Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Sam 7 Déc - 18:34

139 résultats trouvés pour creationartistique

Patrick Grainville

Le lien

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Le narrateur a tué au volant la mère de Maha, qui poussa une terrible cri avant qu’il ne s’enfuie. Dans un dessein rédempteur, il pygmalionnise la séduisante orpheline (qui l’a reconnu sans le dire), pour en faire une star "hors système" grâce à son cri/ chant, qui constitue leur lien (tandis qu’elle devient narratrice en alternance avec lui). Idole hiératique, Maha sera notamment confrontée à son double, Yanne, métisse également, mais plus assumée dans la sexualité et l’opportunisme du showbiz, et qui la singe (une bande de mandrills fait d’ailleurs partie de l’équipe).

« Je sens qu’elle recule encore un peu devant sa voix dénudée, ce léger falsetto qui la dévie et l’écarte de soi. Pourtant c’est ça le beau, l’idée sublime, l'idée sublime, cette voix d'alto déportée, sa parenté avec le registre du haute-contre, oui, cette voix qui a fait le deuil de la plénitude, d'un comble paradisiaque, qui s'élève sur un manque et qui le fait chanter, biseautée et sonore, dans le néant cosmique. »


Concession à l’époque, l’érotisme est aussi celui du lycra, du latex et des baskets ; cet érotisme omniprésent m’a ramentu les romans d’Emmanuelle Arsan (comme Le singe vêtu a peur), qui véhiculaient cependant une certaine métaphysique, et une approche différente de la femme. Le discours (trop) rodé de Grainville, dans sa démesure baroque à la limite de l’incohérence et du creux, mêle comme une fin en soi Éros et Thanatos, sacré et psychanalyse, danse et bestialité, image et industrie du spectacle. Et Grainville enfile les images-clichés de son lexique de l’excès, totémique et obsédé, dans une syntaxe facilement minimale, heurtée, mythologies violentes d’un lyrisme qui mêle épithètes et notions hétéroclites, qui en fait délire un peu à vide.

Mots-clés : #contemporain #creationartistique #mondialisation #sexualité
par Tristram
le Mar 26 Sep - 17:19
 
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Sujet: Patrick Grainville
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Héctor Abad Faciolince

Trahisons de la mémoire

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Le livre se comporte de 3 parties

-Dans Un poème dans la poche, Héctor Abad rapporte ses obsessionnelles recherches, 20 ans après, pour authentifier le poème L'oubli que nous serons, qui se trouvait dans la poche de son père assassiné,  attribué à Borges. Petite tempête dans le monde de la recherche littéraire internationale : les experts sont formels pour récuser cette paternité. Mais l'intuition émotionnelle d' Héctor Abad le pousse à  poursuivre sa recherche, à voyager à la rencontre des témoins, et finalement, ça y est, oui : le poème est de Borges. Cela peut paraître un pinaillage épouvantable, mais au moins pour l'auteur, pour la mémoire de son père, c'est quelque chose de crucial, cela a sans doute été un pas de plus dans son deuil.
Il me semble que tous les participants du fil Qui l'a écrit pourraient lire cette partie, illustrée de photos des preuves, en se délectant.

-Dans Une fausse route, il raconte sa situation quand, ayant fui la Colombie après cet assassinat, il s'est installé à Turin avec sa famille. Longue hésitation pour savoir s'il va vendre la montre de son arrière-grand-oncle : assurer la subsistance de la famille, ou conserver le lien avec les ancêtres ? Il raconte ensuite comment Amnesty International l'a aidé et soutenu, mais au prix d' une espèce de marchandage dont il  devait s'acquitter en racontant les misères et horreurs de la Colombie, chose qu'il détestait et qui l'a amené à laisser l'organisation. Il parle du besoin qu'il a eu de cacher son origine colombienne et de faire croire qu'il était espagnol, parlant un espagnol européen, pour mieux s'assimiler, et d'une femme, Lorenza, avec laquelle il a trahi son épouse le temps de quelques cours d'espagnols.

-Les ex-futurs est un très plaisant  petit essai sur les moi que nous ne sommes pas devenus, et en quoi ils nourrissent la création littéraire.

Nous, les humains, sommes insatiables : nous voulons des présences et encore des présences, nous cherchons à nous évader à notre  solitude définitive, nous ne faisons rien d'autre que de lutter pour ne pas être seul, et comme les vivants ne nous suffisent pas, alors nous vivons en commerce perpétuel avec les fantômes, avec cet enfant que nous avons été et même avec l'homme que nous ne serons plus. À cause de ce goût pour converser avec ce qui n'existe pas - ou qui existe dans une autre dimension - nous lisons des romans et pour cela nous regardons des films et des feuilletons télé.


Il s'agit donc de trois récits ou essais qui ont pour thème commun la mémoire, l'appartenance et le renoncement, dans un hommage à Borges, à la littérature, à l'oubli et la supercherie. Hector Abad insiste sur le fait que la mémoire trahit la réalité, et organise ainsi une nouvelle vérité. Ce sont ces réflexions qui constituent les plus belles parties du livre, qui, en effet, peut se lire indépendamment, mais gagne émotionnellement si l'on a lu avant l’extraordinaire L'oubli que nous serons.



Mots-clés : #creationartistique #devoirdememoire #exil
par topocl
le Sam 16 Sep - 9:40
 
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Sujet: Héctor Abad Faciolince
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Giorgio Manganelli

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Centurie

Les cent "romans fleuves" de Manganelli sont contenus dans un très bel ouvrage édité chez Cent pages (il en fait 216, c'est écrit au dos parce que les pages ne sont pas numérotés à l'intérieur) avec le texte écrit sur la page de droite, avec une pousse de chiffres en lettres qui partant du haut de la page s'écoule pour rejoindre le bas de la page de gauche. Cent textes qui se déplient en perspective, faits de surfaces que l'on contourne pour observer les formes géométriques ainsi fabriquées... perspectives infinis formant in fine un corps. Le corps dans son humaine solitude, intranquille et désamouré, s'enfonçant les ongles dans la chaire pour sentir la réalité, tandis qu'au dehors elle est un carnage ; il rêve de fées et de fantômes, se demande si être mort depuis une minute ou l'être depuis cent millions d'années fait une différence... Les romans de Manganelli donnent une impression de flottement, d'une grande tendresse ; imaginez un Borges possédé par l'esprit de Gogol.

Giorgio Manganelli a écrit:Un écrivain écrit un livre sur un écrivain qui écrit deux livres, l'un et l'autre sur un autre écrivain, dont l'un écrit parce qu'il aime la vérité, l'autre parce qu'elle lui est indifférente. De la plume de ces deux écrivains sortent au total vingt-deux livres où l'on parle de vingt-deux écrivains dont certains mentent sans le savoir, certains mentent en le sachant, certains cherchent la vérité en sachant ne pouvoir la trouver, certains croient l'avoir trouvée, d'autres encore croyaient l'avoir trouvée mais commencent à en douter. Les vingt-deux écrivains produisent au total trois cent quarante-quatre livres où l'on parle de cinq cent neuf écrivains, étant donné qu'en plus d'un livre un écrivain épouse une femme écrivain, et ont entre trois et six enfants, tous écrivains [...]


Allez, allez, il faut le lire, hein. Lisez-le Very Happy
Je le conseille chaudement.

mots-clés : #creationartistique
par Dreep
le Ven 15 Sep - 15:23
 
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Sujet: Giorgio Manganelli
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Eric Reinhardt

La chambre des époux

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Curieusement, j'avais gardé un souvenir bien meilleur de Cendrillon, ce livre dont Reinhardt prend soin de nous rappeler plusieurs fois ici à quel point ce fut un roman accompli, et unanimement encensé par  la critique. Je gardais l'idée qu'il m'avait saturée , submergée, mais que c'était brillant de chez brillant. Ce qui explique que j'ai pris La chambre des époux à la médiathèque avant-hier: un sujet plus modeste - et grave qui plus est, un format plus concis, me suis-je dit, ça devrait passer, ça peut même être bien.

Mais alors là, ça n'a pas passé du tout. Ca a plutôt condensé mon exaspération. L'impression d'une pochade  (enfin j'espère au moins que Reinhardt considère ça comme une pochade et non  pas comme quelque chose de sérieux) bâclée qui se donne de l'importance, et qu'il se fout de nous, Reinhardt, à s'exposer en type pathétique, différent, inspiré ("socialement inadapté" dit-il), et il en est si fier.

