Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Dim 8 Déc 2019 - 14:20

84 résultats trouvés pour conditionfeminine

Alice Munro

C'était un peu trop «minimaliste» pour moi aussi quand j'ai commencé à la lire, et puis j'ai réalisé que chaque mot avait son importance dans ses textes, elle doit beaucoup gommer! Et même de temps en temps un éclair dans une phrase qu'il ne faut pas laisser passer... Oui... c'est un regard, un état des lieux qui nous contraint souvent à imaginer plus du fonctionnement de ses personnages. C'est dans le recueil  intitulé Les lunes de Jupiter qu'elle décrit un peu plus son cheminement en écriture.

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 5 513t9k10

Les lunes de Jupiter
traduit de l'anglais ( Canada) par Colette Tonge

D'emblée, Alice Munro , dans la deuxième partie de la première nouvelle, annonce la couleur sur son projet d'écriture. Une tombe, d'un «ermite» inconnu. Recueilli pour ses derniers moments par un fermier et ses filles, qui sont les tantes de la narratrice. Qui était cet homme et que s'est-il passé? On n'en saura rien.

Plus jeune, j'aurais imaginé une histoire . J'aurais affirmé que Mr Black était amoureux d'une de mes tantes..

Plus tard.. j'aurais établi une relation plausible et horrible entre son silence et la façon dont il est mort.

Mais..: Je ne crois plus aujourd'hui que les secrets des gens soient définis et communicables, ni que leurs sentiments soient pleinement épanouis et facilement reconnaissables. Je ne le crois pas. Tout ce que je puis dire, c'est que les soeurs de mon père frottaient le plancher à la lessive, qu'elles moyettaient l'avoine et trayaient les vaches à la main.

Voilà.. Elle ne peut plus raconter que ce qu'elle voit, ou a vu. A nous, ou non, d'imaginer le reste. Alice Munro ne fait que montrer. Et surtout pas démontrer, même si les personnages de ces nouvelles, le plus souvent des femmes, mais pas toujours, "démontrent" elles-même. A travers son regard. Dans ce qu'elle leur fait dire. En particulier, et c'est un thème récurrent ici,  les situations dans lesquelles ces femmes s'engouffrent continuellement, en répétant encore et encore, notamment les choix de conjoints ou compagnons qui ne pourront jamais leur apporter ce qu'elles souhaitent, faisant ainsi leur propre malheur. Alice Munro capte un moment d'existence de ses personnages, en laisse deviner d'autres dans leur futur, conséquences logiques pour le lecteur, ne conclut jamais, ne juge jamais. C'est juste un regard, mais très acéré.

La part autobiographique existe certainement, mais n'a pas grande importance, à mon avis. Par exemple dans la dernière nouvelle qui donne son titre au recueil, peu importent finalement les circonstances de la mort d'un père. C'est plus un éclair de compréhension dans le cerveau d'une femme, d'une fille et d'une mère. Ce qui a manqué dans ses relations avec lui, et il est trop tard. Ce qu'elle a manqué dans ses relations avec ses filles, et il est bien tard aussi. Cette femme en tirera-t-elle des conclusions? Peut-être. Nous, oui, mais pour nous, c'est... décrypté avec brio.

Ces nouvelles sont très denses, dans tout ce qui n'est pas dit d'une part, qui pousse l'imaginaire, et aussi car au milieu de la banalité du récit lui-même, il ne faut pas rater «la» phrase , ou même le mot qui ouvre sur autre chose.

«Brian était simplement quelque chose qu'il fallait supporter, comme le froid glacial du hangar où on vidait les dindes et l'odeur de sang et de boyaux».

Rien à en dire de plus, de ce Brian? Si, plus tard, bien après. Il n'y a aucune sentimentalité, aucune étude psychologique, tout juste ressent-on une empathie certaine pour ses personnages, en tout cas la lucidité d'un regard, c'est-à-dire le sien.


mots-clés : #nouvelle #conditionfeminine
par Marie
le Mar 6 Déc 2016 - 2:46
 
Rechercher dans: Écrivains du Canada
Sujet: Alice Munro
Réponses: 11
Vues: 471

Saphia Azzedine

Bilqiss

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 5 313sw810

Dans un pays islamiste où règne la charia, Bilqiss, l'héroïne de ce roman éponyme, a chanté l’appel à la prière à la place du muezzin qui dormait encore. C’est sa seconde faute, la première étant celle d’être née femme. Bilqiss va être lapidée, la charia appliquée.
C’est un roman accrocheur, qui se lit d’une traite, mais qui peut déranger par la gravité du sujet, et en même temps et aussi parce que certains moments de lecture font plus que sourire. On ne sait pas si on doit rire ou pleurer. La plume de l’auteure est rondement menée dans ce roman choral, la gouaille de Bilqiss est rafraîchissante lorsqu’elle parle de tous ces hommes obsédés qui voient du sexe partout, le juge qui va la condamner à la lapidation, la journaliste américaine peut-être ou pas pleine de complaisance ou d’humanisme débordant… Et d’autres personnages entrent en scène.
C’est un cri de désespérance.
J’ai apprécié le côté « enlevé » de ce roman qui donne le ton dès la première phrase :
« Contrairement à vous, je ne parlerai pas en Son Nom. Mais j’ai une intuition. Vous adorez Dieu mais, Lui, Il vous déteste. »

Ce que j’ai beaucoup moins aimé, mais c’est personnel, ce roman ne me paraît pas vraisemblable, mais je le verrais bien adapté au théâtre pour dénoncer les pays où « on abomine les femmes qui ne sont pas des hommes ». L’auteure d’ailleurs est aussi scénariste, peut-être a-t-elle mis en scène ce roman comme une pièce…


mots-clés : #conditionfeminine #religion
par Barcarole
le Sam 3 Déc 2016 - 20:17
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Saphia Azzedine
Réponses: 1
Vues: 259

Mona Chollet

Beauté fatale

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 5 Index214

 
La perfection, voilà l'ennemi !



