Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 6 Déc - 14:41

80 résultats trouvés pour contemythe

Pierre-Jakez Hélias

Oh la la ! J'ai écrit le commentaire suivant en 2010 ! Ça me fait tout drôle de le relire... Quel enthousiasme !

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 51wvll10

La colline des solitudes

« Ses ruines, sous le ciel, mettraient plus de temps à disparaître que les os de ses derniers habitants à se dessécher au tombeau. »

Onze vieillards solitaires arpentent leur village sur des chemins indépendants. Jamais les onze ne se croisent pour respecter ce vœu de silence qui s’est imposé avec le temps et la désertion de la colline par leur descendance. Discrètement, ils veillent les uns sur les autres et s’entraident avec une rare efficacité par le biais d’un code de signaux et d’avertissements mis en place pour palier l’absence des mots. On suit ce manège avec d’autant plus de fascination que Pierre Jakez Hélias lui donne un aspect quasi mythique. On serait tenté de voir les onze tels les dieux de l’Olympe isolés dans des hauteurs inaccessibles au commun des mortels.

Mais voilà qu’on restaure la maison de feu Yann Strullu, le maréchal-ferrant ! Les onze, intrigués, rôdent autour du chantier. Que signifie donc tout ce remue ménage ? Il y a que le petit-fils du maréchal, le docteur K., veut s’installer dans la maison de son grand-père. Pourquoi ? Le petit-fils ne le sait pas vraiment lui-même. Cependant, il ne va pas tarder à découvrir l’ampleur de son héritage à travers les contes et légendes de ce mystérieux pays.

Pierre Jakez Hélias a magnifiquement bâti son récit. Une première partie où l’on s’étonne du troublant comportement des onze solitaires et où l’on assiste, après l’arrivée du petit-fils, à un drôle d’apprivoisement des uns par les autres. Une seconde partie offrant contes et légendes splendides, et durant laquelle on est certainement aussi déconcerté que le docteur lui-même. Enfin, une troisième partie où les liens se font et se défont, où comme dans une forêt après une terrible tempête la petite population secouée tente de se réinstaller confortablement ou s’exile si trop d’arbres sont tombés.

Hormis cette construction du récit qui nous emballe, on est enchanté par l’écriture tout en finesse et la richesse du texte. C’est dense et on se surprend à relire des passages entiers, non par manque de lisibilité mais pour savourer chaque détail qui, avec cet auteur, a son importance et n’est certainement pas cité pour gonfler le texte et masquer une trame pauvre. L’humour n’est pas en reste dans cette histoire ! Cela commence surtout avec les trois sœurs et une situation qui devient comique grâce au procédé de la répétition : « Chaque jour, la plupart des onze passaient un par un devant le chantier, chacun à son heure exacte, si bien que l’un ou l’autre ouvrier pouvait tirer sa montre et annoncer : nous allons voir apparaître la première des trois sœurs. A peine avait-il fini de parler que l’aînée se montrait, suivie de près par la seconde qui lui soufflait dans le cou, la plus jeune à vingt pas derrière, allez donc savoir pourquoi ! » Et nous d’imaginer cette scène plus épatante à mesure qu’on a l’occasion de l’observer ! On se régale encore de certaines expressions comme : « La nuit était noire comme dans un cul de chaudron.» (inséré dans un contexte inquiétant, une ambiance de cimetière, on est totalement pris au dépourvu), « On était à peine entré en décembre que les journaux imprimèrent une nouvelle qui fit se frotter les yeux même à ceux qui ne savaient pas lire. » (là, j’adore, j’ai ri jusqu’à ce que je découvre moi-même la nouvelle et que je sois aussi décontenancée que le narrateur). Mais il y a aussi toutes ces petites remarques que l’on retrouve habituellement à l’oral : « Edouard Bolzer était son nom, mais on l’appelait Ed le Joufflu, a-t-on besoin de vous dire pourquoi ! » Un texte savoureux, pour sûr !

La toute fin du livre est éblouissante ! Pris dans un curieux mélange d’appréhension, de surprise et de satisfaction, le lecteur y sera difficilement indifférent.

J’ai adoré ce livre qui nous maintient en lévitation entre ciel et terre, ou plutôt devrais-je dire entre terroir et magie !
mots-clés : #contemythe
par Louvaluna
le Jeu 12 Juil - 18:23
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Pierre-Jakez Hélias
Réponses: 15
Vues: 818

Metin Arditi

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 Images13

L'enfant qui mesurait le monde

Avec un livre comme L’enfant qui mesurait le monde, mieux vaut ne pas lire le résumé en quatrième de couverture, notamment celui proposé par Grasset, car ce serait ne plus avoir grand-chose à se mettre sous la dent.

Ce roman n’est pas mal construit, mais il semble reposer sur les techniques de narration des séries télévisées, où l’on passe d’un personnage à l’autre de manière circulaire afin de développer chaque fil narratif par petite touche et tenir le lecteur en haleine. Le procédé est si évident ici qu’il laisse le sentiment d’avoir affaire à un numéro de prestidigitation mal maîtrisé.

Les thèmes sont intéressants : l’autisme, le Nombre d’Or, les grands mythes de l’Antiquité, la Grèce dévastée par la crise… Mais Metin Arditi survole tout cela de très haut : manque de finesse et d’approfondissement. Je ne sais plus quoi penser de ce genre de bouquin qui semble être d’abord conçu pour être vendu. Aucun style ne s’en dégage. C’est sans surprise. Et sans dimension littéraire, me semble-t-il.

Trois autres points m’ont particulièrement rebutée. Des dialogues extrêmement pauvres. Des chapitres très courts : craint-on de noyer le lecteur ? Un titre pour chaque chapitre, comme s’il fallait constamment accrocher le lecteur grâce à un procédé journalistique ou encore l’aider à dégager l’essentiel du texte au cas où il peinerait à suivre… Alors, parfois, j’ai franchement eu l’impression de lire un manuel scolaire.

Au sujet de l’autisme, on en apprend bien plus et bien mieux avec, par exemple, le webdoc « Syndrome d’Asperger : dans la peau d’un extra-terrien » > c’est ici.

mots-clés : #contemythe #pathologie
par Louvaluna
le Mar 10 Juil - 22:28
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Metin Arditi
Réponses: 11
Vues: 675

Laszlo Krasznahorkai

Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l’ouest par des chemins, à l’est par un cours d’eau.
( titre qui reflète une sagesse de l'univers confucianiste, bouddhiste...: il s'agit du meilleur emplacement pour un bâtiment, un village– merci Tom Léo)

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 51r2ep10


Sujet : Le petit-Fils du Prince Genji est obsédé par un « jardin caché » vu dans un livre illustré intitulé « Cent beaux jardins ». Malgré tous les savants qu’il a missionnés pour rechercher le dit jardin, ceux-ci n’ont pu lui répondre de façon satisfaisante et de plus le livre a mystérieusement disparu de la bibliothèque. Aussi un jour décide-t-il de découvrir lui-même le jardin qui d’après le peu qu’il en sait pourrait se trouver dans un monastère dédié à Bouddha à proximité de la cité de Kyoto. Il s’ y rend en train jusqu’à la gare de Keihan avec une escorte, laquelle s’adonnera à des libations et oubliera le petit-fils du Prince.

Même si l’histoire………….le conte ? est étonnant  et ses effluves mystérieuses, l’essence même de ce petit livre en est, pour moi, la magie qui s’ élève des magnifiques descriptions ; c’est la création de la terre, un hymne à la beauté, à la vie. Ajout : La beauté du jardin caché c'est sa simplicité ; un tapis de mousse bleu-vert argenté où se dresse 8 splendides Hinokis, émotion !

L’auteur raconte la création d’un arbre inoki à partir du pollen qui s’envole transporté par les vents à la manière d’une aventure, et s’en est une, avec ses obstacles et ses miracles. Puis la croissance de l’arbre que guette aussi de nombreux dangers, notamment les insectes, les maladies, le froid, la chaleur…..  Il raconte aussi les vents, la formation de la terre…..
Mais où se trouve la porte d’entrée sur la propriété du monastère ?

« …et tandis qu’il avançait obstinément, à la recherche de l’entrée, il eut le sentiment que cette étrange longueur, que cette cloison immuablement hermétique et uniforme, là sur sa gauche, n’étaient pas simplement là pour délimiter un immense territoire, mais pour lui faire prendre conscience d’une chose, il ne s’agissait pas d’une clôture, mais la mesure intrinsèque de quelque chose dont l’évocation à travers ce mur cherchait à prévenir le nouvel arrivant que celui-ci aurait bientôt besoin d’autres unités de mesure que celles auxquelles il était habitué, d’autres échelles de valeurs pour s’orienter, que celles qui avaient jusqu’ici encadré sa vie. »

Ce monastère et  le « jardin caché » qu’ il abrite  et que le petit-fils du Prince ne trouvera pas, existent-t-ils ?  ou  bien sont-ils dans un lieu hors d’atteinte où par exemple le chien continue de marcher dans sa mort ?

La sculpture de Boudha au regard détourné comme pour ne pas voir le monde protège-t-il ce lieu  en le cachant à la vue des hommes ?  (imagination ou certitude du sculpteur ?)
Je n’ai pas su voir les messages, s’il y en a, d’ ailleurs les 8 inokis du jardin caché n’ont pas de message pour les hommes, lesquels ne le comprendraient  pas.

Les chiffres ont certainement une portée (la roue du dharma bouddhique ?)  8 inokis, 13 poissons, 4 pavillons etc…. et les chiffres qui couvrent totalement les nombreuses pages d’un livre lu par le moine supérieur (que l’on ne verra jamais) qui pose la question de l’ existence de l’infini, de l’immortalité .

Mais ……………….comment arrive-t-on  et part-t- on de ce lieu puisqu’ à  la gare qui le dessert « nul ne descendit, nul ne monta du train » ?

Le petit-fils du Prince Genji ( lequel atteint de super-émotivité qui occasionne des malaises, récupère en buvant un verre d’eau ; eau source de vie ) est-il vraiment venu dans le monastère, comme le lecteur le voit ? en est-il reparti ?

*************

Y-a-t-il une morale à ce livre ? chercher au-delà  ce que l’on voit ? ce que l'on voit est-ce la réalité ?
Mais surtout croire en la vie.

Toute l’histoire est  rythmée sur le Temps, tout se réalise à son heure : patience.

