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206 résultats trouvés pour historique

Venedikt Vassilievitch Erofeïev

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 10 41yf9s10

Mon Lénine de poche


Avant de bien lire son oeuvre principale, déjà présentée en haut, j’avais eu accès à ce livre qui venait d’être publiée par Anatalia en 2008. Il s’agit bien d’un recueil de textes courts dont
- Quand je suis sorti de chez moi (Vassili Rozanov) (Василий Розанов глазами эксцентрика, 1973)
- Mon Lénine de poche (Моя маленькая лениниана), 1988
- Fanny Kaplan (Диссиденты, или Фанни Каплан), fragments d’un drame, 1995

Et quelques autres.

Il s’agit bien ici et là de fragments ou d’inachevés, mais cela ne boude pas le plaisir pour au moins deux de ces pièces qui m’ont énormément plues et qui s’approchent à être abouties :

Ce qui est rendu dans la traduction avec « Mon Lénine de poche » constitue alors un récueil, un vrai manuel de textes de Lénine. Mais qu’est-ce qui attend le lecteur ? Erofeiev se contente d’énumérer des citations avec des petites remarques sur les circonstances et le temps quand furent prononcées telles ou telles paroles. Ainsi il ne peut pas être accusé d’ »inventer » quelque chose, se dit-on ! Mais évidemment l’auteur choisit ses citations de telle façon que le système soviétique est montré dans son absurdité et cela pas seulement avec l’arrivée au pouvoir de Staline. Les racines pour la tyrannie sont déjà à trouver chez Lénine qui longtemps a bénéficié d’un aura de révolutionnaire irréprochable.

Il semble bien que c’était dans l’intention d’Erofeiev d’écrire des manuels pareils pour les autres icônes du communisme, Marx et Engels, mais cela n’aboutit pas. Celui qui connaît bien la vie dans l’URSSR sait quel dynamite il mijotait là.

Dans un autre texte sur - ou faut-il dire en complicité avec ? – Vassili Rozanov, un de ces philosophes russes farfelus du tournant du siècle, originale, partiellement grotesque et même inacceptable, le personnage principale raconte de son désir de repos éternel, bref : il cherche la mort ! Même avec deux pistolets, il n’y arrive pas et il va chez son pharmacien à la recherche d’un moyen sûr, explique le problème et le pharmacien lui prescrit alors du Rozanov ! Et juste avant de pouvoir avaler le poison, il lit encore quelques pages de Rozanov et découvre en cette figure bizarre, au-delà les frontières du temps et de l’espace, un frère d’arme ! Finalement cette expérience de lecture va le sauver : il y a vraiment quelqu’un là qui est descendu dans les abîmes de la solitude humaine et qui sait ce que c’est, la souffrance. Quel bonheur de lire Erofeiev ici avec un mélange splendide de profondeur, d’humour, de maîtrise de langue et de simplicité ! Magnifique !

Voici un extrait de la couverture, de la présentation du livre:

Quand je suis sorti de chez moi, j'ai pris soin d'emporter trois pistolets : le premier, je l'ai glissé conne ma poitrine, le deuxième aussi, quant au troisième, je ne me rappelle pas où je l'ai mis.
Une fois dehors, dans ma petite rue, je me suis dit : Est-ce que c'est une vie ? Ce n'est pas une vie, ce ne sont que remous et anéantissement du cœur. Il fait admettre que le commandement de Dieu Tu ne tueras point s'applique aussi à soi-même (Tu ne [te] tueras point, même si ça va très mal), mais mon moral aujourd'hui et le jour d'aujourd'hui sont au-delà des commandements. Car pour moi, il vaut mieux mourir que vivre, a dit le prophète Jonas. Je partage ce point de vue.
Il tombait une petite pluie fine qui venait de partout ou peut-être de nulle part, je n'en avais rien à faire. J'avais le cœur tout gonflé d'amertume, tout mon être était gonflé d'amertume, je sentais un pincement à gauche du cœur, et à droite aussi. Tous mes proches m'avaient laissé tomber. Et, pour couronner le tout, la dernière personne qui aurait pu me retenir sur cette terre m'a quitté. Elle était en train de partir, je l'ai rattrapée dans l'escalier. Je lui ai dit : Ne m'abandonne pas, ma belle au nombril blanc ! Et puis j'ai pleuré pendant une demi-heure, et puis je l'ai à nouveau rattrapée et je lui ai dit : Reste, ma belle aux seins parfumés ! ; alors, elle s'est tournée vers moi, a craché sur ma chaussure et est partie à jamais.



mots-clés : #historique
par tom léo
le Ven 16 Déc - 22:23
 
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Sujet: Venedikt Vassilievitch Erofeïev
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Andreï Makine

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 10 51ofpt10

Une femme aimée


CONTENU :
Ed du Seuil a écrit:Défendre cette femme... Effacer les clichés qui la défigurent. Briser le masque que le mépris a scellé sur son visage.

Aimer cette femme dont tant d’hommes n’ont su que convoiter le corps et envier le pouvoir.

C’est cette passion qui anime le cinéaste russe Oleg Erdmann, désireux de sonder le mystère de la Grande Catherine. Qui était-elle? Une cruelle Messaline russo-allemande aux penchants nymphomanes? Une tsarine clamant son « âme républicaine »? La séductrice des philosophes, familière de Voltaire et Diderot, Cagliostro et Casanova? Derrière ce portrait, Erdmann découvre le drame intime de Catherine ? depuis son premier amour brisé par les intérêts dynastiques jusqu’au voyage secret qui devait la mener au-delà de la comédie atroce de l’Histoire.

L’art de ce grand roman transcende la biographie. L’effervescence du XVIIIe siècle européen se trouve confrontée à la violente vitalité de la Russie moderne. La quête d’Erdmann révèle ainsi la véritable liberté d’être et d’aimer.


REMARQUES :
Cathérine la Grande, le 18ième siècle – et qu'est-ce que cela a à faire avec nous, avec cet Oleg Erdmann, ce cinéaste russe, né en 1954, qui s'intéresse si passionément à la vie de la tsarine de souche allemande ? Et voilà un premier point commun : C'était la même Catherine qui a fait venir dans la deuxième moitié du 18ième siècle des Allemands dans l'Empire Russe. Et parmi eux alors les aieuls d'Erdmann aussi. Et quand on se rappelera dans sa famille des reproches de colloboration ou tout simplement de ses origines allemandes, on dira avec un petit sourire «et tout cela à cause d'une petite princesse allemande ».

Alors, comment s'approcher d'une vie, comment la décrire ? Erdmann/Makine nous propose plusieurs grilles de lectures : certaines dates clés de sa biographie ; le changement incessant des amants multiples chez cette nymphomane insatiable (sic?) ; ses changements, reformes proposés et imposés par une vision éclairée d'impératricce absolutiste (sous son regne la Russie était en certains points bien en avance dans les « droits humains »...) sous l'influence d'un Voltaire, d'un Diderot ; l'agrandissement de l'Empire par la fondation de villes, d'administration structurée, des guerres...

En quatre chapitres l'auteur saute souvent de ce niveau « historique » du temps de la tsarine vers la Russie d'aujourd'hui des dernières décennies. En celles-ci Erdmann cherchent à adapter la vie de Cathérine dans des films, comme scénariste, comme metteur en scène, dans des versions plus ou moins censurées et existentielles. Et au même moment toute sa vie peut se lire en dialogue avec des événements de la vie de la tsarine.

Mais où se trouvent les interrogations et la recherche d'un Erdmann et, en lui, probablement de Makine ?:
Où est le noyau de vérité d'une personne, d'un homme, d'une femme ? Est-ce qu'on peut vraiment (cette question nous revient souvent) réduire cette femme au jeu du pouvoir et du sexe, à une suite de copulations ? Comment la réprésenter comme un être plus vaste, avec ses désirs, sa recherche d'amour, dans sa complexité ? Qui profite de qui : Cathérine de ses amants (vraiment aimés semble-t-il) ou ces amants de la richesse et de l'influence de la tsarine qui les comblent de cadeaux ?...

Ce sont, transposées, des questions similaires qu'on pourrait poser vis-à-vis d'Erdmann dans sa vie professionnelle et amoureuse, et à nous tous... Et voilà que l'Histoire, l'histoire gagne un autre lien directe avec la réalité d'aujourd'hui. Ce niveau de la narration débute au début des années 80, encore sous Brejnev et puis Andropov, au temps des jeux de Moscou et ensuite. Erdmann doit gagner une part de sa vie dans les abattoirs et vit simplement dans un « appartement de communauté » (Kommunalnaya). Au même moment il lutte ensemble avec le metteur en scène Kozine avec la censure soviètique pour monter et montrer une telle version plus complète, existentielle de la vie de la tsarine. Mais qu'est-qu'on aimait voir, ne pas voir dans un temps où « tous les tsars étaient quasimment par définition sanguinaire et des nuls, et contre le peuple de toute façon etc ? Est-ce que cela serait le bienvenu de présenter la tsarine avec des interrogations et aspirations plus profondes ? Comment intégrer un tel message dans un film soviètique ? (Plus tard il y aura quand même un clin d'oeil vers Tarkovski qui y a réussi!)

Plusieurs années ont passé et nous nous trouvons en 1994 au temps d'Eltsine : Maintenant Erdmann devrait réaliser pour son ex-ami et milliardaire Jourbine une nouvelle adaptation du sujet de Cathérine. Mais qu'est-ce qui s'impose maintenant comme « censure ou barrière » ? C'est la logique frénétique du marché qui, lui non plus, ne veut pas des films intellectuels, demandant une interrogations. Non, on est amené à tourner une de ces versions en 101 épisodes, un soft-porno ! Pas de place pour de la profondeur ! Cela n'attire personne !

