Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 10 Déc - 22:53

74 résultats trouvés pour immigration

François Sureau

Le chemin des morts

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Récit (autobiographique sans doute), de la taille d'une nouvelle (une quarantaine de pages environ), paru en 2013.

Début des années 1980. Un tout jeune brillant juriste atterrit à la Commission de recours des réfugiés (aujourd'hui Cour Nationale du Droit d'Asile). Il évoque le président de celle-ci à l'époque, pour lequel il nourrit de l'admiration, tant pour le parcours que pour la méthode.

Le chemin des morts, au Pays basque, c’est ce chemin particulier qui mène chaque maison jusqu’au cimetière. Chaque famille a le sien, et se tisse ainsi au-dessus des routes et des sentiers une toile secrète, invisible et mystérieuse, qui mène jusqu’à l’église.



Arrivé en France en 1969, fuyant la justice franquiste, Javier Ibarrategui, membre du commando qui avait assassiné Melitón Manzanas à Irún le 2 août 1968 (commissaire, tortionnaire notoire sous le régime franquiste, à la tête de la Brigada Político-Social de Guipúzcoa - à noter que cet assassinat est, à jamais pour l'Histoire, le premier attentat prémédité d'ETA) avait-il à y demeurer en vertu du droit d'asile, tandis qu'entre-temps l'Espagne était devenue une démocratie ?

Pouvions-nous seulement faire à l'Espagne la mauvaise manière de tenir pour nul et non avenu son retour au droit ?


Le cas est épineux, les sinistres GAL (Grupos Antiterroristas de Liberación) opérent, groupes occultes, para-militaires sévissant dans l'ombre y compris (et même par périodes surtout) sur sol français, lequel est considéré par ceux-ci, à tort ou à raison, comme un sanctuaire pour les activistes basques.

Et Javier Ibarrategui s'était tenu plus que tranquille en France, allant même jusqu'à désapprouver, par un écrit circulant dans les milieux clandestins, l'assassinat de l'amiral Carrero Blanco en 1973. Ce qui lui fut reproché
par ses anciens camarades comme par certaines vois autorisées de l'extrême gauche française.



Dire le droit, motiver une décision de justice est ardu.
Lorsqu'un juge adopte une solution, c'est bien souvent parce que la décision inverse lui paraît impossible à rédiger, pas davantage.


Et puis il y a les cas.
En évoquant quelques-uns d'entre eux, on survole le relativisme, chaque époque connaît le sien propre, couplé au regard, qui diffère tous les quinze ou vingt ans.
Et même les cocasseries, la filouterie pas bien méchante:
Je me souviens que ce jour-là nous avions accordé le statut de réfugié à un Zaïrois, dont nous devions découvrir ensuite qu'il s'était déjà présenté trois fois à la Commission sous des identités différentes. Il avait un beau talent d'acteur et revendait ensuite -à un prix abordable- le précieux papier à ses compatriotes.



J'ai beaucoup apprécié cette courte nouvelle (ce court récit), pas seulement pour la teneur et le questionnement central qu'il pose:
En effet -bonheur de lecteur- le style est ramassé, concis, cependant à l'opposé du type script ou scénario, sobre mais jamais sec, toujours à grand pouvoir évocateur: que l'auteur en soit remercié...

mots-clés : #autobiographie #exil #immigration #justice
par Aventin
le Sam 16 Déc - 19:10
 
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Sujet: François Sureau
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Alice Zeniter

Heureuse d'avoir rencontré cette intelligence au service de la modestie, j'ai voulu lire un autre roman de Zéniter.

Jusque dans nos bras

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Décidément elle assure cette jeune femme :  littérature populaire, sobre, engagée,
avec cette discrétion propre aux élégances innées.

Je suis de la génération qui a fêté ses dix ans avec le génocide rwandais, je suis de la génération qui a perdu Bertrand Cantat et découvert la Lituanie par la même occasion, je suis de la génération qui n’aura plus de pétrole alors qu’elle commence à peine à s’amuser avec les low-cost, je suis de la génération qui ne peut pas accueillir toute la misère du monde.


ça commence ainsi, et l'auteur nous raconte dans ce livre un mariage blanc, et les raisons et questions qu'il suppose et entraine.
C'est aussi  l'occasion de voir confirmée la maîtrise de l'auteur. Ici le ton de la narration mime l'effervescence adolescente des années 90, son humour et son inventivité, on dirait "un ton djeun's", mais auquel serait ajouté un vrai brin de talent. La bande d'amis que l'on suit a ses codes, communs à ceux que notre mémoire ou notre vécu peuvent avoir gardés de ce microcosme de l'adolescence, mais aussi ses vraies trouvailles et cosmogonies qui rendent ce livre plus complet qu'un simple document transcriptif d'une époque et d'un milieu.
Zeniter brosse les liens forts et si particuliers que la jeunesse a la générosité de rendre superlatifs et y ajoute son don de passeuse pour nous faire toucher à l'empathie de la situation.

Je n'aime pas particulièrement frayer avec les codes de l'adolescence , en littérature, ceux qu'elle exhume restent surtout universels avant que d'être exceptionnels, mais c'était une chouette lecture, qui donne davantage la place à son talent d'écrivain que dans "L'art de perdre", où elle ne se permet pas de jeu stylistique réel. Ici, par le jeu du rythme, des mimétismes nécessaires pour mobiliser notre empathie, j'ai trouvé du brio. Ceux-ci sont habiles et fantasques. Ce roman constitue aussi certainement un beau morceau autobiographique où se dessine la spécificité d'une intelligence, et je me répète, à mon avis, humble , aux accents sobres,  mais aigus : l'intelligence altruiste.

mots-clés : #immigration
par Nadine
le Sam 25 Nov - 14:50
 
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Sujet: Alice Zeniter
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Colombe Schneck

Sœurs de miséricorde

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Azul, petite fille Quechua, est élevée par sa mère qui ne sait pas lire mais qui sait aimer, et transmettre l'amour du travail bien fait, et l'amour du prochain. Pauvre parmi les pauvres, déterminée, elle offre à ses neuf petits, sans jamais se plaindre, une enfance qui ressemble au paradis avec son verger croulant sous les fruits.
Mais dès 10 ans, Azul doit quitter l'innocence et, tout en étudiant, travailler pour survivre, subir la dure loi du machisme bolivien, élever à son tour deux enfants, et pour se faire, s'expatrier seule, à Rome ou à Paris. Dans cette solitude étrangère, recueillie par la générosité de religieuses, elle conserve précieusement cette force irradiante héritée de sa mère, et la transmet autour d'elle.

