Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Dim 8 Déc 2019 - 14:23

84 résultats trouvés pour conditionfeminine

Brit Bennett

Le cœur battant de nos mères
Titre original : The Mothers

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 Coeur_10

C'est un roman du passage de l'adolescence à l'âge adulte, avec cette tonalité particulière que cela se passe en Californie, dans une communauté religieuse noire conservatrice, où les "mères", les vieilles femmes, surveillent, jugent, palabrent et racontent l'histoire. Le poids de la communauté, ses exigences comme ses hypocrisies, est énorme sur les individus et   leur formation, que ce soit par la soumission ou la rébellion.

Le fil directeur est la filiation, le rôle des mères, indispensables mais défaillantes, l'amour qu'on leur voue même pour celles  que l'on hait. L'une se suicide sans laisser de raison, elle a eu sa fille Nadia très jeune et celle-ci se demande si sa mère n'aurait pas eu une meilleure vie sans elle, et aurait donc survécu. L'autre n'est apte ni à proposer une vie stable à sa fille Aubrey, ni à la protéger des abus sexuels qui se passent sous son toit. Nadia et Aubrey sont deux amies de coeur, l'opposée l'une de l'autre unies/séparées sans le savoir par leur amour commun, mais si différent, pour Luke, le fils du pasteur.

Nadia fait le choix d'elle-même, se référant sans doute à sa mère, et quand elle est enceinte à 17 ans décide d'avorter, poids qu'elle va traîner comme un boulet malgré l'envol qu'elle prend, quittant sa vie tranquille, son père désespéré, pour devenir une avocate new-yorkaise brillante aux mœurs libérées.  Aubrey, au contraire fait le choix de "la sagesse", la religion vécue, le couple, le mariage, la fidélité, l'enfantement, toutes chose qui ne sont pas forcément faciles non plus.

Plus que l'opposition entre ces eux filles, très réussie mais assez classique,  j'ai aimé le contraste entre Nadia et Luke, qui jouent des rôles inversés de ce qu'il est habituel de distribuer aux hommes et aux femmes. Nadia choisit sa carrière son épanouissement par le mouvement et un certain égoïsme, l'aventure en quelque sorte . Luke au contraire fait le choix des concessions pour la stabilité, l'amour, la filiation. C'est la femme qui est "forte" et l'homme qui est doux.

Bon, au total, je ne vous cache pas qu'il n'y a pas de bon choix, et si j'ai longtemps eu peur que le livre ne soit une apologie de la raison et du renoncement au détriment de l’égoïsme et de l'individualité, il n'en est rien. Chacun souffre à sa manière. Ces trois jeunes ont grandi seuls et trop vite, leur chemin est plein d’embûches, mais que faire d'autre qu'avancer, faire des choix et - si possible - les assumer? Il s'agit de personnages ordinaires, pris dans les tourments d' un destin déjà souvent croisé dans la littérature, mais  l’œil de Britt Bennett, la vivacité de son récit, la touchante exploration des contradictions de la tendresse nous les rend attachants. Et derrière cette histoire qui reste plaisante et sensible si elle n'est lue qu'au premier degré, se cachent de nombreuses questions existentielles fondamentales.


mots-clés : #amitié #amour #conditionfeminine #identite #jeunesse #psychologique #relationenfantparent #religion
par topocl
le Sam 19 Mai 2018 - 11:10
 
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Sujet: Brit Bennett
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Sylvain Pattieu

Le bonheur pauvre rengaine

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 Images87

C'est un fait divers de l'après Grand Guerre, qui fit la une des journaux pendant plusieurs mois, et que  Pattieu, historien avant d'être écrivain, a ressorti des archives.

Il s’agit d'un crime trivial et sordide, survenu à Marseille dans le milieu de la pègre, parmi les souteneurs et les "femmes galantes", tout un petit monde issu du prolétariat et qui souhaite s'offrir mieux, à un moment où le désastre de la guerre laisse des "places à prendre" à un prolétariat miséreux et pas décidé à en rester là.

On se croirait dans une balade de Fréhel. C'est un saisissant portrait d'un lieu et d'une époque, mais surtout d'un milieu qui a alimenté de nombreux films noirs en noir et blanc, relaté ici  en un récit mêlant fiction, photos et archives judiciaires.


mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #faitdivers #historique #social
par topocl
le Lun 5 Fév 2018 - 9:51
 
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Sujet: Sylvain Pattieu
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Goliarda Sapienza



L'art de la joie



Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 41nys610


Non je ne vous raconterai pas l'histoire , les résumés à rallonge fleurissant un peu partout et comme je n'ai aucun goût pour la répétition , je vous renvoie sur Babélio si vous voulez avoir quelques éléments de la trame .
Mais moi je vous dis juste :
C'est un vent de liberté d'une violence rare .
C'est un portrait de femme comme dans les vrais romans du XIX siècles , mais d'une fibre transgressive difficilement embrassable , un éclatement de tous les carcans , une prise de pouvoir et une abolition intérieure de toutes formes de limites imposées par les lois et institutions des hommes .
C'est un ouvrage politique aussi  et libertaire écrit par une femme féministe portée par une énergie , une audace et une affirmation de soi qui peut déranger , encore aujourd'hui .
Pas étonnant qu'il mit tant de temps à être publié dans une Italie fortement imprégnée par l'institution religieuse .
C'est une fresque romanesque du genre saga , fleuve que l'on verrait bien portée à l'écran en feuilleton télévisé .
Ce n'est pas un roman d'amour , mais dans la logique du personnage , c'est un roman d'amours : on s'aime , on s'unit et se désunit , sans tabous ni lois , dans l'unique "art de la joie" régulateur des tragédies .
C'est un flux , un mouvement de pensées foisonnant , à rattacher non seulement à une personnalité exceptionnelle mais à une époque où nécessité il y avait à faire éclater toutes les entraves sociétales et redonner au corps et à l'esprit une libération et l'héroine du roman Modesta ( facétie de Goliarda Sapienza bien sûr, ce prénom en contresens ) ne fait rien d'autre que d'exulter et de briser toutes ses chaines , sans pudeur ni fausse morale , avec force détermination , violence souvent mais  toujours "droite dans ses bottes" .
Quant à la forme , en échos au fond , Goliarda Sapienza s'autorise tous mélanges de genres sans chercher à garder une cohérence styliste .
Autant de prise de pouvoir, fond et forme confondus peut aussi bien destabiliser le lecteur que le porter à une vénération sans limite vers Modesta et/ou Goliarda (on l'aura compris , au delà de la forme romanesque et des péripéties de l'héroine crée par Goliarda , l'auteure ne fait que s'appuyer sur son personnage pour s'offrir , nue , majestueuse, impudique , armée de sa plume et de là, à nous d'imaginer, dans son sillage hordes de femmes mais aussi d'hommes , fantômes d'eux-mêmes , coupables , assujettis par lois ,religions et ignorance ,  abandonnant leurs vieux oripeaux , pour renaître,  sous ce chant de joie et de fureur , hymne porteur d'une force vitale primitive , animale , enracinée à la terre et à l'ordre presque cosmique du monde , pulsée par un souffle libertaire sans limites .
Voilà .
Je n'ai pourtant eu aucun goût dans cette lecture , une forme plus maitrisée et tenues par quelques rennes m'a manqué . Si Modesta garde une certaine rigueur dans son cheminement vers la libération , Goliarda n'en va pas de même dans son écriture à mon avis .

