Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 10 Déc - 23:02

72 résultats trouvés pour contemporain

Carlos Liscano

Tag contemporain sur Des Choses à lire - Page 4 51bnk-10

La route d'Ithaque

Original: El camino a Itaca (Espagnol/Uruguay, 1994)
écrit, selon note de l'auteur sur la dernière page à Barcelone – Montévideo – Stockholm 1991-94

CONTENU:
Le narrateur Vladimir a quitté son pays d'origine, l'Uruguay, et a atterri via le Brésil – où il avait rencontre la Suèdoise Ingrid – en Europe, en Suède, pour y réjoindre dans un premier moment la dite Ingrid. „A peine il est là, qu'il est déjà parti.“ Et cela pour l'homme corporel qu'aussi bien intéreur. C'est comme si son départ le met en route pour la vie? Oui, aussi à la fuite d'une paternité en Suède, et il arrivera par Paris à Barcelone où il va rester un bon moment. Alors en tout cela il sera en contact avec les différentes réalités de la vie d'un „métèque“, comme il l'appelle lui-même, en citant ce que c'est qu'un métèque:

Un métèque, du grec ancien μέτοικος, métoikos, « celui qui a changé de résidence », est dans la Grèce antique, un statut intermédiaire entre celui de citoyen et d'étranger, réservé à des ressortissants grecs d'autres cités. Aujourd'hui, le terme a pris une connotation péjorative et désigne un étranger à l'aspect exotique qui n'inspire pas confiance.

STRUCTURE:
Unités plus ou moins longues de 2 – 8 pages, séparées par des espaces.

REMARQUES:
Après un longue séjour dégradant et sous la torture dans les prisons de son pays natal, l'Uruguay, l'auteur a connu en 1985 lui-même l'exile, et a atterri lui aussi en Suède et en Catalogne, mais alors pour d'autres raisons que notre Vladimir, figure fictive de ce roman. Et qui fût baptisé ainsi par ses parents ultra-communistes, secs, sans grand amour, en honneur du grand Oulianov/Lénine). Donc je ne serai pas étonné que dans son vécu, mais certainement dans les réflexions qui sous-tendent ce livre, Liscano y puise et s'en inspire. Ce qui était chez Liscano avant tout une nécessité politique et de sécurité, est chez Vladimir plutôt une fuite et un désir peu mur de rejoindre la femme Ingrid en Suède. Quand celle-ci tombera enceinte il ne peut supporter, peut-être aussi à cause d'une incapacité de prendre responsabilité. Il la pousse vers un avortement mais elle se refuse et il deviendra Papa malgré son refus. Il cherche alors le large, financièrement et de point de vue de logement complètement dépendant d'Ingrid, et se sentant pris en otage à cause de l'enfant.

A la suite il sera env une année et demie comme sur un chemin d'errance jusqu'au retour envisagé : de là probablement l'allusion du titre à Ithaque, lieu d'origine d'Ulysse. Et qu'est-ce qu'il ne va pas vivre pendant ce temps dans un Barcelone se préparant aux Jeux Olympiques, chassant les « perdus » de la société. D'un coté les conditions extérieures et de travail, les dépendances d'un sans papier – de l'autre coté l'intranquillité intérieure, l'état d'âme : il ne peut « rester », se reposer. Partout il s'en va avec lui-même dans les bagages, mais il fuit au même moment ces réalités. C'est la douleur qui reste, la plaisanterie est passagère. Depuis longtemps, l'Uruguay n'est plus SON pays ; y retourner il ne le peut pas. Quelles sont vraiment les alternatives..., et nos premiers jugements sur les réfugiés ne nous permettent pas à voir une forme de coupure définitive, en beaucoup de cas.

Bien sûr ce livre contient des notes et impressions autobiographiques, néanmoins on trouvera un autre perspectif plus „fictif“ que dans le „Fourgon des fous“, récit de ses années en prison et sous la torture. Nous lirons un récit crédible comment une vie de sans papier pourrait se dérouler en Europe: leurs conditions de vie, la précarité, l'exploitation par des „esclavagistes“ modernes... Alors nous saurons ce que signifie être un étranger dans l'Europe. On y trouvera dans cette domaine là des remarques perspicaces auxquelles on n'a pas forcement penser avant.

Des fois un certain sarcasme, un certain pessimisme, exprimé surtout dans la première partie du roman, face à la vie demande une forme d'encaisser, et de ne pas se laisser tirer vers le bas. Partiellement cela est empoissonné..., même si cela pourrait être compréhensible de la part de quelqu'un qui est au plus bas...