La matière de base du roman était riche, car toute la société bolivienne transparaît ici, c'est très documenté; et touchante, dans cette enfance bolivienne, cette lutte perpétuelle, cette immigration économique vécue par une jeune femme que la force ne quitte jamais. Voila, l'histoire sociale, cette proximité avec la résilience des personnages,  c'est le point fort de ce bouquin.

Seulement Colombe Schneck oublie trop souvent qu'elle écrit un livre et non un article de reportage, le style est  quand même  indigent.

Tant pis pour le style dirons-nous, mais alors , le message? Et bien j'ai été carrément gênée par ce discours implicite : le bonheur des pauvres, aux innocents les mains pleines, la bonté qui vient à bout de tout, etc...La jeune et riche patronne  parisienne d'Azul enviant sa capacité à si bien faire le ménage et convertie à la bonté, non, je dois dire, je n'ai pas marché...(mais j'ai le cœur sec, je sais pale )




mots-clés : #biographie #conditionfeminine #immigration #social
par topocl
le Ven 10 Nov - 14:23
 
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Alice Zeniter

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L'art de perdre

Je découvre cette auteure avec cette sortie toute récente. J'ai souhaité lire ce livre parce que j'ai lu qu'il se construisait sur les questions de l'immigration algérienne en France lors de la guerre d'indépendance. Je vis dans l'Hérault, une grande communauté de Harkis a dû s'installer ici à l'époque, j'avais donc entendu ce terme, il y avait eu aussi à l'époque de Frêche une cabale , si certains s'en souviennent sur ces questions communautaires etc.

J'ai voulu lire ce livre pour trouver une parole avertie et j'ai eue raison de le faire, j'ai beaucoup de joie à avoir lu une analyse romancée mais avertie, qui n'ait pas de caractère "ethnographique", ce livre raconte plusieurs générations prises dans la violence géopolitique malgré elles . J'ai reconnu dans la figure de la grand mère ou du grand père beaucoup de mes propres ascendants, l'auteur sait niveler les présupposés, et explose avec brio tout caractère culturel au profit des caractères universels, et c'est de cela que j'avais soif,
le style d'écriture est assez discret, fluide, sans fioriture, Alice Zeniter sait raconter, orchestrer, aussi. J'ai beaucoup appris. Le récit est mené sans prétention, avec un ton clair, assez à l'image de l'auteure elle même, que j'ai écouté en interview depuis, elle sait passer beaucoup de choses, n 'est pas dans la concession mais privilégie l'approche subtile,
encore une fois je reste très peinée de devoir comprendre que les guerres, sans cesse, et les dominations, entourent tant de destins individuels de leur immonde cruauté.

Je dirais enfin, sur le plan purement littéraire, que Zeniter se place dans la lignée des auteurs conteurs, elle ne travaille la matière des mots, je crois, qu'avec pour exigence d'être exacte, et sincère. ça pourra décevoir des lecteurs, pour ma part j'ai aimé qu'elle puisse transmettre sa vision de toute cette complexité sans effets de style trop pompiers.Je trouve déjà énorme qu'elle nous offre des moyens de comprendre et relier des facettes de réalité si brûlantes encore de gifles.


mots-clés : #guerre #historique #immigration
par Nadine
le Ven 13 Oct - 18:39
 
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Sujet: Alice Zeniter
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Daniel Mendelsohn

L’étreinte fugitive

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Daniel Mendelsohn  , pour moi comme pour beaucoup, ça a d'abord été le choc de Les disparus. Le succès aidant, est parue en français l'étreinte fugitive, premier volet de sa trilogie. La parution récente du troisième opus,  Une odyssée : un père, un fils, une épopée, est l'occasion pour moi de m'y replonger. Moins abouti sans doute, plus confus, moins centré, l'étreinte fugitive reste une lecture riche et pleine d'ouvertures.

Si la tragédie était, comme nous nous plaisions à le croire parfois, le théâtre de l'affrontement du Bien et du Mal, elle ne serait pas aussi captivante : la tension qu'elle suscite vient de quelque chose de beaucoup plus complexe et intéressant, qui est le conflit entre deux idées du Bien.


Daniel Menselsohn aime les "garçons", il vit à Chelsea, quartier gay de New-York et fréquente les lieux de drague, les sites de rencontres,  cumule les rencontres d'une nuit ou d'un instant, sans lendemain et sans intimité, pour le plaisir du jeu et de la multiplicité.
Daniel Mendelsohn habite aussi dans le New Jersey, un quartier à la bourgeoisie conformiste, auprès d'une femme célibataire, Rose, qui, une fois enceinte, lui a demandé d'être l'élément masculin auprès de cet enfant, Nicholas. Auprès de lui il apprend l’importance  de la permanence, de la sagesse, l'intensité de la filiation.
Daniel Mendelsohn est le descendant de Juifs polonais émigrés aux Etats-Unis entre deux guerres, et dont l'histoire familiale est aussi complexe et pleine  de sens que celles de la tragédie grecque.
Daniel Mendelsohn ne renonce à aucune de ces trois images de lui, qui se reflètent  et se répondent à l'infini dans un miroir qu'il se tend à lui-même.

Ce qui donne un sens à cet amalgame parfois confus,  est une expression du grec ancien, dont Mendelsohn est un érudit passionné : deux particules, men ... et de... qui n'ont de sens l'une sans l'autre, et qu'on pourrait traduire par d'un côté... et de l'autre côté , et qui, nous dit-il, sous-tendent la pensée grecque. Quelque chose qui a à voir avec la dualité, le paradoxe, l’ambiguïté, le compromis. Quelque chose qui apprivoise la complexité : gay et père, sujet et objet, volage et fidèle, Américain et juif, fils et père, confronté à la beauté comme à la perte.

Dans la famille de cet homme, les photos avaient une importance suprême parce que c'était la preuve de la beauté et qu'après avoir  tout perdu, leur maison, leur terre, leur brasserie, leur boucherie en gros, leurs camions, leurs domestiques, leurs filles et leur dignité, il ne leur restait que la beauté.


C'est livré dans un livre exigent, sans concession, qui ne s'offre pas le luxe de la simplicité, de la chronologie, parce que ce ne serait pas le reflet de la vie, de ses surprises, de ses traquenards. Mendelsohn suit ses pensées, saute d'un personnage à l'autre, d'une époque à l'autre pour tracer un trajet plein de contre-temps, de digressions  et de détours. L'ensemble est disparate, parfois sans queue ni tête, et l'unité lui vient par une réflexion implicite sur les liens entre vie vécue, littérature, mythes, histoires, mensonges qui sont la source de son identité.

