Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Sam 14 Déc - 14:39

74 résultats trouvés pour immigration

Ahmed Kalouaz

Les solitudes se ressemblent

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Une femme, la cinquantaine attend seule , une nuit durant, dans une chambre d’hôtel , un homme aimé qui viendra ou ne viendra pas. Les chambres d’hôtel elle connaît, elle y fait le ménage de jour en jour. La solitude aussi, le rejet, et l'abandon également: elle est née et a grandi dans un camp de harkis, où elle a vécu la double peine :

Enfant de bougnoule. Enfant de traître.


Elle y a vu ses parents anéantis par l'abandon, muets sur leur histoire, dont elle n'a jamais rien su, enfermés dans leur humiliation. Pour le choix d'une cause qui s’est avérée mauvaise, par intérêt ou par méconnaissance, il sont condamnés à une vie à l'écart, immobile, refermée sur elle-même. Interdits d'être et d'aimer. La jeune fille saura se rebeller mais n'effacera jamais cette trace en elle, n'accédera jamais à l'amour qui lui fut refusé dans l'enfance.

Le livre est court, trop court peut-être pour embrasser toute une existence, et le style presque trop travaillé.La partie sur les harkis est subtile et très informative à la fois, et porte le livre j'ai moins aimé le déroulement de la vie adulte, qui lui et entrelacé,  plus banal et inabouti.  Intéressant, donc mais qui laisse un peu sur sa faim.


mots-clés : #immigration
par topocl
le Sam 15 Avr - 9:32
 
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Négar Djavadi

Désorientale

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Négar Djavadi nous parle d'une famille iranienne très proche de la sienne sur trois générations, et à travers elle de la dissidence, et de l'histoire de l'Iran. Mais aussi de son homosexualité et de sa  grossesse par procréation assistée. C'était sans doute beaucoup pour un premier roman, qui cependant ne manque pas de brio.

Au début, elle réussit un quasi sans faute, à la fois virtuose et attachante sur tout le versant iranien.  Dans des allers et retours perpétuels, seulement guidés par les caprices de sa mémoire, elle raconte le poids (mais aussi les bienfaits) de la tradition et du mode de vie iranien, où la famille est à la fois un carcan et un refuge, quoique dévorant et castrateur. Elle raconte, à travers ses yeux de petite fille qui comprend beaucoup mais pas  tout,  comment ses parents s'y sont singularisés, par leur opposition résolue et courageuse aux régimes successifs, comment ils ont dû ensuite s'exiler en France pour sauver leur peau.
C'est l'occasion de parler de  différence au sein d'une société qui courbe parfois l'échine, et n'a guère le choix, d'ailleurs,  puis dans l'exil. Ces pages par leur foisonnement, nous perdent par moment (et c'est sans doute voulu), mais qu'importe c'est une immersion généreuse : il y a là une attention aux émotions, une proximité avec ses personnages et une luxuriance assez irrésistibles.

Les choses se gâtent après le retour en France, car oui, la vie devient pus sûre, croit-on, morne, et la lecture aussi, malheureusement. Certes il y a encore quelques pages sur l'exil, d'autant plus douloureux que le retour est impossible, et une belle envolée au moment de la description de l'EVENEMENT, qu'elle nous a fait miroiter  depuis le début, on finissait par se demander si elle allait arriver à nous en parler. On assiste à la marginalisation rebelle de notre héroïne mais celle-ci devient vite lassante, assez banale, et survolée.  Le fil rouge de l'insémination artificielle (un peu rocambolesque) parait longtemps assez factice, et s'il s'éclaire sur la fin, il est tellement chargé de symbole que c'en est un peu lourd. Négar Djavadi ne sait pas résister aux symboles : les naissances et les morts sont liées, la mère perd la mémoire (bien sûr) mais dans son délire a le mot de la fin qui est celui de toutes les réconciliations.

Les deux premiers tiers du livre sont donc totalement séduisants; ils ne sont pas du tout redondants par rapport à d'autres récits sur l'Iran : du fait même qu'il se situent du côté de la dissidence active, et celle-là observée par la fillette, et aussi parce que c'est une espèce de conte aux tiroirs astucieusement imbriqués. Ils  laissent la place à quelque chose de plus poussif et convenu. C'est dommage, mais malgré tout, c'est le tourbillon initial qui l'emporte et m'a laissé sa bonne impression.



mots-clés : #identitesexuelle #immigration #regimeautoritaire
par topocl
le Ven 24 Fév - 17:38
 
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Mary Anne Mohanraj

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Colombo Chicago

Colombo-Chicago se concentre sur les destins croisés de deux famille sri-lankaises, les Kandiah et les Vallipuram, sur une durée de près d'un demi-siècle.
Plutôt que d'un roman, on pourrait d'ailleurs parler d'un recueil de nouvelles, chaque chapitre étant consacré aux tourments amoureux et familiaux d'un des membres de la famille, à un instant T de sa vie.
L'amour est le thème central de Colombo-Chicago : Passions interdites, violences conjugales, mariages arrangées, amour non payés de retour, homosexualité… Mary Anne Mohanraj semble avoir voulu explorer chacune des multiples facettes de ce sentiment…

Les personnages sont tous, quelque part, des êtres empêchés. La culture sri-lankaise, omniprésente, pèse de tout son poids sur les décisions parentales et les émois adolescents. Même l'exil à l'étranger, les études ou l'émancipation sexuelle ne sont qu'une libération illusoire face au carcan culturel et familial.
Alors, la joie se teinte d'amertume, le bonheur _ aussi éphémère soit-il_ ne se gagne pas  sans sacrifices, et les promesses d'avenir radieux sont assombries par un doute lancinant…

Je ne vais pas nier que ce roman est un vrai tourne-pages, et plutôt agréable. Alors, pourquoi sa lecture a-t'elle aussi généré en moi un véritable sentiment de frustration ?

La multiplicité des personnages ne m'a pas dérangée, contrairement à d'autres lecteurs. Ce qui est véritablement décevant, par contre, c'est de ne recevoir aucune explication sur leur évolution (pourtant parfois bien déroutante !) lorsqu'il nous arrive de les recroiser au détour d'une phase.
L'écriture de Mary Anne Mohanraj n'a rien d'original, j'ai d'ailleurs parfois tiqué à la lecture de certains passages désespérément plats et explicatifs. Pourtant, l'auteur a su trouver un ton bien à elle, fluide, efficace, émouvant parfois. Mais à la réflexion, je crois que c'est là que réside ne noeud de ma frustration. En effet, tous les chapitres nous sont narrés avec la même petite musique, et un procédé narratif qui m'a finalement semblé trop bien rôdé…. Qu'elle nous parle d'une jouvencelle de 17 ans qui accepte un mariage arrangé dans un pays qu'elle ne connaît pas, ou évoque les tourments amoureux d'un médecin américain homosexuel, la mécanique est toujours la même ; certes efficace, mais au final quelque peu lassante...

Je ne voudrais pas paraître trop dure avec ce roman qui ne manque pas de qualités et se lit facilement, avec un certain plaisir même. Mais après l'avoir refermé, c'est bel et bien un sentiment d'inachevé qui domine…


mots-clés : #immigration #famille #romanchoral
par Armor
le Mer 8 Fév - 18:30
 
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Sujet: Mary Anne Mohanraj
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Amin Maalouf

Maalouf, j'ai adoré ses romans historiques, il y a déjà pas mal d'années: Léon l'Africain, Samarcande, Les Jardins de lumière,  Le Rocher de Tanios, Les Échelles du Levant, Le Périple de Baldassare. . Dans ses essais (Les Identités meurtrières, Origines), il séduit par son bel esprit d'ouverture.
J'avais eu quelques réserves par rapport à :

Les désorientés.

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Eh bien, ce commentaire est plutôt difficile à écrire : j'ai du mal à savoir si j'ai aimé ou pas.
Disons que j’incite plutôt à le lire , mais en sachant qu’il est imparfait : de belles choses, une belle histoire, des belles idées entre espoir et désespoir, mais peut-être un peu simpliste sous son apparente complexité, et un mode narratif insuffisamment travaillé.

La belle histoire, c'est celle d'un groupe d'étudiants qui se confond avec l'histoire de leur pays le Liban, jamais nommé.

Nous étions jeunes, c'était l’aube de notre vie, et c'était déjà le crépuscule. La guerre s'approchait.


Ceux qui sont restés, ceux qui sont partis, ceux qui se sont compromis, ceux qui sont restés purs, vont, à l'occasion de la mort de l'un des leurs, reprendre contact au seuil de la cinquantaine pour des retrouvailles qui ont une petite allure de bilan, parfois de confrontation.

J'ai envie de revoir le pays, de retrouver les amis, et s'il est impossible de discuter sereinement je ne discuterai pas. Jamais je ne m'abaisserai à dire ce que je ne pense pas, mais je peux parfaitement m’abstenir de dire tout ce que je pense. Je visiterai le pays, je me gaverai de bonnes choses, et je raconterai mes souvenirs d'enfance en évitant les sujets qui fâchent.


On a parfois l'impression que Maalouf a voulu écrire un roman exhaustif, résumant ses pensées, ses opinions sur autant de sujets que : le Liban, la religion, l’exil, la loyauté, qu'avons-nous fait de nos rêves d'enfant, la culpabilité, l’amitié… Je m'arrête là. Il a donc construit un groupe de personnages dont les confessions, les choix de vie constituent un échantillonnage assez complet, permettant d’analyser et de transmettre un message de tolérance et de fraternité universelle. Ces personnages ont partagé leurs années de jeunesse, puis se sont éparpillées en fonction de leurs convictions, des hasards de la vie, des événements survenus dans leur pays. Chacun a fait (ou subi) son choix, chacun traîne ses justifications et sa culpabilité. Le plus souvent le récit est suffisamment attachant pour masquer ce caractère un peu artificiel, construit – pas toujours cependant- et au final, l'auteur ne tranche pas, aucune raison n’était meilleure que l'autre, et aucun n'en est ressorti indemne.

Message d'une grande ouverture, d'une grande attention à l'autre, qu’on a déjà connu sous la plume de l’auteur (relire Origines) ; mais le problème est peut-être justement que le message prend parfois le pas sur le roman et j'ai parfois été irritée, par un style qui manque de recherche dans les parties narratives, des dialogues où les intervenants livrent une parole ininterrompue sur 4 pages, des mails rédigés comme de la littérature. La fin décevante, comme s ‘il n’avait pas su finir…

Il en ressort un roman un peu appliqué, avec des lourdeurs, dont le style n’est pas impeccable, mais somme toute plutôt attachant, dont le premier personnage est le Liban qui nous est livré, malgré des maladresses et quelques lourdeurs, à travers une histoire d’amitié assez universelle.

Et comment résister à un auteur qui écrit :

On parle souvent de l'enchantement des livres. On ne dit pas assez qu'il est double. Il y a l'enchantement de les lire, et il y a celui d'en parler.


(commentaire récupéré)


mots-clés : #immigration
par topocl
le Mer 8 Fév - 8:29
 
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Sujet: Amin Maalouf
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Mira Jacob

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L'homme qui parlait à la nuit

Un soir, Amina, jeune américaine d’origine indienne, reçoit un curieux appel de sa mère. Son père, éminent neurochirurgien, passe ses soirées à discourir avec les morts. Il « voit » littéralement ses proches décédés, et passe de longs moments en conversation avec eux. L’instant est grave, Amina décide de rentrer au bercail.

Le roman de Mira Jacob se partage entre le présent et le passé, faisant la part belle à de long flash-back qui reconstruisent patiemment l’histoire de la famille Eapen. A l’origine de tout, il y a ce moment poignant et irréversible, cette visite dans la famille paternelle. L’impossibilité du père d’Amina à endosser le rôle d’aîné traditionnellement dévolu par la société indienne. Tous les non-dits et rancœurs qui d’un coup explosent. La rupture familiale qui s’ensuit, définitive cette fois. Et le retour en Amérique, avec une déchirure au cœur qui s’étend au couple parental…

Amina et son frère aîné Akhil grandissent donc dans une famille où l’amour ne sait se dire ni se montrer, avec un père absent et une mère réfugiée dans sa cuisine.
Une vie non dénuée de joie toutefois, ne serait-ce parce que la famille perdue a été remplacée par une autre, réunion d'immigrants venus de l'Inde du sud qui reconstituent par l’amitié ces grandes familles indiennes aux liens inextricables, le malayalam se mêlant à l'anglais dans les discussions dominicales.
Tandis que les parents restent fidèles à leurs racines, les enfants s'émancipent, font leur crise d'adolescence, et s'ouvrent aux moeurs américaines.

Puis il y a le drame. La mort d’Akhil, à 18 ans. Cette mort hante tout le livre, laissant les vivants à vif, tout aussi désemparés 10 ans après. Ne croyez pas la quatrième de couverture, la conversation avec les fantômes n’est en rien le cœur du livre. Le véritable sujet de Mira Jacob est bel et bien le deuil, la difficile construction d’une adolescente privée de son frère, l’atroce souffrance des parents qui doivent néanmoins demeurer debout pour celle qui reste.

« Mais ce qu’Amina savait, ce dont elle était soudain tout à fait sûre, (…) c’était que ses parent auraient besoin désormais qu’elle existe plus qu’elle n’avait jamais existé et que, en même temps que grandirait ce besoin, grandirait aussi son incapacité à le satisfaire. »

Une fois de retour à la maison, Amina devra faire avec cette absence. Mener sa vie, et accepter que d'autres soient à jamais éteintes. Faire face à la pathologie de son père, et au choix crucial qui s'ensuit...
Mira Jacob a mis beaucoup d’elle-même et de son histoire dans ce roman, ainsi que j’ai pu le découvrir ici : clic. Est-ce pour cet accent de sincérité que j’ai lu les cent cinquante dernières pages la gorge nouée ? L’auteur évite avec brio l’écueil du pathos, elle sait à merveille retranscrire les liens qui unissent deux êtres au-delà de toutes les dissensions, l’amour qui se tait mais qui est pourtant bel et bien présent, la famille qui se resserre quand les mots sont devenus superflus…

Je ne saurais dire si j’ai aimé ce livre. Ce n’est pas le qualificatif que j'emploierais. Après un début prometteur, je n'ai pas spécialement accroché aux premières pages sur la vie de jeune femme d'Amina. Puis sont venus les flash-backs, et ces liens familiaux aussi complexes que mystérieux que l'auteur dessine sans jamais chercher à les expliciter tout à fait. Et je me suis prise à dévorer les pages… avant d'être cueillie par l’émotion, alors que je ne m’y attendais pas.
Aimé ? Mon rapport à ce roman est plus complexe que cela. Tout ce que je sais, c'est que cela fait des semaines qu’il me reste en tête et que je cherche à en parler sans vraiment trouver les mots... Tiens, j'ai d’ailleurs oublié de vous dire que l'auteur a parfois un vrai sens de l'humour et de l'absurde...

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #identite #immigration  #pathologie #famille #mort
par Armor
le Sam 28 Jan - 15:56
 
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Sujet: Mira Jacob
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Chang-rae Lee

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Les sombres feux du passé

Monsieur Hata est l'incarnation même du rêve américain. Japonais d'origine coréenne, il est parvenu à s'intégrer parfaitement dans la petite ville de Bedley Run, où il est un  commerçant respecté et  l'heureux propriétaire d'une maison cossue qui suscite bien des convoitises. Vient l'heure de la retraite, et avec le désœuvrement, de l'introspection. L'occasion pour le vieil homme de se pencher, par exemple, sur la place qui est la sienne dans cette ville  où il a tant œuvré pour  se faire accepter :

Même avec une cheminée couverte de cartes de vœux, je sens que la mémoire collective est ici plus courte que je n'aimerais le croire, et s'abrège de plus en plus. De « ce bon docteur Hata », je suis devenu « ce brave retraité », pour passer à « qui est donc ce vieil Asiatique ? », phrase  que j'ai entendu chuchoter l'été dernier pendant que je payais à la caisse du nouveau restaurant de Church Street – remarque sans malice ni vilain préjugé, mais qui m'a tout de même laissé perplexe. Car, quoique je sois convaincu que ce genre de triste effacement atteint n'importe quel homme ou femme qui vieillit, même ceux qui avaient une certaine position dans la ville, je commence à soupçonner que, dans mon cas, il ne s'agit pas seulement de l'érosion du temps et de la place qu'on attribue à la vieillesse dans la vie moderne, mais plutôt du fait persistant et immuable de ce que je suis, sinon de qui je suis ; de la simple permanence de mon visage.


Certains événements que je ne dévoilerai pas vont ouvrir la vanne des souvenirs que Monsieur Hata gardaient soigneusement enfouis,  lézardant le masque des apparences  et nous révélant un être infiniment plus complexe qu'il ne le laissait paraître.
Pourquoi cet homme, célibataire endurci, a-t-il voulu à toute force adopter une petite coréenne ? Une petite Sunny que, malgré sa coupable indulgence, il n'est jamais parvenu à apprivoiser tout à fait, assistant impuissant à l'inexorable délitement de leurs relations... Une plongée dans les errements les plus graves de l'adolescence qui nous est narrée par un père à la fois totalement impliqué et bizarrement détaché ; sentiment de lectrice que je peine à retranscrire…

Le retour sur lui-même qu'effectue cet homme est un récit grave, douloureux, tendre aussi, traversé de beaux moments d'humanité. Infiniment poignant dans sa retenue. Avec lui le lecteur plonge au plus profond des souvenirs, jusqu'à se retrouver confronté à toute l'horreur des comportements humains en temps de guerre. L'attente de la défaite dans un camp d'hommes à cran, incapable désormais de cacher leurs déviances et leur cruauté...
C'est là, auprès de soi-disant volontaires qui n'étaient en fait que des femmes arrachées à leurs familles pour servir, dans les pires conditions, de filles à soldats,  que le lecteur finira par débusquer le nœud du problème, l'événement autour duquel il tournait depuis de nombreuses pages, l'évidente source de bien des comportements futurs de Monsieur Hata…

Les questions que le lecteur se pose, de plus en plus nombreuses au fil des pages, sur cet homme qui toute sa vie chercha à se faire accepter et à réparer quelque chose, trouveront en partie leur réponse dans ce récit triste et tendre comme l'est la vie. Mais la vérité des êtres nous échappe ; jusqu'au bout, Monsieur Hata et Sunny conserveront  une part de leur mystère…

Une lecture très riche et très forte que celle de ce livre.

Au fond, mon désaccord avec Mary Burns – ou son désaccord avec moi – tenait à ce que, malgré ma décision de rester célibataire toute ma vie, j'aie continué de tergiverser dans mes idées et dans mes actes, au point même de lui demander un soir si elle ne voulait pas vendre sa maison pour venir s'installer chez moi. Nous étions assis l'un près de l'autre dans le salon, devant une bonne flambée, en sirotant notre thé coutumier. Quand je lui ai déclaré ça, elle a soudain posé sa tasse, son expression d'habitude impassible s'est d'abord figée d'étonnement puis s'est illuminée de joie, et j'ai compris alors que j'avais fait une énorme bourde. Dans le silence qui a suivi, j'ai pressenti la décomposition, une crise froide et grave, comme si quelque chose était en train de mourir dans un coin de la pièce, invisible, et sans un mot. Je n'ai cependant pas retiré ma proposition, ni sur le moment, ni les jours suivants, mais je ne l'ai pas renouvelée ; j'espérais simplement qu'elle viendrait peu à peu à expiration. Et bien sûr elle a expiré, sans autre discussion, et presque de la façon que j'aurais souhaitée.


(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #immigration #psychologique
par Armor
le Mar 24 Jan - 17:27
 
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Sujet: Chang-rae Lee
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Imbolo Mbue

Voici venir les rêveurs

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Jende est venu du Cameroun  à Harlem pour vivre le rêve américain, trouver aux USA la liberté, le travail, l'argent... en un mot le bonheur.
Tout va comme sur des roulettes, sa femme et son fils le rejoignent, il est embauché comme chauffeur d'un banquier richissime, avec qui curieusement il partage deux valeurs : le travail et la famille.
Mais le bureau de l'immigration va en décider autrement et peu à peu tout ce bel édifice tombe en capilotade.

C'est  donc un nouveau roman de l'immigration, un best seller qui a défrayé la chronique avant même de paraitre.

L'histoire est assez bien troussée , au prix de quelques faiblesses scénaristiques liées  à une psychologie des personnages approximative. La relation entre la "famille banquier" et la "famille chauffeur" m'a paru des plus improbables, et malheureusement cette relation atypique  se veut un  des ressorts du roman. Pour faire passer la pilule et  rendre l’homme de Wall Street sympathique, Imbolo Mbue lui fait écrire des poèmes et aimer les couchers de soleil, c'est un peu court ... Et pas de grande surprise dans l'écriture,  basée sur les dialogues, aussi alerte dans les temps joyeux que dans l'adversité.

On saura apprécier cette  histoire, finalement riche, et qui donne la parole à ceux qui l'ont rarement, si l'on cherche une légèreté qui est plutôt hors sujet.  Ce livre   est plus de l'ordre du best-seller plus ou moins plaisant, sur fond de "monde d'aujourd'hui", avec ce qu'il faut de fin "heureuse" et de stéréotypes, que de la critique sociétale acide.


mots-clés : #immigration
par topocl
le Sam 21 Jan - 15:39
 
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Sujet: Imbolo Mbue
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Geneviève Dreyfus-Armand et Emile Témime

cette lecture était une lecture commune mais il me semble essentiel de ne pas perdre le ressenti, donc le commentaire est atypique


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"Les camps sur la plage, un exil Espagnol"

Préambule : je retiens "la mémoire par définition est sélective"
Témime étant un Enseignant de l'Université de Provence à Marseille cite les camps qui y étaient établis et dont la disparition (aucune trace) conforte la phrase

photo du camp Oddo où sont rassemblés les Arméniens 1923

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le grand camp Arenas, successivement renommé "camp Vietnam" fermé en 1948, "Enclave juive"  selon les nationalités y résidant (sic)

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 3 Camp_c10

Ceci est un rappel de la France terre d'accueil.

Les auteurs précisent que l'émigration politique d'Espagne est récurrente depuis l'invasion Napoléonienne.

La guerre civile Espagnole est avant tout la guerre sociale (le pronunciamento) et une révolution. Cette situation amena Franco à se soulever et s'en suivi la guerre civile, les Républicains en lutte contre le fascisme représenté par Franco et ses alliés Allemands et Italiens.

"explosion révolutionnaire ; elle s'accompagne de violences aveugles, d'exécutions sommaires, de massacres incontrôlés. Il faudra des années pour effacer les traces"

Je pense que l'on peut mettre au compte de ces exactions l' assassinat des ecclésiastiques et la destruction des monuments religieux.

La France n'était pas préparée à recevoir la masse des réfugiés Espagnols, que ce soit financièrement et matériellement. Donc le gouvernement n'offre qu' une solution inadaptée et inhumaine : les camps et les centres d'internement. Certains ne proposent aucun abri, aucune hygiène, aucun soin, ni nourriture, comme celui d'Argelès sur mer où les réfugiés Espagnols survivent sur la plage.

Dans les premiers jours, mois de nombreux Espagnols meurent, de froid, de faim, minés par les maladies.

La frontière de fils barbelés est gardée par des Spahis et des Sénégalais. Après ouverture de la frontière les réfugiés sont expédiés dans les divers camps du sud.
Certaines organisations issues du Front Populaire et certaines religieuses apportent leur aide, la majorité des français n'accueillent pas les réfugiés Espagnols selon la devise française : "liberté, Egalité, Fraternité". Ils sont méprisés, insultés, humiliés, notamment par une certaine presse et plus que les difficultés rencontrées durant l'exode ce sont les mots qui les atteignent plus durablement.

Après quelques mois, le gouvernement Français, attisé par les préfets (mandataires de la population) souhaitent que le retour des Espagnols dans leur pays soit actif, même si dans un premier temps, il interdit la force. Mais peu de pays se proposent d'accueillir les réfugiés, à part le Mexique qui ouvre largement ses frontières ; cependant la majorité des Espagnols préfèrent rester en France pour ne pas s'éloigner de leur pays, même si beaucoup ne peuvent et ne veulent vivre sous le régime franquiste.

De son côté le gouvernement de Madrid, connait aussi des difficultés matérielles à assumer un retour massif des Espagnols et de plus craint de voir le retour de trop nombreux "opposants". Il tergiverse donc.

A l'aube de la seconde guerre mondiale, la France raisonne autrement, elle voit là la possibilité de remplacement des soldats qui partent sur le front par les réfugiés ; certains seront d'ailleurs volontaires pour continuer la lutte contre le fascisme.

