Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 6 Déc - 14:51

53 résultats trouvés pour criminalite

Ernesto Sábato

Alejandra

Tag criminalite sur Des Choses à lire - Page 2 97820210


Le livre commence sur l'annonce d'un fait divers : l'assassinat par Alejandra de son père Fernando dans la chambre de la tour de la famille suivi du  suicide de la jeune femme par le feu puisqu'elle provoque un incendie. Le "rapport sur les aveugles" découvert dans les restes de la chambre peut-il expliquer ce drame, celui d'une grande famille de Buenos Aires ?

1ère partie : Martin le jeune homme amoureux d'Alejandra conte sa rencontre avec la jeune femme insaisissable, mystérieuse, laquelle dit avoir besoin de lui mais cèdera néanmoins avec réticence à l'amour physique.

2ème partie : le rapport sur les aveugles établi par le père d'Alejandra, Fernando, visiblement paranoïaque révèle sa peur obsessionnelle des aveugles, depuis l'enfance

3ème partie : la voix de Bruno ami de la famille qui en connait le passé et qui a aimé Georgina la femme de Fernando et à travers elle Alejandra.


Ce que j'ai trouvé intéressant  :  

- la partie du rapport sur les aveugles bien maîtrisé dans les hallucinations, les élucubrations, repoussant,  construit par  Fernando ;

-  la fuite des soldats qui accompagnent Lavalle, qui est en fond de l'histoire de la famille et de l'Histoire de l'Argentine ; cette suite qui scande le récit adroitement.

Je me suis un peu lassée des états d'âme du jeune homme, des sautes d'humeur d' Alejandra.


L'atmosphère du livre est trouble, dérangeante, par moment je ressentais le besoin de  "prendre l'air". La dernière page tournée je ne sais toujours pas pourquoi Alejandra a tué son père, pourquoi elle s'est suicidée par le feu (même si elle "voyait souvent un incendie" dans ses rêves) donc je suis frustrée.  Alejandra garde sa part d'ombres, de ses rapports avec ses parents nous ne savons pas grand chose, mais ils semblent également malaisés et maléfiques.

Il est vrai que le destin des membres de cette branche de la famille a subi les soubresauts de l'Histoire de l'Argentine, plus que toute autre et qu' ils sont tous "plus ou moins" atteint de folie.


c'était une bonne lecture tout de même et le lien avec le précédent Tunnel est visible.


mots-clés : #amour #criminalite #famille #guerre #historique #pathologie
par Bédoulène
le Jeu 17 Mai - 8:57
 
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Sujet: Ernesto Sábato
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David Grann

La note américaine

Tag criminalite sur Des Choses à lire - Page 2 La-not10

(Quel titre nul...
Titre original :Killers of the flower Moon, The Osage Murders and the Birth of the FBI)
Traduction Cyril Gay

A la fin du XIXème siécle, chassés par l'avidité des colons, les Indiens Osages achètent des terres dans ce qui sera l'Oklahoma. Des terres arides et dépeuplées dont personne ne veut. Mais quand on y découvre des gisements pétroliers, les prospecteurs affluent, les Indiens leur louent chèrement le droit d'exploitation et les voila riches à millions...Seulement  les Blancs ne sont pas si bêtes: ils ont déjà déclaré les Indiens inaptes à gérer leurs biens, leur ont imposé des curateurs, et l'argent est largement détourné. Mais cela ne suffit pas, une épidémie de morts violentes  terrorise la population, pour récupérer cet argent par arnaque à l'assurance ou héritages impliquant des couples mixtes.

En ces débuts du XXème siècle, la police locale était quasi inexistante, incompétente et corrompue, et il a donc fallu l'intervention des instances fédérales, en l’occurrence le Bureau of Investigations (futur FBI tout récemment repris en main par Hoover et dont c'est la première "grande enquête") pour vaincre les obstacles scrupuleusement échafaudés par les assassins, et mener à bien - au moins partiellement - l'enquête et les condamnations.

C'est sur cette histoire qu’enquête David Grann, un épisode fort peu glorieux de l'histoire américaine très largement occulté. Il rappelle les faits à notre mémoire et par certaines découvertes dans les archives, fait bouger le regard qu'on peut porter sur les faits, transformant un fait divers sordide en responsabilité collective impunie. Ce n'est pas génialement écrit, mais extrêmement documenté, illustré de photos magnifiques (un peu gâchées par le rendu d’impression) et  très intéressant,  tant sur ces fameux (un temps) richissimes Indiens Osages que  sur l’organisation policière et judiciaire de cette époque.

Mots-clés : #corruption #criminalite #discrimination #historique #justice #minoriteethnique
par topocl
le Mer 21 Mar - 20:26
 
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Sujet: David Grann
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Sylvain Pattieu

Le bonheur pauvre rengaine

Tag criminalite sur Des Choses à lire - Page 2 Images87

C'est un fait divers de l'après Grand Guerre, qui fit la une des journaux pendant plusieurs mois, et que  Pattieu, historien avant d'être écrivain, a ressorti des archives.

Il s’agit d'un crime trivial et sordide, survenu à Marseille dans le milieu de la pègre, parmi les souteneurs et les "femmes galantes", tout un petit monde issu du prolétariat et qui souhaite s'offrir mieux, à un moment où le désastre de la guerre laisse des "places à prendre" à un prolétariat miséreux et pas décidé à en rester là.

On se croirait dans une balade de Fréhel. C'est un saisissant portrait d'un lieu et d'une époque, mais surtout d'un milieu qui a alimenté de nombreux films noirs en noir et blanc, relaté ici  en un récit mêlant fiction, photos et archives judiciaires.


mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #faitdivers #historique #social
par topocl
le Lun 5 Fév - 9:51
 
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Sujet: Sylvain Pattieu
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Ivan Jablonka

Laetitia ou la fin des hommes

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Ivan Jablonka parle de Laetitia, cette jeune femme de 18 ans sauvagement assassinée et  démembrée vers Pornic en 2011, affaire qui a fait grand bruit dans la presse. Il applique ses techniques d'historien-sociologue pour une tentative d'épuisement de ce fait divers.

Il s'intéresse à Laetitia , dans un désir de lui rendre une certaine justice, à sa sœur jumelle Jessica, à leur  environnement familial défaillant(famille biologique et famille d'accueil) préparation parfaite, voire répétition générale au long cours du drame. Il s’intéresse à son assassin, issu du même milieu, avec les mêmes codes, les mêmes fatalités. Il s'intéresse aussi aux protagonistes indirects ,  magistrats, avocats, enquêteurs, politiques (Sarkozy qui en profite pour vendre sa politique compassionello-répressive), journalistes qui ont fait que cette affaire a été ce qu'elle était, qu'elle a été en quelque sorte retirée à Laetitia, sa jeunesse et sa dignité, pour en faire une histoire publique,  et non plus intime,  avec ses mensonges et ses dérives.