Je me perds en conjectures et beaucoup de symboles m’ont sûrement échappés mais j’ai apprécié la visite de ce monastère en compagnie du petit-fils du Prince Genji, et surtout les descriptions magnifiques qu’elles soient poétiques ou techniques (un très intéressant passage sur la fabrication des sutras sur bambous, puis sur papier).

L’architecture aussi est très importante et symbolique dans la composition des pavillons, sanctuaire et autres bâtiments.

La dernière page tournée j’ai le sentiment d’avoir vécu un moment magique de littérature.

La conclusion de l’histoire est peut-être dans  la phrase en exergue : Personne ne l’a vu deux fois.

Extraits

A propos de la statue de Bouddha : « La réalité était radicalement différente, et il suffisait de la voir une seule fois pour savoir : s’il avait détourné son beau regard, c’était pour ne pas être obligé de remarquer, s’étendant devant lui dans trois directions : ce monde pourri. »

A propos des sutras : ….et durant des siècles on s’amusa à décliner à l’infini ce petit ruban, en mettant l’accent sur le coloris, soit sur la noblesse de la matière employée, soit sur le nœud lui-même, exécuté avec autant de raffinement que de fantaisie. »

« …quand soudain, une image jaillit en son esprit…pour s’évanouir aussitôt, une image si fugace qu’il fut incapable d’en discerner le contenu, elle avait glissé à travers lui, avait jailli et s’était éteinte, il était assis devant la table du sanctuaire intérieur, et tout son corps s’était raidi au moment de l’apparition de cette image, et de sa disparition, elle était si vite arrivée et si vite repartie qu’il avait pu saisir son importance, son poids, mais rien de son contenu… »

mots-clés : #contemythe #lieu #nature #philosophique
par Bédoulène
le Lun 9 Juil - 9:57
 
Rechercher dans: Écrivains d'Europe centrale et orientale
Sujet: Laszlo Krasznahorkai
Réponses: 16
Vues: 573

Ramuz Charles-Ferdinand

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 51aedd10

Adam et Eve (1932)

Pas de grande surprise quant à la thématique ? Côté décor on se trouve peut-être à mi-chemin, dans un petit village pentu avec quelques champs, une rivière, un café. Très peu de personnage, les principaux se trouvant au nombre de 5 si on voit large. Je ne sais pas si ça suffit à dire le roman atypique ? On peut aussi relever qu'il est très intérieur, la couche d'hallucination collective, ou partagée, ne pouvant se trouver que par ricochet ou extrapolation.

C'est que le drame de Bolomey, sorte de vieux garçon, est que sa jeune épouse est partie. Rumination, mélancolie, espoir, acharnement, sur fond de lecture du "livre". Lydie, déçue d'âge plus... intermédiaire ? (tiens, on peut le recaser celui-là !) est la fille de la patronne du café, elle en pince pour Bolomey ou du moins ferait bien sa vie avec, mais lui... sous l’œil de deux plus âgés, l'un itinérant local et l'autre la mère de Lydie et la patronne du café.

On peut aussi voir et entendre les voitures passer, à distance, sur la route, le phonographe aussi est là.

Il y a de beaux passages, on sait s'y attendre, mais je l'ai trouvé assez plombant ou plombé, au sens  simple mais qui peut peser sur le moral. Dans le reste de l'oeuvre, que je ne connais pas toute, je le trouve particulier, à la fois très resserré et "décroché". On n'est jamais au bout de ses surprises dans ce monde.

Le lac est gris clair comme du fer-blanc, lisse comme un toit de tôle.
Il faut voir comment c'est ici et que c'est assez désert et peu peuplé, pendant que Gourdou vient à travers le vignoble, qui est là-haut comme beaucoup de serpillières mises à sécher au soleil ; puis, au moment où la pente faiblit, la couleur du pays change.
Le pays noircit. Le pays tout à coup se couvre de vergers pleins d'arbres assez petits et bas, des pruniers, des poiriers, des cerisiers surtout, qui font de loin comme une branche de persil. Et il y a peu de monde dans les champs ; mais Gourdou parle à ce monde de près ou de loin, tout en venant.
- Ah! éparpillés ! leur dit-il. Ah ! posés les uns à côté des autres ! Ah ! appliqués quand même pour pas grand chose à un travail toujours le même ! ah ! couchés tard ! ah ! levés tôt !
Il lui arrive de parler tout seul, disant des choses tristes d'une voix gaie.
- Rien ne nous est donné qu'on ne le prenne, c'est-à-dire qu'il faut y mettre tout son temps et toute sa peine pour le morceau de pain qui fait besoin et l'assiette de soupe qui fait besoin, couchés tard, et levés matin, est-ce vrai ?
Maintenant il parle tout haut.
- Séparés et collés ensemble. Unis par le dehors, par les lois, par les habitudes, désunis du dedans : frères et étrangers, père et fille et étrangers, mère et fils, mari et femme...
Il repousse sa sacoche, il lève celle de ses mains qui tient la canne ; à qui est-ce qu'il parle, est-ce que c'est au vallon ? Le soleil est devenu rouge comme de la cire à cacheter derrière le brouillard ; on peut le regarder en face. Rouge et rond comme un cachet sur une lettre. Et le lac à présent est comme du papier sale.


Mots-clés : #amour #contemythe #solitude
par animal
le Dim 8 Juil - 21:28
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Ramuz Charles-Ferdinand
Réponses: 88
Vues: 3400

Bernardo Atxaga

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 Obabak10

Obabakoak


Originale : Basque/Euskara,1988 et Espagnol, 1989 (traduit par l’auteur même)

CONTENU :
4ème de couverture a écrit:Chronique d'un monde oublié, Obabakoak a été salué en Espagne comme un acte de naissance de la littérature basque contemporaine. L'exploration d'une enfance rurale, une dérive en terre étrangère, l'éloge et l'illustration du plagiat érigé en genre littéraire servent ici de prétexte à une série d'incursions dans la bibliothèque universelle. D'un conte soufi réécrit à un hommage amusé à Jorge Luis Borges, ce recueil de contes et de nouvelles reliés par un subtil fil narratif se livre à une archaïque passion : éblouir le lecteur en lui voilant et dévoilant au gré des histoires son propre destin fait de solitude et de fatalité mêlées.


REMARQUES :
C’est un roman certes avec du « contenu », mais aussi en soi sur l’art de raconter des histoires, de « fabuler ». Le phantastique devient réél, et le réél phantastique. Tout tourne, de façons divers, autour d’Obaba, une petite ville fictive (basque) qui atteint un statut universel. Des histoires relient cette campagne perdu par la grâce de l’afubulation au monde, et ainsi certaines histoires se jouent tantôt dans un contexte alemanique qu’au Brésil et ailleurs. (Source : 4ème de couverture de l’édition allemande)

Ce recueil, cette « couronne » de nouvelles, a gagné des prix importants, a été traduit en plus de trente langues et avait été transposé en film sous le titre d’ »Obaba ». C’est une collection de nouvelles, contes, histoires qui sont unis par des fils narrativfs subtils. Comme justement par le choix d’un lieu commun de toutes ces histoires : Obaba, où se trouve le narrateur qui est venu y habiter. Dans cette première partie il raconte de la ville elle-même. Cela tourne souvent autour de sujets d’exclusion vécue. Vécu par des étrangers y arrivant, s’y trouvant, ou aussi par une sorte d’exclusion par comportement ou tradtion. Cette aliénation crée de la solitude ou un refus de se laisser intégrer. Est-ce qu’alors la vie tant louée en campagne est plus regressive que prévue ? Ou un refuge ? Des observations excellentes sur l’exclusion de l’Autre…

Dans la deuxième partie il s’agit d’un texte le plus longue en « neuf mots », qui parle dans des facettes toujours nouvelles d’une telle vie en village.

La troisième partie m’a impressionnée sous beaucoup d’égards le plus : les approximativement 20 histoires, contes etc de 2 à 20 pages dévoilent comme une sorte de compétition dans l’art de raconter et de s’écouter. Ces histoires s’enchaînent d’une façon merveilleuse et savante, figure comme une sorte de « promenade entre des éclairs de l’afubulation ». C’est si enjoué et quand même maîtrisé que c’est un vrai regal. Tout pourrait à la limite se tenir seul, indépendemmant, mais en fait l’ensemble forme un tout.

Donc, dans une certaine manière un roman sur l’art de raconter. Peut-être des renvois littéraires devraient être cités, mais je ne les reconnais pas en grande partie. Par contre « Mille et une nuit » me venait à la tête.

Je découvre un vrai grand écrivain qui a été et est encore, important dans son rôle de faire connaître le basque comme langue véhiculaire de littérature. Un grand bon homme et écrivain !

mots-clés : #contemythe #creationartistique #nouvelle
par tom léo
le Dim 17 Juin - 12:23
 
Rechercher dans: Écrivains de la péninsule Ibérique
Sujet: Bernardo Atxaga
Réponses: 2
Vues: 495

Miguel Ángel Asturias

Une certaine mulâtresse

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 Une_ce10
(En couverture, L’Étreinte de l'Univers, de Frida Kahlo)

Déterminé à devenir riche, Celestino Yumi, un pauvre bûcheron guatémaltèque, vend sa femme à Tazol, le diable des feuilles de maïs sèches. Devenu le possesseur d’une crèche, monde miniature auquel il peut à volonté donner réalité (les feuilles de maïs se changent en billets de banque), il épouse la séduisante mulâtresse, l’innomée, sauvage, cruelle, perverse, insensible, excessive, droguée, débauchée, destructrice ‒ lunaire. Repentant, Yumí récupère sa première femme, son aimée Niniloj, transformée en naine par Tazol. Tous deux réussissent à enfermer la mulâtresse dans la caverne de la lune. Ruinés, ils se font saltimbanques avec un ours, et rencontrent les Sauvages, danseurs déguisés en sangliers et qui le sont devenus, dont la grand-mère, la grande laie aux dents de lune, leur donne le moyen de faire recouvrer sa taille normale à Niniloj, dans le chemin des neufs tournants du diable, que parcourt un homme-pierre. Ils vont ensuite à Tierrapaulita, la ville tordue, l’université des sorciers, pour y étudier la magie...

