Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Sam 7 Déc - 18:24

206 résultats trouvés pour historique

Nicolas Cavaillès

Vie de monsieur Leguat

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 3 Vie-de10

Originale : Français, 2013

Monsieur Leguat, voyageur et aventurier malgré lui.

France, dix-septième siècle. La révocation de l'Édit de Nantes pousse certains à l'exil, tel François Leguat (1638-1735), huguenot forcé de quitter ses terres à l'âge de cinquante ans. Le destin de cet homme croise dès lors des contrées opposées et éloignées : Hollande, Mascareignes, île Maurice, Indes néerlandaises, Angleterre... Tour à tour gentilhomme des plaines de Bresse, aventurier de l'océan Indien et patriarche des bas-fonds de Londres, Leguat passera de l'Éden originel à la cité de l'Apocalypse.
Nicolas Cavaillès s'empare littérairement de la vie de ce personnage hors-norme, y entremêlant quête spirituelle, découverte d'un monde inexploré et violence de l'être humain.
Goncourt de la nouvelle 2014


REMARQUES :
Il s’agit alors d’un vrai personnâge historique (voir aussi : https://fr.wikipedia.org/wiki/Francois_Leguat ), justement de la petite ville bressane où est né aussi l’auteur. C’est un nom qu’on retrouve au moins dans ce pays-là, donc Cavaillès a dû en entendre parler très tôt. Si on recherchait purement le récit de son voyage maritime entre le Pays-Bas (lieu de réfuge après la fuite de France) et son retour presque une dizaine d’années après, on trouverait éventuellement le récit détaillé de l’année 1707 «Voyage et aventures de François Leguat et de ses compagnons en deux îles désertes des Indes orientales ».

Mais dans ses 18 chapitres et sur une soixantaine de pages l’auteur retrace pas seulement les arrêts et stations extérieurs de ce cheminement « aventureux », mais démontre justement à sa manière comment ces étapes étaient non-voulues. L’homme est « poussé » par des événements, des données historiques comme justement l’interdiction du culte réformé et la fuite massive de ces chrétiens-là vers un ailleurs. L’homme si bien établi en Bresse va se retrouver au Pays-Bas, et sera « poussé » à prendre un bateau (pour la première fois!) par la force des circonstances.

L’homme qui avait tout, regagnera une paix éphèmère sur une île isolée en Océan Indien, avant de ne perdre tout à vnouveau, et se retrouver même prisonnier. Etc…

Qu’est-ce qui décide vraiment dans les croisements de nos vies , quel concours de circonstances ? Et quand même… : la liberté là-dedans ?

Intéressant malgré l’impression de quelques interprétations hatives de l’auteur.


Mots-clés : #biographie #exil #historique
par tom léo
le Jeu 1 Nov - 16:30
 
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Sujet: Nicolas Cavaillès
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Arturo Pérez-Reverte

La Peau du tambour

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 3 La_pea10


Polar historique, et même ecclésiastique, comme L’Énigme du Vatican de Frédérick Tristan (ici), le Roman de la Rose d’Umberto Eco (), ou encore le Da Vinci Code de Dan Brown.
Ce roman m’a moins impressionné que Le tableau du maître flamand ou Le Club Dumas, qui l’ont précédé, ou même Le Cimetière des bateaux sans nom, qui l’a suivi.
L'action se passe essentiellement à Séville, et aussi à Rome, fin XXe.
« Ce que je crois, c’est que nous passons toute notre vie à errer autour de notre tombe. » (VII)

« Nous [les curés] sommes les vieilles peaux de tambour jaunie sur laquelle sonne encore la gloire de Dieu. » (VIII)

« Défendre la mémoire, c’est défendre la liberté. » (X)

« Il n’y a peut-être rien de plus tragique dans la vie que de découvrir quelque chose trop tard ou trop tôt. » (X)



Mots-clés : #historique #lieu
par Tristram
le Sam 27 Oct - 23:49
 
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Sujet: Arturo Pérez-Reverte
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Louis-Philippe Dalembert

Avant que les ombres ne s’effacent

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 3 Proxy_67

J’ai appris dans ce livre que Haïti avait déclaré la guerre au « petit caporal » allemand, ouvert sa porte aux Juifs qui le fuyaient, offert la nationalité haïtienne aux apatrides et hébergé ainsi 300 familles fuyant le nazisme à l’heure où toutes les nations leur fermaient leurs portes.

C’est donc une histoire du XXème siècle, une de plus : Ruben , futur médecin fuyant enfant les pogroms polonais, installé à Berlin avec sa famille pour une adolescence heureuse, fuyant après la nuit des longs couteaux : diaspora familiale classique, l’une en Palestine et les autres aux Etats-Unis. Quant à Ruben, après avoir tâté des camps allemands et français, il fait le « choix » de Haïti.

J’ai beaucoup aimé toute la partie européenne qui est très réussi dans un secteur déjà souvent raconté, les personnages et les relations intrafamiliales sont touchants, l’humour toujours présent en  filigrane. Il y a une une légèreté dans la façon de raconter ces drames qui m’a parfois rappelé le Tabac Triezneck.

Curieusement, la partie haïtienne, qui commence à Paris dans la communauté haïtienne puis se poursuit dans l’île, voit apparaître quelques longueurs alors qu’elle devrait constituer  l’ "originalité" du livre. Celui-ci  perd en épaisseur, devient plus descriptif d’un mode de vie, le personnage se perd un peu.

Cela reste une bonne lecture, la découverte d’un fait historique que je ne connaissais pas, et d’une réelle verve littéraire.


Mots-clés : #communautejuive #exil #famille #historique #insularite #lieu
par topocl
le Ven 19 Oct - 11:22
 
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Sujet: Louis-Philippe Dalembert
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Christian Dedet

Le Secret du Dr Bougrat ‒ Marseille-Cayenne-Caracas L’aventure d’un proscrit

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 3 Le_sec10

Première partie, le Dr Bougrat est accusé du meurtre de Rumèbe, mort dans son cabinet ; l’histoire est vraie, mais on a bien sûr la version de l’auteur, farouchement convaincu que son héros soit innocent (ce qui semble être le cas). Et il serait rassurant que l’erreur judiciaire soit toujours aussi grotesque. Le spectacle est toujours aussi stupéfiant des avocats (dé)passant de l’éloquence à l’outrance jusque l’enflure. Ici l’avocat général :
« Ombre de Rumèbe, apparais dans cette enceinte ! Dresse-toi devant cet individu ! Fantôme pitoyable dont les restes mortels, par les faits de ce lâche, demeurent sans sépulture, pardonne à la justice qui fut obligée d’envoyer de Marseille à Lyon tes viscères putréfiés ! »

Deuxième partie, le bagne de Saint-Laurent-du-Maroni, et l’évasion dans la malédiction de « l’enfer vert », reconstitution assez juste quoique entachée d’exagération, avec quelques approximations et beaucoup de poncifs.

Troisième et dernière partie, le Venezuela où le fuyard se signale comme médecin des pauvres et notable qui fonde une famille dans ce beau pays, autrement victime de la malédiction du pétrole et des dictatures...

Une certaine grandiloquence tendant vers l’invraisemblable (lors du procès, des experts sont catégoriques), un ton mélodramatique style Dumas père, Maurice Leblanc (cités) ou Eugène Sue, mais sans maestria ni surtout originalité, desservent ce livre.
L’impression de rebattu qui m’a ennuyé peut être due à tant de livres lus sur l’histoire et la géographie de la région, mais j’ai nettement plus apprécié La Mémoire du fleuve (qui se passe en Afrique équatoriale, que je connais moins).
« Plus tard, j’ai compris ce qui différencie un cauchemar de l’horreur de vivre. Du cauchemar, l’homme se réveille sauf. Pour moi, il n’y eu pas de réveil. »



mots-clés : #aventure #biographie #criminalite #historique #justice
par Tristram
le Jeu 4 Oct - 0:14
 
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Sujet: Christian Dedet
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Toni Morrison

L'origine des autres

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 3 97822610

"l’auteur se replonge dans ses propres souvenirs mais également dans l’histoire, la politique, et surtout la littérature qui joue un rôle important – notamment la littérature de William Faulkner, Flannery O’Connor et Joseph Conrad – dans la notion de « race » aux États-Unis, que ce soit de manière positive ou négative. L’auteur s’intéresse à ce que signifie être noir, à la notion de pureté des « races » et à la façon dont la littérature utilise la couleur de peau pour décrire un personnage ou faire avancer un récit. Élargissant la portée de son discours, Toni Morrison étudie également la mondialisation et le déplacement des populations à notre époque. " Babelio
« Toni Morrison retrace, à travers la littérature américaine, les modes de pensée et de comportement qui désignent, de manière subtile, qui trouve sa place et qui ne la trouve pas… L’Origine des autres associe l’éloquence caractéristique de Toni Morrison à la signification que revêt, de nos jours, l’expression citoyen de monde. " The New Republic


Je copie les commentaires ci-dessus parce qu'ils synthétisent bien l'objet de cet essai.
Morrisson décortique les mouvements culturels et les postures identitaires, et c'est passionnant. Sa langue reste très accessible, i vous êtes intéressés par l'auteur et son engagement, à travers son écriture, mais que vous hésiteriez pourtant à lire un texte plus directement analytique, essayez tout de même, ce n'est pas du blabla, Morrisson donne beaucoup d'éléments d'analyse, des extraits littéraires, elle explique et met à jour des traits fondamentaux, son analyse historique et sociologique sont très pertinentes, neuves sans doute, mais surtout elle transmet cela d'une manière très intéressante et accessible, je le redis.

Elle n'hésite pas non plus à parler de son propre travail d'écriture, et cet aspect est aussi passionnant : comment choisir l'énonciation , la faire politique.

En somme, un très court mais très dense livre qui nous donne des clefs fondamentales pour mettre en question nos postures face à nos identités construites, et qui nous invite à devenir créateurs d'un monde meilleur. J'ai été très impressionnée notamment par l'analyse qu'elle fait de la société américaine, difficile à appréhender pour un occidental avec une réelle pertinence, pertinence qu'elle nous offre, nous descillant sur de subtils oublis de fondamentaux.

"La romancière montre aussi  comment l'obsession de la couleur n'a cessé de s'exprimer en littérature, par exemple chez Faulkner et Hemingway, participant à la perpétuation de tropes racistes. Elle revient sur les raisons qui l'ont poussée, pour sa part, à "effacer les indices raciaux" dans plusieurs romans et nouvelles, notamment Beloved et Paradise. Laissant longuement parler la littérature, elle invite à une transformation des regards, par l'éthique et par les livres. La langue comme champ de bataille, et comme lieu de résistance. " Lenartowicz pour l'Express

mots-clés : #creationartistique #esclavage #essai #historique #identite #mondialisation #politique #racisme
par Nadine
le Mar 2 Oct - 11:02
 
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Sujet: Toni Morrison
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Léon Bonneff

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 3 Bonnef11

Aubervilliers

Ah les petits éditeurs aux petits livres qui présentent bien... Alors on se laisse tenter, avec un titre comme ça et un œil rapide jeté à l'intérieur. La ou les préfaces (dont celle de Henri Poulaille) en disent plus long sur l'auteur et son frère. De la campagne vers Paris et ce choix d'écrire passant de la poésie à l'engagement. Ce destin, double avec ces deux vies volées par la guerre, est déjà par lui-même ce qu'on peut appeler une tranche d'histoire. Le travail et le témoignage que représente un livre comme Aubervilliers nous fait aller plus loin.

Plus brut que Zola, plus cru qu'Upton Sinclair, en laissant peut-être les faits imposer les conclusions plutôt que de les livrer précuites, Léon Bonneff nous emmène à travers Aubervilliers au début du siècle précédent. Dans sa fresque il ne semble oublier ni mépriser personne. Des vies dures, laborieuses que l'on découvre au fil des pages mais aussi des familles, des amitiés et le temps qui, simplement, passe.

La débrouillardise, la solidarité, la chaleur humaine, celle trouver par le jeune Breton auprès de la famille du Roussi, tout ça n'a pas l'air enjolivé, pas surestimé non plus. Autant de galère que de pittoresque probablement mais beaucoup de fragilité, et de force par là-même, par ces diffuses qualités humaines.

Le livre est beaucoup moins elliptique, il est même choquant. Les conditions de vie, la précarité, les conditions de travail de cette banlieue de laquelle se nourrit la grande ville. On ne sait plus vraiment où donner de la tête et l’enchaînement des scénettes documentaires est grisant mais l'objet est clair. Le progrès social, moral, est appelé avec la plus grande sincérité. Ce qui est troublant d'ailleurs c'est que l'on sent la portée historique du geste documentaire.

A la fois écœurante (industrie de la viande mais pas seulement, loin de là !) et vertigineuse expérience qui peut laisser plié en deux comme par quelques coups de poings à l'estomac, c'est quelque chose. A tel point que je suis surpris que ça puisse être si oublié. En tout cas je n'en avais jamais entendu parler...


mots-clés : #documentaire #historique #mondedutravail #social #viequotidienne
par animal
le Dim 30 Sep - 14:37
 
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Sujet: Léon Bonneff
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Pascale Fautrier

