Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mer 24 Juil - 9:48

45 résultats trouvés pour criminalite

Bret Easton Ellis

American Psycho

Tag criminalite sur Des Choses à lire - Page 2 Sm_cvt12


J'ai adoré ce livre, je viens de le relire et je l'adore toujours autant.
Tout d'abord l'histoire n'est pas seulement révélatrice de l'ambiance des années 80 dans les affaires. Ma maigre expérience pro au sein des commerciaux m'a démontré qu'Ellis ne grossit même pas le trait. Ce n'est ni du cynisme ni du nihilisme dans cet ouvrage mais simplement du réalisme. Tout y est.
L'énumération des marques est toujours impressionnante, on est au coeur d'une tempête marketing qui représente la totale absence de culture de ces milieux là. Lorsque Bateman s'habille j'ai l'impression de revoir dans ma tête le formatage des commerciaux des banques et assurances : tous habillés de la même façon, mêmes gestuelles et mêmes langages.
La caricature ne vient même pas de l'auteur mais du monde qu'il décrit. Il le décrit de manière tellement pertinente que cela relève quasiment du documentaire.
Les scènes criminelles sont retranscrites de manière violente et pulsionnelle ce qui exprime un contraste marqué avec les dialogues très policés des protagonistes. le style est d'ailleurs agréablement rythmé, et équilibré entre descriptions volontairement abusives, dialogues volontairement peu intéressants et scènes de crimes soudaines et violentes.
Un vrai roman social où le personnage ne vit que lorsqu'il commet un crime qu'il soit imaginé ou réel.


mots-clés : #criminalite
par Hanta
le Jeu 17 Aoû - 15:32
 
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Sujet: Bret Easton Ellis
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Joyce Carol Oates

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Daddy Love

Un très bon roman sur la pédophilie qui sévit, hélas, aux Etats-unis comme partout.

Avec son talent époustouflant , J.C.Oates nous décrit l'univers pervers d'un pasteur itinérant, bien intégré dans la société, charmeur, manipulateur, séducteur, artiste auto-proclamé élaborant des macramés très appréciés dans la région de Kittatinny Falls, se déclarant veuf et élevant seul son petit garçon, timide, réservé, craintif.

Il s'agit donc de Chet Cash, "Daddy Love",   un quadragénaire séduisant, enlevant des petits garçons, les violant, les torturant, les asservissant et, au final, une fois trop âgés, les éliminant sans scrupules.

J.C.Oates nous décrit toutes les manipulations de cet imposteur, sans voyeurisme mais sans fausse pudeur non plus.

La mère, Dinah, le père Whit,  parents de Robbie, 5 ans, enlevé à la sortie d'un centre commercial sous les yeux de sa mère.

Dinah qui, de plus, est lourdement handicapée après avoir tenté de sauver son fils lors de son enlèvement :

"Enlever le petit garçon à la mère fut plus difficile que Daddy Love ne l'avait prévu.Il l'avait frappée à la tête avec un marteau de charpentier - assez fort pour lui fendre le crâne avait-il pensé. Elle s'était écroulée comme un poids mort et cependant, un instant plus tard, comme un boxeur sonné se remettant debout, la femme était parvenue à se relever et l'avait poursuivi en titubant...

A ce moment-là, il avait fourré le garçon dans le monospace. Un enfant si petit, si léger, et qui s'était pourtant débattu avec la frénésie d'un animal terrifié ! Il l'avait secoué, frappé et lui avait envoyé un coup de poing sur le côté de la tête pour le calmer.

Daddy Love avait été stupéfait de voir la mère courir désespérement derrière le monospace - cette expression sur son visage, le sang qui ruisselait sur ce visage.

Il avait fait demi-tour sur les chapeaux de roue pour lui foncer dessus. La garce, oser défier Dady Love !

-------------------------------

Rien ne l'avait préparée. Rien ne l'avait avertie. Ni sixième sens ni intuition maternelle.

--------------------------------


]Elle avait cependant conscience de sa terrible perte.

La main de l'enfant arrachée à la sienne. maman avait du lâcher prise.

C'était la défaite de sa vie de mère. La défaite de sa vie d'être humain. Même si - naturellement - on lui disait qu'elle n'avait rien à se reprocher.

Son fils avait été enlevé. Le fils de Whit.

Ils attendaient.Chaque jour, chaque heure, ils attendaient.Le téléphone sonnerait et une voix annoncerait Bonne nouvelle, Madame Whitcomb ! Nous avons trouvé votre fils et il est......


Le choix des mots suivant était capital. Cela pouvait être en bonne santé, ou vivant et en bonne santé, ou....vivant.

Simplement entendre ce mot-là : vivant.....


C'est court, moins de 300 pages, mais extrêmement prenant, émouvant, sidérant, terrifiant. La fin cependant quelque peu étonnante....

Quoiqu'il en soit, j'ai beaucoup aimé, même si le thème est très dur.

J'ai d'autant plus aimé que lorsque je circulais aux USA avec mon bébé, un copain nous avait bien mis en garde : surtout ne vous garez jamais près d'un monospace, et ça remonte à plus de 20 ans, déjà beaucoup d'enlèvement d'enfants. Ce qui était aussi très poignant était de voir dans les supermarchés tous ces visages d'enfants sur les boîtes de lait, tous ces enfants disparus et recherchés.


mots-clés : #criminalite
par simla
le Lun 14 Aoû - 7:23
 
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Sujet: Joyce Carol Oates
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Andrzej Stasiuk

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Mury Hebronu

Originale : Polonais, 1992 (pas encore traduit en français)

CONTENU :
Il s'agit bien ici du début littéraire de Stasiuk, de son premier livre en 1992, qui a connu un écho retentissant en Pologne, parlant de la vie en prison sous diverses angles. C'est avant tout la vie quotidienne violente en prison et en dehors qui y a mené, qui est au centre. Un regard sans aucune concession et d'une noirceur incroyable.

COMPOSITION/STRUCTURE :
On peut structurer les 12 chapitres en quatre (ou trois, c'est selon) unités :
Deux textes encadrant le tout, de 6 – 10 pages (je parle de mon édition allemande). Là il s'agit, selon moi, du texte le plus proche de l'expérience de Stasiuk lui-même. Au centre ici : la prison d'isolement. Le texte d'ouverture est écrit dans la première personne, le texte concluant dans la troisième personne, mais cela me semble clair qu'il s'agit de la même personne (Stasiuk) : Qu'est-ce qu'il a, qu'est-ce qu'il est – cette personne dans le dépouillement le plus totale, sans repère ? Qu'est-ce qu'il reste ? Qu'est-ce qui pourrait donner un semblant de structuration du temps, d'ordre et de maîtrise d'esprit – et alors la pratique de la marche à l'infini dans une cellule de quelques mètres. Comment le détenu est entre réalité et phantasie incontrôlable...
Neuf chapitres très courts (à peine deux pages) sur différents sujets de la détention commune en cellule commune:la violence des codétenus, des gardiens, l'abus (sexuel), le laisser-aller généralisé, les combats de boxe, des scènes de revanche marquent ces descriptions
Un récit nocturne très longue (plus que deux tiers du contenu total) d'un compagnon de cellule : un espèce de vita d'un homme sur la mauvaise pente, des expériences comme jeune demi-orphelin, premier séjour dans une institution d'éductaion jusqu'aux détention devenues la règle. Une vie entre liberté et prison qui se confond. Les élements mentionnés dans les petits chapitres trouvent ici une place dans le devenir d'une même personne.

REMARQUES :
Ici et là on trouve des variantes légèrement différents, mais il semble clair que Stasiuk lui-même avait été détenu dans des prisons militaires et civils, après avoir déserté de l'armée lors de son service, vers 1980.

Qui s'attend ici à une description plus ou moins enjolivant, réconciliant voir romantique de la vie en prison se détrompe toute de suite et soit averti dès le début : Il s'agit d'un texte (ou des textes) ultra-durs, violents, voir obscènes qui vont jusqu'à l'extrême du supportable (et au-délà). Donc certainement pas recommandable pour les cœurs sensibles !

La langue est directe et reflète, spécialement dans le récit, le monologue très long, le slang des détenus. Ce qui pourrait apparaître dans des récits objectifs sur des conditions de détention (p.ex. D'Amnesty etc) avec des mots neutres, voir des termini étrangers, trouvent ici une expression souvent obscènes, des descriptions sans concessions à l'étiquette : torture, abus sexuel, violence, sodomie, inceste... et j'en passe. Certes, il faut avouer que Stasiuk se montre maître dans ce registre : cela a un « naturel » d'un autre ordre qui fait frémir. Les deux chapitres du début et de la fin pourraient apparaître comme étant encore plus reflexifs, maîtrisés, voir poètiques à leur façons.

