schneider l'a surtout voulu comme un hommage aux Justes qui l'ont aidé, un peu ou beaucoup, une cinquantaine de personnes au moins. Il prend le soin de  nommer tous ceux qui sont identifiables et de décrire leur destin. Une seule a été punie pour cela : celle qui lui a donné deux tickets de rationnement-textile pour s'acheter des lacets...
Et c’est là que Peter Schneider insiste : contrairement à ce qu'on a tant dit pour racheter les consciences, cette attitude de solidarité et de résistance était possible.

Passionnant de bout en bout.


mots-clés : #communautejuive #deuxiemeguerre #biographie
par topocl
le Dim 26 Fév - 20:24
 
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Sujet: Peter Schneider
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Jiri Weil

Mendelssohn est sur le toit

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Jiri Weil fait, à mon humble avis partie des trois plus grands écrivains tchèques avec Kafka et Hrabal.
L'importance de son travail littéraire en République Tchèque est considérable et son étude habituelle dans les cercles universitaires.
Sa réflexion sur la situation des juifs pendant la seconde guerre mondiale et après l'est tout autant.
Ce roman raconte l'histoire de soldats nazis ayant pour mission de retirer toutes les statues rendant hommage à des artistes juifs dont le compositeur de musique Mendelssohn. Le sujet prête à rire s'il n'était hélas authentique. Weil prend garde de bien mettre en avant l'absurdité d'une telle démarche avec des débats entre les soldats mémorables sur la façon de reconnaître une statue juive. Hélas il y a aussi le drame, Weil nous le rappelle par son style laconique, triste, d'une simplicité humble et réaliste. On lit les pages on s'amuse, on culpabilise de s'amuser mais il y a aussi une émotion dont on ne connaît précisément l'origine et qui nous étreint. On referme le livre, on le repose, et il est impossible de ne pas être différent d'avant la lecture car ce récit transforme, par sa réflexion, par son histoire tout lecteur interpellé par cette époque tragique. Un grand roman.



mots-clés : #antisémitisme #communautejuive #deuxiemeguerre #romanchoral
par Hanta
le Dim 19 Fév - 19:27
 
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Sujet: Jiri Weil
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Anouk Markovits

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Je suis interdite

Le roman nous décrit, sur quatre générations, la vie de la famille du charismatique rabbin Zalman. L'occasion pour l'auteur de nous faire pénétrer les arcanes de la très fermée communauté Satmar, dont elle est elle-même issue.
Le sujet peut sembler ardu, certes. Mais le traitement, lui, ne l'est pas du tout. Anouk Markovits parvient à merveille à nous faire ressentir la vie des juifs hassidiques, et le carcan incroyable qui pèse en permanence sur eux. Une rigidité extrême, qui, si elle n'exclut pas les moments de joie, les rend extrêmement rares, et toujours contenus. Comment, en effet, laisser place à la spontanéité, à l'amour, à l'insouciance, lorsque le moindre geste est codifié, jusqu'aux pensées et aux positions qu'un couple se doit d'adopter dans les actes les plus intimes ? Comment songer au bonheur quand les interdits sont innombrables, et parfois absurdes ?

Les hommes se plongent dans l'étude des textes, jusqu'à obsession, jusqu'à se fustiger pour la moindre broutille qui ne répond pas à la Loi. En effet, pour les juifs hassidiques, le manquement d'un seul homme rejaillit sur toute la communauté. Et alors, Dieu punit...
Les femmes sont mariées très jeunes, rabaissées, ravalées au rang d'épouses et de mères, les seuls rôles qui leur soient permis. Même l'étude des textes leur était interdite jusqu'à il y a peu, les plus sacrés d'entre eux demeurant encore prohibés...
Dans cette communauté régie par tant de règles, toute velléité d'indépendance est bannie. Surtout, le doute n'est pas permis. Il faut obéir, aveuglément. Accepter des explications culpabilisantes, sur la Shoah, notamment. Ahurissantes théories qui rendent les juifs responsables de ce qui arriva…
Pour tenir le doute à l'écart, l'on est prêt à façonner des légendes ; tout, plutôt que de voir remises en cause les croyances établies. Attitude dangereuse qui, parfois, peut même s'apparenter à du négationnisme...

L'auteur a un véritable talent pour nous décrire cette existence, et nous amener à la comprendre, un peu. Derrière la façade rigoriste, domine le sentiment d'une terrible fragilité. Bien peu solide en effet, le groupe qui bannit celui qui ose faire un pas de côté, de peur que tout l'édifice ne vacille...
Anouk Markovits évoque ces sujets complexes sans que cela soit jamais pesant. La volonté didactique ne nuit jamais au romanesque, au souffle qui vous emporte, qui vous fait vous attacher ou au contraire haïr ces personnages si éloignés de nous. Elle nous fait partager leurs doutes, leurs déchirements intimes, leur révolte parfois, toujours contenus derrière le masque des convenances. Et c'est un tour de force, vraiment, que de parvenir à nous faire entrer dans ce monde tellement rigide et hermétique sans négliger pour autant ce que ces hommes ont de terriblement, d'irrémédiablement humain.

Une lecture passionnante, marquante. Encore un grand merci à topocl qui avait attiré mon attention sur ce livre !

