Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Dim 8 Déc - 14:18

159 résultats trouvés pour initiatique

J. D. Salinger

L'attrape coeur

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 3 Tryrtd10

Alors soit j'étais passé à côté de cet ouvrage soit je ne me souviens pas de la première lecture.
Considéré comme un classique de l'adolescence, du passage de l'insouciance à la réalité de l'adulte en devenir, j'y ai davantage vu l'histoire d'un garçon tourmenté par le deuil, atteint d'une mélancolie ontologique et d'un intellect en constant décalage faisant de lui un être marginal. Un récit poignant ne laissant pas de place à un relativisme de la souffrance ni à la volonté de passer outre. Le contenu n'a pas pris une ride, et le propos développé est plus actuel que jamais.
Le style est classique, l'argot date un peu mais cela rend l'histoire plus sympathique, transmettant une sorte de désuétude qui rassure un peu. C'est le livre de la vie d'un adolescent mais c'est aussi l'oeuvre d'une vie de son auteur qui ne se remît jamais vraiment de l'avoir publié.
Une belle histoire mais je ne sais s'il mérite le statut qu'il possède, la force réside dans la construction du personnage mais est ce suffisant. Intéressant mais je ne le qualifie pas d'incontournable.

mots-clés : #initiatique #jeunesse
par Hanta
le Sam 11 Aoû - 20:05
 
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Sujet: J. D. Salinger
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Sylvie Germain

A la table des hommes

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 3 S_germ10

Son obscure naissance au coeur d'une forêt en pleine guerre civile a fait de lui un enfant sauvage qui ne connaît rien des conduites humaines. S'il découvre peu à peu leur complexité, à commencer par celle du langage, il garde toujours en lui un lien intime et pénétrant avec la nature et l'espèce animale, dont une corneille qui l'accompagne depuis l'origine. A la table des hommes tient autant du fabuleux que du réalisme le plus contemporain. Comme Magnus, c'est un roman hanté par la violence prédatrice des hommes, et illuminé par la présence bienveillante d'un être qui échappe à toute assignation, et de ce fait à toute soumission.

Quatrième de couverture


Ma première lecture de Sylvie Germain a été Magnus que j'avais adoré et qui m'avait beaucoup émue.
Depuis, mes lectures de cet écrivain ont toujours été des "cadeaux": des lectures perturbantes, déstabilisantes mais dont je suis ressortie pleine de questions et d'envie de découvertes et surtout avec le désir de revenir vers cette narratrice...


Ce roman ne fait pas exception : je le place en parallèle de Magnus car il dénonce la folie des hommes et leur énergie destructrice.
C'est un conte, plein de rêves, et aussi plein de cruauté,  que vous n'arriverez pas à ancrer dans une période de l'Histoire, car il rappelle le passé comme le présent ...et sans doute décrit-il l'avenir.

La relation de l'homme à l'animal y est fortement évoquée et j'ai beaucoup aimé ces passages...Les corbeaux vénérés par les indiens le sont aussi par Sylvie Germain qui en fait le protecteur du personnage principal du livre - BAbel - et ce n'est pas si souvent que ces noirs oiseaux ont une place respectée.
L'acceptation des cultures différentes, des coutumes propres à chaque ethnie, jusqu'à la langue et l'usage des mots est au coeur de ce récit.

On ressort de ce livre, curieux des autres et de leurs richesses si on ne l'était pas avant. L'exclusion est une absurdité.



A lire ...


mots-clés : #contemporain #contemythe #guerre #initiatique
par kashmir
le Jeu 9 Aoû - 18:26
 
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Sujet: Sylvie Germain
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Claire Messud

La fille qui brûle

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 3 518vwm10

C'est l'histoire du passage à l'adolescence entre deux amies de la toute petite enfance, celle qui  raconte, et s'en sort pas mal, et l'autre moins bien dotée au départ, qui s'éloigne, s'enfonce dans des comportements que plus personne ne comprend, entraînant un rejet qui ne fait qu'aggraver sa détresse.

C'est très finement observé, cette fragilité d'une période où se révèlent les carences de l'enfance jusque-là masquées, où explosent les questionnements, et tout est si difficile si on ne trouve pas les bonnes alliances.

Le récit est tout en nuance, en bonnes trouvailles, c'est parfaitement maîtrisé, presque trop, les sentiments sont pour ainsi dire remplacés par cette acuité. C'est une bonne lecture, d'un roman bien structuré, qui  remue des périodes de trouble que nous avons vécues, mais où, peut-être, justement, il manque un certain trouble.

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 3 Sanato10



mots-clés : #amitié #conditionfeminine #enfance #identite #initiatique #psychologique #relationenfantparent #solitude
par topocl
le Mer 8 Aoû - 9:27
 
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Sujet: Claire Messud
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Richard Jorif

Le Navire Argo

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 3 Le_nav10

Frédéric Mops, une sorte d’enfant sauvage, découvre Paris, les femmes et les livres, les mots : Rousseau, Littré (tenir ce dictionnaire à portée de main est un must). C’est notamment un prétexte à savourer les archaïsmes de la langue avec une dilection un peu artificielle, mais originale : c’est « rafraîchissant » dans son étrangeté, fort travaillé, mais un peu emprunté, et l’auteur y transparaît peut-être un peu trop ?
« Tu n’es pas de ceux qui parlent, tu es de ceux qui écrivent. »

Pour celles et ceux que le sujet intéressait, voir https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00735659
Aussi occasion de s’auto-citer :
« Pourquoi faut-il qu’on se souvienne
au fil des fleuves sans aveu ? »

Ayant commis son Tombeau de Littré, traqué la vie privée et les avis personnels du lexicologue dans les exemples et les citations illustrant ses définitions, Frédéric jette ses propres commentaires dans son « debribus » (joli néologisme, pour une fois). Frédéric (et Richard) témoignent également des évènements du printemps 68, de la destruction des halles et de l’édification du centre Beaubourg :
« Il s'en fallait que l'entreprise de subversion du lutin frondeur [Daniel Cohn-Bendit] recueillît l’adhésion du grand public. Toutes ces furieuses embrassades avec les policiers n’avaient d’autre fin que d’évincer les citoyens des problèmes brûlants. Tandis que de prétendus étudiants s’amusaient à la moutarde, l’équipe de France de tennis se faisait piétiner par les Anglais, et le boxeur Jean Josselin volait en éclats sous les coups d’un Italien sûr de lui, et dominateur. Que pesaient quelques échauffourées au prix de ces désillusions ? »

J’ai souvent pensé à Queneau en lisant ce roman un peu foutraque ‒ aussi à Vian. On reconnaît évidemment l'influence de Rabelais dans les listes et les descriptions d’empoignades soixante-huitardes.
« ‒ […] Le public n’est plus habitué aux excès de vocabulaire.
‒ Je sais. Il lui faut du "naturel", de la sobriété, sujet, verbe, complément, bref un style de circulaire, quelques adverbes en -ment, quelques expressions figées, et une grande liberté de ton : "Il s’éveilla frais et dispos et, sans un mot, encula Marie-Véronique." »

« ‒ Notre mémoire nous surprend comme une voleuse. Et il me déplaît d’être surpris par mes souvenirs, par toutes ces choses d’une vie engloutie qu’un rien ramène à la surface. On dirait que la mémoire profite de nos moments d’inattention, ou pis encore, de notre agonie, pour nous renvoyer à ce qui n’est plus nous, au machinal de la vie… »

« ‒ […] Mais que faites-vous de ce vocabulaire ?
‒ Je le disperse. »

« Je vous vois sans désir si l’on excepte votre goût des mots, qui est une passion morte. »

La fin de l'ouvrage renvoie au second volume de la trilogie : je vais donc lire Le burelain, et vous en rendre compte.

mots-clés : #humour #initiatique
par Tristram
le Mer 25 Juil - 20:52
 
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Sujet: Richard Jorif
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Arthur Schnitzler

Vienne au crépuscule

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 3 Proxy_21

Nous sommes dans les salons viennois de la fin du XIXème siècle, les salons où l'on cause, où l'on brille. Toute cette superficialité pare "agréablement" l'écrasante victoire d'une caste arrogante (je m'y suis beaucoup perdue, dans les 150 premières pages, impossible de savoir qui est qui dans cet entrecroisement mondain d'Ehrenberg, de Nurnberger, d'Oberger).