En fait, ça démarre pas trop mal. Le sujet m'intéresse : il y a 10 ans, la femme de Reinhardt a eu un cancer du sein et il décrit dans son premier chapitre comment ils ont réagi à cela en une intensification de la vie et de la profondeur de leur relation commune. Comment en quelque sorte ils en gardent comme  un bon souvenir. Ca, ça m'a plu, ça a trouvé écho en moi.(Ce premier chapitre est d'ailleurs un article de commande qu'il avait écrit à l'époque, qui se suffisait bien joliment à lui- même, mais auquel malheureusement, Reinhardt a voulu donner une suite)

La suite, ça pouvait presque être drôle : Reinhardt se moque de lui-même : comment après avoir été si magistral, il a craqué un peu plus tard, pleurant comme un veau et ravalant sa morve, après avoir croisé une femme ayant vécu une épreuve similaire, voire pire. Lâchant enfin toute cette trouille géante qu'il a eu et qu'il est arrivé à cacher jusque-là sous ce faux bonheur du cancer. Presque drôle sous le tragique, si ça ne pesait pas mille tonnes. (Et s'il n'en avait pas profité - qu'est ce que ça vient faire là? -  pour ridiculiser ses confrères écrivains au passage, ces types arrogants et pédants qui ne se prennent pas pour de la merde - parce qu'en fait il n'y a que Reihnardt qui a le droit à ça, ne pas se prendre pour de la merde.)

Et puis, Reinhardt trouve la solution pour canaliser ça : écrire un roman qui raconterait l'histoire d'un homme qui avait connu un quasi-bonheur auprès de sa femme atteinte d'un cancer du sein, et qui craquerait et se déliterait en en croisant une autre qui etc etc... Alors il y a un petit jeu de poupées gigognes qui pourrait être malin mais qui est d'un casse pied... Car, déjà que Reinhardt, pour bien se faire comprendre (ou occuper de la place?), explique les choses  quatre fois, là, il reprend et re-raconte tout, et il reprend exactement les mêmes mots et phrases avec "il" au lieu de "je" . Donc 4x2=8 fois, si je compte bien. Hahah, n'est ce pas un effet grandiose (et à peu de frais, en plus)? Mais quand même, créatif : au lieu d'écrire « l'idée qu'elle puisse mourir m'était tout simplement intolérable, tout simplement intolérable, tout simplement intolérable » comme la première fois, Reinhardt  écrit cette fois : « l'idée qu'elle puisse mourir lui était tout simplement intolérable, tout simplement intolérable, tout simplement intolérable, tout simplement intolérable ». Génial, non?

Cela enchaîne ensuite sur une fascination morbide puis une aventure coquine du double de Reinhart avec la femme en agonie, totalement glauque, racontée sur le mode badinage, car vous l'aurez bien compris, cette façon de sauter une quasi morte est une sublime manière de rendre hommage à la vie, et  accessoirement à la guérison de son épouse. Si c’est pas de la psychologie de bazar, ça....

Et il ne faut pas oublier les phrases et digressions tellement longues qu'il est obligé de les couper par des "donc, disais-je", les phrases inlassablement répétées pour faire style, les parenthèses "cocasses", les dialogues aussi creux et vides que les vrais dialogue de la vie pour faire plus vrai...
Ni les détails de la vie sexuelle de Reinhardt et de sa femme, qu'il a la grande délicatesse d'attribuer à son personnage dit fictif, leurs longues conversation sur le fait qu'elle n' a plus de désir, qu'il ne font plus l'amour; mais , oui ils s'aiment, ils s'aiment, encore plus qu'avant, et c'est tellement plus beau, n'est-ce pas un couple qui s'aime tant que ça, bien qu'ils ne fassent pas l'amour et autres platitudes du genre "ils sont trop verts et bons pour des goujats" (tellement plus beau que le médiocre couple moyen à qui, oui, il arrive de faire l'amour, minable qu'il est)...

Bref, là où Reinhardt croit écrire un hymne à sa femme tant aimée, à leur couple si magnifique, à la victoire sur la maladie, on a plutôt un vague  vaudeville raté à la métaphysique intello-raisonneuse à la con (excusez-moi)

Donc, je n'ai pas aimé. Et je l'ai regretté, rien que pour cette phrase des premières pages, pleine de douceur:

(Je crois que rien ,n'est plus fort dans la vie que le plaisir anticipé de retrouver sa bien-aimée à la fin de la journée, et de laisser ce plaisir-là innerver d'une sorte d'orgasme doux, diffus, qui part du ventre, les heures que l'on passe sous l'emprise de cette attente - et quand on a la chance de connaître ça on n'a besoin de rien d'autre que d'eau fraîche, c'est bien vrai.)



mots-clés : #autobiographie #creationartistique #pathologie
par topocl
le Ven 8 Sep - 14:03
 
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Sujet: Eric Reinhardt
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Eric Reinhardt

Cendrillon

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Je précise tout de suite que je fais un commentaire bien que je n'aie pas fini le livre .

Un écrivain parisien parle .
On va tout savoir. Il s'appelle Eric Reinhardt, il a écrit : Demi-sommeil, Le moral des ménages, et Existence, dont il a eu des critiques élogieuses dans le Monde, Elle , etc., et que, quand elles sont élogieuses, il affiche sur ses murs. Il écoute aussi les émissions de radio qui en parlent, dont l'une (dont il nous retranscrit l'intégralité), pas élogieuse du tout, mais suffisamment habilement « écrite » pour qu 'on comprenne que tous ces animateurs de France Culture sont des gros connards. Il travaille dans une mansarde de 12 m2, mais le plus souvent au café Nemours où il commande des cafés serrés et drague vaguement des clientes. Il a deux enfants, Leonardo et Donatien, qui partagent le délicieux rituel du petit déjeuner familial. Il a une femme formidable qui s'appelle Margot qui, tel le prince pour Cendrillon, l'a sorti du bourbier pour en faire un homme qui, certes,  reste un pauvre type désespéré, mais s'épanouit chaque automne, où il croit retrouver une certaine plénitude.
C'est narcissique à souhait, mais comme bien souvent ces hommes déchirés où côtoient l'infantile et le désespoir, sont plutôt touchant (quoique sans doute impossibles à vivre).

À côté de ce récit, deux histoires parallèles,  des productions de l'écrivain suppose-t'on, des images transformées de lui-même (ou de ce à quoi il a échappé?) suppose-t'on aussi, deux hommes falots (comme lui?) incapables de s'affirmer, professionnellement en perpétuel échec, face à leurs femmes tendrement exaspérées. Leur incapacité au monde a marqué définitivement son empreinte sur leurs fils dont on va ensuite suivre les parcours dissemblables.

Donc c'est assez formidablement écrit, plein d'idées ingénieuses, de digressions surprenantes. J'ai souvent été assez admirative, amusée, voire emportée, mais aussi souvent lassée, voire exaspérée face a cette logorrhée créative qui frise parfois le pédant. On a l'impression qu' Éric Reinhardt a participé à un atelier d'écriture où le maître disait : donnez-vous à fond, allez-y au maximum et même plus, rajoutez-en, montrez votre génie, plus il y en a mieux c'est, et surtout ne coupez rien ! On a l'impression que Reinhardt nous dit : regardez comme j'en rajoute,comme je suis un écrivain inventif, qui ne recule devant rien, aucune hyperbole, comme je me roule dans la médiocrité des autres (entre autre) pour en faire mon écrit quotidien le plus brillant.

Reinhardt ne limite donc ni  l'incontinence verbale, ni les redondances volontaires, ni tout un panel de figures de style répétitivement appliquées (phrases nominales enchaînées, allitérations, anaphores, accumulations), ni  les pages, les pages, les pages qui courent imbues de leur propre qualité mais n'apportent rien l'une à l'autre.

Ah ! Il y met de l'ironie et un humour alternativement pince-sans rire ou carrément basique, mais avec un tel sérieux... C'est brillant, brillantissime, parfois, mais, même si je me dis que cela cache la faille, (ou la béance ?) j'en arrive vite à trouver que cela s'exhibe de façon hystérique. Tout cela est troublant ! oui, c'est vraiment troublant, ce mélange d'humilité et de suffisance, de désarroi et de légèreté, cette accumulation multiple, déchaînée qui, en tout cas, ne peut laisser indifférent.