Même pour le lecteur très attentifs il y a à peine des lumières à l'horizon. Il y avaient deux descriptions de personnages qui étaient jugés dans le récit du compagnon de cellule comme des figures de lumière. Là, et aussi dans une certaine entente entre détenus d'un certain calibre, on trouve une solidarité sur un niveau assez violents, mais qui compte.

Mais comment – comme une personne comme Stasiuk – pas se casser dans la détention d'isolement ? Stasiuk ne se met pas au dessus des autres, se décrit dans certains passages comme étant aussi atteint de la crasse, le laisser-aller... Néanmoins cela lutte en lui : la conviction qu'il ne faut pas avouer qu'on lui a volé le tout, car ne devrait pas rester quelque chose d'essentiel ? Qu'est-ce qu'il emporte dans sa cellule ? Et puis quand même, une pauvreté, le glissement vers l'irréalité, les phantasies. Au bout du chemin – des phantasmes ? Des illusions ? - va-t-on voir de loin ou de plus proche les « murs d'Hébron », lieu de refuge pour tout malfaiteur, lieu d'espérance, de répos  (Voir ce passage biblique très curieux et intéressant:  http://web.archive.org/web/20031204123524/http://www.tradere.org/biblio/tob/josue.htm ) ?

Donc, avec un grand avertissement devant des scènes très crues et violentes, ce livre vous laisse en silence.


mots-clés : #criminalite
par tom léo
le Mar 25 Juil - 22:43
 
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Sujet: Andrzej Stasiuk
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José Maria Arguedas

Tag criminalite sur Des Choses à lire - Page 2 Sm_97810


El Sexto

C' était la plus grande prison de Lima,  sous la dictature de Benavides, dictature avec la complicité des gringos.   Y est interné pour avoir participé à une manifestation antifasciste le jeune étudiant Gabriel.

El Sexto c'est l'enfer, avec 3 niveaux de "pêcheurs" : au rez de chaussée les assassins, les clochards, ceux qu'on appelle la lie, au 2ème niveau les droits communs mais aussi des innocents objets de délation, au 3ème niveau "le paradis" les politiques.

Gabriel se retrouve dans la cellule d'un vieux Communiste, chef de file des mineurs, que tous respectent, même les Apristes. (Apristes et Communistes adversaires politiques)

Le sexe, la drogue, l'argent sale, la perversion, les exactions commises par et sur des prisonniers avec l'aval de l'administration corrompue qui règne au sein même de la prison avec la  collaboration de  deux assassins notoires.

Le récit est composé essentiellement par des dialogues  entre les prisonniers.

Tout est vu, entendu dans El Sexto car la construction ne permet aucune intimité, même pour les sanitaires ;  les prisonniers à tous les niveaux sont visibles par tous.

Quand un prisonnier quitte El Sexto c'est principalement quand la mort l' emporte pour l'amener à un  niveau, en quelque sorte libérateur.

Quelques gestes, quelques mots de compassion et d'aide prouvent tout de même qu'il y a encore de l'humanité dans certains.

Cette deuxième lecture d'Arguedas me confirme que c'est un auteur incontournable du Pérou.

extraits

"Haïr, haïr comme qui dirait un ouvrier, ce sera peut-être nécessaire, mais mon coeur n'y arrive pas. Je hais ces maudits gringos et je mourrais en luttant ontre eux ! Mais un responsable ouvrier dans l'erreur, je ne lui en veux qu' au moment de sa trahison ; après ça me passe. Je les vois souffrir exactememnt comme moi : les gringos et les contremaîtres leur crachent dessus tout pareil."

"Quel est l' idéal, frère Càmac, qui guide nos exploiteurs et nos tyrans, eux qui traitent les métis et les Indiens de la Côte et de la Sierra comme des bêtes, et qui voient et entendent, parfois, de loin et avec dégoût, ces musiques et ces danses où s'exprime notre patrie telle qu'elle est, dans sa grandeur et sa tendresse ?"

"Ils tournaient autour des marmites et du noir. Les plus faibles restaient fréquemment les mains vides et même lorsqu'ils parvenaient jusqu'au noir e obtenaient une louche de bouillie dans les mains ou dans un papier sale, ils n'arrivaient pas à courir assez vite pour échapper aux plus forts. Ils avalaient leur ration en courant. Ils enfournaient les haricots avec le carton, le papier, n'importe quoi, ou ils se mordaient les doigts.Ils n'avaient pratiquement pas le temps de mâcher. Les plus forts les suivaient ; ils leur ouvraient les mains pour prendre les restes ; il les léchaient ; et si, dans sa fuite le clochard poursuivi laissait échapper tout ou partie de sa ration, lui et son poursuivant se mettaient à lécher le sol."

"Monsieur dit l'enfant au Piurano. Je ne vais pas rentrer au village. Je vais attendre par Dieu !
Il s'est signé et il est passé dans la grande cour. Nous l'avons vu s'éloigner, boitant, petit, sans chapeau.

- l'anneau a réapparu dit le noir. Nous ici ont en a forcé un autre.
Le Piurano s'est rapproché jusqu'à ce que son ventre touche presque celui du noir.
- Répète moi ça charognard ! lui a-t-il crié. Répète moi ça charognard de merde !

Nous ne quittions pas des yeux les mains du noir. Celui-ci a marmonné quelque chose ; son visage était couleur de cendre."




mots-clés : #captivite #criminalite #regimeautoritaire
par Bédoulène
le Mar 23 Mai - 15:15
 
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Sujet: José Maria Arguedas
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Arturo Pérez-Reverte

Tag criminalite sur Des Choses à lire - Page 2 41rwrb10

La reine du sud

Un roman tiré d'une histoire vraie, dont l'héroïne, Tereza Mendoza, "la Mexicaine",  est absolument  politiquement  incorrecte, puisqu'il s'agit d'une femme qui, après bien des péripéties, devient la Reine du Sud (de la Méditerranée) en transportant des quantités de drogue d'un continent à l'autre,  évidemment, elle se contente de jouer les passeurs et n'achète ni ne vend les stupéfiants, l'honneur est (presque) sauf  Wink


Teresa Mendoza, initialement,  n’est que la compagne d’un passeur de drogue le Guêro Davila, un as de l’aviation. Son destin bascule le jour ou celui-ci  est abattu, car il a trahi ses chefs. Une règle implacable veut que tous les proches du traître soient tués. Teresa est donc la future victime.

Un carnet laissé par Davila est sa seule chance de survie à condition qu’elle ne sache rien de son contenu. Teresa réussit à convaincre son parrain don Epifanio Vargas, mafioso reconverti dans la politique, de son ignorance et échange le carnet contre sa propre vie. Aidée par Vargas, elle s’enfuit en Espagne et échoue à Melilla, enclave espagnole au Maroc, et siège de tous les trafics.

À partir de là commence une autre vie, ou plutôt d’autres vies pour Teresa la fugitive. Elle parviendra donc à devenir une richissime femme d'affaires grâce à des rencontres, à son don en mathématiques (ça aide dans ce milieu) et surtout à sa propension à saisir la balle au bond.

Arturo Perez Reverde avec le talent qu'on lui connait parvient à nous émouvoir, à nous rendre sympathique cette femme énigmatique, courageuse, intelligente  (il faut l'être pour survivre dans ce milieu surtout en étant une femme).

Le roman est construit sous la forme d'une enquête que mène l'auteur, rencontres avec des avocats, des policiers, des juges qui ont connu Tereza d'un côté, et la narration romancée de la vie de cette femme de l'autre...habilement fait comme toujours, un vrai roman d'aventures chez les mafieux en quelque sorte.  Shocked


