Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Dim 8 Déc 2019 - 10:54

159 résultats trouvés pour initiatique

Plinio Martini

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 6 Martin11

REQUIEM POUR IANTE DOMENICA

"Dans la grande cuisine de tante Domenica et en attendant son enterrement, Marco patientait au milieu des parents, presque tous frères et soeurs ou cousins paternels, neveux comme lui de la défunte et arrivés en compagnie de leur femme ou de leur mari et de leurs enfants si nombreux qu'à les voir réunis, lui qui vivait loin d'ici depuis quelques années, il s'en étonnait, et s'efforçait sans  trop de succès d'en faire le compte..."

Après dix sept ans d' absence, Marco revient dans son village natal, dans une vallée reculée du Tessin.
On y célèbre les obsèque de sa tante Domenica.
Et Marco se remémore sa vie passée au village.
Un village longtemps oublié de l'histoire, replié sur ses coutumes ancestrales, ses traditions, ses rites. Ses travaux rudes de montagnards pauvres et sans confort.

Marco a vécu sous l'autorité de la tante. Une bigote fanatique, confite dans ses mortifications ; ses prières et sa morale rigide.
Dans ce village antique elle est investie d'un chariisme qui domine l'inconscient collectif de la communauté, et l'inconscient profond de son neveu.
Laide, elle incarne une idéologie tout entière, dont l'emblème est le nez, un nez interminable.

Marco découvre l'amour avec une jeune fille de seize ans, sensuelle et beaucoup plus futée que lui.
Pris sur le fait alors qu'ils font l' amour, Marco, culpabilisé quitte le village.

Tel est ce récit, qu'on peut considérer comme un acte d' accusation contre la communauté de l'auteur,  ses rites, son étroitesse d'esprit.
Comme d'autres écrivains, Plinio Martini aime et déteste à la fois son milieu, le traditionalisme religieux qui a marqué son esprit de façon durable.
Mais il a su trouver la bonne distance par rapport à la réalité.

Son style est moderne et met en valeur les qualités psychologiques des personnages.
Je l'ai même trouvé envoûtant dans ce moment de ressassement de la mémoire qu'est le temps des obsèques et aussi de la narration.


mots-clés : #initiatique #religion #mort[/color]
par bix_229
le Ven 17 Fév 2017 - 15:39
 
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Harper Lee

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 6 Ne-tir10

"Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur"

Souvenirs d'une femme (la narratrice) sur son enfance en Alabama, ancien état confédéré, dans les années 30, alors que la Grande Dépression sévit toujours. La vie de celle-ci, alors petite fille, Scout Finch, et de son regard sur ce qui l'entoure sur une durée de 3 ans. Entourée d'Atticus, son père, avocat, et de son ainé, Jem. Elle et ce dernier explorent le quartier et découvrent ses habitants, Miss Maudie, charmante voisine qui leur propose souvent de venir manger des gâteaux et Miss Cindy, la langue de vipère du coin. Ils découvrent aussi les rumeurs sur ceux qu'on ne voit jamais ou qu'ils croisent, qui lui inspirent la fascination ou la crainte - parfois les deux en même temps.

A la fois chronique et roman initiatique, ce livre transporte par cette vision que l'on croit enfantine - on oublie vite que la narratrice écrit ses souvenirs d'enfance - d'un comté d'un Etat du sud des Etats-Unis. Au fur et à mesure que Scout grandit, elle découvre, grâce à ses proches, Atticus, Calpurnia, la bonne noire, Jem et Dill, qu'elle voit lors des vacances que ce qu'elle pensait des différents voisins ou habitants du quartier, des idées reçues liées à l'époque et aux moeurs de l'endroit est plus complexe, moins manichéen que ce qu'elle pensait.

Un livre d'une grande délicatesse, où plusieurs histoires et personnages s'assemblent à la manière d'un puzzle dans la vie de Scout, et qui, malgré cette suite de petites histoires et de personnages arrive à un final qui relie (presque) chacun de ces évènements.

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mots-clés : #initiatique
par Exini
le Mar 7 Fév 2017 - 15:36
 
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Haruki MURAKAMI

Kafka sur le rivage

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 6 Muraka10

Magique, hypnotique, Kafka sur le rivage est un roman d'initiation où se déploient, avec une grâce infinie et une imagination stupéfiante, toute la profondeur et la richesse de Haruki Murakami. Une œuvre majeure, qui s'inscrit parmi les plus grands romans d'apprentissage de la littérature universelle. Kafka Tamura, quinze ans, fuit sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcée contre lui. Nakata, vieil homme simple d'esprit, décide lui aussi de prendre la route, obéissant à un appel impérieux, attiré par une force qui le dépasse. Lancés dans une vaste odyssée, nos deux héros vont croiser en chemin des hommes et des chats, une mère maquerelle fantomatique et une prostituée férue de Hegel, des soldats perdus et un inquiétant colonel, des poissons tombant du ciel, et bien d'autres choses encore... Avant de voir leur destin converger inexorablement, et de découvrir leur propre vérité.


Il est certain que Kafka sur le rivage n'a pas son pareil dans la littérature , œuvre majeure , aucune autre ne dissimule autant de magie et de substances si particulières , mêlant parcours initiatique et fantastique qui fait que Murakami a hissé un roman au rang d'incontournable.
C'est au travers de ce livre et de deux personnages pas si loin du genre Kafkaien (indéniablement) , que l'auteur invoque Kafka , perdu dans le labyrinthe de la vie , cherchant un fil conducteur. Murakami nous parle de la solitude , sujet qu'il exploite de manière récurrente sans jamais le rendre redondant , de la profondeur des éléments qui nous entourent , l'amitié , l'amour , la mort afin de viser un essentiel , l'essence pure de l'existence sous fond de fantastique , de rêves peut-être pas si fictifs.
Nakata ,vieil homme qui ne parle qu'aux animaux , analphabète et enfermé dans un monde parallèle suite à un accident évoque cette angoisse , celle des troubles et de la folie , d'une âme perdue dans les méandres du temps , pulvérisée par une probable souffrance.
L'univers de Murakami est toujours propice à la double lecture , d'un chef d'oeuvre on crée le nôtre , accroché à un nuage on ne saisit pas à la lettre le monde qu'il nous offre , mais on l'étoffe de nos propres interprétations , de notre parcours en faisant appel à notre imagination , notre réflexion.
De l'étrange à la réalité il n'y a parfois qu'un voyage à faire , qu'un bagage permettant à l'esprit de ne plus distinguer cette différence , mais d'en faire un tout. Se délester de l'obscur pour y voir clair , se laisser l'occasion de voir l'invisible en étant tout simplement ouvert à ces différents mondes qui nous entourent et qui peut-être , nous mèneront au bout d'une quête complexe...

"Tu as peur de ton imagination. Et plus encore de tes rêves. Tu crains cette responsabilité qui commence dans le rêve. Mais tu ne peux pas t’empêcher de dormir et, quand tu dors, les rêves surviennent immanquablement. L’imagination diurne est maîtrisable. Pas les rêves"

Parfois, le destin ressemble à une tempête de sable qui se déplace sans cesse. Tu modifies ton allure pour lui échapper. Mais la tempête modifie aussi la sienne. Tu changes à nouveau le rythme de ta marche, et la tempête change son rythme elle aussi. C'est sans fin, cela se répète un nombre incalculable de fois, comme une danse macabre avec le dieu de la Mort, juste avant l'aube. Pourquoi ? parce que la tempête n'est pas un phénomène venu d'ailleurs sans aucun lien avec toi. Elle est toi même et rien d'autre. elle vient de l'intérieur de toi. Alors la seule chose que tu puisses faire, c'est pénétrer délibérément dedans, fermer les yeux et te boucher les oreilles afin d'empêcher le sable d'y entrer, et la traverser pas à pas. Au coeur de cette tempête, il n'y a pas de soleil, il n'y a pas de lune, pas de repère dans l'espace ; par moments, même, le temps n'existe plus. Il n'y a que du sable blanc et fin comme des os broyés qui tourbillonne haut dans le ciel. Voilà la tempête de sable que tu dois imaginer.


A l'origine, la forme du labyrinthe s'est inspirée de celle des boyaux. Autrement dit, le principe du labyrinthe existe à l'intérieur de toi. Et il correspond à un labyrinthe extérieur à toi.
-C'est une métaphore ?
-Exactement. Une métaphore à double sens. Ce qui extérieur à toi, c'est la projection de ce qui est intérieur, et l'intérieur est la projection de l'extérieur. Souvent, quand tu mets les pieds dans un labyrinthe extérieur, c'est que tu entres aussi dans un labyrinthe intérieur. Dans la plupart des cas, c'est très dangereux.




mots-clés : #initiatique
par Ouliposuccion
le Ven 3 Fév 2017 - 14:16
 
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Jon Kalman Stefansson

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 6 Le-coe10

le coeur de l'homme

Dernier tome de la trilogie, aussi magique que les précédents.

Jens le postier et le gamin ont survécu à la tempête de neige qui les a propulsés quasiment dans la maison du médecin d'un village.

Le gamin rencontre Geirpruour, une femme indépendante, riche et libérée des conventions, détestée par plus d'un, notamment Friorik le riche marchand du village. Geirpruour tient un petit café, entre autres, et recueille le gamin. comme elle a recueilli Kolbeinn, un capitaine devenu aveugle, féru de poésie, qui avec, Gisli, le directeur de l'école alcoolique, fera l'éducation du gamin.

" Gisli quitte la maison de Geirpruour, il a terminé son enseignement. Que signifie se trahir soi-même, quelle est la pire des trahisons, le pire des crimes, si grand que le roi en personne ne saurait t'en absoudre ? Ne pas oser vivre, telle était la réponse du gamin."

Au hasard....

" Les étés d'Islande sont si brefs et capricieux qu'on dirait parfois qu'ils n'existent pas. Ici, il peut neiger jusqu'à mi-pente sur les montagnes en plein mois de juin, et il arrive que les oiseaux gèlent entre les touffes d'herbe dans la nuit d'août.Mais rien au monde n'est aussi lumineux et limpide que le mois de juin, le crépuscule et l'aube se confondent, les ombres disparaissent et le ciel se teinte d'un bleu d'éternité jusqu'au milieu de la nuit..."


"Un navire qui vogue sous le vent est comme une musique. Les cordages et le bois gorgé de sel craquent, les voiles sont gonflées par la brise, cet air en mouvement sous les étoiles et le soleil, et la pluie a cessé. "

.....L'homme est né pour aimer, les fondements de l' existence sont aussi simples que ça. Voilà pourquoi le coeur bat, étrange boussole ; grâce à lui, nous trouvons aisément notre route à travers les brumes les plus
opaques où les périls nous guettent de tous côtés, à cause de lui , nous nous perdons et nous mourons en plein soleil."

" Les mots ne sont pas des blocs de pierre inertes ni des ossements  blanchis et battus par les vents sur les montagnes . Avec le temps, y compris les mots les plus banals sont susceptibles de s'éloigner de nous pour se transformer en musées d'un époque révolue, abritant des choses disparues qui ne reviendront pas. Prés,champs fumés au fumier de mouton, ces mots nous font presque monter les larmes aux yeux, quelque chose se brise au fond de nous, comme lorsque nous sommes confrontés à l' improviste à de vieilles photos où nous voyons des visages depuis longtemps disparus sous la terre, ou au fond de la mer. Où sont les prés ? ...."


" Ton coeur bat-il encore ? Et si oui, comment ? Par le diable en personne ! Le gamin reçoit une lettre où il est question des battements de son coeur. Comme s'il n'était pas assez éprouvant de vivre."....

Merveilleusement poétique, romantique, mélancolique aussi mais on referme ce livre, comme les deux premiers, heureux  Very Happy

(commentaire récupéré)


mots-clés : #initiatique
par simla
le Jeu 2 Fév 2017 - 19:54
 
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Sujet: Jon Kalman Stefansson
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Jon Kalman Stefansson

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 6 41q4te10

La tristesse des anges

Voici un roman empli de poésie et aussi de tristesse que j'ai adoré !

Deux principaux personnages, Jens le Postier, un colosse taiseux et "le gamin" un jeune homme subitement orphelin recueilli par une famille islandaise, dont le père pêcheur s'est noyé au cours d'une tempête et dont toute la famille est morte par la suite.

" Lorsque Jens le Postier arrive au village, gelé, il est accueilli par Helga et le "gamin" qui le détachent de sa monture avec laquelle il ne forme plus qu'un énorme glaçon. Sa prochaine tournée doit le mener vers les dangereux fjords du Nord qu'il ne pourra affronter sans l'assistance d'un habitué des sorties en mer.

De son côté, le gamin poursuit sa découverte de la poésie et prend peu à peu conscience de son corps, des femmes et de ses désirs. C'est lui qu'on envoie dans cet enfer blanc, "là où l'Islande prend fin pour laisser place à l'éternel hiver", accompagner Jens dans son périple.Malgré leur différence d'âge, leurs caractères opposés, ils n'ont d'autre choix que de s'accrocher l'un à l'autre, s'accrocher à leurs amours éloignées, pour ne pas céder à l'impitoyable nature."

Le gamin aime lire et parler. Jens, lui, trouve que parler ne sert à rien, seule l'action prouve quelque chose. Peu à peu, le gamin va établir un contact avec Jens et le contraindre à se révéler au fils des journées...

La neige et le vent sont omniprésents, la marche est très difficile et dangereuse dans cet univers blanc: "l'homme peut rester longuement debout lorsque son existence est en jeu, le désir de vivre n' a pour ainsi dire aucune limite ".  

Leur tournée est interrompue par quelques haltes, des personnages souvent émouvants, des vies toujours douloureuses.

Une très belle réflexion philosophique sur le poids des mots et l'influence des livres dans la vie.

Quelques passages :

Le gamin se lève précautionneusement, il n'est pas certain que ses jambes fatiguées parviendront à le soutenir, mais elles le font, l'assurance du repos qu'elles connaîtront bientôt leur donne de la force, il jette un oeil de côté en arrivant à la porte, regarde les étagères pleines de livres et de mots qui ont le pouvoir d'ouvrir sur des mondes nouveaux, tandis que les yeux de Kjartan se perdent dans la nuit. Il est toujours possible de connaître un homme à ce sur quoi ses yeux se portent. Je croyais, déclare le gamin, trop assommé de fatigue pour être timide, qu'on ne pouvait pas être malheureux entouré d'une telle quantité de livres. Kjartan tourne la tête vers lui et le fixe longuement, mais il ne répond rien."

