Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Sam 14 Déc - 15:08

76 résultats trouvés pour fantastique

Shirley Jackson

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 2 Ob_17e10

La maison hantée

Construite par un riche industriel au XIXe siècle, Hill House est une monstruosité architecturale, labyrinthique et ténébreuse, qui n'est plus habitée par ses propriétaires. On la dit hantée. Fasciné par les phénomènes paranormaux, le docteur Montague veut mener une enquête et sélectionne des sujets susceptibles de réagir au surnaturel. C'est ainsi qu'Eleanor arrive à Hill House avec ses compagnons. L'expérience peut commencer, mais derrière les murs biscornus, les fantômes de la maison veillent et les cauchemars se profilent..



J’ai embarqué dans ce roman avec l’idée d’un voyage dans quelque chose qui aurait pu jouer sur la note émotionnelle de peur chez moi, espérant trouver au minimum de l’effrayant, du mystère, du suspense. J’admets que le cadre s’y prêtait avec cette maison biscornue qui donne froid dans le dos rien qu’à l’imaginer, et bouleverse les repères spatio-temporels des visiteurs. Avec les protagonistes, je suis donc entrée dans cette maison gothique aux plans scabreux, et avec eux je suis restée en haleine de ce que j’allais y affronter, y découvrir.
Malgré des ingrédients pour un bon roman inquiétant, je trouve que « La maison hantée » n’a pas répondu à mes attentes. Non pas que je me sois ennuyée, mais je trouve qu’il se passe finalement peu de choses, que le crescendo vers le final n’est pas forcément attendu, sauf dans les derniers chapitres où on commence à se questionner. Les personnages sont assez peu fouillés, et je n’ai pas vraiment réussi à m’y attacher. Les scènes « effrayantes » ont du mal à décoller et il n’y a pas vraiment de suspense, de montée d’adrénaline, d’attente autour de cela.
Le tout me parait assez décousu, avec intrusion de nouveaux personnages en cours qui brise le huis clos, un huis clos pas vraiment intriguant ni angoissant.
Je reste sur ma faim et cherche toujours le livre d’Halloween qui va un peu me tenir en haleine et titiller un peu mon émotionnel.


Mots-clés : #fantastique #horreur
par chrysta
le Sam 20 Oct - 13:55
 
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Sujet: Shirley Jackson
Réponses: 8
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Collectif : Le temps sauvage

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 2 Marsf010

Un recueil/anthologie qui contient :
1 - Isaac ASIMOV, Sally (Sally), pages 5 à 30, trad. Hery FASTRE
2 - Clifford Donald SIMAK, Vous ne retournerez jamais chez vous (You'll Never Go Home Again! / Beachhead), pages 31 à 55, trad. Hery FASTRE
3 - Lyon Sprague DE CAMP, L'Œil de Tandyla (The Eye of Tandyla), pages 57 à 87, trad. Hery FASTRE
4 - Ray BRADBURY, Le Futur antérieur (Tomorrow and Tomorrow), pages 89 à 113, trad. Hery FASTRE
5 - Robert BLOCH, L'Œil affamé (The Hungry Eye), pages 115 à 140, trad. Hery FASTRE
6 - Theodore STURGEON, La Chambre noire (The dark room), pages 141 à 190, trad. Hery FASTRE
7 - John WYNDHAM, L'Ève éternelle (The Eternal Eve), pages 191 à 223, trad. Hery FASTRE
8 - Fritz LEIBER, Je cherche Jeff (I'm Looking for "Jeff"), pages 225 à 242, trad. Hery FASTRE
9 - Jean-Baptiste BARONIAN, Y a-t-il une science-fiction pure ?, pages 256 à 253, Postface

Et un coup d’œil encouragé à noosfere.org

Par quel chemin aborder le commentaire, quand on est peu lecteur de science-fiction... il y a le bon côté de la découverte de Theodore Sturgeon, quand on a découvert récemment Kurt Vonnegut ça un sens, l'envie de pouvoir tremper ou retremper une patte sans trop se mouiller dans l'univers de noms bien connus (Asimov, Simak,  Bradbury, (Leiber)), et puis logiquement c'est se confronter au point d'interrogation de la science-fiction.

Sans grande surprise c'est la nouvelle "fantasy", L'Œil de Tandyla, qui m'a le moins botté. Néanmoins c'est assez représentatif de la diversité qui habite ce petit livre qui voyage entre espace, futur et passé avec une aisance finalement impressionnante. Le petit article qui sert de postface insiste d'ailleurs à raison sur la narration, la volonté de raconter une histoire comme composante commune aux différents genres, sous-genres.

Par ricochet il n'est pas surprenant de retrouver de façon plus ou moins flagrante une attention portée par les auteurs à des sentiments ou comportements forts. Chaque texte apportant sa manière et sa couleur au regard du lecteur.

Une lecture décousue mais une lecture dans l'ensemble enrichissante, intéressante, avec ou sans la touche "vintage" (je pense notamment à Sally, la première nouvelle tournée vers les voitures). Vous ne retournerez jamais chez vous serait la plus typiquement SF avec voyage spatial et extra-terrestres mais avec pas grand chose l'esprit l'emporte de loin. Et c'est facile d'avoir un mot pour chaque nouvelle tellement le recueil est cohérent !

Tout simplement, ça fait du bien. Ce ne sont pas forcément les textes les plus subtils, les plus dégrossis, les plus fins mais ce qu'on y trouve mérite qu'on en profite. Oui, ça fait du bien, et la poésie humaine ténue mais vivante partagée par ces auteurs ne manque pas de sens.

Donc un SF, c'est vaste et pas forcément très technologique, voire pas technologique du tout.

Merci encore compère volatile ! Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 2 3481408968


mots-clés : #fantastique #nouvelle #sciencefiction
par animal
le Ven 19 Oct - 18:39
 
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Sujet: Collectif : Le temps sauvage
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Dino Buzzati

Bàrnabo des montagnes

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Bref roman (ou novella), le premier publié par Buzzati, et propre à ravir ceux qui ont apprécié Le Désert des Tartares.
Bàrnabo, un des gardes forestiers commis à la surveillance d’une poudrière perdue dans les montagnes, évite par peur et lâcheté un affrontement avec de mystérieux brigands. Il est renvoyé, et revient cinq ans plus tard affronter son destin dans ce lieu vertigineux et fascinant.
Histoire à la limite de l’irréel (et de l’absurde, de l’étrange ; c’est pratiquement du réalisme magique), elle est austère comme la montagne.
Divulgâchage:
Le dénouement évite le drame, comme dans Le Désert des Tartares.

Avec l’inquiétude existentielle, la quête de sens, un autre des thèmes majeurs de cette œuvre (pas que de ce texte) avec l’attente (et bien qu’on ne puisse le contenir en une citation) :  
« Il semble que le temps n’en finisse jamais de passer, pourtant il fuit comme le vent. »

Comme pour les autres livres de Buzzati, prétendre le résumer ou le penser objectivement enlèverait assurément la part indicible qui en fait de la littérature.

Je proposerais bien le mot-clé "fantastique", mais il pourrait légitimement être jugé inapproprié, et surtout induire en erreur le lecteur intéressé…



mots-clés : #fantastique #solitude
par Tristram
le Sam 1 Sep - 16:40
 
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Sujet: Dino Buzzati
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Juan Marsé

Des lézards dans le ravin

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 2 51nw6410

L’histoire se déroule pendant la période franquiste. Le narrateur est l’ enfant que porte « la rouquine » mère de 3 enfants, l’ainé Juan mort dans un bombardement en 1940, David le cadet qui vit actuellement avec elle ; depuis la disparition du père, Victor Bartra. Lequel s’est enfuit précipitamment alors que les policiers venaient l’arrêter, comme c’est le sort, sous ce régime dictatorial, de tous les gens de gauche, les anarchistes… ou soupçonnés de porter ces idéaux.

David est affligé par d’importants acouphènes qu’il contrôle comme il le peut. Mais cet adolescent a aussi une imagination débordante que par contre il ne contrôle pas. Aussi dialogue-t-il avec les vivants et les morts : son père, son frère ainé, le fœtus, le chien Etincelle et même un personnage de pilote sur une affiche.

Ce livre est donc très vivant, par les intéressants et nombreux dialogues.

L’inspecteur de la brigade politico-sociale qui se renseigne, discrètement ou pas, interroge le voisinage et la rouquine sur son mari Victor Bartra déplait à David, aussi ne voit-il pas d’un bon œil tous les petits cadeaux, si difficile à se procurer dans ce temps, que celui-ci fait à sa mère qui les accepte.

C’est souvent un face à face entre l’inspecteur et l’adolescent dont l’insolence n’a de pareille que son imagination.

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Un très bon livre et une belle écriture, pour moi. La période est bien sur intéressante par ce qu’elle représente ; et la difficulté de vivre à Barcelone et plus précisément dans ce quartier est bien rendue.