Il n'en reste pas moins que L'art de la joie est incontestablement une oeuvre majeure incontournable pour qui s'intéresse à la littérature Italienne , sans pour autant en fait un chef-d'oeuvre .


mots-clés : #conditionfeminine #politique #regimeautoritaire #sexualité
par églantine
le Sam 27 Jan 2018 - 14:18
 
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Sujet: Goliarda Sapienza
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Ivan Jablonka

Laetitia ou la fin des hommes

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Ivan Jablonka parle de Laetitia, cette jeune femme de 18 ans sauvagement assassinée et  démembrée vers Pornic en 2011, affaire qui a fait grand bruit dans la presse. Il applique ses techniques d'historien-sociologue pour une tentative d'épuisement de ce fait divers.

Il s'intéresse à Laetitia , dans un désir de lui rendre une certaine justice, à sa sœur jumelle Jessica, à leur  environnement familial défaillant(famille biologique et famille d'accueil) préparation parfaite, voire répétition générale au long cours du drame. Il s’intéresse à son assassin, issu du même milieu, avec les mêmes codes, les mêmes fatalités. Il s'intéresse aussi aux protagonistes indirects ,  magistrats, avocats, enquêteurs, politiques (Sarkozy qui en profite pour vendre sa politique compassionello-répressive), journalistes qui ont fait que cette affaire a été ce qu'elle était, qu'elle a été en quelque sorte retirée à Laetitia, sa jeunesse et sa dignité, pour en faire une histoire publique,  et non plus intime,  avec ses mensonges et ses dérives.

Jablonka ne s'exclue pas de ces intervenants extérieurs qui ont pu s'approprier des faits, une histoire, pour l'instrumentaliser, lui, l'universitaire parisien   se mêlant de "ce qui ne le regarde pas", auto-parachuté en province, dans ce lumpen-prolétariat enfermé dans la reproduction de schémas pathogènes, de comportements destructeurs, de violence faite et répétée envers les femmes et les enfants.

C'est assez réussi, dans son exhaustivité qui implique quelques redites reflétant  l'obsession du chercheur. Jablonka a un très grand respect de chaque protagoniste, une compassion bienveillante et ouverte, qui trouve bien sa place à côté de la démarche "scientifique". Cette dernière implique une recherche rigoureuse de la vérité, et Jablonka ne laisse passer aucun détail, aussi nauséabond soit -il, ce qui pourra  rebuter certains.

On est dans une histoire aussi sordide que pathétique, révélatrice car les personnalités s'éclairent peu à peu, les comportements s’individualisent et on comprend que l'extraordinaire ne cache que du très ordinaire.


mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #justice #social #violence
par topocl
le Mer 10 Jan 2018 - 17:11
 
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Sujet: Ivan Jablonka
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Margaret Laurence

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 Divine10


Divine plaisanterie

je ne voudrais pas trahir mon plaisir et je ne pose ici que quelques réflexions.

Je trouve que Rachel se censure parce qu'elle est contrainte :  d'une part par la société à laquelle elle appartient et qui met en exergue" l'apparence" ; être correct c'est le mot qu'elle emploie souvent  et d'autre part par le  chantage affectif de sa mère, laquelle d'ailleurs continue à vivre dans son temps.

Comme, malgré tout elle se sent différente de cette société elle se corrige en disant "ce n'est pas moi ça, ce sont les mots de ma mère". Et les mots de sa mère ne témoignent pour moi que d'un égoïsme et d' une injustice envers Rachel, qui tout de même a sacrifié ses études et sa vie.

Sa rencontre amoureuse avec un homme appartenant à l' autre  communauté de la ville (à la réprobation de la mère), va lui permettre de se libérer quelque peu  de ses rapports avec  elle mais c' est  l' opération qu'elle subit la décidera à s'émanciper totalement, à s'avouer qu'elle a le temps pour une autre vie, une vie qu'elle se choisit.

Vu le dilemme alors que Rachel se croit enceinte -la divine plaisanterie- qui résulte du  poids de la société exprimé d'ailleurs par le Dr Raven,  il semble que l'avortement ne fasse pas encore partie des libertés accordées aux femmes, notamment  sur leur corps et  revendiquées  dans  les années soixante.

Les dialogues intérieurs de Rachel sont révélateurs à la fois de la pression qu'elle subie mais aussi de ses désirs (voir par exemple son regard sur les mains du directeur, son attention pour James son élève, voire sa réaction hystérique dans la crypte, les dialogues imaginés avec Nick)

Hector, le propriétaire du service funéraire, parle justement à Rachel, sur son père et sur elle-même, ces deux visites ne sont pas anecdotiques.

Certain livre nous sont plus disponible, c'est le cas pour moi avec celui-ci.

J'ajoute que la postface de Margaret Atwood était intéressante.





commentaire retrouvé

mots-clés : #amour #conditionfeminine #relationenfantparent
par Bédoulène
le Mar 26 Déc 2017 - 0:49
 
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Sujet: Margaret Laurence
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Alice Rivaz

Je rapatrie mon souvenir qui n'est pas aussi précis :

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 97828810

Sans alcool

Des nouvelles donc écrite à différents moments de la vie de l'auteur mais ayant toutes en commun deux thèmes qui se retrouvent étroitement liés, l'amour (ou son absence) et quelque chose qui a à voir avec la condition sociale. Dans cette suite de portraits, surtout des femmes, on trouve principalement de jeunes actives ou des fins de carrière qui sont autant d'effacement de la vie (sociale ?).

Trop attendre, ou ne pas voir, ne pas savoir tourner la page, ruminer. Entre le bureau ou la chambre/appartement en ville, plusieurs fois on croise ces restaurants bon marché, sans alcool. Il y a des touches très vivantes qui esquissent un désir pas forcément raisonnable mais la tonalité principale est sombre, et le sentiment de solitude omniprésent. Le ratage, l'isolement qui est à la fois affectif et social. L'espoir déçu...

Une répétitive tristesse, amère mais empathique et volontaire dans son féminisme. D'ailleurs de ce côté-là on n'a pas forcément l'impression que les quelques décennies écoulées renversent complètement la donne, sans doute parce que la question d'un lien affectif particulier, de la recherche de ce lien indépendamment d'un devoir de sacrifice n'a pas forcément de réponse toute faite.

Un peu déroutant (pour un bonhomme, ou un panda ?), un peu contraint sans doute aussi ça m'a moins accroché que ma précédente lecture néanmoins il est probable que ces nouvelles me restent en mémoire. Le gâchis c'est triste, ça parle, et cette vision qui se construit au fil des nouvelles, ça parle aussi.


mots-clés : #conditionfeminine #nouvelle #social #solitude
par animal
le Dim 26 Nov 2017 - 14:00
 
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Sujet: Alice Rivaz
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Colombe Schneck

Sœurs de miséricorde

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Azul, petite fille Quechua, est élevée par sa mère qui ne sait pas lire mais qui sait aimer, et transmettre l'amour du travail bien fait, et l'amour du prochain. Pauvre parmi les pauvres, déterminée, elle offre à ses neuf petits, sans jamais se plaindre, une enfance qui ressemble au paradis avec son verger croulant sous les fruits.
Mais dès 10 ans, Azul doit quitter l'innocence et, tout en étudiant, travailler pour survivre, subir la dure loi du machisme bolivien, élever à son tour deux enfants, et pour se faire, s'expatrier seule, à Rome ou à Paris. Dans cette solitude étrangère, recueillie par la générosité de religieuses, elle conserve précieusement cette force irradiante héritée de sa mère, et la transmet autour d'elle.

