Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Sam 7 Déc 2019 - 19:05

206 résultats trouvés pour historique

Daniel Defoe

Ah ben c'est qu'on se bidonne par ici ! pirat

J'en profite :

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 2 Blackb10

Barbe Noire

Les Chemins de fortune, Histoire générale des plus fameux pyrates I

  Une anthologie de la piraterie ? Passé la très solide préface (de Michel Le Bris)qui a elle seule, s'intéressant à l'histoire du texte, avant et après publication, comme à l'auteur, tient déjà du roman d'aventure ou du presque fantastique et nous mets en état de lire la suite... On n'est mis tout de suite dans le bain. L'auteur doit se défendre de toute apologie et clamer le sérieux de ses sources avant d'attaquer par le menu les histoires des plus fameux pirates qui ont écumé les océans de Madagascar à Terre-Neuve en passant par les Caraïbes et l'Afrique Occidentale au début du XVIIIème siècle. Et une rapide synthèse des "parentés" entre équipages.

  De l'exotisme au menu donc. Et une série de récits portés sur l'énumération tous aussi édifiants et répétitifs les uns que les autres. Répétitif ça l'est et pourtant on ne se lasse pas vraiment, et on ne peut pas dire qu'un puissant souffle romanesque habite les pages, puisque le texte se veut documentaire. Certes quelques dialogues et quelques formes indirectes qui font travailler l'imaginaire...

  Mais pourquoi reste-t-on accroché à ce point ? Le schéma de base est le suivant : un équipage se mutine ou s'enfuit, il attaque d'autres bateaux et s'empare des marchandises de valeurs, voire du bateau lui-même et plus ou moins de gré ou plus ou moins de force une partie de l'équipage rejoint les pirates. Petite pause pour retaper les bateaux et les hommes et c'est reparti, jusqu'à constituer de petites flottilles de pirates qui n'hésitent pas à remonter les fleuves ou à attaquer des forts et des villes ! Plus ou moins cruels et filous les équipages se séparent, s'entretuent ou finissent par se faire coincer par des navires de guerre.

  Le bouquin aime bien raconter les procès faits aux pirates et leur absence de repentir ou le réveil d'une foi fervente à l'aube de la pendaison. Il est vrai qu'il y aurait de quoi faire des pages colorées avec ça entre les scènes de débauches ou de détresse les plus extrêmes, c'est que les erreurs de navigation et le manque d'eau douce ou de vivres ne sont pas rares.

  Le compte n'y serait pas encore. En effet notre auteur est assez retors, il suscite chez nous la fascination et un semblant de sympathie pour ces brutes de toutes nationalités et origines sociales. Ils nuisent au libre commerce des Anglais surtout, mais aussi des autres Espagnols, Portugais, Français mais pas seulement. Le commerce pas toujours légal des êtres humains se porte bien, les arrangements légaux divers aussi, les amnisties sont parfois bien pratiques... et le marin exploité n'est pas toujours le plus coquin et généralement pas le mieux nourri ou le mieux traité. Les volontaires pour tenter de changer de vie sont donc assez nombreux. Quelle vie alors ? Une égalité un peu rustique et parfois violente mais ou chacun aurait voix au chapitre. Des fois ça va mieux que d'autres et certains pirates semblent plus humains. On trouve aussi la tentation une fois fortune faite de se poser à terre pour profiter et vivre "normalement". (On observe aussi en filigrane et bien soulignée par la préface la question de la foi et de la liberté de culte qui a poussé à aller vivre à l'autre bout du monde une part non négligeable de "réformateurs" (je ne sais pas si le terme est juste et mes lacunes en histoire font le reste). ça tient aussi de l'étude de société alternative, de tentatives de sociétés alternatives.

 Le compte rendu est chronologique et il est amusant de suivre la progression du propos, plus lâche, la condamnation apparait moins lourde alors que les crimes sont de plus en plus barbares... et que les récits se rapprochent toujours plus de l'Europe et de l'Angleterre !

Cette somme attribuée au Capitaine Charles Johnson, ou pseudonyme pour Daniel Defoe est réputé être la principale source d'histoire (historique) et d'imaginaire pour ces pirates, mélangeant joyeusement les deux. Ce qui rend la chose encore plus particulière bien que l'effort documentaire sérieux semble avéré.

  Bizarre comme lecture, déroutant, étonnant, une sorte d'à côté du romanesque et d'à côté de l'historique, ou un docu-fiction avant l'heure et savamment tordu ?


Mots-clés : #criminalite #documentaire #historique
par animal
le Lun 8 Avr 2019 - 21:54
 
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Sujet: Daniel Defoe
Réponses: 13
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Ryszard Kapuscinski

Voyages avec Hérodote

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 2 Voyage14


Après une enfance pauvre dans Varsovie pendant la Seconde Guerre mondiale, le jeune Kapuściński devient journaliste et est envoyé en Inde avec comme seul viatique les Histoires d’Hérodote. Ce récit autobiographique mêle souvenirs de Pologne, impressions de voyage et commentaires sur Hérodote.
Dans l’Inde infinie, à la misère incommensurable, son éducation communiste le fait se sentir solidaire des pauvres, et révolté des abus sociaux. Et l’empreinte est profonde :
« Mais quel rapport avec Hérodote dont le livre avait été écrit deux mille cinq cents ans plus tôt ? Il faut croire que ce rapport existait, puisque, en ce temps-là, toute notre pensée, toute notre manière de regarder et de lire le monde se trouvaient dominées par la hantise de l’allusion. Le moindre mot était équivoque, avait un double sens, cachait un sous-entendu, une acception mystérieuse, la moindre expression contenait un code secret habilement dissimulé. Rien n’était comme dans la réalité, clair et univoque, chaque objet, chaque geste et chaque mot renvoyaient à un signe allusif, à un clin d’œil de connivence. Celui qui écrivait avait du mal à atteindre le lecteur non seulement parce que en chemin son texte risquait d’être confisqué par la censure, mais aussi parce que, dans le cas où il arrivait à bon port, il faisait l’objet d’une interprétation totalement différente de celle que son auteur lui avait donnée. En le lisant, le lecteur se posait constamment la question : "Mais qu’a réellement voulu dire l’écrivain ?" »

Puis c’est la Chine de Mao, puis l’Égypte, le Soudan, puis le Congo, puis l’Iran, l’Éthiopie, la Tanzanie, l’Algérie, le Sénégal…
Malheureusement Kapuściński ne parle guère de ces pays et de ses expériences de reporter, mais beaucoup de sa lecture d’Hérodote, et se pose beaucoup de vaines questions qui apportent peu…
Intéressants aperçus cependant de la première démocratie :
« "Pour les Athéniens, la déroute de Milet est un coup terrible. Lorsque Phrynicos fit jouer son drame, La Prise de Milet, l’auditoire tout entier fondit en larmes" (Hérodote). Le dramaturge fut sanctionné par une amende draconienne de mille drachmes et mis à l’index, car les autorités de la ville d’Athènes estimaient que le but de l’art consistait à remonter le moral du public tout en le distrayant et non pas à raviver ses blessures. »




Mots-clés : #autobiographie #historique
par Tristram
le Ven 5 Avr 2019 - 16:37
 
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Sujet: Ryszard Kapuscinski
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Akira YOSHIMURA

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 2 Yoshim10

La Guerre des jours lointains

Ce romanl baigne de bout en bout dans une atmosphère sinistre de fin du monde.
C' est à peine exagéré, car le Japoni vit les derniers temps de la 2e Guerre mondiale sous les bombes, larguées par les B 29 américains sur les
populations civiles.
Et ensuite la bombe atomique larguée sur Hiroshima et Nagazaki.

C'est dans cette atmosphère-là, qu'un homme, un jeune militaire japonais, essaie de se soustraire au jugement de l'autorité occupante des américains.
Il a exécuté un prisonnier, un homme d'équipage américain dont l'avion a été abattu.
Son action est horrible, injustifiable, mais commise sous le coup de la colère et de l'impuissance, après avoir vu les bombardements aveugles
sur son pays.
Plus que le remords, c'est la peur qui le domine : la peur de la mort.
Son arrestation après une fuite éperdue de deux années, mettra fin à ses craintes incessantes et à son indécision.

Dans ce roman terrible, ce sont les sentiments primaires qui dominent :
la vengeance, la sauvagerie, la lacheté, la nécéssité de survivre à tout prix.
Ceci dit, j'ai préféré Le Convoi de l'eau dont Baleine a excellemment parlé.

