Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 10 Déc - 18:14

98 résultats trouvés pour lieu

Henri Bosco

Le mas Théotime

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Pascal, le narrateur, est un solitaire (sauvage, voire violent), attaché à la terre, chez qui « deux sangs ennemis » se combattent, les Dérivat et les Métidieu, dont Geneviève l’aérienne, son amie-ennemie d’enfance. Et les ombres de ces sangs demeurent paisibles dans le mas.
« L’air n’est pas mon élément, mais la terre ; et j’aime les plantes parce qu’elles vivent et meurent là où elles sont nées. »

Il y a dans ce livre toute l’âpreté paysanne, sa conformation à l’effort, sa rouerie aussi, encore la sensibilité à son monde, où tout semble perpétuellement épié.
Les personnages sont campés avec bonheur ; les braves Alibert comme le terrible Clodius, ou encore le policier Rambout (il y a aussi un côté polar dans ce bouquin : on s’y demande qui est l’assassin…)
Précises descriptions (notamment des silences !)
Beaucoup de mystère ; quelques signes (ainsi l’intrus est confiné dans le « cœur de la maison », ce grenier d’herboriste où Geneviève n’a pas eu le droit de pénétrer).
« La terre, libre du joug agricole, est rarement d’une compagnie rassurante. Il faut, pour soutenir un long tête-à-tête avec elle, une âme singulièrement robuste. Car, à la moindre défaillance, elle nous secourt aussitôt de ses forces, et nous en sommes peu à peu pénétrés jusqu’à n’obéir plus à nos volontés intérieures, mais aux puissances de la Nature. »

« Nous commençâmes, de bonne heure, par le carreau d’engrains qui est au sud de L’Aliberte. C’est un blé très rustique ; et je l’aime bien. Plus un blé est vêtu, rude, coloré, plus il me semble un vrai blé de la terre. Pure question de sentiment, sans doute. »

« Je suis extrêmement sensible aux vertus de l’été ; et, quoique je sois né sous un signe orageux de l’automne, je vis surtout au moment des grandes chaleurs. Alors la terre me transmet plus facilement son ardeur ; et je communique avec elle, dans la veille et dans le sommeil, avec une puissance accordée au rayonnement de la matière. Quelquefois je tombe, accablé par cet afflux de flammes ; et je subis d’un coup la fatigue terrible d’un ciel sec et blanc de lumière. Les nuits même, noires, touffues, surchargées d’astres, m’écartent souvent du sommeil et me donnent le désir de la fraîcheur. Pourtant c’est là que je me plais ; là que je prends mes joies réelles ; et je tends, chaque année, vers les hauts de l’été, par un mouvement naturel du sang. »

« D’abord, apparemment, je n’en parus pas très touché ; mais aussitôt, avec une clairvoyance bizarre, je compris que j’allais tout de même souffrir.
La souffrance se fit un peu attendre ; mais elle vint. Elle vint d’en bas, du fond. Ce fut cette masse de chair, de sang, de vie, tout humide encore, et qui fume habituellement au-dessous de mon âme, qui monta. Dès qu’elle m’atteignit, un choc sourd ébranla mon cœur encore calme et une petite amertume s’infiltra dans mes veines, puis s’étendit. De mon corps, saisi peu à peu par ce poison actif, le mal s’éleva jusqu’aux parties obscures de mon âme, et tout l’édifice fut ébranlé. D’un point noir situé en moi, qui se mit à vibrer, de grandes ondes se formèrent avec une rapidité croissante ; et, au bout d’un moment, leur intensité devint telle que, sous ces vibrations, ma lucidité vacilla et je fus aveuglé par les vapeurs d’une ivresse sombre, cruelle, chaude. Je souffrais bien. Plus j’allais, plus ma souffrance se rapprochait de moi. Bientôt elle m’enveloppa de la tête aux pieds ; et je sentis qu’elle me touchait, me palpait, pénétrait, imprégnait, occupait les lieux vides de mon être, jusqu’à chasser irrésistiblement de ma conscience épouvantée tout ce qui n’était pas elle. Cette douleur, ce n’était plus la douleur de Pascal, c’était Pascal. Pascal souffrait. En deçà, en delà de lui il ne restait plus rien. Mais là où brûlait sa douleur Pascal vivait. Aucun lien ne m’attachait plus à ma personne ; car je n’avais plus de personne. J’habitais un délire, une onde, qui me faisait tourner rapidement, et, du cœur de ce tourbillon, l’acuité d’une pointe de feu me transperçait. »

J’ai retrouvé dans ce roman le fantastique ma non troppo de Bosco : énigmatique maladie de langueur qui décime les deux familles alliées en déchéance, rêve du lac qui visite ses membres « tous à la fois, pendant la même nuit », Geneviève et la harde des sangliers.
Se lit avec grand plaisir : les phrases coulent avec aisance, un certain suspense maintient alerte. Un vrai beau roman, qui ne peut se réduire à un commentaire.

L’ermas dont parle Bosco vient du latin eremus emprunté au grec eremos, "friche, désert" ; ici, en occitan, c’est une terre négligée, abandonnée, plus qu’inculte. Les terres novales, ce sont celles qui ont été récemment défrichées.
Pendant qu’on y est, le pesquié est une pièce d’eau, un réservoir ou un vivier.
(Sous réserve de correctif des gens du cru...)

(Pour revenir au commentaire de Nadine, je vois en effet une dimension mystique dans ce livre, mais quelque chose de confus, un peu syncrétique, incluant un tellurisme païen ‒ le sanglier par exemple ‒ et les religions chrétiennes ‒ catholique, réformée.)

Mots-clés : #psychologique #lieu
par Tristram
le Sam 27 Avr - 0:57
 
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Sujet: Henri Bosco
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Mohammad Rabie

La bibliothèque enchantée

Tag lieu sur Des Choses à lire - Page 2 97823311

Quand inventera-t-on un appareil qui transmettra instantanément à mon cerveau le contenu d'un ouvrage sans que je perde mon temps à le lire ? Je pourrai ainsi avaler toute la bibliothèque en une semaine, ou même en un seul jour. Et je me débarrasserai de ce besoin irrépressible que j'ai de lire tout ce qui me tombe sous les yeux.


C’est une vieille bibliothèque cairote, construite autour d'un puits de lumière, dont il est prévu qu’elle soit détruite pour construire une station de métro. Chaher, fonctionnaire rêveur et dilettante a pour mission de rédiger un rapport pour justifier cette démission déjà décidée.

Il découvre ce lieu étrange et ses occupants hors du temps,  construite jadis en l'honneur d'une épouse érudite,  labyrinthique, rempli de milliers de volumes qui ne sont ni classés, ni répertoriés, mais rangés dans le seul ordre de leur chronologie d'arrivée, avec sur la première page le nom du volume précédent et sur la dernière le nom du volume suivant. Parmi eux, de nombreuses traductions, où n’apparaît jamais le nom du traducteur. Et pour finir, un ouvrage particulièrement mystérieux:

« le Codex seraphinianus  est intraduisible. Composé dans une langue inconnue à l’alphabet ignoré, il décrit un monde inconnu. Rien ne le relie à notre univers ni à notre civilisation. Il n’existe aucun texte équivalent dans aucune langue connue. Dans ces circonstances, ce livre est indéchiffrable. Y chercher quoi que ce soit est contraire à la logique, cela revient à perdre son temps. »


Ironie ou absurdité suprême, ce livre est traduit en de multiples langues, dont l'arabe.

Faut-il nécessairement que les choses aient une logique ?


Il s'agit donc d'un texte étrange, à la limite entre l'absurde et le fantastique, qui interroge sur le  sens de la lecture, de la culture, de la conservation des archives, ainsi que de la traduction. Érudit tout en étant poétique, réaliste mais plein d‘excursions fantaisistes, La bibliothèque enchantée nous parle (sans doute en parallèle avec Borges que je n’ai pas lu) de notre univers de lecteur, de notre rapport aux livres et à la traduction.


Mots-clés : #absurde #lieu #traditions #universdulivre
par topocl
le Mar 23 Avr - 12:05
 
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Sujet: Mohammad Rabie
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Iain Sinclair

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Quitter Londres

1975-2016, ainsi se termine le livre. A travers ses marches, souvent accompagnées, l'auteur nous fait le récit dans différents quartiers de l'effacement de la ville. Dans le brouhaha des conversations des communications sur portables, les images de réhabilitations se succèdent, réécritures automatiques d'un mieux obligatoire polarisées sur des projets commerciaux et des investissements espérés juteux.

L'emballage censé rendre le tout séduisant est très balisé, promenades prédéfinies, religion du vélo, espaces de co-working, barbiers, ... on n'est pas très dépaysés.

De même que par l'envers du décor qui toujours chez Sinclair accompagne son regard, lui sert de moteur. Sans abris immigrés sans papiers, artistes, bâtiments et lieux qui sont un lien, l'histoire et l'âme du vécu de la ville sont sa trame à lui. Une trame réactualisée physiquement par la marche et le partage du récit... ou sa construction quand il s'agit d'une exploration commune.

Le kaléidoscope nostalgique donne le tournis mais l'épopée fait aussi bien. Malgré The Shard, la couleur des vélos et quelques couleurs locales c'est la reconnaissance d'un même mouvement destructeur qui rassure. Pas parce que le mouvement d'effacement et d'anonymisation est réjouissant mais pour le parcours humain qui laisse aussi imaginer que d'une façon ou d'une autre il peut persister une trace, une mémoire commune.

Pas mal de pistes à explorer, Sebald, Ballard et Moore pour les plus connus mais ça va bien plus loin !

Farfelu, énigmatique, nocturne, usé, vivifiant et chaleureux ? Au moins tout ça et bien plus encore ce judicieux portrait d'une ville emblématique (mais de quoi ?).

Phénoménal bric-brac plein de surprises.

Mots-clés : #lieu #urbanité
par animal
le Dim 21 Avr - 13:27
 
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Angela Flournoy

La maison des Turner


@kashmir a écrit:La maison des Turner

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Une histoire autour d'une maison symbolique ou le coeur palpitant d'une famille nombreuse...Viola et Francis ont eu treize enfants, et c'est la vie de chacun d'entre eux qui apparaît au fil des pages. Avec un fil conducteur qu'est l'histoire de Lelah, la plus jeune soeur, celle qui va nous ramener vers la maison désertée depuis que Viola , malade, habite chez son fils aîné. Que faire de la maison : la vendre, la garder, nous sommes début 2008.

En lisant cette histoire, c'est la vie sur un demi-siècle, d'une famille Afro-Américaine que l'on découvre au fil des pages.
Avec l'envie de lire d'autres livres qui ont forcément un rapport...

Un livre à tiroirs.



Tout jeune couple fuyant la discrimination du Sud, Francis et Viola s’installent à Detroit où ils font le pari d’espérer une vie heureuse en donnant naissance à 13 enfants. L’action se déroule  au crépuscule de la vie de Viola, alors que la quatrième génération pointe le nez,  que les aînés abordent la vieillesse et les plus jeunes la maturité . Tous s’interrogent sur le devenir de la vétuste maison familial à laquelle tant de souvenir les rattachent.

La promesse de cette grande fratrie afro-américaine est modérément tenue, car Angela Flournoy centre son récit sur l’aîné, qui se sent responsable de tous, mais s’effarouche d’un fantôme, et la benjamine qui lutte contre son addiction au jeu. Si ces deux personnages ont une belle épaisseur, les autres restent des figures secondaires. Le fil rouge  de la ville de Détroit, peu à peu abandonnée par les Blancs, paupérisée, sujette aux trafics en tout genre et aux émeutes n’est qu’une lointaine toile de fond. Ce n’est qu’au moment du chapitre final, une grande fête qui réunit toutes les générations , que le récit prend une ampleur à la hauteur de son ambition.



Mots-clés : #famille #fratrie #lieu
par topocl
le Sam 20 Avr - 18:39
 
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Dany Laferrière

L'énigme du retour :

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La nouvelle coupe la nuit en deux. L'appel téléphonique fatal que tout homme d'âge mûr reçoit un jour. Mon père vient de mourir. D. L.

A la suite de cette annonce tragique, le narrateur décide de retourner dans son pays natal. Il en avait été exilé, comme son père des années avant lui, par le dictateur du moment. Et le voilà qui revient sur les traces de son passé, de ses origines, accompagné d'un neveu qui porte le même nom que lui. Un périple doux et grave, rêveur et plein de charme, qui lui fera voir la misère, la faim, la violence, mais aussi les artistes, les jeunes filles, l'espoir, peut-être. Le grand roman du retour d'exil.

Quatrième de couverture.

Première incursion dans l'oeuvre de Dany Laferrière et honnêtement, je ne sais trop que penser.

Le style utilisé pour le récit est original et m'a séduite, mais il ne me reste, la dernière page tournée, que des images générées par le récit, pas réellement un souvenir global.
Si ce n'est les références à Aimé Césaire.
Alors je me demande si je ne suis pas passée à coté.

C'est plus une atmosphère que l'on pénètre plutôt qu'un récit structuré et c'est en cela que le livre pose question.

Il faut que je lise un autre livre de cet auteur, voilà !

Mots-clés : #exil #lieu
par kashmir
le Dim 14 Avr - 13:45
 
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Marie Susini

Je m’appelle Anna Livia

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La collection « L’Imaginaire » est l’occasion pour Gallimard de recycler sous format poche son abondant fonds de commerce. Ne nous en plaignons pas car cette collection nous donne l’occasion de (re) découvrir des textes rares et de qualité.
Je n’avais jamais entendu parler jusqu’à présent de Marie Susini. Ses romans publiés dans le livre de poche et Points sont pratiquement tous épuisés et ne se trouvent plus que d’occasion. C’est dommage.
« Je m’appelle Anna Livia » est un court texte, sorte d’épure, poétique ayant pour toile de fond la Toscane. L’âpreté solaire du paysage est bien présente ainsi que la violence de certains épisodes marquants. Le sujet n’est pas andin non plus puisqu’il s’agit d’un inceste entre un père et sa fille.
Ce qui m’a frappé c’est la qualité d’écriture de l’auteure : très simple, épurée, sans fioritures, mais d’une intense poésie, teintée de nostalgie.
Un passage un peu long, plutôt que des citations, pourra vous en donner un aperçu :
« Oh ! Francesco nous n’en finissions pas !
Que cherchait-on tous les deux avec cette obstination forcenée, quelle angoisse à dissiper déjà ou alors quelle angoisse à faire naître dans ce qui pourtant au départ n’avait été qu’un jeu, compter les cyprès de Castelvecchio.
Immobiles l’un contre l’autre sous le soleil comme une marée montante, on les comptait. Sans jamais arriver à tomber sur le même nombre. Et plus on mettait d’acharnement, plus on s’appliquait à les compter un à un, plus ils avaient l’air de vouloir se mélanger, les derniers se mettaient à fondre chaque fois, la lumière nous brouillait la vue tant et si bien qu’on ne voyait plus qu’une masse uniforme et mouvante.
- Ils ne vont pas s’envoler, répétait Madalena, qu’est-ce que vous croyez ? Ils sont là pour longtemps, allez, ils sont là pour toujours. Comme la maison, comme le ciel, la terre. Nous on sera tous dessous alors qu’eux, là-haut, ils resteront fidèles au poste, toujours bien droits et toujours bien vivants.
Parfois quelques-uns se rassemblaient, montaient tous ensemble en une grande flamme noire. On se frottait les yeux et on recommençait tout aussitôt. Pendant un moment, ça faisait des petits ronds jaunes, rouges et bleus qui dansaient sur les cyprès.
Après on commençait à rêver. On inventait. Tout ce qu’on découvrait de de là-haut si une seule fois on pouvait y arriver à ce balcon en plein ciel. Oui, on les avait toutes, les audaces : on tendrait une corde entre deux cyprès, et on se balancerait là dans tout ce bleu si bleu, et on enverrait des coups de pied dans la lune aussi facilement que dans un ballon, et toute la nuit on se balancerait…
On se disait bien quand même qu’il faudrait attendre pour qu’ils nous laissent partir, attendre longtemps avant d’être grands. Et puis on finissait par craindre que ça ne reste impossible d’arriver jusque-là. De cela, je sais, on était sûrs, mais pour le moment, ils nous laissaient rêver. »

Un beau livre qui me donne envie de continuer avec Marie Susini.

Mots-clés : #lieu #psychologique
par ArenSor
le Lun 1 Avr - 13:46
 
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Sujet: Marie Susini
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Itamar Orlev

Voyou

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Que fait Tadek, quand sa femme le plaque, emmenant leur fils et que sa vie s’effondre ? Il part retrouver ce père resté en Pologne, qui l’a élevé dans l’alcool et la violence, ce réputé héros de la résistance déporté à Majdanek, ce monstre égocentrique, devenu ce vieillard qui s’étiole en maison de retraite et qui a bien des révélations à faire.

Curieuses retrouvailles que cette recherche désespérée d’un filiation qui a pourtant bien existé, entre haine et réconciliation, entre rancœur et pitié pour un livre bien décidé à ne répondre à aucune question, mais à montrer comme la réalité est complexe, les sentiments ambivalents, combien le cœur est déraisonnable.

Ce voyage est l’occasion d’un retour aux sources dans une Pologne misérable, rustre, violente, arrosée de vodka. Il montre comme l’histoire y a été d’une cruauté invraisemblable, mortifère pour plusieurs générations. Mais il ne s’aventure jamais dans les explications simplistes ou les raccourcis psychologiques, il reconnaît le caractère indéchiffrable du mystère des individus ballottés dans les méandres de leurs contradictions. 

L’auteur ne cherche pas à faire un roman psychologiquement cohérent, il propose un confrontation pathétique, faite de heurts, de poses, de détours et d’apaisements,   sans glisser une seconde vers l’attendrissement, il parle du malheur des hommes, de leur prédestination et de leur destin, de la souffrance et des incertitudes qu’ils sont condamnés à traîner perpétuellement avec eux.


Mots-clés : #deuxiemeguerre #immigration #lieu #relationenfantparent #violence
par topocl
le Mer 27 Mar - 21:21
 
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Sujet: Itamar Orlev
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John Steinbeck

Au Dieu inconnu

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Joe Wayne (mais oui, le fils de John) défriche des terres à l’Ouest pour lui et ses frères, à l’ombre tutélaire d’un chêne où il voit son père disparu.
Signes avant-coureurs du désastre dont l’attente lourde imprègne tout le récit : le sanglier qui dévore ses petits, le jeune charretier terrorisé par « ce lieu mort et desséché » dans son sommeil, la sinistre chapelle protestante du mariage…
L’hostilité du protestantisme avec le christianisme, le paganisme, voire l’animisme (l’arbre ; le rocher et la source du bois de pins) sourd également tout au long de l’histoire, qui parle du sacré (donc du sacrifice) sous différentes formes : dès le commencement, Steinbeck souligne le besoin de possession charnelle de la terre chez Joseph, sa « passion pour la fertilité », peut-être biblique, mais pas que…
« Dès le premier jour de mon arrivée, j'ai compris que ce pays était peuplé de fantômes. Il s'arrêta, incertain. Non, ce n'est pas ça. Les fantômes sont de pâles reflets de la réalité. Ce qui vit ici est plus réel que nous. C'est nous, les fantômes de cette réalité-là. »

« "Gardez-moi de ce qui est ancien dans mon sang." Elle se rappela que son père lui avait dit que ses ancêtres mille ans auparavant avaient suivi le rite druidique. »

À ce propos, To a God Unknown n’aurait-pas été mieux traduit par À un Dieu inconnu ?
On est peut-être là à une source du nature writing, tant est prégnant le portrait rendu de cette vallée californienne luxuriante puis désertique.
Il y a une dimension shakespearienne aussi, à la limite du fantastique (on pense à Arthur Machen et Algernon Blackwood), avec quelque chose, mais oui, d’Henri Bosco.
Parmi les quatre frères, dont le benjamin séducteur qui chante et boit, et le protestant rigoriste, Thomas est un personnage qui m’a particulièrement plu :
« Thomas aimait les animaux et les comprenait : il ne ressentait pas plus d'émotion à les tuer que les animaux lorsqu'ils s'entretuent. Il avait trop l'instinct d'une bête, pour être sentimental. »

« Thomas avait capturé un ourson grizzli dans la montagne et il essayait, sans grand succès, de le domestiquer.
– C'est plus un homme qu'un animal, affirmait Thomas. Il ne veut rien apprendre. »

Une étonnante représentation de la nature dans sa temporalité si éloignée de celle des hommes :
« Très haut, sur une énorme cime surplombant les chaînes de montagnes et les vallées, siégeaient le cerveau du monde et les yeux qui regardaient le corps de la terre. Le cerveau était incapable de comprendre la vie qui grouillait sur son corps. Il demeurait inerte, vaguement conscient du fait qu'il pouvait bouleverser et détruire la vie, les villes, les petites demeures champêtres dans la fureur d'un tremblement de terre. Mais le cerveau était assoupi, les montagnes tranquilles et, sur la falaise arrondie qui descendait vers l'abîme, les champs étaient paisibles. Et cela s'érigeait ainsi durant un million d'années, masse immuable et tranquille où le cerveau du monde somnolait vaguement. Le cerveau du monde se chagrinait un peu, car il savait qu'un jour il lui faudrait bouger et, par là même, secouer et détruire la vie, anéantir le long travail des labours et faire crouler les maisons de la vallée. Le cerveau était navré, mais il n'y pouvait rien changer. Il pensait : « Je supporterais même d'être mal à mon aise pour préserver cet ordre qui s'est établi accidentellement. Quel dommage d'avoir à détruire ce qui s'est ordonné de la sorte. » Mais la cime terrestre se fatiguait de rester dans la même position. Elle se déplaça soudain : les maisons s'écroulèrent, les montagnes se soulevèrent affreusement et le travail d'un million d'années fut perdu. »

« Joseph méditait lentement sur ce sujet : "La vie ne peut pas être coupée d'un seul coup. Une personne n'est morte que lorsque les choses qu'elle a modifiées sont mortes à leur tour. L'unique preuve de la vie est dans ses répercussions. Tant qu'il demeure d'elle ne fût-ce qu'un souvenir plaintif, une personne ne peut être retranchée de la vie, ne peut être morte." Et il pensa : "C'est un long et lent processus pour un être humain que de mourir. Nous tuons une vache et dès que sa chair est mangée, elle n'existe plus, mais la vie d'un homme s'éteint comme un remous à la surface calme d'un étang, par petites vagues qui s'étendent et meurent dans la quiétude." »

« – Je ne veux pas de toi ici, dit-il d'un ton malheureux. Ça prolongerait l'attente. A présent, il n'y a que la nuit et le jour, l'obscurité et la lumière. Si tu devais rester là, il y aurait mille autres pauses qui retarderaient le temps, les pauses entre les mots et les longs intervalles entre un pas et un autre pas. »



Mots-clés : #fratrie #lieu #nature #ruralité
par Tristram
le Sam 23 Mar - 20:52
 
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Henri Thomas

La Nuit de Londres

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Encore un écrivain passé aux oubliettes ! Toutes les références à Henri Thomas que j’ai trouvées sur le net insistent sur les qualités d’écriture d'Henri Thomas, mais aussi sur le fait qu’il soit resté inconnu du grand public. Pourquoi ? Probablement en raison d’une profonde modestie ; peut-être également par un style d’écriture qui peut dérouter de prime abord.
En effet, il m’a fallu un certain temps pour entrer réellement dans « La Nuit de Londres ». Et ne vous demandez surtout pas où veut en venir l’auteur ? à rien justement, si on prend pour critères le roman traditionnel ; mais à beaucoup de choses si on cherche un peu plus.
De quoi s’agit-il ? d’un modeste employé, désargenté, employé à Londres dans une agence et qui passe ses nuits à parcourir la ville. Oh, il ne fait pas de rencontres exceptionnelles, mais chacune est une vraie aventure, la pièce de monnaie avec laquelle il joue dans sa main, la feuille morte plantée sur le poteau d’une grille ! Il se pose aussi beaucoup de questions, se voit à l’intérieur de la foule, puis à l’extérieur, en observateur soi-disant impartial. Il se demande ce qu’est cette foule, anonyme et pourtant constituée d’individus, ce qui l’anime, la fait vivre, ce qu’est le vide quand elle a disparue ? Pourquoi certaines images, aussi insignifiantes soient-elles, se fixent et d’autres non ? Qui sont ces visages croisés, ces enseignes lumineuses, à peine entrevues, mais qui sont inhérents à la déambulation nocturne ? Quel rapport entretenons-nous avec toutes ces choses ?
Vous voyez, combien de sujets passionnants Henri Thomas peut aborder, mais de manière discrète, à la marge, sans insister. En marchant quoi ! libre à nous d’en faire ce que nous voulons.
Il y a un peu de l’esprit du Nouveau roman dans « La Nuit de Londres » ; description minutieuse des choses, rapport entre l’individu et le monde extérieur ; mais sans le carcan d’une construction rigoureuse. Il s’agit plutôt d’une divagation poétique.
C’est un livre à recommander à tous les grands arpenteurs de pavés nocturnes, de Rétif de la Bretonne à Léon-Paul Fargue, et beaucoup d’autres.
Un beau coup de cœur en ce qui me concerne.


« Tout ce qu’un pauvre, élevé dans notre civilisation, désire voir, peut surgir à ses yeux, amené du fond de la nuit par le mouvement perpétuel qui fait qu’un visage est presque aussitôt remplacé par un autre, alors que dans la vie quotidienne, les mêmes visages vous entourent, et que leur disparition s’appelle la mort. Le dernier des hommes, plongeant dans la foule, entre dans un monde où la disparition n’est pas une cause d’inquiétude, où elle n’est plus la mort, ni même l’absence ; elle est ressentie comme un battement de cil dans la vision ; elle est chaque fois comme l’enlèvement d’un obstacle, à peine aurait-il surgi : ce visage, ce regard une seconde rencontré, ces façades où toutes les ombres basculent au passage. »


« Je suis depuis quelque temps déjà la ligne qui se trace devant moi à mesure que j’avance ; bien quelle me soit invisible, je ne peux l’imaginer que blanche, - d’un blanc presque gris, comme tracée à la craie depuis assez longtemps pour qu’elle soit devenue par la pluie et la poussière presque indistincte sur le trottoir ; je ne sais jamais quand je fais les premiers pas sur cette ligne, qui n’existe plus derrière moi ; subitement, elle est là, sa fin m’échappe comme son commencement.»


« … la pluie tombe si fort que je l’entends crépiter sur le toit du taxi ; et par instants je sens des gouttes sur mon visage ; la vitre de mon côté n’est pas complètement fermée : il y a une mince bande de nuit noire avec des lueurs comme une toile cirée qui semble bouger tout près de mes yeux ; toutes les nuits seront de plus en plus comme cela, maintenant, et c’est par une nuit pareille que je suis arrivé à Londres il y a … trois, quatre ans. Je dirais dix ans, ce serait pareil : il y aurait le même espoir, celui du premier soir et de maintenant. Libre et à bout de force, et heureux, - et attendre de comprendre pourquoi je suis heureux, attendre que le taxi trouve ma rue, et puis dormir, et me réveiller à un certain moment de la fin de l’automne, non pas demain ni les jours qui viennent, mais après des années, et pas dans cette ville ; il y aura encore beaucoup de nuits encore à traverser ; j’ai eu tout le temps et tout l’espace, et je n’ai gardé que cette petite bande de ciel noir si proche qui glisse au haut de la vitre ; c’est le sommeil de la foule peut-être. »


« Pour pouvoir porter longtemps la fatigue, il faut marcher d’un pas égal ; la fatigue est alors comme un fardeau qui s’équilibre peu à peu, jusqu’à ne plus être senti comme fatigue, mais comme un état nouveau, un état de corps et d’âme qui peut durer, durer, durer… autant que nous-même. »


« Les traces de pas sont partout nombreuses, mais plus ou moins confondues ; il y a des piétinements par endroits, comme si l’on s’était battu ; mais partout c’est comme une écriture – la foule de cette nuit a écrit tout cela, chaque passant a prononcé quelque chose là. »


« Je ne sais pas bien regarder, je ne suis pas à ce qui est rare et beau ; quatre ans de Londres sans en sortir, et je n’ai vu que des murs qui sont comme des buvards ayant tellement servi qu’ils sont noirs de toutes sortes d’encres. »


« C’était facile, il y avait abondance de repères de tous côtés, la rose des vents était toute marquée autour de moi dans la brume, en un grand cercle qui était Londres, jusqu’à l’horizon, comme si les nuages, un peu soulevés au-dessus de Saint-Paul, retombaient là-bas pareils à une tente de cirque bien fermée. Tout était dans ce cirque, et j’allais y redescendre bientôt ; j’avais froid, j’étais fatigué, et la pluie recommençait. Alors j’ai repensé à la feuille accrochée à sa grille : dans cette espèce de gouffre, il y avait donc cela – une feuille morte, immobile, noyée, oubliée de tout, et je savais le chemin qui me mènerait exactement à elle. Je n’étais pas seulement orienté vers le pourtour du cercle et par-delà, je savais ma route aussi vers le centre, vers quelque chose qui était là – ou qui n’y était plus peut-être, mais le chemin passait là, descendait plus loin vers le centre – et ce ne serait jamais le centre, mais toujours mon chemin, image après image, ma vérité de fonctionnaire et de chien mouillé. »


(petit aparté : le livre trouvé à Emmaüs porte de petites annotations au crayon, comme "Les Eaux étroites" de Gracq et "L'Arrêt de mort" de Blanchot. J'ai donc commencé la lecture de ce dernier. Soyons fous !  Very Happy )


Mots-clés : #autobiographie #autofiction #lieu #solitude #viequotidienne
par ArenSor
le Sam 23 Mar - 19:18
 
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Sujet: Henri Thomas
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Pierre Jourde

Pays  perdu

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« C’est un pays perdu », dit-on : pas d’expression plus juste. On n’y arrive qu’en s’égarant. Rien à y faire, rien à y voir. Perdu depuis le début peut-être, tellement perdu avant d’avoir été que cette perte n’est que la forme de son existence. Et moi, stupidement, depuis l’origine, je cherche à le garder. Je voudrais qu’il soit lui-même, immobilisé dans sa propre perfection, et qu’à chaque instant puisse s’en emplir.


Ce pays perdu auvergnat, il faut des heures pour le rejoindre par de petites routes tortueuses au-delà de l’autoroute. Pierre Jourde y a passé de grands temps de son enfance, y a fait les foins avec les paysans, pris des cuites en sa jeunesse. Il y est retourné au fil des années dans la ferme familiale désormais confiée à un métayer, nourrissant les liens d’amitié, visitant les vieux solitaires accrochés à leur terre, à leur maison.

Lorsqu’il y arrive avec son frère pour deux jours, il apprend le décès de la jeune Lucie, 15 ans, dont la leucémie avait vaincu la chevelure mais pas le sourire. Chez les parents de Lucie, ses amis, chacun « entre » l’un après l’autre pour un dernier salut à la jeune morte, un moment de silence et d ‘émotion partagés.Aux obsèques, tout le village est là.

C’est l’occasion de parler de ce pays sauvage, dresser un portrait  de chacun, de ces hommes et femmes qui vivent dans ces vallées  pleines de rudesse , des gens dont les citadins ne savent même pas qu’ils existent - et qui ignorent comment vivent les citadins.  

Pierre Jourde livre dans une très belle écriture  ces portraits qui n’épargnent personne mais font transparaître la tendresse, mêlée  de compassion,  qu’il éprouve pour eux, ces gens en voie de disparition dont on parle moins que des pandas et des dauphins. Ils sont pour Pierre Jourde un élément indispensable de son paysage intérieur, un lien avec quelque chose de solide, d’attachant, des hommes et femmes qui vivent de plein pied dans leur milieu, dans la nature, alors que la société les ignore, et impose de ce fait un jugement, une exclusion, une souffrance.

