Des Choses à lire
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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Sam 7 Déc - 17:59

159 résultats trouvés pour initiatique

Anonyme : La scierie

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 Scieri10

La scierie

héros-limite a écrit:A la suite de circonstances parfaitement indépendantes de sa volonté, un jeune bourgeois de dix-neuf ans se trouve dans l’obligation de vivre, pendant deux années pleines, la vie d’un ouvrier de scierie – genre de vie auquel rien, absolument rien ne l’a préparé.
C’est donc un récit réaliste, mais d’une originalité particulière, puisqu’il s’agit d’une plongée en milieu  «prolétarien», et d’une vraie plongée, sans tricherie aucune, effectuée sous la contrainte et en dehors de tout parti-pris idéologique.
Extrait de la préface rédigée par Pierre Gripari en 1975.


Pas simple déjà de "ranger" ce petit fil ouvert pour parler de l'ouvrage. Récit d'une expérience très personnelle et écrit de façon très brute, pourtant il y a la tentation de le ranger "littérature tout court", pourquoi ? Peut-être l'influence de la préface qui parle d'un ton manquant et d'un choc.

Choc qui peut se comprendre, la description du travail en scierie dans les forêts du Loir et Cher (on ne verra plus le département du même œil) est... brutale. Les Grandes gueules à côté ce n'est pas loin de Winnie L'Ourson. Travail exténuant, dangereux, aussi mal payé que désespérément indispensable.

L'à côté du travail,  qualifié dans la préface de "méchanceté" mérite aussi qu'on s'y arrête. Il n'y a pas de lyrisme du travailleur ou du gagneur. Les coups bas et renvois d'ascenseur du même acabit sont de la partie...

Le truc dingue pourtant c'est la force, la rage, la hargne et l'orgueil  qui font que ce jeune homme tient. Pas envie de s'écrouler devant des types à qui ça ferait trop plaisir, classe sociale oblige et un drôle de besoin "d'en chier", de s'éprouver, de faire l'impossible, de vaincre l'usure. Et pas qu'un peut, c'est fascinant et serait malsain si en filtre on ne sentait pas du recul et une conscience de la vanité de la chose, de même qu'un réalisme quant au gain.

Il n'est pas tout seul dans cette galère, on découvre une "élite" de forcenés fous furieux. Plus forts que les autres, sans répits pour un très mince espoir de s'en sortir mieux à terme dans un contre la montre démesuré.

C'est brut mais précis. Le regard sur le travail, ce rapport au travail, excessif certes mais rare dans la balance montrée entre la contrainte matérielle et le besoin quasi indépendant de faire les choses, de s'éprouver, de s'user (pour reprendre les mots déjà utilisés), une manière de se construire dangereuse, déraisonnée en fait. Un effet de jeunesse, ou pire. Ou alors un réflexe pour se mettre à l'abri au sens où pire que soi sera difficile à trouver.

Une lecture pas nette, le genre de machin qu'on ne lit vraiment pas souvent, rageur, sauvage, violent. Fascinant, avec malaise.


mots-clés : #initiatique #social
par animal
le Lun 24 Juil - 22:13
 
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Sujet: Anonyme : La scierie
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Guillermo Rosales

Les mauvais garçons

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 Qzdq10

L'histoire d'un gosse cubain pré-ado bercé par l'occidentalisation juvénile de son pays, l'envie de ne pas se conformer aux règles familiales assez saugrenues, tout ceci ponctué de rapports sociaux conflictuels avec sa famille et ses "copains" les mauvais garçons.

J'ai adoré. Rosales nous confie un petit bijou brillamment écrit. J'insiste sur le brillamment écrit. Son style semble simple, tout semble facile, on peut même penser qu'on aurait pu le faire... Mais non. Il y a une facilité et une aisance à passer du récit réel à la métaphore, du récit enfantin au récit contextuel qui est assez impressionnante.
Les personnages sont riches, pas caricaturaux, mais extrêmement riches. Ils ont une complexité et une palette de couleurs qui empreignent leur caractère et nous laisse une pluralité de sentiments à leur endroit qui déconcerte agréablement. On voyage géographiquement mais on voyage avec leurs péripéties également.
Il y a une capacité à passer du désespoir à la joie, de l'euphorie au chagrin, de la beauté au laid de manière spectaculaire et tellement fluide.

Je m'en vais me précipiter pour lire Mon ange du coup.



mots-clés : #initiatique
par Hanta
le Ven 21 Juil - 10:44
 
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Sujet: Guillermo Rosales
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Jirô TANIGUCHI

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 Quarti11

Quartier Lointain

Un salaryman japonais se trompe de train, et retourne dans la ville où il a grandi. Là, il se rend sur la tombe de sa mère, et s’évanouit. Il est alors transporté dans le temps, et revit l’année de ses quatorze ans. Il sait que dans dix mois, son père disparaîtra sans un mot d’explication. Alors, il décide de tout mettre en œuvre pour, sinon empêcher son départ, au moins le comprendre.

J’ai beaucoup aimé ce manga. Bien que le ‘pitch’ ne marque pas par son originalité, Taniguchi traite le sujet avec subtilité. On est vite absorbé par la nostalgie douce-amère, la douleur en sourdine… le découpage en scénettes est particulièrement réussi, et la vie quotidienne du Japon des années 60 prend le pas sur le fantastique.


mots-clés : #bd #initiatique
par Baleine
le Mar 18 Juil - 11:16
 
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Sujet: Jirô TANIGUCHI
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Ivonne Lamazares

- Oublier Cuba -

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 97827110

4° de couverture :

"Dans une société cubaine en plein bouleversement, le récit juste et sensible d'une adolescente prise dans la tourmente révolutionnaire. Cuba, 1958. Tanya a cinq ans lorsque Mirella, sa mère, part rejoindre la guérilla dans les montagnes. Dix ans plus tard, dégoûtée par le régime castriste et usée après un séjour en camp de réhabilitation, Mirella n'a qu'une idée en tête : fuir, à n'importe quel prix. Ce désir impérieux, vital, de Mirella, se heurte au refus farouche de sa fille. Elevée par une vieille tante de La Havane, Tanya a grandi avec la révolution, et a appris à composer avec le système, la débrouille, le marché noir. Tous ses proches sont ici : son frère Emanuel, son amie Paula, mariée au fils d'un puissant du régime, et Andres, jeune communiste idéaliste avec qui elle a une histoire d'amour. Aussi, quand la répression menace de nouveau Mirella, Tanya est-elle confrontée au plus terrible des choix : rester, quitte à trahir cette mère immature et passionnée, qu'elle aime en dépit de tout, ou bien risquer sa vie, comme ces milliers de balseros, pour s'enfuir vers l'inconnu... "