J'en étais là dans ma lecture et mes réflexions, j’avançais avec l'intention d'aller jusqu'au bout, dans une certaine curiosité qui se partageait entre les personnages du livre et le personnage de l'auteur. Et puis, d'un coup, page 275, j'ai été submergée. Après 10 pages de description du Palais-Royal puis 10 pages d'un dialogue ininterrompu, merveilleusement rendu mais parfaitement inintéressant, j'en ai eu marre, j'ai saturé. Je me suis dit que si ça se trouve, les  300 pages qui me restaient à lire pouvaient  n'être que la continuation de ce dialogue, pourquoi pas, encore une trouvaille  provocatrice de Reinhardt ? D'un coup, le destin de Laurent Dahl et d'Éric Reinardt m'indifférait complètement et je me suis dit que le génie, même torturé, est vain quand il m'ennuie

J'ai fermé le livre. J'ai repris la citation ci-dessous, que j'avais noté page 103, qui montre qu'Eric Reinhardt partage sans doute avec moi un questionnement sur lui-même : est-ce de l'arrogance ou de la sincérité ? Les deux sans doute , beaucoup de questions n'ayant pas de  réponse dans la vie.

   - Regarde ! Lis ces phrases ! Du brio ! De l'invention ! Une verve authentique ! Des trouvailles ! De l'humour ! Il parle d'une satire survitaminée ! Et drolatique ! Il écrit que ton livre est drolatique ! Et qu'il est brillant ! Il déplore à chaque ligne que tu brilles ! - Et le truc du marionnettiste trop malin ? - Tu vas pas te plaindre qu'il te trouve malin ! - Et formidablement satisfait ! C'est aimable comme observation ? Marionnettiste formidablement satisfait ? - Mais il souffre ! Tu le surprends en pleine souffrance de gourmet littéraire ! Je crois qu'elle est drôle son existence de gourmet littéraire ? Comment veux-tu qu'il accepte que tu prennes du plaisir ? Mais c'est immoral ! Elle est immorale, ta vie, pour la plupart des gens, c'est immoral ce qu'on vit ! Et en plus les provoques, tu les cherches, tu t'amuses en écrivant ! Tu claques les mots et les trouvailles comme d'autres claqueraient du fric et sortiraient leur carte Gold !




Commentaire récupéré.

mots-clés : #contemporain #creationartistique
par topocl
le Jeu 7 Sep - 18:40
 
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Sujet: Eric Reinhardt
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Josef Škvorecký

Auteur que l'on m'a fait découvrir lors d'une chaîne de lecture en d'autres lieux, et qui m'avait beaucoup plu. Il serait temps que je lise autre chose de ce monsieur !

Les lâches :

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On suit un groupe de zazous pendant une semaine en mai 1945 en République Tchèque, non loin de la frontière allemande, alors que les nazis sont en déroute, fuyant devant l'arrivée des soviétiques et la future victoire des alliés. D'ailleurs, je ne savais pas qu'il y avait eu des zazous aussi en Tchécoslovaquie, ces jeunes marginaux des années 1940, qui avaient un goût prononcé pour le jazz, et l'anticonformisme.

Le héros Danny, est un grand gamin de 21 ans, qui se retrouve au milieu de la guerre, alors qu'il ne pense justement qu'à son saxophone et aux filles, à Irène et à tellement d'autres. Son moyen de les conquérir, leur déclarer sa flamme, à toutes! Même à la copine de son pote  rire Danny est un romantique, rêveur, et les filles le voient plutôt comme un gentil toutou.
Lui n'en a cure de la guerre, de ce qui se profile à l'horizon, il a d'autres rêves plein la tête.

Un livre et un auteur à découvrir !

Maintenant dans mon lit, tout m'était égal parce que je me sentais bien. J'avais chaud. Mes souvenirs me suffisaient, avec mes rêves du futur. Tout ça était bizarre, au point que je m'en étonnai. Je savais que je vivais en 1945, au moment où des gens y étaient morts, ou y avaient été horriblement blessés et souffraient dans la boue et dans les hôpitaux. Des millions encore y avaient été torturés par les Allemands dans les camps de concentration. J'étais au courant de toutes ces morts et me demandais à quoi sert la vie. A rien. Seulement à penser aux filles, à la musique. Je me demandais si ça suffisait pour qu'elle vaille d'être vécue, mais n'arrivais pas à trouver de réponses.



mots-clés : #creationartistique #deuxiemeguerre
par Arturo
le Ven 25 Aoû - 16:45
 
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Sujet: Josef Škvorecký
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Jorge Luis Borges

Souvenir de pied total  drunken

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Ferdinando Scianna, Jorge Luis Borges visiting the Galleria Nazionale, Palermo,1984

Fictions

Un ensemble de courtes nouvelles étonnamment faciles à lire. Étonnamment parce qu'il y a étonnement et parce qu'il y a de quoi perdre le lecteur, d'un côté érudition poussée et goût affirmé de la métaphysique et de la littérature avec tous ses rouages, de l'autre volonté joueuse ou amusée, mais néanmoins sérieuse, de fondre ces intérêts dans la forme.

A vous lecteur la succession des petites histoires mystérieuses, inquiétantes et vertigineuses qui vont démonter la réalité pour en construire une autre, différente à peu de choses près mais ce sera définitivement un autre monde. Le temps de suivre le récit souvent indirect de la constitution d'un autre ouvrage ou d'un autre savoir, de goûter son dévoilement, que malgré vous le monde a tourné et n'est plus également tangible.

Le mystère, le dévoilement, le jeu, les faux semblants, les symétries et les miroirs et tout un talent de l'imaginaire guidé. A la limite du rêve éveillé ou de l'instant d'égarement quand une pensée en a entraîné une autre de trop qui est devenue réelle. Le sublime talent de narrateur est quelque part par ici, sérieux, savant, mais savamment chaleureux, toujours à emmener le lecteur un peu plus loin dans le dédale. L'ombre d'une peur avec la certitude qu'une écriture aussi magique ne pouvant être trop trompeuse on s'en sortira.

Et pour l'art de la phrase et du récit, c'est une authentique merveille. Le sens choisissant souvent de résider dans la précision de la discrète élégance de l'assemblage plutôt que dans une implacable mécanique de désossage littéral mot à mot. Il faut dire qu'avec des apparences si trompeuses que celles démontrées, il s'agit peut-être là d'un élémentaire bon sens.

Petit moment de magie.

S'il fallait plusieurs vies et plusieurs bibliothèques pour essayer de décortiquer tout ce qui peut être caché ou référencé dans ces textes, et la question se pose qu'on le veuille ou non, jamais ça n'a pris le pas sur le mouvement de la lecture, cet arrière fond spécial et pas forcément innocent se contentant, si on veut, de laisser planer une ombre très dense au dessus de la lecture. Une part de doute induit supplémentaire.

C'est assez fabuleux. En approximation ça pourrait de loin faire penser à un croisement de Dürrenmatt et de Buzazati (avec d'autres choses encore).

(Récup').

mots-clés : #creationartistique #nouvelle
par animal
le Dim 20 Aoû - 22:06
 
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Sujet: Jorge Luis Borges
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André Gide

Pour l'instant je n'ai lu que les Faux monnayeurs qui m'a fait une forte impression !

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Les Faux-monnayeurs

Ca y est, j'ai découvert Gide. Et c'est un sacré morceau que Les Faux-monnayeurs. Une narration chronologique qui apprécie la forme indirecte et multiplie les points de vues presque autant que les personnages. Extraits de journal tenu par Edouard, un des principaux personnages, lettres, dialogues et réflexions entrecoupées. Mais aussi réflexions sur la forme du roman et de la narration, en plus du roman dans le roman, qui s'appelle, pouvait-il en être autrement, Les Faux-monnayeurs...

Les pistes sont mouvantes mais pas si brouillées que ça. Tout en maniant avec dextérité un humour acerbe Gide suit une construction scrupuleuse autour de quatre personnages, surtout. Deux adultes : Edouard, l'auteur des Faux-monnayeurs, un "vrai" aux prises avec ses limites et Passavant filou manipulateur et écrivain pour la pose. Deux jeunes qui passent leur bac : Olivier gentil mais suiveur et Bernard plus impulsif et qui fâché avec certaines apparences choisi de s'enfuir de la maison...

Deux visions de la littérature et deux figures de mentors potentiels. Un roman d'apprentissage à plusieurs facettes donc mais en plus compliqué. Olivier et Bernard causent volontiers littérature et veulent écrire eux aussi. Olivier est amoureux d'Edouard et réciproquement, mais c'est Bernard qui part avec mais tombe amoureux en un sens de Laura qui ... et ainsi de suite dans ce petit monde qui est bien un petit monde dans lequel on se connaît plus ou moins et se retrouve plus ou moins.