Pascale Fautrier et son livre : Hildegarde de Bingen, un secret de naissance

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 3 97822210

L'ouvrage de Pascale Fautrier a bénéficié d'une documentation abondante de la part de cette universitaire mais aussi comme dit précédemment des travaux poussés de l'historien Franz Staab, ce dernier ayant débroussaillé le terrain en établissant l'origine d'une lignée noble d'Hildegarde. Pascale Fautrier précise le lignage de haute volée de cette future sainte établie Docteure de l'Eglise par le Pape  (Allemand, ce qui n'est pas anodin) Benoît XVI en 2012.
Elle se livre dans cet ouvrage à une veritable enquête historique sur les origines de la future abbesse, dénonçant les erreurs commises jusque là par les historiens qui l'ont précédée dans ces recherches, notamment Florence Pernoud qui s'était attachée à en faire une "petite abbesse" inconnue une grande partie de sa vie, faisant de son couvent des bords du rhin un lieu "obscur", Fautrier démontre  que l'abaissement de la condition sociale d'Hildegarde de Bingen par Florence Pernoud relève d'une intention hagiographique et d'héroïsation féministe, en minorant le rôle et la place d'Hildegarde elle déguise la vérité pour lui attribuer une "grandeur miraculeuse".
Ainsi de cette phrase de Florence Pernoud : "Le Pape lisant devant cette immense assemblée l'oeuvre de la petite religieuse (sic) jusqu'alors inconnue (sis), sauf de son entourage proche, c'est un spectacle surprenant". Elle démontre que le comportement de Pernoud relève d'une lutte contre l'historiographie misogyne des XIX et XX° siècles niant le fait que de grandes figures de femmes puissantes aient existé dans l'histoire. Mais cette attitude tend à minorer socialement et psychologiquement l'existence de ces femmes, on combattrait la subalternité des femmes en les transformant en des subalternes..? Rétablir la vérité, la réalité de l'oeuvre, de la vie, de la naissance, des origines de Hildegarde de Bingen tel est le principal but de ce livre.
L'oeuvre elle même d'Hildegarde est abordée, mais pour la relier à ce qui a fait d'elle ce personnage, ainsi une hypothèse : le penchant d'Hildegarde pour l'étude, la connaissance des plantes viendrait de la branche familiale d'origine Souabe (les Souabes ont été un peuple barbare animiste des IV et V° siècles, lorsque Hildegarde vivait quatre ou cinq siècles ce n'était pas grand choses, changer de mentalités à ces époques ne se faisait pas en quelques générations. Hildegarde apparentée au carolingiens, aux capétiens, aux familles du Saint Empire Romain Germanique n'avait rien à voir avec une petite inconnue de basse condition.
Ce livre nous livre une foultitude de renseignements sur cette époque contemporaine des croisades, des batailles au sein de l'église, de la naissance d'un empire germanique (dont le folklore nazi s'est par la suite inspiré)
On pourrait disserter des heures sur ce bouquin que je vous recommande de lire, surtout aux férus d'Histoire, vous ne serez pas déçus, c'est de l'histoire documentée et non romancée comme de nombreux "historiens" de notre époque se font les chantres abusifs...


mots-clés : #biographie #conditionfeminine #historique #moyenage
par Chamaco
le Jeu 27 Sep - 18:15
 
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Sujet: Pascale Fautrier
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Sebastian Barry

Des jours sans fin

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 3 Cvt_de11

Thomas McNulty a fui la famine de son Irlande natale tout juste adolescent. Avec la terre nouvelle de l'Amérique, incarnation de son espoir de renouveau,   il va découvrir, en compagnie de John Cole, son "galant", un mode de vie qu'il va servir avec une constante loyauté -qui n'empêche pas les remises en question. Ce monde naissant, où il s'engage en tant que Tunique Bleue,  s'appuie sur la conquête de la frontière, l'extermination des bisons et des Indiens, mais aussi  la guerre de Sécession au nom de la liberté de tous. Au fil des années, des épreuves et des moments de bonheur, il cerne mieux cette Amérique, en perpétuelle évolution, ses combats ignobles ou généreux, ses habitants contrastés et ambivalents. il apprend aussi à se connaître lui-même, à prendre soin de la part féminine qui est en lui, qui ne l'empêche en aucun cas de se montrer "viril" au combat.

Thomas McNulty, dans sa naïveté, est un homme sensible et résolu, il raconte avec délicatesse les atermoiements de son âme, les interrogations de son esprit, les battements de son cœur, mais il se montre aussi, quand il est soumis à l'autorité,  dans une cruauté sans ambages, partie prenante  des massacres, des atrocités physiques et morales d'un monde en construction.

C'est un très beau western, avec ce que le western implique de nobles sentiments et de droiture. Mais il est aussi source de réflexion et plein de compassion. Contrairement aux westerns classiques, les femmes n'y sont pas que des potiches et il réfléchit sur l’identité sexuelle dans un monde pas vraiment ouvert sur ce sujet. Il ne réserve pas le beau rôle aux blancs, il dénonce implacablement la cruauté et le génocide. Il s'épanouit dans  la douceur et de la bienveillance de son personnage, plein de l'amour qui le lie à ses attachements, contraint par l'époque et le lieu à une vie de violence, qu'il s'efforce de décrypter.

Les soldats échangent quelques coups d'oeil. Personne aime voir les nombreuses armes étincelantes des Indiens. Des dagues, des pistolets. On a l'impression de rencontrer des bandits. Des types pas honnête. Leurs pères possédaient tout, et ils avaient jamais entendu parler de nous. Maintenant, cent mille Irlandais parcourent cette terre avec des Chinois qui fuient de cruels empereurs, des Hollandais et des Allemands, ainsi que des hommes de l'Est. Qui se déversent sur les chemins en hordes interminables. Chaque visage indien donne l'impression d'avoir été giflé. Plusieurs fois. Et ces têtes sombres nous observent  sous leurs mauvais chapeaux. Des vagabonds. Des hommes défaits. C'est ce que je pense.          

                                                                                                                                   

Je  suis une fois de plus extrêmement touchée par cet auteur, Sebastian Barry, sa pudeur mêlée de lyrisme, son amour de la nature et des hommes, de la part d'humanité qui est en eux, cachée derrière la violence, son respect pour la souffrance de chacun quel qu'il soit. Comment il arrive  à décrypter une certaine bonté derrière le déchaînement. Cet homme est miséricordieux, comme son héros, il parle "avec plus de chagrin que de colère". Il réussit le tour de force de  reconnaître sa valeur et sa dignité au plus obscur des personnages, se nourrissant des ambiguïtés et des ambivalences, sans pour autant pardonner l'impardonnable ou renoncer  à la dénonciation d'une extermination sauvage.

Merci Tom Léo Very Happy !                                    




mots-clés : #aventure #genocide #guerre #historique #identitesexuelle #immigration #xixesiecle
par topocl
le Mar 4 Sep - 14:46
 
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Sujet: Sebastian Barry
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James McBride

Miracle à Santa Anna

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 3 5546-c10

Il y avait là tous les ingrédients pour un roman de guerre passionnant, la 92ème division d'infanterie de l'armée américaine, 120 soldats noirs menés au casse pipe par leurs officiers blancs dans les derniers assauts face aux Allemands en Italie en 1944.
Quatre d'entre eux se sont perdus aux abords de Santa Anna, un village italien décimé dans l'incendie de l'église déclenché par les Allemands qui les y avaient regroupés.

Voilà donc une page historique méconnue (encore que une fois de plus, qu'est ce qui est vrai, qu'est ce qui est fiction?), avec des moments de belle douceur, d'humour candide, et de fantaisie poétique. Seulement le récit est assez chaotique, je n'ai pas toujours compris qui est qui, qui va où, quels mouvements les troupes opèrent. Ceci passerait à la rigueur, mais le parti pris de rédemption par l’innocence est une vraiment grosse ficelle tout au long du livre, innocence portée par le bon soldat noir benêt mais plein d'amour, le frêle enfant sauvé des balles ennemies et les si braves paysans italiens .

C'est au final plein de bons sentiments et pas très crédible, car malgré la guerre et les obus, l'amour triomphe, un peu trop naïvement.