Nous allons voir des tragédies parce que nous avons honte de tout compromis, parce que nous trouvons dans la tragédie la beauté pure de l'absolu, une beauté qu'on ne peut avoir si on choisit de vivre.



mots-clés : #autobiographie #communautejuive #contemythe #famille #identitesexuelle #immigration
par topocl
le Mer 11 Oct - 21:39
 
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Sujet: Daniel Mendelsohn
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Willa Cather

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Destins obscurs

Dans une langue simple, au rythme presque biblique, Willa Cather nous livre une Amérique plus proche de Whitman que de James, en marge de la modernité et des métropoles, un univers d'une humanité bienveillante où chaque mot durement conquis s'efforce de traduire les sentiments des petites gens. Tourmentée par la mort imminente de sa mère. Willa Cather signe avec ces trois nouvelles, inspirées par le Nebraska de son enfance, ses textes les plus autobiographiques. Elle confie à l'une de ses amies : Notre présent est en ruines mais quel beau passé nous avons eu.

Résumé de l'éditeur.


Je voudrais vous parler d'un joyau que j'ai lu cette semaine. Un recueil de nouvelles de Willa Cather qui est une leçon de bienveillance et cela fait du bien dans notre monde actuel.
Le titre peut vous rebuter mais non : bien sûr,il y est question de mort ou d'absence ou de vies laborieuses mais l'émotion gagne sur la tristesse. C'est l'occasion de parler de l'immigration tchèque dans la première nouvelle, en même temps et du puzzle des cultures de la nation américaine dans la seconde...

Si vous voulez oublier l'individualisme de nos vies, précipitez-vous sur ce recueil qui vous parle d'une autre époques en de biens jolis mots avec des personnages attachants que l'on ne peut oublier !  On referme le livre en se promettant d'être meilleur...


Inutile d'insister mais j'ai adoré.

Mots-clés : #immigration #nouvelle #traditions
par kashmir
le Dim 8 Oct - 21:36
 
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Sujet: Willa Cather
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Joël Haroche

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L'affaire Rosenblatt


Originale : Français, 2017

Grasset a écrit:Début des années soixante : les Rosenblatt ont posé leurs valises au Texas. Juifs au milieu de la plus importante population évangélique du pays ; russes d’origine à une époque où l’on se prépare à vitrifier les « ruskoffs » ; gauchistes dix ans après que les époux Rosenberg ont grillé sur la chaise : l’intégration ne va pas aller de soi…
Julius, le père de famille, est un avocat raté. Sa femme Rose rêve d’adaptation et entreprend à cette fin de burlesques tentatives. Leur dernier fils Nathan, génie de huit ans, scande la vie familiale de ses obscénités. Quant à l’aîné Elias, narrateur du récit, il oppose un humour salvateur aux idées morbides qui l’assaillent.
Début 1963, les Rosenblatt se lient à un jeune couple encore plus paria qu’eux : lui est un Marines dyslexique en rupture de ban, elle une fragile exilée d’URSS.
Comment imaginer, à suivre leurs innocentes parties de campagne, que bientôt va se produire une déflagration promettant enfin la célébrité à ce petit monde de paumés ?

Fable tragi-comique sur l’adaptation impossible et la revanche des humiliés, ce roman irrésistible de charme et de drôlerie nous promène avec délices dans la petite histoire pour mieux nous propulser dans la grande.



REMARQUES :
Certains, comme moi, pourraient être perplexe face à catégoriser ce roman : historique ? Humour ? Satire ? Voire, une présentation d’une vie de tentatives (échouées) d’adaptation de Juifs russes, plutôt gauchiste, dans l’Amérique du début des années 60 ? Oui, on le devinera : le cadre va jouer un rôle, et qui situe le lieu de vie au Texas, et voir s’approcher le Novembre ‘63 pourrait se douter de quelque chose. Je ne l’ai pas vu venir trop tôt…

Mais le terme de tragi-comédie pourrait aller bien : Quelle drôlerie dans les descriptions par le fils Elias, de cette vie familiale déjantée. Presque pas une phrase sans ironie, observation pittoresque… Parfois, non : souvent, à la limite de l’humour très noir ?! Mais le roman, ou l’auteur, ne se contente pas dans ce jeu là. Il y intègre une dose de cadre historique même très crédible et vrai pour l’essentiel (des gens confronté à être proches d’un événement historique par des circonstances non choisies). Juste on pourrait se demander si l’humour noir dans certains domaines devrait, peut s’appliquer « à tout ». J’étais alors gêné, moi, par le maintien de cette approche.

Oui, parfois on devine derrière la voix du narrateur fictif (somme toute un enfant d’une douzaine d’années) beaucoup trop « mûr » ou ironique pour son âge, la voix de réflexion de l’auteur. Ces deux approches ou facettes ne font aucun problème pour beaucoup, peuvent même constituer le sel de la lecture. Elles peuvent aussi être perçues comme une discontinuité, ou un manque de maintien de la ligne choisie ? Moi, je n’ai pas pu me joindre à des éloges sans bémol à ce choix. Ce qui n’empêche pas que beaucoup trouveront dans ce roman une très bonne lecture! A vous de voir !


mots-clés : #famille #humour #immigration
par tom léo
le Ven 6 Oct - 7:25
 
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Sujet: Joël Haroche
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Doan Bui

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Le silence de mon père

Les mots sont comme les oiseaux gracieux que mon père admirait sur les estampes chinoises. Les mots se sont envolés de son esprit : oiseaux migrateurs, ils sont partis vers des horizons plus chauds et mon père est resté dans son éternel hiver de silence.

Suite à un AVC, le père de Doan Bui a perdu la parole. L’occasion pour l’auteur d’un triste constat : elle ne connait pas son père, cet homme qui, une fois rentré de sa journée de travail, s’installait en silence face à la télévision. Et qui n'a rien dit, sur son enfance au Vietnam, sur l’exil, sur l'impossible retour. Venu en France faire des études de médecine, n’en est jamais reparti. Il a épousé une vietnamienne, elle aussi réfugiée. Ensemble ils ont eu des enfants « banane ». Jaunes à l’extérieur, blancs à l’intérieur. Tous nés en France. De pur produit de la République française. Ne parlant pas la langue de leurs parents.
C’est d’ailleurs tout le paradoxe de Doan Bui, qui raconte à merveille le dilemme des immigrés de la seconde génération. Car Française, elle ne l'est pas vraiment aux yeux de tous. Régulièrement, on la complimente pour sa remarquable maîtrise de la langue, ou on la salue d'un retentissant : "Ni Hao !"...   Accentuant le sentiment d’imposture d’une femme qui ne sait plus très bien, en somme, qui elle est vraiment.