Les morts aussi sont là, tout aussi présents que les vivants, au cimetière , sur le monument au mort, dans les pensées et dans les cœurs, ils sont là comme s’ils étaient dans la pièce. Son père qui dit si peu sur lui-même de son vivant, si présent dans ce paysage, que, comme beaucoup, il regrette de n’avoir pas assez questionné.

La petite stèle qui énumère les morts de la Première Guerre mondiale a été érigée, comme d’habitude, devant l’école qui sert peut-être encore de mairie. Bessègues, à peu près inhabitée, est une commune. Commune à l’étrange territoire, composé de vallées parallèles, séparées par des arêtes montagneuses, et sans communication entre elles. La stèle anodine, au fond de ce grand calme, diffuse tranquillement sa  double ironie funèbre : dérisoire parcours, de l’instituteur à l’adjudant et puis à rien, quelques décimètres de l’école communale au cénotaphe collectif ; dérisoire population de morts, une quinzaine, pour ce village qui compte un habitant. Ils sont là, tous ensemble, serrés sur la même pierre, leurs maisons s’effondrent, leur noms n’ont plus de sens et ne sont plus lus par personne.


J’ai moins aimé les deux passages plus « sociologiques », sur l’alcoolisme endémique et sur la merde où, c’est le moins qu’on puisse dire,il n’y va pas de main morte. Il s’éloigne des gens gens spécifiquement,  j’ai trouvé ça long et lourds, - regardez comme je suis sans tabous, comme j’écris bien sur les différents états des bouses,  de leurs éclaboussures, des murs et culs de vaches embrenés. Comme quoi, la limite est subtile, et c’est sans doute ainsi qu’il l’ a franchie, avec les conséquences que l’on sait, la complicité s’y est perdue, un pas était franchi pour attiser la haine de certains villageois, qui déclencha le caillassage familial à son passage suivant. j’ai essayé de mener ma lecture à l’écart de ce fait divers, c’est quand même le plus souvent un  très beau texte, Zola en zone rurale, la poésie en plus.

mots-clés : #autofiction #lieu #nature #ruralité #solitude #vieillesse
par topocl
le Ven 15 Mar - 11:58
 
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Sujet: Pierre Jourde
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Nicolas Cavaillès

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Le mort sur l’âne

Originale : Français, 2018

Au travers de l'épopée nocturne d'un animal des moins exotiques, Nicolas Cavaillès dresse, dans
Le Mort sur l'âne, un portrait atypique de l'île Maurice et en raconte l'histoire. Au rythme de la toponymie si particulière des lieux – Curepipe, Trou-d'Eau-Douce, cap Malheureux, Bois aux Amourettes, Montée-Bois-Puant... –, depuis les hauteurs de l'île jusqu'au littoral – sans plages ni touristes –, ce voyage dans l'intérieur des terres est aussi un voyage dans le temps.

S'inspirant d'un conte du XIXe siècle, Nicolas Cavaillès invoque dans ce récit l'idée paradoxale que la civilisation, dans son effort pour rendre le monde toujours plus " vivable ", fait œuvre de destruction, de mort souvent – le comble, étant le touriste, qui détruit ce qu'il veut " visiter ". Heureusement, quelques exceptions se distinguent : le poète Baudelaire, qui séjourna à Maurice en 1841, et Kaya, figure musicale locale mort en 1999. Tout deux sont les symboles du refus d'un monde policé et du respect d'un monde " sauvage ". L'incarnation de la revanche du chaos sur le langage, cette suprême usurpation du monde – le langage n'ayant rien à nous apprendre puisque l'essentiel se trouve hors de celui-ci.


REMARQUES :
Recommandation de mon libraire, expérience bizarre, mais positive par une autre lecture d’un livre de l’auteur (voir en haut), texte de présentation intéressante me faisaient prendre ce livre. Court. Très court : des pages à moitié rempli, font généreux, une 40aine de chapitres sur peu de pages… Le texte se présentait à moi comme un mélange de différents genres, types d’écriture : entre légende, fable, énumération toponymique, géographique, historique, mythologique. Et entre l’immensité du temps de gestation sur des milliards d’années, et la ridiculité de quelques siècles d’habitation par ce mammifère qu’on appelle être humain. Est-ce que ce petit cosmos contient tout ?

Il me semble que c’était trop demandé, vu le peu de pages. Et je me sentais pas vraiment invité au voyage et suis resté à l’extérieur.

Peut-être vous aurez un autre ressenti ?


mots-clés : #insularite #lieu
par tom léo
le Dim 17 Fév - 16:35
 
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Sujet: Nicolas Cavaillès
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Jacqueline Woodson

Un autre Brooklyn
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A un moment donné, nous avons tous la même destination, ai-je pensé. A un moment donné, tout, la moindre chose, chacun de nous, se mue en souvenir.


August a grandi heureuse dans le Tennessee, avec ses parents et son petit frère, dans une belle maison au bord d’un lac. August s’est installée à Brooklyn avec son père et son petit frère,  après que sa mère soit tombée dans une sorte de folie suite au décès de son frère à la guerre du Vietnam. Auguste a grandi dans ce quartier au moment où les Blancs le quittaient  peu à peu. La certitude que leur mère finirait par les rejoindre,  l’amour fusionnel de son petit frère, la foi trouvée en l’islam  de son père, l’amitié de ces trois copines confrontées à ses incertitudes,  la rendaient indestructible. Elle a traversé les affres de l’adolescence, étudié l’anthropologie, elle revient pour les funérailles de son père.

Je regardais mon frère observer le monde, son front droit, empreint d’une trop grande gravité, se fronçait sous l’effet de l’angoisse et de l’étonnement. Ou que nous posions les yeux, nous voyions des gens s’efforcer de rêver leur départ. Comme s’il existait un ailleurs. Un autre Brooklyn.


Dans cette communauté noire à la limite du seuil de pauvreté, mais qui vit dans l’amour et la dignité, la petite fille trouve très lentement le chemin qui lui permet de comprendre cette mère absente ; cette mère dont elle dit comme première phrase : « longtemps ma mère n’a pas été morte », et dont les cendres trônent dans le salon. Jacqueline Woodson enchaîne les courtes vignettes, qui disent par un fait mieux que par une description. Le retour en arrière couvre d ‘un voile plein de douceur  les souffrances du jour le jour, et cette adolescence qui avance au jugé, finit par sortir du  ghetto. Elle éblouit par son aspect tout à la fois sain et doux.

Bix, j’ai pensé à toi.


mots-clés : #amitié #enfance #lieu
par topocl
le Lun 11 Fév - 14:09
 
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Sujet: Jacqueline Woodson
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Guido Ceronetti

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Petit enfer de Turin

Quatrième de couverture a écrit:Le piéton de Turin qui flâne en quête de ruines et raconte sa ville, avec humour et non sans nostalgie, ne cultive pas une manie d'écrivain local : si ses regards et ses pensées sont des flèches, l'archer a toujours en vue deux cibles rares désormais dans ces mégapoles que l'on prétend encore civilisées : la beauté du monde et la dignité de l'âme, du moins ce qu'il en reste à l'heure des foules administrées et des sensibilités délabrées.

Je ne suis pas un déraciné : tout simplement, je n'ai pas de racines. Tout simulacre d'enracinement qui n'est ni métaphysique, ni métabiologique, ni métatemporel, je le rejette, je le vomis... L'unique vérité qui m'éclaire, qui me donne de l'espoir est Je est un autre... Je baise ton sol, Jérusathènes. G. C.


Assemblage de textes qui reviennent sur l'histoire de la ville et celle de l'auteur (à commencer par un texte sur son père). Une forme elliptique ou détournée mais précise et un ton qui se fait volontiers ronchon sans que l'on perde une impression de précision.

Le plus frappant est dans les ponts "immédiats" qui sont faits entre maintenant et l'avant qu'il soit d'avant ou pendant la guerre, ou les temps qui suivent. Turin sert de décor à un œil contrarié par la marche du monde. Industrialisation, automobile, modes, gastronomie, presque tout peut y passer. (Crochet par la boxe inclus).