Outre les photos très révélatrices sur la situation des réfugiés, c'est leurs regards qui m'impressionnent.

Les Espagnols considérés indésirables ou dangereux par leur activités politiques font l'objet de mesures rigoureuses dans des camps disciplinaires, les brigadistes qui ne se sont pas vu accorder le statut de réfugié politique, se retrouvent dans ces camps (le camp du Vernet où nous retrouvons Koestler) en compagnie des Communistes Allemands et Français.

Les auteurs rappellent que les Espagnols déportés dans les camps Africains (Algérie et Tunisie) doivent supporter comme souffrance supplémentaire "le climat". Certains internés seront aussi utilisés pour main-d'oeuvre par le gouvernement de Vichy. Ces camps sont de véritables "bagnes". Ce n'est qu'avec le débarquement des Alliés que la situation s'améliorera.

Les nombreux chants et Poèmes écrits à cette période évoquent crument le quotidien des réfugiés. Je suis interpellée par celui intitulé "Dolor" "Rivesaltes (revoltijo de mujeres hispanas para pasto de Senegales) traduit par (ramassis de femmes espagnoles, pâture pour Sénégalais) ??

doit-on comprendre que les femmes sont agressées sexuellement ? (dans ce cas cela rappellerait les maroquinades en Italie)

Lors de leur arrivée à la frontière les Républicains ont été désarmés, si l'on peut comprendre que le gouvernement français ait jugé obligatoire ce retrait pour la sécurité, pour les combattants Espagnols c'était l'abandon d'un symbole, celui de leur lutte.

Les autorités françaises scandaient un "allez, allez" comminatoire et une phrase tranchante "ici vous êtes en France" !

Petit à petit, les camps sont organisés, par les soldats Espagnols sous l'autorité d'officiers Français, des ilots de personnes sont créés, des baraquements s'élèvent (construits par les soins des Espagnols), des sanitaires primitifs sont installés, mais malgré ces améliorations les maladies minent le physique et le moral des réfugiés.

Le désespoir, l'ennui sont les chemins de la folie, du suicide. Certains conscients du danger organisent des jeux, des compétitions pour occuper les internés.

Dans leur exode les Espagnols n'ont pu emporter leurs affaires, ils doivent donc se procurer le nécessaire pour survivre (produits d'hygiène, nourriture pour compléter l'insuffisance de celle accordée, vêtements...)

Des profiteurs, installent un marché noir au sein même des camps, cet endroit devient dangereux.



Même si des violences sont rapportées, il ne s'agit pas d'un fait majoritaire.

Il semble que l'ironie et l'humour que ce soit dans les "chants et poèmes" ou sur les faits, soient aussi une protection contre le désespoir.

le local disciplinaire installé à Barcarès est appelé "hippodrome" par les internés. Les "punis" sont le plus souvent accusés de propagande politique ou d'évasion, même si parfois à l'appréciation du chef de camp, des actes insignifiants sont punissables.

Toute expression politique leur étant refusée officiellement, mais l'idéal pour lequel ils ont combattu pendant 3 ans étant toujours vivace c'est grâce à la Culture qu'ils parviennent à s'exprimer.
Les intellectuels et artistes qui se retrouvent aux côtés des soldats entreprennent la conception et la diffusion de "bulletins".
On peut dire qu'un véritable service d'enseignement est mis en place. Les créations littéraires et artistiques s'expriment ouvertement ; c'est leur façon de dire, l'Espagne c'est nous !

Un réseau clandestin politique reliant les communistes internés et les communistes Français déjouent la surveillance des gardiens ; des réunions ont lieu dans les baraquements permettant de diffuser les informations extérieures, notamment une certaine presse qui leur est favorable.

La vie dans les camps exacerbe les divergences existant entre les diverses tendances politiques.

Peu à peu la vie dans les camps s'améliorent et les hommes qui sont engagés par des employeurs apprécient de sortir des camps et de gagner un peu d'argent.

Les auteurs analyse les raisons de l'oubli de ces réfugiés

Tout d'abord le désintérêt de la presse, passés les premiers jours de l'exode, puis le fait que pour le gouvernement français l'urgence c'est l'avance des troupes allemandes.

Le journal Voz de Madrid publié en france est interdit en avril 39 par les autorités françaises suite à leurs articles sur les camps et le sort des réfugiés Espagnols.

Les auteurs sont très lucides sur les raisons qui ont contribué à l'oubli des réfugiés, même après la seconde guerre mondiale alors même que nombreux sont les Espagnols qui y ont participé et ont perdu la vie.

"pour la France de la libération il y a beaucoup de honte à effacer, non seulement la défaite et la collaboration, mais tout ce qui peut ternir ou affaiblir l'image retrouvée de la France combattante et généreuse."

"La célébration de la victoire sur le fascisme, qui s'accompagne d'une sévère condamnation du régime de Franco, s'accommode mal d'un rappel trop insistant des faiblesses et des abandons de la IIIème République à l'égard de la République Espagnole et des exilés de 1939."

C'est par un décret de 1945 que la France accorde la qualité de réfugié politique aux Républicains Espagnols, leur permettant ainsi de retrouver leur liberté et leurs droits.

Le journal "l'Espagne Républicaine" fait porté la responsabilité des souffrances subies par les réfugiés sur les Franquistes ( leur ignoble propagande en France notamment qui avait signalé les Républicains comme des bandits). On ne peut pourtant pas exclure, à mon sens, la responsabilité de la majorité des Français, par indifférence, voire rejet. Même si les auteurs mentionnent pour la population française, le souvenir les luttes du Front Populaire et les conséquences de la 1ère guerre mondiale.

Suit une analyse étonnante, mais très juste de l'ouvrage de Federica Montseny qui emploie un vocabulaire d'inspiration religieuse. Ces termes se justifient dans la connaissance des terribles souffrances subies par les Républicains Espagnols.

Le retour dans leur pays est impensable : comment les Républicains se soumettraient-ils à un régime honni sans risquer de perdre leur idéal, de renier ceux qui sont tombés en son nom, de se renier, de perdre leur dignité ?

Combattre contre les Allemands c'était continuer la lutte commencée en Espagne et retrouver leur dignité.

J'aime beaucoup cette assertion :

"L'ombre de Don Quichotte flotte assurément sur l'exil Espagnol"

Je ne connaissais pas l'existence de ces camps en Afrique du nord et le peu qui nous en ai dit fait frémir. Comme fait frémir l'idée des autorités françaises de mettre, pour garder les prisonniers, des Sénégalais avec lesquels les Espagnols ne peuvent pas parler et qui n'ont aucune idée de ce que ces réfugiés ont vécu en Espagne avant d'arrivée sur les plages françaises. Perversion d'autant plus efficace que la plupart des troupes de Franco étaient composées de 'maures'... Lesquels ne rappellent donc pas de bons souvenirs aux réfugiés.

Je ne savais pas non plus, mais pour le choix des Sénégalais et des Spahis, cette explication :

" une prison à laquelle on donne quelque temps des gardiens difficilement corruptibles et totalement incompréhensifs, les troupes sénégalaises ou marocaines, plus sûres en la circonstance que n'importe quel régiment français. "


Complément trouvé sur le net à propos des Camps d'Afrique du Nord : (Université de Paris I)

" Parmi ces 10 000 exilés, débarqués en Tunisie, au Maroc et en Algérie, les trois départements français d'Alger, Constantine et Oran accueillirent 7 000 réfugiés, Oran recueillant de loin le plus grand nombre d'entre eux[[Il est intéressant de noter que dans les dossiers de l'administration française consultés aux archives le traitement des exilés espagnols s'effectue avec pour référent géographique l'Afrique du Nord bien plus souvent que l'Algérie, le Maroc ou la Tunisie."

" Peut-être plus dures qu'en France métropolitaine, les autorités d'Algérie freinent la possibilité pour les exilés de s'intégrer et de participer à la vie économique. De même, la reconnaissance de leur statut d'exilé tarde. Jusqu'en 1954, ils seront considérés comme apatrides. De fait, les autorités françaises espèrent toujours leur départ."




mots-clés : #guerredespagne #immigration
par Bédoulène
le Dim 15 Jan - 15:56
 
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Sujet: Geneviève Dreyfus-Armand et Emile Témime
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Ahmed Kalouaz

Avec tes mains

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 3 Index211

C'est décidément une belle découverte que cet écrivain qui, avant d'écrire sur sa mère, avait écrit sur son père. Comme dans Une étoile aux cheveux noirs, rien de bien original, mais, sur quelques trames de base, combien de vies sont-elles réellement originales?