Extrait d'un cours sur la Shoah…

Atara a lu le texte en hébreu et traduit : "Mesure pour mesure, le Seigneur punit, le Seigneur est juste…"
_ Merci. Le saint Hazon Isch, paix à son âme, explique : avant la guerre, des parents juifs  envoyaient leurs enfants dans des écoles laïques ; ils gardaient en vie le corps de leurs enfants tout en sacrifiant leur âme. Mesure pour mesure, le Seigneur a frappé ces parents ; Il a détruit le corps de leurs enfants. » Le rabbin Braunsdorfer parlait haut d'une voix nasillarde : « Et ce fut un acte de pitié ! Dans un acte de pitié HaShem a délivré ces communautés polonaises du lire-arbitre, avant qu'elles ne s'avilissent entièrement.
 Parmi les enfants assassinés, certains provenaient de familles qui craignaient Dieu ? Alors leur souffrance doit être imputée au Bitul Torah : au manque de Torah. Et si la Torah était présente dans leur vie, alors leur souffrance doit être imputée aux tourments de l'amour : Dieu tourmente ceux qui ne pêchent pas pour leur permettre d'accéder à une position encore plus favorable dans l'autre monde. »
Atara avait cessé de prendre des notes. Elle n'a pas attendu que le rabbin lui donne la parole.
« Le Seigneur assiste-t-il au martyre des enfants qui brûlent ? »


(ancien commentaire remanié)


mots-clés : #religion  #conditionfeminine  #communautejuive
par Armor
le Ven 10 Fév - 13:57
 
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Sujet: Anouk Markovits
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Edgar Hilsenrath

Le nazi et le barbier

Tag communautejuive sur Des Choses à lire - Page 2 Tylych21

Max Schultz a les cheveux noirs, des yeux de grenouille, le nez crochu, les lèvres épaisses et les dents gâtées. Tout le monde le prend pour un Juif. Enfant bâtard, mais « aryen pur souche », battu, violé et humilié durant son enfance, il grandit avec Itzig Finkelstein, le fils du coiffeur juif Chaim Finkelstein ; ils sont les meilleurs amis du monde.
En 1932, max assiste à un discours de Hitler, en compagnie de tous ceux qui, un jour ou l’autre, ont pris un coup sur la tête, « que ce soit de Dieu ou des hommes ». Il s’enrôle alors dans les SA, puis dans les SS, où il connaît une promotion foudroyante. Durant la guerre, il est responsable d’un camp de concentration en Pologne... où disparaissent son ami et toute la famille Finkelstein.
Recherché, après la guerre, comme criminel de guerre, il tente de se faire passer pour juif... et y parvient. Endossant l’identité de son ami Itzig, il devient un sioniste prosélyte, traversant l’Europe à pied pour rejoindre la Palestine, où il commence à enseigner les textes sacrés.
Max Schulz n’est pas un cliché, ni un archétype du nazi : il s’inscrit chez les nazis par mimétisme et opportunisme ; c’est un homme qui devient à un moment de l’Histoire « un monstre ordinaire » et qui, après la guerre, est capable de reprendre une vie en apparence normale et « honorable »…


Lu et relu il y a maintenant quelques temps , mais impossible de passer à côté quand on évoque Edgar Hilsenrath.
Oeuvre culte à mon sens , Le nazi et le barbier fait partie des lectures inoubliables en vue d'une telle audace.
On vacille ligne après ligne en lisant toute la monstruosité d'un personnage d'un formidable charisme , d'une telle plume qui se veut parfois choquante , acerbe et humoristique.
Après "les bienveillantes" l'auteur a pris le parti de traiter la Shoah version allemande d'une manière des plus insolites , des plus singulières.
Hilsenrath est un maître , un  chef d'orchestre alliant émotions et rhétorique avec brio , donnant au lecteur les sensations multiples sur un sujet pourtant difficile et tellement évoqué.
Je le conseille plutôt deux fois qu'une , un ovni de ce genre est incontournable.


mots-clés : #communautejuive #deuxiemeguerre #humour
par Ouliposuccion
le Mer 1 Fév - 7:51
 
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Sujet: Edgar Hilsenrath
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Anna Bikont

Tag communautejuive sur Des Choses à lire - Page 2 Produc33

Le crime et le silence


C’est un article dans la presse qui m’a conduit à la lecture de ce livre.

« L'auteur polonais Jan GROSS s'est vu retirer sa médaille d'Ordre du mérite reçue en 1996 pour avoir publié “Les Voisins, un massacre de Juifs en Pologne”, dans lequel il décrit la complicité des Polonais dans les crimes nazis en 1941. » (le président élu en 2015 a mis la barre à droite)

J’ai choisi de lire le livre d’Anna Bikont car elle s’intéressait à l’ambiance de la ville de Jedwabne 60 ans après le crime ;  qu’elle a pendant 4 ans dressé un journal, interrogé les derniers témoins encore vivants (victimes et assassins y compris) et les descendants de ceux disparus.

Pogroms du mois de Juillet 1941
Le 5 à Wasosz
Le 7 à Radzilow
Le 10 à Jedwabne

Mais il y a eu d’autres progroms et des assassinats après la fin de la guerre.

Son journal commence en 2000. L’antisémistisme est aussi virulent, entretenu par le curé, comme à l’époque, et par le Parti Nationaliste. La journaliste est insultée car elle est d’origine Juive. Les témoins ont peur, même lorsqu’ils livrent leur vérité ils demandent l’anonymat. L’approche de la commémoration du 10 Juillet 2001 pour les 60 ans soulèvent des rejets, la participation du Maire et du Président de la Pologne sont critiqués et le conseil municipal refuse les travaux conduisant au monument pour les Juifs. Le Maire se retrouve seul à gérer et à porter les critiques.

Anna Bikont rencontrera les Juifs rescapés et/ou leurs descendants en Israël, aux USA et en Pologne et recueillera leurs souvenirs, leurs témoignages. Très rares sont les descendants qui reconnaissent les actes commis par leurs parents et un seul de Jedwabne finira par dire son regret à la journaliste.

Parallèlement à son enquête, il y aura une instruction sur cette terrible journée du 10 juillet 1941, les procès qui se sont déroulés en 1949 seront revus, exploités ainsi que de nombreux documents et le procureur donnera ses conclusions préliminaires :

« Les Allemands, a-t-il dit, doivent être considérés comme les auteurs du crime au sens large. Les exécutants ont été des habitants polonais de Jedwabne et des environs, des hommes, quarante au moins. »

Le procureur est critiqué dans ses conclusions, notamment par le très populaire hebdomadaire catholique Niedziela.