Extraits :

« Pendant qu’elle s’efforce de frotter le pelage du chien avec une serviette, il y a dans le regard dont elle enveloppe mon frère cette tendresse dont le destin n’a pas voulu qu’elle arrive jusqu’à moi, mais dans mon rêve je perçois pourtant le petit papillon de lumière qui volette dans sa voix :
- Tu ne pourrais pas réfléchir un peu, mon chéri, avant de faire les choses ?
Je suis de cet avis, mon frère.
Toi, je ne te parle pas, avorton, marmonne David en se tournant vers le mur, tête basse. »


« - Mais non, dit la rouquine. Ton père s’est laissé glisser le long de la pente sur les fesses. La malchance a voulu qu’il chope un bout de verre pointu, probablement un éclat de bouteille, et qu’il lui fende la fesse comme si c’était une pastèque, Voilà ce qui s’est passé, ni plus, ni moins.
- Et bien sur avec sa bouteille intacte et à l’abri, il n’aurait plus manqué que ça. Voilà comment ton cher père a quitté la maison. Un bien triste spectacle, mon fils. »


Impertinence de David vis-à-vis de l’Inspecteur de la brigade politico-sociale, Galvan.
« -Nous ne parlons pas de ça. La rouquine n’aime pas ça.
- Comment oses-tu l’appeler comme ça, ta propre mère ?
- Ca lui est égal. – David ébauche un sourire et arque la hanche. – C’est comme un compliment. Mon petit papa l’appel toujours comme ça. »


« Pour tuer l’attente, la rouquine allume une cigarette et ouvre un vieux livre très chéri à couverture dure, un roman que je garde, couvert avec du papier bleu. Elle a toujours aimé lire et elle profite de toutes les occasions de le faire, combien de fois David l’ a-t-il vue debout, son livre ouvert dans une main et une cuillère dans l’autre remuant le pot-au-feu et marmottant du bout des lèvres, attentive à sa lecture et à son fricot comme s’ils faisaient tous deux partie d’un rite, et elle aime aussi mettre des images de couleurs très vives entre les pages pour savoir où elle en est arrivée, et recouvrir ses livres comme on le lui a appris à l’école quand elle était petite. »


« Juan s’assied à califourchon sur la chaise bras pendant par-dessus le dossier, en face du lit de David. Il a la tête bandée et son pantalon déchiré laisse voir sa jambe coupée net sous le genou, mais il n’y a aucune trace de sans sous l’os éclaté. Son écharpe marron e ses vêtements chauds gardent toute la poussière rougeâtre de l’immeuble qui s’est entièrement effondré sur lui un certain jour de mars à midi et il ne fait pas l’âge qu’il avait alors, mais celui qu’il aurait aujourd’hui, vingt ans à peu près.
Tu serais mon frère ainé, se lamente David. Quel dommage.
Ca n’a pas été possible, petit, n’y pense plus.


Le BB a venir : « Je jurerais que cet-après-midi, si elle l’avait pu, en sortant pour aller chez le docteur, elle m’aurait volontiers laissé à la maison. Mais comment le savoir ? A ce moment-là, je me balançais au bord de la vie et à un pas de la mort, dos tourné au monde et sûrement la tête en bas. »

« Elle sait que je l’aime, malgré tout, ajoute papa tout en lavant son mouchoir dans le souvenir d’autres eaux, dans le flot sombre et violent d’autres temps, d’autres amours. La déchirure de son pantalon laisse entrevoir le mauvais aspect de sa blessure.
Tu saignes beaucoup papa, dit David. Ca va s’infecter.
Bêtises. Le sang versé pour la patrie ne s’infecte jamais, il est immunisé contre tous les microbes, parce qu’il est déjà pourri et bien pourri. »


« David et Etincelle, unis par la laisse sous le soleil implacable, se frayant un chemin au milieu d’un essaim d’abeilles, remontent lentement le lit du torrent en avançant sur tuf et décombres, pierres boueuses et langues de sables semblables à des épées, voix de l’eau, présages et intuitions. »

« L’inspecteur le fait taire en le visant de son doigt tendu, sans le moindre signe d’impatience ni dans le geste ni dans la voix :
- L’autre jour, je t’ai prévenu, garçon. Tu te rappelles ce que je t’ai dit ?
- -Oui Bwana. Vous m’avez dit que j’étais sur une mauvaise pente, sussurre David. Mais vous partiez, non ? Ou est-ce que vous avez un mandat de perquisition ?
Sans lever la tête ou à peine il observe le policier qui allume une cigarette avec son briquet Dupont, cling ! «


«- Cette fiche et ce dossier sont une insulte à l’intelligence de mon mari, dit-elle sereinement. A son intégrité morale et à ses idéaux. C’est une farce.
- Bon, à en juger par certains points de sa déclaration, dit l’inspecteur, il faudrait voir qui se moque de qui. Mais laissons cela, Madame Bartra. Je comprends que vous défendiez vos idées…
- Ne vous trompez pas sur mon compte, inspecteur. Je défends mon mari et je respecte son idéal, mais je ne suis pas son porte-voix idéologique, ni le sien, ni celui de personne ; je suis la femme qui élève ses enfants, la couturière, la cuisinière, la souillon. Ca vous semble peu ? »


« -Vous voyez, dit-elle, comme si elle devinait ses pensées. En ce moment même mon mari pourrait être ici avec moi, et pourtant il n’ est pas là, et je ne sais même pas où il se trouve. Mais vous savez quoi ? La nuit, en rêve, quand je tâte son bras pour m’appuyer dessus, je le trouve toujours. »




mots-clés : #famille #fantastique #pathologie #regimeautoritaire #viequotidienne
par Bédoulène
le Dim 26 Aoû - 16:24
 
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Sujet: Juan Marsé
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Henri Michaux

Un certain Plume (1930)

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 2 Un-cer10


Sélection des errements de Plume, jeune homme pas contrariant, plutôt neutre, timoré voire faible, pusillanime, et courtois ‒ anti-héros de peu de conséquence : treize séquences (dont quatre rajoutées en 1936) sans rapport entr’elles, sortes de sketches rapides, de brèves mises en situation sur quelques pages (souvent guère plus de deux).

I. Un homme paisible
II. Plume au restaurant
III. Plume voyage
IV. Dans les appartements de la Reine
V. La nuit des Bulgares
VI. Vision de Plume
VII. Plume avait mal au doigt.
VIII. L'arrachage des têtes
IX. Une mère de neuf enfants !
X. Plume à Casablanca
XI. L'hôte d'honneur du Bren Club
XII. Plume au plafond
XIII. Plume et les culs-de-jatte


Nonsense, absurde, étrange, kafkaïen (cf. II, X), voire burlesque et shakespearien (cf. IV), onirique et/ ou cauchemardesque (cf. VI, VII), surréaliste (cf. VIII), avec aussi l’ombre de la guerre mondiale (cf. V ; il y a du malaise et du drame sous le benoît), et même peut-être de l’autobiographie qui se devine par endroits ; irréductible à un genre, à une définition (et à quelque citation sauf in extenso), il reste en mémoire sans qu’on puisse dire pourquoi. Nonsense est sans doute le qualificatif le plus approprié, car il serait vain d’y chercher du symbole, de l’allégorie, du message chiffré. C’est aussi une quintessence de l’œuvre de Michaux.
Faisant partie d’une discrète galaxie de petites œuvres inclassables, ce recueil annonce Cronopes et Fameux de Cortázar (1962), peut-être le Monsieur Songe de Pinget (1982), et Chevillard.

« Tiens, pensa Plume, ça fera un fameux souvenir de voyage plus tard. »

« Tout progrès, toute nouvelle observation, toute pensée, toute création, semble créer (avec une lumière) une zone d’ombre.
Toute science crée une nouvelle ignorance.
Tout conscient, un nouvel inconscient.
Tout apport nouveau crée un nouveau néant. »

Henri Michaux, postface à Un certain Plume (1963)


mots-clés : #absurde #fantastique
par Tristram
le Lun 13 Aoû - 15:09
 
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Sujet: Henri Michaux
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Roberto Bolaño

2666

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J’avais entendu des avis très contrastés sur cet ouvrage : chef-d’œuvre absolu, arnaque…
J’ai eu le malheur d’en lire quelques lignes, alors que j’étais engagé dans d’autres lectures, et j’ai tout de suite était happé, fasciné, à l’instar d’une mouche autour d’une lampe. J’ai lu ce livre d’une traite, sans la moindre lassitude, toujours avec la même avidité, jusqu’à la fin, regrettant d’en arriver au point final ! Shocked

Difficile de résumer ou de parler d’un livre qui associe tellement d’histoires, de modes narratifs, de thèmes… On parle de « livre monde », terme facile mais qui a le mérite d’être évocateur.
2666 est donc le dernier roman de Roberto Bolano, qu’il n’a pas eu le temps de terminer avant sa mort. J’ignore les parties qu’il aurait modifiées, peut-être la dernière pour lui donner plus d’ampleur ?

L’ouvrage se divise en cinq chapitres. Bolano avait décidé in fine de les publier séparément. Ce choix était principalement dicté par un souci d’assurer des revenus financiers à sa famille après sa mort. Heureusement, ses ayant-droits et éditeurs ont décidé de rassembler l’ensemble. C’était le bon choix car les différents chapitres sont unis les uns aux autres par quantité de fils plus ou moins visibles.

1) La partie des critiques : quatre universitaires : un français, un italien, un espagnol et une anglaise sont sur la piste d’un mystérieux auteur allemand qui répond au nom improbable de Benno Archimboldi et que très peu de gens ont vu. Ils vont de colloques en colloques prêcher la bonne parole d’un écrivain qu’ils considèrent comme un maître de la littérature du XXe siècle (on parle même de lui pour le Nobel !). A l’occasion, ils s’intéressent également à un artiste qui s’est amputé d’une main pour la fixer sur un tableau… Ayant découvert une piste de la présence possible d’Archimboldi à Santa-Theresa au Mexique, trois de nos universitaires décident de s’y rendre.