Mais les faux-monnayeurs qui sont-ils ?  Difficile de ne pas attribuer le titre aux joueurs du grand jeu des apparences et des conventions que nous sommes tous plus ou moins, surtout aux moins "gentils" des personnages. Là c'est l'autre trame qui court parallèlement au geste littéraire. Autant l'humour est grinçant autant l'auteur marque un cheminement moral sur le fil à travers les destins croisés qu'il a choisi.

Un cheminement sans grand chose de vraiment irrémédiable tellement les possibles sont nombreux, les circonstances changeantes et présent l'espoir de venir à bout de la carapace de "faux". Reste encore à bien le voir arriver le faux.

Ca n'arrête pas ce roman qui se lit avec une facilité et une gourmandise déconcertante (un poil coupable) !

On pourra être moins sensible à l'intérêt porté aux adolescents mais s'arrêter à ça serait passer à côté d'une oeuvre à peine croyable aussi complexe que vivante. Mouvante, et le lecteur bouge avec.

Impressionnant, déchaîné... tout en bénéficiant d'une écriture qui sait aussi se faire classique. Une vision du luxe.

(Récup).

mots-clés : #creationartistique. #initiatique
par animal
le Sam 19 Aoû - 18:21
 
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Sujet: André Gide
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Percival Everett

La réflexion de Tristram, et l'extrait sur le fil de John Irving, m'ont ramené au roman Effacement, de Percival Everett. Un roman qui gagne à être connu, quant à la question du rôle de l'écrivain dans une société qui attend toujours davantage sur les révélations biographiques des écrivains. Un Thomas Pynchon serait un parano, mais au fond, l'écrivain n'a-t-il pas droit à son anonymat, à être comme les autres. C'est le cas de la célébrité. Cela dit le roman d'Everett traite d'autres thèmes, notamment l'accès à l'édition. Il faut faire le buzz, correspondre aux attentes du marché.


Effacement :


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Un bon roman qui décrit bien, et intelligemment, l'absurdité d'écrire pour l'argent, ce qui revient finalement quelque part à vendre son âme, renoncer à ses convictions, travestir son art.

L'écrivain est-il maître de son oeuvre ? Les critiques littéraires sont-ils des cons ?
Le commerce condamne-t-il la littérature à la médiocrité ?  J'aurais tendance à répondre par l'affirmative. On sent le vécu dans cette histoire, Everett a certainement mis beaucoup de lui.
Je l'ai trouvé original, tant dans le thème que dans l'approche.

J'ai toutefois un gros reproche à faire à ce livre, c'est le roman dans le roman, qui pour moi est illisible. Je pense qu'un très court passage pour donner le ton aurait été suffisant, je n'ai pas eu le courage de lire les 80 pages de ce qui est une parodie de daube littéraire bourrée de clichés, écrite à la truelle.

Bon le style du roman n'est pas non plus fou, ça reste très fluide et accessible.



mots-clés : #creationartistique #segregation
par Arturo
le Ven 18 Aoû - 14:57
 
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Sujet: Percival Everett
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Juan José Saer

Grande fugue

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Parti du jour au lendemain de Santa Fé, Gutiérrez revient dans la ville de sa jeunesse après avoir vécu de nombreuses années en Europe. Il s’achète une maison et fait la connaissance de Nula, philosophe amateur et marchand de vin, de trente ans son cadet. Entre eux une amitié se noue. Chacun à sa manière cherche à revisiter le passé : Gutiérrez voudrait retrouver le monde de sa jeunesse, Nula cherche à comprendre un épisode trouble et opaque qui a eu lieu cinq ans auparavant et auquel est mêlée Lucía, la fille de Gutiérrez. À leurs côtés, Gabriela et Soldi, qui font des recherches sur un mouvement littéraire provincial des années cinquante, le précisionnisme, ainsi que les personnages des autres romans de Juan José Saer. Du mardi au dimanche, entre la rencontre de Gutiérrez et de Nula et un grand déjeuner, tous vont pratiquer l’art de la conversation et des non-dits, et compléter des épisodes mentionnés dans les livres précédents – ou en révéler de nouveaux : amours cachées, morts tragiques, mensonges, compromissions, secrets érotiques, vie de bohème, répression militaire. Tout ce qui agite l’univers romanesque saerien revient dans cette Grande Fugue majestueuse, culmination d’une œuvre immense qui marque, après Borges et Onetti, le renouveau de toute la littérature latino-américaine et compte parmi les plus séduisants projets de la création littéraire contemporaine.

(Seuil)

Roman posthume et inachevé (juste une phrase pour le dernier chapitre), cette grande fugue (beethovenienne) reprend les personnages et scenarii de ses œuvres précédentes (et il faudrait sans doute la lire après celles-ci). Sur une semaine (soit sept chapitres), s’entrecroisent donc vie courante (dans l’ombre portée de la dictature encore récente) et évocation du précisionnisme passé jusqu’à l’asado (équivalant du BBQ argentin, ou parrillada) qui réunit tous les protagonistes.

« La spécialité du précisionnisme consistait à combiner les formes poétiques traditionnelles avec le vocabulaire scientifique. »


Longues phrases de descriptions paysagères cinématographiques (notamment le fleuve), météorologiques (l’été s’attarde, comme dans L’enquête) et psychologiques (assez proustiennes : ici aussi, les personnages sont des lieux de passage pour les différents devenirs). Les répétitions, reprises de séquences (avec variations), sont significatives (l'auteur a-t-il lu Kierkegaard ?). Les notations philosophiques de Nula (thèmes du désaccord intérieur-extérieur, de la répétition, du devenir continu) constituent des fragments d’essai(s) qui éclairent sur les propos de la prose de l’auteur :

« Durant quelques secondes, la surface plombée et légèrement ondulée absorbe les pensées de Nula, et dans chacune des vaguelettes hérissées, identiques, en mouvement continu, qui se dressent en formant un relief qui, plutôt qu’une courbe, représenterait plus précisément un angle obtus, il lui semble assister à la représentation visible du devenir qui, de s’exhiber parfois dans ce qui advient au travers de la répétition ou de l’immobilité trompeuse, donne à nos sens grossiers l’illusion de la stabilité. Pour Nula, qui de nombreuses fois chaque jour se surprend lui-même en train d’observer des exemples qui un jour lui serviront pour ses Notes [Notes pour une ontologie du devenir], l’île d’en face, formation alluviale, est une bonne preuve du changement continu des choses : le même mouvement constant qui l’a formée l’érode peu à peu, la faisant changer de dimension, de forme, de lieu, et l’aller et retour de la matière et des mondes qu’elle fait et défait n’est rien de plus, selon lui, que l’écoulement, sans direction ni objectif ni explication connue, du temps invisible qui, silencieux, les traverse. »

« Chacun des éléments de l’histoire [contes pour enfants], heureux ou dramatique, moral ou immoral, amusant ou cruel, possède la même valeur, en fait partie, est l’histoire tout entière et pas seulement une de ses parties, et les passages les plus intenses n’auraient aucun sens, et pas non plus la capacité de nous émouvoir, si les transitions, qui parfois peuvent paraître superflues, ne les soutenaient pas. »

« …] c’est quoi un roman ? […] Le mouvement perpétuel décomposé. […] Bien sûr, dans le sens d’exposer sous forme analytique et statique ce qui en vérité est synthétique et dynamique. »

« …] Nula pense que, bien que tout se ressemble, rien ne se répète jamais et que depuis le début des temps, quand le grand délire a commencé son expansion, chacune des pousses dans lesquelles il reverdit, se renouvelant pour se flétrir à nouveau sans délai, quand elle survient, est unique, flamboyante, inédite et éphémère : l’individu n’incarne pas l’espèce, et la partie n’est pas une partie du tout, mais une partie seule, et le tout à son tour est toujours partie. Il n’y a pas de tout, le merle qui chante avant l’aube chante pour son propre compte. Personne ne l’a entendu avant cette aube, et son chant de la veille, qu’il ne se rappellera pas lui-même avoir chanté et qui ressemble tellement à celui du jour précédent, si on l’écoute bien, montrera clairement ses différences. »


Gutiérrez, devenu scénariste en Europe lors de son long exil volontaire de plus de trente ans, en a ramené une critique amère, notamment de la publicité (il est réservé une grande place au supermarché local dans le livre, et les annonces de l’agence immobilière MORO sont récurrentes) :

