Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 13 Déc - 6:24

139 résultats trouvés pour creationartistique

Diane Meur

La carte des Mendelssohn

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Diane Meur, sans trop savoir elle-même pourquoi, se met à s'intéresser à la famille Mendelssohn. Moses,  philosophe juif allemand du XVIIIe siècle qui prêche l'émancipation, Félix,  compositeur  prolifique plein de charme. Puis au passage Abraham, leur fils et père, « géant entre deux génies », passeur pas  si terne qu'on le croyait au départ, puis la fille de l'un, le frère de l'autre, le neveu, le lointain cousin… Jusqu'à une géante tache d'huile, joyeusement alimentée d'archives et de consultations compulsives sur Internet portant sur huit générations.

Moses  Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Mosezs10 Felix  Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Felix110

Diane Meur s' instruit, nous instruit, de cette  famille féconde   à travers les siècles,  dont elle dénombre pas moins de 765 descendants. Au fil des événements  historiques ou conjugaux, des opportunités ou des convictions, on change de nom, de confession, de profession, les enfants meurent en bas âge, les amours sont heureuses ou contrariées. Les portraits  sont autant personnalités, féminines ou masculines, sur lesquels l'auteur compulse, retranscrit, mais aussi rêve ou imagine , tendre vis à vis de ses personnages, et pleine d'autodérision .

Cette histoire menée en chef d'orchestre infaillible, entre biographie individuelle et déroulement historique, trouve tout son piquant par la choix de Diane Meur de se mettre en scène, écrivain à l’œuvre, avec ses enthousiasmes, ses hésitations, ses combats, ses recherches, ses rêves et délires, ses fuites d'eau… Le chapitre qui m'a le plus enthousiasmée est celui qui donne son titre à l'ouvrage, « la carte des Mendelssohn » où elle s'acharne, armée de son ordinateur, ses papiers, sa colle  et ses ciseaux, à réaliser obsessionnellement la généalogie complète du Mendelssohn, auquel elle souhaite donner, au delà d'une scrupuleuse exactitude, sa marque tout à la fois sociologique et affective (il faut dire que je m'y suis assez bien reconnue,  en cette femme « qui tien[t] tant à ce que rien ne s'efface, ne s'oublie, ne se perde, etc. », sa table de salle à manger envahie, le feutre qui finit par s'épuiser, l’œil vaguement critique des observateurs et des enfants)

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La carte des Mendelssohn est un roman historique réfléchi, qui se réclame en même temps de l'autofiction dans un mélange des genres charmeur, mêlant intime et universel, introspection et ouverture, sérieux et drôlerie.
Si on regrette que Diane Meur ait dû se limiter, choisir les destins singuliers qu’elle approfondit pour en éliminer d'autres, on se doute que ces « laissés-pour-compte » alimenteront, directement ou indirectement, ses prochaines fictions, et l'on ne peut que s'en réjouir, ce qui atténue le regret de refermer le livre, qu'on aurait bien accompagné plus longtemps.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #creationartistique #historique
par topocl
le Mar 20 Déc - 13:17
 
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Sujet: Diane Meur
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Claire Messud

La Femme d'en Haut

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La Femme d'en Haut, cette voisine du dessus que personne ne remarque, car, fade comme elle est, il est impossible qu'elle présente le moindre intérêt, qu'elle cache la moindre passion. Nora, institutrice quadragénaire célibataire et sans enfant, fait partie de ces femmes. Elle se défend crânement de ce semi-échec en se disant qu'elle y a gagné l'indépendance. Mais elle est dévorée par les possibles qu'elle a laissés échapper, et le temps d'une année scolaire, ces possibles vont devenir une presque réalité.

Débarque dans sa classe pour une année un jeune élève plein de charme , bientôt suivi de sa mère, artiste pétillante et chaleureuse, et de son père, un intellectuel libanais attentif. Dora va se mettre à les aimer, follement, chacun pour lui, mais aussi l'entité délicieuse  qu'ils constituent en tant que famille. Avec eux,  elle va connaître un semblant de bonheur, enfin s'épanouir dans ses compétences : artistique, maternelle, amicale et amoureuse.  Nora la bonne fille,  brusquement réveillée comme la Belle au bois dormant, demande simplement à prendre part, être quelqu'un, elle y croit.  Tout au long de cette conquête de soi et des autres menée tambour battant, on sent la désillusion à venir. Nora joue le rôle du Kleenex, indispensable et si apprécié quand on en a besoin, mais qu'on ne tarde pas ensuite à abandonner dans un coin. Mais quand tout s'effondre, elle n'est pas du tout décidée à se rendormir.

Description pleine de vigueur et d'humour d'une femme beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît, d'une générosité sans limite, mais qui a fini par perdre les codes à force qu'on ne lui offre rien, la Femme d'En Haut est une réflexion toute en nuances sur l'apparence (cette femme trop terne face à cette famille trop lumineuse), cette construction fragile qui ne demande qu'à s'effondrer. Ce livre va à la rencontre de ses personnages, dans leur complexité, et leurs ambiguïtés-mêmes font qu'on s'y attache profondément. Nora n'est pas séduite par un enfant, ne cherche pas l'amitié d'une femme, ni la conquête d'un amant, elle veut les trois, et les trois ensemble, la richesse de cette famille ou apparemment tout marche si bien, elle croit enfin accéder à la vraie vie. Mais il y a du miroir aux alouettes dans cette famille qui révèle progressivement ses petits égocentrismes, sa non-compréhension de la situation, au final tout aussi naïve que la fascination candide de Nora pour ce monde inaccessible.

C'est un roman très féminin, sans afféterie, qui porte le lecteur dans une dynamique à la fois amusée et horrifiée. On y trouve de belles pages sur la relation de cette jeune femme, renfermée sur un féminisme mal digéré, avec ses parents malades ou vieillissants, qui, eux aussi, derrière leurs apparences, ont leurs expériences propres. On y parle de la création artistique, cette alchimie mystérieuse, épanouissement ou affirmation désespérée de soi, offrande narcissique, et le sérieux qu'on peut y mettre. Et puis cette façon qu'elle a, de prêter à autrui toutes les qualités, de croire autrui tellement meilleur qu'elle, et de tomber de haut après, se rendre compte qu'il est seulement différent, trouve un écho en moi, et est très sensiblement exprimée.


(commentaire récupéré)


mots-clés : #famille #creationartistique
par topocl
le Lun 19 Déc - 13:38
 
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Carlos Liscano

Le lecteur inconstant suivi de Vie du corbeau blanc

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En un volume, deux textes radicalement différents.

La nuit, Liscano écrit une espèce de journal, Le lecteur inconstant, qui parle de son rapport aux mots, à la langue, à l'écriture, au monde, raconte comment au cours de son séjour en prison il a « créé en lui l’écrivain », comment il s’est ainsi inventé Autre, s’est sauvé du chaos. Une réflexion splendide sur l’écriture, où j’aurais recopié en « citation » la moitié des pages si je m’étais écoutée.

Cette partie du livre s’adresse  à vous tous,  qui aimez les livres et lirez avec émotion, cette promenade dans le monde solitaire, courageux quoique fragile, lumineux quoique sombre de Carlos Liscano, cet amoureux-otage-chercheur des mots, ce poète au phrasé paisible, à l’intelligence émouvante, cet homme qui a su créer son propre champ de liberté, et, son innocence perdue, interrogatif, modeste, résolu, y cherche une pureté, en « seigneur du néant ».


   L'écriture est un ordre qui traite de l'ordre du monde. Il faut créer un monde parallèle, complet, total, qui inclue tout ce que contient le monde, mais en dehors du monde. Il doit donc aussi m’inclure, moi. Je suis parce que je m'écris.


Le jour, Liscano, qui, depuis des années, ne peut plus écrire de fiction, écrit Vie d’un corbeau blanc un corbeau (envolé de chez Tolstoï) qui s’approprie des histoires, inspirées de grands textes de la littérature (Moby Dick, Ulysse…) ,les re-raconte à sa façon, pour « comme moi, se prouver qu’il existe ». Cela donne un conte ludique et réfléchi, une parodie de roman d’aventure, un récit léger (mais pas que) sans queue ni tête. Cette partie qui bavarde pour le plaisir de bavarder, raconte pour le plaisir des mots et références, où Liscano veut monter u autre usage de l’écriture, qui est aussi un jeu, facile , fluide, joyeux, m’a moins intéressée et finalement lassée.

