Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Dim 8 Déc 2019 - 14:25

84 résultats trouvés pour conditionfeminine

Nathalie Léger

La robe blanche

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Je crois que la fille qui s’élance sur les routes d’Europe en blanc nuptial pour sauver le monde n’est pas entièrement identifiée à la candeur de sa robe immaculée, et que son ingénuité n’est, elle aussi, qu’une feinte, une logique de fer pour s’immerger dans sa propre inquiétude.


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Ce petit livre très personnel, très touchant, est un hommage à toutes les femmes souffrantes, victimes de la brutalité masculine. Cela peut être dans l’humiliation d’une vie ordinairement vouée aux devoirs de la femme d’intérieur, en l’occurrence la mère de l’auteur, confite dans un désir de vengeance vis-à-vis de son ex qu’elle voudrait voir sublimée par l’écriture de sa fille. Cela peut-être par un acte mi-fou, mi-artistique (mais n‘est ce pas souvent la même chose), que celui de Pippa Bacca, l’autrice de cette curieuse performance qui consistait à parcourir en stop des pays ayant récemment connu la guerre, vêtue d’une robe de mariée, afin de semer dans son sillage un message de paix et de confiance. Pippa Bacca « poursuit à sa manière la lignée des femmes ardentes au combat et au sacrifice » , elle est finalement violée et assassinée par un « honnête père de famille «  turc. Ces femmes, jeune mariée, vieille déçue, artiste fantasque, toutes mère ou fille que l’auteure aime et déteste en même temps.

Mère et fille marchant du même pas, moi, rapetissée, épousant son rythme, nous, offrant le spectacle le plus suspect qui soit, une vue qui m’a toujours rebutée, ces mères, ces filles, exhibition de l’engendrement, non pas l’apparence idéelle d’une gémellité, mais le spectacle du même qui se perpétue en se payant le luxe écœurant de la variante.


Mais il ne s’agit pas d’un énième livre féministe sûr de lui et figé, certes non : il s’agit d’un ouvrage cotonneux, ouvert aux digressions, en errance d’une compréhension jamais atteinte.

il avait fait semblant d’ignorer que tout est toujours confondu, tout est toujours indistinct, inextricable, et l’ est peut-être plus encore au moment où l’on croit se tenir dans la plus algorythmique des clartés,


L’auteure vagabonde parmi les installations et  performances artistiques, ces créations inventives,  déconcertantes, autant de façons de « faire un geste » de montrer que   « faire quelque chose ne mène parfois à rien, ne rien faire mène parfois à quelque chose ». Ce sont des  recherches sans réponses, entre espoir et désespoir, des  paroles lancées pour éclairer un monde obscur, y semer de façon buissonnière la poésie et  la bonté.


Ce livre, qui cherche plus les chemins et les questions que les réponses, est un objet étrange, sommet d’ambivalence incrédule,  projet singulier mêlant l’intime à l'universel, l’auto-fiction au reportage. Dans une alchimie insolite, il est un compagnon rapproché de l’éternelle souffrance des femmes, souffrance à laquelle la créativité accorde la  parole à défaut d'arriver à la combattre .

mots-clés : #autofiction #conditionfeminine #creationartistique #relationenfantparent
par topocl
le Lun 14 Jan 2019 - 21:00
 
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Sujet: Nathalie Léger
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Raymond Guérin

La peau dure

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Petit roman en trois parties pour trois sœurs, orphelines de mère, frappées par leur père, lequel s’en débarrasse bien vite au STO.
Au retour, chacune choisit/subit un destin qui est le reflet mêlé de sa personnalité et de la prédestination sociale. Clara se place comme bonne à tout faire chez des bourgeois plutôt sympas (seule entrave aux normes du récit misérabiliste), mais est rattrapée par le spectre de son avortement qui lui vaut quelques mois de prison ; Jacqueline, tuberculeuse, heureusement mariée à un homme amoureux, mais apprend à ses dépens que les belles-mères sont des vachardes, et que les jeunes hommes n’aiment pas longtemps les femmes malades, elle perd tout à la fois son mari, son indépendance, et la garde de son enfant. Louison devient fièrement une femme entretenue mais n’en souffre pas moins des affres d’une femme romantique et amoureuse d’un coureur négligent.

En tant que catalogue des misères faites aux femmes, dans ce contexte de précarité d’après la guerre, c’est assez réussi. Même Louison, qui est  tentée par un acte de rébellion à découvrir, prend le risque de s’enfermer un peu plus dans l’aliénation. Raymond Guérin fait le choix de donner la parole à chacune des trois femmes l’une après l’autre, dans son pauvre langage et ses pensées restreintes. Le résultat est un ouvrage un peu distant, qui donne à voir sans s’apitoyer. Plus une parole militante qu’une réelle réussite romanesque.

Mots-clés : #conditionfeminine #fratrie
par topocl
le Sam 29 Déc 2018 - 10:25
 
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Sujet: Raymond Guérin
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Mona Chollet

Sorcières la puissance invaincue des femmes

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Finalement l’histoire des sorcières (de la persécution dont elles ont  fait l’objet à partir du XIXème siècle à la sorcellerie contemporaine) n’est qu’une trame de base. Ce n’est pas de cela qu’elle veut parler, Mona Chollet, et elle le dit, d’où une petite déception initiale de la lectrice. C’est plutôt rechercher en la sorcière ce qui fait qu’elle est une réprouvée, traquer en elle l’insoumise, et en la femme ordinaire ce qui peut l’apparenter à la sorcière : choix du célibat avec ce que cela implique d’indépendance, de liberté et d’affirmation de soi, choix de ne pas avoir d’enfant et donc de ne pas offrir son ventre à la société pour se reproduire, rôle de l’âge qui là encore est un élément majeur de mise à l’écart chez la femme, devenue « moche », stérile et de plus mieux pensante avec l’expérience.

Mona Cholet développe ces trois pistes en trois parties, s’appuyant plus sur l’accumulation de citations, de rapports de récits de femmes, de travaux d’experts et de statistiques que sur la réflexion. On retrouve ici cette démarche que j’avais déjà relevé ailleurs d’affirmations sans preuve et d’utilisation de l’exemple, du cas particulier pour preuve.