Jablonka ne s'exclue pas de ces intervenants extérieurs qui ont pu s'approprier des faits, une histoire, pour l'instrumentaliser, lui, l'universitaire parisien   se mêlant de "ce qui ne le regarde pas", auto-parachuté en province, dans ce lumpen-prolétariat enfermé dans la reproduction de schémas pathogènes, de comportements destructeurs, de violence faite et répétée envers les femmes et les enfants.

C'est assez réussi, dans son exhaustivité qui implique quelques redites reflétant  l'obsession du chercheur. Jablonka a un très grand respect de chaque protagoniste, une compassion bienveillante et ouverte, qui trouve bien sa place à côté de la démarche "scientifique". Cette dernière implique une recherche rigoureuse de la vérité, et Jablonka ne laisse passer aucun détail, aussi nauséabond soit -il, ce qui pourra  rebuter certains.

On est dans une histoire aussi sordide que pathétique, révélatrice car les personnalités s'éclairent peu à peu, les comportements s’individualisent et on comprend que l'extraordinaire ne cache que du très ordinaire.


mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #justice #social #violence
par topocl
le Mer 10 Jan - 17:11
 
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Sujet: Ivan Jablonka
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Tanguy Viel

L'absolue perfection du crime

Tag criminalite sur Des Choses à lire - Page 2 Images57

C'est encore un texte court et tendu comme un arc, un truc noir de chez noir : une bande de petits malfrats, unis par une vague idée de l'honneur et de sens de la "famille", décide de tenter le casse du siècle au casino le 31 décembre.
Pierre qui raconte a plutôt envie de rompre avec cette vie de défi et de noirceur, et il le sent mal, ce coup , et d'ailleurs il a raison. Mais il est pied et poings liés avec cette foutue loyauté, et il faut aller jusqu'au bout. C'est un peu jouissif tant qu'on croit que ça marche ... et puis ça casse, évidemment.

Il y a un réalisme sombre, avec une mélancolie de voir monter peu à peu ce casse qui va mal tourner, on le sait depuis le début, et dont il n'a pas envie, de voir que ça ne peut que foirer et s'accrocher quand même à une idée fascinante qu'on s'en fait. Un truc qui fait croire qu'on existe. Et puis, au final, oui, ce n'est qu'un coup de losers. Mais ça repart,  ça s'accélère , le venin le reprend, Pierre, il n'a pas dit son dernier mot.

Quelqu'un a  dit qu'il n'y a pas de vrais écrivains français?

Mots-clés : #criminalite
par topocl
le Sam 16 Déc - 19:49
 
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Tanguy Viel

Article 353 du code pénal

Tag criminalite sur Des Choses à lire - Page 2 Images45

Au prologue, lors d'un partie de pêche, Martial Kermeur passe Jean Lazenec par dessus bord et s'en rentre tranquillement chez lui.

Le texte est ensuite un long huis clos entre Kermeur et le juge d’instruction, très discret. Dans un monologue tourmenté, d'une oralité travaillée, (long monologue mais court roman), le narrateur raconte cette débine qui lui a collé à la peau et l'a mené à ce geste si impensable, et pourtant si logique. Cela commence  comme un roman social, le licenciement, le divorce, l'arnaque immobilière, la machine de guerre ordinaire du capitalisme au quotidien ... Et cela va vite  sonder des sentiments des  plus intimes et profonds, la lente dérive du loser, sa solitude, l'envahissement de la honte qui  finit par l'anéantir quand il en voit le reflet dans l’œil de son fils.

J'ai marché à fond dans ce thriller psychologique sobre et pudique sur fond de petite vie misérable de province.

Certes l'interprétation par le juge du fameux Article 353, m'a paru bien peu juridique, mais plutôt littéraire. Ma foi, qu'importe, n'est pas justement de la littérature, que je demande?


mots-clés : #criminalite #psychologique #relationenfantparent #social
par topocl
le Dim 26 Nov - 10:55
 
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William Riley Burnett

Tag criminalite sur Des Choses à lire - Page 2 Chil310

Quand la ville dort / The Asphalt Jungle

Un truand, « Doc » Riedenschneider, sort de prison avec un très beau plan pour un cambriolage de bijouterie. Association avec un avocat véreux et fauché, un patron de petit bar restaurant, un italien terriblement amoureux de sa femme, et un texan pas vraiment commode et pas vraiment sur le retour. Évidemment il y a aussi une police qui est sur les dents et quelques imprévus.

Majoritairement vu du côté des gangsters mais pas que, on suit l'action et les combines des uns et des autres dans une légère atmosphère de déchéance et de fatigue. La ville est présente, sombre, peu hospitalière. Tout le monde est aux aguets.

Ce qui marque (si on met de côté l'ambiance, le cambriolage et le suspens qui sont très bien passés dans le très bon film qui en a été tiré, et c'est déjà beaucoup) ce sont la façon de voir les personnages. Ou la façon de nous faire voir comme ils verraient derrière leurs apparences à tendance peu recommandables.

C'est que les plus grands, les plus riches, les plus avides, les plus mauvais peut-être sont craintifs, lâches se sentent des complexes d'infériorité et tentent de s'en sortir avec plus ou moins de coups bas. Les "petits" de l'histoire, ceux qui incarnent des types aux activités punies par la loi mais savent globalement se tenir, Gus qui tient son bar-resto, l'italien et Dix le Texan qui veut juste rentrer chez lui sont plus appréciables mais perdus ou se réveillent "trop tard".

Dans ce drame terriblement humain il reste les femmes, pas très heureuses qu'elles soient femme ou maitresse d'avocat, italienne ou désespérément accrochée à un Texan qui a du mal à s'y faire...

Une grande histoire faite de petites faiblesses qui m'a rappelée le Scarface (de M. Leroy) avec la manière de dresser le portrait d'une certaine misère.

Un peu difficile de ne pas repenser au film (et à d'autres qui s'y sont nourri) mais ça ne gêne pas cette lecture à la forte personnalité qui après mes petites incursions au pays du noir amène une façon différente de dérouler le programme avec ses multiples personnages et ses différents points de convergence. Ça mérite le détour.

Est-ce que Quand la ville dort serait le premier d'une trilogie ?

(Récup).


mots-clés : #criminalite
par animal
le Sam 19 Aoû - 18:10
 
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Iceberg Slim

Pimp : Mémoires d'un maquereau

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J'ai adoré ce roman autobiographique. Je l'ai aimé pour trois raisons principales :
- le langage est cru mais jamais salace, et il est incroyablement varié ce qui nous fait contourner les stéréotypes du rappeur-racailleux qui parle avec ses mots et tant pis si l'on ne comprend rien. Et ce langage, ce style permet de s'imprégner du paysage dans lequel l'auteur nous propulse.
- l'histoire qui est passionnante, loin des clichés, ce n'est pas une glorification ni une rédemption, c'est le constat d'une évolution heureuse et malheureuse par d'autres moments et cette distance, cette absence de jugement fait du bien.
- la richesse des personnalités qui constituent l"histoire : mi-charismatiques, mi pathétiques, ils sont complexes et cela permet des péripéties plus subtiles qu'il n'y parait.

