Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Dim 20 Oct - 9:23

94 résultats trouvés pour lieu

Jacques Réda

Les ruines de Paris

Tag lieu sur Des Choses à lire - Page 3 Ruines12

Prose (?), 1977, nrf Poésie Gallimard, 160 pages environ.

Si un seul livre devait illustrer le fil Flâneries urbaines, cher à Jack-Hubert, alors ce pourrait être celui-là.
Il y a du Cingria dans Les ruines de Paris selon Jacques Réda.

Ce livre est constitué de billets, à moins que ce ne soit des vignettes (poèmes en prose ?), courts, digestes, prenants.
Réda en balade, généralement en Solex, ou à pied, souvent en train, dans un Paris insoupçonné, ou plutôt, grâce à son regard, c'est un Paris qui nous échappe généralement qui nous est restitué, révélé.
Un Paris...qui va, en fait, en fin de livre, jusqu'à la Champagne, la Bretagne, Fribourg, la Bourgogne et la Charente-Maritime, enfin, on n'est pas à ça près.

Son regard ? Tantôt onirique, perspicace, furibard, goguenard, kaléidoscopique, que sais-je encore...

Une très belle et forte lecture, avec un goût de reviens-y prononcé.
Les rares connivences énoncées (revendiquées ? ), comme Jean Grosjean, Bud Powell, Philippe Jaccottet et quelques autres, se fondent à merveille, font sens dans l'opus.

Extraits:

Le pied furtif de l'hérétique a écrit:
Et c'est sans doute l'indécision du soir qui m'ouvre cette étendue, toujours pourtant mêlée aux pierres et au fracas de Paris. Car en plein jour, surtout dans les mois mal apprivoisés (février, mars, novembre), quand l'air pâlit comme aux lisières des Landes et des marais, les rues creusent dans une lueur d'estuaire de sable: à chaque pas va surgir ce miroitement de perle entre des dunes, et le cœur bat, et d'entières forêts qui transhument stationnent aux carrefours, puis s'éclipsent d'un bond comme la licorne. Sur tous les monuments une sauvagerie élémentaire mais tende a subsisté. Réfugiée au ciel qui reste le plus sensible de cette terre, elle émeut jusqu'au marbre ignorant des heures et des saisons.  


Une noirceur de plus en plus dense a écrit:
Une noirceur de plus en plus dense annonce que la nuit va finir. Elle revient par détonations sur les gares de banlieue en pleine effervescence somnambulique. Les gens qui stationnent sous les lampes toujours insuffisantes existent peu. On ne sait pas ce qui tourne dans leurs cerveaux encore lourds de chaleur, d'espoir et de rêves prémonitoires qu'ils n'avaient pas voulus. Mais pour certains une sorte d'extase se prolonge: ils penchent, ne cherchent pas à bouger du tout. D'un quai déconcerté à l'autre qui saute comme une mine, quelque chose qui n'est plus l'espace impose la probabilité d'un monde sans histoire et sans jeu. Rien qu'une substance amorphe mais qui pèse et gonfle par massifs. Puis le roulement d'énormes dés lancés dans l'intervalle redistribue un chaos logique d'habitations. On ne distingue que les fenêtres éclairées qui sans cesse se déplacent par bonds orthogonaux, usant d'une notation aussi juste et indéchiffrable que celle des astres. Dans un entonnoir de mes doigts j'anéantis, au fond de la vitre, tous le reflets du compartiment; je guette un signe avant-coureur du jour par les échappées de campagne.      



Mots-clés : #lieu #poésie
par Aventin
le Mar 6 Nov - 23:00
 
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Sujet: Jacques Réda
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Delphine Minoui

Je vous écris de Téhéran

Tag lieu sur Des Choses à lire - Page 3 51l7i010

Delphine Minoui est née à Paris d'une mère française et d'un père exilé iranien. Elle a toujours voué un culte particulier à son grand-père resté à Téhéran. Devenue journaliste, elle va s'installer pour quelques temps,qui, au fur et çà mesure que grandit sa fascination pour se pays, deviendront des années, chez sa grand-mère devenue veuve.

C'est l’occasion de participer intimement aux événements de la Révolution islamique , des coups d'état, des tentatives de  contre-révolution qui émaillent l'histoire de l'Iran de la la fin du XXème et du début du XIXème siècle.  De sentir dans sa chair les angoisses et les affres de la répression, de croiser divers destins d'Iraniens, plus ou moins rebelles, plus ou moins fascinés par le pouvoir. C'est le moment  de comprendre (ou tenter) les contrastes et les ambiguïtés, de remodeler les  certitude, celles sur l'Iran, les Iraniens, ses grands-parents et sa propre identité.

Bien que le style soit assez travaillé, il pêche par moment de tout en laissant un petit goût de superficialité du fait de l’abord journalistique.


Mots-clés : #autobiographie #lieu #regimeautoritaire #temoignage
par topocl
le Dim 4 Nov - 17:55
 
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Arturo Pérez-Reverte

La Peau du tambour

Tag lieu sur Des Choses à lire - Page 3 La_pea10


Polar historique, et même ecclésiastique, comme L’Énigme du Vatican de Frédérick Tristan (ici), le Roman de la Rose d’Umberto Eco (), ou encore le Da Vinci Code de Dan Brown.
Ce roman m’a moins impressionné que Le tableau du maître flamand ou Le Club Dumas, qui l’ont précédé, ou même Le Cimetière des bateaux sans nom, qui l’a suivi.
L'action se passe essentiellement à Séville, et aussi à Rome, fin XXe.
« Ce que je crois, c’est que nous passons toute notre vie à errer autour de notre tombe. » (VII)

« Nous [les curés] sommes les vieilles peaux de tambour jaunie sur laquelle sonne encore la gloire de Dieu. » (VIII)

« Défendre la mémoire, c’est défendre la liberté. » (X)

« Il n’y a peut-être rien de plus tragique dans la vie que de découvrir quelque chose trop tard ou trop tôt. » (X)



Mots-clés : #historique #lieu
par Tristram
le Sam 27 Oct - 23:49
 
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Jean Giono

Cœurs, passions, caractères

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Roman ou récit(s), ou plutôt portraits, paru post-mortem en 1982 et, selon toute vraisemblance, inachevé.
Une centaine de pages divisées en "caractères" (une trentaine de pages) et "cœurs, passions, caractères" pour le reste.  
L'ensemble de ces pages a pu être composé au fil de sa vie, puis fixé, sans plus de précisions, dans leur forme retenue pour la parution, entre 1960 et 1970 - année du décès de Giono.

Années 1920: jeune employé du Comptoir d'Escompte de Marseille, Giono parcourait la campagne en tentant de placer des "démarches-titres" (placements), une partie de son travail consistait à remplir des fiches avec tous les renseignements utiles à un banquier (surface financière, endettement, besoins, projets...).
Dans le même temps, le romancier naissant en profitait pour consigner à part, pour un hypothétique usage propre, les diverses observations, de l'ordre de la possible matière romanesque sans utilité bancaire, que rencontres et lieux traversés lui inspiraient.

Extrait, à noter le mañana castillan transcrit en "magnana":
Honorato a écrit:Sa science du monde est si parfaite qu'elle ne peut pas s'appeler science: c'est un pauvre bougre. Il ajuste les unes sur les autres des pierres sans mortier, il en construit des serpentements de murs de plusieurs kilomètres de long, et tout cet ensemble (auquel il ajoute, jour après jour, de magnana en magnana) épouse les flexuosités du sol et forme un tout cohérent, inébranlable, maintenu en place par le seul rayonnement d'une intelligence. Il passe de l'utilité à la beauté sans faire le détour par la métaphysique.


Spoiler:
Ah, soupir d'aise, que me plaisent serpentements et flexuosités !



Mots-clés : #lieu #portrait
par Aventin
le Ven 26 Oct - 13:33
 
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Sujet: Jean Giono
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Patrick Chamoiseau

La matière de l’absence

Tag lieu sur Des Choses à lire - Page 3 La_mat10


Dans le prolongement des récits autobiographiques sur son enfance, et d’un essai comme Écrire en pays dominé, Chamoiseau reprend une fois encore cet héritage du passé fatidique, « le manque fondateur, l’effacé structurant », la Traite impossible à oublier, avec des mots et une verve renouvelés en variations lyriques.
Roman ? participe plus de l’essai, dans un va-et-vient des souvenirs à l’approfondissement des réflexions.
Sous forme de dialogues avec la Baronne sa sœur à propos de Man Ninotte, leur mère décédée, évocation de la mort dans le monde créole, superstitions, rituels, vide/ en-dehors/ mystère/ disparition :
« Il ne se passait pas un jour sans qu’on ne les remplisse, leur amenant des personnes décrochées des dernières espérances, à croire qu’à la manière de pêcheurs clandestins les cimetières envoyaient vers la vie des lignes chargées d’hameçons, et en ramenaient des trâlées de victimes. »

« Sauf circonstances extraordinaires, et même si les sépultures seront en certains lieux réservées aux personnages marquants, nulle part sur cette planète (sauf durant la Traite des nègres, l’esclavage américain ou dans les camps nazis) un mort ne se verra abandonné sans un bout d’enchantement, et sans qu’il ne serve à étayer une quelconque autorité. »
(Impact, Légendaire du retour)

…théorie de la « grappe » comme groupe de Sapiens ; les Traces, concept venu de Glissant, ce à quoi se résume la culture perdue des esclaves déportés (en parallèle avec la narration de Man Ninotte proie d’Alzheimer après avoir vaillamment combattu la déveine ‒ stratégie de survie dans la misère) ; le jazz, notamment celui de Miles Davis ; un beau passage à propos des plantes, « mémoires végétales » connues des « marchandes-sorcières », les herboristes (pp 187-188) ; dissertation sur les origines de la beauté, de la poésie (et Césaire sera à son tour rappelé) :
« Parlons du sentiment de la beauté.
Imagine cette conscience humaine balbutiante qui s’ouvre sur trois immensités : sur la menace de l’inconscient humain chargé de toutes les animalités ; sur l’omnipuissance de la nature et du vivant ; sur l’infinie désolation de la mort…
Imagine ce qui lui arrive…
Elle commence à se détacher de l’inconscient et d’une indistinction avec le monde. […]
Il faut appeler "présence" le rayonnement indéfinissable de la chose vivante ou minérale à son plus bel éclat. […]
La conscience archaïque percevra tout présence comme vivante : les éléments, les grottes, les pierres, la nuit, le vent, le soleil… Elle y soupçonnera un être imprévisible, secret, obscur, invisible et puissant ‒ je veux dire : une beauté. L’éclat du beau est dans l’intensité de la chose existante lorsque celle-ci inspire la sensation d’une présence. […]
La sacralisation qui donne du sens à l’existant est l’énergie première de la beauté.