Le dernier chapitre dénonce la main mise de la rationalité sur notre monde (Mona Cholet se décrivant comme très irrationnelle, intuitive… caractères typiquement associés aux féminins alors qu’elle réprouve cette attribution). Cette rationalité a créé notre monde basé sur la science, la performance, la domination, - notamment masculine évidemment. S’ensuit une  mise en accusation du monde médical qui s’appuie sur la domination face aux patients en général, et aux femmes en particulier. J’aurais aimé y voir figurer plus souvent les termes « certains médecins » plutôt que les médecins ».

Il s’ensuit un petit (vraiment petit) final conseillant de s’acharner âprement à foutre en l’air tous ces pouvoirs, à s’exprimer en tant qu’être, à sortir du carcan social construit au fil de siècles à l’encontre des femmes, ces sorcières.

Bref un propos salutaire, mais j’ai peu découvert et je n’ai pas été totalement conquise par la mise en forme.



mots-clés : #conditionfeminine #discrimination #essai #vieillesse
par topocl
le Ven 28 Déc 2018 - 8:58
 
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Sujet: Mona Chollet
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Yaa Gyasi

No Home

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C'est un vaste tableau qui   présente huit générations sur deux continents : la descendance de deux sœurs ghanéennes du XVIIIème siècle, l'une vendue comme esclave aux négriers et partie en Amérique, l'autre vendue comme femme à un soldat britannique et restée sur place. C'est donc l'occasion d'embrasser l'entièreté des problèmes liés à la condition noire, africaine ou américaine, au fil des siècles, les liens qui persistent et essaient de se renouer.

Yaa Gyasi s'attache à un personnage à chaque génération, auquel elle consacre un chapitre, alternant Afrique et Amérique. Si l'écriture est assez basique, la construction  permet d'appréhender le « problème noir » dans une dimension d'évolution historique. C'est assez audacieux et si ce qui se passe aux USA nous a déjà souvent été rapporté dans d'autres romans, le côté africain avec se guerres fratricides, la participation des autochtone au commerce des esclaves, et plus riche en apprentissage pour le lecteur. L'auteur a une belle intelligence narrative et beaucoup de subtilité,  Il n'en demeure pas moins que cette méthode, où chacun n'a droit qu'à une « vignette » empêche qu'on s'attache aux personnages (ou frustre cet attachement). On regrette presque qu'au lieu de 14 chapitres on n'ait pas 14 romans.


mots-clés : #conditionfeminine #esclavage #famille #historique
par topocl
le Mar 4 Déc 2018 - 14:13
 
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Sujet: Yaa Gyasi
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Sawako ARIYOSHI

Les années du Crépuscule:

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Quatrième de couverture:
Veuf, Shizego est recueilli par son fils et sa belle-fille, Akiko. Celle-ci travaille, élève son enfant et s'occupe activement de son foyer. C'est un dur supplément à ses tâches quotidiennes que représente pour elle ce vieillard en train de sombrer dans la sénilité. Pourtant, malgré les problèmes innombrables, une sorte de lien tendre, un émouvant rapport de mère à l'enfant, va s'établir entre ces deux êtres...


Il est clair que S. Ariyoshi, sensible à la condition féminine au Japon, tourne l'éclairage sur tous les questionnements d'Akiko face à son beau-père.
On est dans les années 60-70, la situation de la femme dans la société est loin d'être reluisante (et ça n'a pas beaucoup évolué au Japon depuis d'ailleurs): une fois mariée, il est normal qu'elle ne travaille pas. Pour celles qui décident de travailler et d'être "indépendantes", certains conflits peuvent naître au sein de la famille mais surtout elles devront assumer toutes les tâches ménagères en plus , l'homme n'y participant pas du tout.
L'autre problème soulevé est l'absence totale de services d'aide aux personnes âgées alors que celles-ci vivent de plus en plus longtemps.
Shigezo (le beau-père) perd la tête, ne reconnaît plus personne sauf son petit-fils et Akiko, fait des fugues.Akiko cherche des solutions autour d'elle pour ne pas laisser son beau-père seul mais s'apercevant qu'il n'y a rien pour l'aider, elle doit se résigner à travailler à mi-temps. Son mari se déresponsabilise complètement du problème, voyant son père devenir sénile, il attrape peur de vieillir et se voile la face en évitant d'aider son épouse.
Alors qu'on suit l'inévitable descente de Shigezo vers la mort, on assiste à la montée inexorable du courage de cette femme qui relèvera tous les défits avec beaucoup d'amour, de patience et accompagnera jusqu'au bout le vieil homme.


mots-clés : #conditionfeminine #famille #pathologie #vieillesse #viequotidienne #mort
par Cliniou
le Ven 23 Nov 2018 - 11:43
 
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Sujet: Sawako ARIYOSHI
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Robin D`Angelo

Judy, Lola, Sofia et moi

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J'ai connu ce journaliste lorsqu'il était à Libération et j'avais lu son premier livre sur Soral avec beaucoup d'intérêt. le sujet présent de ce livre ne m'inspirait ps mais j'aime suivre les bons journalistes.
Une immersion un an dans le milieu du porno amateur, cela a tout pour attirer du sulfureux et du glauque. On peut remercier le journaliste d'être resté rigoureux et de ne pas avoir versé dans le trash et le sordide plus que le milieu ne l'est déjà.
il nous est présenté un marché des corps, une manipulation de la misère féminine. On parle souvent de la femme objet. Mais un objet plus respecté, ici c'est la femme kleenex.
On assiste à l'expérience de femmes de conditions sociales modestes tenter désespérément d'exister en faisant un pacte avec les diables de notre société. vendre son âme, son consentement, son corps pour être remarqué, pour avoir un peu d'argent, pour être aidé.
C'est bouleversant, cela interroge vraiment sur les fondements de notre culture et si on n'est pas déjà féministe avant la lecture de ce livre, nul doute que cela peut en convaincre beaucoup.


mots-clés : #conditionfeminine #sexualité #social
par Hanta
le Ven 23 Nov 2018 - 9:52
 
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Sujet: Robin D`Angelo
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Norman Rush

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Accouplement

Une jeune trentenaire, étudiante américaine en anthropologie, cherche un sens à sa future thèse au coeur du Botswana. Entre fuite et cynisme, saupoudrant d'un humour clairvoyant son itinéraire, elle se fait narratrice de ses perditions et ressacs, de ses lubies, et nous prévient très vite que tout son récit voudra expliciter la rencontre exceptionnelle qu'elle va faire d'un homme .