Mona Chollet décrypte en quoi les diktats de la mode s'inscrivent dans des millénaires d'aliénation féminine à travers le classique « Sois belle et tais-toi ! », pour cantonner les femmes  dans un rôle de frivolité et de soumission. Le souci de l'apparence est présenté comme le grand questionnement de nos vies, annihilant toute remise en question, générant une docilité sociale dans un consumérisme décervelé .
Elle analyse les mécanismes qui formatent dès l'enfance le petit enfant féminin à travers la publicité, le langage des parents et des médias, puissants soutiens d'une industrie, abusivement assimilée à un institution culturelle voire artistique, et planétairement florissante. Elle déconstruit l'image des mannequins et autres stars, dont la vie, abusivement maquillée en conte de fée,  est donnée en pâtée aux consommatrices pour les bercer d'illusions dévastatrices de beauté, de minceur, de blancheur .


   La confusion des genres entre mode et culture, information et publicité est d'autant plus digne d'attention qu'elle se double d'une offensive idéologique majeure. Déguisant l'agressivité commerciale en philanthropie, ou plus exactement philogynie, elle véhicule le présupposé selon lequel les femmes occidentales, aujourd'hui, ont tout gagné :  elles ont obtenu l'égalité, vaincu le machisme, tout va bien dans le meilleur des mondes, et, pour fêter ce remarquable succès, elles ont bien mérité une nouvelle paire d'escarpins. Une sorte de « fin de l'Histoire » au féminin, en somme.



C'est parfois un peu brouillon, parfois un peu scolaire dans une énumération de citations et d'exemples. Mais  c'est toujours bien satisfaisant de voir écrites un certain nombre de vérités outrageantes, de se sentir moins seule dans  des convictions qui nous font nous éloigner du dogme, du conformisme, de l'obéissance, de croiser un esprit de résistance à un ordre établi basé sur le profit et l’assouvissent des désirs masculins, de lire un appel à la rébellion.

J’ai (beaucoup) moins aimé le dernier chapitre, où Mona Chollet règle leur compte à un certain nombre d’hommes exposés,  trop amateurs et consommateurs  d’allégeance sous forme de chair fraîche, qui, dans l'étalage,  ressemble par moments un peu trop à la presse poeple qu'elle vilipende. Et surtout la conclusion  bizarre et vaguement effrayante que nos sociétés occidentales feraient bien de prendre  exemple sur l'organisation des harems, où l'affinité intellectuelle viendrait à égalité avec l'appétit érotique, où « l'enfermement est spatial , alors que, en Occident, il est immatériel et se fait dans l'image d'elles-mêmes qu'on impose aux femmes. ».....Hum ….

Bref… Je passerai (quoique difficilement )sur ces petits égarements de dernier moment, et je retiendrai un livre mené avec humour sinon avec rigueur, qui vaut bien son pesant de flacons de vernis à ongles.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #conditionfeminine
par topocl
le Sam 3 Déc 2016 - 9:20
 
Rechercher dans: Sciences humaines
Sujet: Mona Chollet
Réponses: 17
Vues: 684

Marie NDiaye

TROIS FEMMES PUISSANTES

Tag conditionfeminine sur Des Choses à lire - Page 5 81i7do10

Dubitative au début de ma lecture , dans l'appréhension de retrouver le malaise éprouvé à la lecture de Rosie-Carpe , j'ai vite dépassé mes craintes et à-prioris !
Une fois imprégnée du style narratif bien particulier de l'auteure , la séduction opère !
Et c'est grâce à cette gymnastique de l'esprit , nécessaire pour s'approprier le texte de l'écrivain , que son génie apparaît : par des procédés stylistiques sur lesquels elle s'appuie , elle creuse la psychologie de ses personnages jusqu'à l'extrême , ouvrant des portes sur le presque indicible de l'humain ,au coeur de l'intime ,dans la partie la plus secrète , où se mêlent les blessures ,les failles , les fantômes .......
TROIS FEMMES PUISSANTES , au delà de ces femmes si fragiles en apparence se cache
une force cachée , tue, invisible ......... La force de vie .........
Et c'est bien de cela dont parle Marie Ndiaye , à travers trois portraits de femmes : La puissance n'est pas toujours là où on la voit ....!
Un grand coup de coeur au final , effaçant ma déception avec Rosie Carpe !
Petit Bémol :
J'ai trouvé que les trois récits juxtaposés , s'enchaînent par quelques éléments narratifs pas toujours très clairs ; certes elle crée un lien mais celui-ci est un peu ténu quelquefois ....
Mais est-ce bien important lorsqu'on atteint de tels sommets d'écriture pour traduire le "presque inexprimable "?


mots-clés : #conditionfeminine
par églantine
le Ven 2 Déc 2016 - 18:55
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Marie NDiaye
Réponses: 16
Vues: 422

Revenir en haut

Page 5 sur 5 Précédent  1, 2, 3, 4, 5

Sauter vers: