Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 10 Déc - 23:04

44 résultats trouvés pour exil

Maryam Madjidi

Marx et la poupée

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A cinq ans, Maryam Madjini a suivi l'exil de ses parents communistes, fuyant la répression de l'Etat iranien, désireux d'offrir à leur fille une vie de liberté et d'ouverture.

Il y a le versant joyeux, flatteur d'être une jeune femme d'origine persane, avec l'exotisme que cela comporte - très efficace pour draguer. Il y a la dure réalité d'être une petite fille qui abandonne sa grand-mère et ses poupées, et qu'on installe dans un studio de 15 m2, dans une école dont elle ne connaît ni la langue, ni les codes .

Par petits morceaux accolés, en une espèce de liste géante,  avec un humour discret en filigrane, l'auteur raconte cette ambiguïté de l'exil, dans un style descriptif, évitant les effets de manche, cherchant une certaine distance. Pour adoucir cette froideur apparente -et dans un probable clin d'oeil aux Contes des Mille et Une Nuits -  elle glisse quelques chapitres nommés "Il était une fois", petits contes allégoriques illustrant ses drames intimes.

Cela laisse une impression de superficialité à force de ne pas vouloir y toucher, il n'y a pas de grande nouveauté, ni sur l'Iran, ni sur l'exil. C'est  au final un livre sympathique là où il aurait dû être passionnant.


mots-clés : #enfance #exil #regimeautoritaire
par topocl
le Mar 10 Avr - 16:51
 
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Sujet: Maryam Madjidi
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Gaïto Gazdanov

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Une soirée chez Claire


Original :  Вечер у Клэр (Russe, 1929 ; paru en 1930?)

CONTENU :
Viviane Hamy a écrit:Au moment de passer enfin une nuit avec la femme de ses rêves, Claire, Nikolaï fait défiler toute une série de souvenirs concernant sa vie, son enfance, son adolescence, jusqu'à sa rencontre avec Claire. Il replonge dans sa vie familiale, sa formation auprès du corps des cadets, ses longues conversations avec son oncle Vitali sur le sens de la vie, son engagement dans l'armée Blanche

.

REMARQUES :
Dans le temps l'événement inaugurale : la nuit passée (finalement) avec Claire, se trouve au bout d'un cheminement sur lequel l'auteur va revenir dans le mode du souvenir. Kolya ne trouvant pas le sommeil après l'amour, se rappelle leur première rencontre et puis aussi l'enfance, les personnâges-clés, le temps dans l'Armée blanche.

On pourrait justifier l'importance de Claire : elle, leur « amour », sont le cadre entre l'aboutisemment d'une nuit à Paris d'un part, et de leur début de connaissance il y a une dizaine d'année dans la Russie prérévolutionnaire. Et peut-être même au centre de l'engagement de Kolya dans l'Armée blanche, de ses espoirs en quittant la Russie ? Claire, d'origine française, est de quatre ans l'ainée de Kolya/Nikolai. Celui-ci est sous le charme, là sur la plage de jeunesse, mais n'ose pas franchir le cap. Il est certainement habité par un image plutôt que par la réalité… Et là on trouve à mon avis un des sujets clés qu'il m'a semblé trouver déjà dans d'autres œuvres de l'auteur : la distance, la relation entre rêve et réalité. (Et dix années après on est en droit de se demander s'il y a une pareille attitude envers leur   relation ; amour pour Kolya, amourette pour Claire ?

On retrouve, surtout au début, aussi ces sortes d'analyse de soi-même, dans laquelle l'imaginaire et le réél, les souvenirs ET les réflexions, se melangent.

Mais dans les souvenirs de cette nuit passée ensemble, c'est toute la vie qui défile… : la description surtout de son père originale, ou, plus tard, de son oncle Vitali, retenu, mais de bon conseil et respecté. Ces descriptions de caractères sont splendides ! Plus tard, contre le conseil de l'oncle (« tu ne seras pas sur le coté de l'avenir »...), et peut-être sans grande conviction, il s'engage dans l'Armée blanche : on se retrouve en 1919/20 et il sera sur un de ces locomotifs de combats. Mais là aussi, à coté de quelques scènes de combat plus narratives, plutôt des histoires de soldats dans leur personnalité : leur courage ou leur lâcheté, leurs motivations ou leur manque de celle-ci.  Voici une palette très large de descriptions sur les combattantes. Intéressant !

Certaines transitions et allussions sont un peu mystérieuses (pour moi). Ils soulignent peut-être un certain flou ?

Certainement le réfugié Gazdanov y a mis du sien, de ses expériences lors de la guerre civile, de la fuite, de la mélancolie éternelle de ceux qui ont perdu leurs références. Je ne classe pas ce court roman à la hauteur du « Phantôme », mais ceux qui s'intéressent à l'oeuvre de cet écrivain et sa façon d'écrire, seront satisfaits...

mots-clés : #exil #immigration
par tom léo
le Lun 9 Avr - 19:34
 
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Sujet: Gaïto Gazdanov
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Nicolas Fargues

Rade Terminus

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Rade Terminus est un livre qui parle des expatriés français à Madagascar avec une certaine ironie.

Des couples, des célibataires se préparent d’abord à partir. Ils feront connaissance là-bas, à Diégo-Suarez. Et se préparer pour partir ce n’est pas forcément de la tarte !

Les personnages, qui vont se croiser à Diégo-Suarez, qui n’est autre que la ville d’Antsiranana, sont plutôt caricaturaux, comme Philippe par exemple, qui travaille pour l’association humanitaire Écoute et Partage, une ONG, et qui souffre de ses TOCs. Que ce soit dans le comique – Amaury recruté en France par Philippe pour le seconder – ou dans le dramatique (Phidélyce qui a vraiment baisé la gueule à Maurice qui a tout quitté pour elle).

« À 65 kilomètres d’Ambanja, sans prévenir, Dieu lui donna l’ordre de pousser à 150 kilomètres à l'heure, juste pour voir : “Tu atteins 150 et puis tu redescends, d’accord ?”
– Ah non ! Arrête Dieu ! Ne me fais pas jouer avec le feu sur ce coup-là ! Faut pas déconner, là ! Je suis en bagnole, là, c’est dangereux, tu peux pas me forcer !
Dieu affecta cet air attristé qui cachait une vexation sans appel.
– Bon bon, O.K., O.K. Mais après on arrête, hein ? »


Voilà pour le TOC qui nous amuse et nous inquiète !

La description de la vie des personnages en exil, on sent que c’est du vécu ! parce que Nicolas Fargues a été le directeur de l’Alliance française de Diégo-Suarez à Madagascar, il a dû en voir passer, des expat’s !!! Le ton employé est plein d’humour, il se moque beaucoup de ses personnages (l’air de rien comme ça, un peu pince-sans-rire !).

Les Malgaches en prennent aussi pour leur grade ! Il les a bien connus et nous en décrit le portrait et les caractéristiques, selon leur origine, côtiers ou des hauts plateaux, c’est pas pareil ! Et quand un Malgache vient en France, c’est tragi-comique !

« Les Français, je leur faisais peur dans le métro parce qu’ils me prenaient pour un Arabe. Les Arabes de la cité où je dormais, eux, ils m’agressaient parce que je mangeais du porc. J’avais beau leur dire que j’étais malgache d’origine indienne mais malgache, Madagascar ils avaient jamais entendu parler, ils voulaient savoir et me traitaient de traître ! Pire encore avec les Indiens ! Je parlais pas tamoul, j’allais pas à la mosquée, ils me traitaient de Français ! »


– Tu sais, ici, toutes les filles vont voir le sorcier pour se marier avec un vazaha [un Français]. J’ai jamais vu une ville où de dix à quarante-cinq ans, la recherche du Blanc est aussi ancrée dans les esprits et, surtout aussi généralisée chez les femmes. Je ne connais pas une seule nana ici qui dirait non à un vazaha, même pas spécialement friqué. Je n’exagère pas, pas une ! »


J’ai apprécié de lire ce petit livre, plutôt drôle, et plutôt à lire en été sur une chaise longue, ou dans l’avion, ou dans l’aérogare ! (mais ce n’est pas un roman de gare !)


mots-clés : #exil #humour #lieu
par Barcarole
le Ven 6 Avr - 9:17
 
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Sujet: Nicolas Fargues
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Alejandro Rossi

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Alejandro Rossi : Edén. Vie imaginée - Gallimard

Lorsqu'on se penche sur son passé, en particulier sur son adolescence, les souvenirs sont d'autant plus lointains qu'ils remontent à des dizaines années en arrière.
Dans ce cas, si on songe à les publier, mieux vaut choisir délibérémment l'infidélité et la fiction.
En tout cas c'est la solution qu'a choisie Alejandro Rossi en les publiant sous le titre : Eden. Vie imaginée.

Né en Italie d' un père florentin et d' une mère vénézuélienne, il ne cessera au gré des évènements de voyager de pays en pays.
Son personnage, qui lui ressemble étrangement, se nomme selon le lieu et le moment, Alessandro ou Alejandro. Le plus souvent Alex.
Ces différences ne s'expliquent pas uniquement par la fantaisie mais par un véritable problème d'identité.

Si Alex finit par passer de longues vacances en famille à l'hôtel Eden, en Argentine, c'est qu' on est à la fin des année 40, et que l'hôtel était un asile à l'abri des évènements.
Mais avant d'y parvenir la famille fit de nombreux détours dans d'autres pays d'Amérique latine au gré de la parentèle.

Alex navigue ainsi entre des pays différents, des langues ayant en commun l'espagnol, des personnages nombreux.
Et donc, les souvenirs vont et viennent et s'entrechoquent selon le flux de la mémoire, plutôt qu' au fil de la chronologie.
Les points fixes sont le père, la mère, le frère. Alex les aime et les admire tout en étant clairement conscients de leurs défauts et leurs faiblesses.
Le père est un cavaleur, épris d'art hippique, mais il ne monte pas que les bourins !
La mère est intelligente, sensuelle et très belle. Est-elle sage ou non, Alex a des doutes.
En tout état de cause, ils forment un couple volcanique qui s'étripe volontiers mais qui vit quand même en bonne intellligence, au gré des événements qui ressemblent à des vacances.

L'Hôtel Eden porte bien son nom. Une sorte de paradis peuplé d'exilés de luxe. D'amis, de parents, de connaissances, pitoresques, parfois intelligents, porteurs de connaissances et d'un vécu cosmopolite.
Souvent améliorés.
L'Hôtel Eden marquera un passage important dans l'adolescence d'Alex et un moment privilégié pour ses amités et ses amours débutantes.
Pour son identité vagabonde.

Il est évident que les souvenirs d' Alex sont fluctuents, lambeaux d'îles et d'îlots à la dérive ou disparus. Et que les pièces que l'auteur met en place ressemblent aux pièces d'un puzzle.
Qu'importe pour le lecteur ! Les pièces rapportées s'emboîtent et dorment un tableau d'ensemble bigarré mais plutôt cohérent, vivant et drôle...

Et comme il est imaginé, s'il ne vous convient pas, vous pouvez toujours l'améliorer !

mots-clés : #exil
par bix_229
le Mer 17 Jan - 19:46
 
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Sujet: Alejandro Rossi
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Carlo Levi

Le Christ s'est arrêté à Eboli.

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« Confinati » - c-à-d mis en résidence surveillée – de 1935 à 1936, pour antifascisme, à Gagliano, petit village de Lucanie (Basilicate actuelle), Carlo Levi a rapporté de son séjour forcé dans « cette terre sans consolation ni douceur, où le paysan vit, dans la misère et l’éloignement, sa vie immobile sur un sol aride en face de la mort ».

Pourquoi ce titre ?
« Nous ne sommes pas des chrétiens, disent-ils ; le Christ s’est arrêté à Eboli. » Chrétien veut dire, dans leur langage, homme – et ce proverbe que j’ai entendu répéter si souvent n’est peut-être dans leurs bouches que l’expression désolée d’un complexe d’infériorité : nous ne sommes pas des chrétiens, nous ne sommes pas des hommes, nous ne sommes pas considérés comme des hommes, mais comme des bêtes, moins que les gnomes qui vivent leur libre vie, diabolique ou angélique, parce que nous devons subir le monde des chrétiens, au-delà de l’horizon, et en supporter le poids et la comparaison.


Carlo Levi, dans la lenteur et la langueur du temps qui passe, des journées qui paraissent interminablement calmes et vides, observe et peint, découvre et décrit, comprend et analyse.
Sans jamais tomber dans l’apitoiement misérable, Carlo Levi nous confie son vécu dans une écriture qui coule comme une source claire et fraîche, nous livre ses réflexions d’une profonde humanité, nous bouleverse avec ses mots simples. Les descriptions des paysages y sont certes très belles mais ce qu’il réussit à merveille c’est de nous approcher de ses paysans, de leur monde. Le texte sobre donne une telle dimension à la souffrance et au désespoir que l’on frissonne tant on finit par aimer ces paysans.
Carlo Levi fait la lumière sur la réalité de ce qu’était le sud de l’Italie, un pays oublié vivant toujours comme à l’époque féodale où les propriétaires et les fascistes (la petite bourgeoisie) régnaient sur une population décimée par la malaria.
A la fin du roman, Levi expose une sorte de réquisitoire où sont développées les réelles solutions à apporter pour que cette région et ses paysans et leurs enfants se sentent intégrés dans leur propre pays, « créer une nouvelle forme d’Etat qui soit aussi l’Etat des paysans ».

Grande émotion.

(carnet retrouvé...)


mots-clés : #autobiographie #exil #politique #ruralité #social
par Cliniou
le Lun 15 Jan - 12:08
 
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Sujet: Carlo Levi
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François Sureau

Le chemin des morts

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Récit (autobiographique sans doute), de la taille d'une nouvelle (une quarantaine de pages environ), paru en 2013.

Début des années 1980. Un tout jeune brillant juriste atterrit à la Commission de recours des réfugiés (aujourd'hui Cour Nationale du Droit d'Asile). Il évoque le président de celle-ci à l'époque, pour lequel il nourrit de l'admiration, tant pour le parcours que pour la méthode.

Le chemin des morts, au Pays basque, c’est ce chemin particulier qui mène chaque maison jusqu’au cimetière. Chaque famille a le sien, et se tisse ainsi au-dessus des routes et des sentiers une toile secrète, invisible et mystérieuse, qui mène jusqu’à l’église.



Arrivé en France en 1969, fuyant la justice franquiste, Javier Ibarrategui, membre du commando qui avait assassiné Melitón Manzanas à Irún le 2 août 1968 (commissaire, tortionnaire notoire sous le régime franquiste, à la tête de la Brigada Político-Social de Guipúzcoa - à noter que cet assassinat est, à jamais pour l'Histoire, le premier attentat prémédité d'ETA) avait-il à y demeurer en vertu du droit d'asile, tandis qu'entre-temps l'Espagne était devenue une démocratie ?

Pouvions-nous seulement faire à l'Espagne la mauvaise manière de tenir pour nul et non avenu son retour au droit ?


Le cas est épineux, les sinistres GAL (Grupos Antiterroristas de Liberación) opérent, groupes occultes, para-militaires sévissant dans l'ombre y compris (et même par périodes surtout) sur sol français, lequel est considéré par ceux-ci, à tort ou à raison, comme un sanctuaire pour les activistes basques.

Et Javier Ibarrategui s'était tenu plus que tranquille en France, allant même jusqu'à désapprouver, par un écrit circulant dans les milieux clandestins, l'assassinat de l'amiral Carrero Blanco en 1973. Ce qui lui fut reproché
par ses anciens camarades comme par certaines vois autorisées de l'extrême gauche française.



Dire le droit, motiver une décision de justice est ardu.
Lorsqu'un juge adopte une solution, c'est bien souvent parce que la décision inverse lui paraît impossible à rédiger, pas davantage.


Et puis il y a les cas.
En évoquant quelques-uns d'entre eux, on survole le relativisme, chaque époque connaît le sien propre, couplé au regard, qui diffère tous les quinze ou vingt ans.
Et même les cocasseries, la filouterie pas bien méchante:
Je me souviens que ce jour-là nous avions accordé le statut de réfugié à un Zaïrois, dont nous devions découvrir ensuite qu'il s'était déjà présenté trois fois à la Commission sous des identités différentes. Il avait un beau talent d'acteur et revendait ensuite -à un prix abordable- le précieux papier à ses compatriotes.



J'ai beaucoup apprécié cette courte nouvelle (ce court récit), pas seulement pour la teneur et le questionnement central qu'il pose:
En effet -bonheur de lecteur- le style est ramassé, concis, cependant à l'opposé du type script ou scénario, sobre mais jamais sec, toujours à grand pouvoir évocateur: que l'auteur en soit remercié...

mots-clés : #autobiographie #exil #immigration #justice
par Aventin
le Sam 16 Déc - 19:10
 
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Sujet: François Sureau
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Amin Maalouf

Les désorientés

Tag exil sur Des Choses à lire - Page 2 Les-de10


Adam, un historien bientôt quinquagénaire exilé à Paris, n'a plus revu depuis un quart de siècle son pays natal dévasté par les guerres civiles. A l'annonce du décès imminent de son « ancien ami » Mourad, Adam décide de se rendre à son chevet, bien qu'il ait pris ses distances avec lui. C'est généralement dans la maison de Mourad que se réunissaient autrefois leurs amis communs, avec qui ils formaient un groupe d'étudiants joyeux et très unis, pleins de projets d'avenir pour leur pays avant que la guerre ne les disperse. Mais Mourad s'est compromis afin de pouvoir garder sa propriété familiale, âprement défendue depuis des générations ; pris dans l'engrenage, il s'est mué en politicien corrompu (vice endémique du pays). Adam arrive trop tard pour revoir Mourad, et décide de rester incognito le temps d’écrire à propos de cette époque de sa vie, soit les seize jours de ce récit d’un retour au pays ; occasion aussi de reprendre contact avec les amis du cercle, certains éparpillés dans la diaspora, qui ont vécu différents choix de vie, et d’organiser une réunion dans la nostalgie de leur heureuse jeunesse d'avant-guerre.
(Commentaire basé sur Wikipédia fort remanié.)

« De la disparition du passé, on se console facilement ; c’est de la disparition de l’avenir que l’on ne se remet pas. Le pays dont l’absence m’attriste et m’obsède, ce n’est pas celui que j’ai connu dans ma jeunesse, c’est celui dont j’ai rêvé, et qui n’a jamais pu voir le jour. »

« Allions-nous passer notre vie entière, et en tout cas notre jeunesse, sans avoir eu l’occasion de nous engager à corps perdu dans un combat qui en vaille la peine ? »


Insérée dans cette trame en court une autre, pas aussi fortuite ou déplacée qu’on pourrait le croire : Adam a une aventure amoureuse avec une amie retrouvée, que trop timoré il n’avait pas eue à l’époque, et ceci avec le consentement de sa compagne restée en France. Cette péripétie donne l’occasion d’évoquer les années soixante-dix du point de vue de leurs conceptions idéalistes voire utopiques sur l’amour et le sexe, et ce qu’il est advenu des notions révolutionnaires de liberté humaniste.
Le lecteur entrevoit également les charmes de la civilisation levantine (libanaise), chaleureuse, sensible et sensuelle, multiculturelle, dont le "modèle", qui permettait aux diverses communautés de vivre harmonieusement ensemble, n’a pas survécu aux tensions sectaires, entre fanatiques religieux et caïds de quartier, par défaillance de gouvernement national.
On trouve encore dans ce livre (2012) des aperçus pertinents sur la confrontation Occident – monde arabe, qui n’ont pas perdus de leur intérêt dans le contexte actuel, bien au contraire. Amin Maalouf analyse le conflit proche-oriental comme une rétrogradation dans la radicalisation (pas seulement religieuse), avec chez les Arabes une réaction haineuse contre l’humiliation longuement subie de l’Occident :

« Les militants radicaux comme lui, ils deviendront forcément un jour des oppresseurs. Mais aujourd’hui ils sont persécutés dans la plupart de nos pays, et en Occident ils sont diabolisés. Est-ce que tu as envie de défendre un opprimé alors que tu sais pertinemment qu’un jour prochain, il se comportera lui-même comme un tyran ? »

« Ce qui m’exaspère, c’est cette manière que l’on a aujourd’hui d’introduire la religion partout, et de tout justifier par elle. Si je m’habille comme ça, c’est pour ma religion. Si je mange ceci ou cela, c’est pour ma religion. On quitte ses amis, et on n’a pas besoin de s’expliquer, c’est ma religion qui m’appelle. On la met à toutes les sauces, et on croit la servir, alors qu’on est en train de la mettre au service de ses propres ambitions, ou de ses propres lubies.
La religion c’est important, mais pas plus que la famille, pas plus que l’amitié, et pas plus que la loyauté. Il y a de plus en plus de gens pour qui la religion remplace la morale. Ils te parlent du licite et de l’illicite, du pur et de l’impur, avec des citations à l’appui. Moi j’aimerais qu’on se préoccupe plutôt de ce qui est honnête, et de ce qui est décent. Parce qu’ils ont une religion, ils se croient dispensés d’avoir une morale. »

« Ce conflit qui a bouleversé nos vies n’est pas une querelle régionale comme les autres, et ce n’est pas seulement un affrontement entre deux ‘tribus cousines’ malmenées par l’Histoire. C’est infiniment plus que cela. C’est ce conflit, plus que tout autre, qui empêche le monde arabe de s’améliorer, c’est lui qui empêche le monde arabe de s’améliorer, c’est lui qui empêche l’Occident et l’Islam de se réconcilier, c’est lui qui tire l’humanité contemporaine vers l’arrière, vers les crispations identitaires, vers le fanatisme religieux, vers ce qu’on appelle de nos jours ‘l’affrontement des civilisations’. […] Je te le dis en pesant mes mots : c’est d’abord à cause de ce conflit que l’humanité est entrée dans une phase de régression morale, plutôt que de progrès. »

« Ce qui est certain, c’est que cette succession de débâcles a progressivement déséquilibré le monde arabe, puis l’ensemble du monde musulman. »

« …] au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Occident a découvert l’horreur des camps, l’horreur de l’antisémitisme ; alors qu’aux yeux des Arabes, les Juifs n’apparaissent nullement comme des civils désarmés, humiliés, décharnés, mais comme une armée d’invasion, bien équipée, bien organisée, redoutablement efficace. »

« Il y a, objectivement, deux tragédies parallèles. Même si la plupart des gens, chez les Juifs comme chez les Arabes, préfèrent n’en reconnaître qu’une. Les Juifs, qui ont subi tant de persécutions et d’humiliations à travers l’histoire, et qui viennent de connaître, au cœur du vingtième siècle, une tentative d’extermination totale, comment leur expliquer qu’ils doivent demeurer attentifs aux souffrances des autres ? Et les Arabes, qui traversent aujourd’hui la période la plus sombre e la plus humiliante de leur histoire, qui subissent défaite sur défaite des mains d’Israël et de ses alliés, qui se sentent bafoués et rabaissés dans le monde entier, comment leur expliquer qu’ils doivent garder à l’esprit la tragédie du peuple juif ? »

« Les guerres ne se contentent pas de révéler nos pires instincts, elles les fabriquent, elles les façonnent. Tant de gens qui se transforment en trafiquants, en pillards, en ravisseurs, en tueurs, en massacreurs, qui auraient été les meilleurs êtres du monde si leur société n’avait pas implosé… »

« Longtemps l’idée de révolution était l’apanage des progressistes, et un jour elle a été captée par les conservateurs. »

« "C’est l’Occident qui est croyant, jusque dans sa laïcité, et c’est l’Occident qui est religieux, jusque dans l’athéisme. Ici, au Levant, on ne se préoccupe pas des croyances, mais des appartenances. Nos confessions sont des tribus, notre zèle religieux une forme de nationalisme…"
"Et aussi une forme d’internationalisme", ajoute Adam.
"C’est les deux à la fois. La communauté des croyants remplace la nation ; et dans la mesure où elle enjambe allègrement les frontières des Etats et des races, elle se substitue aussi aux prolétaires de les tous pays qui, paraît-il, devaient s’unir." »


L'auteur, lettré francophone gardant un vif attachement à la culture arabo-chrétienne, transparaît dans le personnage central du roman, et son point de vue narratif relie les notes et extraits de correspondance de ce dernier. Ce procédé un peu bancal permet au moins une lecture aisée et finalement agréable de l’exposé clair, explicite.
Je dois confesser qu’une certaine impression me gêne à la lecture des romans d’Amin Maalouf, un a priori peut-être, difficile à décrire : comme quelque chose de convenu, d’artificiel et de banal dans le style comme le contenu, en-deçà de la mièvrerie mais qui entache spécialement son rendu des rapports humains.
Nota bene, cette fois les extraits que j'ai retenus me semblent plus objectivement représentatifs de l'oeuvre...

« Tout homme a le droit de partir, c’est son pays qui doit le persuader de rester ‒ quoiqu’en disent les politiques grandiloquents. […]
C’est d’abord à ton pays de tenir, envers toi, un certain nombre d’engagements. Que tu y sois considéré comme un citoyen à part entière, que tu n’y subisses ni oppression, ni discrimination, ni privations indues. Ton pays et ses dirigeants ont l’obligation de t’assurer cela ; sinon, tu ne leur dois rien. Ni attachement au sol, ni salut au drapeau. Le pays où tu peux vivre la tête haute, tu lui donnes tout, tu lui sacrifies tout, même ta propre vie ; celui où tu dois vivre la tête basse, tu ne lui donnes rien. Qu’il s’agisse de ton pays d’accueil ou de ton pays d’origine. La magnanimité appelle la magnanimité, l’indifférence appelle l’indifférence, et le mépris appelle le mépris. Telle est la charte des hommes libres et, pour ma part, je n’en reconnais aucune autre. »


Mots-clés : #amitié #exil #guerre
par Tristram
le Ven 3 Nov - 19:04
 
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Sujet: Amin Maalouf
Réponses: 14
Vues: 570

Antonio Muñoz Molina

Antonio Muñoz Molina Séfarade

Tag exil sur Des Choses à lire - Page 2 Syfara10


Il s’agit en fait d’une sorte de recueil de "nouvelles" avec un fil directeur très homogène : le souvenir d’un passé plus ou moins lourd, vécu dans différents endroits de la planète par des personnages extraordinaires ou non, historiques ou pas, des étrangers, des immigrés, des émigrés, des exilés, des disparus ‒ autant de romans, empreints des dictatures du XXe siècle.

« Il n'y a pas de limite aux histoires inimaginables qu'on peut entendre à condition de faire un peu attention, aux romans qu'on découvre soudain dans la vie de n'importe qui. »
Antonio Muñoz Molina, « Cerbère », in « Séfarade »

« Comment s’aventurer à la vaine frivolité d’inventer alors qu’il y a tant de vies qui mériteraient d’être racontées, chacune d’elles comme un roman, un réseau de ramifications qui mènent à d’autres romans, à d’autres vies. »
Antonio Muñoz Molina, « Séfarade », in « Séfarade »


Parmi les leitmotive qui se recoupent, les camps de concentration et d’extermination allemands et russes, les Séfarades et autres Juifs, d’Espagne ou d’ailleurs, Milena Jesenska et Franz Kafka (d’un certain point de vue un annonciateur du totalitarisme), les morts vivants dans la rue (drogués et autres égarés) ‒ en quelque sorte l’héritage du siècle ‒, et les obsessions et angoisses de l’auteur et/ ou narrateur (alternance de je/ il qui entrelace le texte, comme aussi des épisodes ou des personnages, tel le cordonnier) : départ/ voyage/ fuite, culpabilité, persécution, amours perdues.

« ...] Franz Kafka a inventé par anticipation le coupable parfait, l’accusé d’Hitler et de Staline, Joseph K., l’homme qui n’est pas condamné parce qu’il a fait quelque chose ou parce que se serait fait remarquer d’une quelconque manière, mais parce qu’il a été désigné comme coupable, qui ne peut pas se défendre parce qu’il ne sait pas ce dont on l’accuse et qui, au moment d’être exécuté, au lieu de se révolter, se soumet avec respect à la volonté des bourreaux, ayant en plus honte de lui-même. »
Antonio Muñoz Molina, « Tu es », in « Séfarade »


Désinformation, "agit-prop" de l’Internationale communiste :
« Willi Münzenberg a inventé l’art politique de flatter les intellectuels établis, la manipulation convenable de leur égolâtrie, de leur peu d’intérêt pour le monde réel. Il parlait d’eux avec un certain mépris et les appelait le "Club des Innocents". Il était à la recherche de gens pondérés, avec des tendances humanistes, une certaine solidité bourgeoise, si possible l’éclat de l’argent et du cosmopolitisme : André Gide, H. G. Welles, Romain Rolland, Hemingway, Albert Einstein. Lénine aurait fusillé sans délai cette espèce d’intellectuels, ou bien il les aurait expédiés dans un sous-sol de la Loubianka ou en Sibérie. Münzenberg a découvert l’immense utilité qu’ils pouvaient avoir pour rendre attrayant un système que lui, dans le fond incorruptible de son intelligence, devait trouver atterrant d’incompétence et de cruauté, même pendant les années où il le considérait comme légitime. »

« Il y a aussi dans cette histoire un traître possible, une ombre à côté de Münzenberg, le subordonné rancunier et docile, cultivé et polyglotte ‒ Münzenberg ne parlait que l’allemand, et avec un fort accent de classe populaire ‒, physiquement son contraire, Otto Katz, appelé aussi André Simon, mince, fuyant, vieil ami de Franz Kafka, organisateur du Congrès des intellectuels antifascistes de Valencia, émissaire de Münzenberg et du Komintern parmi les intellectuels de New York et les acteurs et les scénaristes d’Hollywood, étoiles de la gauche caviar, et du radical chic, toujours espionnant, adulateur assidu d’Hemingway, Dashiell Hammett, Lillian Hellman, staliniens fervents et cyniques. »
Antonio Muñoz Molina, « Münzenberg », in « Séfarade »


Personnellement, j’ai ressenti ces ressassements comme pesants, peut-être entrés en résonnance avec trop de trop récentes lectures apparentées. Idem, le fil Littérature des camps semble déserté (saturation ?)

mots-clés : #campsconcentration #communautejuive #devoirdememoire #exil #genocide #regimeautoritaire
par Tristram
le Mer 1 Nov - 0:37
 
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Sujet: Antonio Muñoz Molina
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Henri Calet

Un grand voyage

Tag exil sur Des Choses à lire - Page 2 43835910


Germain Vaugrigneuse  s’est enfuit de France après que son collaborateur et employeur eut fraudé.

Lupo lui avait fait remettre par une des secrétaires une très grosse somme d’argent : en billets et en pièces d’or, et un chèque sur une banque londonienne. Germain n’avait jamais été si riche. C’était depuis lors qu’il n’était plus en ordre avec sa conscience ; ils ne marchaient plus au même pas.

Il s’installe à Montevideo, alors qu’il devait rejoindre un oncle au Brésil.
Il fréquente une « cave » où se réunissent des  sympathisants révolutionnaires de tous pays et aux motifs très divers.

Ceux-là s’étaient réfugiés dans un avenir de fantaisie, ils avaient cessé de vivre pour leur propre compte.

Germain, est un jeune homme que les femmes quittent ; Camille à Paris, Agnès sur le bateau.

Son fils, son art… Germain était gâté : elle lui donnait le rôle qu’il préférait, celui du sacrifié. Il allait pouvoir se prendre en pitié. Ce dénouement lui convenait fort bien. Il ne se trouvait jamais mieux à son aise que dans l’adversité : c’était son eau.

Ne sachant diriger sa vie il se retrouve sous la coupe d’homme ; Aquilès dit le vieux, Juan manuel homosexuel qui l’initie à la drogue,  de même qu’il l’avait été à Paris avec Lupo.

Il distribue volontiers son argent pour des causes diverses, à ses nouveaux « amis » .

Au vrai il n’avait pas de cause. Il faut aimer  ardemment la vie, ou seulement du bout des dents, il n’avait pas encore eu le temps de lui trouver un goût, il était trop jeune.

Il part pour le Brésil avec son oncle venu le chercher, mais les péripéties du voyage  le ramènent  à Montevideo. Il retrouve Juan-Manuel et leurs habitudes : Il ne pensait pas s’enfermer à double tour sur lui-même, il croyait qu’ils étaient deux, il se trompait encore…

Il partage quelque temps sa vie avec Eva qui travaille dans un bar,  mais ayant donné une somme d’argent conséquente à l’oncle se retrouve très vite au bout de ses ressources.

Alors qu’il ne sait où l'emmène cette vie, que la drogue le marque de ses stigmates une lettre de Camille lui annonçant le décès de Lupo, le décide à regagner la France. Il part donc sur le bateau qui doit le conduire  dans un premier temps à Amsterdam.

Germain avait toujours été l’homme des adieux, l’homme des dernières minutes, quand pointent déjà les regrets.

La drogue emportée avec lui sur le bateau est vite épuisée et les hallucinations sont très présentes, il redoute le jour qui se lèvera sans la dose dont il ne peut se passer .

Il était encore à la recherche de son propre personnage ; il s’efforçait d’acquérir des manies ; il accusait ses premiers tics de cocaïnomane, il les portait comme des décorations.

A bord, c’est sans conviction, mais plutôt pour tester son pouvoir qu’il partage promenades et confidences  avec  une très jeune fille.

Une tempête se lève sur mer et dans sa tête, les flacons de drogue sont vides !

Germain n’avait jamais su comprendre la vie, elle lui échappait des doigts.

***

Si ce récit n’est pas franchement autobiographique, il s’inspire beaucoup de la vie de l’auteur ; la fin même aurait pu être celle de Calet.
Le personnage de Germain est inconsistant, faible. L'écriture est justement mesurée.


mots-clés : #addiction #exil
par Bédoulène
le Sam 7 Oct - 23:01
 
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Sujet: Henri Calet
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Doan Bui

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Le silence de mon père

Les mots sont comme les oiseaux gracieux que mon père admirait sur les estampes chinoises. Les mots se sont envolés de son esprit : oiseaux migrateurs, ils sont partis vers des horizons plus chauds et mon père est resté dans son éternel hiver de silence.

Suite à un AVC, le père de Doan Bui a perdu la parole. L’occasion pour l’auteur d’un triste constat : elle ne connait pas son père, cet homme qui, une fois rentré de sa journée de travail, s’installait en silence face à la télévision. Et qui n'a rien dit, sur son enfance au Vietnam, sur l’exil, sur l'impossible retour. Venu en France faire des études de médecine, n’en est jamais reparti. Il a épousé une vietnamienne, elle aussi réfugiée. Ensemble ils ont eu des enfants « banane ». Jaunes à l’extérieur, blancs à l’intérieur. Tous nés en France. De pur produit de la République française. Ne parlant pas la langue de leurs parents.
C’est d’ailleurs tout le paradoxe de Doan Bui, qui raconte à merveille le dilemme des immigrés de la seconde génération. Car Française, elle ne l'est pas vraiment aux yeux de tous. Régulièrement, on la complimente pour sa remarquable maîtrise de la langue, ou on la salue d'un retentissant : "Ni Hao !"...   Accentuant le sentiment d’imposture d’une femme qui ne sait plus très bien, en somme, qui elle est vraiment.

Je voulais tellement être Française, qu’il m’était  –m'est ? insupportable d’être confondue avec d’autres immigrés, ceux qui parlaient mal la langue de Voltaire, les Fresh of the boat, arrivés plus récemment, les blédards, les niakoués. L’affront suprême était d’être assimilée aux immigrés chinois, ceux dont on parlait avec méfiance à la télévision (clandestins, mafieux, etc., etc.).
J’avais habité un temps chez une tante dans une des tours du 13e et j’en étais venu à haïr l’odeur du nuoc-mâm imprégnée dans les murs, les sacs plastiques Tang Frères, les enseignes bariolées (...). Ah non, moi, jamais je n’habiterai là, chez les chinetoques, merci bien, plutôt mourir, c’est moche, mais c’est moche là-bas, inimaginable, je rêvais d’appartements haussmanniens moulurés, de boulangeries tradition, de fromagers, de caves à vin…
Et pourtant, aimantée, j’ai finalement posé mes valises dans une tour, en plein cœur de Chinatown, avec plein de Chinois qui me prennent pour une Chinoise, des épiceries chinoises tous les deux mètres, des coiffeuses chinoises qui s’appellent Jenny Coiffure, avec des photos de stars hongkongaises permanentées sur la devanture et une forêt d’enseignes criardes en chinois qui clignotent comme dans un casino de Las Vegas.
Ma mère en fut très contrariée. Avant mon déménagement, elle s’y est rendue et croisant un voisin blanc, elle l’a interpellé :  « Y a vraiment beaucoup de Chinois ici, non ? » Et l’autre, perplexe : « Ne vous inquiétez pas madame, ils sont très gentils.»


Ce livre, c'est donc le témoignage d'une fille partie à la recherche de son père, mais aussi d'elle-même. Paradoxalement, Doan Bui, grand reporter à l'Obs et spécialiste des sujets sur l'immigration, n’avait jamais osé franchir le mur de silence familial. Enfin, elle retrouve ses réflexes de journaliste : elle fouille, elle ose questionner, quitte à dévoiler au grand jour les secrets de famille... Croyant bien faire, nos parents se sont interdits de transmettre leur culture, ils sont restés muets sur leur histoire. Je retrouve tant de secrets dans toutes les familles asiatiques, imbriqués dans les parcours d’exil.

Au-delà de l'immigration, ce livre pose la question de la relation parent-enfant, de la parole, et de la transmission. C'est avant tout une réflexion prenante sur l'identité, d'autant plus difficile à aborder quand l'exil est de la partie... J'ai ainsi été marquée par l'aspect paradoxal d'une culture vietnamienne à la fois omniprésente et occultée. Bien qu'elle les constitue intrinsèquement, les parents Bui poussent leurs enfants à la renier. Une dualité qui, forcément, a des conséquences. Sur les parents, qui taisent leurs renoncements, leurs peurs, leur nostalgie. Sur les enfants qui, tout en étant résolument français, ressentent sans se l'avouer un sentiment d'incomplétude.
Mais cette fois, Doan Bui a décidé de tout dire. Car il n’y a aucune honte à avoir. Rien à cacher. Personne ne perdra la face.
Un témoignage dont l'impudeur se pare d'élégance, et qui, tout en retenue, dit la difficulté d'être français...


mots-clés : #autobiographie #exil #famille #immigration #devoirdememoire
par Armor
le Jeu 5 Oct - 22:53
 
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Sujet: Doan Bui
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Erich Maria Remarque

Arc de triomphe

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Quelle nuit étrange ! pensa-t-il. Quelque part, des hommes s'entre-tuent. Quelque part, des hommes sont pourchassés, emprisonnés, torturés et assassinés ; un coin quelconque de monde paisible est piétiné par un envahisseur. Et pourtant, la vie continue… On se presse dans les cafés brillamment éclairés. Personne ne s'inquiète… les gens s'endorment d'un sommeil calme… Et moi je suis assis ici avec une femme, entre une brassée de chrysanthèmes et une bouteille de Calvados, tandis que l'ombre de l'amour se profile sur nous, l'amour tremblant, isolé, étrange et triste, exilé lui aussi de son passé serein, l'amour furtif comme s'il n'avait plus de droit.


1938-39, Paris se prépare à la guerre sans y croire, mais prend une bonne doses de réjouissance au cas où. Mais dans les bars, les boites de nuits, les bordels se pressent  aussi les réfugiés sans papiers qui regagnent leurs hôtels miséreux le soir venu.
Parmi eux, Ravic  a fui l’Allemagne nazie, ses interrogatoires ignominieux et ses camps de concentration. Il est revenu de tout. Chirurgien émérite, il survit en opérant clandestinement à la place de médecins moins talentueux que lui, qui se réservent  le mérite de ses brillantes opérations, et 90 % des honoraires. Derrière son cynisme et sa philosophie pessimiste,  c'est un grand humaniste, soignant les échecs des avortements clandestins, soutenant ses patients comme cela se devait  en ce temps-là : en leur cachant leur cancer dépassé. Seule l'idée de la vengeance le maintient dans la course. Jeanne, la femme qu'il a  sauvée du suicide une nuit d'hiver sur un pont de Paris, saura-t'elle l'en détourner et lui redonner goût à ces  bonheurs insouciants qui viennent à bout  les pires ténèbres?

- C'est merveilleux, fit Ravic. Le calme, le foyer, les livres, la paix, quoi. On jugeait tout cela bourgeois autrefois. Aujourd'hui c'est le rêve du paradis perdu.


C'est une fois encore la désespérance de ces parias, les petites magouilles, les grandes amitiés, la lutte crâneuse du quotidien. Centré cette fois sur un seul personnage, Remarque ne lésine pas sur les grands sentiments et sur els aphorismes, mais c'est de son époque et de cette cause. La guerre est là, à l'horizon, elle autorise une certain lyrisme.

L'ambiance est quasi cinématographique,  Paris, la nuit, l'Arc de Triomphe, les lumières, les courses en taxi, les déambulations…

Le hic, c’est cette histoire d'amour plutôt  mièvre, pathétiquement banale, avec ses allers-retours perpétuels , chacun  aimant alternativement l'autre quand celui-ci se déprend. Le romantisme devient sentimentalisme pathétique, les phrases sont définitives. La relation de cette liaison frénétique est d'un sexisme bien expliqué par l'époque , mais qui alternativement m'a agacée ou amusée.
Cela ne touche cependant qu'un bon tiers du livre qui tire plutôt bien son épingle du jeu, grâce à un récit habilement mené des mois qui précèdent la guerre, et une envoûtante empathie pour ce personnage complexe et  torturé.

Mots-clés : #exil #solitude
par topocl
le Dim 24 Sep - 21:44
 
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Sujet: Erich Maria Remarque
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Héctor Abad Faciolince

Trahisons de la mémoire

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Le livre se comporte de 3 parties

-Dans Un poème dans la poche, Héctor Abad rapporte ses obsessionnelles recherches, 20 ans après, pour authentifier le poème L'oubli que nous serons, qui se trouvait dans la poche de son père assassiné,  attribué à Borges. Petite tempête dans le monde de la recherche littéraire internationale : les experts sont formels pour récuser cette paternité. Mais l'intuition émotionnelle d' Héctor Abad le pousse à  poursuivre sa recherche, à voyager à la rencontre des témoins, et finalement, ça y est, oui : le poème est de Borges. Cela peut paraître un pinaillage épouvantable, mais au moins pour l'auteur, pour la mémoire de son père, c'est quelque chose de crucial, cela a sans doute été un pas de plus dans son deuil.
Il me semble que tous les participants du fil Qui l'a écrit pourraient lire cette partie, illustrée de photos des preuves, en se délectant.

-Dans Une fausse route, il raconte sa situation quand, ayant fui la Colombie après cet assassinat, il s'est installé à Turin avec sa famille. Longue hésitation pour savoir s'il va vendre la montre de son arrière-grand-oncle : assurer la subsistance de la famille, ou conserver le lien avec les ancêtres ? Il raconte ensuite comment Amnesty International l'a aidé et soutenu, mais au prix d' une espèce de marchandage dont il  devait s'acquitter en racontant les misères et horreurs de la Colombie, chose qu'il détestait et qui l'a amené à laisser l'organisation. Il parle du besoin qu'il a eu de cacher son origine colombienne et de faire croire qu'il était espagnol, parlant un espagnol européen, pour mieux s'assimiler, et d'une femme, Lorenza, avec laquelle il a trahi son épouse le temps de quelques cours d'espagnols.

-Les ex-futurs est un très plaisant  petit essai sur les moi que nous ne sommes pas devenus, et en quoi ils nourrissent la création littéraire.

Nous, les humains, sommes insatiables : nous voulons des présences et encore des présences, nous cherchons à nous évader à notre  solitude définitive, nous ne faisons rien d'autre que de lutter pour ne pas être seul, et comme les vivants ne nous suffisent pas, alors nous vivons en commerce perpétuel avec les fantômes, avec cet enfant que nous avons été et même avec l'homme que nous ne serons plus. À cause de ce goût pour converser avec ce qui n'existe pas - ou qui existe dans une autre dimension - nous lisons des romans et pour cela nous regardons des films et des feuilletons télé.


Il s'agit donc de trois récits ou essais qui ont pour thème commun la mémoire, l'appartenance et le renoncement, dans un hommage à Borges, à la littérature, à l'oubli et la supercherie. Hector Abad insiste sur le fait que la mémoire trahit la réalité, et organise ainsi une nouvelle vérité. Ce sont ces réflexions qui constituent les plus belles parties du livre, qui, en effet, peut se lire indépendamment, mais gagne émotionnellement si l'on a lu avant l’extraordinaire L'oubli que nous serons.



Mots-clés : #creationartistique #devoirdememoire #exil
par topocl
le Sam 16 Sep - 9:40
 
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Sujet: Héctor Abad Faciolince
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Carlos Liscano

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La route d'Ithaque

Original: El camino a Itaca (Espagnol/Uruguay, 1994)
écrit, selon note de l'auteur sur la dernière page à Barcelone – Montévideo – Stockholm 1991-94

CONTENU:
Le narrateur Vladimir a quitté son pays d'origine, l'Uruguay, et a atterri via le Brésil – où il avait rencontre la Suèdoise Ingrid – en Europe, en Suède, pour y réjoindre dans un premier moment la dite Ingrid. „A peine il est là, qu'il est déjà parti.“ Et cela pour l'homme corporel qu'aussi bien intéreur. C'est comme si son départ le met en route pour la vie? Oui, aussi à la fuite d'une paternité en Suède, et il arrivera par Paris à Barcelone où il va rester un bon moment. Alors en tout cela il sera en contact avec les différentes réalités de la vie d'un „métèque“, comme il l'appelle lui-même, en citant ce que c'est qu'un métèque:

Un métèque, du grec ancien μέτοικος, métoikos, « celui qui a changé de résidence », est dans la Grèce antique, un statut intermédiaire entre celui de citoyen et d'étranger, réservé à des ressortissants grecs d'autres cités. Aujourd'hui, le terme a pris une connotation péjorative et désigne un étranger à l'aspect exotique qui n'inspire pas confiance.

STRUCTURE:
Unités plus ou moins longues de 2 – 8 pages, séparées par des espaces.

REMARQUES:
Après un longue séjour dégradant et sous la torture dans les prisons de son pays natal, l'Uruguay, l'auteur a connu en 1985 lui-même l'exile, et a atterri lui aussi en Suède et en Catalogne, mais alors pour d'autres raisons que notre Vladimir, figure fictive de ce roman. Et qui fût baptisé ainsi par ses parents ultra-communistes, secs, sans grand amour, en honneur du grand Oulianov/Lénine). Donc je ne serai pas étonné que dans son vécu, mais certainement dans les réflexions qui sous-tendent ce livre, Liscano y puise et s'en inspire. Ce qui était chez Liscano avant tout une nécessité politique et de sécurité, est chez Vladimir plutôt une fuite et un désir peu mur de rejoindre la femme Ingrid en Suède. Quand celle-ci tombera enceinte il ne peut supporter, peut-être aussi à cause d'une incapacité de prendre responsabilité. Il la pousse vers un avortement mais elle se refuse et il deviendra Papa malgré son refus. Il cherche alors le large, financièrement et de point de vue de logement complètement dépendant d'Ingrid, et se sentant pris en otage à cause de l'enfant.

A la suite il sera env une année et demie comme sur un chemin d'errance jusqu'au retour envisagé : de là probablement l'allusion du titre à Ithaque, lieu d'origine d'Ulysse. Et qu'est-ce qu'il ne va pas vivre pendant ce temps dans un Barcelone se préparant aux Jeux Olympiques, chassant les « perdus » de la société. D'un coté les conditions extérieures et de travail, les dépendances d'un sans papier – de l'autre coté l'intranquillité intérieure, l'état d'âme : il ne peut « rester », se reposer. Partout il s'en va avec lui-même dans les bagages, mais il fuit au même moment ces réalités. C'est la douleur qui reste, la plaisanterie est passagère. Depuis longtemps, l'Uruguay n'est plus SON pays ; y retourner il ne le peut pas. Quelles sont vraiment les alternatives..., et nos premiers jugements sur les réfugiés ne nous permettent pas à voir une forme de coupure définitive, en beaucoup de cas.

Bien sûr ce livre contient des notes et impressions autobiographiques, néanmoins on trouvera un autre perspectif plus „fictif“ que dans le „Fourgon des fous“, récit de ses années en prison et sous la torture. Nous lirons un récit crédible comment une vie de sans papier pourrait se dérouler en Europe: leurs conditions de vie, la précarité, l'exploitation par des „esclavagistes“ modernes... Alors nous saurons ce que signifie être un étranger dans l'Europe. On y trouvera dans cette domaine là des remarques perspicaces auxquelles on n'a pas forcement penser avant.

Des fois un certain sarcasme, un certain pessimisme, exprimé surtout dans la première partie du roman, face à la vie demande une forme d'encaisser, et de ne pas se laisser tirer vers le bas. Partiellement cela est empoissonné..., même si cela pourrait être compréhensible de la part de quelqu'un qui est au plus bas...

En général un livre qui éclaircit des pages sombres, ici chez nous. Et donne des perspectifs de compréhension.


mots-clés : #contemporain #exil #initiatique
par tom léo
le Dim 10 Sep - 9:11
 
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Sujet: Carlos Liscano
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Karel Schoeman

En étrange pays

Tag exil sur Des Choses à lire - Page 2 Captur30

Nous pourrons continuer à vivre ici, dans ce silence, comme les plantes du désert qui poussent dans des  fissures de rochers, en y enfonçant leurs racines pour rester en vie, et leurs petites fleurs sont si minuscules qu'on les voit à peine devant le gravier et le sable dans lequel elles poussent. Il n'y a rien, absolument rien ; mais on peut vivre comme ça.



Certains choisissent la Montagne Magique, Versluis a choisi Bloemfontein, cette ville perdue au milieu du veld - cette terre sans fin, aride, lumineuse et poussiéreuse, fascinante et hostile, réputée salutaire pour les poumons malades. C'est un bourgeois compassé, plein de conventions et de certitudes, pris dans son carcan de célibataire taciturne et hautain. Quoique libre penseur dans un milieu fortement religieux, il s'habitue peu à peu à la communauté européenne.

ce n'était qu'à ce moment, en cet instant fugitif de lucidité, qu'il était capable de mesurer la distance réelle qui existait entre ce pays et le monde d'où il venait - et il devint parfaitement conscient des frontières qui le séparaient de ces gens, des différences infinies entre les mondes respectifs de leurs expériences, de leurs valeurs et de leurs associations.


Il fuit les festivités frivoles au profit d'une relation curieusement intense avec un jeune pasteur et sa sœur infirme, frémissants de passion, ardents d'humanité, écartelés entre deux cultures, courant désespérément vers un accomplissement inaccessible, qui partagent avec lui leurs questionnements existentiels d'exilés.

Nous écoutons Mozart ou Schubert, nous lisons Goethe ou Schiller, et quand nous levons les yeux et voyons cette terre dure et aride nous sommes frappés par la distance qui existe entre ce que nous avons entendu et ce que nous constatons autour de nous - comme si deux réalités entièrement séparées existaient ici, côte à côte, un monde spirituel et celui de notre existence quotidienne. C'est exactement ce qu'Adèle considère comme notre faiblesse, le fait d être écartelés entre deux mondes et, en conséquence, de ne pouvoir vraiment être loyaux à aucun des deux.


Au cœur de ces trois solitudes, la mort, dont, entre gens bien élevés,  on détourne pudiquement le regard, plane, discrète mais inéluctable. Versluis meurt seul, comme il a vécu, mais il meurt sans  angoisse ni regret,  ayant appris le sens du vide  dans ce paysage étranger.

Je crois que progressivement je vois que quelque chose est caché derrière ce vide.
- Non, dit-elle doucement en souriant, alors vous voyez encore mal. Il n'y a rien derrière, il n'y a que le vide. C'est le vide lui-même qui est beau.


Cet enfermement, enrichi de couleurs, de lumières, de bruits et de silence, est un âpre écrin pour des solitudes misérables qui prennent "conscience de l'aspect inachevé de [leur] existence", chacun emprisonné dans un exil différent. Le lecteur se laisse peu à peu envahir par une chape austère, qui l'empêche de lâcher une histoire pathétique et sombre, qui avance à petits pas, pleine de silences, de non-dits et d'envolées fulgurantes, dont il pressent la fin.




mots-clés : #exil #mort #solitude
par topocl
le Mer 6 Sep - 20:46
 
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Sujet: Karel Schoeman
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Joseph Roth

Notre assassin

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C' est un roman très russe, c' est Stefan Zweig qui l' écrit, et c' est vrai, et d' ailleurs, ça se
passe en partie en Russie.
C' est une histoire pleine de cris et de douleur, et dont les personnages, souvent peu glorieux,
essayent de noyer leur culpabilité dans l' alcool.

C' est aussi ce que faisait Joseph Roth, lui-meme, exilé à Paris.


mots-clés : #addiction #exil #identite
par bix_229
le Dim 23 Juil - 16:19
 
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Sujet: Joseph Roth
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Daniel Arsand

En silence

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Un triste jour de 1897, las de la misère ordinaire, Edgar Flétan, sur lequel plane le spectre du suicide de son père, vend ses terre et emmène sa famille à la ville, Roanne, en l'occurrence. Dans cet exil urbain déterminé à défaut d'être choisi, un temps, on veut croire qu'on arrivera à s'y faire : appropriation de lieux, relations et travail. Mais la folie jamais nommée, sournoise, s'invente lyrique et dévastatrice.

C'est un quotidien étranglé de solitude et de déracinement où chacun court après ses chimères et où les fêlures se déchirent en béances.  Derrière un semblant d'assimilation progressive, insensible, la folie rôde et chacun se livre à ses propres errances à la poésie mortifère.

Dans cet exil urbain "abandon de tout ce qui vous  a créés", ce quotidien de petites gens  la fatalité  ne lâche pas les personnages, emportés par leurs attachements, l'amour est aussi fou que délétère, il y a là une austère noirceur.
Ces passions entrent magnifiquement en résonance avec le style tourmenté  et réfléchi de Daniel Arsand.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #exil
par topocl
le Sam 10 Juin - 11:05
 
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Sujet: Daniel Arsand
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Leonardo Padura Fuentes

l'homme qui aimait les chiens

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Lévrier barzoï


   Ce fut le temps où se concrétisa la grande désillusion.



Padura se fait une fois de plus  virtuose, scrutant l'histoire, emmêlant les destins.
Il relate la biographie sur plusieurs décennies de Léon Trotski, de son assassin Ramon Mercader, et d'un jeune, puis moins jeune écrivain cubain fictif qui a perdu ses illusions. Il relate avec ambition, et réussite, pas moins que les grandes purges de Staline, la guerre d'Espagne, la dictature cubaine.

Ce roman extrêmement riche, instructif, passionnant, foisonnant, parfois un peu trop car Padura est un  grand bavard, qui ne connaît guère les limites, aime les détails à n'en plus finir Il quitte le romanesque au profit de l’encyclopédique, et noit ainsi parfois l'ampleur de son texte. Cela donne des longueurs, d'autant que le récit est souvent fait de deux points de vue successifs sur les mêmes faits (celui de Trotski et de son assassin) mais c'est addictif, et… terrorisant, comme tout ce qui parle de l'histoire du XXe siècle.

Tag exil sur Des Choses à lire - Page 2 Mercad10
Ramon Mercader

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Trotski et les siens à Mexico

(commentaire récupéré)



mots-clés : #exil #historique #politique
par topocl
le Mar 23 Mai - 14:33
 
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Erich Maria Remarque

Les exilés

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1935-36. Les juifs et les dissidents, évincés d'Allemagne, sans passeport, sans permis de séjour ou de travail hantent un curieux no man' land cosmopolite. Ils se cachent dans des pensions sordides, déambulent , perpétuellement rejetés d'un pays à l'autre, d'une frontière à l'autre, purgeant quelque peine de prison avant de recommencer leur périples traqués d'apatrides... Des solidarités se forment et s'éparpillent, se croisent et se retrouvent;  des amitiés, des amours se tissent, et un peu de chaleur traverse ce néant absurde où l'espoir ne tient qu'à force de volonté. De Prague à Genève, en passant par Vienne et Paris, la peur au ventre,  la faim et le misère au corps, ils se soutiennent (ou se trahissent), échangent  des cigarettes,  les dernières nouvelles et  les bons tuyaux. Tragique quotidien où ces hommes et femmes errants, pour certains abandonnent, et pour d'autres croient encore pouvoir espérer.

C'est un beau roman, d'un classicisme pur et dur, qui raconte des faits accablants, dont l'actualité reste cruciale. Remarque n'élude pas la moindre des ignominies qui frappent ses héros abandonnés à eux-mêmes, mais on sent qu'il veut croire en l'homme, en certains, en tout cas - et notre recul de plus d'un demi-siècle nous autorise à nous demander s'il a raison : n'en sommes nous pas toujours au même point?




mots-clés : #exil
par topocl
le Mer 12 Avr - 20:58
 
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Cécile Wajsbrot

Memorial

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Une femme attend sur le quai d'une gare un train qui n'arrive pas. S'engage alors un long monologue intérieur entrecoupé par des conversations avec des ombres, les ombres de ce père et de cette tante qu'elle a laissé derrière elle. Un père et une tante dont on comprend vite qu'ils sont à l'origine de ce voyage vers une ville et un pays dont on ne découvrira les noms qu'au milieu du récit. D'emblée, les jalons de l'histoire sont posés et reposeront sur l'impossible oubli, sur l'oppression du silence généré par une famille exilée qui refuse de se retourner, de regarder en arrière et de transmettre à sa descendance les mots qui permettent de regarder demain.

On ne s'étonnera donc pas de l'absence totale du vocable attendu : pas une seule fois le mot juif n'apparaitra dans ce long monologue, une fois l'occurrence 'occupation nazie' surviendra tardivement et cette absence est un aveu, l'aveu d'un silence impossible à détruire, le silence d'un père, d'une tante et d'une grand-mère qui ne voulurent pas parler, raconter l'exil forcé, la peur, la traque, le pogrom. Un silence qui se répercute de manière tangible, indépassable dans la vie de notre narratrice : incapable de rester, incapable de partir, incapable de construire, incapable de détruire, de dire 'au-revoir' à un passé dont personne ne parle et contre lequel elle se heurte inexorablement.

Il y a quelque chose de désespéré dans la tentative de notre narratrice d'aller à la fois dans la ville quittée par ses parents et de fouir à l'intérieur d'elle-même, alors que les voix de ce père et de cette tante la hantent nuit et jour. Un père et une tante, eux-mêmes atteints par la maladie d'Alzheimer, maladie qui les précipite dans l'oubli, l'oubli de tout et exile définitivement notre narratrice dans les limbes. Sans nom, sans numéro de rue, sans histoires familiales, elle ne peut que errer dans les rues de la ville et rêver d'un abandon total.

Ce livre est d'une beauté étouffante, la voix qui parvient à s'échapper du long retour sur soi est pleine de ressassement et de ressentiment mais aussi d'un léger espoir : l'espoir de pouvoir enfin trouver sa place dans le monde, dans 'son' temps, une place qui lui apporterait la paix et cette paix elle ne peut la trouver qu'en remontant les traces quasiment invisibles d'un passé qui s'efface, d'un passé que tout le monde tente d'oublier mais que personne ne parvient à dépasser.

Je suis très contente d'avoir pris le train avec Cécile Wajsbrot, très contente d'avoir passé quelques heures en sa compagnie, avec le sentiment très dense d'avoir été un réceptacle à ses questionnements, à son errance, à ses désirs. Ce texte est à la fois très intime et universel, il appelle au silence et cherche en même temps à le détruire, il crie et bâillonne, il est parfois lourd mais c'est ce qui le rend tangible, prégnant. Beaucoup de livres ont été écrits sur la Shoah, moins nombreux sont ceux qui parlent de la douleur, de l'angoisse, de l'impossible oubli des descendants, c'est ce que tente et réussit Cécile Wajsbrot, avec pudeur et avec rage.



mots-clés : #exil
par shanidar
le Jeu 9 Fév - 11:34
 
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Sujet: Cécile Wajsbrot
Réponses: 24
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Margaret Mazzantini

J'avais adoré La mer, le matin

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Un pays, la Libye, et deux femmes.
Deux femmes qui ne se rencontreront jamais, deux destins contemporains marqués par le bonheur de simplement vivre auprès de ses racines, puis l’arrachement de l’exil.
Angelina, fille des rues et de la mer, dont les grands-parents firent partie de ces juifs italiens qui s'installèrent en Libye au moment de la colonisation, chassée dans  la haine et le mépris à l’époque du coup d’état de Kadhafi, vivant ensuite dans une révolte permanente son exil sicilien. Jamila, à peine 20 ans, petite-fille d’un Berbère érudit, fuyant sur une coquille de noix la violence abjecte du printemps arabe, protégeant son jeune fils, enfant joyeux et confiant en l’amulette qu’il porte autour du cou.

Dans ce court roman, Margaret Mazzantini réussit le tour de force de nous faire vibrer au sort déchirant de ces deux femmes et de leurs  fils, tout en nous racontant un siècle d'histoire de la Libye. Pas une page pédagogique cependant, mais des émotions, des lumières, des enfants heureux, des femmes qui ne renoncent pas, ballottées par la vie. De l'art de ne pas gaspiller un mot, de donner à voir et à ressentir.

Un texte extrêmement, intense, bouleversant, passionnant, dont il est difficile de parler par crainte de le dévaluer, pour une lecture d'une soirée qui enchante, meurtrit, et qui restera.

(commentaire récupéré)



mots-clés : #exil
par topocl
le Mer 1 Fév - 9:10
 
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Sujet: Margaret Mazzantini
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