Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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263 résultats trouvés pour famille

Joseph Roth


La marche de Radetzky

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C’est au son de la marche de Radetzky que se déroule le destin de la famille Von Trotta du grand-père, héros de la bataille de Solferino au petit-fils Lieutenant des Chasseurs dans l’armée Autrichienne.

De souche paysanne Slovène le capitaine Joseph Trotta, le héros, sera ennobli par l’Empereur François-Joseph auquel il a sauvé la vie lors de la bataille de Solferino. Cependant l’acte héroïque, sera décrit de manière romancée dans les manuels scolaires ce que le Capitaine n’ acceptera pas, il quittera l’armée, se retranchera comme son père dans ses terres ; il recevra les faveurs de l’Empereur comme une offense.

L’acte du grand-père Von Trotta pèsera lourdement sur la vie du petit-fils Charles-Joseph qui ne sera jamais à la hauteur du grand-père vénéré d’autant que son père le Prefet Von Trotta lui imposera une carrière militaire.

La bataille de Solferino annonce la fin de la monarchie des Hasbourg et de l’empire Austro-Hongrois. Mais jusqu’à l’assassinat du Prince héritier et la déclaration de la grande guerre la famille Von Trotta sera d’une fidélité aveugle envers la monarchie, la patrie. Les Von Trotta comme d’ ailleurs l’aristocratie ne peuvent imaginer l’effondrement de l’ empire.
Ce grand empire aux nombreux peuples ne comprendra pas les prémisses de la guerre : les grèves ouvrières, l’ attitude du Prince héritier, l’ agitation de la Russie qui arrive à la frontière, le nationalisme qui divise les peuples de l’empire (hongrois, Slovènes …..)

Charles-Joseph ne faillira pas à son devoir envers sa patrie, dans la guerre, alors même qu’il avait démissionné de la carrière militaire quelques jours auparavant comme l’avait fait d’ailleurs en son temps son grand-père, le Capitaine Von Trotta.


C’était une lecture très intéressante que cette histoire de famille dans la grande Histoire. A travers l’ennoblissement de la famille Von Trotta l’auteur montre l’honneur, l’orgueil, de faire partie de la noblesse de l’empire, de servir cet empire que porte la Maison de Hasbourg depuis des siècles. Longévité qui mesure justement l’effondrement à la fin de la Grande- Guerre.

L’ amour de l’auteur pour son pays d’origine est sensible dans son écriture.

Cette lecture m’a rappelé celle de Lajos Zihaly « les Dukay » même si le thème est plus celui de la décadence de l’aristocratie européenne.

Extraits :
La guerre de l’armée autrichienne commençait par des tribunaux militaires. Pendant des jours, les traîtres, véritables ou supposés, restaient accrochés aux arbres , sur la place de l’église pour faire peur aux vivants. Mais les vivants de toute la région avaient pris la fuite. »

« Le serviteur le suivait au même rythme que lui. Le sous-lieutenant s’efforçait d’aller au même pas que les bottes de son suiveur. Il avait peur de décevoir Onufrij en e trompant de pas par inadvertance. Elle était toute entière dans le loyal martèlement de ses bottes, la fidélité d’Onufrif. Et chaque pas nouveau émouvait Charles-Joseph. Et c’était comme si, derrière son dos, un pauvre gars maladroit essayait de frapper de ses pesantes semelles à la porte du cœur de son maître. Gauche tendresse d’un ours éperonné et botté ! »





mots-clés : #famille #historique #premiereguerre
par Bédoulène
le Jeu 24 Jan - 17:54
 
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Sujet: Joseph Roth
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Marie Chaix

L’âge du tendre

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Je remercie Quasimodo ( Tag famille sur Des Choses à lire - Page 3 1183390247 ), qui m’a donné le coup de pouce nécessaire pour mettre en forme des impressions très ambivalentes, contradictoires, dont l’exploration m’effrayait.

Je ne veux pas vous ressembler, femmes-patience, femmes– broderie. Je ne veux pas finir femme – paillettes au fond d’un placard, je n’ai que faire de l’amour à leur façon, d’un amour posthume, je ne veux pas de monument.
Je vous aime et vous salue, toutes les Marie de laine et de coton, de soie et d’argent, mais je désapprendrai vos leçons de bonne conduite, de sainte table, de devoir conjugal. Dans la maison blanche, je ne le sais pas encore. Je vous regarde, vous écoute et me souviens de vous de mère en fille. Ce que je recueille de vous repose dans une de mes chambres obscures. Je vous vis avant de me vivre mais, peu à peu, je vous dévoilerai. L’amour à travers vous est une gravure mélancolique où une femme, en haut d’une tour, agite une main lasse en direction d’un homme qui disparait sur son cheval. Femmes – attente, femmes – chagrin, je ne vous ressemblerai pas.


C’est donc la carte du tendre personnelle, de Marie Chaix, les étapes clés, les moments où la tendresse est soit bafouée, soit exaltée , les écueils et les récifs où se raccrocher. Ces temps où la vie  et la féminité se construisent.

Ca commence par un très beau prologue qui montre le "ludion" Marie Chaix dans le ventre de sa mère, et qui s'y trouve si bien, mais il va bien falloir découvrir le vaste monde. C'est vraiment beau, cette partie, peur et curiosité mêlées.
Ensuite, des choses sur cette enfance entourée de femmes, avec le père qui débarque au milieu, sortant de prison, et plus rien n’est pareil. Il aime et repousse. Puis, les classiques de l'éducation  des filles  et jeunes filles de la petite bourgeoisie catholique, le poids de cette religion qui n’a guère de sens que celui du cérémonial,  les premières règles dont on ne vous a pas prévenue, l’apprentissage que les possibilités sont différentes pour les garçons et pour les filles. La sagesse, la soumission, la tendresse, l’envie de bien faire, qui n’empêchent pas de s’interroger.
Alors, prendre de la distance, un premier homme qui n’est qu’utilitaire pour assurer un passage.
Assez classique tout cela, mais raconté avec une vraie poésie, une musique, une fougue, presque, quelque  chose de quasi sensoriel que l’âge adulte a autorisé.

Femmes protectrices, femmes mal-aimées, femmes sans hommes, je vous rends grace de m’avoir portée, bercée, nourrie, lavée, soignée, aimée, mais comme vous m’avez peu aidée à apprendre les hommes, à ne pas en avoir peur. Je savais qu’il y avait un genre féminin - le mien – et un genre masculin – celui des garçons qui ont les cheveux courts et ne portent pas de jupe, – mais de là à envisager que le féminin avait un sexe, le masculin un autre et que, s’ils se rencontraient, ce n’était pas forcément dégoutant, il y avait un monde que je mettrais longtemps à explorer.



Ca se gâte dans la description des relations féminines-clés, ça devient tout confus,  c’est assez bizarre de sortir de l’âge adulte et que l’histoire devienne comme un rêverie inaccessible, emberlificotée, dans une apothéose du poétique et du sensuel, qui m’a carrément fait lâcher prise, cartésienne que je suis. Qui sont ces femmes mystérieuses, adulées mais non dévoilées ? j’ai cru y reconnaître Barbara, femme en noir, mais c’était si flou que j’ai dû faire des recherches, et , oui, Marie Chaix a été la secrétaire de Barbara. Et les autres ? Est-ce un roman à clé ? Devrais-je les reconnaître ? Elles sont tellement évanescentes. Et quel type de relation Marie Chaix entretient-elle avec elles ? J’avoue avoir été  submergée par la vague.

