Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Dim 19 Jan - 2:52

82 résultats trouvés pour contemythe

NAKAJIMA Atsushi

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 4 Trois110

TROIS ROMANS CHINOIS

Que dire d'un auteur qui nous introduit dans des univers dont nous ignorons souvent les tenants et les aboutissants.
Qu'il s'agisse de monstres aquatiques, De Confucius et de l'un de ses disciples ou encore une épopée guerrière.

Pourtant, nous ne sommes jamais forcés de savoir qui sont ces personnages. Même à l' intérieur d'un cadre historique. Leur histoire est merveilleusement contée. Et le style est absolument éblouissant.

"Dans l'univers des montres, corps et esprits n'étaient pas ausi nettement séparés qu'ils le sont dans le monde des humains, de sorte que les maux de l'âme se transformaient aussitot en souffrances physiques aigues qui mirent Wujing au supplice.
Enfin, n'en pouvant plus, il prit la décision suivante : "Coûte que coûte, dussé-je être accueilli par des rires et des sarcasmes (au point où j'en suis, que m'importe ?) j'irai trouver chaque sage, chaque médecin, chaque astrologue nichant au fond de ce fleuve, les assiègerai, mendierai leurs enseignements aussi longtemps que je n'aurai pas eu de réponse à mes questions."

Ma pérégrination vers l'Ouest.

Le premier conte, Ma pérégrination vers l'Ouest, met en doute tous les principes de sages et de sagesse, les savoirs et les philosophies.
Voilà une histoire iconoclaste contée avec malice et ironie. Un peu à la manière de Voltaire.
Celui de Candide, ou de Zadig.

"Pourquoi les monstres étaient-ils des monstres et non pas des humains ? En raison d'une forme d'infirmité qui les rendait disgracieux, inhumains, n'ayant jamais  qu'un seul de leurs attributs développé à l'extrême.
Les uns, suprêmement voraces, avaient des bouches et des ventres énormes. Les autres, excessivement luxurieux, présentaient une hypertrophie des organes ad hoc. D'autres encore, excessivement chastes, une complète régression de toutes les parties, hormis la tete....

Ils avaient tous des  caractéristiques bien trop envahissantes pour pour pouvoir se gisser dans d' autres cheminements de pensées que leurs.
Voilà pourquoi, dans les profondeurs du fleuve, des centaines de représentations et de méditations métaphysiques flottaient sans se mélanger entre elles.
On y trouvait l'enchantement du désespoir tranquille, l'inépuisable gaieté, les désirs sans espoir enveloppés de soupris, ondoyant à l'infini telle une forêt d'algues.

Ma pérégriantion vers l' Ouest

Le deuxième conte, Le Disciple, met en scène l'histoire d'un disciple de Confucius, Zilu, Non le plus sage, ou le plus flatteur. Mais à coup sûr, le plus rebelle. Si son admiration pour le Maître est grande, il ne peut s'empêcher de ronchonner contre lui. Le trouvant parfois dépassé quand il est confronté à la réalité brute.

Un jour Zilu rencontre un vieil homme qui se moque de son Maître. "Un bavard constamment à la recherche patiente de la Voie"..

Sur le parcours de Xu à She, Zilu s'était laissé distancer par ses compagnons. Il cheminait seul au milieu des champs, lorsqu' il croisa un vieil homme qui portait un panier d' osier. Il le salua sans cérémonie, lui demandant s'il n'avait pas vu le Patron (Confucius).
Le vieillard s' arrêta net.
"Patron... Quel Patron ? Je ne comprends même pas de qui tu me parles ! répondit sèchement, et avec un rire de mépris, après l'avoir toisé des pieds à la tête :
"A ce que je vois, tu es de ces gens qui passent leurs journées à disserter dans le vide sans se soucier de la réalité, ni de bouger les pattes."

Ensuite, il entra dans le champ voisin et sans un regard en arrière, tchac, tchac, il se mit à couper l'herbe. Zilu pensa qu'il pouvait s'agir d'un ermite... Puis le vieillard regagna le chemin en silence, puis il amena Zilu chez lui, déjà le soir tombait. Il tua un poulet, prépara du millet pour son souper ; lui présenta ses deux fils.
Après le repas, il attrapa une cithare et joua. Ses deux fils chantèrent à l' unisson.

En dépit d'une pauvreté bien visible, l'abondance et la paix régnaient dans ce foyer. Comment rester insensible aux étincelles de sagesse qui pétillaient par moments sur les mines réjouies du père et de ses enfants...

Au matin, Zilu fit ses adieux et repartit d'un bon pas. Chemin faisant, il comparait Confucius et le vieil homme.
Non, la clairvoyance de Confucius n'avait rien à lui envier.

Le Disciple

Et Zilu, le bouillonnant Zilu, ne peut s'empêcher de penser que le "patron" est le champion du "juste milieu". Cela ne l'empêche pas pas d'admirer son maitre pour ses justes qualités et son intelligence. Et il volera à son secours quand il sera menacé.

Le couple Zilou/Confucius fait penser à celui formé par Don Quichotte et Sancho Panza. A ceci près que Confucius ressemblerait davantage à Sancho et Zilu à Don Quichotte.
Zilu mourra en volant au secours de son maître qui, en l'apprenant, "tomba en larme".

Enfin, Li Ling est un récit épique dont l'ampleur, la beauté descriptive et picturale font penser au grand Kurozawa, le cinéaste.
On pourra noter encore une fois le regard critique que Nakajima Atsushi  jette sur le népotisme et la cruauté des empereurs chinois -et ce récit recoupe celui de Colin Thubron (que je lis en ce moment), à propos de l' empereur des Tang, Xuan-zong,  qui tyrannisa le pays pendant 40 ans-
Ce récit est aussi une leçon contre le racisme ordinaire et qui devient en période trouble, dogme d'état.
"Le barbare c'est toujours l'autre". L' ennemi, celui qu' on va combattre. Le refrain n' a jamais changé là dessus.

Quand on déshabille les apparences, il ne reste plus aucune différence.

Coup de chapeau à Véronique Perrin, la traductrice.

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mots-clés : #contemythe
par bix_229
le Lun 9 Jan - 19:33
 
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Sujet: NAKAJIMA Atsushi
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Alice Albinia

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 4 97823311

Le livre de Leela

C'est bien à contre coeur que Leela, riche indienne exilée aux Etats-Unis, revient en Inde pour le mariage de la nièce de son mari. Pour cette femme, le déchirement est double : devoir remettre les pieds sur un sol natal qu'elle avait juré ne jamais revoir, et assister à l'union de cette nièce avec le fils de Vyasa Chaturvedi, homme haï entre tous. Très vite, l'on comprend que Meera, la soeur disparue de Leela, est au coeur d'un drame familial qui, tout au long du roman, n'en finira pas de nous dévoiler ses multiples ramifications.