Citation :

"J’aime particulièrement Le convoi de l’eau, et, dans une mesure un peu moindre, Naufrages. Ces deux romans me semblent appartenir à la même veine : l’action se déroule dans un Japon rural imaginaire, plus ou moins hors du temps (malgré quelques indications, surtout dans Le convoi si j’ai bonne mémoire, les villages décrits semblent figés dans le passé). Je trouve que Yoshimura excelle lorsqu’il choisit ces décors… son écriture un peu froide acquiert un caractère ethnographique vraiment étonnant, qui est particulièrement intéressant lorsqu’on est dans la contemplation de ‘l’autre dans son pays."

Mots-clés : #culpabilité #deuxiemeguerre #historique
par bix_229
le Mer 3 Avr 2019 - 18:44
 
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Sujet: Akira YOSHIMURA
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Emmanuel Le Roy Ladurie

Montaillou : village occitan de 1294 à 1324

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 2 Montai11

C’est à cause d’Arturo et de Bix que je me suis replongé dans cet extraordinaire ouvrage publié en 1975.
Le livre est très dense et fait plus de 600 pages. Je ne sais si je le relirais entièrement, aussi je laisse ce fil en attente.
Je le conçois à vrai dire comme un « work in progress », me permettant au fil des chapitres d’en faire quelques résumés et réflexions personnelles. Ce sera, je pense, moins indigeste pour le lecteur. Bien entendu je serais heureux d’éventuels intervenants.
Sources
En bon historien, Emmanuel Le Roy Ladurie présente d’abord ses sources. Elles sont nombreuses, mais y figure un document tout à fait exceptionnel, le Registre d’inquisition de Jacques Fournier, conservé au Vatican.
Jacques Fournier, futur pape Benoît XII, aux origines modestes, devient moine cistercien et monte à Paris étudier à Paris où il devient docteur de l’Université.
En 1317, reconnu par son érudition et sa rigueur, il est nommé évêque de Pamiers.
C’est dans cette période qu’il va intervenir à Montaillou.
Le village, situé en Haute-Ariège, est régulièrement « infesté » par les hérétiques de tradition cathare.
Jacques Fournier va former avec les dominicains de Carcassonne un formidable tribunal d’Inquisition qui va fonctionner jusqu’au départ de Jacques Fournier pour l’évêché de Mirepoix en 1326. La principale cible du tribunal est le pays de Sabarthès et notamment le village de Montaillou.
Jacques Fournier est décrit comme un vrai Maigret, obsessif de la vérité, interrogeant sans relâche les prévenus. Il n’emploie que peu la torture, mais arrive à ses fins à force d’interrogatoires et d’investigations.
La transcription de ces séances du tribunal offre une vision très réaliste de ce que pouvait être une petite communauté paysanne des contreforts pyrénéens au tournant des 13 et 14e siècles.


Mots-clés : #historique #religion
par ArenSor
le Mer 27 Mar 2019 - 18:53
 
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Sujet: Emmanuel Le Roy Ladurie
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Daniel Mendelsohn

Les Disparus

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 2 Les-di10

Très tôt dans l’ouvrage, les commentaires du commencement de la Torah, l’origine du monde et le début de l’histoire de l’humanité, le présentent comme une sorte de travelling du général au particulier, procédé choisi par souci de raconter une histoire particulière pour représenter l’universelle. Une intéressante glose de la Bible se déroule en parallèle de l’enquête de l’auteur, insérée en italiques comme tout ce qui est externe à son cours, et concernant notamment les annihilations divines (le déluge, Sodome et Gomorrhe) ; on apprend aussi qu’Abraham, le premier Juif, s’est enrichi comme proxénète de sa propre femme auprès de Pharaon (IV, 1)…
Daniel Mendelsohn revient sur les mêmes points, répète les mêmes choses, cite plusieurs fois le même document ou le même extrait dans une sorte de délayage qui ne m’a pas toujours paru approprié ou plaisamment effectué ; de plus, l’ouvrage fait 750 pages, et c’est long. Peut-être est-ce calqué sur la forme litanique de lamentations du type kaddish, comme le livre éponyme d’Imre Kertész ; il est vrai que par contraste les témoignages précis (et horribles) marquent d’autant plus. En tout cas, on peut s’attendre à des moments d’ennui ou d’agacement avec d’être totalement pris par les attachantes personnes rencontrées dans cette quête étendue dans le temps et l’espace.
Les Disparus, c’est ceux (personnes et culture) dont il ne reste apparemment rien et dont Mendelsohn tente de retrouver trace, mais c’est aussi beaucoup l’histoire de sa parentèle ; le goût prononcé pour la famille et la généalogie, un peu désuet voire étonnant pour certains.
Ce livre, c’est encore comment conter, le compte-rendu de l’élaboration de sa narration, la transmission des faits de la Shoah par les petits-enfants des témoins ; focus et importance des détails.
« Un grand nombre de ces fêtes [juives], je m'en étais alors rendu compte, étaient des commémorations du fait d'avoir, chaque fois, échappé de justesse aux oppressions de différents peuples païens, des peuples que je trouvais, même à ce moment-là, plus intéressants, plus engageants et plus forts, et plus sexy, je suppose, que mes antiques ancêtres hébreux. Quand j'étais enfant, à l'école du dimanche, j'étais secrètement déçu et vaguement gêné par le fait que les Juifs de l'Antiquité étaient toujours opprimés, perdaient toujours les batailles contre les autres nations, plus puissantes et plus grandes ; et lorsque la situation internationale était relativement ordinaire, ils étaient transformés en victimes et châtiés par leur dieu sombre et impossible à apaiser. » I, 2

« …] écrire ‒ imposer un ordre au chaos des faits en les assemblant dans une histoire qui a un commencement, un milieu et une fin. » I, 2

« Nous ne voyons, au bout du compte, que ce que nous voulons voir, et le reste s'efface. » I, 2

« Mais, en même temps, qui ne trouve pas les moyens de faire dire aux textes que nous lisons ce que nous voulons qu’ils disent ? » II, 1

« La première Aktion allemande, a commencé Bob, qui voulait que je comprenne la différence entre les tueries organisées des nazis et les vendettas privées de certains Ukrainiens, ceux qui avaient vécu avec leurs voisins juifs comme dans une grande famille, comme m'avait dit la gentille vieille Ukrainienne à Bolechow, a eu lieu le 28 octobre 1941. » III, 2

Curieuse reconnaissance de la judéité chez quelqu’un, ici par un autre juif :
« Quelqu'un en uniforme français, et je me suis approché de lui, et il avait l'air d'être juif. » III, 2

Francophobie, ou french bashing ?
« (Le rabbin Friedman, au contraire, ne peut se résoudre à envisager seulement ce que les gens de Sodome ont l'intention de faire aux deux anges mâles, lorsqu’ils se rassemblent devant la maison de Lot au début du récit, à savoir les violer, interprétation que Rachi accepte placidement en soulignant assez allègrement que si les Sodomites n'avaient pas eu l'intention d'obtenir un plaisir sexuel des anges, Lot n'aurait pas suggéré, comme il le fait de manière sidérante, aux Sodomites de prendre ses deux filles à titre de substitution. Mais, bon, Rachi était français.) » V

« Parfois, les histoires que nous racontons sont les récits de ce qui s'est passé ; parfois, elles sont l'image de ce que nous aurions souhaité voir se passer, les justifications inconscientes des vies que nous avons fini par vivre. » IV, 1

« …] plus nous vieillissions et nous éloignions du passé, plus ce passé, paradoxalement, devenait important. » IV, 2

« …] les petites choses, les détails minuscules qui, me disais-je, pouvaient ramener les morts à la vie. » IV, 2

« Les gens pensent qu'il n'est pas important de savoir si un homme était heureux ou s'il était malheureux. Mais c'est très important. Parce que, après l'Holocauste, ces choses ont disparu. » IV, 2

« …] la véritable tragédie n'est jamais une confrontation directe entre le Bien et le Mal, mais plutôt, de façon plus exquise et plus douloureuse à la fois, un conflit entre deux conceptions du monde irréconciliables. » V

« Il n'y a pas de miracles, il n'y a pas de coïncidences magiques. Il n'y a que la recherche et, finalement, la découverte de ce qui a toujours été là. » V



Mots-clés : #antisémitisme #campsconcentration #communautejuive #devoirdememoire #entretiens #famille #genocide #historique
par Tristram
le Sam 23 Mar 2019 - 20:29
 
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Sujet: Daniel Mendelsohn
Réponses: 38
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Le One-shot des paresseux

Tout ce que je suis d'Anna Funder

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 2 41hi4f10

Berlin,1933, leur vie bascule. Militants anti-nazis, persécutés, exilés, la photographe Ruth Becker, son mari Hans, l'écrivain socialiste Ernst Toller et son amante, l'ardente Dora, tentent depuis Londres d'alerter le monde sur la menace hitlérienne – en vain. Leur fraternité vacille, Dora est assassinée. Soixante-dix ans après, exhumant les Mémoires d'Ernst, Ruth se souvient... Inspiré d'une histoire vraie, ce magnifique roman d'amour et d'espionnage tisse les destinées tragiques de ces héros de l'ombre dans un hommage virtuose


Juste pour vous parler de ce roman, qui finalement n'en est un que pour la narration, mais qui parle de l'Allemagne de 1914 à 1939, des mouvements pacifistes, en retraçant l'action de personnages réels et qui ne laisse qu'une envie : celle de lire les écrits d'Ernst Toller pour mieux comprendre comment une nation peut ainsi basculer.