Récup 2015

mots-clés : #deuxiemeguerre #historique
par topocl
le Sam 4 Aoû - 8:34
 
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Sujet: James McBride
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Emmanuel Dongala

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 3 Sonate10

La sonate à Bridgetower

"Au début de l’année 1789 débarquent à Paris le violoniste prodige George Bridgetower, neuf ans, et son père, un Noir de la Barbade qui se fait passer pour un prince d’Abyssinie. Arrivant d’Autriche, où George a suivi l’enseignement de Haydn, ils sont venus chercher l’or et la gloire que devrait leur assurer le talent du garçon."

Emmanuel Dongala nous raconte l'arrivée d'un fils et son père, à Paris, à la veille de la révolution, puis leur départ précipité à Londres. Ces personnages auquels il redonne vie ont existé, le jeune enfant a marqué son temps par son talent, et ce roman , tout en restituant, sans doute très soigneusement, une époque, nous permet de mesurer la chance de ce destin individuel , au coeur des usages esclavagistes que l'occident pratique alors. Il nous y introduit via le regard paternel, puis dans une seconde partie, via le regard de l'enfant devenu jeune homme. Ce procédé donne la primauté à un ton doux, simple.

La langue de Dongala est  empreinte d'une sorte de fausse naïveté qui m'a rappelé les tons de lecture de mon adolescence, un roman à conseiller , donc, dés un jeune âge adulte.
Le plaisir musical accompagne la lecture, mais c'est je crois surtout l'aspect historique , bien planté, qui apportera aux lecteurs. En restant très concentré sur le parcours du duo familial, on apprend beaucoup pourtant, on imagine, en fait, très bien. Dongala sait planter l'image , en modeste manière, mais sûre. Il nous rappelle aussi que la société occidentale a su accueillir l'altérité culturelle, déjà à l'époque, et malgré l'omniprésence des à prioris, et rend hommage, aussi , au jeune Georges Bridgetower.

mots-clés : #creationartistique #esclavage #historique #revolution
par Nadine
le Dim 22 Juil - 18:29
 
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Sujet: Emmanuel Dongala
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Arthur Schnitzler

Vienne au crépuscule

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 3 Proxy_21

Nous sommes dans les salons viennois de la fin du XIXème siècle, les salons où l'on cause, où l'on brille. Toute cette superficialité pare "agréablement" l'écrasante victoire d'une caste arrogante (je m'y suis beaucoup perdue, dans les 150 premières pages, impossible de savoir qui est qui dans cet entrecroisement mondain d'Ehrenberg, de Nurnberger, d'Oberger).

Les juifs, sourire crispé ou rictus effrayé, aveugles ou clairvoyants, mais humiliés toujours, croient encore (pour certains) pouvoir échapper à leur sort par l'assimilation ou le sionisme. Les femmes papillonnent, les jeunes filles attendent le mari, les jeunes hommes, libérés des soucis matériels, écrivent ou composent, voyagent (ah ! Le voyage en Italie !), prennent les femmes comme d'aimables êtres jetables : les utilisent, les échanges, les négligent, les abandonnent…

Bien des façons de se livrer à ce petit jeu : avec la distinction forcenée du jeune Georges von Wergenthin , Monsieur le Baron, avec l'ironie mordante et désespérée  de Nurnberger, avec le désespoir défaitiste et égocentré de Bermann. Tous se cachent derrière leur bons mots, leur haute opinion d'eux-mêmes, leurs hautes aspirations. Quel égoïsme, quelle autosatisfaction (mon dieu, que la vie leur est compliquée!). Ce sont d'infâmes mâles imbus d'eux-mêmes, persuadés de leur bon droit et de leur raffinement.

C'est assez bavard et souvent ennuyeux, et ma lecture fut laborieuse, mais il y aussi de bons moments, et peu à peu s'est dévoilée une réflexion sur la destinée au sein de cette  société infatuée qu'on voudrait agonisante.  Le décorticage méticuleux  de la nature humaine et notamment masculine finit par déclencher un certain dégoût. Ces homme sont des porcs croisés de paons : parés,  artistes et intellectuels, c'est à dire soi-disant pensants et pleins de sensibilité, ils  se délectent dans une perpétuelle introspection déculpabilisante, qu'ils croient raffinée, mais qui est  en fait bornée, condescendante  et  auto-satisfaite.


Mots-clés : #antisémitisme #conditionfeminine #culpabilité #historique #initiatique #lieu #psychologique #xixesiecle
par topocl
le Sam 30 Juin - 16:30
 
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Sujet: Arthur Schnitzler
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Charif Majdalani

L'empereur à pied

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 3 Proxy_17

Pourtant, depuis que j'avais entendu cette histoire racontée par mon père qui la tenait de Chehab Jbeibi, je le l'avais si souvent imaginée, réélaborée, tournée  et  retournée dans ma tête, qu'elle avait acquis force de loi à mes yeux. Elle était devenue indiscutable, j'y croyais comme on croit aux légendes, aux choses lointaines dans le temps autant que dans la géographie et qui n'ont pas la même logique que ce qui nous entoure immédiatement, ce qui semble correspondre aux lois de la raison.


En un siècle et demi, le Liban, de terre ancestrale légendaire est devenu un lieu de luttes économiques, géo-politiques  et religieuses impitoyables. Au fil des décennies, chez les Jbeili, si la noblesse s'est perdue au passage, l'âpreté au gain, la vénalité et l'autoritarisme sont bien les mêmes. C'est bien ce qu’illustrent les 5 générations de cette famille , dont le patriarche, venu de nulle part avec ses trois fils, a commencé en défrichant des terres hostiles . Ses descendants devenus négociants font fructifier un pactole acquis pas toujours honnêtement, mais subissent aussi la loi dictée par l'ancêtre: seuls les aînés peuvent se marier, et enfanter. Les cadets seront donc des personnages qui vont compenser la stérilité de leur vie intime par le rêve, l'aventure, le nomadisme. Et de l'autre côté, le commerce se déploie, l'héritage fructifie, par des moyens nobles et moins nobles.

À partir de moi, le passé devient légende et pourra être défait. Et une autre histoire pourra commencer.


Cette histoire, cette tradition familiale,  est racontée par divers narrateurs de la famille, comme un conte ensorcelant, au fil de longs monologues sous d'élégantes vérandas. Ce sont des récits plaisants, des héros fascinants, des destinées hors pair. Comme dans toute légende, les versions officielles ou officieuse, peuvent varier,  et rien n'est vraiment sûr, le récit s'offre aux suppositions et à la rêverie. Ce qui est sûr c'est cette malédiction qui transfigure les générations, c'est cet appât de puissance, financière ou aventureuse qu'ils partagent tous. Ce qui est sûr c'est le désastre final d'un pays dévasté par la guerre, la corruption, l'avidité.

L'entropie est  partout, le monde se défait, la laideur gagne à toute allure.



mots-clés : #famille #historique #traditions
par topocl
le Sam 23 Juin - 14:47
 
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Sujet: Charif Majdalani
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Sebastian Barry

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 3 Produc10

Des jours sans fin

Sebastian Barry suit la trace de Thomas McNulty, jeune adolescent irlandais parcourant une Amérique à la fois démesurée, fascinante et destructrice. Son amitié amoureuse avec son compagnon d'aventures John Cole offre une stabilité affective et les rencontres effectuées sur leur chemin, reflets d'une fragilité du roman, semble esquisser la perspective d'un apaisement.

La beauté du roman se révèle à travers ce contraste permanent entre une dimension humaniste épurée et la violence sourde, terrifiante d'une histoire en marche. Des guerres indiennes lors de l'avancée vers l'Ouest à la guerre de Sécession, la vie apparait nouée à un traumatisme existentiel invisible et pourtant omniprésent. Mais même la brutalité dévastatrice des combats ne peut effacer les promesses d'un avenir éclatant, qui se révèle dans l'écriture par une expression lyrique et passionnée, et une attention omniprésente à l'autre, jusque dans ses souffrances et ses blessures.


mots-clés : #aventure #historique #initiatique #violence
par Avadoro
le Jeu 21 Juin - 10:35
 
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Sujet: Sebastian Barry
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Samuel Aubin

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 3 Pommie10

Le Pommier rouge d'Alma-Ata


Originale : Français, 2017

CONTENU :
4ème de couverture a écrit:"Alma-Ata, capitale de la République socialiste soviétique du Kazakhstan, se trouve ici à la croisée de plusieurs histoires. Elle berce les espoirs et nourrit les rêves du jeune Tchinguiz, soldat soviétique qui s'éprend d'une résistante française dans le maquis du Tarn. Elle fascine Nurlan, petit-neveu de Tchinguiz, qui découvre cette ville-forêt en 1991 alors qu'autour de lui l'URSS s'effondre. Il y rencontre l'attrayante Alicia qui prétend venir d'un futur où le stade suprême du communisme a été atteint. L'intrigue de ce roman fait ressurgir un épisode oublié de la seconde guerre mondiale : l'engagement de " Mongols " – soldats soviétiques d'Asie centrale – tant dans la Résistance française que dans l'armée allemande, qui donna parfois lieu à des luttes fratricides. Elle suit également l'évolution du jeune Nurlan, confronté à l'effacement de l'URSS qu'il vénère, à la disparition d'une façon de vivre et d'envisager le monde.


REMARQUES :
Alma-Ata (aujourd’hui Almaty), capitale du Kazakhstan soviètique au temps de l’effondrement inimaginable et craint en 1991. Image d’une Union soviètique « internationale », réunissant en elle diverses nationalités et une forme d’idée de progrès ! Bon à retenir pour nous comment cet effondrement était vécu de l’intérieur. Je trouve assez remarquable qu’Aubin y réussit sans se faire propagandiste !

Le jeune Nurlan de la campagne rend la première fois visite à son oncle Tchinguiz en ville, et découvre dans ce personnage vénéré son histoire à lui. Les pommes qu’il cultive, en fait sont issues d’une pomme ramenée de la France où il avait été lors de la Grande Guerre. Fait prisonnier par les Allemands quelque part sur le front de l’Est, il fût envoyé comme ouvrier de guerre dans une mine dans le Tarn. Il réussit de s’enfuir et de rejoindre la réistance (communiste) et une brigade soviètique. Cela reprend des faits historiques souvent ignorés : il y avait vraiment en France 120000 Soviétiques en 1942-44 ! Il tombera amoureux de Gabrielle, et ils vivront une histoire d’amour… La fin de la guerre voit le rappel au pays des Soviètiques. Au dernier moment il leur sera interdit que Gabrielle enceinte l’accompagne sur le bateau…

Ce roman n’est pas seulement un d’amour, mais aussi de moments historiques bouleversants, soit à la fin de la guerre, soit à la fin de l’Empire soviétique. Moments de décisions impossibles, de ruptures, de compromissions, de tensions, voir de luttes fratricides. Aubin nous rend proche un pan de l’histoire des années 40, mais aussi de l’effondrement de l’URSS, vécu dans l’incompréhension totale par une grande partie de la population ou de scissions.

Un très bon premier petit roman qui excelle sous plusieurs registres !


mots-clés : #deuxiemeguerre #historique #regimeautoritaire
par tom léo
le Ven 15 Juin - 10:02
 
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Sujet: Samuel Aubin
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Jacques Attali

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 3 Tylych14

1492 de J. Attali

J'ai emprunté ce livre il y a quelques mois à la médiathèque, mais n'ai pas reussis à le finir, trop de boulot, une envie de le lire, avec attention , toujours frustrée : bref, je l'ai rendu à la médiathèque et le mentionne donc ici mais avec une non-exhaustivité de sa découverte.
C'est un livre non romanesque assez passionnant, qui scanne les forces en place, au XVeme siècle, en Europe, mais aussi sur les autres continents. Il a l'extrême avantage de développer une lecture macrocosmique de ce temps, et cela m'a énormément intéressée. Quelques idées retenues, lignes de forces  et thèses de l'auteur :

- que l'occident à cette époque refonde sa propre historiographie, avec la volonté du pouvoir, tenu par l'Eglise, de créer le mythe d'une civilisation ouest-europeenne, d'une histoire de la Chrétienté déplacée de l'axe Proche-Oriental vers Rome. D'oublier en somme la première partie de l'histoire chrétienne et de fonder les pilers d'une nouvelle église.
L'occasion de commenter tous les problèmes que l'église avait à cette époque, entre pouvoir d'Orient et pouvoir Romain. Aspect passionnant, j'ignorais totalement ces aspects.

- L'occasion de détailler comment les bases du libéralisme actuel se met en place dans les échanges marchands internationaux, l'état des civilisations Africaines, Américaines et asiatiques à ce moment là.(Passionnant et aussi des chapitres ou mes lacunes sont colossales) On comprend assez bien que l'Occident construit ses monopoles mais sur des bases alors loin d'être acquises. C'est la construction d'un nouvel ordre du monde qu'Attali essaie de brosser. Un monde pour la premiere fois tourné vers une économie du type de la nôtre actuelle, selon lui.

J'ai lu le livre de Matt Cohen (ICI) dans la volonté de prolonger cette lecture -ci. Et ai lu ce livre -ci suite à la lecture de Retour à Sépharad de Pierre Assouline, car il m'avait fait découvrir tout un champ du XVeme siecle , politique, religieux.(Fil à venir ce week end). Tombant sur 1492, c'était une aubaine pour approfondir une toute fraiche conscience.

Je viens de trouver à Emmaus un essai d'Attali appelé "Urgences françaises", qui veut analyser l'état du pays et les réformes à y introduire d'un point de vue géopolitique, cela m'a semblé donner écho à ce qu'il comprend du tournant de 1492, aussi je vais le lire aussi. Je pense qu'il tire parti de sa lecture des civilisations déclinantes ou prosperantes au XVeme pour poser sa critique d'aujourdhui. J'aime bien ce niveau de vision, très large, car ce n'est pas évident d'englober les mouvements societaux dans le présent. On va donc voir ce qu'il en dit.
Ses analyses sont plutôt extrèmement impartiales, dans 1492, une qualité qui m'a éblouie sur son érudition. Dans l'essai "Urgences françaises", que j'ai commencé, on sent davantage des visions personnelles, ce qui va rendre aussi passionnante la lecture, je vais sans doute découvrir davantage sa personnalité au delà de l'érudit. Je suppose qu'il a ses détracteurs, mais pour 1492 je vous assure que c'est un pur morceau de culture, sans parti pris, les analyses sont argumentées, c'est un travail d'historien à mon avis, et non un essai, finalement.




mots-clés : #economie#essai #historique
par Nadine
le Sam 2 Juin - 12:10
 
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Sujet: Jacques Attali
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Matt Cohen

Matt Cohen
(1942 - 1999)


Tag historique sur Des Choses à lire - Page 3 Cohen-10

Matt Cohen, romancier, nouvelliste, poète, auteur de livres pour enfants (né le 30 décembre 1942 à Kingston, en Ontario; décédé le 2 décembre 1999 à Toronto, en Ontario). Lauréat du Prix du Gouverneur général et membre fondateur de la Writers’ Union of Canada, Matt Cohen est un auteur prolifique et de renom et a écrit plus de 20 œuvres de fiction.