Ce livre est donc avant tout une histoire familiale, avec ses personnages attachants et son lot de drames, de bonheurs et de rebondissements. Néanmoins, cette saga n'est pas non plus tout à fait comme les autres... Ce n'est en effet pas un hasard si les liens tissés entre les familles Sharma et Chaturvedi ressemblent étrangement à ceux qui unissent les Pandava aux Kaurava dans la célèbre épopée du Mahabharata : Leela est en fait l'une des incarnations d'un des personnages…

Selon la légende, Ganesh, le dieu à tête d'éléphant, rédigea le Mahabharata sous la dictée du scribe Vyasa. Alice Albinia, partant de l'hypothèse malicieuse que la genèse de l'oeuvre fut quelque peu différente de la version officielle, en a imaginé une variation aussi ludique qu'inventive.
Ganesh intervient rarement dans le roman, contrairement à ce que pourrait laisser penser la quatrième de couverture. Ses apparitions sont autant d'interludes savoureux, monologues d'un Dieu dépassé par ses propres personnages et qui tente, au fil de leurs incarnations successives, d'infléchir le cours de destins qui, toujours, semblent lui échapper. Mais les Dieux ont pour eux le temps, et la patience…

Alice Albinia a séjourné plusieurs années en Inde. Ce pays, elle l'aime et elle le connaît bien. Le roman traite donc, sans toujours avoir l'air d'y toucher, de nombreux thèmes d'actualité parfois brûlants dans ce pays en pleine mutation : dérives nationalistes et délires génétiques des partis d'extrême droite, question de l'Histoire et des racines, homosexualité, querelles de castes et de religion, corruption policière…  Il y a de la matière ! Mais justement, peut-être Alice Albinia a t'elle voulu trop en dire. Malgré la longueur du texte, certaines péripéties m'ont paru superflues, ou traitées de façon superficielle.
De même, à trop vouloir lier les familles Sharma et Chaturvedi, Alice Albinia a parfois cédé à la facilité, surtout vers la fin du roman. Si l'on pardonne volontiers quelques "grosses ficelles" à nos épopées millénaires, c'est moins le cas quand il s'agit d'un roman actuel...

Pour autant, j'avoue que je n'ai pas boudé mon plaisir, et que j'ai dévoré ce livre de pure détente en quelques jours, embarquée par le réel talent de conteuse d'Alice Albinia, qui nous propose là un inventif roman hybride, entre saga familiale de facture classique et récréation sur le thème du Mahabharata.


PS : S'il n'est absolument pas nécessaire d'avoir lu le Mahabharata pour apprécier ce roman, je conseille toutefois d'en parcourir un résumé, histoire de ne pas manquer certaines savoureuses allusions.

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #contemythe #famille
par Armor
le Lun 9 Jan - 5:17
 
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Boubou Hama

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Contes et légendes du Niger, tome V

Au Niger comme partout, les humains s'aiment, se détestent et se jouent de la mort, dans un ballet intemporel aux multiples nuances ; les animaux, quant à eux, s'allient ou au contraire se combattent au grée d'intérêts fluctuants. L'auteur fait vivre ici tout un bestiaire africain où _ comme d'ailleurs dans des contes du Burkina Faso que j'ai lus il y a quelques temps_ "la hyène stupide" endosse le rôle de la cupidité idiote quand le lièvre incarne l'intelligence filoute...

Chacun des contes de Boubou Hama illustre le proverbe ou la devinette qui le clôture. Certains d'entre eux s'ancrent dans une réalité difficile : famine, sécheresse, besoin vital d'accéder à l'eau ou de chasser. Leur fonction semble parfois double : outre l'évidente intention d'éduquer les jeunes sur le plan de la morale, ils peuvent être très explicites sur des réalités aux conséquences bien pratiques ; je pense notamment au conte "Le choix du roi des animaux", qui détaille le comportement de chaque animal face au chasseur, et les erreurs à ne pas commettre.
J'ai aussi été marquée par le fait que la violence, certes très souvent présente dans les contes, revêt ici un réalisme sans fard. L'on ne craint par exemple pas de nous révéler que la hyène, attaquée par le phacochère, meurt d'avoir eu "par un coup bien porté des défenses","une de ses jambes de derrière et toute sa croupe arrachée"...

Il m'est arrivé d'être déçue par la narration assez "plate" de certains recueils de contes ; ce ne fut en aucun cas le cas ici. J'ai particulièrement aimé la plume de l'auteur. Le temps de ces quelques pages, la langue riche et vivante de Boubou Hama, à la musicalité toute personnelle, m'a réellement transportée au Niger, un soir de veillée au coin du feu… Une jolie découverte !

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #contemythe
par Armor
le Dim 8 Jan - 1:45
 
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Djalâl ad-Dîn Rûmî

En Janvier 2016, grâce au Festival Europalia de Bruxelles, j'ai eu la chance de voir les derviches et surtout d'entendre des maîtres de conférence (turcs), parler de Mevlana, du Rûmî. Je me suis donc renseignée sur ses oeuvres, et j'ai lu :

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le Mesnevi,

150 contes soufis, mis les uns à la suite des autres alors qu'ils s'imbriquaient les uns dans les autres à l'origine (les traducteurs ont voulu rendre l'oeuvre plus accessibles), comme les Milles et une nuits.
Certains contes sont de "simples" règles de base (cependant pas toujours respectées encore aujourd'hui) sur le respect, la tolérance, l'entraide. D'autres sont plus portés sur la crainte du Dieu, la foi presque aveugle qu'il faut avoir en lui et accepter son destin tel qu'il est.
Il y en a des drôles et des plus tristes, sur la pauvreté et la richesse, on retrouve des préceptes communs à toutes les religions (amour de son prochain, aide aux plus démunis etc).
Cependant, autant certains sont clairs de sens, alors que d'autres sont plus tirés par les cheveux, il y a même certains contes qui résistent à ma compréhension, mais ils sont rares.

Le secret du chien
Un jour, Medjoun se promenait avec son chien. Il le prenait dans ses bras et le caressait comme un amoureux caresse sa bien-aimée. Un homme qui passait par là lui dit :
"O Medjoun ! Ce que tu fais là est pure folie ! Ne sais-tu pas que la bouche d'un chien est sale ?"
Et il se mit à énumérer tous les défauts des chiens.
Medjoun lui dit :
"Tu n'es qu'un idolâtre des formes ! Si tu voyais avec mes yeux, tu saurais que ce chien est le secret de Dieu et la demeure de Leïla !


C'est un recueil de conte simple et agréable à lire, qui nous remet en question sur nous-même et le monde autour de nous ...

mots-clés : #contemythe #religion
par Silveradow
le Sam 7 Jan - 13:25
 
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Carlos Fuentes

merci Shanidar je garde dans un coin !


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Christophe et son Œuf

Première lecture de cet auteur !

La note de la traductrice est très utile pour qui rencontre l’auteur pour la première fois.

Notamment : « Le lecteur verra du reste qu’il est constamment fait appel à lui (en hommage à un autre illustre précédent), lecteur plus que lecteur, sujet décidant, «choisissant sa lecture : Electeur. »

L’écriture, très riche dans les mots, dans les nombreuses références : littérature, peinture, Hommes politiques Mexicains évidemment mais aussi étrangers.