Enfin il y a un homme, vital, mais quasi aussi flou. Et une enfant qui naît à son tour, qui boucle la boucle, curieusement enfermant la femme dans la seule image de la procréation.

Voilà.
C’est très disparate, pour le moins. En tout cas, mon vécu est très disparate. J’y ai glané de belles choses, et c’est déjà énorme. j’y ai trouvé du  plus convenu (ce genre de parcours n‘a t’il pas été raconté 100 fois?), mais joliment raconté. Et je m’y suis aussi sentie totalement perdue par moments.  Il n’en reste pas moins une écrivaine, une femme touchante, qui prend sa vie comme un champ de labour où germe une belle écriture, très chaleureuse.

Maison blanche, maison grise, dans l’enfance, il y a des maisons. Elles sont petites ou elles sont grandes, il y fait chaud, il fait froid, parfois elles s’écroulent. Dans les maisons il y a des gens. D’une maison, que l’on passe dans l’autre, les gens suivent. Ce sont les membres de la famille. On peut les aimer, les détester ou les oublier, on peut les tuer ou les faire revivre, les promener dans les maisons, dans les jardins, les enterrer, ils sont irremplaçables. Ils vivent, ils sont toujours là, ils vous suivent.





mots-clés : #autofiction #conditionfeminine #enfance #famille
par topocl
le Mer 23 Jan - 17:39
 
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Sujet: Marie Chaix
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Gila Lustiger

Nous sommes

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Mon père a toujours voulu nous protéger de lui-même ; pas des Allemands, de lui-même. Pas de l’homme, bien sûr, qu’il était venu après tant d’années vouées à la rigueur et à la discipline de son travail de refoulement; mais de son pire ennemi, qu’il a combattu pendant cinquante nous ans et qu’il croit à présent avoir vaincu, lui, l’homme d’affaires et l’essayiste en vue : le garçon exténué du camp de concentration. Mon père a toujours voulu nous protéger de ce jeune homme et ne nous a jamais laissé voir son visage d’enfant parce qu’il n’était ni innocent, ni tendre, ni joufflu, ni pur. Mais c’est justement ce visage que ma sœur et moi avons cherché toute notre vie. En vain.


Dans ce texte tardivement autobiographique, Gila Lustiger raconte sa famille Ses parents, ses grands-parents. Son grand-père maternel, le jeune sioniste, communiste convaincu, qui embarque de Pologne sa bourgeoise de fiancée, pour de ses mains  participer à la création de l’État d’Israël. Son père réchappé d’Auschwitz, enfermé dans son silence, ses journaux, ses livres et qui a nommé ses filles l’une Bonheur, l’autre Joie.

Au-delà des portrait émouvants, et souvent savoureux, elle raconte aussi ce livre en train de se faire, ce que cela coutes d’être écrivain et romancière dans une famille  vouée au silence, et qui  peut considérer la fiction comme une insulte à ce qu’elle a vécu.

Gila Lustiger est prise entre une fougueuse admiration, une compassion bouleversée, mais aussi une détestation déterminée : le poids du silence, le devoir d’assumer ce fardeau, censé déterminer la conduite de tous les descendants, un devoir de courage et de bonheur par respect pour ceux qui sont revenus.

Pas facile de grandir, puis d’être une adulte libre là au milieu

C’est assez disparate,  La traduction joue peut-être son rôle. Mais Gila Lustiger gagne son lecteur par son humour décapant, son ironie, qui peut parfois aller jusqu’à la hargne, sa capacité à briser les tabous et à s’autoriser la subversion.

Eh oui, c’est la vérité, même si elle est inavouable : ce n’est pas aux assassins que j’en voulais, ni aux collaborateurs, aux lâches, aux voleurs, aux tortionnaires et aux traîtres, mais à ma famille qui avait été anéantie pendant la guerre à cause des Allemands. Je pensais : Il fallait que ça tombe sur toi. Être justement ce qui te déprime, le rejeton d’une famille anéantie.



En tout cas, merci à bix pour cette lecture qui, derrière l’émotion, marque son originalité par un côté pas toujours politiquement correcte, pas du tout.


mots-clés : #autofiction #campsconcentration #communautejuive #conflitisraelopalestinien #devoirdememoire #famille
par topocl
le Jeu 17 Jan - 20:35
 
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Sujet: Gila Lustiger
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Amélie Nothomb

Les prénoms épicènes

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J’ai donc voulu lire mon Amélie Nothomb, revenir sur des traces que j’avais autrefois aimées, et dont je m’étais détachée assez rapidement.  Histoire de savoir si c’était sa faute ou la mienne. Et de savoir de quoi je parle (encore que je ne parle pas vraiment souvent d’Amélie Nothomb, on a les contradictions qu’on peut).

Et bien voila. Je n’ai pas été déçue… Il paraît pourtant que je n’ai que ce que je mérite, c’est ce qui se dit ici.

Cette lecture aura au moins eu l’intérêt de me rappeler ce qu’est (ou n’est pas) la littérature, la différence entre un livre et un objet de consommation.
Ce livre est nul, mauvais, pitoyable, niais, foutage de gueule,… toutes ces choses que je ne m’autoriserai jamais à écrire sur un livre, moi, humble lectrice face à une auteure, une artiste (ou plutôt une profiteuse, une femme d’affaire ?) Même en se disant que c’est du second degré, ça ne passe pas.

Ca commence dès le titre : Les prénoms épicènes. Mot que « personne » ne connaît à part Amélie Nothomb, qui se fait bien briller en daignant le partager avec nous
wikipedia a écrit:Un mot épicène est un mot qui n'est pas marqué du point de vue du genre grammatical et peut être employé au masculin et au féminin sans variation de forme .

Et bien oui, quelle idée géniale, les héros s’appellent Claude et Dominique. Et nomment leur fille… Epicène. Hahaha ! Seulement cela ne change rien à rien, n’a aucune place particulière (ni intérêt il faut bien le dire), il s’agit juste d’un titre accroche-chalant.

L’intrigue  est digne du plus basique des romans-photos.  On croise là grand amour, passion, vengeance démoniaque, cynisme, fric facile, et autres balourdises.  Bref, tout cela est définitif, tout noir ou tout blanc, convenu à en être pathétique, et on n’oublie pas au passage de se tomber dans les bras de bonheur. « Celui qui aime est toujours le gagnant ». Que c’est beau !

Les personnages sont des stéréotypes ambulants. Un couple asymétrique, non pas un médecin et une infirmière, mais un cadre sup et une secrétaire bécasse provinciale, qui croit vivre le grand amour et qui est habilement (?) manipulée. Elle est finalement séduite par … l’achat d’un  flacon de Chanel Numéro 5. Fallait oser. Leur fille est très malheureuse (mais très intelligente). Sa meilleure amie est issue d’une famille marocaine de moindre milieu social, où, évidemment, on est beaucoup plus heureux, qui pouvait donc en douter. Elle raisonne comme une adulte revenue de nombreuses expériences. Et ne pas oublier la grande amie de la mère, aristocrate, prénommée si habilement Reine, prénom pas épicène, mais qui pourtant ne manque ni de simplicité, ni de finesse, pas du tout. Ni le beau-père méprisé, encore un provincial impécunieux,   mais qui, tadam,  « connaissait par cœur des pages et des pages de poésie de Victor Hugo et les récitait de sa voix rocailleuse » (j’insiste sur le mot rocailleuse, si bien choisi)

L’écriture est loin de rattraper quoique ce soit. Le style a la platitude d’une rédaction de CM2, exposer des faits ce n’est pas raconter.  C’est  bourré de dialogues indigents, le vocabulaire ne dépasse pas les 1000 mots, à part 4 ou 5 mots « savants » semés ça et là pour masquer la pauvreté du reste, et montrer la culture si généreusement partagée de Mme Nothomb.