Quoi qu’il en soit, je garderai un souvenir ébloui de la première partie, que je recommande chaleureusement, l’autre, cela arrive, n’étant « pas pour moi».


mots-clés : #creationartistique
par topocl
le Dim 18 Déc - 16:52
 
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Sujet: Carlos Liscano
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Julian Barnes

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Rien à craindre
traduit de l'anglais par Jean Pierre Aoustin
Mercure de France

Voici un livre qui n’est ni une œuvre de fiction, ni une biographie, ni vraiment un essai. Ce n’est pas non plus un livre de philosophie, bien que..
Plutôt une flânerie , très littéraire dans l’écriture et la construction ( redoutablement efficace, car elle rend le livre passionnant alors que le sujet , la mort, et la peur de la mort, c’est dit, peut dissuader..). Pleine d’humour, de citations ( beaucoup de Jules Renard , cela m’a donné l’envie de lire son Journal, tant les extraits empruntés m’ont semblé fins et drôles . Un connaisseur certes,ce Jules Renard, qui a vu sa mère tomber dans un puits,son père se suicider à son domicile d’un coup de fusil, son frère mourir à son bureau des suites d’une intoxication liée à un chauffage mal réglé ..).

Pleine également d’anecdotes sur des écrivains, des musiciens ( surprenant Rossini..), bref un régal d'érudition et un art parfait de l'autodérision!

Egalement un portrait familial ( vie et mort d'une famille, grands parents, parents, et un frère, philosophe légèrement déjanté, spécialiste d'Aristote et vivant lui aussi en France.). Les deux frères faisaient d'ailleurs le malheur de leur pauvre mère :
Un de mes fils, disait-elle, publie des livres que je peux lire mais ne peux pas comprendre, et l'autre écrit des livres que je peux comprendre mais ne peux pas lire.


Pauvre Mrs Barnes!

Et une réflexion sur ce qu'est un romancier, ce qui fait démarrer une histoire.

Un petit extrait à ce sujet:

La fiction est créée selon un processus qui combine une liberté totale et un contrôle absolu, qui contrebalance l’observation précise par le libre jeu de l’imagination, qui utilise des mensonges pour dire la vérité et la vérité pour dire des mensonges. Elle est à la fois centripète et centrifuge. Elle veut raconter toutes histoires, dans toutes leurs incohérences, leurs contradictions et leur insolubilité; en même temps, elle veut raconter LA vraie histoire, celle qui fond en une seule et raffine et résout toutes les autres histoires. Le romancier est à la fois un impudent cynique et un poète lyrique, s’inspirant de l’austère exigence d’un Wittgenstein- «  ne parle que de ce que tu peux vraiment connaître »- et de l’espiègle effronterie d’un Stendhal.

message partiellement rapatrié


mots-clés : #creationartistique #humour #mort
par Marie
le Sam 17 Déc - 2:33
 
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Sujet: Julian Barnes
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Jean Cocteau

Carte Blanche

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Coctea10
Dans l'édition Mermod (Lausanne, 1952), que je vous recommande !

Sa fraîcheur couplée à un dandysme histrionnant, agaçant certains, envoûtant d'autres se retrouve dans cet ouvrage de 1919.
Il s'agit d'une compilation de chroniques hebdomadaires qu'il tenait dans le journal "Paris-Midi" et pour lesquelles, ainsi qu'il s'en explique en préface, son directeur lui avait donné carte blanche.

Richement illustré: En plus des dessins de l'auteur, dont ce portrait de Picasso et Stravinsky:
Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Coctea11

Picasso, Derain, Van Dongen, Utrillo, Gris, Man Ray, Dufy, Braque, De la Fresnaye (une oeuvre comme "souvenirs de guerre", ci-dessous, excellent tableau cubiste que je ne connaissais pas):
Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Roger-10

Illustration sonore aussi, vous ne manquerez pas de le lire en écoutant ceux dont il est question, Satie, Poulenc, Fauré, Milhaud, Stravinsky etc...

Et poétique: Apollinaire, Max Jacob...
En refermant ce petit trésor de pétulance, vous conviendrez (ou pas) que l'immédiat après-guerre était quand même, à Paris, d'une rare effervescence créatrice. Et vous sourirez (toujours ou pas) en lisant des espoirs placés par Cocteau dans le cinéma, et ce que cette forme d'expression artistique est devenue (voir la dernière phrase de ce lien).

Ai-je aimé ce livre ?
Cela ne se discute pas !
Mais, au-delà de celui-ci, toutes les ambiances suggérées ou carrément pointées, surtout musicales et picturales pour ce qui me concerne, sont exceptionnelles.



(Commentaire du 12 mai 2013, rapatrié)


mots-clés : #creationartistique
par Aventin
le Ven 16 Déc - 19:39
 
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Sujet: Jean Cocteau
Réponses: 4
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Andreï Makine

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Une femme aimée


CONTENU :
Ed du Seuil a écrit:Défendre cette femme... Effacer les clichés qui la défigurent. Briser le masque que le mépris a scellé sur son visage.

Aimer cette femme dont tant d’hommes n’ont su que convoiter le corps et envier le pouvoir.

C’est cette passion qui anime le cinéaste russe Oleg Erdmann, désireux de sonder le mystère de la Grande Catherine. Qui était-elle? Une cruelle Messaline russo-allemande aux penchants nymphomanes? Une tsarine clamant son « âme républicaine »? La séductrice des philosophes, familière de Voltaire et Diderot, Cagliostro et Casanova? Derrière ce portrait, Erdmann découvre le drame intime de Catherine ? depuis son premier amour brisé par les intérêts dynastiques jusqu’au voyage secret qui devait la mener au-delà de la comédie atroce de l’Histoire.

L’art de ce grand roman transcende la biographie. L’effervescence du XVIIIe siècle européen se trouve confrontée à la violente vitalité de la Russie moderne. La quête d’Erdmann révèle ainsi la véritable liberté d’être et d’aimer.


REMARQUES :
Cathérine la Grande, le 18ième siècle – et qu'est-ce que cela a à faire avec nous, avec cet Oleg Erdmann, ce cinéaste russe, né en 1954, qui s'intéresse si passionément à la vie de la tsarine de souche allemande ? Et voilà un premier point commun : C'était la même Catherine qui a fait venir dans la deuxième moitié du 18ième siècle des Allemands dans l'Empire Russe. Et parmi eux alors les aieuls d'Erdmann aussi. Et quand on se rappelera dans sa famille des reproches de colloboration ou tout simplement de ses origines allemandes, on dira avec un petit sourire «et tout cela à cause d'une petite princesse allemande ».

Alors, comment s'approcher d'une vie, comment la décrire ? Erdmann/Makine nous propose plusieurs grilles de lectures : certaines dates clés de sa biographie ; le changement incessant des amants multiples chez cette nymphomane insatiable (sic?) ; ses changements, reformes proposés et imposés par une vision éclairée d'impératricce absolutiste (sous son regne la Russie était en certains points bien en avance dans les « droits humains »...) sous l'influence d'un Voltaire, d'un Diderot ; l'agrandissement de l'Empire par la fondation de villes, d'administration structurée, des guerres...

En quatre chapitres l'auteur saute souvent de ce niveau « historique » du temps de la tsarine vers la Russie d'aujourd'hui des dernières décennies. En celles-ci Erdmann cherchent à adapter la vie de Cathérine dans des films, comme scénariste, comme metteur en scène, dans des versions plus ou moins censurées et existentielles. Et au même moment toute sa vie peut se lire en dialogue avec des événements de la vie de la tsarine.

Mais où se trouvent les interrogations et la recherche d'un Erdmann et, en lui, probablement de Makine ?:
Où est le noyau de vérité d'une personne, d'un homme, d'une femme ? Est-ce qu'on peut vraiment (cette question nous revient souvent) réduire cette femme au jeu du pouvoir et du sexe, à une suite de copulations ? Comment la réprésenter comme un être plus vaste, avec ses désirs, sa recherche d'amour, dans sa complexité ? Qui profite de qui : Cathérine de ses amants (vraiment aimés semble-t-il) ou ces amants de la richesse et de l'influence de la tsarine qui les comblent de cadeaux ?...