Et voilà qu'on arrive à cette conclusion bizarre qu'aussi bien sous le régime totalitaire que sous le nouveau pouvoir on n'est plus ou pas capable de voir ce plus de l'être humain, sa quête la plus profonde pour le bonheur d'amour... L'impossibilité donc de montrer l'être humain dans sa complexité, imposer plutôt la simplification et les schématas !

Désenchantement ? Mais aussi invitation à resister autrement, montrer qu'une « autre vie est possible ». Dans ce sens-là Erdmann n'abdique pas complétement : à la fin du livre se dessine très doucement une autre possibilité pour lui.

Donc, un livre extrêmement riche qui m'a convaincu ! Makine poursuit son œuvre et nous devrons essayer de discerner certaines interroagtions fortes. Un livre plein de connaissances historiques, mais qui ne se laisse certainement pas reduire à un roman historique. Restent des questions essentielles :
Qui est l'homme ? Chercher à aimer et être aimé...



mots-clés : #historique #creationartistique
par tom léo
le Jeu 15 Déc - 22:27
 
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Sujet: Andreï Makine
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Andreï Makine

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 10 51vt9p10

La fille d'un héros de l'Union soviétique


1990

Ivan est en 1941 dans la Russie occidentale témoin impuissant du massacre de sa mère et de son frère par les Allemands. Il peut s’enfuir et s’engage, en trichant sur son âge, à l’armée. Pour sa participation courageuse dans des batailles, aussi à Stalingrad, il recevra des plus hautes décorations et devient un « héros » qui pendant longtemps sera invité aux cours à l’école et doit encore et encore raconter des histoires dont à la fin il perd presque le savoir sur ce qui était et n’était pas vrai et vécu. Après une bataille il est trouvé in extremis par une infirmière qui deviendra plus tard sa femme, Tatiana. Ensemble ils traverseront des dates, des périodes clés de l’histoire soviétique. Leur fille Olia travaillera comme traductrice, d’abord aux Jeux Olympiques de 1980. Une affaire avec un sportif français est habilement utilisé par le KGB de l’insérer de plus en plus dans le réseau de l’espionnage en la faisant se prostituer auprès des hommes d’affaires.

Voici seulement quelques idées sur le contenu si bien fisselé et riche en si peu de pages. Mais combien de mythes seront détruits ici ? Comment sont étroitement liés le destin personnel avec la grande Histoire ? Est-ce que l’amour, le bonheur est possible ?

Déjà dans son premier roman, écrit (publié?) en 1990 on trouve des thèmes et un style chers à Makine. Ici l’intrigue est intimement lié avec l’histoire soviétique/russe. Cela commence sous Staline et les années terribles de la Grande Guerre Patriotique et nous accompagnerons Ivan et Tatiana à travers des années terribles de la famine d’après-guerre, leur fuite vers l’ailleurs, la mort de Staline, et un bonheur plus tranquille sous les dirigeants suivants dont Makine brosse des portraits brefs mais très perspicaces. On va aller jusque dans les années Gorbatchev. Une vision réaliste et historique avec une multitude de détails de la vie pratique d’un coté, et aussi une certaine poèsie : éléments de la prose de Makine.

D’un coté la décoration comme héros de la guerre apporte des petits avantages et récompenses. Mais puis montent des doutes, de temps en temps, ce qu’il en était vraiment de la vérité ou si on n’est pas en train de construire une histoire, loin de la réalité des batailles affreuses et si déshumanisantes. Et même l’élément de perte de soi, ou de soif d’ailleurs va être ignoré, va aussi être détourné par les responsables en idéologie. Le héros, mais plus tard par une autre manière aussi sa fille, vont être instrumentalisés par le système pour les intégrer dans leur propagande et créer une réalité opportune. Makine décrit remarquablement bien la naissance d’un mythe, la sacralisation du héros et aussi…, sa chute. Ce qui nous rend les acteurs si proches, ce n'est pas juste leur statut de victime, mais leurs doutes légers, leur mise en question des données autour d’eux. La recherche du bonheur, au-delà d’une instrumentalisation, nous les rapproche.

Ce premier livre de Makine (mais pas lu comme le premier) fut comme toujours un bonheur. C’est avec grande joie que je vois encore quelques lectures à découvrir, et que j’attends des livres futurs d’un des meilleurs écrivains francophone contemporain (à mon avis) !


mots-clés : #politique #historique
par tom léo
le Mer 14 Déc - 17:14
 
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Sujet: Andreï Makine
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Jean Rolin

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 10 31lsa310

Péleliu

L'une des îles des Palaos

Après un rappel de la disparition d'un certain Pete Ellis (ivrogne et espion) sur l'île de Koror en 1923 ; et du voyage d'un émissaire américain afin de récupérer les documents établis par Ellis lesquels rapportaient des renseignements sur les forces Japonaises l'auteur relate la bataille de l'île de Pélelieu en 1944, d'après plusieurs récits et notamment ceux de soldats américains engagés dans cette guerre.

Rolin débarque sur l'île en 2015 ; il ne connait pas lui-même les raisons de ce voyage, un désir "assez vague". Sur place il retrouve les vestiges de la guerre. Il jouera à se faire peur sur cette île.

"Cette trouée, avec la vue qu'elle ménage, et la voûte d'arbres immenses sous laquelle elle prend naissance, est l'une des choses les plus étranges - à la fois inquiétante et apaisante, exotique et familière - qu'il m'ait été donné de voir à Péleliu, et l'une de celles, mais non la seule, qui évoque le plus vivement un paysage de conte fantastique."

"La première fois que je le vis, ce minibus, j'évitai de regarder à l'intérieur, par crainte d'y découvrir un cadavre, tant il me parut que le décor s'y prêtait."

"Au risque d'apparaître de nouveau comme un esprit faible et superstitieux, je me dois d'observer que j'éprouvais un certain malaise à m'attarder dans ce cimetière - où parmi les chants d'oiseaux, le seul que j'entendais distinctement était comme à l'accoutumée l'appel lancinant du wuul -, ne m'y sentant pas le bienvenu......"

Il accompagnera, sur leurs demandes, quelques touristes venus eux aussi découvrir l' île.

L'auteur fait de très détaillées descriptions de l'île, de la végétation et surtout de la faune qui est d'ailleurs spécifique à chacune des îles des Palaos.



Une page de la guerre entre les Japonais et les Américains qui semble être modestement connue alors que ce fut une bataille terrible dont l'île porte à jamais les traces. Une lecture intéressante, et comme souvent Rolin côtoie des chiens, ici ce sont 5 chiots qu'ils nourrira d'ailleurs et qui seront un souci pour lui quand il quitte l'île.

Comme toujours l'écriture de Rolin m'emporte et je l'ai trouvé plus sérieux dans ce rôle de visiteur investi.


mots-clés : #historique #voyage
par Bédoulène
le Mar 13 Déc - 22:26
 
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Sujet: Jean Rolin
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Eric Vuillard

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 10 14_jui10
14 Juillet

La France est endettée. Très endettée. Paris regorge de chômeurs et de précaires. De gens qui grognent. Pendant ce temps, les riches font construire des villas modernes et usent et abusent de leurs privilèges, se coupant littéralement du 'peuple'.

Nous sommes en 1789, à la veille de la Révolution. Non, vous n'avez pas la berlue. Et pourtant il est bien question ici d'emplois fictifs, de salariés surpayés (on pense au coiffeur de Hollande), d'achats dispendieux aux frais de l'Etat, de réalisations architecturales coûteuses (Versailles contre Notre-Dame des Landes), d'une police qui maquille des massacres perpétrés par ses propres troupes  (Rémi Fraisse), mais nous sommes en 1789 et non en 2016… C'est peut-être là, le plus troublant dans ce récit de Vuillard, cette proximité avec notre époque, ce décalque, cette manière à la fois sérieuse, légèrement ironique et parfois désespérée de rapprocher les temps, de tendre un miroir, de voir se refléter d'une époque l'autre, la même gabegie.

Mais le livre de Vuillard n'est pas seulement un récit qui tape à la porte de notre actualité, il est aussi récit d'une foule, celle qui se souleva, qui pris les armes (d'abord des bâtons et des pavés), qui malmena le pouvoir et qui d'un 'on' unificateur parvient parfois à faire surgir le nom d'un anonyme pour lui donner la parole. C'est ce qui est très beau dans le livre de Vuillard, cette narration 'globale', 'unifiée' par le 'on' et cette volonté de dire aussi l'individu, le personnel, l'imaginaire se liant ici avec le travail sur l'Histoire, sur le nom, sur l'origine (le nom de pays si cher à Proust). Le lecteur perçoit ainsi une sorte d'intimité, il se retrouve à la fois au cœur de l'action mais aussi dans le bain des pensées, des réactions, des peurs, des pleurs. Il entend par exemple la foule qui gronde et ravage la villa de l'entrepreneur Réveillon mais il partage aussi la "peine immense" de Louise Petitanfant qui après avoir reconnu son frère dans un cadavre étendu devant elle, regrette de ne pas l'avoir embrassé.

A coups d'images implacables, qui font grincer des dents, Vuillard dresse le portrait d'une France en ébullition. Et il faut ici s'arrêter un instant sur la langue de Vuillard, sur l'utilisation d'un vocabulaire qui lorgne dans deux sens opposés à savoir le XVIème siècle et le XXIème. En entrechoquant les régimes de paroles, Vuillard parvient à heurter la conscience du lecteur et l'oblige à se pencher attentivement sur ce qui est dit et la manière dont cela est dit. Convoquant des vocables anciens tels que flamberges (des épées) ou encore un 'pluvial' qui est ici un manteau liturgique, Vuillard fait remonter des vieilles sources françaises une langue oubliée qu'il frotte violemment contre les vocables d'aujourd'hui et on voit alors entrer en jeu le rapprochement des époques avec, par exemple, : l'intifada des commerçants… etc… Cela permet d'être à la fois dans le livre et en dehors, d'être parfois plongé dans des temps révolus, tellement anciens qu'on n'en comprend plus vraiment la langue et d'être tout à coup, par la grâce d'un mot ramené au présent et de comprendre qu'il s'agit ici encore de notre époque.