Mon avis qui n'engage que moi: ---Voilà une histoire qui par son sujet pourrait attirer une levée de boucliers des sempiternels défenseurs bien assis des dégâts de la Révolution cubaine, aptes à s’élever contre toute remise en cause d’un système destructeur pour une partie du peuple embarqué contre son gré dans la création illusoire d’un « homme nouveau ». Elle pourrait mais par son absence d’attaques personnelles contre les dirigeants, la mise sur plaque de verre d’un microscope étudiant les souffrances d’une société livrée à une bureaucratie, une police, une forme de pensée unique et n’admettant aucune contradiction, elle se heurterait à une evidence : « oublier Cuba » est un constat poignant d’une famille de gens simples déchirée par la rudesse (et je ne qualifierai pas plus voulant être respectueux des lecteurs) la rudesse et disons l’autisme d’un régime. L’auteure nous fait appréhender les problèmes par le regard d’une gamine de 15 ans à l’aube d’une vie de femme, une gamine embarquée souvent contre son gré par sa mère ne supportant plus la vie dans l’île.

On vit de l’intérieur le climat moral, économique, des cubains des classes modestes, c’est très rare dans ce type de litterature et Ivonne Lamazares nous entraîne à sa suite dans une langue simple rendant accessible les ressentis de ces gens vivant encore dans les années soixante, pour certains de nos jours, l’histoire se passe entre 1958 et 1967, mais elle pourrait se passer maintenant pour beaucoup de cubains surtout ceux du sud de l’île, plus pauvres, plus démunis… Un bon livre, accessible et qui est captivant..


mots-clés : #regimeautoritaire #initiatique
par Chamaco
le Lun 10 Juil - 18:01
 
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Sujet: Ivonne Lamazares
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Béatrix Beck

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 Stella10

Stella Corfou

Une drôle d'histoire d'amour hors normes. Ca déménage cette passion entre le chef de rayon Antoine Leroy et la brocanteuse ensorcelante Stella Corfou de son vrai nom Gilberte Sanpart. Dévoué corps et âmes l'un à l'autre pour la vie cet inséparable couple mal assorti vie des aventures somme toute "normales" sauf que c'est extraordinaire.

Aux frontières de la folie douce ou furieuse, charnelle, sauvage, terre à terre, sublime. Peut-être des impasses sur une réalité (encore) plus dure, peut-être une vie à contre courant riche en incompréhensions, peut-être. Le texte est aussi fulgurant, parfois féroce, que l'image magnétique de ce couple.

La Stella du titre est une incarnation de la libération à laquelle rien ne résiste et conserve une part de mystère. Néanmoins Béatrix Beck n'élude pas les difficultés et la vieillesse est aussi son terrain et ce n'est pas moins fort avec son sens du dysfonctionnel salvateur.

On peut relever aussi la place de la littérature car Stella écrit, puis lit, et on profite de belles variations sur la même page. On pourrait aussi parler des animaux, des enfants, des vacheries, des noms et prénoms bien choisis (autre spécialité).

C'est un peu effrayant aussi, avec ou sans maladie, mais vivifiant. Une sorte de rêve aux frontières brisées... Un condensé de l'auteur toujours égale à elle-même. C'est à dire que ça pourra n'avoir l'air de rien mais il est probable que ça ne vous lâchera pas.

A noter que les illustrations un peu zarbi de Florence Reymond accompagne pas mal le texte en mettant en avant un trouble et des associations composites intimes.

mots-clés : #humour #initiatique
par animal
le Dim 21 Mai - 17:48
 
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Sujet: Béatrix Beck
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Johan Borgen

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 Borgen10

Lillelord

A quatorze ans, Wilfred est beau, brillant. Un ado à qui tout réussit.
Sa mère le chérit, et l'image qu'elle se fait de lui est celle d'un être exemplaire.
En fait, Wilfred a de plus en plus de mal à se conformer à cette image.
Il ne serait qu'un enfant gâté, un frimeur et une tête à claques, s'il n'était autre en réalité.

En quête d'identité et de repères, il ne trouve pas de soutien dans son milieu familial, riche et bourgeois. Mais étouffant.
Pour se défouler, il va temps en temps se mêler aux petits prolos de la ville voisine, une ville norvégienne du début du 20e siècle.
Pour chaparder, molester et courir des risques.

"Tout ce qui était dangereux était bon", pense t-il.
En même temps, l'instinct le poussait à expier, à "se purifier".


"C'est tomber qu'il voulait."
Il était capable de surenchérir sur la douleur.
"L'abaissement était accompagné de plaisir."


Son évolution l'amène à rejeter sa famille. Même si longtemps encore, il préfère biaiser. Dissimuler.

Mais les faux semblants des adultes, leurs habitudes, leur conformisme, leur duplicité le
révoltent profondément.
Un jour, au cours de ses vacances, il rencontre une femme qui jette ses filets. Elle est très pauvre, seule, mais digne et directe dans ses propos.
Il l'admire profondément, elle qui ose se montrer telle qu'elle est.
Par une froide journée d' hiver, en fuite, il essaiera de la rejoindre et manquera de peu y laisser la vie.
Il restera muet  longtemps après.
Et retrouvera seulement la parole à Vienne chez un psychiatre hors du commun où l'un de ses oncles l'a conduit.

Sage, honnète, clairvoyant tel lui apparaît l'Homme.
Comme on est au début du 20e siècle, on peut penser  que Borgen a pensé à Freud.

Le psy met en cause prudemment mais clairement la dissimulation qu'il a érigée en système.
Mais le retour le ramène brutalement au statu quo.

A force de chercher qui il est vraiment, peu à peu, il découvrira les secrets de sa famille, secrets profondément enfouis dans le silence et la dissimulation, et qui  concernent sa mère et son père, mort depuis longtemps.
Tout ce qui était latent et ambigu éclate soudain.
La suite ne peut qu'être difficile.

Ce roman m'a vraiment beaucoup intéressé. Le ton sonne juste dans toutes les situations.
Et ce qui n'est pas dit nous laisse la possibilité de l'imaginer.
Ce que chaque personne enferme en soi faute de pouvoir l'exprimer ou de l'oublier.
Et qui, la plupart du temps se traduit par des apparences qui deviennent habitudes et sclérose.

Un beau livre !


mots-clés : #initiatique
par bix_229
le Mar 2 Mai - 19:48
 
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Christian Garcin

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 Garcin10

Le vol du pigeon voyageur

Le sujet de ce court roman est à peu près semblable à celui de Nocturne Indien de Tabucchi : un homme part dans un pays inconnu à la recherche d'une personne disparue. Il s'agit ici d'une jeune femme, la fille de l'employeur d'Eugenio, qui a disparu en Chine du côté de Pékin. Mais là où le livre de Tabucchi flottait dans les brumes enivrantes des mystères indiens, Garcin ne cherche pas à perdre son lecteur et se donne pour double objectif celui de raconter l'état d'esprit de son personnage principal et de montrer la confrontation entre orient et occident.