Dans son post-critum daté de 2010 Anna Bikont dit que

Si le pays a évolué,
Si le Président a donné importance aux commémorations du 10 juillet,
Si les évêques ont demandé le pardon,
Si le président de l’Institut de la mémoire nationale a exprimé sa compassion pour les citoyens polonais d’origine juive assassinés

A Jedwabne et dans de nombreux endroits l’antisémitisme est toujours aussi présent, sur la place du marché a été édifié un contre-monument pour commémorer les Polonais déportés en Sibérie (dont les Juifs ont été rendus responsables) pendant la guerre, aucun habitant ne participe à la modeste commémoration , le panneau qui indiquait le lieu du martyre a été enlevé.

Pourquoi tant de haine des Polonais chrétiens envers les Juifs ? il semble que les Polonais enviaient la situation des Juifs, plus riches, ils voulaient leurs maisons, leurs biens. Les Juifs étaient installés en Pologne depuis environ 800 ans mais comme les Polonais les traitaient en « visiteurs » ils ont trouvé que la visite était un peu longue.

Les Polonais ont du se sentir humiliés des services rendus par les Juifs ; de leur côté les Juifs n’appréciaient guerre les goyims parce qu’ils étaient pour la plupart analphabètes, ivrognes…. (les Juifs travaillaient dur)

« La graine de la haine est tombée sur un terrain bien fertilisé, soigneusement préparé pendant de longues années par le clergé. Et l’envie de s’approprier les grains et les richesses des Juifs a encore aiguisé les appétits. »

Anna Bikont a honnêtement cités les personnages qui se sont comportaient correctement avec les Juifs, voire les ont aidés ou soutenus ; elle a d’ailleurs interviewé  deux Justes parmi les Nations.

C’était une lecture éprouvante mais la démarche de la journaliste m’intéressait.


mots-clés : #antisemitisme #communautejuive #historique
par Bédoulène
le Mar 31 Jan - 23:06
 
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Sujet: Anna Bikont
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Jakob Wassermann

Les Juifs de Zirndorf

Tag communautejuive sur Des Choses à lire - Page 2 Jakob210

Le roman est divisé en deux parties. La première comporte 70 pages, considérée comme un prologue par l'auteur, elle est en quelque sorte un récit fondateur, mythique, qui raconte la création du village de Zirndorf.
Vers 1648 apparait à Smyrne, Sabbatai Tsevi qui va rapidement être reconnu par les Juifs de toute l'Europe comme le Messie, celui qui va les ramener en Terre Sainte, la terre de Canaan. Cette Révélation va bouleverser la vie de milliers de juifs et les précipiter sur les routes, abandonnant leurs masures et leur terre de misère. Hélas, dès 1666 Sabbatai se convertit à la foi musulmane ruinant ainsi les grands espoirs de tout un peuple.

Là où les Juifs partis de Fürth apprennent la conversion de leur Messie, ils s'arrêtent et fondent le village de Zirndorf. Cette première étape est assez agréable à lire (malgré les nombreuses diversions et les nombreux personnages qui investissent ses lignes). L'hystérie collective est palpable, ainsi que le violent désir de croire à un Sauveur, quel qu'il soit. La communauté juive est prête à toutes les compromissions, tous les mensonges et toutes les orgies pour accueillir enfin le Messie tant attendu. Cette première partie, qui retrace avec humour, dérision et amour les errances et les emportements des juifs est à mon avis la plus réussie de l'ensemble du roman.

La seconde partie se situe deux cents ans après la création de Zirndorf. La communauté juive est scindée en deux grands groupes, les très riches (usuriers) et les extrêmement pauvres et vivent avec les chrétiens qui ne cachent pas leur haine mortelle contre les uns et les autres. Agathon, le héros de notre roman, appartient à la communauté pauvre et son père fortement endetté auprès de l'aubergiste (antisémite notoire) ne peut que souhaiter la mort de son créditeur. Jusqu'au jour, où après une altercation entre le jeune Agathon et l'aubergiste, ce dernier est retrouvé mort.

On dira qu'après cette mort, la vie d'Agathon qui se croit responsable, va être transformée. Il s'élève contre son père, se fait renvoyé de l'école chrétienne qu'il fréquente pour avoir écrit que ses professeurs étaient de mauvais pédagogues, il va guérir sa mère d'une mort certaine, devenir une sorte de prophète qui rejette la religion juive sans parvenir à s'en détacher complètement. Il finira errant, croisant en une ronde finale les nombreux personnages qui peuplent se foisonnant roman. Toute ressemblance avec l'auteur est bien sûre évidente...

Ce roman a les défauts (mais aussi les qualités) d'un premier roman : liberté totale de l'imagination, mystère par-ci énigme par-là, abondance des personnages et des évènements sans liens avec l'intrigue principale, digressions, hystérie de l'amour adolescent, passage du coq à l'âne et libération d'une parole qui condamne tout autant la condition des femmes, des orphelins, des pauvres juifs, des bons pédagogues et des riches qui ne prêtent qu'à leur semblable.

Il est parfois difficile de trouver une lumière dans l'immense propos de Wassermann. Les évènements s'enchainent les uns aux autres sans rimes ni raison et certains personnages nous demeurent bien obscurs. Formant une sorte de triptyque avec Agathon en pierre de touche, le jeune poète Gudstikker et le professeur Bojesen semblent former les deux angles opposés d'un triangle isocèle qui symboliserait peut-être la Foi, la Création et le Savoir. Le poète est un séducteur sans scrupule, le professeur un amoureux déchu et Agathon trône de toute sa séduction au milieu d'eux comme un trésor (qui raflera d'ailleurs tous les cœurs). De la même manière, le triangle formé par le trio Jeannette, Monique et Agathon révèle toute l'ambiguïté d'un âge (Agathon a 17 ans) où la chair et la sainteté se batte cruellement et souvent finissent par triompher tout à tour.
Et puis en additionnant deux triangles isocèles on obtient l'étoile de David me direz-vous...