" Celui qui meurt ne revient pas, nous l'avons perdu, aucune puissance dans l'univers n'est capable de nous rapporter la chaleur d'une existence engloutie, le son d'une voix, le mouvement d'une main, la douceur d'un humour. Tous ces détails qui constituent la vie et qui lui donnent sa valeur sont disparus pour l'éternité, ils sont engloutis, mais il laissent dans le coeur comme une plaie ouverte que le temps change peu à peu en une cicatrice boursouflée. Toutefois, celui qui meurt ne nous quitte jamais tout à fait, c'est le paradoxe qui nous console autant qu'il nous torture, celui qui est mort est à la fois proche et distant."

Un magnifique roman  Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 6 3245407319

(commentaire récupéré)


mots-clés : #initiatique
par simla
le Jeu 2 Fév 2017 - 19:29
 
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Jon Kalman Stefansson

Entre ciel et terre

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 6 Produc30

Déjà, le pari était facile à gagner avec moi, cette histoire de  noyés, de pays hostile et de  mer, sans laquelle on ne saurait vivre, mais avec laquelle il faut bien mourir….
J'ai aimé les personnages, ce 'gamin" .

J'ai aussi aimé l'idée, que les mots et les livres, pour ceux qui les aiment et les fréquentent, permettent d'élaborer une pensée, un questionnement, une incertitude. C'est assez banal à dire, certes, et cela ne concerne pas que les livres, mais la culture en général, mais c'est quand même quelque chose auquel je crois, et même si ce n'est pas une idée nouvelle, sur quoi écriraient les écrivains si ils n'écrivaient que sur des idées nouvelles ? J'ai trouvé intéressante cette façon de montrer que c'était aussi quelque chose de dangereux, puisque c'est le livre qui fait que l'ami du gamin oublie sa vareuse, et finit par mourir. Le propos n'est donc pas si simpliste que cela.

Ensuite, j'ai beaucoup aimé le style, j'ai trouvé qu'il était berçant, qu'il avait un mélange de poésie mélancolique, et de légende. et cet aspect légende, pour moi, a excusé tout le négatif: les truismes, un côté parfois répétitif, le « nous » de narration, qui désigne parfois les vivants, et parfois les morts, (avec ce côté omniscient ). Et cela excusait même cette espèce de philosophie de bazar qui dit oui, malgré tous les malheurs, et bien que la vie soit difficile, elle vaut la peine d'être vécue.

Donc,  ce livre est plein de défauts, mais, ce qui compte, "c'est l'histoire, la façon dont on le raconte" comme disait Yves Dutheil, et ça, moi, j'ai adoré.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #initiatique
par topocl
le Jeu 2 Fév 2017 - 12:42
 
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Tom Cooper

Les maraudeurs

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 6 Les-ma10

Dans le bayou assommé de chaleur, malmené par Katrina, dévasté par  la marée noire, les hommes traînent leur désespoir - ou leur colère? -  (les femmes sont parties ou mortes, Tom Cooper ne s'encombre pas). Pas de pêche, c'est à dire pas d'argent, pas d'avenir , peu de présent hors les saouleries et les blagues débiles. Plus rien qui n'attache à ce pays tant aimé. Alors chacun cherche sa solution, une prolifique culture de cannabis, des bêtises à la  petite semaine, une chasse au trésor compulsive, une mauvaise humeur permanente, ou un deal avec BP pour achever de trahir les survivants (et se trahir soi-même). Ah! mais si ! il y a Wes le petit ado dont ce livre constitue le roman d'initiatique,  celui qui a perdu sa maman, est bien propre, bien courageux et honnête, et qui va s'en sortir au milieu de tous ces débris d'humanité...!!!

Bon c’est quand même plus subtil que ça, et au pire, l'originalité est ailleurs, Les portraits sont attachants, joliment troussés et souvent drôles,  la nature est un mélange de splendeur et de désespoir illustré par les flaques de pétrole qui surnagent. Il y a un petit côté anthropologique à voir la vie dans le bayou, la pêche la nuit, toutes ces lumières des bateaux qui circulent sont splendides. Et une  dénonciation de l'incurie face à la marée noire , quoique un peu superficielle.
Tout cela baigne dans un  certain humour, souvent au dessous de la ceinture, mais plaisant dans la façon de traiter  les situations et notamment les crocodiles. Et la construction à plusieurs point de vue soutient habilement le suspense.


mots-clés : #social #initiatique
par topocl
le Sam 28 Jan 2017 - 6:07
 
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Audur Ava Olafsdottir

Rosa Candida
Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 6 Images-1--41ab427


En route pour une ancienne roseraie du continent, avec dans ses bagages deux ou trois boutures de Rosa candida, Arnljótur part sans le savoir à la rencontre d’Anna et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden, oublié du monde et gardé par un moine cinéphile.

Captivée par des tranches de vie en floraison , une  autre fanée,  mais dont l’éclosion de la trame a conquis la lectrice que je suis. Un charme fou se dégage des lignes d’Ava Audur Olafsdottir  et c’est bien par la séduction qu’elle nous mène dans cet univers floral  et délicat. Rosa Candida est cette sorte d’enclos aux mille et une couleurs dans lequel nous nous échappons, happés par la représentation d’un paradis terrestre qui ne fait qu’exprimer la vie. Envoûtant.

«C'est le Roman de la rose, où tout l'art d'Amour est enclos.» Guillaume de Lorris.


mots-clés : #initiatique
par Ouliposuccion
le Ven 27 Jan 2017 - 12:14
 
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Sujet: Audur Ava Olafsdottir
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Hermann Hesse

Le loup des steppes

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 6 T-l-ch10

Au premier abord, Harry Haller impressionne désagréablement le neveu de sa nouvelle logeuse, peut-être par le regard mi-satisfait mi-moqueur dont il examine les aîtres, comme si le confort bourgeois de . la maison lui semblait à la fois étranger, plaisant et dérisoire. Si Haller considère tout avec l'ironie d'un habitant de Sirius ou d'ailleurs, c'est qu'il appartient effectivement à un autre monde, celui de l'intellectualité pure. A force de renier ce qui constitue le bonheur quotidien des hommes, il se sent devenu un « loup des steppes » inapte à frayer avec ses semblables, de plus en plus solitaire et voué à l'isolement. Il n'entrevoit qu'une solution : se tuer, mais la peur de la mort l'empêche soudain de rentrer chez lui mettre son dessein à exécution. Il erre dans la ville. A l'Aigle noir, il rencontre Hermine, son homologue féminin qui a choisi la pratique de ces plaisirs que lui-même a fuis. Elle le contraint à en faire l'apprentissage : c'est une véritable initiation à la vie, une quête troublante pour découvrir le difficile équilibre entre le corps et l'esprit sans lequel l'homme ne peut atteindre sa plénitude.

Je me lance dans la rédaction de ce poste avec beaucoup d'humilité , Hermann Hesse n'étant pas critiquable à mes yeux ; Le loup des steppes est une œuvre majeure du XXème siècle.

Ma vie avait été pénible, incohérente et malheureuse, elle conduisait au renoncement et au reniement, elle avait le goût de l'amertume humaine, mais elle était riche, fière et riche, souveraine même dans la misère. Qu'importait que le petit bout de chemin qui restait jusqu'au crépuscule fût, lui aussi, lamentablement perdu; le noyau de cette vie était noble, elle avait de la dignité, de la race : je ne misais pas des sous, je misais des étoiles.


