Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Sam 7 Déc - 18:00

65 résultats trouvés pour essai

Rana Dasgupta

Tag essai sur Des Choses à lire - Page 3 Unknow10

Delhi capitale

Rana Dasgupta ne connaissait l'Inde que parce que ce pays était celui de son père. Jamais il n'aurait imaginé quitter définitivement le confort de Manhattan pour la cité de Delhi. Et pourtant, il a été aspiré par le pouvoir d'attraction de cette ville dont il est, dit-il, tombé aussi amoureux qu'haineux… Et cette ville, il a eu envie de la comprendre, en se replongeant dans son histoire (récente et plus ancienne), et en allant à la rencontre de ses habitants, plus particulièrement ceux de la classe moyenne, qui sont au coeur de ce livre.

Maintes fois, Delhi a été détruite. Maintes fois, elle a su renaître de ses cendres. Le dernier traumatisme en date étant le drame de la Partition, dont les conséquences ont totalement changé le visage de la capitale indienne, donnant lieu à un vrai bouleversement culturel. L'empire moghol avait laissé en héritage une culture raffinée, un art unique et une langue célébrée des poètes. En exacerbant les antagonismes, la Partition a provoqué la mort de ce subtil sincrétisme hindo-musulman, que l'auteur évoque avec une certaine nostalgie. Cet extrait certes un peu long synthétise bien, je crois, la pensée de l'auteur :

Sans doute pense-t-on qu'un pays indépendant est plus porté à s'exprimer qu'un pays colonisé. Peut-être imagine-t-on l'Indépendance comme un moment où des voix jusque-là muettes se déversent tout à coup en conversation et en chants. Mais, dans l'Inde du Nord, la vérité était plus complexe. On ne lisait plus les ouvrages des grands auteurs en hindoustani, qui contenaient trop d'éléments désavoués et était écrits dans un alphabet qu'on ne pourrait bientôt plus déchiffrer.  Les maisonnées pendjabies, naguère si fièrement littéraires, se mirent à dédaigner les livres. La plupart, tous ceux qui ne servaient pas directement à promouvoir la carrière, représentaient une dépense sans retour sur investissement ; en fait, ils étaient une menace pour la maisonnée post-Partition, dans laquelle reconstruire la base matérielle de la famille était l'unique préoccupation légitime. (…)
Delhi mérita une fois de plus sa réputation de ville ou les langues viennent mourir. Si les réfugiés de la partition oublièrent l'ourdou en une génération, ils éprouvèrent les mêmes des difficultés à transmettre leur langue maternelle, le Pendjabi, dont leurs petits-enfants, dans leur immense majorité, ne connaissaient que des bribes. Beaucoup de membres de la classe moyenne finirent par ne parler correctement aucune langue – ni l'anglais, qui était, néanmoins, leur langue professionnelle, ni le hindi, qu'ils parlaient chez eux avec un vocabulaire limité aux besoins de la vie quotidienne. Le souci de la langue ? Vain et efféminé. La mode fut un certain relâchement dans l'expression, à une ignorance voulue de la grammaire.  (…) L'ancienne largeur de vue disparut. Les gens savaient de moins en moins ce que pensaient ceux qui n'étaient pas comme eux, l'isolement et la suspicion s'accrurent entre les castes.
Ce sont souvent les pauvres migrants des petites villes qui préservaient l'idée de la belle langue. Les réfugiés de la Partition, qui étaient propriétaires, comptaient leurs maisons et leurs économies, se repaissant de leur supériorité face à ces nouveaux venus dépenaillés ; mais parfois, ils entendaient parler les classes laborieuses venues d'autres lieux où l'on avait conservé les éléments poétiques, extatiques de l'hindoustani, et il s'apercevaient alors de tout ce qu'eux-mêmes avaient perdu.


La devise des années Nehru, "frugalité, service, nation", déjà mise à mal sous le régime d'Indira Gandhi, fut littéralement balayée par la dérégulation économique des années 2000. Aujourd'hui, la ville de Delhi se trouve dédiée tout entière à la rentabilité, à la réussite sociale et au consumérisme. L'opulence se doit d'être ostentatoire. Mais si le dynamisme de cette classe moyenne force l'admiration, il n'en cache pas moins des failles : une jeunesse désoeuvrée et en perte de repères, et des cellules familiales déstabilisées par la nouvelle indépendance des femmes, la (relative) libéralisation des moeurs, ou encore le recul de la spiritualité.
Et puis, le pendant de tout cet argent coulant à flot est, on le sait, la corruption endémique qui sévit dans le pays. Le système, loin d'être anarchique, est au contraire soigneusement planifié et entretenu par tous ceux qui y trouvent leur intérêt. Même le système médical est gangrené, les hôpitaux n'hésitant pas à faire payer des sommes ahurissantes des traitement totalement inutiles, voire dangereux pour les patients…
Delhi est en plein boom, Delhi s'enrichit, mais Delhi marche sur la tête…

Bien entendu, les pauvres sont comme toujours les grands perdants dans cette histoire. Les terrains où ils établissent leurs bidonvilles étant régulièrement convoités par les promoteurs, ils sont évincés manu militari, relégués dans les friches insalubres. Là, patiemment, de leurs propres deniers, ils reconstruisent des habitations, des écoles, et adjoignent un système de canalisation, avant d'être, de nouveaux, chassés comme des malpropres. Eternel cycle infernal pour ces déshérités ouvertement méprisés :

Le corollaire de tout cela était que, dans l'esprit de la classe moyenne, les domestiques ne méritaient pas leur salaire. Ce dernier n'était pas le reflet de leur contribution à la maisonnée, mais une espèce d'aumône qui leur était faite en dépit de leur incompétence. (…) Leur représentation des pauvres n'était pas celle d'une formidable force de travail, mais d'une meute de parasites qui vivaient au crochet de l'intelligence et du dur labeur de leurs supérieurs. C'était elle, la classe moyenne, qui boostait l'économie, et elle était déterminée à s'assurer que les fruits de la croissance lui reviennent en propre, et à personne d'autre. (…) « Se faire plumer » par les pauvres étaient quasiment une obsession (…)  Comme si, en réaction à la sempiternelle maxime de l'immédiat après indépendance – « Souvenez-vous des pauvres ! » –, Le temps était venu, semblait-il, de les oublier.


Pour dresser ce portrait contrasté de la ville, l'auteur a interviewé des gens très divers, arrogants, attachants, lucides, déroutants aussi, parfois, qui se sont livrés en toute sincérité. Mais Rana Dasgupta ne se contente pas de nous proposer des témoignages bruts, il fait un véritable travail de mise en perspective, aussi bien culturel que politique, analysant les mutations actuelles à l'aune du passé de la ville et du pays. C'est passionnant, parfois édifiant, et que l'on soit d'accord ou pas avec ses théories, on se plongera avec fascination dans cet essai de quelques 600 pages qui se lit aussi facilement qu'un roman, et livre de Delhi une vision aussi séduisante qu'effrayante.
A l'heure actuelle, Delhi est une ville à l'équilibre précaire, d'autant plus que son approvisionnement en eau est de plus en plus difficile à asssurer. Delhi pourrait donc bien s'auto-détruire. Avant de renaître, encore une fois ?


mots-clés : #corruption #essai #historique #mondialisation #social
par Armor
le Sam 15 Juil - 18:29
 
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Sujet: Rana Dasgupta
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Josef Schovanec

Je suis à l'est!

Tag essai sur Des Choses à lire - Page 3 Images18

En somme, être normal est bien triste. Je préfère la compagnie des fous.


Josef Scoovanec  nous présente l'autisme, son mode de vie, que d'aucuns nomment handicap, maladie voire folie.

Lorsque je suis seul dans ma chambre, je ne me sens pas autiste (...) Suis-je donc autiste tout le temps ? Quand je suis dehors ? Et si je ne sors plus de chez moi, serai-je encore autiste ?


Il commence par raconter son  cursus (l'apprentissage tardif de la parole, le harcèlement et l'exclusion à l'école, le lycée, Sciences po) faisant émerger les particularité qui ont émaillé sa relation à lui-même et à l'autre, ce handicap social, cette soi-disant psychorigidité. Il montre  l'incompréhension face à sa maladresse, sa bizarrerie,  avec ce cercle vicieux de  la constitution de l'identité par l'exclusion. Mais aussi la tolérance, l'intelligence relationnelle et l'ouverture bienveillante de certains, notamment de ses parents, que la dictature tchécoslovaque et l'exil avaient peut-être préparés à mieux gérer la différence . Et aussi les errances diagnostiques de médecins emprisonnés dans leur égo et leurs croyances,qui ont mené à de catastrophiques prises en charges thérapeutiques, inadaptées et délétères.

Il explique en quoi, en parallèle des acquisitions classiques, le parcours de l'autiste impose tout un apprentissage, fait d'observation, de réflexion, de gaffes et leurs retours plus ou moins destructeurs, pour tâcher d’obtenir un minimum d'adéquation, c'est à dire  d'intégration. Car si pour lui "la règle, c'est la règle" et cela poussé jusqu'au stade le plus ultime, celle-ci n'est pas forcément celle des autres, le point de vue et l’interprétation sont autres.

Il parle de son appétence culturelle qu'il appelle, avec son humour toujours un peu distant,  toxicomanie, qu'on peut voir aussi comme le moteur qui l'a amené à vaincre ses angoisses, ses réticences , ses perplexités dans le seul but de la satisfaire.

Au-delà de l'anecdote quotidienne, il poursuit une réflexion sur la norme, la normalité et la normalisation.

A l'école, quand on veut blâmer un enfant, on lui dit : « Ne fais pas l'intéressant ! » Alors que l'objectif de toute vie artistique, professionnelle, voire de toute vie humaine, et précisément d'être intéressant.


Il repositionne inlassablement l'autiste et le non-autiste, interroge la notion de différence culturelle, d'étrangeté.

Les manques sont toujours très relatifs. Diderot, dans la Lettre sur les aveugles, qui au demeurant lui a valu la prison, compare l'absence de la vision de l'aveugle à la situation du moucheron, qui n'a pas de bras mais a des ailes. Objectivement, la plupart des gens ne ressentent pas le manque d'ailes pour voler, alors même que cela pourrait leur être fort utile.


A distance "l'approche  misérabiliste (montrer la souffrance de l'autiste)" et de "l' approche bling bling (montrer les aptitudes au calcul mental d'un certain nombre de gamins avec autisme)", Josef Schovanec propose "l'approche pragmatique", l'acceptation de la différence, l'ouverture à l'autre, la recherche de solutions adaptatives. Une approche qui, au delà des mouvements associatifs qu'il n'épargne pas,  donne la parole aux autistes, et aussi aux non-autistes, abusivement considérés comme "non concernés", chacun apportant à l'autre sa singularité pour l'enrichir,  dans le but de construire les conditions optimales d'une cohabitation heureuse et fructueuse.

Si la société promet bonheur, longue vie, santé, bon salaire, et que je n'ai rien de cela, et si l'autisme est défini par le trouble social, comment pourrais-je ne pas être au moins un peu autiste ?


Pour conclure
En somme, je crois que l'être humain est très complexe. Que l'on ne peut jamais le décrire par un seul critère. C'est pour cela que je ne peux me définir par l'autisme ; l'autisme est une de mes particularités, comme, par exemple, le fait que je mesure environ 1,95 mètre. La seule grille de l'autisme, à supposer qu'elle existe et soit unique, ne peut pas rendre compte de ma personnalité, comme elle ne rend compte de la personnalité de personne. Je me méfie des théories qui voudraient réduire les êtres humains à un mécanisme d'horlogerie. Je vois que l'être humain est beaucoup plus composite, en mouvement. Ne l'enfermons pas, ne nous enfermons pas dans une case. Il nous en manquerait une.


Josef Scovanec nous achemine vers une meilleure compréhension de l'autre, qu'il soit "avec autisme" ou non, et ce n'est pas la moindre qualité de son livre.


mots-clés : #autobiographie #essai
par topocl
le Ven 14 Juil - 15:44
 
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Sujet: Josef Schovanec
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Darian Leader

Tag essai sur Des Choses à lire - Page 3 Unknow11

Bipolaire, vraiment ?

A l'invite de Chrysta nous sommes quelques unes à avoir lu ce livre en LC. Voir le fil dans cette dernière rubrique.

J'ai lu ce livre avec intérêt, pas eue l'impression que l'auteur creusait énormément, mais pour autant il y a des idées importantes qu'il met en avant et qui me serviront pour comprendre et penser ce trouble particulier dont souffre une proche. Je pense qu'il s'adresse, d'ailleurs, aux néophytes. Qu'il veut, par ce livre, faire bouger l'opinion.

page 107 :
Tout le monde , on le sait bien, a des identifications bien enracinées à des membres de sa famille. Fry suggère un point important quand il dit devoir au sucre sa vie même, répétant qu'il n aurait jamais existé sans le sucre. Son existence entière se trouve ainsi enchâssée dans un rapport de dette.

Fry est un des patients dont il parle, c est aussi apparemment un écrivain connu.


page 131 :

Une patiente explique que "quand il ne reste plus rien que de la rage, elle se transforme en euphorie. (...° Si on lui demande ce qui peut déclencher ses épisodes, elle répond tout de suite "quand je me mets en colère contre quelqu'un que j aime".


page 132 :
La maniaco-dépression est cet effort pour séparer, pour maintenir une différenciation élémentaire au lieu d'un noeud de contradictions, toujours plus douloureux et plus déroutant.Tel est peut-être le véritable sens de la bipolarité  : non pas l'alternance des humeurs, que l'essentiel de la psychiatrie contemporaine est si prompte à transformer en une pathologie à traiter, mais la recherche d'une bipolarité primaire, d'une scission de base, qui soit un point de repère. (...) la maniaco-depression relève justement de cet effort pour instaurer des polarités extrêmes, pour créer un monde d'opposition (...) de séparer le gris en blanc d'un côté et noir de l'autre.

, soit une forme extrême de la dépression.

L'auteur défend une position qui met l'accent sur le vécu du patient, je crois, il encourage à instaurer une lecture de causalité avant d'enfermer dans une typologie morbide. Disons. je pense que Chrysta sur le fil de LC a d'ores et déjà exprimé et restitué cette position qu'il prend.

Je me questionne : j avais lu que la bipolarité était un type de psychose.
Et que les psychoses se heurtaient à l'échec d'une tentative de transfert, que la construction identitaire ne pouvait structurellement trouver réconfort à passer par le transfert psychanalytique, et que dans ces cas là, le psychiatre prenait un rôle symbolique de "secretaire" vis à vis du patient, que toute la démarche d'accompagnement et de soutien devait passer par cette nuance. Chrysta va voir sans doute ce que je veux dire, je simplifie forcément, car je ne suis pas dutout spécialiste et ne comprends que de loin.
Mais ducoup, Leader m'interroge, il encourage à scruter ou dumoins entendre et comprendre le passé émotionnel et symbolique des bipolaires, mais sous ce rapport il n'évoque pas dutout les résultats ou cadres dans lesquels on peut apporter quelque chose d'aidant. C'est là où je suis un peu sur ma faim. Cette lecture ne peut suffire , elle m'aide à cerner des points de cet univers, mais pas à en comprendre l'accroche, pour y dialoguer et y soutenir un tiers.


mots-clés : #essai #pathologie
par Nadine
le Sam 20 Mai - 10:02
 
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Patrick Declerck

Le sang nouveau est arrivé - l'horreur SDF

Tag essai sur Des Choses à lire - Page 3 Images78

Patrick Declerck écrit un pamphlet virulent,  pour dénoncer l'abandon dont font preuve les SDF: le mépris qu'ils se voient opposer, l'incompréhension de leurs problèmes (causes et conséquences), le manque de moyens et l'inadéquation du peu qu'il y en a . Il soulève l'idée (non, il décide) qu'il y a là une volonté politique de conserver les SDF au sein de la société comme repoussoir et contre-exemple montrant à quoi mènent l'abandon de la norme, ou le "refus" du travail : "Travaille, mon petit, sinon tu finiras clochard".
Il propose le revenu universel comme solution au problème.
Tout cela est bien intéressant,  un peu simpliste sans doute, et il faut garder en tête que le livre a été écrit en 2005.

Cependant  (malgré une dernière page de remerciements qui rappelle à quel point des gens dévoués et intelligents œuvrent pour cette cause) il eut mieux valu adopter un ton qui ne consistait pas à insulter tout le monde et à montrer  l'auteur comme seul clairvoyant et  détenteur du savoir. Même si je comprends qu'il soit bien énervé par ce qui se passe.


mots-clés : #essai
par topocl
le Lun 17 Avr - 21:11
 
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Michel Rio

Ronde de nuit

Tag essai sur Des Choses à lire - Page 3 Teeter10

Essai ingénieusement déguisé en roman , relatant un constat des problématiques du monde actuel sous forme prioritaire du dialogue. En effet la narration est très peu présente et lorsque l'on connait le goût prononcé de l'auteur pour le Théâtre on peut fort bien admettre que ce roman puisse être adapté en pièce. La structure des dialogues cadencés, comportant la majorité d'informations, axant son harmonie sur les relations entre les personnages, dont aucune n'est principal rappelle le théâtre et son exercice.

Les sujets comme la crise économique de 2008, la crise sociale, l'Europe, la religion sont abordés sous le prisme de personnages fictifs qui élaborent au cours de débats des thèses critiques des systèmes actuels. On pourrait prendre peur face à cela, car l'argumentation prend parfois le pas sur le récit, mais Michel Rio équilibre cela par des personnages riches en personnalités (presque caricaturaux mais cela permet l'équilibre avec le propos critique), truculents, avec une grande culture, et un causticité jubilatoire.
C'est un propos de gauche si l'on peut dire. un lecteur de droite ou d'extrême droite n'y trouvera aucun plaisir. un lecteur sans orientation politique et concerné par l'état du monde se saisira de cet objet littéraire avec je pense avidité. J'ai beaucoup aimé.


mots-clés : #essai
par Hanta
le Lun 17 Avr - 11:42
 
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Patrick Declerck

Tag essai sur Des Choses à lire - Page 3 Images35

Résumé :

Clochards, nouveaux pauvres, marginaux, mendiants, SDFÀ, exclus… les titres ne manquent pas pour recouvrir ces vies innommables d'un semblant d'identité. À quoi ressemblent-ils, pourtant, ces fantômes de la rue, ces ombres éthyliques qui s'acharnent impitoyablement contre eux-mêmes et détruisent très méthodiquement ce que la vie avait commencé à faire d'eux ? À travers ce voyage ethnologique dans les bas-fonds de l'enfer, Patrick Declerck, psychanalyste et ethnologue qui a suivi pendant quinze ans cette population, nous fait comprendre et ressentir la singularité de ces naufragés qui ne sont ni des victimes, ni des sages, ni des fainéants, ni des réfractaires mais des hommes et des femmes pris dans une logique du pire, embarqués dans un processus intérieur de désocialisation tout aussi violent et imparable que celui de l'effondrement psychotique. Que faire de ces créatures à la dérive ? Le vagabondage n'est plus un délit depuis 1992. Ce ne sont plus des institutions pénitentiaires, des maisons de travail qui accueillent les "exclus". Les lois, les statuts juridiques ont changé. En est-il de même des pratiques et des mentalités ? Quelle place la société peut-elle faire, en son sein, à ceux qui lui tournent le dos ? Jusqu'où ira-t-elle sur la voie du devoir d'asile ? Un regard cru mais humain sur un univers cruel et pathétique. --Emilio Balturi


J'ai lu ce livre il y a déjà quelques années dans une visée de travail. Cette expérience d'immersion dans le "monde" des "clochards", comme l'auteur a choisi de les appeler, de Paris, dans leurs nuits, a été une expérience particulière et très intéressante pour une sorte de prise de conscience de certaines dimensions que l'on occulte en général de ce monde là, pour un décalage dans notre point d'observation, de regard, mais aussi et surtout pour cette expérience qui renvoie à une perte / distorsion identitaire et à un vécu dans son corps de ce qu'il traverse. C'est une perte de coordonnée des repères qui font notre monde, notre réalité, qui s'effondre et amène de ce fait à cette expérience aux tonalités psychotiques.
C'est une immersion dans la plus dure désocialisation, aux côtés et avec des personnes pour lesquelles la misère et l'abandon social se double d'un abandon de soi.

Un livre dont on ne peut sortir indemne, qui vient témoigner de la fragilité de nos assises dans des circonstances telles et de la rapidité avec laquelle il est possible de basculer; un livre qui est une porte entrouverte vers moults interrogations et réflexions quant au vécu des SDF, à leur place dans la société et aux différentes manières qu'elle a d'y faire face (déplacement, soin, etc ...), aux tentatives de leur prise en charge et aux échecs auxquels elle peut confronter, à leur fonction dans le tissu social, etc ...

Un livre pas forcément simple par la prise de conscience qu'il suscite et l'immersion aux côtés de l'auteur dans ce monde parfois chargées de banales horreurs, mais un livre actuel que je recommande


mots-clés : #essai
par chrysta
le Jeu 13 Avr - 10:18
 
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Daniel de Montmollin

Tag essai sur Des Choses à lire - Page 3 415cgg10

Les mains sur terre


Originale : Français, 2013

Quatrième de couverture a écrit:Comment le métier de potier, vieux comme le monde, a-t-il bien pu trouver place dans une communauté jeune de 73 ans et encore, aux yeux de certains, en avance sur son temps ? Ne serait-ce pas justement parce que ce métier, découvert sur place et perçu en ses racines, a pu ouvrir, à sa manière, cette voie de toujours, passé et avenir à la fois : voie d'humanisation de la personne dans une triple relation avec la nature, soi-même et les autres. Dans ce cheminement où "la main à la pâte" est la norme quotidienne, l'expérimentation précède nécessairement la réflexion qu'elle féconde. En cette dernière, de multiples thèmes se chevauchent pêle-mêle et c'est bien souvent à la faveur d'un dialogue amical que le sens des mots-clés se laisse percevoir : création, créativité. artisanat, art, tradition, modernité,


REMARQUES :
On l'aura compris : il s'agit pas d'un livre à images, des astuces ou des descriptions trop techniques d'un potier averti. Daniel de Montmollin, potier, poète, pédagogue, géologue, chimiste..., et par ailleurs théologien et frère de la Communauté de Taizé, part d'une douzaine de questions lesquelles on lui pose plus ou moins souvent. Ce sont des trampolins et des occasions de parler de son approche et sa compréhension de la demarche artisanale qui est la sienne depuis 1950. Il le fait d'une manière compréhensible, poètique parfois, et jamais sans y mettre aussi une joie énorme, un enthousiasme face aux découvertes qu'offre le métier de potier.

On « touche » littéralement la terre, mais pas seulement. Nous comprenons les multiples facettes de ce cheminement. Seul artisanat liant les quatre élements, nous sommes entre les « miracles » de la plasticité et de la métamorphose par le feu, entre apport personnel et surprise. Souvent Frère Daniel se demande comment dans nos societés découvrir sa créativité, celle de ses mains, pas seulement outil instrumentalisé, mais faisant partie intégrale de l'être humain même. Le potier vit – ainsi une invitation découverte par l'auteur – cette alliance, ces liens avec soi-même, la nature et les autres. Cheminement formateur, au-délà la question de l'acquisition de téchniques.

Je pense que ce livre offre pas mal de réflexions aussi pour le non-initié ou celui qui se croit incapable de créer avec les mains. Mais pour sûr, ces réflexions seront bienvenues pour celui et celle qui exerce le métier ou se pose des questions, est attiré par les transformations opérées. Probablement assez étonnant pour certains lecteurs curieux!


mots-clés : #essai
par tom léo
le Ven 31 Mar - 7:58
 
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Sujet: Daniel de Montmollin
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Jean Améry

Par delà le crime et le châtiment . ( Essai pour surmonter l'insurmontable )

Tag essai sur Des Choses à lire - Page 3 41hjqm12



Les témoignages et récits , oeuvres en tous genres ,sur cette blessure de l'humanité, sont nombreux , et ne le seront jamais assez.
Cet essai de Jean Améry se distingue de la littérature sur les camps par une approche philosophique , dans une mise à distance de son vécu de détenu à Auschwitz , pour en faire ressortir l'insurmontable par une réflexion purement intellectuelle .
Je n'aurais pas la prétention d'en faire un résumé , ni une synthèse . Du reste rien n'est réductible de chaque mot cliniquement pesé pour tenter d'être au plus juste de son "expérience" de sa condition concentrationnaire derrière laquelle le désespoir et l'arrachement à la vie crient dans le silence du monde .
Alors oui , Jean AMERY , juif parmi les juifs à Auschwitz .
Mais pas que . Juif intellectuel sceptique .De là ,à réfléchir sur le pouvoir de la pensée comme force ou faiblesse dans ce monde déshumanisé . Il en conclut :

"Le détenu non entrainé à l'exercice de l'esprit acceptait toutes ces choses sans trop sourciller , avec la même égalité d'humeur que celles que trahisaient déjà avant des réflexions comme " "Il faut bien qu'il y ait des pauvres et des riches " ou bien : "Il y aura toujours des guerres " . Il en prenait connaissance , il s'y faisait et dans le meilleur des cas il en triomphait .Mais l'intellectuel se révoltait devant l'impuissance de la pensée , car au début il s'en remettait encore à cette sagesse folle et rebelle selon laquelle "Ce qui n'a pas le droit d'exister ne peut exister . Mais au début seulement . "



Alors oui Jean Amery juif intellectuel parmi les juifs.
Mais pas que . Juif intellectuel agnostique .
Contrairement à ces camarades de camps s'en remettant à une foi divine ou une idéologie , il est bien évident que sa solitude et son absence de perspective d'avenir en l'au-delà ou terrestre constitue une faiblesse supplémentaire .


"Je ne voulais pas être au nombre de mes camarades croyants , mais j'aurais aimé être comme eux : inébranlable , tranquille , fort .Ce que j'ai cru comprendre m'est apparu de plus en plus comme une certitude : l'homme croyant au sens le plus large du terme , que la foi qui l'anime soit métaphysique ou fondée sur une immanence , se dépasse lui-même . Il n'est pas prisonnier de son individualité , il fait partie d'un continuum spirituel que rien n'interrompt à Auschwitz .Il est à la fois plus éloigné et plus proche que l'incroyant .Plus éloigné puisque dans son attitude essentiellement finaliste il laisse à gauche les contenus donnés de cette réalité et fixe les yeux sur un avenir rapproché ou lointain ; plus proche de la réalité , il l'est parce qu'il ne se laisse jamais surmonter par les faits qui le concernent , ce qui lui laisse le loisir d'agir énergiquement sur eux .Pour le non croyant , la réalité est dans le pire des cas , une violence à laquelle il se rend , dans le meilleur des cas un sujet d'analyse . Pour le croyant elle est une argile qu'il modèle , un problème qu'il résout ."


Alors oui Jean Améry , juif intellectuel agnostique .
Mais pas que . De culture allemande .
Et de cette spécificité , imaginons ce que peut ressentir tel homme , de se sentir spolié de cette base identitaire pour , comble de l'ironie , s'afficher ostensiblement dans l'outrance du nazisme , se réclamant de celle-ci .
Alors oui Jean Améry , juif intellectuel agnostique de culture allemande .
Mais pas que . Exilé aussi .
Arraché à cette terre natale :

" Il faut avoir une terre à soi pour ne pas en avoir besoin , de la même manière que la pensée doit posséder les structures de la logique formelle pour en franchir les limites et accéder aux domaines plus fertiles de l'esprit ."


Et que dire de la condition de juif qui n'est juif que par le sang . Sans aucune connection avec la culture juive et qui se retrouve marqué dans sa chair par cette identité qu'il ne reconnait pas ! Voilà qui me rappelle Imre Kertesz qui affirmait être devenu juif à Auschwitz.. Jean Améry , lui , est devenu juif en 1935 découvrant dans un journal les lois de Nuremberg.

De là vivre le paradoxe de "la nécessité et l'impossibilité d'être juif

".

Jean Amery , juif parmi les juifs , sceptique , agnostique , juif par hasard .
Mais au delà : un homme .
Qu'est ce qui définit l'homme ?
Que se passe-t-il lorsque celui ci est soumis à la torture ?
Perte de dignité ? Il faudrait se mettre d'accord sur ce qu'on y met derrière .
Vivre l'insoutenable dans sa chair ...Mais qu'est ce que l'insoutenable ? Peut-on se le représenter sans l'expérience ? :
"Sa chair se réalise totalement dans son autonégation "
"c'est seulement dans la torture que la coincidence de l'homme et de sa chair devient totale" .


Il établira aussi une distinction très nette entre le martyr et le torturé .
De ce vécu il écrira 22 ans plus tard :


"c'était donc fini".Une bonne fois pour toutes . Mais ce n'est toujours pas fini .Je pendouille toujours , 22 ans après , suspendus au bout de mes bras disloqués , à un mètre du sol , le souffle court , et je m'accuse ".


Jean Améry , plaie béante , revendiquant son droit au ressentiment comme une forme de protestation intime , personnelle face à "l'oeuvre cicatrisante et immorale du temps .
Jean Améry accusant le peuple allemand pour la faute collective qui devrait , selon lui , être vécue , inscrite dans la descendance , culpabilité inhérente . Le pardon est pour lui inconcevable .

« Les ressentiments sont là pour que le crime devienne une réalité morale aux yeux du criminel lui-même, pour que le malfaiteur soit impliqué dans la vérité de son forfait. »

Que l'on ne prenne que ce qui fait honneur à sa culture , son peuple pour se construire et que l'on efface la crasse de celle-ci , c'est ce manque de probité que Jean Améry dénonce .

Jean Améry s'est donné la mort en 1978.

Qu'écrire de plus ...Sinon que  Par delà le crime et le châtiment me semble une oeuvre incontournable , essentielle , première pour qui s'intéresse à l'histoire , à aujourd'hui , à l'universel , à sa condition d'homme .
...............................




mots-clés : #essai #campsconcentration
par églantine
le Lun 27 Mar - 11:34
 
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Sujet: Jean Améry
Réponses: 8
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Erik Orsenna

La route du papier: Petit précis de mondialisation

Tag essai sur Des Choses à lire - Page 3 Index110

C'est charmant et engageant comme Orsenna, mais malheureusement cet enchainement de scènettes en rapport avec le papier aux quatre coins du monde amène à une compilation totalement superficielle. On glâne quelques informations, mais rien n'est creusé, les portraits sont des ébauches, on reste considérablement sur sa faim.

C'est un comme si l'ami Orsenna passait chez vous avec sa clé USB, vous commentait à la sauvette ses photos de vacances. Gentil, de sa part, mais vite ennuyeux et restant en surface. Frustrant, en somme. La passion d'Orsenna, le fait qu'il considère le papier comme un objet-culte , qu'il ait recueilli ses données plus près de la réalité laissait attendre  une "inspiration" et une richesse qu'on n'arrive pas à trouver parmi ces pages. Le bonhomme, qui se met en scène, n'en reste pas moins sympathique.

(a vrai dire j'ai vraiment survolé la fin)

(commentaire récupéré)
mots-clés : #essai
par topocl
le Lun 20 Mar - 18:25
 
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Sujet: Erik Orsenna
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Jacques Ellul

Tag essai sur Des Choses à lire - Page 3 Ibm70910

Pour qui, pour quoi travaillons-nous ?

Compilation d'articles et d'extraits jusqu'au début des années 80.

Une introduction synthétique et claire qui prépare à la suite : une vision de la construction d'un mythe moderne du travail, de la Renaissance au marxisme et au capitalisme, ça promet de quoi réfléchir.

Et c'est le cas, Ellul, en désaccord avec le trop plein de vertus supposées du travail à l'excès, met en garde contre mensonges et abus (Arbeit macht Frei), dénonce un travail devenu outil de domination et déplore une perte de valeurs morales et spirituelles qui ne pouvant se retrouver dans la consommation ou la consommation de loisirs à l'excès se sont réfugiées dans ou sur le travail (ce qui fait en passant un joli point de jonction entre capitalisme et socialisme).

On peut souligner que la vision orientée, ou simplement non passée sous silence, de croyant chrétien donne un point d'ancrage qui est très loin d'être inintéressant pour ne pas dire pertinent.

Ca se complique quand on en arrive à la technique. Considérer qu'elle est passée de l'industrialisation et l'appel de plus de main d'oeuvre pour produire plus à une sorte de monstre auto-entretenu ne cherchant plus à produire des biens mais des avancées techniques ou de l'information, une maîtrise de l'information, pourquoi pas. Envisager que ce changement de mesure du travail devrait induire des changements de mesure de l'économie et de la redistribution des richesses pouvant s'éloigner du salariat comme on le conçoit habituellement, ça fait réfléchir aussi.

Quand on pense à "Technique et Informatisation" comme mots clés magiques de décentralisation, révolution, de moyen d'éclatement de la décision, de dissolution de la contrainte hiérarchique et politique ça devient plus délicat. D'autant  que malheureusement ça patine et tourne en boucle jusqu'à apparaître indigeste et nébuleux. La démonstration très abstraite ne m'a pas parue assez convaincante. Ça en deviendrait même contradictoire avec un théorème Lego de révolution qui n'en est pas une mais serait plus encore et qui colle la charrue avant les bœufs avant de faire l'inverse... Impression de logorrhée prospective un peu gratuite (au mauvais sens du terme) qui brasse et reprend d'autres discours politiques (marxistes et autres) dans une forme qui fait perdre de vue la notion de liberté au profit d'un "les autres sont des croûtes de freins à la révolution des mentalités et des pratiques". Emerge aussi dilemme de ne pouvoir imposer tout en le devant.

Pour en revenir au sujet travail et à l'exercice du travail, c'est là qu'intervient l'expérience du lecteur. Le livre et les textes deviennent décevants, une fois de plus ça parle dans le vide et ça semble très déconnecté de la réalité, notamment de ce que le travail à de collectif, forcément. Une caractéristique qui n'a même pas du attendre hier pour apparaître mais semble oubliée, bricoler une cathédrale ça doit pourtant être un beau et grand bazar !

La foi débridée revient pour conclure l'ouvrage avec une lueur d'espoir et si c'est avec un certains soulagement qu'on retrouve une aspiration sensible c'est beaucoup plus réservé qu'on accueille ces mots.

Le truc surprenant pour moi restera cette vision hyper nébuleuse, magique et porte-manteau de la technique et de l'informatisation sorte de mal et de bien porteurs d'un pouvoir très improbable. Certes la technique et le contrôle que ça implique de la part des états et des multinationales est flippant mais si le mal est malgré tout dans l'homme au départ et que c'était de ce côté là malgré tout qu'il fallait travailler pour faire muter le progrès technique (qui existe depuis.... ) pour en faire autre chose ?

Intéressant pour sa partie historique, énigmatique et gonflant au mieux pour sa partie prospective, je reste sur ma faim et est achevé ma lecture avec soulagement. Arrêtons-nous quand même sur quelques citations pouvant servir de points de départ :

Car enfin sauf anomalie, on ne peut pas dire que spontanément l'homme aime travailler. Qu'il travaille pour devenir riche, ou premier, ou héros du travail, c'est-à-dire satisfaire son orgueil, sa jouissance ou son égoïsme cela se comprend. Qu'il travaille pour s'abrutir, pour se divertir, c'est-à-dire pour se fuir lui-même, pour fuir les questions dernières et le désespoir, cela se comprend aussi.


Il est clair, aujourd'hui (1980), que tout ce que nous venons d'écrire sur le travail doit être doublé par ce qu'il faudrait dire sur le chômage. Si le travail était parfois écrasant, inhumain, sans signification, le refus du travail par le corps social l'est encore plus.


(Commentaire remanié en vol).


mots-clés : #essai #mondedutravail
par animal
le Lun 13 Mar - 21:20
 
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Sujet: Jacques Ellul
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Anne Ancelin-Schützenberger

Tag essai sur Des Choses à lire - Page 3 719yxu10


Anne Ancelin Schützenberger livre dans cet ouvrage, à travers son analyse clinique et sa pratique professionnelle de près d'une vingtaine d'années, une " thérapie transgénérationnelle psychogénéalogique contextuelle ". En langage courant, ceci signifie que nous sommes un maillon dans la chaîne des générations et que nous avons parfois, curieusement, à " payer les dettes " du passé de nos aïeux. C'est une sorte de loyauté invisible " qui nous pousse à répéter, que nous le voulions ou non, que nous le sachions ou pas, des situations agréables ou des événements douloureux. Nous sommes moins libres que nous le croyons, mais nous avons la possibilité de reconquérir notre liberté et de sortir du destin répétitif de notre histoire, en comprenant les liens complexes qui se sont tissés dans notre famille. Ce livre passionnant et truffé d'exemples s'inscrit parmi les toutes récentes recherches en psychothérapie intégrative. Il met particulièrement en évidence les liens transgénérationnels, le syndrome d'anniversaire, le non-dit-secret et sa transformation en un " impensé dévastateur ".


Dans ce livre, l’auteure déplie les bases de la psychogénéalogie et ses notions clés telles que le syndrome anniversaire, les loyautés invisibles, l’impact des secrets et non-dits, les liens au sein d’une famille (dans leur équilibre et déséquilibre), comment notre place dans la famille est comme surdéterminée, etc…  L’hypothèse étant que les places et fonctions que chacun occupe dans une famille ne sont pas anodines mais dépendent de multiples facteurs dont certains sont à chercher dans la généalogie, la lignée, la culture familiale, ses règles, ses mythes…

Dans le livre sont aussi abordés les traumatismes collectifs et comment ils impactent souvent plus fortement les générations suivantes, qui ne l’ont pas vécu dans le réel, que les personnes qui l’ont vécu.

L’idée est que nous sommes chacun un maillon de la chaîne, et que nous sommes imprégnés, déterminés à reproduire certains comportements, accidents, maladie, à mettre en œuvre des sabodages pour éviter de quitter les habitus familaux ( névrose de classe qui amène à rester au niveau d’étude du père par exemple), etc..

Bon, il est évident que cela n’est pas défendu comme une règle générale car ce que développer chacun est aussi dépendant de sa subjectivité, mais l’auteure met en évidence des répétitions signifiantes de différentes choses, et comment il est possible de faire changer certains schémas en les mettant en évidence.

L’ouvrage aborde également les bases de la constitution d’un génosociogramme.

Bon, je n’ai pas l’illusion ici de faire un résumé succinct de tout ce qui est abordé dans le livre que j’ai trouvé riche par la diversité de ce qui est développé assez simple d’accès pour tous malgré des références (parfois) à des auteurs psychanalytiques qui peuvent parfois rebuter ceux qui ne s’y entendent pas. Je suis séduite par la simplicité de lecture ( je l’ai lu en 48h) mais frustrée car s’il y a beaucoup de choses, certaines ( et notamment les situations cliniques) sont multiples mais succinctes et pas forcément vraiment analysées, juste décrites. Je ferai à ce livre un reproche que j’aurai fait aussi à « ces enfants malades de leurs parents » de la même auteure, le fait de cumuler les exemples cliniques devient à force assez lourd par sa répétitivité et  le peu de commentaires et d’analyse plus poussée relativement à une ou plusieurs notions. D’une certaine manière le livre me ferait l’effet d’une mise en bouche.

La psychogénéalogie est un thème que je trouve intéressant, ce livre ne répond néanmoins pas à des questions qui restent pour moi à creuser : qu’est ce qui fait support à cette transmission ? Comment peut-on la penser ?  Mais , sauf erreur, trouver les raisons de ces transmission reste encore au moins en partie en cours de recherche ….


mots-clés : #essai #famille
par chrysta
le Mar 7 Mar - 6:21
 
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Sujet: Anne Ancelin-Schützenberger
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Arthur Koestler

Tag essai sur Des Choses à lire - Page 3 41qggo10


la 13ème tribu



Commentaire qui ne saurait être que rudimentaire tant il y aurait à dire sur cette lecture intéressante, instructive et l’écriture de Koestler que j’apprécie de plus en plus au fil de mes lectures.

Pourquoi  l’appellation de 13ème tribu ? tout simplement parce que jusqu’à ce que le monde en ai connaissance, n’étaient connues  que les 12 tribus d’Israël, or  nous savons aujourd’hui qu’une autre tribu  s’est convertie  au judaïsme en 740 .  Ces ancêtres  là se sont installés au fil des siècles dans toute l’Europe orientale et jusqu’en Hongrie et Pologne et leurs descendants essaimés par de nombreuses ramifications ont émigré dans le monde.

Le peuple Chinois repoussaient depuis le Ier siècle les nomades vers l'ouest, d'où la présence de nombreuses tribus, mais qui s'éteignirent, ce dont bénéficia  ladite 13ème tribu, celle des KHAZARS. La Khazarie règnera 1 siècle et demi sur la région ce qui démontre sa puissance.

A l'époque les peuples nomades étaient appelés indifféremment du nom collectif de "Turks" par rapport non à la race mais bien à leur langue ouralo-altaïque (en référence géographique à l'Oural et la chaine de Montagne l'Altaï)

La structure politique  de la Khazarie  était gérée par 2 chefs,  le Kagan qui détenait le pouvoir religieux et le Kagan- Bek  le pouvoir séculier. L’économie  était prospère (commerce, taxes de douanes, tributs des suzerains auxquels s’ajoutaient les prises de butins)

La khazarie a une fonction étatique vis à vis des peuplades suzeraines.

Dans les premiers temps de leur conversion les Khazars avaient conservé leurs  habitudes nomades et les rites païens . On peut dire que la conversion s’est installée par étapes jusqu’ au  messianisme.

Pour  garder la position de 3ème puissance face au Califat et à Byzance et ne pas être sous la coupe de l'un, ni de l'autre en adoptant l'une de ces religions ; le choix du Judaïsme s'imposait donc au Kagan.

Cependant ce serait faire outrage à l'intelligence des Khazars et à leurs Kagans que de penser qu'ils n'avaient pas étudié quelque peu cette religion, avec la présence de la communauté Juive en leur royaume.

Il faut noter l’esprit de tolérance dont faisait preuve la Khazarie, en effet sa « capitale » Itil comportait plusieurs quartiers, les Juifs, les Musulmans et les tribus païennes,  chacun de ces quartiers possédait 2 juges de leur religion libres de gérer les problèmes éventuels.

Comme les Khazars avaient su s’imposer et dominer, ils avaient fait barrière à  l’invasion Musulmane en Europe Orientale comme  la France à la bataille de Tours, pour l’Europe occidentale.

J’ai noté aussi les liens des Khazars avec les Magyars (accueillis avec une branche des Khazars en Hongrie)  qui ne se sont jamais déliés.

Après des vagues d’invasion se succédant au fil des siècles, les  Rhus (vikings dont le prince fut l'artisan de la destruction de la forteresse Khazare de Sarkel), les Ghuzz(ou Kumans) et pour finir la plus terrible invasion celle des Mongols (qui  plongea les steppes orientales dans l'âge des ténèbres) et bien que jusqu’au 13ème siècle les Khazars vécurent encore sur leur territoire réduit, la plupart des Juifs khazars trouvèrent accueil en Hongrie et en Pologne où leur habileté dans les arts et métiers fut appréciée.

Je pense que nous pouvons donc considérer qu'il n'y a pas eu d'extinction des Khazars, peut-être (?) seulement du territoire de la Khazarie.

Hélas, les Hongrois au prétexte des croisades et de la Peste noire commirent sur les Juifs les plus terribles représailles, ce qui conduisit les Juifs à se tuer rituellement eux-mêmes pour se sauver de leurs agresseurs.  

Nous savons de nos jours ce que les Juifs ont subi de plus ignoble, d’  inhumain.

J’ai noté aussi que le Kagan s’'était senti affecté par les exactions commises sur les Juifs d’autre pays au point d’en punir, par exemple les musulmans en détruisant le minaret qu’il leur avait construit. (solidarité tribale)

                                        ********

Les annexes en fin de livre apportent un complément quant à la véracité des textes choisis par Koestler. Il est conscient de l'impact que risque d'avoir ce livre.

Koestler explique bien que le territoire de l'Etat d'Israël ne saurait être mis en cause quelles que soient les racines des Israëliens, "cet Etat existe de jure et de facto et il est impossible de le supprimer, sinon par génocide"


l'analyse de Koestler sur la diaspora est intelligente et à mon sens d’actualité  (cf le livre de Shlomo Sand) :

"Et pourtant l'influence persistante du message racial et historique du Judaïsme, bien qu'il soit fondé sur des illusions, sert de frein affectif puissant en faisant appel au loyalisme tribal. C'est dans ce conteste que le rôle joué par la treizième tribu dans l'histoire de leurs ancêtres peut concerner les juifs de la diaspora."

Les sujets qui ont trait à l'anthropologie sont bien traités aussi, il y a eu mixité naturelle notamment par les mariages ou forcée (viol) ; les apparences physiques sont donc souvent subjectives et relèvent plus des facteurs sociaux, environnementaux et comportementaux.


C'était une lecture très nourrissante, c’est l’Histoire inconnue, mais  j'ai le sentiment d'avoir beaucoup appris.


(récupération)


mots-clés : #historique #essai
par Bédoulène
le Sam 18 Fév - 16:41
 
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Sujet: Arthur Koestler
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Virginie Despentes

King Kong Théorie

Tag essai sur Des Choses à lire - Page 3 Tylyc131

J’écris de chez les moches, pour les moches, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf, aussi bien que pour les hommes qui n’ont pas envie d’être protecteurs, ceux qui voudraient l’être mais ne savent pas s’y prendre, ceux qui ne sont pas ambitieux, ni compétitifs, ni bien membrés.
Parce que l’idéal de la femme blanche séduisante qu’on nous brandit tout le temps sous le nez, je crois bien qu’il n’existe pas.

En racontant pour la première fois comment elle est devenue Virginie Despentes, l’auteur de Baise-moi conteste les discours bien-pensants sur le viol, la prostitution, la pornographie. Manifeste pour un nouveau féminisme.


Chapitre1 : Bad Lieutenantes

Un essai sur quoi , pour qui ?
Pour les femmes , les hommes , et si jamais à la simple lecture de la quatrième de couverture , quelqu'un , quelqu'une ne se sent pas concerné , et bien il/elle se trompe.
L'idéal nous le recherchons tous , mais qui peut prétendre à la lecture de cette liste décrite dans ce prologue «  Bad lieutenantes » ne pas s'y reconnaître sur quelques points , ne pas y avoir reconnu un complexe..
Oui bien sur qu'on peut vivre avec , et heureux qui plus est, pourtant n'est il pas temps d'ouvrir les yeux et d'analyser cette société qui par de vils procédés exclue une bonne majorité « pas assez ceci ou trop cela » au regard d'un modèle qui n'existe pas et que beaucoup trop s 'exercent à être, cernés par l'idée d'un hypothétique « devoir ».
Le devoir d'être.
Et si nous commencions par nous sentir ?

« Bien sûr que je n'écrirais pas ce que j'écris si j'étais belle, belle à changer l'attitude de tous les hommes que je croise. C'est en tant que prolotte de la féminité que je parle, que j'ai parlé hier et que je recommence aujourd'hui. Quand j'étais au RMI, je ne ressentais aucune honte d'être une exclue, juste de la colère. C'est la même en tant que femme : je ne ressens pas la moindre honte de ne pas être une super bonne meuf. En revanche, je suis verte de rage qu'en tant que fille qui intéresse peu les hommes, on cherche sans cesse à me faire savoir que je ne devrais même pas être là. On a toujours existé. Même s'il n'était pas question de nous dans les romans d'hommes, qui n'imaginent que des femmes avec qui ils voudraient coucher. On a toujours existé, on n'a jamais parlé(...)  Je suis plutôt King Kong que Kate Moss, comme fille. Je suis ce genre de femme qu'on n'épouse pas, avec qui on ne fait pas d'enfant, je parle de ma place de femme toujours trop tout ce qu'elle est, trop agressive, trop bruyante, trop grosse, trop brutale, trop hirsute, toujours trop virile, me dit-on. Ce sont pourtant mes qualités viriles qui font de moi autre chose qu'un cas social parmi les autres. Tout ce que j'aime de ma vie, tout ce qui m'a sauvée, je le dois à ma virilité


Chapitre 2 : je t'encule ou tu m'encules ?

Soit la révolution sexuelle des années 70.
Vit-on la dérive des hommes face à des femmes plus libres et plus viriles , ou simplement la mise en évidence que seules les idées machistes sont malmenées depuis la libération de celles ci  ? Pourtant encore à ce jour , le féminisme est encore perçu comme une lutte secondaire quand les inégalités homme/femme ne régressent pas. Malgré cette mise en avant féminine , il en reste que face à l'homme , une femme jouera des atouts qu'elle tente de dissimuler dans la lutte afin d'être traitée d'égal à égal , démontrant la faiblesse décriée de peur d'être trop intelligente et punie d'une telle offense par la gente masculine qui ne fantasme que sur ce qui lui paraît inférieur.
Parce que , être un homme c'est quoi dans l'opinion collective ?

« Car la virilité traditionnelle est une entreprise aussi mutilatrice que l’assignement à la féminité. Qu’est-ce que ça exige, au juste, être un homme, un vrai ? Répression des émotions. Taire sa sensibilité. Avoir honte de sa délicatesse, de sa vulnérabilité. Quitter l’enfance brutalement, et définitivement : les hommes-enfants n’ont pas bonne presse. Etre angoissé par la taille de sa bite. Savoir faire jouir les femmes sans qu’elles sachent ou veuillent indiquer la marche à suivre. Ne pas montrer sa faiblesse. Museler sa sensualité. S’habiller dans des couleurs ternes, porter toujours les mêmes chaussures pataudes, ne pas jouer avec ses cheveux, ne pas porter trop de bijoux, ni aucun maquillage. Devoir faire le premier pas, toujours. N’avoir aucune culture sexuelle pour améliorer son orgasme. Ne pas savoir demander d’aide. Devoir d’être courageux, même si on n’en a aucune envie. Valoriser la force quel que soit son caractère. Faire preuve d’agressivité. Avoir un accès restreint à la paternité. Réussir socialement, pour se payer les meilleures femmes. Craindre son homosexualité car un homme, un vrai, ne doit pas être pénétré. Ne pas jouer à la poupée quand on est petit, se contenter de petites voitures et d’armes en plastique supermoches. Ne pas prendre soin de son corps. Etre soumis à la brutalité des autres hommes, sans se plaindre. Savoir se défendre, même si on est doux. Etre coupé de sa féminité, symétriquement aux femmes qui renoncent à leur virilité, non pas en fonction des besoins d’une situation ou d’un caractère, mais en fonction de ce que le corps collectif exige. »


C'est maintenant que l'on pourrait parler de la théorie des genres , évolution ou régression ?

Chapitre 3 :Impossible de violer cette femme pleine de vice

Soit le viol.
La balade de l'improbable , l'agression non évoquée , tant chez une femme que chez un homme , pas pour les mêmes raisons. Pourquoi un viol n'est il pas nommé ?
Parce qu'un homme ne viole pas , il minimise un acte somme toute pas plus important qu'un dérapage.
Mais une femme ?
Peur du jugement ? Fermer les yeux pour mieux oublier ?
Pourquoi une femme est encore capable de dire « la violence n'est pas la solution » quand on lui parle de mettre en charpie la bite de son agresseur ?
La réponse est-elle qu'on a jamais appris à une femme à se défendre...
ou encore la peur du jugement qui réduit au silence.

Post-viol, la seule attitude tolérée consiste à retourner la violence contre soi. Prendre vingt kilos, par exemple. Sortir du marché sexuel puisqu'on a été abîmée, se soustraire de soi-même au désir. En France, on ne tue pas les femmes à qui s'est arrivé, mais on attend d'elles qu'elles aient la décence de se signaler en tant que marchandise endommagée, polluée.



Chapitre 4 : Coucher avec l'ennemi Chapitre5 Porno Sorcières


Soit la prostitution et la pornographie
Et si nous parlions de solitude , de la pute ou du client , lequel en est le plus empli.
Et si les prostituées et les hardeuses étaient les anges- gardien d'une violence non déclarée parce que maîtrisée, si leur rôle allait au delà d'une sexualité dite dépravée. Si l'on arrêtait définitivement l'hypocrisie en avouant que « oui » la prostitution et le hard sont des métiers pas plus dépravants que la bourgeoise engraissée qui se fait entretenir moyennant la gâterie du samedi soir.
Et si l'ennemi principal était en grande majorité féminine?

Entre la féminité telle que vendue dans les magazines et celle de la pute, la nuance m'échappe toujours. Et, bien qu'elles ne donnent pas clairement leurs tarifs, j'ai l'impression d'avoir connu beaucoup de putes, depuis.
Beaucoup de femmes que le sexe n'intéresse pas mais qui savent en tirer profit.
Qui couchent avec des hommes vieux, laids, chiants, déprimants de connerie, mais puissants socialement. Qui les épousent et se battent pour avoir le maximum au moment du divorce.
Qui trouvent normal d'être entretenues, emmenées en voyage, gâtées. Qui voient même ça comme une réussite.
C'est triste d'entendre des femmes parler d'amour comme d'un contrat économique implicite.


Il me semblait primordial pour cette fiche que la parole reste majoritairement à Virginie Despentes, un essai se découpe , on s' y identifie ou pas , on a des accords et des désaccords , mais la priorité reste la pensée de son auteur. Se dire en accord ou pas n'apporte pas grand chose du fait que certaines idées peuvent se rejoindre comme être totalement opposées , l'idée d'une réflexion sur une réflexion n'est pas plus judicieuse du fait qu'il y a déjà suffisamment matière à réfléchir.C'est la raison pour laquelle j'ai apposé des questionnements à chaque chapitre , ceux qui je pense sont les principaux à méditer.
Je rajoute qu'à mon sens , il est très intéressant de lire King Kong Théorie avant ses romans , pour ceux qui n'ont pas encore fait connaissance avec l'auteur , ou de le lire tout simplement afin de mieux appréhender ses œuvres de fiction pour les autres.
C'est pour ma part dans cet exercice que je préfère Despentes , que son intelligence et son combat prennent le plus d'ampleur sans être ternis par cette aigreur qui se profile systématiquement comme s'il fallait caricaturer quand il s'agit de romancer ou se raconter des histoires.
Bonne lecture et bonne méditation !



mots-clés : #essai
par Ouliposuccion
le Lun 13 Fév - 17:28
 
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Sujet: Virginie Despentes
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Darian Leader

Tag essai sur Des Choses à lire - Page 3 517cpv10

Ce que l'art nous empêche de voir

4 ème de couverture : Le 21 août 1911, La Joconde disparaît du Louvre. Volée. Apollinaire et Picasso figurent parmi les suspects. Surtout, des milliers de personnes - dont Franz Kafka et son ami Max Brod - se précipitent au musée dans le seul but de contempler l'emplacement vide du tableau ! Parmi ces fiévreux visiteurs, beaucoup n'avaient auparavant jamais mis les pieds au Louvre. Qu'est-ce que cela signifiait ? Pourquoi éprouvaient-ils subitement le besoin d'y venir en masse ?

A partir de cette curieuse histoire, le psychanalyste anglais Darian Leader explore les ressorts psychologiques qui font que l'on regarde les oeuvres d'art. Qu'espérons-nous y trouver ? Et qu'est-ce qu'elles nous cachent ?


Commentaire :

Lors du vol de la Joconde, en 1911, personne ne s'aperçoit au début de rien, mais l'absence du tableau de sa place pendant 2 ans va le rendre légendaire, le public venant en plus grand nombre qu'avant pour constater son absence, certains n'ayant jamais vu auparavant le tableau.
A partir de cet exemple historique, l'auteur va mener une réflexion sur la nature de l'art et sur ce que nous espérons y voir, incluant à sa réflexion nombre d'autres exemples tirés tant de la peintre, que de la sculpture , de la littérature, voire du 7ème art. Ces exemples permettent de comprendre les points de vue qu'il développe, certains assez faciles de compréhension, d'autres moins.

Au fil des pages, il interroge l'acte de voir, ou plutôt de regarder  : que veut on regarder ? Que regarde t' on vraiment ? Qu'est ce que nous ne pouvons pas voir ? Comment l'art peut être de nous faire voir des choses que nous échouons à voir ? etc...

Avec l'appui des écrits lacaniens sur le regard, l'auteur livre ici un livre fortement étayé, riche, intéressant, qui permet d'entendre ce qu'est le regard en psychanalyse et de déblayer un peu le terrain, mais qui est aussi accessible à tous tant ses exemples sont percutants, parlants.

De plus, la plume de l'auteur, vive, est très agréable à lire.

Certains passages sont moins abordables il me semble aux profanes, mais malgré tout l'ensemble me semble être, pour tout ceux qui s'intéressent à l'art et à l'objet regard, d'un intérêt indiscutable.


mots-clés : #essai
par chrysta
le Sam 11 Fév - 7:40
 
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François Cheng

5 méditations sur la mort

Tag essai sur Des Choses à lire - Page 3 Tylych11

Essai.
Comme ses Cinq méditations sur la beauté, ce texte de François Cheng est né d’échanges avec ses amis, auxquels le lecteur est invité à devenir partie prenante. Il entendra ainsi le poète, au soir de sa vie, s’exprimer sur un sujet que beaucoup préfèrent éviter. Le voici se livrant comme il ne l’avait peut-être jamais fait, et transmettant une parole à la fois humble et hardie.
Il n’a pas la prétention de délivrer un « message » sur l’après-vie, ni d’élaborer un discours dogmatique, mais il témoigne d’une vision de la « vie ouverte ». Une vision en mouvement ascendant qui renverse notre perception de l’existence humaine, et nous invite à envisager la vie à la lumière de notre propre mort. Celle-ci, transformant chaque vie en destin singulier, la fait participer à une grande Aventure en devenir.


S’il est une heure qui s’arrête dans un espace-temps  de la vie , celle durant laquelle la mort dans notre civilisation entre en action afin de nous mener vers une autre dimension qui serait le « rien » alors cette heure serait celle de la continuité , puisque le rien engendre le tout et le tout engendre le rien. La vie serait donc le renouvellement d’un équilibre provenant d’un symbole universel, tel le Yin et le yang. Voici un résumé concis de cette pensée qui est celle de François Cheng , si l’on peut l’exposer en terme de résumé en vue de la richesse de ses écrits , de ses méditations. Si l’hésitation et le doute sont humains et empreints de sagesse, pour certains hommes c’est une force onirique et la pensée de l’excellence qui en ressort. La mort devient un hymne à la vie  sans jamais faire l’apologie de celle-ci , elle devient une douce poésie démontrant d’autant mieux la beauté qu’est l’existence en vue de notre sursis à tous. Que serait une  vie éternelle à côté de l’éphémère qui nous pousse vers une réalisation, aux échanges passionnés ? Ne serait-ce pas cette chrysalide fragile qui justement nous fait entrevoir la grandeur de la vie. 5 méditations prônant la pensée du double royaume (celui de la vie et de la mort) et non pas le versant d’un seul afin de savoir acquérir une philosophie allant vers la luminosité d’un mieux vivre rayonnant. C’est aux détours du mariage culturel occidental et Chinois (taoïsme, confucianisme et bouddhisme) que François Cheng explore la mort , la passion assimilée à une petite mort dans bien des poèmes et une grande partie de la littérature entre Eros et Thanatos , la violence et le mal en ce monde afin d’en ressortir toujours l'élixir , le nectar d’une pensée  des plus  philanthropes et des plus érudites en vue des références  et des grands hommes de ce monde cités. La dernière méditation est sous forme de poèmes d’une grande profondeur, relatant l’ensemble de ses pensées.

Il est des moments durant lesquels nous sommes suspendus à la noblesse , ce sera celle des lignes  dans ce cas présent. Humbles, nous le sommes face à ce grand monsieur qui aurait tant à apprendre à toutes générations confondues.
Un recueil, la bible d’un croyant pour une athée comme moi qui pourrait trouver un palliatif à dieu au sein de cette philosophie très personnelle afin de trouver la force en soi-même à défaut de foi, de dogme.    
Je conclus donc par la traduction de son  sinogramme en couverture « la vie engendre la vie, il n’y a pas de fin »


mots-clés : #essai #mort
par Ouliposuccion
le Lun 30 Jan - 14:00
 
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Elisa Lewis et Romain Slitine

Romain Slitine

Tag essai sur Des Choses à lire - Page 3 028bce10

Romain Slitine est spécialiste des innovations et des transitions économiques, sociales et politiques.

Engagé dans le développement de l'économie sociale et solidaire depuis de nombreuses années, il est consultant spécialisé dans l'accompagnement des acteurs de l'ESS et a cocréé Odyssem. Il accompagne notamment les dirigeants d'entreprises de l'économie sociale et solidaire dans leur réflexion stratégique, le lancement et le développement de leurs projets, et le développement de leurs réseaux. Il intervient également auprès des pouvoirs publics (Union européenne, Etat, collectivités locales), afin de contribuer à la construction de politiques ambitieuses de développement de l’ESS et à la formation des élus et des techniciens.

Il est également Président du collectif Démocratie Ouverte qui rassemble les acteurs de la transition politique et démocratique en France.

Il est co-fondateur de la plateforme "innovation sociale" à Sciences Po, conseiller scientifique et maître de conférences à Sciences-po Paris.

source : sciencespo.fr

Bibliographie :

Le coup d'État citoyen. Ces initiatives qui réinventent la démocratie, avec Elisa Lewis, 2016
L'économie sociale et solidaire, avec Géraldine Lacroix, 2016
Stratégie et financement des entreprises sociales et solidaires, avec Sophie Keller et Amandine Barthélémy, 2014
L’économie qu’on aime ! Relocalisations, création d’emplois, croissance : de nouvelles solutions face à la crise, avec Sophie Keller et Amandine Barthélémy, 2013
Entrepreneuriat social, Innover au service de l’intérêt général, avec Amandine Barthélémy, 2011
Intrapreneuriat social, la nouvelle frontière de l’innovation sociale en entreprise avec Octavie Baculard, Elisa Lewis, Amandine Barthélémy, 2012





Elisa Lewis

Tag essai sur Des Choses à lire - Page 3 Aaeaaq10

Elisa Lewis a fait ses études à l'institut politique de Lille. Elle est actuellement consultante en innovation sociale et en entreprendrait social.
Elle fut co-fondatrice des Cols verts, "réseau de communautés locales qui proposent à tous des services conviviaux et innovants pour permettre à chacun de cultiver un peu, beaucoup, pasionnément !"
Elle est actuellement vice-présidente du collectif Démocratie ouverte, qui "fédère et anime une communauté de défricheurs politiques (chercheurs, porteurs de projet, élus, et citoyens curieux) qui expérimentent et développent de nouvelles pratiques démocratiques au service du pouvoir d'agir des citoyens et de la mise à jour de notre système politique vers plus d'horizontalité et de collaboration."

source : profil linked-in d'Elisa Lewis

Bibliographie :

Le coup d'État citoyen. Ces initiatives qui réinventent la démocratie, avec Romain Slitine





Le coup d'état citoyen - Ces initiatives qui réinventent la démocratie

Tag essai sur Des Choses à lire - Page 3 Image320

Nous assistons à la fin de l'évidence démocratique. La formule consistant à confier le gouvernement du pays à des élites éclairées rencontre une crise d'efficacité (face aux banques, marchés, agences de notation, multinationales), de légitimité (abstention massive) et de représentativité (décalage entre les élites politiques et le peuple) . Cette situation fait le lit du vote populiste, pour des partis qui disent représenter "la voix du peuple", ainsi que des dérives  technocratiques (banques centrales, hauts fonctionnaires de la commission européenne etc.).

Ce livre se demande  s'il est  possible (ou plutôt postule qu'il est possible) d'envisager une meilleure démocratie. Les auteurs sont allés à la rencontre de nombreuses initiatives, qui  surgissent pour redonner la parole - et l'action - au citoyen, passer "d'une démocratie de la délégation à une démocratie de l'action".

Un inventaire est dressé de propositions, d'expériences et d'initiatives au niveau national et international, faisant confiance à l'intelligence collective: partis politiques (Podemos, Parti Pirate) , nouvelles formes de gouvernance, nouvelles modalités électorales, participation citoyenne pour impulser de nouvelles législations, et de nouveaux budgets,  ou participer à leur élaboration, vigilance citoyenne et lanceurs d'alerte...

Le numérique  joue un rôle primordial, via des logiciels et des plates-formes issus de l’open source, qui ouvrent la parole à tous pour des  confrontations d'idées, des projets participatifs, des  élaborations collaboratives de projets. Il  remet en cause la traditionnelle  division  entre représentants et représentés, la hiérarchisation et la verticalité de nos institutions et  autorise une mobilisation nouvelle servie par l'intelligence collective.

Les  exemples sont nombreux, concrets, locaux ou nationaux, avec l'analyse de leurs réussites, de leurs difficultés et de leurs échecs. C'est hallucinant tout ce qui existe et qu'on ignore. Ce n'est pas loin de chez nous:  des poches de créativité se multiplient pour initier et  inventer une transition démocratique.

Ce livre passionnant, concret, facile d'accès  montre que ces choses existent, marchent souvent et, si elles ne sont pas de solutions-miracle  (c’est loin de cela, il faut un peu mouiller la liquette) sont malgré tout une ouverture vers un monde meilleur. Un livre militant par l'exemple, optimiste en quelques sorte mais sans naïveté, par les temps qui courent, ça n’est pas si fréquent.



je vous livre la dernière phrase :
Alors, qu'attendons-nous?



mots-clés : #essai
par topocl
le Jeu 26 Jan - 14:46
 
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Sujet: Elisa Lewis et Romain Slitine
Réponses: 2
Vues: 436

Stéphane Hessel

Indignez-vous !

Tag essai sur Des Choses à lire - Page 3 Captur56

« 93 ans. La fin n'est plus bien loin. Quelle chance de pouvoir en profiter pour rappeler ce qui a servi de socle à mon engagement politique : le programme élaboré il y a soixante-six ans par le Conseil National de la Résistance ! » Quelle chance de pouvoir nous nourrir de l'expérience de ce grand résistant, réchappé des camps de Buchenwald et de Dora, co-rédacteur de la Déclaration universelle des Droits de l'homme de 1948, élevé à la dignité d'Ambassadeur de France et de Commandeur de la Légion d honneur ! Pour Stéphane Hessel, le « motif de base de la Résistance, c'était l'indignation. » Certes, les raisons de s'indigner dans le monde complexe d'aujourd'hui peuvent paraître moins nettes qu'au temps du nazisme. Mais « cherchez et vous trouverez » : l'écart grandissant entre les très riches et les très pauvres, l'état de la planète, le traitement fait aux sans-papiers, aux immigrés, aux Roms, la course au toujours plus, à la compétition, la dictature des marchés financiers et jusqu'aux acquis bradés de la Résistance : retraites, Sécurité sociale... Pour être efficace, il faut, comme hier, agir en réseau : Attac, Amnesty, la Fédération internationale des Droits de l'homme... en sont la démonstration. Alors, on peut croire Stéphane Hessel, et lui emboîter le pas, lorsqu'il appelle à une « insurrection pacifique ».


Ahhh...
Si nous avions plus d'hommes de cette trempe , quel serait le monde ?
Si la dignité était innée , quelle serait notre société ?
Si le courage traversait tous les âges , toutes les générations , qu'aurions nous évité?
Si l'ignorance ambiante de notre histoire n'était qu'illusoire ; si l'oubli ne donnait pas le bénéfice à l'insupportable?

Tant de questions sans réponse , parce que le monde ne tourne pas rond , parce que des grands hommes nous en manquons tant , parce que la dignité se fait distancer par la cupidité , parce que le courage est enterré , parce que l'ignorance gagne du terrain et que l'oubli arrange les plus virulents.
Indignez-vous !
Petite bible d'un Monsieur , d'un grand Monsieur , qui a porté sur ses frêles épaules une vie d'indigné qui a combattu pour des idées et la liberté.

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mots-clés : #essai
par Ouliposuccion
le Mer 25 Jan - 16:47
 
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Sujet: Stéphane Hessel
Réponses: 3
Vues: 298

Fritz Zorn

Mars

Tag essai sur Des Choses à lire - Page 3 Image205


Ce n'est pas que je n'ai pas de compassion pour ce jeune homme, présentant un trouble de la personnalité sévère, au moins en partie lié à une éducation pathogène, qui développa à 17 ans une dépression chronique puis un lymphome. Ce n’est pas que son point de vue ne m’intéresse pas, même si je suis loin de partager toutes ses analyses. Mais ce livre est pour moi un fatras de déversement d’autoanalyse et d’opinions proclamées dans un style lourd et redondant, fatras dans lequel il y a cependant mille pistes de réflexion...


Dans les 100 premières pages, la description de la famille est finement analysée, mais il n’ y a pas un personnage autre que l’auteur, pas une anecdote, rien que du général. Rien de vivant, en fait. Et ça ne parle que de lui. Alors certes je comprends que compte tenu de son fonctionnement psychique, c'est sans doute un excellent reflet de son mode de  pensée, mais, bien franchement je trouve cela rébarbatif. Cependant, malgré ces réserves stylistiques, c’est quand même plutôt intéressant cette analyse du retentissement sur la construction de la personnalité de l'auteur. D’autant qu’on y retrouve, cumulés et passés à la loupe, des dysfonctionnements qu’on retrouve de façon plus ponctuelle et moins développée dans pas mal de familles plus banales, y compris les nôtres, celle où nous avons vécue en tant qu'enfant et celle que nous avons construite pour nos enfants.

Dans la 2e partie, la dépression, puis le cancer, se déclarent. On quitte le récit pour passer à l’essai.Zorn tente de nous expliquer la filiation directe entre ces 3 phénomènes : son éducation, sa dépression et son cancer.  En fait il ne tente pas, il postule. Et je dois dire que je ne suis pas arrivée à comprendre en quoi l’arrivée du cancer était une joie. Parce que cela le conforte dans ses idées et sa  pensée magique ?
Au niveau médical, il y a des choses très vraies, sur la nécessité de nommer le mal, et la maladie. On  est en 1977 et que c'était encore moins évident que maintenant à cette époque. Par contre le lien éducation-personnalité-cancer est pour moi tout à fait inacceptable, en tout cas sous cette forme (ce qui ne revient pas du tout à nier les troubles psychosomatiques, ni le rôle du stress sur le déclenchement des maladies, ni  la relation psychologique/somatique)

Enfin, 3ème partie,  l’ essai se fait de plus en plus marqué. C’ est  une réflexion sur ce qui pourrait se résumer à la bourgeoisie et le mal, voire la bourgeoisie suisse et le mal .Tout ceci est assez simpliste, ou parfois totalement confus pour moi, et ma gêne est aggravée par la tendance aux généralités assénées comme vérités.

Zorn montre le caractère apparemment inéluctable des choses : j'ai été élevé dans  une famille hypocrite, sans affect, uniquement préoccupée de sa respectabilité, je suis donc devenu un homme inapte au monde, j'ai donc fait une dépression, j'ai donc eu un cancer. Je n'en veux à personne parce que mes pauvres parents ne sont cela que parce que leurs propres parents étaient déjà de pauvres parents éduqués dans une ambiance délétère… Cette vison est totalement pessimiste et fataliste.

Mais  son analyse évoluant, il prend enfin distance par rapport à son milieu. C’est ici qu’on peut voir comme une révolte, qu’enfin on voit Zorn s’éveiller, qu’on n’ a plus envie de lui donner des coups de pieds dans les fesses. Il appelle au rejet de ces valeurs et à la révolution. Mais  lui-même n’en sera jamais acteur, il est trop longtemps resté fondamentalement bourgeois lui-même dans son inaptitude à transgresser et rebondir. Car au final, il est pris dans une espèce de filet où le cancer lui refuse un avenir dans lequel il pourrait (dit-il), devenir autre. On se demande si ce filet ne le réjouit pas, d’ailleurs, permettant de justifier son incapacité à  quitter ce carcan qu'on lui a imposé : malheureusement, il est trop tard.

Mais bon, écrire, c’est peut-être déjà une transgression, c’est peut-être déjà un geste révolutionnaire.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #autobiographie #essai #pathologie
par topocl
le Ven 23 Déc - 16:28
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langue allemande
Sujet: Fritz Zorn
Réponses: 3
Vues: 367

Jonathan Safran Foer

Faut-il manger les animaux ?

Tag essai sur Des Choses à lire - Page 3 Image194

Je ne peux pas dire que j'ai appris grand-chose à la lecture de Faut-il manger les animaux ? Des précisions, des détails, des chiffres plus précis certes, mais les grandes lignes, je l’avais déjà lu ou entendu ailleurs (notamment dans We feed the world de Erwin Wagenhofer et des lectures que j’avais faites après, particulièrement des écrits de Jean Ziegler). La précision des descriptions de Safran Foer est tout à fait impressionnante, (parfois un peu répétitive et assommante, mais pas trop souvent) et parle d'une façon différente des images que j'avais pu voir dans le film, ils se complètent donc l’un l’autre.

On ne croirait que la moitié de ce qui nous est dit sur la souffrance infligée aux animaux, sur les désastres écologiques et sociologiques, qu’on serait déjà convaincus de la justesse du plaidoyer. Nous vivons dans un mode de dingues, ça n’est pas nouveau, mais il est quand même utile de le rappeler de temps en temps. Seulement Safran Foer y croit, c’est la grande cause de sa vie, et il prend son bâton de pèlerin. Et comme il est  malin, il sait la lourdeur de l’inertie des comportements humains, il sait que des faits ne suffiront pas à nous faire bouger en tout cas pour la plupart d’entre nous, il sait que les chiffres nous assomment. Les détails sont certes importants, mais ils ne réussiront pas, à eux seuls, à convaincre la majorité des gens de changer leurs habitudes. Il faut faire entrer autre chose en jeu.

Il a donc ajouté un tas de choses à cet aspect informatif et statistique, car bien évidemment ce qui fait changer les opinions, ce qui fait changer les comportements, ce ne sont pas les chiffres, ce sont les émotions. Il  nous fait un numéro de charme, bien au-delà du bourreau de travail, de l' acharné de la précision , il nous parle de ses doutes, de sa responsabilité de petit-fils de survivante, et de père de famille, il raconte des histoires,  il nous parle de lui, et, cela tombe bien, puisque nous sommes sur un fil de fiction sur un forum de littérature,  c’est  le meilleur du livre : Safran Foer est un merveilleux conteur, drôle, tendre plein d’humour (et aussi de tolérance , ou au moins d’ouverture d’esprit).

Quelle que soit la force de nos convictions concernant ce qui est bon pour nous à l'échelon individuel, et même collectif, nous savons tous par avance que nos positions se heurteront à celles de nos voisins. Que faire face à cette incontournable réalité ? Laisser tomber la discussion, ou trouver un moyen de la recadrer ? Alors la seule question que je peux me poser à l'issue de ce livre c'est : comment se fait-il que tout le monde, ou la plus grande partie des gens, et moi en particulier, continuons à manger de la viande après avoir acquis toutes ces notions, entendu et reconnu vrais tous ces arguments ? Et bien, c'est sans doute que nous sommes  pris dans le carcan de nos habitudes de notre paresse et de même que nous continuons à rouler avec une voiture, un diesel qui plus est, à voyager en avion, à porter des vêtements venant de Pétaouchnok …. nous continuons à manger des animaux….

Voilà, ce livre est bien ennuyeux car il nous fait ressortir de sa lecture avec un sentiment de honte. Je SAIS mais je MANGE…Il n’y a plus qu’à se dire qu’il constitue une petite pierre du grand édifice que construisent courageusement quelques rêveurs/illuminés/sages/précurseurs, appelez-les comme vous voulez, et que cela  finira (peut-être) par l’emporter, faire changer les mentalités, les comportements et les politiques, à condition d’être patient. Que ce livre est indispensable en cela, et que si je n’ai pas rejeté la viande malgré ma lecture, du moins j’aurai fait un petit pas sur un chemin qui finira par me rendre meilleure, malgré ma paresse, mon manque de courage, mon hypocrisie, malgré moi-même en quelque sorte. Mais n’est ce pas une façon bien facile de me donner bonne conscience?

(commentaire récupéré)


mots-clés : #essai #nature #social
par topocl
le Jeu 22 Déc - 16:49
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Jonathan Safran Foer
Réponses: 8
Vues: 508

Simon Leys

Tag essai sur Des Choses à lire - Page 3 Captur36

LE BONHEUR DES PETITS POISSONS

Lire Simon Leys est un plaisir constant. Celui que nous procure un homme très intelligent, très cultivé, sans être pour cela pédant ou abstrait. Au contraire le plaisir et la curiosité qui motivent sa vie, Simon Leys parvient à nous les communiquer, à stimuler ce qu'on appelle notre "matière grise".

Dans Le Bonheur des petits poissons, à partir de ses connaissances sur la Chine, il nous montre ce qui différencie profondément la culture chinoise de la culture occidentale. Il cite Le savant sinologue Joseph Needham, "un des très rares ouvrages que les chinois prennent au sérieux."

La civilisation chinoise, écrit Needham, présente l'irrésistible fascination de ce qui est totalement autre, et seul ce qui est totalement autre peut inspirer l'amour le plus profond en même temps qu'un puissant désir de le connaître."

Leys montre que la découverte de la culture chinoise par les occidentaux et réciproquement, est assez récnte, et que beaucoup se sont cassés les dents à essayer de la comprendre. A commencer par Malraux et Segalen.

Simon Leys, montre ailleurs,comment les peintres chinois pratiquent leur art. Les Chinois, écrit-il, considèrent que "peindre est surtout difficile avant de peindre", car "l'idée doit précéer le pinceau." Dans la peinture occidentale, en effet, il est relativement rare que l'oeuvre constitue la simple projection d'une vison intérieure préexistante ; bien plus souvent, la peinture résulte d'un dialogue, voire même d' un corps à corps que l'artiste engage avec sa toile... Le peintre travaillant d' après nature se sert de la "mémoire primaire", utilisant les images qui ne durent qu'un instant, le temps qu' il met pour tranférer son regard du modèle à la toile.

A cette "mémoire primaire", Leys oppose "la mémoire secondaire ou éidétique : l'esprit emmagasine les images comme le ferait une caméra, et il se les projette sur un écran mental où elle apparaissent dans toute leur complexité.... L'imagination éidétique se rencontre souvent à l'état spontané chez les enfants, mais on peut aussi les cultiver méthodiquement.

L'étude et l'exercice de l'écriture idéographique ont probablment favorisé le développement de cette faculté chez les peintres chinois, de même que la pratique de la méditation enseignée par le taoïsme et le bouddhisme chan. Ajoutez à cela toute la technique de la peinture chnoise : la nature même de ses instruments -encre et pinceau-, ne tolérant ni hésitations ni repentirs, exclut largement la possibilité de travailler à partir des images de la "mémoire primaire" (d'après nature) et exige au contraire une exécution instantanée, exempte de retouches. Pour l' artiste, il s'agit en effet de restituer d' un jet l'image qu'il s' était formée dans l' esprit avant de prendre le pinceau...

Plus loin, Simon Leys, parle de la litote et l'art de suggérer plutot que dire, répéter, décrire comme le font trop souvent des créateurs comme Balzac.

Message récupéré


mots-clés : #creationartistique #essai
par bix_229
le Mar 20 Déc - 21:19
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Simon Leys
Réponses: 11
Vues: 434

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