Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Dim 8 Déc 2019 - 14:24

139 résultats trouvés pour creationartistique

Catherine Cusset

J'ai lu 2 fois "Le problème avec Jane" qui a un charme particulier, puisque je l'ai relu, ayant oublié à chaque fois , à l'issue de la lecture, pourquoi ça avait été agréable.

Je suis tombée sur :

Vie de David Hockney

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Lu en quelques heures un soir d'orage. Bon. Je suis absolument séduite par le peintre Hockney, mais vrai-ment. Alors, qu'est-ce que cette lecture m'a apportée ?

Pourquoi Hockney ?
Je ne l'ai pas rencontré. Il est étrange de s'emparer de la vie de quelqu'un de vivant pour en faire un roman. Mais c'est plutôt lui qui s'est emparé de moi. Ce que j'ai lu sur lui m'a passionnée. Sa liberté m'a fascinée. J'ai eu envie de transformer une matière documentaire qui laissait le lecteur à l'extérieur en un récit qui éclairerait son trajet de l'intérieur en s'en tenant aux questions essentielles, celles qui nouent l'amour, la création, la vie et la mort. Ce livre est un roman. Tous les faits sont vrais. J'ai inventé les sentiments, les pensées, les dialogues. Il s'agit plus d'intuition et de déduction que d'invention à proprement parler: j'ai cherché la cohérence et lié les morceaux du puzzle à partir des données que j'ai trouvées dans les nombreux essais, biographies, entretiens, catalogues, articles publiés sur et par David Hockney. [avant-propos de Catherine Cusset]

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conséquemment, j'ai lu d'une traite avide, je connais un peu sa biographie, un peu aussi ses démarches artistiques, le parti prit de cusset est de prendre la vie personnelle du peintre comme fil, qu'elle remonte chronologiquement .
Si la part fanatique en moi aura apprécié remariner dans  le corpus sémantique lié à l'homme que j'aime tant, la part sensée en moi aura vite trouvé intéressant que cette faiblesse de fan soit démontée : peu à peu ma vraie soif de connaissance s'essouflait de ne rien y trouver de neuf, tandis que ma soif stupide de "people info" se tarissait noblement.
Noblement car, enfin,m'a paru profondément indécent le sentimentalisme de cusset, indécent, râté, passeur, mais à peine, des vraies forces qui semblent animer la démarche de Hockney. J'avais honte d'avoir rêvé m'abreuver à une autre mamelle qu'à celle du peintre. J'ai quand même quelques infos de plus, pas inintéressantes, qu'il aime Wallace Stevens **, qu'il a porté un tee shirt imprimé d'un "I Kno Im Right" devant ses détracteurs, lors d'un dense colloque autour de sa thèse sur les chambres optiques dans l'histoire de la peinture, j'ai gagné aussi une aptitude, c'est vrai, plus grande à articuler les  étapes de ses recherches graphiques à sa vie personnelle, mais c'est tout. c'est mal écrit, ça traduit, reformule, mal qui plus est, ce qu'Hockney ne cesse de transmettre brillamment dans ses nombreux entretiens et livres théoriques. Un livre à lire si on ne le connait pas dutout, pour donner envie d'en savoir plus, mais un livre très dilué de l'essence qui y préside.

sur Wallace Stevens ** :
[...] un poème de Wallace Stevens inspiré par un tableau de Picasso. Le poème était très long, composé de trente-trois strophes qui, lues par la voix grave de Henry, berçaient David et le transportaient très loin de l'île du plaisir et du fracas des plongeons. La première strophe l'avait particulièrement frappé : «Ils lui dirent : "Ta guitare est bleue. Tu ne joues pas / Pas les choses comme elles sont." / Il rétorqua : "Les choses comme elles sont / changent quand on joue sur une guitare bleue." » D'autres vers retinrent son attention : «Je ne peux pas présenter un monde vraiment rond / même si je le rapièce comme je peux.» Ou bien : « La couleur est une pensée qui grandit / à partir d'une humeur ...» Et la fin était très belle : « De jour nous oublierons, sauf quand / nous choisirons de jouer / Le pin imaginé, le geai imaginé.»[...]


Lisez Hockney ! Il est drôle, sensible, passionnant. Mais pas cet hommage. Ou ce sera vraiment par passion pour l'imparfait du subjonctif.

Il avait trouvé. Il allait peindre un arbre, tout simplement. Aussi grand que nature. Ce serait le coeur du tableau- au lieu de la route, comme dans ses toiles représentant des trajets. L'arbre était un héros. Il servait humblement l'homme en captant l'oxygène, en le chauffant de son bois, en lui donnant de l'ombre. Il incarnait le cycle de la vie en se couvrant tour à tour de bourgeons, de feuilles, de fleurs, de fruits, de neige. Aucun arbre n'était identique à un autre.

Râté totalement, poulette. Mais les avis sur Babelio me prouvent que ce roman contribue malgré tout à faire découvrir et aimer l'artiste, alors, alors merci quand-même.Mais pourvu que ton roman ne fasse omettre le public d'aller à la source si accessible et chatoyante du verbe de Hockney.



mots-clés : #biographie #creationartistique
par Nadine
le Mar 9 Oct 2018 - 9:57
 
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Guillaume Meurice

Cosme

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Voilà, je tombe en médiathèque sur ce roman, la 4eme de couverture évoque Rimbaud, "Cosme ou l'histoire d'un fils d'immigrés espagnols, agrégé de rien, pas même bachelier, qui découvre le Graal de la poésie française : le sens caché du sulfureux et mystique poème de Rimbaud, Voyelles. ", je ne connais pas dutout Meurice (et serai surprise d'apprendre qu'il est connu et pas spécifiquement écrivain ), et ne saurai qu'après lecture qu'il s'agit d'un récit, à quatre mains, puisque guidé, validé, inspiré par Cosme Olvera, ci -dessus en photo.

Le roman (on va quand même dire ça comme ça, ça s'y prête) a une langue simple mais séduisante, phrases assez courtes, images précises, on suit l'élan de vie d'un homme habité par ses propres marottes. Des marottes d'hyper logique . Des talents hyper logiques.
c'est un livre qui raconte bien une personne, plein de détails sont très singuliers, ça s'entend après coup comme caractéristique de l'aspect non fictionnel, au fond : l'empathie est mobilisée à fond, puis parfois beaucoup moins, mais toujours on reste intéressé, je trouve, dumoins. Et notamment parce qu'il y a ce récit d'une quête, qui est partagée généreusement, sans nous faire l'outrage d'une ellipse.
Je disais à Quasimodo que ce roman rendait hommage au jeu des Echecs, une des passions de cosme. J'ai beaucoup aimé, pour ça, pour Rimbaud, pour en fait cette immersion dans un esprit que je n'ai pas dutout, hélas, ce côté méthodique hyper logique, qui est raconté avec clarté. On rigole parfois, parfois on est ému, parfois enfin, on est très intrigué. Je conseille ce livre qui a les caractéristiques d'une friandise, quant au plaisir qu'il donne, orchestré de manière modeste mais précise. Ma foi. Il a quelques défauts mais surtout la qualité d'enthousiasme. Meurice le traduit bien.Il insère très discrètement, aussi, une forme de vanité qui va de pair avec la quête, mais on l'admet volontiers. Et puis le chemin de vie parallèle à la passion poétique et logique est très agréable à découvrir. Les réserves sur le tout , finalement, est semblable à celle qu'on aurait devant un individu lambda, du moment que ce sont les faits, on ne peut que difficileent faire un procès littéraire, et sortir du duo ce qui revient à Meurice ou Olvera est franchement compliqué à mon avis.