Formation et carrière
Élevé et éduqué à Ottawa, Matt Cohen obtient un baccalauréat ès arts (1964) et une maîtrise ès arts en sciences politiques (1965) à l'Université de Toronto.

En 1968, quoiqu’il n’ait rien publié encore, il devient écrivain résident au Rochdale College à Toronto et y rencontre Stan Bevington, un des fondateurs de la Coach House Press, et le poète Dennis Lee, un des fondateurs de la House of Anansi Press. Par son amitié avec le philosophe George Grant, Matt Cohen est embauché par l’Université MacMaster comme professeur de religion, poste qu’il quitte de façon prématurée pour se consacrer à l’écriture.


Oeuvres traduites en français


Le médecin de Tolède, 1986
Nadine, 1990
Freud à Paris, 1990
Les mémoires barbelées, 1993
Élizabeth et après, 2000


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Le médecin de Tolède

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 3 515lry10



J'ai lu sans déplaisir aucun ce roman, ces dernières semaines, un peu comme on regarde une série, avec enthousiasme mais sans certitude sur la qualité du scénario.

Car l'histoire, romanesque à souhait, nous entraine dans ses rebondissements terribles.
Mais dans le fond j'ai trouvé quelques maladresses au style de l'auteur, il y a quelques fois des râtés, des incohérences, des développements psychologiques qui font sentir l'écrivain derrière l'histoire.Des ruptures de ton qui semblent involontaires et où on sort de la fresque historique et humanitaire. Enfin je ne sais pas si c'est ça le problème ou si ce sont des traits de la psychologie des personnages qui ne m'ont parfois pas plu. Vous savez des fois faut se méfier avec ma subjectivité, elle a un côté très en forme quand elle veut !

Pour autant c'était une "lecture de vacances" sympa, comme on dit (surtout que je ne suis pas en vacances du tout et qu'il fallait ce genre de livre pour accompagner ma fatigue, justement, très enlevé même si imparfait parfois.)

Le thème du livre, lui, est loin d'être plaisant. Je l'ai choisis pour approfondir ma connaissance du XVeme siècle. On accompagne la vie tragique d'un homme , fils d'une juive violée lors d'un pogrom, qui devient médecin, brillant , mais toujours assujetti à son statut de juif, au coeur d'une Espagne profondément antisémite et juive. Ces aspects sont très bien développés ainsi que la pesée des pouvoirs en place dans l'Eglise catholique.


J'ai lu ce livre dans la volonté de prolonger la lecture du livre de Jacques Attali  appelé 1492 (ICI)

et elle illustrera aussi parfaitement , sur un plan romanesque, le  livre de Pierre Assouline, Retour à Séfarad. (Je fais un fil ce week end promis)

J'ai aussi appris pas mal sur le judaïsme à cette époque, au fil de ces trois lectures croisées, je n'y connaissais rien, et force est d'admettre que la notion d'hérésie a copieusement trouvé eau à son moulin en trucidant la communauté religieuse juive, je ne le savais pas mais ils ont copieusement morflé à l'époque .Comme je suis issue d'une culture catholique , je découvre comment le Christianisme a maintenu son monopole culturel et politique à cette époque. C'est coton-pas glop. Je sors de mes vagues notions ethnocentrées de l'Histoire, avant quand je pensais "heretiques" je pensais "courants protestants, sorcières etc" Tu parles, il y avait dans le collimateur aussi la religion juive et tous ses convertis. Je ne le savais tout bonnement pas. Depuis je lis beaucoup de choses par hasard qui le confirment, donc une grosse lacune chez moi est enfin comblée. #etre ignare mais se soigner



mots-clés : #antisémitisme #historique #medecine #moyenage #religion
par Nadine
le Sam 2 Juin - 11:02
 
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Sujet: Matt Cohen
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Zakhar Prilepine

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 3 51vf0k10

L’Archipel des Solovki


Originale : Oбитель (Russe, 2014)

CONTENU :
Zakhar Prilepine ose et assume le romanesque pour raconter les Solovki - premier camp du régime soviétique, à cent soixante kilomètres du cercle polaire. Créé quelques années après la révolution d'Octobre, il a été installé presque symboliquement dans un haut lieu monastique. Sans craindre les scènes de genre, les discussions métaphysiques, la folie meurtrière, Prilepine réussit à nous faire croire à l'histoire d'amour d'un détenu et de sa "gardienne" tout en maîtrisant brillamment, sans jamais être pris en défaut quant à l'exactitude historique - il a lu Soljénitsyne -, une narration riche d'une foule de personnages. Artiom, jeune homme parricide (allusion assumée aux Frères Karamazov) déporté aux Solovki, se retrouve ainsi immergé au milieu d'une population, haute en couleur, de droits-communs, de politiques, de membres du clergé, d'officiers de l'Armée blanche, de soldats de l'Armée rouge, de tchékistes...

REMARQUES :
Les îles Solovki sont plus qu’un Archipel quelconque dans la Mer Blanche, mais à plusieurs titres un lieu significatif dans l’Histoire aussi bien de la Sainte Russie, que la Russie tsariste moins glorieuse et enfin les horreurs du premier Goulag. Depuis le XVème siècle il y avait eu les premiers moines et éremites qui avaient trouvé le chemin à travers la mer vers ces îles isolées. Plus tard, le monastère influent, aussi lieu de pélérinage, haut lieu de spiritualité orthodoxe, est aussi devenu un prison pour des incommodes au régime tsariste. Après la révolution d’Octobre, et déjà dès 1920, s’est créé un camp, un goulag, où on internait des gens les plus différents, réprésentatnt topute la palette de la société pas en phase avec le nouveau pouvoir, ou simplement des criminels.

Ce roman joue plutôt dans la deuxième moitié des années 20 : Nogteev, l’ancien commandant, a disparu, et c’est Eikhmanis le chef actuel. Parmi les détenus Artiom Gorianov qui va connaître une relation mouvementé avec Galia, gardienne ou sécretaire personnelle de Eikhmanis. Néanmoins une reduction de cette œuvre à un roman d’amour serait vraiment trop court. Encastré dans le concret du cadre plus que réaliste du camp, et dans une certaine ampleur de brasser les différentes éléments de vie, assez contrasté, ce roman donne à comprendre la complexité de la vie sur les Solovki. Qui garde qui ? On utilise les uns contre les autres. Parfois le sentiment bizarre, qu’au milieu de la crasse et de travaux lourdes et pénibles, on « soutient » encore les études, les dons des uns et des autres. Signe aussi : la grande bibliothèque (dont Rolin avait fait le sujet d’un livre). Ou des pièces de théâtre, jouées par des détenus. Ou des competitions « olympiques ». Ou les recherches quasimment scientifiques de certains spécialistes. Ici, à leur façon, on n’avait pas juste voulu « punir », mais éduquer une société nouvelle, un homme nouveau… - mais par quels moyens !

Cette ambivalence semble traverser le roman et pourrait bien être un mot clé plus universel pour décrire la Russie ?! Habitué aux excès (politiques) de Prilèpine, on pourrait se demander si parfois il aimerait justifier certains choix. Mais ailleurs il semble clair et lucide. Puis, des irriptions pas tellement de « justifications » que plutôt de lumière au milieu de cette obscurité. On connaît – peut-être sujet unifiant une littérature des camps – l’obscurité de ces lieux où l’homme peut devnir loup pour loup. Mais aussi : quelques hommes ici, qui gardent une bonté foncière. Cela rappelle « La maison des morts » de Dosto par ex, et autres. Et rappelle que cet écrivain, dans sa violence parfois, peut d’un coup être d’une tendresse, d’une profondeur « toutes russes ».

On a pu apprécier Prilepine déjà comme maître de la forme plus courte. Ici il s’attaque à une forme d’épopée, large. Un vrai pavé qu’il faut attaquer, ou dans lequel il faudrait se plonger . Cela pourrait valoir la peine !


Mots-clés : #captivite #historique #regimeautoritaire
par tom léo
le Ven 25 Mai - 22:05
 
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Sujet: Zakhar Prilepine
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Alice Zeniter

L'art de perdre

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 3 51izds10

Il y a Ali, le maître incontesté du clan, un kabyle qui a trouvé un certaine richesse. Il a donné deux ans de sa vie pour la France, pendant la guerre. il n'en a jamais parlé. Au moment de la guerre d 'Algérie, il a choisi le "mauvais" côté (choisi? le "choix" d'être "protégé d'assassins qu'il déteste par d'autres assassins qu'il déteste") et il a du fuir la vengeance du FLN en 62, avec sa famille et guère de bagages.
La France l'a "accueilli" dans un camp, sous une tente, puis dans des baraquements , et des années après, quand on lui a attribué un appartement, c'était à des centaines de kilomètres de là. Il a continué à se taire.

Son aîné Hamid a grandi dans cette misère et ce renoncement, puis  s'est peu à peu détaché, "émancipé" dit-on, il a mis une distance, a construit autre chose, l'islam se perd en route.. Mais lui aussi s'est toujours tu sur son passé et ses blessures. "Il a confondu l'intégration avec la technique de la terre brûlée".

Sa fille ainée Naïma, qui a été nourrie à ce silence, a longtemps fait comme si de rien n'était. mais c'était là, évidement, l'histoire était là, incrustée d'Histoire,  les haines autour d'elle persistaient, et il a bien fallu une espèce de retour, même si

-Ce qu'on ne transmet pas, ça se perd, c'est tout. Tu viens d'ici mais ce n’est pas chez toi.


Il s'agit donc du récit de ces pertes diverses mais semblables, auxquelles  chaque génération donne sa problématique propre. Ces pertes chacun  les mène  avec son art propre, silence ou parole, avec ou sans bonheur, mais vaille que vaille, chacun à sa façon.

Tout cela donne un beau roman, quoique un peu appliqué dans le style, sans doute un peu trop sage dans la forme, mais dont l'intelligence humaine et géopolitique portant sur tout un siècle font que je lui "pardonne". Il y a pas mal de maladresses, surtout dans la première partie où, comme églantine, j'ai du mal à entrer et sentir les personnages incarnés. Dans ce début,  Alice Zeniter ne sait pas trop jouer de l’œil de Naima sur l'histoire de ses ascendants (soit trop soit pas assez présent) , adopte par moments un discours plus documentaire que romanesque. Et puis,, quand la révolte de Hamid se construit, la sauce a fini par prendre pour moi, et je me suis attachée à ces hommes et ces femme que je ne connaîtrai jamais (même si je les ai parfois ne face de moi), mais que l'auteur m'apprend à connaître au delà de mes  (nos)idées toutes faites.

Il y a beaucoup à apprendre, bien au delà des seuls faits dans l'art de perdre.
Car  l'extrême talent  d'Aiice Zeniter est  de faire de cette histoire que d'aucuns pourraient trouver simple (les harkis, l'immigration maghrébine, et les générations suivantes) ou en tout cas plus simple qu'elle n'est, tout un nœud de complexités,  de contradictions, de nuances, un nœud inextricable mais qui permet de voir l'autre aussi différent qu'il soit, comme un possible - et un possible souffrant.  C'est un appel vivant à une compréhension mutuelle.

mots-clés : #colonisation #devoirdememoire #exil #guerredalgérie #historique #identite #relationenfantparent
par topocl
le Jeu 17 Mai - 10:38
 
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Sujet: Alice Zeniter
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Ernesto Sábato

Alejandra

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 3 97820210


Le livre commence sur l'annonce d'un fait divers : l'assassinat par Alejandra de son père Fernando dans la chambre de la tour de la famille suivi du  suicide de la jeune femme par le feu puisqu'elle provoque un incendie. Le "rapport sur les aveugles" découvert dans les restes de la chambre peut-il expliquer ce drame, celui d'une grande famille de Buenos Aires ?

1ère partie : Martin le jeune homme amoureux d'Alejandra conte sa rencontre avec la jeune femme insaisissable, mystérieuse, laquelle dit avoir besoin de lui mais cèdera néanmoins avec réticence à l'amour physique.

2ème partie : le rapport sur les aveugles établi par le père d'Alejandra, Fernando, visiblement paranoïaque révèle sa peur obsessionnelle des aveugles, depuis l'enfance

3ème partie : la voix de Bruno ami de la famille qui en connait le passé et qui a aimé Georgina la femme de Fernando et à travers elle Alejandra.


Ce que j'ai trouvé intéressant  :  

- la partie du rapport sur les aveugles bien maîtrisé dans les hallucinations, les élucubrations, repoussant,  construit par  Fernando ;

-  la fuite des soldats qui accompagnent Lavalle, qui est en fond de l'histoire de la famille et de l'Histoire de l'Argentine ; cette suite qui scande le récit adroitement.

Je me suis un peu lassée des états d'âme du jeune homme, des sautes d'humeur d' Alejandra.


L'atmosphère du livre est trouble, dérangeante, par moment je ressentais le besoin de  "prendre l'air". La dernière page tournée je ne sais toujours pas pourquoi Alejandra a tué son père, pourquoi elle s'est suicidée par le feu (même si elle "voyait souvent un incendie" dans ses rêves) donc je suis frustrée.  Alejandra garde sa part d'ombres, de ses rapports avec ses parents nous ne savons pas grand chose, mais ils semblent également malaisés et maléfiques.