Ce sont, transposées, des questions similaires qu'on pourrait poser vis-à-vis d'Erdmann dans sa vie professionnelle et amoureuse, et à nous tous... Et voilà que l'Histoire, l'histoire gagne un autre lien directe avec la réalité d'aujourd'hui. Ce niveau de la narration débute au début des années 80, encore sous Brejnev et puis Andropov, au temps des jeux de Moscou et ensuite. Erdmann doit gagner une part de sa vie dans les abattoirs et vit simplement dans un « appartement de communauté » (Kommunalnaya). Au même moment il lutte ensemble avec le metteur en scène Kozine avec la censure soviètique pour monter et montrer une telle version plus complète, existentielle de la vie de la tsarine. Mais qu'est-qu'on aimait voir, ne pas voir dans un temps où « tous les tsars étaient quasimment par définition sanguinaire et des nuls, et contre le peuple de toute façon etc ? Est-ce que cela serait le bienvenu de présenter la tsarine avec des interrogations et aspirations plus profondes ? Comment intégrer un tel message dans un film soviètique ? (Plus tard il y aura quand même un clin d'oeil vers Tarkovski qui y a réussi!)

Plusieurs années ont passé et nous nous trouvons en 1994 au temps d'Eltsine : Maintenant Erdmann devrait réaliser pour son ex-ami et milliardaire Jourbine une nouvelle adaptation du sujet de Cathérine. Mais qu'est-ce qui s'impose maintenant comme « censure ou barrière » ? C'est la logique frénétique du marché qui, lui non plus, ne veut pas des films intellectuels, demandant une interrogations. Non, on est amené à tourner une de ces versions en 101 épisodes, un soft-porno ! Pas de place pour de la profondeur ! Cela n'attire personne !

Et voilà qu'on arrive à cette conclusion bizarre qu'aussi bien sous le régime totalitaire que sous le nouveau pouvoir on n'est plus ou pas capable de voir ce plus de l'être humain, sa quête la plus profonde pour le bonheur d'amour... L'impossibilité donc de montrer l'être humain dans sa complexité, imposer plutôt la simplification et les schématas !

Désenchantement ? Mais aussi invitation à resister autrement, montrer qu'une « autre vie est possible ». Dans ce sens-là Erdmann n'abdique pas complétement : à la fin du livre se dessine très doucement une autre possibilité pour lui.

Donc, un livre extrêmement riche qui m'a convaincu ! Makine poursuit son œuvre et nous devrons essayer de discerner certaines interroagtions fortes. Un livre plein de connaissances historiques, mais qui ne se laisse certainement pas reduire à un roman historique. Restent des questions essentielles :
Qui est l'homme ? Chercher à aimer et être aimé...



mots-clés : #historique #creationartistique
par tom léo
le Jeu 15 Déc - 22:27
 
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Sujet: Andreï Makine
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Efim Etkind

La traductrice



Un petit livre (20 pages de texte) aussi bref et efficace qu'une claque.

Efim Etkind raconte l'histoire de Tatiana Gnédich, une femme russe passionéne de littérature anglaise du XVIIème iècle, qui fut arrêtée pour "trahison à la patrie". Elle  ne survécut à son emprisonnement qu'en traduisant, pendant deux ans et de mémoire  les 17 000 vers du Don Juan de Byron, tâche pour laquelle elle reçut une certaine protection de son commissaire-interrogateur. Puis elle fut déportée huit ans, conservant sur elle,  paufinant, enrichissant peu à peu sa traduction, sublime parmi toutes.

C'est sec et froid, des faits précis, dans un style classique et sans fioritures. Efim Etkind juge même inutile de nous décrire les atrocités du goulag - il considère celà comme acquis. Il veut simplement nous faire connaître ce destin exceptionnel, cette femme portée par sa misson, qui sans doute l'a sauvée.
C'en est presque un peu frustrant,cette brièveté et cette distance, mais c'est son choix. Malgré cela, cette   relation d'une forme de résistance individuelle laisse une trace.


(commentaire récupéré)


mots-clés : #biographie #creationartistique #deuxiemeguerre
par topocl
le Mer 14 Déc - 11:52
 
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Sujet: Efim Etkind
Réponses: 2
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Pascal Quignard

Tous les matins du monde

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Originale : Français, 1991

CONTENU :
Monsieur de Sainte Colombe aima passionnément sa femme, décédée en 16650. Au-délà de sa mort il continue à la désirer, à vouloir la rencontrer. Maintenant il se consacre encore plus au jeu de la gambe à laquelle il a ajouté une septième corde (de là le titre allemand : « La septième corde »). Il est un musicien pas seulement doué, mais habité aux profondeurs : ce n'est pas juste une maîtrise technique de l'instrument, une virtuosité, mais le flux des émotions et de l'âme. Il est tourné de tout coeur vers ses deux filles malgré un certain silence, un manque de paroles. Elles deviennent à leurs tours des joueuses de gambe splendides. Ensemble ils feront des concerts dans leur propriété simple auxquels d'autres viennent pour les entendre. L'invitation de jouer à la cour du Roi Soleil va être refusée : la place de Sainte Colombe est ailleurs.

Un jour Marin Marais apparaît et deviendra élève de lui. Il deviendra rapidement un virtuose, mais aux yeux de son maître ses façons de la cour, son désir aux honneurs etc ne trouvent pas de faveur...

STRUCTURE :
27 chapitres de deux à six pages avec toujours un nouvel éclairage, une nouvelle observation sur l'histoire.

REMARQUES :
C'est un roman si court, dans un certain sens, mais on pourrait encore en dire beaucoup plus ! Quelle densité et richesse. Pas d'étonnements trop grands que ce livre fait souvent partie des tâches du bac.

Et il s'appuie vraiment à des personnages historiques : Monsieur de Sainte Colombe, plutôt un peu en retrait, comptant comme un des plus grands gambistes, et puis aussi son élève, Marin Marais qui est représenté ici dans une certaine relation ambivalente envers l maître.

Bien sûr on pourrait souligner dans ce roman les relations amoureuses entre Marais et les filles du maître ; le refus (ou pas) d'être au service des grands de l'époque, ou alors les souvenirs mélancoliques de Sainte Colombe à sa femme décédée. Ce dernier point fait penser à quel point parfois une certaine douleur peut même devenir source de créations artistiques et autres extraordinaires.

Mais finalement il me semble qu'au coeur de cette œuvre il s'agit de la question de la transmission : où se nourrit un talent ? Qu'est-ce qui nous aide à vivre certains dons jusqu'au bout ? Le vieux maître voit bien chez le jeune l'art, la virtuosité, mais il lui demande, et à nous : Est-ce que c'est bien cela déjà la musique ? Qu'est-ce qui doit s'y ajouter ? Où est-ce qu'un art reçoit comme une âme ?

Je ne veux pas manquer de faire mention d'une adaptation au cinéma par Alain Corneau, avec Gérard et Guillaume Depardieu ainsi que Jean-Pierre Marielle.


mots-clés : #creationartistique
par tom léo
le Sam 10 Déc - 15:46
 
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Sujet: Pascal Quignard
Réponses: 51
Vues: 1473

W.G. Sebald

L' Archéologie de la mémoire : Conversations avec W.G. Sebald. - Actes Sud

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Plus j' avance dans la lecture de  L'Archéologue de la mémoires : conversations avec Sebald, et plus je me rends compte de l'originalité hors du commun de Sebald, de la cohérence de son projet. De la façon dont dont il a su intégrer dans  son œuvre tout ce qui l'a fait souffrir. Et qu'il a continué à explorer au prix de grandes souffrances. Et en faisant extrêmement attention de ne pas blesser les survivants de l'holaucoste. Chose qu'il reproche à un certain nombre d' écrivains allemands du 20e siècle.
Comment il su reconstituer des destins frappés par la peste nazie. Qu'il a rencontrés réellement. Le nombre de coïncidences qui ont croisé sa vie est vraiment troublant. Les fameuses images qu'il a jointes à ses textes sont souvent authentiques tout comme la plupart des histoires. Et cela ajoute au trouble que l'on ressent.
Quelle est la part de fiction et celle de la réalité ? Si l' on considère la part de l'imagination, alors, sans aucun doute, Sebald a écrit une forme de fiction. Mais une fiction entièrement nouvelle.