En général un livre qui éclaircit des pages sombres, ici chez nous. Et donne des perspectifs de compréhension.


mots-clés : #contemporain #exil #initiatique
par tom léo
le Dim 10 Sep - 9:11
 
Rechercher dans: Écrivains d'Amérique Centrale, du Sud et des Caraïbes
Sujet: Carlos Liscano
Réponses: 6
Vues: 493

Eric Reinhardt

Cendrillon

Tag contemporain sur Des Choses à lire - Page 4 00111

Je précise tout de suite que je fais un commentaire bien que je n'aie pas fini le livre .

Un écrivain parisien parle .
On va tout savoir. Il s'appelle Eric Reinhardt, il a écrit : Demi-sommeil, Le moral des ménages, et Existence, dont il a eu des critiques élogieuses dans le Monde, Elle , etc., et que, quand elles sont élogieuses, il affiche sur ses murs. Il écoute aussi les émissions de radio qui en parlent, dont l'une (dont il nous retranscrit l'intégralité), pas élogieuse du tout, mais suffisamment habilement « écrite » pour qu 'on comprenne que tous ces animateurs de France Culture sont des gros connards. Il travaille dans une mansarde de 12 m2, mais le plus souvent au café Nemours où il commande des cafés serrés et drague vaguement des clientes. Il a deux enfants, Leonardo et Donatien, qui partagent le délicieux rituel du petit déjeuner familial. Il a une femme formidable qui s'appelle Margot qui, tel le prince pour Cendrillon, l'a sorti du bourbier pour en faire un homme qui, certes,  reste un pauvre type désespéré, mais s'épanouit chaque automne, où il croit retrouver une certaine plénitude.
C'est narcissique à souhait, mais comme bien souvent ces hommes déchirés où côtoient l'infantile et le désespoir, sont plutôt touchant (quoique sans doute impossibles à vivre).

À côté de ce récit, deux histoires parallèles,  des productions de l'écrivain suppose-t'on, des images transformées de lui-même (ou de ce à quoi il a échappé?) suppose-t'on aussi, deux hommes falots (comme lui?) incapables de s'affirmer, professionnellement en perpétuel échec, face à leurs femmes tendrement exaspérées. Leur incapacité au monde a marqué définitivement son empreinte sur leurs fils dont on va ensuite suivre les parcours dissemblables.

Donc c'est assez formidablement écrit, plein d'idées ingénieuses, de digressions surprenantes. J'ai souvent été assez admirative, amusée, voire emportée, mais aussi souvent lassée, voire exaspérée face a cette logorrhée créative qui frise parfois le pédant. On a l'impression qu' Éric Reinhardt a participé à un atelier d'écriture où le maître disait : donnez-vous à fond, allez-y au maximum et même plus, rajoutez-en, montrez votre génie, plus il y en a mieux c'est, et surtout ne coupez rien ! On a l'impression que Reinhardt nous dit : regardez comme j'en rajoute,comme je suis un écrivain inventif, qui ne recule devant rien, aucune hyperbole, comme je me roule dans la médiocrité des autres (entre autre) pour en faire mon écrit quotidien le plus brillant.

Reinhardt ne limite donc ni  l'incontinence verbale, ni les redondances volontaires, ni tout un panel de figures de style répétitivement appliquées (phrases nominales enchaînées, allitérations, anaphores, accumulations), ni  les pages, les pages, les pages qui courent imbues de leur propre qualité mais n'apportent rien l'une à l'autre.

Ah ! Il y met de l'ironie et un humour alternativement pince-sans rire ou carrément basique, mais avec un tel sérieux... C'est brillant, brillantissime, parfois, mais, même si je me dis que cela cache la faille, (ou la béance ?) j'en arrive vite à trouver que cela s'exhibe de façon hystérique. Tout cela est troublant ! oui, c'est vraiment troublant, ce mélange d'humilité et de suffisance, de désarroi et de légèreté, cette accumulation multiple, déchaînée qui, en tout cas, ne peut laisser indifférent.