Traduit et préfacé par Claude Couffon, qui dit avoir travaillé avec l’auteur, ce "roman" est présenté comme typique des débuts du réalisme magique. Qu’on apprécie ou pas cette dénomination, elle désigne une littérature spécifique, originale à l’époque, et avant-coureuse de la nôtre ; nous sommes indubitablement transportés ici en pleine sorcellerie, et bien des traits du réel y persistent.
L’auteur a précisé avoir voulu présenter et fixer les traditions populaires de la civilisation du maïs (en prolongement de Légendes du Guatemala), et c’est donc une découverte exotico-ethnologique du syncrétisme religieux des apports maya-nahuatl-quiché, catholique et animiste africain (un métissage que représente la mulâtresse) avec ses métamorphoses mythiques revues par le baroque, mais aussi un retour au fonds rabelaisien universel (avec ses constantes, grotesque et licencieux caractéristiques), encore le terreau où l’auteur nourrit son imagination extravagante, sa langue épique et poétique.
Le récit légendaire passe par des ellipses comme autant de contractions temporelles, bref des raccourcis, et aussi des redites et détours, il glisse impavide sur les incohérences, joue en miroirs et dédoublements, et bien sûr le merveilleux surgit sans cesse et sans complexe ; parfois, Asturias s’emballe, se lâche, fulgure, fellinien, surréaliste, torrentueux, tellurique, volcanique, luxuriant, avant de reprendre le cours de la narration des péripéties de son conte.
« Au feu ! Au feu !
Un incendie sans flamme et sans fumée, au feu fixe, stabilisé hors du temps, dans le monde du rêve réel, des choses réelles, palpables, véritablement réelles, et, cependant, rêve, rêve, rêve… »

« Dans le miroir azuré de l'air, les mains des journaliers, des contremaîtres et des manœuvres, dédaignant l’or, poursuivaient la mulâtresse nue, comme une apparition de pierre vivante. Ils ne respiraient pas. Ils ne cillaient pas. Avec les ciseaux de ses jambes elle les coupait en morceaux. C’étaient des morceaux d’hommes qui la suivaient, tandis qu’électrique, atmosphérique, elle dansait pareille à un feu follet. Elle était pourtant de chair. De chair de nacre noire, revêtue d’un léger duvet volcanique. […] Ce fut de la folie lorsque les plus hardis fixèrent son sexe, son sexe double, sans amour, haineux, et que la mulâtresse, lunaire et bestiale, tourna le dos pour attendre l’attaque pénétrante, virile, dominatrice, par le revers, par l’anneau, saturne vermeil, plus fermé que Saturne.
La valetaille recula en hurlant : "Mieux vaut l’or !..." "Mieux vaut l’or !" Et elle aurait tout emporté, tout, si Yumi ‒ tandis que la mulâtresse, suivie par ces mâles aveuglés, se perdait dans une nébuleuse lactée d’étalons qui se vautraient, qui se mordaient, qui trépignaient, éjaculant seuls, les vertèbres ondulant comme des vagues, les corps tombant dans le vide ‒ n’avait, pour sauver ses richesses, mis le feu, mais cette fois un feu véritable, de flammes, de fumée et de braises, à ses granges. »

Lors de ces déferlantes métaphoriques, on peut penser à Garcia Lorca, à Saint-John Perse, à Patrick Grainville.
Il y a là matière à interprétation psychanalytique (notamment un curieux sado-masochisme récurrent), sans doute aussi aux autres sciences humaines. Pour ce qui est de la mythographie, on retrouve des mécanismes universels : ambivalences, opposition endroit-envers, transformations des personnages et modifications de leur nom pour dérober leur identité aux forces occultes ; cela fait penser au pseudonymes, hétéronymes, etc., et à l’antiphrase (par exemple quand on appelle Bienveillantes les Furies). Au niveau sémiotique, nous baignons dans des symboles dont nous ne connaissons pas la signification ethnologique, mais qui renvoient à un imaginaire collectif, qui nous parlent (le même "inconscient" de L’Odyssée aux Chants de Maldoror en passant par les Mille et une nuits) ; il me semble que, depuis, la littérature a largement exploité ce filon du signifiant sans référence claire (Pynchon, Auster, Haruki Murakami, Bolaño et tutti quanti). Le rire, omniprésent, est celui de Rabelais et de notre moyen-âge, qui survit là intact. Géants et nains renvoient à Swift, excès et ivrognerie au carnaval, Huasanga qui dérobe le sexe des femmes évoque la Baubo des mystères orphiques, l’étrange rappelle celui d’Extrême-Orient. De même, les archétypes communs de la superstition y sont ressourcés. Cependant les signes typiques du surnaturel sud-américain sont nombreux : fréquence du chiffre quatre, tabac, cacahuète, copal, variole, etc.
« "Même dans les pets on reconnaît l’odeur du chocolat à l’ambre…" pensa Tazolino en s’approchant de son père qui pétaradait en se lavant les dents ‒ car il avait parlé, et la parole est bien ce qu’il y a de plus sale ‒ avec une brosse courbe à sept couleurs, arc-en-ciel d’où tombaient, comme des éclaboussures de mousse, des quetzals, des colibris, des paons et des oiseaux de paradis. »

Bien que ce ne soit pas le propos de l’ouvrage, quelques petits traits incisifs rappellent l’engagement humaniste et anticapitaliste de l’auteur, qui tient une part importante dans son œuvre ; Asturias rend aussi compte d’un certain panthéisme écologique, dans le prolongement de la croyance à la Terre-Mère :
« Les hommes véritables, ceux qui sont faits de maïs, cessent d’exister réellement et redeviennent des êtres fictifs lorsqu’ils ne vivent pas pour la communauté. […]
‒ Plantes, animaux, astres… vivent ensemble, tous ensemble, tels qu’ils ont été créés ! Aucun n’a eu l’idée de mener une existence à part, de prendre la vie pour son usage exclusif, excepté l’homme, qui doit être détruit pour avoir prétendu vivre isolé, étranger aux millions de destins qui se tissent et s’effilochant autour du sien ! »

Dans la deuxième partie du livre, deux conceptions du mal s’affrontent : Caxtoc (prononcé Cashtoc), « le Grand, l’Immense », « défenseur de l’envers de la création », s’oppose à Candanga, le « démon chrétien », qui intime « Accou-ou-plez-vous et engen-en-drez ! » (injonction pour alimenter les feux de l’enfer satanique, à rapprocher du « croissez et multipliez » biblique), alors que le premier veut détruire l’humanité au moyen de cataclysmes, l’anéantir pour en délivrer la nature. Intervient aussi Santano, dévot du saint Mauvais Larron, matérialiste douteur qui ne croit pas à l’au-delà, mais au rien, « pire que l’enfer », « mort de l’espérance ».
« ‒ Et pourquoi m’insultait-il ? déclarait Candanga. Parce que j’invitais les couples à engendrer, à se libérer de toute cette crainte de la chair et de la reproduire sans cesse à des millions d’exemplaires photographiques… Seuls les premiers parents furent authentiques, tous les autres hommes et femmes ne sont que des photographies prises d’orgasme en orgasme sur la base de ces photographies et images paradisiaques, sans changement de procédé : chambre noire, déclic, plaque sensibilisée, image d’un nouvel être humain…
[…]
‒ J’en ai terminé avec les esprits malins, bureaucratie crasseuse et analphabète, et je les ai remplacés par des robots chauffés individuellement au moyen de chairs incandescentes, possédant un radar comme les chauves-souris et de la poudre atomique pour laver leurs dents faites d’un feu qui consume tous les métaux, y compris le titane… »

Il y aurait encore beaucoup à dire, citons seulement :
« La peur est un rire parfois. » (I, « Noix de coco, diables, eau bénite en contrebande »)

« Le bruit fut tel qu’on aurait pu croire que la bâtisse s’écroulait. Pendant un long moment, une fine poussière de vieillerie s’abattit sur eux. Chaque parcelle de sciure était un début d’histoire sorti de son trou de silence, brin de bois sec, d’os de bois, poussière de ver. »

« Dans les choses du plaisir d’amour "épargner" c’est "perdre". »

« …] nous sommes étrangers à ce qui se passe derrière nous, suivis par les levains du rêve dans la grande obscurité de la vie. »

« Et ce fut pendant la canicule, durant le dernier bain de sels d’or détachés des torches allumées comme des oublis qui se consument seuls. »

« … l’église s’était remplie de sorciers dénigreurs qui battaient des paupières, comme pour ponctuer leurs pensées de virgules de cils, certains d’entre eux affolés par les bruits parasites de leurs intestins, ou de leurs instincts, qui sont les intestins de l’âme. »

« Le Démon ne trompe pas. Il fait en sorte que celui qui l’écoute se trompe. »

Il est même répondu à la question : pourquoi citer ?
« Nous n’avons pas de mots à nous, c’est pourquoi nous répétons les mots de ceux qui nous parlent. S’il vous plaît ?... Non, ce n’est pas par orgueil. Alors par peur ? Ni l’un ni l’autre, mais comme ce que disent ceux qui nous adressent la parole est bien dit, alors nous le répétons. »


ConteMythe s’impose !


mots-clés : #contemythe
par Tristram
le Jeu 31 Mai - 15:19
 
Rechercher dans: Écrivains d'Amérique Centrale, du Sud et des Caraïbes
Sujet: Miguel Ángel Asturias
Réponses: 8
Vues: 448

Timothée de Fombelle

Neverland

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 Proxy_56

Un petit livre tout court, plein de charme et de fantaisie où Timothée de Fombelle , accompagné d'un doux destrier, équipé en chasseur de chimères, part à la recherche d'une enfance qui  ne l'a en fait jamais quitté. Il traverse des paysages de clairières, de marais mystérieux et de buissons de mûres, et retrouve des souvenirs, des sensations (un retour de  vacances endormi dans la voiture, un tiroir fouillé en cachette, un oreiller moelleux...) qui ont fait la richesse de ses jeunes années.