Et puis, il y a tout ce qu'il nous transmet en héritage sur l' histoire de notre époque.  Et qu'on n'a pas fini de découvrir.
Et qui laisse finalement peu d'espoirs sur la nature humaine.
Sebald était vraiment de l'envergure d' un Kafka avec qui, d'ailleurs il a pas mal de points communs.
 
Message rapatrié


mots-clés : #creationartistique
par bix_229
le Ven 9 Déc - 20:00
 
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Sujet: W.G. Sebald
Réponses: 35
Vues: 1533

Philip Roth

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Exit le fantôme
traduit de l'anglais ( Etats-Unis) par Marie-Claire Pasquier

Neuvième- et d’après l’auteur- dernier roman mettant en scène un des doubles de l’écrivain, Nathan Zuckerman. Un Nathan Zuckerman parti se réfugier dans la campagne du Massachusetts, après avoir reçu des menaces de mort d’un fanatique religieux antisémite. Onze ans pendant lesquels il a coupé tout lien avec sa vie antérieure, ne s’intéressant plus qu’à une chose, son travail :

À tout prendre, être affranchi du besoin de jouer un rôle était préférable aux tiraillements, à l’agitation, aux conflits, au sentiment de totale inutilité et de dégoût qui, lorsqu’on vieillit, peuvent rendre moins que désirable cette grande diversité dans les rapports humains qui fait partie intégrante d’une vie riche et bien remplie. ..Je m’étais éloigné de la tyrannie de mon caractère passionné- ou peut être l’avais-je, en vivant retiré pendant plus d’une décennie, simplement cultivé avec délices sous sa forme la plus austère.


Et qui, opéré d’un cancer de la prostate, avec les conséquences physiques de cette intervention, c’est-à-dire impuissance et incontinence urinaire ( et Roth n’épargne rien à son personnage..) , souffrant aussi d’une mémoire de plus en plus défaillante, va revenir à New York pour tenter un traitement. C’est le cadre du roman, qui se situe au moment de la réélection de GWB. Après, l’histoire importe peu, finalement. Ou si, bien sûr, si on l’interprète de façon métaphorique . Mais :

Dès que l'on entre dans les simplifications idéologiques et dans le réductionnisme biographique du journalisme, l'essence de l'oeuvre d'art disparaît.


C’est bien sûr beaucoup plus que l’histoire de huit jours d'ouverture du champ des possibles dans la vie d’un écrivain qui voit disparaître tout ce qu’il était. Ouverture qui se referme vite devant la triste réalité des impossibilités physiques. Reste le fantasme dans l'écriture, mais l'écriture quand la mémoire disparaît... Parler de tout ce qu'il y a dans ce livre, d'écrit, ou de simplement évoqué, je m'en garderais bien, à chacun sa lecture. Un des thèmes abordés étant d’ailleurs une condamnation ironique de ces biographies qui recherchent à tout prix l’explication de l’œuvre dans la vie privée de l’auteur. Cependant, il s'agit d'un roman qui condense toutes les obsessions de Philip Roth, encore une fois admirable de lucidité, de finesse et d’intelligence. Mais c'est également à réserver aux inconditionnels- comme moi - c’est de plus en plus désespéré, et désespérant.

mots-clé : #pathologie #creationartistique
par Marie
le Ven 9 Déc - 19:51
 
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Sujet: Philip Roth
Réponses: 70
Vues: 3190

Claude Louis-Combet

Blesse, ronce noire

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Voici une pépite noire, à la fois troublante et fascinante. Claude Louis-Combet nous fait revivre, à travers un long poème d'une prose tourmentée, le destin tragique de Georg Trakl, poète maudit, et de sa jeune sœur, « celle par qui la  ténèbre arrive », qui s’aimèrent d'un amour proscrit, à la fois lumineux et désespéré. Ou plutôt ce que lui, Claude Louis-Combet, en recréée, les sources autres que les poèmes ayant été détruites par la famille,. Peu importe, d'ailleurs, on pourrait être dans une fiction, l’histoire n'en perdrait ni n’en gagnerait en intensité : c'est ce que semblent indiquer les personnages jamais nommés (seul le 4e de couverture leur donne une identité – par respect pour ceux qui se restent ?).

Le garçon a tout juste dix ans et sa sœur vient d'en avoir cinq. De tous les êtres qui peuplent la maison, cette petite fille a été reconnue par son frère, depuis le commencement, comme celle par qui la ténèbre arrive. Cette nécessité s'est installé entre eux dès le temps des premiers regards et des premiers contacts et elle s'est développée comme une très obscure force d'attraction à partir des yeux noirs qu'ils ont, l'un et l'autre, et avec lesquels, la plupart du temps sans dire un mot, ils s'entendent, chacun s'émerveillant de la présence de l'autre et tous deux partageant constamment se silence occulte qui est, peut-être, l’âme en son fond, avec sa charge de rêve et de désir, et qui, chez les enfants qui s'aiment, fait de chacun le double fascinant de l'autre - ou sa promesse, tout au moins, l'annonce d'une identité merveilleusement élargie dans sa réplication.


Dès l'enfance ils vécurent dans l'évident éblouissement l'un de l'autre, le temps oeuvrant à intensifier cette passion indicible, souffre d'une souffrance infinie.

Tu seras mon éternel amour parce que tu seras mon éternel péché. Toujours l'évidence la faute vous interdira de pécher.


La vie les éloigne sans jamais les séparer et ne fera qu'exacerber l'urgence de cette passion dangereuse. La permanence de leur amour, par-delà l’immédiate transgression, exige en contrepartie le renoncement au bonheur. Ils s'éloignent, ils s'égarent, ils se réfugient dans d’artificiels paradis, cheminement déchirant de l'amour fou à la folie ordinaire, ils finissent par se perdre dans les abîmes d'une stupeur abyssale. Ils vibrent du malheur des justes.

Claude Louis-Combet nous parle de cet amour impossible qui bouleverse la vie de ces pauvres enfants abandonnés de la vie, mais les engouffre vers des destins tragiques et dérisoires. Un style inimitable, vibrant et tourmenté, sublime cette passion, la dissèque, faisant la part belle à des sentiments d'exception. D'une poésie sauvage, il évite le scabreux, pour décrire le naufrage de ces deux amants indéfectibles. Les protagonistes jamais nommés (le garçon, la sœur, l’amante) en gagnent une présence étrange.

Un livre magique, tout à fait singulier, sombre, douloureux mais pourtant brillant et séduisant qui nous parle de la solitude de l'enfance,  d’une douleur sauvage.



(commentaire rapatrié)


mots-clés : #creationartistique
par topocl
le Mar 6 Déc - 18:58
 
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Sujet: Claude Louis-Combet
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Pierre Senges

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Des_ho10 Cendres des hommes et des bulletins (dessins de Sergio Aquindo)

Difficile d'expliquer le charme fou de ce livre bizarre. Difficile de dire ce qui fait sa richesse, difficile de dire pourquoi ce livre est formidable alors qu'il parle d'antipape, de mendiants, de fous, d'usurpés et de carnaval. Tout cela se passant dans les temps reculés de ce milieu du XVème siècle, que je connais si mal. Comment expliquer l'immersion totale dans un univers qui étonne, qui cherche, qui ne lance aucun pont avec notre présent et qui pourtant réjouit ?

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Des_ho11

Pierre Senges en magicien des mots part en quête d'une improbable histoire : celle de ces mendiants que l'on voit sur la peinture de Bruegel. Des mendiants ? C'est le titre, il faudrait donc s'y tenir mais que font-ils exactement ? Ont-ils toujours été mendiants ? Pourquoi sont-ils regroupés ici et ne seraient-ils pas les ombres d'un roi, d'un pape, d'une noble dame anglaise, d'un sultan ottoman, tous tombés en disgrâce, tous des usurpés à la recherche de leur trône ?