Douze années s’étaient écoulées depuis cette après-midi ou Teresa Mendoza s’était mise à courir dans la ville de Culiacàn. Ce jour-là, début du long voyage aller-retour, le monde raisonnable qu’elle croyait avoir construit à l’ombre du Guero Dàvila s’était écroulé autour d’elle - elle avait pu entendre le crépitement des morceaux qui s’éparpillaient-, et elle s’était vue soudain en danger et perdue. Elle avait laissé le téléphone pour parcourir l’appartement en tous sens, ouvrant les tiroirs à tâtons, aveuglée par la panique, cherchant un sac pour y fourrer quelques effets indispensables avant de s’enfuir. Elle voulait pleurer son homme, ou crier jusqu’à s’en arracher la gorge ; mais la terreur qui l’assaillait par vagues comme des volées de coups paralysait ses gestes et ses sentiments. C’était comme si elle avait mangé  un champignon de Huautla ou fumé de l’herbe très forte, douloureuse,qui l’avait mise dans un corps étranger au sien sur lequel elle n’avait aucun contrôle. Et c’est dans cet état qu’après avoir passé en hâte, maladroitement, un  jean, un chemisier, des souliers, elle avait descendu l’escalier en vacillant, encore mouillée sous ses vêtements, les cheveux humides, avec un petit sac de voyage contenant le peu de choses qu’elle avait réussi à y glisser, froissées et en vrac… Ils iront tout de suite à la maison, l’avait prévenue le Guero. Ils iront voir ce qu’ils peuvent y trouver. Et il vaut mieEt il vaut mieux qu’ils ne t’y trouvent  pas.
Elle s’arrêta dans la rue, indécise, précaution instinctive de la proie qui flaire la présence toute proche du chasseur et de ses chiens. Face à elle s’étendait la complexe topographie urbaine d’un territoire hostile. Colonie Las Quintas : larges avenues, maisons discrètes et confortables avec bougainvillées et belles voitures garées devant. Et voilà que soudain la pharmacienne d’en face, l’employé de l’épicerie ou elle avait fait ses achats au cours des deux dernières années… lui semblaient dangereux, à l’affût. Elle n’aurait plus d’amis, avait conclu le Guero avec ce rire indolent, que parfois elle adorait et d’autres détestait de toute son âme. Le jour où le téléphone sonnera et où tu te mettras à courir, tu seras seule, ma belle. Et je ne pourrai pas t’aider.


Aucun de ceux qui avaient connu Teresa Mendoza la Mexicaine, pas même elle, ne pouvait imaginer qu’elle deviendrait un jour La Reine du Sud, à la tête de la plus grande entreprise maritime de transport de stupéfiants de toute la Méditerranée. C’est l’histoire de son ascension que relate Pérez- Reverte avec l’efficacité et le talent qu’on lui connaît.

Teresa Mendoza, au départ n’est que la compagne d’un passeur de drogue le Guêro Davila, un as de l’aviation. Son destin bascule le jour ou celui-ci  est abattu, car il a trahi ses chefs. Une règle implacable veut que tous les proches du traître soient tués. Teresa est donc la future victime. Un carnet laissé par Davila est sa seule chance de survie à condition qu’elle ne sache rien de son contenu. Teresa réussit à convaincre son parrain don Epifanio Vargas, mafioso reconverti dans la politique, de son ignorance et échange le carnet contre sa propre vie. Aidée par Vargas, elle s’enfuit en Espagne et échoue à Melilla, enclave espagnole au Maroc, et siège de tous les trafics. À partir de là commence une autre vie, ou plutôt d’autres vies pour Teresa la fugitive.

Grâce  à son intelligence, son don pour les chiffres, sa capacité à saisir les opportunités que lui offrent des rencontres décisives, elle devient cette femme d’affaires richissime et secrète, surnommée la Reine du sud, qui à la fin, va retourner au Mexique solder une vieille vengeance.



mots-clés : #aventure #criminalite
par simla
le Jeu 11 Mai - 6:25
 
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Sujet: Arturo Pérez-Reverte
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Gérard Delteil

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La confiance règne

«Dans les affaires, il faut inspirer confiance. C'est pour ça que je porte des costumes à huit mille francs et que je roule en Mercedes, pas seulement pour épater mes petites stagiaires. Il faut aussi savoir prendre des risques de temps en temps. En toute franchise, je suis un gagneur. Mon problème, c'est qu'il y a toujours des aigris qui n'acceptent pas la réussite des autres. Et certains peuvent devenir gênants.»


Un poil en dessous des deux précédentes lectures* mais efficace. Cette success story, au second degré relatif, d'un "entrepreneur" de la franchise sortant de prison ne manque pas de piment. Entre deux montages et trois coups de bluff il passe son temps à éviter que les parties gênantes de son passé ne le rattrape. Parsemée d'observations piquantes sur le sens de l'apparat et l'absence de scrupule de ce genre de personnage son suspens repose volontiers sur les qualités d'improvisations de son anti-héros.

C'est amusant, ça reste un roman noir ancré dans son époque (1991) et n'a même pas besoin d'alourdir ou tartiner un propos politique.

J'ai épuisé mon stock pour le moment mais je ne m'arrêterai pas en si bon chemin...

* : qui seront postées ensuite puisque je récupère d'anciens commentaires !


mots-clés : #criminalite
par animal
le Dim 9 Avr - 21:13
 
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Sujet: Gérard Delteil
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Daniel Keyes

Tag criminalite sur Des Choses à lire - Page 2 41hsfu10

Quand la police de l'Ohio arrête l'auteur présumé de trois, voire quatre viols de jeunes femmes, elle croit tenir un cas facile : les victimes reconnaissent formellement le coupable, et celui-ci possède chez lui la totalité de ce qui leur a été volé. Pourtant, ce dernier nie farouchement. Ou bien il reconnaît les vols, mais pas les viols. Son étrange comportement amène ses avocats commis d'office à demander une expertise psychiatrique. Et c'est ainsi que tout commence… On découvre que William Stanley Milligan possède ce que l'on appelle une personnalité multiple, une affection psychologique très rare qui fait de lui un être littéralement « éclaté » en plusieurs personnes différentes qui tour à tour habitent son corps. Il y a là Arthur, un Londonien raffiné, cultivé, plutôt méprisant, et puis Ragen, un Yougoslave brutal d'une force prodigieuse, expert en armes à feu. Et bien d’autres. En tout, vingt-quatre personnalités d'âge, de caractère, et même de sexe différents. L'affaire Billy Milligan a fait la une des journaux américains, fascinés par ce cas et par la lutte qu’ont menée les psychiatres et Billy lui-même pour essayer de « fusionner » en un seul individu ses 24 personnalités. Quant au livre, construit comme un véritable drame shakespearien, il est le résultat de mois et de mois de rencontres et d'entretiens entre Daniel Keyes et… Ragen, Arthur, Allen et les autres. Une lecture absolument fascinante, bientôt adaptée au cinéma par Joel Schumacher (Chute libre, Phone Game.) "...


Billy Milligan est connu aux états unis pour son procès surmédiatisé dans les années 70, procès qui a attisé maintes controverses et haines,  car il est le premier à plaider non coupable pour cause de personnalité multiple, cela à une époque à laquelle la maladie mentale était difficilement admise. Daniel Keyes, pour écrire ce livre, a rencontré Billy et les protagonistes de cette affaire pendant plus de 16 ans.

Ce livre est une plongée dans cette affaire qui a défrayé les chroniques, nous faisant rencontrer d’abord Billy au travers des yeux de ceux qui l’ont rencontré autour de son procès pendant de nombreux mois (notamment avocats et psychiatres). La première partie nous fait en effet découvrir le « cas » Milligan au travers de leurs yeux, leurs doutes, leur scepticisme, leur adhésion… En tous les cas au travers de tout ce que peut susciter la rencontre avec un homme qui présente de multiples personnalités, qui sont chacune comme des personnes distinctes s’ignorant l’une l’autre ( ou quasiment ), et apparaissant de manière impromptu.
Cela produit des situations étranges, non seulement pour l’observateur, mais également et surtout pour le principal intéressé, ce que Keyes nous fait découvrir dans la seconde partie de ce récit qui traite essentiellement de l’histoire de Billy depuis son enfance et jusqu’à son arrestation en 1975.

La troisième partie se concentre sur l’après procès et sur des rouages judiciaires complexes, à la prise en soin « psychiatrique » hospitalière de l’époque, à la perception qui y existait de la maladie mentale et aux traitements infligés, mais aussi aux haines et passions attisées par le cas Billy.

Ce récit m’a fortement intéressée car il développe un trouble relativement peu connu, et rare sous cette forme, qu’est le trouble dissociatif de la personnalité, ou trouble de personnalités multiples. Développer 2 ou 3 personnalités qui se « méconnaissent » l’une l’autre était quelque chose dont j’avais notion, mais développer de bien plus nombreuses personnalités, je pensais cela du domaine purement fictionnel.
Il me semble également que les folies que cette affaire suscite, l’incompréhension, la haine, sont un sujet toujours actuel quand l’Homme est confronté à l’incompréhensible et donc à la peur, a besoin de boucs émissaires, de reprendre le contrôle. Cette affaire a agité médias, foules et communauté judiciaire et médicale pendant des années.

Pour revenir à Billy, on le découvre d’abord sous le filtre d’yeux externes, observant ses changements perceptibles, commençant à connaître certaines de ses personnalités. On se confronte en même temps dès le début au scepticisme de certains qui le rencontre, ou à leur complète adhésion à croire ce qu’ils entrevoient. Cela avec en fond le procès et la question de déterminer si, oui ou non, Billy simule ou souffre réellement de ce trouble. Ce qui revient à le déterminer responsable des crimes dont il est accusé ou irresponsable.