Tag creationartistique sur Des Choses à lire - Page 4 Grande12


Au long cours de ce livre, outre une petite énigme (mystérieuse configuration aux quatre côtés d’un pâté de maisons), des scènes érotiques, de l’amitié, des vins fins, des couleurs contrastées comme en couverture, on trouvera aussi nombre de sensibles observations et réflexions :

« "Le passé, pense Nula, la plus inaccessible et lointaine des galaxies éteintes qui s’obstine à nous envoyer encore, trompeur, son éclat fossilisé." »

« Sur le moment Gabriela comprend que la mère et la fille représentent, non seulement un ordre qui se manifeste dans la succession, mais aussi une continuité vers l’intérieur et l’extérieur. La répétition, pense Gabriela, n’existe pas, bien sûr, parce que la fille, même si elle paraît identique à sa mère, en grandissant vers l’extérieur, ajoute quelque chose de nouveau au monde, quelque chose qui auparavant n’a jamais existé, parce qu’il n’y a pas deux fractions de temps qui soient semblables et, à cause de cela, la simple accumulation change tout, le présent, le passé et le futur ; dans l’extérieur, la fille intériorise la mère dont elle s’est séparée. Et un jour, grâce à cette intériorisation, elle la projettera de nouveau dans le monde. »



mots-clés : #amitié #creationartistique
par Tristram
le Ven 18 Aoû - 3:35
 
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Sujet: Juan José Saer
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Colm Toibin

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LE MAITRE

Qui était vraiment Henry James ? L'écrivain, on le connaît, il suffit de le lire, mais l'homme...
Seul James aurait pu le dire...
Et encore... Pas sûr !

Le Maitre est donc un roman de Colm Toibin et je me demande pourquoi l'éditeur ne l'a pas mentionné, car ce n' est pas un détail.
Toibin a lu une quinzaine d'ouvrages sur James : biographies, études, correspondance et interrogé une vingtaine de personnes.
Il aurait pu écrire une biographie de plus, mais il ne le voulait pas et comme c'est un écrivain de talent, il a choisi d'écrire un roman dont le personnage principal serait Henry James.

"A un moment je me suis aperçu qu'un certain Henry James me trottait dans la tête et j' ai eu envie d'ajouter un peu de fiction à la vie de ce grand homme."

James était un être secret et Toibin, comme tous les lecteurs de James s'est senti frustré de ne pas le trouver dans on oeuvre.
Dans l' approche de Toibin il y a de l'empathie, une sorte d'imprégnation et même un certain mimétisme stylistique avec l'oeuvre de James qui relève de l'alchimie.
Bien entendu ce qu' écrit Toibin n'est pas la vérité de James, mais c'est un personnage romanesque vivant, complexe, crédible, et c'est déjà troublant.
Coibin n'a pas cherché à démystifier l'homme, même s'il nous le montre parfois égoïste, cruel et lâche.
Aux prises avec les contradictions de tout écrivain digne de ce nom, la renonciation à une véritable vie privée qui le sortirait de sa solitude.
Toibin ne s'est pas contenté de réinventer James, mais aussi sa famille, ses amis, sa maison du Sussex, Lamb House.
Sa famille, c'est surtout ses parents, son frère William, l'aîné qui lui fait de l'ombre, et sa remarquable soeur, Alice.
Il y a aussi les femmes de sa vie : sa mère, sa soeur Alice, Minny Temple, l'amie d' enfance morte prématurément.
Et puis la romancière Constance Fenimore Woolson qui se suicidera en Italie.
Toibin laisse entendre que James est culpabilisé par la mort de Minny Temple et surtout celle de Constance et qu'il se sent en partie responsable de ces morts.

Le meilleur des ces cinq années d'Henry James, c'est quand Toibin réinvente librement les personnages, éclaire des zones d' ombre. Suggère.
Moins quand il s'applique à nous expliquer les états d'âme de James écrivant le Tour d'écrou.

Et de toute façon, on conclue que James a maîtrisé son oeuvre et on est beaucoup moins sûr qu'il a réussi sa vie...

Si vous aimez James, vous ne serez pas déçu et vous découvrirez Toibin.

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mots-clés : #creationartistique
par bix_229
le Mar 15 Aoû - 16:04
 
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Sujet: Colm Toibin
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Ralph Dutli

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Le dernier voyage de Soutine

Le "dernier voyage" du peintre Chaïm Soutine est un parcours imaginé, halluciné alors qu'il rejoint Paris en ambulance dans un état désespéré, à l'été 1943. Ce moment figé et chaotique permet à Ralph Dutli de saisir la vie et la personnalité de Soutine à travers une suite d'états d'âme, d'inspirations créatives. Si l'approche de la mort et les drames de la Seconde Guerre mondiale donnent à ce portrait une trame solennelle et affligée, l'écriture cherche sans arrêt à célébrer une liberté artistique, à exprimer une fougue qui transcende les tragédies.

Le roman est donc loin d'être une biographie linéaire et Dutli représente Soutine avec une aura remplie de mystère. De l'exil en France à une vie parisienne débridée, de l'éclat au désespoir, l'homme semble fuir les regards et ses toiles sont remplies de fièvre, de colère. Le rythme du roman évoque un flot incessant d'émotions vives, écorchées, qui échappent à la rigidité d'une temporalité.


mots-clés : #biographie #creationartistique
par Avadoro
le Lun 7 Aoû - 22:37
 
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NATSUME Soseki

J'ai beaucoup apprécié Oreiller d'herbes, pas seulement pour le titre, et j'ai été confronté aux mêmes manques et nébulosités de tiraillement entre orient et occident. Pourquoi y a-t-il autant de tentations, je ne suis qu'un panda moi et j'aurais bien envie de le lire un de ces jours ce Clair-obscur...

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Oreiller d'herbes

Une lecture de la rubrique des imprévus, titre séduisant, envie de lire un "livre japonais", ce qui m'arrive rarement...

Un narrateur, trentaine (intermédiaire comme on dit par ici - pas dans le livre) part quelques jours au vert dans la montagne. Il est peintre, poète. A l'aube du XXe siècle il réfléchit sur l'art et sur lui même, en quête d'impassibilité. Mais le hasard de ce retour vers un grand calme met sur son chemin une jeune femme énigmatique et remarquable. Nouvelles réflexions.

On pourrait dire que ce petit récit alterne dans ses chapitres les réflexions solitaires et poétiques et les rencontres. Peinture occidentale et japonaise, littérature et poésies occidentales et japonaises. Déambulation japonaise ? Il y a un grand écart des références entre occident et culture traditionnelle japonaise (avec poèmes chinois ou écrits en chinois) et dans ce domaine, comme dans les méandres des pensées, on peut s'égarer. Le poème à venir, le tableau à venir, les bons ingrédients, le juste pas forcément milieu épuré. La quête d'une satisfaction esthétique qui mette de côté la question de l'apaisement.

Pourtant on aussi la volonté d'un roman japonais "différent", là aussi il manque des clés. Alors on compense en faisant le chemin. Facile, les faux airs de roman d'apprentissage tardif et l'humour qui va avec font sereinement leur ouvrage dans le cœur du lecteur qui s'amuse des surprises, des embarras et des contradictions qui se manifestent avec douceur.

Et puis il y a le charme inévitable de cette femme, belle et considérée comme "folle". En fait une histoire qui fait écho à d'autres plus anciennes et romanesques, un amour malheureux et une situation de divorcée, de promeneuse et l'image d'une certaine liberté font le tableau commun qui est assez loin de celui qui ne se peint toujours pas.

On ne peut pas à proprement parler de romance entre notre peintre et cette femme. Une fascination et une cohabitation un rien provocante et amusée. Des instants, des apparitions, c'est presque un rêve.

De même que les poèmes et les égarements, non sans intérêt, sur la peinture et ses sujets : l'émotion ou le détachement ? le sujet ou l'état d'esprit suscité ? De même donc que ces oppositions entre occident et orient qui se mélangent au moins partiellement. La pensée et la sensation se fondent comme deux couleurs ou deux pâtes que l'on tourne. Et le temps surtout, temps qui touche à une fin, joue son rôle, tout comme ce voyage de pas grand chose. Il n'est pas dit que toutes ces réflexions soient si importantes.