Il n'est pas ici question pour Vuillard de faire seulement œuvre d'historien mais surtout proposition littéraire, avec l'effacement du sujet qui dit 'je' au profit d'un 'on' de foule, le refus d'éviter les anachronismes qui fouettent la lecture et l'idée qu'ici et maintenant c'est toujours un peu hier, avec ce regret et cette énigme :  La véritable pierre de Rosette, celle qui permettrait d'être partout chez soi dans le temps, nous ne l'avons jamais trouvée. La vérité passe à travers nos mots, comme le signe de nos secrets.


J'éprouve une grande admiration pour les écrivains qui savent, à l'aide de quelques phrases, redonner vie à une époque et Vuillard y parvient parfaitement. On pourra lui reprocher sa position en faveur du peuple, ses exigences populaires, ses choix linguistiques, son bout de lorgnette, néanmoins la force, la colère qu'on sent poindre à travers les lignes sont la preuve d'un investissement total dans l'épreuve du récit et un don de soi rare. Le soin avec lequel Vuillard fait remonter à la surface de l'Histoire la foule des 'sans noms' qui firent la Révolution est à la fois une formidable leçon de littérature et d'Histoire. On ne peut que se ravir de voir publié de tels livres qui donnent envie de secouer l'arbre de la Liberté et d'en saisir les fruits blets pour les jeter à la gueule de nos souverains, de nos dirigeants.


mots-clés : #historique
par shanidar
le Mar 13 Déc - 11:30
 
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Sujet: Eric Vuillard
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Jaan Kross

Jaan Kross
(1920-2007)


Tag historique sur Des Choses à lire - Page 10 Kross10

Jaan Kross, né le 19 février 1920 à Tallinn et mort le 27 décembre 2007 à Tallinn, est un écrivain Estonien. Né à Tallinn, en Estonie, Kross étudie à l'Université de Tartu (1938-1945). Il est diplômé de sa faculté de droit et y intervient comme conférencier jusqu'en 1946 (puis encore comme professeur d'Arts libéraux en 1998).

En 1940, l'Union soviétique envahit et occupe les trois pays baltes : l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie, et envoie les membres de leurs gouvernements en Sibérie. En 1941, l'Allemagne nazie occupe l'Estonie. Pendant l'occupation allemande de l'Estonie (1941–1944) (et), Kross est arrêté en 1944 pour nationalisme par la police de sécurité allemande (et) et détenu six mois. Le 5 janvier 1946, alors que l'Estonie est à nouveau sous domination soviétique, il est arrêté par le commissariat de la RSS d'Estonie (et), qui le déporte en octobre 1947 pour huit ans comme un prisonnier politique (1947-1951) dans le camp de Vorkoutlag, dans la République socialiste soviétique autonome des Komis, puis en exil (1951-1954) dans le kraï de Krasnoïarsk.

À son retour de Sibérie en 1954, il s'installe en Estonie et devient écrivain professionnel. Kross est de loin l'auteur estonien le plus connu et le plus traduit, autant nationalement qu'internationalement. Il est nommé à quelques reprises pour le Prix Nobel de littérature et détient quelques doctorats honorifiques et décorations internationales, incluant l'ordre estonien le plus élevé, de même que l'un des ordres allemands les plus élevés.

(Wikipedia)

Bibliographie traduite en français :

Romans
La Triple Peste
La Troisième Vallée des collines
Le Fou du tsar
Le Départ du professeur Martens
L'Œil du grand tout
La Vue retrouvée
Exhumations
Dans l'insaisissable : le roman de Jüri Vilms
Le Cercle de Messmer
Le Vol immobile

Nouvelles
La Conspiration & autres histoires

Autre publication
Autobiographisme et sous-texte





Tag historique sur Des Choses à lire - Page 10 Captur60

Le départ du professeur Martens.

Personnellement après avoir eu un peu de mal à entrer dans le livre, j'ai ensuite bien apprécié cette histoire.  J' ai trouvé la construction très intéressante . Que le professeur F.H. Martens évoque sa vie en la mettant en parallèle avec celle d'un autre Martens G.F. ayant vécu 90 ans plus tôt - vie et parcours professionnel dans lesquels il y trouve tant de similitudes, qu'il en vient à penser qu'il est en fait sa réincarnation - permet au lecteur de connaître plus complètement les pensées du professeur. Et ce même si l'on doute de l'existence de ce Martens, même s'il est une création du professeur F.H. Martens.
C'est un moyen de se conforter dans ces choix.

Certes, ce Conseiller privé du Tsar nous est antipathique, de par son acceptation à le servir, et ce sous couvert de le faire pour la patrie alors qu'il ne pense qu'à son ascension, qu'il connait parfaitement l'état pitoyable dans lequel vit la population russe.

Le professeur Martens se justifie ainsi : «...et que me pousse dans le dos le souvenir de mon humble origine»

C'est inconsciemment qu'il admire et craint ce que représente son neveu Johannes qui lui se révolte.

Donc une belle écriture et une lecture intéressante.


mots-clés : #historique
par Bédoulène
le Lun 12 Déc - 18:57
 
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Sujet: Jaan Kross
Réponses: 3
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Michel Pastoureau

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 10 Pastou10

Michel Pastoureau : L'ours, histoire d'un roi déchu. - Points/Seuil

Il y a quelques temps, j'ai vu un documentaire sur l'ours brun...
C'était sur Arte et c'était excellent.
Le film montrait longuement sa vie, avec des images surprenantes et toujours superbes sur la gestation des ourses.
Le film insistait sur les moyens de préserver l'espèce, parce que la conclusion était que leur avenir était précaire...

Un survol de l'Europe permet de se rendre compte que la situation de l'ours et le regard qu'on lui porte est différent selon qu'on est dans les Balkans, en Autriche, en Grèce, en Espagne ou ... en France.
En effet, alors que partout ailleurs, on le respecte, on l'admire, on cohabite sans problèmes, et on cherche à le protéger, pourquoi la France est elle le seul pays où l'ours soulève une polémique ?

Les intérêts des éleveurs sont-ils seuls en cause et leur rejet de l'ours est-il réellement fondé ?
C'est la question qu'on peut se poser apès avoir vu ce film.
Mon intention n'est pas de polémiquer sur la question. Je dirais même que si l'opposition et le rejet de l'ours trop vifs en France, mieux vaut ne pas essayer de le réintroduire...

Les rapports avec l'ours ont été pourtant meilleurs dans notre pays. Incontestablement.
Au Moyen Age, l'ours était à la fois craint et admiré. On le considérait même comme le roi des animaux avant qu'on connaisse le lion.
Des nobles familles cherchaient des parentés avec l'animal et on le retrouvait dans leur nom et sur leurs armes. A commencer, à tout seigneur tout honneur, par le roi Arthur.
Si on remonte encore plus loin dans le temps, on découvre que l'ours et l'homme ont partagé les mêmes grottes pour s'abriter.
Les peintures rupestres en témoignent et elles sont nombreuses dans toute l'Europe.

Et c'est ce qu'on apprend en lisant le livre de Michel Pastoureau :
L'ours. Histoire d'un roi déchu (Seuil, 2OO6).Tag historique sur Des Choses à lire - Page 10 628779

J'ai lu une histoire splendide sur l'ours racontée par l'explorateur danois Knud Rasmussen. Et je n'oublie ni le le loup ni les abeilles...

Message récupéré



mots-clés : #historique
par bix_229
le Dim 11 Déc - 18:15
 
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Sujet: Michel Pastoureau
Réponses: 2
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Takvor Takvorian

Takvor Takvorian (1915-2005)

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Écrivain et lexicographe français d’origine arménienne (1915-2005)

Né en 1915 à Kayseri (Evérek pour les Arméniens), il est arrivé à Marseille en 1922 sans sa mère, morte pendant la déportation. Il est d’abord cordonnier, comme son père, puis devient fabricant de boutons et de fermetures Éclair. Ce n’est qu’à l’âge de la retraite, retiré à Gap (France), que Takvor Takvorian s’est mis à écrire, d’abord ses souvenirs d’enfance marqués par l'exode des Arméniens (Armenouch), puis des dictionnaires de sa langue maternelle, l’arménien. Il est mort en février 2005.

(bibliomonde)

Bibliographie sélective :

Arménouch ou Pèlerinage d'amour
Mon premier livre d'histoire d'Arménie
Krikor, à la poursuite du passé : Récit, témoignage
ANi Aghtamar et les villes de l'Arménie historique
Histoire d'Arménie des origines jusqu'à la perte de l'indépendance





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ANI –AGHTAMAR ET LES VILLES DE L’ARMENIE HISTORIQUE

L’auteur Takvor Takvorian et sa femme effectuent ce voyage avec un groupe de Français passionnés d’Archéologie qui se rendent à Urgup pour un séminaire sous les auspices de l’UNESCO (étude pour la sauvegarde des monuments historiques de la Vallée de Görémé).

Arrivée en juillet 1987 à Ankara (visite prévue au retour) de nombreuses villes présentant des sites archéologiques seront visitées, le groupe voyage dans un car et un guide (Ali un étudiant) les escortera. L’auteur et sa femme d’origine Arménienne souhaitent voir ce qu’il reste de l’Arménie, retrouver les traces de leurs ancêtres, ils parlent la langue turque.