La seconde partie m’a paru assez longue par moment. Si elle a un grand intérêt car elle permet de rencontrer Billy au travers de son histoire, de percevoir l’apparition progressive de ses personnalités, de mieux comprendre leur fonction, et aussi d’appréhender le début de traitement pour les « fusionner », il est parfois difficile à mon sens de s’y accrocher par le changement fréquent de personnalité qui vient casser d’une certaine manière le processus d’identification au personnage. On passe d’un personnage à un autre, chacun est certes une part de Billy mais des parts très différentes, et, au-delà des personnages principaux, les apparitions des autres donnent le sentiment de se trouver avec des inconnus non investis affectivement. Donc ce sentiment de lâcher – reprise dans l’affect donne une impression bizarre, et la longueur est justement liée je pense au morcellement du personnage vu qu’on a souvent le sentiment de le perdre. Tout en même temps, c’est aussi une manière très juste de faire percevoir ce que peut vivre et ressentir Billy qui perd le temps constamment du fait de l’amnésie qu’il a de la prise de contrôle de l’une ou l’autre de ses personnalités.

Ce livre est intéressant par cet exemple de la clinique psychiatrique peu orthodoxe et peu fréquent. On perçoit le trouble de Billy, comment sa personnalité a pu en arriver à se fragmenter ainsi, et comment le travail a été de remettre en lien les différentes personnalités. On peut-aussi se sentir d’une certaine manière à sa place : que ressentirions nous en vivant cela ? Comment cela peut être déstabilisant, mais aussi comment cela est un moyen de défense contre l’insupportable, l’indicible et la douleur. Par contre il est difficile de s’identifier réellement à ce personnage à multiples facettes, d’où je pense aussi la difficulté et le sentiment de certaines longueurs.  Ce livre soulève aussi la question des pathologies psychiatriques, et de comment elles attisent certaines peurs dans la société, comment elles suscitent différentes émotions. Billy en effet fait peur, est diabolisé...même parmi les soignants. Ce livre soulève aussi la difficulté de diagnostic, les  divergences de perception et opinions au sein du corps médical et comment cela peut impacter la perception d’une personne malade et sa prise en charge, ce jusqu’à ne pas l’entendre et répéter sur elle des violences juste par incompréhension, peur, conflit d’opinion et d’intérêt.

Un sentiment général du coup partagé. Je suis contente d’avoir découvert cette œuvre, elle m’a donné envie de lire d’autres choses à ce propos, mais disons que c’est plus dans une dimension purement d’intérêt pour cette pathologie. Mais j’admets que certaines longueurs font que je suis mitigée quant au fait de dire que j’ai aimé, autant que la difficulté à vraiment ressentir des émotions, sauf quand il s’agit de la manière dont Billy est malmené à différents moments de sa vie.

mots-clés : #criminalite #documentaire #pathologie
par chrysta
le Ven 31 Mar - 7:30
 
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Sujet: Daniel Keyes
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Virginia Reeves

Tag criminalite sur Des Choses à lire - Page 2 97822310

Un travail comme un autre

Alabama, au cours des années 1920 : Roscoe T. Martin habite dans la ferme dont il a hérité de son beau-père avec sa femme et son fils, mais son désintérêt pour le travail agricole provoque une frustration qu'il cherche désespérément à combler. Sa passion pour l'électricité le pousse à détourner une ligne récemment installée, afin de trouver une légitimité personnelle et même une raison de vivre. Un évènement dramatique inattendu dont il est jugé responsable (la mort d'un technicien électrocuté) met fin à cet état de grâce et le conduit en prison, détruisant un idéal et la cohésion naissante d'une famille.

J'ai été ému par ce premier roman de Virginia Reeves. Elle dévoile grâce à l'écriture les silences et les non-dits d'un homme qui se cherche un destin et se heurte à son propre vide. De la violence extrême de la prison aux tensions raciales, Un travail comme un autre aborde beaucoup de sujets douloureux liés à l'histoire des Etats-Unis, avec un angle d'approche à la fois intime et collectif. Certains passages sont moins aboutis et l'épilogue peut sembler abrupt, mais je retiens l'ampleur d'un regard singulier d'une grande force.


mots-clés : #segregation #criminalite #captivite
par Avadoro
le Dim 5 Mar - 11:30
 
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Sujet: Virginia Reeves
Réponses: 2
Vues: 220

Dennis Lehane

Ils vivent la nuit

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Il vint alors à l'esprit de Joe (..) que, dans leur milieu pourtant caractérisé par une extrême violence, on rencontrait un nombre étonnant d'individus normaux : des hommes qui aimaient leur femme, emmenaient leurs enfants en excursion le samedi après-midi, entretenaient leur voiture, racontaient des blagues au snack-bar du coin, s'inquiétaient de que ce que leur mère pensait d'eux, et allaient à l'église demander à Dieu de leur pardonner toutes les choses terribles qu'ils avaient dû faire afin de pouvoir assurer leur subsistance quotidienne.
C'était aussi un secteur peuplé d'un nombre au moins égal de purs salopards. Des êtres dont la bêtise le disputait à la cruauté, et dont le principal talent résidait dans la capacité à ne pas faire plus de cas de leurs semblables que d'une mouche bourdonnant sur un rebord de fenêtre à la fin de l'été.



Joe, le fils rebelle du chef de la police de Boston dont nous avons fait la connaissance dans Un pays à l'aube, est assez satisfait de son sort de hors-la-loi, auteur de petits casses rémunérateurs, et amoureux de la belle Emma. Seulement, la belle Emma est aussi la maîtresse d' Albert White, l'un des chefs de la pègre locale. Et cet amour, qui pourrait lui valoir un destin beaucoup plus bref que celui qu'il espérait, l'amène au contraire, de péripéties en péripéties, grâce à son intelligence et sa pugnacité, à une belle fortune de gangster basée sur l'argent de la Prohibition. Joe n'en perd pas pour autant tout à fait son âme, et, malgré les bains de sang et les petites cruautés ordinaires, reste un homme attachant et qui s'interroge, porté par son nouvel amour Graciella.

C'est, tout d'abord, une belle histoire de gangsters haletante, palpitante, pleine de rebondissements qui ne laisse pas le lecteur s'ennuyer, portée par des dialogues et des réparties aux petits oignons . Il y a  aussi un contexte historique et social où Dennis Lehane se meut avec un naturel impressionnant, et s'il ne néglige pas la mise en situation  politique, tout ceci est intimement mêlée au récit, sans être doctement asséné comme cela peut se voir parfois.

Ce qui m'a le plus se touchée finalement est la psychologie des personnages qui, non seulement ne sont pas du tout tout blancs, ou tout noirs, mais  d'une complexité infinie, avec leurs interrogations, leurs raccourcis, leurs tours et détours : dans toute leur cupidité et leur violence, ils restent des êtres extrêmement attachants. La paternité et la filiation, dans toute leur complexité, sont les grands thèmes du livre,  auquel ils donnent une profondeur parfois douloureuse.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #historique #criminalite
par topocl
le Mar 10 Jan - 16:17
 
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Pavel Hak

Vomito Negro

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Un livre qui choque ! C'est le moins qu'on puisse dire.
On est bien loin de la traditionnelle image d'Epinal des Caraïbes touristiques. Ici, prostitution, vols, viols, guerres de gangs, corruption. Que de joyeusetés !
Pavel Hak nous entraîne dans une cavalcade effrénée, celle d'une famille séparée dont chaque membre tente une survie désespérée.
Le ton, est abrupt, Hak nous prend la tête et nous la plaque de force contre son récit, il faut tout prendre, lire chaque mot, encaisser chaque événement perturbateur, sans prendre l'air, sans respirer.
Moins violent que Sniper, plus fluide également, il fait néanmoins mal car il semble si simple de décrire le moche, le malsain, cela semble tellement couler de source que je fus tiraillé et tourmenté dans ma lecture.
Je ne trouve aucun défaut particulier à cet ouvrage si ce n'est que c'est le type de livre qu'on adore ou qu'on déteste, je ne pense pas que cela convienne à un grand public et pourtant j'ai beau avoir pu lire plus troublant, violent dérangeant, il y a ici un "je ne sais quoi" de particulier.
Un moment très intense.
mots-clés : #criminalite #famille
par Hanta
le Dim 25 Déc - 21:33
 
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David Vann

Dernier jour sur terre


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«Je ne cherche pas une explication ou une cause, je vois une histoire, j'essaie de la projeter dans un modèle qui puisse avoir un sens.»