Je voulais tellement être Française, qu’il m’était  –m'est ? insupportable d’être confondue avec d’autres immigrés, ceux qui parlaient mal la langue de Voltaire, les Fresh of the boat, arrivés plus récemment, les blédards, les niakoués. L’affront suprême était d’être assimilée aux immigrés chinois, ceux dont on parlait avec méfiance à la télévision (clandestins, mafieux, etc., etc.).
J’avais habité un temps chez une tante dans une des tours du 13e et j’en étais venu à haïr l’odeur du nuoc-mâm imprégnée dans les murs, les sacs plastiques Tang Frères, les enseignes bariolées (...). Ah non, moi, jamais je n’habiterai là, chez les chinetoques, merci bien, plutôt mourir, c’est moche, mais c’est moche là-bas, inimaginable, je rêvais d’appartements haussmanniens moulurés, de boulangeries tradition, de fromagers, de caves à vin…
Et pourtant, aimantée, j’ai finalement posé mes valises dans une tour, en plein cœur de Chinatown, avec plein de Chinois qui me prennent pour une Chinoise, des épiceries chinoises tous les deux mètres, des coiffeuses chinoises qui s’appellent Jenny Coiffure, avec des photos de stars hongkongaises permanentées sur la devanture et une forêt d’enseignes criardes en chinois qui clignotent comme dans un casino de Las Vegas.
Ma mère en fut très contrariée. Avant mon déménagement, elle s’y est rendue et croisant un voisin blanc, elle l’a interpellé :  « Y a vraiment beaucoup de Chinois ici, non ? » Et l’autre, perplexe : « Ne vous inquiétez pas madame, ils sont très gentils.»


Ce livre, c'est donc le témoignage d'une fille partie à la recherche de son père, mais aussi d'elle-même. Paradoxalement, Doan Bui, grand reporter à l'Obs et spécialiste des sujets sur l'immigration, n’avait jamais osé franchir le mur de silence familial. Enfin, elle retrouve ses réflexes de journaliste : elle fouille, elle ose questionner, quitte à dévoiler au grand jour les secrets de famille... Croyant bien faire, nos parents se sont interdits de transmettre leur culture, ils sont restés muets sur leur histoire. Je retrouve tant de secrets dans toutes les familles asiatiques, imbriqués dans les parcours d’exil.

Au-delà de l'immigration, ce livre pose la question de la relation parent-enfant, de la parole, et de la transmission. C'est avant tout une réflexion prenante sur l'identité, d'autant plus difficile à aborder quand l'exil est de la partie... J'ai ainsi été marquée par l'aspect paradoxal d'une culture vietnamienne à la fois omniprésente et occultée. Bien qu'elle les constitue intrinsèquement, les parents Bui poussent leurs enfants à la renier. Une dualité qui, forcément, a des conséquences. Sur les parents, qui taisent leurs renoncements, leurs peurs, leur nostalgie. Sur les enfants qui, tout en étant résolument français, ressentent sans se l'avouer un sentiment d'incomplétude.
Mais cette fois, Doan Bui a décidé de tout dire. Car il n’y a aucune honte à avoir. Rien à cacher. Personne ne perdra la face.
Un témoignage dont l'impudeur se pare d'élégance, et qui, tout en retenue, dit la difficulté d'être français...


mots-clés : #autobiographie #exil #famille #immigration #devoirdememoire
par Armor
le Jeu 5 Oct - 22:53
 
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Sujet: Doan Bui
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Isaac Bashevis Singer

Le certificat

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A Varsovie peu après la première guerre, David est un tout jeune juif au grandes aspirations mais plein d'incertitudes. Il a renié la religion de ses parents, mais pas encore toutes leurs convictions obscurantistes. C'est un philosophe, un raisonneur, un écrivaillon qui rêve d'être publié, mais assez désemparé pour mener sa vie. Il écoute aussi son cœur et son corps, mais ses nombreuses et candides relations avec les femmes sont  compliquées par  les préjugés qu'il n'a pas encore dépassés. Tout cela ne nourrit pas son homme, il galère, frigorifié, le ventre vide, alternativement séduit par les idéaux communistes ou sionistes. Il attend avec impatience le certificat qui lui permettra d'émigrer en Palestine, contraint pour cela à un mariage blanc, incapable pour autant de s'imaginer un destin en Palestine où on demande surtout de bras costauds.

Largement autobiographique, de publication posthume, et donc sans doute pas le meilleur pour commencer avec cet auteur, le certificat fait revivre avec justesse les affres des Juifs polonais de l'entre-deux guerre, à travers le portait attachant d'un jeune homme désemparé, car ses élans de jeunesse se heurtent aux tragiques réalités de l'antisémitisme.

mots-clés : #communautejuive #immigration
par topocl
le Ven 15 Sep - 11:34
 
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Sujet: Isaac Bashevis Singer
Réponses: 3
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Christos Tsiolkas

Jesus Man

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Roman choc s'il en est qui décrit les péripéties et drame d'une famille grecque en Australie. Ce récit est d'ailleurs un prétexte pour dresser un portrait au vitriol et une description sans concession de la société australienne. Emploi, racisme, chômage, sexe, moeurs, multiculturalisme non assumé, perte d'identité sont autant de thèmes que l'on pourrait transposer sans peine en France. Il est d'ailleurs intéressant de les voir traités pour analyser un autre pays et à la façon de Tsiolkas. Dialogues tranchants, avis tranchés, scènes sexuelles dérangeantes, rapports familiaux poignants et choquants ce roman suinte d'angoisse et de désespoir. On peut penser à du Larry Clark romancé, ou à du Irvin Welsh. C'est dans un style brut avec la volonté de nous planter dans les yeux un décor qu'on ne veut pas voir au quotidien, avec une vulgarité non feinte mais subtile que l'on se prend à réfléchir sur notre propre identité et nos propres pulsions, nos préjugés mais aussi nos attachements et nos réflexions. Un roman utile et vif.


mots-clés : #famille #immigration #social
par Hanta
le Ven 18 Aoû - 10:29
 
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Sujet: Christos Tsiolkas
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Colm Toibin