J'en étais là dans ma lecture et mes réflexions, j’avançais avec l'intention d'aller jusqu'au bout, dans une certaine curiosité qui se partageait entre les personnages du livre et le personnage de l'auteur. Et puis, d'un coup, page 275, j'ai été submergée. Après 10 pages de description du Palais-Royal puis 10 pages d'un dialogue ininterrompu, merveilleusement rendu mais parfaitement inintéressant, j'en ai eu marre, j'ai saturé. Je me suis dit que si ça se trouve, les  300 pages qui me restaient à lire pouvaient  n'être que la continuation de ce dialogue, pourquoi pas, encore une trouvaille  provocatrice de Reinhardt ? D'un coup, le destin de Laurent Dahl et d'Éric Reinardt m'indifférait complètement et je me suis dit que le génie, même torturé, est vain quand il m'ennuie

J'ai fermé le livre. J'ai repris la citation ci-dessous, que j'avais noté page 103, qui montre qu'Eric Reinhardt partage sans doute avec moi un questionnement sur lui-même : est-ce de l'arrogance ou de la sincérité ? Les deux sans doute , beaucoup de questions n'ayant pas de  réponse dans la vie.

   - Regarde ! Lis ces phrases ! Du brio ! De l'invention ! Une verve authentique ! Des trouvailles ! De l'humour ! Il parle d'une satire survitaminée ! Et drolatique ! Il écrit que ton livre est drolatique ! Et qu'il est brillant ! Il déplore à chaque ligne que tu brilles ! - Et le truc du marionnettiste trop malin ? - Tu vas pas te plaindre qu'il te trouve malin ! - Et formidablement satisfait ! C'est aimable comme observation ? Marionnettiste formidablement satisfait ? - Mais il souffre ! Tu le surprends en pleine souffrance de gourmet littéraire ! Je crois qu'elle est drôle son existence de gourmet littéraire ? Comment veux-tu qu'il accepte que tu prennes du plaisir ? Mais c'est immoral ! Elle est immorale, ta vie, pour la plupart des gens, c'est immoral ce qu'on vit ! Et en plus les provoques, tu les cherches, tu t'amuses en écrivant ! Tu claques les mots et les trouvailles comme d'autres claqueraient du fric et sortiraient leur carte Gold !




Commentaire récupéré.

mots-clés : #contemporain #creationartistique
par topocl
le Jeu 7 Sep - 18:40
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Eric Reinhardt
Réponses: 18
Vues: 498

Kate Atkinson

Tag contemporain sur Des Choses à lire - Page 4 Image10

C'est pas la fin du monde

Des petites nouvelles façon thé corsé, un peu âcre mais réconfortant pour une galerie de personnages à la banalité attachante et à l'extraordinaire palpable. Une pointe de... réalisme magique ? sur une belle couche d'humour sur la tartine de vie assez pathétique qui constitue la trame de ces vies.

Destins mal barrés, accidents de la vie, solitudes familiales, en bref coups de mou ou gros coups de mou sur paysage de catalogues contemporains automobiles, télévisuels en guise de mantras du quotidien.

Ce quotidien et le familier de ce décor assez envahissant sont ce qui m'a fait penser à William Gibson, et pourquoi pas avec ces personnages "simples" pris dans un itinéraire bis chaotique de leur existence. Avec peut-être ce goût de ne pas les abandonner et de ne pas faire l'impasse sur le merveilleux bancal d'un monde qui dérape (surtout dans les premières nouvelles d'ailleurs, celles qui cataloguent des objets).

Il y a un goût de recette au fil des pages, mais efficace, j'ai trouvé la cuillère un peu chargée mais je pardonne volontiers (en moins dur et plus moderne ça m'a aussi rappelé des nouvelles comme celles de Buzzati).

Par contre on reparle de Gibson. cat

mots-clés : #contemporain #famille #humour #mort #nouvelle #psychologique
par animal
le Lun 4 Sep - 21:34
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Kate Atkinson
Réponses: 44
Vues: 1383

Saša Stanišić

Ce qui est amusant en plus c'est que le souvenir que j'en ai colle avec ce que j'en avais trouvé, en avant la récup' :

Tag contemporain sur Des Choses à lire - Page 4 97822510

Le Soldat et le gramophone

C'est donc l'histoire, des souvenirs romancés ? d'un double de l'auteur, Aleksandar, à l'enfance qui suit la fin du communisme et la montée des tensions dans le pays, à l'adolescence marquée par la guerre civile et un départ pour l'Allemagne. Et un retour d'un jeune adulte, allemand ? dans sa ville natale au bord de la Drina.