Il n'en reste pas moins une certaine confusion, à la fois dans le propos et dans l'intrigue. A force de vouloir jouer du mystère, de la prophétie et de l'effervescence adolescente, il arrive bien souvent que le lecteur ne puisse plus suivre le fol voyage d'Agathon à travers la fièvre humaine. Malgré tout j'ai pris un certain plaisir à lire ce roman, ce premier roman, qui laisse présager de belles réussites, d'inquiétantes visions (en particulier en ce qui concerne la religion juive) et une écriture dont la traduction doit être bien loin de rendre justice.


Emmêlant onirisme échevelé, fantastique mystique et réalisme prophétique, l'auteur tente sans doute de glisser dans le creuset alchimique de son œuvre la totalité de son univers intellectuel, spirituel et social. Cela donne d'incroyables moments d'élévation et d'autres plus déroutants.


mots-clés : #communautejuive #initiatique #religion
par shanidar
le Lun 23 Jan - 17:13
 
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Gyula Krúdy

L'affaire Eszter Solymosi

Tag communautejuive sur Des Choses à lire - Page 2 Krudy10

J'avais envie d'un livre long, d'un livre lourd, d'un livre qui prenne le temps de me raconter des choses que je sais (un peu) et d'autres que je ne sais pas (du tout). Ce livre s'est incarné grâce à Gyula Krúdy. Je suis passée au large de certaines références historiques et littéraires (en me promettant d'y revenir) mais j'ai complètement cédé au charme incroyable d'un conteur déroutant et lucide, poétique et politique, dense et dansant. C'est en 1931 que Gyula Krúdy s'empare de L'affaire Eszter Solymosi (prononcer choyemochi) qui défraya la chronique hongroise des années 1880. Et le lecteur ne peut que se réjouir d'avoir entre les mains ce que Krúdy appelle des notes (qu'il fera publier en feuilleton dans un journal et ne seront éditées en livre que quarante ans après sa mort en 1970) et qui se compose de pas moins de 640 pages fort adroitement hypnotiques ! Une somme ! Un roman passionnant parce qu'il nous raconte le temps d'avant : avant la Shoah, quand être antisémite était l'apanage des riches propriétaires, nationalistes et érudits et d'avant la mondialisation, quand les nouvelles ne parvenaient que par l'intermédiaire des journaux, quand on voyageait encore à cheval, quand la Hongrie était plus vaste et parlait bien des langues : le hongrois, certes, mais aussi le yiddish, le ruthène, le slovaque, le souabe ou bien l'allemand…

Terre de métissage, aux élites effrayées par l'arrivée massive de juifs issus de la diaspora russe (les premiers pogroms ont alors lieu là-bas), la Hongrie est alors un pays qui se remet à peine de la Révolution de 1848. La Hongrie où les pauvres sont aussi pauvres que ceux de la Bible, où les flotteurs de bois descendent aux beaux jours sur leur radeau le bois qu'ils ont coupé l'hiver, une Hongrie à la fois pleine d'un charme désuet et dangereux que se plaît à nous décrire Krúdy. Car il faut bien reconnaitre que les deux cents premières pages de ce gros roman fabuleux mélangent pêle-mêle cette société hétéroclite, passant allègrement des juifs nécessiteux aux chrétiens qui ne le sont pas moins, d'un commissaire en suspension disciplinaire, à un dirigeant violemment antisémite (mais qui bien sûr adore ses amis juifs), d'un couple d'aristocrates où madame porte la culotte, jusqu'à ces Ruthènes taiseux qui font flotter le bois sur le fleuve Tisza. Fleuve qui est sans doute le personnage le plus inattendu de ce roman.

Mais quid d'Eszter Solymosi qui donne son nom au roman ? Eszter est une jeune fille de quatorze ans, chrétienne, servant dans la maison de la mère Huray (qui n'est pas commode). Un samedi matin, sa maitresse l'envoie acheter de la peinture. La gamine ne réapparaitra jamais. Au même moment, ce samedi-là, le bedeau a réuni dans la synagogue un groupe de juifs parmi lesquels il doit trouver un nouveau sacrificateur pour sa communauté (en effet pour que la viande soit kasher, l'animal doit être tué selon un rituel précis, il ne doit pas souffrir et doit être vidé de son sang). De l'un à l'autre de ces deux évènements, l'amalgame se fait tout naturellement entre voisins qui s'ignorent ou parfois se haïssent et voilà les juifs accusés (par un des leurs, ce qui est bien le comble), de crime rituel. Les juifs auraient attiré la jeune fille dans la synagogue, l'auraient maintenue au sol, lui auraient coupé la gorge, auraient récupéré son sang dans des bassines et ce sang aurait servi pour fabriquer le pain azyme de la Pâque. Vous n'y croyez pas ? Pourtant en 1882, à Tiszaeszlár tout le monde y croit, une furieuse vague antisémite gagne le village, puis la région et enfin la Hongrie toute entière ! Qui sont ces juifs qui viennent tuer nos enfants chrétiens ? Du plus pauvre au plus riche, on s'indigne, on fouille, on observe, on se méfie. Et les autorités appuient. Fort. Du juge d'instruction au commissaire en passant par les médecins tout le monde accepte la version de Moric (le fils du bedeau). Las ! Le seul moyen pour réhabiliter les juifs d'Eszlár est de retrouver le corps d'Eszter… Les grandes familles juives d'Europe (oui, l'affaire en est arrivé à mobiliser -un peu- l'ensemble des riches juifs d'Europe) promettent cinq mille florins (une somme formidable) à celui qui retrouvera le corps d'Eszter. Et on le retrouve ! Ce sont les flotteurs de bois qui la font surgir miraculeusement de l'eau ! Mais ! Non ! Ce n'est pas elle ! Ce n'est pas le corps de la petite Eszter ! Sa mère est formelle, sans même jeter un regard à la dépouille elle le sait ! Une mère sait cela ! Surtout le corps repêché dans les eaux boueuses de la Tisza n'a pas été égorgé. Ce n'est donc pas Eszter ! CQFD !