Du roman à l'essai autobiographique.


mots-clés : #historique #politique #regimeautoritaire
par kashmir
le Jeu 7 Mar 2019 - 18:52
 
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Sujet: Le One-shot des paresseux
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Olga Tokarczuk

Les livres de Jakob  

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 2 51t02m10
sur la couverture duquel on peut lire:
Les livres de Jakob ou Le grand voyage à travers sept frontières, cinq langues, trois grandes religions et d'autres moindres : rapporté par les défunts, leur récit se voit complété par l'auteure selon la méthode des conjectures, puisées en divers livres, mais aussi secourues par l'imagination qui est le plus grand don naturel reçu par l'homme. Mémorial pour les Sages, Réflexion pour mes Compatriotes, Instruction pour les Laïcs, Distraction pour les Mélancoliques


Nous sommes à la fin du XVIIIème siècle, période où les esprits recherchent à chambouler des conceptions du monde prétendument acquise. Chez les juifs polonais, c’est la saturation face a la misère, aux pogroms, à l’exclusion et, si des messies s’autoproclament à tous les coins de rue, Jakob Frank va déclencher un mouvement hérétique qui mènera des dizaines de milliers de Juifs à la conversion au catholicisme. Mais quel est donc cet homme si peu ordinaire, si charismatique, mais aussi pervers, jouisseur, tyran à l’ego démesuré, jusqu’à en être malsain, dont la secte est un grand bordel, au sens propre du terme. Les catholiques initialement réjouis de voir toutes ces brebis égarées rejoindre le droit Chemin, démantèlent peu à peu la supercherie, et les revoilà repartis pour  l’exclusion et la persécution.


C’est l’occasion pour Olga Tokarscuz non seulement de raconter par le détail les jours heureux et malheureux de cette secte si particulière, mais aussi de dresser un portrait d’une société polonaise multiple et  multiculturelle. Dans un récit d’une puissance à la hauteur de la tâche assignée, cela  foisonne, cela fourmille, les gens comme les idées voyagent, les odeurs palpitent, les climats marquent les faits de leur empreinte, les marchés grouillent, les commerces fructifient ou s’étiolent, les salles d’études regorgent de livres…Olga Tokarscuz multiplie les descriptions, les personnages d’horizons divers, humbles et puissants,  donne aussi  la parole aux uns ou aux autres via des écrits divers, journaux, lettres, publications diverses.

En grande conteuse, elle n’oublie pas de lier tout cela avec une pointe de fantastique,  grâce au regard omniscient d’une  vieille femme qui séjourne entre les vivants et les morts pour l’éternité, qui voit tout, connaît chacun.

Mais ce côté conteur n’oublie pas de  s’inscrire dans  notre monde d’aujourd’hui  et ses préoccupations, puisqu’on y croise un homme qui souhaite que le savoir soit gratuit et accessible à tous, des femmes qui s’insurgent contre le droit de cuissage, un homme qui apprend la langue du pays aux migrants...

C’est un bouquin époustouflant, énorme par son nombre de pages mais aussi par son érudition, par sa qualité romanesque, par son envergure géographique et temporelle, par son intelligence, par sa sensibilité. C’est bien dommage tous ces lecteurs potentiels qui vont y renoncer au vu de sa longueur.

mots-clés : #communautejuive #historique #religion
par topocl
le Mar 26 Fév 2019 - 10:55
 
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Sujet: Olga Tokarczuk
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Joseph Roth

La crypte des capucins

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Originale : Allemand, 1938

CONTENU :
À la Belle Époque, François Ferdinand fait partie de la jeunesse insouciante de Vienne. Entouré de ses amis, il tourne en dérision l'amour et le temps qui passe, s'amuse et s'instruit. Un autre François Ferdinand, l'archiduc, est assassiné. Les jeunes gens s'engagent avec enthousiasme dans la guerre, sans deviner que le déclin de la monarchie austro-hongroise aura bientôt raison de leurs illusions.

REMARQUES :
Par rapport à par exemple « La marche de Radetzky », ce roman postérieur serait préférablement à lire dans la suite. Ce livre plutôt mince a 34 chapitres relativement courts. Le premier chapitre pourrait être lu comme une introduction sur l’histoire des Trotta et une mise en perspective historique. Déjà il deviendra claire dès ce début que le monde décrit dans la suite, est revolu dans le moment « présent », donc il s’agira d’une description d’un monde passé, perdu – sujet fondamental du livre. Le début est à dater exactement en Avril 1913, selon de début du deuxième chapitre.

On pourra parler d’une forme de mélancolie concernant ce temps révolu, incluant la monarchie et un certain ordre social. Mais plus que cela et le respect du au « Kaiser » et aux classes sociales, on pourrait partir de valeurs plus universelles et positives : une idée d’un vivre ensemble, d’une certaine forme de reconnaissance (« reconnaissançabilité ») au-delà des frontières. Pour exemple drôlatique les descriptions des gares similaires dans tout l’Empire… Trotta vit à Vienne, mais ses racines sont slovènes. Il visitera la Galicie et son cercle d’amis consiste de Hongrois ! Là, il y a une forme naturelle de coexister, du vivre avec, les uns à coté et avec les autres. Apparemment.

Je dis : apparemment. Car au même moment le narrateur est conscient des dérives de cette société. Il dédie plusieurs paragraphes au sujet de la décadence du cercle d’amis, de la vie double et ambiguë. Et si on pourrait parler d’un déclin sociétale de la monarchie, de sa disparition, ils sont déjà accompagnés, voir précédés par un déclin sur un niveau individuel ou, pour citer le texte : « Les péchés individuelles sont un signe précurseur d’une catastrophe commune. » Ce sujet d’une imbrication entre l’individu et la société est souvent pas assez vu ; ce serait intéressant à explorer !

Parfois il y a des répétitions légères, des doublements. Aussi l’utilisation des pronoms personnels aurait allégée la répétition constantes des noms. Mais ce sont des remarques critiques minuscules…

Remarquable !


mots-clés : #historique #premiereguerre
par tom léo
le Ven 25 Jan 2019 - 16:36
 
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Sujet: Joseph Roth
Réponses: 21
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Joseph Roth


La marche de Radetzky

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 2 97827510



C’est au son de la marche de Radetzky que se déroule le destin de la famille Von Trotta du grand-père, héros de la bataille de Solferino au petit-fils Lieutenant des Chasseurs dans l’armée Autrichienne.

De souche paysanne Slovène le capitaine Joseph Trotta, le héros, sera ennobli par l’Empereur François-Joseph auquel il a sauvé la vie lors de la bataille de Solferino. Cependant l’acte héroïque, sera décrit de manière romancée dans les manuels scolaires ce que le Capitaine n’ acceptera pas, il quittera l’armée, se retranchera comme son père dans ses terres ; il recevra les faveurs de l’Empereur comme une offense.

L’acte du grand-père Von Trotta pèsera lourdement sur la vie du petit-fils Charles-Joseph qui ne sera jamais à la hauteur du grand-père vénéré d’autant que son père le Prefet Von Trotta lui imposera une carrière militaire.