Le tempérament de cette femme, singulier, tisse tout le corps textuel, elle mène la danse, mais ce présupposé est servi par la nature de son caractère, analytique, anthropologue jusqu'au bout des poils, mais aussi rompu au détour psychanalytique.
En conséquence, on accrochera ou pas quant au ton, au mouvement du récit.

F.Le corre pour cairn info a écrit:Exploration territoriale, confrontation des idées, rencontre des cultures, utopie politique, épreuve de la personnalité, passion amoureuse et rivalité des sexes, le tout exposé par une jeune anthropologue américaine, perdue au Botsawana pour les besoins d'une thèse en anthropologie nutritionnelle ? une vraie fausse piste sur laquelle elle ironise : « En Afrique, on veut plus, je pense. Les gens y sont pris d'avidité. Je n'ai pas échappé à la règle. » Ce sont les premiers mots du livre. Le ton est donné. Observatrice méticuleuse d'elle-même et des autres, des institutions et des sociétés, la jeune femme, aussi maîtrisée que caractérielle, est une surdouée des interprétations multiprises qu'elle démonte aussi vite qu'elle les monte. Elle est à elle seule un prodige de méfiance et de détermination, une virtuose en dialectique, mélange détonant de cérébralité et de sensualité. Quand elle entend parler d'un certain Nelson Denoon, intellectuel qui aurait fondé une cité secrète au fin fond du Kalahari , « ce vide replié dans le vide jusqu'à l'Atlantique », elle sait qu'elle ira le rejoindre. Ce qu'elle fait seule avec deux ânes, avant d'arriver à moitié morte à Tsau, la fameuse communauté de Denoon où des femmes tentent d'émerger de leur asservissement séculaire. Là sont Denoon, l'utopie, et un temps immobile qui recèle sa propre capacité de destruction. Contrairement au royaume des hauteurs où s'accouplent les vautours, ce repaire qui prétend écarter la violence ne pourra protéger l'accouplement de chair et d'esprit qu'elle aurait voulu comme une confrontation loyale, équitable et jamais achevée. L'illusion se défait, sans que le mouvement s'épuise, sans que cessent de tenailler l'envie de comprendre et le grand, l'insatiable appétit de vivre.



c'est drôle, spécieux (jargon universitaire bonjour), empathique et arborescent dans sa logique, c'est un roman sur l'amour féminin, sur la société botswanaise, sur l'utopie socialiste.
Assez épatant du point de vue de la personnalité féminine décrite (auteur empathique, observateur, qui sait pourtant aussi par touche discrète nous démonter sous un jour moins favorable ), l'auteur dit qu'il a eu l'ambition de construire le personnage féminin le plus complet de la littérature anglophone. Pour avoir survolé des articles non traduits sur lui, il semble que ce soit un grand hommage à sa femme, à leur relation, bien que transposé, détail qui rend assez sympathique le fatras global où nous transporte cette femme de foi perdue et d'instinct sauf. A moins que ce ne soit tout l'inverse.

Une très jolie lecture . Le regard politique est intéressant, aussi, bien que la lecture de nos jours puisse le faire paraitre un peu déjà vu. Mais sans doute qu'à l'époque il valait son poids.
Et je n'ai pas de citation. pardon. rendu à la médiathèque.




mots-clés : #amour #conditionfeminine #huisclos #independance #initiatique #insularite #politique #social
par Nadine
le Mer 21 Nov 2018 - 19:28
 
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Sujet: Norman Rush
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Jens Christian Grøndahl

Quatre jours en mars

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L'idée de départ est assez séduisante. Une femme architecte approchant la cinquantaine, dont tout porte à croire qu'elle a assez bien réussi sa vie, est confrontée, au cours de quatre jours, à des difficultés qui vont l’amener à un retour en arrière sur son passé familial, puis un changement radical de conditions de vie. Dans ce temps singulier de quatre jours, son fils adolescent est arrêté pour avoir participé au tabassage d'un jeune arabe, et la relation qu'elle a avec un homme marié plus âgé va entrer dans une phase de rupture. C'est l'occasion pour elle, par petits flash-backs intriqués les uns dans les autres, de revenir sur son histoire personnelle ainsi que sur celles de sa mère et de sa grand-mère. Toutes trois sont  des femmes qui ont souffert dans leur enfance d'un certain manque affectif, ont échoué dans l'accomplissement de leurs relations amoureuses, et n’ont pas su transmettre à leur enfant l'amour que celui-ci aurait souhaité. Comme si une certaine fatalité se transmettait d'une génération à l'autre.

Ce n'est pas pour rien que le roman se situe en mars, puisque, une fois le livre refermé, on imagine que l'héroïne pourra courageusement renaître de ses cendres, sans pour autant que cela soit un happy-end niais

Le récit se constitue sur quatre jours, qui constituent les quatre parties du livre, où on ne lâchera Ingrid d'un pouce, la suivant dans ses actes et dans ses pensées. Elle recherche ce qui dans son passé et celui de sa famille a pu être déterminant dans les échecs qu'elle rencontre. Ce qui gêne,  c'est ce parti pris de flash-backs menant eux-mêmes à un flash-back puis un autre encore etc. selon le système des poupées russes. On se perd  dans ces personnages multiples aux histoires complexes, on ne sait plus toujours si on est dans le présent ou dans le passé d'une telle ou de l'autre. Il règne une certaine confusion qui « alourdit » la lecture . L'histoire reste pour autant attachante, en prise très directe avec la vie, et fait passer un assez bon moment.