Tchoroum sera leur première étape suivront Amasya , Samsun, Trébizon, Ordu et Girésun,  Erzeroum, Kars…………… Le royaume des Bagratides et celui des Princes Ardzrouni qui libérèrent la région du lac de Van du joug Turc ; cette grande province de Vasbouragan est considérée comme le berceau du Peuple Arménien. Au long des siècles les villes Arméniennes ont été  successivement prises par les Turcs (les hordes de Tamerlan par exemple), puis reconquises par les rois ou princes d'Arménie. Cette vaste région qui s'étend de la mer noire à la mer Méditerranée a abrité de nombreuses peuplades (Houttites, Kurdes, Mongols ..............).

L’auteur raconte longuement l’histoire d’ANI et son émotion de voir les vestiges de cette cité,  qui a été l’une des plus riche, économiquement, culturellement, est douloureuse car il se rend compte que si rien n’est fait pour sa préservation Ani disparaîtra et avec elle la présence des Arméniens.

Le deuxième site d’importance archéologique est celui d’Aghtamar, l’île qui se trouve sur le magnifique Lac de Van. Là aussi l’auteur et le groupe de voyageurs sont attérés de voir que des mains ont abîmé volontairement à jets de pierre les belles peintures de l’église.

Toutes les noms des villes, lieux ont été » turquisés » pour effacer toute trace de l’Arménie, des Arméniens dans le pays. Après avoir été privés de leur sol natal, de leurs demeures et de leurs vies les Turcs veulent effacer jusqu’à leur souvenir ; toutes les églises qui ont résisté aux guerres,  aux tremblements de terre ont été transformées en mosquées.

L’auteur rappelle les massacres de 1895/96 (sous le sultan rouge Hamid),  de 1909 et 1915 commis par les Turcs (aidés parfois par les Kurdes) contre le Peuple Arménien. Ces massacres d’une grande sauvagerie ont été reconnus par le Parlement Européen comme Génocide.

Tout au long du voyage le guide Ali, n’a fait aucune mention que les monuments étaient l’œuvre des Arméniens, ni par exemple que le célèbre architecte Sinan était d’origine Arménienne (Sinan fait partie des enfants de la « Moisson » c’est-à-dire des enfants enlevés aux familles cultivées Arméniennes,  pour être placé dans une école coranique et islamisé)

Le guide a même eu l’audace de signaler les massacres de 1915 mais dans la version fausse de la Turquie, l’auteur rapporte d’ailleurs qu’ un jeune Français d’un précédent voyage se trouvait emprisonné pour avoir osé contrer  la version du guide.

Peu de relations entre le groupe et les Turcs, l’auteur lui :  a acheté des cartes à des gamins,  il a seulement eu une information par un vieux Turc sur la survie d’une église Arménienne dans un village, mais qu’ il n’a pas eu le temps ni les moyens de visiter, et  l’hospitalité accordée par une femme (dont la brue avait d’ailleurs une mère Arménienne) dans son village natal Everek (qui porte à présent le nom du district Dévéli) dont  les maisons d’un quartier ont été construites par les Arméniens.

Dans ma précédente lecture (Ararat) il était mentionné que les Arméniens considéraient la Russie comme amie, à la lecture de ce voyage  il apparait en effet que les Russes ont plusieurs fois dans les siècles écoulés aidé et/ou protégé le Peuple Arménien, des Arabes et des musulmans. Au temps de ce voyage les relations Turquie/Russie étaient tendues, la zone frontalière est un terrain d’espionnage.

William Saroyan a dit à Takvor que si la république Soviétique d’Arménie n’existait pas il n’y aurait plus d’Arménie.

C’était une lecture des plus intéressante qui m’a appris beaucoup sur l’histoire de cette région, sur le Peuple Arménien, sa grandeur, son courage.


ANI

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mots-clés : #historique #voyage
par Bédoulène
le Dim 11 Déc - 16:03
 
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Sujet: Takvor Takvorian
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Joseph O'Connor

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 10 97828510

L'Etoile des mers

Difficile de résumer tellement ce livre est riche. Et également un véritable enseignement. La Grande Famine sévit en Irlande en 1845-1850. Le mildiou, la maladie de la pomme de terre, cause de cette famine, a eu raison de ceux qui n'avaient rien d'autre à manger. Pour survivre, les Irlandais qui ont pu économiser le prix du voyage ont pu migrer en Amérique. Les autres n'auront pas eu cette chance. Le bateau, L'Etoile des mers, un rafiot est plein à craquer. Les pauvres se piétinent sur l'entrepont et la maladie, la famine et l'hiver en mer font encore des ravages. La mort est quotidienne. Les riches, eux, sont en première classe...

Le sujet du livre c'est l'histoire de la famine qui a ravagé l'Irlande mais dans ce roman, il y a des intrigues, une histoire de trahison et de vengeance, de prix à payer, des histoires d'amour terribles qui tiennent le lecteur en haleine.

Les personnages ont un lien entre eux : Pius Mulvey, margoulin et criminel, Lord Kingscourt et son épouse, Marie Duane leur bonne... Dixon, le journaliste et le narrateur ayant été présent à bord, qui nous parle de leur existence durant les années qui précèdent l'embarquement et les comptes qu'ils vont avoir à régler. Plusieurs voix s'expriment tour à tour, aussi celle du capitaine du navire qui témoignera lui aussi de la traversée, comme Dixon, des années après.

La structure du livre est originale malgré une écriture plutôt classique, et documentée, avec des titres de chapitres comme on les organisait à la fin du XIXe-début XXe siècle. O'Connor nous livre des illustrations, des citations, un article de journal, des lettres et témoignages... Un grand roman à mes yeux. Une aventure tragique.


mots-clés : #historique
par Barcarole
le Sam 10 Déc - 19:30
 
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Hans Magnus Enzensberger

HAMMERSTEIN OU L' INTRANSIGEANCE

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 10 Hammer10

Je vais essayer de parler de ce livre en évitant les redites, mais en insistant quand même sur ce qui fait l' interet unique de ce livre de ce livre et de ce qu' il m' a appris.

En tant que document historique, je me suis rendu compte que ce que je savais sur L' Allemagne des années  30 et 40, et qui précédèrent la guerre, était pratiquement nul.
Que j' ignorais aussi les liens militaires qui lièrent L'URSS et l' Allemagne.
Je me souvenais à peine de l'importance du Traité de Versailles qui avait sanctionné l'Allemagne en 1918. Et j'ignorais que l'Allemagne avait cherché à contourner le Traité en essayant de  reconstituer une armée grâce à l'URSS.
On était encore  loin du ¨Pacte Germano Soviétique.

Les Anglais et les Français imposèrent des conditions économiques et militaires draconiennes qui placèrent l'Allemagne dans une situation catastrophique. La république de Weimar dura peu et ne fit pas illusion sinon à l'étranger.
Il ne fallut que quelques années pour que l'Allemagne en crise profonde se laisse guider dans les pires voies. Comme l'écrit Enzensberger, les hommes politiques étaient tous dépassés par la  situation et Hitler en profita pour imposer sa démagogie et prendre le pouvoir.

Comme beaucoup sans doute, j'ignorais la position de l'armée allemande et  de ses dirigeants.
Et je me suis rendu compte que si Hammerstein et d'autres militaires de haut rang avaient réagi à temps, ils auraient pu arreter Hitler. Mais ils ont laissé passer l'occasion.

Enfin, je n' aurais jamais cru qu'un général en chef des armées, tel qu'il le fut officiellement Hammerstein, fut aussi courageux, déterminé, "intransigeant" face à un dictateur et son régime.
Il ne dut quand même échapper à la prison ou à l'exécution  qu'à un cancer non soigné qui le fit mourir en 1943.

Autre étonnement personnel encore que l'attitude de H. en tant que père de famille. Si ses filles lui reprochèrent une certaine distance pendant leur enfance, tous reconnaissent qu'il leur laissa  une indépendance d'esprit et d'action incroyables compte tenu de la situation et de l'époque. Tous d' ailleurs se montrèrent dignes de lui, chacun à sa façon et souvent en flirtant avec le communisme.
Et là comme ailleurs, Enzensberger, mieux que quiconque -en tout cas autrement- montre le rôle des communistes dans la clandestinité et leur efficacité.
Sauf que, ils étaient totalement manipulés par Moscou. Et que, en guise de récompense, ils furent presque tous emprisonnés et exécutés dans les années 3O.

C'était l' époque terrible où Staline inaugura une série de procès politiques qui liquida tous ses ex camarades bolcheviks. Il fit pire sur le plan militaire, en faisant exécuter pratiquement tout l'Etat Major de l' Armée Rouge. Près de 6000 hommes disparurent ainsi à quelques mois de l'entrée en guerre de l'Allemagne contre l'Union soviétique.

En tout cas, c'est à  travers les trois filles de Hammerstein et leurs relations avec leurs amis communistes qu' Enzensberg, intégrant à son récit l'histoire particulière des individus à celle de l'Histoire tout simplement.

Dans un dialogue imaginaire avec Helga, la troisème fille de Hammerstein, Enzensbeerger lui dit
"l'histoire de votre famille m'occupe parce qu' elle en dit long sur la façon dont on pouvait survivre sous le régime hitlérien sans capituler devant lui."

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mots-clés : #historique #regimeautoritaire
par bix_229
le Sam 10 Déc - 18:25
 
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Sujet: Hans Magnus Enzensberger
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Jean-Baptiste Labat

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 10 51k7ic10

Voyage aux Iles de l'Amérique (présenté par Daniel Radford)

Ce sont les mémoires du R.P. J.B. Labat qui a séjourné aux Antilles plusieurs années .
Ce moine dominicain est un personnage des plus actifs doué pour édifier, structurer, gérer un village, outre de donner les bénéfices qu’il pense, de la religion aux hommes qui peuplent ces îles, plus particulièrement la Martinique et la Guadeloupe. Mais il visitera aussi la Dominique, Saint Martin etc… au gré des acquisitions françaises et les îles coloniales de l’Espagne au gré des alliances des  pays.
Il dresse un inventaire étonnant des végétaux (forme, utilité, culture) des animaux (les nourriciers, les dangereux), cite même des recettes pour le manger et le boire, car le R.P. apprécie la bonne chère ( il y a d’ailleurs des accommodements à la règle du Carême) et il apparait que les îles étaient giboyeuses et poissonneuses.

Il consacre un chapitre aux cultures qui font la richesse des îles  : le sucre de canne et les sucrières, le cacao et le coton.

Il présente aussi pour les diverses communautés de gens leurs qualités et défauts, leurs mœurs et usages, les civilités  : les propriétaires sont français, les esclaves des noirs et les Caraïbes sont les indiens (ou sauvages comme certains les appellent)

Il ressort de ce récit que la mentalité des hommes, y compris le R.P. était très « macho »(les femmes ont été créées pour servir !)  et que l’esclavage était une chose normale, accepté comme nécessaire(le paiement des esclaves se fait en nature, le plus souvent le sucre en est la monnaie)
« Jamais les épouses ne doivent manger avec leur mari. Cette coutume, toute extraordinaire qu’elle paraisse d’abord, n’est pas trop sauvage.  Après quelque réflexion, elle m’ a paru remplie de bon sens et fort propre pour contenir ce sexe superbe dans les bornes du devoir  et du respect qu’il doit aux hommes. »
« Cependant, elles (les femmes Caraïbes)savent si bien leur devoir et le fond avec tant d’exactitude , de silence, de douceur et de respect  qu’il est rare que leurs maris soient obligés de leur en faire souvenir. » Grand exemple pour les épouses Chrétiennes , que l’on prêche inutilement. »
(dur à lire cela)
La sorcellerie est vivement réprouvé et le R.P. cite d’ailleurs des évènements passés et  certain qu’il a eu l’occasion de voir .

« A la fin pour leur faire voir que je ne craignais, ni le diable, ni les sorciers je crachais sur la figure (le marmouset) et la rompis à coups de pied.
Enfin je le fis mettre aux fers (l’esclave noir) après l’avoir fait laver avec une pimentade, c’est-à-dire avec de la saumure dans laquelle on a écrasé des piments et des petits citrons. Cela cause une douleur horrible à ceux que le fouet a écorchés, mais c’est un remède assuré contre la gangrène qui ne manquerait pas de venir aux plaies. Je fis aussi étriller tous ceux qui s’étaient trouvés dans l’assemblée. »

La guerre avec les Anglais était quasi permanente et les deux pays  avaient besoin de l’aide des Caraïbes pour faire pencher la balance en leur faveur.
Sur l’île de Saint Christophe le Sieur Coullet su convaincre les Caraïbes et les noirs  : « Après les avoir régalés et leur avoir offert maints présents, il les convainquit de rompre leur alliance avec les Anglais.  Ils s’empressèrent  alors de massacrer quelques uns de ces derniers qui tombèrent entre leurs mains et d’apporter leurs membres boucanés pour faire voir qu’ils avaient entièrement rompu avec nos ennemis. »

Déjà le R.P. me parait parler de surconsommation et d’écologie  :  La difficulté de leur chasse (il s’agit des oiseaux appelés diables) en conserve l’espèce qui serait détruite entièrement depuis fort longtemps, selon la mauvaise habitude des français, s’ils ne se retiraient pas dans des lieux qui ne sont pas accessibles à tout le monde. »
« La nonchalance ordinaire de nos insulaires qu’ils communiquent hélas aux européens »
(ceci est, toujours en vigueur)

Le R.P fut à plusieurs reprises atteint de la maladie de Siam (la fièvre jaune)il fut bien soigné et assez fort pour s’en sauver. Il n’hésite pas plus tard alors qu’il souffre de fièvre, d’enflure à se soigner lui-même avec des plantes.(teinture de Scamonée, raclures de mahot-cousin, tisane de bois de gayac et de fguine
Les Européens ont apporté en amérique des maladies comme la petite vérole notamment.

Un chapître évoque le tabac qui devient médicament, et parait-il soigne beaucoup de maux – le R.P. averti toutefois de se garder de tout excès, il est mentionné d’ailleurs qu’il est interdit en Turquie, en Perse.  Cette culture du tabac participera à l’établissement  de nos colonies et l’enrichissement pour le roi.
Café : à présent répandu dans le monde comme boisson  le RP.  A  un avis  laconique sur son utilisation « drogue nouvelle »  cependant sa culture a « sauvé » la Martinique qui ne disposait que de sucreries et peu nombreux étaient ceux qui savaient  bien faire.

Cacao : l’usage du cacao est très répandu aux Iles, les habitants le consomme à l’ordinaire ; en France c’est l’Infante d’Espagne qui a introduit cette boisson.

L’écriture  fait souvent sourire, le R.P. a-t-il un humour involontaire ?
« Cette femme était toute nue et tellement nue qu’elle n’avait pas deux douzaines de cheveux sur la tête. »
« Mais ce qui est bien plus admirable, c’est que sans discours et sans querelle ils se massacrent et se tuent  fort souvent. »
« l’arbre tomba enfin, sa curiosité fut satisfaite, mais il en porta la nouvelle en l’autre monde car il en sentit tout le poids. »
« Cette cérémonie (je leune de 30 à 40 jours) ne se pratique que pour le premier né ; autrement les pauvres maris qui ont cinq ou six femmes pourraient s’attendre à jeûner plus de Carêmes que les Capucins. »

C’est un récit très vivant, intéressant même s’il date, peut-être d’ailleurs  pour cette raison et parce que c’est l’Histoire des Iles, de cette France lointaine.
C’ est aussi une aventure, faune, flore, Caraïbes, Esclaves, hommes d’église, pirates……………


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mots-clés : #autobiographie #esclavage #historique #insularite
par Bédoulène
le Sam 10 Déc - 10:02
 
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Sujet: Jean-Baptiste Labat
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Mario Rigoni Stern

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 10 Rigoni10

L'histoire de Toenle/Storia di Toenle

Quelle vie Rigoni Stern nous décrit ici ! Et ce Toenle Bintarn a en plus vraiment vecu, et le livre n'est pas juste pure fiction. Il parle de cette région du haut plateau d'Asagio, la capitale des « Sept communes » dans la region de Vénise, un îlot d'une culture minoritaire, les Cimbres. La Grande Histoire et l'histoire personnelle de Toenle sont intimement liées dans cette région théoriquemment si isolée : Toenle y est né dans les années 30 du XIXème siècle quand cela appartenait à l'Autriche. Il servira sous l'empereur François-Josephe. Dans le cadre du Risorgimento la zone deviendra italienne. Ayant blessé un douanier lors d'un passage clandestin de la frontière avec des affaires, il doit dèsormais vivre caché : Avec le début du printemps il travarse toute l'Empire austro-hingroise, de la Galicie et la Hongrie jusqu'à la frontière russe, travaillant dans les mines, comme vendeur, chez des paysans ou des traffiquants… Mais à l'approche de l'hiver, donnant une sécurité relative dans sa patrie si isolée, il revient à la maison, retrouvant sa femme, ses enfants, et souvent un nouveau-né. Et les péripéties continuent jusqu'à un âge avancé...

Toenle va jamais être dupe face aux guerres et conflits; il en a vu des choses! Peut-être on retient les descriptions de la nature, si fortes chez l'auteur: elles vous restent, vous marquent à la lecture. Il y a qualeque chose de si authentique, de vrai. Mais sans difficultés on peut aussi discerner une bonne dose de critique envers la societé.

Souvent Rigoni Stern ne fait qu'effleurer un imae, un sujet. Là où d'autres auraient fait des descriptions sans fin, il brosse un portrait d'un homme originale, avec quelques coups de pinceau.

Quel auteur attachant, à recommander sans modération.


mots-clés : #historique #nature
par tom léo
le Jeu 8 Déc - 22:16
 
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Leo Perutz

Le cavalier suédois

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 10 41rqk610


J'ai été emportée par ce mélange de roman d'aventure et de conte fantastico-philosophique, où les hommes, au nom de l'honneur, partent à la guerre dans la froidure, où des pactes se signent avec des fantômes, où des cavaliers épuisés se reposent dans des auberges obscures, où un homme courageux sauve une orpheline éplorée, où une petite fille pétulante est visitée la nuit par l'esprit de son père, où un homme qui croit échapper à son destin finit par devoir expier sa faute.

Comme dans tous les contes, on peut faire une lecture au premier degré, se laissant emporter par les péripéties des aventures, les tempéraments fougueux, les amours passionnées. On peut aussi s'interroger sur l'identité, qu'est-ce qui fait qu'un homme est lui-même, dans quelle mesure peut-il changer son destin, où est la véritable droiture ?



(commentaire rapatrié)


mots-clés : #aventure #fantastique #historique
par topocl
le Jeu 8 Déc - 13:47
 
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Maurizio Maggiani

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 10 97827416

Le Courage du Rouge-gorge

C’est tout d’abord la couverture du livre qui m’a attirée :Acte sud a choisi un Paysage fantastique d’Iran du XIVè siècle. Ensuite, j’ai vu qu’il s’agissait d’un auteur italien et enfin le format oblong du livre me plaisait.
Bref, il fut acheté comme ça, sur un coup de tête ? marketing ? presse ?

Saverio Pascale est le fils d’émigrés italiens anarchistes, installés à Alexandrie d’Egypte pour fuir le fascisme. Sa mère morte alors qu’il était très jeune, il vit avec son mystérieux père, boulanger de son état, entouré d’autres italiens émigrés comme eux.
Saverio se laisse bercer par l’ambiance des quartiers de Ras-El Tin, la mer, les effluves des marmites sans songer au passé.
Ce qui déclenche toute l’histoire est, suite à la noyade du père, la découverte d’un petit recueil de poèmes bien caché dans un tiroir : Le Port enseveli de Giuseppe Ungaretti, texte qui suscite chez Saverio émerveillement et malaise.
Commence alors une période de questionnements et de doutes pour le jeune homme : quel était ce passé dont il ignorait tout ? Quel lien liait le poète et le boulanger ?

Saverio part en quête de ses origines, chemin inverse de celui de son père, route menant d’Alexandrie à Carlomagno ; volonté intime mais aussi collective.
Le jeune homme n’atteindra pas Carlomagno ; il croisera Ungaretti à Rome et cette rencontre furtive et bousculée aura pour conséquence de mettre fin au voyage.
Néanmoins le poète va faire remettre à Saverio un cadeau…

« Mon cher jeune homme,
Croyez-moi, je regrette beaucoup que nous ne puissions approfondir notre connaissance réciproque.
Je vous joins une petite surprise, que, je l’espère, vous pourrez utiliser plus utilement que moi-même.

Giuseppe Ungaretti
»

…un ancien document, note de frais de la condamnation pour hérésie d’un certain Pascal brûlé vif. Une énigme.

De retour en Egypte, débute pour Saverio une période de recherches, d’une part un nouveau voyage entre les livres et d’autre part la recherche intérieure, celle de son « port enseveli » qu’il croit approcher en pratiquant la plongée sous-marine.
L’euphorie grisante des profondeurs le pousseront à l’irraisonnable : Saverio sera victime d’une embolie pulmonaire et sera hospitalisé.

« Je m’appelle Saverio et je raconte cette histoire parce que c’est ce que veut le Dr Modrian. » (Première phrase du livre)
Le médecin veut le guérir par l’écriture et Saverio va raconter l’histoire de Pascal et Carlomagno ; c’est la réalité qui donne naissance au rêve, les histoires dans l’Histoire, c’est soi à travers les autres. Et de ce flou paraît une évidence : la vie, être vivant et là.

Saverio sort de l’hôpital malgré le Dr Modrian, abandonne l’histoire de Pascal pour vivre.
Ce sera poussé par ces amis et amis de feu son père qu’il racontera la fin de Pascal le brûlé vif, moment où les deux histoires se fondent : celle du passé (Pascal) et celle du présent (Saverio).


mots-clés : #famille #historique #immigration
par Cliniou
le Mer 7 Déc - 13:40
 
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Sujet: Maurizio Maggiani
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Carlos Fuentes

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 10 Produc17

La tête de l'hydre

Ce roman est un pur régal et une agréable surprise.

Après avoir été complètement emportée par le lyrisme de Terra Nostra, j'ai attendu pas mal de temps avant de revenir à Fuentes, craignant que cette première découverte supplante définitivement les autres, mais La tête de l'hydre, publié juste après le Grand Œuvre de Fuentes est à la fois réussi et incomparable !

Car si Terra Nostra réécrivait l'histoire dangereuse de l'Espagne du Siècle d'Or, La Tête de l'hydre est une variation moderne (datant de 1978) sur le Mexique, les conflits mondiaux et les terres d'influence. Donc rien à voir avec ma lecture précédente, hormis sans doute cette incroyable liberté de l'auteur !

Il n'est pas souvent donné à un lecteur d'assister à une naissance, ici il s'agit de la naissance d'un espion : Felix Maldonado dont le visage et le nom vont être tour à tour utilisés pour masquer et montrer sa présence. Felix est un petit fonctionnaire d'un petit ministère, il est plein d'ambition, d'orgueil et de rêve d'avenir. Il voyage entre trois grandes révélations féminines : Ruth son épouse, Sara son amour platonique et Mary sa sauvage maîtresse ; cette trinité va former le nœud de sa formation d'espion, chacune jouant un rôle de sainte et de démon au fil d'une narration trépidante et inattendue.

Inattendue, car à ma grande surprise, Fuentes n'écrit pas seulement un roman sur le Mexique mais aussi sur les juifs et sur Israël. Par la grâce du personnage de Sara, Felix (lui-même converti au judaïsme pour pouvoir épouser Ruth) découvre toute la complexité d'une situation intenable : car dans la bouche de la jeune femme, les questions sont sans voile : comment de victimes, les juifs sont-ils devenus des bourreaux ? Comment les juifs qui rêvaient de vivre libres dans un état démocratique et donc sans esclaves peuvent-ils traiter le peuple palestinien comme ils le font ?  Et aussi : comment les juifs vont-ils sortir de cette situation ?

A ces questions, torturantes, sans doute insolubles, en tout cas terrifiantes, chaque protagoniste apporte sa réponse, l'ultime étant sans doute qu'aucun clan, aucun camp ne possède le privilège de la Vérité, de la Justice et de l'honneur… Tous sont liés par la violence, la mort et le mensonge. Par le terrorisme, la torture et l'assurance d'être dans son droit.

Mais, il ne faudrait pas croire à la lecture de ce commentaire que ce roman est un roman tout noir, violent et sans espérance. Non. Ce serait méconnaître la liberté d'esprit de Fuentes, ses sauts et ses gambades revigorantes dans les arcanes merveilleux de la narration. Car ce Mexicain est capable de toutes les acrobaties liées au code affiché du roman d'espionnage (changement d'identité, infiltration, mensonges, masques et maquillages…) mais aussi à toutes les audaces, les crocs en jambe et les roulades d'un romancier émancipé, doué, innovant et joueur, capable de saisir son lecteur par le cou pour l'emmener au cœur d'une histoire rocambolesque à souhait et jubilatoire.

C'est donc avec un plaisir sans cesse décuplé que je me suis laissée entraîner à la suite de Felix dans les méandres humides et orageux de ce Mexique de légende et de modernité, cherchant à sauver son pays des accaparements extérieurs, déjouant les jeux intérieurs et risquant sa vie en déclamant des vers de Shakespeare ou des passages de Lewis Carroll.

A la fois roman total et roman élastique, La tête de l'hydre (qui porte parfaitement son nom) est un roman foisonnant, amoureux, politique et facétieux.

Bref : magique !


mots-clés : #historique
par shanidar
le Mar 6 Déc - 19:57
 
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Sujet: Carlos Fuentes
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Nicolas Gogol

Tarass Boulba

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 10 210
Portés par leur foi indéfectible en la religion orthodoxe, les Cosaques ont mené des guerres contre les  peuples d’autres religions, musulmane, catholique et juive. À travers le personnage de l’inflexible Tarass Boulba, Gogol raconte plus spécifiquement leurs combats  contre les Polonais au XVIe siècle.

(…) et tous, d'après le consentement des anciens, le kochevoï et les atamans des koureni, avaient résolu de marcher droit sur la Pologne, pour venger toutes leurs offenses, l'humiliation de la religion et de la gloire cosaque, pour ramasser du butin dans les villes ennemies, brûler les villages et les moissons, faire enfin retentir toute la steppe du bruit de leurs hauts faits. Tous s’armaient.


Il ne manque rien à ce récit pour en faire un parfait roman d'aventure tout à fait palpitant. Les cosaques sont des rustres assoiffés de guerre et d'eau-de-vie. Et si l'honneur, la fraternité, l'amour de « l’âme russe», l’appétit de vie sont leurs premiers commandements, il ne leur  manque  non plus ni l’avidité, ni la cruauté.

C'est une qualité propre à la race slave, race grande et forte, qui est aux autres races ce que la mer profonde est aux humbles rivières. Quand l'orage éclate, elle devient tonnerre et rugissements, elle soulève et fait tourbillonner les flots, comme  ne le peuvent les faibles rivières ; mais quand il fait doux et calme, plus sereine que les rivières au cours rapide, elle étend son incommensurable nappe de verre, éternelle volupté des yeux.


Mais l'auteur prête aussi à ces brutes sanguinaires, par moments, des doutes, de l'émotion, des questionnements, qui les rendent attachants. On croise au passage la trahison d’un fils, l'amour de la femme la plus belle du monde enfermée dans une ville rendue exsangue par un siège, des souterrains secrets, des combats spectaculaires, des cavalcades éperdues, des costumes resplendissants.
Ciel ! Que cela devrait être beau au cinéma !

C'est superbement écrit, Gogol nous mène de la splendeur des steppes ukrainiennes à des combats sauvages, dirige aussi habilement les entretiens privés et les émotions intimes que les mouvements de foule. Il y a de superbes envolées lyriques assez exaltées – et exaltantes :il suffit de lire cela avec une connivence amusée (même s’il n'est pas sûr que l'auteur y ait mis l’humour qu’on veut bien y mettre). C’est pathétique à souhait, tout à fait poignant, on n'a pas envie de lâcher une seconde cette histoire, ses rebondissements, ses déchirements.

Pour prendre pleinement plaisir à cette lecture, il faut cependant accepter un antisémitisme des plus primaires, qui semble être autant celui de Gogol que celui de son personnage.

(…)l'éternelle pensée de l’or, qui, semblable à un ver, se replie autour de l’âme du juif


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(commentaire rapatrié)


mots-clés : #historique
par topocl
le Mar 6 Déc - 15:36
 
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Sujet: Nicolas Gogol
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Philippe Huet

Philippe Huet
Né en 1942

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 10 Philip10

Philippe Huet est passionné depuis son enfance par le journalisme. Après ses 3 années d'études à l'ESJ Paris, il intègre le journal Le Havre Presse. Il a l'ambition de devenir grand reporter. Il obtient ce poste en entrant à la rédaction de Paris Normandie. Pendant quinze ans, il couvre de grands évènements tels que des déplacements présidentiels, le Tour de France, des guerres (notamment au Liban), des grands procès, ou encore la catastrophe aérienne d’Ermenonville du 3 mars 1974 où il arrive en premier sur les lieux.
En 1989, Philippe Huet démissionne de son poste de rédacteur en chef adjoint du journal Paris Normandie et entame, parfois en collaboration avec son épouse Elizabeth Coquart, une carrière littéraire qui inclura documents, œuvres biographiques, romans noirs et romans sociaux.

source : wikipedia.org

Bibliographie ::

L'ivresse des falaises
1994 : Quai de l'oubli
1994 : La main morte
1997 : La nuit des docks
1999 : Cargaison mortelle
2001 : Les démons du comte
2003 : Un jour sang
2003 : L'enfer du décor
2005 : Les quais de la colère
2006 : Souk à Marrakech
2011 : La poubelle pour aller danser
2012 : Nuit d'encre
2014 : Les égarés de la plage
2015 : Les émeutiers
2016 : le feu aux poudres

Ouvrages écrit en collaboration avec Élisabeth Coquard
1989 : Ma liberté dans l'église
1990 : Bourvil ou la tendresse du rire
1994 : Le jour le plus fou, 6 juin 1944, les civils dans la tourmente
1996 : Mistinguett : la reine des années folles
1997 : Le Monde selon Hersant
1999 : Les rescapés du Jour J
1999 : Vacances secrètes en Normandie
2004 : Stars et paquebots




(oooooh un fil inédit !)

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Le feu aux poudres

Le roman d'un contexte social extrêmement tendu. Au Havre en 1936 le chômage écrase ouvriers et dockers alors que les patrons alliés aux organisations d'extrême droite et anxieux d'une victoire prochaine du front populaire jouent  des épaules. Polyphonique à la troisième personne et documenté le roman narre un tournant de la lutte sociale dont le pivot est une grève chez Breguet (fleuron de l'aéronautique). Par petites touches l'auteur dévoile les conditions de vie et préoccupations des uns et des autres. Les espoirs des uns côtoient la marque indélébile de la grande guerre. Les craintes des autres sont alimentées par les nouvelles venues d'Amérique et de Russie. En toile de fond principale les quartiers pauvres et laborieux du Havre et le décalage avec le monde de ceux qui s'en sortent ou incarnent une humanité à la fois soucieuse et insouciante. Nous trouvons donc ici un journaliste amoureux qui est un pont entre ces mondes et qui voisine avec la figure de Céline. Pour la beauté des anecdotes mais aussi pour une humanité qui se perd en laissant s'échapper l'espoir.

Le genre d'espoir qui s'incarne dans la dignité de la solidarité et du combat pour le progrès social. Et toutes ces cartes ne sont pas mal jouées. Tout en s'appuyant sur une vision actuelle avec ses acquis ( ?) dans le monde du travail et dans l'égalité de droits entre hommes et femmes, le récit déroule un panorama assez large qui fait sentir que ce n'est pas si simple.

Certes la recette est visible et l'écriture n'est pas fracassante mais l'empathie et la volonté de détail et de représentation de plusieurs milieux font que ça vaut le détour. Et puis on ne peut pas se plaindre des personnages sympathiques qui font vivre cette tranche d'histoire populaire. Ca se lit tout seul et c'est instructif. Je ne dirais pas non à lire les précédents tomes de cette trilogie (je crois) !

Et puis Le Havre...


mots-clés : #insurrection #social #historique
par animal
le Lun 5 Déc - 22:35
 
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Sujet: Philippe Huet
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Louis de Bernière

La mandoline du capitaine Corelli

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La guerre a été pour moi une expérience qui a formé toute ma pensée, c'est le choc le plus profond que j’aie jamais subi, le drame le plus grave et le plus intime de ma vie. Elle a détruit mon patriotisme, changé mon idéal, elle m'a fait contester la notion même de devoir, elle m’a  horrifié et a fait de moi un homme triste.



Encore un roman qui unit fabuleusement l'Histoire et la petite histoire, et, sous l'égide d’Homère, nous fait traverser l'histoire de la Grèce de 1939 à la fin du  siècle, à travers les heures heureuses et malheureuses des habitants de Cephalonia, île qui fut radieuse, dans un souffle romanesque qui vous emporte de la page un à la page 680 sans aucune envie de jamais poser le livre.

Une bonne partie du roman porte sur la guerre, où l’Italie attaque la Grèce et n’ aurait dû en faire qu'une bouchée sans l’ arrogance et la mégalomanie du Duce, et l’impréparation de la campagne qu'il organisa., Mais Hitler veille , et s'ensuit une période d'occupation italo-allemande. Louis de Bernières entre dans l'intimité des Grecs, des Italiens, des Allemands, les soldats comme les civils, multiplie les points de vue, croise les destins pour nous offrir une histoire où le romanesque est toujours savamment dosé, emprunte au meilleur du roman populaire. Les personnages sont magnifiques avec un mélange de sagesse et de folie qui n'est pas étranger à la tendresse et la sympathie qu'on leur porte. Ils sont mené vers un destin voulu par les grands de ce monde, et essayent, à travers l’ horreur de la guerre de tirer à eux de petits moments de bonheur, vivre leur amour, préserver une part de liberté sans atteindre à leur dignité.

À mi-chemin entre A l’Ouest rien de nouveau, Roméo et Juliette, Le silence de la mer, c’est un roman extrêmement généreux et foisonnant, sombre à ses heures mais souvent très joyeux où l’humour reste  toujours en filigrane.

L'émotion commençait à le secouer un peu trop et il essaya de se contrôler. « Nous devenons sentimentaux. De vieux fous sentimentaux. »


Louis de Bernières a un style d'une grande fluidité, qui accélère et devient vif au moment opportun, tout en douceur et en émotions quand il le faut. Il n'est qu'à voir comme il porte en quelques pages l'enthousiasme aventureux et fraternel de jeunes gens partant à la guerre, jusqu'à leur désespoir complet devant l'absurdité absolue de l'atrocité des combats, en passant par le doute, l'amertume, la révolte,
ou les  pages où il nous présente le fameux capitaine Corelli, (que nous avons attendu courageusement 260 pages) où tout est dit en une seule scène de son charme, de son côté pitre comme de ses interrogations existentielles, et de sa mandoline car, une fois de plus, la musique constitue un étrange messager pacificateur.

Fortement sentimental sans être niais, ce roman historique est particulièrement réussi, on alterne le tragique et le drôle, l'émotion et le sourire,. C'est un livre beau et triste (j'ai bien failli pleurer dans mon casque) mais aussi joyeux, facétieux et captivant, le genre de livre à déconseiller aux faibles qui remettent à demain les obligations plus fastidieuses que la lecture : « Topocl, qu’as tu fait de tes deux jours de vacances ? » « Euh… j’ai lu ...!!!»



(commentaire rapatrié)


mots-clés : #deuxiemeguerre #historique
par topocl
le Lun 5 Déc - 20:31
 
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Sujet: Louis de Bernière
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Sebastian Barry

Les tribulations de Eneas McNulty

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Comme le monde est obscur et meurtri et profond.


Eneas McNulty est un Irlandais né avec le siècle, « un coeur ordinaire sans exigences fabuleuses ». Alors qu’il aspire au calme du foyer, sa vie va cependant être marquée d'un bout à l'autre de l’empreinte des combats de l'Irlande pour son indépendance. Parce que rêvant d'aventure, à l'âge de 16 ans, il s'embarque sur un bateau anglais, et sera donc désormais considéré comme traître, traqué, pourchassé au fil des décennies, par ceux-là mêmes qui furent les héros de son enfance, porteur d'une « peur pire que celle d'un enfant,(…) et plus noire que du goudron ». Il ne s'accordera  que quelques rares escales dans le bungalow irlandais de son Papa et de sa Maman, renoncera à l'idée même de la douceur d'une femme, et parcourra un monde de désolation…

Il repense un peu à sa vie et à l'endroit où il est né, et se demande s’il en a fait somme toute un tel gâchis ? N'a-t-il pas simplement vécu la vie qui lui était échue, sans avoir à choisir son camp davantage qu'un mulot lorsque la charrue de Dieu s’abat pour écraser son nid ?


Décidé à choisir le seul camp de son cœur pur, aspirant à un bonheur simple, Eneas McNulty est poursuivi par la tragédie de l'Histoire. La haine de ses poursuivants s’oppose à son humble fidélité. C'est un héros d'une touchante humanité, un homme bon pourrait-on dire, pris dans les mailles absurdes de l'absolutisme politique. On le suit donc dans un roman d'aventures teintées d'horreur et de mélancolie, marqué au coin de l’intolérance et de l'histoire. La prose de Sébastien Barry, d'une beauté souvent étrange,révèle une poésie à la fois sauvage et tendre, etsouffle sur cette  histoire tragique, haletante,  pour lui donner une ampleur à la fois solennelle et naïve.

À noter qu'on croise ici Roseanne, qui sera un des personnages-phares de Le testament caché que Sébastien Barry écrira dix ans plus tard.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #aventure #historique
par topocl
le Lun 5 Déc - 9:56
 
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Jean Rolin

Jean Rolin
Né en 1949


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Né(e) à : Boulogne-Billancourt , le 14/06/1949

Jean Philippe Rolin
est un écrivain et journaliste français. Il a reçu le prix Albert Londres pour le journalisme en 1988 et son roman "L'Organisation" a reçu le prix Médicis en 1996.