C'est sur cette hypothèse que se bâtit l'histoire, Senges avec les mots, Aquindo avec les gravures. Allant cahin-caha au milieu des rudes hivers, racontant ici et là les aventures de l'antipape Silvestre qui loupa la Sainteté d'une rature, de Philippe de France qui n'arriva pas à Paris, de Jacinta l'anglaise qui fut une femme dans un monde d'hommes, d'Alaeddin qui choisit la vie d'ermite avant de vouloir retrouver les ors et les mosaïques de son palais stambouliote, ils sont tous inconnus, tous évaporés dans les brouillards et les cendres de l'Histoire, du passé et de l'absence.  Senges réinvente leur histoire, réécrivant leurs rêves, leur folie, se proposant, dans une recherche toute hypnotique et encyclopédique, alerte et humoristique, de retrouver leurs traces et de se demander qui est qui sur le tableau de Bruegel.

Ce livre, par son inventivité, la richesse de ses propositions, ses fascinantes hypothèses, ses inlassables reprises et questionnements est un petit bijou littéraire et artistique. Il offre un texte d'une grande intelligence tout en restant intelligible, drôle, cocasse, parfois même espiègle. Il est inclassable, fabuleusement vivant, malléable, surprenant, inattendu, joueur. En utilisant un style d'une grande sécheresse, qui ressemble à une flèche lancée vers une cible qu'elle atteint en plein cœur, Senges propose une lecture nerveuse, tendue, qui absorbe le lecteur.

C'est à un voyage à travers le temps, les espaces, les écritures et les images que nous invitent les deux hommes. Tour à tour ludique, sérieux, documenté, inventif et innovant, le livre est une folle équipée, une chevauchée grotesque, qui se fait entre fous. Il rappelle vaguement le début de l'Histoire de la folie à l'âge classique de Foucault (parce que pour l'instant je n'ai lu que le début), tout en s'appuyant sur des écrits d'époque (dont bien sûr, nous n'avons pas les sources), il est sauvage et libre à l'image de ces pauvres hères qui le temps d'un carnaval échangeaient leurs oripeaux contre les soies divines.

C'est une gourmandise. Un livre éloigné des querelles de notre époque, mêlant fiction et Histoire, s'alimentant à toutes les sources de la connaissance, intellectuellement stimulant, terriblement agréable à lire, parcourir, tenir dans les mains (il faut tout de même les deux mains) et qui nourrit comme rarement livre nourrit.

Un très, très grand plaisir de lecture, certes particulier, qui ne conviendra qu'à certains lecteurs, ceux qui aiment les contes et leurs déboires, qui aiment l'Histoire et ses histoires et qui n'ont pas peur de se frotter à la crasse des ânes et de leurs maîtres, à la cendre des hommes et des bulletins.

Il pourra parfois sembler ennuyeux dans certains développements, on le laissera tranquille jusqu'à ce qu'il se rappelle, insidieusement à nous, comme ses tablettes de chocolat que l'on grignote seul, en douce, incapable de les lâcher et de ne pas les engloutir compulsivement, en se délectant d'un plaisir coupable et solitaire.


Ultra réjouissant !


mots-clés : #creationartistique
par shanidar
le Mar 6 Déc - 17:36
 
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Sujet: Pierre Senges
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Imre Kertész

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Liquidation

C’est un court « roman » qui n’a pas l’ampleur et l’ambition de « Le Refus » mais qui tourne autour des mêmes thématiques. Un écrivain, nommé Bé, dont l’histoire est liée au camp d’Auschwitz, se suicide. L’un de ses amis éditeur récupère ses archives et se met en quête d’un ultime roman dont il est persuadé qu’il existe et qui résumerait toute la pensée de l’auteur. Il rentre en contact avec plusieurs femmes qui l’ont connu et qui lui révèlent quelques facettes du personnage, pièces qu’il tente d’assembler comme un puzzle. Je ne vous en dirai pas plus, même en spoiler)  Razz

On retrouve ici les interrogations principales de Kertész sur le sens de la vie, parfois sous forme de paradoxe :

« Un homme totalement dégradé, en d’autre terme un survivant, n’est pas tragique, disait-il, mais comique, parce qu’il n’a pas de destin. »

« Seules nos histoires peuvent nous apprendre que notre histoire est finie, sinon nous vivrions comme s’il y avait toujours quelque chose à continuer (notre histoire par exemple). C’est-à-dire que nous vivrions dans l’erreur. »

« La grande désobéissance c’est / De vivre sa vie / Et aussi la grande humilité / Que nous nous devons à nous-mêmes / Le seul moyen acceptable / Du suicide, c’est la vie / Se suicider c’est comme /Continuer sa vie / Recommencer chaque jour / Revivre chaque jour / Remourir chaque jour. »

« ..les hommes ne comprennent pas qu’il est plus facile de haïr que d’aimer, et que la haine est l’amour des perdants. »


Son sens de l’humour noir dans le contexte de la Hongrie communiste (cela fait penser un peu à Thomas Bernhard) :

« L’Etat est toujours le même. Il a toujours financé la littérature pour pouvoir la liquider. Quand l’Etat subventionne la littérature c’est toujours une manière déguisée de la liquider. »

« Ici tout le monde a raté sa vie. C’est la spécificité, le génie du lieu. Par ici, si on n’a pas raté sa vie, c’est qu’on est simplement dépourvu de talent. »

« J’avais pris l’habitude de dormir longtemps parce que je commençais à comprendre que c’était la seule activité sensée à laquelle je pouvais passer mon temps. »


Les considérations sur l’écriture et la littérature :

« En tout cas, la littérature est un piège qui nous retient prisonnier. Plus précisément, la lecture. La lecture est comme une drogue qui confère un agréable flou aux cruels contours de la vie. »

« Des quantités de livres dorment ainsi en moi, des bons et des mauvais, de tout genre. Des phrases, des mots, des alinéas et des vers qui, pareils à des locataires remuants, reviennent brusquement à la vie, errent solitaires ou entament dans ma tête de bruyants bavardages que je suis incapable de faire taire. »

« Mais je crois en l’écriture. En rien d’autre, seulement en l’écriture. L’homme vit comme un ver mais écrit comme un dieu. Autrefois, on connaissait ce mystère oublié de nos jours : le monde se compose de tessons qui s’éparpillent, c’est un obscur chaos incohérent que seule l’écriture peut maintenir. Si tu as une idée du monde, si tu n’as pas oublié tout ce qui s’est passé, alors sache que c’est l’écriture qui a créé pour toi le simple fait que tu as un monde et qu’elle continue à le faire, elle est la toile d’araignée invisible qui relie nos vies, le Logos. »



mots-clés : #creationartistique #regimeautoritaire
par ArenSor
le Mar 6 Déc - 11:54
 
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Sujet: Imre Kertész
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Imre Kertész

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Le Refus

Quel livre étrange ! il commence comme un « Nouveau roman » des années 50 par sa recherche d’objectivité : description minutieuse des lieux, répétitions, etc. Il continue par des réflexions sur la nature du témoignage, du roman, de l’écriture en général (il est fortement recommandé de lire auparavant « Etre sans destin »). I Kertézs s’/nous interroge sur ce qu’on retient d’un évènement qui a changé la vie d’un adolescent ; en l’occurrence, des images, des idées qui ne correspondent pas à la doxa admise : le souvenir d’un lever de soleil vu du train, les sales gueules des prisonniers, les crématoires perçus comme une plaisanterie. Comment s’étonner alors que les « autorités » refusent la publication de ce «roman» ? Cet échec incite l’auteur à revenir sur son écrit, ce qui nous vaut un superbe passage sur la relation entre l’écrivain et son texte. Comment ce situe celui-ci ? comment peut-il se relire objectivement ? Kertesz livre là une vraie maïeutique de la création littéraire.