Je n'ai plus le livre, je l'ai rendu, c'est un peu dommage, il ya des passages à relire, sans doute, si vraiment on se pique de suivre Olvera dans ses chemins, y compris à travers ses poemes qui sont retranscrits. Il y a une touche ésotérique , parfois, que j'ai abordé avec méfiance instinctive, j'avais peur que ça vire "illuminé" mais en fait, non, ça reste très tenu au final, pour moi qui suis très attachée au vraisemblable . Bon mon commentaire est pas super précis, mais vous voyez en gros.
chouette lecture.


mots-clés : #creationartistique #initiatique #poésie #temoignage #universdulivre
par Nadine
le Ven 5 Oct 2018 - 10:43
 
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Toni Morrison

L'origine des autres

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"l’auteur se replonge dans ses propres souvenirs mais également dans l’histoire, la politique, et surtout la littérature qui joue un rôle important – notamment la littérature de William Faulkner, Flannery O’Connor et Joseph Conrad – dans la notion de « race » aux États-Unis, que ce soit de manière positive ou négative. L’auteur s’intéresse à ce que signifie être noir, à la notion de pureté des « races » et à la façon dont la littérature utilise la couleur de peau pour décrire un personnage ou faire avancer un récit. Élargissant la portée de son discours, Toni Morrison étudie également la mondialisation et le déplacement des populations à notre époque. " Babelio
« Toni Morrison retrace, à travers la littérature américaine, les modes de pensée et de comportement qui désignent, de manière subtile, qui trouve sa place et qui ne la trouve pas… L’Origine des autres associe l’éloquence caractéristique de Toni Morrison à la signification que revêt, de nos jours, l’expression citoyen de monde. " The New Republic


Je copie les commentaires ci-dessus parce qu'ils synthétisent bien l'objet de cet essai.
Morrisson décortique les mouvements culturels et les postures identitaires, et c'est passionnant. Sa langue reste très accessible, i vous êtes intéressés par l'auteur et son engagement, à travers son écriture, mais que vous hésiteriez pourtant à lire un texte plus directement analytique, essayez tout de même, ce n'est pas du blabla, Morrisson donne beaucoup d'éléments d'analyse, des extraits littéraires, elle explique et met à jour des traits fondamentaux, son analyse historique et sociologique sont très pertinentes, neuves sans doute, mais surtout elle transmet cela d'une manière très intéressante et accessible, je le redis.

Elle n'hésite pas non plus à parler de son propre travail d'écriture, et cet aspect est aussi passionnant : comment choisir l'énonciation , la faire politique.

En somme, un très court mais très dense livre qui nous donne des clefs fondamentales pour mettre en question nos postures face à nos identités construites, et qui nous invite à devenir créateurs d'un monde meilleur. J'ai été très impressionnée notamment par l'analyse qu'elle fait de la société américaine, difficile à appréhender pour un occidental avec une réelle pertinence, pertinence qu'elle nous offre, nous descillant sur de subtils oublis de fondamentaux.

"La romancière montre aussi  comment l'obsession de la couleur n'a cessé de s'exprimer en littérature, par exemple chez Faulkner et Hemingway, participant à la perpétuation de tropes racistes. Elle revient sur les raisons qui l'ont poussée, pour sa part, à "effacer les indices raciaux" dans plusieurs romans et nouvelles, notamment Beloved et Paradise. Laissant longuement parler la littérature, elle invite à une transformation des regards, par l'éthique et par les livres. La langue comme champ de bataille, et comme lieu de résistance. " Lenartowicz pour l'Express

mots-clés : #creationartistique #esclavage #essai #historique #identite #mondialisation #politique #racisme
par Nadine
le Mar 2 Oct 2018 - 11:02
 
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Roberto Bolaño

Les Détectives sauvages

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Un gros et un grand livre !
Comme pour 2666, j’ai tout de suite été happé par le récit. Curieux, il y a des auteurs dont dès les premières lignes, je sais que j’irai jusqu’au bout de l’ouvrage.
D’ailleurs, les deux derniers opus de Bolano partagent nombre de points communs : longueur du texte, constructions et « intrigue» similaires.
Toutefois, « Les Détectives sauvages »  est un livre à l’écriture plus resserrée, plus dense également, avec dans la seconde partie un croisement de témoignages mieux construit, qui en font un ouvrage probablement supérieur à  « 2666 ».  Je reste cependant convaincu que Bolano aurait modifié son dernier roman si la mort ne l’avait pas rattrapé.

« Les Détectives sauvages » est constitué de trois parties :

Mexicains perdu dans Mexico est un journal d’initiation d’un jeune poète de 17 ans, Juan Carlos Madero qui couvre la période du 2 novembre au 31 décembre 1975. Celui-ci entre rapidement en contact avec un groupe poétique d’avant-garde, les « real-viscéralistes» fondé et animé par deux jeunes poètes, Arturo Belano (sorte d’hétéronyme de l’auteur) et Ulises Lima (en référence à l’écrivain cubain José Lezarma Lima, mais peut-être également à Ulysse de Joyce ?). Le « réal-viscéralisme» est en réalité la réactivation d’un groupe de poésie de l’entre-deux-guerres, appelé également « stridentisme », apparenté au dadaïsme et au surréalisme. Les têtes de turc de Lima et Belano sont les poètes paysans mexicains ou de grands noms de l’époque : Neruda et Paz.
Le journal de Madero décrit les errances de ces poètes dans Mexico, la fréquentation des cafés, les nuits passées à discuter de littérature et à refaire le monde, sans oublier la découverte du sexe qui devient une occupation de premier plan pour l’auteur du journal ! J’ai trouvé que cette première partie offrait une belle description de jeunes gens attirés par la bohême et la poésie à un âge où le monde s’offre à eux et où tout est encore possible. En tout cas, beaucoup de passages m’ont parlé et rappelé des souvenirs de mes premières années en fac. Probablement, est-ce aussi parce que je suis de la même génération que Bolano…
Le journal se termine par la fuite précipitée de Madero, Lima et Belano, accompagnés d’une jeune prostituée, Lupe, vers le désert du Sonora.

Les Détectives sauvages est la partie la plus longue et le centre du roman. Il s’agit d’un véritable chœur polyphonique, qui couvre la période de 1976 à 1996. Il est constitué de multiples témoignages   de personnes ayant été en relation à un moment ou un autre, soit avec Belano, soit avec Lima. Ces témoins, très nombreux, reviennent parfois à plusieurs reprises, ou n’interviennent qu’une fois, la plupart sont fictifs, mais quelques-uns sont bien réels : Michel Bulteau ou Octavio Paz, par exemple. Certains témoignages sont très courts, d’autres forment de véritables récits. A chaque fois, la date et le lieu de l’intervention sont indiqués.
Ce chapitre permet donc de suivre les deux poètes dans leurs errances respectives : Paris, l’Allemagne, Tel Aviv, Barcelone, le Nicaragua, l’Afrique…
De fait, tout le roman a cet aspect de road-movie. Il est d’ailleurs fait référence au film Easy Rider, Bolano précisant que les deux poètes ressemblent à Dennis Hopper et non à Peter Fonda.
On pourrait croire que par ces différents éclairages on cernerait mieux la personnalité des deux « héros ». Oui et non en fait, car souvent les témoignages diffèrent, se contredisent. De même, si certains évènements sont clairement connus, d’autres sont beaucoup plus allusifs
Voici quelques personnages (parmi tant d’autres) :
- Amadeo Salvatierra intervient régulièrement. C’est un écrivain public, fortement porté sur la bouteille, en particulier le mythique mezcal « Los Suicidas », distillé à Chihuahua. Salvatierra possède l’unique exemplaire subsistant du seul numéro publié par les stridentistes dans les années 20. Y figure notamment l’unique poème, totalement graphique, de la cheffe de file du groupe : Cesarea Tinajero
- Joaquin Font (dit Quim) : déjà très présent dans le journal de Madero. C’est un architecte qui dans le récit se trouve enfermé en hôpital psychiatrique. Mais ses discours sur la poésie sont très sensés. Ses deux filles, Angélica et Maria font partie des real-viscéralistes, puis se détachent du groupe.
- Andrés Ramirez : chilien, émigré clandestin en Espagne. Il voit apparaître des combinaisons de chiffres qui lui permettent de gagner une fortune à la loterie.
- Xosé Lendorio : avocat poète qui parsème son discours de citations latines. Son récit d’un sauvetage d’enfant tombé dans un gouffre est très fort.

Les Déserts du Sorona, la troisième et dernière partie du roman, est la reprise du journal de Madero au moment où il avait été interrompu, c’est-à-dire début 1976. Il raconte les errances de Belano, Lima, Madero et Lupe dans le désert à la recherche de la poétesse Cesarea Tinajero, cheffe de file et seule survivante du groupe des Stridentistes. Parallèlement, les quatre comparses sont poursuivis par l’ancien souteneur de Lupe.

Difficile de conclure, mais par sa capacité à entremêler quantités de points de vue différents, de récits, de niveaux de langage, à associer réel et imaginaire, tout en gardant une fluidité d'écriture étonnante, Roberto Bolano m’apparaît comme l’une des grandes figures de la littérature de la fin du XXe et du début du XXIe siècle.
Dernier mot à l’auteur :
« Je crois que mon roman offre autant de lectures qu’on y trouve de voix. On peut le lire comme une agonie. Mais aussi comme un jeu. »

En post-scriptum : on peut s'étonner que notre dicoman de référence, Tristram, amateur de mots rares et précieux n'ait pas été sensible plus que ça à la prose de Bolano.