La matière de base du roman était riche, car toute la société bolivienne transparaît ici, c'est très documenté; et touchante, dans cette enfance bolivienne, cette lutte perpétuelle, cette immigration économique vécue par une jeune femme que la force ne quitte jamais. Voila, l'histoire sociale, cette proximité avec la résilience des personnages,  c'est le point fort de ce bouquin.

Seulement Colombe Schneck oublie trop souvent qu'elle écrit un livre et non un article de reportage, le style est  quand même  indigent.

Tant pis pour le style dirons-nous, mais alors , le message? Et bien j'ai été carrément gênée par ce discours implicite : le bonheur des pauvres, aux innocents les mains pleines, la bonté qui vient à bout de tout, etc...La jeune et riche patronne  parisienne d'Azul enviant sa capacité à si bien faire le ménage et convertie à la bonté, non, je dois dire, je n'ai pas marché...(mais j'ai le cœur sec, je sais pale )




mots-clés : #biographie #conditionfeminine #immigration #social
par topocl
le Ven 10 Nov 2017 - 14:23
 
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Sujet: Colombe Schneck
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Amulya MALLADI

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 Cvt_un10

En Inde, le mariage est la grande affaire d’une vie. Alors, quand on a présenté à Anjali un jeune et beau militaire, elle n’a pas hésité longtemps. Malheureusement pour elle, très vite, le prince charmant s’est transformé en crapaud. Un soir, il a tout simplement oublié d’aller la chercher à la gare. Hors, ce soir-là, à Bhopal, l’usine d’Union Carbide a explosé. Asphyxiée par les gaz toxiques, Anjali a failli mourir. Peu après, elle a décidé de ne plus gâcher sa vie avec ce mufle, et a demandé le divorce. Une décision d’autant plus courageuse qu’en Inde, le divorce, synonyme d'ostracisme et, même, très souvent, de rejet familial, est encore impensable pour une femme de la classe moyenne.
Malgré tout, Anjali a réussi à rebondir : elle a repris ses études, et a refait sa vie avec un charmant professeur. Et ils ont eu un fils. Hélas, les gaz de Bhopal et leurs insidieuses conséquences ont terni leur bonheur : le petit garçon est né terriblement malade, condamné à brève échéance. Pour eux, dorénavant, c’est la vie vaille que vaille, l’espoir malgré tout, le sourire pour seule arme.
Un jour, hasard des affectations, l'ex-mari d'Anjali est muté dans la ville où elle a refait sa vie. Leur rencontre est inéluctable... Pour Anjali, c'est la confusion des sentiments. Pour l’ex-mari, confronté au triste résultat de son inconséquence, les remords, la honte, les pitoyables tentatives de se racheter. Et pour le mari actuel, la jalousie, l’amour, le doute, l’abnégation, l’amour encore.

Voilà. C’est donc un livre à trois voix, qui entend plonger au plus intime de ses personnages. Ce livre parle de reconstruction, de pardon, de maladie. Il évoque des sujets tabous en Inde, et se veut le reflet de toute l’ambiguïté des sentiments humains. On ne peut pas dire que ce soit simpliste, alors, pourquoi n’ai-je pas adhéré à ce roman ?

Comme d’autres livres indiens publiés récemment par Mercure de France, Une bouffée d’air pur répond à un certain schéma. Et s’il se lit si facilement, c’est peut-être, _Allez, j’ose le dire ?_ grâce à son écriture calibrée pour plaire à un certain public, de toute évidence féminin. Un public dont on présuppose qu’il consent à être bousculé, mais pas trop ; qu’il admet des drames, mais pas sans amour immortel ; qu’il accepte l’inéluctable, tant qu’on ne lui interdit pas de rêver quand même…
Pour moi, c’est là qu’est le hic. En effet, il suffit d’un peu de lucidité pour voir que le destin d’Anjali, si douloureux soit-il, n’est guère crédible. Ca ne doit pas être si fréquent qu’une femme indienne, divorcée, rejetée par les siens  -et donc quasi sans ressources-, puisse ainsi reprendre des études, rencontrer des amis « pour la vie » absolument merveilleux, puis un homme « pour la vie »  non moins merveilleux (et orphelin, ce qui, vous l’avouerez, est bigrement pratique pour l‘écrivain, les parents n'étant plus là pour s’opposer au mariage).
Ils ne doivent pas être si nombreux non plus, les ex-maris mufles-crapauds, qui, d’un coup d’un seul, sont bourrelés de remords et prêt à tout pour se racheter… (avec _ attention spoiler_  l’aide de leur nouvelle femme, tout amour et compréhension sous ses airs de mégère non apprivoisée).
Alors, que dire de la probabilité que ces bons sentiments soient tous réunis en même temps ? Quasi nulle, bien sûr.
Bon, il y a aussi quelques méchants irrécupérables, dans ce livre. Mais comme un passage obligé...

Pour être tout à fait honnête, je suis dure envers ce roman, qui n’a quand même rien d’une bluette à la Barbara Cartland, et auquel je reconnais des qualités. Mais j'en attendais beaucoup plus, et j'ai été déçue. En vérité, cette écriture « aseptisée » ne correspond tout simplement pas au public que je suis aujourd'hui.
Reste quand même, au milieu de tout cela, un enfant condamné par le cynisme des hommes. Et là, malgré toutes mes réserves, j'avoue, à la fin, j’ai pleuré...


mots-clés : #conditionfeminine #famille #pathologie #psychologique #romanchoral
par Armor
le Lun 9 Oct 2017 - 22:50
 
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Sujet: Amulya MALLADI
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Céline Lapertot

Des femmes qui dansent sous les bombes

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Séraphine a vu assassiner son père, sa mère et son petit frère, et les miliciens ensuite l'ont ensuite longuement violée. Dans une épiphanie résiliante, elle intègre l'armée régulière qui l'a sauvée in extremis.

Ses motivations sont complexes: désir de sauver son pays du chaos où il sombre depuis des décennies,  fascination pour une jeune dirigeante, désir de reconnaissance, justice ou vengeance mêlés... Et aussi, le fait qu'  il ne semble guère y avoir d'autre solution, dans ce pays de tradition où sa famille n'existe plus, et où le chemin tout tracé des femmes n'envisage pas autre chose que virginité, mariage et maternité.

Céline Lapertot s'attache à de beaux portraits de femmes, dont elle dessine les contradictions enchevêtrées. Elle montre comme est fragile le sillon qui sépare engagement dans l'un ou l'autre camp, souligne l'impasse qui mène à des choix qui n'en sont pas et exalte la nécessité du pardon.

Cependant, si elle traque les subtilités individuelles, elle ne situe pas son action : « le Congo, le Mali, le Soudan, le Nord-Kivu, qu'importe, dans le fond.", renonçant ainsi, au profit d'une certaine universalité, aux subtilités territoriales - l'Afrique est une masse globale engloutie dans une guerre civile sans spécificité.
Elle privilégie aussi les personnages plutôt qu'un   développement scénaristique et de là une absence d'ancrage qui laisse un  peu sur sa faim.