Alors commence en juin 1883, en pleine canicule, le procès le plus retentissant de l'époque et c'est à nouveau toute une cohorte de juifs s'arrachant les poils de la barbe, de bourgeois fondamentalement antisémites, de juges taciturnes, d'avocats belliqueux, de journalistes fiévreux qui viennent user leurs fonds de culotte sur les bancs du tribunal. La société décrite par Krúdy est formidablement bien rendue, l'enquête et le jugement (même s'ils sont racontés 50 ans plus tard) valent largement le récit de Capote et son Sang froid de légende, le procès est également à peu près aussi fou, fort, formidable que celui de Kafka. On nage en pleine fournaise, dans le halètement des hommes qui comme des bêtes appellent le sang. Vous l'avez compris, j'ai adoré ce livre. Il m'a totalement emporté. A la fois pour ce qu'il dit de la condition juive à l'époque (mais sans tomber non plus dans une démagogie débilitante, les juifs d'Eszlár sont sales, bêtes et méchants et ceux de Hongrie ne connaissent déjà plus la solidarité), les bourgeois sont pour la plupart antisémites par tradition comme ils sont nationalistes à un moment de l'histoire où la Hongrie est sous le joug autrichien… Le récit de Krúdy est incroyablement riche, coloré, parfois farfelu dans sa chronologie et ses choix narratifs, tendu vers la vérité, rendant hommage à l'intelligence et au courage de ceux qui ne crurent pas à l'histoire racontée, voulue, martelée par les autorités d'un crime rituel dont tout le monde s'accorde à accuser les Juifs.

Mais au final… qu'en est-il du corps d'Eszter Solymosi ? Et bien trouvez ce livre, lisez-le, dévorez-le et vous saurez peut-être un bout de la vérité, en tout cas vous apprendrez que :

Ce monde est la maison des êtres sans nom, où chacun doit travailler, jour après jour, pour conserver sa place dans l'existence.


N.B. : j'ai bien conscience que ce roman de Krúdy est très particulier au sein de sa production littéraire, écrit tardivement alors qu'il avait besoin d'argent, il n'est sans doute pas très représentatif de son Art, il n'en reste pas moins un roman dans lequel on retrouve les préoccupations et la construction/circonvolutions de l'auteur, un roman qui me donne furieusement envie de découvrir toute l'œuvre de Krúdy !


mots-clés : #antisemitisme #communautejuive #social
par shanidar
le Lun 23 Jan - 16:57
 
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Bernard Malamud

Tag communautejuive sur Des Choses à lire - Page 2 Commis10

Le commis

Histoire : La famille Bober  de confession Juive tient une épicerie qui périclite. Il semble que le destin s’acharne contre eux (à cause d’erreurs de choix, de malchance…) et voilà qu’un jeune délinquant, Frank,  vient y porter  ses  soucis. Quelle cohabitation espérer entre eux ? entre des Juifs et un goy ?  Il s’avèrera que Frank s’acharnera à sauver la famille, à évoluer, à se racheter mais arrivera-t-il à convaincre et se découvrira t-il ?  

On ne peut pas s’appeler Morris Bober et être riche. Un nom pareil est inconciliable avec la notion de propriété ; comme si c’était dans votre sang et votre histoire de n’avoir rien. Et si, par miracle, il vous arrive de gagner quelque chose, ce ne peut être que pour le reperdre. Finalement à soixante ans, vous vous retrouvez plus pauvre qu’à trente. C’était, pensa Helen, une forme de talent.

Cette phrase m’a interpelée et j’ai cherché ce que pouvait signifier « bober » puisque ce mot paraissait négatif. L’une des significations : se tromper  (ce qui ma foi prend du sens dans ce cas) autre sens : castor (bobr en Tchèque) construction, destruction par les éléments ?

Spoiler:
stupide recherche ? oui mais alors comment expliquer la phrase


Frank :

Quel genre d’homme fallait-il être  pour s’enterrer du matin au soir dans ce cercueil géant sans jamais sortir pour respirer une bouffée d’air, à part pour acheter un journal Yiddish ? C’est bien simple , il fallait être juif. Ils sont nés prisonniers.

Les arrangements de Morris avec la religion juive suite aux remarques de Frank

Personne ne pourra dire que je ne suis pas un bon juif parce que, si j’ai une petite faim, je grignote de temps en temps un bout de jambon. Par contre, je n’aurai qu’à me taire si on peut me reprocher  d’avoir failli à la Loi qui commande de faire ce que l’on doit, d’être bon et honnête vis-à-vis de son prochain. C’est ce qui compte : la vie est trop dure sans qu’on aille encore faire du mal. Nous ne sommes pas des animaux c’est pourquoi nous avons besoin de la Loi. Voilà ce en quoi les juifs croient.

Morris Bober :

Malgré la bise de mars la température n’était pas désagréable, mais où était le temps où il s’attendrissait sur la nature ? Qu’ avait-elle donné en échange au pauvre Juif ? Le vent le poussait aux épaules ; il se laissa aller inerte, sans volonté, sans poids, victime offerte à tous les coups du sort : vent, angoisses, dettes, Karp, hold up, faillite. Il n’avait plus la force de parler.

Amer, acculé et envieux malgré tout alors que le magasin de son voisin brûle :

Cet incendie qui aurait pu le sauver, lui Morris, c’était Karp qui l’avait eu et gratuitement par-dessus le marché. La chance ne sourit qu’aux riches.

Frank :

C’est drôle, se dit-il, pour les Juifs la souffrance est une pièce de tissu ; ils s’en drapent comme dans un vêtement. Et d’où sortent tous ces gens qui sont venus pour l’enterrement et que personne ne connaît ?

Helen à propos de Frank  qu’elle aimait mais qu’elle a rejeté  quand quelque peu enivré et amoureux  a tenté de la forcer :

Je l’ai méprisé pour le mal qu’il a fait sans chercher à comprendre ses raisons, sans vouloir reconnaître qu’il peut y avoir une limite au mal et un commencement au bien.