Commentaire récupéré 2011

Mots-clés : #conditionfeminine #psychologique
par topocl
le Mer 31 Oct 2018 - 9:46
 
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Sujet: Jens Christian Grøndahl
Réponses: 4
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Marie Cardinal

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Une vie pour deux

Un couple, Simone et Jean-François, essaie de s'en sortir tant bien que mal. Ensemble, ils vont entreprendre un voyage de quelques mois. En compagnie de Simone, nous serons témoins de certains épisodes de sa vie de même que de cette démarche qu'elle entreprend avec Jean-François. Comment retrouver le fil perdu des années et communiquer à l'autre son histoire de femme? Jean-François découvre une femme morte sur la plage, qui est-elle? À deux, ils réécriront l'histoire de cette femme et, en filigrane, celle de Simone s'exprimera.


Simone, après vingt années de mariage, une fois les enfants partis, lors d’un voyage prévu pour se re-rencontrer avec son mari, va explorer sa vie, ses interrogations, ses doutes, son sentiment de sacrifice à ses enfants… Elle se retrouve à Corvagh, lieu de leurs vacances, avec son marin, cet inconnu avec lequel elle a partagé 20 ans, celui qu’elle ne connait plus vraiment, comme il ne la connait pas non plus. Chacun étranger l’un à l’autre. Elle exprime ses doutes, ses interrogations, ses frustrations, ses souvenirs de vie, de solitude à côté de lui, leurs divergences, etc, comment elle était la mère et non la femme, comment lui s’est tourné vers d’autres femmes, comment la société lui enjoignait d’être cette bonne mère, comment elle s’en est oubliée et le lui a reproché.

Au-delà de l’histoire de ce couple, ce roman est surtout une introspection, une rencontre de Simone avec elle-même, cela d’une manière assez originale. En effet, après quelques jours de vacances, le mari de Simone, Jean-François, découvre sur la plage un cadavre. C’est ce cadavre qui va ranimer les accusations et crises  de Simone envers son mari, car elle sent dans ce cadavre comme une nouvelle maîtresse entre son mari et elle. Puis, ils vont se l’approprier à deux, tentant ensemble d’écrire l »histoire de la morte, lui prêtant des sentiments, lui inventant une vie, ce non sans désaccords. Au travers de cette vie inventée, Simone se confronte à la sienne, car, au final, cette vie qu’elle construit à la morte avec son mari, c’est la sienne, ses non dits, ses frustrations, ses rêves avortés déçus, etc, qu’elle projette sur la morte.
Au ravers de l’histoire inventée de cette incinnu, elle apprend à se découvrir, tout en même temps qu’elle montre et dit enfin qui elle est à son mari, qu’elle lui livre des bribes de ce quelle a vécu.

C’est l’histoire d’une femme enfermée en elle-même, qui n’a jamais, jusque là, pu se libérer du carcan sociétal et familial, qui n’a pu sortir des chemins tracés, de la figure de ce que doit être une mère imposée, et n’a pu se rencontrer elle-même, en tant que femme, et en tant que libérée, que lors de rares événements de sa vie

Cette vie de femme, qui pourrait je pense être celle de nombreuses femmes de l’époque, est écrite avec toute la profondeur de la plume de Marie Cardinal, avec son style si particulier alliant, juxtapositions et métaphores en association libre. Une écriture où elle emmêle réalité et fantasme sans filtre, où elle nous amène dans les tréfonds de la pensée de Simone, dans ses aspirations, ses « perversions » dans cette jouissance scopique qui a pu être la sienne, ses renoncements, …
Ce roman est comme une psychanalyse du personnage, en tous les cas il en suit les rouages, de la mise en mots à la découverte de soi.  

Pour autant, parcourir cette vie de femme, aujourd'hui, là où j'en suis personnellement, n'a pas pu m'amener à vraiment entrer dans le roman et apprécier. Ce roman est superbe à mon sens, mais il vient interpeller, interroger, certaines part en nous qui vont, ou pas, faire résonnance. Et cette vie de femme, bien que très bien analysée, menée, présentée, n'a pas retenue mon adhésion car c'est simplement pas ce que j'ai envie de lire en ce moment.


mots-clés : #conditionfeminine #psychologique
par chrysta
le Jeu 4 Oct 2018 - 7:52
 
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Sujet: Marie Cardinal
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Pascale Fautrier

Pascale Fautrier et son livre : Hildegarde de Bingen, un secret de naissance

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L'ouvrage de Pascale Fautrier a bénéficié d'une documentation abondante de la part de cette universitaire mais aussi comme dit précédemment des travaux poussés de l'historien Franz Staab, ce dernier ayant débroussaillé le terrain en établissant l'origine d'une lignée noble d'Hildegarde. Pascale Fautrier précise le lignage de haute volée de cette future sainte établie Docteure de l'Eglise par le Pape  (Allemand, ce qui n'est pas anodin) Benoît XVI en 2012.
Elle se livre dans cet ouvrage à une veritable enquête historique sur les origines de la future abbesse, dénonçant les erreurs commises jusque là par les historiens qui l'ont précédée dans ces recherches, notamment Florence Pernoud qui s'était attachée à en faire une "petite abbesse" inconnue une grande partie de sa vie, faisant de son couvent des bords du rhin un lieu "obscur", Fautrier démontre  que l'abaissement de la condition sociale d'Hildegarde de Bingen par Florence Pernoud relève d'une intention hagiographique et d'héroïsation féministe, en minorant le rôle et la place d'Hildegarde elle déguise la vérité pour lui attribuer une "grandeur miraculeuse".
Ainsi de cette phrase de Florence Pernoud : "Le Pape lisant devant cette immense assemblée l'oeuvre de la petite religieuse (sic) jusqu'alors inconnue (sis), sauf de son entourage proche, c'est un spectacle surprenant". Elle démontre que le comportement de Pernoud relève d'une lutte contre l'historiographie misogyne des XIX et XX° siècles niant le fait que de grandes figures de femmes puissantes aient existé dans l'histoire. Mais cette attitude tend à minorer socialement et psychologiquement l'existence de ces femmes, on combattrait la subalternité des femmes en les transformant en des subalternes..? Rétablir la vérité, la réalité de l'oeuvre, de la vie, de la naissance, des origines de Hildegarde de Bingen tel est le principal but de ce livre.
L'oeuvre elle même d'Hildegarde est abordée, mais pour la relier à ce qui a fait d'elle ce personnage, ainsi une hypothèse : le penchant d'Hildegarde pour l'étude, la connaissance des plantes viendrait de la branche familiale d'origine Souabe (les Souabes ont été un peuple barbare animiste des IV et V° siècles, lorsque Hildegarde vivait quatre ou cinq siècles ce n'était pas grand choses, changer de mentalités à ces époques ne se faisait pas en quelques générations. Hildegarde apparentée au carolingiens, aux capétiens, aux familles du Saint Empire Romain Germanique n'avait rien à voir avec une petite inconnue de basse condition.
Ce livre nous livre une foultitude de renseignements sur cette époque contemporaine des croisades, des batailles au sein de l'église, de la naissance d'un empire germanique (dont le folklore nazi s'est par la suite inspiré)
On pourrait disserter des heures sur ce bouquin que je vous recommande de lire, surtout aux férus d'Histoire, vous ne serez pas déçus, c'est de l'histoire documentée et non romancée comme de nombreux "historiens" de notre époque se font les chantres abusifs...