La bataille de Solferino annonce la fin de la monarchie des Hasbourg et de l’empire Austro-Hongrois. Mais jusqu’à l’assassinat du Prince héritier et la déclaration de la grande guerre la famille Von Trotta sera d’une fidélité aveugle envers la monarchie, la patrie. Les Von Trotta comme d’ ailleurs l’aristocratie ne peuvent imaginer l’effondrement de l’ empire.
Ce grand empire aux nombreux peuples ne comprendra pas les prémisses de la guerre : les grèves ouvrières, l’ attitude du Prince héritier, l’ agitation de la Russie qui arrive à la frontière, le nationalisme qui divise les peuples de l’empire (hongrois, Slovènes …..)

Charles-Joseph ne faillira pas à son devoir envers sa patrie, dans la guerre, alors même qu’il avait démissionné de la carrière militaire quelques jours auparavant comme l’avait fait d’ailleurs en son temps son grand-père, le Capitaine Von Trotta.


C’était une lecture très intéressante que cette histoire de famille dans la grande Histoire. A travers l’ennoblissement de la famille Von Trotta l’auteur montre l’honneur, l’orgueil, de faire partie de la noblesse de l’empire, de servir cet empire que porte la Maison de Hasbourg depuis des siècles. Longévité qui mesure justement l’effondrement à la fin de la Grande- Guerre.

L’ amour de l’auteur pour son pays d’origine est sensible dans son écriture.

Cette lecture m’a rappelé celle de Lajos Zihaly « les Dukay » même si le thème est plus celui de la décadence de l’aristocratie européenne.

Extraits :
La guerre de l’armée autrichienne commençait par des tribunaux militaires. Pendant des jours, les traîtres, véritables ou supposés, restaient accrochés aux arbres , sur la place de l’église pour faire peur aux vivants. Mais les vivants de toute la région avaient pris la fuite. »

« Le serviteur le suivait au même rythme que lui. Le sous-lieutenant s’efforçait d’aller au même pas que les bottes de son suiveur. Il avait peur de décevoir Onufrij en e trompant de pas par inadvertance. Elle était toute entière dans le loyal martèlement de ses bottes, la fidélité d’Onufrif. Et chaque pas nouveau émouvait Charles-Joseph. Et c’était comme si, derrière son dos, un pauvre gars maladroit essayait de frapper de ses pesantes semelles à la porte du cœur de son maître. Gauche tendresse d’un ours éperonné et botté ! »





mots-clés : #famille #historique #premiereguerre
par Bédoulène
le Jeu 24 Jan 2019 - 17:54
 
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Sujet: Joseph Roth
Réponses: 21
Vues: 1082

Baron de Lahontan

Récup' de souvenirs pour une lecture qui laisse sa marque durablement. Dépaysant, riche, instructif, inhabituel, charismatique, ...

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 2 97823610

Un baptême iroquois
Les nouveaux voyages en Amérique septentrionale (1683-1693)


Une source oubliée des philosophes des Lumières ! Le récit initiatique d’un jeune aventurier français, le témoignage d’un des premiers explorateurs des immenses territoires la Nouvelle-France, une peinture pleine d’empathie du mode de vie et de la pensée des peuples autochtones, une réflexion philosophique sur l’idée de civilisation, une étude des mœurs politiques de la Colonie, et l’histoire vécue des premiers temps de la rivalité franco-anglaise au Nouveau Monde.
En 1683, à l’âge de 17 ans, le Baron de Lahontan embarque pour le Canada. Il y passe dix ans d’une vie libre et aventureuse, entre Québec et la région des Grands Lacs : officier auprès du gouverneur de la Nouvelle France, libertin en butte à l’autorité des jésuites, coureur des bois dans les vastes territoires de l’Amérique du Nord, il met en lumière le rôle du commerce des fourrures dans la guerre franco-anglaise, palabre avec les indiens dont il apprend les langues, les coutumes, les ruses et la philosophie.
Composé de lettres adressées à un lecteur inconnu, les Nouveaux voyages en Amérique déploient la verve d’un authentique libertin, l’esprit libre d’un homme curieux des mœurs et de la culture des peuples autochtones, la franchise politique d’un gentilhomme ruiné en rupture avec la cour du Roi Soleil.
Si l’ironie de son style, l’humanité de son regard et l’audace de ses observations annoncent la philosophie des Lumières, elles condamneront surtout son auteur à l’exil, et son œuvre à l’oubli et au mépris des partisans d’une histoire édifiante. Bien après Michelet qui vit dans ce « livre hardi et brillant le vif coup d’archet qui, vingt ans avant les Lettres persanes, avait ouvert le XVIIIe siècle », il faut attendre la fin du XXe pour qu’en France on redécouvre cet auteur au travers de Dialogues avec un sauvage.
Mais l’œuvre du baron de Lahontan ne saurait se limiter à ce livre et c’est pour rendre justice à cet écrivain de l’exil que nous rééditons les Nouveaux voyages en Amérique dans leur version originale de 1702.

lepassagerclandestin.fr


Pas facile de catégoriser ce livre entre voyage (professionnel), géographie et témoignage d'une histoire en train de se faire. C'est qu'en cette fin de 17è siècle le Canada pour un européen, et certainement pour la plupart de ses habitants, cela signifie beaucoup de points d'interrogation.

On découvre au fil des lettres adressées à un protecteur l'organisation politique et économique de la colonie française. Une économie qui repose pour beaucoup sur le commerce des peaux de la faune locale dont le prix grimpe à chaque étape les rapprochant de la France. Parmi les fournisseurs il y a des tribus indiennes, autre volet et peut-être le plus important de ce qu'on découvre dans cette lecture.

Fourrures contre breloques et matériel à un rapport avantageux mais pas pour les indiens mais surtout un regard curieux et attentif sur l'organisation politique des indiens et leurs pratiques. Les guerres et paix entre les tribus, la chasse et certains usages, plus ça va plus on sent notre baron à l'aise avec les sauvages comme il les appelle. Lassé sans doute des difficultés rencontrées avec une vie sociale et les politiques d'intrigues qui font que empêché à l'autre bout du monde il ne pourra jamais conservé ou reprendre ce qui lui vient de son père (puis pire encore qu'il ne soit promis au cachot). Plus à l'aise dans l'action et l'aventure, pas sans espoir de fortune mais sensible à la découverte le jeune homme prend de page en page de l'épaisseur.

Les tribus amies pas forcément tendres sont souvent la proie des Iroquois qui s'entendraient donc mieux avec les Anglais (et qui menacent aussi les "villes" de Montréal et Québec), chaque camp profitant de ses alliances pour gêner le commerce de l'autre et tenter de s'imposer sur le territoire. De rivière en rivière et de fort en fort de Lahontan fait son job, ne manque pas d'idées (qui ne trouvent pas souvent d'oreilles) et exerce un regard critique sur la politique et les manœuvres françaises.

Mais c'est aussi le goût d'une nature riche voire débordantes en ressources et parfois rude avec des hivers rigoureux qui se transforme petit à petit en mélancolie. La terre d'accueil et de possibles se fermera malgré tout à lui sans qu'il puisse aller plus loin encore, la faute à la politique et au service d'un pays et d'un roi qui lui auront probablement mal rendu.

Le moins que l'on puisse dire c'est que c'est dépaysant. C'est aussi très instructif d'un point de vue historique et pour le rapport à l'autre, au sauvage pas si sauvage que ça sous certains aspects. Proposé dans un compromis de version originale et de modernisation le texte est agréable et facile à lire*, l'immersion favorisée par les notes qui proviennent pour bonne part d'autres écrits de l'auteur.

Bref, un drôle de truc qui mérite bien de revoir le jour !