Et à la fin il y a bien une forme de résolution à l'énigme, une chute, un déclic, une illumination dirait-on s'il n'y avait une part d'obscurité. A moins que le sens ne soit dans le regard qui dépasse le voile du tableau et le rappel d'un contexte moderne ou actuel ne peut être innocent. A la fin comme avec un bon haiku il y aurait une rupture qui ne ferait qu'exhaler la saveur de ce qui vient de passer. Qui n'est pas lisse mais qui n'est pas violent, un rêve, un charme, une idée que l'on a pas saisi, une sensation envolée alors qu'on allait la reconnaître.

Pour ça, cette balade au vert et cet oreiller d'herbes on quelque chose de tranquille et reposant, embrouillant et dissolvant notre flux de pensée à nous lecteur. Et il y a, primordiale, la très juste mise en image ou mot de l'essentiel énigme esthétique de l'autre et du geste. Et d'autres petites choses, justes elles aussi.

Donc une belle découverte, une vivifiante curiosité, un plaisir reconnu de lecture et beaucoup de charme (sans sombrer dans un cliché japonisant).

Des passages plus difficiles à suivre, des clés qui manquent à la compréhension mais largement de quoi vivre/lire avec tout en l'acceptant. Et ç'a m'a dépoussiéré des souvenirs et un peu de souffle.

(Récup).

mots-clé : #creationartistique
par animal
le Dim 6 Aoû - 13:49
 
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Sujet: NATSUME Soseki
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Virginia Woolf

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Le Commun des mortels. - L' Arche

Dans ce livre, ellle nous parle avec finesse et familiarité d'écrivains qu'elle connaît et qu'elle aime.
Elle s'adresse au "commun des lecteurs", autrement dit à ceux qui lisent par plaisir et par curiosité plutot qu'aux érudits ou aux critiques.
Et elle les connaît biens ces écrivains.
Elle en parle comme de vieux amis ou de lointains parents.
Elle connait leurs travers et elle en parle avec indulgence ou amusement.
Elle connait aussi leur époque, leur famille parfois.
Leurs espoirs, leurs échecs. Leurs amis.
Elle a lu leur oeuvre et parfois même leur correspondance.
C'est plaisant et instructif à la fois. Une découverte...

"Le commun des lecteurs, comme le laisse entendre le Dr Johnson, se distingue des critiques et des érudits.
Il rassemble des gens moins cultivés, que la nature n' a pas dotés aussi généreusement.Ceux-ci lisent pour leur propre plaisir plutôt que pour transmettre des connaissances ou corriger l'opinion des autres. Et surtout, un certain instinct les pousse à créér pour eux-mêmes à partir des éléments épars qu'ils peuvent grapiller çà et là, une sorte de tout - le portrait d' un homme, l'esquisse d'une époque, une théorie de l'art d'écrire.
Ils ne cessent jamais en lisant, de se bricoler quelque structure bancale et incertaine qui leur donnera la satisfaction temporaire de ressembler suffisamment à l'objet réel pour recevoir l'affection, le rire ou le désaccord"…


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par bix_229
le Sam 5 Aoû - 21:24
 
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John Maxwell Coetzee

Elizabeth Costello

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Le seuil a écrit:À travers une ingénieuse succession de huit discours officiels, la vie d'Elizabeth Costello, romancière australienne vieillissante, nous est peu à peu révélée. Nous la suivons au gré de ses déplacements, d'une remise de prix en Pennsylvanie à une intervention sur les droits des animaux dans le Massachusetts, d'une conférence sur un bateau de croisière à une visite à sa sœur missionnaire en Afrique du Sud, d'un colloque sur le mal à Amsterdam jusqu'à l'ultime tentative pour franchir la porte vers un au-delà incertain.
La célébrité et l'adulation qui lui valent ces invitations à s'exprimer devant un auditoire reposent sur un roman publié voici trente ans dans lequel elle arrachait la femme de Bloom aux limites qui lui étaient imposées dans l'Ulysse de Joyce. Avec la distance ironique qu'on lui connaît, J.M. Coetzee, une fois de plus, est un autre. Il ignore le clivage entre homme et femme pour faire le portrait douloureux de l'artiste en vieille dame déboussolée, rongée par le doute et l'interrogation sur le pouvoir de l'écriture littéraire face au mal et à la mort.


La lecture de ce livre est d’abord une bouffée d’esprit, comme être le témoin d’une conversation intelligente. On se doute qu’Elisabeth Costello, écrivaine vieillissante (« qui est ou fut écrivaine », vue notamment par les yeux attentifs de son fils, et principalement reconnue comme auteure d’un roman dont le personnage central est Marion Bloom, femme du personnage de l’Ulysse de James Joyce), est un alter ego, ou un porte-parole de l’auteur, et on découvre les regards et réflexions d’une personnalité assez « acidulée » (cassante, assez amère, caustique), qui juge ce(ux) qui l’entoure du haut de son expérience, dans le contexte des huit conférences données : les honneurs reçus dans la reconnaissance, un ancien amant (occasion d’un jugement aussi critique que politiquement incorrect sur la posture du roman indigène africain, qui me paraît d’autant plus judicieux que j’en remuais déjà les éléments avec une mauvaise conscience de bon ton), au gré des communications publiques ne portant pas sur les sujets attendus (le roman, l’écriture ‒ dommage, j’avoue être spécialement attiré par les écrivains qui parlent de l’écriture) mais par exemple sur les droits des animaux, en filiation directe du Troisième Reich (rapprochement discutable entre la Shoah et les abattoirs de Chicago, qui ne manque pas de faire polémique, mais Coetzee ne tranche jamais, alors que ce qu’il énonce se trouve aujourd’hui à la pointe de l’actualité), le christianisme versus l’hellénisme des études humanistes, le "problème" du mal, Éros… avec beaucoup de référence à Kafka.

La méthode, la parole me ramentoit celles des romans de Kundera (peut-être moins déliées, plus patentes) pour formuler des thèses, ou au moins développer points de vue et idées ‒ en fait surtout pour soulever des lièvres : abstraction intellectuelle (mais forte présence de la chair, de l’émotion), avec peu de cohérence apparente entre les thèmes abordés (un peu fourre-tout des dernières cogitations). Ces thèmes abordés ne sont pas forcément ceux que le lecteur recherche particulièrement (et ce n’est plus le temps, l’amour ou la mort auxquels les écrivains se confrontent directement, étudiés sur un large spectre : leurs préoccupations et approfondissements sont moins généraux), et ce que Coetzee expose tient du rongement (il gratte où ça fait mal).


« Je n’ai plus guère le temps de dire des choses que je ne pense pas. »

« "C’est donc cela que vous pensez, dit-il enfin, que nous menons des vies parallèles, hommes et femmes, que nous ne nous rencontrons jamais réellement ?"
La conversation a pris un autre tour. Ils ne parlent plus d’écriture, pour autant qu’ils l’aient jamais fait.
"Qu’en pensez-vous, dit-elle. Que vous dit votre expérience ? Et la différence est-elle une si mauvaise chose ? S’il n’y avait pas de différence, qu’adviendrait-il du désir ?" »

« D’un autre côté, elle ne croit plus tellement en la croyance. Une chose peut être vraie, pense-t-elle maintenant, même si l’on n’y croit pas, et inversement. La croyance peut fort bien n’être, en fin de compte, qu’une source d’énergie, comme une pile qu’on attache à une idée pour la faire marcher. Comme cela arrive quand on écrit : en croyant à ce qu’il faut croire pour venir à bout de ce qu’on a entrepris. »

« L’idée que nous avons l’obligation envers les animaux eux-mêmes de les traiter avec compassion ‒ par opposition à une obligation envers nous-mêmes ‒ est très récente, très occidentale, et même très anglo-saxonne. Aussi longtemps que nous tenons à accéder à des universaux moraux auxquels d’autres traditions sont insensibles, et à essayer de les leur imposer par la propagande ou même la pression économique, nous allons rencontrer une résistance, et cette résistance sera justifiée. »

« Un esclave : un être dont la vie et la mort sont dans les mains de quelqu’un d’autre. Les bœufs, les moutons, les volailles sont-ils autre chose ? On n’aurait pas rêvé les camps de la mort si l’on n’avait pas eu l’exemple des usines de traitement industriel de la viande qui les ont précédés. »

« Elle écrit pour elle-même, c'est-à-dire pour quiconque se trouve dans la pièce quand elle y est toute seule [… »

« Plus précisément, elle n'est plus aussi sûre que les gens sont améliorés par les lectures qu'ils font. De plus, elle n'est pas sûre que les écrivains qui s'aventurent dans les contrées les plus obscures de l'âme en reviennent indemnes. Elle commence à se demander si écrire ce qu'on a envie d'écrire, tout comme lire ce qu'on a envie de lire, est en soit une bonne chose. »


Une lecture de valeur, donc. Je vais la prolonger assez rapidement par celle de L’homme ralenti, ouvrage qui suit chronologiquement celui-ci, et semble aussi en constituer une suite, puisqu'Elizabeth Costello y apparaît.

mots-clé : #creationartistique
par Tristram
le Jeu 6 Juil - 11:53
 
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Sujet: John Maxwell Coetzee
Réponses: 24
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YI Munyol

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L’oiseau aux ailes d’or


Dans l’original : Kumsijo (coréen, 1982)

CONTENU:
Abandonné par ses parents, Kojuk est accueilli par le maître Soktam, mais d’abord sans que celui-ci aimerait vraiment le former et prendre comme disciple dans l’art de la peinture et de la calligraphier. Plus tard, Kojuk va quitter son maître pour chercher tout seul à réaliser ses dons, ses talents. Au même moment il cherche toujours l’appréciation de son ancien maître tout en gardant ses distances : c’est presque une relation d’amour et de haine.