J'ai vraiment aimé ce livre et je le conseille.


Mots-clés : #autobiographie #conditionfeminine #criminalite #prostitution #segregation #social #violence
par Hanta
le Ven 18 Aoû - 10:38
 
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Bret Easton Ellis

American Psycho

Tag criminalite sur Des Choses à lire - Page 2 Sm_cvt12


J'ai adoré ce livre, je viens de le relire et je l'adore toujours autant.
Tout d'abord l'histoire n'est pas seulement révélatrice de l'ambiance des années 80 dans les affaires. Ma maigre expérience pro au sein des commerciaux m'a démontré qu'Ellis ne grossit même pas le trait. Ce n'est ni du cynisme ni du nihilisme dans cet ouvrage mais simplement du réalisme. Tout y est.
L'énumération des marques est toujours impressionnante, on est au coeur d'une tempête marketing qui représente la totale absence de culture de ces milieux là. Lorsque Bateman s'habille j'ai l'impression de revoir dans ma tête le formatage des commerciaux des banques et assurances : tous habillés de la même façon, mêmes gestuelles et mêmes langages.
La caricature ne vient même pas de l'auteur mais du monde qu'il décrit. Il le décrit de manière tellement pertinente que cela relève quasiment du documentaire.
Les scènes criminelles sont retranscrites de manière violente et pulsionnelle ce qui exprime un contraste marqué avec les dialogues très policés des protagonistes. le style est d'ailleurs agréablement rythmé, et équilibré entre descriptions volontairement abusives, dialogues volontairement peu intéressants et scènes de crimes soudaines et violentes.
Un vrai roman social où le personnage ne vit que lorsqu'il commet un crime qu'il soit imaginé ou réel.


mots-clés : #criminalite
par Hanta
le Jeu 17 Aoû - 15:32
 
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Joyce Carol Oates

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Daddy Love

Un très bon roman sur la pédophilie qui sévit, hélas, aux Etats-unis comme partout.

Avec son talent époustouflant , J.C.Oates nous décrit l'univers pervers d'un pasteur itinérant, bien intégré dans la société, charmeur, manipulateur, séducteur, artiste auto-proclamé élaborant des macramés très appréciés dans la région de Kittatinny Falls, se déclarant veuf et élevant seul son petit garçon, timide, réservé, craintif.

Il s'agit donc de Chet Cash, "Daddy Love",   un quadragénaire séduisant, enlevant des petits garçons, les violant, les torturant, les asservissant et, au final, une fois trop âgés, les éliminant sans scrupules.

J.C.Oates nous décrit toutes les manipulations de cet imposteur, sans voyeurisme mais sans fausse pudeur non plus.

La mère, Dinah, le père Whit,  parents de Robbie, 5 ans, enlevé à la sortie d'un centre commercial sous les yeux de sa mère.

Dinah qui, de plus, est lourdement handicapée après avoir tenté de sauver son fils lors de son enlèvement :

"Enlever le petit garçon à la mère fut plus difficile que Daddy Love ne l'avait prévu.Il l'avait frappée à la tête avec un marteau de charpentier - assez fort pour lui fendre le crâne avait-il pensé. Elle s'était écroulée comme un poids mort et cependant, un instant plus tard, comme un boxeur sonné se remettant debout, la femme était parvenue à se relever et l'avait poursuivi en titubant...

A ce moment-là, il avait fourré le garçon dans le monospace. Un enfant si petit, si léger, et qui s'était pourtant débattu avec la frénésie d'un animal terrifié ! Il l'avait secoué, frappé et lui avait envoyé un coup de poing sur le côté de la tête pour le calmer.

Daddy Love avait été stupéfait de voir la mère courir désespérement derrière le monospace - cette expression sur son visage, le sang qui ruisselait sur ce visage.

Il avait fait demi-tour sur les chapeaux de roue pour lui foncer dessus. La garce, oser défier Dady Love !

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Rien ne l'avait préparée. Rien ne l'avait avertie. Ni sixième sens ni intuition maternelle.

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]Elle avait cependant conscience de sa terrible perte.

La main de l'enfant arrachée à la sienne. maman avait du lâcher prise.

C'était la défaite de sa vie de mère. La défaite de sa vie d'être humain. Même si - naturellement - on lui disait qu'elle n'avait rien à se reprocher.

Son fils avait été enlevé. Le fils de Whit.

Ils attendaient.Chaque jour, chaque heure, ils attendaient.Le téléphone sonnerait et une voix annoncerait Bonne nouvelle, Madame Whitcomb ! Nous avons trouvé votre fils et il est......


Le choix des mots suivant était capital. Cela pouvait être en bonne santé, ou vivant et en bonne santé, ou....vivant.

Simplement entendre ce mot-là : vivant.....


C'est court, moins de 300 pages, mais extrêmement prenant, émouvant, sidérant, terrifiant. La fin cependant quelque peu étonnante....

Quoiqu'il en soit, j'ai beaucoup aimé, même si le thème est très dur.

J'ai d'autant plus aimé que lorsque je circulais aux USA avec mon bébé, un copain nous avait bien mis en garde : surtout ne vous garez jamais près d'un monospace, et ça remonte à plus de 20 ans, déjà beaucoup d'enlèvement d'enfants. Ce qui était aussi très poignant était de voir dans les supermarchés tous ces visages d'enfants sur les boîtes de lait, tous ces enfants disparus et recherchés.


mots-clés : #criminalite
par simla
le Lun 14 Aoû - 7:23
 
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Sujet: Joyce Carol Oates
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Andrzej Stasiuk

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Mury Hebronu

Originale : Polonais, 1992 (pas encore traduit en français)

CONTENU :
Il s'agit bien ici du début littéraire de Stasiuk, de son premier livre en 1992, qui a connu un écho retentissant en Pologne, parlant de la vie en prison sous diverses angles. C'est avant tout la vie quotidienne violente en prison et en dehors qui y a mené, qui est au centre. Un regard sans aucune concession et d'une noirceur incroyable.