Le début du bouquin m'a fait un peu peur car il y a une part belle de cucul poético-enfantin très marqué. ça ne disparait jamais complètement mais se mue en une vision plus pop avec l'âge. Toujours est-il que parallèlement à ça il se passe des choses et des choses qui deviennent rapidement dramatiques... tempérées par l'humour et la douceur nostalgique du retour vers l'enfance et les ainé(e)s de la famille. Beaucoup d'allers-retours parfois redondants, quelques facilités aussi probablement mais bien emmenées par le rythme et l'inquiétude entretenue, ce qui serait un suspens historique, mais aussi par la rupture perpétuelle de ton. Un grand drame devenu pas si grave tout en restant une terrible question, et on y verra volontiers la rupture et la communion hasardeuse de l'expatrié "gâté" face aux ruines de son pays (il y a une culpabilité) et à une phase essentielle de son existence mise par la force des choses et après coup entre parenthèses.

On lui en voudrait si chaque fois qu'il est trop léger un élément ou une rencontre ne venait ancrer ce qui ne va pas dans le sourd et palpable.

Pas désagréable d'un point de vue humain et documentaire (c'est moche d'employer ce mot là), mieux construit que ça en a l'air, ce qui affirme des qualités de conteur... tout de même un peu de frustration dans la légèreté des pirouettes et de la pas toujours probable poésie.

Merci à Bédoulène pour cette proposition dans le cadre de la chaîne de lecture, ce n'est pas un livre que j'aurai lu autrement il me semble, et ce n'est pas une lecture que je regrette loin s'en faut, honnête et qui se positionne aussi comme un fragment de miroir de génération, et à plusieurs points de vue.

mots-clés : #autobiographie #contemporain #guerre #historique
par animal
le Lun 4 Sep - 20:17
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langue allemande
Sujet: Saša Stanišić
Réponses: 9
Vues: 654

Alexandra Badea

Il est plutôt rare que je promeuve des écrivains contemporains, d'ailleurs j'ai tendance à considérer - par la force des choses - qu'un bon auteur est un auteur mort ! Tag contemporain sur Des Choses à lire - Page 4 1390083676
Le problème avec ceux qui ont encore l'outrecuidance de vivre, c'est qu'ils font partie prenante du grand bouillonnement vibrionnant du paysage littéraire. Pour un lecteur exigeant, il est difficile de s'y retrouver parmi toutes les parutions, sachant que tout semble merveilleux au vu de l'extérieur, et qu'une fois que j'ouvre ledit bouquin j'ai tout de go envie de le refermer : alors ... que faire ? Continuer à lire, à parcourir, se fier à son instinct. Et de temps en temps, il m'arrive de tomber (heureusement) sur un auteur qui me plaît.
Alexandra, réjouissez-vous, vous voilà parmi le cercle restreint des survivants ! (il n'y a pas que les éditeurs qui se montrent intransigeants).

Mais revenons-en à nos moutons. Ce que j'aime chez cette autrice, c'est qu'elle prend à bras-le-corps les thèmes actuels qui font mal : désenchantement, virtualité, déshumanisation du monde du travail ... Un peu à l'instar d'un Houellebecq, mais avec une écriture bien plus incisive (l'utilisation du "tu" fait son effet). C'est aussi le propre du dialogue théâtral. Je n'ai pas encore lu son roman, mais je vous recommande chaudement de découvrir ses pièces de théâtre, notamment Pulvérisés.

Tag contemporain sur Des Choses à lire - Page 4 Pulver10

Quatre métiers, quatre villes : Shanghai, Dakar, Lyon, Bucarest. La vie en entreprise aux quatre coins du monde. Une ouvrière chinoise raconte ce qu'elle subit chaque jour à l'usine : l'humiliation quotidienne. Au même moment, un superviseur de plateau sénégalais dénonce la cruauté dont peut faire preuve son chef d'entreprise pour « faire du chiffre ». Ailleurs, un responsable assurance-qualité voit se détériorer sa relation familiale sous la pression du travail. Et à Bucarest, une ingénieur d'études et développement témoigne de sa difficulté à s'intégrer, à réussir, à gravir les échelons. Le quotidien de ces individus est rude, tranchant, parfois cruel et honteux.