*: le style ou genre épistolaire (de lettres qui ne nécessitent pas forcément de destinataire) fait très bien l'affaire.


mots-clés : #colonisation #historique #lieu #nature #québec #voyage
par animal
le Mer 26 Déc 2018 - 22:17
 
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Sujet: Baron de Lahontan
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Ivo Andrić

Le pont sur la Drina

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 2 Le_pon10

A Višegrad (pas la ville de Hongrie sur le Danube, mais la bourgade de Bosnie-Herzégovine, pas très loin), où vivent depuis le XVIe siècle musulmans, chrétiens et juifs (plus des Tsiganes) sous autorité turque, fut bâti un pont sur la Drina, rivière qui sépare la Serbie et la Bosnie, l'Orient et l'Occident. Ce roman établit la chronique de quatre siècles autour de ce pont et de sa kapia centrale (espace d’apparat sur un point de passage dans l’architecture ottomane), des Ottomans aux Serbes de Sarajevo début 1914 en passant par les Austro-Hongrois, narre l’Histoire et recueille les légendes populaires, tout en dressant une galerie de portraits immémoriaux. Paru en 1945, il relate aussi la recherche et l’analyse du début de la fin d’un monde, symbolisé par le pont aux onze arches, qui semblait garantir une pérennité :
« Les lunaisons se succédaient et les générations disparaissaient rapidement, mais lui demeurait, immuable, comme l’eau qui coulait sous ses arches. Il vieillissait, naturellement, lui aussi, mais selon une échelle de temps bien supérieure non seulement à la durée d’une vie humaine, mais aussi à toute une suite de générations, tellement grande que ce vieillissement était imperceptible à l’œil. Sa vie, bien qu’elle ne fût pas infinie, paraissait éternelle, car nul n’entrevoyait sa fin. »

C’est d’abord sa construction (qui a peu à voir avec la Naissance d’un pont de Maylis de Kerangal) sur la Drina, un affluent du Danube, ce qui ramentoit Magris et ses voyages dans la région. Mais ici, la mentalité locale, (yougo)slave, le mode de vie "oriental" sont rendus comme de l’intérieur, en faisant presque par moments un témoignage "ethnologique" :
« Pourtant, dès le lendemain, tout redevint comme avant, car les gens de la ville n’aimaient guère se souvenir des choses désagréables et n’avaient pas l’habitude de se faire du souci à l’avance ; ils avaient dans le sang la conscience que la vie véritable est faite de ces périodes de calme et qu’il serait insensé et vain de troubler ces rares moments de répit en aspirant à une autre existence, plus stable et plus constante, qui n’existait pas. »

« Mais les malheurs ne durent pas éternellement (ils ont cela de commun avec les joies), ils passent ou du moins alternent, puis se perdent dans l’oubli. La vie sur la kapia renaissait toujours et en dépit de tout, le pont ne changeait ni avec les années ni avec les siècles, ni avec les revirements les plus douloureux dans les relations entre les hommes. Tout cela glissait sur lui, de même que l’eau tumultueuse coulait sous ses arches lisses et parfaites. »

« Ce qui se fissurait, on le réparait ; ce qui penchait, on l’étayait ; mais en dehors de cela, personne ne se serait, sans réel besoin et de façon planifiée, inventé du travail, nul n’aurait touché aux fondations des édifices ni changé l’aspect immuable de la ville. »

« Une onde puissante passait de la terre chaude aux pieds bondissants, puis elle s’élargissait par l’intermédiaire de la chaîne des mains brûlantes : suspendu à cette chaîne, le kolo trépidait comme un seul être, réchauffé par le même sang, porté par le même rythme. Les jeunes gens dansaient la tête renversée en arrière, blêmes, les narines frémissantes, tandis que les jeunes filles, les joues en feu, gardaient timidement les yeux baissés, de peur que leur regard ne trahît la volupté qu’elles trouvaient à danser. »

Le livre véhicule une certaine philosophie fataliste, transmet une sagesse :
« Tout entier voué à sa tâche, il s’était résigné depuis longtemps au fait que notre destinée sur cette terre n’est que lutte contre la déchéance, la mort et la disparition, et qu’il est du devoir de l’homme de persévérer dans cette lutte, même lorsqu’elle est sans espoir. »

M’a particulièrement intéressé, chapitre XI et suivants, le changement occasionné par l’influence occidentale lors de l’occupation par l’Autriche-Hongrie : organisation, planification, recensement, progrès dans l’hygiène et une ouverture au monde, apports qui ne rencontrent d’abord qu’incompréhension et résistance réactionnaire (au colonialisme), mais dans une inéluctable modification des us et coutumes et l’accélération du temps : c’est le travail effréné contre l’insouciance séculaire. Puis imprégnation réciproque, domination moins violente mais plus insidieuse, plus grande place laissée à l’individu, ostension de l’argent et des plaisirs, « l’illusion que la vie était soudain devenue plus riche, plus brillante et plus libre. »
« À vrai dire, sur le pont aussi il se passait des choses telles que les habitudes bien ancrées des gens du lieu se heurtaient aux innovations apportées par les étrangers et leur mode de vie, et dans ces affrontements, ce qui était autochtone et ancien était régulièrement condamné à céder et à s’adapter. »

« Il apparaissait de plus en plus évident que le profit et la vie facile qu’il engendre ont leur revers, que l’argent et celui qui le possède ne sont que la mise dans un grand jeu capricieux dont personne ne connaît toutes les règles ni ne peut prévoir l’issue. Et sans le savoir, nous y prenons tous part, avec un enjeu plus ou moins important, mais tous avec des risques permanents. »

« Avec l’introduction du chemin de fer, ce n’était pas seulement le transport des voyageurs et des marchandises qui était devenu plus rapide et plus aisé ; il semblait aussi que les événements eux-mêmes avaient accéléré leur cours. »

« Qui sait ? Peut-être que cette foi maligne, qui ordonne tout, nettoie, répare et embellit tout pour tout engloutir et détruire aussitôt après, se répandra sur la terre entière ; peut-être fera-t-elle de tout le monde que Dieu a créé un terrain vierge et nu pour sa frénésie insensée de construction et sa passion cruelle de la destruction, un pâturage pour sa faim insatiable et ses appétits incompréhensibles ? Tout était possible. »

On peut même y lire une moralité :
« La bête affamée qui vit en l’homme mais ne peut se manifester tant que subsistent les obstacles des bons usages et de la loi était maintenant lâchée. Le signal était donné, les barrières levées. Comme cela arrive souvent dans l’histoire, la violence et le vol, et même le meurtre, étaient tacitement autorisés, à condition qu’ils fussent pratiqués au nom d’intérêts supérieurs, sous le couvert de mots d’ordre, à l’encontre d’un nombre précis de personnes aux noms et aux convictions bien définis. »

J’ai été progressivement conquis par ce récit de composition et de style simples, sans artifice, sur le ton du conte, qui réserve aussi des passages plus inattendus au lecteur :
« Les nuits à Velji Lug sont chaudes, et pourtant fraîches. Les étoiles basses et agitées sont reliées entre elles par une lueur blanche et tremblante. Debout à la fenêtre, Fata regarde cette nuit. Elle sent dans tout son corps une vigueur paisible, une douce plénitude, et elle perçoit chaque partie de son corps séparément, comme une source particulière de force et de joie : ses jambes, ses hanches, ses bras, son cou, et surtout sa poitrine. Le bout de ses seins opulents et lourds, mais tendus, touche le grillage en bois de la fenêtre. De cet endroit, elle sent le coteau, avec tout ce qui s’y trouve, la maison, les bâtiments, les champs, respirer d’un souffle chaud, profond, régulier, se soulever et s’abaisser en même temps que le ciel clair et l’immensité nocturne. Sous l’effet de cette respiration, le moucharabieh monte et descend, monte et descend, effleure le bout de ses seins et s’enfuit loin d’eux, revient et les effleure à nouveau, puis se rapproche encore, puis s’éloigne ; et cela sans fin, en alternance. »



Mots-clés : #historique
par Tristram
le Mar 25 Déc 2018 - 14:19
 
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Sujet: Ivo Andrić
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Marie Chaix

Les lauriers du Lac de Constance

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 2 Proxy_16

Son père collaborationiste, l’un des proches de Jacques Doriot, Marie Chaix ne l’a guère connu :  née en 1942, il était sans cesse en partance, en mission, puis en fuite, puis en prison.
Elle retrace son parcours en mêlant ce qu’elle a tiré des carnets personnels de son père, de l’image qui lui en a été donnée dans son enfance par son milieu familial, de ce qu’elle a vécu intimement de cette perpétuelle absence, puis de cette faute dénoncée  par l’extérieur étant enfant et adolescente. Qu’est ce qu’être la fille d’un homme inconnu qui préfère sa cause à sa famille pourtant aimée, qui fait le mauvais choix, que tous accusent, qui est emprisonné et risque la peine de mort ? Qu’est ce  que vivre entourée de silences mal gardés ?

Se mêlent donc dans le récit des éléments très historiques, retraçant l’histoire du Parti Populaire Français, et des choses plus familiales, cette femme élégante,  amoureuse perpétuellement fidèle, ces enfants fascinés par un père absent et  charismatique.

Ecrivant ce livre des années après, Marie Chaix fait une réelle œuvre d’écrivain, par un style percutant, très personnel, surprenant, adoptant le point de vue de cette enfant à qui on ne dit pas grand chose, mais qui ressent tout. Son portrait paternel est exempt tout à la fois d’admiration et de critique, dans une tentative d’objectivité rétrospective, mais porteur d’un amour étrange, envahissant, bien qu’en creux. Elle lui reconnaît sa sincérité dans l’erreur, une grande dignité qui n’est pas exempte de courage.