Eugenio est un homme de 41 ans, qui a décidé de renoncer à l'écriture, aux voyages et à investir sa vie au moment même où son employeur l'envoie en Chine, retrouver sa fille et accessoirement écrire quelques articles. L'apathie du personnage fera qu'il renoncera à renoncer et partira sur les traces, bien légères, d'Anne-Laure. L'enquêteur est de ceux qui sont à la recherche d'une forme de détachement (que l'on pourrait rapprocher du bouddhisme), d'un renoncement à avoir une quelconque emprise sur les choses, sur le monde, sur sa propre vie, une sorte de volonté de devenir "poreux" qui rendent plus ou moins caduques ses entreprises et ses démarches. Mais comme le souligne monsieur Li :

Soyez sûr que si l'on enseignait la géographie au pigeon voyageur, il n'atteindrait jamais sa destination.

Somme toute il faut se laisser guider par l'instinct et quelques pressentiments (lesquels donnent lieu à une rafraîchissante réflexion sur le temps) et surtout ne pas tenter, ici, en Chine de raisonner en occidental… car cette confrontation ne peut aller que vers l'incompréhension et la défiance. Eugénio apprendra donc à ne plus chercher des causes à des effets et finira par regarder, simplement, le fleuve couler. De la même manière, lorsque Eugénio évoquera le problème de la défense des droits de l'homme, une jeune occidentale lui donnera la même réponse que celle de Mo Yan (prix nobel de littérature) : est-il vraiment raisonnable de penser qu'un pays comme les Etats-Unis puisse donner des leçons de morale alors que ce même pays autorise la peine de mort, alors qu'il continue de bafouer les droits de sa minorité noire et que seul l'argent permet d'y gagner ses procès ?

Le très court roman (trop ?) de Christian Garcin s'attache avec raffinement et intelligence à nous parler de cet écart entre les hommes, de cette incompréhension des uns envers les autres et de ce désir d'apathie, de porosité, de laisser aller qui touche presque à la notion de non-savoir bataillienne, laquelle ouvre sur l'angoisse puis sur la libération. Agrémenté de petites sentences chinoises qui irritent puis fascinent Eugenio, ce livre est, à mon avis, une très bonne entrée en matière dans l'univers, la mentalité, l'Histoire d'une Chine située entre Pékin et Xian.


Une petite douceur piquante qui donne envie de poursuivre avec cet étonnant (et attachant) auteur.


mots-clés : #initiatique
par shanidar
le Mer 19 Avr - 17:56
 
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Véronique Ovaldé

Déloger l'animal

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 416xtc10

C'est l'histoire d'une famille et d'une petite fille, Rose, à qui on ne raconte pas tout, qu'on "protège" en lui cachant la vérité, et qui sur ces bribes éparses invente des histoires qui devraient être vraies, ou en tout cas pourraient, qui la bercent et lui construisent comme un monde merveilleux, avec juste ce qu'il faut de cruauté et de beauté. On ne sait d’ailleurs pas  ce qui est le plus étrange, de la réalité ou des rêves.

Tout ceci donne un roman assez poétique,  voué aux mystères, dont le premier est le titre. J'y ai ressenti cependant comme une impression intermittente de malaise, sans doute voulue :   dans ce pays qui n'existe pas, tous les personnages sont des freaks à leur façon (la petite fille a 15 ans mais en parait 7, fait de bizarres crises qui lui valent de fréquenter un institut plutôt qu'une école) et Véronique Ovaldé choisit de ne pas nous donner toutes les clés de leur différence.

L'épilogue, qui nous fait revenir sur terre et renie le mystère qui a baigné l'ensemble du roman, laisse un peu sur sa faim. Ce retour à une réalité ordinaire était-il bien utile? N'est-il pas un manque d'audace? On peut se le demander.

Il n'en demeure pas moins qu'il y a là une certaine magie du récit et des moments poignants sur le passage de l'enfance à l'adolescence, ce regret du refuge, cette fascination du nouveau, la découverte émerveillée de l'amour le plus pur.
mots-clés : #initiatique #famille
par topocl
le Ven 14 Avr - 16:30
 
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Sujet: Véronique Ovaldé
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Juan Marsé

Calligraphie des rêves

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 Images33

C'est l'histoire d'un jeune garçon, à l'aube de passer à l'âge adulte, dans l'Espagne de l'après-guerre. Rêveur, solitaire. Raisonnable… qu’ils disent !
Ringo traîne sa mélancolie désabusée dans sa petite rue Torrente de las Floeres et au bar Rosales dans un monde qui fait penser à l'Amarcord de Fellini, croisé avec le Belleville de Malaussène. Ringo, qui a bien compris que ses rêves de pianiste virtuose lui étaient interdits, se construit des mondes, et, grand amateur de romans et de films d'aventure, élabore ses propres fictions, mêlant indiens, lions sauvages, et belles inconnues. Il scrute les adultes d'un oeil finement observateur mais aussi poétique, et ces adultes cachent aussi des secrets.

C'est peut-être la première fois que ce garçon pressent, ne serait-ce que de façon imprécise et fugace, que ce qui est inventé peut avoir plus de poids et de crédit que la réalité, plus de vie propre et plus de sens, et par conséquent plus de possibilités de survie face à l'oubli


L’intrigue qui sous-tend le roman, à la fois tendre et loufoque, parle de Mme Mir, à la fois touchante et vulgaire, qui cherche désespérément ou « un peu de tendresse extra, » court après « cette sucrerie amoureuse qui constitue sa vie » . Le père aussi, ce tueur de « rats  bleus », «un écervelé et un hérétique », « un rouge et un blasphémateur », « crâneur au dehors et doux au-dedans comme le velours… » a ses mystères qu'on ne découvrira pas tous…

L'intérêt du livre ne tient pas tant dans l'histoire, les réponses (et je trouve que Juan  Marsé aurait pu se passer de l'épilogue, le livre en aurait gagné en mystère et en intensité) que dans le regard du jeune Ringo, sa façon de laisser traîner l’oreille, de recouper, de capter le détail observé avec précision : les personnages, les intonations, les attitudes, les petits détails quotidiens qui fixent le décor, les personnages secondaires, comme ce petit garçon qui passe sur son vélo, qui n'ont rien à faire dans l'intrigue mais construisent une ambiance tout à fait réjouissante.

