Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Dim 8 Déc - 14:51

159 résultats trouvés pour initiatique

Alessandro Baricco

La Jeune Épouse

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 La-jeu10

Où la découverte, par une jeune promise, d’une famille unie contre l’infélicité au cours d’interminables petits-déjeuners et autres contraintes ludiques et baroques, contre la nuit considérée comme mortelle, dans une maison où les livres sont absents, inutiles voire nuisibles à l’écoute de « tout [qui] est déjà dans la vie ».
Ce sont la Mère, aux raisonnements sibyllins, le Père, débonnaire et sans grande intranquillité malgré ou grâce à son « inexactitude de cœur » (et Comandini le pragmatique, son délégué en affaires), l’Oncle (en fait un inconnu mystérieusement adopté par la Famille) qui ne sort de son somme perpétuel que pour de pertinents oracles, la Fille bancroche et belle, le Fils enfin, absent, sur le retour et/ou disparu…

« Ils étaient ainsi faits : ils ignoraient la succession des jours, car ils visaient à n’en vivre qu’un, parfait et répété à l’infini. Pour eux, le temps était donc un phénomène aux contours flous, qui résonnait dans leur vie telle une langue étrangère. »

« Mais quand il fallait parler, elle [la Mère] ne perdait pas de temps à choisir son interlocuteur : sans doute pensait-elle s’adresser au monde, en parlant, une erreur que beaucoup commettent. »


Le lecteur découvre graduellement les secrets de cette famille à la fois fantasque et tout en retenue, au cours d’un récit au style inventif et lyrique, sensuel, superbe d’esprit, de brio et de charme, qui donne une large part à l’observation psychologique, à l’introspection, à l'humour et à l’érotisme (d’un point de vue essentiellement féminin ; c’est aussi le roman d’initiation sexuelle de l’héroïne).
J’ai savouré le côté orchestral, théâtral (le majordome Modesto et ses messages tussifs, le tailleur Baretti et son épique Index des « accidents » de la poitrine de la Mère).
Dans un élégant « glissement momentané de narrateur », ce dernier s’identifie parfois à tel personnage, parfois parle en tant que l’écrivain, celui-ci incapable de comprendre et d’ordonner les éléments de son existence alors qu’il le fait dans ses romans.
Après de surprenantes révélations, la famille va partir comme de coutume en villégiature estivale : l’histoire s’égare dans des parenthèses sur l’existence confuse du narrateur/ auteur et la création littéraire, digresse dans un délire teinté de surréalisme et d’absurde ; lors de la préparation du départ, des bruits et réponses sans leurs questions sont enfermés dans des tiroirs, ce qui peut rappeler les « parolles gelées » de Rabelais.

« Le fait est que certains écrivent des livres et que d'autres les lisent : Dieu seul sait qui est le mieux placé pour y comprendre quelque chose. »

« Car en définitive, la seule phrase qui pourrait traduire précisément l’intention spécifique de celui qui écrit n’est jamais une phrase, mais le résultat stratifié de toutes les phrases qu’il a d’abord conçues, puis écrites et enfin conservées en mémoire : on devrait les poser l’une sur l’autre, ces phrases transparentes, et les considérer dans leur ensemble, tel un accord musical. C’est ce que font la mémoire et sa nébulosité visionnaire. »


Sorte d’allégorie dramatique, de fantaisie mélancolique et de virtuose rêverie, je comprends le doute d’Avadoro devant ce conte troublant, déroutant, sans grand-chose de précis ou d’univoque, dont le décousu peut laisser perplexe, et même décevoir. Sans doute faut-il se laisser bercer sans trop raisonner (ce roman présente beaucoup de connotations aquatiques, musicales).
L’extrait suivant explicite peut-être quelque peu le propos de l’auteur (veuillez noter l’accent shakespearien de la dernière phrase) :

« Ce qu’il avait à me dire, c’est que la trame de destins que le métier de nos familles avait tissée était parcouru d’un fil primitif, animal. Et que nous avions beau chercher des explications plus élégantes ou artificielles, notre origine à tous était gravée dans les corps en lettres de feu ‒ qu’il s’agisse d’une inexactitude de cœur, du scandale d’une beauté imprudente ou de la brutale nécessité du désir. C’est ainsi qu’on vit dans l’illusion de recomposer ce que le geste humiliant d’un corps ou son geste splendide a bouleversé. On meurt, après un dernier geste splendide du corps, ou un geste humiliant. Tout le reste n’est qu’un ballet inutile, rendu inoubliable par des danseurs merveilleux. »


Une sorte de ronde de la vie, d'un individu à l'autre, dans un déterminisme génésique et sans libre-arbitre (comme chez Max Ophüls)...
La fin, inattendue comme tout dans ce livre, se non-termine par une reprise (peut-être kierkegaardienne, en contrepoint de l'éternel retour nietzschéen).

« C’est par la répétition des gestes que nous arrêtons la course du monde. »

« Elle savait donc qu’il n’y a pas mille destins mais une seule histoire, et que l’unique geste exact est la répétition. »


Délectable !
mots-clés : #famille #initiatique #sexualité
par Tristram
le Ven 10 Nov - 20:26
 
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Sujet: Alessandro Baricco
Réponses: 56
Vues: 2514

Gunnar Gunnarsson

Nuit et Rêve


Originale : Natten og drømmen (Danois, 1926)

CONTENU : Il s'agit du troisième tome (de cinq dans l'originale) de la saga d'inspiration autobiographique de l'auteur islandais. De ces premiers tomes j'ai parlé plus haut. Le fil de narration reprend là, où le deuxième tome s'est achevé : après la mort de la mère, c'est l'arrivée d'une belle-mère dans la maison d'Uggi. Dans les premiers pages il décrit le matin de son neuvième anniversaire... et la narration va nous conduire jusqu'à ses 18 ans et son départ vers le Danemark, pour des études dans une école.

REMARQUES :
Le livre se divise en douze chapitres, qui sont encore sous-divisés par des unités de sujets, thèmes divers, indiqués par une séparation de quelques points (dans mon édition allemande des années 20).

Le roman autobiographique est très chronologique et construit simplement, sans trop d'artifices. L'histoire nous est raconté par un narrateur, parlant de son propre passé assez lointain, son enfance, sa jeunesse dans une Islande rurale, assez dure, simple.

Si les deux premières parties avaient été empreintes de souvenirs d'enfance presque romantiques, se terminant avec la mort de la mère, nous trouvons dans ce tome à la suite de ce recit des descriptions beaucoup plus marquées par des expériences dures, tristes. Ainsi la nouvelle femme du père va être difficilement adoptée par les enfants et Uggi doit se retenir fortement pour ne pas exprimer son malaise. Seulement après beaucoup d'années il semble reconnaître les efforts de sa belle-mère et commence à l'apprécier. Mais une certaine innocence a disparu et le deuil de sa mère, une solitude et le sentiment d'un monde perdu marquent ces années après sa mort. S'ajoutent encore d'autres séparations : le départ d'amis pour le plus ou moins lointain, le refus d'un premier amour.

On trouvera les descriptions des travaux plus ou moins quotidiens ou exceptionnels ; les achats dans la prochaine bourgade ; les cours temporaires à l'école de la ville et l’hébergement là-bas ; le naufrage d'un bateau et comment on videra la cargaison etc
Et à coté de tout ce travail très prenant le désir d'aller plus loin dans l'apprentissage qui est perçu comme une concurrence qui va enlèver des mains tant utiles de la ferme dans des périodes d’appauvrissement. Et les premières tentatives d'écriture, la découverte aussi de la lecture....

Et bien sûr nous continuons à trouver des descriptions impressionnantes de la (force de la) nature : on vit en et avec elle, des fois comme partenaire, des fois comme un jouet face aux éléments. J'ai lu en allemand, mais dans ces scènes il me semble que la langue de l'écrivain devient des fois grandiose et nous tire avec lui. Bon, certains pourraient la trouver un peu pathètique, contenant des anciennes tournures et idées, mais ce livre se meut souvent entre  nuit et rêve, entre réalité dure et espoir, lumière. Dans ce mélange de réalisme et d'humanisme Gunnarsson rappelle vraiment un peu un certain Maxime Gorki, ou aussi, de point de vue de style, de langue, des fois à l’œuvre de Knut Hamsun ou Ernst Wiechert.

Donc recommandation (de ma part) pour les amateurs de ces auteurs et un recit qui se situe dans l'environnement nordique, islandais !


mots-clés : #autobiographie #initiatique #viequotidienne
par tom léo
le Mar 7 Nov - 22:23
 
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Sujet: Gunnar Gunnarsson
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José Carlos Llop

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 Stein10

Le rapport Stein

Dans ce collège de jéuites, tout est gris, morbide, sinistre.
Les enseignants règnent par la peur. Ils forment une hiérarchie, sourdement antagoniste mais fermée.

On est à la fin des  années 60 dans un port, et Franco est encore vivant.
Le narrateur est un ado trop sensible qui se sent prisonnier d' un univers clos
et incompréhensible.
Que ce soit au collège ou dans sa famille de bourgeois aisés.
Sa famille, c' est son grand père et sa grand mère maternels.
Les parents, la mère, le père sont absents.
De temps en temps, ils envoient des cartes postales que l' enfant à le droit
de lire.
Et de regarder les timbres.
Il n' en saura pas plus. Ils sont ailleurs, toujours ailleurs.
C' est tout.

Un jour, arrive au collège un drole d' oisaeu, coloré comme eux. Alors que tous les autres élèves sont vétus de gris.
Il est perçu comme un corps étranger et pris pour cible tant par les maitres
que par les élèves.
Pour le narrateur, au contraire, il est une bouffée d' air frais et de mystère.
Il semble désinvolte, libre d' allure.
Et c' est plus qu' il n' a jamais connu.

Ils deviennent amis et  Stein invite le jeune garçon chez lui.
Ce qu' il vivra et verra alors sera tellement nouveau, inattendu et  bouleversant pour lui que sa vie
en sera marquée à jamais.

Les questions qu' il se posait vont connaitre des réponses, plutot amères et
décevantes.
Mais il se sent désormais pret à les assumer.

"Et tandis que nous entrions dans la ville... j' ai pensé à Guillermo Stein comme on pense à une ombre ; je me suis rendu compte que je ne savais
rien de Guillermo Stein...
Et alors j' ai pensé que c' était peut etre ça la vie, ne rien savoir de personne : ne rien savoir de personne, pas meme de soi-meme, et vivre  comme si on savait."


mots-clés : #initiatique
par bix_229
le Lun 6 Nov - 18:54
 
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Sujet: José Carlos Llop
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William Faulkner

"l'intrus"

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 Cvt_li11



Sujet : Un vieux Noir est accusé du meurtre d'un Blanc par balle, dans le dos. Tous les Blancs de la ville voulant le pendre et le brûler le shériff l'arrête et le met en prison. Un jeune Adolescent Blanc qui a une dette envers cet homme (dette de honte) va à sa demande, avec l'aide de son serviteur Noir adolescent lui aussi et d'une vieille Dame Blanche âgée, commettre un acte impensable. Acte qui conduira à sauver la vie de l'accusé.

A travers cette histoire de meurtre l'auteur évoque bien au-delà du racisme, l'individu, la foule(la Face monstrueuse), la haine de celui qui est différent, la division Nord/Sud. Le droit à chacun de pouvoir vivre sa vie dans la sérénité.


Extraits

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 I110

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 I210
Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 I310


(commentaire rapatrié, lecture ancienne)


mots-clés : #initiatique #racisme #segregation
par Bédoulène
le Dim 5 Nov - 8:54
 
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Sujet: William Faulkner
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Réjean Ducharme

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 Nez10

Le nez qui voque


Une préface en pied-de-nez,  qui consiste à lister quelques mots glanés dans les œuvres d’ auteurs, philosophes voire anonyme,  que l’auteur conclut ainsi : Je ne suis pas un homme de lettres. Je suis un homme.

L’histoire : Deux adolescent Mille Milles 16 ans et 8 ans, Chateaugué 14 et 6 ans. Oui car Ils veulent demeurer dans l’enfance, surtout MM qui  sent qu’il va devoir lâcher la main de l’enfant de 8 ans qu’il traîne. Chateaugué elle suit MM depuis leur petite enfance.

« Est-ce que c’est vrai qu’elle est encore une petite fille de 6 ans ? Mille Milles lui fait exprès. Mille Milles triche, Chateaugué triche-t-elle ? On dirait qu’elle ne triche pas. Même le poil sous ses bras, blond comme sa peau, à l’air enfantin, en joué, inoffensif ; doux et innocent comme l’agneau naissant. »

Comment ne pas devenir adulte ? ils décident de se « branle-basser » (conprenez suicider).

MM est écoeuré par la sexualité qui s’est éveillée en lui. Il est devenu un « hortensesturber » (il se masturbe quoi !) Rien que de très naturel en somme à son âge « Depuis que le sexuel est en moi, je suis écoeuré, je suis infect envers moi-même et pour moi-même. Je ne suis plus pur, voilà pourquoi je me tue. Voilà pourquoi je ne peux plus souffrir mon mal de l’âme, voilà pourquoi je pense que je ne vaux plus la peine que j’ai mal. »

MM confie à son cahier ses états d’âme,  disant tout et son contraire, décortiquant ses problèmes existentiels.

A vivre tous les jours ensemble, il s’aperçoit que Chateaugué  le trouble.  Elle aussi  grandit, il s’en étonne parfois.

« Est-ce l’écoeurant désir, le désir inavouable, invisible, inaudible, trop bien refoulé, bien noué dans son sac, le désir de jouer avec elle au monsieur et à la madame ? »

« Avant je pensais à l’Alaska, au Labrador, avant qu’elle soit ici. Depuis qu’elle est ici, je ne peux plus penser qu’à sa géographie. »

« Chateaugué arrête de rire, baisse la tête, cache ses yeux avec ses paupières. Soudain, d’un coup de paupières et d’un coup de tête, elle me saisit avec ses yeux, elle m’empoigne avec son regard, elle me demande quelque chose avec la couleur de ses yeux  dans une langue que je ne connais pas. Elle ne m’a jamais regardé de cette façon-là. »

Alors que MM qui a rencontré une femme, mère de famille et que celle-ci par sa désinvolture,  son attention  l’aidera à révéler l’ adulte,  Chateaugué, elle a un besoin vital de MM.

« Questa vient se rasseoir sur mes genoux. Peu à peu, la chair abondante et molle de ses fesses chauffe mes genoux. Elle est lourde. Je la porte comme il se doit, comme un homme, comme un mâle, sans me plaindre, avec orgueil. Je me sens rougir de fierté virile. Il y a dans la surabondance de chair des fesses des femmes, quelque chose de bon, de généreux, de nourricier, de secourable. De tout temps les hommes ont été attendris et alléchés par les fesses des femmes. »

MM s’interroge encore : « Je ne sais plus par quel bout prendre la vie, prendre la mort. Je ne comprends plus du tout. »

Et il décide de choisir la vie, la joie. Ce qu’il tente d’expliquer à Chateaugué :

« De quoi as-tu besoin si tu as la joie ?
Elle s’empresse de répondre, de sa voix et de ses yeux les plus doux et les plus tristes.
- De toi Mille Milles. J’ai besoin de toi. Tu peux dire ce que tu veux : ça ne change rien. Je n’ai que toi. Mais ça ne te fait pas grand-chose. Ça te fait rire. Ça te fait rire ! Tu ne peux pas le nier : tu viens de te tuer à me prouver que tout ne peut que te faire rire. »


Chateaugué  refuse cette « trahison »; d’autant que MM exige qu’elle ait une chambre à elle,(depuis quelque temps, en effet tous deux travaillent, ils sont « utiles à la société comme le dit MM) ce qui déclenche un tsunami d’émotions chez elle. Mais MM ne cèdera pas :

« A mon âme défendant, mon corps désirait le corps presque nu et presque anonyme qui ruait dans je ne sais plus quels brancards. Au fond de moi je me fichais pas mal de l’amitié. Je regardais Chateaugué et je me regardais. Plus je nous regardais, plus je pensais que tout était en péril, que cela ne pouvait plus durer.  Si je lui disais de rester, les  richesses que nous avions été allaient sombrer, les merveilles que nous avions été allaient sombrer dans la cochonnerie, le ridicule, le remords et la haine. »

Seule, elle se retrouve seule et un évènement lui permettra de mesurer ce qui les lie ou se délie entre eux.

« Je te jure, Mille Milles, que si je t’avais vu perdre connaissance, j’aurais eu tellement peur de te perdre que je n’aurais eu peur de personne, que personne n’aurait été capable de m’arrêter. »

Les deux adolescents continueront à déjeuner ensemble dans les restaurants, à se promener, mais leur approche est trop différente.

« Mon regard cherchait à s’enfoncer entre les genoux serrés d’une femme, goûtait à sa peau tendre, allait au-delà, atteignait la pulpe fraîche. »

« Il m’en est bien passé par la tête. J’ai quitté mon banc vert. J’ai pris mon cœur à deux mains. Je lui ai dit que je l’aimais à tout casser. «  [….]Je riais avec elle, mais je n’avais pas le goût de rire. J’avais la bouche trop engourdie. J’avais la bouche habitée, pleine, pleine de feu. Elle n’y a vu que du feu…


Si MM, comme il l’a dit « a triché », Chateaugué elle ne trichera pas avec la vie, ni avec la mort.

***

Encore une fois, même si j’ai trouvé quelques longueurs, les mots de l’auteur m’ont accrochée. Ducharme dévoile par le choix de ses sujets, des hommes et des femmes en rupture avec la société, les délaissés,  beaucoup d’empathie.
Les désarrois, les découvertes des adolescents sont bien décrits même s’ ils restent  incompréhensibles à l’adulte, souvent.



Extraits de plus :

Car MM hait les automobiles et les hommilistes (automobilistes)

« Une automobile rouge, une petite européenne fringante, plus jalouse encore que les autres de son droit de passage, glissait de côté à toute allure en criant victoire de tous ses pneus et s’abattait sur Chateaugué. »
« Devenir adulte c’est entrer, être pris de plus en plus dans le royaume du mal. Même quand il ne fait rien l’adulte vous dit qu’il est occupé. Il est occupé par le mal, investi par la douleur morale. »
« De nouveau je suis seul. Je regarde l’absence de Chateaugué se promener entre les meubles. »




mots-clés : #enfance #initiatique
par Bédoulène
le Dim 29 Oct - 15:19
 
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Sujet: Réjean Ducharme
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Chigozie Obioma

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 41fe6m10

Les Pêcheurs

Chigozie Obioma a fait fort avec Les Pêcheurs. Un superbe roman, poétique à certains moments et cruel le plus souvent, où s’entremêlent les imprécations d’un vieux fou, les superstitions, les croyances très ancrées qui mènent à la tragédie. L’histoire se déroule à Akure, au Nigeria - la ville natale de Chigozie Obioma - de la communauté igbo. Le récit se déroule dans les années 1990.

Le père des six enfants, cadre à la Banque centrale du Nigeria, est muté à Lagos, laissant et délaissant son épouse et ses six enfants à Akure. C’est une famille plutôt nantie. Les quatre aînés, Ikenna, Boja, Obembé et Benjamin n’ont pas l’intention de perdre leur temps avec des camarades de classe ou du voisinage qui ne semblent pas les accepter vraiment. Ils n’ont pas non plus l’intention de s’ennuyer dans leur coin. Le père est parti, la mère est occupée. Ils vont aller pêcher dans le fleuve Omi-Ala pas loin d’ici. C'est une très bonne idée d'Ikenna.