C’est un roman très personnel quoiqu’il appartienne à l’Histoire, avec un réel travail d’écrivaine, qui rapporte des faits objectifs mêlés de façon troublante à la subjectivité du vécu de cette enfant solitaire.


Mots-clés : #autobiographie #biographie #deuxiemeguerre #enfance #famille #historique
par topocl
le Sam 22 Déc 2018 - 17:42
 
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Sujet: Marie Chaix
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SHI Nai'an

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 2 Produc12

Au bord de l'eau

Un des grands romans classiques de la littérature chinoise, Au bord de l'eau évoque une rébellion de cent-huit hors-la-loi, révoltés contre la corruption et le mépris de dignitaires et hauts fonctionnaires gouvernementaux de la dynastie Song (XIIème siècle).

Il s'agit avant tout d'un immense récit d'aventures qui se développe sur plusieurs milliers de pages. Le lecteur est emporté par l'euphorie et la créativité d'une narration qui maintient une tension permanente, les intrigues se succédant selon un rythme trépidant. Il faut accepter de se perdre dans les méandres de l'action qui s'attache à suivre un personnage, puis un autre, en multipliant les perspectives et les détours apparents.

Au bord de l'eau est à la fois une oeuvre formidablement dépaysante et étrangement familière, dans sa révélation d'une sensibilité intemporelle fragile et souvent bouleversante. Des moments de violence implacable et de tendresse infinie se superposent sans cesse, dévoilant la complexité et les contradictions des comportements humains.
Ce fut en tout cas une découverte marquante de mon année littéraire.



mots-clés : #aventure #corruption #historique #insurrection
par Avadoro
le Sam 22 Déc 2018 - 0:56
 
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Sujet: SHI Nai'an
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Leo Perutz

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 2 Turlup10


Tancrède Turlupin respectait les jeûnes et tous les commandements de l'Eglise, il pratiquait la charité et jamais il ne passait devant un mendiant sans lui faire l'aumône. Il agissait ainsi par prudence et par sagesse, car en réalité, il haïssait les mendiants et leur souhaitait tous les malheurs qui se fussent jamais abattus sur une créature ; s'il avait osé, il les aurait tous étranglés de ses propres mains. C'étaient des espions de Dieu, des prétentieux, de misérables traîtres. Ils recouvraient l'aumône comme on lève un tribut. Et quand quelqu'un passait sans faire attention à eux, ils le maudissaient aussitôt, et leurs paroles s'élevaient vers le ciel jusqu'à l'oreille de Dieu. Ils étaient conscients de leur pouvoir et toujours prêts à dépouiller les gens honnêtes et travailleurs. Tancrède Turlupin leur donnait sa menue monnaie plein d'une rage contenue et en grinçant des dents.

Gravement malade, sur le point de mourir, le cardinal de Richelieu poursuit encore sa vieille obsession, se débarrasser de la noblesse. Radicalement et une fois pour toutes. Une sorte de Saint Barthélémy des aristos. Mais son but n'est pas de de protéger Louis XIII et la royauté, mais d'établir une république à l'image de celle de Cromwell. L'occasion, il va la trouver lors des obsèques d'un pair de France qui réunissent une grande partie d'entre eux. Le moment venu, il s'agira d'inciter le peuple de mécontents à se soulever et de massacrer les nobles présents. Pour commencer. A cet effet, il a soudoyé un agent provocateur qui donnera le signal.

Un projet grandiose  !

Tout est prêt, mais voilà ! Un grain de sable inattendu va gripper la machine en marche. Turlupin est son nom. Un jeune homme abandonné à a naissance, puis recueilli, il est devenu barbier et telle pourrait être sa vie. Banale mais sure. Et ce serait mieux pour lui, vu qu'il est un peu béta. Pas méchant, non, mais pas futé non plus. La preuve en est qu'il s'est mis en tête qu'il est de noble ascendance. Présent aux obsèques du noble pair, il s'imagine que sa veuve le fixe du regard pendant la cérémonie. Et il se persuade qu'elle est sa mère. En fait elle est aveugle, mais moins que lui. Décidé à se faire connaitre, il parvient, déguisé en noble, à s'introduire dans le château et à se glisser parmi les invités. C'est le passage le plus drôle du livre. Il se rend très vite compte qu'ils ont tous en commun d'être incroyablement vains, futiles, imbus de leurs privilèges, belliqueux et en plus tous pochards. Comme il ne connait pas les moeurs de ces oligarques, il multiplie les impairs et se met en danger.

Ce qui se passe ensuite, vous le saurez en lisant le livre. Et sachez que Perutz, comme dans tous ses romans, multiplie les plaisirs et divertissements, les intrigues riches en rebondissements, les fausses citations. Les personnages principaux et secondaires sont nombreux et savoureux.

Alexandre Dumas et Leo Perutz ont des points communs. Mais Dumas s'intéresse plutôt à l'héroïsme et aux intrigues politiques et amoureuses. L'Histoire pour Perutz est une suite de hasards et de malentendus, d' absurdités.
Les personnages sont dérisoires et se cherchent en vain. Tel ce Turlupin, propulsé au coeur de l'action pour inverser le cours de l'histoire sans se rendre compte qu'il est manipulé.

Au fond, la vision de la société et de l'Histoire est pessimiste chez Perutz. La mort rode et n'est jamais bien loin. Et cette oeuvre est sans doute le reflet d'un lieu et d'une époque, même si dans ce cas précis, c'est Paris et non Prague en toile de fond.


mots-clés : #complotisme #historique #humour
par bix_229
le Sam 15 Déc 2018 - 18:28
 
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Sujet: Leo Perutz
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Jean d'Ormesson

Histoire du Juif errant

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 2 Histoi10


D’Ormesson, à qui il ne déplaît pas de jouer le démiurge (voir La Création du monde, du même), réécrit légèrement l’Histoire en y insérant Ahasvérus le Juif errant à quelques moments-clés, dans les vies plus ou moins légendaires de Chateaubriand, Néron, saint François d’Assise, etc.
Le mythe du Juif errant, c’est dans la pensée collective le symbole de ce peuple coupable, condamné à ne pas/ plus avoir de pays. Mais aussi, c’est le mythe (anti-faustien) d’un homme immortel, le fussgänger, condamné à marcher éternellement à travers le vaste monde en accumulant les expériences, étant doué pour les langues et dénué de souci d’argent (ce qui n’est pas totalement négatif, voir Chemin faisant de Lacarrière). Voir aussi https://www.letemps.ch/societe/lorigine-juif-errant-netait-juif-errant-deconstruction-dun-mythe-travers-siecles
Fort cultivé, effectivement grouillant d’allusions érudites (mais du type conversation de bon ton dans la bonne société, ce qui ménage quand même le plaisir d’en élucider quelques-unes), c’est le bonheur chez l’écrivain de se souvenir et d’imaginer ; humour peut-être trop badin, goût du panache aristocratique assez prononcé ‒ voire une certaine grandiloquence complaisante ‒, métaphysique totalisante et paradoxale, parfois un peu creuse (mais 600 pages, c’est longuet) ; on n’évite pas non plus nombre de lieux communs (et c’est une efficace machine à citations) :
Mais d’abord les Juifs, et en tout premier un mot prêté à Poncius Pilatus :
« L’argent et la religion sont souvent mêlés chez mes Juifs. »

« Les Juifs n’en finissent pas d’être crucifiés par un monde qu’ils comprennent et transforment et dominent mieux que personne. »

« Judas était le traître. Ponce Pilate était l’injuste. Lui était le coupable. Personne autant que lui n’avait jamais été coupable. »

« Je crois qu’être juif est d’abord une idée. »

Autre thème, le temps qui passe, et l’Histoire :
« …] il avait trop de souvenirs pour les conserver tous. »

« L’histoire est une machine à enfermer les gens. […]
‒ Personne ne sait jamais, dit Simon, le sens que prendront ses actions et sa vie ni ce que l’histoire fera de lui. »

« Mais le souvenir n’est rien d’autre qu’une espèce d’imagination, appuyée sur du réel et bloquée par l’histoire. Chacun crée sa propre histoire, chacun invente son réel. »