C'est doux tendre, très poétique, l'enfance est innocente et accueillante; la jolie écriture empêche que cela ne tombe (trop) dans la naïveté. Et puisque le quatrième de couverture annonce qu'il s'agit du premier livre pour adultes de l'auteur, il faut bien préciser qu'il parlera d'autant plus à ceux qui ont gardé une part d'enfance, de rêve et d'imaginaire en eux.


mots-clés : #contemythe #enfance
par topocl
le Mer 30 Mai - 15:59
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Timothée de Fombelle
Réponses: 4
Vues: 198

Anonyme : Les Aventures de Sindbad le Marin

Les Aventures de Sindbad le Marin

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 97828511

Traduction intégrale à partir des manuscrits originaux arabes par René R. Khawam

(Vers 835-840)

A-t-on vraiment lu Sindbad le Marin ? Si, pour des millions de lecteurs, le nom magique de Sindbad est inséparable de celui de Schéhérazade, c’est grâce à un subterfuge d’Antoine Galland, premier traducteur des Mille et Une Nuits au XVIIIe siècle. Car les aventures de l’intrépide marin, René R. Khawam nous le prouve, n’ont jamais fait partie des Nuits. Mieux, le texte qu’en donna Galland, et que la plupart des éditeurs ont repris après lui, n’est que l’’adaptation’, fort édulcorée, d’un roman composé à Bagdad dès le IXe siècle. Ce roman, René R. Khawam en donne ici la première traduction intégrale, établie à partir des manuscrits anciens. ’Louanges à Dieu, Le Seigneur des Mondes !’ dit le conteur quand il a fini de nous narrer les voyages de Sindbad le Marin. Et louanges à ceux qui nous permettent, ici, de les lire !

editionslibretto.fr


Point fort de la collection, l'introduction pour replacer les textes dans leur contexte et mettre le lecteur en conditions. Ici l'accent est mis sur tout ce qu'il peut y avoir de factuel derrière ces aventures : le commerce avec l'Inde, l'Afrique et la Chine ou le Japon, des appuis géographiques, des références à des événements historiques... celui qui se croyait parti pour de l'imaginaire pur et dur est bien servi !

Aussi parce que Sindbad le Marin narrant ses aventures à Sindbad le Portefaix ferait un bon cousin pour le Baron de Münchhausen avec ses sept voyages plus incroyables l'un que l'autre. Sept voyages pour sept festins du commerçant aventurier qui profite enfin d'un repos bien mérité.

Les récits sont des contes initiatiques qui mettent en avant plutôt que la ruse et la force, la chance et la confiance ainsi que l'entraide et la gratitude. C'est très étonnant et très rafraîchissant en plus de tout l'exotisme que le texte peut avoir pour nous. Plus que les circonstances dramatiques ou extraordinaires ou les débauches de richesses c'est pour moi le fait marquant de ces histoires. Il y a acharnement pour des jours meilleurs mais toute péripétie est acceptée ou accueillie avec la confiance dans le fait que ce ne sera qu'une étape (quoi qu'en dise le narrateur c'est l'impression qui se dégage). Et puis les cohabitations de cultures différentes, les échanges de présents, les bons moments ça ne se refuse pas.

Étonnante lecture légère étonnamment enrichissante !


Mots-clés : #contemythe #initiatique
par animal
le Mar 27 Mar - 21:40
 
Rechercher dans: Écrivains du Proche et Moyen Orient
Sujet: Anonyme : Les Aventures de Sindbad le Marin
Réponses: 5
Vues: 365

Salman Rushdie

La terre sous ses pieds

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 La_ter11

Vina Apsara, star pop à la voix irrésistible, aime le génie musical Ormus Cama qui crée leur célèbre groupe rock, qui l’a découverte, puis perdue, la recherche et la retrouve, fou d’elle. Leur romance épique est narrée par Rai, ami d'enfance d'Ormus dans le Bombay des années 1950, et amant secret de Vina, qui les suit dans leur ascension en Angleterre puis aux USA, et sur toute la planète.
Ça c’est le pitch du scenario, mais il est réducteur. Le personnage principal, ce sont les mythologies indienne, grecque, en fait d’un peu partout, y compris nord-américaine (celle du showbiz), juxtaposées en une mythologie globale (mais plus dionysiaque qu’apollinienne), avec leur fondement de tragédie et destinée, et des refrains comme « Ce n’est pas ça qui devait arriver. » Avec toujours le mythe vivant que forment les deux principaux protagonistes. C’est donc un roman de la démesure, de la folie, de l’hybris, de la passion, soit l’univers mythologique transposé (ou prolongé, ou se perpétuant) de nos jours.
Un des centres est le mythe d’Orphée, un autre la culture rock, un autre encore celle de la photo (soit un monde qui imagine beaucoup, l’imaginaire étant la création d’images nouvelles, ce à quoi Rushdie excelle, étudiant la société actuelle en fabulant dessus).
D’autres thèmes sont repris : le jumeau, ou l’autre, le double mort ; la dualité qui ne se résume jamais à elle-même ; « l’amour tardif », quand il est trop tard…
Jusqu’aux tremblements de terre, qui respectent les frontières Nord-Sud, Occident-Orient : nous voici au Nouvel Âge des New Quakers !
Quand les dieux sont morts, et que la terre veut se débarrasser de nous… mais les amants mythiques sont toujours là.

« L’espèce humaine est naturellement, démocratiquement polythéiste, à part l’élite évoluée qui s’est totalement dispensée du besoin de dieux. […]
Quand nous cesserons de croire aux dieux, nous pourrons commencer à croire à leurs histoires. Bien sûr, les miracles n’existent pas, mais s’ils existaient, alors, demain, on se réveillerait pour trouver encore plus de croyance sur terre, plus de dévots chrétiens, musulmans, hindous, juifs, alors bien sûr on pourrait se concentrer sur la beauté des histoires parce qu’elles ne seraient plus dangereuses, elles seraient capables d’inspirer la seule croyance qui mène à la vérité, c'est-à-dire la croyance volontaire et non croyante du lecteur dans le récit bien raconté. » (15)


Rushdie se sert de différents genres, uchronie, anticipation, parodie, et use de jeux de mots, d’onomatopées, d’allusions référant à la politique, la littérature, les musique et cinéma :

« Plus minable que la salle des personnages de films et de séries télé jamais tournés est la pièce des rôles de théâtre non joués, et encore plus lamentable est la Chambre des députés, des trahisons futures, et le bar des livres non écrits, et la ruelle des crimes non commis [… » (4)


Urbanisation cupide de Bombay après l’indépendance :

« Une ville de pierres tombales se dresse sur le cimetière de tout ce qu’on a perdu. » (6)


Déshérence de l’émigré d’Inde à Londres, avant l’Amérique (livre de 1999) :

« Inde, fontaine de mon imagination, source de ma sauvagerie, toi qui m’as brisé le cœur.
Adieu. » (Fin de 8 )


Vision sévère du monde occidental, donc, y compris les USA :

« Cette Angleterre-là, corrompue par le mysticisme, hypnotisée par le miraculeux, les psychotropes, amoureuse des dieux venus d’ailleurs, a commencé à l’horrifier. Cette Angleterre-là est une région sinistrée, les vieux condamnent les jeunes en les envoyant à la mort sur des champs de bataille lointains et les jeunes leur répondent en se condamnant eux-mêmes. » (10)

« De nous trois, seule Vina a fait un voyage de retour, c’est elle qui, la première, a été prise dans le tourbillon dévorant de la faim spirituelle du monde occidental, ses abîmes d’incertitude, et elle est devenue tortue : une carapace dure sur un intérieur rempli de bouillie. Vina, la rebelle, la hooligan des mots, la hors-la-loi, la femme marginale : ouvrez-là, et vous trouverez le cristal et l’éther, vous trouverez quelqu’un qui désire être un disciple, quelqu’un qui désire ardemment qu’on lui montre le droit chemin. » (11)


Comme dans un récit d’univers parallèles, deux mondes s’interpénètrent ou entrent en collision, le nôtre et un autre (« l’autremonde », qui se révèle une variante ratée), par des déchirures, des contradictions du réel :

« …] notre irréconciabilité intérieure, la contradiction tectonique que nous avons tous en nous et qui a commencé à nous déchirer en petits morceaux comme la terre instable elle-même. » (11)


C’est un livre-monde, une œuvre totalitaire (et je m’y suis un peu enlisé ; près de 800 pages, mais ce genre de livre nécessite cette abondante matière).

J’ai constaté des contresens et des flottements au niveau de la traduction ‒ presque inévitablement, compte tenu de la somme à traduire en peu de temps.

J’ai pensé à John Irving vers le début, peut-être à cause de la sensibilité à l’enfance malheureuse. Plus évidents, il y a une proximité avec certaines œuvres de science-fiction, et une parenté avec des auteurs comme Don DeLillo.

« Mais le passé ne perd pas sa valeur en cessant d’être le présent. En fait, il est plus important parce qu’il est devenu invisible pour toujours. » (5)

« Il errait dans les rues le jour et la nuit, à sa recherche, la femme qui n’était nulle part, il essayait de l’extraire de la foule des femmes qui étaient partout, il découvrait quelques fragments dont il pouvait s’emparer, quelques bribes auxquelles il pouvait s’accrocher, dans l’espoir que ce nuage puisse au moins faire qu’elle vienne le visiter dans ses rêves.
Telle fut sa première quête d’elle. Pour moi cela me semblait presque nécrophile, vampirique. Il suçait le sang des femmes vivantes pour faire vivre le fantôme de la Disparue. » (6)

« La culture a besoin d’un vide pour s’y précipiter, quelque chose d’informe à la recherche des formes. » (13)

« L’espèce humaine est naturellement, démocratiquement polythéiste, à part l’élite évoluée qui s’est totalement dispensée du besoin de dieux. […]
Quand nous cesserons de croire aux dieux, nous pourrons commencer à croire à leurs histoires. Bien sûr, les miracles n’existent pas, mais s’ils existaient, alors, demain, on se réveillerait pour trouver encore plus de croyance sur terre, plus de dévots chrétiens, musulmans, hindous, juifs, alors bien sûr on pourrait se concentrer sur la beauté des histoires parce qu’elles ne seraient plus dangereuses, elles seraient capables d’inspirer la seule croyance qui mène à la vérité, c'est-à-dire la croyance volontaire et non croyante du lecteur dans le récit bien raconté. » (15)

« Nous changeons ce dont nous nous souvenons, puis cela nous change, et ainsi de suite, jusqu’au moment où nous nous effaçons ensemble, nos mémoires et nous-mêmes. Quelque chose comme ça. » (16)

« …] les chansonnettes regrettables devenues les hymnes totémiques du Nouvel Âge des tremblements. Nous ne devons pas considérer Ormus Cama comme il prétend modestement le faire, un simple troubadour ou un rocker ; car sa musique de haine de soi et du déracinement a été pendant longtemps au service, je dirais même au cœur, de l’Occident où la tragédie du monde est reconditionnée pour l’amusement de la jeunesse, et dotée d’un rythme contagieux qu’on marque du pied. » (18)


Amour, ConteMythe (et Mondialisation dans un certain sens)


mots-clés : #amour #contemythe #mondialisation
par Tristram
le Mar 20 Mar - 14:22
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Salman Rushdie
Réponses: 8
Vues: 575

Washington Irving

RIP et autres contes

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 Gdfhsb10

Ensemble de contes dont le plus fameux est Rip qui est éponyme puisque l'on suit le récit de Rip van Winckle. Histoires fantastiques qui sont un peu les ancêtres des légendes urbaines américaines (on y retrouve Sleepy Hollow) parsemées d'un vrai goût pour les descriptions de type naturalistes. Le récit fantastique est n prétexte pour nous faire découvrir la nature de l'Amérique, la nature sociale, sociétale, politique mais aussi historique. Egalement la vraie nature.
Le style ainsi que les idées développées m'ont fortement fait pensé à Tocqueville et je fus du coup totalement hors de l'aspect fantastique de l'histoire souvent réduite à une élucidation rationnelle servie par l'alter ego avec le pseudo de  Dietrich Knickerbocker qui sert à retracer la vision réaliste de l'histoire. et de l'Histoire.