mots-clés : #biographie #conditionfeminine #historique #moyenage
par Chamaco
le Jeu 27 Sep 2018 - 18:15
 
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Sujet: Pascale Fautrier
Réponses: 14
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Christiane Taubira

Baroque Sarabande

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"On prend d'assaut la prison du langage
Pour libérer les mots prosçrits
Et autour des rêves menaçés par les fauves
On entretient le feu

c'est d'Abdellatif Laâbi.
Voilà bien ce qu'il s'agit de faire, entretenir le feu. Contre l'adversité, contre les interdits, contre la violence qui semble gratuite mais dessert un dessein, celui d'un ordre social où les places sont attribuées. Ne pas obéir. Ne se laisser ni asservir ni accabler. " La langue maternelle, la langue dans laquelle on rêve, c'est bien là le "chez soi". Les interdits sur la langue sont donc une expulsion en bonne et due forme, de chez soi, de soi. Ne pas consentir au bannissement ontologique. Refuser l’exil symbolique. Accéder au baroque bénéfique. Ce baroque-là même qui « rompt toute certitude orthodoxe de limite, d’unité, d’espace borné, d’angle de vue privilégié, pour tout changer –espace et temps, rêve et réalité – en objet d’une floraison dynamique, sans axe centrique par nature, soumises aux lois du mouvement plus qu’à celles de l’essence », tel que le définit Carlos Fuentes ».



Voilà un peu l'objet de ce livre, remonter avec l'auteur les sources de cette lutte , au coeur de ses sources personnelles. Taubira se fait passeuse, offre un nombre important de noms, de citations, à suivre, à redécouvrir.

En une suite de courts textes, on la suit dans des chemins érudits et engagés. J'ai regretté être aussi ignare, face à de nombreuses références car lorsque  certaines m'étaient connues, j'ai pu mesurer la pertinence de l'auteure à les placer sous une perspective dynamique et nouvelle, personnelle.

La première moitié du livre s'est ainsi déroulée entre mes mains, la langue de Taubira étant très belle, avec grand plaisir , mais pourtant vient un moment où je m'y suis un peu perdue, faute d'être, au coeur des références, familière. je me suis même prise à me dire que son style était peut-être finalement un peu ronflant, faussement précis (l'accumulation des adjectifs commentant les nombreux extraits qu'elle nous propose a produit ce sentiment, par exemple.)
Et puis, PAF, un peu après le milieu de l'essai, en sa 3eme partie, on tourne la page et on lit :

Assez folâtré. Il est temps que je vous dise.
Et d’abord, balisons.
Dans Cayenne des années cinquante, il n’existe pas de librairie. Une papeterie fait vente de livres un mois par an, le temps de liquider les manuels scolaires.

Suivent 5 pages qui prennent cette fois corps dans l'histoire personnelle de Taubira, et c'est magnifique. Sa prose demeure aussi précise, mais prend des atours plus simples, parce qu'elle achoppe au quotidien, au vécu, et en quelques paragraphes elle nous dresse avec beaucoup de force toute une époque, tout un contexte (la Guyane). C'est le joyau de sa transmission. Un livre à lire pour s'instruire, prendre des notes, des références, et pour recevoir ce chapitre magnifique. Le début est visible dans çe lien :
e book

J'avais envie de recopier beaucoup d'analyses ou de commentaires sur des auteurs, mais ce serait trop long. Il y a notamment de très intéressantes notes sur la traduction en littérature. C'aurait été intéressant de le faire car l'intérêt du livre vient certainement de son invite à un allé/retour entre cet essai et les auteurs cités. Elle parle beaucoup des auteurs d'Amérique Latine, notamment.
C'est une promenade à la forme assez libre , dans l'univers si particulier de la culture, pas toujours facile à suivre, mais belle comme la Dame.


mots-clés : #colonisation #conditionfeminine #philosophique #temoignage #universdulivre
par Nadine
le Mer 26 Sep 2018 - 10:49
 
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Sujet: Christiane Taubira
Réponses: 21
Vues: 681

Marie Sizun

La gouvernante suédoise

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A travers des photos de famille, quelques témoignages tronqués et un journal intime censuré, Marie Sizun reconstitue une tranche de son histoire familiale, un secret moyennement gardé qui a fait peser son empreinte sur les générations suivantes. Cela, on le subodore à quelques allusions au fil de son récit, et elle le confirme dans l'épilogue. Au-delà de ce côté intime, le livre se présente comme le sempiternel roman de la petite bourgeoisie, entre la Suède et Meudon, le mari qui trompe la jeune épouse avec la gouvernante, la grossesse cachée et l'enfant en pension, le mystère, les faux secrets, les apparences sauvegardées. Ces gens se dressent un carcan de conventions et de conformisme, ils se refusent le courage de leurs émotions au prix d'une bienséance mortifère.