L’auteur fait confiance à son lecteur pour la compréhension des diverses allusions, jeux de mots, transformations …. ; l’Electeur doit participer.

Touenties, vol street, clinup, teikover, ticheurtes
Le Mall Effik, le Mall O’net, le Mall Autru, le Mall Fra

Originalité que de laisser un fœtus raconter la rencontre de ses parents, leur histoire et à travers eux le Mexique, sur sa période de gestation en l’an 1992.

L'auteur évoque dans ce récit plusieurs mythes, celui de la Tour de Babel : deux peuples d'indiens vivant de chaque côté d'un grand ravin, ne pratiquant pas la même langue ne se comprennent pas et pour l'un ne voit pas l'autre car la tribu entière est aveugle. Cependant l'espoir est introduit quand des deux côtés du ravin s'élèvent des "pétards, des fusées" et de l'autre en réponse des objets rudimentaires "récoltes, tissages, masques, poteries.."

Le mythe de Babylone aussi, quand le gouvernement participe à la destruction de "Acapulco" l'orgueilleuse, la riche.

Le mythe du vagin denté : un document ancien est recherché par un Professeur de Darmouth College.

La Nef de Chine emporte certains personnages vers une ville utopique "Pacifica", doit-on comprendre que l'uotpie est le Communisme ?

Dieu non plus n'est pas épargné dans ce récit, parfois avec humour :

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la corruption : discours d'Ulyse Lopez (portefeuille du Sepadu)
Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 4 Oeuf_310

Le géniteur du foetus prénommé "Christophe", se définit comme un conservateur révolutionnaire. Il est instruit, ascendance aristocratique et passionné pour ces 9 mois par le sexe.

Et combien d'émotions pour Christophe, lui qui voit, entend, devine, apprend sa génèalogie, mais qui sait qu'en venant au monde, il va tout oublier de son passé récent


Une très bonne et longue lecture, j'ai eu un peu de mal au début à m'habituer aux diverses langues, à cette grande richesse.
Encore une image qui vient de cette lecture, un tableau de Soutine (nommé par l'un des personnages), le boeuf écorché, comme peut l'être le Mexique dans cette histoire, en 1992, après des années de violence. Un espoir s'annonce avec la naissance de l'enfant.


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(message rapatrié)
mots-clés : #contemythe #historique
par Bédoulène
le Mar 3 Jan - 21:28
 
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Sujet: Carlos Fuentes
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Honoré de Balzac

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Les contes drolatiques
(colligez ez abbayes de Touraine et mis en lumière par le Sieur de Balzac pour l'esbattement des Pantagruélistes et non aultres, nous informe la page de garde).

Quand Balzac s'essaye à Rabelais.
C'est succulent et peu goûté, curieux combien ce livre ne hante pas les ré-éditeurs.




J'ai de cet ouvrage une assez agréable édition reliée (Garnier, 1926) et illustrée de 425 dessins de Gustave Doré, et ai connu la petite joie émouvante d'avoir à en trancher certaines pages, non déflorées par celui, celle (ou ceux ou celles) qui, l'ayant eu avant et devant, je soupçonne, s'en sont servi de livre-bibelot en vue sur un rayonnage.
Merci en tous cas de l'avoir laissé en un tel état, on peut dire neuf.

C'est un hommage à Rabelais bien sûr, et aussi à toute la matière médiévale (fabliaux, fonds d'abbayes, etc...).
Balzac, sont on connaît la puissance de feu et de travail en documentation lorsqu'il entreprend d'écrire, laisse pourtant traîner des anachronismes, des erreurs et autres impossibilités historiques, et compose dans une langue proche de celle de Rabelais, mais sans hésiter à créer des mots, idiomes et tournures lorsqu'elles lui font défaut.
Des néo-médiévismes, en somme (on trouve aussi quelques néologismes incongrus, d'ailleurs).
Mais qu'importe.

Le projet ?
C'est créer à nouveau, "se ressouvenir" d'une possible forme archaïsante, et de ne traiter que de sujets assez légers (fussent-ils horriblement graves), en cent contes.
Il n'en écrivit que trente (est-ce le verdict implacable de l'insuccès, chez un auteur ambitieux ?).

Ici, tout est verve, truculence, paillardise, grivoiserie et même obscénité.
On y rit gras, pour truffé, alambiqué que soit le langage.
L'époque se situe, selon les contes, entre 1270 environ et la moitié bien tassée du XVIème, et la langue utilisée, ou plutôt revigorée, greffée par Balzac, est celle du XVIème.

Seuls deux personnages se retrouvent dans plusieurs histoires (deux, en général): La Belle Impéria (surtout) et le Senneschal Bruyn (un peu).
Ma petite sélection de contes préférés ?
Dans le premier dixain:
-Le péché véniel,
-Les ioyeulsetez du Roy Loys le Unziesme.

Second dixain:
-Les trois clercs de Sainct-Nicholas (le seul à être à boire et de table, plutôt que paillard),
-Les bons Proupos des religieuses de Poissy,
-Le Succube.

Troisième dixain:
-D'ung iusticiard qui ne se remembroyt les chouses,
-Sur le moyne Amador, qui feut ung glorieux Abbé de Turpenay.

Conseils de lecture:
Ne pas hésiter à parfois lire à voix haute, c'est un bouquin sonore.
Ne pas se laisser rebuter par la langue.
C'est une œuvre qui fut écrite non sans maestria, mais qui n'est pas hermétique ni destinée à quelques happy-fews experts en Rabelais & contemporains.

Les sens des mots peu communs, oubliés, remaniés (ou inventés pour la circonstance) visent à faire sonner juste, pas à ralentir le débit de lecture, lequel doit rester fluide.
Ils se devinent ou se déduisent, il n'est pas nécessaire de mettre chaque tournure ou mot sur un moteur de recherche, outre qu'en général vous ne trouverez rien par ce biais !



Rapatrié et modifié de Parfum, message du 31 mars 2013.



mots-clés : #contemythe
par Aventin
le Mar 3 Jan - 15:05
 
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Amélie Nothomb

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 4 Images96

Riquet à la Houppe

Cela faisait bien longtemps que je n'avais plus lu de Nothomb : moins attendrie et plus lassée de ses copiés-collés stylistiques.
(Nothomb a un petit côté madeleine de Proust, j'y reviens de temps en temps, je retrouve les meubles à la même place, c'est rassurant, joli, et quand j'ai la flemme, ça passe crème.)

Mais j'adore Perrault&Co. Alors je me suis laissée avoir. Et c'était une bonne surprise.
Alors okay, on retrouve sa lubie des prénoms Alakön (Déodat et Trémière). Bien sûr, on connait tous l'histoire, pas de surprise.
Mais c'était très agréable d'avoir ces 2 personnages "de nos jours", avec leur propre bataille sur leur tare : Riquet galère à être méga cheum et brillant dans un monde de Kevin reloud et débiles. Trémière comprend vaguement qu'elle est à côté de la plaque dans son comportement, mais comme elle est jolie, on lui pardonne. Et elle est nigaude. Mais comme elle est jolie, on lui pardonne.