Il est vrai que le destin des membres de cette branche de la famille a subi les soubresauts de l'Histoire de l'Argentine, plus que toute autre et qu' ils sont tous "plus ou moins" atteint de folie.


c'était une bonne lecture tout de même et le lien avec le précédent Tunnel est visible.


mots-clés : #amour #criminalite #famille #guerre #historique #pathologie
par Bédoulène
le Jeu 17 Mai - 8:57
 
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Sujet: Ernesto Sábato
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Claudio Magris

Danube

Tag historique sur Des Choses à lire - Page 3 Danube10

C’est la descente de ce fleuve, avec au fil de son cours la mosaïque de la Mitteleuropa, contrée des particularismes, et d’un certain art de vivre comme en perpétuel déclin, empreint d’une mélancolie propre…
Voici d’ailleurs qui éclaire certaines œuvres mitteleuropéennes :
« Le Danube est un fleuve autrichien, et autrichienne est la méfiance envers l’Histoire, qui résout les contradictions en les éliminant, dans une synthèse qui domine et annule les termes du débat, en un futur qui est bien proche de la mort. Si la vieille Autriche, aujourd’hui, nous apparaît souvent comme une patrie selon notre cœur, c’est peut-être parce qu’elle était celle d’hommes qui doutaient que leur monde pût avoir un avenir, et ne voulaient pas résoudre les contradictions de leur vieil empire, mais bien plutôt différer leur solution, dans la mesure où ils se rendaient bien compte que toute solution eût impliqué la destruction de quelques-uns des éléments essentiels à l’hétérogénéité de l’empire, et donc la fin de cet empire même. »

Commentaires fort bien nuancés sur Heidegger, Hamsun, Céline ; éclairages sur beaucoup d’autres auteurs (comme Celan, Canetti, Cioran, Ionesco, Istrati, parmi ceux que j’ai un peu lu) :
« Kafka et Pessoa font un voyage au bout, non pas d’une nuit ténébreuse, mais d’une médiocrité incolore encore plus inquiétante, dans laquelle on s’aperçoit qu’on n’est qu’un portemanteau de la vie et au fond de laquelle il peut y avoir, grâce à cette conscience, une ultime résistance de la vérité. »

…et sur l’Histoire, la géographie :
« …] peut-être ne serons-nous vraiment sauvés que lorsque nous aurons appris à sentir, concrètement et presque physiquement, que chaque nation est destinée à avoir son heure et qu’il n’y a pas, à l’absolu, de civilisations majeures ou mineures, mais bien plutôt une succession de saisons et de floraisons. »

… et sur la littérature en général :
« De la littérature comme déménagement ; et, comme dans tout déménagement, il y a des choses qui se perdent et d’autres qui resurgissent de recoins oubliés. »

« La littérature offre une compensation à l’absence, grâce à ce qu’elle transfère sur le papier en le volant à la vie, mais en laissant cette dernière encore plus vide et absente. Un écrivain, dit Jean-Paul, ne conserve toutes ses connaissances et toutes ses idées qu’à travers ce qu’il a écrit, et celui dont on jette au feu les manuscrits reste démuni et ne sait plus rien ; quand il erre dans les rues sans ses carnets il est complètement ignorant et stupide, "pâle silhouette et copie de son propre moi, son représentant en curator absentis". »

« Quand seront partis encore quatre ou cinq auteurs significatifs, me dit Csejka, moi j’écrirai mes critiques et mes essais pour personne. Mais d’un point de vue littéraire c’est peut-être aussi un avantage d’écrire pour personne, à une époque où partout l’organisation de la vie culturelle prétend, faussement, représenter tout le monde. »

Egalement des observations toujours d’actualité, voire avant-gardistes (essai publié en 1986) :
« …] l’automatisme mécanique de l’histoire et de l’économie mondiales, qui englobe la vie personnelle en en faisant une simple donnée statistique, broyant et recyclant l’individu dans des processus collectifs et substituant à l’universel la loi des grands nombres. »

« Aujourd’hui les media sont le message, ils modifient et effacent l’Histoire, tel Big Brother dans 1984, d’Orwell. »

« L’anticapitalisme romantique idéalise indûment le monde rural archaïque, la communauté avec son chaud souffle d’étable, et oublie ce qui s’y mêlait presque toujours de misère noire et de sombre violence. La société urbaine, si souvent et si tendancieusement accusée d’aliénation, a libéré l’individu, ou tout au moins mis en place les prémisses de sa libération. »

Magris recourt au concept de « persuasion » (au sens passif du fait d'être persuadé, de l’état de celui qui est persuadé, acception qui participe des notions d’assurance, de conviction, voire de confiance) :
« La persuasion, a écrit Michelstaedter, c’est la possession toujours présente de sa vie et de sa personne, la capacité de vivre à fond dans l’instant sans l’obsession délirante de le brûler au plus tôt, de le prendre et de l’utiliser en vue d’arriver le plus vite possible au futur et donc de le détruire dans l’attente que la vie, toute la vie, passe rapidement. Celui à qui la persuasion fait défaut consume son être dans l’attente d’un résultat qui doit toujours venir, et qui ne vient jamais. »

Il parle déjà de post-modernisme :
« Vienne est la ville du post-moderne, dans laquelle la réalité cède devant sa représentation et devant les apparences, où les catégories fondamentales se diluent, où l’universel s’actualise dans le transcendant quand il ne se dissout pas dans l’éphémère, et où la mécanique des besoins emporte les valeurs dans son tourbillon. »

C’est aussi l’interface entre Occident et Orient ‒ la route des invasions.
Une ballade érudite, donc, qui peut d’ailleurs se rattacher à la littérature de voyage.
Ses compagnons de voyage apparaissent au détour d’une vue, silhouettes à peine esquissées...
Le mot qui revient le plus est peut-être « aimable » ; effectivement…

« La civilisation et la morale se fondent sur une distinction nécessaire, et fort difficile à établir, entre l’homme et l’animal. Il est impossible de vivre sans détruire de vie animale, ne serait-ce que celle d’organismes microscopiques qui échappent à notre perception, et il est impossible de reconnaître aux animaux des droits universels et inviolables, de considérer d’une manière kantienne chaque animal comme une fin plutôt que comme un moyen ; la solidarité fraternelle peut aller jusqu’à embrasser l’humanité entière, mais pas au-delà. Impossibilité qui rend inévitable la séparation entre monde humain et monde naturel et qui contraint la culture, qui lutte contre les souffrances infligées aux hommes, à bâtir son édifice sur celles infligées aux animaux, en cherchant à les adoucir mais en se résignant à ne pas pouvoir les éliminer. L’irrémédiable douleur des animaux, ce peuple obscur qui accompagne comme une ombre notre existence, rejette sur cette dernière tout le poids du péché originel. »

« Mais les vagabonds qui gribouillaient sur ces tables [écrivains viennois dans les cafés] défendaient, avec ironie et sans illusions, les dernières marges d’un individualisme irréductible, les derniers reflets d’un charme – quelque chose d’impossible à reproduire, et qui ne se laisse pas complètement niveler par la fabrication en série. La vérité cachée ou inaccessible n’était pas pour eux un vain mot, et surtout ils n’annonçaient pas sa mort avec satisfaction – comme le font les théoriciens verbeux de l’insignifiance. »




mots-clés : #historique #identite
par Tristram
le Sam 28 Avr - 16:02
 
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Sujet: Claudio Magris
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