Le seul avantage c’est que c’est court, très court, pourquoi donc se fatiguer sur la quantité quand on néglige la qualité, et que cette indigeste production annuelle, bien orchestrée par le service marketing d’Albin Michel et les médias  le petit doigt sur al couture du pantalon est sûre de trouver son public, quoi qu’il arrive ?

Ne me dites pas que des gens sont susceptibles de payer 17 euros pour cela.
Ne me dites pas à quel tirage ce bouquin est sorti
Ne me dites pas qu’Amélie Nothomb fait chaque année en septembre la rentrée de la Grande Librairie
Ne me dites pas que Télérama fait mine de la défendre (mais donnez-moi le montant du dessous de table).
Et surtout, dites-moi encore moins que cela va mener des gens à la lecture. C’est faux. La lecture ce n’est pas ce mépris du lecteur et du texte, ce n’est pas ce truc ouvertement mercantile. Ca ne sert à rien de lire plutôt qu’autre chose, si c’est pour ça.
Dites moi plutôt que je ne comprends rien à rien. Et laissez-moi simplement pleurer dans mon coin.

Je suis quand même quelqu’un d’hyper-zêlée à en plus chercher de mots-clés pour un truc pareil.

mots-clés : #conditionfeminine #famille #vengeance
par topocl
le Mer 16 Jan - 16:51
 
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Sujet: Amélie Nothomb
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Russell Banks

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La Réserve


« La Réserve », c’est un lieu de villégiature, perdu dans les Adirondaks, un lieu majestueux, au nord-est de l'État de New York. Les habitants des maisons, des chalets luxueux, perdues au fond de cette végétation luxuriante et montagneuse sont des riches, parmi les plus riches, des New-Yorkais entre autres. Ce lieu est tellement préservé qu’il est gardé, balisé, entouré d’une garde armée. Comme une sorte de cité idéale.

Parmi ces riches, la famille Cole dont la maison est au bord du lac, vient y passer des mois, le père est un médecin de renom. La fille, Vanessa Cole, fille adoptive, se plaît dans ce lieu de refuge. Séduisante et séductrice, elle sait y faire pour attirer les hommes dans ses rets. Mais en même temps elle est considérée comme une foldingue, et surtout par sa mère qui rêve de la faire interner et envisage sérieusement de le faire, c’est une réalité.

Le peintre Jordan Groves, ami du père, vient de temps à autre, avec son petit avion, rendre visite à la famille. Il est vite repéré par les gardes, et on n’aime pas les intrus qui sont vite renvoyés d'où ils viennent. Il se laisse séduire par la belle et élégante Vanessa et se rendra de plus en plus souvent à la Réserve après la mort du père, le Dr Cole.

Jordan Groves, qui vit hors de la Réserve, suffisamment loin pour y venir en avion, un biplan qui peut se poser (en douce) sur le lac, est marié avec une belle femme, discrète, une sorte de femme idéale et à laquelle il tient, a deux fils et sa vie rangée va être pas mal chahutée. Rien à faire, il a besoin de retourner à la Réserve car quelque chose se passe entre ces deux-là !
Et puis la jalousie qu’il ressent lorsqu’il a la surprise de voir que Vanessa se rend chez le jardinier et homme à tout faire de la Réserve, un homme canon physiquement, est une émulation. Il veut Vanessa Cole.

La mère de Vanessa, Evelyn Cole, de son côté, femme riche et éprise d'argent, confisque celui qui doit revenir à Vanessa à la mort du père, malgré un testament. Elle aimerait mettre sa fille sous tutelle, et pire encore, la faire interner en Suisse, d'ailleurs les contacts sont déjà pris.

Mais la terrible Vanessa Cole est-elle réellement folle ? Et aura-t-elle le choix ? En tout cas elle n'a pas l'intention de se laisser faire par sa mère, et elle va le lui montrer. On entre dans un univers un peu pervers et perverti, où se côtoient la beauté et la noirceur, le meilleur et le pire de la laideur.

Chaque chapitre de ce livre commence par des « flashs » de ce qui adviendra plus tard, on voit évoluer tous ces personnages dans l'avenir, et la guerre d’Espagne gronde et bombarde. La vie change. Même pour les riches.

C’est mon premier Russel Banks, j’y ai pris du plaisir, et parfois mon avis était mitigé, mais avis aux amateurs de Russel Banks ! C'est pour vous !


mots-clés : #amour #famille #guerredespagne #lieu #pathologie
par Barcarole
le Mer 9 Jan - 19:01
 
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Sujet: Russell Banks
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Elisa Shua Dusapin

Les billes du Pachinko


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Originale : Français, 2018

CONTENU :
Claire, avec une mère coréenne, un père Suisse (organiste), ayant grandi en Suisse, passe l'été chez ses grands-parents maternels à Tokyo. Son idée : convaincre son grand-père de quitter quelque temps le Pachinko qu'il gère ; aider sa grand-mère à mettre ses affaires en ordre ; et les emmener revoir leur Corée natale, où ils ne sont pas retournés depuis la guerre, il y a cinquante ans. Le temps de les décider à faire ce voyage, Claire s'occupe de Mieko, une petite Japonaise à qui elle apprend le français.

REMARQUES :
Une petite note sur le titr : les « Pachinkos » sont des lieux pleinns de machines à billes, sortes de « flipper vertical », rangées en longues files. C’est le grand-père de Claire, la narratrice, qui tient une telle boutique, le « Shiny », dans un quartier de Tokyo. Jeu extrêmement répandu au Japon, mais aussi : mal famé et presque entièrement dans les mains des Corées. Ce qui les met doublement à part dans la societé japonaise. Il y a en a deux « sortes » de Coréens vivant le pays : ceux qui avaient été déportés par les Japonais lors de leur main-mise sur la Corée (jusqu’en 1945), et ceux qui avaient fui la Corée suite aux guerres, mondiales, ou civile (1950-53). Ces Coréens ne se mèlent pas beaucoup, vivent souvent dans « leur » quartier, prolongent des cultures de leur pays, etc. Ainsi même après 50 ans de présence dans leur pays d’accueil, on sent une certaine forme d’étrangereté chez les grands-parents : ils parlent encore très mal le Japonais !

Et Claire ? Avec sa peau asiatique est pris dans sa Suisse natale aussi comme une « étrangère ». Ayant étudiée le Japonais (faute de pouvoir apprendre le Coréen dont elle ne maîtrise pas ou plus la langue) en Suisse, elle ne peut que difficilement communiqué avec ses grands-parents. Lors de son séjour estival (on devrait se trouver dans ce roman autour de 2013) chez eux, elle va s’engager auprès de Mieko, fille d’une prof de français qui, elle, rêve d’envoyer sa fille en… Suisse pour l’éduquer.

On l’aura compris que ce roman joue sur différentes niveaux avec le sujet du « chez soi », et du sentiment restant d’être étranger. L’auteur nous suggère très finement les décalages, les petites fissures, mal-entendus, des mal-à-l’aise suite à leur insertion ou non-insertion dans des milieux étrangers. Légères ruptures entre pays, cultures, générations, dans les relations de couples…

Tout cela est bien écrit, sans coups de marteaux fracassant, mais avec beaucoup de finesse. C’est raconté dans le présent, et on suit Claire dans son chemin.

Recommandation !


mots-clés : #exil #famille #lieu
par tom léo
le Mar 8 Jan - 7:47
 
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Sloan Wilson

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Sloan Wilson : L'Homme au complet gris. - Belfond

Lorsque Thomas Rath revient de guerre, celle de 4O, il a perdu des années précieuses et ses illusions de jeunesse.
De plus, il a été constamment confronté à la nécessité de tuer ou d'être tué.
Et il a tué de sang froid.
La femme qu'il a épousé ne sait rien de cette réalité qu'est l'horreur de la guerre.
Elle est restée affectivement et intellectuellement dans un état d'immaturité et d'idéalisme que sa situation de femme au foyer et de mère ne peut qu'aggraver.
Et Tom n'a aucune envie de raconter son vécu, mais plutôt essayer de l'oublier.

Il faut oublier tout cela [la guerre], et tout ce à quoi cela a mené, songea Tom ; il faut l'oublier maintenant tout comme il a fallu l'apprendre d'abord. On devrait commencer les guerres par un cours d'instruction de base, et les terminer par un cours d'oubli de base. Le truc, c'est d'apprendre à croire que l'on vit dans un monde à part, un monde de fous, où ce qui est vrai aujourd'hui n'était pas vrai alors ; où le "tu ne tueras point" et le fait d'avoir tué un grand nombre d'hommes ne veulent rien, absolument rien dire, car maintenant c'est le moment d'élever des enfants légitimes, de gagner de l'argent, de s'habiller correctement, d'être gentil avec sa femme, d'admirer son patron, d'apprendre à ne pas s'inquiéter, et de penser que soi-même l'on est quoi ? Cela n'a aucune importance, songea-t-il... je ne suis qu'un homme en complet gris. (p. 161-162)

Déjà un fossé se creuse entre eux qu'ils n'ont pas le temps ni l'envie d'explorer.
A trente cinq ans, il a déjà trois enfants et la volonté de "réussir".
Réussir, c'est pour toute une génération, celle des années 50, grimper dans l'échelle sociale, et gagner le maximum d'argent dans le minimum de temps.
C'est la logique même du consumérisme et du rêve américain qui prétend que tout américain courageux peut devenir Rockfeller ou Ford.

Tom a déjà grimpé quelques échelons et constaté l'étendue du mensonge  de l'idéologie américaine. Suffisamment pour se rendre compte que sauf  miracle, il ne pourra résoudre le noeud de problèmes dans lesquels il se débat. Qu'il ne pourra jamais s'occuper de sa famille alors qu'il se tue au travail et qu'il va perdre sa vie à trop vouloir la gagner.
En outre, il n'a jamais surmonté le traumatisme de la guerre.
Il se souvient aussi comment, pendant une trêve des armes, il a connu une jeune italienne à Rome. Et comment ils ont vécu une idylle heureusement partagée dans les marges amnésiques d'un provisoire que le tragique avive.
Lorsque l'armée l'envoie combattre les Japonais dans le Pacifique, la jeune italienne est enceinte. Elle le dit à Tom et elle va garder l'enfant.

Tom contrairement à beaucoup de jeunes américains de son âge n'est ni stupide ni oublieux ni immoral.
Il essaie d'assumer une situation qui lui échappe et dont il est prisonnier.
Le poids de l'avenir et d'une "réussite" sociale pèse sur lui comme une malédiction.
Il sait qu'il a fait fausse route et qu'il est forcé, vaille que vaille de continuer sans trop faire de dégâts autour de lui.
Et il aura la chance d'échapper au pire et de limier les dégâts.

Ce que j' ai retenu de ce livre bien conduit et qui réserve pas mal de surprises, c'est l'itinéraire d'un homme attachant et honnête et qui, en pleine tourmente essaie de faire face.
Clairement ce qu'il en est du rêve américain, alors et encore.
Des réflexions profondes sur l'amour et la conjugalité, la guerre, l'argent, le travail et le rapport au temps.
Bref c'est un livre qui méritait amplement d'être redécouvert.


mots-clés : #deuxiemeguerre #famille #mondedutravail
par bix_229
le Lun 7 Jan - 17:19
 
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Marie Chaix

Les lauriers du Lac de Constance

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Son père collaborationiste, l’un des proches de Jacques Doriot, Marie Chaix ne l’a guère connu :  née en 1942, il était sans cesse en partance, en mission, puis en fuite, puis en prison.
Elle retrace son parcours en mêlant ce qu’elle a tiré des carnets personnels de son père, de l’image qui lui en a été donnée dans son enfance par son milieu familial, de ce qu’elle a vécu intimement de cette perpétuelle absence, puis de cette faute dénoncée  par l’extérieur étant enfant et adolescente. Qu’est ce qu’être la fille d’un homme inconnu qui préfère sa cause à sa famille pourtant aimée, qui fait le mauvais choix, que tous accusent, qui est emprisonné et risque la peine de mort ? Qu’est ce  que vivre entourée de silences mal gardés ?

Se mêlent donc dans le récit des éléments très historiques, retraçant l’histoire du Parti Populaire Français, et des choses plus familiales, cette femme élégante,  amoureuse perpétuellement fidèle, ces enfants fascinés par un père absent et  charismatique.

Ecrivant ce livre des années après, Marie Chaix fait une réelle œuvre d’écrivain, par un style percutant, très personnel, surprenant, adoptant le point de vue de cette enfant à qui on ne dit pas grand chose, mais qui ressent tout. Son portrait paternel est exempt tout à la fois d’admiration et de critique, dans une tentative d’objectivité rétrospective, mais porteur d’un amour étrange, envahissant, bien qu’en creux. Elle lui reconnaît sa sincérité dans l’erreur, une grande dignité qui n’est pas exempte de courage.

C’est un roman très personnel quoiqu’il appartienne à l’Histoire, avec un réel travail d’écrivaine, qui rapporte des faits objectifs mêlés de façon troublante à la subjectivité du vécu de cette enfant solitaire.


Mots-clés : #autobiographie #biographie #deuxiemeguerre #enfance #famille #historique
par topocl
le Sam 22 Déc - 17:42
 
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Christophe Boltanski

La cache

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Christophe Boltanski, neveu du plasticien Christian et du sociologue Luc, raconte l'histoire de sa famille et de ses origines. Mais ce n'est pas tant ceux-là qui tiennent la place centrale que ses grands- parents. Elle, abandonnée enfant par sa famille à une riche « marraine », très handicapée par une polio, communiste et nantie, qui vampirise sa famille dans un mode de vie bohème et fusionnel. Lui, fils d'immigrés juifs ukrainiens, qui a passé 20 mois caché dans leur appartement, l'oreille aux aguets, survivant terrorisé par ses semblables. Autour d'eux, enfants et petits enfants, comme scotchés les uns aux autres : le point d'ancrage est une grande maison, rue de Grenelle où on mange ensemble, on dort ensemble, d'où on se déplace ensemble, un creuset d'ébullition culturelle et intellectuelle plein de fantaisie.

Quel matériau ! Qu'est ce qui fait pourtant que je n'ai pas trop vibré ? Christophe Boltanski survole un peu, et à part la grand-mère qui est le personnage premier, tous sont un peu inconsistants, il y a une réelle superficialité qui tient à distance.
Quant au mode d'écriture, centrer le livre sur la maison, petits plans à l'appui, c'était plutôt une bonne idée, mais au final cela met un côté fouillis. D'autant que Boltanski adore dire « elle » ou « lui » plutôt que de nommer son personnage, ce qui achève de nous perdre. Et le recours répété aux énumérations est une solution de facilité qui ne suffit pas à faire un style.

Ce n'est certes pas un livre à condamner, mais je n'y ai pas pris le plaisir que j'en espérais.

Recup 2015

Mots-clés : #communautejuive #famille #lieu
par topocl
le Ven 21 Déc - 17:41
 
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Sujet: Christophe Boltanski
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Pascale Kramer

Une famille

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 3 51ocgt10


Il y a tant de familles où un enfant si aimé, si charmant devient un adolescent difficile puis un adulte incompréhensible.... Où chacun valse entre amour et répulsion, culpabilité et effroi, tendresse et colère, lutte et abandon... Où chacun s'invente autre, face à cet « intrus » ,se révèle à lui-même et aux autres dans ses forces et ses faiblesses. Où les blessures, souvent non-dites, sont comme un ciment intergénérationnel...Où les phases d'espoir  font place aux zones de désarroi.

Pascale Kramer nous raconte l’histoire de cette famille bourgeoise, catholique, bordelaise, dont l'aîné, Romain bouleverse le conformisme : il sème les interrogations, les offenses, le chagrin sans parvenir à complètement ruiner le bonheur, convenu ou singulier, de chacun, ultime défi, ultime protection. Car Romain boit, ment , vole, Romain ne donne  pas de nouvelles pendant huit années et on le retrouve à Paris, dormant sur un carton.

La très bonne idée de l'auteur, c'est d'endosser successivement la place des deux parents et des trois autres enfants pour décrire tour à tour  les quelques jours entourant la naissance de Jeanne, l'une des petites filles, une de ces périodes cruciales où au sein de la joie, les souffrances et les regrets ressortent leurs griffes, en même temps que les liens se renforcent.

Elle adopte un ton presque sec, qui traduit la pudeur, mais qui ne l'empêche pas de donner parole à la douceur, l'intensité de la tendresse comme de la détestation fugitive, et de montrer en quoi une famille peut garder un esprit propre, comme un « esprit de corps » au-delà des divisions. Touchant et déchirant  tout à la fois, c'est un roman  plein d'émotions malgré son économie de moyens.


mots-clés : #addiction #famille #fratrie #pathologie #relationenfantparent
par topocl
le Sam 15 Déc - 17:32
 
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Sujet: Pascale Kramer
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Yaa Gyasi

No Home

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 3 51yivg10

C'est un vaste tableau qui   présente huit générations sur deux continents : la descendance de deux sœurs ghanéennes du XVIIIème siècle, l'une vendue comme esclave aux négriers et partie en Amérique, l'autre vendue comme femme à un soldat britannique et restée sur place. C'est donc l'occasion d'embrasser l'entièreté des problèmes liés à la condition noire, africaine ou américaine, au fil des siècles, les liens qui persistent et essaient de se renouer.

Yaa Gyasi s'attache à un personnage à chaque génération, auquel elle consacre un chapitre, alternant Afrique et Amérique. Si l'écriture est assez basique, la construction  permet d'appréhender le « problème noir » dans une dimension d'évolution historique. C'est assez audacieux et si ce qui se passe aux USA nous a déjà souvent été rapporté dans d'autres romans, le côté africain avec se guerres fratricides, la participation des autochtone au commerce des esclaves, et plus riche en apprentissage pour le lecteur. L'auteur a une belle intelligence narrative et beaucoup de subtilité,  Il n'en demeure pas moins que cette méthode, où chacun n'a droit qu'à une « vignette » empêche qu'on s'attache aux personnages (ou frustre cet attachement). On regrette presque qu'au lieu de 14 chapitres on n'ait pas 14 romans.


mots-clés : #conditionfeminine #esclavage #famille #historique
par topocl
le Mar 4 Déc - 14:13
 
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Sujet: Yaa Gyasi
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Charles Lewinsky

Charles Lewinsky
Né en 1946

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Charles Lewinsky, né le 14 avril 1946 (72 ans) à Zurich, est un écrivain, dramaturge et metteur en scène. Il vit en Franche-Comté (France).

Il a étudié la littérature allemande et le théâtre. Dramaturge, scénariste et romancier, il a obtenu, pour son précédent roman Johannistag (2000), le prix de la Fondation Schiller. Melnitz, salué par la critique comme une prouesse littéraire, a été qualifié de Cent ans de solitude suisse.

Melnitz, c'est la saga des Meijer, une famille juive suisse, de 1871 à 1945 - de la guerre franco-prussienne à la fin de la deuxième guerre mondiale.


Publications

Melnitz, Grasset, 2008 (L'histoire d'une famille juive en Suisse de 1871 à 1939)
Un village sans histoire, Grasset, 2010
Un Juif tout à fait ordinaire. Monologue d'un règlement de comptes. Éditions du Tricorne, Genève, 2011.
Retour indésirable, Grasset, 2013



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Melnitz

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 3 Melnit10

"Plus c’est absurde, plus ils s’en souviennent. Ils se souviennent qu’avant Pessah nous égorgeons des petits enfants et faisons cuire leur sang dans la pâte des "Matze". Cela n’est jamais arrivé, mais 500 ans plus tard, ils sont capables de raconter la scène comme s’ils l’avaient vue de leurs propres yeux. Comment nous avons attiré le petit garçon loin de ses parents en lui promettant des cadeaux ou bien du chocolat, bien longtemps avant l’existence du chocolat. Ils le savent dans les moindres détails."




Melnitz c'est une chronique de famille, une famille juive vivant en Suisse sur quatre générations de 1871 à 1945.

Ces dates ne sont jamais arbitraires. Elles correspondent à des faits historiques qui modifièrent la vie de chacun de ses membres.
Une famille qui, somme toute, ressemblerait à celle des autres citoyens du pays. Ambitions sociales, quête d'ascension logique pour les descendants.
Evidemment il y a les rites et coutumes juifs. Un héritage, des repères, des fêtes et des repas.
Pas de communautarisme. Au contraire. Aucun de ses membres n'est un fanatique religieux. Certains même vont jusqu'à renier cette tradition, cette religion, et embrasser le christianisme.
Et le succès d'abord semble donner raison aux plus ambitieux. Mais c' est sans  compter sans l'Histoire, les guerres, les bouleversements sociaux. A la fin, ils connaîtront tous le sort commun aux exclus. Et les juifs sont le symbole quasiment éternel de l' exclusion, des pogroms. Bref de l'antisémitisme dont ils sont les boucs émissaires.
Cette famille est ce qu'est tout famille. A cette exception près peut être, qu'on y trouve des personnalités extraordinaires et inoubliables. Et c'est un point fort de cette chronique.