2) La partie d’Amalfitano : celui-ci est un prof de philosophie espagnol qui s’est exilé à Santa-Theresa. Il vit avec sa fille qui commence à fréquenter de mauvais garçons. Amalfitano accroche un livre de géométrie sur un fil à linge le laissant dépérir au fil du temps, nouveau ready-made à la Duchamp. Il entend des voix, expérience qui l’amène aux portes de la folie.

3) La partie de Fate : journaliste afro-américain de Brooklyn, Fate vient à Santa-Theresa pour couvrir un combat de boxe. Il commence à s’intéresser aux femmes retrouvées mortes dans la ville. Fate fréquente les milieux interlopes et doit s’enfuir précipitamment avec Rosa la fille d’Amalfitano.

4) La partie des crimes. C’est le chapitre de loin le plus long, celui que j’ai trouvé le plus fort, véritable point d’acmé du roman. L’histoire s’inspire d’événements réels : les meurtres de jeunes femmes perpétrés à Ciudad Juarez (alias Santa Theresa), à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis.
C’est une longue litanie mortifère, jusqu’à la nausée, d’enfants, jeunes filles et femmes un peu plus âgées, parfois torturés à mort, la plupart violés par « les deux voies », souvent étranglés avec fracture de l’os hyoïde (dont j’ignorais même l’existence avant cette lecture). Bolano nous offre un parcours sordide dans les décharges sauvages, des faubourgs glauques et déshérités à souhait, l’univers de ces malheureuses femmes, serveuses de café, prostituées, ouvrières des maquiladoras. Le lecteur est amené aussi à côtoyer les milieux policiers, le monde des narcotrafiquants, celui  de la justice et l’univers pénitencier ; mondes aux frontières perméables, mouvantes, gangrenées par la corruption.

5) La partie d’Archimboldi nous plonge dans le passé, en Allemagne lors de la seconde guerre mondiale, sur le front de l’est, lieu privilégié de multiple horreurs. C’est un des liens les plus évidents entre les deux dernières parties, la description des pires choses que l’humanité a pu inventer.

Il n’est bien entendu pas question pour moi d’aborder les multiples aspects que présente un tel livre. Je me contenterai donc de quelques réflexions que m’a inspiré cette lecture :

- l’emboîtement des histoires les unes dans les autres : l’auteur peut interrompre son récit pour suivre un nouveau personnage. Il y a ainsi un foisonnement de récits en structure « buissonnante ». Parfois des personnages reviennent, d’autre fois non. Pour ma part, J’ai trouvé ce mode de récit très cohérent avec le fil de nos existences, régies par diverses tendances dans lesquelles l’aléatoire intervient constamment : rencontres fortuites, suivies, interrompues, retrouvées parfois ; diversité de nos centres d’intérêt au cours d’une vie, etc.

- une écriture «tortueuse », « sinueuse » (je ne sais trop quel terme employer), qui se faufile dans une sorte de labyrinthe gigantesque. J’ai souvent pensé à « Mulholland drive » de Lynch.

- le décalage subtil avec la réalité : c’est une impression très forte et intrigante que j’ai eu à la lecture de 2666. Celle de ne jamais être totalement dans le réel, mais juste à côté, derrière une paroi transparente, comme dans un univers parallèle. D'ailleurs, souvent les personnages agissent et se regardent agir. Les miroirs tiennent également une grande place dans le récit. De ce fait, la frontière entre ce qui semble le réel et l’imaginaire, sous forme en particulier du rêve, est très ténue. Comme le dit très bien Dreep, une écriture en « clair-obscur », toujours entre entre deux mondes.

« Au réveil, il crut avoir rêvé d’un film qu’il avait vu peu auparavant. Mais tout était différent. Les personnages étaient noirs, et le film du rêve était donc comme un négatif du film réel ».

« Tout ça est comme le rêve d’un autre. »


- le mal : il semblerait que ce soit un thème récurrent chez Bolano. Déjà le titre du roman évoque la Bête de l’Apocalypse. Ce Mal est effectivement toujours présent dans le livre, en arrière plan, comme un bruit de fond le plus souvent ; parfois il éclate avec brutalité lors de rêves en particulier. Cela m’a rappelé quelques terreurs d’enfance.

Pour terminer, je voudrais insister sur la grande facilité de lecture de 2666 qui ne présente pas de difficultés. Je conseille de le lire sans à priori, en se laissant porter, ce n’est pas un livre policier, ni d’aventures, ni fantastique, encore moins un roman classique, mais tout cela à la fois : un livre-monstre  Very Happy
 
« Même les pharmaciens cultivés ne se risquent plus aux grandes œuvres imparfaites, torrentielles, celles qui ouvrent les chemins dans l’inconnu. Ils choisissent les exercices parfaits des grands maîtres. Ou ce qui revient au même, ils veulent voir les grands maîtres dans des séances d’escrime d’entraînement, mais ne veulent rien savoir des vrais combats, où les grands maîtres luttent contre ça, ce ça qui nous terrifie tous, ce ça qui effraie et charge cornes baissées, et il y a du sang et des blessures mortelles et de la puanteur »


mots-clés : #contemporain #creationartistique #fantastique #polar #violence
par ArenSor
le Mer 23 Mai - 17:39
 
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Sujet: Roberto Bolaño
Réponses: 33
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Kôda Rohan

La Pagode à cinq étages et autres récits

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 2 51soeb10

Contient : Le Bouddha d'amour ; Face au crâne ; Venimeuses lèvres de corail ; La lettre cachetée ; La pagode à cinq étages

Nouvelles traduites par Nicolas Mollard.

Écrivain sans cesse tiraillé entre un idéal ― celui du détachement poétique ―  et l'incertitude face aux désarrois de la société japonaise à son époque, on voit déjà que dans ces cinq récits, Kôda Rohan a constamment cherché à retranscrire cette ambivalence. Autant on sent que son goût pour la poésie est aussi fort qu'il a fait forte impression sur Tanizaki, autant lui a eu le sentiment que c'était un penchant dévoyé. Avouant qu'il avait dans sa jeunesse "plein de romans en tête", tandis qu'il a après coup jugé que le roman portait en lui une esthétique sans impact dans le monde, impuissante à le faire changer.

Au cœur d'une structure littéraire assez traditionnelle, qui peut parfois faire penser aux Contes de pluie et de Lune, ces personnages voués à la solitude et à la passion, se trouvent en butte face à une société bornée par les convenance et le préjugé. Les moments où ces personnages se sentent libérés des autres coïncident souvent avec de très légers moments poétiques. Le flottement dans la narration au moment où les personnages rêvent ou disjonctent, permet de faire basculer le récit dans le fantastique avec un grand naturel. Les choses ne sont pas si simples quand on voit ces personnages reclus succomber dans la folie ou la haine, ou plus banalement, l'aveuglement.

mots-clés : #fantastique #nouvelle
par Dreep
le Mar 24 Avr - 18:16
 
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Sujet: Kôda Rohan
Réponses: 4
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Christopher Priest

Le prestige

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 2 Proxy_18

Ca a finalement plutôt foiré avec ce Prestige.
Au début j'ai trouvé une belle vivacité au récit, ce frère jumeau méconnu qui échange ses impressions avec le héros par transmission de pensée, cette rencontre dans un  manoir en voix de délabrement, ces deux famille "unies" par la fatalité de leurs ancêtres, deux magiciens célèbres des débuts du XXème siècle qui passèrent leur vies à se haïr. J'étais séduite, c'était sympathique et accrocheur.

Et puis peu à peu,  le deuxième magicien s'est mis à re-raconter l'histoire à sa façon, je me suis mise à m'ennuyer, j'ai sauté quelques paragraphes (et sans doute quelques informations cruciales), et cette faiblesse passagère m'a rendue sensible au nouveau virus BB*, ce qui fait que j'ai zappé encore plus d'infos et me suis retrouvée dans un salmigondis d'expériences farfelues, de dédoublements multiples de personnages, des téléportations foldingues, et quand le mort a écrit dans  son journal qu'il meurt une deuxième fois et continue cependant  à écrire, la machine de Tesla a fini par exploser dans  mon petit esprit fragilisé  qui a disjoncté, me laissant exténuée, sans assez énergie pour tout reprendre à zéro et chercher par une deuxième lecture les clés qui me manquaient: j'ai laissé tomber 20 pages avant la Fin. Pas bien malin, je vous l'accorde.



*Virus Barcarolo-bédoulènien, cousin de la mouche tsé-tsé qui affecte le lecteur inattentif et vieillissant



mots-clés : #fantastique
par topocl
le Sam 7 Avr - 14:02
 
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Sujet: Christopher Priest
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Julio Cortázar

Cronopes et Fameux

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Recueil de courts récits regroupés en quatre parties : "Manuel d'instructions" (loufoques), "Occupations bizarres" (d’une famille assez déjantée), "Matière plastique" (la souplesse est une qualité récurrente) et "Histoires de Cronopes et de Fameux".
Depuis Platon, nous distinguons deux types d’hommes, sans oublier le troisième ; nous avons donc les Cronopes et les Fameux ‒ ainsi que les Espérances :

« Les Espérances, sédentaires, se laissent voyager par les choses et les gens, elles sont comme les statues qu’il faut aller voir puisqu’elles ne se dérangent pas. »
Julio Cortázar, « Voyages », in « Histoires de Cronopes et de Fameux », in « Cronopes et Fameux »


Essayer de décrire ces brefs aperçus serait aussi compendieux qu’ils sont lapidaires : il vous sera beaucoup plus vite fait de les lire. Indescriptibles, ils font penser aux Surréalistes, à Vian, à Michaux surtout ; c’est aussi du ressort de l’absurde, avec beaucoup d’humour, et de poésie. Pire, plus on s’avance dans le livre, plus c’est jubilatoire.
Les moralités éventuellement à tirer de ces sortes de contes seraient du domaine du ludique ou de l’illusoire ‒ encore que : les rigides et les légers ? les cigales et les fourmis ? les prosaïques et les poètes ? Sans oublier le troisième type...
Si j’aime ? c’est le genre d’histoires auquel je suis particulièrement sensible.