Elle adopte un style d'une densité revendiquée, amphigourique et  vite bourratif. Sur ce terreau prometteur qu'est le portrait de femmes-soldats, on dirait un tracteur qui avance et recule indéfiniment, repassant le sillon creusé.
Ce ne sont qu'anaphores, litanies, répétitions. Tout cela me fait penser à cette citation de Clémenceau qui comparait la musique et la musique militaire...

mots-clés : #conditionfeminine #guerre
par topocl
le Dim 17 Sep 2017 - 21:55
 
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Sujet: Céline Lapertot
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Dominique Fortier

La porte du ciel

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 Captur32

Quand elle comprit qu'elle avait affaire à des hommes plutôt qu'à des revenants, sa terreur grandit.


Quand Eleanor avait huit ans, son père, le docteur McCoy, ramena à la maison une jeune noire du même âge, rachetée pour lui éviter le fouet, rapidement rebaptisé Eve. Les deux fillettes grandissent côte à côte, dans cette famille plutôt libérale, dans le Sud où se déchaine al guerre de Sécession . La jeune noire n'est ni vraiment libre, ni vraiment esclave, la jeune blanche alternativement amicale et rejetante. Cette dernière se marie de façon conventionnellement arrangée, et toutes deux partent ensemble dans une plantation lointaine.


L'histoire est  assez plate, ressemblant plus à une chronique, d'autant que l'auteur gomme consciencieusement toute expression de sentiment et que les quelques rebondissements ne sont pas vraiment inattendus. L'auteur attache par son style, élégant, le plus souvent entaché de noblesse, parfois plus convenu.

Sentant sans doute que tout cela un peu maigre, Dominique Fortier glisse quelques astuces d'écriture : quelques chapitres la première personne au sein d'un discours indirect, quelques considérations plus générales (mais bien effleurées ) sur la Guerre de Sécession, et cinq descriptions, rythmant le texte,  de courte-pointes cousues  par les femmes dont c’est le seul mode d'expression, qui me sont restées totalement incompréhensibles, mini-textes abstraits au sein de l'histoire, métaphore sibylline  du fait que toute histoire est, comme les courtepointes, un assemblage personnel d'éléments disparates se donnant sens les uns les autres.

Il en ressort un récit qu'on suit avec un agrément paisible, mais qui ne connaît pas d'intensité,  comme on lirait une histoire déjà entendue racontée par une voix nouvelle.


mots-clés : #conditionfeminine #esclavage #xixesiecle
par topocl
le Dim 10 Sep 2017 - 9:46
 
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Sujet: Dominique Fortier
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Lola Lafon

Mercy, Mary, Patty

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 Images97

"Défiez-vous des histoires simples "


Patricia Hearst, l'héritière du richissime magnat d'une presse sevile, élevée dans les meilleures institutions américaines, est enlevée par un groupe révolutionnaire. En quelques jours, elle adhère à leur cause, revendique le droit pour tous à manger à sa faim, quitte à recourir à des méthodes violentes.

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 Images98

"On ne trouvera dans ces pages  ni victime, ni coupable, ni sainte, martyre ou héroïne révolutionnaire."


Manipulée, droguée, terrorisée? ou simplement révélée à elle-même comme une photo dan le  bac de développement, parce qu'"elle a vu l'envers de l'Amérique"? Pour elle, n'est-ce pas "un  deus ex machina providentiel vêtu de treillis militaire ?"
Si j'ai subi un lavage de cerveau c'est celui qui nous conditionnes tous à prendre et garder notre place dans la société. J'ai passé douze années dans des écoles privées au milieu de jeunes occupés à développer leurs aspirations de dominants. Rétrospectivement, pour moi, ces écoles sont un terrain d'entraînement, de formation de futurs petits fascistes, on nous encourageait à développer toutes les valeurs du capitalisme : individualisme, sens de la compétition, sans oublier le racisme.


C'est ce que s'activent à dénouer trois femmes, se passant avec passion le relais entre 1975 et aujourd'hui, portant chacune en elle sa forme et sa méthode de rébellion : Gene Neveva, la chercheuse Américaine ancienne activiste, Violaine, son assistante anorexique et -croit-on- candide, et, des années plus tard, bouclant la boucle, la narratrice inommée.

Cela donne un curieux roman très élaboré, un édifice tout à la fois déroutant et magistral de maîtrise. On peine au début à se glisser dans le récit du fait d'un fouillis initial volontairement orchestré, mais surtout du  choix narratif, les personnages sont "je", "elle" et "vous" et cela déconcerte dans les premières pages, et même parfois au-delà, rendant la lecture parfois ardue. Mais ce choix se justifie  pleinement  quand on avance en lecture, instituant une hiérarchie de respect  entre les protagonistes.

Quant au propos, son intérêt est sa grande fluidité.

Pas de chronologie détaillée, mais une analyse rétrospective des archives, textes, radio-cassettes, films pour en tirer la moelle cruciale.

Pas d'apologie du terrorisme, simplement une mise à plat de ce qui peut y mener, ou à toute rébellion quelle qu'elle soit. Ce questionnement: qu’est ce qui fait que dans une société de jeunes blanches bourgeoises font le choix d’adopter la tribu indienne qui les a enlevées (Mercy et Mary), de partager la cause d'un groupuscule terroriste (Patty), ou de partir au Jihad… Car plus qu' encore plus que des actes, c'est sans doute des motivations de ces  "âmes flottantes", "identités mouvantes" » qu'il faut trouver le sens. Le rôle des rencontres qui permettent les choix et les refus.

Pas de leçons, pas de conclusions définitives, pas de raccourcis réducteurs, mais une réelle attention à la détresse que cela exprime, une détermination farouche à ne pas tomber dans le manichéisme, à débusquer l'ambiguïté et la complexité des choses, une pensée intelligemment subversive.

Mercy, Mary, Patty est un hommage à toutes celles qui ont eu le courage de ne pas suivre le  chemin tracé, une analyse,  indépendante de toute naïveté, des accomplissements et des errements que cela implique,  une belle incitation à s'indigner.




mots-clés : #conditionfeminine #insurrection #captivité
par topocl
le Sam 9 Sep 2017 - 10:14
 
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Sujet: Lola Lafon
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Zoé Valdés

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La Douleur du Dollar

Note de l'éditeur:
Voici l’histoire d’une femme, la Môme Cuca, abandonnée par l’homme de sa vie qui, pour tout souvenir, lui a laissé une fille et… un dollar. Mais c’est aussi — et surtout —, des années prérévolutionnaires à nos jours, de la nonchalance à l’exubérance, de l’espérance à l’incertitude puis à la résistance d’un peuple, l’histoire de La Havane — ville peinte ici dans toutes ses contradictions, sa violence et sa sensualité.
Composée dans l'exil, l'oeuvre de Zoé Valdès est sans doute le plus bel hommage que la romancière puisse rendre à son île, son pays perdu, tragique et tant aimé.