Dans ce livre c’est le vieux Kojuk qui regarde en arrière et sur sa vie et se demande où se trouvait alors la vraie « beauté ». Depuis longtemps nous pressentons qu’en lui et Soktam, deux générations, deux époques, oui, deux manières de vivre l’art et la vie, s’affrontent. Avant sa mort, Kojuk cherche à rassemble son œuvre.

IMPRESSIONS:
Cette histoire rappelle un peu un conte d’un temps révolu, dans laquelle un garçon mal accueilli va se mettre en route et aller ses propres chemins. Mais à regarder de plus près, cette petite nouvelle se situe dans une XXème siècle, dans une période de transition, de carrefours entre « vieille et nouvelle école » : ici la Corée ancienne et plurimillénaire avec une éducation stricte où la calligraphie et la peinture faisaient intimement partie d’un projet global, d’une vie orientée par des valeurs spirituelles. De l’autre coté la recherche d’une beauté pour elle-même. Les idées développées dans ce livre sur la beauté sont magnifiques et profondes.

Qu’est-ce qui restera après une vie assez turbulente? Quels souvenirs vont monter chez le vieux Kojuk ? Pourquoi va-t-il rassembler ses œuvres dispersées? Est-ce qu’il va trouver – car cela semble être la question clé du livre – l’œuvre avec lequel il avait été digne aux plus hautes idéaux ? La réponse va étonner et est impressionnante…

C’est un petit bijoux !

Invitation à découvrir un peu plus la littérature de ce pays magnifique ! Chez « Actes Sud » on a fait un effort dans cette direction-là et il y a maintenant pas mal de titres ! ( http://www.actes-sud.fr/langue.php?num=0&listelangue=43 )
Évidement il y a aussi d’autres éditeurs…

mots-clé : #creationartistique
par tom léo
le Sam 1 Juil - 16:52
 
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Sujet: YI Munyol
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Jack London

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Martin Eden

C'est l'histoire d'un jeune marin qui étant tombé amoureux d'une jeune fille de la bourgeoisie, qu'il idéalise, pour elle, pour pouvoir l'épouser, il va s'extraire de son milieu grâce à son intelligence, sa volonté, sa pugnacité jusqu'à devenir un écrivain célèbre.

Lui c'est Martin Eden, physique avantageux, elle Ruth une délicate jeune fille. En général dans les contes la fin est heureuse.................oui mais pour cela il faut être deux, il faut que l'Amour, le divin Amour comme l'appelle Martin soit Grand, qu'il fasse abnégation de tout ce qui n'est pas l'autre.

Martin passe ses journées à écrire, il s'affirme dans l'écriture, il est de taille à rivaliser avec les productions qui paraissent dans les revues ou magazines, il le sait, à force d'étudier il a dépassé le niveau intellectuel de celle qu'il aime. Cependant les nouvelles, les écrits qu'il adresse aux revues, éditeurs, lui sont régulièrement retournés ; à bout d' argent, Martin s'engage à nouveau sur les bateaux et dès qu'il revient reprend l'écriture, au grand dam de Ruth et sa famille, celle de Martin aussi d'ailleurs ; tous le haranguent : "fais toi une situation" car pour eux écrire n'en est pas une. Martin s'entête, Ruth lui reproche souvent son attitude, confortée par les critiques de ses parents qui veulent se débarrasser de Martin, indigne de leur fille, de leur classe.
Ruth est ignorante de la vie, elle ne s'émeut pas du dénuement de Martin, de  ses nuits courtes, de son considérable travail, mais qu'il ne puisse assister à une soirée chez ses parents cela la déçoit, la contrarie. Martin souvent pour pouvoir rencontrer Ruth en étant présentable, porte vêtements, vélo, au Mont de Piété. Seule la logeuse de Martin, qui vit aussi dans la pauvreté sait reconnaître les marques de la privation, elle l'aide selon ses moyens.

Martin rencontre un homme qui a sa sympathie, aisé, qui lui aussi écrit et de belle manière, Brissenden l'entraîne à une réunion socialiste, à la suite de l' article  d'un jeune reporter qui a assisté à la réunion et qui n' a pas compris le discours de Martin, ce dernier se retrouve maltraité dans la presse, s'ensuit une mise à l'écart de son entourage et surtout une rupture avec Ruth, qui se laisse convaincre par ses parents de l'indignité de Martin. Pensez un socialiste chez les bourgeois, impensable ; un traitre oui !

Martin tente d'expliquer à Ruth ce qui s'est passé mais elle lui dit sa déception et le rejette. Un cataclysme n'aurait pas eu un effet aussi dévastateur. Après plusieurs jours de désarroi, après le décès de son ami Brissenden, il est tenté de  déchirer les écrits qui s'entassent et qui ont fait des allers/retours chez les éditeurs comme ses vêtements au même rythme au Mont de Piété.
Puis il décide de terminer l' essai commencé, ce sera le dernier. Mais l'ironie du destin se manifeste, plusieurs revues, éditeurs lui font des règlements, de plus en plus conséquent pour ses nouvelles, romans ; il devient rapidement célèbre, fait la une des journaux, bref ce qui aurait été un bonheur il y a quelques mois est aujourd'hui une farce amère.

L'auteur dénonce à travers la situation de l'écrivain Martin, les pratiques des maisons d'édition, les revues, les critiques littéraires ; à  travers la famille Morse, les notables de la ville, l'ignorance, la petite vue de la bourgeoise. Je dirai vulgairement parlant que ces gens là n'ont pas de figure qui, après le succès de Martin, osent l'inviter, l'honorer comme l'un de leur classe, ce qu'il ne sera jamais, bien heureusement. Le jeune homme n'est pas dupe bien sur, il sait jusqu'où peut aller leur hypocrisie.................jusqu'à envoyer Ruth le relancer.

Mais le divin Amour n'existe plus, Martin est indifférent, voir Ruth se défendre ne l'émeut plus, il dément ce qu'elle dit, elle n' a été qu'une illusion car il l'avait idéalisée ; elle ne donne rien alors que la jeune ouvrière qui a croisé son chemin s'offrait coeur et âme.

Martin rembourse au centuple ce qui lui a été donné, à ceux pour qui il comptait quand il n'était que Martin Eden, le vrai Martin, généreux, aimable, seulement le marin, l'ami, le frère.

Il part pour les îles de Tahiti, là où il a été heureux jadis.  Mais sur le bateau qui l'emmène, il n' a plus d'envie, plus de force pour rien.

c'est dans les mots de Swinburne qu'il trouve la solution à son mal,  il est enfin heureux

De trop de foi dans la vie,
De trop d'espoir et de trop de crainte
Nous rendons grâce, en une brève prière
Aux dieux qui nous en délivrent
Et grâce leur soit rendue
Que nulle vie ne soit éternelle
Que nul mort ne renaisse jamais
Que même la plus lasse rivière
trouve un jour son repos dans la mer.

Il s'enfonce dans les eaux, au plus profond, vers l'obscurité.


Les mots de London me sont allés au coeur, aux tripes. Le contraste entre la mentalité ouvrière et celle de la bourgeoisie est bien évident ; les travers des uns et des autres, leurs défauts comme leurs qualités très justes (à mon sens bien sur) Le parcours de l'écrivain je le pense assez bien relaté.

merci à ceux qui ont partagé cette lecture.



Extraits

Le sommeil c'était l'oubli et chaque jour il ne se réveillait qu'à regret. La vie l'ennuyait affreusement. C'était si long, la vie !...