Intéressant.


mots-clés : #contemythe #fantastique
par Hanta
le Mar 13 Mar - 9:59
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Washington Irving
Réponses: 3
Vues: 234

Jean d'Ormesson

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 51jvr510

Histoire du juif errant

Résumé : A Venise, au pied de la Douane de mer, en face du palais des Doges et de San Giorgio Maggiore avec son haut campanile, deux jeunes gens qui s'aiment vont écouter, le soir, un personnage surprenant qui porte beaucoup de noms.
Ses récits les emportent, à travers l'espace et le temps, dans un tourbillon d'aventures où passent à toute allure, sous des éclairages imprévus, assez peu familiers aux enfants des écoles, Stendhal et Christophe Colomb, des Chinois et des Arabes, le procurateur de Judée et des guerriers vikings, le raid israélien sur Entebbe et l'invention du zéro, les amours de Pauline Borghèse et Les Mille et Une Nuits, toutes les passions du monde et aussi ses misères.
L'homme à l'imperméable, qui raconte, avant de disparaître comme il est apparu, ces souvenirs ou ces fables qui se confondent avec la vie, se prétend condamné à l'immortalité pour avoir refusé, sur le chemin du Calvaire, un verre d'eau à Jésus titubant sous sa croix.
Son histoire d'éternité fait revivre un mythe aussi universel que don Juan ou le docteur Faust : le juif errant.
Dans les récits de la Douane de mer, il ne ressemble à rien de connu : à mi-chemin de la Bible et de la bande dessinée, de Hegel et d'Arsène Lupin, il incarne l'histoire des hommes, nécessaire et inutile, depuis toujours maudite et pourtant irrésistible de gaieté et de bonheur.


« C’est toujours la même chose. Du sang, des sièges, la fin de tout. L’espérance chevillée au cœur, la peur vague d’on ne sait quoi, l’attente d’un dieu inconnu qui peut prendre toutes les formes, qu’on défie et vénère et qui est peut-être le néant, et, courant à travers le monde comme un fil invisible qui tiendrait tout ensemble, l’amour. »

L’inspiration de ce roman, soit le mythe du juif errant, autorise à se promener dans différentes époques, différents lieux, et en cela je trouve qu’il y a matière à un livre riche par tout ce qu’il peut nous faire vivre et traverser. L’histoire se prête aussi à des réflexions philosophiques sur la vie, la mort, l’amour, les trois étant intriqués.

Je n’enléverai pas à l’auteur sa culture, son érudition, sa belle formulation, mais dommage qu’il n’y ait pas plus d’âme, en tous les cas, personnellement, j’ai eu du mal à m’émouvoir, à entrer dans l’histoire, à m’identifier à quelque personnage, et de ce fait cela a donné une suite de situations un peu insipides. On croise maints noms connus, maintes parts d’histoire du monde, mais cela ne m’a pas émue, touchée, emmenée vraiment dans d’autres contrées, ni dans mon imaginaire.

Le roman est constitué de 3 parties. La première n’est pas aisée car ne livre pas encore le fil rouge, et on passe d’un personnage à un autre, d’un lieu à un autre, d’un moment de l’histoire à un autre, cela sans comprendre le lien, de manière décousue. Par la suite, quand nous comprenons que le lien est Ahasverus (Alias le juif errant qui porte plusieurs noms), la lecture se fluidifie. Il va nous emmener dans ses réflexions sur la vie, la mort, l’amour, ce en nous narrant plusieurs récits de front qui nous emmènent d’une époque à une autre, dans différents pays, avec différents peuples. Si le procédé est astucieux et pourrait être très riche, il est peu à peu devenu rébarbatif pour moi. Bien que tous les ingrédients soient là par rapport à mes goûts pour entrer dans une histoire magique, il ne s’est rien passé, et j’ai lu une bonne partie juste pour aller au bout. La faute à quoi ? Je dirai que ces allées et venues cassent constamment le rythme, et que, bien que le fil rouge à un moment soit connu, il ne suffit pas.
Ce roman me semble une suite de belles phrases et de beaux mots qui décrivent, parsemé de ruptures constantes du fait de chapitres très courts dont aucun ne parle de la même chose que le précédent. On fait des sauts constants d’un personnage à l’autre, d’une époque à l’autre, et il est impossible de s’attacher, de mettre les bouts d’histoire ensemble tant ils sont brefs.

Ce livre me semble un étalage d’érudition qui sert plus à montrer la jolie plume de l’auteur et ses références culturelles, historiques, etc, qu’à capter le lecteur. Pour moi, après avoir passé la première partie sans aucun fil rouge, j’ai eu espoir d’accrocher dans les parties suivantes, mais après un temps de lecture supplémentaire,  quand j’ai pris conscience de l’absence de toute magie malgré tout, cela n’a presque été que contrainte de lecture.

Dommage tant ce livre était prometteur, mais l’amoncellement de connaissance sans profondeur et les ruptures constantes dans l’histoire épuisent jusqu’à la lassitude, à l’ennui, ce qui amène à « manger »  les pages pour vite terminer sans plus aucun plaisir à une lecture devenue indigeste.


mots-clés : #aventure #contemythe
par chrysta
le Lun 29 Jan - 8:08
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Jean d'Ormesson
Réponses: 36
Vues: 1671

Mark Twain

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 51ipmr10

Le journal d'Ève......Le journal d'Adam

Des petits textes très courts. Le premier étant “Le journal d’Adam”, qui est bien structuré avec un début une fin et une continuité dans le récit. Adam est très bien au paradis. Il vit nu, mange des fruits, vit avec des tigres végétalistes. Et une créature apparait, Eve. Et elle est pénible. Elle parle trop, elle veut tout comprendre, elle le suit partout, elle donne des noms à tout. Pour dire, elle a inventé le mot “nous”. Il la fuit et se dit qu’elle ne lui apportera que des ennuis. Et en effet elle mange des fruits défendus et  ils perdent le paradis. Les animaux s’entretuent pour survivre. Et d’autres créatures apparaissent Caïn et Abel. Au début Adam ne sait pas ce qu’ils sont. Des sortes de poissons? Des Ours sans poils? En tous cas, ils font beaucoup de bruits. Adam finit par s’attacher à Eve, l’interdépendance est nécessaire dans ce monde dans lequel il faut se battre pour survivre.

Le journal d’Eve est plus morcelé. Il commence comme le journal d’Adam et puis change. Il y a une partie où Eve raconte les expériences que Adam et Eve, donc font pour comprendre le monde. Et on comprend que Eve a beaucoup de tolérence pour Adam qui ne comprend pas grand-chose et s’intéresse à des choses bien inintéressantes, mais qui est là constant et fort. Eve se demande pourquoi elle aime cet homme qui semble bien médiocre sur certains plans, mais elle l’aime. Et elle l’a aimé tout de suite, quitte à interpréter ses signes de fuites autrement. Eve a eu le coup de foudre et n’aime pas être seule. Mais Eve est entreprenante et ose tout. Bref deux petits livres amusants.

Je mettrai quelques extraits plus tard.....


Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 Tissot10

James Tissot

mots-clés : #contemythe #humour #xixesiecle
par Pia
le Sam 20 Jan - 16:58
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Mark Twain
Réponses: 14
Vues: 731

Pasi Ilmari Jääskeläinen

LUMIKKO

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 51n00p10

Au sein d'’un petit village finlandais prospère une étrange société littéraire secrète composée de neuf écrivains réunis autour de la figure tutélaire de Laura Lumikko, auteur à succès d’une série de livres fantastiques pour la jeunesse. En pénétrant peu à peu dans l’'intimité de cette société – grâce à un Jeu aux règles complexes permettant d’arracher la vérité aux membres de la société – Ella, une jeune professeur de finlandais aux ovaires déficients, découvre le sombre secret de leur inspiration. Pendant ce temps, Laura Lumikko disparaît, tandis qu'une étrange peste semble s'’être abattue sur les livres de la bibliothèque : certains livres voient leur fin subtilement altérer...

Avec une écriture pleine d’ironie, Pasi Ilmari Jäaskelainen nous invite dans un univers trouble, progressivement étouffant, qui n’'est pas sans rappeler celui déployé dans la série Twin Peaks de David Lynch, et réussit la gageure de créer une atmosphère à la fois drôle et inquiétante.
À la fois conte initiatique, hommage à la mythologie finnoise et thriller sombre et angoissant, ce roman polymorphe constitue avant tout une réflexion acérée sur la position de l'écrivain dans la société et sur la nature de l’inspiration.



Ce livre, tout en ayant le désavantage de laisser sur sa faim, a l’avantage de nous mettre face à moults questionnements pour lesquels une relecture serait certainement un moyen de saisir certains éléments qui n’ont pas percuté à la première, alors que nous n’avions pas notion de la chute. J'en ai d'ailleurs fait une en diagonale et j'ai déjà relevé pas mal de choses. Je reste tout de même frustrée car il est étonnamment insaisissable, bien que je pense qu'une analyse fine pourrait en livrer une certaine explication, mais pour cela il faudrait une vraie relecture dans laquelle je ne souhaite pas me lancer dès à présent.