Résumé:

La jeune Cuca Martínez (surnommée Cuquita, « cocotte », Caruquita, ou la Niña, « la Môme »), issue d'un milieu très modeste, quitte à seize ans sa ville natale de Santa Clara et se rend, avec toute sa pudeur et ses principes, à  la Havane chez une amie de sa marraine où elle travaillera comme femme de ménage. Elle partage sa chambre avec la Mechunga et la Puchunga, deux bisexuelles qui deviennent ses amies. Un jour qu'elles s’apprêtent à sortir au cabaret le Montmarte, elles habillent la timide Môme et l'emmènent avec elles; Cuca y fera la rencontre de Juan Pérez, dit le Ouane, avec qui elle échangera son premier baiser. Premier baiser qui va tellement l'ébranler qu'elle va se sauver en courant. Convaincue qu'il est l'homme de sa vie, Cuca va l'attendre fidèlement (alors qu'il ne connait même pas son adresse...) durant huit ans, jusqu'à ce que le hasard leurs permette de se retrouver de nouveau au Montmartre. Ils vivent un amour fulgurant mais la Révolution change les choses : Juan, qui travaille pour la mafia, doit quitter brusquement Cuca et Cuba pour rejoindre les USA. Avant son départ, il donne à la jeune femme, alors enceinte, un billet d'un dollar et lui demande de le conserver précieusement dans l'attente de son retour.
Cuca accouche d'une fille, María Regla, sans jamais perdre l'espoir d'un retour du Ouane. María Regla est une enfant de la révolution, nourrie à l'école de message de propagande : elle hait son père, devient journaliste pour le pouvoir castriste, et communique peu avec sa mère. Cuca, de son côté, vieillit tout en tentant de survivre dans sa misère à La Havane.
Dans les années 1990, Juan Pérez, devenu riche et ayant fondé une famille à Miami, est sommé par son chef mafieux de rendre le billet d'un dollar sous peine de voir sa famille américaine avoir de sérieux ennuis. Il revient donc à Cuba où il va retrouver Cuca toujours aussi amoureuse de lui et faire la connaissance de sa fille Maria Regla. Ensemble ils chercheront le billet….

Ce que j'en dis:

Le style de Zoé Valdès risque d'en déranger certains qui la targueront d'être vulgaire. C'est une erreur. Le langage est cru, réaliste, familier,c'est celui de la rue: c'est tranché, direct et sensuel. Il y a le sexe, les larmes et le rire. C'est le cri dans le tréfonds, c'est un amour avec toutes ses contradictions.Ce sont les yeux ouverts face au désespoir. Aucune niaiserie ni mièvrerie, on mord dans sa lèvre jusqu'au sang.

Par rapport à la structure du roman, dès le départ on sait que le narrateur est le cadavre
1ère phrase du roman: “Ce n'est pas moi qui ait écrit ce roman. Moi, c'est le cadavre.”


dont la “petite voix”, la Geminette Criquette vient parfois confirmer ou infirmer ce qui est écrit et ainsi caricaturer le politiquement correct.

La peinture est vive, au couteau pour dépeindre avec intransigeance les incompétences et la corruption des politiques, la misère, le délabrement.

Le rythme est soutenu, L'écriture agile, incisive et aussi terriblement poétique, car Zoé Valdès est aussi poète. De nombreux jeux de mots avec les sobriquets viennent agrémenter le côté sarcastique et ironique de certaines situations.

Je suis d'accord avec l'éditeur: c'est un bel hommage à Cuba.

Lisez Zoé !

Mon prochain roman sera le Néant Quotidien


mots-clés : #conditionfeminine #lieu #revolution #sexualité #violence
par Cliniou
le Lun 4 Sep 2017 - 14:42
 
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Sujet: Zoé Valdés
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Iceberg Slim

Pimp : Mémoires d'un maquereau

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 Fghhfg10

J'ai adoré ce roman autobiographique. Je l'ai aimé pour trois raisons principales :
- le langage est cru mais jamais salace, et il est incroyablement varié ce qui nous fait contourner les stéréotypes du rappeur-racailleux qui parle avec ses mots et tant pis si l'on ne comprend rien. Et ce langage, ce style permet de s'imprégner du paysage dans lequel l'auteur nous propulse.
- l'histoire qui est passionnante, loin des clichés, ce n'est pas une glorification ni une rédemption, c'est le constat d'une évolution heureuse et malheureuse par d'autres moments et cette distance, cette absence de jugement fait du bien.
- la richesse des personnalités qui constituent l"histoire : mi-charismatiques, mi pathétiques, ils sont complexes et cela permet des péripéties plus subtiles qu'il n'y parait.

J'ai vraiment aimé ce livre et je le conseille.


Mots-clés : #autobiographie #conditionfeminine #criminalite #prostitution #segregation #social #violence
par Hanta
le Ven 18 Aoû 2017 - 10:38
 
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Sujet: Iceberg Slim
Réponses: 4
Vues: 352

Marion Zimmer Bradley

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 Dame-d11

Résumé:

La légende du roi Arthur et des chevaliers de la Table ronde n'avait, depuis longtemps, inspiré un roman d'une telle envergure, d'un pareil souffle. Merlin l'Enchanteur, Arthur et son invincible épée, Lancelot du Lac et ses vaillants compagnons, tous sont présents mais ce sont ici les femmes qui tiennent les premiers rôles: Viviane, la Dame du Lac, Ygerne, duchesse de Cornouailles et mère d'Arthur, son épouse Guenièvre, Morgane la fée, sœur et amante du grand roi...
Cette épopée envoûtante relate la lutte sans merci de deux mondes inconciliables, celui des druides et des anciennes croyances défendant désespérément un paradis perdu et celui de la nouvelle religion chrétienne supplantant peu à peu rites et mystères enracinés au cœur de la Grande-Bretagne avant qu'elle ne devienne l'Angleterre.


Commentaire :


Après ma récente aventure entre les lignes de « L’enchanteur » de Barjavel, je repars dans la découverte et redécouverte de la légende arthurienne, ou plutôt d’une de ses réécritures. Mythe intemporel basé sur des écrits moyenâgeux, d’abord sous la plume de moines puis d’écrivains qui l’ont enrichi, il avive mon intérêt tant personnel sur les peuples celtes, leurs croyances et le basculement entre celles-ci et leur écrasement par la chrétienté, que professionnels sur la fonction du mythe et ce qu’il véhicule.

Dans ce premier tome, introduit par une fée Morgane à un âge avancé de la vie et porté tout du long par des voix de femmes (Ygerne, Viviane, Morgane, Guenièvre), nous entrons pas à pas dans les méandres de la légende arthurienne. Appuyé sur une vision féminine, ce récit semble par là même restituer une place aux femmes à une période où la vénération de la Déesse, et par elle-même du féminin, appartenant aux rites ancestraux celtiques vient peu à peut-être attaqué par la chrétienté et son idéologie.  Celle-ci en effet prône l’adoration d’un Dieu unique plutôt que de multiples,  et transforme la place et la vision de la femme dans la société qui devient porteuse de la responsabilité de l’infamie du péché. Au travers des pages, nous assistons en effet à la confrontation des rites ancestraux celtes et des valeurs religieuses chrétiennes, avec l’émergence de la prépondérance de cette dernière et la tentative d’éradication des anciennes croyances relayées à la place de rites païens et du démon. Dans cet affrontement, Arthur se situe un temps dans la délicate place de maintenir les deux croyances vivantes avant de se laisser convaincre par les arguments de Guenièvre et d’abandonner la bannière du dragon, symbole des anciennes croyances. On retrouve là une sorte de mythe d’Adam et Eve et du serpent, et une femme encore rendue à l’origine d’un choix capital non sans conséquences sur l’avenir. Nous assistons à l’émergence d’une religion et de son intolérance, et au déclin d’autres croyances.