Il la regarda, la trouva splendide. Elle rachetait vraiment la conduite passée, se montrait enfin une vraie femme, supérieure aux lois de fer des conventions bourgeoises. C'était splendide, magnifique, sublime. Et pourtant... que lui arrivait-il donc ? Ce qu'elle faisait ne le touchait ni ne l'émouvait. Il l'appréciait, l'admirait cérébralement. Mais son coeur n'avait pas trésailli. Et il ne la désirait plus.

Voilà, c'est bien ça ! dit-il, dans un moment critique quand ce que vous croyez être le bonheur de votre vie est en jeu, un juron vous fait peur.

Vous avez tout fait pour me faire craindre la vie. Vous m'auriez rabaissé à la mesure de votre vie bourgeoise, où tout est mesquin, faux et vulgaire.



mots-clé : #creationartistique #social
par Bédoulène
le Lun 26 Juin - 18:29
 
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Sujet: Jack London
Réponses: 31
Vues: 1190

Enrique Vila-Matas

Perdre des théories.

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Invité à un symposium international sur le roman à Lyon, un double de l'écrivain barcelonais Enrique Vila- Matas est abandonné dans son hôtel, où personne ne vient l'accueillir. Dans sa solitude, il achète un exemplaire du Magazine littéraire dédié à Julien Gracq et tombe sur un article qu'il a lui-même consacré au Rivage des Syrtes. Cette lecture lui donne l'idée d'élaborer une théorie générale du roman. Il veut mettre en évidence la modernité et l'extraordinaire prescience du roman de Julien Gracq - qu'en son temps une partie de la critique avait trouvé désuet - puis en déduit les principaux axes de ce que devra être un roman. Ayant décidé de rentrer à Barcelone, sur le point de repartir, il découvre l'inanité de toute théorie littéraire. Dès lors libéré de ce carcan, il écrira et perdra des pays, voyagera et perdra des théories, les perdra toutes. (4e de couverture)


Il s’agit  d’un petit ouvrage d’une soixantaine de pages dans lequel Enrique Vila-Matas expose donc avec subtilité, légèreté et humour sa « théorie » sur le roman.
Les principaux traits en sont :

- « L’intertextualité » :

« Ne nous leurrons pas : nous écrivons toujours après d’autres. En ce qui me concerne, à cette opération qui consiste à donner un nouveau sens à des idées et à des phrases d’autrui en les retouchant légèrement, il faut en ajouter une autre, parallèle, et presque identique : l’invasion de mes textes par des citations littéraires totalement inventées, s’entremêlant aux vraies. Ce qui complique encore plus le procédé, mais lui apporte aussi une incontestable allégresse ».


- Les connexions avec la haute poésie

« On m’a demandé un jour s’il était facile de distinguer un bon roman d’un mauvais et j’ai répondu qu’il suffisait d’examiner ce qui le reliait aux hautes fenêtres de la poésie. J’ai précisé que je parlais de liens subtils avec la poésie, non du contraire : romans écrits par des poètes avec arrière-plan de prose poétique, à éviter à tout prix pour un roman ».


- l’écriture conçue comme une horloge qui avance

« On sait que l’un des aspects les plus séduisants de la littérature est sa possibilité d’être une sorte de miroir qui avance ; un miroir qui, comme certaines horloges peut avancer.
Kafka en est un bon exemple parce qu’il perçut comment évoluerait la distance entre Etat et individu, machine du pouvoir et individu, singularité et collectivité, masse et citoyen. »



- la victoire du style sur l’intrigue

« Le style avance à grandes enjambées, l’intrigue suit en traînant les pieds. »


- la conscience d’un paysage moral délabré

« Il est terrible de voir que l’histoire de notre continent a fini par devenir celle d’un grand vide provoqué par cet immense orgueil consistant à penser que, les dieux étant morts, il n’y a plus que nous d’immortels. Comme dit Félix de Azua, un si grand vide a provoqué en nous un tel désespoir que nous finissons inexorablement par devenir la culture la plus belliqueuse à avoir existé. Pourquoi ? On ne sait pas. Ce qui nous caractérise, c’est une pure activité sans fin, une course folle vers le néant. »


Décidément, plus je le lis, plus je deviens adepte de l'écriture de Vila-Matas !


mots-clés : #creationartistique
par ArenSor
le Mar 30 Mai - 20:54
 
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Sujet: Enrique Vila-Matas
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Leonardo Padura Fuentes

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Hérétiques


Trois parties, trois époques, trois histoires qui ne font qu'une, chacune pleine d'enseignements, extrêmement bien documentée. L'histoire des juifs de Cuba dans les années 30 à 50 à travers  Daniel Kaminski un jeune juif qui a fui la Pologne en 1939, dont les parents furent passagers du Saint Louis, un paquebot chargé de 900 juifs qui se virent refusé le débarquement à Cuba et furent renvoyés se faire massacrer en Europe. Au XVIe siècle, un jeune séfarade,  qui trahit sa foi en peignant. Et à Cuba de nos jours, des bandes de jeunes au psychisme dévasté d'avoir grandi dans un monde d'interdits et de corruption.

Pour faire jonction entre ces trois mondes, une intrigue, à la résolution tarabiscotée, qui tourne autour d'un tableau transmis au fil des siècles, et résolue par Mario Condé, un homme des plus sympathiques, personnage fétiche de Padura, satisfait d'avoir des livres, un bon chien, l'amitié et l'amour dit-il (on pourrait rajouter une bouteille de rhum !). Ex-policier devenu marchand de livres anciens, comme les trois personnages décrits par Padura, c'est un « hérétique », un homme qui choisit sa liberté face au dogme.

Hérétiques est un livre ambitieux, qui fourmille d'informations passionnantes, brille à faire vivre de l'intérieur chacun des personnages et chacune des époques qu'il décrit. Mais… Padura est  trèèès bavard, aime enfoncer les clous jusqu'à la garde, bien tout expliquer et réexpliquer, par des phrases longues et compliquées , voire enchevêtrées. Cela ne simplifie pas la lecture de ce roman, qui  est dense et parfois jubilatoire, mais aussi plein de longueurs, qui m'a réjouie et lassée à la fois.

(commentaire récupéré)



mots-clés : #creationartistique #historique #religion
par topocl
le Mar 23 Mai - 7:48
 
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Sujet: Leonardo Padura Fuentes
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Gérard Garouste

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L'intranquille

"Je suis le fils d'un salopard qui m'aimait. Mon père était un marchand de meubles qui récupéra les biens des Juifs déportés. Mot par mot, il m'a fallu démonter cette grande duperie que fut mon éducation. À vingt-huit ans, j'ai connu une première crise de délire, puis d'autres. Je fais des séjours réguliers en hôpital psychiatrique. Pas sûr que tout cela ait un rapport, mais l'enfance et la folie sont à mes trousses. Longtemps je n'ai été qu'une somme de questions. Aujourd'hui, j'ai soixante-trois ans, je ne suis pas un sage, je ne suis pas guéri, je suis peintre. Et je crois pouvoir transmettre ce que j'ai compris. "


L’histoire commence à la disparition du père de Gérard, une mort qui ne l’émeut pas et dont il dit :  « Sa mort ne change pas grand-chose. Elle ne résorbe rien. Je vis depuis toujours dans la faille qui existe entre lui et moi. C'est là que j'ai compris mon rapport aux autres et au monde. »

Fils d’un père brutal dont la réussite professionnelle et sociale est liée à la seconde guerre et qui a professé toute sa vie sa haine contre les juifs, Gérard nous entraîne au fil des pages dans son histoire, et dans comment, face à l‘héritage d’un père qui, n’ayant pu être héros a fait salaud, il va s’en dégager peu à peu.

Ce livre, c’est l’histoire d’une vie au travers d’une relation entre un père et son fils, et de comment elle construit, guide, ce dernier. C’est l’histoire aussi d’une souffrance face à la maladie qui prend Garouste à l’aube d’être père lui-même et qui l’accompagnera toujours par la suite, fera partie de son quotidien et de celui de ses proches.

C'est aussi l'histoire d'un peintre, et de son essor progressif dans un monde qui n'était pas celui d'aujourd'hui

Un témoignage écrit simplement, touchant, un récit court à traverser sur les vagues des mots et des maux de l’auteur et dont on ne sort pas indemne.


mots-clés : #autobiographie #creationartistique #pathologie
par chrysta
le Mar 9 Mai - 7:49
 
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Sujet: Gérard Garouste
Réponses: 5
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