COMPOSITION/STRUCTURE :
On peut structurer les 12 chapitres en quatre (ou trois, c'est selon) unités :
Deux textes encadrant le tout, de 6 – 10 pages (je parle de mon édition allemande). Là il s'agit, selon moi, du texte le plus proche de l'expérience de Stasiuk lui-même. Au centre ici : la prison d'isolement. Le texte d'ouverture est écrit dans la première personne, le texte concluant dans la troisième personne, mais cela me semble clair qu'il s'agit de la même personne (Stasiuk) : Qu'est-ce qu'il a, qu'est-ce qu'il est – cette personne dans le dépouillement le plus totale, sans repère ? Qu'est-ce qu'il reste ? Qu'est-ce qui pourrait donner un semblant de structuration du temps, d'ordre et de maîtrise d'esprit – et alors la pratique de la marche à l'infini dans une cellule de quelques mètres. Comment le détenu est entre réalité et phantasie incontrôlable...
Neuf chapitres très courts (à peine deux pages) sur différents sujets de la détention commune en cellule commune:la violence des codétenus, des gardiens, l'abus (sexuel), le laisser-aller généralisé, les combats de boxe, des scènes de revanche marquent ces descriptions
Un récit nocturne très longue (plus que deux tiers du contenu total) d'un compagnon de cellule : un espèce de vita d'un homme sur la mauvaise pente, des expériences comme jeune demi-orphelin, premier séjour dans une institution d'éductaion jusqu'aux détention devenues la règle. Une vie entre liberté et prison qui se confond. Les élements mentionnés dans les petits chapitres trouvent ici une place dans le devenir d'une même personne.

REMARQUES :
Ici et là on trouve des variantes légèrement différents, mais il semble clair que Stasiuk lui-même avait été détenu dans des prisons militaires et civils, après avoir déserté de l'armée lors de son service, vers 1980.

Qui s'attend ici à une description plus ou moins enjolivant, réconciliant voir romantique de la vie en prison se détrompe toute de suite et soit averti dès le début : Il s'agit d'un texte (ou des textes) ultra-durs, violents, voir obscènes qui vont jusqu'à l'extrême du supportable (et au-délà). Donc certainement pas recommandable pour les cœurs sensibles !

La langue est directe et reflète, spécialement dans le récit, le monologue très long, le slang des détenus. Ce qui pourrait apparaître dans des récits objectifs sur des conditions de détention (p.ex. D'Amnesty etc) avec des mots neutres, voir des termini étrangers, trouvent ici une expression souvent obscènes, des descriptions sans concessions à l'étiquette : torture, abus sexuel, violence, sodomie, inceste... et j'en passe. Certes, il faut avouer que Stasiuk se montre maître dans ce registre : cela a un « naturel » d'un autre ordre qui fait frémir. Les deux chapitres du début et de la fin pourraient apparaître comme étant encore plus reflexifs, maîtrisés, voir poètiques à leur façons.

Même pour le lecteur très attentifs il y a à peine des lumières à l'horizon. Il y avaient deux descriptions de personnages qui étaient jugés dans le récit du compagnon de cellule comme des figures de lumière. Là, et aussi dans une certaine entente entre détenus d'un certain calibre, on trouve une solidarité sur un niveau assez violents, mais qui compte.

Mais comment – comme une personne comme Stasiuk – pas se casser dans la détention d'isolement ? Stasiuk ne se met pas au dessus des autres, se décrit dans certains passages comme étant aussi atteint de la crasse, le laisser-aller... Néanmoins cela lutte en lui : la conviction qu'il ne faut pas avouer qu'on lui a volé le tout, car ne devrait pas rester quelque chose d'essentiel ? Qu'est-ce qu'il emporte dans sa cellule ? Et puis quand même, une pauvreté, le glissement vers l'irréalité, les phantasies. Au bout du chemin – des phantasmes ? Des illusions ? - va-t-on voir de loin ou de plus proche les « murs d'Hébron », lieu de refuge pour tout malfaiteur, lieu d'espérance, de répos  (Voir ce passage biblique très curieux et intéressant:  http://web.archive.org/web/20031204123524/http://www.tradere.org/biblio/tob/josue.htm ) ?

Donc, avec un grand avertissement devant des scènes très crues et violentes, ce livre vous laisse en silence.


mots-clés : #criminalite
par tom léo
le Mar 25 Juil - 22:43
 
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Sujet: Andrzej Stasiuk
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José Maria Arguedas

Tag criminalite sur Des Choses à lire - Page 2 Sm_97810


El Sexto

C' était la plus grande prison de Lima,  sous la dictature de Benavides, dictature avec la complicité des gringos.   Y est interné pour avoir participé à une manifestation antifasciste le jeune étudiant Gabriel.

El Sexto c'est l'enfer, avec 3 niveaux de "pêcheurs" : au rez de chaussée les assassins, les clochards, ceux qu'on appelle la lie, au 2ème niveau les droits communs mais aussi des innocents objets de délation, au 3ème niveau "le paradis" les politiques.

Gabriel se retrouve dans la cellule d'un vieux Communiste, chef de file des mineurs, que tous respectent, même les Apristes. (Apristes et Communistes adversaires politiques)

Le sexe, la drogue, l'argent sale, la perversion, les exactions commises par et sur des prisonniers avec l'aval de l'administration corrompue qui règne au sein même de la prison avec la  collaboration de  deux assassins notoires.

Le récit est composé essentiellement par des dialogues  entre les prisonniers.

Tout est vu, entendu dans El Sexto car la construction ne permet aucune intimité, même pour les sanitaires ;  les prisonniers à tous les niveaux sont visibles par tous.

Quand un prisonnier quitte El Sexto c'est principalement quand la mort l' emporte pour l'amener à un  niveau, en quelque sorte libérateur.

Quelques gestes, quelques mots de compassion et d'aide prouvent tout de même qu'il y a encore de l'humanité dans certains.

Cette deuxième lecture d'Arguedas me confirme que c'est un auteur incontournable du Pérou.

extraits

"Haïr, haïr comme qui dirait un ouvrier, ce sera peut-être nécessaire, mais mon coeur n'y arrive pas. Je hais ces maudits gringos et je mourrais en luttant ontre eux ! Mais un responsable ouvrier dans l'erreur, je ne lui en veux qu' au moment de sa trahison ; après ça me passe. Je les vois souffrir exactememnt comme moi : les gringos et les contremaîtres leur crachent dessus tout pareil."

"Quel est l' idéal, frère Càmac, qui guide nos exploiteurs et nos tyrans, eux qui traitent les métis et les Indiens de la Côte et de la Sierra comme des bêtes, et qui voient et entendent, parfois, de loin et avec dégoût, ces musiques et ces danses où s'exprime notre patrie telle qu'elle est, dans sa grandeur et sa tendresse ?"

"Ils tournaient autour des marmites et du noir. Les plus faibles restaient fréquemment les mains vides et même lorsqu'ils parvenaient jusqu'au noir e obtenaient une louche de bouillie dans les mains ou dans un papier sale, ils n'arrivaient pas à courir assez vite pour échapper aux plus forts. Ils avalaient leur ration en courant. Ils enfournaient les haricots avec le carton, le papier, n'importe quoi, ou ils se mordaient les doigts.Ils n'avaient pratiquement pas le temps de mâcher. Les plus forts les suivaient ; ils leur ouvraient les mains pour prendre les restes ; il les léchaient ; et si, dans sa fuite le clochard poursuivi laissait échapper tout ou partie de sa ration, lui et son poursuivant se mettaient à lécher le sol."