...

Il y a une scène qui m'a... ébranlée.
Oui.
Le mot est juste.

Une scène où Trémière, qui a une incroyable capacité à la contemplation et qui kiffe sa mamie qui l'élève dans une sorte de maison de maître brangquignolesque, lui demande de revêtir tous ses bijoux qu'elles aiment d'amour pour la regarder rayonner.
Et c'est beau. C'est une belle scène qui pourrait être filmée par Sofia Coppola avec du rose poudré partout et de la musique éthérée.

(Mais je m'égare)

...

Ca se lit vite, mais ça garde un bon goût dans la bouche de champagne et de macarons.

[Avis récupéré]



mots-clés : #contemythe
par Mordicus
le Lun 2 Jan - 9:50
 
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Sujet: Amélie Nothomb
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Lafcadio Hearn

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 4 00710010

Kwaïdan

Je connais si peu  la culture Japonaise, mais d'après les nombreux contes et légendes qui figurent dans ce livre je pense que la puissance des Morts (fantômes ou autres) est reconnue, qu'il s'agisse d'esprits malins (le plus souvent) ou aimables (notamment par Amour).

Le 16ème jour est souvent évoqué, il semble bénéfique ; un extrait

"Après l'enterrement d'O-Sodé, les parents d'O-Tsuyu plantèrent un jeune cerisier, le plus beau qu'ils purent trouver, dans le jardin de Qaihjöji. L'arbre grandit et s'épanouit. Le seizième jour de la deuxième lune de l'année suivante, jour anniversaire de la mort d'O-Sodé, il fleurit de manière miraculeuse.
Et chaque année depuis deux cent cinquante-quatre ans, il continue à fleurir, toujours le seizième jour de la deuxième lune, et ses fleurs, roses et blanches, sont semblables aux mamelons d'une femme où perle une goutte de lait. Les habitants de la région ont appelé cet arbre Ubazakura, le "Cerisier de la Nourrice".

"Le vieil homme pleura désespérement son arbre chéri. Ces bons voisins lui procurèrent un jeune plant de cerisier magnifique et le plantèrent dans son jardin dans l'espoir de le consoler. Il les remercia chaleureusement et feignit d'oublier son chagrin. En réalité, son coeur était gonflé de tristesse, car il avait tant aimé le vieil arbre que rien ne pouvait le consoler de sa perte.
Finalement il lui vint une heureuse idée : il se souvient d'un moyen par lequel l'arbre condamné pourrait reprendre vie. C'était le seizième jour du premier mois.
Il se rendit seul dans son jardin, s'inclina devant l'arbre sec et s'adressa à lui en ces termes :
A présent, daigne refleurir une fois de plus, je t'en conjure, Ô beau cerisier, car je vais mourir à ta place. ..............
Et chaque année, il refleurit encore, le seizième jour du premier mois, à la saison des neiges."


Il y a de la poésie, de la magie, de la morale dans ces contes ; flotte le parfum des cerisiers, le vol des papillons.

En fin de livre l'auteur présente une étude sur certains insectes, notamment les papillons, les fourmis et les moustiques. C'est très intéressant car il y a comparaison sur leur mode de vie, leur évolution par rapport à notre société d'Humains. De quoi réfléchir.

"Le seul fait que notre société s'entoure de commandements religieux et lois morales ne prouve-t-il pas que nous n'en sommes encore qu'à un degré très primitif de l'évolution sociale ?"

mais inquiéter aussi (? !)

"Il ne me paraît donc pas improbable qu'une humanité plus évoluée et plus haute sacrifie avec joie l'essentiel de sa vie sexuelle pour le bien commun, surtout si l'on prend en considération certains avantages que l'on peut y gagner, notamment une prolongation importante de la durée de la vie humaine. Les éléments supérieurs d'une humanité qui contrôlerait la vie sexuelle selon le modèle naturel fourni par les fourmis, pourraient peut-être alors réaliser le rêve ancestral de vivre mille ans!"

Je note que l'auteur n'était pas encore assez évolué car il a eu 4 enfants      
C'était une bonne lecture.


mots-clés : #contemythe #nature
par Bédoulène
le Dim 1 Jan - 1:25
 
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Sujet: Lafcadio Hearn
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Lewis Carroll

Lewis Carroll (1832-1898)

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Lewis Carroll, de son vrai nom Charles Lutwidge Dodgson, naquit en 1832, à Daresbury, petite bourgade proche de Manchester. Son père était prêtre de l'église anglicane. Charles était le troisième enfant d'une très nombreuse famille. La majeure partie de son enfance s'écoula à Daresbury, puis à Croft, dans le Yorkshire, à partir de 1843.

On sait que Charles aimait inventer, pour ses frères et soeurs, des jeux divers, et qu'il monta notamment des spectacles de marionnettes. A douze ans, on le mit en pension à Richmond et, un an et demi plus tard, il entrait à la grande public-school de Rugby. Son séjour y fut, de son aveu, fort pénible, par suite du régime des punitions et surtout du poids de la vie collective, rendu plus lourd encore pour lui par son goût médiocre pour le sport. Il y fit de bonnes études et, après quatre ans passés à Rugby, fut admis à Oxford (Christ Church College), où il s'installa en janvier 1851 ; il devait y résider jusqu'à sa mort.

Sa mère mourut cette même année. Charles en fut très affecté,ce qui contribua peut-être à rendre plus difficile ses relations avec son père. Il travailla d'arrache-pied, sans se faire beaucoup d'amis, et obtint brillamment son diplôme de mathématiques en décembre 1854. Le collège lui accorda de ce fait, le titre de student, qui devait faire de lui ultérieurement un "membre du collège" et, d'emblée, l'équivalent d'un assistantde faculté d'aujourd'hui. En contrepartie, il s'engageait, au moins provisoirement, à devenir prêtre et à rester célibataire.

C'est à cette époque qu'il commença véritablement à écrire : d'abord des poèmes, mais aussi quelques nouvelles qui parurent dans un petit magazine, The Train, dont le directeur choisit, parmi les pseudonymesque Dodgson lui proposa, celui de Lewis Carroll (1856).Les enfants Liddell.En même temps, il se passionnait pour la photographie, encore balbutiante. C'est ainsi qu'il tira de nombreux portraits des enfants du doyen de son collège, Liddell, et s'attachaà la petite Alice. En 1862, l'année où celle-ci eut dix ans, Carroll au cours d'une promenade en barque, raconta pour la premièrefois ce qui devait devenir Alice au pays des merveilles. Quelque temps après, le texte, considérablement augmenté, fut proposé à l'éditeur MacMillan, qui l'accepta immédiatement. Illustré par John Tenniel, caricaturiste alors célèbre, le livre parut en juillet 1865. Ce fut tout de suite un grand succès et, dès 1867, Carroll envisagea une "suite" illustrée également par Tenniel : ce fut De l'autre côté du miroir (1871). En 1876 enfin, le succès de la Chasse au Snark fut presque aussi grand.