Dites-m'en des nouvelles, et surtout si vous en êtes ressortis indemnes ! Elle a de quoi nous questionner, et mettre le doigt là où ça piquotte !

mots-clés : #contemporain #social #théâtre #viequotidienne
par Arturo
le Lun 21 Aoû - 15:29
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Alexandra Badea
Réponses: 5
Vues: 363

Sylvie Germain

La pleurante des rues de Prague

Tag contemporain sur Des Choses à lire - Page 4 Sm_cvt10

Alors comment dire sans paraître excessif ? Allez au diable l'excès Sylvie Germain est devenue ma romancière française préférée avec Boris Vian. Ce n'est certes pas le même style mais ils ont deux points en commun selon moi : l'amour de la langue française, et le génie de raconter une histoire.
En fait Sylvie Germain nous narre des photographies, des instants poétiques où se mêlent le lyrisme et mysticisme d'un côté et histoire et psychologie de l'autre.
Grâce à son talent, son écriture met davantage en exergue la beauté des paysages et des situations que si nous en étions directement spectateurs. C'est exceptionnel chez un écrivain de parvenir à nous faire souhaiter d'être loin d'une scène décrite pour en comprendre toute la beauté. Nous suivons donc les manifestations de la Géante sorte d'alter égo du Golem de Prague qui s'oppose à lui par La réception de toutes les émotions de la ville mais également parce qu'elle incarne le monde tchèque dans toute sa complexité au contraire du Golem créature sans poésie ni sentiments. La Géante est une allégorie de la souffrance qui passe et qui revient. Nous ne pouvons la lier qu'au réel personnage principal, la ville, Prague dont je suis éperdument amoureux et donc extrêmement exigeant lorsqu'il s'agit de la conter. Merci donc Madame Germain j'ai revu les places, les trottoirs, les pavés, les bâtiments, l'atmosphère, les émotions, j'ai tout revu grâce à vous sans pouvoir voyager autrement que par vos lignes. En un instant j'étais à nouveau chez moi et cela fait beaucoup de bien.

Je reviens sur la qualité de l'écriture qui est remarquable avec un vocabulaire riche mais pas précieux, une construction de phrases musicales mais pas académique, et une construction narrative rigoureuse mais pas rigide. Que de chaleur dans ce semblant d'austérité qui finalement ne trompe pas. C'est un livre français qui pourrait très bien être écrit par un tchèque et c'est bien là le plus bel éloge que l'on puisse faire à Sylvie Germain. Car s'aventurer dans Prague est un exercice périlleux pour n'importe quel écrivain étranger.

Mots-clés : #contemporain #lieu
par Hanta
le Jeu 17 Aoû - 15:19
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Sylvie Germain
Réponses: 24
Vues: 691

Alain Robbe-Grillet

Ah je suis contente de lire vos réactions et de vous imaginer reluquant l'air dubitatif les couvertures sobres des Editions de Minuit ! Very Happy

Et pour rebondir sur le dernier post d'Ariane parlant de La Jalousie, en voici un commentaire :

Tag contemporain sur Des Choses à lire - Page 4 Images16

La jalousie

ne perdez pas de temps à lire ce livre à moins d'être :

a) un accroc au Nouveau Roman ou à Robbe-Grillet

b) un élève dans un école de cinéma ou d'architecture

c) un amoureux psychotique des bananiers au point de les compter pour vous endormir à la place des fameux moutons...

La Jalousie vue par Robbe-Grillet, ce n'est évidemment pas du vaudeville. Pourtant nous avons bien la femme : A., belle, brune, énigmatique et tolérante; l'amant : Franck dont on retient les problèmes mécaniques et les chemises, mais du mari... vraiment pas grand chose : un verre, un couvert, une présence fantomatique, un regard peut-être, une moquerie sans doute mais c'est à peu près tout. Je crois que c'est à peu près la seule réussite du roman, ce personnage diffus, qui est là sans être là. Et il faut peut-être alors rappeler que la jalousie est aussi une sorte de store à lamelles grâce auquel on peut voir sans être vu.

Nous avons un décor : une maison, une bananeraie. Nous avons des indigènes, des boys, des cuisiniers...

Robbe-Grillet utilise les mêmes moyens qui font d'ordinaire son charme : répétitions, technicité, description méticuleuse des gestes, des objets, des emplacements, mais cette sécheresse trop théoricienne enlève tout plaisir à la lecture. Les descriptions du soleil et de la maison, de la maison et de la bananeraie, de la terrasse et de la rambarde sont à se pendre...