L'ambiance et l'atmosphère étrange monte crescendo, c'est interrogeant mais je pense n'avoir eu une réelle accroche et le désir de savoir que quand certains mystères supplémentaires surviennent.  Reste ensuite à notre interprétation ce que l’on veut bien entendre de ce livre, et c’est là la partie la plus intéressante (et la plus prise de tête) car il faut essayer de recréer le puzzle.

J'ai mis une grande partie en spoiler car cela livrerait des éléments, après, à chacun de choisir s'il souhaite lire ou non. Ces éléments donnent certaines informations de ce qui se passe, mais ce sont essentiellement des recoupements que j'ai pu faire car vraiment, l'œuvre est complexe.

Tout d’abord, voici la trame de fond :
L’histoire se situe dans le village natal d’Ella, un village dans lequel résident nombre d’écrivains, dont ceux de la société littéraire créée par Laura Lumikko. Ella Milana a 26 ans, des « lèvres bien dessinées et des ovaires déficients ». Drôle de présentation d’emblée que nous fait ici l’auteur. Ses fiançailles ont été rompues 3 mois après cette nouvelle. Elle est professeur remplaçant de finnois, et l’histoire commence quand elle découvre avec horreur que la fin de crime et châtiment a été changée, Sonia tuant Raskolnikov.

Cette modification dans l’œuvre de Dostoïevski est à l’origine de sa rencontre avec Ingrid Kissala et du fait qu’elle apprenne de sa bouche le fléau qui s’abat sur les livres, certains d’entre eux étant atteints d’une « peste » qui les rend instables.

Ella a fait son mémoire sur Laura Lumikko et notamment la dimension mythologique de ses œuvres, un ensemble de livres intitulés « Bourg-aux-monstres ». Avec la nouvelle qu’elle a écrite, « Le squelette était assis dans la grotte et fumait en silence », elle est repérée par Laura Lumikko et intègre à Société d’écrivains créée par celle-ci pour être le 10ème et dernier membre.
Spoiler:


Or, elle ne rencontrera jamais Laura, celle-ci disparaissant dans une tempête de neige le jour même de la soirée dans laquelle elles auraient du être présentées.

Le corps de Laura n’est jamais retrouvé. Nous apprenons néanmoins à mieux la connaître au fil du roman : une personne qui avait connu une mort clinique enfant après être tombée dans un étang gelé, un accident dont les séquelles auraient du être irréversibles au niveau des handicaps. Or, revenant quelques années après, elle est bien rétablie, sauf des migraines et le fait qu’elle ne se souvient pas l’accident et a des hallucinations. C’est à ce moment qu’elle crée la Société avec des enfants de neuf ans, futures graines d’écrivains qu’elle envisage de former. Elle impose aux sociétaires un Jeu aux règles plus ou moins perverses, base du processus de connaissance de l’autre et de création, sorte de vampirisme des expériences et vécus des autres. Ce Jeu va éloigner tous les sociétaires l’un de l’autre car ils connaissent trop sur leurs compagnons et ont aussi beaucoup déversé d’eux à chacun. Dans les règles du jeu, le défi doit survenir après 22h heure et est souvent accompagné de « jaune », du penthotal (substance pour l’induction et l’entretien de l’anesthésie générale, aussi utiliser comme drogue dans les interrogatoires pour inhiber la résistance du sujet questionné), qui les met dans un état semble-t-il propice à déverser sur le mode de l’association libre psychanalytique.

Le Jeu va être pour Ella le moyen d’obtenir des informations sur Laura Lumikko et sa société littéraire. Elle en découvre aussi certains secrets, notamment l’existence d’un 10ème sociétaire, jalousé des autres pour son soi-disant « génie », dont personne n’a jamais parlé, et qui se révèle à la fin être un enfant autiste qui se contentait de réciter des textes entendus, et était illettré. Il serait mort dans un accident. Les autres enfants ont récupéré son carnet après sa mort en le volant, l’ont lu pour certains, et ensuite l’ont enterré. Seuls ceux qui ne l’ont pas lu ne redoutent pas qu’Ella expose que l’inspiration des sociétaires viendrait de ce cahier et non d’eux. Les autres se verraient brisés par cette révélation.

Ensuite, voilà les quelques éléments que j’ai recoupé ou qui sont récurrents :
- L’empereur-rat est un personnage des livres de Bourg-aux-monstres. Il fait peur, mais sur la couverture du dernier livre tout juste amorcé de Lumikko, « Le retour de l’empereur rat », il est présenté sur la couverture comme ami de la Blanche mère puisqu’elle part avec lui sous le regard terrorisé des monstres. L’empereur rat n’apparaît pas vraiment dans les livres parus de Bourg aux monstres, il est celui qui rôde la nuit et qui déverse de noirs secrets que personne ne peut entendre sans en être brisé. Les premiers mots du livre avorté sont « J’ai vu la fille venir sur la glace et son ombre est tombée sur moi ». Un rat est aussi présent dans le livre au moment où Ingrid pense que son père lui a fait cadeau d’un rat mort pour voir ce qu’elle allait faire.

- Le revenant, ou plutôt « l’ombre » de la fin, avec son toucher froid qui fait penser aux effets de l’approche de la mort, m’amène à penser que cette ombre est justement la mort. Par rapport à cela, l’ombre apparaît aussi dans la première phrase du « retour de l’empereur rat » : « J’ai vu la fille venir sur la glace et son ombre est tombée sur moi ». Notons aussi qu’Ella a toujours eu peur de s’approcher de la mare dans laquelle elle semblait distinguer quelque chose.

- On a aussi la scène, raconté de plusieurs bouches dans laquelle Ingrid, visitant la maison, se serait retrouvée dans une pièce remplie d’eau dans laquelle elle aurait pris deux livres très lourds : un qui appartient au rat-mort et l’autre qui est instable et donne mal à la tête. On peut supposer que le rat-mort est le 10ème sociétaire décédé car cet épisode survient peu après sa disparition. Ingrid s’enfuit avec les livres, poursuivie de Maarti, et va les poser à la bibliothèque. Elle est trempée, mais étonnament lui aussi, et quand il vole les livres dans la bibliothèque, Ingrid est décrite comme allongée par terre la tête dans une flaque. Ensuite, le cahier du mort est proposé à la lecture, une seule nuit, aux autres sociétaires avant d’être enterré. Ella fait aussi un rêve où elle est dans une bibliothèque, cherche des livres qu’elle aurait écrits, et ne trouve que des livres vierges d’écritures, lourds comme des pierres car faits de pierre. Dans ce rêve elle entend aussi une respiration dans son cou, quelque chose est derrière.

De plus, certains éléments récurrents sont présents dans le récit global :

- les chiens sont présents dès les débuts dans la bibliothèque avec la « littérature canine », mais aussi dans nombre de moments de l’histoire (par exemple à côté de la voiture retrouvée), puis de plus en plus, notamment en se regroupant autour de chez Talvimaa. Il en est de même des guêpes qui sont en nombre lors du déterrage du carnet, mais apparaissent à d’autres endroits, notamment une guêpe sort de la bouche de Lumikko quand Ingrid la regarde dormir et pique l’enfant
- La question de la mort est présente à différents endroits ; que ce soit la mort d’Oskar, mais aussi celle du père d’Ella. IL y a aussi la bibliothèque décrite et même nommée comme un mausolée, la proposition (étonnante) de la mère d’Ella de la mettre dans la tombe familiale, la mort des animaux (l’oiseau, le papillon notamment)

- Oskar, le 10ème membre, serait mort de noyade ou d’un accident de voiture Parmi les autres sociétaires, et notamment Silja, des rêves et lapsus tournent plutôt autour d’un assassinat. Silja est toujours prête à dire  (comme un lapsus) que « Le garçon a été assassiné ». Maarti, quant à lui, a eu l’idée qu’il s’est noyé dans l’étang à côté de la maison de Lumikko. On peut ajouter que Maarti est pétri d’une culpabilité, et c’est aussi lui qui appelle Ingrid pour lui dire : « il est à nouveau là, debout dans le jardin, il regarde la maison sans bouger ». Un cartographe parle de culpabilité refoulée qui attire les revenants. Un livre de Maarti nommé « Monsieur Papillon », qui fait référence à la mise à mort d’un papillon pour servir son expérience littéraire


Autres éléments possiblement intéressants :
- La mère de Maarti morte d’avoir reçu une moto neige
- Les cauchemars des enfants du village qui voient Lumikko morte dans leurs rêves
- Les parents d’Oskar ont eu un accident avec lui qui lui a couté la vie, sa mère étant restée paralysée car a eu la colonne fracturée dans un accident de voiture. Le mari, quant à lui, est aveugle
- Concernant la « Mare aux nixes », l’histoire raconte que 5 enfants s’y seraient noyés, et qu’une silhouette étrange y aurait plongé sans jamais remonter. La mare aux nixes originelle est différente de celle creusée par le père de Lumikko. Tous les enfants fuyaient l’étang comme la peste
- Le rapport aux enfants : Ella a les ovaires déficients, Lumikko n’aime pas les enfants, Silja s’est faite avorter mais avant, regardait son corps changer dans le miroir. Sans compter que les enfants sont très souvent présentés comme quantité négligeable, les sociétaires qui en ont ne s’y intéressent pas vraiment.
- Une actrice devient folle en tentant de se mettre dans le personnage de Lumikko
- Les personnages de Bourg aux monstres : Bobo Rix Rax qui tue Humidon et s’en veut, Boule d’écorce, le personnage de Bourg aux monstres préféré d’Ella, transmet des images symboliques allant jusqu’à l’horreur aux arracheurs…

Il y a encore nombre de choses mais je ne peux pas toutes les citer ici.
Bon, pourquoi citer tout cela, pour tenter de faire des liens, et si certains parmi vous ont des idées, n’hésitez pas.

Maintenant, de là à savoir ce que l’auteur veut nous faire passer, il y a un grand pas … que j’ai du mal à franchir.
Personnellement, j’ai écarté l’étude de la possible dimension symbolique car elle risque d’être complexe à déterminer sans connaître la culture finnoise, ses mythes et son vocabulaire.