La seconde partie narre les aventures d’un certain Köves, sorte de double de l’auteur. L’écriture se fait alors plus fluide, le climat onirique - le souvenir récurrent de situations et de paroles déjà dites- avec des accents kafkaïens. C’est une partie du livre que j’ai trouvé envoûtante. Le récit se prête à quantité de métaphores ; Köves revenant de l’étranger pourrait être Kertész rentrant des camps de concentration dans un Budapest détruit par la guerre et pris dans la tenaille stalinienne. Le héros erre dans ce monde policé jusqu’à l’absurde où les individus peuvent disparaître physiquement et de la mémoire des protagonistes, comme beaucoup dans les geôles stalinienne, comme les juifs dans les fours crématoires, où le travail n’a d’autre utilité que « d’éveiller l’amour propre et la considération générale » des travailleurs envers eux. Köves est un peu perdu dans cet univers – il prend les policiers pour des douaniers – et étrangement absent. A un moment, il échange avec un certain Berg, encore un double de lui-même, côté non plus victime mais bourreau. C’est, à mon avis, un autre moment clef du livre, qui avait déjà été abordé dans la première partie lorsque l’auteur s’interrogeait sur Ilse Koch – une gardienne de Büchenwald - qui, disait-il, faisait son boulot et accomplissait son destin. Là se trouve l’une des interrogations majeures, il me semble, d’Imre Kertész : quelle différence y-a-t-il entre un bourreau et sa victime ? Comment le destin de chacun peut-il échapper aux circonstances extérieures ? Comment une victime peut-elle être amenée à frapper un prisonnier refusant de s’alimenter ? Sur ces questions plane l’ombre de la « grâce » rédemptrice (ou non !). Il y a là un côté qui me rappelle Dostoïevski.

En conclusion, j’avais peut-être trop pris Être sans destin (ces deux termes résument toute la pensée de Kertész) comme témoignage historique. Le Refus m’a montré combien Imre Kertész est un immense écrivain, non seulement par la qualité de ses réflexions, mais aussi par la construction du récit et un style très original. Pour sûr, un Nobel qui n’est pas usurpé. Un grand merci à Églantine qui m’a incité à me plonger dans ce «roman».  cheers


mots-clés : #creationartistique #regimeautoritaire
par ArenSor
le Mar 6 Déc - 11:21
 
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Sujet: Imre Kertész
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Jaume Cabré

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Confiteor

Avec quelle habileté l'auteur lie les évènements du passé et du présent, interférant dans la lettre testament du narrateur(Adrià) à son fils.

Dans ce récit le destin des personnages est dévoilé grâce à l'âme des objets, textes anciens, dont la rareté les rend unique,   arrachés, pas toujours honnêtement par les protagonistes, et récupérés par Félix Averdol le père d'Adria.

Deux phrases illustrent la situation de l'enfant Adrià : " Ce n'est que hier soir, alors que je marchais dans les rues trempées de Vallcarca, que j'ai compris que naître dans cette famille avait été une erreur impardonnable. "

"Ce qui me pesait chez papa c'est qu'il savait seulement que j'étais son fils. Il n'avait pas encore compris que j'étais un enfant."

Pas étonnant que cet enfant, aussi doué fut-il et il l' était, ait choisi pour soutiens et  confidents deux jouets : le chef indien Aigle-Noir et le Shériff Carson (bravoure et sagesse)

En exergue de ce premier chapitre, ce pourrait-être le sentiment de l'enfant : "Je sera rien" Carles Camps Mundo

C'est le père d'Adria qui choisit l'éducation qui convient à son fils (lequel doit faire mieux que tous parce qu'il le peut et que son père le veut) effacement de la mère qui doit s'incliner.

Au fil des études d'Adria, de ses sentiments se révèle une vérité pas toujours comprise par l'enfant mais qui découvre l'homme qu'est Félix Ardèvol, le père. Un homme qui a épousé par intérêt la fille d' un paléographe, qui dans sa jeunesse a été indigne, adulte ignoble et dont la veuve demandera des années durant, la tête de l'homme qui l'a assassiné en le décapitant  (a capite)

Adrià apprend aussi le violon, mais ce n'est qu'à l'adolescence qu'il consentira à jouer devant un public.

j'ai dressé la chronologie de certains faits qui facilitent le suivi des choses et personnages

vers 1400 frère Julia de Sau (ex Fra Miquel moine hérétique  dernier vivant du monastère Sant Pere del Burgal (assassiné) avait en sa possession l'acte fondateur du monastère que récupèrera des siècles plus tard Félix Ardèvol

1690 Jachiam Mureda de Pardac tue Bulchanij Brocia incendiaire de la forêt et s'enfuit emportant le médaillon que lui donne sa petite soeur Bettina (médaillon de leur mère, représentant Santa maria dai Ciüf (médaille de Pardac)

Quelques années après Jachiam retourne à Pardac portant un chargement de bois d'érable et d'un autre bois noble, dans lesquels Lorenzo Storioni confectionnera son premier violon dénommé Vial (c'est une autre histoire d'assassinat) qui sera plusieurs siècles plus tard l'une des pièces de Félix Ardèvol

en 1918 alors qu'il est étudiant à Rome (ecclésiastique) Félix tombe amoureux de Carolina qui lui offre la médaille de Pardac héritée de son oncle (nous saurons certainement plus tard ce qu'il est advenu de Carolina)

à l'âge de 40 ans Félix Ardèvol se marie avec Carme Bosh ils ont un enfant, le narrateur Adria. J'ai aussi relevé dans l'écriture une récurrence ; il fait une description (n'importe le sujet) en tant que spectateur  aussitôt suivie d'une en tant qu'acteur (j'espère que vous me comprendrez avec cet exemple)

"Adrià était très content de connaître le cadre de vie de cette fille qui lui entrait dans la peau........"Et la chambre de Sara était plus grande que la mienne..."

une autre manière de liaison.

Après la disparition du père d'Adrià, une jeune femme (Danièla) se présente au domicile de la famille Averdol, elle revendique une part d'héritage, c'est la fille que Carolina a eu de Félix Averdol alors qu'il étudiait à Rome, et qu'il a lâchement abandonnée.

Adrià à présent âgé de 20 ans ne souhaite pas exercer en tant que violoniste, au grand dam de sa mère, il veut continuer à étudier et devenir "philosophe de la culture" comme il l'avait annoncé à l'un de ses camarades. Son amitié avec Bernat se poursuit, ils ont besoin l'un de l'autre, une amitié orageuse certes, mais quoi de plus beau quand l'un console l'autre en lui jouant un morceau au violon ?

Par sa demi-soeur, Adrià prend connaissance d'une personnalité de son père qui lui était inconnue, toute la part d'ombres. Il s'est aussi rendu compte du poids négatif que son père faisait peser sur sa mère, laquelle se révèle habile, autoritaire, gérant le magasin de façon utile. Mais leur relation restera ce qu'elle était, sans tendresse, dialogue restreint au minimum.

Les  plus belles pièces de la collection privée de Félix Ardevol ont été acquises en spoliant les Juifs pendant la seconde guerre mondiale ; le sang d'une victime signe d'ailleurs l'étui du violon Storioni le Vial. (après l'assassinat du violoniste Leclaire par Vial, le violon était donc en la  possession de cette vieille femme Juive)

Ce livre demande a être écouté pour la musique du rythme et des richesses.
Alors il m'apparait que le narrateur n'écrit pas à son fils, non, je pense à celle qu'il a aimée, Sara et que c'est son autoportrait dont il est question, à plusieurs reprises, et qui se trouve dans le bureau d'Adrià ! D'ailleurs il dit suite à une dispute avec sa mère : "Si un enfant m'avait répondu comme je répondais à maman, je lui aurais donné une claque mais je n'ai pas d'enfant."

Par contre, malgré des hauts et des bas dans leur relation il gardera l'amitié de Bernat  et c'est d'ailleurs à lui qu'il confiera le récit de sa vie alors qu'il se sait malade.

Sara sa bien-aimée s'enfuit à Paris, le laissant abattu devant cet acte incompréhensible pour lui ; il part pour l'Allemagne étudier et sa présence dans ce pays est l'occasion d'en connaître plus sur certains personnages. La mort d'un SS nommé Grübbe Franz atteint par les balles d'un ami étudiant de Félix Ardèvol à la Gregoria et qui pour défendre sa patrie a quitté la soutane, Drago Gradnik.