Ah si, la deuxième réussite : comme toujours Robbe-Grillet travaille méticuleusement les enchaînements. Son écriture a un aspect cinématographique (genre fondu enchaîné) très impressionnant. Les images du présent, du passé se superposent les unes aux autres formant un très intéressant décentrage, décalage qui loin de gêner la lecture apporte un côté exotique. Il fallait bien ça.

mais attention que cela ne vous dispense pas de lire Les Gommes ou Djinn qui sont eux deux grandes réussites.
mots-clés : #contemporain
par shanidar
le Sam 8 Avr - 12:44
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Alain Robbe-Grillet
Réponses: 54
Vues: 1458

Alain Robbe-Grillet

Les Gommes

Tag contemporain sur Des Choses à lire - Page 4 Les_go10

Les Gommes fait partie pour moi de ces livres enchantés et enchanteurs qui m'ont apporté à la fois une émulation intellectuelle et un plaisir de lectrice rarement égalés.

Voici ce que j'en disais il y a quelques années (mais je pense que je vais le relire, pour poursuivre la dissection de ce 'monument').

Chaque livre de Robbe-Grillet est un jeu de pistes, chaque ouvrage peut se lire à l'aide d'une grille de lecture différente, chaque livre est une construction à la mécanique parfaite, lisse, quasiment invisible et qui fonctionne ainsi incroyablement bien.

Les Gommes peut se lire comme un 'simple' roman policier, dans lequel la scène du crime est sans cesse reprise, transformée, vécue, revécue, mâchée, remâchée, déformée, compliquée, une scène polymorphe qui met en mot ce qu'est la littérature : une fiction que l'auteur peut tordre dans tous les sens au gré de ses envies. Mais attention, pour Robbe-Grillet le lecteur ne doit pas se perdre dans les méandres d'une lecture absconse, au contraire, le recours au roman policier lui permet d'encadrer sa narration des codes (en les dépassant parfois) propres au polar (une victime, un crime, un coupable). Il s'agit ensuite pour le romancier de se jouer de ses codes tout en amusant le lecteur. Le côté vertigineux de cette narration en spirale fait que la reprise incessante de la même scène, qui n'est jamais décrite deux fois de la même manière (point de vue de chaque personnage, affabulation de ceux qui n'étaient pas présent, imagination des policiers) révèle à quel point la littérature peut être ludique et sans fond.

Mais le roman policier fonde son existence autour d'une énigme à résoudre (telle l'énigme bien connue du Sphinx) et s'ouvre alors une nouvelle dimension pour le lecteur attentif car Robbe-Grillet dans son livre, ré-écrit l'histoire d'Œdipe (ce n'est pas pompeux, ce n'est pas tragique, mais plutôt divertissant). Il est absolument passionnant (pour ceux qui connaissent assez bien les différents avatars du mythe, de Sophocle à Cocteau) de découvrir les éléments récurrents que Robbe-Grillet glisse dans sa narration pour aiguiller le lecteur. Ce jeu de piste parfaitement mené est absolument jubilatoire. Sans compter cette histoire de gommes dont je me demande encore s'il s'agit d'une machine à effacer la mémoire pour faire de la place au présent ou plus simplement le fantasme d'un livre palimpseste.

Voilà, loin des études académiques et universitaires, l'oeuvre de Robbe-Grillet est complètement accessible à tout lecteur 'moyen' qui aime jouer avec l'idée même de fiction. Lire Robbe-Grillet s'est à la fois plongé dans un univers où la maîtrise narrative est absolument époustouflante et dans lequel on ne s'ennuie pas une seule seconde.


mots-clés : #contemporain
par shanidar
le Jeu 6 Avr - 15:15
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Alain Robbe-Grillet
Réponses: 54
Vues: 1458

Paul Fournel

La liseuse

Tag contemporain sur Des Choses à lire - Page 4 La-lis10

Robert Dubois est éditeur en fin de carrière. Bon pied, bon oeil, et bonne fourchette. Il garde sa passion des livres et des belles-lettres, enthousiaste comme au premier jour, mais mêlée d'un désenchantement certain : les lois du marché, la main-mise des financiers sur l'édition, la désaffection des jeunes pour la lecture, les exigences des auteurs, et l'effrayante ère du numérique.
Comme il n'est pas en à se laisser abattre, il se laisse peu à peu séduire par une petite liseuse, un peu froide, mais si légère, si maniable, et comprend que s’il ne veut pas mourir idiot, et ruiné, il faut tendre la main à de nouveaux lecteurs, et s'impliquer dans le numérique. Cela marche, il est ravi, enfin il croit être ravi car à la fin…

Spoiler:
Non, non, non vous ne saurez pas, vous n’avez qu’à lire le livre. Le dernier chapitre est un piège à Chosiens.