Marie Sizun fait le choix d'un récit distancié, d'un classicisme quasi glacial, à l'image de ces cœur congelés.Elle gomme l'émotion comme celle-ci se doit d'être gommée au profits du paraître dans la vie de ses protagonistes déchirés par leurs amours socialement inacceptables. Un temps, dans une ambiance un peu sulfureuse, on se  demande si la gouvernante va s'approprier son maître ou sa maîtresse, mais non, le récit retrouve vite cette banalité des amours ancillaires, cette loi du bon vouloir des hommes,  si souvent décrites dans les romans du XIXème siècle. Cet aspect lisse et retenu est assez frustrant, n'aurait-il pas mieux valu assumer le pathétique, faire couler les larmes plutôt que s'en tenir à la petitesse des sentiments bridés par les conventions bourgeoises, à la réserve de cette histoire sagement bien racontée?

Petite pensée pour Carl Larson

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mots-clés : #amitié #conditionfeminine #famille #solitude #xixesiecle
par topocl
le Mer 12 Sep 2018 - 20:45
 
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Sujet: Marie Sizun
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Claire Messud

La fille qui brûle

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C'est l'histoire du passage à l'adolescence entre deux amies de la toute petite enfance, celle qui  raconte, et s'en sort pas mal, et l'autre moins bien dotée au départ, qui s'éloigne, s'enfonce dans des comportements que plus personne ne comprend, entraînant un rejet qui ne fait qu'aggraver sa détresse.

C'est très finement observé, cette fragilité d'une période où se révèlent les carences de l'enfance jusque-là masquées, où explosent les questionnements, et tout est si difficile si on ne trouve pas les bonnes alliances.

Le récit est tout en nuance, en bonnes trouvailles, c'est parfaitement maîtrisé, presque trop, les sentiments sont pour ainsi dire remplacés par cette acuité. C'est une bonne lecture, d'un roman bien structuré, qui  remue des périodes de trouble que nous avons vécues, mais où, peut-être, justement, il manque un certain trouble.

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mots-clés : #amitié #conditionfeminine #enfance #identite #initiatique #psychologique #relationenfantparent #solitude
par topocl
le Mer 8 Aoû 2018 - 9:27
 
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Sujet: Claire Messud
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Marceline Loridan-Ivens avec Judith Perrignon

L'amour après
avec Judith Perrignon

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Au crépuscule de sa vie, lumineux quoiqu'elle perde la vue, Marceline Loridan-Ivens rouvre la valise de ses archives et se rappelle comment, au retour des camps, avec "l'ombre de la mort" dans son dos, elle a fait le choix de la liberté, là où beaucoup de ses compagnes ont choisi le mariage, la sagesse, les enfants, cadre rassurant pour dépasser l'empreinte infernale. Comment elle joue le "jeu de la séduction dont j'avais abusé pour me rassurer, par simple peur d'être aspirée par le vide".

C'est l'occasion de parler d'un corps qui ne peut que se souvenir des sévices, de l'usage d'une espèce de liberté qu'elle a paradoxalement apprise dans les camps, où, jetée à 15 ans, elle s'est affranchie de toute tutelle pour ne vivre que par elle-même. C'est aussi l'occasion de parler  d'amour dans cette incroyable relation partagée avec Joris Ivens, d'amitié, notamment avec quelques pages très fortes sur Simone Veil, si différente et si proche, de ce lien impossible à couper entre les survivant(e)s.
C'est un texte que la belle écriture de Judith Perrignon contribue à rendre aussi joyeux que terrible, vivant, en quelque sorte, de cette énergie de savoirs, de relations, de combats qui a conduit Marceline Loridan-Ivens.

Seuls comptent la quête, le mouvement, le sens.


Sans mentir, franche, résolue, elle ne franchit jamais les limites d'une impudeur, ni sur l'horreur ou la douleur, ni sur la joie, ni sur le plaisir. Les dernières pages sont bouleversantes, elle se retrouve seule dans le lit de son conjoint décédé reste de son côté, puis adopte le milieu. Tout cela est bien remuant. Il y a une beauté à cette façon de mener sa vie.

Mots-clés : #amour #autobiographie #campsconcentration #conditionfeminine #correspondances #temoignage
par topocl
le Mer 1 Aoû 2018 - 15:42
 
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Sujet: Marceline Loridan-Ivens avec Judith Perrignon
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Virginie Despentes

Baise-moi

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Sorte de road movie trash (à l’échelle de la France) de « la petite », Manu, et « la grosse », Nadine, répondant à la violence par un surcroît de violence, et pour le temps que ça peut durer. Ce tandem complice dans l’absence de valeurs morales la plus évidente, ces monstres produits par notre société se rencontrent évidemment sans avenir.
Despentes fait sa seule référence littéraire nominale à Bukowski ; elle m’a un moment ramentu Japrisot par son efficacité stylistique, et guère Houellebecq.

« Il a l’esprit borné et très peu inventif, la mémoire encyclopédique des gens privé d’émotion et de talent, persuadé que donner des noms et des dates exactes peut tenir lieu d’âme. Le genre de type qui s’en tient au médiocre et s'en tire assez bien, bêtement né au bon endroit et trop peureux pour déconner. » (I, 4)

« C’est comme une voiture que tu gares dans une cité, tu laisses pas des trucs de valeur à l’intérieur parce que tu peux pas empêcher qu’elle soit forcée. Ma chatte, je peux pas empêcher les connards d’y rentrer et j’y ai rien laissé de précieux… » (I, 8 )


mots-clés : #amitié #conditionfeminine #contemporain #sexualité #violence
par Tristram
le Mar 17 Juil 2018 - 16:39
 
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Sujet: Virginie Despentes
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Ashok Ferrey

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L'incessant bavardage des démons

Je suis né laid. C'est ce que ma mère a toujours dit.
_ Sonny, s'inquiétait-elle, quand allons-nous enfin trouver une fille assez bien pour toi ?
C'était une habile formulation, car par « assez bien », elle laissait entendre, plutôt qu'une jeune personne à la hauteur de ses exigences, une fille assez bonne et accommodante pour bien vouloir me prendre pour époux _ autant dire en pitié.


Sonny est le fruit d'une mésalliance. Son père, héritier de la plus grande famille de la région, a épousé la fille de l'astrologue. Et celle-ci, méprisée par sa belle-famille, s'est peu à peu muée en une vieille femme acariâtre, cupide et méchante comme une teigne, qui règne de main de maître sur le domaine familial en exploitant ses employés.
Sonny, parti faire ses études en Angleterre, y a rencontré la sublime Luisa qu'il s'apprête à présenter à sa mère. Mais Sonny n'est pas un homme comme les autres. Il est possédé par le diable depuis son enfance. Du moins, sa mère en est-elle persuadée. Et les multiples cérémonies d'exorcisme n'ont servi à rien, Sonny est resté possédé, et laid par dessus le marché. Son retour au pays n'augure donc rien de bon, surtout quand on sait que la jolie servante Sita est toujours folle de lui. Surtout quand on sait que le diable rôde dans ces contrées....

Voilà un roman qui démarrait sur les chapeaux de roues et qui fini en eau de boudin. Au départ, j'ai apprécié ce récit qui abordait le déracinement et le manque d'amour maternel sous couvert d'humour et de légèreté. Puis ça s'est gâté...
L'évolution des personnages, tout d'abord, m'a laissée pour le moins perplexe. Plus le livre avance, et plus certaines réactions paraissent incohérentes. Que l'auteur attribue tout cela à l'intervention du Diable n'incite pourtant pas à la mansuétude, même lui ne peut rendre les êtres aussi caricaturaux ou inconsistants.
Parlons-en d'ailleurs, de ces interventions du Diable, qui se veulent drôles et piquantes, et qui m'ont surtout semblé ridicules... Non franchement, la qualité du roman n'a cessé de baisser tout du long.
Et ça m'a mise en rogne.
Parce que le sujet était intéressant, que le début était prometteur, et que, mine de rien, il y a de chouettes passages. J'ai ainsi appris pas mal de chose sur le mode de vie quasi féodal de certaines grandes familles sri lankaises (songez donc, on appelle le patron « Mon Seigneur »!), et sur les rituels élaborés  par les sorciers locaux dans un pays où, apparemment, religions officielles et démonologie font bon ménage, les gens voguant de l'une à l'autre avec le plus parfait naturel...

Je ne nierai pas que le bouquin se lit d'une traite, mais il m'a laissée passablement dépitée. J'aurais voulu l'adorer et au final c'est un flop, ou tout au moins un semi-flop. (Un deux tiers de flop, en fait).
Flûte et re-flûte.


mots-clés : #conditionfeminine #famille #traditions
par Armor
le Ven 6 Juil 2018 - 2:46
 
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Sujet: Ashok Ferrey
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Arthur Schnitzler

Vienne au crépuscule

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Nous sommes dans les salons viennois de la fin du XIXème siècle, les salons où l'on cause, où l'on brille. Toute cette superficialité pare "agréablement" l'écrasante victoire d'une caste arrogante (je m'y suis beaucoup perdue, dans les 150 premières pages, impossible de savoir qui est qui dans cet entrecroisement mondain d'Ehrenberg, de Nurnberger, d'Oberger).

Les juifs, sourire crispé ou rictus effrayé, aveugles ou clairvoyants, mais humiliés toujours, croient encore (pour certains) pouvoir échapper à leur sort par l'assimilation ou le sionisme. Les femmes papillonnent, les jeunes filles attendent le mari, les jeunes hommes, libérés des soucis matériels, écrivent ou composent, voyagent (ah ! Le voyage en Italie !), prennent les femmes comme d'aimables êtres jetables : les utilisent, les échanges, les négligent, les abandonnent…

Bien des façons de se livrer à ce petit jeu : avec la distinction forcenée du jeune Georges von Wergenthin , Monsieur le Baron, avec l'ironie mordante et désespérée  de Nurnberger, avec le désespoir défaitiste et égocentré de Bermann. Tous se cachent derrière leur bons mots, leur haute opinion d'eux-mêmes, leurs hautes aspirations. Quel égoïsme, quelle autosatisfaction (mon dieu, que la vie leur est compliquée!). Ce sont d'infâmes mâles imbus d'eux-mêmes, persuadés de leur bon droit et de leur raffinement.

C'est assez bavard et souvent ennuyeux, et ma lecture fut laborieuse, mais il y aussi de bons moments, et peu à peu s'est dévoilée une réflexion sur la destinée au sein de cette  société infatuée qu'on voudrait agonisante.  Le décorticage méticuleux  de la nature humaine et notamment masculine finit par déclencher un certain dégoût. Ces homme sont des porcs croisés de paons : parés,  artistes et intellectuels, c'est à dire soi-disant pensants et pleins de sensibilité, ils  se délectent dans une perpétuelle introspection déculpabilisante, qu'ils croient raffinée, mais qui est  en fait bornée, condescendante  et  auto-satisfaite.


Mots-clés : #antisémitisme #conditionfeminine #culpabilité #historique #initiatique #lieu #psychologique #xixesiecle
par topocl
le Sam 30 Juin 2018 - 16:30
 
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Sujet: Arthur Schnitzler
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Kiyoko MURATA

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Fille de joie

2 novembre
Aoi Ichi

Il fait froid ces jours-ci
Mes amies les fourmis sont parties
Alors je m'adresse à la maîtresse
Le soir du dépucelage
La terre s'est dérobée sous mes pieds
Je croyais que ce que ma mère et mes sœurs faisaient
A la lumière de la lune était agréable
La terre s'est dérobée sous mes pieds
Comment je vais faire moi pour travailler demain


1903. Comme tant de fillettes pauvres, Ichi est vendue par ses parents à une maison close, condamnée à vivre dans le « quartier des plaisirs » pour rembourser avec son corps la dette contractée en son nom. Acquise par une maison prestigieuse, Ichi fait son apprentissage auprès d'une oïran, prostituée célèbre entretenue par quelques richissimes protecteurs. Mais le luxe dont s'entoure l'oïran ne peut adoucir la rudesse des leçons auxquelles est soumise la jeune recrue, sommée, par la force s'il le faut, d'acquérir les techniques d'une bonne courtisane...