- Asclépiade ? a dit Lima.
- Ca vient d’Asclépias de Samos, qui a été celui qui l’a le plus employé, quoique Sappho et Alcéon en aient fait aussi usage. Il a deux formes : l’asclépiade mineur a douze syllabes distribuées en deux cola (membres) éoliques, le premier formé par une spondée, un dactyle et par une syllabe longue, le deuxième par un dactyle et par une dipodie trochaïque catalectique. L’asclépiade majeur est un vers de seize syllabes par l’insertion entre les deux cola éoliques d’une dipodie dactylique catalectique in syllabum. »


Mots-clés : #contemporain #creationartistique #initiatique
par ArenSor
le Lun 17 Sep 2018 - 20:31
 
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Sujet: Roberto Bolaño
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Daniel Mendelsohn

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Une odyssée : un père, un fils, une épopée

Topocl a évoqué avec beaucoup de justesse la beauté rare du récit composé par Daniel Mendelsohn. Le mythe révèle par l'écrit l'intime et interroge l'individu confronté à ses proches choix, à l'angoisse d'une perte, à la fragilité de la vie.

J'ai été particulièrement touché par l'humilité du regard de Daniel Mendelsohn envers son père. De l'entame d'un séminaire sur l"Odyssée" d'Homère aux imprévus d'une croisière méditerranéenne sur les traces de cette épopée, le fils découvre des richesses apparemment enfouies et remet en cause ses propres interprétations et perceptions. Les nuances, les contradictions et les complexités d'un être peuvent alors être perçues et transmises, créant un pont entre les multiples richesses d'un passé et l'édifice d'une histoire personnelle à construire.


mots-clés : #antiquite #autobiographie #contemporain #creationartistique #famille #relationenfantparent
par Avadoro
le Ven 7 Sep 2018 - 0:43
 
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Sujet: Daniel Mendelsohn
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Maylis de Kerangal

Un monde à portée de main

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Maylis de Kerangal  nous offre un morceau de vie, un roman de formation, en la personne de Laura, jeune fille/femme qui avance d'un pas décidé,  la passion en bandoulière, « l'émerveillement qui lui tient lieu de méthode". Elle est douce, Laura, qui prend cet envol déterminé avec "cette vivacité vacharde qui est le défouloir de la tendresse.

Elle met le pied à l' étrier avec une formation intensive, dans une école de Bruxelles pour devenir « peintre en décor ». Ce rite de passage phagocytant, dont elle ressort éberluée, transformée, la fait intégrer la bande "[d]es copiste, [d]es braqueurs de réel, [d]es trafiquants de fiction", lui ouvre la porte d'une existence nomade, sans attache autre que le plaisir de donner sens à ses coups de pinceau. Entre les peintres anonymes de Lascaux et les dessinateurs assassinés à Charlie Hebdo, maillon fasciné et respectueux, elle découvre  que l'art la place tout à la fois en observatrice et exécutrice, mais la dresse aussi au centre du monde. Que l'art est réalité et fiction mêlées.

L'auteur explore, comme elle aime -et excelle - à le faire, un monde de  professionnalisme et de technicité, auquel elle  insuffle un lyrisme emporté, un bouillonnement d'émotions et de sensations, auquel elle donne sens et identité. Il y a une certain exaltation à apprendre ce métier à travers la passion de Laura - partagée par l'auteur  - , à en connaître les exaltations et les éreintements, l'humilité et la grandeur.

Derrière Laura, on devine l'écrivaine qui se dévoile, dans ce besoin compulsif du détail, la consultation compulsive des encyclopédies, à la recherche de l'histoire qui se cache derrière, dans la digression qui étaie, et qui, même parfaitement inutile (surtout parfaitement inutile?), nourrit la connaissance, enrichit le récit (et par là son auteur).

Cette connaissance exhaustive du sujet passe par l'amour de la langue, du mot juste, précis, technique : elle s'approprie le vocabulaire spécifique du métier, les mots pour le plaisir des mots, enfile les perles des mots rares  du savoir-faire pour construire ses longues phrases, ses énumérations emportées, les dérouler comme des vagues impétueuses.

Ils ont appris à glacer, à chiqueter, à blaireauter, à pocher, à éclaircir, a créer un petit moiré au putois ou un œillet sur glacis avec le manche du pinceau, à dessiner des veines courtes, à moucheter, à manier le couteau à palette, le deux-mèches, le deux-mèches à  marbrer et le pinceau à pitchpin, le grand et le petit spalter, le trémard, la queue de morue, le drap de billard et la toile à chiffonner ; ils ont appris à reconnaître la terre de Cassel et la craie Conté noire, le brun Van Dyck, les jaunes de cadmium clair ou orange ; ils ont peint ces mêmes angles de plafond Renaissance avec putti potelés, ces mêmes drapés de soie framboise écrasée plongeant depuis les corniches de baldaquins  Régence, ces mêmes colonnes de Carrare, ces mêmes frises de mosaïque romaine, ces mêmes Néfertiti de granit, et cet apprentissage les a modifiés ensemble, a bougé leur langage, marqué leur corps, nourri leur imaginaire, remué leur mémoire.


Un petit coup de mou dans le deuxième tiers, Maylis de Kerangal  se laisse emporter par la grandeur décadente des studios  de Cincinnati, sans doute un ou deux chapitres en trop. Si on regarde cependant avec plaisir de voir Laura participer à la réalisation des décors de Habemus Papam de Nanni Moretti, la subtile alchimie du grand art laisse pour quelque pages  la place à la technique comme un procédé qui déborde son auteur, petite longueur se dit-on malgré l'intérêt du sujet. Et puis cela repart, ce n'était qu'une accalmie, la houle langagière et émotionnelle nous reprend.



Mots-clés : #amitié #creationartistique #initiatique #jeunesse #mondedutravail #peinture
par topocl
le Jeu 23 Aoû 2018 - 12:53
 
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Sujet: Maylis de Kerangal
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Emmanuel Dongala

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La sonate à Bridgetower

"Au début de l’année 1789 débarquent à Paris le violoniste prodige George Bridgetower, neuf ans, et son père, un Noir de la Barbade qui se fait passer pour un prince d’Abyssinie. Arrivant d’Autriche, où George a suivi l’enseignement de Haydn, ils sont venus chercher l’or et la gloire que devrait leur assurer le talent du garçon."

Emmanuel Dongala nous raconte l'arrivée d'un fils et son père, à Paris, à la veille de la révolution, puis leur départ précipité à Londres. Ces personnages auquels il redonne vie ont existé, le jeune enfant a marqué son temps par son talent, et ce roman , tout en restituant, sans doute très soigneusement, une époque, nous permet de mesurer la chance de ce destin individuel , au coeur des usages esclavagistes que l'occident pratique alors. Il nous y introduit via le regard paternel, puis dans une seconde partie, via le regard de l'enfant devenu jeune homme. Ce procédé donne la primauté à un ton doux, simple.

La langue de Dongala est  empreinte d'une sorte de fausse naïveté qui m'a rappelé les tons de lecture de mon adolescence, un roman à conseiller , donc, dés un jeune âge adulte.
Le plaisir musical accompagne la lecture, mais c'est je crois surtout l'aspect historique , bien planté, qui apportera aux lecteurs. En restant très concentré sur le parcours du duo familial, on apprend beaucoup pourtant, on imagine, en fait, très bien. Dongala sait planter l'image , en modeste manière, mais sûre. Il nous rappelle aussi que la société occidentale a su accueillir l'altérité culturelle, déjà à l'époque, et malgré l'omniprésence des à prioris, et rend hommage, aussi , au jeune Georges Bridgetower.

mots-clés : #creationartistique #esclavage #historique #revolution
par Nadine
le Dim 22 Juil 2018 - 18:29
 
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Henry James

L’Image dans le Tapis

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Cela faisait longtemps que je voulais lire cette nouvelle de quelques dizaines de pages, je l’ai trouvée (aux éditions « motifs » !) et je ne suis pas déçu : c’est une subtile composition, une chausse-trape à critiques littéraires, un beau traquenard à lecteurs : un écrivain déclare qu’il y a une « intention générale » qui transparaît sans (pouvoir) être perçue dans tout son œuvre, à la fois évidente, dérobée et géniale :
« C’était, je pense, quelque chose qui appartenait au plan d’ensemble primitif comme l’image compliquée d’un tapis persan. Il approuva fort cette comparaison, mais il en utilisa une autre : "C’est le fil sur lequel j’ai enfilé mes perles." » (Chapitre Quatre)