Parallèlement, Carroll poursuivait son travail de professeur et de mathématicien, mais son enseignement ne plaisait guère. Après avoir été ordonné diacre en 1861, il renonça à devenir prêtre, invoquant sa timidité et son bégaiement. Il parvint cependant à rester à Christ Church, où sa vie se déroulait calmement, malgré des conflits violents avec le doyen Liddell, inquiet d'abord de son attachement pour Alice, puis exaspéré par les pamphlets virulents - leur anonymat ne trompant personne - par lesquels Carroll le mettait en accusation avec plusieurs des autorités d'Oxford : Notes by an Oxford Chiel (1874). En 1880, il renonce à la photographie, et en 1881, à l'enseignement. Dés lors, c'est la logique qui va devenir l'objet de tous ses soucis. Certes, il publie encore une oeuvre d'imagination : Sylvie et Bruno (en deux parties, 1889 et 1893), mais l'essentiel de sa production, quoique publiée sous le nom de Lewis Carroll, marie plus ou moins heureusement logique, mathématiques et humour.

Bien que connu de tous ses collègues comme Dodgson-and-Carroll, il refusa constamment l'identification et, quelques mois à peine avant sa mort, décida de renvoyer tout courrier adressé à Lewis Carroll. Mais c'est sous ce nom qu'il se présentait aux petites filles, très nombreuses, avec lesquelles il entrait en conversation, dans le train ou sur la plage ; et c'est un exemplaire d'Alice qu'il leur laissait en cadeau - à moins que la sympathie ne grandît - prélude àdes relations plus profondes, dont une volumineuse correspondance nous en a laissé la trace. Ce fut là l'essentiel de ses amitiés, et, lorsqu'il mourut dans sa famille, le 14 janvier 1898, à l'âge de soixante-six ans, ses petites amies de toutes les régions furent, à coup sûr, les plus affectées.

source : www.lewiscarroll.net/biog1.htm

Oeuvres traduites en français :

Travaux littéraires
La revue du presbytère
Poésie instructive et utile
Le nouveau clocher
La canne du destin
La caverne du magicien
1850-1853 : Le parapluie du presbytère
1855-1862 : Misch-masch
1865 : Les aventures d'Alice au pays des merveilles
1867 : Voyage en Russie, avec le docteur Lindon
1869 : Phantasmagoria et poèmes divers
1872 : De l'autre côté du miroir
1876 : La chasse au Snark
1883 : Rime ou Raison
1885 : Une histoire embrouillée
1886 : Les aventures d'Alice sous terre
1888 : Isa visite Oxford
1889 : Alice racontée aux petits enfants
1889 : Sylvie et Bruno
posthume : La revanche de Bruno

Autres
Lettres inédites à Mabel Amy Burton et à ses parents
Logique sans peine : Premier et deuxième cycles





La bibliographie de Lewis Carroll est copieuse en français, notamment les éditions d'Alice au pays des merveilles et de De l'autre côté du miroir.
Les traduction en français sont tout aussi nombreuses, le style de Carroll étant particulièrement inventif et doté d'un humour propre au limericks, ces contes pour enfants que les enfants acceptent sans se demander s'ils sont absurdes. Et qu'on nomme en anglais nonsense.
Personnellement, le traducteur français que j'ai lu est Parisot. Le mieux étant de lire une édition bilingue.


mots-clés : #contemythe #fantastique #jeunesse
par bix_229
le Mer 28 Déc - 16:15
 
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Chigozie Obioma

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 4 41fe6m10


Les Pêcheurs

Nigeria, les années 90 : le narrateur Benjamin et ses frères, en l'absence de leur père, bravent un interdit et pêchent sur les rives d'un fleuve déclaré maudit par les habitants. Un jour, l'aîné est témoin d'une malédiction lancée par un marginal craint et rejeté pour ses prophéties. Ce moment précipite une spirale auto-destructrice qui bouleverse le quotidien de la fratrie.

Ce premier roman de Chigozie Obioma a été une lecture marquante parmi mes récentes découvertes. Le style de l'auteur met en valeur une dimension symbolique et donne au récit la portée d'un conte, d'un mythe, d'une tragédie, alors que le contexte contemporain reste toujours visible à l'arrière-plan. L'univers décrit est parfois étrangement familier à travers le regard d'un enfant, puis terrifiant dans la révélation d'un chaos et d'une démesure.

Si la violence est souvent tétanisante, reflet d'un cataclysme face auquel l'être humain ne semble pouvoir lutter, Obioma utilise l'écriture comme instrument d'une réhabilitation et d'une fragile rédemption. Les mots, d'abord le miroir d'un imaginaire effrayant, incarnent peu à peu un potentiel libérateur bien qu'incertain.


mots-clés : #contemythe #enfance #traditions #violence
par Avadoro
le Lun 26 Déc - 13:41
 
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Sujet: Chigozie Obioma
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Diane Meur

Les villes de la plaine

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Diane Meur nous offre un petit récit mythologique situé dans les temps anciens au sein d'une civilisation imaginaire. Elle nous livre les clés de cette civilisation, après lesquelles courent quelques archéologues allemands bien des années plus tard. Deux villes peuplent la plaine, Sir, orgueilleuse, hautaine, perclue de lois et réglementations qui assurent une vie contrôlée et sans surprises, s'oppose à Hénab, dominée par le commerce et la jouissance, peuplée depuis les temps anciens par des individus qui ont fui Sir ou en ont été bannis.
A Sir, les textes qui régissent la vie ont été écrits des siècles plus tôt par le mythique Anouher, auquel chacun voue un culte respectueux. Le scribe Asral recopie selon la tradition ces textes sacrés, qui constituent les fondations de cette civilisation. Mais voilà qu’arrive en ville Orjéneb. Enfui d'un de ces villages montagnards qui ignorent les règles, ignorent l’écriture, et essuient pour cela le mépris de tous. Mais cet étranger va apporter au scribe une façon nouvelle de voir les choses, et toute l'interprétation des textes va être remise en question d’où : complots divers, luttes d'influence… qui aboutissent à une guerre civile.

Diane Meur nous offre un texte assez envoûtant écrit dans un style d'une richesse tranquille. Comme tout récit mythologique, celui-ci peut ceci peut être lu au premier degré : naissance, vie et mort d'une civilisation. Mais il questionne aussi sur la croyance, la loi, le pouvoir des mots, la recherche de la vérité, la richesse de la confrontation des idées, le sens de l'écriture, la connaissance comme outil de libération…
Un roman attachant, d'une grande originalité, qui confirme que Diane Meur a plus d'une corde à son arc .