Assez inclassable ; je verrais à la rigueur l’hashtag Nouvelle ‒ voire Fantastique.

Je recommande également l’incontournable Marelle, mais aussi Le livre de Manuel, et ses nouvelles.


mots-clés : #fantastique #humour #nouvelle
par Tristram
le Mar 3 Avr - 13:50
 
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Sujet: Julio Cortázar
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Vues: 838

Christopher Priest

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Le Prestige

Le Prestige est classé dans la SF, mais il est au croisement de la réalité et de la magie… ! Et pour cause ! il s’agit d’un livre sur la magie et à propos de prestidigitateurs, qui plus est très bien fichu !

L’auteur s’est documenté auprès des spécialistes des tours de magie, depuis le close-up, la magie vue de près jusqu’aux grands tours comme la Grande Illusion, pour inventer cette intrigue bien ficelée un peu à la Léo Perutz.

Pas une intrigue de polar, mais une intrigue quand même sur la jalousie viscérale entre deux magiciens de renom, sur le monde de l’illusion, sur leur illusion et leurs désillusions, leur but étant la mise à mort de l'autre comme avec un taureau. Leurs tours de magie sont spectaculaires, et nous sont contés avec art ! On n’est pas loin d’en connaître les secrets, surtout ceux du magicien concurrent (donc de l’un et de l’autre !) car le rêve de l’un et de l’autre est de maîtriser le tour du rival qui a tant subjugué toute l’Angleterre et même l’Europe pour être le meilleur, le premier.

Les spectacles de l’un, puis de l’autre adversaire, qui s’épient tour à tour sans jamais s’en lasser, à des fins destructrices, et à l’époque où se déroule l’histoire, fin XIXe-début du XXe siècle, sont incroyables et fous, ils mêlent la science à leur art, une science novatrice pour l’époque qui fait appel à l’électricité, puis aux découvertes de Nicolas Tesla, avec une mise en scène ahurissante ! Et comme il faut manger pour vivre et continuer à exercer ce métier auquel ils tiennent plus que tout, les contrats, les tournées, l’argent jouent un grand rôle...

Bref, c’est avant tout un livre sur la magie et les magiciens, qui a d’ailleurs servi de scénario à Christophe Nolan, séduit par cette mise en scène ! Et c’est aussi l’histoire des descendants qui enquêtent sur leur aïeul respectif, sur cette histoire plutôt tragique de ces deux grands magiciens. On ne s’ennuie pas !

Comme dans la réalité dans l’univers de la magie, on retrouve ici l’envie et les jalousies entre magiciens prétentieux, leurs mensonges et leurs [dés]illusions, les bâtons qu’ils peuvent se mettre dans les roues (comme j’ai pu le constater en approchant sur la pointe des pieds cette corporation). Dans le livre, les tours de magie sont inspirés de la réalité du métier de magicien, et le vocabulaire spécifique est respecté.

J’ai donc dit que cette histoire me fait penser à Léo Perutz ! à l’anglaise ! Et j’ai bien aimé cette lecture.

Un extrait au hasard, et sans doute pas le meilleur mais :

Quand Borden ôta son chapeau puis le lança en l’air, je me penchai en avant, guettant l’étape suivante, la plus surprenante. Mais le haut-de-forme monta jusqu’aux cintres, où il disparut pour ne pas reparaître ! (De toute évidence, un machiniste attendait là-haut, qui gagna dix shillings en l’attrapant.) Mon rival se tourna avec un sourire forcé vers le public, dont il obtint les rires attendus. L’hilarité ne s’était pas calmée qu’il tendit calmement la main… et que le chapeau dégringola des cintres à point nommé pour qu’il s’en saisît d’un geste parfaitement naturel. Excellente mise en scène, qui méritait bien la deuxième vague de rires.
Puis, avant que le silence fut revenu, avec une confondante rapidité :
Le chapeau s’envola derechef ! La porte de la deuxième malle se referma en claquant ! Celle de la première s’ouvrit ! Borden en bondit, tête nue ! La deuxième s’effondra ! Borden traversa la scène en souplesse, attrapa le haut-de-forme, s’en coiffa d’un geste décidé ! […]
« Vous savez comment il fait ? insistai-je.
– Évidemment, répondit-il. Et je suppose que vous aussi.
– Je suis plus perplexe que jamais. Comment diable peut-il se trouver en deux endroits à la fois ? Ça me paraît impossible.



mots-clés : #fantastique
par Barcarole
le Mer 28 Mar - 20:15
 
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Sujet: Christopher Priest
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Horacio Quiroga

Contes d'amour de folie et de mort

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Epuisant. J'ai la sensation d'être passé par une succession d'états fiévreux et hallucinatoires; d'avoir longtemps erré par une forêt obscure et sauvage qui entendait me garder captif; ou plutôt de sortir, grelottant, d'une tourbière dans laquelle je m'étais englué.
Quelqu'un a-t-il un rhume, une écharde dans le doigt ? Ce n'est pas bon. Chez Quiroga, c'est même une condamnation à mort.
Le drame vient d'un non-dit qui corrompt, d'un trouble constitutif de l'écriture même, une frustration qui étouffe les personnages comme de l'intérieur : une fièvre qui couve lentement, infecte, et détruit sans que rien ne puisse être expliqué ni ne soit résolu.
Les hommes sont animalisés, et la compassion à leur égard est presque interdite. @Armor, tu trouves que les caractères manquent de complexité. Peut-être ! c'est une monstruosité nue qui est révélée, un dépouillement des qualités d'être humain, les personnages paraissent souvent des valeurs immuables qui participent à ce tableau de cauchemar.

Le recueil est d'une profonde unité, duquel les divers arcs se rejoignent et s'agrègent en un espace compact. Ambiguïté, hallucination, dégénération, stérilité; un peu d'espoir (bien peu).
C'est une grande écriture, sobre, essentielle. Celle de Goethe me fait penser à une sève irriguante, celle de Quiroga à un fruit décomposé. Tantôt on pressent des parentés avec Sabato, tantôt les contours de Kafka se dessinent; parfois, au-delà de la sécheresse, se modulent des accents d'un romantisme sombre (quoique sans délit de lyrisme exacerbé).

Il faut plutôt être en forme, mais je le trouve incontournable.


mots-clés : #fantastique #mort #nature #nouvelle
par Quasimodo
le Lun 26 Mar - 21:36
 
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Washington Irving

RIP et autres contes

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Ensemble de contes dont le plus fameux est Rip qui est éponyme puisque l'on suit le récit de Rip van Winckle. Histoires fantastiques qui sont un peu les ancêtres des légendes urbaines américaines (on y retrouve Sleepy Hollow) parsemées d'un vrai goût pour les descriptions de type naturalistes. Le récit fantastique est n prétexte pour nous faire découvrir la nature de l'Amérique, la nature sociale, sociétale, politique mais aussi historique. Egalement la vraie nature.
Le style ainsi que les idées développées m'ont fortement fait pensé à Tocqueville et je fus du coup totalement hors de l'aspect fantastique de l'histoire souvent réduite à une élucidation rationnelle servie par l'alter ego avec le pseudo de  Dietrich Knickerbocker qui sert à retracer la vision réaliste de l'histoire. et de l'Histoire.

Intéressant.


mots-clés : #contemythe #fantastique
par Hanta
le Mar 13 Mar - 9:59
 
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Max Porter

La douleur porte un costume de plumes,

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Petit livre étonnant ! C'était ma Kube de février, je voulais quelque chose de différent, me voilà servi ! Il y a trois personnages, trois points de vue différents : le père, le corbeau, et les garçons. Comme dans une pièce de théâtre, les personnages se répondent ou font tout simplement des monologues. C'est assez léger, même si le thème abordé est sombre. Il se lit vite, il est très émouvant, mais on ne s'embourbe pas dans le pathos pour autant. Je ne connais pas très bien Poe, mais il y a je pense une réelle référence à son poème Le Corbeau (à vous de confirmer :p). Ce roman sort des sentiers battus, il est surprenant et frais, nouveau, je vous le conseille vivement Smile

mots-clés : #fantastique #mort
par Silveradow
le Ven 23 Fév - 12:37
 
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Gilbert-Keith Chesterton

La sphère et la croix
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Titre original: The ball and the cross. Roman, 300 pages environ, 20 chapitres.

Les intitulés des chapitres sont vraiment évocateurs, allez, pour la joie de les poser là:
Spoiler:

– Une discussion un peu en l’air
– La religion du juge
– Antiquités
– Une discussion à l’aube
– Le pacifiste
– L’autre philosophe
– Le village de Grassley-in-the-Hole
– Un intermède
– La dame étrange
– Une passe d’armes
– Un scandale au village
– L’île déserte
– Le jardin de la paix
– Un musée d’âmes
– Le rêve de MacIan
– Le rêve de Turnbull
– L’idiot
– Rencontres
– La dernière conférence
– Dies Iræ

Publié en 1910 à l'état de livre, parution en feuilletons échelonnés entre mars 1905 et novembre 1906 dans "The Commonwealth". C'est le troisième roman, par ordre chronologique, de Chesterton.

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 2 La_sph10
Dessin de Ben Hatke, tiré de son blogue où vous en trouverez quelques autres ayant trait à "La sphère et la croix", ainsi que quelques propos sur le livre, dont il a illustré une ré-édition.
Ici un lien vers un téléchargement du livre (en version originale), ou encore ici.

La sphère et la croix est une fable, signée d'un maître-métaphysicien. Rassurez-vous, elle est garnie en paradoxes, l'écriture est leste, décapante et joyeuse, le tout est très enlevé. Pas d'inquiétude, le sens de l'humour, si particulier, est à l'habituel niveau de cette figure de proue britannique du genre. Truculent, rondement mené et jubilatoire !  

Tout commence dans le "vaisseau volant" du professeur Lucifer, accompagné par un moine-ermite âgé, bulgare "de grande sainteté", du nom de Michaël, qu'il a kidnappé dans le but de le convertir à ses idées. Croyant aborder une planète inconnue, tout en croisant le fer (verbal) sur des thèmes emprunts de symbolique avec Michaël, Lucifer manque de justesse percuter...la cathédrale Saint-Paul à Londres, surmontée d'une sphère et d'une croix. Furieux des arguments du moine, le professeur Lucifer jette Michaël hors du "vaisseau volant", celui-ci se rattrape in extremis aux branches de la croix qui surmonte la sphère.

S'ensuit un passage remarquable, poético-philosophique, celui de la descente du moine, qui rencontre un gardien, lequel l'amène via les escaliers au sol, avant de le remettre entre les mains de la police, afin de le faire interner en tant qu'aliéné.

De façon concomitante, un jeune écossais catholique (Evan MacIan) fracasse la vitre d'un homme de plume athée dont les écrits et son commerce ne provoquent qu'une totale indifférence (James Turnbull), après avoir lu en vitrine quelques propos comparatifs entre la Vierge et une divinité mésopotamienne.
S'ensuit un attroupement, une demande de régler cela en duel, et l'affaire finit au tribunal, où MacIan campe sur sa position, tandis que Turnbull, plus roué et plus au fait de ce qui peut se dire à la barre d'un tribunal londonien, s'en sort à son avantage. Mais, à la sortie, coup de théâtre: Turnbull, qui a enfin rencontré quelqu'un qui réagit à ses travaux -la chance de sa vie !-, exige son duel, et voilà nos comparses fouinant dans la boutique d'un antiquaire, afin de trouver les épées ad hoc. Ils en trouvent, ligotent l'antiquaire qui leur refusait le droit de se battre dans son jardinet, et leur duel est interrompu par le fait que l'antiquaire, s'étant libéré, a ameuté la police.

Nos protagonistes s'échappent en cab "réquisitionné" de force, puis quittent la ville afin de poursuivre leur querelle ailleurs, tandis que leur affaire fait grand bruit dans les journaux, et que la police les pourchassent. Chesterton, tout en tirant quelques remarques bien senties et paradoxales sur le journalisme et sur la marche du monde, donne dans le quichottisme.
Chesterton a toujours la délicate gaité consistant à poursuivre un genre prisé il y a longtemps, et qui semble avoir perdu ses lettres de noblesse, la farce, ainsi que le burlesque, comme à plusieurs reprises souligné pour ce qui concerne d'autres de ses romans, que j'ai eu la joie de commenter sur ce fil.

Mais Turnbull et MacIan seront sans cesse interrompus dans leurs tentatives de duel, ce qui participe à l'effet comique. Un pseudo-ange pacificste (?), un philosophe sanguinaire quelque peu dérangé, la marée, une dame de la haute société qui les sauve de la police, jusqu'à une fuite en bateau sur une île de la Manche (où, grimés, ils intervertissent leurs rôles en quelque sorte, pour quelques pages savoureuses), et même sur ce qu'ils croient être une île déserte ils sont sans cesse conduits à remettre leur duel.

Je ne vais pas m'étendre sur le pourquoi c'est si spécifiquement pré-kafkaien et pré-borgésien, ce serait vraiment trop dévoiler. Les personnages secondaires, empêcheurs de s'entretuer en rond ou non, sont remarquables. Et le monde -la société moderne- qui empêche deux gentlemen de s'entretuer pour un prétexte qui, paradoxalement toujours, pourrait être le seul qui vaille, donne aussi l'occasion à Chesterton de renverser ce qui est interprété comme la folie ordinaire du côté de la normalité, et vice-versa. Le retournement du regard du lecteur est finement amené, c'est, là aussi, très chestertonien, et de haute volée.

Chesterton, ailleurs que dans ce roman a écrit:Toute ma vie, j’ai aimé les bords, les arêtes ; et la limite qui amène une chose à se dresser très vivement contre une autre.


Pour les principaux caractères, Michaël/Lucifer (très allégoriques) et MacIan/Turnbull sont, peut-être, à rapprocher de Chesterton/G-B Shaw, ou encore Chesterton/Robert Blatchford (directeur de The Clarion comme, dans le roman, Turnbull est directeur de The Atheist).

Il est intéressant de noter la complicité de Turnbull et MacIan, fraternisant, somme toute, très vite dans l'adversité. MacIan veut expédier le duel avant de trop éprouver d'amitié (=caritas, amour du prochain) envers Turnbull. Et le non-dit final, déductible (permettez que je reste vague, c'est pour l'intérêt des futurs lecteurs) les rapproche encore plus.

Affirmer que j'ai aimé & aime ce livre est peu affirmer.
Je m'efforce de ne rien dévoiler, de tout laisser intact pour que ceux qui sont susceptibles de le parcourir.
Au surplus quelques extraits:

Chapite II a écrit:Londres l'intimida un peu, non qu'il le trouvât grand ni même terrible, mais parce que cette ville le déconcertait. Ce n'était ni la Cité d'or ni même l'enfer, c'étaient les Limbes. Une émotion le saisit quand, tournant le coin merveilleux de Fleet Street, il vit Saint-Paul se dresser dans le ciel:
"Ah, dit-il après un long silence, voici une chose qui fut bâtie sous les Stuarts !".
Puis, avec un sourire aigre, il se demanda quel était le monument correspondant dû aux Brunswicks et à la Constitution protestante. Après réflexion, il opta pour une annonce juchée sur un toit et qui recommandait des pilules.


chapitre XI a écrit:Le père et la fille était de cette sorte de gens qui normalement auraient échappé à toute observation,, celle, du moins, qui dans ce monde extraordinairement moderne sait tout découvrir, excepté la force. Tous deux avaient la force sous leur apparence superficielle, comme ces paisibles paysans qui possèdent dans leurs champs d'immenses mines non exploitées. Le père, avec son visage carré et ses favoris gris, la fille, avec son visage carré et la frange d'or de ses cheveux, étaient tous deux plus forts qu'on ne le supposait. Le père croyait à la civilisation, à la tour historiée que nous avons dressée pour braver la nature, c'est-à-dire que le père croyait à l'Homme. La fille croyait à Dieu et était encore plus forte. Ni l'un ni l'autre ne croyait en lui-même, car c'est là une faiblesse décadente.  


chapitre VIII a écrit:     Je commence à comprendre un ou deux de vos dogmes, monsieur Turnbull, avait-il dit énergiquement, alors qu'ils gravissaient avec peine une colline boisée. Et je m'inscris en faux contre chacun de ces dogmes à mesure que je les comprends.

   Celui-ci, par exemple: vous prétendez que vos hérétiques et vos sceptiques ont aidé le monde à marcher de l'avant et tenu bien haut le flambeau du progrès. Je le nie. Rien n'est plus évident, d'après la véritable histoire, que chacun de vos hérétiques a bâti un cosmos de son invention et que l'hérétique venu après lui a pulvérisé ce cosmos.

   Qui donc aujourd'hui sait exactement ce qu'enseigna Nestorius ? Qui s'en soucie ? Nous ne sommes, sur ce sujet, certains que de deux choses. La première est que Nestorius, en tant qu'hérétique, eut une doctrine tout à fait opposée à celle d'Arius, l'hérétique qui le précéda, et sans aucun intérêt pour James Turnbull, l'hérétique qui vint après lui. Je vous défie de revenir aux libres penseurs du passé et de trouver un asile aupès d'eux. Je vous défie de lire Godwin ou Shelley ou les déistes du XVIIIème ou les humanistes adorateurs de la nature, à l'époque de la Renaissance, sans découvrir que votre pensée est éloignée de la leur deux fois plus qu'elle ne diffère de celle du pape.

   Vous êtes un sceptique du XIXème siècle et ne cessez de répéter que j'ignore la cruauté de la nature. Au XVIIIème siècle, vous m'auriez reproché d'ignorer sa bonté et sa bienveillance. Vous êtes athée et vous glorifiez les déistes du XVIIIème. Lisez-les au lieu d'en faire l'éloge et vous découvrirez que leur univers ne subsiste ou n'est détruit que par l'idée de divinité. Vous êtes matérialistes et vous tenez Bruno pour un héros de la science. Voyez ce qu'il a dit et vous le prendrez pour un aliéné mystique. Non, le grand libre penseur, quelles que soient son habileté et sa bonne foi, ne détruit pas pratiquement le christianisme.  Ce qu'il détruit, c'est le libre penseur venu avant lui.

   La libre pensée peut être suggestive, elle peut être excitante, posséder autant qu'il vous plaira ces mérites qui viennent de la vivacité et de la variété. Mais il est une qualité que la libre pensée ne peut jamais revendiquer...la libre pensée ne peut jamais être un élément de progrès. Elle ne le peut pas, parce qu'elle n'accepte rien du passé; elle recommence chaque fois au commencement, et, chaque fois, s'en va dans une direction nouvelle. Tous les philosophes rationalistes sont partis sur des routes différentes, si bien qu'il est impossible de dire lequel a été le plus loin. Qui peut discuter sur le point de savoir si Emerson fut optimiste à un degré supérieur ou Schopenhauer fut pessimiste ?
   C'est comme si l'on demandait si ce blé est aussi jaune que cette colline est escarpée.  


chapitre XX a écrit:- Vous me refusez ma demi-bouteille de Médoc, la boisson la plus salutaire et qui m'est la plus habituelle. Vous me refusez la société et l'obéissance de ma fille que la Nature elle-même impose. Vous me refusez la viande de bœuf et de mouton, alors que nous ne sommes pas en carême. Vous me défendez maintenant la promenade, une chose nécessaire à une personne de mon âge. Inutile de me dire que vous faites cela en vertu d'une loi. Les lois sont fondées sur le contrat social. Si le citoyen se voit dépouillé des plaisirs et des facultés dont il jouirait même à l'état sauvage, le contrat social est annulé.

- Tous ces bavardages n'ont pas de raison d'être, Monsieur, dit Hutton, car le directeur gardait le silence. Nous sommes ici sous le feu des mitrailleuses. Nous avons obéi aux ordres, faites de même.

- Tout fonctionne ici dans la perfection, approuva Durand, comme s'il avait mal entendu; tout marche au pérole, je crois. Je vous demande seulement d'admettre que si par de telles choses nous sommes privés même du confort de l'état sauvage, le contrat social est annulé. Voilà un point intéressant à débattre.


Porté, incomplet mais avec un zeste de retouches, depuis un message sur Parfum du 25 juillet 2015.


mots-clés : #fantastique #humour #religion
par Aventin
le Ven 12 Jan - 15:40
 
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Sujet: Gilbert-Keith Chesterton
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Pasi Ilmari Jääskeläinen

LUMIKKO

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Au sein d'’un petit village finlandais prospère une étrange société littéraire secrète composée de neuf écrivains réunis autour de la figure tutélaire de Laura Lumikko, auteur à succès d’une série de livres fantastiques pour la jeunesse. En pénétrant peu à peu dans l’'intimité de cette société – grâce à un Jeu aux règles complexes permettant d’arracher la vérité aux membres de la société – Ella, une jeune professeur de finlandais aux ovaires déficients, découvre le sombre secret de leur inspiration. Pendant ce temps, Laura Lumikko disparaît, tandis qu'une étrange peste semble s'’être abattue sur les livres de la bibliothèque : certains livres voient leur fin subtilement altérer...

Avec une écriture pleine d’ironie, Pasi Ilmari Jäaskelainen nous invite dans un univers trouble, progressivement étouffant, qui n’'est pas sans rappeler celui déployé dans la série Twin Peaks de David Lynch, et réussit la gageure de créer une atmosphère à la fois drôle et inquiétante.
À la fois conte initiatique, hommage à la mythologie finnoise et thriller sombre et angoissant, ce roman polymorphe constitue avant tout une réflexion acérée sur la position de l'écrivain dans la société et sur la nature de l’inspiration.



Ce livre, tout en ayant le désavantage de laisser sur sa faim, a l’avantage de nous mettre face à moults questionnements pour lesquels une relecture serait certainement un moyen de saisir certains éléments qui n’ont pas percuté à la première, alors que nous n’avions pas notion de la chute. J'en ai d'ailleurs fait une en diagonale et j'ai déjà relevé pas mal de choses. Je reste tout de même frustrée car il est étonnamment insaisissable, bien que je pense qu'une analyse fine pourrait en livrer une certaine explication, mais pour cela il faudrait une vraie relecture dans laquelle je ne souhaite pas me lancer dès à présent.

L'ambiance et l'atmosphère étrange monte crescendo, c'est interrogeant mais je pense n'avoir eu une réelle accroche et le désir de savoir que quand certains mystères supplémentaires surviennent.  Reste ensuite à notre interprétation ce que l’on veut bien entendre de ce livre, et c’est là la partie la plus intéressante (et la plus prise de tête) car il faut essayer de recréer le puzzle.

J'ai mis une grande partie en spoiler car cela livrerait des éléments, après, à chacun de choisir s'il souhaite lire ou non. Ces éléments donnent certaines informations de ce qui se passe, mais ce sont essentiellement des recoupements que j'ai pu faire car vraiment, l'œuvre est complexe.

Tout d’abord, voici la trame de fond :
L’histoire se situe dans le village natal d’Ella, un village dans lequel résident nombre d’écrivains, dont ceux de la société littéraire créée par Laura Lumikko. Ella Milana a 26 ans, des « lèvres bien dessinées et des ovaires déficients ». Drôle de présentation d’emblée que nous fait ici l’auteur. Ses fiançailles ont été rompues 3 mois après cette nouvelle. Elle est professeur remplaçant de finnois, et l’histoire commence quand elle découvre avec horreur que la fin de crime et châtiment a été changée, Sonia tuant Raskolnikov.

Cette modification dans l’œuvre de Dostoïevski est à l’origine de sa rencontre avec Ingrid Kissala et du fait qu’elle apprenne de sa bouche le fléau qui s’abat sur les livres, certains d’entre eux étant atteints d’une « peste » qui les rend instables.

Ella a fait son mémoire sur Laura Lumikko et notamment la dimension mythologique de ses œuvres, un ensemble de livres intitulés « Bourg-aux-monstres ». Avec la nouvelle qu’elle a écrite, « Le squelette était assis dans la grotte et fumait en silence », elle est repérée par Laura Lumikko et intègre à Société d’écrivains créée par celle-ci pour être le 10ème et dernier membre.
Spoiler:


Or, elle ne rencontrera jamais Laura, celle-ci disparaissant dans une tempête de neige le jour même de la soirée dans laquelle elles auraient du être présentées.

Le corps de Laura n’est jamais retrouvé. Nous apprenons néanmoins à mieux la connaître au fil du roman : une personne qui avait connu une mort clinique enfant après être tombée dans un étang gelé, un accident dont les séquelles auraient du être irréversibles au niveau des handicaps. Or, revenant quelques années après, elle est bien rétablie, sauf des migraines et le fait qu’elle ne se souvient pas l’accident et a des hallucinations. C’est à ce moment qu’elle crée la Société avec des enfants de neuf ans, futures graines d’écrivains qu’elle envisage de former. Elle impose aux sociétaires un Jeu aux règles plus ou moins perverses, base du processus de connaissance de l’autre et de création, sorte de vampirisme des expériences et vécus des autres. Ce Jeu va éloigner tous les sociétaires l’un de l’autre car ils connaissent trop sur leurs compagnons et ont aussi beaucoup déversé d’eux à chacun. Dans les règles du jeu, le défi doit survenir après 22h heure et est souvent accompagné de « jaune », du penthotal (substance pour l’induction et l’entretien de l’anesthésie générale, aussi utiliser comme drogue dans les interrogatoires pour inhiber la résistance du sujet questionné), qui les met dans un état semble-t-il propice à déverser sur le mode de l’association libre psychanalytique.

Le Jeu va être pour Ella le moyen d’obtenir des informations sur Laura Lumikko et sa société littéraire. Elle en découvre aussi certains secrets, notamment l’existence d’un 10ème sociétaire, jalousé des autres pour son soi-disant « génie », dont personne n’a jamais parlé, et qui se révèle à la fin être un enfant autiste qui se contentait de réciter des textes entendus, et était illettré. Il serait mort dans un accident. Les autres enfants ont récupéré son carnet après sa mort en le volant, l’ont lu pour certains, et ensuite l’ont enterré. Seuls ceux qui ne l’ont pas lu ne redoutent pas qu’Ella expose que l’inspiration des sociétaires viendrait de ce cahier et non d’eux. Les autres se verraient brisés par cette révélation.

Ensuite, voilà les quelques éléments que j’ai recoupé ou qui sont récurrents :
- L’empereur-rat est un personnage des livres de Bourg-aux-monstres. Il fait peur, mais sur la couverture du dernier livre tout juste amorcé de Lumikko, « Le retour de l’empereur rat », il est présenté sur la couverture comme ami de la Blanche mère puisqu’elle part avec lui sous le regard terrorisé des monstres. L’empereur rat n’apparaît pas vraiment dans les livres parus de Bourg aux monstres, il est celui qui rôde la nuit et qui déverse de noirs secrets que personne ne peut entendre sans en être brisé. Les premiers mots du livre avorté sont « J’ai vu la fille venir sur la glace et son ombre est tombée sur moi ». Un rat est aussi présent dans le livre au moment où Ingrid pense que son père lui a fait cadeau d’un rat mort pour voir ce qu’elle allait faire.

- Le revenant, ou plutôt « l’ombre » de la fin, avec son toucher froid qui fait penser aux effets de l’approche de la mort, m’amène à penser que cette ombre est justement la mort. Par rapport à cela, l’ombre apparaît aussi dans la première phrase du « retour de l’empereur rat » : « J’ai vu la fille venir sur la glace et son ombre est tombée sur moi ». Notons aussi qu’Ella a toujours eu peur de s’approcher de la mare dans laquelle elle semblait distinguer quelque chose.