Les juifs, sourire crispé ou rictus effrayé, aveugles ou clairvoyants, mais humiliés toujours, croient encore (pour certains) pouvoir échapper à leur sort par l'assimilation ou le sionisme. Les femmes papillonnent, les jeunes filles attendent le mari, les jeunes hommes, libérés des soucis matériels, écrivent ou composent, voyagent (ah ! Le voyage en Italie !), prennent les femmes comme d'aimables êtres jetables : les utilisent, les échanges, les négligent, les abandonnent…

Bien des façons de se livrer à ce petit jeu : avec la distinction forcenée du jeune Georges von Wergenthin , Monsieur le Baron, avec l'ironie mordante et désespérée  de Nurnberger, avec le désespoir défaitiste et égocentré de Bermann. Tous se cachent derrière leur bons mots, leur haute opinion d'eux-mêmes, leurs hautes aspirations. Quel égoïsme, quelle autosatisfaction (mon dieu, que la vie leur est compliquée!). Ce sont d'infâmes mâles imbus d'eux-mêmes, persuadés de leur bon droit et de leur raffinement.

C'est assez bavard et souvent ennuyeux, et ma lecture fut laborieuse, mais il y aussi de bons moments, et peu à peu s'est dévoilée une réflexion sur la destinée au sein de cette  société infatuée qu'on voudrait agonisante.  Le décorticage méticuleux  de la nature humaine et notamment masculine finit par déclencher un certain dégoût. Ces homme sont des porcs croisés de paons : parés,  artistes et intellectuels, c'est à dire soi-disant pensants et pleins de sensibilité, ils  se délectent dans une perpétuelle introspection déculpabilisante, qu'ils croient raffinée, mais qui est  en fait bornée, condescendante  et  auto-satisfaite.


Mots-clés : #antisémitisme #conditionfeminine #culpabilité #historique #initiatique #lieu #psychologique #xixesiecle
par topocl
le Sam 30 Juin - 16:30
 
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Sujet: Arthur Schnitzler
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Hugo von Hofmannsthal

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 3 Andrea10

Andréas

Andréas s'ennuie dans sa ville de Vienne en Autriche. Il a 21 ans et souhaite d'autres horizons. Il parvient à convaincre sa famille et part pour Venise.
Mais quand, le 17 septembre 1778, un batelier le dépose dans un no man's land proche de Venise, il se sent plutôt inquiet.
Naif comme il l'est est, il est abordé par un étranger qui lui offre ses services.
Il s'aperçoit rapidement qu'il s'est fait alpaguer par un escroc doublé d'un manipulateur. Un ignoble que va le désservir auprès de ses hôtes de passage, empoisonnant
ses actes et relations. Sans que Andréas ose le frapper ou se débarasser de lui.
Comme s'il avait avait affaire au symbole absolu du mal.

Malgré tous ses déboires, Andréas se refuse à retourner chez ses parents.
Le récit s'arrête inachevé, mais Hofmannsthal donne cette indication :

"Andréas, résultat de son séjour à Venise : il sent avec effroi qu'il lui est impossible de revenir à  l'existence viennoise étroitement limitée, dont il s'est échappé. Mais l'état qu'il a atteint l'angoisse plus qu'il ne le réjouit ; c'est un état lui semble t-il, où rien ne le conditionne, rien ne lui est fardeau, mais aussi rien ne lui est présent."

Ainsi est Andréas, semblable à d' autres personnages d' Hofmannsthal, personnage cyclothymique, passant très vite de l'exaltation et de l'émerveillement à l'angoisse et au désespoir. Des extrêmes qui se touchent sans s'accorder.[/color][/color]
Le hasard les porte, ces personnages, qui donne tout et le reprend aussi sec.
Ils se laissent porter par les évènements ou ce qu'ils en perçoivent.
En fait ils ne sont rien par eux-mêmes.

Je le disais précédemment, il est très difficile de parler d'Hofmannsthal lui-même. Non parce qu'il offrirait des difficultés de lecture, mais parce qu'il est issu d'un contexte qui échappe au lecteur français.Celui du romantisme allemand qui est mal connu et mal compris trop souvent.



mots-clés : #initiatique #lieu
par bix_229
le Sam 23 Juin - 17:53
 
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Sujet: Hugo von Hofmannsthal
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Sebastian Barry

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 3 Produc10

Des jours sans fin

Sebastian Barry suit la trace de Thomas McNulty, jeune adolescent irlandais parcourant une Amérique à la fois démesurée, fascinante et destructrice. Son amitié amoureuse avec son compagnon d'aventures John Cole offre une stabilité affective et les rencontres effectuées sur leur chemin, reflets d'une fragilité du roman, semble esquisser la perspective d'un apaisement.

La beauté du roman se révèle à travers ce contraste permanent entre une dimension humaniste épurée et la violence sourde, terrifiante d'une histoire en marche. Des guerres indiennes lors de l'avancée vers l'Ouest à la guerre de Sécession, la vie apparait nouée à un traumatisme existentiel invisible et pourtant omniprésent. Mais même la brutalité dévastatrice des combats ne peut effacer les promesses d'un avenir éclatant, qui se révèle dans l'écriture par une expression lyrique et passionnée, et une attention omniprésente à l'autre, jusque dans ses souffrances et ses blessures.


mots-clés : #aventure #historique #initiatique #violence
par Avadoro
le Jeu 21 Juin - 10:35
 
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Sujet: Sebastian Barry
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Paolo Cognetti

Merci pour le fil, tom léo !  cheers


J'avais lu Le Garçon sauvage, alors je remets,ici, le commentaire que j'en avais fait.

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 3 P_cogn10


Le Garçon sauvage commence sur un hiver particulier : Paolo Cognetti, 30 ans, étouffe dans sa vie milanaise et ne parvient plus à écrire. Pour retrouver de l'air, il part vivre un été dans le Val d'Aoste. Là, il parcourt les sommets, suspendu entre l'enfance et l'âge adulte, renouant avec la liberté et l'inspiration. Il plonge au cœur de la vie sauvage qui peuple encore la montagne, découvre l'isolement des sommets, avant d'entamer sa désalpe, réconcilié avec l'existence. Néanmoins, ce séjour initiatique ne parvient pas à l'affranchir totalement du genre humain : " je pourrais me libérer de tout, sauf de la solitude. "

Quatrième de couverture



J'ai mis très longtemps pour venir poser ma critique,ici, car je sais que mes mots seront fades devant tout ce que m'a donné ce livre...
En ouvrant les premières pages, j'a découvert que ce livre était dédié à Chris McCandless "Alex" et je me suis dit qu'il allait forcément m'emporter...Il m'a aussi fait désirer d'autres lectures car la place des livres est au début du récit,très présente.
J'ai donc fait un voyage,une retraite; j'ai quitté le bourdonnement de la vie pour m'installer au coeur de la montagne, en pleine nature.
Et j'ai vécu le quotidien du narrateur dans sa quête de solitude....
Je n'en dirai pas plus car je pense que c'est un livre que chacun doit rencontrer à sa manière : je suis certaine de le relire, de le laisser à portée de main pour venir y "piocher" un chapitre, un peu comme on lirait une nouvelle car il peut aussi se découvrir comme ce genre de recueil.


mots-clés : #initiatique #nature #solitude
par kashmir
le Mar 19 Juin - 21:31
 
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Sujet: Paolo Cognetti
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Alessandro Baricco

Emmaus

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 3 Cvt_em10



Originale:    (Italienisch, 2009 )

CONTENU :
La belle Andre fait irruption dans la vie de quatre amis et la change à jamais. Dans le Turin des années 70 grandissent Bobby, Luca, Santo et la narrateur (qui reste sans nom) dans une atmosphère petite-bourgeoise et marqué par la morale stricte d’un catholicisme étroit. On se tient éloigné des femmes, jusqu’à l’apparition de la seduisante Andre, faisant étalage d’une certaine richesse et liberté. L’un après l’autre sera dan le ban de cette femme et la morale, la réligion perdra à l’instant même sa signification...