"Monsieur dit l'enfant au Piurano. Je ne vais pas rentrer au village. Je vais attendre par Dieu !
Il s'est signé et il est passé dans la grande cour. Nous l'avons vu s'éloigner, boitant, petit, sans chapeau.

- l'anneau a réapparu dit le noir. Nous ici ont en a forcé un autre.
Le Piurano s'est rapproché jusqu'à ce que son ventre touche presque celui du noir.
- Répète moi ça charognard ! lui a-t-il crié. Répète moi ça charognard de merde !

Nous ne quittions pas des yeux les mains du noir. Celui-ci a marmonné quelque chose ; son visage était couleur de cendre."




mots-clés : #captivite #criminalite #regimeautoritaire
par Bédoulène
le Mar 23 Mai - 15:15
 
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Sujet: José Maria Arguedas
Réponses: 4
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Arturo Pérez-Reverte

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La reine du sud

Un roman tiré d'une histoire vraie, dont l'héroïne, Tereza Mendoza, "la Mexicaine",  est absolument  politiquement  incorrecte, puisqu'il s'agit d'une femme qui, après bien des péripéties, devient la Reine du Sud (de la Méditerranée) en transportant des quantités de drogue d'un continent à l'autre,  évidemment, elle se contente de jouer les passeurs et n'achète ni ne vend les stupéfiants, l'honneur est (presque) sauf  Wink


Teresa Mendoza, initialement,  n’est que la compagne d’un passeur de drogue le Guêro Davila, un as de l’aviation. Son destin bascule le jour ou celui-ci  est abattu, car il a trahi ses chefs. Une règle implacable veut que tous les proches du traître soient tués. Teresa est donc la future victime.

Un carnet laissé par Davila est sa seule chance de survie à condition qu’elle ne sache rien de son contenu. Teresa réussit à convaincre son parrain don Epifanio Vargas, mafioso reconverti dans la politique, de son ignorance et échange le carnet contre sa propre vie. Aidée par Vargas, elle s’enfuit en Espagne et échoue à Melilla, enclave espagnole au Maroc, et siège de tous les trafics.

À partir de là commence une autre vie, ou plutôt d’autres vies pour Teresa la fugitive. Elle parviendra donc à devenir une richissime femme d'affaires grâce à des rencontres, à son don en mathématiques (ça aide dans ce milieu) et surtout à sa propension à saisir la balle au bond.

Arturo Perez Reverde avec le talent qu'on lui connait parvient à nous émouvoir, à nous rendre sympathique cette femme énigmatique, courageuse, intelligente  (il faut l'être pour survivre dans ce milieu surtout en étant une femme).

Le roman est construit sous la forme d'une enquête que mène l'auteur, rencontres avec des avocats, des policiers, des juges qui ont connu Tereza d'un côté, et la narration romancée de la vie de cette femme de l'autre...habilement fait comme toujours, un vrai roman d'aventures chez les mafieux en quelque sorte.  Shocked


Douze années s’étaient écoulées depuis cette après-midi ou Teresa Mendoza s’était mise à courir dans la ville de Culiacàn. Ce jour-là, début du long voyage aller-retour, le monde raisonnable qu’elle croyait avoir construit à l’ombre du Guero Dàvila s’était écroulé autour d’elle - elle avait pu entendre le crépitement des morceaux qui s’éparpillaient-, et elle s’était vue soudain en danger et perdue. Elle avait laissé le téléphone pour parcourir l’appartement en tous sens, ouvrant les tiroirs à tâtons, aveuglée par la panique, cherchant un sac pour y fourrer quelques effets indispensables avant de s’enfuir. Elle voulait pleurer son homme, ou crier jusqu’à s’en arracher la gorge ; mais la terreur qui l’assaillait par vagues comme des volées de coups paralysait ses gestes et ses sentiments. C’était comme si elle avait mangé  un champignon de Huautla ou fumé de l’herbe très forte, douloureuse,qui l’avait mise dans un corps étranger au sien sur lequel elle n’avait aucun contrôle. Et c’est dans cet état qu’après avoir passé en hâte, maladroitement, un  jean, un chemisier, des souliers, elle avait descendu l’escalier en vacillant, encore mouillée sous ses vêtements, les cheveux humides, avec un petit sac de voyage contenant le peu de choses qu’elle avait réussi à y glisser, froissées et en vrac… Ils iront tout de suite à la maison, l’avait prévenue le Guero. Ils iront voir ce qu’ils peuvent y trouver. Et il vaut mieEt il vaut mieux qu’ils ne t’y trouvent  pas.
Elle s’arrêta dans la rue, indécise, précaution instinctive de la proie qui flaire la présence toute proche du chasseur et de ses chiens. Face à elle s’étendait la complexe topographie urbaine d’un territoire hostile. Colonie Las Quintas : larges avenues, maisons discrètes et confortables avec bougainvillées et belles voitures garées devant. Et voilà que soudain la pharmacienne d’en face, l’employé de l’épicerie ou elle avait fait ses achats au cours des deux dernières années… lui semblaient dangereux, à l’affût. Elle n’aurait plus d’amis, avait conclu le Guero avec ce rire indolent, que parfois elle adorait et d’autres détestait de toute son âme. Le jour où le téléphone sonnera et où tu te mettras à courir, tu seras seule, ma belle. Et je ne pourrai pas t’aider.


Aucun de ceux qui avaient connu Teresa Mendoza la Mexicaine, pas même elle, ne pouvait imaginer qu’elle deviendrait un jour La Reine du Sud, à la tête de la plus grande entreprise maritime de transport de stupéfiants de toute la Méditerranée. C’est l’histoire de son ascension que relate Pérez- Reverte avec l’efficacité et le talent qu’on lui connaît.

Teresa Mendoza, au départ n’est que la compagne d’un passeur de drogue le Guêro Davila, un as de l’aviation. Son destin bascule le jour ou celui-ci  est abattu, car il a trahi ses chefs. Une règle implacable veut que tous les proches du traître soient tués. Teresa est donc la future victime. Un carnet laissé par Davila est sa seule chance de survie à condition qu’elle ne sache rien de son contenu. Teresa réussit à convaincre son parrain don Epifanio Vargas, mafioso reconverti dans la politique, de son ignorance et échange le carnet contre sa propre vie. Aidée par Vargas, elle s’enfuit en Espagne et échoue à Melilla, enclave espagnole au Maroc, et siège de tous les trafics. À partir de là commence une autre vie, ou plutôt d’autres vies pour Teresa la fugitive.

Grâce  à son intelligence, son don pour les chiffres, sa capacité à saisir les opportunités que lui offrent des rencontres décisives, elle devient cette femme d’affaires richissime et secrète, surnommée la Reine du sud, qui à la fin, va retourner au Mexique solder une vieille vengeance.



mots-clés : #aventure #criminalite
par simla
le Jeu 11 Mai - 6:25
 
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Sujet: Arturo Pérez-Reverte
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Gérard Delteil

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La confiance règne

«Dans les affaires, il faut inspirer confiance. C'est pour ça que je porte des costumes à huit mille francs et que je roule en Mercedes, pas seulement pour épater mes petites stagiaires. Il faut aussi savoir prendre des risques de temps en temps. En toute franchise, je suis un gagneur. Mon problème, c'est qu'il y a toujours des aigris qui n'acceptent pas la réussite des autres. Et certains peuvent devenir gênants.»