Des critiques, dont le narrateur, tentent donc de trouver le secret, avec moins de succès que de suffisance. Le fil conducteur ou motif est mis en abyme ; vivante, la narration s’étudie elle-même. Et c’est finalement un jeu autour de la question "La littérature c’est koi" : quelles sont l’essence et la cause première de l’œuvre ? L’auteur en est-il maître, ou même seulement conscient ? Et quid du lecteur ?
Avec humour, James nous fait cogiter sur le chiffre cryptant (éventuellement) son texte. Petit plus, dans la préface, le traducteur, Fabrice Hugot, y va de ses hypothèses : se range-t-il avec facétie parmi les critiques pris à partie, en tout cas il éclaire le contexte de la nouvelle et la commente en soulignant que l’œuvre jamesienne ne s’écarte pas de (l’énigme de) la vie mais veut la rendre intelligible, que cette œuvre vit de sa propre suggestion littéraire, que l’important c’est la recherche en elle-même… Cette nouvelle, de la même lignée que Les papiers d'Aspern, a déjà fait couler beaucoup d’encre, et c’est un superbe piège à Chosien(ne)s que de suivre ce fil (rouge, ou conducteur).


mots-clés : #creationartistique #nouvelle
par Tristram
le Mar 26 Juin 2018 - 9:07
 
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Siri Hustvedt

Tout ce que j'aimais

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C'est l'histoire d'une vie qui passe. Que cela ait lieu dans le milieu artiste et intellectuel New-Yorkais, que les troubles psychiques, hystérie ou psychopathie notamment, y aient une place de premier plan, lui donne un aspect assez typiquement Hustvedtien. Ce n'est d'ailleurs pas ce qui est le plus réussi : les longues digressions psychiatriques, les non moins longues descriptions d’œuvres d'art contemporain (qui ont un sens j'en suis sûre, mais à un degré très élevé que je n'ai pas su décrypter ) m'ont invitée à sauter quelques passages. il y a un curieux mélange de la typique distance de l'auteur, son côté scientifique-rigoureux-analytique-observateur qui curieusement donne toute sa valeur à l' empathie déchirante vis-à-vis de ses personnages souffrants, vis-à-vis des deuils et des renoncements. Roman irrégulier, donc, d'une ambiance parfois étouffante, parfois provocateur, mais attachant.


mots-clés : #amitié #amour #creationartistique #psychologique #relationenfantparent
par topocl
le Sam 23 Juin 2018 - 9:46
 
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Bernardo Atxaga

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Obabakoak


Originale : Basque/Euskara,1988 et Espagnol, 1989 (traduit par l’auteur même)

CONTENU :
4ème de couverture a écrit:Chronique d'un monde oublié, Obabakoak a été salué en Espagne comme un acte de naissance de la littérature basque contemporaine. L'exploration d'une enfance rurale, une dérive en terre étrangère, l'éloge et l'illustration du plagiat érigé en genre littéraire servent ici de prétexte à une série d'incursions dans la bibliothèque universelle. D'un conte soufi réécrit à un hommage amusé à Jorge Luis Borges, ce recueil de contes et de nouvelles reliés par un subtil fil narratif se livre à une archaïque passion : éblouir le lecteur en lui voilant et dévoilant au gré des histoires son propre destin fait de solitude et de fatalité mêlées.


REMARQUES :
C’est un roman certes avec du « contenu », mais aussi en soi sur l’art de raconter des histoires, de « fabuler ». Le phantastique devient réél, et le réél phantastique. Tout tourne, de façons divers, autour d’Obaba, une petite ville fictive (basque) qui atteint un statut universel. Des histoires relient cette campagne perdu par la grâce de l’afubulation au monde, et ainsi certaines histoires se jouent tantôt dans un contexte alemanique qu’au Brésil et ailleurs. (Source : 4ème de couverture de l’édition allemande)

Ce recueil, cette « couronne » de nouvelles, a gagné des prix importants, a été traduit en plus de trente langues et avait été transposé en film sous le titre d’ »Obaba ». C’est une collection de nouvelles, contes, histoires qui sont unis par des fils narrativfs subtils. Comme justement par le choix d’un lieu commun de toutes ces histoires : Obaba, où se trouve le narrateur qui est venu y habiter. Dans cette première partie il raconte de la ville elle-même. Cela tourne souvent autour de sujets d’exclusion vécue. Vécu par des étrangers y arrivant, s’y trouvant, ou aussi par une sorte d’exclusion par comportement ou tradtion. Cette aliénation crée de la solitude ou un refus de se laisser intégrer. Est-ce qu’alors la vie tant louée en campagne est plus regressive que prévue ? Ou un refuge ? Des observations excellentes sur l’exclusion de l’Autre…

Dans la deuxième partie il s’agit d’un texte le plus longue en « neuf mots », qui parle dans des facettes toujours nouvelles d’une telle vie en village.

La troisième partie m’a impressionnée sous beaucoup d’égards le plus : les approximativement 20 histoires, contes etc de 2 à 20 pages dévoilent comme une sorte de compétition dans l’art de raconter et de s’écouter. Ces histoires s’enchaînent d’une façon merveilleuse et savante, figure comme une sorte de « promenade entre des éclairs de l’afubulation ». C’est si enjoué et quand même maîtrisé que c’est un vrai regal. Tout pourrait à la limite se tenir seul, indépendemmant, mais en fait l’ensemble forme un tout.

Donc, dans une certaine manière un roman sur l’art de raconter. Peut-être des renvois littéraires devraient être cités, mais je ne les reconnais pas en grande partie. Par contre « Mille et une nuit » me venait à la tête.

Je découvre un vrai grand écrivain qui a été et est encore, important dans son rôle de faire connaître le basque comme langue véhiculaire de littérature. Un grand bon homme et écrivain !

mots-clés : #contemythe #creationartistique #nouvelle
par tom léo
le Dim 17 Juin 2018 - 12:23
 
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Sujet: Bernardo Atxaga
Réponses: 2
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Roberto Bolaño

2666

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J’avais entendu des avis très contrastés sur cet ouvrage : chef-d’œuvre absolu, arnaque…
J’ai eu le malheur d’en lire quelques lignes, alors que j’étais engagé dans d’autres lectures, et j’ai tout de suite était happé, fasciné, à l’instar d’une mouche autour d’une lampe. J’ai lu ce livre d’une traite, sans la moindre lassitude, toujours avec la même avidité, jusqu’à la fin, regrettant d’en arriver au point final ! Shocked

Difficile de résumer ou de parler d’un livre qui associe tellement d’histoires, de modes narratifs, de thèmes… On parle de « livre monde », terme facile mais qui a le mérite d’être évocateur.
2666 est donc le dernier roman de Roberto Bolano, qu’il n’a pas eu le temps de terminer avant sa mort. J’ignore les parties qu’il aurait modifiées, peut-être la dernière pour lui donner plus d’ampleur ?

L’ouvrage se divise en cinq chapitres. Bolano avait décidé in fine de les publier séparément. Ce choix était principalement dicté par un souci d’assurer des revenus financiers à sa famille après sa mort. Heureusement, ses ayant-droits et éditeurs ont décidé de rassembler l’ensemble. C’était le bon choix car les différents chapitres sont unis les uns aux autres par quantité de fils plus ou moins visibles.

1) La partie des critiques : quatre universitaires : un français, un italien, un espagnol et une anglaise sont sur la piste d’un mystérieux auteur allemand qui répond au nom improbable de Benno Archimboldi et que très peu de gens ont vu. Ils vont de colloques en colloques prêcher la bonne parole d’un écrivain qu’ils considèrent comme un maître de la littérature du XXe siècle (on parle même de lui pour le Nobel !). A l’occasion, ils s’intéressent également à un artiste qui s’est amputé d’une main pour la fixer sur un tableau… Ayant découvert une piste de la présence possible d’Archimboldi à Santa-Theresa au Mexique, trois de nos universitaires décident de s’y rendre.

2) La partie d’Amalfitano : celui-ci est un prof de philosophie espagnol qui s’est exilé à Santa-Theresa. Il vit avec sa fille qui commence à fréquenter de mauvais garçons. Amalfitano accroche un livre de géométrie sur un fil à linge le laissant dépérir au fil du temps, nouveau ready-made à la Duchamp. Il entend des voix, expérience qui l’amène aux portes de la folie.

3) La partie de Fate : journaliste afro-américain de Brooklyn, Fate vient à Santa-Theresa pour couvrir un combat de boxe. Il commence à s’intéresser aux femmes retrouvées mortes dans la ville. Fate fréquente les milieux interlopes et doit s’enfuir précipitamment avec Rosa la fille d’Amalfitano.

4) La partie des crimes. C’est le chapitre de loin le plus long, celui que j’ai trouvé le plus fort, véritable point d’acmé du roman. L’histoire s’inspire d’événements réels : les meurtres de jeunes femmes perpétrés à Ciudad Juarez (alias Santa Theresa), à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis.
C’est une longue litanie mortifère, jusqu’à la nausée, d’enfants, jeunes filles et femmes un peu plus âgées, parfois torturés à mort, la plupart violés par « les deux voies », souvent étranglés avec fracture de l’os hyoïde (dont j’ignorais même l’existence avant cette lecture). Bolano nous offre un parcours sordide dans les décharges sauvages, des faubourgs glauques et déshérités à souhait, l’univers de ces malheureuses femmes, serveuses de café, prostituées, ouvrières des maquiladoras. Le lecteur est amené aussi à côtoyer les milieux policiers, le monde des narcotrafiquants, celui  de la justice et l’univers pénitencier ; mondes aux frontières perméables, mouvantes, gangrenées par la corruption.

5) La partie d’Archimboldi nous plonge dans le passé, en Allemagne lors de la seconde guerre mondiale, sur le front de l’est, lieu privilégié de multiple horreurs. C’est un des liens les plus évidents entre les deux dernières parties, la description des pires choses que l’humanité a pu inventer.

Il n’est bien entendu pas question pour moi d’aborder les multiples aspects que présente un tel livre. Je me contenterai donc de quelques réflexions que m’a inspiré cette lecture :

- l’emboîtement des histoires les unes dans les autres : l’auteur peut interrompre son récit pour suivre un nouveau personnage. Il y a ainsi un foisonnement de récits en structure « buissonnante ». Parfois des personnages reviennent, d’autre fois non. Pour ma part, J’ai trouvé ce mode de récit très cohérent avec le fil de nos existences, régies par diverses tendances dans lesquelles l’aléatoire intervient constamment : rencontres fortuites, suivies, interrompues, retrouvées parfois ; diversité de nos centres d’intérêt au cours d’une vie, etc.

- une écriture «tortueuse », « sinueuse » (je ne sais trop quel terme employer), qui se faufile dans une sorte de labyrinthe gigantesque. J’ai souvent pensé à « Mulholland drive » de Lynch.

- le décalage subtil avec la réalité : c’est une impression très forte et intrigante que j’ai eu à la lecture de 2666. Celle de ne jamais être totalement dans le réel, mais juste à côté, derrière une paroi transparente, comme dans un univers parallèle. D'ailleurs, souvent les personnages agissent et se regardent agir. Les miroirs tiennent également une grande place dans le récit. De ce fait, la frontière entre ce qui semble le réel et l’imaginaire, sous forme en particulier du rêve, est très ténue. Comme le dit très bien Dreep, une écriture en « clair-obscur », toujours entre entre deux mondes.

« Au réveil, il crut avoir rêvé d’un film qu’il avait vu peu auparavant. Mais tout était différent. Les personnages étaient noirs, et le film du rêve était donc comme un négatif du film réel ».

« Tout ça est comme le rêve d’un autre. »


- le mal : il semblerait que ce soit un thème récurrent chez Bolano. Déjà le titre du roman évoque la Bête de l’Apocalypse. Ce Mal est effectivement toujours présent dans le livre, en arrière plan, comme un bruit de fond le plus souvent ; parfois il éclate avec brutalité lors de rêves en particulier. Cela m’a rappelé quelques terreurs d’enfance.

Pour terminer, je voudrais insister sur la grande facilité de lecture de 2666 qui ne présente pas de difficultés. Je conseille de le lire sans à priori, en se laissant porter, ce n’est pas un livre policier, ni d’aventures, ni fantastique, encore moins un roman classique, mais tout cela à la fois : un livre-monstre  Very Happy
 
« Même les pharmaciens cultivés ne se risquent plus aux grandes œuvres imparfaites, torrentielles, celles qui ouvrent les chemins dans l’inconnu. Ils choisissent les exercices parfaits des grands maîtres. Ou ce qui revient au même, ils veulent voir les grands maîtres dans des séances d’escrime d’entraînement, mais ne veulent rien savoir des vrais combats, où les grands maîtres luttent contre ça, ce ça qui nous terrifie tous, ce ça qui effraie et charge cornes baissées, et il y a du sang et des blessures mortelles et de la puanteur »


mots-clés : #contemporain #creationartistique #fantastique #polar #violence
par ArenSor
le Mer 23 Mai 2018 - 17:39
 
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Sujet: Roberto Bolaño
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Eudora Welty

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Les débuts d'un écrivain


Originale : A Writer’s beginnings (anglais, E.-U., 1983)

Dans ce petit livre Eudora Welty se rappelle  de son enfance et sa jeunesse à Jackson/Mississippi. Née en 1909 elle était l’ainée de trois enfants. Elle parle du frère mort à la naissance, de ses premières expériences de lecture, de ce passe-temps universel qu’est de se raconter des histoires entre frères et sœurs, de l’école bien sûr, des relations avec la famille, le lien avec l’Eglise, des premiers voyages en train jusqu’aux premiers tentatives d’écriture. Et voilà que l’histoire relatée finit ici déjà au début des années 30 avec ses premiers emplois ! Quand elle mourut en 2001 elle aura presque pas quitté sa ville natale.

Eh bien, tout cela n’a pas l’air si intéressant à la première vue, mais celui qui s’intéresse au Sud des Etats-Unis trouve ici un témoin sympathique et attentif. Le titre traduit bien l’original en anglais dans son double sens, selon moi : Il s’agit bien des premières années de vie d’un auteur futur, mais aussi des origines et racines d’une écriture à venir qui se nourrit dans sa propre vie, dans son propre vécu. Toujours à nouveau elle fait comprendre à quel point elle puise les grands sujets de son œuvre dans ses expériences personnelles. Ainsi l’enfance et la jeunesse deviennent des sources pour s’inspirer. Ceci signifie la grande place du souvenir, de la possibilité de se rappeler, de faire mémoire, d’avoir présent en soi les différentes couches de sa vie. Toujours à nouveau il s’agit d’être attentif pour ce qu’on a déjà vécu, mais qui reste éternellement à redécouvrir et à se réapproprier. Dans ce sens-là, ce petit livre dans le style d’un récit autobiographique nous invite à une approche créative avec soi-même.

Une belle petite lecture !

Contrairement à l’indication de la Collection en français chez Flammarion (petite bévue?), il s’agit plutôt d’un récit autobiographique/d’une autobiographie. En anglais ce livre est classé « non-fiction ».

mots-clés : #autobiographie #creationartistique
par tom léo
le Ven 27 Avr 2018 - 22:48
 
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Sujet: Eudora Welty
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Enrique Vila-Matas

Bartleby et compagnie


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Sorte d’essai, fort érudit (un superbe catalogue de choses à lire) et plein d’humour, avec une pointe de désespoir métaphysique.
« Je rédigerai des notes en bas de page en commentaire à quelque texte invisible mais non inexistant pour autant, car il se pourrait bien que ce texte fantôme finisse par rester comme en suspension dans la littérature du prochain millénaire. »

C’est donc un dossier sur le syndrome de Bartleby, tous les « agraphiques », les « Écrivains Négatifs », et toutes les modalités de l’impuissance et de l’empêchement, du refus et du dire-non, du renoncement à l’écriture. Car c’est l’écueil actuel de la littérature qui est interrogé, avec appel à Rimbaud, Walser, Kafka, Beckett, Blanchot, Duchamp, Valéry, Salinger, Simenon, Cervantès, Musil, Maupassant, Gracq, Traven, Wittgenstein (celui-ci avec quelques réserves), bien sûr Melville, et beaucoup d’autres (dont ceux que l’auteur invente pour servir son propos, ou plutôt pour le plaisir).
« …] une crise de confiance envers la nature fondamentale de l’expression littéraire et de la communication humaine, du langage entendu comme universel au-delà de la différence des langues. » [De La Lettre de Lord Chandos, de Hugo von Hofmannsthal]