« Il est aussi impossible de sortir de son temps que de sortir de son corps. Nous sommes prisonniers de beaucoup de choses, mais d’abord de ce temps où notre liberté se déploie, ou croit se déployer. […] Naturellement, la mémoire et l’imagination sont appelées à la rescousse et elles font de leur mieux : ce sont toujours la mémoire et l’imagination d’un homme de son époque. […] L’espace est la forme de la puissance des hommes, le temps est la forme de leur impuissance. »

« Aucun être vivant ne quitte jamais le présent. Le présent bouge tout le temps, et je bouge avec lui. À aucun moment je ne me balade dans l’avenir, à aucun moment je ne m’attarde dans mon passé. Je suis, vous êtes, nous somme tous dans un présent éternel. Le passé ne cesse de s’accroître et le futur de décroître. Seul le présent est à la fois immuable et changeant, seul le présent est éternel. À aucun moment de l’existence nous ne sortons du présent. Et au-delà de moi et de vous, il y a, en avant du passé, en arrière de l’avenir, un éternel présent du monde. »

Et des aphorismes, des méditations et autres pensées diverses :
« Pour vous, qui n’êtes pas immortels, l’amour remplace l’éternité. »

« Moi, je marche sans fin et les yeux dans le vide. Je ne marche jamais vers rien, je m’éloigne plutôt de quelque chose. Et de quoi est-ce que je m’éloigne, toujours en vain, naturellement ? Je m’éloigne de moi-même et de ce que je n’ai pas fait. Mon domaine est l’espace, un espace sans frontières, mon domaine est le temps, et un temps sans limites. J’ignore tout de l’espoir. Je marche et je n’avance pas. »

« De la masse immense de nos livres, et surtout de nos romans, supprimez ce qui ne relève pas des passions de l'amour, je ne dis pas qu’il ne reste rien ‒ il resterait la foi et le savoir, des contes, des fables, des Mémoires, les aventures des hommes, les récits de Conrad, la Critique de la raison pure, la Phénoménologie de l’esprit, des vaudevilles militaires, Alphonse Allais et Kafka, un bout de Polyeucte, le rêve d’Athalie, la Bhagavad-Gîtâ et le Popol Vuh, des fragments de Don Quichotte et de Gargantua, des passages de L’Iliade et, à la rigueur, de L’Odyssée, les voyages d’Ibn Battûta, ce qui n’est déjà pas si mal ‒, mais un typhon peut-être salvateur passerait sur les rayons de nos bibliothèques. »

« Car il n’y a pas de vie qui ne soit dominée par l’ombre de la mort. Et tout l’effort de la vie est de repousser l’idée de la mort par le jaillissement, par l’abondance, par l’accumulation de la vie. »

Un peu dépitant : il est fait plusieurs fois mention des grands Bouddhas de Bâmiyân, qui bien sûr n’avaient pas encore été, à l’époque de la rédaction de ce livre édité en 1990, détruits pas une bande d’abrutis.



mots-clés : #biographie #historique #voyage
par Tristram
le Jeu 13 Déc 2018 - 20:12
 
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Sujet: Jean d'Ormesson
Réponses: 36
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Thomas Vinau

Le camp des autres

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C'est une découverte, mais une semi-découverte.

Gaspard, garçon a l'âge indéfini, se réfugie dans les bois, après s'être débarrasse d'un père qu'on devine infâme, coup de surin  dans le ventre, fuit, halète, portant un amical bâtard blessé dans l'aventure. Un homme brut et sauvage, braconnier mi-sorcier mi-herboriste l'accueille, le réconforte, l'initie à la survie dans les bois, à l’écoute et l'observation du milieu forestier qui, d'hostile se transforme ainsi en bienveillant. La peur cède la place à la confiance. L'enfant suit des visiteurs étranges qui s'avèrent des membres de la cararavane à pépère, une bande cosmopolite d'exclus, déserteuse, bohémiens, hors-la-loi libertaires auxquels l'auteur voue une sympathie certaine. A la foire de la Tremblade, le garçon observe leurs rapines, mais aussi leurs déboires puisque c’est là qu' a lieu le premier exploit des fameuses Brigades du Tigres.

Il y a là une prose exigeante, sauvage, haletante à l'image de cette vie sauvage, frôlant le danger en permanence, par  petits chapitres d’une à deux pages qui sont autant de poèmes en prose, hommages à la nature et à la liberté. Le lecteur ou la lectrice  trouvent là une large place pour  l'imaginaire et le rêve.

Malheureusement ce récit proche de la volupté s'interrompt d'un coup pour des  pages plus didactiques : on sort du conte pour l'information historique, et celle-ci est trop allusive pour être vraiment instructive. C'est une rupture assez bizarre, assez frustrante pour l'imaginaire qu'avait vivement attisé le souffle envoûtant de la première partie. Celle-ci, ainsi que l'attachement de l’auteur à la forêt, aux marginaux et aux déclassés, impressionnent cependant suffisamment l'émotion et  la curiosité pour donner envie de mieux rencontrer cet écrivain.

Ici  , le début pour voir l'écriture.


mots-clés : #enfance #historique #initiatique #nature
par topocl
le Mar 4 Déc 2018 - 16:19
 
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Sujet: Thomas Vinau
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Yaa Gyasi

No Home

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C'est un vaste tableau qui   présente huit générations sur deux continents : la descendance de deux sœurs ghanéennes du XVIIIème siècle, l'une vendue comme esclave aux négriers et partie en Amérique, l'autre vendue comme femme à un soldat britannique et restée sur place. C'est donc l'occasion d'embrasser l'entièreté des problèmes liés à la condition noire, africaine ou américaine, au fil des siècles, les liens qui persistent et essaient de se renouer.

Yaa Gyasi s'attache à un personnage à chaque génération, auquel elle consacre un chapitre, alternant Afrique et Amérique. Si l'écriture est assez basique, la construction  permet d'appréhender le « problème noir » dans une dimension d'évolution historique. C'est assez audacieux et si ce qui se passe aux USA nous a déjà souvent été rapporté dans d'autres romans, le côté africain avec se guerres fratricides, la participation des autochtone au commerce des esclaves, et plus riche en apprentissage pour le lecteur. L'auteur a une belle intelligence narrative et beaucoup de subtilité,  Il n'en demeure pas moins que cette méthode, où chacun n'a droit qu'à une « vignette » empêche qu'on s'attache aux personnages (ou frustre cet attachement). On regrette presque qu'au lieu de 14 chapitres on n'ait pas 14 romans.


mots-clés : #conditionfeminine #esclavage #famille #historique
par topocl
le Mar 4 Déc 2018 - 14:13
 
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Sujet: Yaa Gyasi
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Thomas Mann

Les Buddenbrook

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Tout en prenant plaisir à la lecture, je me disais tout de même que Le tournant de Klaus Mann était autrement réussi; que Musil, le contemporain de Thomas Mann, était décidément d'une autre force. Moi qui attendais de ce roman une exploration de l'âme humaine qui la transfigure, une œuvre métaphysique à valeur universelle, d'une puissance interne qui ferait de son auteur l'égal et l'héritier de Dostoïevski et de Goethe, … fi, un énième roman naturaliste ! Un théâtre mesquin, dépeint avec finesse et minutie, tout en faux-semblants, en conventions ! Sans mentionner cet attachement dégoûtant à la moindre faiblesse physiologique, au moindre symptôme morbide…
Et, juge sévère malgré les efforts fournis, j'ai déclaré attendre des rédactions ultérieures de l'élève Thomas Mann un peu plus de chaleur et d'investissement personnel.

Bien, j'ai révisé mon opinion trop tôt formulée, et je pense sincèrement qu'il s'agit d'un grand livre. Dans l'immense "galerie de personnages" qui nous est présentée, beaucoup d'entre eux n'ont qu'une valeur d'abstraction, dont le caractère est figé d'un bout à l'autre du roman. Par leur nombre et leur diversité, ces caractères, quelque figés qu'il soient, composent un bouquet riche et hétéroclite. Ce n'est pas une société caricaturale et impersonnelle, mais de réelles individualités qu'il s'agit, et c'est l'une des forces de l'œuvre que l'art du portrait qui y est déployé. Ces portraits, je l'ai dit, n'évoluent pas: les personnages sont de simples fonctions, des composantes du tableau ou de l'action, dont le motif surgit çà et là, invarié. Il en va différemment des personnages centraux. Tony, qui a d'excellentes raisons à cela, préserve vaille que vaille son identité. Christian l'hypocondriaque suit sa pente. Et Thomas, ah ! voilà le personnage le plus intéressant, le pivot du roman, dont la transformation est la plus complète. Par lui, les Buddenbrook atteignent aux plus hautes dignités, qui, en lui, porte également la ruine de cette grande famille de l'aristocratie bourgeoise. Fils et petit-fils de négociants, nouveau chef de la raison sociale Buddenbrook, plus audacieux que ses aïeux mais d'une activité plus artificielle, sa prodigieuse ardeur sera fatale à son tempérament, contrecarré par une nature double, et qui portait en lui les germes d'un artiste.