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #contemythe
par topocl
le Mar 20 Déc - 13:13
 
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Roland Topor

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La Princesse Angine

quatrième de couverture a écrit:En plus d’être une maladie, Angine est une petite fille ; une princesse qui a abandonné le royaume de ses parents aux mains des ennemis pour aller se réfugier chez son oncle. Elle taille la route à bord d’un camion-éléphant vantant les bienfaits du thon à l’huile, accompagnée par le Duc des Vitamines, son fidèle chancelier, très alcoolique et un peu poète. En chemin, elle rencontre Jonathan qui embarque avec eux pour ce long trajet les menant de Lourdes à Jérusalem en passant par La Mecque, dont le but est de mettre la main sur l’oncle introuvable. Mais le voyage ne sera pas de tout repos, une princesse et son trésor ne peuvent que susciter les convoitises...
Angine fait irrésistiblement songer à une petite sœur d’Alice de Lewis Carroll. Un conte noir, tendre et loufoque qui brouille l’espace temporel.


Avertissement de l'auteur

Lorsqu'une petite fille ne parle pas du tout comme une petite fille,
il y a de fortes chances pour qu'elle n'en soit pas réellement une.
Elle peut être à peu près n'importe quoi, même une maladie, ce
qui n'est jamais très agréable. Pourtant, si la maladie est bénigne,
on peut s'y attacher et la rendre chronique.
Bien sûr, il serait plus sage d'aller consulter un spécialiste, mais
lorsqu'on s'y décide enfin, il est souvent trop tard...
Moi, j'ai cessé de fumer, mais je ne vais pas mieux.



Avertissement de l'illustrateur

Il est bien délicat de représenter des personnages dont on ignore
au juste s'ils sont des petites filles ou des maladies. En désespoir de
cause, l'illustrateur a préféré représenter l'énigme elle-même plutôt
que de lui fournir une solution personnelle. C'est pour cette raison
qu'il a composé des images largement inspirées par les rébus du
XIXe siècle, ceux de Maurisset en particulier.


Absurde et ruptures logiques farfelues dans une narration pourtant limpide. Un jeu du langage qui navigue au gré des ruptures d'humeurs. Les humeurs d'Angine la petite fille, qui n'en est pas vraiment une, despotique, râleuse et triste. Gentille aussi. Attachante certainement. Comme les autres occupants de ce camion éléphant qui vogue sur les routes d'un imaginaire presque infernal et au sens de la répartie imparable.

ça ne tient pas debout et ça ne s'abandonne pas, très rafraîchissant avec une pointe de gravité. ça donne l'impression de jouer résolument. C'est très agréable et dépaysant. On aurait peur de se lasser des pirouettes langagières et des peuplements de la page (il n'y a pas que l'éléphant qui prend de la place) mais non, on va de surprise en surprise, on se laisse emmener...

Une lecture étonnamment particulière au charme non moins particulier. ça doit vraiment ressembler à n'importe quoi et pourtant (ou justement) on s'y sent un peu à la maison.

c'est à tenter !

Petit extrait :

L'animal était couleur fraise écrasée. Sur son flanc figurait en lettres noires l'inscription suivante :


RIEN NE VAUT LE THON A L'HUILE


Le vieillard trottina jusqu'à la porte arrière qu'il ouvrit à l'aide d'une clé dorée. Il disparut à l'intérieur.
- Vous regardez notre lama? demanda Angine.
- Non, je regardais l'éléphant.
- Vous voulez dire notre crocodile?
- Non, l'éléphant du camion.
- Ah ! vous voulez parler de l'okapi!
- Mais non, de l'éléphant, là, sur la route.
- Imbécile, éclata Angine, "éléphant" est un mot interdit ! C'est un gros mot. On ne dit pas un éléphant, on dit une souris.
- Mais ce n'est pas la même chose !
- Qu'en savez-vous ? Ils sont de la même couleur, grise ou blanche.  Ce sont également des mammifères, et ils mangent de l'herbe.
- Ils n'ont pas la même forme, ni la même taille!
- Un petit éléphant est quand même un éléphant, n'est-ce pas, et une grande souris, une souris. Donc la taille ne compte pas. Quant à la forme... c'est à s'y méprendre. Avec un peu de bonne volonté c'est absolument pareil.
- Vous allez fort !
- Non, mais vous ne voulez pas y mettre du vôtre. En clignant un peu des yeux, l'illusion est parfaite. Écoutez :



Haut les {

pouces
index
majeurs
annulaires
auriculaires



fit le bandit qui n'avait aucun sens de la synthèse.
"C'est une histoire assez difficile à raconter! Nous allons commencer l'examen immédiatement. Ne profitez pas de l'absence du Marquis pour sauter sur moi. Je suis ceinture noire de karaté.


(récup again).


mots-clés : #contemythe
par animal
le Dim 18 Déc - 0:02
 
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Sujet: Roland Topor
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Antonio Tabucchi

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Piazza d'Italia

Je me suis laissée roulée dans la cendre, le blé, l'eau, j'ai regardé les ciels, les lointains paysages parce que cela appartient à tout le monde, pas de  raison qu'il y ait des "maîtres" (parce que je suis de l'avis de Garibaldo Père qui eut le temps après sa mort de discuter toute la nuit avec Volturno/Garibado fils)

L'anarchisme génétique de cette famille et Don Milvio ce curé populaire, rebelle lui aussi ne pouvaient que me séduire, de même ces femmes valeureuses qui cherchent à tromper le malheur annoncé dans la cendre, la semoule, le ciel et les fenêtres qui s'enfuient. (telle Asmara qui se refusent des années à Garibaldo jusqu'à ce qu'elle soit devenue stérile, trompant ainsi "l'horoscope")

Ces hommes aventureux dans d'autres pays ou simplement dans les bois, (Volturno tombé en Afrique pendant la guerre ou Plinio tué par le garde-chasse) qui meurent toujours avec insolence.

Conte  réaliste, fascinant qui déroule l'histoire d'Italie de 1861 à l'après deuxième guerre mondiale, à travers cette famille fondée par Plinio et Esteria et qui s'éteindra avec Garibaldo sur cette Piazza, aux pieds du "Héros des deux-mondes" Garibaldi, avec sur les lèvres la révolte !

Il y a de belles amitiés, de belles amours dans ce récit, mais aussi la couleur rouge de la rébellion noircit par la couleur noire des chemises, telle celle de Melchiorre (doit-on y voir la punition du pécher de ses parents ?)