Après, plusieurs hypothèses me sont venues à l’esprit :

- Un roman qui est en fait un conte métaphorique qui vient, sous couvert de l’histoire des personnages de la société, parler de l’inspiration littéraire en en passant par la page blanche (manque d’inspiration) ; l’utilisation des autres comme vecteurs sans plus d’états d’âme, une sorte de viol de l’intime pour donner matière au livre (c’est la dimension que représente le Jeu qui, finalement, est un moyen d’absorber quelque chose de la vie de l’autre pour l’utiliser par la suite, sorte de vampirisme de tranches de vie). ; jusqu’où il est possible d’aller pour être inspiré et se faire reconnaître (mort du papillon mais peut-être aussi mort d’un enfant ; utilisation des autres comme des objets…). Je pense que cette dimension est la toile de fond n’est pas à exclure de l’analyse de ce roman, car l’œuvre est pour moi une forme de métaphore de la création littéraire et de ce qui l’accompagne.

- L’hypothèse d’une décompensation d’Ella n’est pas à exclure, car finalement dès le début du livre, ce qui est posé ce sont ses « ovaires déficients » et comment sa vie a été en peu de temp bouleversée, par cela, par sa séparation, et par la perte de son père. D’ailleurs, elle perd les pédales en classe en leur donnant un sujet pour le moins interrogeant et est arrêtée dans son travail pour cela, donc pour désordres psychologiques. Si on prend cette hypothèse, l’ensemble de l’histoire pourrait être entendue comme le déploiement du délire de Ella, délire dans lequel des éléments de la réalité sont utilisés mais distordus, et certainement aussi des éléments mythiques de la culture finnoise qui ont pu être une croyance intégrée aux éléments délirants. Cela serait aussi possible d’imaginer qu’Ella est Laura, celle-ci ayant été prise d’hallucinations après son accident et l’ayant oublié.

Je pense en fait que ce roman est construit sur les bases des principes du rêve (condensation : un élément en condense plusieurs ; déplacement : un élément, émotion, etc est déplacé sur un autre), ou encore des principes de la construction du délire. En gros, ce roman est à mon sens à penser avec la question de l’inconscient. Après, comment les choses s’organisent, là est toute la question.
Est-ce que c’est un pur délire d’Ella ? Est-ce qu’il y a aussi des pans de réminiscence de son passé ? Est-ce qu’on est à une seule époque ou est ce que les temps se mélangent ? Qui est mort et qui est en vie ? ….

Pour moi, cela part malgré tout d’un événement réel survenu dans la mare. D’ailleurs cette mare a la réputation d’avoir vu mourir nombre de personnes, dont au moins 5 enfants au 19ème. Y a-t-il mélange entre morts du passé et présent (un peu comme dans 6ème sens) ? Laura a-t-elle vraiment survécu ? Qui s’est noyé ? Qui l’a noyé ? Parfois j’ai supposé que deux des enfants pouvaient avoir été à l’origine du décès par noyade, surtout du fait des déversages où Ingrid est trempée, Maarti aussi, et où ce sont eux qui ont le cahier.

Je vais cesser de me prendre la tête … car où que je cherche, j’ai l’impression d’avoir encore plus de questions ….



mots-clés : #contemythe #fantastique #polar
par chrysta
le Lun 25 Déc - 7:46
 
Rechercher dans: Écrivains de Scandinavie
Sujet: Pasi Ilmari Jääskeläinen
Réponses: 2
Vues: 357

Coralie Bickford-Smith

Le renard et l'étoile

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 26398610

Je cherchais un livre pour noel, pour un petit garçon de mon entourage qui a déjà vécu des épisodes grâves de la vie, qui en est resté un brin trop grâve lui aussi, un peu mélancolique et angoissé. J'ai cherché un livre pour lui en étant moi-même ce jour là un brin trop grâve et angoissée. Mon regard meurtri est tombé sur la flamboyance orangée de cette couverture. Ni une ni deux, , j'ai acheté ce bel album graphique. Mon libraire m'a dit qu'il était juste...parfait.
Et je l'ai lu une demi heure après, et en effet, il est juste parfait. J'ai eue l'impression de faire une séance d'EMDR (thérapie reposant globalement sur la mise en oeuvre de mouvements mécaniques occulaires, préconisée auprès d'un public traumatisé , je résume en gros).
Le graphisme hypnotique en est absolument sublime, et les trames de sens qui le traversent également.



mots-clés : #contemythe #jeunesse #solitude
par Nadine
le Mar 7 Nov - 17:34
 
Rechercher dans: Bande dessinée et littérature illustrée
Sujet: Coralie Bickford-Smith
Réponses: 6
Vues: 363

Rubén Darío

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 51zq8q10

Verónica et autres contes fantastiques

Rubén Darío est un écrivain enchanteur qui, dans ce recueil de nouvelles, marie avec raffinement la poésie, l’ésotérisme et bien sûr le fantastique puisqu'il est un grand amateur de littérature fantastique et voue une admiration certaine à Edgar Poe, le tout avec une belle touche d’humour.

Le recueil réunit dix nouvelles : la première, « Thanatothopie » fait référence à la littérature de Poe, un clin d’œil ou un hommage à l'Américain, avec, on s'en doute, la mort au programme ; les hallucinations dans « Le cauchemar d’Honoria », le savoir magique dans ce « Conte de la nuit de Noël » qui n’oublie pas non plus la mort avec la réincarnation ; le monde de son enfance et des fantômes est visité dans « Le spectre », il s'enrichit de ses voyages, avec humour, sur le destin déjà tracé, par exemple dans « Le ruban rouge ». Le temps qui fait son œuvre est ici suspendu dans « Le cas de mademoiselle Amelia ».

Ces courtes nouvelles, des récits quasi surnaturels, sont colorées d’étrangeté, de mystère, et de charme, aujourd’hui je dirais de charme un peu désuet, ce qui ajoute à la poésie de ce cher Rubén Darío.

Mots-clés : #contemythe #fantastique #nouvelle
par Barcarole
le Dim 15 Oct - 10:42
 
Rechercher dans: Écrivains d'Amérique Centrale, du Sud et des Caraïbes
Sujet: Rubén Darío
Réponses: 11
Vues: 665

Daniel Mendelsohn

L’étreinte fugitive

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 Images14

Daniel Mendelsohn  , pour moi comme pour beaucoup, ça a d'abord été le choc de Les disparus. Le succès aidant, est parue en français l'étreinte fugitive, premier volet de sa trilogie. La parution récente du troisième opus,  Une odyssée : un père, un fils, une épopée, est l'occasion pour moi de m'y replonger. Moins abouti sans doute, plus confus, moins centré, l'étreinte fugitive reste une lecture riche et pleine d'ouvertures.

Si la tragédie était, comme nous nous plaisions à le croire parfois, le théâtre de l'affrontement du Bien et du Mal, elle ne serait pas aussi captivante : la tension qu'elle suscite vient de quelque chose de beaucoup plus complexe et intéressant, qui est le conflit entre deux idées du Bien.


Daniel Menselsohn aime les "garçons", il vit à Chelsea, quartier gay de New-York et fréquente les lieux de drague, les sites de rencontres,  cumule les rencontres d'une nuit ou d'un instant, sans lendemain et sans intimité, pour le plaisir du jeu et de la multiplicité.
Daniel Mendelsohn habite aussi dans le New Jersey, un quartier à la bourgeoisie conformiste, auprès d'une femme célibataire, Rose, qui, une fois enceinte, lui a demandé d'être l'élément masculin auprès de cet enfant, Nicholas. Auprès de lui il apprend l’importance  de la permanence, de la sagesse, l'intensité de la filiation.
Daniel Mendelsohn est le descendant de Juifs polonais émigrés aux Etats-Unis entre deux guerres, et dont l'histoire familiale est aussi complexe et pleine  de sens que celles de la tragédie grecque.
Daniel Mendelsohn ne renonce à aucune de ces trois images de lui, qui se reflètent  et se répondent à l'infini dans un miroir qu'il se tend à lui-même.

Ce qui donne un sens à cet amalgame parfois confus,  est une expression du grec ancien, dont Mendelsohn est un érudit passionné : deux particules, men ... et de... qui n'ont de sens l'une sans l'autre, et qu'on pourrait traduire par d'un côté... et de l'autre côté , et qui, nous dit-il, sous-tendent la pensée grecque. Quelque chose qui a à voir avec la dualité, le paradoxe, l’ambiguïté, le compromis. Quelque chose qui apprivoise la complexité : gay et père, sujet et objet, volage et fidèle, Américain et juif, fils et père, confronté à la beauté comme à la perte.

Dans la famille de cet homme, les photos avaient une importance suprême parce que c'était la preuve de la beauté et qu'après avoir  tout perdu, leur maison, leur terre, leur brasserie, leur boucherie en gros, leurs camions, leurs domestiques, leurs filles et leur dignité, il ne leur restait que la beauté.


C'est livré dans un livre exigent, sans concession, qui ne s'offre pas le luxe de la simplicité, de la chronologie, parce que ce ne serait pas le reflet de la vie, de ses surprises, de ses traquenards. Mendelsohn suit ses pensées, saute d'un personnage à l'autre, d'une époque à l'autre pour tracer un trajet plein de contre-temps, de digressions  et de détours. L'ensemble est disparate, parfois sans queue ni tête, et l'unité lui vient par une réflexion implicite sur les liens entre vie vécue, littérature, mythes, histoires, mensonges qui sont la source de son identité.

Nous allons voir des tragédies parce que nous avons honte de tout compromis, parce que nous trouvons dans la tragédie la beauté pure de l'absolu, une beauté qu'on ne peut avoir si on choisit de vivre.



mots-clés : #autobiographie #communautejuive #contemythe #famille #identitesexuelle #immigration
par topocl
le Mer 11 Oct - 21:39
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Daniel Mendelsohn
Réponses: 38
Vues: 1277

José Saramago

Mon préféré, c'est le premier que j'ai lu: Tous les noms.
Mais j'avais bien aimé L'aveuglement, moi..

Notes récupérées:

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 410rhr10

L'aveuglement

Je crois que j'ai trouvé ce qu'il manquait au film Blindness adapté de L'aveuglement magnifiquement traduit du portugais par Geneviève Leibrich.
L'écriture..
Et ses descriptions du chaos après que les habitants d'un pays ( sauf une, allez savoir pourquoi..) aient été frappés par une épidémie qui les prive simplement d'un de leurs sens. Oui, mais lequel, la vue.
Et les petites reflexions philosophico-ironiques, qui ponctuent ce récit touffu, sans presque aucune respiration, des conséquences de cette épidémie. Conséquences bien réalistes , on dérape et on baigne du début à la fin dans les immondices . Privé de vue, l'homme redevient très vite un animal. Avec ses besoins élémentaires. Et la société se réorganise autour de ces besoins.
Quand les besoins naturels pressent cruellement, quand le corps ne peut plus se retenir tant la douleur et l'angoisse sont grandes, alors l'animal que nous sommes se manifeste dans toute sa présence.