Ce déclin d'une famille, annoncé dans le sous-titre, se manifeste sous la forme d'une dégénérescence physique et morale, que l'on peut observer au cours des quatre générations. Lorsque le noyau de la famille éclate à la suite des mariages successifs, tout commence : les biens sont progressivement dispersés (et plus que l'argent, les meubles et demeures parentales), les liens distendus, et chaque foyer fait face à son lot de catastrophes.

En sa qualité de grande fresque familiale, les Buddenbrook voient se rejouer, de loin en loin, les mêmes scènes qui prennent un caractère formulaire (en particulier l'enterrement et la demande en mariage, ainsi que les repas de fêtes). Ces scènes infatigablement rejouées, sont l'occasion de descriptions variées et virtuoses de renouvellement, ainsi que la succession de portrait qui y prend place. Elles constituent les jalons visibles de l'histoire de la famille telle qu'elle est consignée dans le fameux "grand livre", dont la trace se perd dans le récit en même temps qu'il est devenu obsolète.

Je commençais à me lasser de ce patient et fastueux tableau. Cependant, avec la naissance de Hanno, représentant de la quatrième génération, le récit se déploie soudainement. Le fils de Thomas, délicat avorton continuellement angoissé, cancre que n'intéresse que la musique, est un être taciturne, inadapté semble-t-il, dont l'intériorité nous est interdite (ainsi qu'à son père qu'il exaspère quotidiennement). Les apparences le blessent; toute chose lui est un effort, tout effort une souffrance. La vie est une immense contrainte qui le brise; son existence oscille entre trois pôles : l'obligation de subir de lourds traitements médicaux, qui nous semblent bien plutôt de la maltraitance; celle de devenir négociant, dont le moindre devoir social le terrorise et dont le travail ne semble pas en rapport avec ses propres forces; et enfin, les obligations scolaires qui nous sont données à voir comme une absurdité inutile et aliénante.

Les deux lignes les plus intéressantes sont les rapports qu'il entretient, d'une part pénibles avec son père, d'autre part, tendres et ambigus avec son seul ami Caïus; et son expérience de la musique qui fournit quelques unes des pages les plus belles des Buddenbrook.
Son intériorité, qui nous est refusée comme elle nous l'est accordée pour les autres personnages, se révèle dans une scène magistrale de la fin du roman. Elle s'offre à nous par la médiation de son harmonium, sur lequel il improvise une pièce musicale d'une saisissante complexité qui révèle, cryptés, ses tourments les plus intimes. (cryptés et en partie décryptés puisque l'on ne perçoit en fait de musique que sa transposition en mots)

***

Enfin, en lien avec la discussion sur fil de Marie Darrieussecq : Thomas Mann, à 25 ans, n'avait probablement pas éprouvé toutes les figures de la souffrance qui parcourent son livre. - L'agonie, pour n'en mentionner qu'une. Dans ce cas, lui était-il possible d'en faire une évocation de quelque valeur, qui concernât intimement chacun d'entre nous ? Eh bien… ce livre vaut la peine d'aller s'en assurer !


mots-clés : #famille #historique #musique #traditions
par Quasimodo
le Sam 24 Nov 2018 - 15:16
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langue allemande
Sujet: Thomas Mann
Réponses: 20
Vues: 1055

Fernando Aramburu

Patria

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 2 Patria10

On est au pays basque espagnol. Au village, beaucoup sont convaincus de la justesse du combat de l'ETA. Convaincus ?  Peut-être , peut-être faut-il séparer l'idée et les moyens, en tout cas il ne fait pas bon exprimer une opinion contraire, s'abstenir de manifester son approbation ou de payer l’impôt révolutionnaire. Cette loi de la terreur va séparer deux familles amies, l'une dont le père est assassiné, l'autre dont le fils a rejoint les rangs de la lutte armée. Le temps passe, les gens changent et l'ETA aussi et finit par déposer les armes. Ce n’est pas la fin de 'l’aventure ; chacun va devoir gérer l'empreinte du passé.

Aramburu réalise le tour de force d'être à la hauteur de son ambition, réaliser une vaste fresque historique,  croisée d'un roman familial, pour donner une image honnête, tout à la fois réfléchie et  et compassionnelle des drames qui ont parcouru le pays basque espagnol pendant 40 ans. Il en sort un riche récit romanesque, plein d'intelligence et de nuances, à la hauteur de la complexité d e la situation, avec des les personnages d'une belle présence, dans leurs petitesses comme dans leurs grandeurs, Malgré le choix d'un récit éclaté au niveau chronologique, relaté en 125 chapitres très courts mais d’une garde vivacité, il y a une belle cohérence tant qu niveau historique qu’individuel. Aramburu adopte un style plutôt amusé, malin, qui allège le tragique sans l'effacer.

C'est une intéressante réflexion sur le terrorisme, et le pardon possible, qui ne manquera pas d'enrichir la réflexion de la lectrice ou du lecteur en  nos temps tourmentés.


mots-clés : #culpabilité #famille #historique #terrorisme
par topocl
le Ven 23 Nov 2018 - 12:48
 
Rechercher dans: Écrivains de la péninsule Ibérique
Sujet: Fernando Aramburu
Réponses: 5
Vues: 322

Javier Cercas

Le monarque des ombres

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 2 51bt-t10

Longtemps Javier Cercas a voulu ne pas écrire sur Manuel Mena, ce grand-oncle phalangiste mort à 19 ans dans la bataille de l'Ebre, resté le héros d'une famille dont Cercas ne partage pas les idées. C'était pour lui une honte, cet héritage familiale. Mais il s'est cependant attaché à réunir des témoignages, a compulsé des archives et peu à peu l'oncle a pris chair, et mené Cercas à une réflexion nouvelle sur sa famille et sur l'Espagne en général, sur les héros morts pour des idées, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, et sur la nécessité d'écrire dessus.

Cercas rapporte donc finalement l'histoire de cet oncle, alternativement historien objectif et écrivain en quête de sens. Et il se montre à l’œuvre dans sa démarche jouant avec un humour, parfois lourdingue sur opposition, historien/littérateur.

Tout cela est a priori bien intéressant, Mais Cercas caricature ici sa propension à s'interroger et tourner en rond, tergiverser, y revenir et encore . Sans compter  les fastidieux rapports de bataille, je me suis embourbée  dans la prose  pesante de Cercas, qui prend plaisir à se rouler dans les méandres complexes de ses interrogations, gavant le lecteur d'un propos répétitif et redondant, dont églantine 'n’avait pas manqué de nous faire part.

@églantine a écrit:J'ai abandonné le dernier de Javier Cercas à la moitié , Le monarque des ombres .
Euh .
Bon son écriture journalistique  un peu" brouillonnée "redondante de L'imposteur m'avait quand même un peu ennuyée malgré le vif intérêt que j'ai eu pour le sujet , mais là ça ne passe plus .
Le sujet était aussi très pertinent cette fois : enquêter dans sa propre famille pour comprendre comment un être "normal " a pu basculer du mauvais côté de l'histoire . Soucieux de rester neutre et factuel dans son rapport d'enquête , il n'a de cesse de scander sa position . Une remontée historique au sein de la montée du franquisme à travers un exemple parmi tant d'autres mais le touchant personnellement  afin de proposer une forme de résilience au peuple espagnol , c'est louable mais Javier Cercas complique les choses , se vautre dans son écriture reconnaissable ...à son besoin d'alourdir , dans une absence de style , dans une forme hybride , ni fiction ni essai , indigeste .


C'est à regret  car la réflexion, quoique tortueuse,   pourrait être passionnante, et le personnage est, on s'en rend compte en même temps que l'auteur, plus complexe qu'il n'y paraît.

Mots-clés : #autofiction #culpabilité #guerredespagne #historique
par topocl
le Lun 12 Nov 2018 - 20:30
 
Rechercher dans: Écrivains de la péninsule Ibérique
Sujet: Javier Cercas
Réponses: 48
Vues: 2383

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