Le fleuve et ses rives ont la réputation d’être maudits depuis le temps de la colonisation, et malgré les interdits de s’y rendre, ils vont s'y rendre tous les jours, la pêche étant devenue une vraie passion, même s'ils ne ramènent que des têtards. Malgré le voisinage de commères et autres langues pendantes qui s’empressent de tout dénoncer à leurs parents. Le narrateur, Benjamin, raconte :

« De notre côté, nous nous contentions de recueillir des têtards dans nos boîtes de soda. J’adorais les têtards, leur corps lisse, leur tête surdimensionnée et leur apparence presque informe, telles des baleines miniatures. […] Parfois nous ramassions des coraux ou les coquilles vides d’arthropodes morts depuis longtemps. »


Sur le chemin, ils rencontrent et abordent le vieux fou, Abulu, qu'ils n'avaient jamais vu avant, une sorte de prophète malfaisant et sale, devenu une menace pour la population d’Akure.

« Tandis que nous le regardions, le fou leva les mains et les garda dressées, bizarrement, silencieusement, en un geste sublime qui me frappa de terreur. »


Abulu a la réputation de voir ses prophéties se réaliser à chaque fois. Et en effet, à chaque fois qu’il annonce la mort prochaine à quelqu’un, elle vient à coup sûr. Et Abulu prédit à Ikenna sa mort prochaine, comme une promesse… [je n’en dévoilerai pas trop quand même].

« Le plus troublant chez Abulu, c’était sa capacité à percer le passé des gens autant que leur futur, au point souvent de démanteler l’empire illusoire des âmes, de retirer le suaire du cadavre des secrets enfouis. Avec un résultat toujours sinistre. »


Dans toute l’Afrique, et ailleurs bien sûr, ce type de croyances est toujours très répandu et vivace. Quand le « mal » est lancé, rien ne peut plus l’arrêter. Les victimes prennent les mots au pied de la lettre, y croient dur comme fer, donnant tout pouvoir au prophète fou, et se positionnent aussitôt en victime, et la peur, tenace, est un moteur puissant pour aider à concrétiser ce type de malédiction. Sans cette rencontre maudite au bord du fleuve, la mort ne serait sans doute pas survenue... Ensuite tout s'enchaîne...

Abulu le maudit, Abulu le crasseux prédit à Ikenna qu’il sera tué par un pêcheur, et que ce pêcheur sera l’un de ses frères. Si Ikenna n’a pas tout entendu parce qu’un avion passait à ce moment-là, son frère Obembé, lui, a bien enregistré le message et saura le restituer à Ikenna qui l'exige de suite. La peur, intense, que la prophétie se réalise s'intensifie chaque jour un peu plus, et la méfiance entre les frères s’exacerbe jusqu’à devenir invivable... Ikenna soupçonne Boja. Boja le rassure… Ikenna s’apaise, puis ça revient comme une maladie… car ils ont mordu dans cette dangereuse chimère.

Le pouvoir des mots est d’autant plus puissant que, dans la région d’Akure, le dialecte yorouba est utilisé, l’anglais étant la langue véhiculaire réservée plutôt aux étrangers, sortis de la région. La force des mots dans la langue d'origine est encore plus intense.

« Car la prophétie, telle une bête furieuse, était incontrôlable et détruisant son âme avec toute la férocité de la folie, décrochant les tableaux, cassant les murs, vidant les placards, renversant les tables jusqu’à ce que tout ce qu’il connaissait, tout ce qui était lui, tout ce qu’il était devenu ne soit plus qu’un chaos. Pour mon frère, la peur de mourir comme l’avait prédit Abulu était devenue palpable, une cage dont il était irréversiblement captif, un monde au-delà duquel plus rien n’existait. »


En fond, Chigozie Obioma nous baigne également dans la politique dictatoriale, les partis au pouvoir à l’époque, ceux qui veulent le prendre, puis la guerre civile de 1969 est évoquée, ainsi que les élections prochaines, les troubles dans la rue, etc.

Le rêve du père de voir ses enfants réussir dans des professions au statut social valorisant s’écroule.

La suite du récit est celle d’une vengeance par les deux plus jeunes des quatre frères aînés. La suite logique, donc, de cette malédiction qui a mené toute une famille au malheur, au chaos.

C'est pour moi un livre magnifique, et même une petite merveille ! Un roman anthropologique !
Nous ne sommes pas dans le réalisme magique, mais dans la réalité de la magie, la magie comme une noirceur qui tue, et qui existe encore aujourd'hui.

mots-clés : #contemporain #famille #initiatique
par Barcarole
le Ven 27 Oct - 23:36
 
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Sujet: Chigozie Obioma
Réponses: 11
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Malcolm Lowry

Ultramarine
Titre original éponyme, roman, 220 pages environ, 6 chapitres non intitulés, paru en 1933.
Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 Ultram10
Un exemplaire de la première édition, publiée par Jonathan Cape en Angleterre.

Dès avoir pris connaissance du thème, et tourné les premières pages, on se dit: "houlà !"
Allons donc, voici un certain Malcolm Lowry, jeunot, inconnu, qui s'attaque à un roman largement autobiographique, ayant trait à la mer et à la navigation en équipage, à une date à laquelle les Melville, Stevenson, Conrad, Loti et consorts sont encore largement lus !

Et il aggrave de son cas: de surcroît il pose les questions rebattues à l'excès de l'accomplissement du jeune homme de bonne famille en homme, grâce aux humiliations et au travail de bord, dans le sillage d'un "Capitaines Courageux" de Kipling, par exemple (livre, au reste, cité dans "Ultramarine"), pour rester dans la littérature de gens de mer, et s'il faut sortir de celle-ci nous dirions que c'est là un thème littéraire dont on ne dénombre plus ceux qui s'y sont essayé, à toutes les époques.
Bref: un sujet-bateau (Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 1038959943  je n'allais pas la laisser passer, celle-là).

Ultramarine narre 48 h dans la vie d'un jeune marin, pas qu'un peu moins qu'un matelot, qu'un chauffeur ou qu'un lampiste:
Un mousse. Le plus bas de l'échelle.
Dana Hilliot (c'est son nom, = Idiot ?) est à l'âge du basculement de l'état adolescent à celui d'adulte: à l'évidence ce voyage sera initiatique.
De lui, on sait des origines norvégiennes, un rapport trouble, pas réglé à ses parents et ascendants, sur lesquels il fabule, on n'est pas loin de la mythomanie, mais plutôt dans un sens abaissant envers ceux-ci.
On lui sait une idylle, un amour chaste et pudique, envers une jeune fille, Janet, anglaise, de son milieu social, et Dana va tenter de maintenir pur cet amour, un peu fleur bleue, en dépit des aléas et habitudes inhérents au métier de marin au long cours.

Le bateau lui-même porte le nom d'Œdipus Tyrannus, rien que ça n'est-ce pas, tout un programme !
Pour l'anecdote Lowry, dans la première édition d'Ultramarine, l'avait nommé "Nawab".  
Œdipus Tyrannus, c'est le nom que Lowry donnera au bateau sur lequel Hugh, le demi-frère de Geoffrey Firmin, embarquera pour faire, lui aussi, l'apprentissage du métier de marin dans "Au-dessous du volcan".
Le navire a tantôt été norvégien de pavillon, tantôt britannique. La Norvège était un des pays les plus pauvres d'Europe à l'orée du XXème siècle. Souvenons-nous que Malcolm Lowry a parfois soutenu, sans que ce soit vraisemblable, que lui-même avait quelque ascendance norvégienne.
Un autre bateau (toujours cette fine technique du contrepoint chez Lowry) "navigue" au long cours tout au long de ce roman: l'Oxenstjerna ("Front-de-bœuf", en norvégien), qui revient à de multiples reprises, comme un bateau-arche, sublimé, mythifiable, obsédant et mystérieux, dont nous ne savons rien, ou si peu.


L'Œdipus Tyrannus le rejette, lui est incompréhensible. On sent d'emblée que, de l'adaptation de Dana au navire, dépendra son accomplissement (la réussite ou l'échec de son voyage initiatique), non seulement de marin, mais sa transfiguration de jeune homme de bonne famille en marin (déclassement social, mais désiré), d'adolescent en adulte.

Lowry en vient même à évoquer Dana en termes plus généralement employés pour des machines, histoire de rendre évident le côté fusionnel - et sa nécessité:
Chapitre VI a écrit:La tragédie de l'après-midi , les affres du voyage, tout était oublié. Subitement il eut de lui-même une vision d'une parfaite netteté: une feuille rouge tombée sur un torrent blanc. D'un seul coup, dans sa vie, il n'y eut plus d'incohérences, ni ruptures de temps, ni flottements, ni grippages. C'était lui, rien que lui, dont les rouages intérieurs s'étaient disloqués.

Et, tout d'un coup, le tintamarre tourbillonnant des mécanismes enchevêtrés et des aciers étincelants fit place, en son esprit, à une claire intuition des relations logiques qui commandaient les impitoyables cadences de ces barres de mouvements; les leviers se mirent à danser en mesure avec une étrange cantilène que Hilliot, inconsciemment, avait modelée sur leur murmure, et il lui apparut qu'à travers tout ce complexe engrenage - pièce agrippant une autre pièce, tiges droites qui se levaient pour s'emparer de tiges courbes, leviers qui culbutaient en arrière, se contorsionnaient vers l'avant, - c'étaient sa propre raison d'être, ses propres conflits qui étaient en cause. Finalement, le sens même de son voyage lui devenait évident, et de cela, il devait rendre grâce au puissant, généreux navire.  

Ces énormes cônes de lumière qui inondaient certains espaces, ménageant d'autre part des masses d'ombres brisées, c'étaient, à l'intérieur d'une maison de ténèbres, les luminaires de son esprit qui se mouvaient; mais ces luminaires mêmes, quelquefois, étaient engloutis par l'irruption du grand jour, et la maison de ténèbres se transfigurait en un arbre éblouissant.


Dana évolue dans un monde clos et masculin qui le rejette et l'humilie. Son déclassement social volontaire n'est pas accepté ("il prend la place d'un brave petit gars, sans besoin"). Confiné à des tâches basses -les plus basses à bord-, il cherche à approcher deux marins norvégiens d'origine comme lui, Norman et Andy; afin de s'en faire des compagnons.