Le sentiment du beau ouvre à l'état poétique : cette partie de la vie qui échappe aux obligations des survies immédiates. »
(Éjectats, Légendaire du langage)

Il y a d’ailleurs une réelle poétique chez Chamoiseau, quoiqu’il en dise ; ici, à un lever de jour :
« La ville perdait ses immobilités dans une marée d’éveils. »
(Impact, Légendaire de l’annonce)

Expérience déterminante du gouffre, la cale du navire négrier, d’où l’on doit se refonder, individu séparé du collectif vers la Relation au Tout-monde (notions de Glissant) ; puis le cimetière.

« Les nuits sont toujours enceintes, nous disent les Arabes, elles sont les seules qui, dans un même mouvement, peuvent dissiper les certitudes du jour et recharger le monde pour la splendeur d’une aube. C’est ce genre de nuits qui se vivait dans mes antans d’enfance. »
(Impact, Légendaire du retour)





mots-clés : #devoirdememoire #esclavage #fratrie #identite #insularite #lieu #mort
par Tristram
le Sam 20 Oct - 19:56
 
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Sujet: Patrick Chamoiseau
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Louis-Philippe Dalembert

Avant que les ombres ne s’effacent

Tag lieu sur Des Choses à lire - Page 3 Proxy_67

J’ai appris dans ce livre que Haïti avait déclaré la guerre au « petit caporal » allemand, ouvert sa porte aux Juifs qui le fuyaient, offert la nationalité haïtienne aux apatrides et hébergé ainsi 300 familles fuyant le nazisme à l’heure où toutes les nations leur fermaient leurs portes.

C’est donc une histoire du XXème siècle, une de plus : Ruben , futur médecin fuyant enfant les pogroms polonais, installé à Berlin avec sa famille pour une adolescence heureuse, fuyant après la nuit des longs couteaux : diaspora familiale classique, l’une en Palestine et les autres aux Etats-Unis. Quant à Ruben, après avoir tâté des camps allemands et français, il fait le « choix » de Haïti.

J’ai beaucoup aimé toute la partie européenne qui est très réussi dans un secteur déjà souvent raconté, les personnages et les relations intrafamiliales sont touchants, l’humour toujours présent en  filigrane. Il y a une une légèreté dans la façon de raconter ces drames qui m’a parfois rappelé le Tabac Triezneck.

Curieusement, la partie haïtienne, qui commence à Paris dans la communauté haïtienne puis se poursuit dans l’île, voit apparaître quelques longueurs alors qu’elle devrait constituer  l’ "originalité" du livre. Celui-ci  perd en épaisseur, devient plus descriptif d’un mode de vie, le personnage se perd un peu.

Cela reste une bonne lecture, la découverte d’un fait historique que je ne connaissais pas, et d’une réelle verve littéraire.


Mots-clés : #communautejuive #exil #famille #historique #insularite #lieu
par topocl
le Ven 19 Oct - 11:22
 
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Dimitris Hadzis

Tag lieu sur Des Choses à lire - Page 3 Le-cah10

La Fin de notre petite ville. 1 : Le testament du professeur. - Complexe

En Epire au pied des montagnes, il y a une petite ville, ou plutot il y avait.
Entre 1925 et 1945, la ville s' est épuisée, atteinte de vieillesse face à la modernité envahissante.
Atteints de sclérose, les corps de métiers n'ont pas pu, pas su ou pas voulu évoluer. Ils se sont aussi trop divisés entre eux, malades d'une mortelle fierté.
Hadzis y a vécu dans cette ville, il l'a violemment aimée.
Il a observé ses changements, son usure, son vieillissement pareil à celui d'un être humain.
Le nôtre ou celui du voisin.
Si les grecs ont tant aimé son livre, c'est qu'il en est un miroir.
Que l'image qu'elle donne soit désolante, certes, mais elle garde en même temps de quoi les consoler, en préservant un équilibre rare, miraculeux, entre l'inévitable désespoir et le besoin vital d'espérer.
Chacune des histoires traite du déclin, de la mort lente : chacune raconte la fin d'un groupe social, d'un ordre ancien.
Chacune est centrée autour d'un personnage coupé des autres, volontairement ou pas. Paradoxalement, l'espoir n'est jamais bien loin et qui les sauve, au moins un moment.
L'espoir, c'est les autres, l'amour, l' amitié. La fin des barrières qu'ils ont eux-mêmes dressées. Malgré la terre qu'ils ont dû quitter parce que trop faibles pour la défendre...
Hadzis montre pour eux la même tendresse dont ils peuvent faire preuve entre eux.
Seuls échouent, et d'une façon très amère, ceux qui se sont crus trop au dessus.
Un même personnage, Sabethai Kabilis est bourreau et martyr.
Un personnage inoubliable qui semble avoir échappé au jugement de l'auteur.

Chez Hadzis, il y a la même perception idéalisée d'un communisme impossible Et qui a tellement déçu des écrivains tels que Kazantzakis.
Et ses personnages, passionnés, excessifs ont quelque chose de slave, de russe.
Et lui, a reconnu la complexité des choses et des gens. Jamais sectaire, humain trop humain.
Oui, cet auteur, on l'aime et il est vraiment digne des autres grands auteurs grecs de l'époque : Kavvadias, Taktsis, Tsirkas.

Tag lieu sur Des Choses à lire - Page 3 Ioanni10


mots-clés : #lieu #nouvelle
par bix_229
le Dim 14 Oct - 19:16
 
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Sujet: Dimitris Hadzis
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Michel Onfray

Michel Onfray
Né en 1959

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Michel Onfray, né le 1er janvier 1959 à Argentan (Orne), est un philosophe et essayiste français qui défend une vision du monde hédoniste, épicurienne et athée.

En 2002, à la suite de la montée du Front national, parti politique d'extrême droite, lors de l'élection présidentielle, il quitte sa carrière d'enseignant pour créer l'université populaire de Caen où il délivre pendant treize ans un cours intitulé « contre-histoire de la philosophie » retransmis sur France Culture. Sa portée médiatique est renforcée par des interventions régulières en TV ou radio où il s'exprime au sujet de débats politiques et sociaux. Michel Onfray est un auteur fécond avec plus de quatre-vingts ouvrages publiés. Sa pensée est principalement influencée par des philosophes tels que Nietzsche et Épicure, par l'école cynique, par le matérialisme français et par l'anarchisme proudhonien. En raison de ses prises de positions parfois controversées, il est régulièrement au centre de polémiques.
Né d'un père ouvrier agricole et d'une mère femme de ménage abandonnée bébé puis placée à l'Assistance publique, il vécut à Chambois. Il a un frère cadet7. Michel Onfray est « pris en charge » de l'âge de dix ans à celui de quatorze dans un pensionnat catholique tenu par des prêtres salésiens à Giel dans l'Orne qu'il décrit comme un lieu de souffrance — « Je fus l'habitant de cette fournaise vicieuse » — dans la préface d'un de ses ouvrages, La Puissance d’exister et, également, de manière courte dans la préface de son Crépuscule d'une idole, l'affabulation freudienne.
En 1979, il devient stagiaire journaliste à la rédaction d'Argentan d'Ouest-France pour financer ses études. Il y reste jusqu'en 19829.
Élève entre autres de Lucien Jerphagnon et d'Alexis Philonenko, il soutient en 1986, à l'âge de vingt-sept ans, une thèse de doctorat, intitulée « Les implications éthiques et politiques des pensées négatives de Schopenhauer à Spengler » sous la direction de Simone Goyard-Fabre, au centre de philosophie politique et juridique de l'université de Caen14.
Il envoie son premier livre, consacré à la figure oubliée du philosophe nietzschéen Georges Palante, à un petit éditeur d'Ille-et-Vilaine.
En 1987, à vingt-huit ans, il frôle la mort lors d'un infarctus. Sa rééducation au côté d'une diététicienne impitoyable, qui lui prédit sa fin prochaine s'il persiste à se régaler de confits et de gâteaux au chocolat, est à l'origine de son deuxième ouvrage, Le Ventre des philosophes (initialement intitulé Diogène cannibale), publié en 1989 par l'intermédiaire de Jean-Paul Enthoven chez Grasset (dans la collection « Figures » que dirige Bernard-Henri Lévy), dans lequel il s'intéresse aux passions et phobies alimentaires de ses auteurs favoris16. Quelques années plus tard, il contracte une infection en Mauritanie qui provoque un AVC qui l'empêche d'écrire et provoque un nouvel accident cardiaque quelques jours plus tard (syndrome de tako-tsubo).
Il obtient en 1993 le Prix Médicis essai pour La Sculpture de soi. La morale esthétique. En 1991, il intègre le comité de rédaction de La Règle du jeu, la revue que vient de créer Bernard-Henri Lévy dans laquelle il publiera six articles. Il quitte celle-ci en 1998 alors qu'elle change de formule. Il affirmera n'être « allé que deux fois » au comité de rédaction et ne pas s'y être senti « du tout à [sa] place ». Plus globalement, il estime s'être « fait instrumentaliser par Grasset » et avoir été traité « comme un fantassin de l'équipe BHL », avouant n'être « pas fier » de cet épisode. Son ouvrage sorti en 1995, La Raison gourmande, lui permet d'avoir sa première apparition médiatique dans Bouillon de culture.

sources wikipedia

Suite :
Spoiler:
Michel Onfray se réclame notamment de l'héritage intellectuel de philosophes comme Nietzsche, La Mettrie, Aristippe de Cyrène. Ces trois penseurs ont en commun, dans une certaine mesure, d'inviter à une ascèse hédoniste.
Michel Onfray emprunte à la pensée nietzschéenne sa vision de l'Occident, de la morale et sa critique essentielle du christianisme. D'Aristippe de Cyrène, il retient le grand oui à la vie, l'hédonisme dynamique, la pulsion exacerbée, et la sagesse tragique des philosophes de Cyrène (ainsi que l'athéisme de certains, faisant fonctionner à plein régime l'arithmétique des plaisirs : un plaisir est mauvais s'il est suivi d'un déplaisir plus important, ou d'un trouble). Michel Onfray se réclame également du postanarchisme.
Il propose une pensée résolument matérialiste dont il fait l’éloge et la présentation dans différents domaines qui l’intéressent particulièrement : éthique et politique, usage ludique du corps, rapports amoureux, esthétique, etc., le tout étant regroupé sous la rubrique de la philosophie existentielle. Pour le philosophe, la probité et la connaissance du monde sont des clés incontournables :
« Il faut partir du réel et construire avec celui-ci. » Il travaille à la déconstruction des mythes guidés par la « pulsion de mort », c'est-à-dire le refus du monde et de l'existence au profit des chimères et des contes. C'est avec le bâton du cynique qu'il dénude les chimères qui le font déboucher sur un « athéisme radical et militant. »
Michel Onfray propose une pratique existentielle de l'hédonisme. Il a pour ambition de rapprocher son lecteur du monde de la culture des arts et du savoir. L’objectif de ce rapprochement est l'épanouissement, le plaisir, et une harmonisation ou une réconciliation du rapport à soi, à autrui, et au monde. Le disciple de Dionysos qu'est l'hédoniste selon Onfray, prend conscience des formes d’aliénations et de douleurs qui le menacent. Onfray les impute principalement aux religions et aux dogmes politiques et économiques. C'est pour cela qu’il replace l’individu au centre de son existence en l’invitant à « penser en homme d'action et agir en homme de pensée » (Georges Sorel) : « principe d’une éthique solaire et souveraine ». Il aborde dans Théorie du corps amoureux : Pour une érotique solaire la question de la sexualité et tente de réactualiser le libertin : il y critique les philosophies qui font l'éloge d'un amour désincarné au détriment du plaisir du corps (Platon, par exemple).
Pour Michel Onfray, l'amour doit se construire de manière immanente, dans l'en deçà, ici et maintenant ; il veut le paradis sur terre, et pas au-delà, pas ailleurs. Il se construit au quotidien grâce à une infatigable « sculpture de soi » qui nécessite des choix dans tous les domaines : philosophique bien sûr, mais aussi esthétique, politique, gastronomique, etc.
Prônant un athéisme argumenté et militant, il décortique au cours de ses conférences à l'université populaire de Caen la manière dont ce qu'il appelle l'idéalisme ascétique platonicien (notamment son monde des idées), néo-platonicien, puis chrétien, et enfin allemand, influencent toujours notre manière de penser et de concevoir le monde, donc notre manière de vivre (l'épistèmê judéo-chrétienne : dixit Michel Foucault). De cette « contre-histoire de la philosophie », Michel Onfray tire des enseignements, des idées, des pensées, propres à permettre la fabrication d’une vie quotidienne jubilatoire. Son Traité d'athéologie, un essai violent contre les religions monothéistes, crée la polémique.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Onfray


Ouvrages généraux

Chambois et Fel: Histoires mêlées, Charles Corlet, 1989
Cynismes : Portrait du philosophe en chien, Grasset, 1990
L'Art de jouir : Pour un matérialisme hédoniste, Grasset, 1991
La Sculpture de soi : La Morale esthétique, Grasset, 1993
Ars Moriendi : Cent petits tableaux sur les avantages et les inconvénients de la mort, Folle Avoine, 1994
Politique du rebelle : Traité de résistance et d'insoumission, Grasset, 1997
Théorie du corps amoureux : Pour une érotique solaire, Grasset, 2000
Antimanuel de philosophie : Leçons socratiques et alternatives, Bréal, 2001
Physiologie de Georges Palante : Pour un nietzschéisme de gauche, Grasset, 2002
L'Invention du plaisir : Fragments cyrénaïques, LGF, 2002
Célébration du génie colérique : Tombeau de Pierre Bourdieu, Galilée, 2002
Féeries anatomiques : Généalogie du corps faustien, Grasset, 2003
La Communauté philosophique : Manifeste pour l'Université populaire, Galilée, 2004
Traité d'athéologie : Physique de la métaphysique, Grasset, 2005
La Sagesse tragique : Du bon usage de Nietzsche, LGF, 2006
Suite à La Communauté philosophique : Une machine à porter la voix, Galilée, 2006
La Puissance d'exister : Manifeste hédoniste, Grasset, 2006
La Pensée de midi : Archéologie d'une gauche libertaire, Galilée, 2007
L'Innocence du devenir : La Vie de Frédéric Nietzsche, Galilée, 2008
Le Songe d'Eichmann, Galilée, 2008
Le Souci des plaisirs : Construction d'une érotique solaire, Flammarion, 2008
La Religion du poignard : Éloge de Charlotte Corday, Galilée, 2009
Le Crépuscule d'une idole : L'Affabulation freudienne, Grasset, 2010
Apostille au Crépuscule : Pour une psychanalyse non freudienne, Grasset, 2010
Manifeste hédoniste, Autrement, 2011
L'Ordre libertaire : La Vie philosophique d'Albert Camus, Flammarion, 2012
Vies et mort d'un dandy : Construction d'un mythe, Galilée, 2012
Rendre la raison populaire : Université populaire, mode d'emploi, Autrement, 2012
Le Postanarchisme expliqué à ma grand-mère : Le Principe de Gulliver, Galilée, 2012
Le Canari du nazi. Essais sur la monstruosité, Collectif, Autrement, 2013
La Raison des sortilèges : Entretiens sur la musique, Autrement, 2013
Un requiem athée, Galilée, 2013
Bestiaire nietzschéen : Les Animaux philosophiques, Galilée, 2014
Haute école : Brève histoire du cheval philosophique, Flammarion, 2015
Penser l'Islam, Grasset, 2016
Le Miroir aux alouettes : Principes d'athéisme social, Plon, 2016
La Parole au peuple, L'Aube, 2016,
La Force du sexe faible : Contre-histoire de la Révolution française, Autrement, 2016
Décoloniser les provinces : Contribution aux présidentielles, L'Observatoire, 2017
La Cour des Miracles : Carnets de campagne, L'Observatoire, 2017
Tocqueville et les Apaches : Indiens, nègres, ouvriers, Arabes et autres hors-la-loi, Autrement, 2017
Vivre une vie philosophique : Thoreau le sauvage, Le Passeur, 2017
Miroir du nihilisme : Houellebecq éducateur, Galilée, 2017
Solstice d'hiver : Alain, les Juifs, Hitler et l'Occupation, L'Observatoire, 2018
Zéro de conduite : Carnet d'après campagne, L'Observatoire, 2018
Le Deuil de la mélancolie, Robert Laffont, 2018
La Stricte observance : Avec Rancé à la Trappe, Gallimard, 2018