Le 14 février 2008, neuf ans après Columbine, Steve Kazmierczak descend 5 personnes sur un campus universitaire et en blesse huit avant de se suicider. Personne n'a rien vu venir, et il y avait tant, pourtant. David Vann s 'attache à retracer l'itinéraire de ce jeune homme. David Vann voit cette tragédie plus sous l’aspect du suicide que de la fusillade, et, sans éluder sa responsabilité, voit Steve comme la sixième victime (ou la première?) . Comme responsable, il ne privilégie ni sa mère qui le vautrait dans les films d'horreur, ni sa famille qui l'a rejeté, ni son passé mêlant psychose et délinquance, ni son passage à l'armée, ni le rôle du libre accès aux armes aux Etats-Unis, qui est un des thèmes-clés du livre.

«Nous n'avons encore rien mis en place pour empêcher quelqu'un de commettre un tel acte. C'est un droit américain.»


Cet œil compassionnel doit à l'histoire propre de David Vann. Comme Steve, son père a mis en scène son suicide, l'auteur avait alors treize ans. Comme Steve le petit David appartenait à une famille de chasseurs, où les fusils se transmettent de père en fils, sont offerts dès l'âge de sept ans, où le premier animal tué est un rite de passage qui donne au jeune garçon un sentiment de puissance et d’appartenance à un clan. Comme Steve, après la mort de son père, David Vann « jouait » à mettre en joue ses voisins avec de vraies armes.

«mais je me demandais si Steve ne pouvait pas être le point de départ d'une réflexion sur le fait que, parfois, le pire de nous-mêmes finit par l'emporter. Pourquoi n'avais-je pas blessé quelqu'un ? Comment avais-je échappé à cela, et pourquoi pas lui ?
   (…)
   et à travers lui, je pouvais comprendre enfin les moments les plus effrayants de mon existence, et ce que je trouve également de plus effrayant en Amérique.»


À la fois distant et affectivement impliqué, David Vann livre un récit attentif et précis. S'il critique les institutions qui refusent de légiférer, il ne juge ni ne disculpe aucun des acteurs de ce drame moderne . Il déroule l'histoire effrayante et désolante d'un jeune homme qui est un enfant de notre siècle.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #criminalite
par topocl
le Ven 23 Déc - 9:11
 
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Sujet: David Vann
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Tarun TEJPAL

Histoire de mes assassins

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Ce livre est parti d’une histoire personnelle de l’auteur, journaliste d’investigation : Il « a fondé le site d’information Tehelka.com, et le magazine du même nom, qui sont les meilleurs outils d’investigation de la presse indienne. En 2001, Tehelka avait révélé une affaire de corruption, fait tomber le ministre de la Défense, George Fernandes, et ébranlé tout le gouvernement. Cela avait valu à son fondateur trois années de menaces de mort, de harcèlement moral et économique. » (source libération)

Au-delà de cette histoire personnelle, Tejpal a voulu aller plus loin et écrire un roman de l’Inde toute entière, sans tabou comme on peut l’attendre de lui. Pour lui dans ce roman, l’Inde, c’est la violence : violence morale, violence sociale, violence physique et sexuelle. Seuls s’imposent l’argent , la force et l’intimidation.
On ne peut certes pas écrire un roman édulcoré sur ce sujet, j’ai quand même regretté une certaine complaisance dans la description des scènes de violences et de sexualité (c’est d’ailleurs ce qui m’avait fait lâcher Loin de Chandinagr à l’époque), même si cette complaisance est parfois très talentueuse. Passé cet écueil, on est devant un roman très riche, raconté par un conteur hors pair, les personnages se multiplient et chacun a sa personnalité, son histoire qui se rapportent souvent à la grande Histoire.

Si c’est fameux journaliste qui raconte, il n’en est pas le personnage le plus fascinant pour autant . Il est l’objet d’une tentative d’assassinat . On arrête très vite ses 5 assassins potentiels, des explications sont rapidement trouvées et l’affaire mise au placard. C’est compter sans sa maîtresse fouille-merde et son guru malicieux qui vont le pousser à aller voir plus loin, pour apprendre qu’ en Inde, la vérité n’est jamais où on le croit et que ce n’est pas dans ce pays qu’on cherchera à faire simple quand on peut faire compliqué.

S’intercalant à cette histoire, Tejpal développe donc la biographie des cinq assassins, chacun pris dans un tourbillon d’inculture, de violence et de fatalités qui vont le mener là. On fréquente des propriétaires terriens véreux, un Robin des Bois illuminé, une secte de dresseurs de serpents, un musulman traumatisé par la partition, une troupe de gamins des rues, une épouse effacée mais fidèle, des politiciens corrompus, une bufflonne protectrice, des bandits au cœur aussi cruel que pur, et j’en passe : toute cette richesse de l’Inde des beaux quartiers aux bidonvilles qui me fait me questionner sur le sens du mot démocratie quand on parle de ce pays (je me permets cette énumération car c’est une des caractéristiques du style de l’auteur, ces accumulations sans fin qui veulent traduire le foisonnement indien, mais qui font malheureusement à la longue un peu procédé).

On a donc une histoire palpitante avec des personnages attachants, riche en couleur avec un vrai sens du récit, et un contenu qui mène à s’interroger. Plusieurs niveaux de lecture donc, pour un roman très riche et étincelant où l’humour décapant est un ingrédient supplémentaire. Il y a plein de plaisirs à découvrir au fil des pages, un vrai régal malgré les petites réserves .

Un couteau est un bel objet. Il n’est pas fait pour tuer. Pour ça, il y a le pistolet. Le couteau sert à effrayer, à semer la terreur dans la mémoire de ton adversaire. Le couteau est un instrument d’orfèvre, le pistolet un ustensile de quincaillier. Une balle ne te donnera jamais la finesse, la précision d’une lame. Avec un couteau, tu peux décider de la punition exacte que tu veux infliger. Faire une incision de douze centimètres de long, un trou de cinq centimètres de profondeur, trancher la moitié d’un doigt, épointer le nez, sectionner la langue en deux, couper un testicule en rondelles, agrandir la taille d’un trou du cul, effiler les oreilles, dessiner une fleur sur un torse, une étoile sur une joue. Tu peux réaliser toutes ces jolies choses. Si les circonstances l’exigent, tu peux aussi sortir les entrailles, découper le cœur, planter un drapeau dans la cervelle. Avec un pistolet, une seule chose est possible : un trou dans la peau. Les tueurs utilisent une arme à feu, Les artistes préfèrent l’arme blanche.



mots-clés : #criminalite
par topocl
le Ven 23 Déc - 8:49
 
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Sujet: Tarun TEJPAL
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Francisco Goldman

Circuit intérieur

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J'avais  lu et aimé Dire son nom, ce magique chant de douleur d'un veuf effondré.
Dans les premières pages de Circuit intérieur, Francisco Godman est peut-être un petit moins éploré, mais la plaie reste là, béante. Il atteint le moment où il aura vécu autant  d’années comme amant illuminé que comme veuf. Est-ce le moment pour franchir un pas ? Il va le tenter faisant le pari de circuler dans Mexico, la ville d'Aura dont il souhaite s'imprégner,  lui, le conducteur débutant et  pusillanime . Il tente le bain de jouvence dans cette ville bigarrée, pleine de vitalité mais aussi de violence et de chaos. On a tout d'abord plaisir à suivre Francisco sur ce chemin de rédemption. Ce n’est plus la douce désespérance d'un amant, mais  il nous en apprend tant sur la vie de cette ville partiellement épargnée – voire protégée - par les gangs de narcotrafiquants, mais quand même envahie de violence, de corruption, de collusion entre police, gouvernement et pègre : ce n'est pas du tout ce qu'on attendait mais c'est fort intéressant, et on se dit pourquoi pas.

Arrivé à la première moitié, Francisco se laisse embarquer à décrire un «fait-divers», l'enlèvement puis l'assassinat de 12 jeunes gens au sortir d'une boîte de nuit. Règlement de compte entre gangs, vengeance saumâtre, enquête négligée, ingérence politique des plus sordides, Francisco en fait sa grande cause. Malheureusement il nous relate cela au jour le jour, dans un style de plus en plus journalistique, sans prise de recul, en accumulant le retours en arrière obscurs, dans une redondance des détails   politico-locaux et digressions foireuses qui nous submergent... L'indigestion guette et ne tarde pas à envahir le lecteur, heureux de voir notre veuf se sauver à travers une telle cause, mais honteux d'avouer qu'il aimait mieux le lire quand il était au fond du trou...

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par topocl
le Sam 17 Déc - 16:23
 
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Javier Cercas

Les lois de la frontière

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   je préfère le mélodrame au mensonge.