Déjà, pour moi,  un livre qui parle des livres, de l'amour de la lecture, avec finesse et humour qui plus est, c’est tout gagné. Mais, en outre, ce Dubois est un personnage sympathique au possible, ouvert, qui analyse les petits défauts du système et de chacun sans pleurnicher, qui a compris qu'il ne referait pas le monde, mais qu’il peut, peut-être, dans son petit coin, l'aménager. Il valse entre les anciens et modernes,  sans jugement, sans jérémiades, avec un oeil tout à fait pétillant.

Sans perdre de vue le côté romanesque, Paul Fournel nous offre un petit manuel de l'édition pour les nuls, ça sent le vécu, les auteurs et leurs égos, les rencontres avec le public,  les petites bouffes pour parler boulot, le grand chef qui veut faire des sous, les gentils stagiaires, tout un petit monde décrit d’un oeil malicieux et tendre. Il a juste  oublié de nous dire qui décidait des titres, Marie.

Tout cela dans un style enjoué mais pas relâché, oh que non, pas relâché du tout… La dernière page vous l’expliquera.

Ce livre est joyeux. Ce livre est drôle. Ce livre est tendre Deux heures de pur régal.



(commentaire rapatrié)


Mots-clés : #contemporain #universdulivre
par topocl
le Mar 6 Déc - 15:04
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Paul Fournel
Réponses: 6
Vues: 360

Charles Chadwick

Tout va très bien

Tag contemporain sur Des Choses à lire - Page 4 Captur75

Bon, je prends des précautions car, sur Internet tous les avis que j'ai pu trouver tournent autour de l'ennui, la monotonie, l’inintérêt, et la plupart des lecteurs se sont arrêtés avant la page 150… À vrai dire, pour moi, pas une minute d’ennui. Au contraire, un plaisir qui est allé croissant tout au fil  de la lecture.

Il ne faut pas se rendre ici avec l'idée d'avoir un livre avec une action, un début et une fin, un but, quelque chose à démontrer. C'est, sur 30 ou 40 ans,  la vie ordinaire d'un homme ordinaire. Au début, plutôt plus ordinaire que la moyenne, même, plein de maladresse, de couardise, voire de veulerie. Et pleinement conscient de cela qu'il maquille désespérément derrière un humour British… qui, à part le lecteur, ne fait souvent rire que lui . Et encore, pas toujours.
Les plaisanteries et la nonchalance devinrent un trucage.

Et puis la vie passe doucement avec ses petites péripéties banales, et dans sa perpétuelle solitude, confronté au voisins, aux enfants à son ex-femme, Tom Riplle apprend à vivre,  et  il devient peu à peu plutôt sympathique. Il se porte peu d'estime mais juste ce qu'il faut pour continuer son chemin dérisoire, et sait se satisfaire de ce qu'il peut avoir .Il réfléchit, sans en faire un plat,  au sens de la vie, son absurdité, sa vanité, et en tire un mode de vie à la fois digne et amusé.

Si j'avais été moins ordinaire, les expériences m ‘ auraient été plus profitables, j'aurais tiré bien plus de leçons de la vie, accompli beaucoup plus de choses. Mais alors, j'aurais eu moins de choses à raconter, ou plutôt j'en aurais moins éprouvé le besoin, mon utilité dans le monde parlant alors éloquemment d'elle-même. J'aurais alors peut- être jugé indigne de m'étendre à n'en plus finir sur moi-même. Occupé à de bonnes œuvres dans le monde, je n'en aurais pas eu non plus le temps. En tout cas c'est comme ça que je comprends les choses. Peut-être que j'ai des idées de grandeur. Voilà qui n'a assurément rien d'extraordinaire.

Et oui, Tom Ripple écrit tout. Avec un oeil à la fois tendre, subtil et décalé.

J’ai l'impression d'y avoir surtout noté des futilités, comme quelqu'un qui assiste à une bataille héroïque et n'en voit que le décor, les bouffées de fumée et la couleur des uniformes.

...et ne cherche pas à  se masquer la vérité. Nous avons droit, dans une espèce de dérision tendre, à tous les petits défauts des gens, les concessions minables, les égoïsmes parfaits… Et tout cela, ce n'est que le brillant portrait, avec juste un petit décalage de vous, de moi, de nos conjoints, nos enfants, de nos voisins. De nos vies qui sont si peu pathétiques, si peu vibrantes et auxquelles nous tenons tant, qui nous sont si chères.  Et cela sonne comme une petite musique à la fois drôle et mélancolique, à l'écart des envolées et des effets de manche, et, au fil des pages, on se laisse prendre, mener doucement sans suspense aucun, dans un cocon plutôt confortable et subtil, vraiment unique, donc susceptible de laisser une trace.