- On a aussi la scène, raconté de plusieurs bouches dans laquelle Ingrid, visitant la maison, se serait retrouvée dans une pièce remplie d’eau dans laquelle elle aurait pris deux livres très lourds : un qui appartient au rat-mort et l’autre qui est instable et donne mal à la tête. On peut supposer que le rat-mort est le 10ème sociétaire décédé car cet épisode survient peu après sa disparition. Ingrid s’enfuit avec les livres, poursuivie de Maarti, et va les poser à la bibliothèque. Elle est trempée, mais étonnament lui aussi, et quand il vole les livres dans la bibliothèque, Ingrid est décrite comme allongée par terre la tête dans une flaque. Ensuite, le cahier du mort est proposé à la lecture, une seule nuit, aux autres sociétaires avant d’être enterré. Ella fait aussi un rêve où elle est dans une bibliothèque, cherche des livres qu’elle aurait écrits, et ne trouve que des livres vierges d’écritures, lourds comme des pierres car faits de pierre. Dans ce rêve elle entend aussi une respiration dans son cou, quelque chose est derrière.

De plus, certains éléments récurrents sont présents dans le récit global :

- les chiens sont présents dès les débuts dans la bibliothèque avec la « littérature canine », mais aussi dans nombre de moments de l’histoire (par exemple à côté de la voiture retrouvée), puis de plus en plus, notamment en se regroupant autour de chez Talvimaa. Il en est de même des guêpes qui sont en nombre lors du déterrage du carnet, mais apparaissent à d’autres endroits, notamment une guêpe sort de la bouche de Lumikko quand Ingrid la regarde dormir et pique l’enfant
- La question de la mort est présente à différents endroits ; que ce soit la mort d’Oskar, mais aussi celle du père d’Ella. IL y a aussi la bibliothèque décrite et même nommée comme un mausolée, la proposition (étonnante) de la mère d’Ella de la mettre dans la tombe familiale, la mort des animaux (l’oiseau, le papillon notamment)

- Oskar, le 10ème membre, serait mort de noyade ou d’un accident de voiture Parmi les autres sociétaires, et notamment Silja, des rêves et lapsus tournent plutôt autour d’un assassinat. Silja est toujours prête à dire  (comme un lapsus) que « Le garçon a été assassiné ». Maarti, quant à lui, a eu l’idée qu’il s’est noyé dans l’étang à côté de la maison de Lumikko. On peut ajouter que Maarti est pétri d’une culpabilité, et c’est aussi lui qui appelle Ingrid pour lui dire : « il est à nouveau là, debout dans le jardin, il regarde la maison sans bouger ». Un cartographe parle de culpabilité refoulée qui attire les revenants. Un livre de Maarti nommé « Monsieur Papillon », qui fait référence à la mise à mort d’un papillon pour servir son expérience littéraire


Autres éléments possiblement intéressants :
- La mère de Maarti morte d’avoir reçu une moto neige
- Les cauchemars des enfants du village qui voient Lumikko morte dans leurs rêves
- Les parents d’Oskar ont eu un accident avec lui qui lui a couté la vie, sa mère étant restée paralysée car a eu la colonne fracturée dans un accident de voiture. Le mari, quant à lui, est aveugle
- Concernant la « Mare aux nixes », l’histoire raconte que 5 enfants s’y seraient noyés, et qu’une silhouette étrange y aurait plongé sans jamais remonter. La mare aux nixes originelle est différente de celle creusée par le père de Lumikko. Tous les enfants fuyaient l’étang comme la peste
- Le rapport aux enfants : Ella a les ovaires déficients, Lumikko n’aime pas les enfants, Silja s’est faite avorter mais avant, regardait son corps changer dans le miroir. Sans compter que les enfants sont très souvent présentés comme quantité négligeable, les sociétaires qui en ont ne s’y intéressent pas vraiment.
- Une actrice devient folle en tentant de se mettre dans le personnage de Lumikko
- Les personnages de Bourg aux monstres : Bobo Rix Rax qui tue Humidon et s’en veut, Boule d’écorce, le personnage de Bourg aux monstres préféré d’Ella, transmet des images symboliques allant jusqu’à l’horreur aux arracheurs…

Il y a encore nombre de choses mais je ne peux pas toutes les citer ici.
Bon, pourquoi citer tout cela, pour tenter de faire des liens, et si certains parmi vous ont des idées, n’hésitez pas.

Maintenant, de là à savoir ce que l’auteur veut nous faire passer, il y a un grand pas … que j’ai du mal à franchir.
Personnellement, j’ai écarté l’étude de la possible dimension symbolique car elle risque d’être complexe à déterminer sans connaître la culture finnoise, ses mythes et son vocabulaire.

Après, plusieurs hypothèses me sont venues à l’esprit :

- Un roman qui est en fait un conte métaphorique qui vient, sous couvert de l’histoire des personnages de la société, parler de l’inspiration littéraire en en passant par la page blanche (manque d’inspiration) ; l’utilisation des autres comme vecteurs sans plus d’états d’âme, une sorte de viol de l’intime pour donner matière au livre (c’est la dimension que représente le Jeu qui, finalement, est un moyen d’absorber quelque chose de la vie de l’autre pour l’utiliser par la suite, sorte de vampirisme de tranches de vie). ; jusqu’où il est possible d’aller pour être inspiré et se faire reconnaître (mort du papillon mais peut-être aussi mort d’un enfant ; utilisation des autres comme des objets…). Je pense que cette dimension est la toile de fond n’est pas à exclure de l’analyse de ce roman, car l’œuvre est pour moi une forme de métaphore de la création littéraire et de ce qui l’accompagne.

- L’hypothèse d’une décompensation d’Ella n’est pas à exclure, car finalement dès le début du livre, ce qui est posé ce sont ses « ovaires déficients » et comment sa vie a été en peu de temp bouleversée, par cela, par sa séparation, et par la perte de son père. D’ailleurs, elle perd les pédales en classe en leur donnant un sujet pour le moins interrogeant et est arrêtée dans son travail pour cela, donc pour désordres psychologiques. Si on prend cette hypothèse, l’ensemble de l’histoire pourrait être entendue comme le déploiement du délire de Ella, délire dans lequel des éléments de la réalité sont utilisés mais distordus, et certainement aussi des éléments mythiques de la culture finnoise qui ont pu être une croyance intégrée aux éléments délirants. Cela serait aussi possible d’imaginer qu’Ella est Laura, celle-ci ayant été prise d’hallucinations après son accident et l’ayant oublié.

Je pense en fait que ce roman est construit sur les bases des principes du rêve (condensation : un élément en condense plusieurs ; déplacement : un élément, émotion, etc est déplacé sur un autre), ou encore des principes de la construction du délire. En gros, ce roman est à mon sens à penser avec la question de l’inconscient. Après, comment les choses s’organisent, là est toute la question.
Est-ce que c’est un pur délire d’Ella ? Est-ce qu’il y a aussi des pans de réminiscence de son passé ? Est-ce qu’on est à une seule époque ou est ce que les temps se mélangent ? Qui est mort et qui est en vie ? ….

Pour moi, cela part malgré tout d’un événement réel survenu dans la mare. D’ailleurs cette mare a la réputation d’avoir vu mourir nombre de personnes, dont au moins 5 enfants au 19ème. Y a-t-il mélange entre morts du passé et présent (un peu comme dans 6ème sens) ? Laura a-t-elle vraiment survécu ? Qui s’est noyé ? Qui l’a noyé ? Parfois j’ai supposé que deux des enfants pouvaient avoir été à l’origine du décès par noyade, surtout du fait des déversages où Ingrid est trempée, Maarti aussi, et où ce sont eux qui ont le cahier.

Je vais cesser de me prendre la tête … car où que je cherche, j’ai l’impression d’avoir encore plus de questions ….



mots-clés : #contemythe #fantastique #polar
par chrysta
le Lun 25 Déc - 7:46
 
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Sujet: Pasi Ilmari Jääskeläinen
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Romain Verger

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 2 Cvt_fi10

Fissions


Ce roman est une histoire étrange, cauchemardesque. Un jeune homme se marie avec une jeune femme qu’il connaît à peine, qu’il a rencontrée sur Internet, Noëline. Et ce mariage va être une véritable tragédie, un basculement de sa vie.

Le jeune narrateur se retrouve interné dans un hôpital psychiatrique après s’être crevé les yeux et se rappelle cette nuit de noce mémorable qu’il consigne par écrit chaque jour. Le roman commence dans cette chambre d’hôpital.

L’écriture est belle et tirée au cordeau, chaque détail décrit minutieusement est plus horrifiant que le précédent. Les personnages sont glauques, étranges, en particulier la méchante belle-mère et la belle-famille, tous grotesques et immondes, qui donnent envie de s’enfuir en courant, annonciateurs du cauchemar à venir ; le lieu et le climat qui y règne sont tout aussi sinistres, dans une maison à la campagne emplie d’insectes dégoûtants. Dans ce roman un petit quelque chose de surnaturel ajoute à l’effet esthétique du style.

Ce livre, un thriller, est intéressant par la qualité de son style d'écriture, son esthétisme, son originalité, et ce qu’il produit sur le lecteur.