suite
Spoiler:
Série Avant le silence
Avant le silence : Haïkus d'une année, Galilée, 2014
Les Petits serpents : Avant le silence, II, Galilée, 2015
L'Éclipse de l'éclipse : Avant le silence, III, Galilée, 2016
Série Brève encyclopédie du monde
Cosmos : Une ontologie matérialiste, Flammarion, 2015
Décadence : Vie et mort du judéo-christianisme, Flammarion, 2017
Sagesse : Savoir vivre au pied d'un volcan, Albin Michel, 2019
Série Contre-histoire de la littérature
Onfray se donne pour objectif d'étudier un ouvrage par siècle, chacun ayant généré un concept universel. Les prochaines œuvres à théoriser sont Madame Bovary, La Divine Comédie, Gargantua, Faust, Le Procès.
Le réel n'a pas eu lieu : Le Principe de Don Quichotte, Autrement, 2014
La Passion de la méchanceté : Sur un prétendu divin marquis, Autrement, 2014
Série Contre-histoire de la philosophie
Article détaillé : Contre-histoire de la philosophie.
Les Sagesses antiques, Grasset, 2006
Le Christianisme hédoniste, Grasset, 2006
Les Libertins baroques, Grasset, 2007
Les Ultras des Lumières, Grasset, 2007
L'Eudémonisme social, Grasset, 2008,
Les Radicalités existentielles, Grasset
La Construction du surhomme, Grasset, 2011
Les Freudiens hérétiques, Grasset, 2013
Les Consciences réfractaires, Grasset, 2013
La Pensée postnazie, Grasset, 2018
L'Autre pensée 68, Grasset, 2018
Série Gastrosophie
Le Ventre des philosophes : Critique de la raison diététique, Grasset, 1989
La Raison gourmande : Philosophie du goût, Grasset, 1995
Les Formes du temps : Théorie du sauternes, Mollat, 1996
Série Journal hédoniste
Le Désir d'être un volcan, Grasset, 1996
Les Vertus de la foudre, Grasset, 1998
L'Archipel des comètes, Grasset, 2001
La Lueur des orages désirés, Grasset, 2007
Le Magnétisme des solstices, Flammarion, 2013
Le Temps de l'étoile polaire, Robert Laffont, À paraître
Série La Philosophie féroce
La Philosophie féroce : Exercices anarchistes, Galilée, 2004
Traces de feux furieux : La Philosophie féroce II, Galilée, 2006
Philosopher comme un chien : La Philosophie féroce, III, Galilée, 2010
Série Théorie des éléments
Ces textes poétiques sont respectivement consacrés à la terre, l'air, l'eau et le feu. Il considère ces ouvrages comme ceux qui le tiennent le plus à cœur.
Le Recours aux forêts : La Tentation de Démocrite, Galilée, 2009
La Sagesse des abeilles : Première leçon de Démocrite, Galilée, 2012
La Constellation de la baleine : Le Songe de Démocrite, Galilée, 2013
La Cavalière de Pégase : Dernière leçon de Démocrite, Galilée, 2018
Ouvrages sur l'esthétique
L'Œil nomade : La Peinture de Jacques Pasquier, Folle Avoine, 1993
Métaphysique des ruines : La Peinture de Monsù Desiderio, Mollat, 1995
Splendeur de la catastrophe : La Peinture de Vladimir Vélikovic, Galilée, 2002
Les Icônes païennes : Variations sur Ernest Pignon-Ernest, Galilée, 2003
Archéologie du présent : Manifeste pour une esthétique cynique, Adam Biro/Grasset, 2003
Épiphanies de la séparation : La Peinture de Gilles Aillaud, Galilée, 2004
Oxymoriques : Les Photographies de Bettina Rheims, Jannink, 2005
Le Chiffre de la peinture : L'Œuvre de Valerio Adami, Galilée, 2008
La Vitesse des simulacres : Les Sculptures de Pollès, Galilée, 2008
L'Apiculteur et les Indiens : La Peinture de Gérard Garouste, Galilée, 2009
Fixer des vertiges : Les Photographies de Willy Ronis, Galilée, 2007
Transe est connaissance : Un chamane nommé Combas, Flammarion, 2014
Récits de voyage
À côté du désir d'éternité : Fragments d'Égypte, Mollat, 1998
Esthétique du pôle Nord : Stèles hyperboréennes, Grasset, 2002
Théorie du voyage : Poétique de la géographie, LGF, 2007
Les Bûchers de Bénarès : Cosmos, Éros et Thanatos, Galilée, 2008
Nager avec les piranhas : Carnet guyanais, Gallimard, 2017
Le Désir ultramarin : Les Marquises après les Marquises, Gallimard, 2017
La Pensée qui prend feu : Artaud le Tarahumara, Gallimard, 2018



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Nager avec les piranhas ‒ Carnet guyanais

Tag lieu sur Des Choses à lire - Page 3 Cvt_na11


Je m’attendais à des clichés, des contresens, des erreurs… mais la lecture de ce bref essai m’a navré. Il est signé par un philosophe reconnu, que je découvre là, mais qui a quand même une certaine notoriété, et une audience…
Ce qui est atterrant, c’est qu’Onfray accumule les approximations, les raccourcis, les extrapolations dans un manque de rigueur scandaleux, pour parvenir à des conclusions fantaisistes qu’il avait dès le départ : l’ouvrage n’est qu’un prétexte à, outre raconter ses petites aventures en Amazonie, taper sur la république jacobine et les élues (écologiste et socialiste) autrices d’un rapport sur le fort taux de suicide chez les jeunes Amérindiens. Le plus alarmant, c’est que le lecteur peut dorénavant s’interroger sur la validité, la légitimité d’ouvrages portant sur des sujets qu’il ne connaît guère.
On peut comprendre que l’auteur n’ait pas une connaissance approfondie du contexte après une visite de 24 heures dans un village amérindien (et n’avoir pas lu, ou mal, les ouvrages de sciences humaines qui s’y rapportent) ; mais comment accepter qu’un visiteur de passage pérore quasi officiellement sur un sujet d’une telle importance, que nombre de personnes, spécialistes ou simples habitants locaux, connaissent mieux que lui ?
L’auteur se rend donc par avion à Maripasoula (laissant sous-entendre que c’est le seul moyen d’accès), et de là en pirogue (deux heures) à Taluhen, village wayana, pour y passer la nuit. L’incipit prévient, belle devise pour qui se pique de réflexion sans a priori :
« Ce que l’on trouve dans un voyage est toujours ce que l’on y met. »

Dans la foulée de cette assertion, Onfray discrédite les ethnologues, qui devraient « taire ce que l’on croit savoir ». Par contre, le bien-fondé de son approche-éclair reste sous-entendu. Mais le lecteur est magistralement prévenu de ce qui va suivre.
Dès la seconde page, l’auteur succombe avec style à un biais aussi infondé qu’insultant :
« J’aime les voyages non pas parce qu’ils nous permettent de rencontrer l’altérité dans un même temps, mais parce qu’ils nous donnent la mêmeté dans un autre temps. Ces peuples sont en effet fossiles : autrement dit, ils sont ce que nous fûmes et, hélas, ils seront ce que nous sommes, avant que tous, ceux qui furent, ce qui sont et ceux qui seront, disparaissent dans un même homme insipide, fade comme un ver solitaire. »

C’est la thèse que développe l’auteur, champion sans conteste de la simplification abusive : il faut laisser les Primitifs sans contact avec notre sordide civilisation, dans leur réserve muséale : sans électricité, sans télévision, sans Internet (sans écoles, sans médecins, etc.) Quant à l’orpaillage clandestin qui pollue les eaux, l’auteur ne comprend pas que l’armée ne résolve pas le problème ‒ sauf probables compromissions politiques voire dessous-de-table en haut lieu ‒ que proposerait-il, notre je-sais-tout-en-une-minute ? le napalm ? A noter pourtant que depuis la visite d’Onfray en 2015, les sites illégaux ne sont plus aussi repérables d’avion : il a sans doute été entendu…
Dans sa description des bons sauvages rencontrés, Onfray déploie la même partialité manichéenne que certains voyageurs du XIXe, dont il n’a pourtant pas les excuses :
« Mais les uns sont les autres : ainsi, Derrick "Tukanu" Jubitana Opota, le petit garçon de huit ans dont les parents nous logent, porte-t-il, sur un cliché, le pagne rouge cachant son étui pénien, puis rien d’autre ; et, sur l’autre, le bermuda blanchi à l’eau de Javel et les baskets montantes, le gilet de costume trois pièces et un tee-shirt bariolé. Sur la première photo, il porte aussi les vertus de sa tribu : la fierté, la détermination, la virilité, la superbe, la force, l’affûtage ; sur la seconde, les vices de la nôtre : l’arrogance, la suffisance, le narcissisme, l’égotisme, l’insolence, l’avachissement. Sur l’une, il est bien campé sur ses jambes écartées, les mains sur les hanches, cuivré comme un petit dieu de la forêt ; sur l’autre, il est désarticulé comme un rappeur, il grimace avec ses doigts, son regard qui est resté le même n’est plus le même. Ici, il dit l’acuité ; là, il signifie la fourberie.
De même sa mère, Kindy "Etaïki" Opoya, vingt-huit ans. D’une part, ses pieds nus sont en contact franc avec le sol ; la force tellurique semble irriguer la totalité du corps et irradier son visage, celui d’une guerrière aux seins lourds qui est aussi mère [… »

Ad libitum. (Les étuis péniens dont Onfray parle plusieurs fois n’existent pas en Guyane.) Notre élucubrateur en pleine divagation poursuit impavide. La forêt est bien sûr « impénétrable », on peut pardonner, comme le lyrisme échevelé, sans fondement scientifique ; mais la dose est toxique, de la part d’un porte-parole auto-proclamé :
« Les grenouilles étaient toujours là, assises dans l’herbe ; la lune était toujours là, posée dans le cosmos ; le Maroni coulait toujours là, tel le fleuve d’Héraclite ; nos silences faisaient du bruit, sa parole était un long silence ; il portait la mémoire de son père chamane, mais aussi l’espoir de son fils bientôt initié. Son sourire était celui d’un bouddha de la forêt amazonienne. »

Si on ne compte pas les nombreuses pages blanches et la longue bibliographie de l’auteur, le texte se résume à 60 pages ; à 12 Euros le livre, ça nous fait 20 centimes la page ; désolé de la sordidité du calcul, mais c’est nécessaire chez les mercantis.

Exemplaire exercice de grand intellectuel grand voyageur du consensus mou et du mépris des lecteurs, sur le dos de ceux qui n’ont pas la parole.

mots-clés : #lieu #philosophique #social #voyage
par Tristram
le Dim 14 Oct - 16:22
 
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Sujet: Michel Onfray
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Rainer Maria Rilke

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Histoires pragoises

Je suis un peu intimidé pour dire quelques mots sur ce livre : je n'ai fait qu'effleurer pour le moment son œuvre, avec ces deux nouvelles écrites avant Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, avant Les Elégies de Duino, en 1899... on a envie, après avoir lu un tel livre, de parler de ce qu'on ressent spontanément plutôt que de faire la moindre analyse. Rilke recréé la Prague de son époque, où l'antagonisme entre le peuple tchèque et la domination animait les conversations, mais semble laisser tout cela dans un arrière-plan confus et fantomatique. Des images saisissantes s'y superposent, et marquent davantage : des lieux plein de silences ou trop sonores, trop vastes, qui touchent les personnages dans ce qu'ils cachent au plus profond d'eux-mêmes.


mots-clés : #autobiographie #lieu #nouvelle #xixesiecle
par Dreep
le Dim 7 Oct - 16:14
 
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Sujet: Rainer Maria Rilke
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Ernest Hemingway

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Paris est une fête

Souvenirs (mis en forme par Hemingway à la fin des années 50) du temps où il écrivait Le soleil se lève aussi (1926), soit une sorte de reprise de ce roman des années de bohème à Paris. J’ai peut-être préféré ce récit à la fiction, dont il ne se distingue finalement guère, et que la même nostalgie sincère parcourt pourtant, quoiqu’en dise la préface :
« Si le lecteur le souhaite, ce livre peut être tenu pour une œuvre d'imagination. Mais il est toujours possible qu'une œuvre d'imagination jette quelque lueur sur ce qui a été rapporté comme un fait. »

C’est le mythique Quartier latin de ces années-là, « une génération perdue », la bibliothèque-librairie Shakespeare and Company de Sylvia Beach, la Closerie des Lilas et autres cafés comme le Dôme et la Rotonde,
« Les gens que j’aimais et ne connaissais pas allaient dans les grands cafés pour s’y perdre et pour que personne ne les remarque et pour être seul et pour y être ensemble. »

un troupeau de chèvres qui distribue son lait le matin, une friture de goujons pêchée de l’île Saint-Louis et dégustée avec du vin blanc, Gertrude Stein, James Joyce, Ezra Pound, Scott Fitzgerald portraiturés de façon plus ou moins acide, le printemps à Paris, l’écriture à Paris, la "faim" (relative) à Paris
« Découvrir tout ce monde nouveau d’écrivains, et avoir du temps pour lire, dans une ville comme Paris où l’on pouvait bien vivre et bien travailler, même si l’on était pauvre, c’est comme si l’on vous avait fait don d’un trésor. »

Ces souvenirs m’ont donc ramentu un Paris largement disparu, et la lecture d’Henry Miller ‒ mais ici sans la verve, l’humour et la chair du happy rock qui vint faire l’expérience de Paris dans la décennie suivante.

mots-clés : #autobiographie #lieu
par Tristram
le Ven 5 Oct - 0:57
 
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Dario Franceschini

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Dans les veines ce fleuve d'argent

« La réponse est dans la musique. Ce n’est pas une transcription des bruits du monde, elle n’est pas cachée dans les bruits du quotidien. Elle est toute entière en nous et celui qui l’écrit a simplement trouvé la clé pour disposer sur les lignes d’une feuille le mystère d’une chose qui est là, si vivante, si bouleversante, et qui pourtant ne naît pas parmi les choses du monde, mais sort de nous pour entrer dans le monde. C’est ainsi que nous devons traverser la vie. Libres de révéler au grand jour les sons, les couleurs, les mots qui vivent en nous et de les donner à tous tels qu’ils sont derrière nos yeux. »

Qu'est-ce qui fait courir Primo Bottardi, cinqante ans et des poussières ?
Enfin, courir, non. Mais quitter son foyer familial, sa femme et sa fille aimées.
Tout ça pour retrouver un copain d'école, Massimo Civolani, qui, quarante ans auparavant, lui a posé une question que Primo a laissée sans réponse.

Parce qu'il pense connaître la réponse, Primo se met en route pour le retrouver.
A pied, à bicyclette, en train, et finalement en charrette à cheval, il retourne vers les lieux de son enfance, dans la vallée du Po.
Il retrouve son vieil instituteur puis un ancien condisciple qui l'oriente plus ou moins.
Commence alors une longue et lente errance le long du Po.
Un pays d'eau et de brume où règne le fleuve qui rythme la vie des riverains.
Un personnage tout puissant, ce fleuve, nourricier mais capricieux, noyant ou gratifiant selon le moment.
Au fil des heures et des jours, Primo rencontre des simples gens, pêcheurs pour la plupart d'esturgeons, la richesse du fleuve.
Il écoute leurs histoires qui toutes se ressemblent, même si chacun la croit unique.
Tout se répète d'âge en âge : amours ratées ici, famille noyée ailleurs, un mage incroyablement âgé et que Primo a connu alors qu'il était enfant.
Passent les histoires et les souvenirs, ceux de Primo et ceux des autres. Et qui tous semblent  déjà immergés dans le temps.
Et qui parlent de lavandières, de fêtes paroissiales, où l'on retrouve, comme partout, la femme la plus grosse du monde, qui n' est qu' un homme à perruque, gavé et nauséeux. Une petite fille en pleurs que Primo voudrait bien consoler.
Le charretier lui-même, raconte comment son seul amour, il l'a entrevu il y a cinquante ans, au bord de la plage, un été torride.
Une fille ravissante est venue s'asseoir à coté de lui, sans embarras ni coquetterie. Ils ont parlé familièrement et en confiance, mais à la fin de l'été, elle a disparu, laissant après elle un souvenir impérissable.

Primo, lui, se souvient, croit se souvenir de sa propre naissance.
Il écrit alors une lettre à sa femme pour justifier son absence et sa pulsion subite.
Le voyage s'achève abruptement laissant le lecteur perplexe.
Telle est cette histoire ou plutôt une fable. Une fable et une énigme dont le moteur semble le destin, maître du jeu et de toutes choses.

Un petit merci à Silou qui m'a incité à lire ce mystérieux objet littéraire.

mots-clés : #initiatique #lieu #voyage
par bix_229
le Mer 3 Oct - 19:30
 
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Elsa Morante

L'île d'Arturo

Tag lieu sur Des Choses à lire - Page 3 Arturo11

Le narrateur est Arturo qui se souvient de son enfance et son adolescence sur l’île de Procida, une petite île à proximité de Naples, connue pour son pénitencier.

« Les Procidains sont revêches et taciturnes. Leurs portes sont toutes closes, rares ceux qui se mettent à la fenêtre, chaque famille vit entre ses quatre murs, sans se mêler aux autres familles. Chez nous l’amitié n’a pas bonne presse. Et l’arrivée d’un étranger éveille non pas la curiosité, mais plutôt la méfiance. »

Tag lieu sur Des Choses à lire - Page 3 Procid12


C’est  une histoire d’amours, celui  d’ Arturo  pour  son île dans toutes ses saisons,  l’ amour qu’il porte à son père qu’il adule (le plus beau !) et l’envie d’aimer et d’être aimé.

« Le fait est que, en général, j’étais trop amoureux de l’amour : c’est là ce qui a toujours été ma vraie passion ! »

La mère d’Arturo étant morte en lui donnant naissance celui-ci a vécu le plus souvent dans la solitude, son père Wilhelm  étant très souvent absent de l’île, alors quel plaisir pour l’enfant quand il peut avoir la compagnie de Wilhelm pour lui, aussi Arturo l’imagine t-il en héros, comme dans ses lectures,  sa beauté seule l’auréole de qualités.

Wilhelm, jeune homme arrogant, cynique, indépendant, macho,  laisse son fils grandir à son gré jusqu’au jour où à l’étonnement de l’enfant il lui annonce une nouvelle mère, l’épouse a tout juste 2 ou 3 ans de plus qu’Arturo. Ses sentiments passeront  par toutes les nuances : mépris, méchanceté, amitié, amour….

Le passage de l’enfance à l’adolescence est pour tous les enfants une période délicate, découverte de son nouveau corps, du premier baiser, de  la sexualité,   mais chez Arturo  elle correspond aussi à la découverte de son père,  à la chute du « héros ».

Repoussé  par sa belle-mère, trahi par son père, Arturo quitte son île pour s’engager dans l’armée. Il sait qu’il ne retournera plus sur l’île, les champs, les rues, la mer et le ciel étoilé de son enfance. Le ciel où brille l’étoile rouge « Arcturus ».

« Le feu de cette saison infinie de mon enfance me fouetta au sang avec une violence terrible et qui me faisait presque défaillir. Et mon unique amour de ces années-là revint me saluer. Je lui dis à haute voix, comme si vraiment il avait été là tout près :
- Adieu, papa


L’adulte Arturo qui raconte revient sur l’image de son père :

« Et je voudrais lui faire savoir : peu importe même que tu sois vieux. Pour moi, tu resteras toujours le plus beau. »

Autres extraits :
Arturo : « Maintenant, je lui pardonnais tout. Même son départ avec un autre. Et même son sévère discours final, au cours duquel, en présence de Stella, il m’avait appelé, en plus du reste, « bourreau des cœurs et Don Juan », et qui, sur le moment, ne m’avait pas peu offensé. »

« Le fait est que, en général, j’étais trop amoureux de l’amour : c’est là ce qui a toujours été ma vraie passion ! »

Arturo à son père :  «  - Tu es un homme sans foi ! continuais-je de crier. Tu ne tiens ni tes promesses, ni même les serments ! tu as trahi jusqu’à l’amitié ! A présent, je sais qui tu es ! tu es un traitre ! »

« Maintenant, au contraire, pour la première fois, je connaissais cette violence inhumaine : avoir pitié de son propre sang ! «

« Or, évidemment, le Prisonnier avait dû être mis au courant par mon père de cet alphabet mystérieux que je croyais notre propriété à nous deux seulement : la mienne et celle de Wilhelm Gerace ! »

Wilhelm à sa femme : « - Je fais toujours ce qui me plait. Quand me prend l’envie de partir, je pars. Et quand me prend l’envie de rentrer, je rentre ici et, toi, tu dois faire ce que bon me semble.



J’ ai vraiment beaucoup aimé l’histoire, cette enfance d’un garçon livré à la vie sans contraintes d’autres que celles des saisons, de la mer,  sans souci du gite et du couvert, dont l’imagination accorde à l’homme qui est son père tout crédit, une  admiration sans défaut, se contentant de ce qu’il lui accorde comme sa compagnie, un regard, un sourire, voire même une critique.

La psychologie des personnages me parait très fine et juste.

Je note aussi la mentalité des hommes et des femmes Italiens à cette époque, notamment les femmes qui acceptent et même revendiquent, telle Nunziata l'épouse, leur soumission au mari. De même Arturo reconnait le droit à son père à le frapper.

L’écriture est belle, voire poétique par moment, elle dessine ce récit.


mots-clés : #enfance #lieu #relationenfantparent
par Bédoulène
le Lun 24 Sep - 18:45
 
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Anne-Marie Garat

Le Grand Nord Ouest

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15 ans plus tard, Jessie raconte à Bud l'année de ses six ans, et retourne avec lui au Canada dans le Grand Nord Ouest, dans une espèce de pèlerinage, de quête de sens qui se heurte au temps écoulé. Fille choyée d'un nabab d'Hollywood, elle voit son père mort noyé sur la plage le jour de sa fête d'anniversaire. A l'aube de cette année qui va la mener à l'âge de raison, sa mère, une femme fatale fantasque et pleine de secrets, l'emmène sans un mot d'explication dans une folle équipée vers le Grand Nord, ses immensités enneigées, ses indiens animistes. Que fuit-elle? Que cherche-t'elle accrochée tant à ses rêves qu'à ses racines? On va le découvrir au même rythme que Jessie, sans avoir toutes les clés pour autant : cette mère étrange aux identités multiples, grande manipulatrice, gardera sa part de mystère. La petite rouquine (évidemment) connaît là une belle initiation à une vie autre, authentique, à la sagesse, à une certaine dignité auprès d'un vieux couple d'indiens empreints de traditions qu'elle a séduits au premier coup d’œil

C'est bien d'Anne-Marie Garat de nous offrir pour personnages principaux de ce roman du Grand Nord une fillette et sa mère, là où l'on ne croise d'ordinaire que prospecteurs, trappeurs et autre traîne-savates. Il y a aussi ces deux indiens pleins de sagesses, de croyances  de pré-sciences, solidement ancrés dans le territoire qu'on est en train de leur arracher, et qui  transmettent leurs savoirs. Cette épopée aurait du être jubilatoire, mais sans doute du fait du style si spécifique d'Anne-Marie Garat, qui prend ici une boursouflure un peu submergeante (ça grouille un peu trop, c'est une coulée de lave qui ne s'arrête jamais), je ne suis pas pleinement entrée dans ce récit, pourtant plein de poésie, de nature sauvage et de nobles sentiments qui n'excluent pas la facétie. j'ai souvent trouvé ça longuet.

Mots-clés : #aventure #contemythe #enfance #initiatique #lieu #minoriteethnique #nature #relationenfantparent #traditions #voyage
par topocl
le Mer 19 Sep - 10:06
 
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Sujet: Anne-Marie Garat
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Hamid Ismaïlov

Dans les eaux du lac interdit

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Le livre est composé de 3 chapitres : I – Do (avant), II -  Do La (le destin), III – Sol Mi Fa (le sel du mythe) ; car la musique habite la vie de Yerzhan.

Un train traverse l’immense steppe du Kazakhstan, à son bord le narrateur, des gens qui discutent pour passer le temps ; dans l’une des gares un gamin propose une boisson à la vente et il joue du Brahms au violon : magnifiquement.

Le narrateur l’interpelle : « petit » ! ce qui a le don de le  contrarier vivement . Je suis un homme, j’ai 27 ans ! Voilà, c’est Yerzhan et il va conter sa vie, dans un hameau isolé, Kara-Shagan, où vivent deux familles.

L’enfance de Yerzhan pourrait être celle d’un conte, celui que sa grand-mère lui raconte pendant les longues soirées, car sa conception a surpris ce petit monde ; partie dans la forêt rattraper son foulard que le vent emporte, Kanishat, est victime d’une agression par un  « extra-terrestre » ; retrouvée blessée dans un ravin non loin de la « zone ». Cette agression portera un fruit, Yerzhan !

La Zone, ce lieu clôturé, interdit engendrera une peur sur Yerzhan, comme le marquera le « lac interdit » et  « la ville morte » que la dureté de l’hiver recouvre de neige .

L’enfance de Yerzhan se déroulera comme tous les enfants de la steppe, mais lui et les autres membres des familles se rendront compte que contrairement à Aisulu (sa promise) et les autres écoliers Yerzhan ne grandit plus. C’est un bouleversement pour l’enfant ; cet enfant doué pour la musique qui à l’âge de 3 ans jouait déjà de la dombra de son grand-père, puis à présent magnifiquement du violon.

Shaken sous l’insistance de sa femme « la citadine », avait acheté un poste gramophone, puis plus tard pour convaincre les familles que sa propagande était juste, un téléviseur. Ce fut une ouverture sur l’ailleurs. Yerzhan et Aisulu écoutèrent et regardèrent leurs « idoles », des musiciens, chanteurs. Mais à présent plus rien ne l’intéresse, il s’isole, même d’Aisulu.

Yerzhan nommera son souci « cela » ! Tous cherchent à comprendre la raison de son état. Chacun pour l’aider tentera des moyens plus ou moins archaïques, seul l’oncle Shaken qui travaille à la centrale d’essais atomiques (*) plus pragmatique l’emmènera passer une radio, dont il ne voudra pas croire les résultats. Yerzhan ne grandira plus, il a fini sa croissance.
Les explosions atomiques qui résonnent dans la steppe, détruisent villages, tuent la faune, la flore, empoisonnent les lacs, pourraient être responsables de ce phénomène ? Apparemment, même si certains membres des deux familles constatent les méfaits sur leur vie, il semble qu’ils ne mesurent pas l’importance de l’impact.

Et surement pas l’oncle Shaken dont le leitmotiv est : «  Pour construire le communisme ! C’est notre devoir absolu non seulement de rattraper, mais de surpasser les Américains ! En cas de troisième guerre mondiale ! concluait son slogan favori. » C’était l’ère de l’atome !

Yerzhan se souvint qu’un jour, par bravade, devant les écoliers médusés il s’ était baigné dans les « eaux du lac interdit ».

Pendant que le train continue son parcours, Yerzhan déroule sa vie à l’étranger, le narrateur, avec lequel il partage le compartiment de nuit. Un chemin qui l’ a conduit à jouer du violon dans les trains où il vend des boissons ; comme  son grand-père et son oncle étaient cheminots.

Extraits
« …Yerzhan grattait, en secret, la dombra, imitant ses sourcils froncés et sa voix rauque. Il ne lui fallut pas longtemps pour saisir quelques mélodies familières et,[…] à mémoriser les mouvements des doigts de son grand-père. »

« Lorsque l’archet frotta les cordes, l’instrument poussa un gémissement disgracieux. « Donne ! Donne ! Et Yerzhan prit le violon des mains de son grand-père. Ce jour-là, il usa les oreilles de tout le monde. Seul l’oncle Kepek, qui était saoul, fut si touché qu’il fondit en larmes.. »

« Le wagon se mit à tanguer. Les boites de pain se mirent à tanguer. Les vieux disparurent par la porte ouverte. Le taon faisait tournoyer le sol sous les pieds de Yerzhan. Puis il l’entraîna dans une obscurité chaotique.

La Zone ! c’était ainsi que Yerzhan se rappelait ce jour-là, le moment où le train quitta les rails et se renversa dans la steppe. Finalement, Pépé Daulet et Tonton Tolegen, couverts de sang, sauvèrent Yerzhan de l’obscurité et des pattes velues du taon. Ils l’enveloppèrent de peaux de mouton, tout en versant leurs chiches larmes de vieillards. »

« Des nuages de plomb balayaient la steppe sans donner ni pluie ni neige. Des nuages creux, que ni le tonnerre ni les éclairs ne venaient traverser. Il était étrange de voir la rapidité avec laquelle ces nuages défilaient dans le ciel quand, au sol, l’air était si stagnant.
Plusieurs jours passèrent avant que le ciel ne s’éclaircit. Personne ne sortit …Ils pissaient même dans un saladier de cuivre, que Kepek, fulminant, vidait de temps à autre par la fenêtre.
Leur urine – et celle de Yerzhan en particulier – vira au rouge, comme sous l’effet de la honte. »


« Regarde, c’est l’oie… » Yerzhan se pencha sur le côté, s’attendant à voir des bestioles, et peut-être un lac. Mais devant eux, étirant son cou de béton hors du sol, se tenait un étrange bâtiment.
Au loin Yerzhan aperçut d’autres silhouettes obscures. A mesure qu’ils s’approchaient, « l’oie » se mit à ressembler plutôt à une grue, un immense bloc de béton à moitié effondré, comme s’il avait fondu et dégouliné sur un côté. Le garçon resta bouche béé et les yeux grands ouverts, mais Tonton Shaken ne resta pas longtemps là. Il orienta le cheval vers les autres structures. Et bientôt Yerzhan les vit nettement : des maisons en ruine.
Yerzhan fut terrifié. La fin du monde décrite par Mémé Ulbarsyn se matérialisait sous ses yeux. »

Mais Pépé n’était point de son avis : « Il n’y a rien en ce bas monde qui justifie une guerre ! Le chemin de fer, je comprends, ça sert à transporter des gens et des marchandises – c’est utile pour tout le monde ! Mais à quoi sert ton putain d’atome de mes deux ? Vous avez transformé la steppe entière en désert ! On ne voit plus jamais de gerbille ou de renards ! «

« Et les hommes n’arrivent plus à bander ! intervenait Kepek avec une assertion incompréhensible de son cru qui poussait Shaken, penaud, à détourner le regard. »



Spoiler:
* "Entre 1949 et 1989, au Polygone nucléaire de Semipalantisk, il fut réalisé un total de 468 explosions nucléaires, dont 125 explosions atmosphériques et 343 explosions souterraines. La puissance totale des appareils nucléaires testés dans l'atmosphère et sous la terre au Polygone (dans une région peuplée) dépassait par un facteur de 2 500 la puissance de la bombe lâchée sur Hiroshima par les Américains en 1945."


L’auteur mêle  réalité et mythe dans l’histoire de Yerzhan, car certainement la vie des kazakhs est différente selon le lieu d’habitation. La femme de Shaken, par exemple est nommée « la citadine » comme on dirait l’étrangère.
L’amitié qui lie les deux familles du hameau est sensible et la vie de chacun montre bien la dureté de cette région et leur isolement. Certains membres sont frustes, leurs gestes anciens, manque d’hygiène.  
Le mutisme de Kanishat, la mère de Yerzhan est tout de même étonnant puisqu’il l’éloigne de son enfant. Un  mutisme voulu, une forme de révolte contre l’attitude de son père ?
Les sentiments de Yerzhan sont bien compréhensibles.
Je pense que l’auteur a installé le narrateur dans le train qui traverse la steppe  du kazashtan pour en montrer l’immensité.

Je trouve l’écriture assez poétique dans ce contexte et agréable, ainsi que la composition en 3 parties.

ajout : en résumé c'est à travers l'histoire de Yerzhan, cet adulte enfermé avec son destin, ses espoirs dans un corps d' enfant que l'auteur dénonce l'impact des nombreux essais nucléaires dans la steppe d'Ouzbékistan. La guerre froide qui opposait les USA à l'URSS est représentée par les propos de Shaken qui travaille au polygone d'essais.
L' importance du  réseau ferré dans le pays est signalé par les propos et le travail de la famille Daulet et le choix de positionner le narrateur dans un voyage en train.


Je pense lire un autre livre de l’auteur
mots-clés : #enfance #lieu #musique
par Bédoulène
le Dim 16 Sep - 16:20
 
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Sujet: Hamid Ismaïlov
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Thierry Murat

Les larmes de l'assassin
d'après un roman jeunesse de Anne-Laure Bondoux


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Une maison isolée et battue par les intempéries dans le sud-sud de la Patagonie. Un infâme assassin recherché par toutes les polices arrive pour s'y cacher et tue sauvagement les parents de Paolo. Un curieux attachement se tisse entre cet homme et cet enfant qui partagent leurs solitudes.

l'histoire est déchirante, toute en non-dits, les dessin sont d'une sobriété à la beauté époustouflante.
La grande classe  bounce !

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mots-clés : #amitié #enfance #lieu #solitude
par topocl
le Jeu 13 Sep - 8:18
 
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Sujet: Thierry Murat
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Valerio Varesi

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Ca y est, je l'ai lu, ce fleuve des brumes.

Deux frères disparus à quelques jours d'intervalle, l'un volatilisé tandis que sa péniche naviguait toute seule sur le fleuve, l'autre défenestré, voilà qui a de quoi intriguer le commissaire Soneri...
Le Pô est en crue, la vie semble s'arrêter, et le commissaire navigue à vue dans les plaines brumeuses, à la recherche d'il ne sait trop quoi... Il rôde dans les parages d'un cercle nautique dont les membres semblent en savoir long sur les secrets de la région. Mais ce sont des taiseux, et ils sont coriaces... Alors le commissaire traîne son spleen, se régale dans les auberges, évite ou étreint sa volcanique compagne, et attend, encore et encore, qu'enfin les langues se délient.

Comme l'a justement dit Silou, Les brumes du fleuves est un roman d'atmosphère et non un thriller. Mais c'est ce que j'aime, quand les choses prennent leur temps, que le décor se construit peu à peu, et qu'il y a de la place pour la subtilité. Cette fois, ce sont les plaies non cicatrisées du fascisme qui sont au coeur du récit, avec leur cortège de douleurs, de haine, et de remords aussi, parfois.

J'ai vraiment bien aimé l'ambiance de ce polar, que j'ai lu avec plaisir, même si j'avoue avoir été un chouilla déçue par la fin, qu'on sentait venir depuis très longtemps. Sans demander de spectaculaires révélations (encore une fois, on n'est pas dans un thriller), j'aurais aimé un petit quelque chose en plus, une nouvelle clé de compréhension, un peu d'inattendu. Cela dit, cette légère déconvenue n'a en rien entamé mon envie de poursuivre plus avant la découverte de l'auteur, d'autant plus que son petit dernier est à la médiathèque...

Merci Silou !


mots-clés : #culpabilité #lieu #polar
par Armor
le Jeu 6 Sep - 21:51
 
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Sujet: Valerio Varesi
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Christian Dedet

Au royaume d'Abomey

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Christian Dedet, ce passionné de l’Afrique, nous emporte, dès les premières pages, dans son royaume. Il a passé quelques années à parcourir les routes et chemins du Bénin. C’est depuis la région d’Abomey, de Grand-Popo, de Porto-Novo, du lac Ahémé ou du lac Nokoué, du fleuve Ouémé… qu’il nous adresse ses notes, un journal remanié, revu et corrigé pour en faire un récit riche, et nous faire partager son expérience, en particulier les rituels vaudou et la religion animiste.

« Les œuvres missionnaires ayant l’aval du Vatican y rivalisent toujours avec méthodistes et adventistes de toutes nationalités. Le fait nouveau, depuis l’ère moderne, réside en des Églises d’inspiration chrétienne fondées par les Africains eux-mêmes. […] L’Église apostolique africaine se signale souvent par des sorties de haut-parleurs, en ville, à percer les tympans, par une littérature vindicative à l’égard du vaudou, distribuée aux carrefours. »


Les rituels vaudous au royaume d’Abomey, sont un sujet passionnant pour qui s’y intéresse ou s’intéresse aux phénomènes de transe. J’ai souvent souri en lisant ses descriptions, qu'il brosse avec un humour certain, voire aussi une certaine naïveté et un certain regard occidental, les deux lucides et conscients.

« Certains de ces couvents comptent de nombreuses femmes dans leurs rangs. Matrones, pour la plupart, avec leurs cent kilos et leurs seins à proportion, pris dans un filet à grosses mailles ou basculés par-dessus la toile de lin. »


Il n’existe pas qu’un seul vaudou mais un nombre infini. Rien que dans la région d’Abomey on en dénombre autant que de villages. À chaque couvent sa pratique, ses dieux, ses danses, sa musique, son accoutrement. La religion animiste est aussi matinée de religion catholique, ce qui présente un avantage non négligeable ! Dans le vaudou, religion animiste (considéré tantôt comme une religion tantôt comme une secte), ce sont les dieux qui descendent dans le corps de l’impétrant qui s'exprime au nom de ce dieu, qui le chevauche, et l'aide dans sa vie quotidienne, et l’avantage est terre à terre, autrement dit bien terrestre : les récoltes doivent être bonnes, la nourriture abondante… ; quant aux avantages de la religion catholique, elle promet les cieux et le salut de l’âme, alors autant concilier les avantages des deux !

Maléfices, mauvais sorts, sacrifices animaux (avant, les sacrifices étaient humains) en sont le corolaire : avec le vaudou on ne rigole pas ! (même si Christian Dedet semble souvent s’amuser !) :

« Ce personnage est le garde du corps du vaudou Agbo. Il veille à ce que nul affront ne soit perpétré envers le dieu son maître, mais également à ce qu’aucun maléfice ne soit jeté sur ceux ou celles qui dansent sur la place. Un mauvais sort – le cakato – est si vite parti… Il y a des gens si pervers, si malfaisants et qui ont un tel pouvoir, au cours de ces réunions pour pactiser avec les forces du mal. »


À propos des rituels vaudou et des transes des danseurs, si Christian Dedet a osé faire une petite comparaison avec l’hystérie de conversion décrite par Charcot, il ne semble pas en être convaincu. Bien au contraire, plus loin il vend la mèche non sans un frisson, et nous confie son saisissement, ce constat de la puissance incroyable de certains sorciers et fétichistes, des maîtres en la matière. Car la magie opère. Celui qui assiste, de l’extérieur, ou qui vient étudier ces rituels, pourrait n’y voir que des croyances archaïques que n’importe quel ethnologue pourrait démonter. Mais si toutefois l’un d’eux était initié, il devrait en garder le secret. Il n’aurait pas le choix, c’est une question d’éthique, mais aussi cela pourrait se retourner en maléfice contre lui. Ces pratiques puissantes et parfois dangereuses ne s’adressent qu’à des initiés et celui qui ne l’est pas n’a pas accès à cette connaissance et n’en décrira que les aspects superficiels et visibles. Il est donc quasiment impossible de trouver un livre qui dévoilerait de tels secrets.

Plus loin encore, il parle des universitaires béninois, donc du cru :

« Les professeurs de l’enseignement supérieur de Cotonou, les hauts fonctionnaires de Porto-Novo savent à quoi s’en tenir sur l’existence des sorciers. Ils leurs consacrent des thèses dont le moins qu’on puisse dire est que l’objectivité scientifique n’en exclut pas le frisson. Quant aux hommes politiques, même à l’époque où leurs discours se devaient de fustiger les “superstitions”, ils n’omettaient pas pour autant de se prémunir contre l’effet dévastateur des magies. »


Dedet est médecin, et son regard se porte bien sûr aussi sur cet aspect des choses, cet envers du décor qui ne lui échappe pas :

« L’envers du décor est une situation sanitaire effroyable. Paludisme. Dysenterie amibienne. Hépatites A et B. La pathologie la plus meurtrière est représentée par la bilharziose, cette parasitose dont l’agent se trouve dans les eaux stagnantes, pénètre dans l’organisme de l’être humain à travers la peau de la plante des pieds avant de s’attaquer au foie et aux reins où il crée des lésions irréversibles […]. Les figurines fétiches sont en nombre, aux carrefours de canaux. »


Et plutôt qu'en toile de fond, un rappel de la politique de ces dictateurs qui se sont succédé.

Un récit passionnant, à mettre dans la pile des références ethnographiques. Une très belle aventure de lecture, je vous le dis !


mots-clés : #lieu #science #spiritualité #voyage
par Barcarole
le Mer 29 Aoû - 16:00
 
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Sujet: Christian Dedet
Réponses: 5
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Monte Schulz

Sur l'autre rive du Jourdain

Tag lieu sur Des Choses à lire - Page 3 Bm_97811

Résumé babelio : A la veille du krach de 1929, trois aventuriers se livrent au braquage de banques et au meurtre à travers l’Illinois, le Nebraska, le Mississippi et le Kansas : Chester Burke, malfrat psychopathe, Alvin Pendergast, fils de fermier rongé par la tuberculose, sentimental et désespéré, et Rascal, un nain doté d’une imagination débordante.

Lecture mitigée, écriture agréable, fluide. Les rôles sont donnés :  le malfrat psychopathe, Chester,  incarne le Mal, le meneur, le décideur,  les "suiveurs"  Alvin le fermier et Rascal le nain impliqués dans  ce road-trip meurtrier. Mais l'ascendant que Chester a sur  Alvin et Rascal n'est pas, à mon avis, assez analysé, le personnage reste plat.

L'auteur décrit les crimes de manière froide, sobre, ce sont les sentiments du jeune fermier Alvin qui montrent le poids des actes.

L'ambiance de ce midwest est par contre assez prégnante.

De nombreuses digressions sont les racontars du  nain mythomane ; une façon de supporter ce road-trip meurtrier ?

Alvin lui lutte tous les jours contre sa maladie, cette lutte l'aiderait-elle aussi à supporter ce road-trip ?

La rencontre du trio avec un cirque et surtout une troupe de Nains a un petit air de "Freaks".  La séance de spiritisme m'a passablement ennuyée.

J'ai été attirée par la 4ème de couverture qui mentionnait :  Conquise, la presse américaine a évoqué à son sujet les noms de Flannery O’Connor, Carson McCullers, Joan Didion et John Steinbeck.

Je donnerais néanmoins une autre chance à cet auteur.


mots-clés : #lieu #social #violence
par Bédoulène
le Jeu 23 Aoû - 10:36
 
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Sujet: Monte Schulz
Réponses: 1
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Jean Rolin

La frontière belge.

Tag lieu sur Des Choses à lire - Page 3 Proxy_44


j'ai lu ça dans la soirée hier, j'ai trouvé ça drôle, loufoque, truculent. Une bande vauriens-vauriennes foldingues, sordides et poétiques, en territoire du Nord, racontée d'un ton hyper-sérieux par un Jean Rolin imperturbable dans ses subjonctifs habilement parsemés. Pas la lecture impérissable, mais sympa, joyeux, léger. Tellement pas impérissable que, après lecture, je retrouve un commentaire écrit en 2015, sur ce bouquin totalement oublié, à part cette phrase, que j’avais citée à l'époque et qui a remué en moi quelque chose dans les strates tortueuses de la mémoire, parfait reflet du côté pince-sans-rire de l'auteur:
Je n'aime pas les poissons : on voit trop, chez eux, comment le corps ne sert en fin de compte qu'à réunir la bouche et le trou du cul.

C'est très ancré dans le territoire, et comme j'en reviens, cet aspect m'a bien plu.
En fait j'ai beaucoup mieux aimé qu'à l'époque. Est-ce que je vieillis ou est-ce que je suis rattrapée par l'esprit d'enfance (ce qui, au final, n'est qu'une seule et même chose)?


mots-clés : #absurde #aventure #humour #lieu
par topocl
le Ven 10 Aoû - 8:40
 
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Sujet: Jean Rolin
Réponses: 97
Vues: 2342

Patrice Huerre

Lieux de vie: ce qu'ils disant de nous. la révolution des intérieurs.
avec François Robine

Tag lieu sur Des Choses à lire - Page 3 Index12

J'imagine l'histoire comme ça : un jour, François Robine, « expert immobilier reconnu et  chevronné", dit le quatrième de couverture, a dîné chez des amis communs avec Patrice Huerre, "psychiatre, psychothérapeute et psychanalyste", auteur d'une bonne dizaine de publications « grand public", sur l'adolescence. II lui a fait part de quelques réflexions sur l'évolution qu'il a constatée au fil des décennies au sein des logements de ses concitoyens, et  lui  demande en quoi cela correspond à  sa propre pratique.
La discussion est  charmante, passionnante, et, au final, pourquoi ne pas en faire un livre ? Oui, mais pas un livre scientifique avec des références, une bibliographie, des recherches. Plutôt un livre facile à lire (et aussi à écrire), qui expose simplement les points de vue de ces deux Messieurs si pleins de savoirs.

On a donc un ouvrage très touche-à-tout , qui en appelle, excusez du peu, sur 200 pages écrites gros,  à la mythologie, la psychanalyse, la psychologie sociale, la sociologie, l'anthropologie, l'histoire, le tout saupoudré d'un peu d'architecture et d'urbanisme. Tellement touche-à-tout que c'est d'une superficialité irritante : je ne lis pas la rubrique psycho/socio de Marie-Claire (et pas Marie Claire non plus en général), ce n'est pas pour la retrouver dans un livre.

Pour parler des intérieurs, il faut parler de ceux qui les habitent, et on commence  par  un état des lieux des modes de vie de nos contemporains, avec d'extraordinaires révélations :  la mobilité, l'usage sans limites des outils numériques, la généralisation des familles recomposées, l'individualisme, le rejet des vieux, la perte du lien familial et du sens religieux au profit d'un consumérisme incontrôlé, l'explosion des prix de l'immobilier... Tout cela sur un ton de généralité universelle, faisant croire qu'on parle d'une population entière alors qu'on se limite à celle des  bobos trentenaires/quarantenaires.

Donc, les hommes ne sont plus ce qu'ils étaient et on en conclut que les intérieurs ne sont plus ce qu'ils étaient, non plus.

Au passage, cela donne lieu à pas mal de platitudes, beaucoup de vérités assénées du genre:

"Remarquons cependant que les familles sans maison de référence n'ont généralement pas d'histoire."


ou celle-ci vaguement contradictoire:

"pour les autres, les incrédules ou les incroyants, que le décès survienne à la maison ou à l'hôpital n'a qu'une importance secondaire sans qu'il puisse pourtant être nié que le désir de mourir chez soi est très partagé."


C'est gênant aussi parce que cela parle de maisons, et encore de maisons, comme si toute la population vivait en maison, non pas en appartements, studios, etc...

La conclusion, c'est que le logement n'est plus un marqueur social, mais un marqueur de génération. Les nouvelles générations ne s'ancrent pas dans un lieu de vie permanent,

"Leur maison n'est plus un but dans l'existence. Elle ne sert qu'à abriter certains moments de cette dernière".


Elles sont en recherche de lieux de rencontre qui ne soient pas au sein du logement. Les outils numériques remplacent les bibliothèques.  D'un côté le numérique ouvre l'espace quotidien vers l'infini, mais il permet aussi n'importe quelle intrusion (par exemple professionnelle) dans l'espace du logement.

Ah, bon? ben dis donc! Tout ça pour ça!

mots-clés : #essai #lieu
par topocl
le Jeu 9 Aoû - 21:06
 
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Sujet: Patrice Huerre
Réponses: 8
Vues: 173

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