Andy est tutélaire, respecté par l'équipage, influent au-delà de ses fonctions (il est coq, chef cuistot).
Une parfaite figure de père de substitution, incarnant, en somme, la loi à bord du navire, navire dont on ne se lasse pas de rappeler qu'il se nomme Œdipus Tyrannus.
Norman, son subalterne mais qui ne le quitte pas non plus en dehors du temps de travail, paraît être "un bon gars", simple et sans calculs.

Andy a, peut-être aussi, quelque chose de totémique via son extranéité, totale vis-à-vis du milieu dans lequel se mouvait Dana Hilliott; en ce sens Andy rappelle Queequeg de Moby Dick de Melville, et pas seulement par les tatouages, mais aussi par l'expérience brute, tangible, l'école du terrain, d'où découle sa position (somme toute en vue, à sa façon aristocratique ou plus exactement élevée, à l'échelle du navire) obtenue par ses mérites, avec l'assentiment d'un équipage entier.  
Ou encore, en figure tutélaire de père de substitution sorti de la confrontation directe avec la mer, de manière longue, c'est-à-dire éprouvée à l'aune du temps, et qui en fait un chef incontestable confinant au totem, voir le Capitaine Disko Troop de Capitaines Courageux de Rudyard Kipling.

Mais Andy, selon une rude pratique traditionnelle envers les nouveaux, et aggravée par les origines de Dana, repousse Dana, l'éprouve, le houspille sans cesse, l'accable de remontrances, de travail, d'humiliations.

Une phrase-clef du livre est: "le bateau t'adoptera si tu le mérites" (notez encore la personnification du bateau).
La manière dont Dana se débarrasse peu à peu de ses faux-semblants, comme d'une gangue inutile, est fort bien tournée.
Est-ce du vécu, Monsieur Lowry ?
Je pense à singer le parler, et les manières à bord, qui ne sont à l'évidence pas les siens, attitude à laquelle il finit par renoncer, mais en douceur.
Je pense à la façon d'assumer des erreurs commises d'emblée, comme s'être rendu au rôle d'embauche en voiture - en limousine - au vu et au su de l'ensemble du futur équipage, ce qui, pour un mousse à cette époque où les automobiles étaient plutôt rares, non seulement ne se fait conventionnellement pas, mais est rien moins qu'inimaginable, erreur au demeurant commise par Lowry lui-même, à ce qu'il semble, lorsqu'il tenta sa chance dans la marine, à l'âge de son héros fictif -mais si autobiographique- Dana.

Il a une occasion de briller aux yeux de cet équipage, lorsqu'un pigeon, d'une totale incongruité, vient se poser sur un mât, à bord. Une façon de montrer qu'il est preux, capable d'actes courageux et gratuits, en somme d'"avoir la vedette" lui est offerte, cadeau tombé du ciel; mais il tergiverse, et c'est Norman qui réalise l'acte de bravoure consistant à aller récupérer le curieux -en ce lieu- volatile.

Plus tard, vers la fin du livre, ce pigeon, adopté et encagé par Norman, fournira une seconde occasion similaire à Dana, en passant malencontreusement par dessus bord, sans pouvoir se servir de ses ailes: et Dana, excellent nageur pourtant, par crainte des requins après une mise en garde d'Andy, ne plonge pas pour le secourir.
Le second signe de ce pigeon est fort différent, pour des incidents assez similaires: mais point trop ne conterai-je les conséquences, ce serait inélégant envers ceux qui lisent ces lignes sans avoir lu le livre, et souhaitent peut-être s'y plonger un jour.

Par fidélité envers Janet -pour ne pas risquer être tenté, noble et sage attitude- Dana passe les escales à bord, refusant de descendre à terre, creusant ainsi davantage le fossé qui le sépare de l'équipage.
Pourtant, tout bien réfléchi, tout bien pesé, un jour il s'y risque, au Japon. Il finit par rencontrer un autre marin, allemand, d'un autre bateau. S'ensuivent quelques pages, savoureuses, d'un Lowry très à l'aise sur un thème commun à tous ses ouvrages:
Quiconque a parcouru quelques pages de cet auteur sait combien Lowry est exceptionnel, vraiment au-dessus du lot, pour ce qui est de décrire l'ivrognerie.

Mais l'un des plus grand apports littéraires de ce livre -j'y viens enfin- tient à un procédé que je trouve remarquable, fort réussi et donnant toute sa dimension à l'ouvrage, bien que je sois certain qu'il navrera, agacera ou fera rejeter le livre par d'autres lecteurs; imaginez des motifs syncopés, composés de bribes de conversations de marins, parfois se raccordant, parfois passant là, sans intérêt, ni queue ni tête, et traversés par Dana Hilliot entièrement plongé dans de l'interne, à soliloquer en silence, avec, pour parachever l'étrange narration, des citations, parfois en grec ancien, parfois en anglais je présume, tout ceci se superposant à l'argot de gens de mer et aux débris de chants de marins...très belle et rare technique scripturale !

Le traducteur, comme l'éditeur, très confiants (trop en ce qui me concerne) dans l'érudition du lecteur, ont omis de traduire les citations en grec ancien, tandis qu'il l'ont fait pour celles des autres langues -s'il y a d'autres langues que l'anglais, ce qui est probable mais non certain.

Au grand jeu "retrouvez l'auteur de la citation", je mise quelques piécettes sur Homère et Eschyle pour le grec ancien, et peut-être Shakespeare, Yeats, Keats, Milton, Melville...
Il faut vraiment que je me procure une édition plus complète, ou plus appropriée en tous cas à mon seuil d'incompétence, lequel s'atteint il est vrai avec une célérité des plus rares.  

En conclusion, Ultramarine ne donne pas l'impression d'un galop d'essai de jeune littérateur en devenir.
Non, vraiment, je reçois Ultramarine comme un Lowry de premier plan, c'est, certes, un livre "moindre" qu"Au-dessous du volcan", mais c'est un roman extrêmement riche, je dirais même généreux en propositions littéraires, et en tous points remarquable.

Il est intrigant, et sans doute vain, de rapprocher le titre du fameux projet que Lowry, cueilli par la mort, n'a pu mener à bien, et qu'il pensait intituler "The journey that never ends" - le voyage qui ne finit jamais, et dans lequel "Au-dessous du volcan" prenait part directe au futur corpus.  
En effet, la notion d'outre-mer du titre n'est peut-être pas celle que nous entendons généralement: "outre les mers qui baignent les côtes de notre continent", en somme; mais bel et bien plutôt outre toutes les mers, outre toutes les navigations cumulées, possibles sur notre planète.
Via le voyage marin (via l'élément maritime et le bateau voguant) une sublimation, une quête abstraite en marche.



Renfloué tel quel d'un message sur [i]Parfum du 25 février 2015, il eût fallu profiter de l'occasion pour faire plus ramassé, synthétique, disons-le: lisible, mais c'est hors de mes capacités.
Quémandant votre indulgence.[/i]


Mots-clés : #initiatique
par Aventin
le Mer 11 Oct - 16:04
 
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Sujet: Malcolm Lowry
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John Williams

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 515hxf10

Butcher's Crossing


Originale : Anglais (E-U), 1960

CONTENU :
C'est vers 1870 que Will Andrews quitte Harvard après trois ans d'études pour pouvoir suivre une idée : rechercher un contact plus originel avec la nature. Muni d'une adresse, il tombe à Butcher's Crossing sur une ville au carrefour de la chasse vers les derniers grands troupeaux de buffles. Il y va se joindre à un groupe d'hommes, guidé par un certain Miller, qui lui, parle d'une vallée cachée avec un troupeau pas encore découvert. L'excursion se prépare et les quatre hommes partent. Le voyage et ensuite l'arrivée dans cette vallée reculée, la chasse aux buffles et la (sur)vie des hommes vont être racontés : on deviendra insatiable...

REMARQUES :
Après l'incroyable « Stoner » de John Williams, je ne pouvais que continuer à explorer cet auteur. J'ai donc pris ce roman antérieur de plusieurs années à Stoner, écrit en 1960. Et à notre grand étonnement nous découvrons que ce roman se situe complètement ailleurs : dans la deuxième moitié du XIXème siècle, dans le cadre du Far Ouest, d'abord avec les clichés y associés : cow-boys, filles légères, salon, coiffeur, chevaux dans un village de croisement, de départ et de retour d'expéditions pour chasser les derniers grands troupeaux de buffles. Mais déjà faut-il de plus en plus loin pour des troupeaux de moins en moins grands.

Assez rapidement, et sur la recommandation d'une vague connaissance, Will Andrews contacte un aventurier qui parle de ce qu'il avait découvert des années auparavant : une vallée isolée, cachée, ignorée, avec un énorme troupeau de buffles. C'est vraiment rapidement que le projet prend forme, qu'on se munit du nécessaire et qu'on partira à quatre. Le voyage, inclus une période sans eau et une perte d'orientation, puis l'arrivée dans la vallée (comme une arrivée à la terre promise…) ouvre vers la partie centrale, qui se déroule alors dans cette vallée : chasse, campement, surpris par l'hiver… Se déroule alors dans ces grandes espaces une sorte de huis-clos entre quatre hommes de trempes différentes.


Disons en passant que ce cadre bien différent de Stoner peut convaincre plus d'un sur la maîtrise, la flexibilité de Williams dans son écriture… Ayant souligné alors cette diversité on pourrait explorer cette curiosité que l'auteur donne au protagoniste Andrews son nom de famille comme prénom : William/Will. Donc de là la vague idée d'une forme de souvenirs autobiographiques. Pas du Far Ouest, mais peut-être de la confrontation avec la violence que constituaient probablement pour lui sa participation à la guerre mondiale. Car il faut bien souligner que notre héros Will est peut-être pas mal intentionné, mais qu'il est certainement pas entièrement préparé : les durétés de l'expédition vont le changer à jamais, lui qui était arrivé à Butcher's Crossing comme un garçon innocent.

Donc, le lien avec la vie de l'auteur sont bien sûr juste des idées personnelles possibles, mais ce qui est sûr c'est que des expressions, des réalités très différentes (Stoner ; Butcher'sCrossing) peuvent rendre dans leur complémentarité une idée d'une personne.

Le lieu (« Croisement des bouchers ») me fait penser à un carrefour de décision de vie ce qui est probablement le cas pour Will.

On pourrait (âmes sensibles) retenir le massacre des buffles dans la deuxième partie du roman, mais cette chasse ne constitue qu'une partie du récit. Donc, la comparaison avec le roman légendaire de McCarthy « Méridien de sang ou le rougeoiment du soir dans l'Ouest » n'est pas justifié coté sang, massacre, violence inouie. S'il y a parenté, éventuellement par le fait que l'Ouest américain se créa sa propre fin ? Le massacre aux buffles, presque anéantis entièrement, sont un parabole nous invitant à la réflexion.

Un centre d'intérêt de ce roman serait certainement la vie en univers clos : quatre hommes, liés pour une période prolongée les uns aux autres. Presque un huis clos donc.

Un très bon roman qui n’atteint peut-être pas encore la qualité de Stoner mais laisse présager le meilleur ! Invitation à la lecture !

mots-clés : #aventure #initiatique #nature #violence
par tom léo
le Mar 26 Sep - 18:20
 
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Sujet: John Williams
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Mikhaïl Boulgakov

J'ai lu Le maître et Marguerite il y a 100 ans. Et plus récemment, Récits  d'un jeune médecin et Morphine.

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 97822512

Récits d'un jeune médecin
traduit du russe par Hélène Gibert

Ce sont donc six récits inspirés du séjour qu'a fait lui même Mikhaïl Boulgakov dans un hôpital civil de la province de Smolensk , où il avait été affecté en 1916. Situation un peu extrême du fait de l'isolement géographique et des conditions climatiques pour un jeune médecin fraichement diplômé mais sans aucune expérience pratique. Comme tous, donc.
A partir de cas cliniques rencontrés , Boulgakov construit des récits d'un réalisme parfait, on s'y croirait..
Et surtout, parvient à transmettre ( peut être que cela parlera plus à certains qui ont déjà fait ce genre d'expériences d'une angoisse infinie, où on se sent tellement nuls)la différence entre savoir théorique et confrontation à des situations concrètes.
Avec, dans la progression de ces récits, un cheminement qui est finalement toujours le même, la peur et l'obligation de l'affronter sous le regard de ceux qui vous prennent pour quelqu'un qui, du fait de ses pseudo-compétences , va dominer le problème ( et de là, l'intelligence de comprendre, il l'explique très bien, que finalement, les diplômes ça ne sert pas à grand chose, et qu'il faut absolument accepter l'aide de ceux qui n'ont pas le bout de papier, mais qui ont l'expérience), puis la réussite une fois, quelquefois par le plus grand des hasards.Et après une reprise de confiance en soi qui se termine toujours par une surestimation, et là, l'échec ( il n'y en a pas beaucoup, d'échecs vraiment graves dans ces récits, c'est dommage) , le retour sur terre et la nécessité de redémarrer .

La lecture de ces récits devrait être rendue obligatoire à tous les étudiants en médecine, ils sont très fins, très bien écrits bien sûr et même si l'on n'est plus dans la Russie de 1916, cela n'a aucune importance, la leçon donnée , l'expérience racontée n'ont ni âge ni lieu.

( récup)


mots-clés : #autobiographie #initiatique #medecine
par Marie
le Mar 12 Sep - 21:19
 
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Sujet: Mikhaïl Boulgakov
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Carlos Liscano

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 51bnk-10

La route d'Ithaque

Original: El camino a Itaca (Espagnol/Uruguay, 1994)
écrit, selon note de l'auteur sur la dernière page à Barcelone – Montévideo – Stockholm 1991-94

CONTENU:
Le narrateur Vladimir a quitté son pays d'origine, l'Uruguay, et a atterri via le Brésil – où il avait rencontre la Suèdoise Ingrid – en Europe, en Suède, pour y réjoindre dans un premier moment la dite Ingrid. „A peine il est là, qu'il est déjà parti.“ Et cela pour l'homme corporel qu'aussi bien intéreur. C'est comme si son départ le met en route pour la vie? Oui, aussi à la fuite d'une paternité en Suède, et il arrivera par Paris à Barcelone où il va rester un bon moment. Alors en tout cela il sera en contact avec les différentes réalités de la vie d'un „métèque“, comme il l'appelle lui-même, en citant ce que c'est qu'un métèque:

Un métèque, du grec ancien μέτοικος, métoikos, « celui qui a changé de résidence », est dans la Grèce antique, un statut intermédiaire entre celui de citoyen et d'étranger, réservé à des ressortissants grecs d'autres cités. Aujourd'hui, le terme a pris une connotation péjorative et désigne un étranger à l'aspect exotique qui n'inspire pas confiance.

STRUCTURE:
Unités plus ou moins longues de 2 – 8 pages, séparées par des espaces.

REMARQUES:
Après un longue séjour dégradant et sous la torture dans les prisons de son pays natal, l'Uruguay, l'auteur a connu en 1985 lui-même l'exile, et a atterri lui aussi en Suède et en Catalogne, mais alors pour d'autres raisons que notre Vladimir, figure fictive de ce roman. Et qui fût baptisé ainsi par ses parents ultra-communistes, secs, sans grand amour, en honneur du grand Oulianov/Lénine). Donc je ne serai pas étonné que dans son vécu, mais certainement dans les réflexions qui sous-tendent ce livre, Liscano y puise et s'en inspire. Ce qui était chez Liscano avant tout une nécessité politique et de sécurité, est chez Vladimir plutôt une fuite et un désir peu mur de rejoindre la femme Ingrid en Suède. Quand celle-ci tombera enceinte il ne peut supporter, peut-être aussi à cause d'une incapacité de prendre responsabilité. Il la pousse vers un avortement mais elle se refuse et il deviendra Papa malgré son refus. Il cherche alors le large, financièrement et de point de vue de logement complètement dépendant d'Ingrid, et se sentant pris en otage à cause de l'enfant.

A la suite il sera env une année et demie comme sur un chemin d'errance jusqu'au retour envisagé : de là probablement l'allusion du titre à Ithaque, lieu d'origine d'Ulysse. Et qu'est-ce qu'il ne va pas vivre pendant ce temps dans un Barcelone se préparant aux Jeux Olympiques, chassant les « perdus » de la société. D'un coté les conditions extérieures et de travail, les dépendances d'un sans papier – de l'autre coté l'intranquillité intérieure, l'état d'âme : il ne peut « rester », se reposer. Partout il s'en va avec lui-même dans les bagages, mais il fuit au même moment ces réalités. C'est la douleur qui reste, la plaisanterie est passagère. Depuis longtemps, l'Uruguay n'est plus SON pays ; y retourner il ne le peut pas. Quelles sont vraiment les alternatives..., et nos premiers jugements sur les réfugiés ne nous permettent pas à voir une forme de coupure définitive, en beaucoup de cas.

Bien sûr ce livre contient des notes et impressions autobiographiques, néanmoins on trouvera un autre perspectif plus „fictif“ que dans le „Fourgon des fous“, récit de ses années en prison et sous la torture. Nous lirons un récit crédible comment une vie de sans papier pourrait se dérouler en Europe: leurs conditions de vie, la précarité, l'exploitation par des „esclavagistes“ modernes... Alors nous saurons ce que signifie être un étranger dans l'Europe. On y trouvera dans cette domaine là des remarques perspicaces auxquelles on n'a pas forcement penser avant.

Des fois un certain sarcasme, un certain pessimisme, exprimé surtout dans la première partie du roman, face à la vie demande une forme d'encaisser, et de ne pas se laisser tirer vers le bas. Partiellement cela est empoissonné..., même si cela pourrait être compréhensible de la part de quelqu'un qui est au plus bas...

En général un livre qui éclaircit des pages sombres, ici chez nous. Et donne des perspectifs de compréhension.


mots-clés : #contemporain #exil #initiatique
par tom léo
le Dim 10 Sep - 9:11
 
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Sujet: Carlos Liscano
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Paulo Coelho

Oceanlys, tu m'excuseras (tu peux mettre ça sur le fait que je suis dans un jour de rogne pirat )

L’alchimiste

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 L-alch10

C’est un joli conte en forme de parcours initiatique. Un jeune garçon « écoute son cœur » et n'hésite pas à courir après sa « légende personnelle ». Bien sûr le chemin sera dur, mais à l'arrivée il trouvera son trésor (là, je spoile, mais dès la première la 3e page on l’a compris).
L’histoire de ce périple en elle-même est bien agréable à lire, avec tout ce qu'il faut d’amour, de péripéties, de magie ésotérique et de morale.

Ce n'est pas mal écrit du tout. Ce qui est gênant c’est que c’est explicatif et pontifiant. Ce que j’aime dans les contes, c’est qu'il y a plusieurs degrés de lecture : une belle aventure, et on peut en tirer des leçons. Là, Coelho ne nous laisse pas faire ce travail, il explique de A et Z les conclusions qu’on doit tirer du récit, et les assène d'une façon péremptoire et répétitive. Cela n'a pas suffi à me gâcher l'histoire, mais cela m'a quand même pas mal irritée.

Ce qui peut surprendre est le succès planétaire de ce livre, de ce message. Mais finalement pas tant que ça puisqu’il se contente de reprendre du bien basique, qu'utilise n'importe quel gourou en développement personnel : l'amour donne un sens à la vie, écouter son coeur, la chance sourit aux audacieux, le chemin a plus de sens que le but, le bonheur n’est souvent pas aussi loin de soi que ce que l'on veut bien croire, l'argent ne fait pas le bonheur. Tout cela est idéniable, mais tout cela est complètement faux aussi. Adolescent, cela doit donner un message d’espoir : il suffit d’être courageux pour être heureux. Cela flatte tous les adeptes du « y’a qu’à ». À 50 ans, ça passe moins bien, on a compris depuis longtemps que tous ces gentils préceptes sont quand même assez théoriques quand on mène sa vie (mais là c'est sans doute que je n'ai pas su écouter mon cœur tout au long de mon chemin ).

Ce qui me dérange aussi c'est que la légende personnelle de Fatima semble être d'attendre l'homme qu'elle aimait et de rester à sa disposition.

Et ce qui me gêne tout autant c’est ce Dieu et ces vagues éléments de religion mal assimilée qui apparaissent sur la fin, au milieu de tout ce fatras de bonnes intentions.

Ce qui m'irrite carrément, c’est ces principes assénés comme si c'était La Vérité. Qu’est ce qu’il en sait, Coelho, qu’appliquer son message nous permettrait d'atteindre un monde meilleur ? Il se prend pour Dieu avec ses théories, ses promesses, sa toute-puissance. D'abord, si c’est quelque chose d’alléchant au niveau personnel cette histoire d'écouter son cœur, de laisser sur le côté du chemin ses parents (qui vous ont un peu donné de l’argent au passage), la femme qu'on aime, pour courir après un trésor hypothétique, je ne suis pas sûre qu’au niveau de l'humanité, ce soit un bon mode de fonctionnement. Qu’il ne faille pas parfois accepter de faire certaines concessions, renoncer à certaines ambitions personnelles, en somme, tourner ses yeux vers l'autre et non pas vers sa propre petite légende personnelle.

Ce qui me saute aux yeux enfin, c'est une certaine contradiction dans le propos car oui, il faut écouter son cœur, oui, il faut  affronter courageusement les épreuves, oui il faut respirer l’air pur et la liberté, non, il ne faut pas se dire que l’argent est la clé de la vie mais, quand même, il faut revenir chez soi et y rester tranquillement jusqu'à la fin de ses jours, et le fameux trésor est bien une caisse de pièces sonnantes et trébuchantes, à croire que tout ce qu’on a appris en route n’est pas suffisant. Cela me fait un peut penser à ces jeunes gens qui se paient un tour du monde comme année sabbatique et qui viennent à leur retour prendre l’ emploi de jeune cadre branché dynamique pour lequel ils ont été préparés. C’est très bien, en soi. Mais le sentiment de supériorité qu’ils en tirent m’agace un peu.

On croit donc en lisant que c’est gentillet, mais si on reprend le tout, il y a des choses assez gênantes. Il est bien dommage que tout ce prêchi-précha soit venu altérer mon plaisir de lecture car, sans cela, c'était une bien jolie histoire. Il faut sans doute abandonner un certain état d’esprit cynique pour aimer totalement ce livre,  se retrouver naïf et enfantin. Cela veut dire laisser de côté son sens critique, son ironie, et je n’en suis guère capable  Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 2441072346 .

(commentaire récupéré)


mots-clés : #initiatique
par topocl
le Ven 8 Sep - 17:03
 
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Réjean Ducharme

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 Cvt_la10



L'avalée des avalés

ouf je me suis moi aussi laissée avalée par le récit, par les phrases  qui s'enchainent rapides, intrépides, choquantes, bouleversantes comme le sont les idées, les actions et les sentiments de cette gamine rebelle. Sa rébellion qu'elle nourrit de sa haine, de sa force,  de sa solitude et de sa peur parce que la vie n'est que "vacherie de vacherie", les adultes ne sont pas à la hauteur, ni sa mère, ni son père lesquels dans un  profond ressentiment réciproque se sont "partagés" l'éducation  des enfants, l'aîné Christian appartiendra à la mère (catholique) et Bérénice à son père (Juif). Comment un enfant peut-il vivre son enfance,  être équilibré dans un tel foyer  ?

De Christian et Constance son amie, seuls, elle souhaite obtenir.

"Quelque raison qui m'éclaire ce soir, quelque force qui m'émeuve maintenant, il reste que Christian et Constance me hantent que je les cherche, que je les attends, qu'il faudrait que je les possède, qu'il faudrait que je ne souffre pas à cause d'eux. Il faudrait que je ne connaisse d'eux que leur visage. Il faudrait qu'ils ne soient pour moi que le fou et la reine qu'on déplace sur l'échiquier. Mais je m'ennuierais. Il ne faut pas souffrir. Mais il faut prendre le risque de souffrir beaucoup. Mais j'aime trop les victoires pour ne pas courir après toutes les batailles, pour ne pas risquer de tout perdre. Va te coucher. Vacherie de vacherie!"

"On ne peut rien contre la solitude et la peur. Rien ne peut aider. La faim et la soif ont leurs pissenlits et leur eau de pluie. La solitude et la peur n'ont rien."


Mais Bérénice  veut que son frère lui appartienne elle veut compter beaucoup, trop, pour lui alors même qu'elle est très lucide sur la soumission qu' il accorde à sa mère qu' elle veut haïr ; qu'elle croit haïr.

"Elle me dépasse. Elle m'échappe. Elle me glisse entre les yeux comme l'eau glisse entre les doigts. Pour moi c'est clair : elle est un danger, une menace terrible. C'est un soleil qui me flamberait l'âme si je ne fuyais pas, ne m'en défendais pas."

"Mon idylle avec la panthère blanche aux yeux d'azur ne dure plus, n' a plus cours. Elle a vécu ce que vit toute douceur : l'espace d'un malentendu. C'est sa faute ! C'est une imbécile. Elle est bête à pierre fendre. Elle n'a rien compris. Je l'aimais comme un garçon aime une fille.  Quand j'étais seule avec elle je ne pouvais la regarder sans avoir l'impression de faire du mal. Elle n'a rien compris."

Il faut à Bérénice se protéger en niant, en fuyant tout, même la vie.

"La vie ne se passe pas sur terre, mais dans ma tête. La vie est dans ma tête et ma tête est dans la vie. Je suis englobante et englobée. Je suis l'avalée de l'avalé."

La gamine, se réjouit des disputes entre ses parents, ce qui est d'ailleurs assez rare chez les enfants, mais elle s'en nourrit.

Le père évoquant la mère  :

"Elle a un sexe entre les jambes, elle le porte haut et droit, et un sexe, ma bonne amie, un sexe de femme, un sexe comme tu as la douleur et la honte de devoir en avoir un, c'est tout ce qu'un homme a besoin quand il prend une maîtresse. Elle copule, et ça ne lui met pas le coeur à l'envers. Elle se regarde quand elle est toute nue, et ça ne la dégoute pas. J'ai entendu dire qu'elle lave aussi souvent son sexe qu'elle se lave les oreilles. Pis, elle m'a avoué qu'elle traite son sexe comme son estomac. Quand l'un ou l'autre crie famine, elle lui donne à manger. C'est un curieux spécimen d'une race à laquelle ont ne veut plus guère appartenir : la race humaine."

La mère au père :

"-oui mes frères collaboraient ! Et j'aurais dû collaborer avec eux ! A quatre, nous aurions tué plus de juifs ! Il en resterait moins aujourd'hui. Vous ne seriez peut-être pas de ceux qui restent."

Alors que Christian se bouleverse pour ses péchés, Bérénice ne cède rien à la religion, n' y trouve aucun secours.

"Je ne marcherai pas avec Yahveh. Je marcherai contre les flammes et contre les armées. J'aime mieux être du mauvais côté, s'il faut absolument être d'un côté."

Bérénice choque son frère par son attitude, ses excès ; elle s'accorde tout de même un inceste dans la vie qu'elle a dans sa tête avant d' être expédiée  à New York par son père chez un oncle "redresseur".

"Je sors enceinte du lit de l'enfance. J'en ai plein la ceinture. Des crimes ont pris racine dans mes entrailles, et poussent, se gonglent. Quand je mettrai bas, ce sera laid ! Quand je me promènerai sur le trottoir avec ma ribambelle de crimes, ils trembleront. S'ils ne tremblent pas, ils vomiront ou me cracheront à la figure."

Son amie Constance l'accompagne dans son exil, mais elle y perdra la vie. Bérénice grandit mais elle continue à faire le "mal" et l'oncle la renvoi chez elle.

"J'ai si mal à l'âme Zio, et c'est si important d'avoir mal à l'âme quand on a très mal à l'âme, que je ne peux m'empêcher de m'occuper de mon âme."

Son père l'expédie, à nouveau, mais en Israël.

"Je crois que si les êtres humains s'habituaient à vivre sans rêves, sans leurres, sans faux-fuyants, se décidaient à prendre leur angoisse à bras le corps ils finiraient par produire des individus capables de les guérir.

Elle est incorporée dans une section de l'armée dans  poste de surveillance à la frontière.

"Le seul combat logique est un combat contre tous. C'est mon combat. C'est, sans qu'ils s'en rendent compte, le combat de tous ceux qui font la guerre.

Elle nous l'a dit Bérénice, elle aime les victoires, toutes les batailles, elle le démontrera.



L'écriture m'a encore une fois séduite et c'était pourtant un choix difficile que ce (presque) monologue intérieur d'adolescente.


mots-clés : #initiatique #psychologique
par Bédoulène
le Mer 30 Aoû - 14:46
 
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Jef Geraerts

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 Oiseau10

Oiseaux de nuit. - Le Castor astral


Septembre 1943, Carl 13 ans vit à son grand regret les derniers jours de vacances dans la ferme de ses grands parents.
Il connaît un bonheur sans mélange dans la foret. Un bonheur fait de liberté totale et protégée.
Le reste du temps il lit Salambo et  son imagination s'enflamme.

Il rencontre un jour un ado de son age. dépenaillé, turbulent, sauvage. Jos.
Tout les diffrencie, mais ils partagent le même gout pour la nature, les aventures. Ils deviennent amis.
Jos lui fait connaître sa famille, sa mère et sa soeur, des créatures féminines sensuelles et somptueuses.
Ils sont gitans et traités en conséquence. Logés dans une cabane délabrée, hors du village. Mais pas à l'abri de la maveillance des braves gens.
Les femmes sont ravies que Jos ait enfin un ami.
Quant à Carl, il tombe raide amoureux d'Alice, une file de seize ans, encore un peu retenue mais physiquement épanouie.

Tous trois vont vivre des moments magiques de liberté et de sensualité inoubliables.
Des virées fantastiques dans les bois la nuit.
Ils couchent à la belle étoiles dans des meules de foin.
Et Carl et Alice n'en finissent plus de se caresser et de s'embrasser.
L'aventure finira mal.

Le livre n'est pas un roman. L'auteur a rééllement vécu cette folle histoire cinquante ans plus tôt. Elle a bouleversé durablement sa vie et il n'a eu qu'un désir, revivre par l'écriture ce qu'il vécut.
Il ajoute qu'il a connu en quelques jours plus d'évènements que pendant tout le reste de sa vie et avec plus d'intensité.
On le comprend et on le croit.

Et par chance, il a réussi à communiquer cette intensité au lecteur.
J'ai rarement ressenti une telle plénitude et un tel bonheur de mots pour exprimer une aventure totale à un àge où généralement on se contente de la rêver.


mots-clés : #initiatique #nature
par bix_229
le Dim 27 Aoû - 21:25
 
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Sujet: Jef Geraerts
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André Gide

Pour l'instant je n'ai lu que les Faux monnayeurs qui m'a fait une forte impression !

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 51fdrp10

Les Faux-monnayeurs

Ca y est, j'ai découvert Gide. Et c'est un sacré morceau que Les Faux-monnayeurs. Une narration chronologique qui apprécie la forme indirecte et multiplie les points de vues presque autant que les personnages. Extraits de journal tenu par Edouard, un des principaux personnages, lettres, dialogues et réflexions entrecoupées. Mais aussi réflexions sur la forme du roman et de la narration, en plus du roman dans le roman, qui s'appelle, pouvait-il en être autrement, Les Faux-monnayeurs...

Les pistes sont mouvantes mais pas si brouillées que ça. Tout en maniant avec dextérité un humour acerbe Gide suit une construction scrupuleuse autour de quatre personnages, surtout. Deux adultes : Edouard, l'auteur des Faux-monnayeurs, un "vrai" aux prises avec ses limites et Passavant filou manipulateur et écrivain pour la pose. Deux jeunes qui passent leur bac : Olivier gentil mais suiveur et Bernard plus impulsif et qui fâché avec certaines apparences choisi de s'enfuir de la maison...

Deux visions de la littérature et deux figures de mentors potentiels. Un roman d'apprentissage à plusieurs facettes donc mais en plus compliqué. Olivier et Bernard causent volontiers littérature et veulent écrire eux aussi. Olivier est amoureux d'Edouard et réciproquement, mais c'est Bernard qui part avec mais tombe amoureux en un sens de Laura qui ... et ainsi de suite dans ce petit monde qui est bien un petit monde dans lequel on se connaît plus ou moins et se retrouve plus ou moins.

Mais les faux-monnayeurs qui sont-ils ?  Difficile de ne pas attribuer le titre aux joueurs du grand jeu des apparences et des conventions que nous sommes tous plus ou moins, surtout aux moins "gentils" des personnages. Là c'est l'autre trame qui court parallèlement au geste littéraire. Autant l'humour est grinçant autant l'auteur marque un cheminement moral sur le fil à travers les destins croisés qu'il a choisi.

Un cheminement sans grand chose de vraiment irrémédiable tellement les possibles sont nombreux, les circonstances changeantes et présent l'espoir de venir à bout de la carapace de "faux". Reste encore à bien le voir arriver le faux.

Ca n'arrête pas ce roman qui se lit avec une facilité et une gourmandise déconcertante (un poil coupable) !

On pourra être moins sensible à l'intérêt porté aux adolescents mais s'arrêter à ça serait passer à côté d'une oeuvre à peine croyable aussi complexe que vivante. Mouvante, et le lecteur bouge avec.

Impressionnant, déchaîné... tout en bénéficiant d'une écriture qui sait aussi se faire classique. Une vision du luxe.

(Récup).

mots-clés : #creationartistique. #initiatique
par animal
le Sam 19 Aoû - 18:21
 
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Sujet: André Gide
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André Gide

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 51dcg510

La porte étroite :

On reproche à Gide d'être précieux, suranné, pompeux...
Décidément, je ne m'y retrouve pas du tout. Je le trouve d'une lisibilité des plus agréable, et d'un style toujours précis. Un peu comme Flaubert, il n'utilise pas de mots superflus, on le sent dans une recherche de pureté. A contrario d'un Huysmans par exemple (que j'adore mais qui en fait des caisses dans la recherche d'une langue précieuse).

On sent que l'autobiographie n'est pas très loin dans ce récit, en tout cas pour sa jeunesse. L'intrigue peut paraître désuète, surtout à la vue de la réaction d'Alissa, qui va se plonger dans la foi et la vertu au lieu de répondre aux attentes du narrateur.

Je peux totalement me planter dans mon interprétation, mais j'ai vu un message universel derrière cette histoire, et encore plus d'actualité aujourd'hui à l'ère du virtuel, des sites de rencontres etc. Le thème du fantasme amoureux. Au final, au lieu de prendre des risques, de se jeter dans le réel, on va préférer idéaliser un amour potentiel, une histoire parfaite, car fantasmée. C'est la cristallisation chez Stendhal.
Que ce soit Alissa, qui finalement rêve totalement son histoire, et s'auto-condamne dans sa solitude, ou sa sœur qui, elle, enfouit ses sentiments, et se jette dans un mariage d'intérêt, de dépit.
Il y a quelque chose de désespéré derrière tout ça.

mots-clés : #initiatique #religion





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La symphonie pastorale :


Un court récit sous forme de journal. C'est très vivant, et loin d'être austère comme j'ai pu le lire. Je me suis régalé à la lecture, entrant parfaitement dans la tête du narrateur. La religion est toujours présente, mais encore une fois, je ne pense pas que l'on puisse s'arrêter à ça, je dirais même plus que l'on peut faire une lecture de Gide en l'occultant presque. La trame est suffisamment torturée, même sans forcément s'attarder sur la morale religieuse.

Voyez donc : une jeune aveugle est recueillie dans une famille, quasi muette et pratiquement sauvage. Le père, pasteur, va tenter de l'éduquer, et de lui apporter à travers ses mots sa vision de la vie, et tâcher de lui transcrire ce qui lui échappe : le visuel.
Problème, il va de plus en plus s'attacher à elle, au point d'en délaisser sa femme et ses autres enfants, pour finalement ressentir de plus en plus d'attirance envers la jeune femme. Dans le même temps, le fils tombe également sous le charme de la petite... Je vous laisse imaginer le tableau, digne d'une tragédie grecque !

Dans une prose toujours aussi limpide, qui coule avec grâce, on tourne les pages sans s'en rendre compte, et c'est déjà fini, on en redemande !
par Arturo
le Sam 19 Aoû - 15:58
 
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Sujet: André Gide
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Joseph Kessel

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 Kessel10

Les cavaliers

quatrième de couverture a écrit:Kessel a situé en Afghanistan une des aventures les plus belles et les plus féroces qu'il nous ait contées.
Les personnages atteignent une dimension épique : Ouroz et sa longue marche au bout de l'enfer... Le grand Toursène fidèle à sa légende de tchopendoz toujours victorieux... Mokkhi, le bon sais, au destin inversé par la haine et la découverte de la femme... Zéré qui dans l'humiliation efface les souillures d'une misère qui date de l'origine des temps... Et puis l'inoubliable Guardi Guedj, le conteur centenaire à qui son peuple a donné le plus beau des noms : "Aïeul de tout le monde"... Enfin, Jehol "le Cheval Fou", dont la présence tutélaire et "humaine" plane sur cette chanson de geste...
Ils sont de chair les héros des Cavaliers, avec leurs sentiments abrupts et primitifs. Et pourtant le souffle de la fable et du mythe les anime et nourrit le roman.


C'est rassurant de constater en cherchant deux petites choses pour préparer ce message et en relisant la présentation de l'auteur que ce livre est considéré comme un chef d'œuvre. Dans le cas contraire il aurait fallu revoir beaucoup d'écrits à la baisse.

C'est une des lectures qui donnent toute la démesure de cet acte qu'est la lecture, toute la force imposée par une œuvre qui prend le pas sur nos émotions et notre réalité de l'instant, c'est un transport fulgurant et intense... et l'épopée, incroyable, étourdissante dans des paysages d'un grandiose magique ne serait pas grand chose, si elle se bornait au presque documentaire, à l'histoire racontée...

Le conte de Kessel rend honneur aux deux objets qui sont peut-être l'âme profonde du conte, l'amour de l'histoire et l'homme, la relation conflictuelle qu'il entretient avec lui-même. Peu d'histoires vous emporteront aussi loin ou vous laisseront frémissant et exténués dans l'attente de la suite, peu d'histoires aussi vous émerveillerons par ses richesses les plus grandes et les plus pauvres. Et peu de conteurs auront le talent et la sagesse de l'auteur pour vous parler des hommes de cette manière. Ouroz champion frustré de bouzkachi est blessé, il partira alors pour un long et périlleux voyage vers lui-même et vers son père. Son père, Toursène, ancien champion, apprend la vieillesse et fait un voyage immobile vers son fils.... d'autres cheminent jusqu'au plus ancien, l'Aïeul de tout le monde, Guardi Guedj, le conteur.

Kessel réussit à faire accepter, et ressentir, le tourment de ces hommes fières, il réussit à rendre attachant Ouroz, suprêmement orgueilleux et même mauvais... même son saïs (palfrenier) et ami, le grand et fort Mokkhi au cœur d'or, tournera mal... la grandeur du conte n'empêche pas d'aller loin dans la noirceur, lucide... c'est étonnamment vivant, émouvant, remuant, haletant. Se mêlent conditions et obligations sociales, fierté, conduite, envie et faiblesse... les choses ne sont pas sans raisons les bonnes comme les mauvaises et dans toute l'aura du conte, du déchirement entre le bien et le mal, les choses ne sont pas si claires et les conclusions rarement définitives. C'est d'une grande humanité, bien observée, et exposée avec une certaine réserve. On garde tout dans un dangereux équilibre, le réel et la tradition comme le progrès vers une humanité plus grande, c'est magnifique tout simplement, quelque soit l'âge du personnage observé.

Et de quelle manière la réalité se mêle de fantastique dans une juste intensité du récit...

Une incroyable découverte, un choc. Un beau roman sur les tourments de l'homme et sur le rapport père-fils. Les femmes sont présentes aussi, en retrait, beaucoup, reflet du pays, et Zéré la "petite nomade" n'a pas vraiment un très beau rôle... mais elles sont présentes dans leur fascination et aussi dans le rapport de l'homme à sa condition.

580 pages extraordinaires. une preuve supplémentaire que la beauté et la puissance ne sont pas contraires de la sensibilité et de la sagesse.

Je n'en dis pas assez sur le coeur et l'âme de la chose, je ne pourrai pas et ça ne servirai pas à grand chose. Pensez à votre orgueil, votre fierté... votre besoin de vous sentir vous mêmes, d'acceptation et à ces paysages hors du monde, de plateaux, de steppes et de montagnes... et lisez ce livre, même si il a l'air un peu épais et différent de lectures plus actuelles, c'est un Livre à lire.

(pied rapatrié).

mots-clés : #aventure #initiatique #sports #voyage
par animal
le Ven 18 Aoû - 17:33
 
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Sujet: Joseph Kessel
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Michele Mari

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 4 Mari1110

Michele MARI : Les Limaces françaises. - Seuil

Felice est vieux, moche, très moche, pauvre, ignorant, maladroit.
Une épave.
Un monstre.
Et en plus, il perd la mémoire.
Il sert de jardinier et de factotum à des vieux riches qui passent leur temps à regarder des téléfilms merdiques dans leur vaste maison, près du Lac Majeur.
Felice, ils le tiennent à distance et ne s'approchent jamais de lui.

Heureusement pour Felice -pour nous- Michelino, leur petit-fils, passe ses vacances chez eux.
Il a treize ans et demi et il s'ennuie.
Mais il est très imaginatif et déjà fou de livres et notamment de Stevenson.
Au début, Felice lui parait monstrueux. Au mieux, pathétique.

"Comme il était laid cet homme ! J'essayais de l'imaginer sans cratères de variole, sans chassie sur les cils et avec un nez moins bourgeonneux et moins spongieux, il restait quand même laid.
Il y avait quelque chose d'informe dans son visage, comme s'il avait été façonné hativement avec de la pate à modeler : la bouche en particulier ressemblait à une
blessure sans lèvres...
Et il y avait aussi cette cicatrice verticale qu descendait de l' oeil à la bouc, et qui, lorsqu'il riait se fripait tout entière."


Mais ça ne dure pas.
Felice devient pour lui une sorte de héros. Un confident aussi. Un être plein de mystère et d'histoires.
Et il entreprend de  remettre de l'ordre dans sa mémoire pleine d'intermittences en le faisant parler.

Il n'a pas tort, Michelino, d'imaginer, même s'il ne le sait pas.  Il va découvrir tout un pan de l'Histoire officielle, et puis celle de la maison de ses occupants successifs.

Autant le dire tout de suite, ces histoires sont labyrinthiques, faites de pièces et de morceaux qui ne s'ajustent pas.
Un puzzle invraisemblable.
Et pourtant.
Grace à sa persévérance et à son imagination fertile, à son esprit d' aventure, Michelino, parvient à ordonner ces éléments hétéroclites.
A repousser les limites du possible, du vraisemblable, du rationnel.
A se faire aimer de Felice qui, très difficilement, lui livre les clés d'un passé très chargé.
Riche en surprises et en émotions.

PS 1. Si vous n'aimez pas Stevenson, passez votre chemin !

PS 2. Et les limaces françaises ?
Je vous attendais là.
Sachez qu'elles ont un rôle important.
C'est un indice, mais ce livre n'est pas vraiment une enquête.
Vous comprendrez si vous le lisez. Wink


mots-clés : #initiatique
par bix_229
le Mer 2 Aoû - 22:12
 
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Sujet: Michele Mari
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Hisham Matar

Au pays des hommes

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En un temps de sang et de larmes, dans une Libye pleine d'hommes couverts d'hématomes et maculés d'urine, taraudée par le manque et désireuse de se libérer, j'étais cet enfant ridicule en quête de sollicitude, et même si je n'y songeais pas en ces termes à l'époque, l'auto-apitoiement avait viré à la détestation de soi.



Souleyman raconte l'été de ses 9 ans, un été libyen brûlant où la dictature de Kadaffi torture, assassine, paralyse, s'infiltre tant et si bien que les enfants la pressentent alors même que tout leur est caché. Ils ne savent à quel saint se vouer, la mère  mariée à 14 ans pour cause de dévergondage, le père dissident, perpétuel absent privilégiant ses idées sur sa famille, la Guide Suprême enseigné à l'école : au milieu cet enfant est décontenancé, dévasté,  tiraillé, ballotté de secret en tromperie...
Histoire d'une enfance  des plus douloureuses, Au pays des hommes montre comment celle-ci, entre fidélité et trahison, est volée, pervertie, manipulée, chassée.



mots-clés : #famille #initiatique #regimeautoritaire
par topocl
le Lun 31 Juil - 20:32
 
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Sujet: Hisham Matar
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István Örkény

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Soeur Gloria


Originale : Gloria (Hongrois, 1972), traduit vers le Français par Jean-Michel Kalmbach

CONTENU :
La Hongrie jeune et communiste dissout vers 1950 radicalement les monastères er renvoient les sœurs religieuses dans la vie laïque tout en s'appropriant des bâtiments. C'est ainsi que Soeur Gloria, maintenant à nouveau Ilona, 25 ans, retourne après une dizaine d'années recluses dans sa famille. Mais elle n'y appartient plus totalement, n'appartient ni ici, ni là-bas. Dans son innocence certaine elle ne semble pas faite pour ce monde où on la laisse un peu à coté, comme demeurée ou éventuellement on l'ignore avec ses opinions. Elle quitte sa famille et trouve du travail en ville (Budapest). Mais on use sa générosité, l'accuse même de vol. C'est un peu par hasard que son chemin continue et qu'elle réaprend la vie en contact avec des réalités différentes... Où est-ce qu'elle va aboutir ?

REMARQUES :
Il s'agit d'un bien court roman d'à peine cent pages en quatorze chapitres. On y trouve pas une absurdité ironisant sur le sort de la petite religieuse perdue ; Donc ? Ce n'est pas une attitude d'une mauvais pitié avec Gloria, même si elle est décrite après ses années dans une monastère comme un vrai agneau, ne comprenant pas toujours bien les machinations des autres, ou les prenant comme à prendre. Elle voit toujours et avant tout le bien et interprète les actions des autres d'abord à leur avantage. Est-ce qu'elle doit peu à peu réapprendre en contact avec le monde une certaine prudence, attention voir même une distance, une attitude sceptique ? Nous l'accompagnerons dans ce processus de retour dans le monde, raconté dans une narration dans la première personne.

Est-ce que le contexte nous semble grotesque ? Quoi, dans le XXième siècle on a juste comme ça dissout des monastères et obligé des sœurs de retourner vivre dans une façon non-choisie ? Mais voilà, cela a existé. Et celui qui aimerait avoir un autre regard sur cette réalité, un regard encore plus authentiquement spirituel et historique soit averti du journal impressionnant de Monika Timar : clic  ou sa  correspondance : clic   . A l'époque j'ai lu ces livres avec très grand intérêt.

Bien sûr qu'Örkeny écrit comme connaisseur du regime de l'époque. Il sait à quel point on a essayé de mettre des opposants de différents bords dans des boîtes et sous contrôle. Dans un registre autre on l'a fait avec lui (voir Biographie). Même s'il n'a pas connu Monika Timar, ce récit se révèle plein de tact envers des question aussi bien matérielles que spirituelles, mais aussi de temps en temps d'humour grâce aux frottements entre l'innocence de Gloria avec le monde.

Son style et le ton de ce livre me donne pleinement envie de le découvrir dans ses œuvres plus essentielles...


mots-clés : #initiatique #regimeautoritaire
par tom léo
le Mar 25 Juil - 22:15
 
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Sujet: István Örkény
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Ivan Alekseïevitch Bounine

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La vie d’Arséniev


Présentation de l'éditeur a écrit:A travers le personnage d'Arséniev, l'écrivain russe Ivan Bounine décrit sa propre jeunesse à la campagne, dans la région des steppes. D'emblée, La Vie d'Arséniev nous plonge dans l'univers intime d'un enfant solitaire élevé dans une nature dépouillée, qui s'étend à perte de vue... Accomplissant un intense travail de mémoire, Bounine bâtit le canevas précis d'une enfance, à une époque d'extrême déchéance de la noblesse russe. Les périples au cœur d'une Russie poétique, chaleureuse, interlope, la rencontre avec des personnages insolites, la vie sentimentale - marquée par la violence - d'un homme aussi despote que séduisant forment la trame de ce magnifique et puissant exercice de réminiscence et d'écriture. Avec, en toile de fond, un monde destiné à disparaître...


REMARQUES:
Voilà déjà un pavé de 540 pages, c’est autre chose que les nouvelles présentées ci-dessus! Ayant lu ce livre il y a quelques années, les détails m’échappent aujourd’hui. Mais dans la première partie le sentiment qui émane des descriptions de la nature, de l’homme immergé dans l’infini dégage quelque chose de très vaste, très profond. Par là on comprend un peu mieux cet attachement, peut-être très russe, à la terre, à l’étendue infinie. Vers la fin du récit qui touche alors la fin de l’adolescence, Bounine décrit la recherche d’un emploi, d’un avenir plus citadin. Dans cette partie je me rappelais – peut-être à tort – certains éléments des écrits autobiographiques de Maxime Gorki.

Il me semble que ce livre très riche pourrait aider à faire comprendre la vie de certains Russes à la fin du XIXème siècle. Pour le russophile une bonne découverte !!!


mots-clés : #initiatique
par tom léo
le Mar 25 Juil - 22:08
 
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Sujet: Ivan Alekseïevitch Bounine
Réponses: 13
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