L'humour des situations et des titres des paragraphes accentue le sentiment de lire un conte. (pour adultes s'entend)

Une très agréable lecture qui avec celle faite de "Pereira prétend" (bien différente mais aussi de qualité) me conduira je n'en doute à d'autres .....


mots-clés : #contemythe #famille #social
par Bédoulène
le Sam 17 Déc - 17:01
 
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Pascal Quignard

Le nom sur le bout de la langue


Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 4 52112010

Composé d'un conte qui se nomme tel le titre de l'ouvrage, et d'un essai tant autobiographique que philosophique sur l'étude du langage.
Le conte est fascinant, il rappelle les contes tchèque de Nemcova dans la construction mais également l'atmosphère qui demeure indescriptible; la décrire serait du moins une gageure car je pense en réalité que ce conte a l'atout renversant de toucher le coeur du lecteur et de lui permettre d'y apposer l'atmosphère qui lui "parle" le plus.
Un conte dont la fin surprend, car lorsque l'on connait un peu les contes de Quignard il est commun d'y voir une leçon ou un enseignement, là ce dernier est secondaire ou plutôt l'enseignement réside dans l'essai qui suit et qui est amplement argumenté.
Essai autobiographique donc, sur le langage également, sur la relation entre l'auteur et les mots, universalisé ensuite en une pensée sur la place du langage dans notre psyché et dans notre humanité.
Essai plein, confus davantage quand il s'agit de théoriser, que de raconter sa propre expérience et sa propre "souffrance" passée dans sa relation aux mots, cet essai s'illustre par une belle analyse néanmoins sur des mythes et textes littéraires liant le langage à toutes nos pulsions et désirs. Peut être un peu trop psychanalytique pour moi et avec un petit manque de rigueur cette seconde partie m'intéressa surtout pour comprendre le point de vue de Quignard l'écrivain et homme que de Quignard l'intellectuel. Pour ce qui est du cheminement de pensée sur ce thème je préfère Rosset et son oeuvre "Le choix des mots."


mots-clés : #contemythe #essai
par Hanta
le Jeu 15 Déc - 13:33
 
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Pascal Quignard

L'Enfant au visage couleur de la mort

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Conte, court par définition, mais incroyablement écrit.
Récit typique de la structure du conte avec une répétition des péripéties, l'amour maternel, paternel puis conjugal comme fil directeur mais avec une résolution et une conclusion surprenantes.
L'originalité réside également dans la place de la lecture et dans l'avertissement de l'auteur, qui peut sembler paradoxal pour un écrivain mais qui demeure plein de sagesse.
Le style est magnifique, le vocabulaire est assez riche, on peut être ravis de remarquer qu'il existe encore des oeuvres qui utilisent une richesse du langage prononcée.
Le bémol étant que certaines tournures peuvent paraître inutilement ampoulées mais il faut être, ce me semble, très pointilleux pour faire ce reproche.
Une très agréable mais courte (hélas) lecture. A étudier en classes de français.


mots-clés : #contemythe
par Hanta
le Jeu 15 Déc - 13:33
 
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Stig Dagerman

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Dieu rend visite à Newton (1727)

Originale: Tusen år hos Gud (Suèdois, 1954, posthume)

CONTENU :
Une visite de Dieu chez Newton au jour de sa mort…

Un petit conte philosophique où le fantastique et le burlesque se cotoient et où Stig Dagerman laisse entrer en dialogue le créateur et le scientifique génial Newton.

REMARQUES :
Et Dieu en calèche à Londres et entre chez Newton : ils entrent en dialogue et des choses inclassables se passent. Grotesque, bizarre ? Pas seulement. Derrière le dialogue se désigne un image du monde sous une loi connaissable et compréhensible de laquelle le scientifique peut approximativement connaître les régularités. Toutes sortes d'interventions miraculeuses de la part de Dieu se situant en dehors de ces lois, dérange le tout et contredit en quelque sorte une soumission de Dieu à sa création, voir son vraie acceptation d'être homme, sa communion avec les êtres humains ( = incarnation?). Ainsi cette petite curiosité devient une question de quelle façon Dieu échappe à l'isolation qui pourrait être créer par une violation (permanente) des lois naturelles. Ici par exemple Dieu n'accepte pas les lois de la gravité et le corps de Newton décédé vole à travers l'espace. Mais Dieu désire la proximité à la création, aimerait entrer au coeur du monde. Et il laisse devenir Newton un magicien...

Eh bien, si on a connu Dagerman dans ses pièces existentielles, sombres, suicidaires peut être surpris par la tonalité ici : un monde phantastique, de rêve… Mais on pressent rapidemment derrière cette surface et les images étonnants des questions essentielles : Où est Dieu ? Quel solitude et quel silence environnent l'être humain ?

Ce Dieu, pareillement solitaire, seul, aimerait entrer au coeur de l'homme. Est-ce que c'est le merite de Newton ? Le croyant pense au Dieu incarné, pas à cause d'une néccessité, mais par amour. Des fois on s'y sent proche ici, des fois plus loin.

Si on pense à la fin sans espoir de Dagerman on pressent qu'il n'a pas vu un chemin.


mots-clés : #contemythe #fantastique
par tom léo
le Ven 9 Déc - 16:12
 
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Alain Damasio

La Horde du Contrevent

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Comme La recherche, ou Hugo, la Horde du Contrevent fait partie de ces livres immenses qui méritent qu'on les essaye au moins une fois dans sa vie. Certains resteront sur le côté, les autres seront happés par une fascination étrange et le livre entrera alors dans cette catégorie des « livres qui restent ».

Empruntant à l'Odyssée d’Ulysse, au Mahabharata, à la quête du Graal, Damasio nous offre un récit mythologique au royaume du vent et des contrevents emportant dans un destin tragique 23 personnages-héros aux figures chevaleresques. À travers des paysages dévastés, face à des éléments déchaînés, ballottés entre détermination et désespoir, portés par une foi sans pareil, ils affrontent avec une noblesse et une vaillance indéracinables un destin qui ne saurait décevoir. En perpétuelle lutte contre ce monde  qu'ils vénèrent et exècrent à la fois partageant leurs forces et leurs fragilités, irradiant de beauté et de grandeur, ils nous emportent dans une aventure où les  rebondissements se renouvellent perpétuellement, d'une inventivité, d'une créativité, d'une poésie qui ensorcellent.

Au service de ce récit  mythique, de ses personnages aussi divers qu'attachants, Damasio utilise une langue dont la beauté ne prend parfois à la gorge, nous offre des émotions violentes. Il joue avec les mots, il invente, il  trafique, il joue avec la forme et le style.. Il rejoint une grande Littérature Populaire, parlant à tous, charmant autant par l’intellectuel que par l'affectif, racontant une histoire universelle, exaltée par une quête existentielle.

Réaliser un commentaire sur ce livre est une tâche particulièrement déroutante, frustrante car  forcément réductrice des richesses multiples à découvrir dans ce livre, des bonheurs nombreux à y cueillir. On y aime, on y tremble, on y rit, on y pleure, on s'y interroge sur nous-mêmes et sur le monde… que demander de plus à un roman ?

Il a la puissance mais ne cherche aucun pouvoir - puisque justement, il peut.


La solitude n’existe pas. Nul n'a jamais été seul pour naître. La solitude est cette ombre que projette la fatigue du lien chez qui ne parvient plus à avancer peuplé de ceux qu'il a aimés, qu'importe ce qui lui a été rendu. Alors j'ai avancé peuplé, avec ma horde aux boyaux, les vifs à un pas et une certitude : l'écroulement de toutes les structures qui m'avaient porté jusqu'ici - la recherche de l'origine du vent, les neuf formes, l'Extrême-Amont, les valeurs et les codes de ma Horde – ne m'enlevait pas, ne pourrait jamais m'arracher, pas même par leur mort, ce qui ne dépendait, authentiquement, que de moi : l'amour enfantin qui me nouait à eux.