Et Melnitz ?

C'est un inquiétant personnage, ce Melnitz, qui traîne derrière lui l'odeur et le froid du caveau. Mort depuis deux siècles au moins, il réapparaît dans la famille Meijer, à l'occasion d'un deuil, d'une bar-mitsva, d'une noce. Il entre sans s'annoncer, s'assied, écoute, et de temps à autre prend la parole pour un commentaire sarcastique. Ce qui le met en verve, c'est la confiance que les Meijer témoignent à leur pays - la si paisible Confédération helvétique -, à leurs voisins - tellement bien disposés à leur égard -, à leur propre réussite.

" Tu crois, dit-il à l'un de ces ingénus, qu' il ne peut plus rien t'arriver. Mais tu te trompes. Parfois, ils gardent le silence et nous pensons qu'ils nous ont oubliés. Crois-moi, ils ne nous oublient pas". Et de dérouler la pelote des persécutions depuis le jour lointain où lui- même, Melnitz, est né en Ukraine, d'une jeune juive violée par un cosaque."

Ainsi le définit Mona Ozouf. Melnitz raconte. Lui qui sait tout, rappelle à chacun qu' il est juif et qu' il subira éternellement la malédiction de son peuple. Comme le Juif errant.
Malheur à celui qui l'oublie !

A propos de son oeuvre, Lewinsky dit :

"Toutes les sagas juives pourraient avoir comme sous-titre "Le Chemin vers la tragédie". De ce point de vue, Melnitz n'est pas une saga juive, ne serait-ce que parce que la Suisse a été touchée mais pas dévastée par la Shoah. J'ai surtout écrit ce roman à l'intention des Suisses qui ne connaissent pas leurs voisins."




mots-clés : #antisémitisme #communautejuive #famille #guerre
par bix_229
le Jeu 29 Nov - 15:49
 
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Sujet: Charles Lewinsky
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Thomas Mann

Les Buddenbrook

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Tout en prenant plaisir à la lecture, je me disais tout de même que Le tournant de Klaus Mann était autrement réussi; que Musil, le contemporain de Thomas Mann, était décidément d'une autre force. Moi qui attendais de ce roman une exploration de l'âme humaine qui la transfigure, une œuvre métaphysique à valeur universelle, d'une puissance interne qui ferait de son auteur l'égal et l'héritier de Dostoïevski et de Goethe, … fi, un énième roman naturaliste ! Un théâtre mesquin, dépeint avec finesse et minutie, tout en faux-semblants, en conventions ! Sans mentionner cet attachement dégoûtant à la moindre faiblesse physiologique, au moindre symptôme morbide…
Et, juge sévère malgré les efforts fournis, j'ai déclaré attendre des rédactions ultérieures de l'élève Thomas Mann un peu plus de chaleur et d'investissement personnel.

Bien, j'ai révisé mon opinion trop tôt formulée, et je pense sincèrement qu'il s'agit d'un grand livre. Dans l'immense "galerie de personnages" qui nous est présentée, beaucoup d'entre eux n'ont qu'une valeur d'abstraction, dont le caractère est figé d'un bout à l'autre du roman. Par leur nombre et leur diversité, ces caractères, quelque figés qu'il soient, composent un bouquet riche et hétéroclite. Ce n'est pas une société caricaturale et impersonnelle, mais de réelles individualités qu'il s'agit, et c'est l'une des forces de l'œuvre que l'art du portrait qui y est déployé. Ces portraits, je l'ai dit, n'évoluent pas: les personnages sont de simples fonctions, des composantes du tableau ou de l'action, dont le motif surgit çà et là, invarié. Il en va différemment des personnages centraux. Tony, qui a d'excellentes raisons à cela, préserve vaille que vaille son identité. Christian l'hypocondriaque suit sa pente. Et Thomas, ah ! voilà le personnage le plus intéressant, le pivot du roman, dont la transformation est la plus complète. Par lui, les Buddenbrook atteignent aux plus hautes dignités, qui, en lui, porte également la ruine de cette grande famille de l'aristocratie bourgeoise. Fils et petit-fils de négociants, nouveau chef de la raison sociale Buddenbrook, plus audacieux que ses aïeux mais d'une activité plus artificielle, sa prodigieuse ardeur sera fatale à son tempérament, contrecarré par une nature double, et qui portait en lui les germes d'un artiste.

Ce déclin d'une famille, annoncé dans le sous-titre, se manifeste sous la forme d'une dégénérescence physique et morale, que l'on peut observer au cours des quatre générations. Lorsque le noyau de la famille éclate à la suite des mariages successifs, tout commence : les biens sont progressivement dispersés (et plus que l'argent, les meubles et demeures parentales), les liens distendus, et chaque foyer fait face à son lot de catastrophes.

En sa qualité de grande fresque familiale, les Buddenbrook voient se rejouer, de loin en loin, les mêmes scènes qui prennent un caractère formulaire (en particulier l'enterrement et la demande en mariage, ainsi que les repas de fêtes). Ces scènes infatigablement rejouées, sont l'occasion de descriptions variées et virtuoses de renouvellement, ainsi que la succession de portrait qui y prend place. Elles constituent les jalons visibles de l'histoire de la famille telle qu'elle est consignée dans le fameux "grand livre", dont la trace se perd dans le récit en même temps qu'il est devenu obsolète.

Je commençais à me lasser de ce patient et fastueux tableau. Cependant, avec la naissance de Hanno, représentant de la quatrième génération, le récit se déploie soudainement. Le fils de Thomas, délicat avorton continuellement angoissé, cancre que n'intéresse que la musique, est un être taciturne, inadapté semble-t-il, dont l'intériorité nous est interdite (ainsi qu'à son père qu'il exaspère quotidiennement). Les apparences le blessent; toute chose lui est un effort, tout effort une souffrance. La vie est une immense contrainte qui le brise; son existence oscille entre trois pôles : l'obligation de subir de lourds traitements médicaux, qui nous semblent bien plutôt de la maltraitance; celle de devenir négociant, dont le moindre devoir social le terrorise et dont le travail ne semble pas en rapport avec ses propres forces; et enfin, les obligations scolaires qui nous sont données à voir comme une absurdité inutile et aliénante.