D’une harmonie avec la nature, et d’une perception de la sexualité peu entravée telle que vécue sur Avalon et par les peuples anciens, nous assistons à l’émergence de la notion de péché qui apparaît clairement dans le déploiement du triangle amoureux constitué de Arthur, Guenièvre et Lancelot, source du sentiment par celle-ci d’être maudite et de ne pouvoir enfanter qui l’amène à solliciter d’Arthur le reniement des anciennes croyances, et lui à y accéder.  
Mais cette sensée « malédiction » ne commence-t-elle pas bien avant ? Arthur et Morgane, demi frères et sœurs, sont en effet objets de manipulations sous couvert de rites ancestraux et de tentative de pérenniser les croyances ancestrales de manière « politique » ; on leur fait en effet sciemment commettre l’inceste, les utilisant comme de simples pions.  

Et la place des femmes, si importante à Avalon, n’est-elle pas elle-même un ersatz de ce qu’elle pourra être par la suite, sous la chrétienté : adulées certes, mais empêchées de vivre vraiment, tenue à une vie de sacrifice dévouée corps et âmes à la Déesse
Je passe ici les aspects de malversations, jalousies et rivalités frères / sœurs , guerres, etc… Même si, un autre point d’interrogation et d’intérêt me semble historique : à quelle période réellement et sur quel terrain apparaît ce mythe, et q’esu ce qu’il vient tenter de mettre en élaboration ainsi.
Mais ceci reste un autre épisode, et il me reste avant d’avancer sur les idées que cela m’inspire à lire le second tome pour avoir une vision globale de ce mythe, si approchant en certains points de celui d’Oedipe.


mots-clés : #moyenage #conditionfeminine #contemythe
par chrysta
le Ven 16 Juin 2017 - 15:22
 
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Sujet: Marion Zimmer Bradley
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Véronique Ovaldé

Ce que je sais de Vera Candida

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 Cvt_ce10

Dans ce portrait d'une famille de femmes, Véronique Ovaldé montre que si on peut  essayer de casser la fatalité de la transmission  transgénérationnelle, le lien reste inscrit et permanent. Elle propose un récit très ancré dans la réalité des Caraïbes, avec des personnages hauts en couleurs, des ambiances et des paysages, et jusqu'aux traces  (discrètes et finalement assez incongrues dans le récit) que la shoah y a envoyées. Mais elle emprunte aussi au  conte : vague sorcière, sortilège amoureux, trésor,  fantômes. Ce sont surtout ces ingrédients qui donnent sa saveur à ce  récit plein de bonnes intentions (autour de la lutte des femmes pour leur indépendance et leur dignité), mais qui aurait été   sinon assez ordinaire. Quoiqu'on ait en main un livre assez original, je l'ai lu sans grande passion.



mots-clés : #famille #conditionfeminine
par topocl
le Mar 9 Mai 2017 - 18:29
 
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Sujet: Véronique Ovaldé
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Colombe Schneck

@Bédoulène a écrit:après 3 lectures tu peux être sure de ta décision ! Smile


Qui sait? A mon avis "Les soeurs de miséricorde" dépasse le lot. J'ai commencé par là, et c'est après que j'ai lu deux autres, pour connaître un peu plus de l'auteure. Ici, à défaut de ne pas avoir traduit encore le commentaire sur "Les soeurs de miséricorde", mes remarques sur:

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 00011

Dix-sept ans

Originale : Français, 2015

CONTENU :
Grasset a écrit:"On m'a élevée ainsi : les garçons et les filles sont à égalité. C'est faux. Je suis une fille, pas un garçon. J'ai 17 ans, mon corps me trahit, je vais avorter. J'y pense toujours, je n'en parlerai jamais à personne. Parfois, je ne suis pas loin de dire le mot, de le partager avec une amie proche. Et puis non, je renonce. Pourquoi ce silence ?"
Un récit pudique et poignant dans lequel l'auteur revient sur cet événement, jamais banal, jamais confortable, qui a marqué son adolescence et fait d'elle la personne qu'elle est.



REMARQUES :
Donc il s'agit ici pas d'un roman, mais plutôt d'un récit autobiographique, basé sur un quelque chose vécues en 1984 ; c'est à dire que l'auteure regarde en arrière avec une distance de trente ans. Elle raconte comment elle a goûté une éducation libérée et sans entrâves, grandissant en ce début des années 80, juste après la prise de pouvoir par les socialistes. Tout semblait possible, facile, faisable. Même les luttes féministes semblent pour elle déjà du passé: la Loi Veil vient d'avoir 10 ans. Dans ce contexte libertaire elle parle pas de son premier amoureux ou petit ami, mais de son premier amant : depuis le début semble claire qu'il s'agissait juste de découvrir son corps (et à la limite celui de l'autre) ensemble. Bien au contact avec son gynécologue, elle prend la pillule, mais dans son insouciance (dont elle parle librement), elle oublie souvent de la prendre comme il faut. Et arrive ce qui doit arriver : elle tombe enceinte, à 17 ans, juste avant de passer le bac.

Qu'est-ce qui m'arrive, demande-t-elle ? Et pas question d'une autre solution qu'une IVG. S'il y a des regrets c'est celui de la honte de sa propre « stupidité », mais pas des sentiments de culpabilités ou de responsabilité. Elle insiste sur ce fait qu'il n'y avait de nulle part une reproche moraliste. Seule remarque de son père (un peu incompréhensible pour elle) qu'à partir de ce moment « ce sera plus difficile », et pas juste un acte oubliable, mais grave, laissant des blessures. Oui, elle vit partiellement des interrogations, mais « peut-êre suffirait-il de peindre la fissure en blanc pour qu'elle disparaisse » ? Non, pas de question de morale, mais d'où alors une malaise ? Presque grandissant avec les années ? Reste une absence sans nom de quelqu'un (elle pense que ce aurait été un garçon) qui l'accompagne invisiblement...

Certains commentaires sont à lire quasimment entre les lignes, les conséquences d'un choix fait dans l'âge d'insouciance. Mais pas de doigt accusateur, pas de moralisme. Un certain constat, plus fort que des reproches, atteignant des niveaux plus profondes?

Peut-être ses questionnements n'atteignent pas toutes les dimensions de la question (à mon avis), mais ce livre m'a néanmoins touché. Cela va loin, et c'est une réponse à un livre d'Annie Ernaux («L'événement ») qui invite de raconter ce que des femmes ont vécu.


mots-clés : #autobiographie #conditionfeminine
par tom léo
le Mer 26 Avr 2017 - 22:50
 
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Sujet: Colombe Schneck
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Anouk Markovits

Je suis interdite

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 51wtlq11

Nous le savons tous, l'extrémisme religieux n'a pas fini de déchirer le monde. Ici, on voit comment il déchire aussi les êtres et les familles.
Chez les Juifs Hassidims, tous ne vivent que pour respecter la Parole de Dieu dans un idéal de pureté rigoriste : les enfants sont embrigadées, les femmes soumises et les hommes obéissants et maîtres tout à la fois. On adore et loue Dieu dans les chants et les danses, un Dieu qui n’est qu'exigence et absence de pardon.