Un poil en dessous des deux précédentes lectures* mais efficace. Cette success story, au second degré relatif, d'un "entrepreneur" de la franchise sortant de prison ne manque pas de piment. Entre deux montages et trois coups de bluff il passe son temps à éviter que les parties gênantes de son passé ne le rattrape. Parsemée d'observations piquantes sur le sens de l'apparat et l'absence de scrupule de ce genre de personnage son suspens repose volontiers sur les qualités d'improvisations de son anti-héros.

C'est amusant, ça reste un roman noir ancré dans son époque (1991) et n'a même pas besoin d'alourdir ou tartiner un propos politique.

J'ai épuisé mon stock pour le moment mais je ne m'arrêterai pas en si bon chemin...

* : qui seront postées ensuite puisque je récupère d'anciens commentaires !


mots-clés : #criminalite
par animal
le Dim 9 Avr - 21:13
 
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Daniel Keyes

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Quand la police de l'Ohio arrête l'auteur présumé de trois, voire quatre viols de jeunes femmes, elle croit tenir un cas facile : les victimes reconnaissent formellement le coupable, et celui-ci possède chez lui la totalité de ce qui leur a été volé. Pourtant, ce dernier nie farouchement. Ou bien il reconnaît les vols, mais pas les viols. Son étrange comportement amène ses avocats commis d'office à demander une expertise psychiatrique. Et c'est ainsi que tout commence… On découvre que William Stanley Milligan possède ce que l'on appelle une personnalité multiple, une affection psychologique très rare qui fait de lui un être littéralement « éclaté » en plusieurs personnes différentes qui tour à tour habitent son corps. Il y a là Arthur, un Londonien raffiné, cultivé, plutôt méprisant, et puis Ragen, un Yougoslave brutal d'une force prodigieuse, expert en armes à feu. Et bien d’autres. En tout, vingt-quatre personnalités d'âge, de caractère, et même de sexe différents. L'affaire Billy Milligan a fait la une des journaux américains, fascinés par ce cas et par la lutte qu’ont menée les psychiatres et Billy lui-même pour essayer de « fusionner » en un seul individu ses 24 personnalités. Quant au livre, construit comme un véritable drame shakespearien, il est le résultat de mois et de mois de rencontres et d'entretiens entre Daniel Keyes et… Ragen, Arthur, Allen et les autres. Une lecture absolument fascinante, bientôt adaptée au cinéma par Joel Schumacher (Chute libre, Phone Game.) "...


Billy Milligan est connu aux états unis pour son procès surmédiatisé dans les années 70, procès qui a attisé maintes controverses et haines,  car il est le premier à plaider non coupable pour cause de personnalité multiple, cela à une époque à laquelle la maladie mentale était difficilement admise. Daniel Keyes, pour écrire ce livre, a rencontré Billy et les protagonistes de cette affaire pendant plus de 16 ans.

Ce livre est une plongée dans cette affaire qui a défrayé les chroniques, nous faisant rencontrer d’abord Billy au travers des yeux de ceux qui l’ont rencontré autour de son procès pendant de nombreux mois (notamment avocats et psychiatres). La première partie nous fait en effet découvrir le « cas » Milligan au travers de leurs yeux, leurs doutes, leur scepticisme, leur adhésion… En tous les cas au travers de tout ce que peut susciter la rencontre avec un homme qui présente de multiples personnalités, qui sont chacune comme des personnes distinctes s’ignorant l’une l’autre ( ou quasiment ), et apparaissant de manière impromptu.
Cela produit des situations étranges, non seulement pour l’observateur, mais également et surtout pour le principal intéressé, ce que Keyes nous fait découvrir dans la seconde partie de ce récit qui traite essentiellement de l’histoire de Billy depuis son enfance et jusqu’à son arrestation en 1975.

La troisième partie se concentre sur l’après procès et sur des rouages judiciaires complexes, à la prise en soin « psychiatrique » hospitalière de l’époque, à la perception qui y existait de la maladie mentale et aux traitements infligés, mais aussi aux haines et passions attisées par le cas Billy.

Ce récit m’a fortement intéressée car il développe un trouble relativement peu connu, et rare sous cette forme, qu’est le trouble dissociatif de la personnalité, ou trouble de personnalités multiples. Développer 2 ou 3 personnalités qui se « méconnaissent » l’une l’autre était quelque chose dont j’avais notion, mais développer de bien plus nombreuses personnalités, je pensais cela du domaine purement fictionnel.
Il me semble également que les folies que cette affaire suscite, l’incompréhension, la haine, sont un sujet toujours actuel quand l’Homme est confronté à l’incompréhensible et donc à la peur, a besoin de boucs émissaires, de reprendre le contrôle. Cette affaire a agité médias, foules et communauté judiciaire et médicale pendant des années.

Pour revenir à Billy, on le découvre d’abord sous le filtre d’yeux externes, observant ses changements perceptibles, commençant à connaître certaines de ses personnalités. On se confronte en même temps dès le début au scepticisme de certains qui le rencontre, ou à leur complète adhésion à croire ce qu’ils entrevoient. Cela avec en fond le procès et la question de déterminer si, oui ou non, Billy simule ou souffre réellement de ce trouble. Ce qui revient à le déterminer responsable des crimes dont il est accusé ou irresponsable.

La seconde partie m’a paru assez longue par moment. Si elle a un grand intérêt car elle permet de rencontrer Billy au travers de son histoire, de percevoir l’apparition progressive de ses personnalités, de mieux comprendre leur fonction, et aussi d’appréhender le début de traitement pour les « fusionner », il est parfois difficile à mon sens de s’y accrocher par le changement fréquent de personnalité qui vient casser d’une certaine manière le processus d’identification au personnage. On passe d’un personnage à un autre, chacun est certes une part de Billy mais des parts très différentes, et, au-delà des personnages principaux, les apparitions des autres donnent le sentiment de se trouver avec des inconnus non investis affectivement. Donc ce sentiment de lâcher – reprise dans l’affect donne une impression bizarre, et la longueur est justement liée je pense au morcellement du personnage vu qu’on a souvent le sentiment de le perdre. Tout en même temps, c’est aussi une manière très juste de faire percevoir ce que peut vivre et ressentir Billy qui perd le temps constamment du fait de l’amnésie qu’il a de la prise de contrôle de l’une ou l’autre de ses personnalités.