Les deux lignes les plus intéressantes sont les rapports qu'il entretient, d'une part pénibles avec son père, d'autre part, tendres et ambigus avec son seul ami Caïus; et son expérience de la musique qui fournit quelques unes des pages les plus belles des Buddenbrook.
Son intériorité, qui nous est refusée comme elle nous l'est accordée pour les autres personnages, se révèle dans une scène magistrale de la fin du roman. Elle s'offre à nous par la médiation de son harmonium, sur lequel il improvise une pièce musicale d'une saisissante complexité qui révèle, cryptés, ses tourments les plus intimes. (cryptés et en partie décryptés puisque l'on ne perçoit en fait de musique que sa transposition en mots)

***

Enfin, en lien avec la discussion sur fil de Marie Darrieussecq : Thomas Mann, à 25 ans, n'avait probablement pas éprouvé toutes les figures de la souffrance qui parcourent son livre. - L'agonie, pour n'en mentionner qu'une. Dans ce cas, lui était-il possible d'en faire une évocation de quelque valeur, qui concernât intimement chacun d'entre nous ? Eh bien… ce livre vaut la peine d'aller s'en assurer !


mots-clés : #famille #historique #musique #traditions
par Quasimodo
le Sam 24 Nov - 15:16
 
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Sujet: Thomas Mann
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Fernando Aramburu

Patria

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On est au pays basque espagnol. Au village, beaucoup sont convaincus de la justesse du combat de l'ETA. Convaincus ?  Peut-être , peut-être faut-il séparer l'idée et les moyens, en tout cas il ne fait pas bon exprimer une opinion contraire, s'abstenir de manifester son approbation ou de payer l’impôt révolutionnaire. Cette loi de la terreur va séparer deux familles amies, l'une dont le père est assassiné, l'autre dont le fils a rejoint les rangs de la lutte armée. Le temps passe, les gens changent et l'ETA aussi et finit par déposer les armes. Ce n’est pas la fin de 'l’aventure ; chacun va devoir gérer l'empreinte du passé.

Aramburu réalise le tour de force d'être à la hauteur de son ambition, réaliser une vaste fresque historique,  croisée d'un roman familial, pour donner une image honnête, tout à la fois réfléchie et  et compassionnelle des drames qui ont parcouru le pays basque espagnol pendant 40 ans. Il en sort un riche récit romanesque, plein d'intelligence et de nuances, à la hauteur de la complexité d e la situation, avec des les personnages d'une belle présence, dans leurs petitesses comme dans leurs grandeurs, Malgré le choix d'un récit éclaté au niveau chronologique, relaté en 125 chapitres très courts mais d’une garde vivacité, il y a une belle cohérence tant qu niveau historique qu’individuel. Aramburu adopte un style plutôt amusé, malin, qui allège le tragique sans l'effacer.

C'est une intéressante réflexion sur le terrorisme, et le pardon possible, qui ne manquera pas d'enrichir la réflexion de la lectrice ou du lecteur en  nos temps tourmentés.


mots-clés : #culpabilité #famille #historique #terrorisme
par topocl
le Ven 23 Nov - 12:48
 
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Sujet: Fernando Aramburu
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Sawako ARIYOSHI

Les années du Crépuscule:

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 3 411px411

Quatrième de couverture:
Veuf, Shizego est recueilli par son fils et sa belle-fille, Akiko. Celle-ci travaille, élève son enfant et s'occupe activement de son foyer. C'est un dur supplément à ses tâches quotidiennes que représente pour elle ce vieillard en train de sombrer dans la sénilité. Pourtant, malgré les problèmes innombrables, une sorte de lien tendre, un émouvant rapport de mère à l'enfant, va s'établir entre ces deux êtres...


Il est clair que S. Ariyoshi, sensible à la condition féminine au Japon, tourne l'éclairage sur tous les questionnements d'Akiko face à son beau-père.
On est dans les années 60-70, la situation de la femme dans la société est loin d'être reluisante (et ça n'a pas beaucoup évolué au Japon depuis d'ailleurs): une fois mariée, il est normal qu'elle ne travaille pas. Pour celles qui décident de travailler et d'être "indépendantes", certains conflits peuvent naître au sein de la famille mais surtout elles devront assumer toutes les tâches ménagères en plus , l'homme n'y participant pas du tout.
L'autre problème soulevé est l'absence totale de services d'aide aux personnes âgées alors que celles-ci vivent de plus en plus longtemps.
Shigezo (le beau-père) perd la tête, ne reconnaît plus personne sauf son petit-fils et Akiko, fait des fugues.Akiko cherche des solutions autour d'elle pour ne pas laisser son beau-père seul mais s'apercevant qu'il n'y a rien pour l'aider, elle doit se résigner à travailler à mi-temps. Son mari se déresponsabilise complètement du problème, voyant son père devenir sénile, il attrape peur de vieillir et se voile la face en évitant d'aider son épouse.
Alors qu'on suit l'inévitable descente de Shigezo vers la mort, on assiste à la montée inexorable du courage de cette femme qui relèvera tous les défits avec beaucoup d'amour, de patience et accompagnera jusqu'au bout le vieil homme.


mots-clés : #conditionfeminine #famille #pathologie #vieillesse #viequotidienne #mort
par Cliniou
le Ven 23 Nov - 11:43
 
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Sujet: Sawako ARIYOSHI
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Nina Gorlanova

Le Roman d'une éducation

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 3 Cvt_le10

Un roman qui me fait énormément penser à la Cité Dolente de Daniela Hodrovà en termes d'atmosphère et de mélange entre l'onirique et le réalisme.
Une oeuvre étrangement moderne alors qu'elle a désormais plus de 20 ans et qu'elle situe son récit dans les années 70. On assiste d'une certaine manière à toutes les strates nous permettant de comprendre l'URSS de l'époque, que ce soit selon un prisme de classes sociales ou selon un prisme culturel.
Un bémol cependant, j'ai eu de la chance de m'y connaître sur l'histoire et la culture de ce pays car sans cela il est des références ou des moments qu'on ne comprend pas facilement.
Il n'empêche que l'histoire est intéressante, cette petite fille revêche, d'un autre monde que la famille qui l'entoure avec un don qui n'a rien d'utilitariste dans un pays pourtant fort pragmatique, avec une personnalité qui n'a aucune envie d'être douée et qui n'a qu'une envie, être et être par soi-même.
La famille se révèle attachante malgré un côtoyé qu'on pourrait qualifier de "bobo sans le sou" .
L'écriture est structurée, assez poétique par moments, elle est à l'image du récit, oscillant entre ce souhait d'onirisme et cette envie descriptive et réaliste.

Une Belle histoire pour un très bon moment.


mots-clés : #adoption #famille #relationenfantparent #romanchoral
par Hanta
le Sam 17 Nov - 9:23
 
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Sujet: Nina Gorlanova
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Eduardo Halfon

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Deuils

Eduardo Halfon évoque dans ce récit le souvenir fébrile et douloureux de son oncle Salomon, et la trace laissée par l'évocation de sa disparition enfant, noyé dans un lac....cette absence et un silence dans la trame d'une histoire familiale complexe, abrupte hante l'auteur qui tente de combler un vide, une angoisse, une énigme.

Du Liban à la Pologne, Halfon revient sur le parcours de ses grands-parents et tisse des liens à partir d'un passé parfois englouti. Au fil d'une recherche, Deuils devient alors un ouvrage marquant par sa concision poétique alors même que la tentative de faire revivre une mémoire par les mots apparait infinie. L'écriture ne peut incarner une résolution mais elle révèle des morceaux de soi.


mots-clés : #enfance #famille #initiatique
par Avadoro
le Jeu 15 Nov - 23:52
 
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Sujet: Eduardo Halfon
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Jens Christian Grøndahl

Quelle n'est pas ma joie

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La narratrice, Ellinor,  vient de perdre son époux. Elle écrit à sa meilleure amie Anna , ancienne première épouse, décédée depuis longtemps et dont elle a « pris la place ». Cette meilleure amie avait eu une liaison avec le premier époux d'Ellinor. (Oui, c’est compliqué, mais c'est le livre qui est comme ça.) C'est l’occasion de revenir sur ce qu'Ellinor a été enfant, d'où elle vient (une union éphémère de sa mère avec un soldat allemand), et de cette impression d'être toujours « de trop », de la honte.