Fils d'un médecin militaire, il grandit en Bretagne et au Congo. Étudiant, il s'investit — tout comme son frère Olivier, de deux ans son aîné — dans la tendance maoïste de mai 68, au sein de l'Union des Jeunesses Communistes.

Journaliste, il a surtout effectué des reportages, notamment pour Libération, Le Figaro, L'Événement du Jeudi et Géo. Écrivain, il est l'auteur d'essais, de chroniques, de romans et de nouvelles.

Jean Rolin, écrivain voyageur
, est un grand mélancolique, il décrit souvent des mondes, des sociétés et des solidarités qui disparaissent, Terminal Frigo en est sans doute l'exemple le plus beau et le plus flagrant, évoquant les chantiers de Saint-Nazaire où l'auteur milita pour la gauche prolétarienne.

En 2006, il reçoit pour son livre "L'Homme qui a vu l'ours" le prix Ptolémée lors du 17e Festival international de géographie de Saint-Dié-des-Vosges.

En 2013, il reçoit le prix de la langue française.
"Un chien mort après lui" en 2009 et "Le ravissement de Britney Spears" en 2011 publiés chez POL montre son éclectisme.

Source : Wikipédia

Bibliographie

1980  : Chemins d’eau
1982 : Journal de Gand aux Aléoutiennes (prix Roger-Nimier)
1983 : L’Or du scaphandrier : Page 1
1984 : L’Avis des bêtes
1986 : Vu sur la mer
1988 : La Ligne de Front (prix Albert-Londres)
1989 : La Frontière belge : Pages 5
1994 : Cyrille et Méthode
1994 : Joséphine : Page 2
1995 : Zones : Page 2
1996 : L’Organisation (prix Médicis) :  Page 1
1999 : Traverses :  Page 1
2000 : Campagnes : Page 2
2002 : La Clôture (Prix Jean-Freustié) :  Page 1
2003 : Chrétiens
2005 : Terminal Frigo :  Page 1
2006 : L’Homme qui a vu l’ours
2007 : L’Explosion de la durite :  Page 1, 2
2009 : Un chien mort après lui :  Page 1
2011 : Le Ravissement de Britney Spears :  Page 1
2013 : Ormuz :  Page 1, 2
2015 : Les Événements : Page 2
2015 : Savannah :  Page 1, 2, 3
2016 : Peleliu : Page 1
2018 : Le traquet Kurde : Pages 4

Essai
2012 Dinard, essai d’autobiographie immobilière : Page 2
màj le 15/10/2018





La clôture

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Précision : La clôture est une rue qui se situe sous le ventre du Bd Ney et le périphérique

J’ai compris dès les premières pages qu’ il me faudrait un plan des rues de Paris dans le secteur pour comprendre les errances des divers personnages du livre et les recherches de l’auteur.  Les personnages ne sont pas fictifs ; l’auteur accompagne son récit d’une analyse( ?) sur le Maréchal Ney.

En effet l’auteur a le « projet assez vaste et confus d’écrire sur le maréchal Ney du point de vue du boulevard qui porte son nom. Ou, ce qui revient au même (au moins sous le rapport de l’ampleur et de la confusion) d’écrire sur le boulevard qui relie la porte de Saint-Ouen à la porte d’Aubervilliers, mais du point de vue présumé du maréchal Ney. » ce qui appelle de ma part une première remarque : l’auteur présume souvent des pensées ou actes des personnages qu’il  les fréquente ou pas.  Puisque c’est son écrit je lui en reconnais  le droit, mais cela m’a fait sourire parfois.

J’ aime son écriture très « visuelle » son ton où même dans l’ironie, dans la critique  se dévoile beaucoup d’humanité. C’est certainement cette qualité qui lui a permis de recueillir les paroles de ces personnes déshéritées, réprouvées durant ses incursions dans leur milieu de vie.

Il faut beaucoup de détermination, de lectures (celles des biographies sur le Mal Ney) et encore plus d’imagination   pour  transposer  dans le Paris du 21ème siècle les lieux  où se sont déroulées les plus importantes batailles du règne de Napoléon, où s’est  tour à tour illustré ou incliné l’un de ses Maréchaux et le faire resurgir  du passé.

La vision photographique  de ce secteur de Paris est un atout dans ce récit ; constructions en bordure  des voies et des berges qui  s’étalent , et le Bd du Mal Ney qui  longe le périphérique. Les lieux deviennent  plus précis  et utiles  à la compréhension quand l’auteur les nomme  et les situe  (bar, hôtel, immeuble…)

le lecteur suit  l’auteur jusqu’à  rencontrer Ney et  en chemin  faire  connaissance avec Gérard, Daniel, Roger, Lito ; s’arrêter  là où a été assassinée une prostituée, puis une autre et même  découvrir  sur un talus un chien mort.

Ce qui m’a interpellée c’est le fait qu’à 2 reprises (passages en italiques) l’auteur  décrit  un homme  à la  fenêtre  et ce qu’il aperçoit ;  j’ai pourtant l’impression qu’il s’agit de lui-même : pour quel effet ?

Bon si je m’égare un peu c’est qu’il y a tant de choses à dire, mais surtout que j’ai trouvé là un écrivain que je vais suivre.

ps J'aimerais aussi connaître le rapport de Rolin au chien, présent dans beaucoup de ces livres.

Extraits :


« La première  nuit où je pars à la recherche de la rue de la Clôture, je suis avec Lancien, dans la 405 blanche – blanche mais crade – qu’il possède à l’époque. Lancien est d’assez petite taille, moustachu, il porte ce soir-là un blouson de cuir, je suis quant à moi d’assez grande taille, le front largement dégarni, mal rasé et vêtu d’un imperméable sombre. Je ne donne ces détails morphologiques et vestimentaires qu’afin de faire ressortir la ressemblance, fortuite mais évidente, que nous présentons avec un couple de vieux flics patrouillant à bord d’une voiture banalisée. »


« Les Albanaises, au nombre de quatre ou cinq, s’y tiennent, par roulement, à raison d’une équipe de jour et d’une équipe de nuit, avec de brèves interruptions. »


« De nos jours, il pourrait du moins allumer la télé – sans doute l’auberge de la pomme d’or serait-telle abonnée à canal +, faute de quoi resterait toujours M6 – pour regarder pendant quelques minutes un spectacle sexy ou rigolo et se  changer les idées. Mais il n’y a pas de télévision à l’auberge de la pomme d’or, pas plus qu’il n’y aura de journalistes, demain matin, sur la place où il devra s’adresser à ses troupes. En ce temps -là, les gens n’avaient même pas la ressource de lire l’éditorial de la rédaction du Monde pour savoir comment il convenait de penser ou d’agir. »


« Au pied de l’hôtel, à l’angle de la rue Emile-Raynaud et de l’avenue Jean-Jaurès, un piège à pauvres d’un modèle inédit vient d’être mis en place : il s’agit d’un mini-casino automatique, accessible vingt-quatre heures sur vingt-quatre, et débitant des produits de base – sandwiches, boissons en boites, papier-cul, yaourts aux fruits, protections périodiques, œuf de lump ou pâtée pour chien – à des prix vraisemblablement prohibitifs : afin de m’éviter des poursuites de Casino, je précise que je n’ai pas vérifié ce point. ………………. – des curieux se pressent devant le dispositif, qui comme la plupart des choses nouvelles présente au moins l’avantage d’abolir superficiellement toute différence de race, de classe ou d’âge. »


»La population de Sheffield, ou du moins la masse de celle-ci, manifestant encore des réticences à s’acquitter de son devoir de culture, la Graves Art Gallery demeure un séjour agréable, où l’on peut accéder sans faire la queue, regarder ou non les œuvres exposées, rêvasser, écouter craquer sous ses pas les lames du plancher. »


« ….on avait élevé un haut mur en parpaings entre le talus au chien mort et la déchetterie sis à l’angle du boulevard Macdonald, dressé le long des voies ferrées de nouvelles clôtures – bien qu’inévitablement elles dussent être forcées presque aussitôt – ou prolongé de quelques travées anti-putes le mur antibruit protégeant l’angle nord-est du parc de la Villette. Tout ce secteur de Paris offre d’ailleurs de nombreux exemples des techniques mises en œuvre par la société pour rendre moins visibles, plus furtifs, des maux qu’elle a depuis longtemps renoncé à prévenir ou à combattre. »


« Il n’y avait parmi eux qu’une seule femme, apparemment africaine, âgée peut-être d’une trentaine d’années, vêtue avec élégance, assise sur une couverture à l’intérieur de cette espèce de tuyau que doivent emprunter les impétrants. Ses lunettes sur le nez, elle était plongée dans un livre, et, même en faisant la part des choses – même en tenant compte de la nécessité,  pour la lectrice, de se composer une attitude susceptible de tenir à distance les emmerdeurs -  on aurait aimé savoir quel était ce livre , et ce qu’il avait pour mériter d’être lu dans des conditions si précaires. »

il y a même de l'empathie pour le Mal Ney (voir son commentaire sur le tableau de son exécution par Gérôme), qu'il a choisi aussi parce que :

"Si sujet à caution que soit le témoignage du général Bonnal et dans une moindre mesure celui de Lavalette, il me plait que l'un et l'autre attestent la présence au chevet de Ney de la danse et de la musique champêtres, d'abord sous les murs de Mayence, au moment où son destin prend forme, puis derrière ceux de la Conciergerie alors qu'il est sur le point de s'accomplir. Car ce fond sonore un peu niais, si éloigné de l'idée que l'on se fait d'un maréchal d'Empire, indique au moins dl'une des sources de mon inclination pour celui-ci de préférence à toute autre."


Ney joue d'ailleurs de la flûte.



"message rapatrié"


mots-clés : #historique #social
par Bédoulène
le Dim 4 Déc - 22:49
 
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Sujet: Jean Rolin
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