On aura donc aussi de la fiction (Vila-Matas imagine comme il écrit, compulsivement) : le narrateur en abîme, vieux bossu solitaire qui cessa d’écrire voilà vingt-cinq ans, et son amour malheureux, Maria Lima Mendes, paralysée par le chosisme robbe-grilletien et barthien, ou encore Paranoico Pérez, auteur inconnu systématiquement pillé par Saramago… Extrait (forcément un peu long) pour donner une mesure du ton :
« Vers midi je suis allé me planter devant le kiosque au coin de la rue. Une dame regardait la quatrième de couverture d’un livre de Rosa Montero. Je me suis approché d’elle et, au terme d’un bref préambule destiné à gagner sa confiance, je lui ai demandé presque à brûle-pourpoint :
‒ Et vous, pourquoi n’écrivez-vous pas ?
Les femmes sont parfois d’une logique écrasante. Elle m’a regardé, étonnée de la question ; elle m’a souri et m’a dit :
‒ Vous êtes drôle. Voyons, dites-moi un peu, pourquoi voudriez-vous que j’écrive ?
Le marchand de journaux avait écouté la conversation et, lorsque la femme est partie, m’a dit :
‒ Ce n’est pas un peu impatient, comme technique de drague ?
Dans son regard, une complicité de mâle me dérangeait. J’ai décidé d’en faire, lui aussi, de la chair à enquête, et je lui ai demandé pourquoi il n’écrivait pas.
‒ J’aime mieux vendre des livres, m’a-t-il répondu.
‒ C’est moins fatigant, hein ? lui ai-je dit presque indigné.
‒ Moi, si vous voulez tout savoir, ce qui me plairait, ce serait d’écrire en chinois. J’aime bien faire des additions, gagner de l’argent.
Il était parvenu à me déconcerter.
‒ Que voulez-vous dire ? lui ai-je demandé.
‒ Oh, rien. Que si j’étais né en Chine, j’aurais bien aimé écrire. Ils sont malins, les Chinois, ils écrivent des lettres de haut en bas comme s’ils allaient faire des additions avec ce qu’ils ont écrit.
Il était maintenant parvenu à m’irriter. De plus sa femme, qui était à côté, avait ri de la plaisanterie du mari. Je leur ai acheté un journal de moins qu’à l’habitude et j’ai demandé à madame pourquoi elle n’écrivait pas.
Elle est demeurée pensive et, l’espace d’un instant, j’ai espéré que sa réponse serait plus substantielle que celles que l’on m’avait données jusque-là. Finalement, elle m’a dit :
‒ Parce que je ne sais pas.
‒ Vous ne savez pas quoi ?
‒ Écrire.
Vu le succès, j’ai remis l’enquête à un autre jour. »

Florilège de citations de citations :
« Mais comment chercher là où il le faut lorsqu’on ignore jusqu’à ce que l’on cherche ? C’est ce qui se passe chaque fois que l’on compose ou que l’on crée. Heureusement, s’égarer de la sorte permet plus d’une découverte, et l’on fait d’heureuses rencontres. » [Joseph Joubert]

« "écrire, c’est essayer de savoir ce que nous écririons si nous écrivions", disait Marguerite Duras »

« Nous avons tous un livre en nous, peut-être un grand livre, mais qui n’émerge que rarement du tumulte de notre vie intérieure, ou le fait trop soudainement pour que nous ayons le temps de le harponner. » [Julio Ramon Ribeyro]

« "Je n’ai écrit ce roman – devait-il [Henry Roth] dire à la fin de sa vie – que pour sauver des souvenirs usés qui brillaient doucement dans ma mémoire." »

Eh oui, ne pas pouvoir ou vouloir écrire ‒ mais alors, pourquoi écrire ?
« Claudio Magris commentait cette phrase [sur la pseudonymie] en supposant que cela pourrait expliquer notre tendance à lire et noter les noms des gares que nous laissons derrière nous, dans le seul but de soulager un peu la suite du voyage, de satisfaire à notre exigence d’ordre et de rythme dans le néant. »

« La littérature, quelque passion que nous mettions à la nier, permet de sauver de l’oubli tout ce sur quoi le regard contemporain, de plus en plus immoral, prétend glisser dans l’indifférence absolue. »

Un peu inégal et fourre-tout, comme les livres de Vila-Matas ont souvent tendance ? Mais il le revendique, en faisant notamment référence à Sterne !



mots-clés : #creationartistique
par Tristram
le Dim 8 Avr 2018 - 20:41
 
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Sujet: Enrique Vila-Matas
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Nicole Krauss

La grande maison

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Que reste-t-il quand on a tout perdu ?

Nadia vit à New York. Son mari l'a quittée, son appartement est presque vide, les livres qu'elle écrit se vendent peu.

À Londres, Arthur affronte la maladie de sa femme, Lotte. Il découvre qu'elle lui a caché une partie de son passé. Isabel, une américaine venue étudier à Oxford, rencontre un antiquaire qui mène une traque incessante pour retrouver les biens juifs confisqués par les Nazis.

Au même moment, à Jérusalem, Aaron tente de se rapprocher de son fils, Dov, et lui adresse une lettre bouleversante.

Exilés de leur propre vie, tous sont liés sans le savoir par un objet mystérieux, un bureau comportant dix-neuf tiroirs qui aurait appartenu à Federico Garcia Lorca.

Ce livre où les récits s'entremêlent célèbre le pouvoir de l'écriture. Malgré les ombres de l'Histoire, une force subsiste, poussant chacun vers la vie, la rédemption.

Quatrième de couverture


Autant le dire tout de suite, j'ai adoré cette lecture même si je l'ai trouvée, pour bien des raisons, très perturbante.


C'est un roman à plusieurs voix, qui vont forcément à un moment, se répondre ou s'entremêler, mais il faut attendre la fin du livre pour en savoir un peu plus.

Spoiler:
Quoique certaines questions resteront en suspens...


Je l'ai découvert comme un roman sur l'incommunicabilité entre les êtres pourtant liés par des sentiments très intimes, un roman sur l'étouffement d'un amour trop fort, un roman sur le regard que l'on porte sur une vie écoulée.
Le livre fait évoluer les personnages au milieu de l'Histoire du vingtième siècle et , en cela, est enrichissant. On s'attache à certains personnages plutôt qu'à d'autres, on essaye de comprendre la motivation de leurs actes sans jamais oublier que les tourments des guerres modifieront à jamais leur perception de l'existence choisie ou subie.
C'est aussi un roman sur l'écriture, le travail de l'écrivain et les choix qu'il entraîne.


Au milieu de cela, le bureau aux nombreux tiroirs dont un seul est verrouillé...quel lien le lie aux différents époques, aux différents personnalités ?


Juste une dernière précision - j'ai choisi de ne pas vous dévoiler le roman car chacun l'approchera avec son propre vécu - : la dernière page tournée, il vous hantera longtemps car  il vous aura laisser beaucoup de questions auxquelles, il vous faudra tenter de répondre.

mots-clés : #amour #contemporain #creationartistique
par kashmir
le Dim 8 Avr 2018 - 14:14
 
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Sujet: Nicole Krauss
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Pacôme Thiellement

Je suis en train de lire Cinema Hermetica et je suis transportée. J'ai voulu ouvrir aussitôt ce fil pour vous faire connaître cet auteur qui mérite le détour.

Je commence avec du lourd. Ci-dessous, vous trouverez un lien vous conduisant vers un extrait de ce livre. Il s'agit du premier chapitre, "Le cinéma est un fantôme de la nuit", consacré principalement au Nosferatu de Murnau et à celui de Herzog :

https://www.larevuedesressources.org/le-cinema-est-un-fantome-de-la-nuit-extrait,2895.html#ext

Dans cet essai, Thiellement nous parle aussi de Freaks, du Gallio (et notamment d'Argento), de Mr. Arkadin, de Cassavetes, de Lars von Trier, de Chinatown, du Locataire... revient à des références récurrentes à Artaud, à Daumal, à Topor, à Twin Peaks, mêle ses considérations de renvois aux philosophies orientales, ésotériques, kabbalistiques... nous touche au plus profond de notre coeur, faisant de nous non plus des spectateurs passifs mais des acteurs, des chercheurs fous, des hallucinés qui veulent atteindre le sur-sens de l'existence.

Quelques citations :

« Inferno est un film « alchimique » dans le sens où il raconte comment on transforme la matière pour faire un film ou plutôt comment on détruit la narration d’un film pour atteindre sa matière propre ; Suspiria raconte comment le film se raconte une fois cette matière transformée. Des deux, on pourrait dire qu’Inferno gît encore dans le puits indifférencié des images produites par le rêve ou la matière ; Suspiria est tout entière la flamme qui vient donner vie à ces images ; elle est l’assomption de cette matière. »


« L’alliance de l’enfance et de la magie, c’est la véritable arme pour le véritable combat – ce combat contre un monde qui se nourrit du caractère apparemment irrémédiable de notre solitude. »


« La culture académique est une culture artificielle, datant de quelques dizaines de siècles au mieux, construite par les oppresseurs d’hier pour séparer les hommes de toujours de leur véritable culture. La culture populaire est notre véritable culture. La « pop », c’est le folklore, et c’est la relation la plus réelle que nous puissions avoir avec l’authentique spiritualité traditionnelle : le Carnaval. »


« Qu’on fasse partie des capitalistes prédateurs ou des révolutionnaires qui s’y opposent, qu’on fasse partie des « mauvais » ou des « bons », ce qui nous manque chaque fois, c’est la pratique du non-agir qui évite les confrontations violentes débouchant sur de plus  grands drames. Que la vie soit déjà écrite ou que notre existence dépende d’actes libres, ce qui nous manque encore, c’est le non-agir nous permettant d’en découvrir la signification. Que nous soyons appelés à un grand destin ou à une aventure ordinaire, ce qui nous manque toujours, c’est le non-agir qui permet à cette vie individuelle de ne pas se transformer en drame pour les autres. »