Brooklyn  

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Eileis est une jeune fille parmi tant d'autres dans l'Irlande des années 50: entourée de sa soeur ainée et de sa vieille mère . Dans une attitude de soumission imprégnée de notions de devoirs liées à son éducation judéochrétienne , Eilis semble avancer dans la vie avec un certain détachement , sans réelle attente .
Par l'intermédiaire d'un prêtre installé aux USA , elle partira sur cette terre d'accueil et se frottera à une réalité inconnue à laquelle elle devra s'adapter : Evoluant jusqu'alors avec une obéissance aveugle aux règles morales , s'oubliant elle-même dans un effacement de l'ego , incapable presque de traduire ses émotions , Eilis s'éveillera à elle-même et aux autres .....
Immergée dans cette culture nouvelle dans laquelle elle devra faire sa place parmi tous ces exilés de Brooklynn , découvrant les premiers émois charnels , s'émancipant au fil du temps , de façon presque imperceptible pour devenir une jeune femme avec des désirs et des envies ....
Le décès brutal de sa soeur la ramènera "au pays " pour soutenir sa mère lors d'un séjour programmé pour une durée de un mois . Mais son fiancé lui imposera le mariage avant le départ ....
Le retour d'une nouvelle Eilis , pleine d'assurance , et avec une nouvelle "aura" liée à ces années passées dans le "nouveau monde" ne passera pas inaperçu dans la petite bourgade provinciale irlandaise...Une ébauche amoureuse naitra avec un ami de jeunesse , un poste d'avenir lui sera proposé ...
Et Eilis devra choisir , choisira ....pour la première fois de sa vie , délibérément ,enfin actrice de sa vie , et pleinement consciente des conséquences de ses actes ....
Brooklyn, ce serait une histoire presque bluette si on s'en tenait uniquement à cette narration : mais ce serait sans compter sur le talent de l'écrivain qui met en lumière la notion de choix ....toujours salvatrice lorsqu'elle est assumée et pleinement acceptée ...le choix pour grandir malgré la souffrance , la notion de liberté personnelle et de libération des jougs affectifs ....se réaliser , c'est aussi savoir faire des deuils , et accepter les manques et les absences pour embrasser 'sa destinée choisie" .
Une lecture surprenante parce que plus marquante qu'il n'y paraitrait de prime abord ....L'écriture s'oublie , et la force de ce personnage si particulier s'amplifiera au fil des pages , jusqu'au dénouement final .....
Un vrai coup de coeur !


Commentaire rapatrié




mots-clés : #immigration
par églantine
le Mar 15 Aoû - 10:25
 
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Sujet: Colm Toibin
Réponses: 8
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Luiz Ruffato

A Lisbonne j'ai pensé à toi.

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Serginho a arrêté de fumer. c'est à peu près tout ce qu'il marche dans sa vie (sa femme et en hôpital psychiatrique, il perd son boulot et son fils lui est retiré par sa belle-famille). Quand sa mère meurt, dernière attache, il décide d'immigrer au Portugal. Non que cela lui fasse très envie, non que cela ne l'angoisse pas, mais tout le monde l'adule (l'envie?) pour cette décision, l'admire et l'encourage.
Arrivé à Lisbonne, c’est une autre histoire: logement précaire, boulot clandestin, hostilités et humiliations diverses, vague liaison avec une prostituée bien roulée qui se joue gentiment de lui. C'est une petite descente aux enfers... Plus question du retour escompté aux pays, plein aux as, pour finir en rentier vénéré : voila comment il  s'est remis à fumer.

Court récit pseudo-oral, A Lisbonne  j'ai pensé à toi est le récit des espoirs et déceptions des migrants, celle d'un paumé trompé  dont les choix ne sont pas  les siens, qui se laisse berner par ses illusions naïves et dérive dans Lisbonne, empreint à la saudade, observant les lieux et les êtres.


mots-clés : #immigration
par topocl
le Dim 6 Aoû - 10:23
 
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Sujet: Luiz Ruffato
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Erich Maria Remarque

La nuit de Lisbonne

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 2 Images38

Dans les pays que j'avais quittés, les villes noires s'élevaient pareilles à des mines de charbon, et le moindre lumignon dans l'obscurité pouvait être plus dangereux que la peste au Moyen Âge.  Je venais de l'Europe du XXe siècle.


Une fois de plus, Erich Maria Remarque nous plonge dans le peuple éperdu des émigrés fuyant la peste nazie.

L'homme par lui-même n'était plus rien ; un passeport valable était tout.


Schwartz, qui fuit déjà depuis 5 ans de pays en pays, de camp en prison, d’hôtel borgne en cache transitoire, repasse, de façon insensée mais irrépressible,  par sa ville natale d'Osnabrück pour voir une dernière fois sa femme.
Celle-ci, Hélène, décide de fuir avec lui. Acte d 'amour éperdu alors que leur couple modeste s'étiolait avant la menace? Désespoir face à la mort qui la guette en son sein? Schwartz ne le saura jamais.
Au cours d'une nuit de confidence, après la mort d'Hélène, alors qu'ils allaient enfin embarquer pour l'Amérique il va déposer, en une longue confidence, son histoire de fuite, d'amour et d'espoir entre les mains du narrateur, auquel il offre, désespéré,  la chance de partir à sa place.

Le bateau s'apprêtait au départ, comme  l'Arche  au temps du déluge. Et c'était une Arche, en effet. Tout bâtiment quittant l'Europe est alors une Arche. L'Amérique était à un autre mont Ararat, et les flots montaient tous les jours.


L'histoire était évoquée brièvement dans Une terre promise et on croise des personnages et des situations qu'on  avait rencontrés dans Les émigrants: les récits de Remarque  s 'interpénètrent dans un large fresque sans fin sur ce XXème siècle mortifère.
Ce sont d'autres chemins, d'autres épreuves, d'autres passages, mais il y a toujours  cette traque infernale qui transforme des vies ordinaires en épopées aussi tragiques qu' involontaires. Celle de Schwartz est magnifiée par un amour insensé, qui n'aurait sans doute jamais trouvé sa place dans un monde meilleur.

-Je ne me plains pas, reprit-elle, la bouche près de mon visage. Comment nous plaindrions-nous ? Que serions-nous devenus, autrement ? Un couple moyen, fort ennuyeux, qui aurait mené à Osnabrück une vie moyenne, tissée de sentiments moyens. Une fois par an nous aurions fait un voyage conventionnel, pour célébrer l'époque des vacances.


Il y a là un romantisme que je n'avais pas encore trouvé dans les autres livres de Remarque,  qui n’est là que pour mieux dénoncer par contraste l'horreur d'un monde où, si l'amour est interdit, il est seul à donner encore un  sens.


mots-clés : #immigration
par topocl
le Mer 2 Aoû - 18:21
 
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Sujet: Erich Maria Remarque
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Gérard Noiriel

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 2 Massac10


Je ne connaissais pas du tout l'auteur et son parcours, c'est le titre et le lieu qui m'ont attiré sur cette lecture. Bien m'en a pris.


Le massacre des Italiens


L’ auteur a choisi de faire l’analyse socio-politique de ce drame. Il présente le lieu où il s’est déroulé : Aigues-Mortes dans les Bouches du Rhône,  l’histoire de cette ville médiévale, construction, économie, démographie (tour à tour prospère, puis en récession, stagnante.)

Une ville isolée entourée de marais insalubres lesquels provoquent les fièvres, manque vital  d’eau, à l’époque. Donc un manque d’hygiène.

Ces marais salins sont avec les vignobles les deux économies actives de  la ville mais surtout  les prémices du capitalisme ; c’est la Compagnie des Salins du Midi qui exploite les marais, quant aux vignobles les propriétaires sont les notables de la ville.