La dévotion est absolue... si ce n’est que là comme ailleurs, le doute s’installe parfois, peu y échappent, qu'il soit ébauché ou qu'il aille jusqu'à la rébellion. Et dans un tel système, le doute, c'est un peu comme l'exil car on s'y retrouve avec sa solitude, sa peur et sa culpabilité.

C'est à travers la vie de Zalman, rabbin admiré, chantre magnifique, et celle de sa famille sur quatre générations que Anouk Markovitz nous montre la dévastation crée sur les esprits et sur les cœurs par une doctrine mal digérée - ou trop digérée : cette parole de Dieu immuable et intransigeante. A quel point cela peut rassurer et mutiler tout à la fois.

Cette perversion relationnelle au sein des familles et de la communauté, Anouk Markovits la raconte avec brio, avançant d'un continent à l'autre, d'une époque à l'autre (l'histoire commence par les persécutions et déportations en 44 en Transylvanie, passe par Paris, notamment en mai 68, jusqu'au New York juif actuel) dans un roman aux rebondissements romanesques assez fascinant. On est dans un autre monde, et pourtant, ce sont des humains.

Elle n'omet pas d'évoquer , au-delà de l’histoire individuelle, le rapport parfois ambigu du hassidisme au monde et à l'Histoire contemporaine, au sionisme, au nazisme, et la compromission de certaines autorités qui, pendant la guerre n'ont pas hésité à sauver leur peau et celle des leurs au détriment de la communauté dont ils étaient responsables ; cet aspect  et les controverses qu'il occasionne, sont des plus intéressants historiquement.

Au total c'est une excellente découverte, un roman haletant et tragique, avec des personnages déchirés derrière leur masque de certitudes, dans la lignée de Je m’appelle Asher Lev de Chaïm Potok. On apprend beaucoup, on touche de intérieur ce que peut-être le carcan d'une croyance et comme il est difficile d'y échapper, cela ne peut que nous aider à mieux comprendre le monde d'hier et d'aujourd'hui .

(commentaire récupéré)


mots-clés : #religion #conditionfeminine
par topocl
le Sam 11 Fév 2017 - 8:41
 
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Sujet: Anouk Markovits
Réponses: 6
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Anouk Markovits

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 51wtlq11

Je suis interdite

Le roman nous décrit, sur quatre générations, la vie de la famille du charismatique rabbin Zalman. L'occasion pour l'auteur de nous faire pénétrer les arcanes de la très fermée communauté Satmar, dont elle est elle-même issue.
Le sujet peut sembler ardu, certes. Mais le traitement, lui, ne l'est pas du tout. Anouk Markovits parvient à merveille à nous faire ressentir la vie des juifs hassidiques, et le carcan incroyable qui pèse en permanence sur eux. Une rigidité extrême, qui, si elle n'exclut pas les moments de joie, les rend extrêmement rares, et toujours contenus. Comment, en effet, laisser place à la spontanéité, à l'amour, à l'insouciance, lorsque le moindre geste est codifié, jusqu'aux pensées et aux positions qu'un couple se doit d'adopter dans les actes les plus intimes ? Comment songer au bonheur quand les interdits sont innombrables, et parfois absurdes ?

Les hommes se plongent dans l'étude des textes, jusqu'à obsession, jusqu'à se fustiger pour la moindre broutille qui ne répond pas à la Loi. En effet, pour les juifs hassidiques, le manquement d'un seul homme rejaillit sur toute la communauté. Et alors, Dieu punit...
Les femmes sont mariées très jeunes, rabaissées, ravalées au rang d'épouses et de mères, les seuls rôles qui leur soient permis. Même l'étude des textes leur était interdite jusqu'à il y a peu, les plus sacrés d'entre eux demeurant encore prohibés...
Dans cette communauté régie par tant de règles, toute velléité d'indépendance est bannie. Surtout, le doute n'est pas permis. Il faut obéir, aveuglément. Accepter des explications culpabilisantes, sur la Shoah, notamment. Ahurissantes théories qui rendent les juifs responsables de ce qui arriva…
Pour tenir le doute à l'écart, l'on est prêt à façonner des légendes ; tout, plutôt que de voir remises en cause les croyances établies. Attitude dangereuse qui, parfois, peut même s'apparenter à du négationnisme...

L'auteur a un véritable talent pour nous décrire cette existence, et nous amener à la comprendre, un peu. Derrière la façade rigoriste, domine le sentiment d'une terrible fragilité. Bien peu solide en effet, le groupe qui bannit celui qui ose faire un pas de côté, de peur que tout l'édifice ne vacille...
Anouk Markovits évoque ces sujets complexes sans que cela soit jamais pesant. La volonté didactique ne nuit jamais au romanesque, au souffle qui vous emporte, qui vous fait vous attacher ou au contraire haïr ces personnages si éloignés de nous. Elle nous fait partager leurs doutes, leurs déchirements intimes, leur révolte parfois, toujours contenus derrière le masque des convenances. Et c'est un tour de force, vraiment, que de parvenir à nous faire entrer dans ce monde tellement rigide et hermétique sans négliger pour autant ce que ces hommes ont de terriblement, d'irrémédiablement humain.

Une lecture passionnante, marquante. Encore un grand merci à topocl qui avait attiré mon attention sur ce livre !

Extrait d'un cours sur la Shoah…

Atara a lu le texte en hébreu et traduit : "Mesure pour mesure, le Seigneur punit, le Seigneur est juste…"
_ Merci. Le saint Hazon Isch, paix à son âme, explique : avant la guerre, des parents juifs  envoyaient leurs enfants dans des écoles laïques ; ils gardaient en vie le corps de leurs enfants tout en sacrifiant leur âme. Mesure pour mesure, le Seigneur a frappé ces parents ; Il a détruit le corps de leurs enfants. » Le rabbin Braunsdorfer parlait haut d'une voix nasillarde : « Et ce fut un acte de pitié ! Dans un acte de pitié HaShem a délivré ces communautés polonaises du lire-arbitre, avant qu'elles ne s'avilissent entièrement.
 Parmi les enfants assassinés, certains provenaient de familles qui craignaient Dieu ? Alors leur souffrance doit être imputée au Bitul Torah : au manque de Torah. Et si la Torah était présente dans leur vie, alors leur souffrance doit être imputée aux tourments de l'amour : Dieu tourmente ceux qui ne pêchent pas pour leur permettre d'accéder à une position encore plus favorable dans l'autre monde. »
Atara avait cessé de prendre des notes. Elle n'a pas attendu que le rabbin lui donne la parole.
« Le Seigneur assiste-t-il au martyre des enfants qui brûlent ? »


(ancien commentaire remanié)


mots-clés : #religion  #conditionfeminine  #communautejuive
par Armor
le Ven 10 Fév 2017 - 13:57
 
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Sujet: Anouk Markovits
Réponses: 6
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Atiq Rahimi

Syngué Sabour,pierre de patience

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 Tylych32

En persan, Syngué sabour est le nom d’une pierre noire magique, une pierre de patience, qui accueille la détresse de ceux qui se confient à elle. Certains, dans ce livre en tout cas, disent même que c’est elle qui est à La Mecque, et autour de quoi tournent les millions de pèlerins. Le jour où elle explosera d’avoir ainsi reçu trop de malheur, ce sera l’Apocalypse.
Mais ici, la Syngué sabour, c’est un homme allongé, comme décérébré après qu’une balle se soit logée dans sa nuque sans pour autant le tuer. Sa femme est auprès de lui. Elle lui en veut de l’avoir sacrifiée à la guerre, de n’avoir jamais résisté à l’appel des armes, d’avoir été un héros, et pour ce résultat : n’être plus à la suite d’une rixe banale qu’un légume. Pourtant elle le soigne, et elle lui parle. Elle lui parle même de plus en plus. Tandis que dans les rues les factions s’affrontent, tandis que des soldats pillent et tuent alentour, elle parle, elle dévide sa litanie sans jamais savoir si son mari l’entend et la comprend. Et c’est une extraordinaire confession sans retenue par quoi elle se libère de l’oppression conjugale, sociale, religieuse, allant jusqu’à révéler d’impensables secrets dans le contexte d’un pays semblable à l’Afghanistan. À la fin du livre cette Syngué sabour explosera...
Avec ce roman, directement écrit en français, Atiq Rahimi retrouve une forme de réalisme très proche de Terre et cendres avec une écriture qui, sèche et précise, sait aussi devenir par moments lyrique, emportée. Cependant, plus directement que dans ses précédents livres, et comme de l’intérieur, il décrit avec beaucoup d’audace, la réalité oppressante, au quotidien et plus précisément au quotidien féminin, d’une certaine conception de l’Islam.


un livre que l'on referme afin de mieux écouter le silence pour un ultime hommage à cette écriture dépouillée et si admirable.
Pas besoin de beaucoup de mots ni de grandes envolées pour décrire ce texte merveilleux.
Le style Rahimi est d'une justesse à vous glacer le sang , conteur d'un Afghanistan si cruel et si chaleureux.

mots-clé : #conditionfeminine #psychologique
par Ouliposuccion
le Sam 4 Fév 2017 - 8:32
 
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Sujet: Atiq Rahimi
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Jon Kalman Stefansson

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 3 51vwpz10

D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds  


c'est d'ailleurs pour cela qu'ils ne marchent pas sur l'eau....dit ce poète de Jon Kalman Stefansson

J'ai adoré ce roman, comme ses précédents  I love you

L'histoire de l'Islande vue à travers les destinées de trois générations d'islandais, un poète, des pêcheurs, une région, une ville Keflavik, l'implantation d'une base américaine qui influence toute une génération, et ensuite l'instauration des quotas de pêche qui mène cette ville à "une non existence" :


"Keflavik a trois points cardinaux : le vent, la mer, l'éternité"

Ari, revient au pays, après un long séjour a Copenhague où il travaillait dans une maison d'édition, il a quitté d'une façon abrupte sa femme, ses filles, son père, avec lequel il n'a quasiment pas ou peu de relations, lui fait parvenir un colis de souvenirs et tous ceux-ci remontent à la surface, sa mère décédée, la mémoire des grands-parents, leur vie de pêcheurs..



Les femmes sont omniprésentes, une justesse d'analyse dans leurs personnalités, leur place dans la société bien définie, le pouvoir des hommes les maintenant toujours à une place pas toujours bien vécue ni choisie...je dirais que Stefansson est un féministe convaincu  Wink

"Il ne savait pas que cette femme aussi belle que la lune, aussi mystérieuse que la nuit du mois d'août,n'avait supporté ni le poids des responsabilités, ni la fatigue éreintante, il ne savait pas que les deux conjugués avaient fini par engendrer ce démon qui venait l'assaillir dans son sommeil, l'accueillait à son réveil, elle avait ployé, puis s'était effondrée et enfuie par cet escalier menant au sous-sol de la maison du quartier de Vesturbaer à Reykjavik, elle avait fui sa petite fille de trois mois qui pleurait et hurlait dans son berceau, fui sa fille ainée, la mère d'Ari alors âgée de dix-huit mois, qui toussait et se mouchait sans relâche, refusait de s'alimenter, avait arraché la cuiller des mains de sa mère en trépignant, toutes trois hurlaient et pleuraient, la plus petite à cause de la fatigue et du mal de ventre, la plus grande parce qu'elle était souffrante et que la réaction de sa mère l'avait effrayée, quant à la grand-mère que j'ai en commun avec Ari, elle s'était mise à hurler parce que cette chose qui aurait du être la plus belle du monde, le but de la vie elle-même, la source de la beauté et de l'innocence avait transformé son existence en véritable enfer.
La vie n'avait rien à voir avec tout ça, ces difficultés financières, cette constante fatigue, ce manque de sommeil et son mari en haute mer qui ne comprenait rien, ne remarquait rien, c'en était fini de l'aventure....."

--------------------

"Les plus vieux écrits de ce monde, ceux qui sont si anciens qu'ils ne sauraient mentir, affirment que le destin habite les aurores et qu'il convient donc de s'armer de précautions au réveil : caresser une chevelure, trouver les mots qu'il faut, prendre le parti de la vie....

Il est vrai qu'à l'aube nous ressemblons parfois à une plaie ouverte.Nous sommes fragiles et désarmés et tout tient au premier mot prononcé, au premier soupir, à la manière dont tu me regardes quand tu t'éveilles, dont tu me considères au moment où j'ouvre les yeux pour m'arracher au sommeil, cet univers étrange où nous ne sommes pas toujours nous-mêmes, où nous trahissons ceux que nous ne pourrions imaginer trahir, où nous accomplissons d' héroïques prouesses, cet univers où nous volons, où les défunts revivent et où les vivants périssent. On dirait parfois que nous entrevoyons l'autre versant du monde, qu'il se livre à nous dans une autre version, comme s'il entendait par là nous rappeler que nous ne sommes pas forcément celui ou celle que nous devrions être, que la vie a mille facettes et qu'il n'est - hélas et Dieu merci- jamais trop tard pour s'engager sur une voie nouvelle, un chemin imprévu. Puis nous nous réveillons, si fragiles, désarmés et à fleur de peau, que tout est suspendu à nos premiers soupirs.Le jour tout entier, la vie tout entière peut-être. Alors regarde-moi avec délicatesse, dis quelque chose de beau, caresse-moi les cheveux car la vie n'est pas toujours juste, elle n'est pas tous les jours facile et nous avons si souvent besoin d'aide, viens et apporte-moi tes mots, tes bras, ta présence, sans toi je suis perdu, sans toi je me brise au creux du temps. Sois auprès de moi à mon réveil."

------------

L'amour, déclare-t-il, est une Voie lactée rayonnante et indestructible ! Et le plus douloureux dans la vie est sans doute de n'avoir pas assez aimé, je ne suis pas certain que celui qui s'en rend coupable puisse se le pardonner."

Du pur Stefansson, un des seuls auteurs qui me donne la chair de poule en le lisant, quelle joie de savoir qu'il existe  Very Happy

(commentaire récupéré)


mots-clés : #conditionfeminine #historique #famille
par simla
le Ven 3 Fév 2017 - 0:48
 
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Sujet: Jon Kalman Stefansson
Réponses: 9
Vues: 481

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