Rêve de Frank :

St-François s’arrêta devant l’épicerie, plongea la main dans la poubelle, en sortit une rose en bois sculpté qu’il lança en l’air et elle se transforma en une vraie fleur. L’ ayant attrapée au vol, il s’inclina et la remit à Helen qui venait de sortir de la maison en lui disant : « Petite sœur voici votre petite sœur la rose. » Et Helen l’accepta des mains de Saint-François bien qu’elle exprima l’amour et les meilleurs vœux de Frank Alpine.

Peut-être est-ce une critique de l’auteur sur le regard que les Juifs (de NY  et du quartier dans ce cas) portent sur les autres, les Goys, des étrangers  avec lesquels ils ne peuvent s’unir, et  ce sentiment qu’ ils exploitent de se draper de leurs souffrances, de se plaindre oubliant leur responsabilité.  
Cependant les arrangements de Morris avec la religion et les désirs d’Helen  montrent également une intelligence à l’adaptation devant une situation difficile. Il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit d’une famille pauvre et le sentiment d’ échec, les sacrifices  sont les mêmes que ceux de tous les pauvres du monde. Frank, sur les conseils d’Helen, lit mais c’est de la lecture de la Bible que naîtra son désir de se convertir à la religion Juive. Une façon pour l'auteur de rappeler son attachement à sa judéité. Frank apprécie la vie de Saint-François d’Assise et on peut dire qu’il l’inspire, car il donnera plus qui lui a été donné. Sa conversion ouvre un espoir, sur le futur et l’amour. Et pour tous la lutte du Bien contre le Mal inhérent à l'Homme

C'était donc une lecture d'émotions et pour avoir lu précédemment une nouvelle de l'auteur (la culotte de cheval) celle-ci confirme le salut dans le don, voire le sacrifice et la difficulté à vivre, à s'accomplir.


mots-clés : #religion #communautejuive
par Bédoulène
le Mar 17 Jan - 15:47
 
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Sujet: Bernard Malamud
Réponses: 38
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Chaïm Potok

J'ai lu aussi bien L'élu que La promesse, et j'ai beaucoup aimé. On peut choisir de voir les «murs infranchissables». Cette réalité est transposable à beaucoup de couches des réalités sociales... Pensons à nos «classes» encore existantes avec leurs clivages, ou les débats politiques, même à l'intérieur d'une partie. Nous attendrions à juste titre autre chose des formes de la foi. Mais néanmoins c'est à mettre en balance avec le fait qu'il y a du bon, du mauvais là comme ailleurs. Donc aussi des tensions, des désirs de vérité etc...Néanmoins se dessinent dans L'Elu déjà une proposition de surmonter les clivages qui est plus qu'intéressante. Dans la figure des deux garçons qui deviennent amis, nous découvrons que le respect et l'amitié à la base, on arrivera à communique un peu mieux. De là je ne voudrais pas parler d'infranchissables. La promesse reprend les deux personnages du premier livre:

Tag communautejuive sur Des Choses à lire - Page 2 41np5j10

La promesse

Original : The promise (Anglais, 1969)
Traduction : Nicole Tisserand

CONTENU :

Reuven/Ruben Malter vit à Brooklyn et fait des études en vue de devenir Rabbin. Au début de l'histoire nous le trouvons proche, voir amoureux, de Rachel. Il est en conflit avec les interprétations strictes surtout d'un professeur, et se demande jusqu'à quel point il faut rester soi-même et fidèle à ses vérités, ou s'il faut se retenir pour pouvoir terminer les études. Son vieil ami Danny Saunders a abandonné la vie prévue dans la tradition familiale hassidique et étudie avec beaucoup de succès la psychologie. Chacun, à sa façon, va entrer en contact avec le jeune malheureux et déboussolé cousin de Rachel, Michael. Reuven le prend pour un tour en bateau, le fait parler un peu pour la première fois. Il l'introduira chez Danny pour que celui puisse l'aider après quelques thérapies échouées.

(Source : Amazon.com : ma traduction et raccourcissement)

STRUCTURE :

Une introduction et un épilogue cadrent trois « livres » avec 4,8 et puis encore une fois 4 chapitres. En eux on trouver parfois des paragraphes structurantes.

REMARQUES :

A nouveau on rencontre alors Reuven Malters et Danny Saunders dont on a fait connaissance dans le livre L'élu (The chosen). Maintenant, quelques années ont passé et nous nous retrouvons à peu près vers l'an 1950 : l'arrivée des réfugiés juifs, survivants de la Shoah, l'ère de McCarthy et le conflit naissant en Corée sont discrètement dans l'arrière-fond historique. Tout d'abord on trouve le narrateur Reuven en contact avec Rachel et son cousin Michael. Dans une situation remarquablement racontée, lors d'un jeu de fortune au cours d'une foire, la tension monte et on trouve le jeune cousin perdant le contrôle de soi-même. Reuven va s'occuper dans la suite un peu de lui, il arrivera à le faire parler un peu. Puis, pour une aide plus professionnelle, il va mettre la famille en lien avec Danny, son ami, en train de devenir un psychologue remarquable. L'un et l'autre seront (ré-)unis dans le souci pour le garçon.

Dans l'autre grande partie du roman, Reuven est au milieu des études talmudiques poussées pour se préparer à l'ordination comme Rabbin. Venant avec son père adorable d'un milieu ouvert, l'affrontation avec un professeur très stricte devient un vrai défi. Celui-ci, Rabbi Kalmann, venu de l'Europe comme survivant de la Shoah pousse Reuven vers des questions : Est-ce qu'il faut se taire en vue d'obtenir un résultat nécessaire finale ? Est-ce qu'il y a de la place pour des nouvelles approches dans l'interprétation des écritures saintes ?