Le travail des ouvriers dans les marais est  équivalent à celui d’un forçat : chaleur, sel qui imprègne tout, poids à manipuler, longue journée, mal nourris, mal logés, mal payés …………..

Cette photo illustre la difficulté de pousser les brouettes sur un passage étroit  qui s’élève au fur et à mesure que s’élève les pyramides de sel (c’est le levage)


Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 2 Brouet10

La CSM  trouve intérêt à mettre en concurrence les ouvriers Français et Italiens, plus rentables, un affrontement meurtrier* se déroula les 16 et 17 août 1893. L’ auteur  en dresse la chronologie. Les victimes en sont les Italiens (morts et de nombreux blessés). Massacre auquel ont participé les ouvriers , les trimards (vagabonds, sans emploi, nomades : les plus démunis) et une partie de la population Aigues-Mortaise.

L’auteur a fait des recherches sur le parcours des personnages représentant l’autorité (le Maire, le Préfet, le Procureur, les gendarmes, l’armée… )et la CSM, tous niant leur responsabilité.

Pour expliquer cette féroce attaque l’auteur analyse l’affaire Aigues-Mortes, à travers  la situation de la France et de l’Italie pays  tous deux touchés par la Dépression.

- Social (l’ affaire des Fourmies  en France par exemple)

- Politique  dans les deux pays également  (En France la thèse nationaliste  exacerbée par les lois de l’immigration  (Barrès, Drumont…..), la thèse libérale…)

- La justice (dont l’indépendance n’est pas avérée dans cette affaire ; pression des groupes nationalistes, le jury de la cour d'assises d'Angoulême où a eu lieu le procès acquittera tous les accusés malgré des preuves accablantes. Ce qui constitue un scandale judiciaire)

- Les relations diplomatiques (résultant  de l’ affaire de Tunis, la guerre de 1870 etc….)

Cependant « L'intérêt national » a incité les gouvernements français et italiens à « enterrer l'affaire ». C'est pourquoi, malgré son importance, cet événement a été ensuite occulté de la mémoire collective.

- L' importance de la Presse (nationale et locale) et son impact sur la population

Remarque :  Les discours les plus nationalistes étaient tenus par les radicaux qui défendaient en même temps les « droits de l'homme » ! (grand écart !)

Rappel et incidence de l’affaire Dreyfus.

Viennent ensuite l’analyse par les experts, psychologues, anthropologues, sociologues…..

La mémoire, l’ oubli,  la résurgence de l’affaire de longues années après

C’est au centenaire qu’est apposée une plaque commémorative sur la place d’Aigues-Mortes.



Une lecture très intéressante qui  fait le lien entre l’immigration de l’époque (les Italiens) et celle d’ aujourd’hui  (les maghrébins), le racisme qui ne se nommait pas en 1893, non plus que le « pogrom ».
Le chapitre  sur la   presse montre bien le pouvoir des » médias », à l’époque déjà avec des extraits judicieux des éditoriaux.

La conclusion de l’auteur  aurait presque suffit à  relater l’affaire, car bien argumentée.

Personnellement j’ignorais ce massacre,  qui s’est déroulé dans ma région, à  Aigue-Mortes , je n’avais pas le sentiment que l’immigration des Italiens avait été si dure, même si bien sur j’avais une connaissance du rejet et des noms péjoratifs qui leur étaient donnés.

Les immigrés sont exploités par les patrons et servent à ces derniers à exploiter  également les ouvriers Français. (me semble que c’est encore d’actualité).

Il y a certaine lecture qui vous rappelle que c’est bien votre pays qui a adopté des lois qui ne l’honoraient pas. Il faut rester vigilent car certaines idées délatrices sont encore bien  vivantes.

*Succinct résumé du massacre

Spoiler:
• 1ère rixe le 16 août : un des ouvriers français reproche à un ouvrier Piémontais de l’avoir touché ou frôlé avec la brouette, ça s’envenime, excédé le Piémontais (qui perd du temps de travail) plonge son vêtement plein de sueur et de sel dans le baquet d’eau potable des français
• J’ai mentionné le manque d’eau donc  on peut mesurer la gravité du geste, de leur côté les français trop faibles sont humiliés de ne pouvoir suivre le rythme des Italiens.
• La CSM a baissé les salaires,  mais consciente de la force des Italiens leur propose un salaire au rendement, qu’ils acceptent ; l’argent gagné durant le mois d’août leur permet de s’habiller toute l’année, c’est crucial aussi pour eux.
• Le 17 août, les trimards se déchainent s’attirant le soutien d’une grande partie de la population Aigues-Mortaise en évoquant (à tort) que des français sont morts dans les marais.
• 7 ou 8  morts, des disparus et de très nombreux blessés (la France et l’Italie ne sont pas d’accord sur les chiffres) mais tous les morts sont Italiens ainsi que la majorité des blessés.





PS j’ai trouvé dans cette lecture un éclairage  quant aux propos de Bernanos  sur les Républiques et la démocratie(les cimetières sous la lune)


Arensor ce livre devrait t’intéresser,  et d'autres je pense


mots-clés : #social #historique #immigration
par Bédoulène
le Sam 29 Juil - 15:41
 
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Sujet: Gérard Noiriel
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Sergueï Dovlatov

L'auteur tant apprécié par moi, Andreï Makine, dit dans un entretien ( http://www.lefigaro.fr/publiredactionnel/2010/05/19/06006-20100519ARTWWW00369-andrei-makine-nous-navons-pas-cree-dimage-positive.php ) qu'un certain Sergei Dovlatov (mais c'est qui???) serait pour lui à estimer plus qu'un Tchekhov (même s'il sait le peu de sens de ce genre de comparaison...) et qu'on aurait du lui donner le Prix Nobel. Si en plus un ami moscovite, grand lecteur, me dit plus ou moins la même chose, je ne peux que retenir et puis noter le nom. Et c'est ainsi qu'on découvre un nouvel auteur. Et quel auteur !


Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 2 Cvt_la10

La valise


Originale: Чемодан (Russe, 1986)

CONTENU :
Sergueï n'est pas fait pour être communiste ordinaire. Quand il reçoit finalement la permission de sortir de l'Union soviètique, il n'emportera qu'une valise. Une valise de sa vie précédente... Arrivé en Occident il cache la valise et seulement après des années il la redécouvre. Il l'ouvre et il est confronté avec le passé dans la forme de ces objets emportés jadis... : des chaussettes acryliques finnois, les chaussures volées au maire de Leningrad...
C'est une sorte de « comédie autobiographique », une œuvre plein de bon mots et formules, plein d'humour et nostalgie.
(Source : elements de l'édition allemande de chez Dumont)

REMARQUES :
C'est par le biais des recommandations de Makine et d'un ami russe que j'ai tenté ma chance avec ce petit livre, ce petit bijoux. Dans l'introduction Dovlatov raconte comment il fût amené de quitter l'Union soviètique dans les années 70 avec seulement une valise (contrairement à trois qui étaient permises). Et même cette seule valise ne semble plus l'intéresser, une fois arrivé à l'Ouest : il la cache sous un lit et ne va la rouvrir qu'après bien des années. Et en sortant les objets, c'est des histoires qui remontent : comment il est entré en possession de ces choses. Donc, s'ensuivent huit chapitres sur huit objets. Ces histoires sont souvent franchement drôle à en rire à souhait, puis, à voir de plus près, elles expriment aussi le profond attachement au pays, des us et coutumes (si bizarres des fois pour nous) de la Russie et le chaos, voir l'état de délire dans l'ancien Union soviétique. C'est dans la tradition de l’auto-dérision, de la comédie, mais d'une façon peut-être plus libre, plus accessible au lecteur occidental ?!

Ce fût un plaisir de lecture et une découverte. L'auteur reste noté, et des livres à découvrir !


mots-clés : #humour #immigration
par tom léo
le Lun 24 Juil - 22:07
 
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Sujet: Sergueï Dovlatov
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Willa Cather

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 2 513gzj11

Mon Ántonia

Jim, onze ans, quitte la Virgine et s’installe au Nebraska, dans la ferme de ses grands-parents. Une famille d’immigrés tchèques, les Shimerda, emménage non loin de là. Ce roman retrace l’histoire de Jim, de le ferme à la ville à l’université, à travers sa relation avec Ántonia, la fille aînée des Shimerda.

J’ai trouvé ce roman superbe. J'ai été séduite, en particulier, par la place qui est donnée au paysage de la prairie grouillante, vibrante, brûlante. Ántonia (un très beau personnage) est à la fois la continuation de cette terre où elle a fini par planter ses racines, et une femme fondamentalement déracinée, nostalgique de son pays d’origine et de sa vie d’avant. On a du coup un commentaire intéressant sur la fondation d’une culture américaine, faite de bric et de broc transporté dans un sac de voyage, à l’arrière d’un train, à travers la plaine…

Je compte lire ses autres romans !


mots-clés : #immigration
par Baleine
le Dim 23 Juil - 15:28
 
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Sujet: Willa Cather
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Ludmila Oulitskaïa

De joyeuses funérailles.

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 2 Images34

Tout les gens nés en Russie qui se trouvaient ici, et qui différaient par leurs dons, leur éducation ou simplement leurs qualités humaines, avaient un point commun : tous, ils avaient quitté la Russie d'une façon ou d'une autre. La plupart avaient émigré dans la légalité, certains étaient des réfugiés, les plus intrépides s'étaient évadés en franchissant une frontière. Mais cet acte qu'ils avaient accompli les apparentait. Quelles que fussent leurs divergences d'opinion, quelle que fût la façon dont leur vie avait tourné en émigration, il y avait dans cet acte quelque chose qui les liait irrémédiablement : le franchissement d'une  frontière, la fracture d'une ligne de vie coupée nette, l'arrachement de vieilles racines et l'implantation de nouvelles dans une terre étrangère, avec une autre consistance, une autre couleur, un autre odeur.


Dans le loft New-yorkais délabré d'Alik,  toute la communauté russe exilée se donne rendez-vous. Autour de ce peintre juif émigré, un homme plein de charme, aimé de tous , croquant la vie à belles dents, les âmes russes se retrouvent avec leurs folies, leur nostalgie, leurs névroses et leurs  vodkas.
Seulement cette fois, Alik est en train de mourir... Et si Gorbatchev, renversé par un putsch à l'autre bout du monde, tente de lui voler la vedette, Alik n'en reste pas moins le centre de toutes les émotions.

Cette description du petit milieu russe new-yorkais distille un charme  tour à tour touchant et drolatique. Ludmilla Oulitskaia mène avec finesse et intelligence cette comédie triste, brillante, burlesque. Dans une ambiance de folie douce, de passions désespérées, les héros, dévastés par leur exil, vouent un amour définitif à cette patrie où ils sont nés et qu'ils ont fuie de toutes leur force. Ils voguent dans ce monde nouveau, étrange, inhospitalier mais qui leur a tendu les bras, en y criant leur appartenance au monde qu'ils ont quitté. Ils vivent, chantent, se disputent, délirent, s'aiment ou se détestent ; ils partagent éperdument cette grandiose mise en scène de la mort de l'un d 'entre eux.
Du grand art.


mots-clés : #immigration
par topocl
le Jeu 6 Juil - 20:49
 
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Sujet: Ludmila Oulitskaïa
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Erich Maria Remarque

Cette terre promise

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 2 Image134

Je me levai et m'habillai. Je songeai à aller marcher dans la ville jusqu'à être mort de fatigue. Mais  cela aussi n'aurait été qu'une dérobade. Je l'avais d'ailleurs souvent  déjà fait et, par besoin inconscient d'y trouver ou me raccrocher, de faire de la ville un appui et un moyen d'oublier, je l'avais transformée en quelque chose de romantique, comme si les gratte-ciel pleins de lumière n'avaient pas été eux aussi bâtis sur la cupidité, le crime, l'exploitation et l'égoïsme, et comme si les districts de la misère n'en faisaient pas partie.  Je m'étais construit de la cité cette image exaltante et fade tel un contrepoids aux années sanglantes du passé européen que je voulais chasser. Elle était fausse et je le savais


On est comme dans une suite à distance de Les exilés.  Le narrateur, allemand déchu de nationalité, qui a connu des années de  fuite, de cachettes, de camps d'internement, arrive en Amérique avec le passeport d'un ami juif (quelle ironie !) décédé.

« Comment vous sentez-vous en Amérique ? » demanda-t-il.
Je savais que tout Américain attendait qu'on se sente terriblement bien. C'était d'une naïveté attendrissante. « Terriblement bien » répondis-je.


Il intègre une petite communauté d'immigrés divers, qui se soutiennent, s'assistent, se trahissent parfois. Chacun traîne ses propres blessures et errances. Chacun survit. Ils boivent tant et plus, et déambulent; ils parlent, parlent, parlent…

La vie est toujours intéressante comme sujet de discussion. Du coup, on oublie de la vivre. Substitution confortable.


Car si objectivement la vie est maintenant protégée, l'oubli reste impossible, les fantômes des souvenirs sont là, les cauchemars harcèlent, et le quotidien, ce pis-aller, cet absurde enracinement petit-bourgeois, n'a guère de sens.

Nous étions à l'abri, mais pas de nous-mêmes.


Seule l'amitié, l'amour et l'art offrent dans cette d'errance, quelques fugaces éclairs salvateurs.

-Le bonheur ? Dis-je. Qu'est-ce que c'est ? Un terme datant du XIXe siècle, je crois.


Le roman reste inachevé  au lendemain de la victoire en France, et l'on n'en est même pas frustré: cet inachèvement-même est une parfaite image d'un avenir qui veut s'ouvrir, mais reste totalement fermé : rester ? rentrer? se venger  ? se ranger???…


Il y a  quelque chose de poignant dans cet ample récit de l'exil, cette mélancolie élégante qui masque - mal - le désespoir, ces dialogues élaborés, cette noblesse souffrante,   ces espoirs définitivement muselés. S'ils habitent enfin quelque part , ces héros du siècle n'en finissent pas de chercher une douceur perdue. C'est très beau, cela ressemble à un vieux film en noir et blanc, avec des lumières travaillées, des intérieurs feutrés ou misérables, des acteurs aux gueules pas possibles. J'aime beaucoup Remarque, dont la gravité désespérée, dans une réelle intelligence du cœur, se mêle souvent d'ironie et d'humour.


mots-clés : #immigration
par topocl
le Jeu 15 Juin - 13:54
 
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Sujet: Erich Maria Remarque
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Marie-Hélène Dumas

Journal d'une traduction

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 2 41ymjz10

Le temps de trois saisons,  c'est à dire le temps de traduire La république de l'imagination de Azar Nafisi, qui parle de l'exil à travers la fiction,  Marie-Hélène Dumas a tenu un "journal", accumulation de notes, récits, réflexions, citations et références sur le thème de la langue et ses collatéraux : l'exil, l'intégration, la transmission, l'échange et le voyage, et bien sûr la traduction, tous thèmes évidemment étroitement entrelacés.

Fille et petite fille de Russe blancs qui ont choisi l'assimilation, mais voulu lui transmettre la culture russe via une institution religieuse, Marie- Hélène Dumas a résolument tourné le dos à la langue  russe (mais l' a retrouvée pour parler avec sa mère sur son lit de mort).  De cet héritage mêlant fidélité et rupture avec les origines et la langue de  celles-ci, elle a hérité un tempérament qui quoique fondamentalement rebelle, la portait aussi à rechercher un confortable sentiment d'appartenance, comme une façon de se défaire de son étiquette d'immigrée. Dans cette ambiguïté-même, elle a laissé la porte ouverte aux rencontres, et au hasard, aux "circonstances" en quelque sorte. C'est ainsi qu'elle a eu des moments de vie très "conforme", au sein d'un couple banalement consumériste, laissant ensuite place à des voyages à l'aventure et au fil des rencontres, pour "finir" traductrice solitaire, jouissant de cette solitude habitée, de son jardin et de son indépendance, s'inscrivant sans en étouffer dans une  filiation particulière, la transmettant, à sa dose propre, à  ses filles et  ses petits-enfants.

De ce lignage dont elle creuse les tenants et les aboutissants, les comment et les pourquoi, elle a tiré un grand esprit d'ouverture à l'autre , d'acceptation de ses différences et errances et, une tolérance en quelque sorte, qui n'empêche pas un positionnement tranché, mais indulgent. Et elle s’est jetée dans l'anglais et l'espagnol, langues de musique, de discours amicaux ou  amoureux, de partage libre et non plus imposé, en somme.

La traduction s’inscrit dans cette ligne de découverte du texte de l'autre, de sa langue et de ses coutumes , et de transmission : une transmission affective et intellectuelle, en tout cas subjective, où le traducteur doit trouver sa place, c'est à dire trouver le mot, la formule. Elle se montre à l’œuvre, travaillant de la tête, des mains sur le clavier, des jambes qui l'emmènent vers une solution, dans un travail plus physique qu'il n'y parait , car les tripes aussi y sont pour quelque chose. Se donnant tout entière à ce travail qui est aussi plaisir voire jouissance, insinue-t'elle, passion, érudition  et épanouissement.

Cela donne un livre un peu fouillis (la forme "journal" veut cela), léger et réfléchi tout à la fois, savant et plein d'émotion. A travers la multiplicité des thèmes explorés, se dessine  une grande unité de projet; on découvre une personnalité audacieuse et mesurée tout  la fois, une femme passeuse qui réfléchit , défend son individualité sans rejeter ses racines, une attachante amoureuse du langage et de la vie.


Traduction-trahison?

Marie-Hélène Dumas a écrit:(...)pour qu'il y ait trahison de ce qui est écrit il faudrait que ce qui est écrit n'ait qu'un seul sens, un seul, ce qui n'est pas toujours le cas. Traduire c'est, entre autres, laisser au lecteur les mêmes possibilités d'interprétation que l'auteur l'a fait. Quand j'ai un doute et que je demande à un auteur ce qu'il a exactement voulu dire, ce qui maintenant peut se faire plus facilement et donc plus souvent qu'avant grâce aux e-mails, il me répond la plupart du temps (ce qui fait que c'est une question que je ne pose pratiquement jamais plus), J'ai écrit ce qui est écrit. En cela il suit l'affirmation de Valéry : « Il n'y a pas de vrai sens d'un texte. Pas d'autorité de l'auteur, quoi qu'il ait voulu dire, il a écrit ce qu'il a écrit. »




mots-clés : #journal #immigration
par topocl
le Mer 31 Mai - 15:19
 
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Sujet: Marie-Hélène Dumas
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Atticus Lish

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 2 97822810

Parmi les loups et les bandits

Ce premier roman d'Atticus Lish se construit autour de la rencontre imprévisible, dans une ville de New York blessée et amère, de deux solitudes : Zou Lei, jeune femme d'origine ouïghoure, se débat pour espérer obtenir des papiers et une légitimité personnelle alors que Skinner, vétéran revenu d'Irak, affronte quotidiennement ses cauchemars, toujours au bord d'un effondrement.

L'écriture est sombre, souvent sèche et brutale tant l'existence ne semble être qu'une question de survie, reflet d'une lutte permanente contre une adversité presque invisible. Le lien fragile entre Zou Lei et Skinner porte cependant en lui un immense motif d'espoir, au-delà d'une souffrance qui hante chaque personnage et précipite le récit vers le drame. Le contraste entre une violence anonyme, enfouie, et un amour sans illusions mais qui représente une forme d'absolu révèle une sensibilité poignante et brièvement idéalisée. Le titre original du roman ("Preparation for the Next Life") semble montrer un passage, esquisser des promesses démesurées pour combler un vide et un accablement.

Parmi les loups et les bandits est parfois inégal tant l'ambition d'Atticus Lish est élevée, mais des temps forts et un épilogue bouleversant restent longtemps en mémoire.


mots-clés : #immigration #guerre
par Avadoro
le Ven 28 Avr - 21:31
 
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Sujet: Atticus Lish
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