Ce livre est intéressant par cet exemple de la clinique psychiatrique peu orthodoxe et peu fréquent. On perçoit le trouble de Billy, comment sa personnalité a pu en arriver à se fragmenter ainsi, et comment le travail a été de remettre en lien les différentes personnalités. On peut-aussi se sentir d’une certaine manière à sa place : que ressentirions nous en vivant cela ? Comment cela peut être déstabilisant, mais aussi comment cela est un moyen de défense contre l’insupportable, l’indicible et la douleur. Par contre il est difficile de s’identifier réellement à ce personnage à multiples facettes, d’où je pense aussi la difficulté et le sentiment de certaines longueurs.  Ce livre soulève aussi la question des pathologies psychiatriques, et de comment elles attisent certaines peurs dans la société, comment elles suscitent différentes émotions. Billy en effet fait peur, est diabolisé...même parmi les soignants. Ce livre soulève aussi la difficulté de diagnostic, les  divergences de perception et opinions au sein du corps médical et comment cela peut impacter la perception d’une personne malade et sa prise en charge, ce jusqu’à ne pas l’entendre et répéter sur elle des violences juste par incompréhension, peur, conflit d’opinion et d’intérêt.

Un sentiment général du coup partagé. Je suis contente d’avoir découvert cette œuvre, elle m’a donné envie de lire d’autres choses à ce propos, mais disons que c’est plus dans une dimension purement d’intérêt pour cette pathologie. Mais j’admets que certaines longueurs font que je suis mitigée quant au fait de dire que j’ai aimé, autant que la difficulté à vraiment ressentir des émotions, sauf quand il s’agit de la manière dont Billy est malmené à différents moments de sa vie.

mots-clés : #criminalite #documentaire #pathologie
par chrysta
le Ven 31 Mar - 7:30
 
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Virginia Reeves

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Un travail comme un autre

Alabama, au cours des années 1920 : Roscoe T. Martin habite dans la ferme dont il a hérité de son beau-père avec sa femme et son fils, mais son désintérêt pour le travail agricole provoque une frustration qu'il cherche désespérément à combler. Sa passion pour l'électricité le pousse à détourner une ligne récemment installée, afin de trouver une légitimité personnelle et même une raison de vivre. Un évènement dramatique inattendu dont il est jugé responsable (la mort d'un technicien électrocuté) met fin à cet état de grâce et le conduit en prison, détruisant un idéal et la cohésion naissante d'une famille.

J'ai été ému par ce premier roman de Virginia Reeves. Elle dévoile grâce à l'écriture les silences et les non-dits d'un homme qui se cherche un destin et se heurte à son propre vide. De la violence extrême de la prison aux tensions raciales, Un travail comme un autre aborde beaucoup de sujets douloureux liés à l'histoire des Etats-Unis, avec un angle d'approche à la fois intime et collectif. Certains passages sont moins aboutis et l'épilogue peut sembler abrupt, mais je retiens l'ampleur d'un regard singulier d'une grande force.


mots-clés : #segregation #criminalite #captivite
par Avadoro
le Dim 5 Mar - 11:30
 
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Sujet: Virginia Reeves
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Dennis Lehane

Ils vivent la nuit

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Il vint alors à l'esprit de Joe (..) que, dans leur milieu pourtant caractérisé par une extrême violence, on rencontrait un nombre étonnant d'individus normaux : des hommes qui aimaient leur femme, emmenaient leurs enfants en excursion le samedi après-midi, entretenaient leur voiture, racontaient des blagues au snack-bar du coin, s'inquiétaient de que ce que leur mère pensait d'eux, et allaient à l'église demander à Dieu de leur pardonner toutes les choses terribles qu'ils avaient dû faire afin de pouvoir assurer leur subsistance quotidienne.
C'était aussi un secteur peuplé d'un nombre au moins égal de purs salopards. Des êtres dont la bêtise le disputait à la cruauté, et dont le principal talent résidait dans la capacité à ne pas faire plus de cas de leurs semblables que d'une mouche bourdonnant sur un rebord de fenêtre à la fin de l'été.



Joe, le fils rebelle du chef de la police de Boston dont nous avons fait la connaissance dans Un pays à l'aube, est assez satisfait de son sort de hors-la-loi, auteur de petits casses rémunérateurs, et amoureux de la belle Emma. Seulement, la belle Emma est aussi la maîtresse d' Albert White, l'un des chefs de la pègre locale. Et cet amour, qui pourrait lui valoir un destin beaucoup plus bref que celui qu'il espérait, l'amène au contraire, de péripéties en péripéties, grâce à son intelligence et sa pugnacité, à une belle fortune de gangster basée sur l'argent de la Prohibition. Joe n'en perd pas pour autant tout à fait son âme, et, malgré les bains de sang et les petites cruautés ordinaires, reste un homme attachant et qui s'interroge, porté par son nouvel amour Graciella.

C'est, tout d'abord, une belle histoire de gangsters haletante, palpitante, pleine de rebondissements qui ne laisse pas le lecteur s'ennuyer, portée par des dialogues et des réparties aux petits oignons . Il y a  aussi un contexte historique et social où Dennis Lehane se meut avec un naturel impressionnant, et s'il ne néglige pas la mise en situation  politique, tout ceci est intimement mêlée au récit, sans être doctement asséné comme cela peut se voir parfois.

Ce qui m'a le plus se touchée finalement est la psychologie des personnages qui, non seulement ne sont pas du tout tout blancs, ou tout noirs, mais  d'une complexité infinie, avec leurs interrogations, leurs raccourcis, leurs tours et détours : dans toute leur cupidité et leur violence, ils restent des êtres extrêmement attachants. La paternité et la filiation, dans toute leur complexité, sont les grands thèmes du livre,  auquel ils donnent une profondeur parfois douloureuse.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #historique #criminalite
par topocl
le Mar 10 Jan - 16:17
 
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Pavel Hak

Vomito Negro

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Un livre qui choque ! C'est le moins qu'on puisse dire.
On est bien loin de la traditionnelle image d'Epinal des Caraïbes touristiques. Ici, prostitution, vols, viols, guerres de gangs, corruption. Que de joyeusetés !
Pavel Hak nous entraîne dans une cavalcade effrénée, celle d'une famille séparée dont chaque membre tente une survie désespérée.
Le ton, est abrupt, Hak nous prend la tête et nous la plaque de force contre son récit, il faut tout prendre, lire chaque mot, encaisser chaque événement perturbateur, sans prendre l'air, sans respirer.
Moins violent que Sniper, plus fluide également, il fait néanmoins mal car il semble si simple de décrire le moche, le malsain, cela semble tellement couler de source que je fus tiraillé et tourmenté dans ma lecture.
Je ne trouve aucun défaut particulier à cet ouvrage si ce n'est que c'est le type de livre qu'on adore ou qu'on déteste, je ne pense pas que cela convienne à un grand public et pourtant j'ai beau avoir pu lire plus troublant, violent dérangeant, il y a ici un "je ne sais quoi" de particulier.
Un moment très intense.
mots-clés : #criminalite #famille
par Hanta
le Dim 25 Déc - 21:33
 
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Sujet: Pavel Hak
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David Vann

Dernier jour sur terre


Tag criminalite sur Des Choses à lire - Page 2 Index218


«Je ne cherche pas une explication ou une cause, je vois une histoire, j'essaie de la projeter dans un modèle qui puisse avoir un sens.»