On envoie Ichi à l'école. Ses patrons attendent d'elle qu'elle puisse écrire des missives raffinées à ses meilleurs clients, le moment venu. L'institutrice, Mlle Tetsuko, essaie surtout d'éveiller l'esprit de ses élèves, tout en leur inculquant des notions de comptabilité afin qu'elles ne se fassent pas gruger par des tenanciers peu scrupuleux.
Pour Ichi, fraîchement débarquée de son île natale, l'école est une révélation, l'écriture un exutoire. A son journal, elle confie ses peines, sa révolte, et son rêve de retrouver un jour son île. Un espoir a priori bien illusoire, car il faut des années pour rembourser sa dette, quand encore on y parvient...
Un édit, publié en 1872, était pourtant censé mettre fin à ce système, quoique l'argument employé soit ahurissant :
L'édit établit que les prostituées qui ont perdu leurs droits humains sont assimilables au bétail. De la même manière que personne n'irait demander à un animal de rembourser une dette, on ne saurait demander à une prostituée de rembourser la sienne. C'est un raisonnement cruel, mais qui nous rendrait service s'il était appliqué. Cela n'a jamais été le cas.


Mais en ce tout début de Xxème siècle, le Japon connaît un frémissement inédit. Les journaux se font l'écho de la toute première grève ouvrière ; les femmes réclament le droit de vote, et l'armée du salut, qui milite activement pour la libération des prostituées, connaît un essort fulgurant.
Kiyoko Murata tente de restituer l'atmosphère qui règne alors dans les quartiers de plaisir, l'éveil d'un début de « conscience politique », et la fin programmée d'un monde. En attendant, pour les jeunes recrues, l'apprentissage est toujours aussi douloureux... La jeune Ichi symbolise le cruel écroulement des illusions de cette jeunesse sacrifiée. L'auteur, malgré la crudité inévitable de certains passages, a su éviter l'écueil de la vulgarité et des détails scabreux pour se concentrer sur les sentiments de la jeune fille. Les mots maladroits qu'elle couche sur le papier parsèment le livre, comme autant de cris du coeur d'une humanité bafouée, mais toujours combative et généreuse.



mots-clés : #conditionfeminine #prostitution
par Armor
le Jeu 28 Juin 2018 - 19:09
 
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Sujet: Kiyoko MURATA
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Stieg Larsson

La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette

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Il ne faut pas craindre l'accumulation ou  le trop plein. Stieg Larsson était un obsessionnel, qui n'hésitait pas à écrire une page entière sur l'achat de mobilier de Lisbeth à ikea, sur sa liste de courses à 7-eleven, à ne louper aucun café avalé (en précisant de quel café il s'agit)  aucune cigarette fumée, aucune douche prise, aucune biographie détaillée, aucune marque d'arme à feu, aucun itinéraire etc...Et qui manifestement jubilait à entrecroiser les nœuds de sa pelote soigneusement emmêlée, d'y ajouter des couches, des complications, des liens externes,  des complications encore. Un type à la logique si implacable que même les multiples coïncidences deviennent acceptables..

Ceci admis , c'est avec un parfait plaisir qu'on retrouve Lisbeth Salander, soigneusement occupée à effacer toute trace d'elle sur terre (dans une première partie il est vrai un peu longuette - mais après, quand ça démarre, ça démarre à 100 à l'heure). Cette habile manipulation va malheureusement aboutir au résultat de la placer sous les projecteurs, comme principale suspecte de trois meurtres opérés en une même soirée. Le lien s’avérera être le commerce du sexe, thème féministe une fois de plus chez cet auteur.

Lisbeth tient la place centrale dans ce roman, qui non seulement nous découvre ses origines dans une enfance plutôt corsée (et même plus), une adolescence manipulée sans que nul ne le sache par les services secrets. Elle reste cette Lisbeth si atypique, et ses talents de super-woman augmentent encore, capable de hacker n'importe quel ordinateur, de défier n'importe quel système de surveillance, de fixer n'importe quel document en détail dans sa mémoire hypermnésique, de terrasser n’importe quel agresseur deux fois plus lourd qu'elle, et le pire c’est qu'on y croit!  Dans son libertarisme solitaire, sa logique très personnelle, sa violence intériorisée et extériorisée, sa détermination insondable, son mètre cinquante, elle reste épatamment séduisante (pour une héroïne de roman en tout cas), déroutante et invincible.

Dans cette enquête bien corsée, trois équipes font la course et interagissent, la police, globalement convaincue de la culpabilité de Lisbeth, et ses deux amis : Dragan l'ancien employeur  qui voudrait bien comprendre et Mikael Blomkvist convaincu de son innocence. On est dans un sacré roman choral, avec un aspect militant pour la liberté  et les droits de l'homme et de la femme. qui prend alternativement le point de vue de Lisbeth, des divers enquêteurs, et des malfrats pour dresser des portraits incisifs  sans négliger personne. On passe un vraiment bon moment, on sait très bien que Lisbeth s'en sortira, et qu'importent les moyens



mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #polar #politique #relationenfantparent #romanchoral #vengeance
par topocl
le Sam 16 Juin 2018 - 10:41
 
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Sujet: Stieg Larsson
Réponses: 10
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Stieg Larsson

Les hommes qui n'aimaient pas les femmes.

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Très habilement troussé, en effet, ce premier opus  de Millenium. Une écriture millimétrique qui colle à ses deux héros réunis dans un  duo tout à la fois bancal et parfaitement adapté . Mikael Blomkvist,journaliste d'investigation plein d'une probité, haineux quand le pouvoir et l'argent sont mal employés, compassionnel avec les faibles et tout ce qui sort des rails, et Lisbeth Salander jeune femme asociale, tatouée et piercée, plaie hurlante hypermnésique, dont il est dit quelque part qu'elle pourrait être Aperger "ou quelque chose comme ça" (je penche pour le "quelque chose comme ça").

Quant à l’intrigue , il s’agit plutôt d'un faisceau d'intrigues intimement entremêlées à composante politique, économique, rituelle, sexuelle, d'une belle complexité qui arrive à rester claire jusqu'au bout, portée par des personnages (un peu moins fouillés que les enquêteurs) pour la plupart membres d'une richissime famille d'industriels suédois, capable derrière son écran de fric des pires turpitudes.

Intelligent, haletant, addictif, quoique un peu glauque par moments par l'accumulation.

mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #famille #polar #politique #sexualité
par topocl
le Lun 11 Juin 2018 - 9:51
 
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Sujet: Stieg Larsson
Réponses: 10
Vues: 663

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