« Si une œuvre d’art vous rend heureux à partir de mensonges, elle ne vaut rien. Mais si elle vous fait désespérer de la vie, elle ne vaut rien non plus. C’est toute la difficulté. C’est tout l’art. »


« Parce que toutes ces images, tous ces sons, tous ces poèmes sont des citadelles en suspens, qui nous mènent, station après station, vers une après-vie magnifique ou merdique.
Alors la question se pose de la forme audiovisuelle qui nous foutrait le plus en l’air. »


Je n'ai encore jamais vu de film de Cassavetes mais le moins que l'on puisse dire, c'est que Thiellement donne de furieuses envies de découvertes :

« Le cinéma de Cassavetes, avec sa recherche éperdue de la « prise » haletante de vie, avec les états émotionnels dans lesquels les acteurs sont plongés, les improvisations (vraies ou fausses), les détournements de récit (programmés ou non), le cinéma de Cassavetes, avec ses faux raccords, ses effets de « cinéma vérité, ses gros plans, ses images tournées à l’épaule, ses flous, ses « captations », son montage toujours incroyablement raffiné et brutal, sa musique originale mêlant souvent lyrisme grandiose et improvisation jazzy et surtout sa dimension intime, amoureuse, familiale, passionnelle, parentale, sexuelle, alcoolisée, tabagique, le cinéma de Cassavetes est un combat permanent contre la « conspiration de la mort » à l’œuvre dans le cinéma. »


Et sur Lars von Trier (qu'il me donne pour le coup envie de re-re-re-revoir sans fin) :

« […] leur objectif [aux films de Lars von Trier] a toujours été de rendre votre vie plus difficile, vos blessures plus douloureuses, vos opinions moins évidentes, vos sentiments moins purs qu’ils n’en ont l’air. Mais aussi votre cœur plus profond, votre état mental plus friable, votre empathie plus développée, votre esprit plus obsédé par la découverte de vérités. »




mots-clés : #creationartistique #essai
par colimasson
le Jeu 5 Avr 2018 - 14:27
 
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Sujet: Pacôme Thiellement
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Sergueï Dovlatov

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Le Domaine Pouchkine


aussi publié comme "La Reserve"

Originale : Заповедник (Russe, 1983)

CONTENU :
Boris prend le bus de Leningrad vers Pskov, où se trouve le grand mémorial de Pouchkine, la domaine de ses parents où le poète a vécu et où on a construit plus tard un musée. C'est là que notre héros se présente en vue de devenir guide à travers la domaine. Il fait cela avec une certaine nonchalance typique pour lui et on l'embauche. Sans grandes ressources, il trouvera un abri assez modeste, voir sale, chez un alcoolique du lieu. Peu à peu il fait connaissance des lieux et va faire ses premiers tours guidés après quelques jours d'apprentissage. Pendant ce temps, sa femme Tania réfléchit à la maison, si elle va émigrer avec leur fille. Elle va venir rendre visite à Boris...

REMARQUES :
Malgré un changement de nom, on trouver sans difficultés chez le narrateur des concordances avec la biographie et le caractère de Dovlatov lui-même. Beaucoup de ses livres partent de ce matériel autobiographique. Mais il le transforme (à quel point?) et sait raconter ses évènements de sa vie avec humour, un savoir pour utiliser la langue. Ainsi on ne passera pas beaucoup de paragraphes sans rire ou sourire. L'auteur souligne et transforme encore les situations les plus absurdes et grotesques. Mais il est possible que pour certains un tel approche ne passe pas : l'alcool omniprésent (comme chez beaucoup de Russes), son amour inconsidéré pour (toutes?) les femmes.

Évidemment on ne se passe pas dans un livre d'un intellectuel russe de pas mal de références de toutes sortes, surtout littéraires. Naturellement un livre, jouant en grande partie sur le « Domaine Pouchkine » va parler de ce grand auteur et poète russe génial, considéré comme un monument national.
A coté de cela nous trouvons aussi d'autres descriptions de caractères bizarres, de vrais originaux.

Concernant la langue, on ne peut que deviner par la traduction (et les commentaires intéressants d'introduction par un ami dans la version française!) l'originalité et la pointillesse de Dovlatov.

Donc, ma deuxième lecture de cet auteur, et une invitation, de continuer dans la découverte !


mots-clés : #autobiographie #creationartistique #humour
par tom léo
le Dim 18 Mar 2018 - 16:27
 
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Sujet: Sergueï Dovlatov
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Patrick Chamoiseau

Écrire en pays dominé

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Quatrième de couverture :
Écrire en pays dominé c'est l'histoire d'une vie, la trajectoire d'une conscience, l'intime saga d'une écriture qui doit trouver sa voix entre langues dominantes et langues dominées, entre les paysages soumis d'une terre natale et les horizons ouverts du monde, entre toutes les ombres et toutes les lumières. Écrivain, Marqueur de Paroles, et finalement Guerrier, Patrick Chamoiseau interroge les exigences contemporaines des littératures désormais confrontées aux nouvelles formes de domination et à la présence du Total-monde dans nos imaginaires.


Essai (1997) très structuré (égard de plus en plus rare, l’ouvrage bénéficie d’une utile table des matières).

Il se compose de trois « cadences », entrelardées de paroles du vieux guerrier sur la colonisation (« Inventaire d’une mélancolie ») et de brefs commentaires sur des lectures-phares (« Sentimenthèque »).

D’abord I, « Anagogie par les livres endormis » : les réflexions de Chamoiseau sur le comment écrire dominé par une autre culture, puis la révélation de la découverte des livres-objet (reprise des souvenirs de son autobiographie À bout d’enfance), puis lecture « agoulique », puis, à l’adolescence, découverte de Césaire, de la poésie lyrico-épique, du militantisme, du racisme ordinaire et de l’identité dans la négritude opposée à l’impérialo-capitalisme (qui tente d’imposer ses valeurs « universelles »), domination silencieuse du Centre avec passage pour ce dernier de la contrainte à la subjugation, l’ « autodécomposition » dans le « développement », le mimétisme, la consommation, l’assistanat et la folklorisation, enfin rôles de Glissant et Frankétienne dans son évolution du lire-écrire (Chamoiseau est alors éducateur dans les prisons métropolitaines).

II, « Anabase en digenèses selon Glissant » : après dix ans passés en métropole à rêver du pays, en anabase (expédition vers l’intérieur, voyage intérieur, cf. Saint-John Perse), en admiration libératrice du déprécié, il s’identifie successivement au premier colon (« carrelage » de l’ordre et de la mesure, de la rationalité sur leurs contraires), aux Caraïbes (Amérindiens), aux Africains puis à tous les autres apports ethniques. Marronnage et mer geôlière, danse, tambour, quimboiseurs, mentôs puis conteurs et autres « résistances et mutations ». « Ultimes résistances et défaites urbaines » : après le conteur des habitations-plantations dont l’oralité créatrice se réfugie dans les chansons et proverbes, le driveur errant en déveine et déroute folle se concentre dans l’En-ville, devenant djobeurs et majors, jusqu’au « Moi-créole », le Divers dans la mosaïque créole, sans origine ni unité : le « chaos identitaire » ; Lieu versus territoire.

III, « Anabiose sur la Pierre-Monde » : identité d’assimilation, départementalisation stérilisante, assistanat, modernisation aveugle, développement factice, consommation irresponsable, fatalité touristique (toujours au profit des békés). Domination furtive d’un Centre diffus, du rhizome-des-réseaux, « Empire technotronique où l’empereur serait le brouillard de valeurs dominantes, à coloration occidentale, tendant à une concentration appauvrissante qui les rend plus hostiles à l’autonomie créatrice de nos imaginaires [color=#2181b5]ains et artistes neutralisés « dans la dilution d'une ouverture au monde". Insularité vécue comme isolement versus la (notion de la) mer ouverte. Choix entre les deux langues, la reptilienne et résistante, et le français, par celui qui devient le Guerrier dans le Monde-Relié. Davantage épanouissement que développement de l’Unité se faisant en Divers : la Diversalité.