Extraits :

« Au retour de l’église, j’avais l’impression de revenir d’une messe d’enterrement. Le visage collé à la vitre, hagard et noyé sous les larmes, Noëline se refusait à mes câlins. […] »

« Je ne pensais qu’à faire bonne figure face aux invités qui affluaient, tous ces gens inconnus qui se pressaient pour me féliciter, tous plus laids les uns que les autres. Combien transpiraient la maladie, le visage rougeaud et gonflé, le nez rosacé couvert de papules, lorsque la face tout entière érythème n’était pas le foyer d’abjects granulomes. D’autant qu’à certains moments, des cris de bête nous parvenaient de là-haut, qui ébranlaient les soupières de gaspacho. Alors les gens chuchotaient, comme s’il se tramait quelque chose dont j’ignorais tout. »

« Peut-on mieux dévoiler l’amour à ceux qui s’y destinent qu’en les séparant comme on tranche les siamois, en taillant dans la chair et brisant l’os iliaque, dans le vif des deux, en dédoublant le mal, en répliquant la nuit ? Pour te retrouver, te voir, je suis du bout des doigts les nouveaux traits de mon visage, cette page de braille qu’est devenue ma face : arêtes, séracs, fissures, escarpes, l’exact calque en trois dimensions de ce pays montagneux dans les plis contractés duquel a couvé notre union. Il ne nous aura guère fallu une vie entière pour qu’à l’image de ces couples que de longues années de vie commune façonnent l’un en miroir de l’autre, nous en venions à nous confondre. »



mots-clés : #fantastique #polar
par Barcarole
le Mar 12 Déc - 21:47
 
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Sujet: Romain Verger
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Hanns Heinz Ewers

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 2 Dans-l10

Dans l'épouvante
Histoires extraordinaires


Et de qualités inégales. Ma confiance en la Petite Bibliothèque Ombres n'aura pas empêché la déception d'ensemble. Qu'étais-je parti chercher dans ces nouvelles ? Dun frisson, du mystère, possible mais surtout je crois la touche d'exotisme, le goût de la frontière entre cet exotisme et le mystère, la petite sensation chaleureuse derrière des réserves formelles de bon aloi ?

Dans les premières nouvelles Hanns Heinz Ewers fait plutôt dans le carton pâte et l'excès grotesque ce qui fait passer le résultat dans la catégorie du divertissement plutôt ennuyant ou ennuyeux (les deux en fait)? On aimerait bien se prendre au jeu mais on baille et on soupire.

La veine plus romantique de La fin de John Hamilton Llewellyn et du Journal d'un oranger fonctionne mieux tout en manquant de surprise et les Antilles de La Mamaloi plus développées ont le malheur d'afficher une provocation qui manque elle aussi de surprise (ou pourra faire montrer les crocs si on envisage les choses autrement).

Déception. Et ennui. Néanmoins possible extrait  prochainement.


mots-clés : #fantastique #nouvelle
par animal
le Dim 5 Nov - 9:18
 
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Sujet: Hanns Heinz Ewers
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Horacio Quiroga

J'ai lu ce livre à la fin de l'année dernière, comme je vois qu'il y en a plusieurs que cet auteur intéresse, je vous fais part des impressions que j'avais écrites à la va-vite... :

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 2 51wkr510

Anaconda

Les dix-huit nouvelles d'Anaconda (1921) s'enchaînent si bien que le tout, malgré tout composite, pourrait former un récit qui suit lentement son cours. Dix-huit étranges nouvelles qui circulent en rond, et on se trouve à bord, avec Quiroga qui nous racontent les hommes comme un personnage de Conrad. Là-dessus, la dix-neuvième nouvelle change totalement d'univers mais pas la sensibilité. La lecture d'Anaconda est comme un jeu sur le sens et sur les mots, mais laisse en morceaux, c'est difficile de dire ce qui s'est passé, ou comment. On baigne dans ce qui est à la fois étrange et familier.

Horacio Quiroga a écrit:– Mais cet accent vous va très bien. Je connais beaucoup de Mexicains qui parlent notre langue, on ne ne croirait pas... Ça n'est pas la même chose.
– Vous êtes écrivain ? reprit Stowell.
– Non, répondis-je.
– C'est dommage, parce que vos remarques nous seraient d'une grande valeur, d'autant qu'elles viennent de très loin, d'une autre race.
– C'est ce que je pensais, appuya Miss Phillips. Votre littérature prendrait un nouveau souffle avec un peu plus de parcimonie dans l'expression.
– Et dans les idées, dit Burns. C'est ce qui manque le plus, par là-bas. Dolly est très calée dans cette branche.
– Et vous, vous écrivez, lui demandais-je en me tournant vers elle.
– Non ; je lis dès que j'ai un moment... Je connais assez bien, pour une femme, ce que l'on écrit en Amérique du Sud. Ma grand-mère était du Texas.
Je lis l'espagnol, mais je ne le parle pas.
– Et vous aimez ?
– Quoi ?
– La littérature latine d'Amérique
Elle sourit.
– Sincèrement ? Non.
– Et celle de l'Argentine ?
– En particulier ? Je ne sais pas... Tout se ressemble tellement... Tout est si mexicain !


Mots-clés : #aventure #fantastique #nouvelle
par Dreep
le Jeu 19 Oct - 12:49
 
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Sujet: Horacio Quiroga
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Horacio Quiroga

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 2 419n6d10

Contes d’amour, de folie, et de mort

Le titre annonce d’emblée la couleur. Et le premier conte, La poule égorgée, se charge d’enfoncer le clou : il y aura en effet beaucoup de folie et de mort, dans ce livre, et l’amour n’ira jamais sans l’un ou l’autre…

Ces contes (que je qualifierais plutôt de nouvelles), ont été écrits sur une période de quinze ans, et sont selon moi assez inégaux. Celui qui ouvre le recueil, La poule égorgée, est tout bonnement abominable. Tout y est outré, déformé. Atroce. Je crois que je n'aurais pas tenu si le reste avait été à l’avenant...
Pour résumer grossièrement, je dirais que certains contes, mettant en scène des animaux ou des petits bourgeois en mal de sensations fortes, m'ont paru longuets. D’autres (les bateaux suicides, La mort d’Isolde), m’ont semblé un peu surfaits, par le fond comme par la forme ; j'avais le sentiment de les avoir déjà lus. J’ai préféré l’auteur dans des textes plus courts et tranchants, à la réalité crue. Et puis j’ai été marquée, forcément, par sa dénonciation du statut des forestiers -la plupart du temps indiens guarani -, quasiment réduits en esclavage par les propriétaires des exploitations. Pour ceux-là, la nature, l’ivresse ou la musique sont les seuls échappatoires possibles.. A moins qu’il ne s’agisse de mirages ?

Apparement, Horacio Quiroga est régulièrement comparé à Maupassant. Si je peux comprendre cette comparaison par certains aspects, Quiroga n’a pas, selon moi, ce qui fait tout le génie de Maupassant : le sens du « basculement », de la phrase lapidaire qui change tout, qui remet tout en perspective. Et puis, les personnages de Quiroga, tracés à grands traits, réduits à leur amour fou, leur folie, leurs outrances, manquent de finesse, quand Maupassant a le don d'installer des êtres infiniment complexes. C’est peut-être cela qui m’a le plus manqué durant cette lecture, de sentir toute l’humanité de ces hommes au bord du gouffre.

Restée relativement en retrait, je ne retiendrai donc aucune nouvelle en particulier. Et pourtant, c’est un recueil qui laisse une impression durable. Il y a la patte de l’auteur, tout d’abord ; un style, une plume. Et puis cet univers étrange, en demi-teinte, qui, lorsqu’il ne sombre pas dans le fantastique, navigue sans cesse aux frontières d'une réalité nimbée d’une aura inquiétante et désespérée.
Enfin, je ne puis penser à ces contes d’amour, de folie et de mort sans immédiatement visualiser la nature uruguayenne, omniprésente, oppressante. Ce ne sont que serpents tueurs, fourmis dévoreuses, miel paralysant et marécages impénétrables... La promesse d’aventure et de liberté que cette nature-là semble parfois porter n’est qu’illusoire : toujours, l’homme se retrouve dompté, réduit à sa triste insignifiance. Comme avalé. Effacé.
Et c’est ce désespoir, je crois, cette lutte vaine et acharnée, contre la nature, contre la mort, contre la vie-même, que je retiendrai.


mots-clés : #fantastique #nature #nouvelle #social
par Armor
le Mer 18 Oct - 1:00
 
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Sujet: Horacio Quiroga
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Rubén Darío

Tag fantastique sur Des Choses à lire - Page 2 51zq8q10

Verónica et autres contes fantastiques

Rubén Darío est un écrivain enchanteur qui, dans ce recueil de nouvelles, marie avec raffinement la poésie, l’ésotérisme et bien sûr le fantastique puisqu'il est un grand amateur de littérature fantastique et voue une admiration certaine à Edgar Poe, le tout avec une belle touche d’humour.

Le recueil réunit dix nouvelles : la première, « Thanatothopie » fait référence à la littérature de Poe, un clin d’œil ou un hommage à l'Américain, avec, on s'en doute, la mort au programme ; les hallucinations dans « Le cauchemar d’Honoria », le savoir magique dans ce « Conte de la nuit de Noël » qui n’oublie pas non plus la mort avec la réincarnation ; le monde de son enfance et des fantômes est visité dans « Le spectre », il s'enrichit de ses voyages, avec humour, sur le destin déjà tracé, par exemple dans « Le ruban rouge ». Le temps qui fait son œuvre est ici suspendu dans « Le cas de mademoiselle Amelia ».

Ces courtes nouvelles, des récits quasi surnaturels, sont colorées d’étrangeté, de mystère, et de charme, aujourd’hui je dirais de charme un peu désuet, ce qui ajoute à la poésie de ce cher Rubén Darío.

Mots-clés : #contemythe #fantastique #nouvelle
par Barcarole
le Dim 15 Oct - 10:42
 
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Sujet: Rubén Darío
Réponses: 11
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