Une fois refermé ce livre, je ne sais pas trop ce qu'il raconte :
Est-ce l’histoire d’un trio infernal  et de ce  qui lui advient au fil de trois décennies de répulsion-fascination, rejets et appels à l’aide ?
Est-ce l’histoire de Zarco, adolescent charismatique, chef de bande,  qui passe les trois quarts de sa vie en prison, et, au fil des coups d'éclat et provocations devient une star manipulatrice ?
Est-ce l’histoire d’Ignacio,  lycéen déboussolé des classes moyennes, qui, le temps d'un été, croit trouver sa place dans la bande, fasciné par Zarco et amoureux de Tere « la fille la plus belle du monde »,  et qui, sans jamais rien comprendre à rien, est resté de manière fidèle au fantasme de son enfance et l’a payé le prix fort?
Est ce l’histoire métaphorique d’une Espagne désorientée et déchue, qui a voulu simplement tourner la page et s’est rendu compte que c’était plus compliqué que ça ?
Est-ce l’histoire de l'impossible recherche de la vérité ?

Évidemment, c'est tout cela à la fois. En tout cas, c'est un sacrément bon roamn, porté par des personnages magnifiques dont les espoirs et folies de jeunesse laissent place à des déchirements, une noirceur, que quelques éclats de bonheur viennent magnifier.

Le livre se présente sous la forme d’ interviews menés par un écrivain, nègre engagé pour rapporter rétrospectivement les faits. Cela permet à Cercas d' utiliser ce style efficace qui est le sien,  pseudo-oral, très fluide, rapide , précis, qui n'exclue pas de belles envolées littéraires. L'interviewé principal est Ignacio, qui croit avoir pris ces distances avec cette histoire, et va découvrir, dans un final aussi bouleversant que le début du roman se veut retenu, que tous les doutes persistent, et que les blessures sont loin d’être cicatrisées. Le témoignage d’un policier et du directeur de la prison viennent nuancer ses dires, apporter un éclairage  autre, et tout à la fois préciser les choses et multiplier les interrogations.

Ignacio est un homme qui a l’apparence d’un gagnant et le cœur d’un loser . La fidélité à soi-même et à sa jeunesse, son refus de la perte des illusions, la poursuite de l’impossible amour sont les ingrédients de son questionnement perpétuel sur la vérité et le sens de la vie.  Il est question d 'une confiance alternativement récompensée et bafouée. Et Javier Cercas n’est pas du genre à apporter des réponses toutes faites à cette quête déraisonnable du  pardon et de la rédemption.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #criminalite
par topocl
le Ven 16 Déc - 18:44
 
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Don Carpenter

Sale temps pour les braves

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À peine sortis de l'adolescence, Jack Levitt et Billy Lancing ont une revanche à prendre sur la vie qui ne leur a pas fait de cadeau. Billy est né noir dans une société qui n'est pas près de le lui pardonner, quant à Jack, enfant naturel, il a grandi à l'orphelinat

  Ses parents, peu importe qui ils étaient, avaient sans doute fait l'amour à cause d'une envie similaire. Pour le plaisir, pour la satisfaction éphémère qu’ils en retiraient, ils l’ avaient conçu, et parce qu'il était manifestement gênant, l’avaient largué à l'orphelinat ; parce que lui, cette vie qu'ils avaient créée dans un instant d'insouciance et d'inconscience, n'était finalement pas drôle du tout ; il n'était qu'un effet secondaire pénible de ces démangeaisons ; il était la morve sur le mouchoir une fois le nez débouché, une masse dégoûtante dont on se débarrasse discrètement et qu'on oublie. Une rage froide l’emplissait, une rage dirigée contre ses parents inconnus, contre la vie qu'on lui avait donnée, et tout ça pour des raisons tellement stupides et futiles ! Pour une éjaculation d'une seconde ! Il était né à cause de ça (…) .Quinze à vingt minutes dans un lit anonyme entre deux probables étrangers lui avaient causé vingt quatre ans de malheurs, de peine et de souffrance, et promettaient, à moins qu'il ne meurt jeune, de lui causer encore quarante ou cinquante ans de malheur, enfermé dans une pièce minuscule ici ou ailleurs sans espoir de connaître la liberté, l'amour, la vie, la vérité ou la sagesse.


Ils se promettent de se payer une bonne tranche de liberté et cela passe par le fric, la frime, et les femmes.

 N’ayant jamais connus ses parents, il ne s'attendait pas à ce que l'avenir soit une répétition d'un passé qu’il ne pouvait pas se représenter - lui au moins avait une vision de l'avenir qui comprenait une sauvagerie gratuite, un enchaînement de plaisirs allant grandissant, d'amour et de joies, et s'il fallait lutter pour l'obtenir, cela ne posait pas de problème ; il savait se battre pour avoir ce qu'il voulait. À vrai dire, c'était quasiment la seule façon de procéder qu'il connaissait.


Autant loosers que flambeurs, ils fréquentent de petites frappes, logent dans des hôtels miteux, gagnent sur le tapis vert du billard des sommes qu'ils perdent aussi vite pour s'offrir des plaisirs faciles. Il vivent 100 à l'heure sans se soucier des bourgeois et des lois. Mais malgré la jouissance, la solitude et le désespoir de leur lâchent pas les semelles
 
Enfin, l'idée même que la vie puisse être belle était idiote. Parce que le bon et le mauvais, le bien et le mal n'existaient pas. Du moins, pas tels que les définissait l'orphelinat, pour qui le bon égalait l'ennui, la douleur et la stupidité ; et où le mal était beau, délicieux et explosif ; et ce n'était certainement pas non plus son contraire - il serait agréable de ne vivre que pour s'amuser mais que faire une fois l'amusement épuisé ?

   
C'est comme si tu crevais d'envie de casser une vitre avec ton poing, tu vois, et si tu cédais à ce désir sans réfléchir, alors bam, pendant une demi-seconde, t’aurais l'impression d'être le roi du monde ; mais au lieu de ça, tu commences à avoir la trouille de te couper, ces conneries, et tu hésites, alors tu t’en veux à mort et tu finis par exploser la vitre, sauf que tu le fais en toute conscience, et du coup t’en retires aucun plaisir.


Et bien sûr… cela tourne mal, centre de détention, prison, tout concourt a réveiller en eux une violence irréfléchie, mais aussi à casser leurs illusions, leurs rêves et leurs folies,

Il serait plus simple de croire en Dieu. Alors on pourrait se réveiller, bâiller, s'étirer et sourire à un monde organisé autour de la compassion et de la mort, du châtiment pour le mal, la félicité pour le bien, et si le jeu paraissait fou, au moins il avait des règles. Mais le monde n'avait aucun sens. Il n'en avait jamais eu.


Et finalement ils accusent le coup, et ils vieillissent, les émotions prennent le pas sur l'action
 
Cette nuit-là, Jacques pleura à s'en fendre l'âme. Il ne trouva aucune pensée réconfortante. Il ne parvint même pas à se mettre en colère, il était simplement désespéré, et plus seul qu’il ne l'avait jamais été de sa vie. Il ne lui restait plus rien à faire sinon pleurer, et il pleura.


D'autres valeurs comptent, d'autres refuges se dessinent.
Est-ce vraiment se ranger ? Où trouver une certaine douceur au monde qu’ils n'avaient pas connue auparavant ?

Jusque-là, il n'avait été qu'un voyou, avec un avenir de voyou, la vanité et la sensiblerie d'un voyou qui croyait que le monde entier en voulait à sa peau. C'était idiot ; aujourd'hui qu'il avait mûri, le temps était venu de profiter de la vie.

 
Évidemment, il voulait un fils. Il se disait qu'avoir un fils, puis un 2e, peut-être, et puis une fille ou deux était la clé d'une existence comblée. Il avait assez contemplé le vide de la vie pour ne jamais l’oublier.


  Il le faisait souvent, entrait à pas feutrés dans leur chambre pour les border et ressentir cette tendresse sans bornes que seuls les parents connaissent, puis il regagnait son lit et ses idées noires.


Mais ils étaient si déshérités par leur naissance que ce bonheur leur est sans doute interdit

 Elle se représenta ce jeune homme, enfermé dans une cellule de prison Dieu sait où, coupé de toute pensée d'immensité, et elle éprouva soudain une grande pitié pour lui, sa jeunesse perdue, sa croyance naïve et infantile que le passé était biens derrière lui et qu'il pouvait recommencer de zéro, enterrer tout ce qu'il avait été et devenir une personne cultivée.
   Et elle en concevait une telle amertume qu’elle en aurait pleuré.


  Il voyait les choses et les éprouvait. La terre devint réelle, et parfois, il réussissait à percevoir le plaisir qu'il y avait à être vivant


Malgré quelques longueurs liées à ma méconnaissance du billard, j'ai aimé ce portrait puissant, à la fois tendre et tragique, d’une Amérique de l'après-guerre, sans repères, vouée à l'immédiateté, qui découvre sa propre vanité, mais toute quiétude lui est interdite. Des humains en perdition, minés dans leurs racines, qui tentent désespérément de s’accrocher les uns aux autres pour surnager et dont la poursuite du bonheur est vouée à l'échec.

Don Carpenter, sous prétexte que ses « personnages vivent des émotions d'une grande intensité », pense que ses « écrits sont optimistes ». J'ai pour ma part trouvé ce livre d'un grand pessimisme, même s'il est traversé par des éclats où la vie prend un caractère intense et fulgurant, et des élans de fraternité et de tendresse partagée sublimes, il est sous-tendu par un désespoir et une fatalité des plus sombres. Il n’en est pas pour autant moins attachant, et ses personnages, hantés par leur solitude et l'indifférence du monde, battants perpétuellement perdants, ont laissé en moi une petite musique obsédante.

(commentaire rapatrié)




mots-clés : #social #criminalite
par topocl
le Ven 16 Déc - 18:20
 
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Sujet: Don Carpenter
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Karel Capek

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[b]HORDUBAL. - L'Age d'homme


[/b]De Capek, j'avais lu dans le temps un recueil de nouvelles et, plus récemment, L'Année du jardinier, un vériable almanach à l'ancienne, plein de conseils poétiques et fantaisistes. et d'illustrations amusantes.Et puis là, avec Hordubal, j' ai eu un vrai choc littéraire.

Juraj Hordubal, revient au pays, (un village de Bohème) après 8 ans d' absence. Pendant ces huit ans il a trimé dur comme mineur dans une mine de charbon à Johnstown, aux Etats-Unis.
On a exploité sa naiveté, son ignorance de la langue, pour utiliser sa force de travail et pour lui voler ses économies, 3000 dollars.

Mais il lui reste 700 dollars. Hordubal est optimiste, il a suffisamment pour voir venir, et n'a qu'une hâte, retrouver sa femme et sa petite fille, qui n'avait que trois ans lors de son départ. Et puis, bien entendu, sa ferme, le village, les amis.

Mais sa femme l'accueille très mal et sa petite fille ne le reconnait même pas. Désemparé, il erre dans la campagne en étranger. Et de fait, personne ne semble le reconnaitre. Le soir, il revient à ce qui était sa ferme et va se coucher à l' étable, attendant, espérant que sa femme lui revienne.

Mais elle le trompe depuis longtemps déjà avec le valet de ferme qu'elle a embauché. Tout le monde au village le sait, mais contre toute logique, Juraj se refuse à le croire.
Non, Juraj n'est pas logique. Il est seulement aimant, bon, fidèle et généreux. Peut-être même un peu trop...
A vouloir défendre son épouse à tout prix, un soir, à la taverne, il se fait assommer par des villageois qui la traitaient de pute...

Mais lui, toujours humble et patient, attend encore et espère... Jusqu'au moment où il finit quand même par chasser le valet de ferme qui se moquait trop ouvertement de lui.

Je ne vous raconterai pas la suite, car il y a mort d'homme et une enquête fort subtile et pleine de bon sens que je ne vous révélerai pas.

Si vous m'aimez un peu, vous lirez ce livre... Et sinon, vous prendrez le train ! Tag criminalite sur Des Choses à lire - Page 2 Icon_surprised

Ce livre m'a fait penser à un autre livre que j'ai beaucoup aimé : Un Roi sans divertissement de Giono.
Comme Giono, Capek sait retrouver l'essence des êtres humains ou plutôt ceux d'une communauté paysanne obéissant à des règles strictes et primaires.
Et là aussi, il s'agit bien d'une tragédie où l'on trouve des hommes frustes et brutaux, mais aussi des justes et des indifférents.

Le livre est savamment composé. La majeure partie est vue du coté de Hordubal. Les deux autres sont une enquête policière (comme dans Un roi sans divertissement) menée par des gens du village et qui font assaut de subtilité, une subtilité qui n' a d' égale que leur bon sens...
A la clé, des révélations tout à fait inattendues...

Ce livre est un grand livre et j'attends de lire avec impatience : Une vie ordinaire et Météore qui forment une trilogie...

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par bix_229
le Ven 16 Déc - 16:07
 
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Sujet: Karel Capek
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Roberto Alajmo

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Fils de personne

Second livre que je lis de cet auteur et le plaisir est encore plus fort. Alajmo est toujours aussi acide, il rogne avec plaisir les  personnages qu’il met en scène, oui en scène car c’est une véritable comédie, noire,  prenante, il ne délivre même pas  le lecteur de son emprise à la dernière page. Le  lecteur  s’étonne que sa lecture soit déjà terminée !

L’écriture est  liquide, elle glisse  mais draine toujours les impuretés de l’âme humaine.

L’Histoire : Un meurtre a été commis dans une famille « pauvre »  comme il y en a des centaines en Sicile, vivent dans l’appartement : les grands-parents, les parents de Tancredi  20 ans.


Ces extraits donnent le ton :

La grand-mère : « Tancredi la connait et il le sait : son ton impatient signifie qu’elle a l’intention de collaborer dans les  limites de l’indispensable. Pas un mot qui ne soit essentiel. Ca fait partie de son caractère, elle est comme ça, mémé Rosa : elle en veut au monde entier. Elle est amère. Arrivée au moment du bilan, elle a découvert que la vie était en dette avec elle, et ne pouvant plus passer à la caisse, elle a décidé de se venger en rendant l’existence plus difficile au reste de l’humanité. »

Le grand-père : « Il a ça de bien pépé Fonzio : parfois on ne comprend pas  s’il fait l’idiot ou s’il l’est vraiment. »

La mère : « En ce moment, sa mère doit être dans le fauteuil, sa place préférée quand il s’agit de perdre connaissance. Il lui arrive d’avoir ce genre d’évanouissements. Mais ce ne sont pas vraiment des évanouissements, car bien qu’évanouie elle arrive à parler. »

Le Père : « Nicola avait mis au point une technique qui consistait à se fâcher tout juste avant de se mettre en colère et  garder ainsi le contrôle de sa colère. Ce n’était pas un véritable emportement, mais il n’était pas feint non plus, et à froid, il n’était pas difficile à produire. Une fois obtenu le prix qu’il voulait, il posait l’objet qu’il tenait en otage, encaissait l’argent et saluait.»

Tancredi : Il a vingt ans désormais. « Il s’efforce de se regarder avec objectivité. Il est grand. Il sait quels sont ses devoirs et maintenant il a décidé de ne plus s’y dérober. La réalité qu’il a à vivre est ce qu’elle est, il n’y a rien d’autre à attendre. »

Tancredi vu par les autres : C’était un adolescent déjà grand et maigre, qui avait poussé d’un coup sans laisser au reste le temps de grandir en proportion. Le reste, et surtout l’intelligence, on espère toujours que ça suivra dans les mois, les années à venir. Serenella l’avait cru jusqu’à maintenant : que son frère était stupide de manière provisoire, que son intelligence devait tôt ou tard arriver. Et en fait non, apparemment. «


Je vous invite donc une fois de plus à faire connaissance de cet auteur.


mots-clés : #criminalite #famille
par Bédoulène
le Ven 9 Déc - 16:50
 
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Mario Vargas Llosa

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Le Héros Discret.

Ce sont 2 histoires qui se déroulent en parallèle et qui finiront par se rejoindre.
2 héros que tout sépare et pourtant aux nombreux points communs.
D'une part, nous sommes à Piura, nord du Pérou, à 900km de Lima. Felicito Yanaqué, marié, 2 fils, est patron d'une entreprise de transports assez prospère. Mais voilà qu'il reçoit de curieuses lettres mafieuses qui lui proposent protection en échange d'argent, ce que Felicito va refuser fermement avec courage. Tant et si bien qu'il va devenir un héros national.
D'autre part, on découvre Ismael carrera, habitant Lima, veuf, 2 fils jumeaux surnommés les hyènes, qui dirige une riche compagnie d'assurances. Suite à des ennuis de santé, il s'aperçoit que ses fils n'attendent que sa mort pour dilapider sa fortune.
Les deux hommes ont en commun le fait d'avoir monté leur entreprise à la force de leurs bras, d'être partis de rien. Ils seront tous deux confrontés à la cupidité, à une immense déception et leur sentence sera à la hauteur de cette dernière.
Pendant les ¾ du roman, les chapitres alternent Piura et Lima jusqu'à ce que les 2 histoires se rejoignent à la fin; ce qui contribue à une lecture assez rapide.
D'une écriture sensible et très fluide avec une touche d'humour, Vargas Llosa nous relate une histoire profondément humaine et parfois dure avec en arrière plan le Pérou et ses rues poussièreuses et bruillantes qui se calment à la tombée du soleil, ses chiens errants, ses maisons sombres et sa résignation silencieuse.

P.S: Je n'ai malheureusement pas seléctionné d'extrait, ayant lu le livre d'un trait dans mon avion de retour du Pérou.Mais je peux témoigner qu'on y retrouve l'ambiance des villes du bord de mer que j'ai visitées. Je dis bien villes car dans les hameaux des hauts plateaux, c'est différent.

"....après [....] s'être préparé son petit déjeuner habituel: café au lait de chèvre et tartines grillées beurrées, avec quelques gouttes de miel de chancaca. Il habitait dans le centre de Piura, et la rue Arequipa éclatait déjà du brouhaha de la ville, ses hauts trottoirs étaient noirs de monde allant au bureau, au marché ou amenant les enfants à l'école. Quelques bigotes se dirigeaient vers la cathédrale pour la messe de huit heures. Les vendeurs ambulants proposaient à tue-tête leurs gommes au sucre de canne, sucettes, bananes frites, empanadas et toutes sortes de gourmandises, et l'aveugle Lucindo était déjà installé au coin, sous l'auvent de la maison coloniale, sa sébile à ses pieds. Tout semblable à tous les joursn depuis des temps immémoriaux."

Ajoutez à cela les perpétuels coups secs de klaxons et on y est !


mots-clés : #criminalite
par Cliniou
le Mer 7 Déc - 9:14
 
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Sujet: Mario Vargas Llosa
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Ricardo Piglia

Tag criminalite sur Des Choses à lire - Page 2 Livre_12

"Argent brûlé" de Ricardo PIGLIA

1965, Buenos Aires. Gaucho Dorda, "Bébé" Brignone, Mereles "le corbeau" et une poignée d'autres gangsters vont attaquer le fourgon menant le salaire des fonctionnaires municipaux à la mairie. Malito dirige les opérations et a tout organisé. Après le braquage sanglant, les bandits vont quitter le pays mais veulent doubler les civils qui les ont renseignés et qui vont les aider à s'extrader. S'ensuit une traque entre ces derniers et le commissaire Silva sur le territoire uruguayen.

Malgré le synopsis (et la couverture), ce livre n'a pas grand chose à voir avec le roman noir. Il est tiré d'un fait divers qui se déroule durant les années troubles (1955 à 1983) durant lesquels péronistes et militaires se disputent le pouvoir. Ceci est palpable durant la première partie et le début de la fuite. Les gangsters fuient l'Argentine pour garder le butin, mais surtout pour échapper aux tortures et sévices dont presque chacun a déjà été victime.

L'auteur instille un climat d'attente, de violence et de peur utilisant tour à tour le style romancé, journalistique et administratif (rapports), répétant parfois la même scène plusieurs fois sous ces différentes formes.
Lu ainsi, ça peut paraître rébarbatif, mais l'auteur jongle avec ces styles et ces répétitions pour intensifier l'ambiance, la ralentir lors des moments d'attente, la rendre plus poisseuse si le besoin s'en fait sentir.

Les personnages, et ceux des "jumeaux" particulièrement (appelés ainsi non parce qu'ils sont frères mais qu'ils se comprennent sans rien dire) Gaucho Dorda et "Bébé" Brignone sont étudiés (c'est le mot) en profondeur.

La partie de l'attaque finale pour la capture du groupe dure près de 70 pages - le tiers du livre à peu près. Si ça peut paraître long, c'est que l'arrestation dura près de 15 heures, et l'écriture décrit ainsi tour à tour l'attente, la peur puis la folie des assiégés. Mais elle n'oublie pas l'extérieur et les réflexions, les tactiques et tentatives des policiers, l'attroupement des curieux, l'intervention des médias près à tout pour arracher la meilleure audience. C'est aussi à ce moment là qu'on en apprend le plus sur les personnages principaux, empêtrés dans leurs angoisses personnelles, obsessionnelles.

Sans être un roman incontournable, c'est un livre qui tient en haleine non pas dans le suspense, mais plutôt dans l'attente de cette fin que l'on sait inéluctable.

"Sous les feux des camions et des torches électriques, dans la zone éclairée par la lumière des projecteurs pour que les voyous ne puissent pas s'échapper par les fenêtres, gisaient sur le trottoir la dépouille de ces deux garçons morts et du troisième, blessé au ventre. Plutôt que deux jeunes morts, on eut dit (selon le chroniqueur d'"El Mundo"), sortis d'une bétonneuse, des débris d'os, de bouts d'intestins et de tissus qui pendouillaient, dont il était impossible de supposer qu'ils étaient dotés de vie. Car ceux qui meurent blessés par des balles ne meurent pas proprement comme dans les films de guerre, où les blessés font une pirouette élégante avant de s'effondrer, tout entiers, comme des poupées de cire. Non, ceux qui meurent dans une fusillade sont déchiquetés par les balles et des morceaux de leurs corps restent éparpillés sur le sol, comme les restes d'un animal à la sortie de l'abattoir"

Message rapatrié


mots-clés : #criminalite #regimeautoritaire
par Exini
le Mar 6 Déc - 22:18
 
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Sujet: Ricardo Piglia
Réponses: 1
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Mikal Gilmore

Un long silence

Tag criminalite sur Des Choses à lire - Page 2 51vcd010

Cette photo est une vraie photo de la famille Gilmore

En 1976, le frère de Mikal Gilmore, Gary, a déchaîné les médias américains. Tout d'abord en commettant un double meurtre insensé, exempt de tout mobile, de sang-froid, puis, alors que depuis 10 ans aucun condamné à mort n'avait été exécuté aux États-Unis, en refusant de demander sa grâce, en exigeant son exécution, en demandant que celle-ci soit réalisée avec la méthode la plus violente qui soit (fusillé par un peloton de 5 personnes). Il a ainsi ouvert la porte au rétablissement de la peine capitale aux États-Unis.

D'une histoire pareille, qui a été déjà rapportée par Norman Mailer dans Le chant du bourreau un roman-fleuve de 900 pages qui lui a valu le prix Pulitzer en 1981, et dans plusieurs films et reportages télévisuels, qui continue à hanter la conscience américaine, Mikal Gilmore n'a pu ressortir indemne.

Ce livre est une tentative désespérée d'exorciser son passé, d'expliquer l'inexplicable, de pardonner l'impardonnable, d'aimer désespérément une famille si peu « aimable ». Décortiquant une histoire familiale au fil du siècle, décryptant les personnalités, les héritages, Michael Gilmore essaie de dénouer l'écheveau inextricable qui a amené son frère dans cette folie destructrice et suicidaire. Il veut comprendre, mais sans se contenter de jouer la carte trop facile de la simple enfance malheureuse, de la lourdeur de l'héritage psychologique, marquée par la culture mormone, austère, rigide, et structurante. Il compatit aux victimes, mais il veut aussi compatir à son frère, pris depuis l'enfance, et peut-être même déjà avant sa naissance, dans un engrenage mortifère. À côté de la pire violence du crime final, il met en lumière la douleur partagée de cette famille, l’in capacité que chacun y avait d’exprimer sa souffrance sa solitude autrement qu'en détruisant l'autre.

Gilmore nous décrit cette famille, sa famille , il dissèque cet ancrage maléfique, mais ancrage tout de même, où l'amour est aussi violent (à tous les sens du terme) que désespéré, et entre en résonance avec les pertes et les abandons. Chaque personnage hurle magnifiquement sa détresse à travers ses fureurs et ses folies, et grâce à l'immense empathie et à l’intelligence magnifique de Mikal Gilmore, on est en empathie profonde, mêlée de détestation, pour chaque personnage, aussi révoltant soit  son comportement.

Mais l’auteur ne s'arrête pas là. Il nous interroge sur la vie et la mort, la prédestination et le libre arbitre, notre droit à décider de la mort des autres et de régler nos problèmes personnels par celle-ci. Il parle de la difficulté de vivre avec un passé pareil, comment s'en affranchir sans le trahir comment exprimer son amour pour des êtres aussi détestables, comment juger des hommes et des femmes qu'il aime tant et qui ont tant souffert.

Un long silence, a en anglais un titre beaucoup plus vibrant, bien plus représentatif du livre, : Shot in the Heart. C'est, et je pèse mes mots, le livre le plus bouleversant que j'ai lu depuis bien plus de dix ans

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #criminalite #famille
par topocl
le Mar 6 Déc - 15:25
 
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Sujet: Mikal Gilmore
Réponses: 1
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