REMARQUES :
Ces quatre jeunes protagonistes ont entre 16 et 18 ans. Ils jouent ensemble de la musique, s’engagent par des visites dans l’hôpital et ont connu tous une éducation étroite. Dans la description du milieu dans le Nord d’Italie l’auteur joue avec toutes clichés existantes qui marquent si souvent toute idée autour d’une socialisation comme croyant : l’atmosphère est marqué par une culpabilité en tout ce qui concerne la corporalité, c’est-à-dire aussi : la sexualité. Quelles maladresses face à l’autre sexe ! Ils sont coincés, c’est sûr. Il y a certes des grands impératifs moraux, mais cela se revèle sans motivation plus profonde. Même un engagement en si beau auprès de malades est un devoir pur sans aucune motivation plus profonde. Ainsi ils seront sans défense (pour ainsi dire) quand ils rencontreront leurs propres « démons », déjà sous-jacentes, mais se révelant à la rencontre avec la belle Andre. Elle mettra tout en question, met tout sens dessus-dessous. Et à la fin ? Des débris sans fin. Et on soupçonne aussi que cette Andre si « liberé » est une autre forme de complexe, de pauvreté, voir de désespoir.

Le melange entre distance et proximité du narrateur face à la situation me semble pas authentique. D’un coté il analyse et cela fait preuve d’une distance néccessaire. Mais de l’autre il vivait, il vit dans ce monde qu’il décrit.

J’ajoute qu’à mon avis je vois des liens bien vus entre des représentations rigides de la morale et une foi non-assimilée et intériorisée, entre une forme de sécurité et l’état d’être sans ressources, voir l’effondrement d’un monde. Néanmoins le lecteur averti, et le croyant ou l’homme attentif, devra faire attention de ne pas reduire la foi sur une morale, une moralisation ainsi qu’une instrumentalisation éthique. Ceci n’est pas de tout assez pour embrasser une vision plus complète du mystère de la foi. Car il serait vraiment reducteur de voir dans ces jeunes coincés la belle réprésentation de ce qui est la foi vécue.

Sinon, une bonne lecture pour se poser quelques questions...


mots-clés : #initiatique
par tom léo
le Dim 17 Juin - 16:45
 
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Sujet: Alessandro Baricco
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Hermann Hesse

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 3 97827010

Narcisse et Goldmund

Il a fallu qu'on m'offre ce livre pour que je relise Hesse. Hesse ce sont des vieux souvenirs très vagues d'adolescence, lorsque l'on me conseillait pieusement Siddhartha, que je le lisais avec l'impression de boire un café trop allongé. Un devoir, une concession utile , passage obligé donc, mais je ne trouvai à l'époque, en cette forme d'écriture et de romantisme spirituel aucune nourriture. J'étais trop terrienne, trop sensuelle, trop pragmatique pour y trouver mon compte. Trop "Goldmund".
Je n'ai jamais depuis eue envie d'y replonger.

Pour autant je découvre donc aujourd'hui, avec plus d'ouverture et d'écoute la sensibilité de Hesse
Son style  coule, il est assez limpide, aussi je comprends mieux en quoi ma voracité de jeune fille n'y trouvait pas son compte : je lisais vite et la tonalité symbolique et conceptuelle manquait alors de poids pour mon âme pressée. Evidemment j'y trouve plus de subtilité que je ne croyais, aujourd'hui, plus attachée que je suis à lire chaque phrase avant que de la dépasser en galopant. Je méprise moins, aussi les "grandes idées" qui sont évidemment tout le squelette du roman.

Narcisse est un futur moine, il est passionné et brillant mais destiné à devenir moine sans aucun doute : une vie de retraite lui convient d'autant plus qu'il a l'esprit tourné à analyser et conceptualiser les grands mouvements de l'existence. C'est donc l'épure incarnée.
Lorsque Goldmund, très jeune homme, est accueilli dans le monastère pour y recevoir un enseignement de bon aloi, sa passion le porte naturellement à jouer le jeu à fond : il espère s'engager dans les ordres un jour, même si ses années d'apprentissage ne l'y obligent nullement. C'est encore sa passion innée qui lui fait trouver en Narcisse un guide et un ami, veritable booster emulatif pour lui.
Goldmund marche à l'humain, Narcisse au spirituel. En gros.

Le roman, délicatement, déroule la construction de leur rapport, de leur amitié, puis doucement accompagne le départ de Goldmund dans le Siècle. Le monastère et le souvenir vivace de Narcisse , tels un phare et une oxymore du présent, guident Goldmund dans son éloignement radical de ses premiers enseignements religieux .
Il s'abandonne aux corps à corps sensuels et l'auteur cisèle tout un beau chant à la féminité, au désir, et à la communion des corps.

Puis Goldmund rencontre l'opportunité d'apprendre un métier, sculpteur sur bois, alors qu'il est pourtant dans une totale auto suffisance de vagabond. C'est à partir de là que sa mémoire de la personnalité de Narcisse l'aide à construire du sens à son présent : toute la spiritualité que ce dernier incarne donne écho aux chocs esthétiques et sensuels que Goldmund tente de traduire en statues.
C'est le trait du roman qui m'a sans doute le plus plu, du point de vue de la mise en abyme d'une idée : j'aime qu'on brode sur le faire, sur les choix qui mènent du projet artistique à sa réalisation.

Hesse est de milieu protestant, à l'origine,
et pourtant le catholicisme tisse ses symboles tout du long, pour y introduire un regard que je dirais païen, à son imaginaire.
Catholique, car la représentation de Marie y est tout du long déclinée; Goldmund, en homme sensuel et affectif, est infiniment arrêté par cette figure de mère, mais aussi par les figures de femmes de la Bible.
C'est marrant que Hesse y donne , du coup, une si belle part.
Hesse a dialogué avec Jung, lis-je dans quelques notices biographiques, et en effet il amène à ces dialectiques tout un réseau de sens que de nos jours nous maitrisons facilement, la mère, la mort, la vie etc
Je ne développe pas ces apsects, ce qu'on trouve sur le net l'explicite assez comme ça , par ailleurs.

C'est un joli roman.
Très doux et très triste, il a l'air, aussi de vouloir incarner l'idée de fuite en avant qu'est une existence sans Foi. Goldmund a une Foi, certes, mais son identité est pétrie de sensualité, et de passion. Aussi le dernier tiers du roman est très dur car il dresse le bilan de ces deux destins, y introduit des Fois justement, mais n'élude aucunement un grand sentiment de vide et de vaine course, même si l'Art est proposé comme panacée et illumination.

J'ai aussi trouvé remarquable l'évocation de la grande peste. En fait Hesse tisse beaucoup d'idée mais il trouve mon coeur par le talent qu'il a à peindre plutôt le sensitif.

Je retiens un très joli tableau sous la lune, du premier partage sensuel de Goldmund avec une jeune fille, un très beau passage .Pour vous donner un extrait. C'est bien parce qu'il ne déflore pas les tonalités du dernier tiers, qui elles , donnent tout son meilleur corps au roman.

"Que tu es belle !"
Elle sourit comme s'il lui faisait un don, il la dressa à demi, il écarta doucement de son cou les vêtements, l'aida à s'en dégager, la pelant ainsi jusqu'à ce que les épaules et le buste, dans leur nudité, resplendissent sous la lumière froide de la lune. Des yeux et des lèvres, il suivait dans son ravissement les ombres délicates, les contemplant, les baisant; comme sous un charme elle restait sans mouvement, les yeux baissés, dans une attitude pleine de majesté, comme si, pour la première fois à cet instant, sa beauté se découvrait et se révélait aussi à elle-même.


mots-clés : #amitié #initiatique #solitude
par Nadine
le Lun 9 Avr - 10:03
 
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Sujet: Hermann Hesse
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Aslı Erdoğan

L'homme coquillage

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 3 Cvt_lh10

L'héroïne-narratrice ressemble à Asli Erdogan :une très belle femme très sombre, révoltée, farouche. Physicienne de haut niveau égarée dans le monde des physiciens, ces scientifiques mâles et blancs qui ne peuvent être qu'insensibles à la beauté, à l'art et  à la joie,  axés sur le seul exercice de leur profession quand elle s'essaie à l'écriture.

Ils participent à une quinzaine de travail aux Caraïbes, où elle va faire diverses rencontres avec des autochtones, rencontres se plaçant initialement sous l'emprise de la peur, cette peur qui la ronge en tout , mais aussi réaction typique de l'occidentale qu'elle est face à ce qui est étranger. Ils s’avèrent finalement bienveillants, notamment avec ce curieux Homme coquillage, un homme couvert de cicatrices(physiques et morale, on l'aura compris), d'un laideur repoussante, mais dont le passé tout aussi douloureux que celui de l'héroïne va lui permettre une compréhension intuitive. L'amour s'impose entre eux, quoique platonique, pendant les 4 jours qui leur sont accordés par l'emploi du temps du congrès. Cette rencontre, cette reconnaissance entre deux souffrances,  va permettre à la jeune femme de reprendre un certain pied dans la vie qui l'avait abandonnée jusque là.

C'est très pathétique, très exalté, la souffrance est déchirante, et la joie lumineuse. C'est aussi assez simpliste : les vilains hommes blancs scientifiques ne sont qu'un paquet de types sans intérêt et sans scrupules,  les Noirs miséreux n'ont pas été pervertis par la "civilisation" et l'éducation (même si un peu par la criminalité et la délinquance, mais passons). Et cet homme coquillage se voit prêter  une part de féminité (donc d'humanité) par cette dénomination "poétique". Il n’est guère étonnant qu'il s'agisse d'un premier roman, il y a un côté "adolescent" dans cette démarche, cette leçon de vie pleine d'autant de noirceur que de candeur.


mots-clés : #initiatique #solitude
par topocl
le Mer 28 Mar - 11:21
 
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Sujet: Aslı Erdoğan
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Anonyme : Les Aventures de Sindbad le Marin

Les Aventures de Sindbad le Marin

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 3 97828511

Traduction intégrale à partir des manuscrits originaux arabes par René R. Khawam

(Vers 835-840)

A-t-on vraiment lu Sindbad le Marin ? Si, pour des millions de lecteurs, le nom magique de Sindbad est inséparable de celui de Schéhérazade, c’est grâce à un subterfuge d’Antoine Galland, premier traducteur des Mille et Une Nuits au XVIIIe siècle. Car les aventures de l’intrépide marin, René R. Khawam nous le prouve, n’ont jamais fait partie des Nuits. Mieux, le texte qu’en donna Galland, et que la plupart des éditeurs ont repris après lui, n’est que l’’adaptation’, fort édulcorée, d’un roman composé à Bagdad dès le IXe siècle. Ce roman, René R. Khawam en donne ici la première traduction intégrale, établie à partir des manuscrits anciens. ’Louanges à Dieu, Le Seigneur des Mondes !’ dit le conteur quand il a fini de nous narrer les voyages de Sindbad le Marin. Et louanges à ceux qui nous permettent, ici, de les lire !

editionslibretto.fr


Point fort de la collection, l'introduction pour replacer les textes dans leur contexte et mettre le lecteur en conditions. Ici l'accent est mis sur tout ce qu'il peut y avoir de factuel derrière ces aventures : le commerce avec l'Inde, l'Afrique et la Chine ou le Japon, des appuis géographiques, des références à des événements historiques... celui qui se croyait parti pour de l'imaginaire pur et dur est bien servi !

Aussi parce que Sindbad le Marin narrant ses aventures à Sindbad le Portefaix ferait un bon cousin pour le Baron de Münchhausen avec ses sept voyages plus incroyables l'un que l'autre. Sept voyages pour sept festins du commerçant aventurier qui profite enfin d'un repos bien mérité.

Les récits sont des contes initiatiques qui mettent en avant plutôt que la ruse et la force, la chance et la confiance ainsi que l'entraide et la gratitude. C'est très étonnant et très rafraîchissant en plus de tout l'exotisme que le texte peut avoir pour nous. Plus que les circonstances dramatiques ou extraordinaires ou les débauches de richesses c'est pour moi le fait marquant de ces histoires. Il y a acharnement pour des jours meilleurs mais toute péripétie est acceptée ou accueillie avec la confiance dans le fait que ce ne sera qu'une étape (quoi qu'en dise le narrateur c'est l'impression qui se dégage). Et puis les cohabitations de cultures différentes, les échanges de présents, les bons moments ça ne se refuse pas.

Étonnante lecture légère étonnamment enrichissante !


Mots-clés : #contemythe #initiatique
par animal
le Mar 27 Mar - 21:40
 
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Sujet: Anonyme : Les Aventures de Sindbad le Marin
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Tchinguiz AITMATOV

Le premier maître

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 3 Gfhfg10

Ouvrage comprenant trois nouvelles je vais donc les commenter à part.

Mon petit peuplier :

Magnifique histoire de vie, la plus longue de l'ouvrage,  histoire d'amour et descente aux enfers mélancolique d'un homme. Un homme qui désirait tellement posséder le monde entier qu'il ne comprît pas qu'il possédait déjà son monde à lui.
L'histoire d'un chauffeur routier emprunt de son pays et de ses désirs d'ascension sociale, d'un homme ambitieux là où le coeur des hommes est à l'opposé du désert naturel. La spontanéité et la franchise des personnes m'ont surpris, peut être suis trop occidental ou est ce la nouvelle qui est ancienne je ne sais pas, toujours est il que ces personnalités directes et si brutes ont quelque chose parfois de poétique et parfois d'exubérant ce qui n'est pas déplaisant cela ajoute du corps au récit.
J'ai été vraiment emballé par cette nouvelle. Et très ému.

L'oeil du chameau

La nouvelle qui m'a le moins plu et pourtant j'ai beaucoup apprécié ce moment. L'histoire d'un jeune étudiant qui décide de travailler dans un kolkhoze loin de chez lui et qui va littéralement en baver. Quête existentielle et expérience initiatique dans un monde abrupte, peuplé de personnes abîmés, il demeure une joie en l'avenir très proche de l'idéal communiste promis à tant de gens qui en sont morts.
On sent poindre l'ironie et un petit message envers le stackhanovisme avec la mise ne opposition d'un romantisme individuel.
C'est touchant, cela me fit penser à certaines oeuvres dites de nature wrinting américaines.

Le premier maître

Récit magnifique, encore une fois, de et auteur que je ne connaissais pas. L'histoire d'un homme qui se servit des principes du soviétisme pour faire le bien à la hauteur de ses facultés, l'histoire d'une élève devenue une grande figure intellectuelle qui se remémore son mentor, l'amour pour celui-ci qui lui apprît à apprendre, à comprendre, la nostalgie et finalement une relation qui ne sera pas toujours positive. L'atmosphère est sensiblement la même d'un récit à un autre on y retrouve une exaltation des émotions, du souvenir, et une mélancolie quant à la place de chacun.


mots-clés : #amour #initiatique #nouvelle
par Hanta
le Mar 27 Fév - 11:01
 
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Sujet: Tchinguiz AITMATOV
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Kevin Canty

De l'autre côté des montagnes.

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 3 Cvt_de10

Le lycée fini, David a tourné le dos à sa ville natale, cité minière aux horizons pollués, aux habitants gangrenés, et pour seul paysage l'uniformité,  l'alcool (qu'est ce qu’ils boivent!...) et le sexe, éclipsant la réalité des sentiments.  Mais le destin va l'y ramener à travers un accident à la mine, 91 morts dont son frère. Le roman suit quelques personnages dont la vie va prendre une autre tournure suite à la catastrophe.

Le récit est mené de façon précise, sans sentimentalisme ni atermoiement, dans une analyse des faits assez ordinaire. Si l'auteur atteint une certaine intensité au moment de la catastrophe minière, il n'arrive pas vraiment à s'extraire des clichés habituels, bars provinciaux, ville de losers condamnés d'avance, scène d'amour sur la banquette arrière.....Est-il vraiment encore utile d’écrire (et de lire) ce genre de roman de l'Amérique profonde, sans défaut fondamental, mais vraiment sans surprises?

mots-clés : #initiatique
par topocl
le Mer 14 Fév - 21:04
 
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Gustave Flaubert

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 3 41bexe10

L'Education sentimentale

(Edition LGF. Livre de Poche, illustré avec un autoportrait de Léon Bonnat)

J'aimais bien imaginer le père Flaubert rêvant au vingtième siècle ( en littérature je précise) bien qu'il ne pouvait pas savoir, je pense que les écrivains des trente premières années du moins, lui aurait beaucoup plu ? Je ne sais pas, je laisse aux exégètes le soin d'imaginer des réponses. Pour autant que ça veuille dire grand-chose, j'ai eu le sentiment plus net que Flaubert là se rapprochait plus de ses contemporains, Thackeray surtout. Frédéric a moins de forfanterie que Barry Lyndon, il semble plus innocent, plus ingénu... quel masque ! J'avoue être tenté de repenser à la Foire aux Vanités, tant l'ensemble ressemble à de gigantesques noces : les personnages se succèdent dans leur bêtise ― pauvres ou grands de ce monde ― dans leurs aspirations pour le grandiose, au milieu du désordre révolutionnaire (mais il n'y a pas de révolution dans La Foire aux Vanités), et des torgnoles, fourberies et coucheries surtout. Entre tous, Frédéric, versatile coureur de jupons, deviendra ministre ou rien du tout, s'il en a le temps...! et Flaubert de vous sublimer tout ça au cordeau, au bal par exemple ou à Fontainebleau.

Gustave Flaubert a écrit:– Décidément, tu n'as pas de chance ! dit Rosanette.
– Oh ! Oh ! peut-être ! voulant faire entendre par là plusieurs bonnes fortunes, afin de donner de lui meilleur opinion, de même que Rosanette n'avouait pas tous ses amants pour qu'il l'estimât davantage ; ― car, au milieu des confidences les plus intimes, il y a toujours des restrictions, par fausse honte, délicatesse, pitié. On découvre chez l'autre ou dans soi-même des précipices ou des fanges qui empêchent de poursuivre ; on sent, d'ailleurs, que l'on ne serait pas compris ; il est difficile d'exprimer exactement quoi que ce soit : aussi les unions complètes sont rares.


mots-clés : #initiatique #xixesiecle
par Dreep
le Jeu 1 Fév - 19:17
 
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Aura Xilonen

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 3 Gabach10

Gabacho

Ce premier roman d'Aura Xilonen expose le parcours de Liborio, jeune mexicain qui cherche à construire sa vie dans une ville du sud des Etats-Unis. De son travail dans une librairie à ses aventures (et déboires) d'apprenti boxeur, il efface pas à pas des obstacles pour combler des manques, le poids d'une solitude et l'absence de perspectives liée à son statut de migrant, "en marge" d'une société qui le contrait à se battre à chaque instant pour trouver une légitimité personnelle.

La violence, infligée et subie, est omniprésente dans Gabacho (titre provenant d'un mot exporté par les Français au Mexique au XIXème siècle, et qui désigne désormais les Américains aux yeux des Mexicains) et la créativité littéraire d'Aura Xilonen permet de la rendre à la fois bouleversante et fascinante, tout en soulignant la fragilité d'une humanité à la recherche d'elle-même. L'exercice de la traduction était aussi redoutable et l'ouvrage se dévoile avec beaucoup de fluidité, dans un mélange de "spanglish" et d'argots divers permettant de renouveler en permanence un souffle, une inspiration.

Gabacho émeut précisément grâce à la fougue et la ferveur d'une jeunesse dépassant les souffrances, les frontières...et ce même si le roman contient quelques longueurs et semble parfois trop ambitieux dans sa structure et ses péripéties.



mots-clés : #immigration #initiatique #solitude #violence
par Avadoro
le Ven 12 Jan - 16:26
 
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Sujet: Aura Xilonen
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Panait Istrati

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Kyra Kyralina

1er tome du cycle «Les récits d’Adrien Zograffi »

Originale : Français, 1923

CONTENU :
Istrati nous emmene en voyage à travers la Roumanie et l’Orient entre la fin du XIXème et le debut du Xxème siècle, sur les traces de Stavrou, le vendeur de limonade. Une fois lancé, cet « honnête homme se revèle un conteur remarquable qui va alors parlé de sa vie. Dans ce premier tome des récits de son accolyte Adrien, nous entendons Stavrou parler de son chemin de croix qui le menera de Braila (alors la ville d’Istrati au bord de la Danube!) par Constantinople, Damas, Beyrouth et le Caire finalement vers ses contrées d’origine.
Il se rappelle de son enfance à coté de sa mère et sa sœurs bien-aimées, leur vies debridée et joyeuse, mais aussi leur chemin vers l’esclavage, ou au moins un prison d’or….

REMARQUES :
La biographie en tête de fil est légèrement à travers, car bien avant avoir été en Russie, Istrati avait été depuis la jeunesse pour ainsi dire sur les routes, ayant exercé des multiples metiers, ayant visité de nombreux pays. Il me semble que tous ces récits autour d’Adrien Zograffi se nourrit de ce vécu. A quel point tous les elemens sont alors aussi autobiographiques, je ne le sais pas, mais quelque part, sous certains égards, ce Adrien, ou alors ce Dragomir/Stavrou seront probablement des « alter ego » de l’auteur où il laissera parler ses expériences dans ces contrées.

Ce qui frappe le lecteur c’est le milieu pluri-ethnique et réligieux dans lequel Stavrou grandit et voyagera ! Des Arméniens, Roumains, Turcs et Grecs…, des Musulmans comme des Chrétiens se cotoient, et vivent dans un bon melange, voir connivence. Quel monde, partiellement disparu ! Et cela vers la fin du XIXème, le debut du XXème siècle. Pas si loin que cela !

C’est alors le recit d’un conteur, et quel conteur ! Stavrou grandissait aupès de sa mère et sa sœur, son père étant absent au moulin, à quelques kilomètres. Pas un couple d’amour… : quand le père vient de temps en temps, c’est pour battre la mère qui se protège comme elle peut. Mais celle-ci, et sa fille Kyra (donc sœur de Dragomir/Stavrou) ne sont pas des tristes figures : elles se réjouissent de la vie, vivent de la richesse héritée de la mère, reçoivent des adorateurs autour de fêtes, de danses, de soirées joyeuses… Mais le drame arrive, un assassinat du père et du frère terribles est comploté. On doit fuir et puis, de fil en aiguille, d’un endroit à un autre, Kyra sera enlevée en Harem, tandis que  Dragomir va enfiler des mes-aventures, souvent victimes de son innocence et de sa vie dorée jusqu’à là.

Des épisodes dramatiques et comiques, le lumineux et le triste, le sourire et les larmes s’ensuivent et sont jamais très éloigné. Comme Adrien le dit une fois, le narrateur le fait dans son personnage de Dragomir/Stavrou : « voir dans les abîmes de l’âme humaine ». Mais même si ces abîmes et la bassesse de l’être humain semblent parfois écrasant , c’est la bonté reçu et vécu qui comptera et suffira. Et donnera à une vie éprouvée une certaine forme de légèreté, d'acceptation dans la révolte ?!

Vous l’aviez compris ? Un récit, un épos entre mille-et-une-nuit, roman d’aventure et de voyage. Quel conteur exceptionnel ! Chapeau !

Et merci alors pour cette invitation à la découverte d’Istrati !!!

mots-clés : #initiatique
par tom léo
le Mar 19 Déc - 7:47
 
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Sujet: Panait Istrati
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Wallace Stegner

Oups, j'arrive trop tard pour topocl et son train..

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 3 97828510

The Big Rock Candy Mountain ( La bonne grosse montage en sucre)
traduit de l'anglais ( Etats- Unis ) par Eric Chédaille
Editions Phébus

Ce roman, traduit en 2002, a été écrit trente ans avant Angle d'équilibre. Mais il traite en fait du même thème, analysé avec peut-être moins de recul, et ça se comprend, trente ans de vie aident, quelquefois, à prendre du recul !
C'est une histoire très autobiographique, celle de la famille de cet écrivain américain mort en 1993.
Cette fameuse "candy mountain" représente ce qu'on appelle couramment le "rêve américain", partir de rien et arriver... à quoi, c'est autre chose !
La grande majorité des habitants de ce pays y aspiraient, en tout cas, en ce début de siècle dernier. De là à tous y aboutir....
C'est le récit d'une quête effrénée pour "réussir", en allant toujours plus loin et de manière toujours plus aventurière, du père, donc, de Wallace Stegner, un homme de l'étoffe des premiers pionniers, mais né un peu tard, peut être, alors que la fortune des pionniers est déjà faite, et qu'il ne reste que des miettes à grappiller dans des conditions toujours plus difficiles.

Cet homme traîne derrière lui sa famille, bien obligée de suivre et de s'adapter, sa femme (merveilleux hommage rendu à la femme dans son personnage de mère, le reste est beaucoup plus ambigu) et ses fils, de plus en plus révoltés par les sautes d'humeur d'un père éternellement sujet à des revers de fortune. Un des fils en mourra, et l'autre deviendra universitaire puis écrivain, et son histoire familiale lui servira de trame pour ce premier roman.
A la mort du père, ce fils va lui rendre une sorte d'hommage en écrivant :

"Harry Mason était et un enfant et un homme. Quoiqu'il fît jamais, à n'importe quel moment de sa vie, il fut, jusqu'en ses colères, un être mâle de bout en bout, et il fut presque toujours un enfant.
A une époque plus ancienne, en d'autres circonstances, il aurait pu être un individu montré en exemple par la nation toute entière, mais il n'eût été en rien différent. Il n'en fût pas moins resté un être humain au développement imparfait, un animal social immature ; or, plus la nation va de l'avant, moins il y a de place pour ce genre de personnage. Harry Mason vécut avec celle qui fut ma mère et que je révère pour sa bonté, sa douceur, son courage et sa sagesse. Mais j'affirme, en ce jour où sont célébrées les obsèques de cet homme, et en dépit de la haine que j'ai eue pour lui pendant de nombreuses années, qu'il possédait plus de talents, plus de ressources et d'énergie qu'elle. En affinant les qualités de ma mère, on arriverait à la sainteté, jamais à la grandeur. Ses qualités à lui étaient la matière brute à partir de laquelle se construisent les hommes remarquables. Quoique je l'aie toujours détesté, et bien qu'aujourd'hui je ne l'honore ni ne le respecte, je ne peux lui retirer cela..."

Dans des extraits d'entretiens publiés par le journal Libération en juin 2002, Stegner, parlant de la littérature, écrit :
"Penser qu'il y ait quelque chose de nouveau à dire, à mon sens, ne mène à rien. Ce qui importe, c'est la compréhension toujours plus approfondie de ce qui de tout temps a existé."


C'est ce que, je pense, il a essayé de faire au long de son oeuvre (du même auteur, toujours chez Phebus, deux très beaux romans d'un écrivain plus assagi sinon plus serein, "Vue cavalière" et "La vie obstinée").


mots-clés : #autobiographie #famille #initiatique
par Marie
le Dim 17 Déc - 21:30
 
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Sujet: Wallace Stegner
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Henri Vincenot

Le pape des escargots

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 3 51ipsh10

.
Sans la chaine de lecture de cette fin d'année , il est fort probable qu'il aurait accumulé des années de poussière à venir encore car il ne m'a jamais tenté .
Et au final , grâce à cet engagement j'en ressors plutôt contente .
Même si point trop n'en faut , au risque d'indigestion .
A travers un personnage haut en couleurs comme on le devine aisément avec le titre , Vincenot , avec son talent de conteur inimitable , nous balade dans les Hauts lieux de Bourgogne , dans la verte campagne , dans les cathédrales et les églises romanes , dans le parler du cru qui râpe aux encoignures , qui chante dans l'outrance d'une voix d'ivrogne-prophète-Gazette druidique syncrétique , poête troubadour , prophète en son pays , fou du roi mais pas de la reine ( misogynie atavique oblige ), hors du temps et de la raison des temps modernes , visionnaire , "entourloupeur" parce c'est plus marrant , érudit d'un mélange bizarrement digéré d'une science venue du fond des âges , de celle qui ne s'acquiert pas dans les livres mais se transmet dans un cercle fermé , mythomane une chouille ou plus  , manchot quand ça lui chante (souvent , ça protège de la pioche ) , lyrique plus qu'il n'en faut , sorcier -joueur- hâbleur -mendiant -troubadour .
Alors non ce n'est pas juste une histoire de terroir .
Non plus un conte initiatique .Ni une fable pour faire rêver rêver au coin du feu .
C'est une potée Bourguignonne , qui tient au corps , en apparence foutraque , mais puissamment enracinée dans divers savoirs , loin de notre inculture numérique , surgie de ces sources cachées que seuls les initiés peuvent interpréter .
Amateurs d'architecture et de sculpture , précipitez-vous , c'est le fil directeur de cette fable trublionne .
Et puis quand même les miracles Lève toi et marche sont au rendez-vous , qu'on en appelle à Dieu ou à Diable ou à La Vouivre , il serait dommage de passer son chemin !
J'essaierai de vous recopier des extraits , c'est décoiffant .

mots-clés : #historique #initiatique #nature #spiritualité
par églantine
le Mer 6 Déc - 13:02
 
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Sujet: Henri Vincenot
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George Sand

Merci Bédoulène pour l'ouverture de ce fil, même si George Sand est loin d'être dans l'air du temps (sinon pour être décriée, souvent de façon méprisante) !



Les Maîtres Sonneurs

1853, roman, 445 pages environ, divisé en 32 chapitres -ou, plus exactement, "veillées" et une préface-dédicace introductive.

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 3 Millet10
Jean-François Millet, Les scieurs de long (vers 1850-1852).




Vous trouverez le texte intégral ici.

Un éclairage contextuel peut paraître nécessaire, ou pas, d'où ce spoiler:
Spoiler:
Revenue...de tout, peut-on écrire, et revenue à son cher Nohant, cette maison du Berry étant peut-être sa seule fidélité inébranlable, en tous cas sa seule vraie stabilité, George Sand est, en 1853, une femme mûre (pour l'époque). Surtout une femme blessée, déçue, vivant des heures noires.

L'issue de la révolution de 1848 est défavorable, elle s'y était engagée avec passion, plume de pointe aux côtés des Lamartine, Michelet, Hugo, tous amis de longue date, et, pour l'un d'entre, eux, ex-amant.
Quittant Paris sous la menace et l'injure, elle retourne en Berry, où son fils Maurice est maire (chahuté, très contesté) de Nohant.  
L'élection de Louis-Napoléon Bonaparte porte un coup de grâce à son action. Il se trouve que, bien qu'il fût du camp opposé et qu'il mette en place, pour l'heure, ce qui n'est pas excessif de dénommer une dictature, George Sand le connaît très bien (qui ne connaissait-elle pas dans le tout-Paris de son époque, au reste ?), depuis les années de sa jeunesse.

Elle n'aura de cesse, tout en lui manifestant une glaciale hostilité, d'obtenir la grâce de personnalités exilées, souvent, il faut le dire, avec succès. Mais c'en est trop pour les Hugo, Michelet, Mazzini et consorts, exilés intransigeants qui l'en blâment ouvertement. Son action est autant mal interprétrée qu'utile, couronnée de succès, et elle jette l'éponge - laissant tomber dorénavant (et ce sera définitif) tout parti affiché, elle se retire sous les huées et les quolibets, opposante perdante pour le camp d'en face, et incomprise et rejetée dans son propre camp.
Quand on mesure son action politique à l'aune du temps, de l'ardeur, de l'argent dépensé "pour la cause" sans compter, de l'entregent, du courage, on se dit que tout cela est fort ingratement payé.

De plus, cette plaie vive suit la rupture d'avec Frédéric Chopin, qui fut toujours jugé trop aristocratique de goûts, de discours et de manières par les milieux communards, intervenue en 1847. Le prétexte à la brouille finale est que Chopin prend le parti de la fille de George Sand, Solange, lorsqu'elle s'unit au sculpteur Clésinger, au grand dam de George Sand. Il semble qu'en plus, Chopin était secrètement amoureux de Solange...

Après quelques courtes liaisons, elle entreprend une relation amoureuse qui s'avèrera plutôt longue, à l'aune de la durée des amours de George Sand, et qui se traduit par une vie commune qui en est à l'époque d'écriture des Maîtres Sonneurs à ses premiers mois, avec le graveur Alexandre Manceau, plébéien et plus jeune qu'elle de treize années.

Encore un de ces amours "maternants", qui jalonnèrent avec régularité son existence, sans doute un renvoi à sa propre enfance, entre un père peu connu pour cause de trépas accidentel et une mère à demi-folle, qui quittera Nohant en laissant la petite Aurore -la future George Sand- et Hippolyte "fils naturel du père d'Aurore" -on dirait aujourd'hui demi-frère de George Sand- aux bons soins de leur grand-mère paternelle, en d'autres termes sa belle-mère. Il n'est donc pas si singulier que ça que, dans ce roman, les enfants soient bien rarement élevés par le couple père-mère au complet, tout au contraire ils sont confiés, ou bien atterrissent dans le foyer qui les verra grandir suite à divers aléas que nous découvrons au fil de la lecture.

Je laisse le soin de l'analyse à plus pertinent que moi, mais je m'en voudrais de ne pas souligner une autre dimension, qui saute aux yeux: par ses nombreux amants, souvent talentueux au reste, en général plus jeunes et moins célèbres qu'elle ne l'est -du moins à l'époque du démarrage de ces liaisons, ça peut changer par la suite- elle s'affranchit du rôle, de la conception même de la femme mariée en son temps et en son lieu, renversant la proposition patriarcale en un matriarcat exigeant, ou plus exactement dans lequel elle tient, bien évidemment, les rênes. Mariton, comme Brûlette et Thérence, sont appelées à faire des unions d'amour, dans lesquelles elles ont le dernier mot et la situation toujours sous contrôle, à une époque où l'on prenait encore en règle générale "un parti intéressant", où l'attirance était secondaire par rapport à l'intérêt.  


George Sand écrit Les Maîtres Sonneurs avec une vitesse étonnante, en quelques semaines à peine. Premiers jets, sans doute, lors du dernier trimestre 1852 et les manuscrits nous révèlent, ce qui n'est pas sans intérêt, que le livre à l'état d'ébauche s'intitule "La mère et l'enfant", et commence à peu près au milieu de la version définitive des "Maitres Sonneurs". L'action se situe à la fin du XVIIIème siècle mais avant la révolution française.

Roman paysan, villageois et forestier, il emprunte son rythme et l'intitulé des chapitres en "veillées" comme celles où, bien sûr, l'on se réunit, et pour quelques décennies encore, à l'époque d'écriture de cet ouvrage, en milieu rural. Le conte de veillée est sûrement une dimension d'art populaire fascinante pour George Sand (je vais tenter plus loin d'exposer pourquoi).

Le narrateur est Etienne Depardieu, alias Tiennet, qui évoque en 1828 les années de sa jeunesse. La langue est magnifique, pleine d'emprunts patoisants, ou désuets, de tournures qui se veulent proche de l'oralité. Vraiment un régal. Ne pas s'embarquer, à mon avis, dans ce livre si l'édition n'est pas confortablement annotée. De surcroît George Sand entend témoigner d'un monde certes pas encore tout à fait passé alors, mais dont on sent confusément qu'elle sait qu'il est appelé sinon tout à fait à disparaître à brève échéance, du moins à se modifier.
Cueillir des instants qui ne seront peut-être plus, se remémorer un passé définitivement perdu à coup sûr, autant de thèmes très cher aux Romantiques, que la grande lectrice de Chateaubriand, l'amante de Musset et de Lamartine possède à merveille.
J'ajoute ceci: Avons-nous jamais été aussi proche des bohèmes de Nerval, dans le dessein poursuivi par George Sand ?

Tout part d'un trio, Joseph, alias "Joset l'ébervigé", au caractère égoïste et tourmenté, Brûlette, beauté de village, et donc Tiennet.
Ce sont de beaux jeunes paysans. George Sand tient, j'en suis persuadé, à montrer combien le peuple proprement dit est beau, sain. Y compris d'ailleurs les caractères d'aînés, les vieillards, etc...

Ils surprennent aussi par l'extrême profondeur de leurs sentiments, la finesse de leurs analyses et de leur comportement en société - leur psychologie aussi.
Une clef d'importance est que, selon George Sand, qui a beaucoup lu et de façon critique Rousseau étant jeune, le terroir façonne le caractère, la terre fait le paysan - juste à l'opposé de la toute-puissance, démiurgique pour ainsi dire, aseptisée et identique partout que nous lui imprimons aujourd'hui.

Au bout de ses introspections, Joset se découvre une attirance pour la musique. Il garde cela secret. Mais Tiennet découvre le secret. Joset, bien qu'amoureux, comme Tiennet de Brûlette, part vers son destin, chez les grands cornemuseux des forêts, en Bourbonnais, un autre pays, un autre terroir, et par conséquent d'autres caractères. Voyage typiquement initiatique. De longs mois plus tard, mandés par Huriel, muletier, homme de grands chemins et qui initiera en secret Joset à la musique dans le Berry, lui fournissant même son instrument (une cornemuse du Bourbonnais, d'une taille bien supérieure aux "musettes" usitées dans le Berry), Tiennet et Brûlette entreprennent le voyage vers les hautes forêts, le pays des bûcheux, des fendeux, des grands chantiers de bûcheronnage, de la vie en forêt et ses codes spécifiques, éloignés des lois qui régissent le royaume comme des habitudes berrichonnes, pour rejoindre un Joset malade et languissant...


Une petite recherche sur Frédéric Chopin plus loin, j'ai l'intuition qu'il y a du Chopin dans le caractère de Joset. Mais à petites touches dosées seulement.
George Sand, qui a reçu dès son enfance une solide éducation musicale, qui fut (brièvement) l'amante de Listz et (longuement) celle de Chopin, qui a connu, protégé et parfois lancé ce que Paris comptait de meilleur en termes de musiciens, de cantatrices etc... signe aussi là un livre sur la musique.

Mais pas celle des salons et des salles huppées de la capitale. Comme c'est encore elle qui en parle le mieux, voici ce que George Sand en dit dans une lettre:

Il y a une musique qu’on pourrait appeler naturelle, parce qu’elle n’est point le produit de la science et de la réflexion. Mais celui d’une inspiration qui échappe à la rigueur des règles et des conventions. C’est la musique populaire : c’est celle des paysans particulièrement. Que de belles poésies naissent, vivent et meurent chez eux, sans avoir jamais eu les honneurs d’une notation correcte, et sans avoir daigné se refermer dans la version absolue d’un thème arrêté!
Le paysan n’examine ni ne compare. Quand le ciel l’a fait musicien, il chante à la manière des oiseaux, du rossignol surtout dont l’improvisation est continuelle, quoique les éléments de son chant varié à l’infini soient toujours les mêmes.

Toujours est-il que l'on apprend que les "musiqueux" ruraux sont une pairie qu'on ne rejoint qu'en se faisant adouber, après avoir acquis une maîtrise certaine, et sur épreuves. Que l'âpreté, la concurrence sont vives, et qu'il faut se voir remettre formellement un territoire, ne pas empiéter sur celui d'autrui. La concurrence déloyale, les coups bas sont légion. Souvenons-nous que la cornemuse est, du moins je le crois, le seul instrument de musique à avoir jamais reçu le statut d'arme de guerre (en Ecosse)- c'est à vérifier, mais il me semble que c'est encore le cas de nos jours pour certains régiments britanniques dont l'origine se perd dans les brumes des Highlands.
George Sand nous montre vraiment un univers musical à part. A noter son insistance sur le thème du terroir qui façonne le paysan, traduit en terroir qui façonne l'artiste, son répertoire, sa "manière" et jusqu'à son instrument.
Et, même si son territoire est défini, il doit encore "performer" suffisamment pour prétendre vivre de ses talents musicaux. Il ne faut pas du tout situer "Les maîtres sonneurs" dans un univers de gentille fête champêtre un peu fleur-bleue. George Sand disait de Chopin qu'il parvenait à exprimer l'infini sur un seul instrument, elle le laisse aussi entendre pour les meilleurs d'entre les personnages de "sonneurs" et "musiqueux".

A noter, cela me paraît important, qu'on en est aux balbutiements de l'intérêt pour le patrimoine folklorique -donc populaire - (le mot "folklore" date d'ailleurs de ces années-là), et par conséquent George Sand est, encore une fois, "en pointe".  
A titre tout à fait personnel, je n'hésite d'ailleurs pas une seconde à qualifier l'intérêt, qui perdure toujours, pour le patrimoine intangible, non matériel en général, d'apport imprévu du romantisme.

On trouve aussi deux belles narrations de luttes entre duettistes à la loyale -surtout une, la première, les deux impliquant Huriel, bien que la seconde soit d'un enjeu et d'une intensité dramatique bien supérieurs à la première, qui est un bon chauffage d'oreilles entre garçons ayant querelle à vider. A celles-ci il faut ajouter une bataille rangée nettement plus fantaisiste.
Mais, pour ce qui est des deux affrontements entre duettistes, narrer une bagarre est un casse-tête d'écrivain, il y a peu de conventions, c'est très difficile à rendre, et comment le faire en suggérant la vitesse d'exécution des mouvements ?
Le plupart du temps, les auteurs ont recours a des expédients, à de bonnes grosses ficelles, donnant peu de crédit à ces scènes. Ce qui sera fait en bonne partie pour le second affrontement.
En dépit de cela, George Sand épate quand même dans cet exercice particulier.
Certes, elle connaît. On se souvient qu'enfant, à Nohant, elle était davantage coups de poings avec les garçons que crêpages de chignons avec les filles, et elle connaît à merveille les us et coutumes non écrits qui régissent ces joutes. La bagarre, l'affrontement physique, dans la mesure où il est loyal et justifié, n'est pour George Sand ni un fléau bestial, ni même un pis-aller sordide, mais la manifestation d'une loi naturelle (loi prise dans un sens rousseauiste, donc) en somme quelque chose de primitif et spontané, ce qui pare ces duels d'une certaine respectabilité.  

Quelques généralités pour finir:
En voulant restituer un parler paysan, la gageure consiste à le faire tout en maintenant une lecture alerte, adaptée à la trouvaille chapitres=veillées. Ce tour de force est réussi avec brio, je vais même plus loin: tout empli de termes peu usités ou déjà surannés ou locaux, dès la date d'écriture, ce livre a pourtant, c'est fort paradoxal, une très grande fraîcheur, et n'est jamais empâté, encore moins pompeux, écueils pourtant difficiles à éviter si l'on recherche la tournure pittoresque et le mot rare.    

George Sand maîtrise l'art du romancier à merveille, je crois que même ses détracteurs et ceux qu'elle indiffère lui reconnaîtront sa qualité de calibrage et de peinture, elle sait relancer l'intérêt du lecteur sans faire du stimuli en continu, sa plume a sa joliesse et n'est jamais du "rentre-dedans".
Ici, elle nous amène à un dénouement qui conserve sa part d'imprévisibilité jusqu'aux toutes dernières "veillées". A noter qu'elle écrit là un roman qui -du moins est-ce mon avis- est susceptible d'entrer parfaitement parmi les ouvrages de littérature pour adolescents, j'espère, sinon je m'y suis mal pris, avoir indiqué quelques autres niveaux de lecture, et, bien entendu, il reste beaucoup d'autres pistes et niveaux que je n'ai pas effleurés !


Un extrait, choisi pour son absence de vocabulaire rare ou inusité, ainsi que de tournures patoisantes ou singulières:
Troisième veillée a écrit:Après avoir pataugé assez longtemps pour en avoir chaud, malgré que la soirée fût bien fraîche, je me trouvai dans des fougères sèches, si hautes, que j’en avais jusqu’au menton, et en levant les yeux devant moi, je vis, dans le gris de la nuit, comme une grosse masse noire au milieu de la lande.

Je connus que ce devait être le chêne, et que j’étais arrivé au fin bout de la forêt. Je n’avais jamais vu l’arbre, mais j’en avais ouï parler, pour ce qu’il était renommé un des plus anciens du pays, et, par le dire des autres, je savais comment il était fait. Vous n’êtes point sans l’avoir vu.
C’est un chêne bourru, étêté de jeunesse par quelque accident, et qui a poussé en épaisseur; son feuillage, tout desséché par l’hiver, tenait encore dru, et il paraissait monter dans le ciel comme une roche.

J’allais tirer de ce côté-là, pensant que j’y trouverais la sente qui coupait le bois en droite ligne, lorsque j’entendis le son d’une musique qui était approchant celui d’une cornemuse, mais qui menait si grand bruit, qu’on eût dit d’un tonnerre. Ne me demandez point comment une chose qui aurait dû me rassurer en me marquant le voisinage d’une personne humaine, m’épeura comme un petit enfant. Il faut bien vous dire que, malgré mes dix-neuf ans et une bonne paire de poings que j’avais alors, du moment que je m’étais vu égaré dans le bois, je m’étais senti mal tranquille.

Ce n’est pas pour quelques loups qui descendent, de temps en temps, des grands bois de Saint-Aoust dans cette forêt-là, que j’aurais manqué de cœur, ni pour la rencontre de quelque chrétien malintentionné. J’étais enfroidi de cette sorte de crainte qu’on ne peut pas s’expliquer à soi-même, parce qu’on ne sait pas trop où en est la cause. La nuit, la brume d’hiver, un tas de bruits qu’on entend dans les bois et qui sont autres que ceux de la plaine, un tas de folles histoires qu’on a entendu raconter, et qui vous reviennent dans la tête, enfin, l’idée qu’on est esseulé loin de son endroit; il y a de quoi vous troubler l’esprit quand on est jeune, voire quand on ne l’est plus.

Moquez-vous de moi si vous voulez. Cette musique, dans un lieu si peu fréquenté, me parut endiablée. Elle chantait trop fort pour être naturelle, et surtout elle chantait un air si triste et si singulier, que ça ne ressemblait à aucun air connu sur la terre chrétienne. Je doublai le pas, mais je m’arrêtai, étonné d’un autre bruit. Tandis que la musique braillait d’un côté, une clochette sonnait de l’autre, et ces deux résonances venaient sur moi, comme pour m’empêcher d’avancer ou de reculer.
Je me jetai de côté en me baissant dans les fougères; mais, au mouvement qui s’ensuivit, quelque chose fit feu des quatre pieds tout auprès de moi, et je vis un grand animal noir, que je ne pus envisager, bondir, prendre sa course et disparaître.

Tout aussitôt, de tous les points de la fougeraie, sautèrent, coururent, trépignèrent une quantité d’animaux pareils, qui me parurent gagner tous vers la clochette et vers la musique,
lesquelles s’entendaient alors comme proches l’une de l’autre. Il y avait peut-être bien deux cents de ces bêtes, mais j’en vis au moins trente mille, car la peur me galopait rude, et je
commençais à avoir des étincelles et des taches blanches dans la vue, comme la frayeur en donne à ceux qui ne s’en défendent point.
Je ne sais par quelles jambes je fus porté auprès du chêne; je ne sentais plus les miennes.

Je me trouvai là, tout étonné d’avoir fait ce bout de chemin comme un tourbillon de vent, et, quand je repris mon souffle, je n’entendis plus rien, au loin ni auprès; je ne vis plus rien, ni sous l’arbre, ni sur la fougeraie; et je ne fus pas bien sûr de n’avoir point rêvé un sabbat de musique folle et de mauvaises bêtes.
Je commençais à me ravoir et à regarder en quel lieu j’étais. La branchure du chêne couvre une grande place herbue, et il y faisait si noir que je ne voyais point mes pieds; si bien que je me heurtai contre une grosse racine et tombai les mains en avant, sur le corps d’un homme qui était allongé là comme mort ou endormi.

Je ne sais point ce que la peur me fit dire ou crier, mais ma voix fut reconnue, et tout aussitôt celle de Joset me répondit :
– C’est donc toi, Tiennet ? Et qu’est-ce que tu viens faire ici à pareille heure ?



(Musé d'un message du 26 avril 2015 sur Parfum)


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par Aventin
le Jeu 30 Nov - 11:53
 
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Sujet: George Sand
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