L'homme dans toute sa complexité est au centre de ce livre , l'adversité qui se joue en nous tout au long d'une existence entre connaissance et plaisir. Où se situent les limites d'un tout afin de trouver l'apaisement d'un équilibre , l'origine même de ce qu'est l'homme dans tous ses paradoxes. Quel est le sens de notre existence , l'orchestre qui va jouer l'air déterminant de notre caractère , déterminer l'essence qui va construire la mélodie de chacun. Parcours initiatique et cynique , c'est au-delà de nos propres murs, construits par la force de notre esprit parfois fabulateur que la perspective d'un « moi » pluriel se dresse face à l'homme démuni devant cette observation qui comme un forçat frappe sa conscience et mène l'érudit face à son ignorance d'un essentiel. Hermann Hesse s'emploie à mettre le savoir au dessus de tout , démontrant le visage terne et agressif , écorché et fuyant de l'intellectuel qui s'indigne de la superficialité du plaisir et de la nature humaine frivole , il embrasse la destiné vouée à l’échec de toute une vie, le refus du bonheur.

Je sens brûler en moi un désir sauvage d'éprouver des sentiments intenses, des sensations ; une rage contre cette existence en demi-teinte, plate, uniforme et stérile ; une envie furieuse de détruire quelque chose, un grand magasin, par exemple, une cathédrale, ou moi-même ; une envie de commettre des actes absurdes et téméraires, d'arracher leur perruque à quelques idoles vénérées, de munir deux ou trois écoliers rebelles du billet tellement désiré qui leur permettrait de partir pour Hambourg, de séduire une petite jeune fille ou de tordre le cou à quelques représentants de l'ordre bourgeois. Car rien ne m'inspire un sentiment plus vif de haine, d'horreur et d'exécration que ce contentement, cette bonne santé, ce bien-être, cet optimisme irréprochable du bourgeois, cette volonté de faire prospérer généreusement le médiocre, le normal, le passable.


C'est dans une fresque littéraire inégalable , en compagnie d'une femme , d'un alter-ego, que dans une croûte digne d'une fable expressionniste, l'écorce se fend et trouble la sève du plaisir qui se répand, possédant une âme nouvelle dans un esprit nouveau, la résilience de nos propres troubles. Et si la victoire sur la vie n'était que la conception d'une dualité, de l'altérité qui nous possède ?
Un chef-d'oeuvre.


mots-clés : #initiatique
par Ouliposuccion
le Jeu 26 Jan 2017 - 19:29
 
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Sujet: Hermann Hesse
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Ernst Wiechert

D'abord un grand Merci pour l'ouverture de ce fil, églantine! J'apprécie énormement cet auteur qui fait vibrer quelque chose à l'intérieur...

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 6 L-enfa10

L’enfant élu


Original : Die kleine Passion (deutsch, 1929)

Traduction française par Clara Malraux, 1ère édition 1960

CONTENU :
Venus de la mer du Nord s'installer dans des fermes isolées de Prusse orientale, les Karsten passent depuis des générations pour des chrétiens sévères, intègres et sages, mais on dit dans le pays qu'une fatalité pèse sur leurs filles, car toutes épousent des hommes indignes d'elles.
Gina Karsten n'échappe pas à la règle. Zerrgiebel n'a .pas plus de coeur que d'honnêteté. L'enfant qui va naître de leur union sera-t-il un autre Zerrgiebel, comme l’autre fils de la première union du mari (et la femme s’est suicidée…) ou le grand-père paternel? Par bonheur, le petit Jean se révèle uniquement héritier de l'âme des Karsten. Il fera son éducation dans les forêts, auprès d'hommes simples et droits comme son grand-père ou le garde-chasse, ou encore le pêcheur qui l'appelle « l'enfant élu ».
Le temps des épreuves commence avec l'obligation de fréquenter l'école, ce premier schéma de la société, mais les leçons de la Nature et les amis anciens et nouveaux soutiennent Jean Karsten dans la longue marche vers l'adolescence et la maturité morale …

REMARQUES :
Les personnages « positifs » de ce roman sont – comme si souvent chez Wiechert – marqué par une certaine solitude face à un environnement des fois hostile, une proximité avec la nature et une sorte de « foi profonde » qui touche à la terre, à un profond enracinement dans le simple et le concret. Pas de double jeu, de fausseté en eux. Des âmes simples ? Ils nous paraissent un peu d’un autre monde, nous sont peut-être devenus un peu lointain, comme si on nous parle d’une autre génération qui a vécu avec un autre rythme face au temps. Et voilà que des mots dominants sont p.ex. « calmement, silencieusement, avec intériorité » etc.

Malgré cette certaine étrangeté des personnages pour nous et notre temps, même notre sentiment de distance envers eux, je me demande quand même si Wiechert ne nous indique pas un type d’homme qui peut et pourra exercer tranquillement, mais avec assurance, une sorte de résistance face à ce qu’il appelle « la machine » (de la société, de l’école…). Vu quand le livre avait été écrit me fait trembler : en 1929 ! Comme si Wiechert avait pressenti déjà les uniformismes d’une certaine socialisation, mais aussi qu’il a décrit ce dont il faisait (et fait !) défaut, et ce dont il nous faut pour oser « être autre ».

Wiechert utilise ce faisant un langage mythique, aussi souvent avec des références bibliques. Cela a l’air un peu pathétique des fois, un peu vieillot, mais il me semble qu’on devrait en faire abstraction ?! Car derrière cette langue imagée avec ses comparaisons et métaphores se trouvent une force qui pourrait nous dire encore quelque chose aujourd’hui. Un certain besoin d’enracinement, d’appartenance à la nature et aux siens. Une tranquillité. Voir même un sens pour le don de soi. Et à voir de plus près Wiechert se livre à une critique virulente envers le système scolaire de l’époque et ce qu’il appelle « la foule », aliénant l’homme et le nivelant dans un produit de norme.

Les caractères sont un peu en noir et blanc. Le « bien et le mal » semblent assez clairement définis. Dans un certain sens encore un monde plus abordable, clair ?

Est-ce que je dois souligner qu’en toute étrangeté ce livre fait résonner quelque chose en moi?


(Certains critiques trouvent un pendant français dans le livre « L'Enfant des Terres blondes » par Christian Signol. Peut-être cette remarque aidera l’un ou l’autre ?)

mots-clés : #initiatique #religion
par tom léo
le Jeu 26 Jan 2017 - 18:27
 
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Sujet: Ernst Wiechert
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Riad Sattouf

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 6 77722110

L'arabe du Futur

BD conseillée par un ami, pas une grosse découverte selon moi, je dois bien l'avouer... Après c'est plaisant et facile à lire, j'ai lu les 3 tomes (et j'attends tout de même le 4ème Razz ). La vie politique m'intéresse assez peu c'est peut être là que ça cloche. Ca reste intéressant de voir la vie qu'a mené Riad en Libye et en Syrie, les incompréhensions d'un petit garçon face à un monde un peu décalé, les différences entre la réalité et ce que dise les plus vieux, par exemple son père qui promet une belle maison qui n'arrive pas, le rapport aux femmes (la mère de Riad, n'est pas considérée comme les femmes musulmanes), à la religion (le ptit dualisme juif/musulman entre autre). Les promesses des dirigeants, des amis hauts placés ... On se demande comment le père de Riad peut y croire, et accepter tout cela...





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La vie secrète des jeunes,

Très drôle, et très déprimant aussi toutes ces bêtises que peuvent dire les jeunes (et les moins jeunes, il n'y a pas que des histoires d'ado). Ca fait réfléchir sur la non culture, la tv qui abrutit tout ... moi qui vit un peu coupée du monde (pas de fb, de tv ...), ça me choque vraiment (jvis pas au pays des bisounours pourtant, enfin je crois), surtout l'histoire sur le sexe : "arrête ça existe plus le sida", il y a vraiment des jeunes occidentaux qui pensent que le sida n'existe plus ??? Certaines m'ont bien fait rire tout de même: un taxi musulman qui fait des reproches à Riad car il n'est pas pratiquant, et la dernière phrase de Riad "héhéhé oui en fait je suis Satan, c'est moi qui bloque l'autoradio, héhé".

Pour les deux, je ne suis vraiment pas fan des dessins par contre, ils sont grossiers, trop rapides...

mots-clés : #bd #initiatique
par Silveradow
le Jeu 26 Jan 2017 - 12:29
 
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Sujet: Riad Sattouf
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Sergueï Lebedev

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 6 L_anne10

L'année de la comète

Ce livre n'est pas totalement de la littérature, n'est pas seulement une narration, il est bien plus que cela, à la fois étude historique et sociologique, mais aussi recherche intellectuelle des plus motivantes, il raconte l'histoire d'un petit garçon russe, moscovite, âgé de dix ans dans les années 1980, élevé par deux grands-mères veuves (la guerre est passée par là) et par des parents scientifiques. Il est donc un pur produit soviétique. Il est à la fois privé d'individualité et en quête d'un destin, persuadé que derrière les choses se cachent une vérité tue, une Pravda secrète, l'enfant observe ce et ceux qui l'entourent avec les yeux acérés du guetteur. Assuré d'être l'Elu, puisque seul descendant rescapé des temps barbares, il est aussi privé du droit à la propriété et cherche à saisir ce qu'on lui cache et en particulier à découvrir ce qu'il y a derrière le silence qui entoure ses grands-pères.

C'est à l'aide d'une langue remarquable, d'un questionnement intellectuel rare que Lebedev nous permet de découvrir les pensées intimes, les rêves, les angoisses de son narrateur. Ce petit bonhomme qui sent des choses, devine des déchirures, cherche à comprendre les silences des adultes et qui par là-même se découvre unique, indivisible au sein du collectif et riche, riche d'une histoire personnelle qui tend à raconter celle plus globale de l'Union Soviétique et de son apocalypse. Car c'est sur les ruines de la Grande Guerre patriotique que se construit le destin du garçon, c'est sur les ruines de l'Empire soviétique que le roman s'achève.

L'année de la comète n'est pas une œuvre virtuose, il n'est pas toujours passionnant, parfois la narration semble s'enliser ou plus ou moins tourner en rond, les journées d'un petit garçon ne sont pas toutes palpitantes ou troublées, certains évènements (entourant par exemple la recherche d'un certain Mister) peuvent paraître insolites, superfétatoires, il n'empêche, le livre est par sa liberté même d'un charme fou et d'une présence habitée. En cherchant à traduire les signes qui l'entoure, l'enfant puis l'adolescent raconte sa construction-destruction, suivant ainsi pas à pas celle du pays immense et désordonné dans son ordonnance que fut l'URSS.

Enrichissant.


mots-clés : #initiatique #regimeautoritaire
par shanidar
le Mer 25 Jan 2017 - 10:29
 
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Sujet: Sergueï Lebedev
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Jakob Wassermann

Les Juifs de Zirndorf

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 6 Jakob210

Le roman est divisé en deux parties. La première comporte 70 pages, considérée comme un prologue par l'auteur, elle est en quelque sorte un récit fondateur, mythique, qui raconte la création du village de Zirndorf.
Vers 1648 apparait à Smyrne, Sabbatai Tsevi qui va rapidement être reconnu par les Juifs de toute l'Europe comme le Messie, celui qui va les ramener en Terre Sainte, la terre de Canaan. Cette Révélation va bouleverser la vie de milliers de juifs et les précipiter sur les routes, abandonnant leurs masures et leur terre de misère. Hélas, dès 1666 Sabbatai se convertit à la foi musulmane ruinant ainsi les grands espoirs de tout un peuple.

Là où les Juifs partis de Fürth apprennent la conversion de leur Messie, ils s'arrêtent et fondent le village de Zirndorf. Cette première étape est assez agréable à lire (malgré les nombreuses diversions et les nombreux personnages qui investissent ses lignes). L'hystérie collective est palpable, ainsi que le violent désir de croire à un Sauveur, quel qu'il soit. La communauté juive est prête à toutes les compromissions, tous les mensonges et toutes les orgies pour accueillir enfin le Messie tant attendu. Cette première partie, qui retrace avec humour, dérision et amour les errances et les emportements des juifs est à mon avis la plus réussie de l'ensemble du roman.

La seconde partie se situe deux cents ans après la création de Zirndorf. La communauté juive est scindée en deux grands groupes, les très riches (usuriers) et les extrêmement pauvres et vivent avec les chrétiens qui ne cachent pas leur haine mortelle contre les uns et les autres. Agathon, le héros de notre roman, appartient à la communauté pauvre et son père fortement endetté auprès de l'aubergiste (antisémite notoire) ne peut que souhaiter la mort de son créditeur. Jusqu'au jour, où après une altercation entre le jeune Agathon et l'aubergiste, ce dernier est retrouvé mort.

On dira qu'après cette mort, la vie d'Agathon qui se croit responsable, va être transformée. Il s'élève contre son père, se fait renvoyé de l'école chrétienne qu'il fréquente pour avoir écrit que ses professeurs étaient de mauvais pédagogues, il va guérir sa mère d'une mort certaine, devenir une sorte de prophète qui rejette la religion juive sans parvenir à s'en détacher complètement. Il finira errant, croisant en une ronde finale les nombreux personnages qui peuplent se foisonnant roman. Toute ressemblance avec l'auteur est bien sûre évidente...

Ce roman a les défauts (mais aussi les qualités) d'un premier roman : liberté totale de l'imagination, mystère par-ci énigme par-là, abondance des personnages et des évènements sans liens avec l'intrigue principale, digressions, hystérie de l'amour adolescent, passage du coq à l'âne et libération d'une parole qui condamne tout autant la condition des femmes, des orphelins, des pauvres juifs, des bons pédagogues et des riches qui ne prêtent qu'à leur semblable.

Il est parfois difficile de trouver une lumière dans l'immense propos de Wassermann. Les évènements s'enchainent les uns aux autres sans rimes ni raison et certains personnages nous demeurent bien obscurs. Formant une sorte de triptyque avec Agathon en pierre de touche, le jeune poète Gudstikker et le professeur Bojesen semblent former les deux angles opposés d'un triangle isocèle qui symboliserait peut-être la Foi, la Création et le Savoir. Le poète est un séducteur sans scrupule, le professeur un amoureux déchu et Agathon trône de toute sa séduction au milieu d'eux comme un trésor (qui raflera d'ailleurs tous les cœurs). De la même manière, le triangle formé par le trio Jeannette, Monique et Agathon révèle toute l'ambiguïté d'un âge (Agathon a 17 ans) où la chair et la sainteté se batte cruellement et souvent finissent par triompher tout à tour.
Et puis en additionnant deux triangles isocèles on obtient l'étoile de David me direz-vous...

Il n'en reste pas moins une certaine confusion, à la fois dans le propos et dans l'intrigue. A force de vouloir jouer du mystère, de la prophétie et de l'effervescence adolescente, il arrive bien souvent que le lecteur ne puisse plus suivre le fol voyage d'Agathon à travers la fièvre humaine. Malgré tout j'ai pris un certain plaisir à lire ce roman, ce premier roman, qui laisse présager de belles réussites, d'inquiétantes visions (en particulier en ce qui concerne la religion juive) et une écriture dont la traduction doit être bien loin de rendre justice.


Emmêlant onirisme échevelé, fantastique mystique et réalisme prophétique, l'auteur tente sans doute de glisser dans le creuset alchimique de son œuvre la totalité de son univers intellectuel, spirituel et social. Cela donne d'incroyables moments d'élévation et d'autres plus déroutants.


mots-clés : #communautejuive #initiatique #religion
par shanidar
le Lun 23 Jan 2017 - 13:13
 
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Sujet: Jakob Wassermann
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René Barjavel

Les chemins de Katmandou

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 6 Tylych17

À la fin des années 60, la jeunesse du monde se cherche une cause à défendre. Leurs parents ont fait la guerre. Ils seront pacifistes. La société ne veut que consommer ? Seul l’amour compte. Pour Olivier et Jane, deux adolescents qui rejettent la vie qu’on leur promet, la vérité se trouve à l’autre bout du monde, au Népal. Mais que l’on quitte les barricades parisiennes ou le brouillard londonien, il est bien long, le chemin qui mène à Katmandou…


Nous retrouvons un thème cher à l’auteur, l‘amour et les ravages de la guerre.
Une société parmi laquelle la jeunesse ne se reconnait plus, rêvant d’un absolu loin des contraintes sociales et de la captivité morale. Personnages torturés et utopistes, dépouillés de tout espoir, hormis celle de suivre le chemin de Katmandou. Ils suivent la voie sacrée, celle de la liberté et de la drogue pour mieux refouler les liens qui entravent le bonheur.

Peace and love, Make love, Take drugs …

C’est l’histoire des hippies, des originaux rattrapés par un emprisonnement, celui de la drogue et des chemins de traverse avec pour seule arrivée, la perdition.
D’esprits vifs, il en reste l’indolence, la matrice d’un enfer ou certains corps ne sont plus qu’à vendre afin d’assouvir les dépendances.
Loin des idéaux de la liberté et de la marginalité, Barjavel dénude les corps qui se lient sans tabous, puis se délient, maigres et malades, se penche sur cette période désabusée, dévastée où beaucoup d’âmes pacifistes se sont envolées d’avant d’avoir effectué leur karma.

« Chacun suit son chemin, qui n’est pareil à aucun autre, et personne n’aboutit au même lieu, dans la vie ni dans la mort. Ce livre ne cherche pas à donner une idée de la vérité, mais à s’approcher de la vérité. Celle de Jane et celle d’Olivier, dont il raconte l’histoire ».


Encore une fois , Barjavel pose un regard entier et lucide sur une société pas si innocente.


mots-clés : #initiatique
par Ouliposuccion
le Lun 16 Jan 2017 - 13:21
 
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Sujet: René Barjavel
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Artur Klinau

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 6 54001-10

Minsk cité de rêve

quatrième de couverture a écrit:“Je suis né dans la Cité du Soleil. Y ai-je été heureux ? Oui, certainement. Chaque être humain a sa propre Cité du Soleil – son enfance, pour laquelle le lieu de naissance importe peu. Ai-je été heureux au Pays du Bonheur ? Oui, certainement. Aussi longtemps que j’ai cru en lui. Nous croyions en cette scénographie merveilleuse dressée à la frontière entre utopie et réalité.?
Artur Klinau n’avait pas 25 ans lorsque le mur de Berlin est tombé. Son enfance, il l’a passée dans ce qui était alors le Pays du Bonheur – l’Union soviétique – avec les défilés sur la place du Kremlin conduits par le Métaphysicien et ses ministres Amour, Sagesse et Droiture.
Il se souvient de Minsk, la ville où il a grandi, la Cité du Bonheur, à l’époque où les habitants imaginaient qu’elle était l’utopie réalisée. Aujourd’hui il sait que l’utopie n’existe pas, mais sa tendresse pour sa ville est intacte et il nous la fait partager.


Un souvenir de la ville agrémenté de photos de l'auteur (qui est aussi photographe) pour ce livre d'abord publié en allemand en 2006. On pense souvenir forcément car c'est le point de vue de l'enfance qui est choisi et sa tonalité candide qui perdure assez longtemps dans l'ouvrage. C'est un peu déroutant car on sent bien que tout n'est pas si simple mais justement. C'est ce qui lui permet de petit à petit nous emmener plus profondément dans la ville, ses histoires et celle de son pays au voisin très encombrant. C'est aussi le ton qui permet de résoudre une partie du problème et de témoigner de chaleur et de nostalgie pour une ville presque neuve qui devait elle faire vivre une utopie. Un voyage forcément dépaysant qui conserve des masques sur certaines de ses figures mais lève un coin du voile pour le voyageur étranger.

Minsk cité de rêve, Cité du Soleil bâtie sur la rivière Nemiga aux portes du Pays du Bonheur. La tendresse n'empêche pas les années et la maturité d'arriver, ni même le dégel mais ce monde, excessif, factice, dur, complexe n'est pas rejeté. On sent qu'Artur Klinau à sa manière l'intègre à sa personnalité et à ses espoirs d'un pays différent et meilleur. Il y a une brume dans cette exploration, un mystère, une incertitude qui doit perdurer en longeant les palais et en traversant les places immenses de Minsk ou si l'on doit s'arrêter un instant dans une arrière cour ou laisser vagabonder une pensée jusqu'aux faubourgs.

Le vocabulaire et la tournure faussement enfantine peuvent gêner, dérouter mais le texte est bien construit et dans cette mouvance des livres qui parlent d'une ville il choisit non pas le catalogue documenté (on a l'impression que les informations distillées au fil des pages coulent de source pour l'homme du cru) mais l'affectif. Un affectif apaisé pour une histoire douce mais pas si simple. Ça m'a bien plu, ça travaille beaucoup la curiosité, ça raconte un peu au gamin de la fin de la guerre froide que je suis de cette énigme de l'Est. Une énigme qui perdure et une énigme qui est aussi la nôtre, la «forme de la ville» qui voudrait être celle de la pensée ?  Pas mal du tout et beau petit livre. J'ai bien fait de céder au traducteur et à l'éditrice lors de mon dernier passage au salon de l'autre livre !Et c'est volontiers que je lirai autre chose de leur répertoire : signesetbalises.fr


mots-clés : #autobiographie #initiatique #lieu #regimeautoritaire
par animal
le Dim 15 Jan 2017 - 16:10
 
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Sujet: Artur Klinau
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André de Richaud

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 6 Richau10

LA FONTAINE DES LUNATIQUES

"Trois hommes, trois générations vivent dans une grande maison à l'écart du village.
Hugues, le fils de 18 ans, est d' une grande beauté. Le père, fou de musique, arpente le salon en composant des sons et occupe ses nuits à jouer du piano.

Assigné dans sa chambre, le grand père paralysé et mutique n'en finit pas de mourir.
Ce huis-clos est oppressant, mais somme toute harmonieux.

C'est la mort du grand père qui brise cet ordre étrange.
De vieilles blessures mentale se rouvrent chez le fils et la musique file d'entre les mains du père."

Tel nous est présenté ce livre sous le signe du bizarre, de la solitude et de la folie.
On est frappé qu'un homme aussi jeune (22 ans) en sache autant et d'emblée  sur la vie, la passion, la présence de la mort, la folie et le passage du temps.
Qu'il nous décrive la nature avec une telle luxuriance et les hommes avec une telle clairvoyance.
Son style a une grâce si légère et si nouvelle qu'il traverse le temps sans s'altérer.

Message récupéré


mots-clés : #fantastique #initiatique
par bix_229
le Dim 15 Jan 2017 - 12:07
 
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Sujet: André de Richaud
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Ali Zamir

Anguille sous roche

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 6 Alizam11

Ce roman me laisse un peu perplexe.

J'ai le sentiment de n'être jamais vraiment rentrée dedans et que cette longue phrase déroulée sur plus de 300 pages n'a pour seul intérêt que l'origine comorienne de son auteur et donc l'originalité de sa langue. Mais ce n'est pas absolument suffisant pour faire de ce livre un roman incontournable.

J'ai eu beaucoup de mal à accrocher au départ parce qu'il faut bien reconnaître que le propos global d'Ali Zamir n'a pas beaucoup d'intérêt, n'est pas particulièrement inventif, ni alléchant : une jeune femme de dix-sept ans se noie et nous raconte sa courte vie. De jeune fille sans histoires, bonne écolière et bienveillante envers son père Connaît-Tout, Anguille (c'est son nom) qui a pour sœur jumelle (Crotale), excusez du peu, tombe amoureuse, perd les pédales, s'enflamme, découvre l'amour charnel, le vin blanc, le vin rouge et la fumées des gauloises. L'histoire ne va pas très bien finir, mais ça on s'en doutait un peu. En gros c'est une histoire assez banale que celle de cette jeune fille qui découvre, sans jamais en être heurtée, la duplicité des hommes, la fourberie des mâles et les mensonges des femmes.

Pas vraiment emballée donc par ce roman à double-face, sorte de Janus littéraire dont la banalité narrative est relevée par une langue mélangeant oralité et mots savants, exotisme comorien et cette lucidité d'une jeunesse déniaisée.


Première page :

Oh, la terre m'a vomie, la mer m'avale, les cieux m'espèrent, et maintenant que je reprends mes esprits, je ne vois rien, n'entends rien, ne sens rien, mais cela ne pèse pas un grain puisque je ne vaux rien, pourquoi me laisserais-je broyer du noir alors que tout va finir ici, "un mort confirmé ne doit point avoir peur de pourrir" nous disait mon père Connaît-Tout, celui qui avait la science infuse, et qui, bien qu'il m'avait donné le nom d'Anguille, ignorait que tout le monde vit dans sa propre anguillère, que chaque antre abonnit une anguille, chaque silence une surprise, mais que les surprises varient en fonction du degré du silence, j'ai dit "mon père Connaît-Tout" parce que j'en ai un autre encore, et qu'est-ce qu'on m'a dit moi, c'est un quidam qui erre dans la nature, cela ne doit pas étonner qui que ce soit, s'il y a des gens qui ont un seul père, il y en a qui en ont plus que deux, moi j'en ai deux pour l'instant, et ça c'est une autre histoire,




mots-clés : #initiatique
par shanidar
le Mer 11 Jan 2017 - 8:54
 
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Sujet: Ali Zamir
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Zeina Abirached

je me souviens

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 6 Index117

A la façon de Georges Perec, Zeina Abirached se souvient des faits de son enfance, anodins ou tragiques, qui ont laissé une trace dans sa mémoire. Cela  va de la forme des paquets de Kit-Kat,  au bruit des cassettes qu'on secoue, en passant par la fuite en bateau à Chypre et la collection d'éclats d'obus de son petit frère.
On retrouve le graphisme unique, les mêmes personnages, les parents,  les habitants de l'immeuble, et beaucoup d'autres seconds  rôles pittoresques… On retrouve même la tenture  du vestibule. On est peut-être plus sur le versant  nostalgique que sur celui de l'humour par rapport à Le jeu des hirondelles, mais il y a toujours ce regard personnel, cette tendresse, cette attention aux petites choses sur fond de drame. Et l'image au service de l'idée.

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 6 Index515     Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 6 Index226

(commentaire récupéré)


mots-clés : #bd #biographie #initiatique
par topocl
le Dim 8 Jan 2017 - 17:11
 
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Sujet: Zeina Abirached
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Boualem Sansal

Rue Darwin

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 6 Image211

Boualem Sansal nous offre un beau roman, largement autobiographique, nourri de sa relation à l'Algérie, de son amour et de sa rage.

Sorti de la douceur de l'enfance au décès de son père, Yazid est récupéré par sa grand-mère, une richissime maquerelle aux décisions totalitaires, poussant à la va-comme-je-te-pousse au milieu d'un groupe d'enfants miraculés, « échecs » des avortements des prostituées qui travaillent à son service. C'est une bande de joyeux gamins qui se serrent les coudes, espionnent les adultes, partagent des secrets, créant ainsi des liens que la distance et les années ne suffiront pas à distendre. Puis Yazid fait le choix de retourner chez sa mère, dans un quartier pauvre d'Alger, et voit son paysage peu à peu envahi par une grande fratrie. Tous ces enfants font à l'âge adulte le choix de l'exil, alors qu'il reste aux côtés de sa mère sont, sans savoir jamais vraiment trouver ses marques, écartelé entre ses deux mondes. C’est au décès de la mère qu'il parvient à démêler les secrets de son enfance. L’histoire personnelle de Yazid se déroule sur fond de l'histoire contemporaine de ce pays, ses violences et ses drames.

Une très belle écriture porte ce roman tout de nostalgie et de colère, cette histoire mythique aux personnages improbables (quoique Sansal nous dise que la plupart ont bien existé). Une écriture parfois presque trop travaillée, noyant par moments le lecteur sous une accumulation censée traduire le grouillement et la violence.
Dans ce petit monde d'enfants malins espionnant une maquerelle irascible, on pense par moments à Garcia Marquez, mais il manque  un petit quelque chose pour que l'alliance du « réalisme » et du « magique » nous porte dans un pur bonheur. Excellente lecture cependant, il ne manque qu'un petit vent de folie.

(commentaire récupéré)



mots-clés : #initiatique
par topocl
le Jeu 5 Jan 2017 - 14:17
 
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Sujet: Boualem Sansal
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Hermann Hesse

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Le Jeu des Perles de Verre

Sous forme d’essai biographique, c’est un récit d’anticipation qui débute par une savoureuse description critique de l’époque des "articles de variétés", c'est-à-dire, le manuscrit ayant été rédigé du début des années 30 à 1942, de l’entre-deux guerres et de ce qu’il imaginait de la nôtre :

« De temps à autre on se plaisait particulièrement à interroger des personnalités connues sur des questions à l’ordre du jour ; Coldebique consacre un chapitre spécial à ces entretiens, au cours desquels on faisait, par exemple, exprimer à des chimistes réputés ou à des pianistes virtuoses leur opinion sur la politique, tandis que des acteurs en vogue, des danseurs, des gymnastes, des aviateurs ou même des poètes devaient dire ce qu’ils pensaient des avantages et des inconvénients du célibat, leur sentiment sur les causes présumées des crises financières, etc. La seule chose qui importât, c’était d’associer un nom connu à un sujet qui se trouvait être d’actualité. »
« Ils vivaient au contraire une vie d’angoisses, au milieu de la fermentation des séismes de la politique, de l’économie et de la morale ; ils ont fait force guerres atroces et force guerres civiles ; leurs petits jeux culturels n’étaient pas tout bonnement un enfantillage gracieux et dépourvu de sens, ils répondaient à un besoin profond de fermer les yeux, de se dérober aux problèmes non résolus et à un pressentiment angoissant de décadence, pour fuir dans un monde irréel, aussi inoffensif que possible. »
« Le Jeu des Perles de Verre » (pp. 72-73)


Puis viennent La vocation, Celle-les-Bois, et Les années d’études, qui nous retracent la formation du héros, Joseph Valet, dans la goethéenne (et lourdement élitiste, engoncée dans le rituel, sous l’égide des Maîtres à penser) « province pédagogique » à Castalie : écoles à l’écart du siècle, qui mènent à L’Ordre (surtout musique et méditation).

« …] ce non-sens gros de sens d’une course en rond de l’élève et du Maître, cette cour faite par la sagesse à la jeunesse, par la jeunesse à la sagesse [… »
« Magister Ludi » (p. 306)


Amitiés, avec des condisciples comme Tegularius (très doué et indiscipliné ‒ inadapté ; identifiable à Nietzsche), et avec le bienveillant Maître de la Musique, en voie de transfiguration sereine. Etude de la langue chinoise, et références au confucianisme (servir le groupe avec humilité est une charge, un lien antagoniste avec l’arrivisme ou ses autres désirs et impulsions personnels). Bref séjour chez le Frère Aîné dans le Bois des Bambous : Yi‒King (le Livre des Métamorphoses, ou traité des mutations) et tirage d’oracles, Tchéuang-Tsi (ou Tschuang Tsé ; il doit s’agir de Tchouang-Tseu).
Toujours dans la défiance vis-à-vis du pouvoir en général et le doute sur le sens final (de l’esthétique en particulier), qui apparaissent en filigrane tout au long de ce bildungsroman, l’élève cherche la voie de l’éveil, hésitant entre action et contemplation, prenant conscience de sa prédisposition et/ou destinée de chef.

Les deux ordres, puis La mission : Joseph Valet est envoyé en représentation dans le monastère bénédictin de Mariafels (soit Rome, le premier ordre puisque religieux, et garant de la civilisation beaucoup plus ancien et expérimenté). Après deux ans de présence, sa mission de diplomate se précise, en vue d’un rapprochement des deux ordres. Il traite amicalement avec le père Jacobus, vieil érudit et remarquable politique, qui lui apprend l’histoire (dont la notion à Castalie est déconnectée de la réalité).

Magister Ludi, puis En fonctions : il devient le nouveau Maître du Jeu ‒ administrateur, défendeur, représentant de Castalie au Vicus lusorum ‒, l’instrument pour dompter la « classe supérieure » que l’ambition obnubile, lui enseigner et l’éduquer, bien qu’ayant tendance à s’occuper des plus jeunes.

Les deux pôles : alors qu’il s’est docilement soumis aux obligations et devoirs de sa charge, il continue son évolution en assumant sa dualité, partagé entre dévotion à la perfection et conscience de la faillibilité de cette Province hiératique, trop distante du (reste du) monde (ce qu’on pourrait appeler « le temps », puisqu’il a pleine conscience de sa précarité).

Une conversation : son ami et rival Plinio Designori, qui fut au temps de leurs études l’enthousiaste avocat du pays extérieur, (celui auquel il appartient, n’étant qu’un auditeur provisoire à Castalie, dont Valet était promu le représentant), revient souffrant et désenchanté par la vulgarité du siècle, entièrement voué au lucre, et juge puérile, artificielle, stérile, châtrée, lâche et parasite, la sérénité de l’Ordre.

Préparatifs : calcul ou naïveté, Valet réintègre le maussade Plinio à Castalie traditionnaliste et conformiste, dont il se prépare à s’évader vers le monde sans sens ni valeur, pour y devenir le précepteur de Tito, fils de Plinio.

La circulaire : Valet expose ses motivations au Directoire : dénonçant la suffisance inconséquente d’un Ordre qui, né des efforts des intellectuels ayant survécu à l’ère de violence des guerres mondiales, est apparu et disparaitra dans l’histoire, il annonce son déclin dans une époque critique.

« L’histoire sociale a toujours pour ressort de l’essai de constituer une aristocratie. […] Le pouvoir, qu’il soit monarchique ou anonyme, s’est toujours montré disposé à favoriser une noblesse naissante par sa protection et par des privilèges, qu’il s’agisse d’une noblesse politique ou d’une autre nature, d’une noblesse de la naissance ou de la sélection et de l’éducation. »
« La circulaire » (p. 457)


Son message (celui de l’auteur) est de sacrifier le Jeu pour perpétuer l’enseignement de la valeur fondamentale, la recherche sans concession de la vérité et la sauvegarde de l’esprit ; il demande en conséquence de devenir maître d’école dans le monde extérieur (et obtient une fin de non-recevoir).

« …] notre fonction première et essentielle, celle qui qui nous rend nécessaires au peuple et fait qu’il nous entretient, consiste à garder pures les sources du savoir. […]
Quand, dans les conflits des intérêts et des mots d’ordre, la vérité est en danger d’être dévaluée, défigurée et violentée comme l’individu, la langue, les arts, comme toute création organique et le fruit de toute haute culture, alors notre unique devoir est de résister et de sauver la vérité, je veux dire sa recherche, comme article suprême de notre foi. »
« La circulaire » (pp. 470-471)


La légende : Valet va essayer d’expliquer sa montée d’un degré d’éveil, chemin qu’il accepte docilement, au Président qui y voit une nouveauté effrayante dans l’Ordre. Dans sa faim de se frotter à la réalité dans l’action, il rejoint son nouvel élève, et se noie.

Ecrits posthumes de Joseph Valet : Les poèmes de l’écolier et de l’étudiant, puis Les trois biographies :

Le faiseur de pluie : il y a bien longtemps, au temps du matriarcat, Valet devient l’apprenti du faiseur de pluie, qui lui transmet son expérience : quand la peur des dangers du monde devient respect et spiritualité. Lui-même, simple chaînon, forme un élève pour servir, et se donne en holocauste pour conjurer une malédiction.

Le confesseur : Josephus Famulus est un ermite au désert qui se découvre le don d’écoute, doux et ne jugeant jamais ; las de cette mission, il déserte, et se confesse à Dion Pugil, un autre pénitent, terrible confesseur qui le ramène à sa vocation et en fait son successeur, lui avouant que lui aussi, doutant de sa propre utilité, avait fui pour aller se confesser… à Josephus.

Biographie indienne : Dasa, tout jeune prince écarté de la succession de son père par sa marâtre, est devenu berger et rencontre un saint yoghin dans la forêt ; il devient paysan par amour, jusqu’à ce que son usurpateur lui prenne sa femme, et qu’il le tue ; il erre jusqu’à retrouver l’ermite et se mettre à son service ; comme le souvenir de sa femme le tourmente toujours, il retourne dans la maya, retrouve son trône, son épouse qui lui donne un fils, jouit des jardins et des livres, mais aussi des soucis et de la fatalité de la guerre, de la perte ; il n’a fait que rêver son cycle de vie dans la roue impitoyable, et se rend au service du yoghin.



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par Tristram
le Lun 2 Jan 2017 - 19:26
 
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Sujet: Hermann Hesse
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