Elle s’enroule sur elle-même très lentement, avec un air d'abandon et de complaisance étudié, et s'attarde tant au balancement de son bras avant que celui-ci n'atteigne le bas, que la couture, sans que la main ne la touche et comme par magie, s'est remise en place toute seule. Et la voir aussitôt après se diriger vers le bar en se dandinant sur ses extravagantes chaussures à hauts talons, et en remuant les fesses, c'est pour lui le comble. C'est précisément parce que le personnage est si réel, si proche et si quotidien, qu'il l’irrite et le trouble ; il le trouve trop lié à la grisaille du quartier, aux petits artifices, aux petites simulations et aux petites misères que la fréquentation d'autrui impose irrémédiablement chaque jour


Il y a là caractère fondamentalement  mélancolique, mais sans être désespérée, la grande solitude de tous ces personnages, qui vivent leur petite vie apparemment sans relief, mais sont profondément bouleversés, en le sachant ou sans le savoir, par la pression permanente du régime franquiste (lequel apparaît très peu de façon vraiment objective, mais est en permanence là en filigrane). Ils sont perdus, ils sont dans le trou du cul du monde, personne ne s'intéresse à eux, tout le monde fait comme si de rien n'était, comme si tout cela était normal, tout le monde regarde avec un certain mépris amusé cette pauvre foldingue hystérique qui se jette sous les roues d'un tramway-fantôme à la première page, mais c'est bien elle pourtant qui exprime le mieux le désespoir, l'appel au secours qui reste muet chez les autres, cette notion d’avenir bouché qui est un maitre-mot de l’adolescence de Ringo. Tout ce que dit avec une douceur, un humour, qui rendent le livre très attachant

Il y a aussi un style particulier, envoûtant, avec une recherche du détail signifiant je pourrais par exemple plus parler en effet de ce petit garçon qui passe sur un vélo, que j'ai évoqué plus haut, qui n'est vraiment qu'un élément du décor, qui n'a rien à voir avec l'histoire, mais qui est décrit sur plusieurs pages, ses petites roulettes qui le stabilisent, son envie de s'en débarrasser, comment il y arrive, le regard qu'il pose à droite et à gauche sur les gens qui l' observent, et on va le voir repasser un peu plus loin dans le récit, on le reconnaît c'est tout à fait drôle qu'il soit encore là. Il y a plusieurs personnages comme ça qui ont droit à une description magnifique sur quelques pages, qui ne sont que de passage, mais créent toute une ambiance pour le roman. Juan Marsé a un talent du portrait, (j'ai particulièrement aimé sa façon de décrire les attitudes des corps), mais aussi des situations, on pourrait tirer certains passages de son récit pour en faire autant de nouvelles, chacune racontant sa petite histoire, et ces petites histoires accolées contribuant à la cohérence de sa description de la vie dans cette petite rue ordinaire de Barcelone.

Enfin j'ai été séduite par le fait que, comme dans la vie, les mystères sont en partie expliqués, mais pas tous et on ne sait pas tout, que des doutes persistent, et ça, c'est très fort car ce n'est pas de la négligence, c'est un choix réel et en même temps on ne sait pas tout, mais on n'a pas l'impression de rester sur sa faim. Cela contribue au côté  totalement poétique du livre.

l ne faut pas être pressé, le livre met un peu de temps à démarrer, la multiplication des détails nous fait promener à droite, à gauche, parfois touchante, parfois drôle, c'est vraiment un livre de sensations, où qui aime observer ne s'ennuie pas une seule minute. (Si vous êtes de ceux qui passez vos trajets en train ou en métro à observer vos voisins, imaginer leur destin, vous serez servi…)

Voilà c’est un livre sur le rêve, sur les constructions de l'enfance, la confrontation de l'imaginaire et de la réalité, un livre du regard porté sur soi-même et sur les autres, qui m’a vraiment offert une excellente surprise, livre tendre et mélancolique, drôle par moments, d'un ton très original.

(commentaire récupéré et discrètement remanié)


mots-clés : #initiatique
par topocl
le Lun 10 Avr - 11:33
 
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Sujet: Juan Marsé
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Raymond Queneau

Zazie dans le métro

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 Tylych89

- Zazie, déclare Gabriel en prenant un air majestueux trouvé sans peine dans son répertoire, si ça te plaît de voir vraiment les Invalides et le tombeau véritable du vrai Napoléon, je t'y conduirai.
- Napoléon mon cul, réplique Zazie. Il m'intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con.
- Qu'est-ce qui t'intéresse alors ?
Zazie ne répond pas.
- Oui, dit Charles avec une gentillesse inattendue, qu'est-ce qui t'intéresse ?
- Le métro.


Ce livre est la gaieté même et pourrait être une prescription à la bonne humeur.  Raymond Queneau , ce monument du mouvement OULIPO ,  il cause, il cause, pour ne rien dire…ou tout dire d’un rien  ou le rien qui dit tout… ou peut-être tout ça finalement. Visez l’artiste.
On peut rester circonspect en lisant ce roman, mais personnellement   j’ai bien "crouté", la recette  des  jeux de mots et du burlesque  des personnages  m’a mise en appétit. Je vais donc cajoler le saugrenu,  me faire tendre avec  la gramme-aire…  douce et papouillante envers ce roman.
Un puissant humour, une morale  ou pas, je n’ai pas cherché le  sens véritable  s’il y en a un… Je reste avec  l’aspect brut de légèreté, de dérision, loin de l’épigraphe d’Aristote au début du livre. Il me  semble bien plus intéressant parfois de rester à la surface d’une œuvre qui nous apporte bien plus que la décortication en vue d’y voir toujours un sens profond. Je ne serais donc pas la flicarde de la rhétorique mais bien l’arsouille cautionnant  l’anticonformisme et récidiviste pourquoi pas…l’éclatade lors des carambolages de mots  offre une voie plutôt jouissive à la trame.
Zazie dans le métro qui n’aura trouvé que la grève mais une bonne rame de loufoques.
«  La grève mon cul … J’ai vieilli »  

- Moi, déclara Zazie, je veux aller à l'école jusqu'à soixante-cinq ans. (...) Je veux être institutrice.
- Pourquoi que tu veux l'être, institutrice?
- Pour faire chier les mômes (...). Je serai vache comme tout avec eux. Je leur ferai lécher le parquet. Je leur ferai manger l'éponge du tableau noir. Je leur enfoncerai des compas dans le derrière. Je leur botterai les fesses.
- Tu sais, dit Gabriel avec calme, d'après ce que disent les journaux, c'est pas du tout dans ce sens là que s'oriente l'éducation moderne. C'est même tout le contraire. On va vers la douceur, la compréhension et la gentillesse. (...) D'ailleurs, dans vingt ans, y aura plus d'institutrices : elles seront remplacées par le cinéma, la tévé, l'électronique, des trucs comme ça.

- Alors, déclara-t-elle, je serai astronaute pour aller faire chier les Martiens.



mots-clés : #humour #initiatique
par Ouliposuccion
le Sam 8 Avr - 21:13
 
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Sujet: Raymond Queneau
Réponses: 30
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Siegfried Lenz

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 41bwo010

Le dernier bateau

Suite à un drame familial qui s’est produit en mer, Arne, douze ans, est le seul survivant. Il est adopté par l’ami de son père qui l’accueille dans sa famille à Hambourg. Il partage sa vie avec les trois enfants de la famille, Hans, Lars et Wiebke la fille. Il se lie d’amitié avec l’aîné, Hans, âgé de dix-sept ans et partage sa chambre, aménagée comme une cabine de bateau.

Arne est un enfant mystérieux, très bon à l'école, mais il est vite rejeté par les camarades de classe. Il collectionne tous les objets qu’il trouve qui font sens pour lui, tous liés au monde maritime. Le père de Hans travaille dans un chantier maritime. Arne se rend souvent sur ces lieux, apprend les nœuds marins grâce à Kalluk, le gardien du chantier avec qui il partage une part de son temps.

Arne vit mal ce rejet de la part de ses camarades de classe et du quartier, et celui de Lars et Wiebke, frère et sœur, et cherche par tous les moyens à se faire accepter de la bande. Tous les moyens seront bons pour se faire accepter… mais alors que, enfin, il va se croire accepté par le groupe, un drame va se produire.

Dans l'action et au décours du livre, on découvre aussi les paysages austères de l’Elbe, et la vie des chantiers maritimes de Hambourg.

Un livre écrit tout en retenue, assez poétique. L’écriture est assez dépouillée.
Lorsque Hans, le narrateur, évoque Arne, il emploie le « tu » de la deuxième personne. C’est un va-et-vient entre le présent narratif où Hans  range les affaires et tous les objets d’Arne dans des cartons avec émotion, religiosité comme des reliques, et qui finiront au grenier, et le passé où Hans était encore en vie. Ce présent est émouvant, avec tous ces regrets, ces silences où, en creux, se devine la culpabilité de ces adolescents, le manque, le vide.

Je n’ai pas passé un mauvais moment de lecture mais le style d’écriture de l’auteur, comme un requiem lent, est trop passif et contemplatif à mon goût personnel. Malgré toute l’émotion que veut rendre l’auteur, et contrairement à d’autres lecteurs, j’ai trouvé une certaine froideur dans ce type d’écriture.

Je n’avais jamais lu cet auteur allemand et je suis heureuse qu’Hanta me l’ai fait découvrir à travers ce Dernier bateau.


mots-clés : #initiatique
par Barcarole
le Mar 4 Avr - 10:10
 
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Sujet: Siegfried Lenz
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Mark Haddon

Le bizarre incident du chien pendant la nuit

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Le narrateur, un jeune garçon de 15 ans , atteint du syndrome d'Asperger (jamais nommé)  raconte quelques jours cruciaux de sa vie, et l'on explore avec lui les méandres de sa vie psychique, sa logique illogique, son incapacité à comprendre l'autre, à peu près égale à celle que les autres ont à le comprendre, ses angoisses insondables, ses rationalisations rassurantes.

C'est un livre qui figure souvent au rayon jeunesse, l'écriture est des plus basiques et l'intrigue plutôt ballote. Cependant, cela m'a été complètement égal, et je n'aurais pas  lâché d'une semelle cet étrange Christopher à l'histoire aussi instructive que touchante.


mots-clés : #initiatique #pathologie
par topocl
le Dim 26 Mar - 19:47
 
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Sujet: Mark Haddon
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Pablo Casacuberta

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 97910210

Ici et maintenant

Ce court roman a été pour moi une belle découverte. Pablo Casacuberta suit les pas d'un adolescent qui cherche des repères, des certitudes, et l'emploi de groom dans un hôtel "de classe internationale" semble être une opportunité inattendue pour briser un malaise et des complexes.

L'écriture séduit par ses variations de ton, qui parviennent à surprendre pour maintenir un intérêt constant, malgré la simplicité de la narration. Si le roman débute avec l'apparence de l'anecdote, les enjeux deviennent progressivement plus denses et Casacuberta saisit un basculement vers l'age adulte, fragile et sincère. Il s'agit de prendre conscience de vérités enfouies pour s'approprier des tourments, des blessures et s'épanouir dans une solitude acceptée, ouverte à la présence de l'autre.

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #initiatique
par Avadoro
le Sam 25 Mar - 14:21
 
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Sujet: Pablo Casacuberta
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Paul Auster

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Mr Vertigo


« Tu ne vaux pas mieux qu’un animal. Si tu restes où tu es, tu seras mort avant la fin de l’hiver. Si tu viens avec moi, je t’apprendrai à voler. » Ainsi le vieux Yehudi s’adresse-t-il à Walt, neuf ans, un gamin misérable des rues de Saint Louis. Il tiendra sa promesse.
À l’issue d’un apprentissage impitoyablement cruel, Walt deviendra un phénomène célèbre dans toute l’Amérique. Et c’est elle – cette Amérique violente et misérable, sauvage et naïve des années 1920 et 1930 – que le romancier de Léviathan nous convie à découvrir sur les traces de ses étranges héros. L’Amérique du Ku Klux Klan et du jazz, des gangsters et du cinéma. Revisitée par un écrivain qui, sans cesser d’être lui-même, reprend ici la tradition de Mark Twain et de Steinbeck pour nous raconter une histoire captivante – juste assez étrange pour que nous ne puissions l’oublier...

Voici la quatrième de couverture et le résumé succint de ce roman.

Catalogué comme roman barroque, je trouve qu'il l'est en effet.

L'histoire d'un jeune garçon, Walt, 9 ans, orphelin, élevé par son oncle Sim, homme violent, qui l'abandonne volontiers à Maitre Yehudi. Celui-ci s'engage à lui apprendre à voler.......au sens propre du terme,  avec des méthodes pour le moins cruelles..mais qui seront porteuses de succès puisqu'il deviendra un véritable phénomène et connaîtra la gloire, mais hélas celle-ci sera trop vite interrompue.

S'en suivent des aventures assez truculentes dans l'Amérique des années  1920/1930. Malgré tout, je trouve que le roman s'essouffle dans sa seconde partie.

Néanmoins, bien qu'il se lise facilement,  ce n'est pas un des romans que je préfère dans la longue liste des oeuvres de Paul Auster.  No



mots-clés : #initiatique
par simla
le Lun 20 Mar - 4:46
 
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Robert Menasse

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Chassés de l'enfer

Viktor, la quarantaine bien tassée, décide de mettre un peu d'ambiance à un repas de classe (25 ans après l'obtention de son baccalauréat) en révélant le passé nazi de ses anciens professeurs, presque tous présents au dîner. Auquel il ne reste plus que Viktor et Hildegund, les autres ayant fui sous l'outrage ; non sans avoir copieusement insulté l'impétrant.

Mais pourquoi Viktor, devenu historien, a-t-il eu besoin de faire resurgir l'Histoire ? Pourquoi cet homme n'a-t-il jamais accepté la défection de ses parents et son placement à l'internat ? Pourquoi, chez lui, ne parlait-on jamais de la période nazie ? Pourquoi a-t-il été privé de son histoire familiale, une histoire juive (il s'appelle Abravanel) et lourde ?

Parallèlement au récit de Viktor, le lecteur suit l'histoire d'un petit garçon portugais, Manoel, qui en 1612 va voir surgir le fabuleux carrosse de l'Inquisition et s'envoler tous ses rêves de gamin. Ses parents sont des marranes, des juifs convertis au christianisme, mais qui continuent à célébrer les rites de leur ancienne religion. L'enfant, qui ne comprend pas ce qui lui arrive, est envoyé chez les Jésuites alors que ses parents sont torturés par l'Inquisition. Cet enfant est cependant promis à un grand avenir… juif dans la Nouvelle Jérusalem que sera Amsterdam au XVIIème siècle.

Les deux récits s'interpolent de manière à former une sorte de miroir, de relais, d'écho de l'un à l'autre ; les deux enfants ayant vécu de manière à la fois similaire et différente les mêmes troubles, les mêmes questionnements et les mêmes douleurs profondes.

Mais ce que je retiens plus particulièrement (en dehors du très efficace jeu temporel, de la finesse des analyses historiques et psychologiques et des questionnements philosophiques), c'est bien l'allure globale du récit. Un récit qui semble ligoté, enchaîné, un récit qui est comme contenu, réprimé, bâillonné et le lecteur sent (de manière physique) cet empêchement, cette contention, cette rétractation et il est impossible de ne pas entendre gronder les eaux de la révolte, de ne pas percevoir les coups de béliers cognant contre les portes, les cris qui s'étouffent mais qui voudraient jaillir. Pourtant si le texte échappait à cette contention alors il deviendrait un hurlement sauvage, un maelstrom dévastateur, incompréhensible et dangereux. C'est pourquoi le lecteur sait gré à l'auteur de contenir sa rage, son impuissance et de la mettre en mot, et même de lui donner un visage, une figure, une attitude :


Maintenant qu'il avait le fouet en main, il le fit siffler en frappant l'enfant : Voyou de petit Juif, je vais t'apprendre à souiller un chrétien… (et de nouveau le fouet cingla Mané), comme tu l'as fait, espèce de porc ! … (un coup de fouet) Cochon de Juif ! Les chevaux entendirent le fouet et se cabrèrent, redémarrèrent, le cocher eut fort à faire pour les dompter, Caaaaalmes ! Mais l'homme, lui, ne se calmait pas. Regarde ce que tu as fait ! Et encore le fouet - et là se produisit une chose étrange : Mané aurait pu se sauver en courant, le gros homme poussif n'aurait eu aucune chance de le rattraper. Courir ! Mais où ? Mané n'en avait aucune idée. La seule qui lui vint, c'était que, s'il supportait cela, s'il ne courait pas, s'il encaissait les coups avec résignation, tête baissée, alors la rage de cet homme s'apaiserait plus vite. Et l'homme, voyant avec quelle résignation l'enfant recevait le fouet, laissa tomber celui-ci après un dernier coup déjà moins assuré : Ah, tu veux m'apprendre le christianisme ! Tu tends l'autre joue ! Espèce de porc !


L'attitude de résignation de l'enfant Manoel est exactement celle de l'auteur face à un texte qui pourrait être un cri de révolte mais qu'il transforme en parole et de cette parole jaillit d'infinis questionnements sur le sang, sur l'appartenance (ou pas) à une religion, sur ce qui fonde (ou ceux qui fondent) nos certitudes, nos engagements et en filigrane se pose la question du déterminisme : les juifs sont-ils déterminés (par le sang ? Par leur Histoire ? Par leur religion ?) à ne pas se rebeller contre la déportation et à en faire une force ?


Chassés de l'enfer est un texte d'une ampleur (temporelle, philosophique) impressionnante et parfois effrayante. Il convoque les grandes questions qui traversent les siècles : la religion, la soumission, la révolte, le renoncement. Mais c'est aussi, et peut-être avant tout, un roman, un roman d'apprentissage, la vie de la naissance à l'âge adulte de deux êtres que tout sépare hors leur commune origine juive, et l'auteur s'attache à raconter ces vies, parfois minuscules, parfois immenses, qui font de ce roman un véritable récit d'aventures modernes, anciennes, mélangées.


mots-clés : #communautejuive #historique #initiatique
par shanidar
le Mar 7 Mar - 21:46
 
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Sujet: Robert Menasse
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Kazuo Ishiguro

Auprès de moi toujours

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 Cvt_au10

Souvenirs d’enfance en pension de la narratrice, à l’écart dans la campagne anglaise fin XXe.
Description méticuleuse de l’enfance, ses jeux, ses fantasmes, ses frictions, ses interrogations, ses manipulations déjà… Une enfance assez heureuse, protégée, avec l’accent mis sur la création artistique, jusqu’à la découverte de la sexualité.
La lecture est un peu longue, malgré une grande finesse psychologique, un style précis, une atmosphère étrange et les allusions à ce qu’on va découvrir – sans omettre une émouvante humanité.
J'hésite à divulgâcher une révélation si minutieusement amenée, une anticipation portant sur une cruelle conséquence du progrès technologique.
divulgâchage:
Les enfants sont des clones élevés pour le don d’organes.

Ce livre vaut aussi, à mon sens, pour la représentation du subtil conditionnement via le système éducatif, employant notamment affligeants euphémismes et xyloglossie ; c’est édifiant, et transposable… Ce que l’on est censé faire, dire, penser…

Réflexion subséquente à ladite lecture, la prolongeant quelque peu (ce bouquin doit avoir été écrit pour ça) : le fait est aujourd'hui que les avancées technologiques sont implémentées sans réflexion préalable. Les moyens justifient la fin (mais vice-versa). On agit, on pense après, et comme notre société va de plus en plus vite, les dérives sont de plus en plus inévitables.  Face à la vibrionnante et vaine suractivité (médiatique) de beaucoup de décideurs économiques et politiques, les conseils de sages, experts ou anciens permettent de moins en moins le contrepoids d’une réaction. Pour mémoire, un tel mécanisme a été un des paramètres obligatoires de la Shoah.


mots-clés : #initiatique
par Tristram
le Mar 28 Fév - 23:54
 
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Sujet: Kazuo Ishiguro
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Brady Udall

Le Destin miraculeux d’Edgar Mint

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 Tylych22

"Si je devais ramener ma vie à un seul fait, voici ce que je dirais : j'avais sept ans quand le facteur m'a roulé sur la tête. Aucun événement n'aura été plus formateur. Mon existence chaotique, tortueuse, mon cerveau malade et ma foi en Dieu, mes empoignades avec les joies et les peines, tout cela, d'une manière ou d'une autre, découle de cet instant où, un matin d'été,la roue arrière gauche de la jeep de la poste a écrasé ma tête d’enfant contre le gravier brûlant de la réserve apache de San Carlos."
Edgard Mint pourrait être aux années 2000 ce que Garp fut aux années 80. Après Lâchons les Chiens, Brady Udall s'impose avec ce roman inclassable et génial, comme une des grandes révélations de la littérature américaine.


"Cher Monsieur,
Je m'appelle Edgar Mint. Il y a longtemps, quand vous étiez facteur en Arizona, vous m'avez roulé sur la tête. Je sais que vous vous en voulez pour ça. Je tenais à vous dire que je n'étais pas mort. Même pas trop handicapé. J'ai des crises et un crâne bosselé, mais c'est tout. Et puis, j'ai été dans le coma. Maintenant je vis en Utah dans une famille très gentille. Je ne sais pas où vous êtes, mais j'espère vous retrouver un jour. Ne vous inquiétez pas pour moi, je vais bien et je ne suis pas mort. J'espère que vous ne vous en voulez plus trop. Tout est pour le mieux.
Votre ami,
Edgar P. Mint
PS.: Je ne peux pas signer parce que mon cerveau a un autre petit problème. Je n'arrive pas à écrire.
Mais ne vous en faites pas pour ça non plus, j'ai une machine à écrire."


Edgar Mint ou l'histoire d'une vie , et pas n'importe laquelle.
Un petit pavé ensorcelant qui se lit d'une traite grâce à la plume cynique et audacieuse de Brady Udall , les longueurs sont inexistantes , on est tout simplement plongé dans l'univers d'Edgar.
Un monde brutal , d’avilissement , d'humiliation et d'espoir , et pourtant jamais Udall ne tombe dans le larmoyant , une grande démonstration littéraire qui fait naître un attachement profond pour ce petit bonhomme non pas par de grandes élocutions , mais par l'émotion qui transpire des lignes de l'auteur .
On rit , on sourit , on est touché , triste , outré , un panel de ressentis au fil des pages qui s’entremêlent sans jamais nous lasser.
Edgar Mint , c'est le genre de livre dont on redoute la fin , et une fois que celle ci arrive , on taperait presque du pied de déception , on ne veut pas quitter ces personnages , on ne veut pas tourner la page D'edgar et on peine à reprendre un livre.
Un gros coup de cœur qui me laisse nostalgique , orpheline d'un personnage que j'avais adopté et qui continue de vivre en moi à qui je voudrais dire " Que deviens-tu Edgar?"


[...] Dans le jardin de devant se dressait, squelette calciné, un vieux peuplier frappé par la foudre qui n'offait pratiquement pas d'ombre jusqu'à ce que ma mère ait pris l'habitude d'accrocher des boîtes de bière aux branches noircies à l'aide de fil de pêche. Les centaines de canettes, auxquelles une bonne douzaine venait chaque jour s'ajouter, tintaient doucement quand la brise se levait, mais elles ne contribuaient guère à donner de la fraîcheur à la maison.



...je ne perçois toujours aucun dessein divin derrière la confusion de l’existence, aucune volonté organisatrice.Tout n'est que mystère ou, plus précisément, vaste foutoir. Il n'y a ni héros, ni méchants, ni sauveurs, ni anges, ni démons. Il n'y a que ceux qui sont morts ou ceux qui, je ne sais pour quelle raison, ont survécu. Rien de tout cela ne m'empêche de croire en Dieu. Je crois en Lui, seulement je ne sais pas si j'aurai un jour foi en Lui.



mots-clés : #initiatique
par Ouliposuccion
le Sam 25 Fév - 10:56
 
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Sujet: Brady Udall
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Henry James

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 Maisie10


Ce que savait Maisie

le sujet : une fillette dont les parents sont divorcés et chacun remarié ce qui fait dire à la fillette qu'elle a 2 maman et 2 papa. Elle sera un prétexte que chacun accaparera ou se renverra pour se mieux haïr et ce n'est qu'auprès d'une gouvernante vieille, laide qu'elle trouvera l'affection dont elle a toujours manqué. Son beau-père et sa belle-mère l'aimeront aussi, mais cette dernière plus égoïstement, le beau-père, de faible caractère prouvera cependant son amour en lui laissant décider avec qui elle veut vivre.

L' innocente fillette comprendra assez rapidement la situation dans laquelle elle se trouve, l' abandon de ses parents au profit des beaux-parents et se découvrira le "sens moral" dont la gouvernante l'accuse de manquer après bien des revirements, des emballements, des peurs et des situations inconfortables. Les enfants contraints de "partager" les vicissitudes de la vie des adultes mûrissent vite et Maisie est une fillette intelligente.

En fond une critique sur une certaine société de l'époque ; en effet on ne peut comprendre la situation de la fillette et des différents personnages qu'en se référant aux moeurs et les lois de la société Anglaise à cette époque (fin 19ème siècle). La distinction des classes est très sensible.

Une lecture intéressante à laquelle une écriture mesurée qui ne dévoile que peu et laisse la place à l'imagination, celle de la fillette et celle du lecteur, est efficace.


mots-clés : #famille #initiatique #xixesiecle
par Bédoulène
le Jeu 23 Fév - 20:51
 
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Sujet: Henry James
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Velibor Čolić

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 41cim210

Jésus et Tito


Original : Français, 2010

CONTENU :
En 1970 dans la Yougoslavie de Tito, Velibor a six ans et rêve de devenir footballeur. Noir et Brésilien, de préférence. Velibor fait l'inventaire de ses souvenirs, une enfance sous une bonne étoile, rouge, et une adolescence rock'n roll. Avec une mère catho et un père partisan, ce sera Jésus contre Tito, le match rejoué chaque soir à la maison. Entre Jack London et Pelé, The Clash et Bukowski, le poète en devenir sera maudit, assurément.

REMARQUES :
Čolić déroule en petits tableaux sa vie de la petite enfance jusqu'à la sortie du service militaire. Mais – attention ! - c'est probablement romancé et donc sémi-fictif. Néanmoins, ayant vu l'auteur lors d'une lecture publique où il s'expliqua sur cette façon de procèder, on pourrait être sûr que derrière toute affubulation il y a des éléments très vrais. Dont par exemple ce tiraillement entre la mère croyante et le père politisé. L'un contre l'autre ? Ou l'un avec l'autre ? Le titre indique plutôt Jésus et Tito. Mais ces tensions sont ceux d'un peuple, ou des peuples. Et pendant longtemps dans cette Ex-Yougoslavie les différentes groupes ont pu coexister et même s'apprécier: dans le village de l'auteur alors les Orthodoxes (Serbes), les Catholiques (Croates) et les Muselmans (Bosniaques). Seulement les Juifs semblaient être à part...

Autres expériences difficiles ou déchirantes mêmes l'attendent, dont spécialement le service militaire vers la fin du livre.

Les tableaux sont certainement liés par la vie du narrateur, mais surtout au début - peut-être à raison de la cruauté de l'enfance ? - me paraissaient pas de grand intérêt. Mais néanmoins l'auteur se bonifie avec les pages (selon mon avis) : cela devient bien, même très bien raconté, et les différentes parties gagnent en unité et pugnacité et le contenu nous devient proche. Proche aussi, peut-être, pour expliquer une autre forme de rêve « socialiste » qui paraissait plus humain sous le ciel de Tito ? Paraissait ? Qu'est-ce qui est advenu ? L'enfant et l'adulte si enthousiaste semble se distancier du rêve, au moins de sa forme en réalité.… La suite ? Cela sera probablement écrit dans d'autres livres de Velibor, le Grand, balkanique à souhait ?! (Dont par exemple « Manuel d'exile » décrit l'arrivée en France.)

La langue est (ou devient?) très fluide, maîtrisée, assez étonnant pour un non-Français d'origine d'écrire comme ça dans la langue de Molière. Il peut être très pointu, drôle. Dans l'ensemble très bien, après un début plutôt difficile.


mots-clés : #famille #initiatique
par tom léo
le Mer 22 Fév - 16:28
 
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Sujet: Velibor Čolić
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Peter Cameron

Un jour cette douleur te servira

Tag initiatique sur Des Choses à lire - Page 5 Rhydhd10

Au début du livre, après ce titre qui évoque une tragédie antique, on est plutôt surpris de la légèreté qui, dans une grande acuité d'observation, évoque plutôt une comédie alerte. Ce n'est que peu à peu que les angoisses et le drame s'insinuent, mais il y a toujours ce recul de l’humour, de la tendresse pour ses personnages. La dérision (le monde de l’art contemporain par exemple) reste toujours affectueuse. James Peter Cameron a un sens de la formule, qui émaille son  texte sans pour autant tomber dans l'aphorisme .

Les gens se figurent toujours que s’ils trouvent des arguments pour prouver qu'ils ont raison, on changera d'avis.


Ce roman séduit par la description de James, cet adolescent qui a un profond besoin de silence et de solitude, au point que cela le gêne dans sa communication avec les autres, mais le rend sans doute fort puisqu' il échappe au besoin de se rendre aimable, de séduire, d’avoir besoin du jugement favorable de l'autre. On est en même temps déchiré pour ce pauvre James, mais épaté de sa capacité à garder la tête hors de l’eau. J’ adore ce gamin, même si j’ imagine qu'il doit être assez difficile à supporter dans la vraie vie Je connais quelqu'un qui fonctionne exactement comme ça (en moins malheureux), j’ai une partie en moi qui y ressemble,  et je trouve que ce type de profil est rarement dépeint en littérature, dans une société où le relationnel, la communication, sont mis en exergue comme une espèce de postulat définitif (où le récapitulatif du nombre de ses amis est la base-même de l’image qu’on a  de soi).

Être seul constitue pour moi un besoin fondamental, comme la nourriture et l'eau, mais je me rends compte qu'il n'en va pas de même pour les autres. Mes compagnons de chambre paraissaient enchantés de la vie en commun dans le style on pète, on se fume un joint, et il se fichaient visiblement de ne jamais jouir de la solitude. Pour me sentir tout à fait moi-même, il faut que je sois seul. Communiquer avec les autres ne me vient pas spontanément ; c'est une contrainte qui me coûte un effort et donc, comme cela ne vient pas spontanément, je n'ai pas l'impression d'être tout à fait moi-même lorsque je fournis cet effort. Avec les membres de ma famille, je suis assez à l'aise, mais même là ça devient par moments une contrainte de ne pas me trouver seul


Plaisant aussi, c'est que, si on voit James et ses proches (ses parents, sa sœur) dans l’incapacité de gérer leur propre vie : ils courent désespérément après leurs amours impossibles, se comportent souvent en égoïste parfait, cependant, ils restent fondamentalement sympathiques, attentifs à l'autre dans leur détresse, complètemen,t maladroitement, certes, mais attentif quand même. Je trouve que beaucoup d'amour réunit ces quatre personnages qui devraient avoir la vie facile, mais se la compliquent perpétuellement, ils semblent partir chacun de leur côté mais un fil les retient.

Il me paraît à peu près évident que chacun retrouve dans cette histoire des choses qu'il a vécues étant adolescent, avec plus ou moins d'intensité, (et qu'il a peut-être revécu avec ses propres enfants adolescents) : cette solitude, cette incommunicabilité, cette impression d'être incompris, cette angoisse à entrer dans le monde des adultes, avec tout ce qu’il a de rebutant, ce refus des compromis, où il semble que faire le premier pas fait entrer dans un monde où on ne maîtrisera plus rien, où tout sera définitif sans échappatoire et prendre un chemin de traverse sera impossible. James prend finalement sa décision, à partir du moment où sa grand-mère lui propose d'autres pistes, où il comprend que l’ université n'est pas un chemin tout tracé par ses parents, contre lequel il faut se dresser, mais un choix qu'il assume lui-même puisqu'il n'est plus contraint.

Je vais émettre quelques réserves (ça sera moins louche) : j'ai trouvé que les 2 personnages tutélaires de James, la psy et la grand-mère était trop peu fouillés.
La psy est vraiment archétypale, avec tous les défauts qu'on retrouve toujours chez les psys dans la littérature (mais peut-être aussi dans la réalité ? ? Je n'en ai jamais rencontré en tant que thérapeute). Quant à la grand-mère, elle est un tout petit peu trop parfaite et  compréhensive. Mais tout cela n'est que détail, dans un roman gai et profond, d'une grande finesse psychologique sans être du tout psychologisant, parfois tordant, souvent émouvant où tout est subtilement dosé (je trouve que ce mot subtil lui va comme un gant)

(commentaire récupéré)


mots-clés : #initiatique #psychologique
par topocl
le Dim 19 Fév - 13:00
 
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Sujet: Peter Cameron
Réponses: 4
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