Adrià lit dans la presse qu'un psychiatre a été assassiné, il s'agit du Dr Voigt, alias Zimmermann, alias Falegnani, à qui Félix Ardèvol a acheté le violon Vial ; souvenons nous que cet ignoble docteur qui faisait des "expériences" sur les prisonnières des camps de concentration, avait lui-même volé ledit violon à une vieille Juive après l'avoir abattue. Adria à ce moment là ignore les faits qui le relient à ce docteur.

On apprend aussi la raison de l'assassinat de Frau Julia de Sau (ex Fra Miquel), il avait refusé de couper la langue à un Juif accusé à tort par l'Inquisiteur Nicolau Eimeric.

A travers les siècles  l'Inquisiteur et  l'Obersturmbannfürher Rudolf Hoss révèlent les mêmes exactions sur des victimes , cette alternance de l'un à l'autre  simule un échange entre ces deux personnages ignobles.


j'ai terminé ce livre  de passions,  de toutes les passions humaines les plus ignobles comme les plus belles, physiques, morales ou spirituelles.

En suivant le destin de ces objets, animés dans ces pages  ;  violons, médaille, tableaux, tissu, manuscrits et incunables le lecteur suit celui de l'humanité, en Europe notamment sur des siècles. Ces objets sont des témoins de l'histoire, du Mal qui a sévit dans ces siècles et jusqu'au dernier jour d'Adria spolié par son ami.

J'ai bien apprécié l' "échange" entre les trois illustres du nouvel essai d'Adria : Lull, Berlin et Vico sur l'attentat de l'immeuble d'Oklahoma city.
Egalement "les gardiens" d'Adria qui dialoguent aussi, Aigle-Noir et le shériff Carson.

La métaphore faite par Adria avec la création du monde quand il emménage son appartement avec Benart.

Ce livre m'a passionnée, avec quelle maîtrise, quelle recherche l'auteur l'a composé, construit pour rendre crédibles tous les évènements, les personnages et que l'ensemble de ces morceaux d'histoire s'imbrique dans un tout harmonieux.

un violon Storioni

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Cloitre de Bebenhausen  
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l'Urgell  
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sant pere del Burgat  

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Mots-clés : #Amitié, #Amour, #Creationartistique, #Culpabilité, #Relationenfantparent, #Romanchoral, #Violence
par Bédoulène
le Lun 5 Déc - 23:33
 
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Sujet: Jaume Cabré
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Lola Lafon

La petite communiste qui ne souriait jamais

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Tout d’abord c’est le titre qui interpelle  parce qu’ elle savait sourire Nadia,  mais c’était une façon  pour les USA, notamment, de caricaturer la petit Roumaine, car d’après eux là-bas dans l’Est les petites filles devaient être tristes.

L’auteure a choisi une composition très vivante en organisant ce récit sous forme de dialogue entre elle et la supposée Nadia. C’est très habile et elle fait ainsi passer ses sentiments vis-à-vis de ce pays où elle a passé une partie de son enfance et peut  en connaissance critiquer l’attitude des pays de l’ouest où elle vit aussi. Personnellement je trouve les oppositions Est/Ouest éclairent la situation.

Il me semble qu'il  faut oublier notre regard d'occidental de l'ouest sur la Roumanie, nos à priori pour comprendre le personnage de Nadia et l'époque.

Lola Lafon use de mots très durs dans les dialogues  : pornographie, rideaux d’une chambre close, vous avez contribué à la fabrication de votre image, vos supposées démocraties libérales etc……….. pour provoquer le personnage de Nadia.

La gymnastique est bien le choix de l'enfant, c'est elle qui s'impose des défis, elle obtient ce qu'elle souhaite et ses exécutions sont l'objet de descriptions intenses que se soient la légèreté du corps ou les meurtrissures, par l'auteur.

Tous ceux qui s’engagent dans une carrière « physique » doivent  respecter un rythme de vie sain (entrainement, alimentation, sorties), la réussite demande des sacrifices et ils sont acceptés, voire devancés. C’est ce que l’auteure nous dit à travers la parole de Nadia.

Béla l’entraineur de Nadia et  de l’équipe a été honoré ou critiqué, tour à tour par le « Camarade » suscitant les interventions dans son foyer de la sécuritat. (ceci me parait très réaliste) Cette sécuritat dont tous se méfiaient  ou se servaient.

Le chapitre concernant Véra Caslovska  et son implication dans la politique de son pays s’oppose à l’ attitude inconstante et incertaine de Nadia, l’auteure nous dit son admiration pour celle qui agit.

Sur le plan politique le Conducator est  représenté comme le dictateur qu’il est,  avec « ses arrangements au marxisme » mais   ce qui m’a le plus  heurtée,  sa main mise sur le corps des femmes : l’interdiction de l’avortement et les  auscultations (j’emploierai moi :  la violation), par le médecin de la police des menstruations !

C’est par des anecdotes que l’auteure nous fait mesurer  la dangerosité,  « la folie » ? du couple suprême et l’imprévisible rapidité de l' exécution des Ceausescu. Quant à la révolution : qui l’a déclenchée, qui l’a faite ?  ou  coup d’état préparé ? comme à l’époque en direct à la télévision, c’est la confusion. Toutefois l’auteure fait mention des ouvriers de Timisoara qui eux manifestaient.

Quant à la fuite de Nadia, là aussi chacun a sa vérité, mais  quels que soient ses choix reste pour toujours « la petite fée » Roumaine qui a enchanté le monde  avec son pied menu lancé vers la lune.

Une excellente lecture qui m’oblige à lire un autre livre de cette auteure .

(de toute façon Topocl dit que c'est ma punition )  

oui Shanidar j'en ai encore appris comme la nouvelle catégorie de personnes "sans antécédent" à surveiller !


mots-clés : #biographie #creationartistique #regimeautoritaire
par Bédoulène
le Lun 5 Déc - 9:57
 
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Sujet: Lola Lafon
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Victor Paskov

Victor Paskov
Né en 1949


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Musicien et écrivain bulgare

Victor Paskov vit à Sofia (Bulgarie) où il est né en 1949. Il est l'auteur de plusieurs romans dont trois ont été traduits en français dans les années 1990 : Ballade pour Georg Henig, Allemagne, Conte cruel et Big Business.

(source : bibliomonde)

Ouvrages traduits en français :

Ballade pour Georg Henig
Allemagne
Conte cruel
Big Business





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Ballade pour Georg Henig

C'est en fouillant dans de vieux papiers de famille que le narrateur retrouve 2 lettres qui font ressurgir une partie de son enfance. Le père de Victor est un pauvre musicien Valaque et sa mère la fille de riches terriens, rejetée par sa famille pour cette union. La famille vit dans un appartememnt situé dans une vieille maison. Les autres appartements de la maison sont aussi habités par des familles pauvres, de cette pauvreté qui détruit les esprits et les corps. Au fil des ans les difficultés financières pertubent les relations du couple. Les regrets de la mère qui coud à domicile pour améliorer les revenus, se changent en amertume et se concrétisent sur l'absence d'un buffet, buffet qui était un bien présent dans sa famille. Le père décide alors de construire le buffet qu'il ne peut acheter, il mettra plusieurs mois à cette réalisation. Ce buffet sera travaillé dans l'atelier d'un vieux Maître luthier Georg Henig, qui lui avait fabriqué un huitième de violon 5 ans auparavant. Le vieux Maitre survit misérable, malade dans une pièce. Devant tant de dénuement la famille se charge d'aider le vieux Henig, lequel est harcelé par un voisin indigne et s'attache à lui.

Le jeune Victor trouve en ce vieil homme un ami. Un ami qui l'appelle "roi Victor" et qui l'entraine dans un monde fascinant où les ombres des morts viennent les visiter, où le bois sait parler à qui sait l'entendre. Sentant que son chemin n'est plus très long le vieux luthier créé un violon pour Dieu, Dieu qui pourtant a travaillé trop rapidement à faire le monde.
Le vieux luthier mourra quelque temps après dans un hospice.

C'est bien écrit, l'amour pour la musique à travers le métier du père, le travail de lutherie est sensible ; même le bois joue sous les mains du vieux luthier ou sous celles du père qui fabrique le buffet.
La misère est évoquée sans rehausser mais accompagne ces familles vivant dans la vieille maison et dans ce quartier de la ville.
L'amitié qui nait entre le jeune Victor et le vieux Georg est très palpable, elle nourrit et mûrit l'enfant.