Le 14 février 2008, neuf ans après Columbine, Steve Kazmierczak descend 5 personnes sur un campus universitaire et en blesse huit avant de se suicider. Personne n'a rien vu venir, et il y avait tant, pourtant. David Vann s 'attache à retracer l'itinéraire de ce jeune homme. David Vann voit cette tragédie plus sous l’aspect du suicide que de la fusillade, et, sans éluder sa responsabilité, voit Steve comme la sixième victime (ou la première?) . Comme responsable, il ne privilégie ni sa mère qui le vautrait dans les films d'horreur, ni sa famille qui l'a rejeté, ni son passé mêlant psychose et délinquance, ni son passage à l'armée, ni le rôle du libre accès aux armes aux Etats-Unis, qui est un des thèmes-clés du livre.

«Nous n'avons encore rien mis en place pour empêcher quelqu'un de commettre un tel acte. C'est un droit américain.»


Cet œil compassionnel doit à l'histoire propre de David Vann. Comme Steve, son père a mis en scène son suicide, l'auteur avait alors treize ans. Comme Steve le petit David appartenait à une famille de chasseurs, où les fusils se transmettent de père en fils, sont offerts dès l'âge de sept ans, où le premier animal tué est un rite de passage qui donne au jeune garçon un sentiment de puissance et d’appartenance à un clan. Comme Steve, après la mort de son père, David Vann « jouait » à mettre en joue ses voisins avec de vraies armes.

«mais je me demandais si Steve ne pouvait pas être le point de départ d'une réflexion sur le fait que, parfois, le pire de nous-mêmes finit par l'emporter. Pourquoi n'avais-je pas blessé quelqu'un ? Comment avais-je échappé à cela, et pourquoi pas lui ?
   (…)
   et à travers lui, je pouvais comprendre enfin les moments les plus effrayants de mon existence, et ce que je trouve également de plus effrayant en Amérique.»


À la fois distant et affectivement impliqué, David Vann livre un récit attentif et précis. S'il critique les institutions qui refusent de légiférer, il ne juge ni ne disculpe aucun des acteurs de ce drame moderne . Il déroule l'histoire effrayante et désolante d'un jeune homme qui est un enfant de notre siècle.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #criminalite
par topocl
le Ven 23 Déc - 9:11
 
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Sujet: David Vann
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Tarun TEJPAL

Histoire de mes assassins

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Ce livre est parti d’une histoire personnelle de l’auteur, journaliste d’investigation : Il « a fondé le site d’information Tehelka.com, et le magazine du même nom, qui sont les meilleurs outils d’investigation de la presse indienne. En 2001, Tehelka avait révélé une affaire de corruption, fait tomber le ministre de la Défense, George Fernandes, et ébranlé tout le gouvernement. Cela avait valu à son fondateur trois années de menaces de mort, de harcèlement moral et économique. » (source libération)

Au-delà de cette histoire personnelle, Tejpal a voulu aller plus loin et écrire un roman de l’Inde toute entière, sans tabou comme on peut l’attendre de lui. Pour lui dans ce roman, l’Inde, c’est la violence : violence morale, violence sociale, violence physique et sexuelle. Seuls s’imposent l’argent , la force et l’intimidation.
On ne peut certes pas écrire un roman édulcoré sur ce sujet, j’ai quand même regretté une certaine complaisance dans la description des scènes de violences et de sexualité (c’est d’ailleurs ce qui m’avait fait lâcher Loin de Chandinagr à l’époque), même si cette complaisance est parfois très talentueuse. Passé cet écueil, on est devant un roman très riche, raconté par un conteur hors pair, les personnages se multiplient et chacun a sa personnalité, son histoire qui se rapportent souvent à la grande Histoire.

Si c’est fameux journaliste qui raconte, il n’en est pas le personnage le plus fascinant pour autant . Il est l’objet d’une tentative d’assassinat . On arrête très vite ses 5 assassins potentiels, des explications sont rapidement trouvées et l’affaire mise au placard. C’est compter sans sa maîtresse fouille-merde et son guru malicieux qui vont le pousser à aller voir plus loin, pour apprendre qu’ en Inde, la vérité n’est jamais où on le croit et que ce n’est pas dans ce pays qu’on cherchera à faire simple quand on peut faire compliqué.

S’intercalant à cette histoire, Tejpal développe donc la biographie des cinq assassins, chacun pris dans un tourbillon d’inculture, de violence et de fatalités qui vont le mener là. On fréquente des propriétaires terriens véreux, un Robin des Bois illuminé, une secte de dresseurs de serpents, un musulman traumatisé par la partition, une troupe de gamins des rues, une épouse effacée mais fidèle, des politiciens corrompus, une bufflonne protectrice, des bandits au cœur aussi cruel que pur, et j’en passe : toute cette richesse de l’Inde des beaux quartiers aux bidonvilles qui me fait me questionner sur le sens du mot démocratie quand on parle de ce pays (je me permets cette énumération car c’est une des caractéristiques du style de l’auteur, ces accumulations sans fin qui veulent traduire le foisonnement indien, mais qui font malheureusement à la longue un peu procédé).

On a donc une histoire palpitante avec des personnages attachants, riche en couleur avec un vrai sens du récit, et un contenu qui mène à s’interroger. Plusieurs niveaux de lecture donc, pour un roman très riche et étincelant où l’humour décapant est un ingrédient supplémentaire. Il y a plein de plaisirs à découvrir au fil des pages, un vrai régal malgré les petites réserves .

Un couteau est un bel objet. Il n’est pas fait pour tuer. Pour ça, il y a le pistolet. Le couteau sert à effrayer, à semer la terreur dans la mémoire de ton adversaire. Le couteau est un instrument d’orfèvre, le pistolet un ustensile de quincaillier. Une balle ne te donnera jamais la finesse, la précision d’une lame. Avec un couteau, tu peux décider de la punition exacte que tu veux infliger. Faire une incision de douze centimètres de long, un trou de cinq centimètres de profondeur, trancher la moitié d’un doigt, épointer le nez, sectionner la langue en deux, couper un testicule en rondelles, agrandir la taille d’un trou du cul, effiler les oreilles, dessiner une fleur sur un torse, une étoile sur une joue. Tu peux réaliser toutes ces jolies choses. Si les circonstances l’exigent, tu peux aussi sortir les entrailles, découper le cœur, planter un drapeau dans la cervelle. Avec un pistolet, une seule chose est possible : un trou dans la peau. Les tueurs utilisent une arme à feu, Les artistes préfèrent l’arme blanche.



mots-clés : #criminalite
par topocl
le Ven 23 Déc - 8:49
 
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Sujet: Tarun TEJPAL
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