(commentaire rapatrié)


mots-clés : #contemythe #fantastique
par topocl
le Mar 6 Déc - 13:32
 
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Jean Cocteau

Les enfants terribles

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 4 Images17

Ce petit roman fait partie des livres que j'ai lus et relus, adulés, conseillés, prêtés. J'y reviens 20 à 30 ans plus ;  les quelques afféteries de Cocteau, une certaine emphase, un côté pompeux, comme s'il se prenait trop au sérieux (la jeunesse c’est… et c'est bien de l'enfance de…), que j’y ai décelés cette fois-ci, n'ont pas suffi à gâcher mon plaisir d’autrefois.

Un frère et une sœur, jeunes adolescents orphelins, se construisent un monde fantasque et passionné à l'abri des adultes, des obligations et de l'ordinaire. Pris d'orgueil dans leur relation mortifère mêlée d'adoration et de rejet, ils vivent dans un capharnaüm enchanté, un trésor qui leur est commun. Dans  ce huis clos étouffant, follement poétique, qui ne répond à aucune rationalité, quelques être fascinés tâchent de pénétrer, mais tout le monde s'y brûlera les ailes.

Ce livre nous parle du monde de l'enfance, de l’impossibilité de se quitter, de l'amour qui ne sait plus s'il aime soi-même ou l'autre. On y trouve une violence de sentiments, une poésie romantique, une magie tragique et folle.



(commentaire rapatrié)


mots-clés : #contemythe #fantastique
par topocl
le Mar 6 Déc - 13:26
 
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Jean Anouilh

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Médée
(Nouvelles pièces noires)

Et ton cas est réglé pour toujours, Médée ! C'est un beau nom pourtant, il n'aura été qu’à toi seule dans ce monde. Orgueilleuse ! Emporte celle-là dans le petit coin sombre où tu caches tes joies : il n'y aura pas d'autre Médée, jamais, sur cette terre. Les mères n'appelleront jamais plus leurs filles de ce nom. Tu seras seule, jusqu'au bout des temps, comme en cette minute.



Antigone et Médée, ce sont comme deux sœurs, chacune son visage, sa personnalité, mais une espèce de pacte commun qui les lie par derrière. Antigone c’est la pure, Médée la sauvage. Toutes deux éprises d’ absolu, promises à un destin tragique.

Médée et Jason, c'est encore la lutte entre la folie et la raison. Un amour fou des années partagé, traînant le poids des ignominies commises en son nom, et un beau jour, les destins qui se séparent : Médée qui ne veut pas renoncer, et Jason qui choisi le chemin de Créon, le chemin des concessions, construire non plus détruire, vivre et non plus dévorer. La passion perdue est le prix à payer. Pas beaucoup de remords, on en aurait sans doute aimé un peu plus…

Et puis il y a toujours la nourrice et le garde, qui s'en foutent, qui ne demandent qu’un peu de pain le matin, et un air frais à respirer…


(commentaire rapatrié)

mots-clés : #amour #contemythe #exil #politique #théâtre #trahison
par topocl
le Dim 4 Déc - 9:24
 
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Sujet: Jean Anouilh
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Jean Anouilh

Antigone

Tag contemythe sur Des Choses à lire - Page 4 Images84


Antigone, celui d’Anouilh, je l’ai lu , relu, et encore plusieurs fois , et offert aux gens que j’aime. J’en sais quelques passages par cœur. Et Chalandon (avec Le quatrième mur)  est venu me chercher par la main pour le relire. Meilleur à chaque lecture.

Antigone, c'est la petite brune que les garçons ne regardent même pas, celle qui pense que la vie est belle comme un jardin sauvage avant que l'homme n'y mette les pieds, celle qui pense que cela vaut le coup de mourir pour des idées. Et pour son frère aussi, même si celui-ci n'a pas su vous aimer .

Normal qu’à ma première lecture, vers 14-15 ans, elle m'ait plu, cette gamine infernale. Après, j'ai bien fait quelques choix, moi aussi, mais j'ai vite tourné du côté de Créon, du côté : on va tâcher de mener la barque, quitte à faire des concessions et à se dire, oui c’est cette jeunette qui a raison. dans le fond, mais ça serait un sacré bordel s'il n'y avait que des gens comme elle. Mais je me réserve le droit de parfois retourner à mon rôle d’Antigone, de sincère butée. .

La folie contre la raison ? Trop simple. C'est ça qui me retourne à chaque fois, c’est que Créon n’est pas un abominable salaud, ce n'est pas un tyran impitoyable, c'est un homme complètement attachant, complètement désespéré, qui continue la route, pas forcément parce que c'est juste, ou parce que c'est beau, mais parce qu'il faut, même si c'est un peu vain. Le mieux possible. Et le mieux possible n'est pas toujours ragoûtant.

Et puis à côté de cette alternative du choix entre un « non » et un « oui », il y a des tas d'autres personnages qui ont leurs choix à eux, plus flous, moins courageux . Et personne n’est fondamentalement mauvais.
Il y a Eurydice, qui tricote pendant toute la pièce, qui ne dit rien, dont on croit qu’elle s’en fout, ou même qu’elle n’est pas intéressante, et qui finalement s'avère un personnage tout aussi tragique que les autres.
Il y a la nourrice, qui fait le choix de distribuer des tartines, et les gardes, qui ne se posent pas d'autres questions que leurs bouteilles de vin. Ce côté drôle, léger, qui nous donne une respiration dans la tragédie : oui la vie est tragique, mais ce n'est pas tout…nous dit Anouilh. C'est d'ailleurs pour cela qu'Antigone l’aime tant. Et qu’elle ne veut pas la laisser gâcher.

Chaque lecture au fil des années se nourrit de mon histoire et  de mes autres lectures. Chaque lecture est une  redécouverte. Ici en Antigone, j'ai retrouvé « cette posture d'héroïsme » des héros de Vercors,(et, animal,  la sœur d’Antigone, Ismène, ne manque pas de dire : « C'est bon pour les hommes de croire aux idées et de mourir pour elle. Toi tu es une fille. ») et en Créon, le regard désabusé des frères Rolin qui se retournent sur leurs passions de jeunesse.

Ah ! et j’ai encore oublié de parler de la modernité de l’écriture d’Anouilh, ce grand chercheur de pureté. Une modernité qui prend ses bases dans la tradition classique, avec un chœur antique mais qui est ici plein de compassion et d'humour.

Antigone va retourner sur son étagère, jusqu'à la prochaine lecture, mais il (elle) restera là, quelque part, en moi.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #contemythe #famille #justice #politique #théâtre
par topocl
le Sam 3 Déc - 17:21
 
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Sujet: Jean Anouilh
Réponses: 18
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