À nouveau, ce roman joue aussi quasi uniquement à l'intérieur d'un milieu juif. Cela influence tout le contenu et peut pourrait paraître réducteur ou petit. Mais qui sait transposer des exemples ne retrouvera pas ici seulement des informations intéressantes, voire passionnantes sur le judaïsme et ses divers courants, mais au-delà trouvera des problèmes fondamentaux à tellement de groupes, voir religions, différents : Quelle énergie est gaspillée si souvent dans des combats de tranchées ! Quand est-ce que la fidélité à une parole (une loi) devient infidélité à un esprit ? Où le respect de la tradition, d'une règle devient rétrécissant, exagéré ? Quand est-ce qu'une Loi (ici la Torah et son interprétation) mène vers des situations absurdes, vers une réligiosité qui détruit ? Et d'autre part : quand est-ce qu'une critique, une mise en question des fondements, même justifiées, mènent vers le non-sens et le grand vide, où rien ne reste ? Comment dois-je faire des choix, prendre une décision ?

Très finement Potok écrit des relations entre parents et enfants, spécialement père et fils. Dans ces relations nous vivons dans l'attirance, le respect, l'amour ET le refus, voir la haine. À nouveau, il s'agit d'un livre admirable. Pour celui qui avait aimé L'élu, ce livre devrait plaire aussi. Pour moi, c'est un univers fascinant. Certaines choses semblent si lointaines, mais c'est au lecteur, de faire connaissance de ce monde et de transposer éventuellement certaines réalités dans sa façon de voir. Quelques scènes me semblent de signification profondément universelle !J'ai lu en langue originale anglaise, donc je ne peux pas me prononcer sur la traduction française…


mots-clés : #religion #famille #communautejuive
par tom léo
le Sam 14 Jan - 22:55
 
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Sujet: Chaïm Potok
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Chaïm Potok

Je me souviens très bien du sentiment de déception que j'avais éprouvé à la lecture de L'Elu qui semble pourtant être très apprécié.

L'Elu

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un livre extrêmement intéressant sur le fond et terriblement décevant sur la forme. Un livre passionnant pour ce qu'il dit du judaïsme, des milieux orthodoxes, des frontières insurmontables au sein d'une même communauté, d'une même religion, la quasi haine qui découle de deux formes de pensées opposées et si ce n'est de la haine au moins de l'incompréhension et une certaine envie de condamner. Tous ces sentiments, très forts, qui s'affrontent (entre hassidisme et sionisme) forment un ensemble très cohérent et passionnant. Hélas, triple hélas, le style répétitif, lassant, redondant, rend la lecture ânonnante, fatigante et un peu buissonnière. Quel dommage !


mots-clés : #religion #communautejuive
par shanidar
le Sam 14 Jan - 17:49
 
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Sujet: Chaïm Potok
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Mario Levi

Istanbul était un conte

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L'éditeur a écrit:
   Istanbul était un conte. Saga familiale, livre-fleuve, déambulation intime et roman-monde, Istanbul était un conte est tout cela à la fois. Issu d'une famille juive séfarade arrivée à Istanbul au moment de la Reconquista, l'écrivain plonge dans la mémoire de sa ville natale comme s'il ouvrait une malle aux trésors. Les objets, les tableaux et les photographies sépia s'animent, et c'est la vie quotidienne de trois générations de Juifs stambouliotes au cours du XXe siècle qui prend forme. II faut accepter de se perdre dans les ruelles étroites de la ville, sur les rives du Bosphore et dans les méandres des histoires familiales : au gré des errances du narrateur, dévoilant à travers mille récits et anecdotes les secrets de chacun de ses quarante-sept personnages (qu'il inventorie dans un lexique en début d'ouvrage), le charme agit. Istanbul est un conte, comme le sont les aventures, réelles ou rêvées, de ses habitants. D'une histoire à l'autre, se dessine le portrait d'une ville-monde, mais aussi son évolution vers la modernité. La ville cosmopolite et accueillante pour les communautés étrangères change au fil des ans, tandis que retentissent jusque dans le coeur des foyers les tragédies du siècle. Puissamment nostalgique, le livre de Mario Levi tente, et ce n'est pas son moindre attrait, de sauver un monde englouti, un monde de commerçants parlant encore le yiddish et le ladino, un monde où cohabitaient toutes les traditions et toutes les religions. Istanbul était un conte est le chant d'amour de l'écrivain à sa ville, en même temps qu'une formidable invitation au voyage.


Du début de cette lecture, j’ai pensé à un collier.. chaque personnage de ce livre est une part de cette chaîne et parfois on ne les rencontre qu’une fois.. parfois ils reviennent.. mais il y a toujours un lien entre eux.

D’ailleurs le livre s’ouvre sur 47 petits paragraphes qui décrivent différents personnages qui vont faire leur apparition au cours du livre. Je conseille de les laisser de côté jusqu’à la fin.. au début, on n’arrive pas à stocker toutes ces informations et on les oublie aussi vite qu’on les lit.. mais à partir du moment qu’on est dans le livre et qu’on a lu plusieurs pages sur le destin de telle et telle personne, on arrive à comprendre le ‘concentré’ que Mario Levi donne au début.

Après ces petites esquisses sur les personnages figurant dans le livre, il y a une page avec Des contes et des souvenirs.. et c’est en effet cela..

Il est conteur qui puise dans tous ces souvenirs de multiples personnages pour faire le portrait d’une ville, mais plus que cela, il donne de la vie aux murs.. des voix aux maisons et de la magie au fleuve..

Enchantée et enthousiasmée j’étais par cette lecture.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #historique #communautejuive
par topocl
le Dim 18 Déc - 16:44
 
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Sujet: Mario Levi
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Philip Roth

L'un de mes préférés : malin drôle, intelligent. du Philp Roth, quoi, c'est :

Opération Shylock une confession

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Puisque Philip Roth ne vient plus à nous, j'ai décidé de revenir à Philip Roth. Et j'ai retrouvé avec jubilation ce roman brillantissime, drôlissime, intelligentissime :

«Le roman  fournit à celui qui l’invente un mensonge par lequel il exprime son indicible vérité.»