Un très bon moment de lecture. Merci à la personne de m'avoir adressé le livre et fait connaître cet écrivain.

"Il me faisait fermer les yeux, effleurer le bois et promener lentement l'extrémité de mes doigts sur sa surface. J'avais l'impression qu'il réagissait à ce contact.
-Sentir ?
-oui !
-Quoi sentir ?
- Il est très lisse....comme la peau
-chaleur, sentir ?
Une légère chaleur émanait du bois et elle pénétrait en moi, m'emplissait, s'arrêtait sous le creux de l'estomac et s'accroissait doucement, envahissant tout mon être.
-d'où vient-elle ?
-Bois avoir recueilli soleil de Bohême, deux cents ans, trois cents ans ; avoir respiré vent chaud...
- l'air chaud
- pas air, vent ! après, mon père avoir trouvé bois et demandé si bois vouloir venir avec lui. Etre d'accord, venir avec lui dans notre maison.
- après ?
- père avoir fait maison pour bois, sèche et chaude, comme avoir été là-bas. Pour que bois pas avoir d'eau.
- comment peut-il vivre sans eau ?
- vivre ! Bois plus vivant que vieux Henig. Quand pas avoir d'eau, chanter plus fort, plus... comment dire ? Le vieillard commença à s'agiter sur son divan pour que je devine comment chantait le bois.
-plus pleinement ?
- oui ! belle voix ! entendre ? Il frappait doucement le bois, de son doigt recourbé : celui-ci faisait entendre un tintement cristallin.
- j'entends !
- entendre... bonne oreille. moi, avoir dit : toi roi. pas croire ! rire !


(message rapatrié)

mots-clés : #creationartistique
par Bédoulène
le Dim 4 Déc - 8:48
 
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Sujet: Victor Paskov
Réponses: 2
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Jean Giono

Le Déserteur

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 51a49d10

C'est un tout petit bouquin qui parle simplement de gens simples et de choses simples, avec une empathie assez extraordinaire.
C'est une histoire vraie.
Un jour, dans les montagnes suisses, émerge un homme affamé, fatigué, qui a voyagé longtemps en se cachant des gendarmes. On ne sait pas pourquoi, on s'interroge, on ne saura jamais, et finalement parce que cet homme est un simple, un timide, et qu'il amène avec lui deux pinceaux et quelques couleurs en poudre, il va trouver sa place au village, s'installer même si c'est en retrait, et produire une oeuvre qui restera. Cet homme s'appelle Charles-Frédéric Brun.
C'est un livre tellement un et attachant, qu'il n'y a rien à en dire, si ce n’est que c’est superbement écrit avec une douce attention pour le déserteur, les villageois, la montagne, l'art de peindre quelque chose comme l’art de récolter ou de construire des  meubles.
Quelque chose qui s'appellerait comme muette d’admiration


(commentaire rapatrié)
mots-clés : #creationartistique
par topocl
le Ven 2 Déc - 17:48
 
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Sujet: Jean Giono
Réponses: 83
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Jean-Yves Jouannais

Artistes sans œuvres

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 7 Sans1011


Artistes sans œuvres est une invitation à penser la littérature hors du livre, à s'interroger sur certaines figures qui n'ont jamais publié mais ont imprimé leur marque sur la création artistique.
 
De Jacques Vaché dont Breton fera l'un des tous premiers écrivains sans livre à Marcel Duchamp en passant par le fameux (pour ne pas dire fumeux) Félicien Marbœuf inventé pour l'occasion, Jouannais déroule un catalogue abrasif d'artistes sans postérité matérielle, sans support écrit, physique, auditif ou visuel, ce qui ne veut pas dire sans oeuvres.
 
De ceux qui inspirèrent les autres sans jamais rien produire (Felix Fénéon, Pepin Bello ou Armand Robin), de ceux qui ne publièrent rien de leur vivant (Joseph Joubert), ceux dont l'œuvre fut anéantie par le temps (Antisthène), des 'héros de l'Art Brut' chers à Dubuffet, Jouannais ne cesse de poser la question de l'absence d'œuvre, de l'intérêt de l'objet comme œuvre d'art, de l'importance du geste créatif. L'art contemporain ne relevant plus de la souffrance, du travail mais se substituant au labeur par mutisme, copie complète ou musées imaginaires, la question est de savoir où et comment on peut rendre compte de ces œuvres ou plutôt de ces non-œuvres.
 
De Roland Barthes écrivant des essais pour ne pas écrire le roman qu'il voudrait, de la pose du dandy, esthète absolu désirant faire de sa vie une œuvre d'art, de l'excentrique dont en effet chaque geste pourrait s'inscrire dans une chanson de geste, de Borgès imaginant Pierre Ménard copiant mot à mot le Don Quichotte de Cervantès ou qui passe le plus clair de son temps d'écriture à compiler les œuvres des autres, de Marcel Duchamp mettant en œuvre la mort annoncée de l'art rétinien et se complaisant à ne rien produire, jusqu'à Rauschenberg qui en grattant une peinture de Willem de Kooning amène l'œuvre à sa propre destruction, atomisation, inexistence.
 
De l'art conceptuel comme art dont l'objectif est la dématérialisation de l'art, aux arts idiots c'est-à-dire singulier, donnant à l'instantanéité du geste une dimension qui questionne le rapport au temps de l'œuvre, du pas franchi aisément qui conduit du dandy au dilettante et du dilettante à l'amateur (dans le sens de Barthes), jusqu'à la célébration ultime de ce qui n'a pas eu lieu.
 
Jouannais nous convie à un bien étrange voyage en terre inconnue, illisible parce que illusoire, non avenue, incréée.

Mais tout de même, le grand absent de cet essai est le lecteur lui-même ou le spectateur, du moins celui qui reçoit (ne reçoit pas) l'œuvre. Qu'en est-il du 'réceptionneur' du XXème siècle et du XXIème ? Quels sont ceux qui vont écouter les 24 mn silencieuse d'une œuvre de John Cage, qui s'intéresse à la non-œuvre de Duchamp (celle qu'il n'a pas peinte, pas modélisée), qui croit encore à l'éphémère dilettantisme des artistes sans œuvres et les revendiquent ? Que sommes-nous devenus, nous lecteurs, nous spectateurs, visiteurs de musée dans lesquels les performances artistiques ne peuvent plus être accrochées aux murs puisqu'elles sont par essence 'des actions d'une seule fois'. Que faire de cet art, comment le cataloguer ? Comment le reconnaître ? Comment l'aimer ?
 
Il semblerait que le nombre d'artistes sans œuvres, du moins d'artistes ne proposant plus des œuvres tangibles soit en augmentation, alors il est intéressant de se poser la question de leur place, de leur réception, dans le champ culturel et chez les 'amateurs' d'art.
 
On peut aussi se demander jusqu'où peut aller cette forme d'art, si elle ne prédit pas une fin totale de la 'représentation' du monde, de l'être, des objets qui nous entourent. Est-ce à dire que nous tombons dans une forme de cécité artistique ou que cette absence d'objets ouvre une nouvelle ère ?
 
Toutes ces questions restent en suspens. Dommage. J'aurais aimé que Jouannais creuse encore plus loin sa réflexion, mais il se peut que les réponses à ces questions se trouvent en chacun de nous et que ce soit notre 'charge' de les penser.
 
Ce livre est écrit comme une sorte d'hommages à ceux qui n'ont rien laissé derrière eux ou si peu, il est bourré d'anecdotes, de situations, d'interrogations, il pourrait être considéré comme étonnant puisqu'il donne à Jouannais la possibilité d'écrire une œuvre sur l'absence d'œuvre, sur la non-création, mais il révèle au fond la belle puissance de l'homme dépassant la production d'objets et faisant travailler à plein son propre imaginaire.
 
A la fois passionné, érudit et ludique.


mots-clés : #creationartistique #essai
par shanidar
le Ven 2 Déc - 16:31
 
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Sujet: Jean-Yves Jouannais
Réponses: 7
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