Rétrospectivement on s'aperçoit qu'on a vu beaucoup et que les gens ou leurs attitudes sont au centre de ces regards. Néanmoins la lecture est un peu frustrante car parfois inaccessible car très personnelle et brouillant les pistes. C'est intéressant aussi en plus du reste mais frustrant. Le ronchon un peu habituel aussi par moments.

Pas non plus une lecture que je regrette mais dont j'attendais plus ou un peu autre chose ?

mots-clés : #lieu
par animal
le Mar 29 Jan - 21:45
 
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Sujet: Guido Ceronetti
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Valérie Manteau

Le sillon
Prix Renaudot 2018

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Le sillon est le livre de la progressive dérive vers le désespoir de l’auteure, arrivée comme touriste à Istanbul, mais installée dans la place, amante en perdition d’un turc rebelle désigné par « il », amoureuse de la ville dont elle fréquente une intelligentsia contestataire. Cette  dérive accompagne précisément celle d’une ville et d’un pays, dont elle décrit les soubresauts de rébellion vite muselés par l’autorité erdoganienne, la répression, le climat vengeur et délétère. Chacun autour d’elle  résiste à sa façon, qui mêle manifestations vite réprimées, journaux d’opposition sous permanente surveillance, productions artistiques, discussions autour d’un verre dans une ville  électrique où errent, ou s’installent, les réfugiés et les enfants vagabonds.

Dans ce décor cosmopolite, dans cette ville pleine de charme où les époques historiques se confrontent,  elle évite les quartiers touristiques,  déambule à vue, fréquente les fêtes, entre ivresses et rencontres , intuitive quoique mal instruite de ce qu’est être turc et subir ce régime dans sa chair. Elle s’attache à la figure des grands résistants qui en ont marqué l’histoire, au premier rang desquels Hrant Dink, chef de fil de la résistance arménienne, leader pacifique et charismatique, directeur du journal Agos.

(...)que signifie le nom du journal, Agos. Jean fait le geste de semer des graines par poignées.  Agos, c'est Le Sillon. C'était un mot partagé par les Turcs et les Arméniens ; en tout cas par les paysans, à l'époque où ils cohabitaient. Le sillon, comme dans la Marseillaise ? Qu'un sang impur abreuve nos sillons, quelle ironie pour quelqu'un assassiné par un nationaliste.


Elle va de l’un à l’autre, d’un lieu à l’autre, recherchant des indices  sur cet homme, cherchant aussi un sens à un  séjour qui est en train de perdre le sien. Cette collecte constitue un assemblage de facettes plus qu’une vraie biographie. L’actualité brutale la rattrape peu à peu, comme tant d’autres, la fuite paraît le seul salut.

C’est un mélange assez harmonieux, quoique singulier,  entre autofiction et information journalistique, ballade amoureuse et géopolitique, à travers cette  jeune femme écartelée entre deux mondes  turc et européen, qui voit dans ses tripes à quel point les hommes sont proches et en quoi les régimes les séparent. Elle adopte un style décalé, précipité, renonçant aux guillemets et transitions, elle nous promène à son propre rythme, il faut s'y soumettre, dans une urgence singulière et noire.

Hrant Dink

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Naji Jerf

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Tahir Elçi

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mots-clés : #autofiction #contemporain #lieu #minoriteethnique #regimeautoritaire
par topocl
le Lun 14 Jan - 10:08
 
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Sujet: Valérie Manteau
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Russell Banks

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La Réserve


« La Réserve », c’est un lieu de villégiature, perdu dans les Adirondaks, un lieu majestueux, au nord-est de l'État de New York. Les habitants des maisons, des chalets luxueux, perdues au fond de cette végétation luxuriante et montagneuse sont des riches, parmi les plus riches, des New-Yorkais entre autres. Ce lieu est tellement préservé qu’il est gardé, balisé, entouré d’une garde armée. Comme une sorte de cité idéale.

Parmi ces riches, la famille Cole dont la maison est au bord du lac, vient y passer des mois, le père est un médecin de renom. La fille, Vanessa Cole, fille adoptive, se plaît dans ce lieu de refuge. Séduisante et séductrice, elle sait y faire pour attirer les hommes dans ses rets. Mais en même temps elle est considérée comme une foldingue, et surtout par sa mère qui rêve de la faire interner et envisage sérieusement de le faire, c’est une réalité.

Le peintre Jordan Groves, ami du père, vient de temps à autre, avec son petit avion, rendre visite à la famille. Il est vite repéré par les gardes, et on n’aime pas les intrus qui sont vite renvoyés d'où ils viennent. Il se laisse séduire par la belle et élégante Vanessa et se rendra de plus en plus souvent à la Réserve après la mort du père, le Dr Cole.

Jordan Groves, qui vit hors de la Réserve, suffisamment loin pour y venir en avion, un biplan qui peut se poser (en douce) sur le lac, est marié avec une belle femme, discrète, une sorte de femme idéale et à laquelle il tient, a deux fils et sa vie rangée va être pas mal chahutée. Rien à faire, il a besoin de retourner à la Réserve car quelque chose se passe entre ces deux-là !
Et puis la jalousie qu’il ressent lorsqu’il a la surprise de voir que Vanessa se rend chez le jardinier et homme à tout faire de la Réserve, un homme canon physiquement, est une émulation. Il veut Vanessa Cole.

La mère de Vanessa, Evelyn Cole, de son côté, femme riche et éprise d'argent, confisque celui qui doit revenir à Vanessa à la mort du père, malgré un testament. Elle aimerait mettre sa fille sous tutelle, et pire encore, la faire interner en Suisse, d'ailleurs les contacts sont déjà pris.

Mais la terrible Vanessa Cole est-elle réellement folle ? Et aura-t-elle le choix ? En tout cas elle n'a pas l'intention de se laisser faire par sa mère, et elle va le lui montrer. On entre dans un univers un peu pervers et perverti, où se côtoient la beauté et la noirceur, le meilleur et le pire de la laideur.

Chaque chapitre de ce livre commence par des « flashs » de ce qui adviendra plus tard, on voit évoluer tous ces personnages dans l'avenir, et la guerre d’Espagne gronde et bombarde. La vie change. Même pour les riches.

C’est mon premier Russel Banks, j’y ai pris du plaisir, et parfois mon avis était mitigé, mais avis aux amateurs de Russel Banks ! C'est pour vous !


mots-clés : #amour #famille #guerredespagne #lieu #pathologie
par Barcarole
le Mer 9 Jan - 19:01
 
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Sujet: Russell Banks
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Edgar Maufrais

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Edgar Maufrais, À la recherche de mon fils. Toute une vie sur les traces d’un explorateur disparu


J’ai lu ce livre il y a maintenant deux mois et il me reste gravé en mémoire. D’emblée, j'ai été émue par ce livre-témoignage d'Edgar Maufrais qui relate ses nombreux séjours et expéditions au cœur de la forêt amazonienne pour retrouver son fils Raymond, ethnologue explorateur qui a disparu en 1950 dans la jungle guyanaise sans laisser de trace, si ce n’est des carnets qui ont été retrouvés par des Indiens.
Dès avant d’ouvrir ce livre, on sait qu'Edgar Maufrais qui part en 1952 pour longtemps ne retrouvera jamais son fils.
Laissant sa femme, donc la mère de leur fils Raymond, attendre en France le retour du mari et du fils, attente qui durera 12 ans.

Chaque « séjour » en forêt amazonienne représente un nombre important d'expéditions. Par expédition, il faut entendre qu'Edgar Maufrais revient au point de départ après avoir sillonné chaque région en boucle, où serait susceptible d'être passé son fils. Soit depuis le Brésil, soit depuis la Guyane. Il revient au point de départ de chaque expédition pour se ravitailler en vivres, même s’il vit des produits de sa chasse (et bien souvent la disette) pour aller à la banque locale car il faut pas mal d’argent pour payer les guides, faire du troc, négocier ceci ou cela avec les autochtones, trouver des nouveaux guides qui acceptent de faire le périple, etc.

Il a fait en tout 22 expéditions dont voici quelques exemples tant il a fait de milliers kilomètres : liaison Amazone/Saint-Laurent-du-Maroni ; Alenquer-Bom Futuro ; Manaos-Rio Imbitui ; Santarem-Rios Cabrua et Jacaré, etc., etc.

C’est en bateau que ça se passe la plupart du temps. Une pirogue, ou un canot, l’Amazonie, ses affluents, des vivres genre corned-beef, riz, café, et aussi la faim impérieuse, la fièvre, la maladie, des abris de fortune faits de lianes et de bouts de bois, chaque soir, et même en pleine nuit, des guides qui le plaquent en cours de route, d’autres qui demandent le double d’argent une fois qu’ils sont au cœur de la jungle, des lieux tellement enfoncés dans le cœur de la forêt que même les guides ou autres autochtones ne veulent pas y pénétrer, des guides qui s’improvisent souvent comme tels, des guides aussi qui emmènent leur famille entière depuis le bébé jusqu'au vieillard sur la pirogue, et c’est ça ou rien, et il faut prévoir leur nourriture, la pirogue qui tangue, l'obligation de délaisser du matériel pour faire monter tout ce monde, pas forcément bienveillant ; soigner les membres de la famille qui tombent malade ou qui sont piqués par des bêtes, des fourmis, des infections, bref, se retrouver en compagnie de personnes qui n’ont pas leur place ici ! Mais c'est la loi de la jungle !

La vie dans la jungle, la chaleur et l’humidité, pluies, matériel perdu, voire volé, des mauvaises rencontres, des piqûres d'insectes, de serpents, des efforts physiques énormes, réparer les canots, pagayer toute la journée bien sûr, affronter certains rapides, se retrouver tout seul à construire dans la nuit un abri de fortune et un hamac, se soigner les plaies et ne plus ressembler à rien, retourner à Belem par exemple et entre autres, rien que pour compléter la pharmacie, et cette forêt à la fois magnifiée et à la fois hostile, une hostilité si grande qu’on se demande ce que notre pauvre Edgar Maufrais espère encore. Les années s'écoulent. Il risque à chaque seconde d’y laisser sa peau. Personne n'a jamais vu son fils Raymond. Ou il y a si longtemps, oui, on l'a aperçu, il a dû passer par là. Mais il y a des peuplades qui vivent reculées, loin des fleuves, tels les Oyaricoulets, qui seraient, paraît-il, si menaçantes qu’aucun autochtone ne veut accompagner Edgar pour les trouver. On a mal pour lui. Des occasions perdues ? Car dans l'histoire des Maufrais, il est dit que ce sont les Oyaricoulets qui retiendraient le fils Raymond, pas forcément pour le faire prisonnier, mais par adoption, il vivrait là. Hélas il n'a pu approcher ces Indiens-là.

Quelle persévérance !

Quand j’ai commencé le livre j’ai cru que ce serait répétitif, même paysage de lianes à couper à la machette, de jungle, d’arbres qui cachent le jour et le ciel, d'humidité. Mais plus on avance, plus on est happé et on est à côté d'Edgar, lui disant, tiens bon, mon vieux ! Tu es un véritable explorateur ! Vas-y, tu es fort !
Car au bout du compte, et à force d’expéditions, à force aussi de s’être fait avoir en beauté, il a su humer les mauvais coups, rembarrer les voleurs ou autres comploteurs, et connaissant bien les régions visitées, aucun des guides ne lui arrivait plus à la cheville. Il n’avait plus besoin d'eux. Dans la jungle, c'est vraiment la jungle ! Il en est devenu le roi.

Épuisé, il renonce douze ans après. (Il a été retrouvé souffrant d'inanition dans la région amazonienne).

Autant dire que j’ai été très émue par ce livre. J’y pense encore.

Mots-clés : #aventure #lieu #temoignage #voyage
par Barcarole
le Mar 8 Jan - 17:17
 
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Sujet: Edgar Maufrais
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Elisa Shua Dusapin

Les billes du Pachinko


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Originale : Français, 2018

CONTENU :
Claire, avec une mère coréenne, un père Suisse (organiste), ayant grandi en Suisse, passe l'été chez ses grands-parents maternels à Tokyo. Son idée : convaincre son grand-père de quitter quelque temps le Pachinko qu'il gère ; aider sa grand-mère à mettre ses affaires en ordre ; et les emmener revoir leur Corée natale, où ils ne sont pas retournés depuis la guerre, il y a cinquante ans. Le temps de les décider à faire ce voyage, Claire s'occupe de Mieko, une petite Japonaise à qui elle apprend le français.

REMARQUES :
Une petite note sur le titr : les « Pachinkos » sont des lieux pleinns de machines à billes, sortes de « flipper vertical », rangées en longues files. C’est le grand-père de Claire, la narratrice, qui tient une telle boutique, le « Shiny », dans un quartier de Tokyo. Jeu extrêmement répandu au Japon, mais aussi : mal famé et presque entièrement dans les mains des Corées. Ce qui les met doublement à part dans la societé japonaise. Il y a en a deux « sortes » de Coréens vivant le pays : ceux qui avaient été déportés par les Japonais lors de leur main-mise sur la Corée (jusqu’en 1945), et ceux qui avaient fui la Corée suite aux guerres, mondiales, ou civile (1950-53). Ces Coréens ne se mèlent pas beaucoup, vivent souvent dans « leur » quartier, prolongent des cultures de leur pays, etc. Ainsi même après 50 ans de présence dans leur pays d’accueil, on sent une certaine forme d’étrangereté chez les grands-parents : ils parlent encore très mal le Japonais !

Et Claire ? Avec sa peau asiatique est pris dans sa Suisse natale aussi comme une « étrangère ». Ayant étudiée le Japonais (faute de pouvoir apprendre le Coréen dont elle ne maîtrise pas ou plus la langue) en Suisse, elle ne peut que difficilement communiqué avec ses grands-parents. Lors de son séjour estival (on devrait se trouver dans ce roman autour de 2013) chez eux, elle va s’engager auprès de Mieko, fille d’une prof de français qui, elle, rêve d’envoyer sa fille en… Suisse pour l’éduquer.

On l’aura compris que ce roman joue sur différentes niveaux avec le sujet du « chez soi », et du sentiment restant d’être étranger. L’auteur nous suggère très finement les décalages, les petites fissures, mal-entendus, des mal-à-l’aise suite à leur insertion ou non-insertion dans des milieux étrangers. Légères ruptures entre pays, cultures, générations, dans les relations de couples…

Tout cela est bien écrit, sans coups de marteaux fracassant, mais avec beaucoup de finesse. C’est raconté dans le présent, et on suit Claire dans son chemin.

Recommandation !


mots-clés : #exil #famille #lieu
par tom léo
le Mar 8 Jan - 7:47
 
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Sujet: Elisa Shua Dusapin
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Siri Hustvedt

Les yeux bandés

Tag lieu sur Des Choses à lire - Page 2 Cvt_le11

J’allais commencer en disant que l’atmosphère était très austérienne, et puis je me suis reprise, face à cette expression sexiste, j’ai décidé que l’atmosphère était plutôt hustvedto-austérienne. (Cependant, mon premier choix était peut-être acceptable si l’on considère qu’il s’agit ici du premier roman de Siri Hustvedt, et que Paul Auster écrivait déjà depuis 10 ans, et avait déjà publié sa fameuse tragédie trilogie new-yorkaise).

Quoi qu’il en soit, il s’agit du récit de deux années new-yorkaises d’une jeune étudiante fauchée, Iris (chercher l’anagramme) luttant pour sa survie dans un New York où la canicule froisse et humidifie les draps, voguant, déambulant de la bibliothèque universitaire à des bouches sordides. Elle fréquente des hommes étrangement exigeants, secrets à en être mystérieux. Elle est dans une perpétuelle quête d’identité, avec une riche expression psychosomatique, toujours à la limite de la folie, en quête d’une sorte de salut entre le bien et le mal. Le livre est un grand jeu avec la vérité, à travers l’usage des noms, des pseudonyme, des objets, de l'art et des images. Le travestissement et la fascination impactent les comportements, les pervertissent, modifient les émotions.

Il en ressort une atmosphère tout à la fois riche et désincarnée, où s’infiltre le désarroi du non-sens, alors que, certainement, dans la tête de l’autrice, tout a un sens. Trouver celui-ci n’est pas forcément le but, mais savoir qu’il est là donne une tonalité particulière à ce récit, dont la sensibilité à fleur de peau cache (ou prétend cacher), un certain intellectualisme quasi mondain : brilalnt et vain tout à la fois.

La forme globale du roman était certainement un coup d’audace pour une primo-romancière : quatre chapitres, les trois premiers comme des nouvelles décrivant côte à côte trois épisodes de cette errance initiatique, alors que le dernier décrit une période plus longue, dans laquelle s’imbriquent les premiers, sans qu’il soit pour autant complètement repris. J’ai eu l’impression que le côté astuce de ce montage, pour intelligent qu’il soit, faisait perdre une certaine force à la narration globale.

Coup d’essai, mais pas encore de coup de maître, mais coup séduisant, et déroutant, dans l’univers déjà totalement structuré de cette autrice pénétrante, où il est surprenant que les femmes n’aient droit qu’à des portraits bizarrement insignifiants.



mots-clés : #identite #initiatique #jeunesse #lieu
par topocl
le Lun 7 Jan - 10:03
 
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Sujet: Siri Hustvedt
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Claude Simon

Tag lieu sur Des Choses à lire - Page 2 Livre_10

Le vent, Tentative de restitution d'un retable baroque

Bon, il y a des points au bout des phrases et il se passe des choses. D'accord. Il y a même une belle part de mystère et une large place faite au dialogue. Mais cette drôle d'histoire de type pas encore vieux mais plus jeune (intermédiaire alors ?), Montès, qui débarque dans une petite ville du Sud pour une histoire d'héritage et semble errer seulement avant de rencontrer, de sembler ne pas interagir avec d'autres... en fait c'est très intense. Certes, il y a du mordant dans ce portrait de vie provinciale, et peut-être une petite part d'autobiographie avec son appareil photo autour du cou. C'est intense dans les sensations, les hésitations, les mots qui ne se prononcent pas ou les gestes qui ne se font pas. C'est tout sauf froid. Dénuement mélancolique mêlé de grande douceur pour entourer quelques débordements, des ignorances et des drames aussi.

Grand plaisir ou grande satisfaction ou satiété dans cette lecture. Manière, rythme, ça a beau être plus actif que le Tramway par exemple, à la fois ça se démarque par la recherche évidente, surtout on retrouve une manière d'atmosphère et de regard, des moments. Attentes, souffles, une patience et un retour vers le marquant discret. Une grande force aussi.

Expliquer le sous-titre je ne saurais pas le faire mais ça n'empêche pas d'être captivé par ce portrait fragmenté et profond. C'est merveilleux de pouvoir lire des écritures pareilles...

Mots-clés : #lieu #nouveauroman #portrait #psychologique
par animal
le Mar 1 Jan - 20:59
 
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Sujet: Claude Simon
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Baron de Lahontan

Récup' de souvenirs pour une lecture qui laisse sa marque durablement. Dépaysant, riche, instructif, inhabituel, charismatique, ...

Tag lieu sur Des Choses à lire - Page 2 97823610

Un baptême iroquois
Les nouveaux voyages en Amérique septentrionale (1683-1693)


Une source oubliée des philosophes des Lumières ! Le récit initiatique d’un jeune aventurier français, le témoignage d’un des premiers explorateurs des immenses territoires la Nouvelle-France, une peinture pleine d’empathie du mode de vie et de la pensée des peuples autochtones, une réflexion philosophique sur l’idée de civilisation, une étude des mœurs politiques de la Colonie, et l’histoire vécue des premiers temps de la rivalité franco-anglaise au Nouveau Monde.
En 1683, à l’âge de 17 ans, le Baron de Lahontan embarque pour le Canada. Il y passe dix ans d’une vie libre et aventureuse, entre Québec et la région des Grands Lacs : officier auprès du gouverneur de la Nouvelle France, libertin en butte à l’autorité des jésuites, coureur des bois dans les vastes territoires de l’Amérique du Nord, il met en lumière le rôle du commerce des fourrures dans la guerre franco-anglaise, palabre avec les indiens dont il apprend les langues, les coutumes, les ruses et la philosophie.
Composé de lettres adressées à un lecteur inconnu, les Nouveaux voyages en Amérique déploient la verve d’un authentique libertin, l’esprit libre d’un homme curieux des mœurs et de la culture des peuples autochtones, la franchise politique d’un gentilhomme ruiné en rupture avec la cour du Roi Soleil.
Si l’ironie de son style, l’humanité de son regard et l’audace de ses observations annoncent la philosophie des Lumières, elles condamneront surtout son auteur à l’exil, et son œuvre à l’oubli et au mépris des partisans d’une histoire édifiante. Bien après Michelet qui vit dans ce « livre hardi et brillant le vif coup d’archet qui, vingt ans avant les Lettres persanes, avait ouvert le XVIIIe siècle », il faut attendre la fin du XXe pour qu’en France on redécouvre cet auteur au travers de Dialogues avec un sauvage.
Mais l’œuvre du baron de Lahontan ne saurait se limiter à ce livre et c’est pour rendre justice à cet écrivain de l’exil que nous rééditons les Nouveaux voyages en Amérique dans leur version originale de 1702.

lepassagerclandestin.fr


Pas facile de catégoriser ce livre entre voyage (professionnel), géographie et témoignage d'une histoire en train de se faire. C'est qu'en cette fin de 17è siècle le Canada pour un européen, et certainement pour la plupart de ses habitants, cela signifie beaucoup de points d'interrogation.

On découvre au fil des lettres adressées à un protecteur l'organisation politique et économique de la colonie française. Une économie qui repose pour beaucoup sur le commerce des peaux de la faune locale dont le prix grimpe à chaque étape les rapprochant de la France. Parmi les fournisseurs il y a des tribus indiennes, autre volet et peut-être le plus important de ce qu'on découvre dans cette lecture.

Fourrures contre breloques et matériel à un rapport avantageux mais pas pour les indiens mais surtout un regard curieux et attentif sur l'organisation politique des indiens et leurs pratiques. Les guerres et paix entre les tribus, la chasse et certains usages, plus ça va plus on sent notre baron à l'aise avec les sauvages comme il les appelle. Lassé sans doute des difficultés rencontrées avec une vie sociale et les politiques d'intrigues qui font que empêché à l'autre bout du monde il ne pourra jamais conservé ou reprendre ce qui lui vient de son père (puis pire encore qu'il ne soit promis au cachot). Plus à l'aise dans l'action et l'aventure, pas sans espoir de fortune mais sensible à la découverte le jeune homme prend de page en page de l'épaisseur.

Les tribus amies pas forcément tendres sont souvent la proie des Iroquois qui s'entendraient donc mieux avec les Anglais (et qui menacent aussi les "villes" de Montréal et Québec), chaque camp profitant de ses alliances pour gêner le commerce de l'autre et tenter de s'imposer sur le territoire. De rivière en rivière et de fort en fort de Lahontan fait son job, ne manque pas d'idées (qui ne trouvent pas souvent d'oreilles) et exerce un regard critique sur la politique et les manœuvres françaises.

Mais c'est aussi le goût d'une nature riche voire débordantes en ressources et parfois rude avec des hivers rigoureux qui se transforme petit à petit en mélancolie. La terre d'accueil et de possibles se fermera malgré tout à lui sans qu'il puisse aller plus loin encore, la faute à la politique et au service d'un pays et d'un roi qui lui auront probablement mal rendu.

Le moins que l'on puisse dire c'est que c'est dépaysant. C'est aussi très instructif d'un point de vue historique et pour le rapport à l'autre, au sauvage pas si sauvage que ça sous certains aspects. Proposé dans un compromis de version originale et de modernisation le texte est agréable et facile à lire*, l'immersion favorisée par les notes qui proviennent pour bonne part d'autres écrits de l'auteur.

Bref, un drôle de truc qui mérite bien de revoir le jour !

*: le style ou genre épistolaire (de lettres qui ne nécessitent pas forcément de destinataire) fait très bien l'affaire.


mots-clés : #colonisation #historique #lieu #nature #québec #voyage
par animal
le Mer 26 Déc - 22:17
 
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Sujet: Baron de Lahontan
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