C'est une histoire biographique compliquée, avec un matériau très riche, peut-être un peu trop pour la brièveté du livre. On y retrouve ce qui a l'air de faire la marque de fabrique de Grondahl, une femme qui se retourne sur son passé, une certaine apologie des renoncements, l'empreinte d'une enfance qui ne s'est pas épanouie. C'est un peu la même histoire, d'une certaine façon, que Quatre jour en mars et c'est un peu aussi les mêmes maladresses qui alourdissent, avec cette complexité du récit du fait des flashbacks, et aussi ici du fait quelle s'adresse (« tu ») à Anna mais d'une façon si indifférenciée que  tout au fil du livre je me retrouvais à croire qu’elle s'adressait en fait à son défunt mari et qu'il fallait me recentrer. Cette histoire de vie est un éloge de la simplicité, et d'un certain dépouillement, et elle aurait sans doute gagné à un récit linéaire.


Mots-clés : #famille #psychologique
par topocl
le Jeu 1 Nov - 10:00
 
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Sujet: Jens Christian Grøndahl
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Edouard Louis

En finir avec Eddy Bellegueule

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Je n'aime pas trop les jeunes gens trop médiatiques et les livres trop médiatiques. J'y allais donc vraiment à reculons. J’ai de ces aprioris, parfois. 
J'avais tort. C’est les médias qu'il faut ne pas aimer, et laisser les jeunes gens qui ont des choses à dire écrire leurs livres. Celui-ci ressemble à un conte populaire : les fées d'Édouard Louis c'est  l’école de la République qui pour une fois a joué son rôle et l'a aidé à sortir de sa misère psychique, et à devenir le garçon brillant qu'il est devenu, quoique définitivement marqué. 

D’abord il y a sa famille : Zola en l’an 2000, on l’a dit. Des êtres frustres, rustres. La pauvreté, l’alcool, l’absence d’horizon. On a parlé de règlement de compte, je ne l'ai pas vu. Peut-être en rajoute-t’il, peut-être pas. C’est sans importance (il y a écrit « roman »). Ce sont des faits et des comportements, insoutenables pour nos yeux éduqués et privilégiés. Mais cependant, si on veut mettre un peu de bienveillance dans sa lecture, j'ai cru déceler en eux tous, des failles, une humanité. Et si je l’ai lue, c’est qu’Edouard Louis l’y a glissée. 

Toute cette bassesse,  cette arrogance vulgaire, cette sauvagerie, ce n'est jamais que de la peur, la peur de l'autre chez des gens qui n'ont jamais eu droit à la parole, mais aussi à ce qu'on leur parle, à ce qu'on leur explique. Malgré tout le rejet qu'ils inspirent, ils souffrent et aiment, mais ils n'ont pas eu la chance qu'on leur apprenne à l’ exprimer dignement. Mais quand même, le père a décidé de ne jamais frapper ses enfants, et s'y tient ; croyant mourir, il donne cérémonieusement  une chevalière à son fils, qu'il a pourtant l'air de tant rejeter ; il y a plusieurs tels petits gestes rapportés, sous le flot de grossièretés, qui montrent l'homme en lui. L’homme souffrant. Malgré tous ces dénigrements , malgré l'horreur que leur inspire l'homosexualité de leur fils, pour eux totalement inacceptable, ils n'en sont pas moins fiers.
(Edouard Louis écrit un chapitre qu'il appelle L'autre père où il rapporte des faits "honorables" en rapport avec son père. Si son père pouvait écrire, il écrirait sûrement lui aussi un chapitre intitulé  L'autre fils pour éclairer son ambiguïté à son sujet)

Finalement je me disais : ce qu'il y a de plus curieux, ce n'est pas tant que de tels gens existent, c'est surtout qu’il soit besoin d' expliquer qu'ils existent, car dans la vie, nous en côtoyons, j'en vois dans mon bureau, j'en vois dans ma rue. Il suffit de choisir de les voir.
.
Et puis, cette homophobie, cette horreur de voir leur fils être (et devenir) autre, je ne pense pas que cela soit lié uniquement à leur inculture, c'est trop facile, ce n'est vraiment pas une question de classe sociale (le dernier paragraphe du livre le prouve bien et nous-même comment aurions-nous réagi avec toutes nos belles idées et notre belle conscience donneuse de leçons ?). 

Et c’est le 2e grand thème du livre, ce garçon, qui, dès la petite l'enfance s'est senti différent, et a été ressenti différent par les autres. Qui a discerné peu à peu en quoi cela consistait, en a eu peur, en a même été dégoûté (comme dans Le secret de Brokeback mountain), a subi, dans la famille,  au village, au collège, les humiliations et les insultes qui y étaient liées, a tenté selon les moments de l'apprivoiser, de le nier, de le dépasser, a souffert dans son corps et dans son âme. Ce garçon, qui, quand il est enfin arrivé à sortir avec une fille, jubile en se répétant dans sa tête : « guéri, guéri ». Et qui, peu à peu, construit sa défense : la fuite. Une fuite comme une construction.

Sans pathos, sans fiel, En finir avec Eddy Bellegueule est un roman d’éducation absolument terrible.

Récup 2014

Mots-clés : #autobiographie #discrimination #enfance #famille #identitesexuelle #social #temoignage
par topocl
le Mar 23 Oct - 20:37
 
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Sujet: Edouard Louis
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Louis-Philippe Dalembert

Avant que les ombres ne s’effacent

Tag famille sur Des Choses à lire - Page 3 Proxy_67

J’ai appris dans ce livre que Haïti avait déclaré la guerre au « petit caporal » allemand, ouvert sa porte aux Juifs qui le fuyaient, offert la nationalité haïtienne aux apatrides et hébergé ainsi 300 familles fuyant le nazisme à l’heure où toutes les nations leur fermaient leurs portes.

C’est donc une histoire du XXème siècle, une de plus : Ruben , futur médecin fuyant enfant les pogroms polonais, installé à Berlin avec sa famille pour une adolescence heureuse, fuyant après la nuit des longs couteaux : diaspora familiale classique, l’une en Palestine et les autres aux Etats-Unis. Quant à Ruben, après avoir tâté des camps allemands et français, il fait le « choix » de Haïti.

J’ai beaucoup aimé toute la partie européenne qui est très réussi dans un secteur déjà souvent raconté, les personnages et les relations intrafamiliales sont touchants, l’humour toujours présent en  filigrane. Il y a une une légèreté dans la façon de raconter ces drames qui m’a parfois rappelé le Tabac Triezneck.

Curieusement, la partie haïtienne, qui commence à Paris dans la communauté haïtienne puis se poursuit dans l’île, voit apparaître quelques longueurs alors qu’elle devrait constituer  l’ "originalité" du livre. Celui-ci  perd en épaisseur, devient plus descriptif d’un mode de vie, le personnage se perd un peu.

Cela reste une bonne lecture, la découverte d’un fait historique que je ne connaissais pas, et d’une réelle verve littéraire.


Mots-clés : #communautejuive #exil #famille #historique #insularite #lieu
par topocl
le Ven 19 Oct - 11:22
 
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Sujet: Louis-Philippe Dalembert
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