Phillip Roth sait que l’humour , « cette force antitragique qui dédramatise les autres » est l’une des meilleures façons d’aborder les sujets graves. Il sait qu’interroger l’homme, c’est interroger le monde, et vice versa. Et ne pas forcément donner de réponses. Il sait qu'une fois que le doute  est semé, l'incertitude règne. Et que de l’incertitude au chaos il n'y a qu'un pas. Dans tous ses romans, il a semé et trafiqué des éléments de sa biographie, et on ne sait jamais s'il est lui-même ou ses personnages (et vice versa). Rédigé à la première personne, Opération Shylock, une confession est un des sommets de cette autobiographie déguisée au long cours. Ce roman est un piège sans fin, complètement implanté dans la réalité du siècle (on croise Aharon Apelfeld et Woody Allen), à la fois incroyable et totalement crédible, où Philip Roth, non content de se mettre en scène, se paye le luxe de s'inventer un double. Il pose ainsi la question de sa propre identité, de sa place dans le monde, du rôle de l'écrivain. 

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Pour prolonger cette idée de dualité, il situe son action en Israël, ce pays revendiqué par deux peuples, qui lui aussi, cherche son identité et sa place dans le monde. Ce pays qui, comme l’auteur,  ne sait plus qui il est. Ce pays, aussi,  où rôde la police politique qui oblige à jouer des rôles. Et où  se tient le procès de Demjanjuk, un Américain moyen, bon époux et bon père, accusé d'être Ivan le terrible, l’ancien tortionnaire nazi. Là encore, double identité, vérité ou mensonge ? Et le narrateur croise des fanatiques de tous bords, chacun hurlant son propre délire, son propre désespoir, sa propre vérité, l’unique, la seule :

«Je dis la vérité et tu ne me crois pas, je te raconte des  mensonges, et là, tu me crois.»


Voilà, ce sont les fils directeurs, les grandes pistes, mais il y a de multiples ramifications, un époustouflant maillage de l’histoire et de l’Histoire, les doubles sont partout, camouflés ou révélés. Jusqu’à l’épilogue, qui est une dernière entourloupe au sein de laquelle on découvre encore pas mal de fausses pistes et chausses-trappes.
C'est un chassé-croisé d'une loufoquerie incroyable, qui raconte avec une faconde jouissive (parfois logorrhéique, je vous l'accorde) la souffrance du peuple juif dans l'histoire, mais aussi dans notre monde actuel, (où son identité est désormais double, en Israël et en diaspora). Et aussi la souffrance des Palestiniens : Philip Roth , une fois de plus, n'a pas du se faire que des amis parmi ses coreligionnaires.

Sa grande force, c'est l'autodérision, un recul fondamental par rapport à lui-même. Dans cet absurde chaos mental, dans cette fiction ubuesque, de rebondissement en rebondissement, il affirme et répète que toute certitude a disparu : rien n'est sûr, rien n'est vrai. C'est le paradoxe du narrateur, pris dans un épouvantable imbroglio , manipulé par l’auteur, manipulant en retour celui-ci qui n’est autre que lui-même.  Entre canular et conte philosophique, Philipp Roth nous emmène en compagnie de personnages qui n'ont que leur désarroi et le rire pour accompagner leur recherche désespérée d’un sens, d’une justification qui leur permettrait d'oublier – enfin - leur culpabilité, entre bonne et mauvaise conscience. C’est un magistral roman autobiographique où l’auteur se cherche et se construit, en tant qu’homme, en tant que Juif, en tant qu’écrivain. Et un hymne à la puissance du Verbe :

«L'alphabet est  la seule chose capable de me protéger ; c’est cela que l'on m'a donné en guise de revolver»


Entre canular et conte philosophique, Philip Roth nous emmène en compagnie de personnages qui n'ont que leur désarroi et le rire pour accompagner leur recherche désespérée d’un sens, d’une justification qui leur permettrait d'oublier – enfin - leur culpabilité, entre bonne et mauvaise conscience . C’est une magistrale autobiographie où l’auteur se cherche et se construit, en tant qu’homme, en tant que Juif, en tant qu’écrivain. Et un hymne à la puissance du Verbe.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #humour #communautejuive
par topocl
le Dim 18 Déc - 11:02
 
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Sujet: Philip Roth
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Israel Joshua Singer

La famille Karnovski

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C'est à l'aube du XXe siècle que David Karnovski quitte l'obscurantisme de son shetl polonais pour rejoindre les lumières de la Haskala à Berlin. Il s'y épanouit au contact de brillants intellectuels éclairés alors que son épouse s'étiole loin de sa famille et de la chaleur du pays natal. Leur fils Georg après avoir participé aux combats de la Grande Guerre, s'intègre brillamment, devient un médecin éminent et épouse une goy. Leur fils Jegor va subir dans la souffrance sa double culture, en même temps qu'on assiste à la montée du nazisme et des discriminations. Ils émigrent aux États-Unis dans les années 30 où ils vont peiner à s'intégrer, entre l'hostilité du pays et la difficulté à s'identifier aux juifs américains.

C'est surtout à l'étude passionnante et pleine de nuances de la  communauté juive européenne et américaine dans toutes ses diversités, que s'attache IJ Singer. Car cette identité commune n'est  pas à tout coup  source d'alliance, mais aussi de mépris et de jalousies : orthodoxes ou assimilés, croyants ou convertis, riches ou  pauvres, intellectuels ou bons-vivants, installés de longue date en Allemagne ou originaires de l'Est, toutes ces disparités contribuent à compliquer les relations.

IJ Singer s'attache aussi à disséquer les relations filiales, l'émancipation des plus jeunes se heurtant aux valeurs chèrement acquises par les générations précédentes.

On se laisse bien embarquer par cette belle saga familiale, même si elle s'essouffle un peu lors de son arrivée en Amérique.


mots-clés : #communautejuive #famille #immigration
par topocl
le Sam 17 Déc - 18:05
 
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Sujet: Israel Joshua Singer
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