C'est donc l'histoire de son père, orphelin miséreux élevé par personne (son père est mort à la guerre de 14), soldat de la guerre de 40, émigré en France pour les travaux les plus pénibles, où il est rejoint par sa famille, étranger aux mots, étranger à la langue, étranger au pays qui l'héberge, étranger à ses enfants. Un homme dont on peut dire qu'il avait tiré la mauvaise carte, qu'il était mené par son destin, et qui a, au moins, fait trois choix dans sa vie: partir, vivre cependant avec sa famille, et retourner se faire enterrer au pays.

Au-delà du récit d'une existence, dont le premier mérite est de ne pas être du tout hagiographique, c'est aussi une réflexion sur l'exil, sur la barrière qui se dresse forcément avec la génération suivante, dans une langue sobre et belle, alliant le respect de la sincérité .

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 3 Image_10   Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 3 Index228

(commentaire récupéré)


mots-clés : #famille #immigration
par topocl
le Lun 9 Jan - 10:24
 
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Sujet: Ahmed Kalouaz
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Rosie Dastgir

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 3 97822610

Une petite fortune

Après ses études d'ingénieur, Harris n'est pas retourné au Pakistan épouser la femme qui lui était destinée ; tombé amoureux d'une anglaise, il a choisi de faire sa vie au Royaume-Uni. Désormais divorcé, il tient dans le nord du pays une petite épicerie de quartier qui vivote tant bien que mal.
Harris est un homme infiniment complexe, qui entretient des relations compliquées avec son entourage, et notamment avec sa fille Alia. Son amour maladroit et envahissant, tout comme son incapacité à comprendre les désirs d'émancipation de la jeune femme, creusent un fossé irrémédiable entre eux.

Harris ne semble réellement revivre que lors de ses escapades au Pakistan, ou lorsqu'il déguste un bon curry chez ses cousins, recréant dans son pays d'adoption l'illusion d'une vie de famille "traditionnelle". Mais le rôle de patriarche bienfaiteur qui lui a été dévolu lui pèse : que ce soit en Angleterre au Pakistan, son statut d'ingénieur fait fantasmer famille et amis, qui voient en lui une manne financière inextinguible. La coquette somme qui lui est octroyée après son divorce ne fait qu'attiser les convoitises, et met en lumière le caractère intéressé de certaines relations…
Incapable d'évoquer ses difficultés et de refuser son aide, souvent passif, Harris s'enfonce peu à peu dans un profond mal-être. L'espoir d'un renouveau pointe toutefois le bout de son nez lorsqu'il fait la connaissance de Farrah...

A travers Harris, l'auteur décrit à merveille le poids qui pèse sur les épaules de ces jeunes qui, partis étudier à l'étranger, portent à eux seuls les espoirs de toute une famille. La communauté, autrefois si rassurante, se révèle soudain étouffante pour ces hommes condamnés à la réussite.
Le jeune Rashid est à ce titre le pendant de Harris ; celui qui a échoué. Incapable de trouver un travail à la hauteur de ses pourtant brillantes études, il ne parvient ni à aider ses proches ni à s'intégrer dans cette nouvelle culture. Le sentiment d'échec, la culpabilité, le racisme ordinaire l'amènent peu à peu à se réfugier dans la religion, faisant de lui une proie idéale pour les prédicateurs à l'affût...

La richesse de ce livre réside en grande partie dans la sensibilité avec laquelle Rosie Dastgir a su décrire les personnages qui gravitent autour de Harris. Aussi complexes qu'attachants, ils incarnent chacun à leur façon les différents visages de l'immigration et de la double culture. Emancipation féminine, dangers de l'acculturation comme du repli communautaire sont autant de thèmes abordés avec intelligence et subtilité.
L'on sent le vécu lorsque Rosie Dastgir _ elle-même fille d'un Pakistanais et d'une Anglaise_ parle de la pression exercée par la communauté, lorsqu'elle évoque la rébellion d'une jeune femme écartelée entre deux cultures parfois antagonistes, lorsqu'elle décrit le désarroi et les espoirs de ces êtres qui cherchent désespérément à se réaliser sans pour autant renier leurs origines.

Une petite fortune est un premier roman, et pourtant l'auteur fait déjà montre d'une belle maîtrise, évitant l'écueil du manichéisme et brossant avec justesse des portraits tout en nuances, dans un style fluide qui vous emporte.
Une réussite !

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #identite #immigration #famille
par Armor
le Dim 8 Jan - 2:21
 
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Vikram SETH

Ah, moi aussi j'avais beaucoup aimé Un garçon convenable!
Et Quatuor aussi.

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 3 51ozgc10

Deux vies
traduit de l'anglais ( Inde) par Dominique Vitalyos
Albin Michel

Vikram Seth est un garçon convenable...Convenable et même plus que cela aux yeux de sa famille, en tout cas, et c'est à sa famille qu'il rend hommage dans ce livre, qui relate donc l'histoire d'une amitié de plus de 20 ans, amitié transformée en mariage ,de raison sans doute, mais qui ,lui, a duré plus de 30 ans.

En fait, on pourrait même dire qu'il s'agit du récit de trois vies, car Vikhram Seth consacre nombre de pages à raconter pourquoi il s'est intéressé à cette branche de sa famille,son oncle Shanti et sa tante par alliance Henny. Et, ce faisant, comment en fait il est devenu écrivain.

Mais son souhait était de faire revivre par ses mots ces deux personnages dont le trajet ne fut pas si banal.Car Shanti était le dernier né d'une famille indienne, envoyé faire des études de dentisterie à Berlin en 1931. Ne parlant bien entendu pas un mot d'allemand...
"
Quand le train est arrivé à Charlottenburg, des gens sont descendus. J'ai demandé à un monsieur : " Bitte, Berlin?"Il a répondu:"Ja, ja".J'ai demandé:"Bitte, Charlottenburg?" et il a dit:"Ja, ja". Je ne comprenais pas comment un endroit pouvait être à la fois Charlottenburg et Berlin, j'ai pensé que j'avais à faire à un peuple de fous.....

"
Et c'est en cherchant une chambre meublée qu'il va faire la connaissance d'une famille allemande et juive, les Caro, dont la dernière fille ,Hennie, avait quand même demandé à sa mère de ne pas prendre le "noir" comme locataire...
Et voilà le destin - et le coeur du récit de Vikram Seth- lancés.

Ce n'est qu'en 1951 que Shanti et Hennie se marient. Entretemps, il a perdu son bras droit à Monte Cassino et a du ,pour survivre, apprendre à donner des soins dentaires avec son seul bras gauche.
Hennie a réussi à fuir en Angleterre en 39. Hélas, ni sa mère, ni sa soeur ,qui seront déportées. La mère meurt rapidement de maladie, sa soeur Lola est gazée.
Les chapitres les plus intéressants sur le plan historique sont d'ailleurs les récits ( d'après des lettres échangées entre Hennie et ses anciennes amies qui ont survécu parce que non juives) des réglements de comptes après guerre entre compatriotes allemands, résistants ou pseudo-résistants ou ayant franchement collaboré au régime nazi.

C'est un livre que je déconseillerais à ceux qui n'ont pas le goût des chroniques familiales, des livres de souvenirs ( avec documents joints, et photos). Moi, j'ai beaucoup aimé cette histoire d'une part, et d'autre part les tergiversations de l'auteur au fil des pages, qui sembleront sans doute ennuyeuses à certains ,sur le pourquoi- comment-quand- etc la raconter.

récup


mots-clés : #biographie #immigration
par Marie
le Sam 7 Jan - 2:35
 
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Sujet: Vikram SETH
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Brigitte Giraud

Nous serons des héros

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 3 Index221



Olivio a fui le Portugal avec sa mère, après la mort de son père dans les geôles de Salazar. Ils se réfugient à Lyon où la mère forme un nouveau couple avec Max, un pied noir bravache. Et Olivio se noue d'amitié avec Ahmed, qui habite l' HLM d'à côté, fils d' immigrés algériens, empli d'une violence mal contenue.

Dès la première ligne on sent que le mélange de ces trois exils sera explosif. On suit la formation d'un adolescent sans repères, par une plume assez douce habilement située à hauteur d'enfant, avec ses énigmes et ses espoirs. Le suspense monte face à ce mélange de trois personnages si similaires et si  différents à la fois, et puis sur les cinq pages finales la violence explose dans un sens qu'on n'attendait pas, ou en tout cas pas comme ça, qui, malgré une belle ferveur, surprend par son manque de lien avec les forces en puissances. Tout ça pour ça?  Certes, c'est comme dans la vie où les faits ne suivent pas une logique organisée, mais dans un roman cela m'a déconcertée: toutes ces pistes abandonnées.


(commentaire récupéré)
mots-clés : #immigration #regimeautoritaire
par topocl
le Ven 6 Jan - 17:16
 
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Tishani DOSHI

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 3 51voz010

Le plaisir ne saurait attendre.

Lorsque Babo s'envole pour  Londres afin de parfaire sa formation, ses parents, Prem Kumar et Trishala, ont déjà décidé qu'il reviendrait bien vite à Madras pour épouser la jolie Falguni et fonder l'entreprise familiale dont ils ont toujours rêvé. Las, il suffit d'un regard pour tous ces projets soient bouleversés... Oubliées, les ancestrales coutumes matrimoniales indiennes et leurs préceptes de castes et de religion ; oubliée aussi, le charmant zézaiement de Falguni dont les lettres trempées de larmes emplissent la valise de Babo. A Londres, Babo a croisé le chemin de la jolie Sian… Bien vite rappelé en Inde pour de fallacieuses raisons, Babo entre résistance. Quelques larmes et claquements de portes plus tard, Sian le rejoint à Madras. Ensemble, ils auront deux ravissantes fillettes qui, à cheval entre deux continents et deux cultures, devront trouver leur place en ce monde.

De prime abord, le contenu du livre pourrait faire penser à un roman sentimental à la sauce tandoori, un pendant littéraire des films de Bollywood, destiné à satisfaire la ménagère en mal d'exotisme. Mais Tishani Doshi a su éviter les écueils de l'eau de rose et du mélodrame, et faire d'une saga familiale tout ce qu'il y a de plus traditionnelle un roman enlevé et addictif. Les évènements s'enchaînent à un rythme soutenu, appelant l'air de rien à la réflexion sur des thèmes aussi divers que le choc des cultures, le métissage, ou les affres du temps qui passe… Autant de sujets que l'auteur connaît bien puisque ce roman est inspiré de sa propre expérience.

L'adaptation ne sera pas toujours simple pour Sian. Difficile en effet de quitter un taiseux terroir gallois pour intégrer une bruyante tribu indienne, qui, en plus d'avoir des meurs étranges, semble totalement méconnaître le mot "intimité"… Une famille bigarrée et attachante, veillée par la figure tutélaire de la vieille Ba qui, de sa maison au fin fond du Gujarat, transmet à tous son étonnante absence de préjugés et son appétence pour la vie.

Ce récit, aussi universel que typiquement indien, dégage un charme particulier, fait de vitalité et de tendresse, avec en prime quelques touches d'humour et un zeste de poésie. Alors certes, le plaisir ne saurait attendre n'est pas un "grand" roman ; mais quel agréable interlude ! A savourer les doigts de pieds en éventail et le coeur en Inde…


Extrait :

Petit passage "remèdes de grands-mères et choc des cultures" :

"Sian arpenta les sentiers du jardin durant toute sa grossesse en dépit des cris d'orfraie des femmes du clan Patel, qui désapprouvaient ses exercices quotidiens. Chacune y allait de ses doctes conseils. Elle aurait dû rester allongée, manger des friandises dégoulinantes de ghee, prendre des bains d'huile, peindre, lire, chanter _ N'importe quoi, mais surtout pas glisser ses pieds enflés dans des chaussures de marche et demander à Selvam qui était à moitié aveugle de la conduire chez ces cinglés de rédemptionistes.

"Pourquoi ? s'inquiétait Trishala. Pourquoi mettre en danger la vie du bébé ? Pourquoi boire du café quand je me tue à te dire que c'est mauvais pour l'utérus ? Pourquoi refuses-tu de comprendre qu'une femme enceinte doit être grosse ? "

 Trishala, qui virevoltait dans la maison et débordait d'énergie nerveuse, persuadée qu'elle connaissait mieux que quiconque les dangers de la grossesse, surtout quand il s'agissait d'un bébé à cheval entre deux castes, entre deux pays, entre deux couleurs.

"Au moins, bois plus de lait, insistait-elle, montrant sa propre poitrine plantureuse. Sinon, l'enfant aura faim."

Même Ba lui écrivait de Ganga Bazaar. Sian faisait-elle tremper des graines de fenugrec toute la nuit, avant de les appliquer avec des peaux d'oranges et de citrons sur ses seins, afin qu'ils grossissent ? Trishala avait-elle du sel gemme sous la main pour accélérer l'accouchement ? Babo avait-il trouvé des racines de [i]Ficus racemosa
? Il devait les insérer dans le vagin de Sian une fois nettoyées pour voir si elles en ressortaient entières. Le cas échéant, elle donnerait naissance à un garçon. Si elles se rompaient, ils pouvaient être sûrs d'avoir une fille.

Rompue : c'était bien le mot qui décrivait l'état intérieur de Sian."
[/i]

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #immigration #famille
par Armor
le Jeu 5 Jan - 18:29
 
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Sujet: Tishani DOSHI
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Philip Caputo

Clandestin

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 3 97822613

C'est sûr que Philipp Caputo n'a pas lésiné sur les moyens. Il mêle roman d'amour, réflexion historique, thriller, Nature writing, saga familiale...Il inscrit son roman dans la durée sur plusieurs générations par des récits entremêlés, malédiction et vengeance à l'appui. Il oppose l'Ouest ancien avec ses cow-boys et la naissance de la Révolution mexicaine, et l'Ouest moderne où la frontière est le terrain de jeu des passeurs de migrants et des narcotrafiquants. Il se glisse dans la peau de multiples personnages, ranchers, policiers, infiltrés ou non, bandits, infiltrés ou non. Il n'hésite pas à mêler à cela Sénèque, le 11 septembre et même la guerre en Irak.

C'est un roman très riche avec plein de thèmes , une certaine naïveté (le bon trader résiliant qui lit Sénèque, l'histoire d'amour assez basique). Mais on passe très volontiers là dessus, car l'histoire, en lien avec le passé, est complexe et pleine de rebondissements et certains personnages, au contraire, sont incroyablement fouillés, en particulier le propriétaire du ranch frontalier, qui est l’incarnation de cette opposition anciens/modernes, s'accroche aux valeurs de ses aïeux, et cela en fait un homme d'une grande droiture mais un bon facho quand même.

C'est donc très ambitieux, et on pourrait croire que tout cela fait un peu trop, et bien non, au bout du compte c'est un panorama grandiose d'un mode de vie et d'une région, une étude de caractères apparemment bien tranchés mais finalement plutôt ambigus. Le Prix Pulitzer est bien mérité, on suit ça avec une exaltation tranquille, sans relâche au fil des 770 pages du livre.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #historique #immigration #famille
par topocl
le Ven 30 Déc - 16:54
 
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Akhil SHARMA

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 3 411qeh10

Notre famille

Nous étions dans l'allée menant à la maison de ma tante, nos bagages dans la voiture. « Qu'est-ce qui nous est arrivé ? sanglotait-elle. Qu'est-ce que Dieu nous a fait ? » Ma mère et elles s'embrassèrent et ma tante s'accrochait à elle, refusant de la lâcher. Ma mère aussi tenait ma tante serrée contre elle et pleurait. Mon oncle était là. Il me mit la main sur l'épaule et j'eus envie de me dégager. Je frissonnais et mon manteau était dans la voiture. Je me demandais pourquoi les gens n'avaient pas été plus gentils quand c'était important.

Nous sommes dans les années 70. La famille Mishra ne se voit pas d'avenir dans l'Inde sous état d'urgence d'Indira Gandhi, et décide de tenter l'aventure du rêve américain. Et effectivement, au départ, tout semble leur sourire : outre le confort matériel, la réussite sociale se profile à l'horizon lorsque l'aîné des deux fils, Birju, est admis dans une prestigieuse université. On projette déjà qu'Ajay, le plus jeune, fera de même dans quelques temps. L'avenir s'annonce radieux.

Un accident, 3 minutes au fond d'une piscine, et c'est le drame.
Après l'espoir, après le déni, les prières nuits et jours, vient la confrontation avec la dure réalité : Birju restera à jamais un légume. Les Mishra s'organisent pour l'accueillir à domicile. Isolés dans leur souffrance, ils ne sont paradoxalement jamais seuls : la maison ne désemplit pas , entre les faiseurs de miracle et ceux qui viennent comme au spectacle visiter cette famille admirable qui affronte si courageusement l'adversité. On amène les enfants récalcitrants à Ajay pour que lui, le frère dévoué et le fils modèle, les ramène dans le droit chemin. On vient aussi très probablement parce que la vision du malheur des autres réconforte de ne pas vivre ça soi-même.

Mais Ajay, justement, notre narrateur, comment vit-il tout cela ?
Il ne nous épargne rien. Rien des disputes homériques de ses parents qui se déchirent ; rien de l'alcool dont la faculté d'oubli fait de l'oeil au père ; rien de la hargne qui s'empare parfois de la mère contre le plus jeune de ses fils, qui, lui, continue de grandir.
Il ne nous épargne pas non plus les sécrétions, les odeurs, les râles émis par ce corps souffrant qu'il faut entretenir jour après jour.  Ni les sentiments aussi intenses que contradictoires que lui inspirent celui qui est son frère sans l'être…
Et surtout, il ne s'épargne pas, lui, l'adolescent tellement mal dans sa peau qui ne sait comment s'intégrer dans cette Amérique où l'on a tant de mal à se mélanger, qui ne sait comment vivre le drame familial sans être ingrat, mais sans négliger sa vie non plus. Il nous narre sans détour ses bassesses, ses pitoyables tentatives pour attirer l'attention, ses pulsions d'auto-destruction ; sa prétention, aussi. Maladroit, parfois antipathique, il mène une adolescence solitaire, qui entrevoit un échappatoire dans l'excellence scolaire et la littérature.

Bien qu'il s'agisse d'un roman, Akhil Sharma reconnaît qu'il est en grande partie autobiographique, et je dois dire que cela se sent à chaque page. Pas de pathos, pas de grandes envolées ; un style sobre pour décrire une vérité crue, dans ce qu'elle a parfois de plus dérangeant.
En creux, entre les mots qui vont droit à l'essentiel, il y a un accent de vérité, un cri du coeur, une souffrance et une pulsion de vie qui m'ont profondément touchée.

Quelques-uns des hommes qui venaient nous voir racontaient que Dieu leur était apparu en rêve et leur avait enseigné la façon de réveiller Birju. D'autres, qu'ils avaient appris d'un saint indien un moyen de le guérir.
Je n'aimais pas ces « faiseur de miracles ». Il me semblait que tout ce qu'ils voulaient, c'était essayer leurs prétendus remèdes sur Birju parce que cela les faisait se sentir au cœur d'importants événements. Malgré tout, ces visiteurs nous apportaient un certain réconfort. Je redoutais leur départ et le moment où mes parents et moi nous retrouverions seul avec Birju. Lorsqu'ils s'en allaient, la solitude surgissait rapidement, comme si une fenêtre s'était ouverte et qu'une bouffée d'air froid s'engouffrait dans la pièce. Parfois ce sentiment de solitude était tel que j'aurais presque préféré qu'ils ne soient pas venus.


(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #immigration #initiatique #famille #pathologie
par Armor
le Lun 26 Déc - 15:44
 
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Sujet: Akhil SHARMA
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Pavel Hak

Trans

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 3 313zqc10

Toujours pour mon plus grand plaisir ce même style brut et imposant de la part de cet auteur. L'on y suit les péripéties de Wang Tse, émigré clandestin qui quitte donc son pays pour rejoindre l'occident. Mais les choses se passent dramatiquement et peut être même fatale.
Le récit est violent, mais Hak n'exagère jamais cette violence pour la rendre malsaine d'exubérance. le propos en est quasiment documentaire si ce n'est que le héros est le narrateur dans beaucoup de situations et que ses pensées nous sont dévoilées.
Certains passages sont très dérangeants notamment sur le cannibalisme, mais il demeure toujours ce pragmatisme et cette simplicité de la narration (très traditionnelle de la littérature tchèque) qui occasionne le fait que si l'on est choqués par les situations décrites, l'on n'est pas choqués par les procédés de descriptions ni par l'intention de l'auteur.
Il s'agit de nous raconter l'histoire de la monstruosité humaine, dans la survie comme dans les systèmes horribles qu'il a mis en place.
Un excellent ouvrage.


mots-clés : #immigration #violence
par Hanta
le Dim 25 Déc - 21:37
 
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Chahdortt Djavann

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 3 41dfar10


Comment peut-on être Français?


Elle (quand je dis « elle » je parle de Roxane) a des mots très durs sur son pays. On peut comprendre quand on lit ce qui lui arrive. Il y a peu de nostalgie, même si, la solitude qu’elle ressent à Paris la rapproche de ce qu’elle connait comme faisant partie d’elle-même, de son identité, qu’elle ne pourra jamais changée. Elle dit d’ailleurs qu’à Paris elle est Iranienne, alors qu’en Iran, elle était elle-même sans se poser de questions. Mais elle rejette l’Iran, pour sa tyrannie vis-à-vis des femmes, pour son contrôle permanent sur elles, pour le manque de liberté, pour la violence des hommes, pour l’ignorance dans laquelle la population est maintenue. Son personnage de Roxane est plus jeune qu’elle, elle est née plus tard, mais en ayant lu sa biographie, je me dis qu’elle parle un peu d’elle-même. Les études, les petits boulots, la tentative de suicide. Le père, qui est celui qui va la sauver en lui permettant de partir à Paris. Dans la vie de Djavann, le père s’est révolté contre le régime des Mollahs, il aimait lire et avait été un personnage influent. Dans le bouquin on retrouve ces composantes.


Quand Roxane arrive à Paris, elle est comme beaucoup d’étrangers qui ont idéalisé le pays dans lequel ils vont habiter. Sauf que pour elle, il y a une couche supplémentaire. Elle n’a jamais été nulle part quand elle était petite, sa vie se passait entre les quatre murs de sa maison, entourée d’une famille nombreuse qui ne s’apercevait pas de sa présence. Elle trouvait son échappatoire dans la lecture. Activité que sa famille réprouvait silencieusement. Devenue femme, elle ne pouvait ni voyager, ni se déplacer sans la présence d’un homme. Les gardiens de la morale Islamique veillaient et surveillaient. Sauf que ces « gardiens » n’avaient pas de moralité, étaient ignorants et profitaient de la situation. Ce qui amène Roxane a fuir son Pays.


Les premiers temps, elle vit comme dans un rêve. La misère qui règne en Iran, le manque de tout,  la font s’extasier dans les rayons des supermarchés. Elle se balade dans les rues de Paris, goute à la liberté de s’asseoir toute seule à la terrasse d’un café pour commander un verre de vin. Puis la réalité la rattrape. Elle se heurte à la mentalité des Français si différente de la sienne. Elle se dit que les Française respire la liberté de la naissance à la vie adulte. Elle ne sait pas quoi faire de cette liberté qu’elle ne connait pas, elle ne sait pas comment réagir. Les gens autour d’elle, fortement individualistes, continuent à vivre en parallèle et elle se sent seule. Pourtant elle finit par s’en sortir. Les petits boulots, les études. Elle fait tout pour maitriser le Français. Elle recopie, elle récite des heures entières, elle lit, un dictionnaire sous la main, elle l’emmène d’ailleurs partout avec elle pour chercher un mot immédiatement. Mais la solitude reste et elle ne se sent pas assez proche de qui que ce soit pour parler de ses combats intérieurs. Alors elle écrit à Montesquieu des lettres qu’elle envoie aux quatre coins de Paris. Lettres qui lui reviennent non lues naturellement. Mais ça l’aide à voir plus clair, à exprimer ses colères et ses doutes. Un jour elle est arrêtée par la police pour avoir roulé en vélo en sens contraire. Elle n’a pas sa carte de séjour sur elle et se retrouve dans une cellule. Son passé lui revient brutalement et elle perd les pédales.



Elle écrit bien Chahdortt Djavann. Ce qui est une performance quand on sait qu’elle est arrivé en France il y a un peu plus de dix ans. Elle a beaucoup d’humour. C’est une militante, une révoltée qui ne fera pas de compromis. C’est une femme éprise de liberté, un caractère fort qui déjà enfant avait le courage de ses convictions.


mots-clés : #immigration #regimeautoritaire
par Pia
le Jeu 22 Déc - 6:00
 
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Sujet: Chahdortt Djavann
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Magyd Cherfi

Tag immigration sur Des Choses à lire - Page 3 Cherfi10

Magyd Cherfi : Ma part de gaulois. - Actes Sud


Actes sud a écrit:C’est l’année du baccalauréat pour Magyd, petit Beur de la rue Raphaël, quartiers nord de Toulouse. Une formalité pour les Français, un événement sis mi que pour l’“indigène”. Pensez donc, le premier bac arabe de la cité. Le bout d’un tunnel, l’apogée d’un long bras de fer avec la fatalité, sous l’incessante pres sion énamourée de la toute-puissante mère et les quolibets goguenards de la bande. Parce qu’il ne fait pas bon pas ser pour un “intello” après l’école, dans la périphérie du “vivre ensemble” – Magyd et ses inséparables, Samir le militant et Momo l’artiste de la tchatche, en font l’expérience au quotidien.
Entre soutien scolaire aux plus jeunes et soutien mo ral aux fi lles cadenassées, une génération joue les grands frères et les ambassadeurs entre familles et société, tout en se cherchant des perspectives d’avenir exaltantes. Avec en fond sonore les rumeurs accompa gnant l’arrivée au pouvoir de Mitterrand, cette chro nique pas dupe d’un triomphe annoncé à l’arrière-goût doux-amer capture un rendez-vous manqué, celui de la France et de ses banlieues.
Avec gravité et autodérision, Ma part de Gaulois raconte les chantiers permanents de l’identité et les impasses de la république. Souvenir vif et brûlant d’une réalité qui persiste, boite, bégaie, incarné par une voix unique, énergie et lucidité intactes. Mix solaire de rage et de jubilation, Magyd Cherfi est ce produit made in France authentique et hors normes : nos quatre vérités à lui tout seul !

“Dire que j’écris me gêne, complexe d’ancien pauvre, d’ex-fils-d’immigré, d’épisodique schizophrène car j’suis devenu français. J’ai du mal à écrire car je m’écris et m’écrire c’est saisir une plaie par les deux bouts et l’écarter un peu plus. La plume m’a séparé de mes compagnons d’infortune, tous ces « Mohamed » de ma banlieue nord hachés menus par une société qui a rêvé d’un « vivre ensemble » sans en payer le prix. Je raconte une fêlure identitaire, un rendezvous manqué. C’était l’année 1981, la gauche arrivait au pouvoir la besace pleine de l’amour des hommes et les premiers Beurs accédaient au bac. Le bac, une anecdote pour les Blancs, un exploit pour un indigène.
Tout était réuni pour cette égalité des droits tant chérie. La promesse d’une fraternité vraie semblait frémir.

Pourtant la rencontre de la France et de sa banlieue n’a pas eu lieu, elle n’a toujours pas vu la lumière car l’exception française persiste, celle d’être français et de devoir le devenir…”


Je n'ai pas encore lu Ma Part de Gaulois, mais j'avais aimé ses deux premiers livres, qui avaient
été remarqués par certains critiques à l'oeil vif et des libraires.


mots-clés : #autobiographie #immigration
par bix_229
le Mar 20 Déc - 16:04
 
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Sujet: Magyd Cherfi
Réponses: 1
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Wally Lamb

Wally Lamb (Né en 1950)

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Wally Lamb, né le 17 octobre 1950 à Norwich dans le Connecticut, est un écrivain américain. Professeur d'Écriture créative à l'Université du Connecticut jusqu'en 1999, il s'est imposé sur la scène littéraire internationale avec Le Chant de Dolorès, La Puissance des vaincus et Le Chagrin et la Grâce, tous présents sur les listes de best-sellers du New York Times et traduits dans plus de vingt pays. Wally Lamb commence à écrire en 1981, l'année où il devient également père. Ses premières publications sont des nouvelles publiées dans le Northeast, un magazine littéraire hebdomadaire. Son premier roman, Le Chant de Dolorès parait en 1992.

(wikipedia et autres)


traduits en français

Le Chant de Dolorès
La Puissance des vaincus
Le Chagrin et la Grâce
Nous sommes l’eau
Felix Funicello et le Miracle des nichons


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La puissance des vaincus

À travers l’histoire de deux frères jumeaux dont l’un est schizophrène nous découvrons sur plusieurs générations le destin d’une famille d’immigrés Italiens, plus particulièrement des Siciliens, débarqués aux Etats-unis en 1901. En héritage, les mêmes évènements, doutes, recherches ; des Pères qui élèvent des enfants dont ils ne sont pas les géniteurs, des jumeaux qui perdent leur moitié par mort physique ou psychique. En fond, la religion, celle des Italiens, celle des « Mericane » ou celle de la minorité Indienne de la ville de Three Rivers où s’est établie la famille des jumeaux.
Abordée aussi l’homosexualité et par l’un des drames la pédophilie.

L’auteur met à nu les sentiments des personnages, notamment ceux de Dominick –le narrateur – le jumeau sain qui se perd à gérer à la fois son amour et sa haine contre Thomas le frère malade que leur mère « préfère ». Dominick adopte une position de « défense » pour se protéger, plus précisément devant leur beau-père Ray, homme violent, qui les effraie quand ils sont enfants, mais qui pourtant au long des années, des drames sera présent, et assumera sa responsabilité.
L’enfermement physique et moral de Thomas déclenchera une psychothérapie de Dominick laquelle avec la lecture d’un journal écrit par leur grand-père lui permettra de se découvrir.

Une très bonne lecture, dès la première page l’auteur nous cueille à froid et le lecteur n’a qu’une hâte suivre Dominick. Je l’ai suivi page à page, mot-à-mot sans jamais me lasser, j’ai découvert comme lui les bonheurs et les malheurs de la rivière.  
J’ai trouvé les dialogues entre lui et le médecin psychiatre très réalistes, de même pour la description de l’établissement haute sécurité. L’assistante sociale, n’a pas failli à sa mission, l’ensemble m’a paru cohérent et plausible, facile de compréhension pour les profanes.

Je remercie Topocl pour m’avoir offert le plaisir de cette découverte.

extraits :

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mots-clés : #immigration #famille #pathologie
par Bédoulène
le Mar 20 Déc - 8:58
 
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Sujet: Wally Lamb
Réponses: 1
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Israel Joshua Singer

La famille Karnovski

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C'est à l'aube du XXe siècle que David Karnovski quitte l'obscurantisme de son shetl polonais pour rejoindre les lumières de la Haskala à Berlin. Il s'y épanouit au contact de brillants intellectuels éclairés alors que son épouse s'étiole loin de sa famille et de la chaleur du pays natal. Leur fils Georg après avoir participé aux combats de la Grande Guerre, s'intègre brillamment, devient un médecin éminent et épouse une goy. Leur fils Jegor va subir dans la souffrance sa double culture, en même temps qu'on assiste à la montée du nazisme et des discriminations. Ils émigrent aux États-Unis dans les années 30 où ils vont peiner à s'intégrer, entre l'hostilité du pays et la difficulté à s'identifier aux juifs américains.

C'est surtout à l'étude passionnante et pleine de nuances de la  communauté juive européenne et américaine dans toutes ses diversités, que s'attache IJ Singer. Car cette identité commune n'est  pas à tout coup  source d'alliance, mais aussi de mépris et de jalousies : orthodoxes ou assimilés, croyants ou convertis, riches ou  pauvres, intellectuels ou bons-vivants, installés de longue date en Allemagne ou originaires de l'Est, toutes ces disparités contribuent à compliquer les relations.

IJ Singer s'attache aussi à disséquer les relations filiales, l'émancipation des plus jeunes se heurtant aux valeurs chèrement acquises par les générations précédentes.

On se laisse bien embarquer par cette belle saga familiale, même si elle s'essouffle un peu lors de son arrivée en Amérique.


mots-clés : #communautejuive #famille #immigration
par topocl
le Sam 17 Déc - 18:05
 
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Sujet: Israel Joshua Singer
Réponses: 2
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