Ce livre est comme la vie : au début on a l'impression que ça va être très long. Il ne se passe pas grand-chose mais c'est bien. C’est doux et  drôle et tragique parfois. On rit beaucoup. Et discrètement (car Ripple est avare en épanchements), on essuie une larme. A la fin, on se retourne en arrière avec une douce nostalgie : il s’est passé tant de choses. On recommencerait bien.                                                                                                                                                          
Ce soir-là, je dis effectivement une sorte de prière à son intention (…) N'ayant pas de Dieu à qui l’adresser, il m'a fallu m'en remettre au Destin. «Permettez qu'elle soit heureuse, qu'ils aillent tous bien ». Ça se résumait en gros à ça. L'inconvénient avec le Destin, c'est que lorsqu'on s'adresse à lui, on entend un petit rire à l'arrière-plan. Ce qui est tout de même mieux que l'espèce de silence éternel et opiniâtre que Dieu semble adopter.




(commentaire rapatrié)


mots-clés : #contemporain #viequotidienne
par topocl
le Mar 6 Déc - 13:13
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Charles Chadwick
Réponses: 8
Vues: 302

Georges Perec

Tag contemporain sur Des Choses à lire - Page 4 51ku7c10

"la vie mode d'emploi" un très bon et long moment de lecture !

Une écriture étonnante, originale que j'aurais regretté de n'avoir connue. Quant à l'histoire, tout simplement la vie des habitants de l'immeuble, habitants qui se sont succédés au fil du temps, depuis la naissance de l'immeuble.

En prologue : le concept du puzzle

Le Peintre Valène décide de créer un grand tableau représentant l'immeuble et tous ceux qui y vivent et un objet, un animal, quelque chose qui leur importe. Foisonnement de vies, de morts qui laissent une empreinte à l'immeuble, à ses habitants. Que de secrets, de joies et de drames, bref la vie dans l'immeuble, immeuble dont le modernisme annonce la disparition prochaine.

L'auteur a construit l'histoire, comme on le fait avec un puzzle, pièce par pièce, en avançant une, puis lui substituant une autre, faisant une pause sur une autre et c'est au fur et à mesure de cette mise en place que le lecteur connait l'origine des nombreux évènements, faits dont il ne connaissait que l'aboutissement.  Les descriptions sont minutieuses, précises, étonnantes (je n'aurais pas cru qu'un immeuble puisse susciter tant d'intérêt chez moi). Les mots me manquent pour expliquer cette écriture. Je lirai un autre livre où j'espère trouver autant de plaisir.

P.S. Je pense qu'il me faudrait faire une relecture car celle-ci date.


mots-clés : #contemporain
par Bédoulène
le Dim 4 Déc - 9:02
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Georges Perec
Réponses: 15
Vues: 494

Leila Slimani

[b]Chanson douce.[/b]

Tag contemporain sur Des Choses à lire - Page 4 Cvt_ch10

Voila le genre de livre qui me laisse totalement dubitative. Largement encensé, "critique de notre société", "analyse de caractère"...
Personnellement j'y vois le portait peu nuancé d'un couple de bobos égocentriques et imbus d'eux-même avec leurs petits problèmes de riches, face à une nounou initialement parfaite puis qui peu à peu révèle des imperfections.
Mais les enfants l'aiment tant et c'est si simple... On passe alors de son côté, sa misère existentielle, on entend, les mots "mélancolie délirante", on dissèque peu à peu dans son désarroi et son délire. Et puis ça s'arrête là, sur ce meurtre des deux enfants annoncé à la page 1.
Ca se veut sans doute  explicatif tout en n'expliquant rien (évidemment il n'y a rien d 'explicable dans le meurtre de deux enfants), C'est une description clinique qui gomme l'affectif,  distante. Ca a au moins l'avantage d'éviter le scabreux ou le pathétique. C'est honnêtement écrit, sans plus. Bref, vraiment pas le roman qui m' a fait vibrer  ou qui me sert à grand chose.

mots-clés : #contemporain #faitdivers #famille
par topocl
le Ven 2 Déc - 17:45
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Leila Slimani
Réponses: 9
Vues: 637

Revenir en haut

Page 4 sur 4 Précédent  1, 2, 3, 4

Sauter vers: