Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Dim 29 Mar - 8:25

271 résultats trouvés pour famille

Leah Hager Cohen

Des gens comme nous

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Comment dire...

Ça parle d'une maison et d'une famille  alors forcément cet aspect-là m'a plus, d'autant qu'il y a plein de jolies choses drôles et tendre, des personnages très bien campés, et un travail sur les instants et la mémoire.

C'est parfaitement maitrisé comme récit. Mais c’est là que le bâts blesse: trop. Toujours le truc qui est là au bon moment, la petite blague après le moment tendu, la chose qui fait sens, la symbolique tape à l’œil, le melting polt parfaitement réparti.

Donc beaucoup de petits plaisirs, mais pas un grand plaisir.
(et j'imagine que le film qui en a été tiré insiste dans le mauvais sens  Tag famille sur Des Choses à lire 575154626 )

Et dans cette période de solidarité, je vais faire plaisir à Tristram.
Quand la  jeune générations ne craint pas d'offenser la précédente, pense-t-il, cela présage bien de l'avenir de l'espèce. Et pas seulement ça : c'est l'hommage ultime. Une façon pour les enfants de dire à leurs aînés : Savourez votre succès. Vous nous avez appris à être libres.



Mots-clés : #famille
par topocl
le Dim 22 Mar - 20:26
 
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Sujet: Leah Hager Cohen
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Robert Louis Stevenson

Olalla

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Le narrateur est un jeune officier écossais qui part en convalescence dans l’austère residencia, à l’écart dans la sierra espagnole, d’une famille de « Grands ». Les rejetons tarés de cette race (le topos de l’aristocratie génétique, et donc dégénérescente, donne à plein) sont au nombre de trois : le fils, innocent et hyperactif, la mère, stupide et satisfaite, puis la fille, Olalla.
« Le sang de la famille avait été appauvri, peut-être par longue non-génération, que je savais être une erreur commune parmi les orgueilleux et les exclusifs. »

Mais le narrateur s’éprend à la première vue de la belle Olalla, qui elle ne manque pas d’esprit et d’âme, décidant immédiatement d’en faire sa femme ‒ un vrai coup de foudre :
« Je tendis les bras et l’appelai par son nom ; et elle bondit vers moi et se cramponna à moi. Les collines tremblèrent autour de nous, la terre faiblit. Une secousse comme d’un coup reçu me traversa et me laissa aveugle et étourdi. Et le moment d’après, elle m’avait repoussé, s’était échappée brutalement de mes bras, et s’enfuyait avec la vitesse d’un daim parmi les chênes-lièges. »

Le pivot de cette novella reste l’hérédité dilemmatique d’une « race d’élite des Espagnols » « à son déclin » génique.
Alfred Jarry, le traducteur, s’est un peu lâché :
« Un rauque roucoulement de colombes rôdait aux gouttières. »

J’ai jeté un coup d’œil sur la notice dans Wikipédia ; le narrateur y relève d’une tuberculose, alors qu’il a été blessé au combat dans la version que j’ai lue… On savait déjà les quatrièmes de couverture souvent douteuses : généralement elles ne sont pas conformes à ce qu’on perçoit comme linéaments du livre (ou de son début) ; je note de plus en plus fréquemment des inexactitudes dans l’encyclopédie libre (et notamment en matière de littérature, où il se trouve des articles constituant de vraies promotions sans objectivité, la généralisation d’avis individuels, des commentaires disproportionnés, cet ouvrage ne respectant par ailleurs aucune pondération des sujets d’un même domaine), avec parfois un français fautif. Le pire est que Wikipédia est devenu une référence reprise partout sur la Toile et au-delà. Que ferions-nous sans Des Choses à lire ?!

Mots-clés : #amour #famille
par Tristram
le Jeu 19 Mar - 14:06
 
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Sujet: Robert Louis Stevenson
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Louise Erdrich

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Le jeu des ombres

"Quand Irène America découvre que son mari, Gil, lit son journal intime, elle en commence un autre qu'elle met en lieu sûr. C'est dans ce nouveau carnet qu'elle livre sa vérité sur son mariage et sur sa vie tandis qu'elle utilise l'ancien pour se venger de son mari et s'amuser à ses dépens."

Une guerre psychologique s'ouvre dans un couple amour/haine....une famille de trois enfants, dont les parents sont Irène le modèle favori de Gil, le mari et peintre renommé...une personnalité trouble....sujet aux accès de violences....tous deux d'origine amérindienne....avec un passé familial pas simple....

C'est un bon roman, bien construit, comme un thriller.... on s'attend toujours au pire.....la tension monte au fil des chapitres....la narration est extrêmement bien maîtrisée......

Peut-on à force de voyeurisme et de représentation d'un être humain....le déstabiliser ....comme les indiens qui pensaient qu'on volait leur âme en les peignant ou en les photographiant ? Le déposséder de son identité en quelque sorte.... ???

( Georges Catlin est  un artiste-peintre américain spécialisé dans la représentation des Indiens d'Amérique ainsi que de leurs us et coutumes.
1796-1872)

Extrait :

Aux Etats-Unis, le travail de George Catlin ne plaisait pas, il fit donc emballer et embarquer toute sa collection sur un navire à destination de Londres, où il exposerait et donnerait des conférences. Il laissa sa famille à grand regret, mais emporta un curieux trésor. A bord, une cage contenait deux grizzlis qu'il avait capturés quand ils étaient, selon ses propres termes, 'pas plus gros que mon pied". Les oursons étaient maintenant presque adultes. Catlin avait l'intention de les exposer, eux aussi.

Les deux grizzlis, dont le rayon d'action habituel couvre des centaines de kilomètres et qui comptent certainement parmi les créatures les plus puissantes au monde, étaient enfermés, sur le pont supérieur d'un bateau à voiles, dans une cage en fer de la taille d'une petite chambre à coucher..........Si les ours n'étaient pas devenus fous avant d'avoir pris la mer, le voyage leur fit certainement perdre la raison.......... Ce fut encore pire pour les ours, une fois arrivés à Londres, où ils se retrouvèrent entourés à tous moments par une foule qui les bombardait de cailloux pour les entendre brailler et gronder................. Enfin, sans grand discernement, il notait "qu'en raison des foules qui les entouraient sans cesse et pour lesquelles ils avaient la plus grande aversion, ils semblèrent dépérir chaque jour, jusqu'à ce que l'un meure d'extrême dégoût...et l'autre, souffrant de symptômes semblables, ajoutés peut-être à la solitude et au désespoir, quelques mois plus tard."

Irène avait écrit sur des fiches ses réflexions concernant cet épisode. les ours étaient morts de dégoût d'avoir été regardés sans cesse; Plus elle y songeait, plus une telle mort était logique. Elle paraissait légitime. Les gens semblaient avoir oublié combien il est affreux d'être regardé ; puis elle commença à s'imaginer qu'en livrant ainsi son image, à force d'être regardée, sans relâche, en quelque sorte elle se tuait de dégoût......"


Les deux principaux personnages, Irène et Gil, montrent leur côté sombre au fil des pages....leurs enfants complètement aspirés par leurs personnalités rayonnantes et destructrices à la fois....

Bref, pas très gai, mais qui m'a impressionnée.....en bien évidemment.


Mots-clés : #famille #psychologique
par simla
le Mer 11 Mar - 5:10
 
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Sujet: Louise Erdrich
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Wallace Stegner

Angle d’équilibre

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« Lyman Ward qui épousa Ellen Hammond et engendra Rodman Ward », infirme vieillissant et solitaire, décide de consacrer son reste d’existence à explorer l’histoire de sa grand-mère, Susan Burling, dessinatrice douée qui s’exila de l’univers mondain et artistique de l’Est en pleine époque victorienne pour suivre son mari, ingénieur, dans l’Ouest.
Pour en savoir beaucoup plus, voir notre LC, avec Bédoulène et Romain, ici !

Mots-clés : #aventure #culpabilité #famille #psychologique #relationdecouple #social #xixesiecle
par Tristram
le Ven 6 Mar - 12:21
 
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David Vann

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David Vann : Impurs. - Gallmeister



P12 l’air était irrespirable. Si brulant que sa gorge était un tunnel desséché, ses poumons fins comme du papier, incapables de se gonfler, et il ne savait pas pourquoi il ne parvenait pas à partir, tout simplement. Elle avait fait de lui une sorte d’époux, lui, son fils. Elle avait chassé sa propre mère, sa sœur et sa nièce, et il ne restait plus qu’eux deux, et chaque jour il avait le sentiment qu’il ne pourrait supporter un jour de plus, mais chaque jour il restait.

… Et tout est dit.
Pourquoi donc Galen 22 ans, ne peut-il quitter   sa mère et le
reste de sa famille, à laquelle rien ne le relie, sinon une sorte de névrose
de fixation.
Vann va plus loin. Il écrit que cette familleest "soudée par la violence",
et la haine. Une haine ancienne et viscérale.
Ils sont incapables de faire la paix ni de se séparer.
Tous les jours ou presque, ils se réunissent autour d'une tasse de thé
Et c'est toujours le meme rituel, la meme danse de mort.
Ou plutôt non. Les sentiments s'exacerbent et  semblent mijoter
dans la chaleur torride de ce coin de Californie du Sud.
Cette famille est un nœud de serpents, un piège morbide et fatal.
Comme l'écrivait David Cooper dans Mort de la famille, dans une famille névrosée,
c'est le plus fragile psychologiquement qui craque, victime et bouc émissaire
de l'atmosphère anxiogène ambiante.
Et bien entendu; c'est Galen qui s'y enlise.
Sa mère et sa tante se déchirent depuis l'enfance à cause du traitement inégal imposé  par leur propre mère.
Quant à la fille de sa tante, sa cousine, elle souffle sur les  braises et
l'entrainent dans une liaison sexuelle frustrante et perverse.
Galen perd pied.
Toutes ses tentatives pour émerger se heurtent à une réalité compacte
et incompréhensible.

Tout ce qu'il voulait atteindre était juste hors de sa portée,
invariablement.
Le monde, un vide  minuscule, comme observé à travers le mauvais coté
d'un télescope.


Le déchainement  de violence qui s'ensuit est inéluctable.
L'auteur a su prolonger la crise  jusqu'à la suffocation du lecteur.
Pari réussi et de main de maitre.

Mots-clés : #famille #relationenfantparent #violence
par bix_229
le Lun 13 Jan - 19:13
 
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Lars Mytting

Les seize arbres de la Somme

Tag famille sur Des Choses à lire 97823312

Dans la série « à la recherche de ses racines », voici une version norvégienne, qui lance ses lignes jusqu’à la bataille de la Somme.

Lars Mytting,   dans son  ambition d’ancrer son histoire dans le siècle, ne recule pas devant les rebondissements et recoupements tortueux. Cela reste néanmoins le roman initiatique souvent subtil, d’un personnage attachant,  entre enquête sur le terrain et réminiscences intuitives, et qui fait la part belle aux paysages.

De magnifiques pages sur le bois, à la fois émouvantes et instructives,  font envie de se confronter à "L’homme et le bois" , entièrement consacré au bois de chauffe en Norvège, présenté comme un best-seller international.

Mots-clés : #famille #identite #initiatique #premiereguerre
par topocl
le Lun 6 Jan - 17:13
 
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Sujet: Lars Mytting
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Siri Hustvedt

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Un monde flamboyant

L'avant-propos fictif constitue peut-être mon seul regret quant à ce livre, qu'il enclôt tout entier, qu'il résume quoique d'une manière toute allusive et énigmatique, et que l'on peut isoler de lui comme un chef d'œuvre de la nouvelle digne de celles de Borges. Ce texte, rédigé par l'universitaire I.V. Hess, raconte sa découverte de l'artiste Harriet Burden et de son projet artistique prométhéen à travers un article scientifique puis par le biais de ses vingt-quatre journaux intimes, qui forment une œuvre colossale, tentaculaire, érudite et d'une vitalité hors-normes. Rejetée, selon ses mots, par le milieu artistique new-yorkais pour des raisons extérieures à l'art (une femme, immense et sculpturale, d'une culture sans bornes et dépourvue des notions élémentaires du tact, autant de critères apparemment disqualifiants), elle conçoit une expérience par laquelle, ayant conquis l'accès à la reconnaissance qu'on lui refusait jusque alors, elle exhiberait et les mettrait à mal les différents préjugés de race, de genre, de préférences sexuelles et de notoriété à travers lesquels est appréhendée toute œuvre d'art. Pour cela, elle décide d'exposer trois œuvres dont la paternité est confiée à trois hommes, Anton Tish, Phineas Q. Eldridge et Rune, qui deviennent ce qu'elle appelle ses masques. Ces trois expositions deviennent donc l'œuvre d'une entité hybride, et ces masques, en tant que "personnalités poétisées" de Burden (l'idée lui vient de Kierkegaard), deviennent une composante fondamentale de l'œuvre exposée (ce que le public ignore). I.V. Hess, professeur d'esthétique dont les travaux sont proches de la pensée de Burden, décide d'écrire un livre centré sur cette expérience tripartite et sur la controverse qui l'entoure, qui est celui que le lecteur s'apprête à lire.

Au terme de ce bref avant-propos fictif, il me paraît possible au lecteur de décider de la poursuite ou de l'abandon de sa lecture.

L'une des principales singularités de cette œuvre tient à sa forme, qui amalgame et perturbe de nombreux genres littéraires et artistiques : elle tient de l'étude universitaire qui toutefois ne défend aucune thèse, de l'art du portrait - d'un portrait diffracté par la multiplicité des regards -, du roman de l'artiste (l'une des principales illustrations du roman contemporain); elle est à la fois le récit d'une controverse et l'histoire d'une famille, un roman qui s'auto-interprète sans en confisquer le sens, et pour finir, une invitation à l'analyse. Elle réunit articles savants et comptes rendus d'exposition, journaux intimes, entretiens, témoignages, et brasse des disciplines aussi diverses que l'histoire de l'art, la philosophie, la psychologie, la littérature et les neurosciences. Puisque son personnage est une artiste, Siri Hustvedt se prête elle-même à la création plastique, qui demeure en puissance puisqu'elle n'est que du texte, mais qui prend vigoureusement corps dans l'esprit du lecteur tant elle est rigoureusement et puissamment composée. De même, elle introduit ponctuellement dans son œuvre des créations littéraires extérieures (la nouvelle d'Ethan, les histoires enfantines de Fervidlie) élaborées avec le plus grand soin.

Harriet Burden est une femme tumultueuse, encyclopédique, écorchée vive, prométhéenne à tous égards : elle brûle sans se consumer, elle est la créatrice démiurge d'humanoïdes calorifères, et pour que ceux-ci puissent obtenir un permis d'existence, elle se lance dans un projet secret, interdit, séditieux, porté par elle seule contre le monde des dieux de l'art. Il s'agit d'un projet tantôt militant, tantôt revanchard (selon les témoins qui le qualifient), destiné à confondre ceux qui l'ont méconnue tout en s'élevant à leur rang. Cette expérience se déroule selon trois temps destinés à faire varier les regards sur son œuvre en changeant le masque qui en endosse la paternité. Le premier est un homme blanc, médiocre, psychologiquement fragile; le deuxième, métis et homosexuel, est une figure de la scène underground nocturne de New-York, et le troisième est un artiste célèbre, avatar moderne de Warhol, et manipulateur qui se retourne contre Burden. Ces masques, je l'ai dit, sont destinés à modifier la perception de l'œuvre par le public : ainsi sont-ils (se pensent-ils) créateurs et sont-ils œuvre; ils la créent par ce qu'ils sont et dans le même mouvement sont englobés par elle. L'œuvre comprend également tout article, tout compte rendu, tout livre qui la prend pour objet (y compris le livre que nous sommes en train de lire), en ce qu'ils révèlent le biais de perception qu'empruntent public et critiques. Par ces ajouts qu'elle appelle "proliférations", au nombre potentiellement infini, Burden crée une œuvre ouverte qui subvertit et phagocyte la critique spécialisée, prise au piège et non plus seulement prescriptive. Ainsi aboutit-on au paradoxe suivant :
J'appelle A l'ouvrage appelé Un monde flamboyant, B l'expérience de Harriet Burden. A contient B (cela tombe sous le sens), et comme on vient de le voir, B contient A. Donc A=B. Et pourtant, B contient tout ce qui s'intéresse à l'expérience y compris ce qui se trouve hors de A (mon compte rendu, par exemple). L'expérience contenue dans ce livre non seulement le contient mais est plus vaste que lui.
Inversement, les divers personnages interrogés ne peuvent s'empêcher de parler d'eux-mêmes, ce qui n'entretient de relation avec l'expérience de Burden que dans la mesure où ils expriment quelque chose de leur individualité, c'est-à-dire quelques uns des facteurs de biais dans la perception d'une œuvre d'art. Mais il s'agit également de créer des caractères complexes qui se révèlent à travers des langages propres à chacun, ce que Siri Hustvedt réussit merveilleusement. Ainsi, chaque personnage devient à l'autrice un masque qui lui permet d'exprimer dans un dialogue permanent et tourmenté avec ses autres masques ce qu'elle n'a pu dire qu'avec celui-ci (comme le faisaient Harriet Burden dans son journal, et sa maîtresse à penser, Margaret Cavendish, dans son ouvrage intitulé Le monde flamboyant, faute de trouver pour leurs joutes de partenaires suffisamment talentueux ou assez peu condescendants).
Or ces personnages ne proviennent pas tous du luxueux microcosme de l'art new-yorkais. Le personnage d'Harriet Burden relie entre eux de riches collectionneurs, des scientifiques, des clochards, des artistes millionnaires, des marginaux parmi lesquels des fous et des artistes, ainsi que l'un des personnages les plus humains qu'il m'ait été donné de connaître, celui d'une jeune voyante à moitié allumée mais parfaitement lucide. C'est ainsi que Siri Hustvedt, bien loin du "pur esprit" dans sa tour d'ivoire, élabore une véritable comédie humaine qui suppose une intime compréhension des gens. De même, c'est par honnêteté intellectuelle qu'elle multiplie les points de vue sur cette controverse dans laquelle de vrais salauds tiennent leur rôle. En réalité, et c'en est le principal moteur, c'est à la destruction des catégories et à la dissolution de toute cloison que nous assistons dans ce roman. Sexe, genre, orientation sexuelle, origine biologique et origine sociale, différence psychologique, c'est toute norme qui affecte notre perception de l'art et notre regard sur la vie que par l'art Harriet Burden, partant Siri Hustvedt, nous révèle et condamne. C'est précisément, mais au sein de l'art, à la même notion stérilisante de catégorie normative que s'attaque Siri Hustvedt, en amalgamant dans ce livre hybride la multitude des genres littéraires et artistiques que j'ai déjà évoqués et qui la font imploser.

L'universitaire I.V. Hess découvre l'existence de Harriet Burden dans une revue spécialisée, lorsque celle-ci publie un texte d'un certain Richard Brickman résumant et commentant une longue lettre que lui a envoyé l'artiste. Richard Brickman (qui n'est autre qu'un pseudonyme de Burden elle-même) parle tantôt avec admiration, tantôt avec ironie d'Harriet Burden et de ses références. Références parmi lesquelles "une obscure romancière et essayiste, Siri Hustvedt", qualifiée de "cible mouvante".
Il y a là beaucoup de chose.
Premièrement, deux niveaux d'ironie se déploient. Burden dissimulée derrière Brickman se moque d'elle-même (peut-être aussi pour provoquer la sympathie du public). Puis, ce qui est fortement problématique, Brickman qualifie Siri Hustvedt d'obscure. Tant que c'est Brickman qui le fait, cela n'étonne en rien; pas davantage si Burden l'avait fait en son nom propre; en revanche, que Burden cachée derrière Brickman distingue Siri Hustvedt parmi une foule de références en la qualifiant elle seule, entre toutes les autres, d'obscure (ce qu'au passage elle n'est pas du tout), voilà qui est hautement perturbant. Sans doute est-ce là l'extrême pointe du roman par où l'autrice, Hustvedt, affleure et se laisse deviner au travers de ses différents masques.
Enfin, l'expression "cible mouvante" fait référence aux études sur la vision aveugle et le masquage : une cible (stimulus visuel) peut être intégralement masquée par l'interférence d'autres stimuli. Ainsi, sautant de masque en masque, revêtant la personnalité et maniant la parole de ses différents personnages, Siri Hustvedt peut-elle être qualifiée de cible mouvante.
Ce qui nous fournit une chaîne extrêmement complexe : selon Brickman, Burden estime que Siri Hustvedt est une cible mouvante, et suggère qu'elle se déplace de masque en masque. Or Brickman est Burden, qui par ailleurs note l'obscurité de Siri Hustvedt d'une façon extrêmement ambiguë. Tout ceci est rapporté par I.V. Hess, qui est, comme on va le voir, presque l'anagramme de Siri Hustvedt, et qui se superpose à elle en tant que responsable du livre que nous lisons. Par l'intermédiaire de masques successifs, Siri Hustvedt nous révèle le principe même de son livre, qui est le même que celui qui dirige la grande expérience d'Harriet Burden.

À la fin du roman, j'ai soudain remarqué que les lettres composant le nom de I.V. Hess, le grand ordonnateur du recueil, se retrouvent toutes dans le nom de Siri Hustvedt. Ce n'est certainement pas une coïncidence : l'autrice semble affectionner ce genre de cryptage, et sans doute y en a-t-il d'autres que je n'ai pas remarqués. C'est alors que je me suis rendu compte que j'attribuais à I.V. Hess une identité masculine sans que le moindre indice m'y ait incliné; car en réalité, tout indice dans le roman quant à l'identité de I.V. Hess a été soigneusement gommé (dans l'avant-propos, les notes de bas de page attribuées à lui/elle, et les interview menées par lui/elle). Qu'est-ce donc qui m'a conduit à construire une figure masculine, et ce dès les premières lignes ? Voilà une question parfaitement digne de l'expérience de Harriet Burden, qui reproduite sur moi constitue une preuve de l'efficacité concrète de la littérature, et dont la réponse risque fort d'être à charge pour la société dans laquelle on se construit (en plus de remettre en question la construction elle-même).

Si ce roman m'a passionné d'emblée, c'est que les œuvres de Burden (des poupées et des maisons, sortes d'ex voto) correspondent à ce que je préfère dans l'art et qui me vient de ma mère. Lorsque je lui ai fait lire l'avant-propos fictif, elle m'a dit, un peu vexée : "c'est à moi que te fait penser l'artiste, n'est-ce pas ? mais elle est à moitié folle !"
Eh bien folle ou non, là n'est précisément pas la question. C'est un personnage fondamentalement ambigu, et d'une profonde bonté.


Mots-clés : #contemporain #creationartistique #discrimination #famille #identite #insurrection #romanchoral
par Quasimodo
le Sam 4 Jan - 18:34
 
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Sujet: Siri Hustvedt
Réponses: 72
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John Fante

Les Compagnons de la grappe

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The Brotherhood of the Grape aurait peut-être été mieux traduit par « la fraternité de la vigne », comme il est dit dans le roman lui-même ? La traduction de Brice Matthieussent m’a aussi paru douteuse par endroits (comme ces « briques rouges immaculées »)…
Le narrateur, Henry Molise, est un écrivain quinquagénaire qui évoque ses relations familiales, notamment avec son père, Nick, immigré des Abruzzes, ancien maçon et tailleur de pierre de soixante-seize ans, autoritaire ‒ un tyran domestique ‒, buveur, joueur, coureur et violent. Les rapports entre ce dernier, sa femme et les quatre enfants sont toujours conflictuels, dans une alternance passionnée de haine et d’amour, haute en couleur et typiquement ritale. C’est en fait la même saga familiale que Fante raconte dans ses précédents romans, avec l’exubérance, l’infantilité, la sentimentalité, la rage latines.
« Un peu d’ail écrasé sous ses narines lui fit reprendre conscience, et avec le courage d’une sainte Bernadette elle se mit à vaciller dans la cuisine pour poser du vin et des tartes génoises sur la table, où une discussion de ses problèmes avec papa s’ensuivit. »

« De fait, nous formions un clan impulsif, imprévisible, imbattable pour les décisions prises à chaud et les remords lancinants. »

« Le cimetière de Valhalla grouillait d’anges en marbre blanc sculptés par mon père, les ailes déployées, leurs bras et leurs longs doigts tendus, graves et concentrés comme des oiseaux de proie, figés en une posture menaçante, tels des vautours protégeant leur charogne. Perchés un peu partout, on avait l’impression qu’ils avaient déjà profané les tombes. »

« Mon père n’avait jamais désiré d’enfants. Il avait désiré des poseurs de briques et des tailleurs de pierre. Il a eu un écrivain, un comptable dans une banque, une fille mariée, et un serre-freins. En un sens il a essayé de faire de ses fils des maçons comme on façonne la pierre – en cognant dessus. »

C’est la lecture qui permit à Henry de s’évader de l’emprise paternelle, lui révélant sa vocation :
« Alors c’est arrivé. Une nuit que la pluie tambourinait sur le toit indigné de la cuisine, un grand esprit s’est glissé à jamais dans ma vie. Je tenais son livre entre mes mains tremblantes tandis qu’il me parlait de l’homme et du monde, d’amour et de sagesse, de souffrance et de culpabilité, et j’ai compris que je ne serais plus jamais le même. Il s’appelait Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski. Personne n’en savait autant que lui sur les pères et les fils, les frères et les sœurs, les prêtres et les fripons, la culpabilité et l’innocence. Dostoïevski m’a changé. L’Idiot, les Possédés, les Frères Karamazov, le Joueur. Il m’a bouleversé de fond en comble. J’ai découvert que je pouvais respirer, voir des horizons invisibles. La haine que j’éprouvais pour mon père a fondu. Je me suis mis à l’aimer, cette pauvre épave livrée à ses obsessions et à la souffrance. J’ai aussi découvert mon amour pour ma mère, et pour toute la famille. L’heure était venue de devenir un homme, de quitter San Elmo pour m’ouvrit au monde. Je voulais penser et sentir comme Dostoïevski. Je voulais écrire. »

S’ensuivit une période de vagabondage à Los Angeles, narrée avec humour, avant un piteux retour au foyer où il s’initie à l’écriture.
Mais l’emprise paternelle est telle qu’Henry suit aujourd’hui son père pour l’aider à construire un fumoir de granit dans les montagnes…
« Agenouillés près du torrent, nous avons tété le cruchon en tournant nos visages hâves vers le résultat de nos efforts – une petite bâtisse trapue qui ressemblait à un bunker arabe dans le Sinaï. Ce fumoir était mal fichu et tout de guingois. On aurait dit que les pierres avaient été jetées dans le mur plutôt que posées l’une sur l’autre. Les murs ondulaient comme du linge qui claque au vent, tantôt convexes, tantôt concaves, pleins de bosses et de creux, et puis ils étaient très épais, beaucoup plus épais que ce qu’avait promis papa. Le mortier dégoulinait de partout et maculait la pierre. Malgré tous ces défauts esthétiques, ce fumoir semblait indestructible. […]
Ça ne ressemblait pas du tout à un bâtiment, davantage à une charretée de pierres déversées en vrac. Fatigué, ivre, en proie à des hallucinations, je me suis mis à voir une ancienne tombe indienne. Puis un iceberg. J’ai cligné des yeux et regardé encore. Maintenant c’était un ours polaire. Puis le mont Whitney, puis une formation rocheuse sur la lune. Le brouillard envahissait la clairière tandis que je roulais les tuyaux et rassemblais les outils. Quand j’ai regardé de nouveau la chose, c’était un navire qui avançait lentement dans la brume. »

C’est l’occasion de célébrer le fruit de la vigne, le vrai sang italien.
« Nous pénétrions dans les vignobles d’Angelo Musso, la terre sacrée de mon père et de ses amis. Depuis cinquante ans ils éclusaient le Chianti et les crus authentiques produits par ces collines rocheuses. Ils étaient non seulement les clients d’Angelo, mais aussi ses esclaves, éperdus d’inquiétude quand la récolte s’annonçait mauvaise, car ce vin était le lait de leur seconde enfance, livré une fois par mois à la porte du client en cruchons d’un gallon, tandis que les verres vides étaient rapportés à la propriété.
Tous les cinq ans environ le gel détruisait les vignes ou bien le vin nouveau tournait mystérieusement à l’aigre, et les paisani devaient se rabattre sur une autre marque. Pareille catastrophe semait le désespoir parmi eux, ainsi que l’insomnie et les rhumatismes. Jusqu’au dernier, les clients d’Angelo vivaient dans la terreur qu’il ne mourût avant eux. […]
Angelo Musso était incapable de parler, car dix ans plus tôt on lui avait retiré les cordes vocales à cause d’un cancer. La cendre de ses cigarettes laissait un sillage gris sur le devant de sa chemise bleue, et il toussait par intermittence, car il fumait sans discontinuer ; sur la table, devant lui, étaient posés deux paquets de Camel à côté d’une carafe de vin, d’un briquet et d’un cendrier plein à ras bord. Mon père et la plupart des Italiens qui habitaient depuis longtemps le comté de Placer considéraient Angelo Musso comme un être extraordinaire, un oracle antique qui ne dispensait aucune sagesse, un sage qui ne donnait aucun conseil, un prophète sans prédictions, un dieu qui faisait fermenter le vin le plus magique du monde sur un minuscule vignoble de trente âcres généreusement doté de gros cailloux et de ceps sublimes. Cela faisait de lui un être divin. Son mutisme obligé contribuait aussi à cette métamorphose. Parce qu’il ne pouvait parler, tout le monde venait lui soumettre ses problèmes. Et chacun trouvait sa solution dans les yeux jaunâtres d’Angelo. »

« J’étais fait pour être fils. »


Mots-clés : #famille #immigration #relationenfantparent
par Tristram
le Ven 3 Jan - 23:10
 
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Sujet: John Fante
Réponses: 27
Vues: 962

One-Shot DVD, VOD, ...

Tag famille sur Des Choses à lire Ltdli10

Le Temps de l'innocence, adaptation du roman d'Edith Wharton par Martin Scorsese (distribution : Daniel Day-Lewis, Michelle Pfeiffer, Winona Ryder, Geraldine Chaplin...)

Type de l'adaptation qui se pense fidèle et n'est que frileuse, dont les charmants décors et les élégants costumes "d'époque" sont un cache-misère qui ne trompe pas plus de cinq minutes. La voix over monopolise la narration en se contentant de reprendre des éléments du roman condensés et reformulés, tue dans l'œuf tout élan, tout désir, toute aspiration, toute spontanéité. Le film est à l'image de cette société finissante de la bourgeoisie new-yorkaise de la fin du XIXe : corseté, symboliquement mort, paralysé dans des rites vides de sens… Quel gâchis insipide. Nous avons interrompu le film au bout d'une heure.


Mots-clés : #amour #famille #identite #psychologique
par Quasimodo
le Mar 19 Nov - 19:18
 
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Sujet: One-Shot DVD, VOD, ...
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Antoine Blondin

L'humeur vagabonde

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Roman, 1955, 250 pages environ.

Celui-là aussi démarre fort:

Chapitre premier a écrit:Après la seconde guerre mondiale, les trains recommencèrent à rouler. On rétablit le tortillard qui reliait notre village à la préfecture. J'en profitai pour abandonner ma femme et mes enfants qui ne parlaient pas encore. Ma femme, elle, ne parlait plus.


Difficile de ne pas faire le rapprochement avec le père de l'auteur, Pierre Blondin, qui avait contracté une sorte d'ancêtre du PACS avec Raïssa Goldenstein, en 1910, qui restera sa maîtresse, tout en épousant (enceinte ?) Germaine Ragoulleau en 1921, union dont naîtra en 1922 Antoine Blondin.

Quant à Antoine Blondin lui-même, il épousera (sans descendance) d'abord Françoise Barrière, union s'achevant sur un divorce, puis Sylviane Dolfus, de qui naîtront les deux filles de l'auteur, Anne et Laurence. La paternité d'Antoine Blondin est à regarder comme un échec total, douloureux, très prégnant dans son œuvre, dans des pages à peu près exemptes de bons mots, mais pas sans drôlerie, et surtout, toujours, avec une énorme pudeur de sentiments.

Toujours est-il que Benoît, principal caractère (livre écrit au "je" par Blondin) quitte un jour sa campagne charentaise en y laissant là sa femme, Denise, cultivatrice, et leurs deux filles en bas-âge, ainsi que sa mère, bien que partant avec la bénédiction de celle-ci, qui escompte que son fils fasse une belle carrière à Paris.

Cette aventure parisienne est assez désopilante, teintée d'une certaine poésie d'ailleurs parfois, par exemple:

Chapitre VI a écrit: Jusqu'au couchant, sous lequel des mécanos sentimentaux s'attardaient à caresser des midinettes crépusculaires, je restais sur un banc dans une virevolte de papiers gras, de peaux de bananes, de feuilles tombées, de journaux caducs.
Les caprices d'un souffle de vent me plaquaient aux jambes les résultats des courses avant les pronostics, l'arrestation du gang des faux académiciens après on acquittement.
Tout ce par quoi la vie est éphémère, fête fugace, crise passagère, glissait autour de moi, me contournait sans m'atteindre.


L'épopée parisienne de Benoît s'avère un ratage complet, Benoît reprend le train, revient chez lui et...


Mots-clés : #famille #relationdecouple #solitude #xxesiecle
par Aventin
le Mer 30 Oct - 19:21
 
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Sujet: Antoine Blondin
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Stefano Massini

Les frères Lehman

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Entre 1844 où les trois frères Lehman, fils d’un Juif marchand de bestiaux allemends, débarquent aux Etat-Unis pour  faire fortune, et le krach boursier de 2008, il y a trois générations menées par la soif de l’argent. Un petit commerce de vêtements  mène au commerce du coton à l’échelle du pays, puis du café, puis du charbon, puis les médias, puis les automobiles, puis  les avions puis le cinéma (et j’en passe), avec un détour par la banque, et les voilà à la conquête du monde ! Le tout mené avec une arrogance jamais démentie, mais des caractères bien différents.

Somptueuse galerie de portraits, portrait d’un pays et d’une époque, l’histoire de la famille Lehman, c’est l’histoire du capitalisme à l’œuvre, c’est l’histoire de notre désir permanent de croître, qui va nous mener à la chute.

Voilà un récit audacieux tant par l’ampleur du sujet que par la forme magistrale : roman-poème biblique de 800 pages, avec ses litanies, ses leitmotivs, ses refrains, prose fragmentée aux raccourcis saisissants qui mêle la sagesse et l’humour. Il s’agit d’un sacré moment de littérature.
Grandiose.

Il existe aussi une pièce de théâtre, du même auteur : Chapitres de la chute. Saga des Lehman Brothers

Mots-clés : #communautejuive #famille #historique #immigration #mondialisation
par topocl
le Dim 27 Oct - 17:56
 
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Sujet: Stefano Massini
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Alexandria Marzano-Lesnevich

L’empreinte


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L’empreinte c’est celle que laisse notre passé dans nos vie et fait ce que  nous sommes. Y compris quand ce passé est tu ou nié. C’est l’empreinte de la fatalité.

Alexandria Marzano-Lesnevich,  fraîche émoulue de la fac de droit avec ses certitudes, tombe, dans le cadre d ‘une étude de cas, sur l’histoire de Ricky et Jérémy. Ricky, garçon bizarre, laissé pour compte, pédophile. Jérémy, son petit voisin de 6 ans qu’il a tué , peut-être abusé sexuellement.

En Alexandria se réveille le passé, la petite sœur morte dans le secret, les attouchements de son grand-père. Toutes ces choses dont on a cru que le silence suffirait à les effacer.

Tant de choses sont remuées qu’un un instant elle oublie son opposition fondatrice à la peine de mort, elle comprend à quel point elle ne pourra pas exercer ce métier en laissant l’émotion de côté : elle se reconvertit. Mais aussi elle part à la rechercher de son histoire de famille, entre souffrance et amour, en parallèle avec une recherche sur Richy Langley. Elle veut savoir, elle veut comprendre.

Elle comprendra surtout que la vérité est complexe, et que le droit, s’il suffit à prononcer un verdict, ne raconte qu’une version de l’histoire. Il ne suffit pas à établir la vérité dans la grande complexité des paradoxes dont la vie est pleine. Car la Vérité n’existe pas.

Alexandria Marzano-Lesnevich mène audacieusement  ses deux histoires en parallèle, fruits d’un travail de recherche et de reconstruction imaginative impressionnant. Car oui, si le droit l’interdit, la littérature autorise l’émotion. On va du rapport  juridique à l’intime, de la rigueur de la chercheuse à la sensibilité d’une jeune femme blessée qui découvre, et en même temps comprend certaines choses, y compris l’incompréhensible, et accepte de ne pas tout comprendre.

C’est une belle interrogation sur la nature-même de l’homme, la responsabilité, d’une humble humanité, précise comme un travail journalistique accompli, palpitante et bouleversante comme un roman.

Mots-clés : #criminalite #culpabilité #enfance #famille #justice
par topocl
le Mar 22 Oct - 15:14
 
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Sujet: Alexandria Marzano-Lesnevich
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Ramuz Charles-Ferdinand

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Construction de la maison

Qu'est-ce qui ferait qu'il n'a pas été publié par son auteur, les accents autobiographiques ou bien la matière non finalisée du livre ?

C'est une des questions qui se posent à la lecture de ce drame familial qui met en scène une famille de vigneron, principalement la mère austère et forte et ses fils. Un aîné efficace mais pas si à l'aise avec le poids des responsabilités, un autre plus frivole et enfin un plus jeune handicapé. Il y a aussi une fille et la femme de l'aîné et la belle fille des paysans d'en haut qui vient prêter main forte quand il le faut. Il y a aussi le lac bien sûr et ces savoyards d'en face...

Tout est en tension entre le devoir, les convenances et les règles du "livre", la bible et les aspirations des jeunes gens. La maison est celle qui doit accueillir la famille au sens large, avec celles de chacun, mais le drame n'est jamais loin.

Il ne faut pas non plus oublier la vigne, son travail et le vin, quasi documentaire.

De beaux passages, des observations et phrases qui font mouche mais un ensemble qui manque parfois de lignes directrices peut-être, ce qui fait apparaître comme forcée la lourdeur du drame ? Lecture ni désagréable ni anecdotique mais en demi teinte par rapport à d'autres.



Mots-clés : #culpabilité #famille #fratrie #lieu
par animal
le Sam 19 Oct - 13:59
 
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Sujet: Ramuz Charles-Ferdinand
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Zsuzsa Bank

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Les jours clairs

« Nous grandîmes tandis que le monde continuait à tourner comme s'il ne se souciait pas de nous et que nos mères mettaient tout en oeuvre pour ne pas perdre l'équilibre, trébucher et tomber en ayant du mal à se relever. Pendant longtemps elles avaient marché à longue distance l'une à côté de l'autre, Évi en bottes de caoutchouc vert auxquelles collait toujours de la terre, ma mère en souliers plats dans lesquels elle courait rapidement, comme si elle avait toujours quelque chose à l'esprit et peu de temps pour cela, et la mère de Karl sur de hauts talons que nous entendions claquer sur les dalles branlantes... »


Je n'en dirai pas beaucoup plus, sinon que ce livre m'a envoûté.
Chronique d'une famille composée, décomposée, augmentée autour d'une femme qui attire et magnétise, naturellement, pour ainsi dire.
Mais tous ceux qui l'entourent et surtout les trois enfants, d'abord idéalement liés entre eux dans leur bulle enfantine.
Mais qui seront plus tard confrontés à des épreuves entre amour, trahison et culpabilité.
C'est un livre magique, magnifiquement écrit, composé, tissé.
En dire plus serait courir le risque de détricoter l'ensemble et de vous priver du plaisir de la découverte au fil des pages et celui de vire avec pendant 536 pages.


Mots-clés : #amitié #enfance #famille #initiatique
par bix_229
le Ven 11 Oct - 18:56
 
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Sujet: Zsuzsa Bank
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John Fante

Grosse faim

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On rencontre plusieurs fois le jeune Arturo Bandini dans ces 18 nouvelles inédites et publiées à titre posthume, datées de 1932 à 1959 :

Quel plouc, ce Dibber Lannon !
« Un jour, je suis allé avec Dibber à la maison hantée, au bord de la rivière. On avait des frondes pour tuer les fantômes. »

Le copain du narrateur prétend que son frère sera le prochain pape. Dans cette nouvelle comme dans la suivante, on mesure comme John Fante savait rendre justement, sensiblement l’esprit des gamins, avec humour, mais aussi parfois amertume.
« Je le connaissais. On me la faisait pas. Je savais à quoi ressemblait ce gars-là. Comment il zigouillait les poulets et les chatons. Je savais tout ça. Peut-être qu’il allait bel et bien devenir prêtre, mais ce serait certainement pas un prêtre modèle. Je voyais encore le chaton mort. On peut pas faire un truc pareil et être sanctifié. Jamais de la vie. »


La Mère de Jakie
Incipit :
« Bon, si j’avais une mère comme celle de Jakie Shaler, je ferais quelque chose. Je ferais quelque chose de vraiment bizarre. Je me mettrais aussi sec à la recherche d’une autre mère. »

L’enfance maltraitée, aussi confrontée à la mort.

Les voix encore petites
Scène de ménage nocturne, dont profite toute la famille.

L’Ardoise
C’est celle, chez l’épicier, que doit gérer la mère dans la famille nombreuse d’un pauvre maçon rital…

Le Criminel
Il s’agit d’un bootlegger ‒ dans le plus pur style, voire caricaturalement, italien…
« Si l’un de nous autres, les gosses, osait seulement pousser le moindre soupir un peu sonore durant cet accès de fureur, papa s’emparait aussitôt d’un couteau et menaçait de nous trancher la gorge. Même si cette menace effrayante fut proférée trois à quatre fois par semaine pendant toute notre enfance, elle connut sa concrétisation la plus probante le soir où il lança une boulette de viande vers mon frère Dino. »


Une femme de mauvaise vie
Une possible mésalliance révolutionne le « clan […] victime d’une crise d’hystérie collective »…

Un type à l’intelligence monstrueuse
Le samedi soir (drague, danse et bières) d’un jeune manœuvre prétendant écrivain qui pense surtout à ses lectures, dont Nietzsche.

Lavé sous la pluie
Un petit employé rêve à ses pitoyables amours :
« Je tombe amoureux de femmes qui ne le savent pas. »


Je suis un écrivain de la vérité
Le narrateur-je (c’est le procédé privilégié de Fante) est un pédant écrivain épris de vérité ‒ incipit, et reprise d'icelui :
« La vérité est souvent désagréable, mais il faut la dire. Dans le cas présent, la vérité c’est que Jenny n’est pas une jolie fille. Elle est l’héroïne lamentable de cette nouvelle. Elle est petite et grosse, couverte de bourrelets de graisse. Sa bêtise dépasse les pouvoirs descriptifs de ma plume. »

« Si vous l’interrogiez, Jenny serait incapable de se rappeler le moindre mot de tous mes grands monologues. C’est une vraie tragédie. Car j’ai souvent dit de belles choses, me surprenant parfois moi-même. Je suis incapable de m’en souvenir maintenant, mais je me rappelle que sur le moment elles étaient spectaculaires, magnifiquement ciselées, dignes d’être mémorisées.
J’ai déclaré plus haut que je souhaite dire la vérité. Je dois maintenant faire un aparté pour reconnaître que j’ai échoué. J’ai dit que Jenny est grosse et laide. Ce n’est pas tout à fait exact, car Jenny est tout sauf cela. Oui, Jenny est une vraie beauté. Elle est mince et souple. Son attitude est aussi arrogante que celle de la rose. C’est une joie de l’avoir auprès de soi. »


Prologue à Demande à la poussière 
« Inutile de chercher à fabriquer une intrigue pour cette histoire, mon second roman. Tout cela m’est arrivé. Cette fille est partie, j’étais amoureux d’elle et elle me détestait, et voilà mon histoire. Demande à la poussière sur la route. »

La triste histoire d’amour torturé qui va devenir Demande à la poussière : un très beau texte qui parle de l’inégalité des chances dans une société hiérarchisée selon l’identité ethnique, rappelant notre actualité ; d’autodérision et de rêve de gloire chez l’auteur ; de Los Angeles et sa Bunker Hill.
« J’intitule donc mon livre Demande à la poussière parce que la poussière de l’Est et du Middle West est dans ces rues et c’est une poussière où rien ne poussera jamais, une culture sans racines, un désir forcené de se barricader, la vaine fureur de gens perdus et désespérés qui meurent d’envie d’atteindre une terre qui ne leur appartiendra jamais. Et une fille égarée qui a cru que la frénésie rendait heureux, et qui a voulu avoir son lot de frénésie. »

« L’amour à petit budget, une héroïne gratuite et pour rien, à se rappeler à travers un hublot où nagent truites et grenouilles. »

« La Faim de Hamsun, mais ici c’est la faim de vivre dans une contrée de poussière, la faim de voir et de faire. Oui, La Faim de Hamsun. »

Et là on se ramentoit vivement Henry Miller…

Un trajet en car
Dans la peau d’un saisonnier philippin qui voyage de nuit en car.

Mary Osaka, je t’aime
Ostracisme entre Américains… d’origine philippine et japonaise ; un amour pourtant, puis survient Pearl Harbour…

Valenti apprivoisé
Passion à l’italienne : alternance de violente jalousie et d’amour ardent.

L’Affaire de l’écrivain hanté
Superstition, peut-être aussi d’origine italienne ?

Le rêve de Mama
Superstition encore, aux conséquences burlesques dans cette parodique famille italienne.

Les Péchés de la mère
Le vrai pouvoir, celui de la Mama ‒ ici impétueux, excessif, surtout quand son poids s’ajoute à celui de la coutume.

Grosse faim
John Fante retourne dans l’esprit d’un enfant, ses fabulations, sa perception du monde et… sa conception de l’alimentation.

Mon premier voyage à Paris
Rencontre d’une vieille misérable en souffrance dans la rue ; il s’avère que
« Elle ne désire rien, sinon qu’on la laisse tranquille avec sa douleur. »

A son habitude, Fante mêle les faits, souvent autobiographiques, finement observés, et la fiction qu’il en tire ; comme de coutume, c’est son style si particulier qui fait sa différence : laconisme, reprises, et surtout cette petite note humaine, impossible à préciser, glissée entre les mots.

Notez bien que Des choses à lire vous a gracieusement offert la table des matières de cet ouvrage (peine que pratiquement aucun éditeur ne se donne plus).  
Arturo, you guy owe me a couple o' beers...

Mots-clés : #enfance #famille #immigration #nouvelle
par Tristram
le Mer 2 Oct - 0:22
 
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Sujet: John Fante
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Joy Kogawa

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Obasan

Le roman de Julie Otsuka, Quand l’empereur était un Dieu, avait mis en lumière l’attitude peu glorieuse des USA envers les ressortissants d’origine japonaise durant la seconde guerre mondiale. Avec Obasan, Joy Kogawa nous apprend que la situation au Canada fut tout aussi tragique.
Peu importe qu’ils aient conservé la nationalité japonaise, aient été naturalisés ou soient nés citoyens canadiens, tous furent logés à la même enseigne : interdits de séjour dans toute la Colombie britannique, spoliés de leurs biens, puis internés des camps sordides. Ceux qui, après guerre, décidèrent de rester au Canada malgré les incitations répétées à rentrer « chez  eux », au Japon (et tant pis s’ils n’y avaient jamais mis les pieds), durent attendre 1948 pour retrouver un semblant de vie normale. Mais pour la perte de leurs biens, entreprises, maisons et tout ce qu’elles contenaient, il ne fut pas question d’indemnisation...

Ce drame méconnu qu’elle a elle-même vécu, Joy Kogawa a choisi de l’évoquer à travers le personnage fictif de Naomi, une institutrice introvertie que la mort de son oncle confronte brutalement à ce passé douloureux. Pour Naomi, la guerre fut un cataclysme : son père, souffrant, fut séparé de sa famille ; sa mère, partie au Japon au chevet d’une parente peu avant Pearl Harbor, n’est jamais revenue. Naomi n’a jamais su pourquoi. Elle et son frère ont donc été élevés par un oncle et une tante, dans le silence et la résignation. Seuls pour affronter les épreuves, la douleur de la perte, et des milliers de questions sans réponse… La petite Naomi s’est peu à peu repliée sur elle-même, son enfermement intérieur faisant écho à sa situation physique. Enfant mutique, elle semble avoir traversé ces années de guerre dans un brouillard…

Obasan est un livre tout en délicatesse, en sobriété et en non-dits. Peut-être parfois trop. Car si l’auteur rend à merveille l'enfermement de l’enfant dans le déni, elle ne nous donne guère de clés pour la comprendre. Même face à la brutalité des révélations faites à l’âge adulte, Naomi semble rester passive, seulement trahie par ses rêves... Une mise à distance qui m’a empêchée d’apprécier pleinement cette lecture, malgré la beauté de certains passages. Pourtant c’est un livre que je recommanderais, un livre nécessaire pour ce qu’il nous apprend du traumatisme de toute une population broyée par le racisme décomplexé d’un état canadien alors enferré dans une logique absurde. Un état démocratique qui a sciemment privé des citoyens de leurs droits dans l’indifférence quasi générale. Et cela, il appartient aux générations suivantes de ne pas l'oublier...


Mots-clés : #deuxiemeguerre #discrimination #enfance #famille #immigration
par Armor
le Mar 1 Oct - 19:59
 
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Sujet: Joy Kogawa
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Jules Renard

Sourires pincés

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I. Pointes sèches : Les poules - Les perdrix - Aller-retour - Sauf votre respect - La pioche - Les lapins - La trompette - Le cauchemar - Coup de théâtre
Dans la dernière brève pièce, apparition de Poil-de-Carotte, le petit mal-aimé (autobiographique ?) de la famille :
« Scène V
Poil-de-Carotte
(Au fond d'un placard. Dans sa bouche, deux doigts. Dans son nez, un seul. Etat d'âme à la M. Paul Bourget.)
Tout le monde ne peut pas être orphelin. »

II. Ciel de lit (des distances à respecter dans le lit conjugal)

III. La mèche de cheveux (délicieuse petite pièce, plus désopilante que baudelairienne ; j’ai envie de la citer intégralement…)

IV. Sourires pincés : Le pêcheur - Les vers luisants - L'herbe - Les bœufs - L'affût - La vendange - Le pêcheur à la ligne - Les moineaux
L’avant-dernière scène, in extenso :
« Les ruisseaux accourent au bassin où se repose la rivière. L'un apporte le murmure câlin de ses joncs ; l'autre, sur un mince filet clair, pur de toute boue, écrémé sous les dents de la roue du moulin, tout essoufflé et comme toussotant, pour avoir tant sauté de cailloux, apporte le plain-chant des canards du village, tandis qu'au milieu du bassin, où s'égrène un vol de mouches, les poissons font des ronds à fleur d'eau, paillètent, et, repus, loin des bords, se demandent entre eux à quoi s'occupe ainsi le pécheur à la ligne ? »

V. La demande

VI. Les joues rouges

VII. Les petites bruyères : Gens des deux sexes - Gens de métier - Gens du monde

VIII. Baucis et Philémon

IX. Le coureur de filles

Instants saisis à la concision de haïku ‒ travail à l’os comme brièveté des saynètes ‒, observations précises jusqu’au venin, humour savoureux mais pointes fort sèches…

Mots-clés : #famille #nouvelle #ruralité #xixesiecle
par Tristram
le Sam 28 Sep - 22:32
 
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Sujet: Jules Renard
Réponses: 8
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C.E. Morgan

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Le sport des rois

Difficile de trouver les mots pour évoquer ce roman de fièvre et de fureur, qui suit les pas d'un riche propriétaire terrien du Kentucky qui a investi toute sa vie dans l'élevage des chevaux de course, incarnation pour lui d'une forme de transcendance et de transmission d'une toute-puissance.
Cette passion des courses de chevaux s'est construite en opposition à son père, qui lui a laissé une terre ayant créé une fortune familiale mais l'a renié dans ces choix. Et ce déchirement, cette haine enfouie et intérieure d'une figure paternelle est à la source de tous les tourments, reflets des contradictions, des souffrances d'un monde clos du Sud des Etats-Unis, où le mépris de soi s'engloutit dans la perpétuation d'une ségrégation raciale quotidienne.
L'évocation des femmes, des noirs n'est que violence et amertume aux yeux d'hommes blancs déjà à moitié brisés...et la colère d'Henry Forge, qui voit sa propre fille se rebeller, puis un garçon d'écurie de sang-mêlé le supplanter dans son ambition hippique, ne peut que s'achever dans le drame.

L'écriture de C.E. Morgan est marquante, souvent flamboyante par ses accents romanesques, et peut rappeler l'intensité abrupte d'un Faulkner tant elle fascine et déroute à la fois. Paradoxalement, Le sport des rois semble parfois manquer de personnalité ou de sincérité, en privilégiant jusqu'à l'excès une dimension spectaculaire dans les rebondissements narratifs. Mais malgré ces regrets, il s'agit pour moi d'une oeuvre qui constitue un temps fort de mon année littéraire, et ne laissera pas indifférent.


Mots-clés : #famille #racisme #relationenfantparent #segregation
par Avadoro
le Mar 24 Sep - 23:28
 
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Sujet: C.E. Morgan
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Jesmyn Ward

Le chant des revenants

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Jojo et Kayla, ces deux jeunes métis, ont surtout été élevés par Papy, un homme droit et intègre, et Mammy, qui se meurt d’un cancer dans la chambre du fond. Leur mère Leonie, toxicomane, est l’éternelle absente, et leur père, auquel sa famille n’a jamais su pardonner d’avoir épousé une noire, est en prison.
Leonie les aime pourtant tous, mais si maladroitement qu’elle est jalouse de la miraculeuse relation fusionnelle entre les deux enfants. Quand Michael est libéré, les voila partis tous les trois pour le cueillir à la sortie de sa prison, et croire, l’espace de quelques heures, qu’ils sont une famille normale.

Magnifique histoire de la blessure de l’amour dans une famille hantée par de curieux fantômes aux chants déchirants, ravagée de blessures et d’exclusion, où l’amour est le ciment destructeur d’une relation pleine d’ambiguïté.

Un beau roman, porté par une écriture inspirée, flottant élégamment entre poésie, réalisme lyrique et fantastique. Aucun misérabilisme contrairement à ce que pourrait faire croire le résumé, juste une histoire tendre, triste et belle.





Mots-clés : #addiction #discrimination #enfance #famille #fantastique #fratrie
par topocl
le Mar 24 Sep - 16:16
 
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Sujet: Jesmyn Ward
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Vénus Khoury-Ghata

Une maison au bord des larmes

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Roman, 1998 (précisé Beyrouth 1950 - Beyrouth 1990 en fin), éditions Balland, 130 pages environ.

Roman douloureux autour de l'enfance, avec comme personnages principaux le père, la mère, le frère et un peu Vénus elle-même. Ses deux sœurs restent estompées, à peine évoquées, l'une même n'est, je crois, pas du tout nommée.

Un univers glaçant, un frère maudit - ou bien, apprenons-nous au fil de la lecture, porteur d'une malédiction apparaissant fatale aux yeux paternels, la pauvreté, une mère d'exception, splendide analphabète.

Assise sur le seuil, ma mère scrutait les ténèbres à la recherche d'une silhouette. Elle me fit une place  à côté d'elle et m'expliqua qu'il ne fallait pas en vouloir au père. Il est maladroit. Il ne sait pas exprimer sa tendresse. C'est dû à des faits graves qui remontent à son enfance dans un pays au-delà des frontières.
Sa main balaya le nord derrière son épaule.
- Personne, ajouta-t-elle, n'a jamais su d'où venaient la femme et les deux garçons descendus d'une carriole sur la place d'un village du sud. L'avaient-ils choisi pour l'ombre de ses platanes ou pour la porte béante de son église ? Cette femme était-elle une veuve ou fuyait-elle un mari trop brutal, un assassin peut-être ? Penchée sur le bac à lessive du monastère où elle s'était réfugiée, elle gardait un port de reine. Son maigre salaire pouvant payer les études de l'aîné, elle leur céda le petit. Il prendrait l'habit. Une femme si secrète; elle n'évoqua jamais sa fille retenue par l'irascible père et qu'elle retrouva vingt ans après, vêtue de l'habit traditionnel des paysannes venues des plaines qui fournissent son blé à la Syrie et des travailleurs saisonniers à tout le Proche-Orient.
Ma mère faisait remonter la honte de génération en génération jusqu'à ce seuil où elle attendait.


Une écriture âpre, bouillonnante, si je n'avais lu un peu de sa poésie je ne serais pas forcément convaincu que l'effet premier-jet, presque brouillon, n'est pas recherché: Tout au contraire, je crois qu'à l'évidence il fait partie du procédé littéraire mis en place: avec un objectif de fraîcheur, de percussion.
C'est très réussi.

Les pages claquent, les demi-fous qui composent le voisinage de cette pauvre maison, de cette famille déshéritée et se sentant maudite semblent imposants, inévitables autant qu'irréels, et participent à la fatalité ambiante, campés qu'ils sont à simples coups hardis, grands traits forts.
Un certain humour arrive à sourdre, telle l'humidité en milieu désertique et battu des vents.
J'ai aimé ce livre, parcouru avec la sensation de suivre un torrent dévalant.

Mots-clés : #autobiographie #culpabilité #devoirdememoire #famille #fratrie #temoignage #xxesiecle
par Aventin
le Lun 16 Sep - 0:12
 
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Sujet: Vénus Khoury-Ghata
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