C’est donc l’historique du ressenti douloureux des (ex-)colonisés du « magma anthropologique », simultanément avec l’éveil par les livres (lus, relus, écrits) du Marqueur de paroles, pour relever le défi du Web.


mots-clés : #creationartistique #essai #identite #independance #insularite #mondialisation
par Tristram
le Sam 10 Mar 2018 - 0:23
 
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Sujet: Patrick Chamoiseau
Réponses: 33
Vues: 1307

Paul Auster

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Quel dommage que ce livre fasse 1 000 pages, qu'il pèse 1 tonne, cela va décourager tant de lecteurs ! Quel plaisir que ce roman de la démesure, qu'il fasse 1000 pages, qu' on s'y vautre, qu'on s'y traîne, qu'on s'y love, qu'on y tremble et qu'on y pleure, qu'on y rie, qu'on s'y attache, qu'on y retrouve tant  de souvenirs propres , qu'on y apprenne tant…

Bien sûr, certains aimeront, d'autres pas, mais comment ne pas reconnaître à Paul Auster, cet homme courtois, lumineux, intelligent, d'être en plus un auteur hors-pair, hors normes, qui nous livre ici son Grand Roman Américain, typique d'un lieu et d'une époque, tentaculaire et omniscient et qui ne ressemble à aucun autre? Comment ne pas lui reconnaître un talent extraordinaire de conteur, tant dans la structure narrative, profondément originale et parfaitement maîtrisée, que dans l'écriture d'une richesse, d'une vivacité, une inventivité qui n'est que le reflet de celle de la vie de son (ses) héros, "mes quatre garçons" les appelle-t'il, tellement jeunes et tellement mûrs, tellement heureux et tellement désespérés, tellement attachants?

On l'a dit partout, Archibald Isaac Ferguson est un jeune juif new-yorkais des banlieues dans l'après-guerre, de cette classe moyenne qui, Dieu merci, recherche son émancipation non dans la consommation et la frivolité, mais dans la création, (l'écriture en l'occurrence ), la réflexion, la remise en question, la recherche d'une justice et des libertés. Et comme Ferguson est un enfant puis un jeune homme réfléchi, si souvent "adulte", qui s'interroge en permanence sur la destinée, le rôle du hasard et des choix, Paul Auster, par des glissements dans son environnement, lui offre quatre destins, tout en préservant sa personnalité centrale, qui va évoluer, certes, varier selon les versions, mais rester là comme un noyau fondateur.

Tour de force, Paul Auster déplace sur une vingtaine d'années les personnages (Ferguson et tout son complexe environnement familial et amical)  avec malice, sur son échiquier élaboré, sans jamais perdre le lecteur, en tout cas jusque ce qu'il faut pour que cela soit délicieux de se laisser porter, d'essayer de venir vérifier un détail en arrière et finalement y renoncer, car finalement, on s'en fout, l'instant est là qui nous emporte: il y a cet humour, cette clairvoyance, cette tendresse pour les personnages quels qu'ils soient,  cette générosité sans limites de l'auteur et c'est ce qui importe..  Il y a ce souffle époustouflant à décrire l'intimité d'un jeune homme en formation, son incroyable relation avec une mère toujours ouverte, toujours accueillante, toujours encourageante, jamais envahissante, qui est la clé de sa personnalité, de son aptitude à de devenir un explorateur et un conquérant (un conquérant sympathique) dans tous les domaines : les études, l'écriture, le positionnement politique, le sport, la culture, l'amour, le sexe… L'existence des quatre histoires enrichit formidablement cette façon d'aborder  l'élaboration d'une personnalité, lui donne une puissance, une profondeur.

Les quatre Ferguson ont tous  une relation à l'écrit, qui n'est pas la même, poète, journaliste, prosateur… à succès ou sans succès, tous dans une recherche absolue de sincérité, dans un désir d'inventer de nouvelles voies, et ceux qui cherchent à savoir ce qu'est la littérature ne manqueront pas de trouver ici de nombreuses pistes.
Mais Auster élargit son discours à tous les arts, rend un hommage à un nombre incalculable d' œuvres qui ont marqué son propre apprentissage culturel, les livres, les films, les pièces musicales, le sport qui en même temps qu'un épanouissement physique est un art. Il raconte le plaisir des premières fois,  ces innombarables premières fois qu'il faut connaître, les unes après les autres, pour se construire en tant qu'homme vivant.
Il rend hommage aux médiateurs, parents, adultes bienveillants, amis, petites amies et petits amis, professeurs, tous sources d'inspiration, donneurs de conseils, tuteurs attentionnés, guides à travers le monde, tous  ces gens qui nous aiment, et qui font que nous devenons qui nous sommes.

Il raconte comment la jeunesse née après guerre, dans cette euphorie du jamais-plus et de la quête du bonheur enfin aboutie, sa jeunesse à lui, a grandi au contraire dans  une Amérique violente, autoritaire, imbue d'elle-même, violant les libertés individuelles, méprisant les individus (l'assassinat de Kennedy, de King, la lutte pour les droits civiques, la guerre du Vietnam, les émeutes raciales). Comment elle a fait fleurir en son sein  la révolte et parfois l'engagement.

Il y a enfin New-York, ville tentaculaire, détestable et magnifique, ses rues numérotées où déambuler nuit et jour, ses cafés, ses odeurs, ses taudis, ses habitants, ses universités, ses banlieues d'où chacun rêve de s'échapper...

Et puis, on tourne la 1015ème page... et c'est fini.
Déjà.... pale
Tant pis, il nous reste Paul Auster, il parait qu'il a déjà commencé à écrire son prochain livre!



mots-clés : #amitié #amour #communautejuive #creationartistique #identitesexuelle #insurrection #lieu #relationenfantparent #sports
par topocl
le Sam 3 Mar 2018 - 10:58
 
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Sujet: Paul Auster
Réponses: 101
Vues: 3923

Hélène Cixous

J'ai découvert Hélène Cixous par un chemin détourné, par les images. Le peintre a de quoi interpeller mais son texte à elle avait lui aussi tout pour se démarquer.

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Luc Tuymans, relevé de la mort de Hélène Cixous

J'en ai donc terminé la lecture (intermittente) et je confirme mes bonnes impressions de cette lecture sur un peintre qui m'intéresse mais que je connais peu. Une découverte au fil d'œuvres choisies et mises en mouvement par les sensation provoquées, essentiellement malaise et reconnaissance partielle. Une vraie découverte du peintre donc qui dépasse l'énumération de toiles et la biographie. Les thèmes sont suivis et enchainés autour de retournements de phrases, de mots (on pourrait citer le titre lui même pour commencer) et rattachés à un contexte culturel global, plutôt que des comparaisons contemporaines on assiste à un tissage choisi par citations avec Proust ou van Eyck. Par là-même ce qu'il y a de chronologie et de citations ou d'entretiens avec le peintre gagne en densité pour sortir de l'anecdotique.

Ca pourrait avoir l'air tiré par les cheveux dans la présentation très mobile et très poussée mais la précision des transitions et des thématiques et impressions qui durent tout le long du texte l'emporte facilement.

Forcément remarquable le lien particulier entre l'image "moderne mais pas que" et un sentiment d'histoire contemporaine (passée et en cours).

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mots-clés : #biographie #creationartistique
par animal
le Mar 27 Fév 2018 - 21:51
 
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Sujet: Hélène Cixous
Réponses: 8
Vues: 340

Henry Bauchau

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L’enfant bleu


CONTENU:
L'enfant bleu, c'est Orion, un garçon psychotique âgé de 13 ans dont les médicaments peinent à apaiser les crises. Véronique, psychothérapeute dans un hôpital de jour parisien, va entrer dans l'imaginaire de cet enfant pour essayer de lui rendre la paix. Elle devine sa richesse, sa sensibilité extrême, et va le guider, avec patience et passion, vers l'expression artistique. Henry Bauchau explore ici, avec sa tendresse de poète et sa passion d'écrivain, la frontière entre art et folie.

REMARQUES:
J’ai lu avec énormément de plaisir „L'enfant bleu“. Juste quelques impressions personnelles :
Ce qui me touche dans le chemin de la thérapie, c’est la longueur, la durée qu’on lui donne. En cela, par ces tous petits pas hésitants vers des améliorations, envers des contrariétés et des résistances, on donne une véracité au récit.
La terminologie venant de la psychothérapie peut quand même d’abord désorienter quelqu’un qui était étranger à cet univers jusqu’à maintenant : perpétuellement on sent derrière l’écrivain le psychanalyste. Mais derrière celui-ci aussi toujours l’écrivain.
Ce qui est intéressant c’est que l’analysante est elle-même dans un certain sens en quête de guérison après des épreuves de la vie. Elle ne reste pas extérieure à la thérapie : le danger d’une fusion est toute proche. Mais c’est aussi par cette implication très personnelle que quelque chose peut changer dans la vie d’Orion. Ces réflexions m’ont très touchées...
Pour celui qui est attiré par l’art thérapie, il va trouver dans ce livre un vibrant plaidoyer.

C’était bien mon premier Bauchau à l’époque, et n’allait pas être mon dernier. Le boulevard m’attendait déjà…


mots-clés : #creationartistique #enfance #medecine #pathologie
par tom léo
le Dim 25 Fév 2018 - 22:32
 
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Sujet: Henry Bauchau
Réponses: 10
Vues: 470

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