Jusqu'à ce que... survienne un très beau "personnage", le chien buveur de larmes.

"Le chien des larmes s'approcha d'elle, il sait toujours quand on a besoin de lui, la femme du médecin se cramponna à lui, non pas qu'elle ne continuât pas à aimer son mari, non pas qu'elle n'aimât pas tous ceux qui étaient là, mais son impression de solitude fut si forte en cet instant, si intolérable, qu'il lui sembla qu'elle ne pourrait être adoucie que par l'étrange soif avec laquelle le chien buvait ses larmes."

Parabole, petit conte philosophique, en tout un roman troublant que l'on ne peut pas abandonner facilement.



Lu également:
Les intermittences de la mort
traduit du portugais par Geneviève Leibrich
Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 67911410

La mort, cependant, qui, à cause des devoirs de sa charge,avait entendu tant d'autres musiques, notamment la marche funèbre de ce même chopin ou l'adagio assai de la troisième symphonie de beethoven, eut pour la première fois de sa très longue vie la perception de ce qui pourrait devenir une parfaite concordance entre ce qui est dit et la façon dont c'est dit. Peu lui importait que ce fût le portrait musical du violoncelliste, probablement avait-il fabriqué dans sa tête les ressemblances alléguées , réelles et imaginaires, ce qui impressionnait la mort c'était le sentiment d'avoir entendu dans ces cinquante-huit secondes de musique une transposition rythmique et mélodique de toute vie humaine, ordinaire ou extraordinaire, à cause de sa tragique brièveté, de son intensité désespérée, et aussi à cause de cet accord final qui était comme un point de suspension laissé dans l'air, dans le vague, quelque part, comme si, irrémédiablement, quelque chose restait encore à dire.



Et voici donc l'histoire de la mort ,dans ce conte fantastique ,qui , dans un premier temps, décide de faire grève! Et ce qui s'en suit, et on peut faire confiance à Saramago pour explorer dans le détail les inconvénients de cet évènement. Et les moyens employés pour contrer ces inconvénients. Et les propres inconvénients liés à ces moyens employés...Mais..je ne vais pas vous raconter l'histoire, effectivement, on a toujours l'impression d'entendre quelqu'un vous raconter une histoire à voix haute, et on attend la suite!
Sachez toutefois que la mort va tomber amoureuse d'un violoncelliste. Et de son chien. Et qu'on ne sait pas si la faux, à qui elle a confié la tâche d'envoyer les enveloppes violettes pendant son absence , va vraiment s'en charger. Ca reste un mystère , car, quand même, le lendemain ,personne ne mourut.

Roman paru en 2005, Saramago avait 83 ans.

En exergue:
Pense,par exemple, davantage à la mort- et il serait étrange en vérité que tu n'aies pas accès ce faisant à de nouvelles représentations, à de nouveaux domaines du langage. Wittgenstein


mots-clés : #contemythe #sciencefiction
par Marie
le Jeu 14 Sep - 18:19
 
Rechercher dans: Écrivains de la péninsule Ibérique
Sujet: José Saramago
Réponses: 23
Vues: 1331

Marguerite Yourcenar

Le denier du rêve

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 Denier10

J’ai lu le texte de 1959, version profondément remaniée de celle de 1934. La préface de l’auteur est intéressante, peut-être à lire en post-scriptum. On y lit notamment que cette œuvre « fut en son temps d’un des premiers romans français (le premier peut-être) à regarder en face la creuse réalité cachée derrière la façade boursouflée du fascisme »
C’est la Rome de l'an XI de la dictature, hantée de figures mythologiques, de destins sans notoriété, de révoltés clandestins qui échouent à renverser le régime fasciste.
Basé sur l’histoire contemporaine de l’époque, la cohérence de ce roman est due au cheminement de main en main d’une pièce de dix lires, qui permet de rencontrer plusieurs personnages (dont quelques étrangers) au portrait peu ou prou approfondi, diverses existences plus ou moins livrées à l’illusion et à l’espoir. L’ouvrage est aussi rassemblé dans la journée d’un attentat manqué contre « César ».  

« Et comme toutes les femmes ont à peu près le même corps, et sans doute la même âme, lorsque Lina parlait et que la lampe était éteinte, il oubliait que Lina n’était pas Angiola, et que son Angiola ne l’avait pas aimé.
On n'achète pas l'amour : les femmes qui se vendent ne font après tout que se louer aux hommes ; mais on achète du rêve ; cette denrée impalpable se débite sous bien des formes. Le peu d'argent que Paolo Farina donnait à Lina chaque semaine lui servait à payer une illusion volontaire, c'est-à-dire, peut-être, la seule chose au monde qui ne trompe pas. »


Destinées qui se croisent, ici réunies le temps d’une messe (la religion‒croyance-autorité tient une grande place) :
« Ces flammèches [de cierges] s’étaient consumées infiniment plus vite que les brèves vies humaines : certains vœux avaient été repoussés, d'autres exaucés au contraire, car le malheur est que, parfois, des souhaits s'accomplissent, afin que se perpétue le supplice de l'espérance. »


L’écriture de Yourcenar est toujours aussi belle, mais je n’ai pas retrouvé dans cette lecture tout ce qui m’avait transporté dans ses autres ouvrages, plus intimistes.
Nota bene : Jack-Hubert, je ne vois pas de populisme conservateur ni beaucoup de simplisme dans cette oeuvre !


mots-clés : #contemythe #politique #religion
par Tristram
le Sam 26 Aoû - 17:43
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Marguerite Yourcenar
Réponses: 29
Vues: 1237

GAO Xingjian

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 4165f310

La montagne de l'âme :

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 Auteur10

Le regard (l'auteur est aussi peintre)

(lu après un retour du Sichuan ... Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 3123379589 )
Je n'ai pas été perturbé par la narration particulière. Au contraire j'ai trouvé le style très plaisant. Je me suis laissé porté au gré de ces histoires, sans chercher à tisser un lien entre elles.
J'ai eu l'impression que l'auteur était constamment dans la métaphore, dans l'introspection. Cette quête de la montagne est surtout une quête personnelle, un chemin invisible, un appel dans la nuit.
Ce livre m'a particulièrement parlé, peut-être car les lieux me sont souvent familiers, et me ramènent à certaines émotions, et que les questionnements rejoignent les miens.
C'était le bon moment pour lire ce livre, qui traînait depuis fort longtemps sur mes étagères. Je continuerai avec Le livre d'un homme seul.

Tu marches droit devant toi sur le sentier sinueux. Dans ta vie, tu n'as jamais eu de but précis, les objectifs que tu t'étais fixés se sont modifiés avec le temps, ils n'ont cessé de changer et finalement tu n'en a jamais eu. Si l'on y réfléchit, le but ultime de la vie humaine est sans importance, il est comme un essaim d'abeilles. Le laisser provoque des regrets, mais le prendre entraîne le plus grand désordre chez les insectes, mieux vaut l'abandonner là où il est et l'observer sans y toucher. A cette pensée, tu te sens plus léger, peu importe où tu vas, à la seule condition que le paysage soit beau.


Je suis incapable de faire la cour à une jeune fille aussi candide, en fait je suis sans doute incapable d'aimer vraiment une femme. L'amour, c'est trop lourd, je veux vivre avec légèreté et gaieté, sans avoir à assumer des responsabilités. Le mariage et toutes les tracasseries et rancœurs qui s'ensuivent sont trop épuisants. Je deviens de plus en plus distant, personne ne pourra plus provoquer mon enthousiasme. Je suis déjà vieux, et il ne me reste de goût que pour quelque chose qui ressemble à de la curiosité, sans toutefois chercher à obtenir un résultat qui est parfaitement prévisible et, de toute façon, trop pesant. Je préfère errer de-ci de-là, sans laisser de trace. Dans ce monde immense, il y a tellement de gens, tellement de destinations, je n'ai aucun lieu où m'enraciner, installer un petit nid pour vivre tranquillement, rencontrer toujours les mêmes voisins, leur dire les mêmes choses, bonjour, bonsoir, et replonger dans les minuscules imbroglios de la vie quotidienne. Avant même de commencer, je suis déjà dégoûté. Je le sais, je ne peux plus donner le bonheur.


Toi, tu continues à gravir les montagnes. Et chaque fois que tu t'approches du sommet, exténué, tu penses que c'est la dernière fois. Arrivée au but, quand ton excitation s'est un peu calmée, tu restes insatisfait. Plus ta fatigue s'efface, plus ton insatisfaction grandit, tu contemples la chaîne de montagnes qui ondule à perte de vue et le désir d'escalader te reprend. Celles que tu as déjà gravies ne présentent plus aucun intérêt, mais tu restes persuadé que derrière elles se cachent d'autres curiosités dont tu ignores encore l'existence. Mais quand tu parviens au sommet, tu ne découvres aucune de ces merveilles, tu ne rencontres que le vent solitaire.


mots-clés : #autobiographie #contemythe #spiritualité

Commentaire rapatrié
par Arturo
le Dim 20 Aoû - 10:29
 
Rechercher dans: Écrivains d'Asie
Sujet: GAO Xingjian
Réponses: 3
Vues: 363

André Gide

Gide a aussi écrit son Œdipe :

Œdipe s'exilant à Thèbes / Œdipe et Antigone

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 2 Tmp_5610

Peinture d'Henri Lévy - avant 1898
Musée des Beaux-Arts de Reims

Gide reprend le mythe à sa sauce. Il n'est plus tellement question de tragédie antique, mais de faire passer ses messages subliminaux.
Une lutte contre le christianisme ?
Ainsi, les personnages ne s'adressent plus à des dieux, mais à Dieu.
Il se fait plaisir avec son ironie et ses facéties : Polynice et Etéocle qui rêvent d'inceste avec leurs soeurs ...

Peut-on échapper à son destin ?

mots-clés : #contemythe
par Arturo
le Sam 19 Aoû - 16:03
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: André Gide
Réponses: 18
Vues: 821

Revenir en haut

Page 2 sur 4 Précédent  1, 2, 3, 4  Suivant

Sauter vers: