Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 13 Déc - 14:34

103 résultats trouvés pour mort

Valérie Manteau

Calme et tranquille

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J’ai choisi ce livre sur le seul nom de son auteur, dont j’ai récemment aimé Le sillon, auquel j’avais trouvé un ton très personnel, une ardeur, une nécessité. J’ai sans doute aussi été séduite parce titre, Calme et tranquille et là je n’ai pas  été déçue : ce n’est absolument pas calme et tranquille.

Comme quoi, quand je ne cherche pas les livres sur le stress post-traumatique, ils viennent jusqu’à moi, même si c’est par le biais d’une espèce de publicité mensongère.

Cela commence avec le suicide de sa grand-mère, chose terrifiante, déboussolante. Pour se restructurer, se ressourcer, lasse des psys à côté du sujet, Valérie Manteau a ses copains de Charlie Hebdo, à commencer par Charb avec qui elle  développe un lien d’une proximité amicale réconfortante, qui ne manque pas de lui rappeler qu’on peut rire de tout, absolument tout,  et qui l’ encourage dans ses recherches littéraires inabouties sur le suicide.
Seulement, travailler à Charlie Hebdo en 2015, ce n’est pas forcément la  solution pour aider à faire un deuil compliqué…
Retrouver ensuite à Istanbul un ancien amant turc, dans un contexte d’élections consternantes en Turquie non plus d’ailleurs.
S’accrocher à son humour caustique ne suffit plus forcément.

À travers ces événements dramatiques, témoins d’une époque chaotique ou le (bon) sens se perd, Valérie Manteau réussit un auto-portrait  atypique : une jeune femme « libre, très libre », en  recherche d’expériences et d’humanité, emmenée à la dérive par la violence de la vie contemporaine.



mots-clés : #mort #terrorisme #violence
par topocl
le Jeu 14 Fév - 17:10
 
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Sujet: Valérie Manteau
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Marie Chaix

Les silences ou la vie d’une femme

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 2 Proxy115

Pendant six semaines, Maris Chaix visite sa mère dans le coma, lui souhaitant une mort douce alors que l’équipe hospitalière lutte pour la ramener coûte que coûte à la vie. Les souvenirs remontent, l’histoire de cette femme qui a été petite fille, jeune fille, jeune épouse brièvement comblée, femme au foyer amoureuse soumise aux dictats de cet homme impatient, collaborationiste puis emprisonné pour cela, cette mère comblée pleinement nourrie par sa descendance, cette femme encore jeune clouée au fauteuil par un accident vasculaire, et maintenant, cette douce forme vieillissante, inerte, qui respire encore.

C’est un très beau portrait de femme, de son rapport avec sa fille Marie, un portrait des attentes, souvent déçues, de la soumission où entre un certain choix, lesquelles n’empêchent pas une obstination à mener sa barque. Marie Chaix a un style très inspiré, elle est sensible aux ambiances, aux couleurs, aux odeurs, aux cocasseries. Elle nous livre ici un livre des plus touchants, plein d ‘une grande tendresse, qui lui permet de laisser tomber la colère. Un livre- hommage à cette mère qui a eu un parcours en contradiction totale avec les choix ultérieurs de sa fille , laquelle lui conserve pourtant son amour, sa fidélité  et son respect.

Il y a des pages très fortes sur la mémoire/présence des morts et les cimetières, Marie, j'ai pensé à toi.

Mots-clés : #amour #conditionfeminine #medecine #mort #portrait #relationenfantparent
par topocl
le Ven 8 Fév - 16:42
 
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Sujet: Marie Chaix
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Antoine Choplin

Partiellement nuageux


Tag mort sur Des Choses à lire - Page 2 31xgh011

Originale: Français, 2019

Ernesto est astronome dans le modeste observatoire de Quidico, au Chili, en plein territoire mapuche. Il vit seul avec son chat, Le Crabe, et Walter, un vieux télescope peu performant. Lors d'un séjour à Santiago, il rencontre Ema à l'occasion d'une visite au musée de la Mémoire. Très vite, les fantômes de la dictature resurgissent. Ernesto et Ema devront surmonter ce passé douloureux.


REMARQUES :
On devine une sorte de solitaire derrière Ernesto. Venant à Santiago pour négocier le remplacement d’une pièce défectueux de son telescope (« Walter »), il revisite le musée de la mémoire et fixe la photo sur le mur des disparus de la dictature de sa … fiancée Paulina. Et une histoire qui date presque de 40 ans reste douloureusement présente. Mais il rencontre, observe une femme, Ema, qui semble fréquenter ces lieux pour, elle aussi, surmonter une blessure de cette époque. C’est comme dans une danse (motif qui revient) qu’ils se contournent, prennent rendez-vous, commencent délicatement d’espérer...

Alors c’est à nouveau dans un contexte historique concret plutôt sombre : la mort d’Allende, le putch de Pinochet, que Choplin place son histoire entre souvenir, douleur, mais aussi une forme d’espoir, d’une renaissance. Symboles du souvenir sur la terre des Mapuche sont aussi ces totems, regardant l’île des morts : faire face, se souvenir… Et puis ?

La langue simple, sans prétention, épurée me laisse jubiler : quelle délicatesse et… tendresse, on dirait. Néanmoins une histoire lourde, presque sans issue humaine, car les deux histoires d’Ema et d’Ernesto sont pas si simple à concilier. Effort de surmonter, de regarder en avant ?! Le sombre et le lumineux sont ici proche. A coté de tendences de « mort » (dans un sens large) ou ténébreux, il y a aussi ces dons artistiques, étincelles de vie : la danse, la poèsie, le dessein… Qu’est-ce qui nous fait vivre, resister, donner de l’espoir ?

Recommandation !


mots-clés : #devoirdememoire #mort #regimeautoritaire
par tom léo
le Sam 2 Fév - 8:11
 
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Sujet: Antoine Choplin
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Erri De Luca

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Une fois un jour

On passe parfois à côté d'une lecture et en toute connaissance de cause.
C'est ce qui s'est passé pour moi avec Une fois un jour, un livre autobiographique sans aucune complaisance.
Sobre, pudique, rude et douloureux... Un beau livre !
Il y a des livres qui valent mieux que leur lecteur quelquefois !

Nous n'eûmes pas d'enfant. Quand nous engageâmes une procédure d'adoption, elle tomba malade.
Comme il est étrange le temps des maladies qui n'est pas fait de jours, de nuits, de dimanches et de saisons à la fenêtre.
Ce fut une succession d'heures, quelques unes de répit, d' autres au contraire où la douleur virait dans son corps comme une toupie au mouvement perpétuel. Nuits et matins se confondirent dans notre chambre au point d'être indistincts... Elle ne connaissait plus le sommeil, mais tombait dans de brefs assoupissements aux réveils toujours plus pénibles, car le mal allait plus vite derrière ses yeux fermés.
Là où était son sourire, persistaient les fils.

Ses yeux vifs grands ouverts et curieux, commencèrent à se cacher, se retirant dans le creux aride des orbites.
Ils étaient lointains... Je ne les laissais pas en paix, je les cherchais, je m'approchais tout près pour les appeler au dehors, encore....
Quand elle mourut je ne m'en aperçus pas. Je dormais sur la chaise, mes mains enlacées aux siennes, mes yeux fermés et les siens ouverts tournés vers moi.
Lorsque je libérai mes doigts des siens, je fus seul sur terre.


mots-clés : #autobiographie #mort
par bix_229
le Mer 30 Jan - 19:28
 
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Sujet: Erri De Luca
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George Saunders

Lincoln au Bardo




4ème de couv a écrit:Washington, nuit du 25 février 1862. Dans le paisible cimetière de Oak Hill, non loin de la Maison-Blanche, quelque chose se prépare… Un peu plus tôt ce même jour, on a enterré un petit garçon prénommé Willie, qui n’est autre que le fils du Président des États-Unis. Ce soir-là, Abraham Lincoln, dévasté de chagrin, s’échappe de son bureau pour venir se recueillir en secret sur la
sépulture de son enfant. Il croit être seul – il ne l’est pas. Bientôt, des voix se font entendre, et
voici que jaillit des caveaux tout un peuple d’âmes errantes, prises au piège entre deux mondes, dans une sorte de purgatoire (le fameux Bardo de la tradition tibétaine). L’arrivée du jeune Willie va déclencher parmi eux un immense charivari – une bataille épique, reflet d’outre-tombe de la guerre de Sécession qui, au même moment, menace de déchirer la nation américaine. Tour à tour inquiétants, hilarants, attendrissants, les spectres surgis de l’imagination de George Saunders nous offrent un spectacle inouï, qui tient de la farce beckettienne autant que de la tragédie shakespearienne. Magistral chef d’orchestre de ce choeur d’ombres baroques, George Saunders s’amuse à dynamiter tous les registres romanesques, pour mieux nous confronter aux plus profonds mystères de notre existence : qu’est-ce que la mort ? qu’est-ce que la vie ? qu’est-ce que l’amour ? et comment vivre, et aimer, quand nous savons que tout est voué au néant ?


REMARQUES :
Ayant gagné le Man Bookers Prize, traduit avec succès déjà dans plusieurs langues, j’en ai entendu parlé déjà pas mal de ce livre. Certaines remarques et mots de la présentation laissent pourtant pensé presque à une histoire de fantômes bizarroïdes. Au fond il me semble que Saunders vise plus haut.

Il n’y a pas de narrateur, mais tout se présente comme, d’un coté, des collages de diverses articles, lettres, sources pour décrire le scénario autour de ce jour, cette nuit de la mort et de l’enterrement du fils d’Abraham Lincoln. Au milieu de la guerre civile, tandisque les premiers massacres tuent des centaines de soldats, il est confronté avec la mort sur un plan personnel. Son fils Willie est mort ! Et celui qu’on réduit souvent sur une action historique se revèle être bien plus : père attaché à son enfant, chagriné au plus profond. Est-ce que cela, et cette nuit auprès de son enfant mort, voir déjà enterré, va changer qqe ch?

Et de l’autre coté : des « voix », s’interpellant, se trouvant certes dans un monde parallèle, mais comme entre deux, le Bardo. Pour des raions variées, les gens s’y trouvant n’ont pas trouvé encore comment « laisser derrière soi l’ancien monde », prendre congé. Leur problème : une forme d’attachement trop grande, des regrets, parfois presqu’un amour trop grande. Pour aller en avant, il faudrait resolument regarder vers l’avant, sinon : risque de glacer sur place, de ne plus bouger ?

Narration alors entre changements de voix et dissonances (parfois les petits bouts de citations donnent des opinions et éclairages différentes sur une seule et même chose) ici. Et une forme de dialogue, de complémentarité (?) là, parfois formant un tout harmonieux où l’un raconte les événements se passant, ou anticipe la parole de l’autre sans altération

Mais ce choix de procèder sans narrateur au sens propre rend parfois la forme (à mon avis) un peu artificiel et difficile à avaler ?!

Néanmoins la grande force de ce roman va rester probablement une vue sur différentes attitudes face à la mort. Saunders choisit un terme du monde imagé du bouddhisme tibétain, sur un monde « entre les deux », le "Bardo". Monde coupé, mais encore attaché. Comment surmonter ses resistances, nostalgies, son refus ? Y-aura-t-il un jeu pour avancer encore après la mort physique ? Au même moment nous trouverons des références chrétiennes aussi... Donc, ce livre pourrait fournir de matières pour beaucoup pour une réflexion ou un partage.

Pour ne pas avoir toujours aimé le style, la forme choisie, je ne peux néanmoins pas donner quant à moi le plein d’étoiles !


mots-clés : #fantastique #mort #religion
par tom léo
le Mar 22 Jan - 7:54
 
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Sujet: George Saunders
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Camille Laurens

Philippe

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 2 89477710

Philippe, le fils aîné de Camille Laurens est décédé quelque heures après sa naissance. Si la première partie « Souffrir » décrit les beaux moments de la grossesse et de l'attente, amères à la lueur du destin par nous connu, la suite « Comprendre » est surtout un pamphlet de récrimination contre l’accoucheur incompétent et négligent (copies du dossier médical et de l’expertise à l'appui) et l'entourage globalement maladroit à l'exception de quelques amis « courageux ». puis la troisième partie « Ecrire » , c'est l'écriture pour faire « survivre » l'enfant.

Je comprends tout à fait le besoin de Camille Laurens en tant qu'écrivain de jeter (car c’est plus souvent jeter qu'écrire) cette histoire sur le papier, et en tant que femme de hurler cette cruelle ignominie à la face du public. Il ressort bien évidemment de cette lecture une impression d'horreur, de révolte  et de malheur auxquels le lecteur, comme la lectrice ne sauraient échapper.
Dire que c’est un bon livre est sans doute autre chose, à laquelle je ne puis me résoudre, même si je n'aime pas tirer sur les ambulances. C'est  pour l'essentiel un acte de dénonciation, qu'on peut considérer comme salutaire (encore que...), peut-être même de vengeance, mais cela n' a qu'un lointain rapport avec la littérature.

Quant à la polémique Laurens-Darrieusecq à propos de Tom est mort elle ne peut être comprise par l'observateur non impliqué que comme l'expression de l'ampleur de la déchirure de Camille Laurens.

Et je ne parlelrai pas du ridicule achevé de la couverture du Folio...
Spoiler:
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mots-clés : #autofiction #medecine #mort #relationenfantparent
par topocl
le Jeu 6 Déc - 18:19
 
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Sujet: Camille Laurens
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Jean-Philippe Postel

L’affaire Arnolfini  Les secrets du tableau de Van Eyck

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Armé d'une loupe dans la main droite, sous la main gauche une impressionnante pile de bibliographie, utilisant  son cerveau droit scientifique et son cerveau gauche artistique, Jean-Philippe Postel s'adonne à une impressionnante décortication de la célèbre œuvre de Van Eyck. Il répertorie les différentes interprétations proposées au fil des siècles, y va la sienne, bien séduisante il est vrai, convoque la mort et l'enfantement, la réalité et  le rêve, la symbolique reconnue et l'invention interprétative, pour nous donner ce petit texte stimulant, richement illustré par une iconographie insérée en couverture et entre les lignes, constituant un bel objet éditorial.
Pour le néophyte, c'est une démonstration impressionnante et captivante.

Je vous le remets en grand.

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Mots-clés : #creationartistique #essai #mort
par topocl
le Mer 28 Nov - 15:14
 
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Sujet: Jean-Philippe Postel
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Carol Rifka Brunt

Dites aux loups que je suis chez moi.

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Jess est une jeune fille au seuil de 'l’adolescence, paumée comme  il se doit à cet âge, parents aimants mais largement absents, grande sœur autrefois quasi jumelle qui la traite maintenant comme une gamine négligeable. Et son oncle Finn, l'oncle adorable-adoré qui meurt du sida...
Cependant il lui laisse « en cadeau » Tobby son compagnon sidéen auprès duquel elle va trouver réconfort, amitié, , résoudre les secrets familiaux, avancer dans sa construction personnelle, puis ressouder peu à peu les alliances.

C'est une roman pour adolescents, dommage que ce ne soit pas dit d'avance. Avec ce qu'il faut de faits de société,  de choses à apprendre t leçons à tirer pour affronter la vie,  de jusqu’au boutisme dans les actes et les sentiment.s C'est plutôt bien ficelé, il y a de l'humour, de la tendresse et de gros chagrins. Le temps d’une après-midi tranquille où l'on accepte de retrouver son état d'adolescence (où l'on n'était finalement pas plus bête que maintenant) , c'est assez émouvant, cocasse, tout doux, dans les deux premiers tiers, mais sur la fin le rocambolesque efface un peu cette sensation délicate et poétique.

Mots-clés : #amour #enfance #fratrie #initiatique #mort
par topocl
le Lun 26 Nov - 12:08
 
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Sujet: Carol Rifka Brunt
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Marie Darrieussecq

Tom est mort

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Aucune école, aucun pays, aucun livre, aucune conversation, ne nous avait préparés à ça.


Dix ans après, la mère de Tom jette des mots sur un cahier, des mots, des phrases, dans un style haletant et écorché, un chaos de douleur, de solitude, d'anéantissement, ce cri perpétuel en soi. Tom est mort il y a dix ans, il avait quatre ans et demi, il est là tous les jours avec elle. Ses souvenirs sont à la fois précis et vagues, nets ou reconstruits, de cette longue errance, ce retrait du monde,  ce trajet déchirant à continuer avec Stuart, son mari, et Vince et Stella ,ses enfants qui eux sont devenus ados. A ne pas s'habituer ( à refuser de s'habituer), à chercher à faire un deuil impossible, qui ne soit pas un abandon.

Celle qui est morte avec Tom c'est la mère de Tom. Reste la mère de Vince et la mère de Stella. La mère de Tom n'est plus. Celle que Tom voyait. Celle que j'étais dans le regard de Tom, née avec Tom et pour Tom. 10 ans après, je me souviens mal d'elle. Je me souviens de Tom. Il me semble que je pourrais, pendant quatre ans et demi plus une grossesse, faire défiler, minute par minute, sa vie entière. De la première échographie à la dernière image. Je le contiens, il est avec moi. Mais dans les blancs, dans les moments où il était à l'école, dans les moments où il était loin de mon regard, qui était la mère de Tom ? Je ne la vois plus. Dans les blancs elle disparaît. Il m'a peut-être emportée. Il m'a prise avec lui. C'est une idée presque apaisante. Me dire que je l'accompagne, où qu'il soit. Que je lui suis un peu d'aide. Et qu'une écorce vide reste ici à faire mes gestes et à garder mon souffle, une femme de paille.


Je dois dire que je me suis laissée prendre, j'ai cru que Marie Darrieussecq avait réellement vécu cette chose-là, que c'était une autofiction. J'avais oublié l'histoire du plagiat lancée par Camille Laurens à la parution du livre (il va me falloir lire le livre de Camille Laurens...). Ce n'est  qu'au dernier paragraphe, tant attendu, mais qui révèle le caractère écrit, structuré, romanesque, que j'ai compris. Non, c'était bien une fiction de bout en bout.
Et puis : qu'est ce que ça change ?



mots-clés : #culpabilité #mort #psychologique #relationenfantparent
par topocl
le Ven 23 Nov - 16:31
 
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Sujet: Marie Darrieussecq
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Sawako ARIYOSHI

Les années du Crépuscule:

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Quatrième de couverture:
Veuf, Shizego est recueilli par son fils et sa belle-fille, Akiko. Celle-ci travaille, élève son enfant et s'occupe activement de son foyer. C'est un dur supplément à ses tâches quotidiennes que représente pour elle ce vieillard en train de sombrer dans la sénilité. Pourtant, malgré les problèmes innombrables, une sorte de lien tendre, un émouvant rapport de mère à l'enfant, va s'établir entre ces deux êtres...


Il est clair que S. Ariyoshi, sensible à la condition féminine au Japon, tourne l'éclairage sur tous les questionnements d'Akiko face à son beau-père.
On est dans les années 60-70, la situation de la femme dans la société est loin d'être reluisante (et ça n'a pas beaucoup évolué au Japon depuis d'ailleurs): une fois mariée, il est normal qu'elle ne travaille pas. Pour celles qui décident de travailler et d'être "indépendantes", certains conflits peuvent naître au sein de la famille mais surtout elles devront assumer toutes les tâches ménagères en plus , l'homme n'y participant pas du tout.
L'autre problème soulevé est l'absence totale de services d'aide aux personnes âgées alors que celles-ci vivent de plus en plus longtemps.
Shigezo (le beau-père) perd la tête, ne reconnaît plus personne sauf son petit-fils et Akiko, fait des fugues.Akiko cherche des solutions autour d'elle pour ne pas laisser son beau-père seul mais s'apercevant qu'il n'y a rien pour l'aider, elle doit se résigner à travailler à mi-temps. Son mari se déresponsabilise complètement du problème, voyant son père devenir sénile, il attrape peur de vieillir et se voile la face en évitant d'aider son épouse.
Alors qu'on suit l'inévitable descente de Shigezo vers la mort, on assiste à la montée inexorable du courage de cette femme qui relèvera tous les défits avec beaucoup d'amour, de patience et accompagnera jusqu'au bout le vieil homme.


mots-clés : #conditionfeminine #famille #pathologie #vieillesse #viequotidienne #mort
par Cliniou
le Ven 23 Nov - 11:43
 
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Sujet: Sawako ARIYOSHI
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Hjalmar Söderberg

Dessin à l'encre de Chine et autres nouvelles


Originale : « Historietter », Suèdois, 1890-1941

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Dans cette nouvelle édition de nouvelles de Söderberg chez Cambourakis il s’agit de 31 morceaux, d’une longeur de deux à 10 pages. En fait, le recueil suèdois cité dans une des premières pages comme origine de ce choix en français, fût édité tel quel déjà en 1898. Mais dans les pages d’introduction (très instructifs) on parle d’une période beaucoup plus longue dans laquelle furent alors écrites certaines autres de ces nouvelles partiellement inédites jusqu'à maintenant.

Comme souvent, voir toujours (?) chez Söderberg, le lieu par excellence de ces flaneries, rencontres fortuites, rêves… - est Stockholm.  On rencontre pratiquemment toujours un narrateur impliqué. On trouvera presque toujours une atmosphère qu’on décrira difficilement comme joyeuse, mais plutôt comme liée à la mort d’une façon ou d’une autre. Parfois les premières lignes, paragraphes laissent encore penser à une possibilité lumineuse du récit, mais c’est quand même un certain pessimisme qui prévaudra. On baigne souvent entre rêve et réalité, entre cauchemar et reveil qui va plutôt confirmer les pires idées. Ce sera la plupart de temps l’impression d’un temps sombre de la journée, voir de l'année.

« Je ne saurai dire si j’aime ou je deteste la vie ; mais je m’y accroche de toutes mes forces. Je ne veux pas mourir. »

Le protagoniste constate un monde marqué par la mort, le vieillissement, le vide. Parfois il lutte encore contre ces constats. Souvent un désir de monde, de « vanité » l’habite.

Donc, on comprendra que ce n’est pas une douce proménade dans un pays rose. Néanmoins c’est si bien écrit, souvent avec une distance, une ironie qui nous fait comprendre que cet homme fût (est?) considéré en Scandinavie comme un tout grand, presque à l’égal d’un Strindberg.

Après le roman « Egarements » cela était mon deuxième contact avec Söderberg, peut-être moins leger et plus étouffant? Certains morceaux me rappelaient Léonid Andreïev...


mots-clés : #mort #nouvelle #vieillesse
par tom léo
le Mer 21 Nov - 19:19
 
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Sujet: Hjalmar Söderberg
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Anne Bert

Le tout dernier été

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Anne Bert apprend à 58 ans, qu'elle est atteinte de la maladie de Charcot. Elle sait ce qui l'attend, ce carcan qui va peu à peu enfermer son corps, supprimer son autonomie, réduire la communication. Elle décide de ne pas laisser la vie lui dicter sa mort.

Il ne faut pas s'attendre à un pamphlet, un réquisitoire, un plaidoyer, un descriptif détaillé.
C'est une accumulation, au jour le jour, de sensations, d'impressions , de petits bonheurs, de grandes meurtrissures.
C'est un récit qui n'a d'autre but que de dire, j'ai été là, j'ai ressenti ceci, j'ai vécu cela,mon choix fut tel.
Le suicide assisté est là, omniprésent, implicite le plus souvent, mais ce n’est finalement pas le thème central de ce récit tout en sensualité. C'est assez beau, et ça bouleverse, évidemment.


mots-clés : #autobiographie #medecine #mort #temoignage
par topocl
le Sam 17 Nov - 15:44
 
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Sujet: Anne Bert
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Vues: 225

Jean Mattern

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Les bains de Kiraly

Le narrateur Gabriel avait perdu – quand il avait dix ans – sa sœur Marianne suite à un accident. Cet apparent Français, avec des origines d’ailleurs, mais jamais trop explicités et expliqués par ses parents, n’arrivera pas à vraiment digérer ce traumatisme. Vite il est aussi clair que son père, lui, avait aussi vécu à pareille âge, mais en 1938, une perte : sa mère. Là aussi : mutisme, absence de pouvoir mettre en parole un deuil, de partager en paroles et en gestes le vide intérieur. Et l’absence de sentiments exprimés devient pour ainsi dire la suite logique de ce vide, de la non-communication d’une tristesse. Seul parole donnée par le Père ? Un incompréhensible, un irrecevable « il a donne – il a repris », pourtant tiré du livre de la perte par excellence : le livre de Hiob, Job. Signe d’un ailleurs ? Quels appartenances seront cachés aussi ???

La vie de Gabriel semble une longue conséquence de ce qu’on a raté lui transmettre : une appartenance, une capacité de mettre en parole. Le jeu du traducteur qu’il est devenu, est encore de mettre entre soi et la réalité une langue, des mots « étrangers ». Des choses non-dites ne peuvent pas créér des êtres qui seraient des « pages blanches ». Enfermé dans le silence et la non-communication c’est comme une mort à la vie.

Je trouvais cela assez fort ! Et ce roman s’intègre dans ceux qui traitent des traumatismes (divers) transmis de génération en génération, capables de laisser des êtres muets… L’allusion à une réponse est à mon avis assez pertinente.


mots-clés : #mort #relationenfantparent #solitude
par tom léo
le Jeu 15 Nov - 16:41
 
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Sujet: Jean Mattern
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Pierre Jourde

Winter is coming

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C'est l'un des livres les plus terribles, les plus noirs que j'aie lus. Quand on ouvre ce genre de livre, c 'est ce qu'on cherche, vous me direz.

Alors que la vie coulait pour Pierre Jourde un peu comme pour tout le monde, sans doute même un peu mieux que la moyenne,  on a diagnostiqué chez son fils de 19 ans un cancer du rein, d'une forme très rare, 12 cas au monde, et très virulente, pas de survie au-delà de 2 ans. Gabriel, dit Gazou, cet enfant pas encore homme, cet homme encore enfant,  aura droit à 11 mois.
Une histoire sans espoir aucun, racontée rétrospectivement, pas encore sorti de cette douleur dont il ne sait pas s'il en sortira jamais.

N'attendez pas une histoire de petits faits au jour le jour, de petits détails, de petites anecdotes qui permettent de reprendre souffle, de beaux détails sauvés dans ce marasme qui font quand même croire en la vie, C'est au contraire, malgré un vague souci chronologique, une grande déferlante sans répit faite de noirceur, de colère, de rage, d'impuissance et de fatalité. Cela reste sobre et contrôlé, parfois superbement écrit, avec parfois une note d’humour pour mieux cibler la naïveté  de l'équipe patiente (Gazou et sa famille), la vanité des espoirs et des dénis, mais il n'y a pas une seconde où souffler. C'est un homme qui se noie à voir son fils se noyer. Ce n'est pas un cri, mais une longue et déchirante vallée de larmes.

Si je comprends bien à quoi ça sert d’écrire cela, j'en suis toujours à me demander à quoi ça sert de le lire, et à y retourner, quand même. Un partage d'humanité, une oreille à ce qui se doit d'être dit ? Une façon de conjurer le sort? Une honnêteté à reconnaître que mes petits emmerdements, je ferai bien de ne pas trop m'en soucier ? Professionnellement une façon de comprendre ce qui se passe de l'autre côté de mon bureau ? Je ne sais pas. Mais mon cœur serré  doit bien y trouver quelque chose....


Mots-clés : #autobiographie #medecine #mort #psychologique #relationenfantparent #temoignage
par topocl
le Mer 7 Nov - 18:22
 
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Sujet: Pierre Jourde
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Ricardo Menéndez Salmón

Enfants dans le temps

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Originale : Niños en el tiempo (Espagnol, 2014)

Un roman en trois fragments, parties :

- « La blessure » : la fin d’une relation de quinze ans entre Antares, écrivain, et Héléna. Ils perdent leur jeune enfant à la suite d’un cancer. Ils vivent différemment le deuil, la séparation, et s’éloignent inexorablement l’un de l’autre… On perd la maîtrise du temps, on est devant la solitude du deuil pas partageable (?). Mais :

« L’obscurité existe, mais la vie continue. Nul n’en est coupable. »

- « La cicatrice » : un récit d’une enfance possible de Jésus, récit qui relate aussi un deuil d’absents, mais qui veut remplir un vide laissé, inacceptable : la vie d’un enfant… Les chapitres sont nommés selon l’alphabet hébreu.

Le narrateur commente un emprisonnement dans la parole des commentateurs de la personne. Et lui ? Il crée aussi son mythe...

- « La peau » : le voyage de Héléna vers la Crête : rencontre avec un homme effacé et compatriote plus âgé, Antonio, avec lequel elle va passé les soirées de son séjours de trois semaines. Une vie reprend en elle, mais à la fin là aussi : une séparation d’Antonio. On comprend que lui, Antonio/Antares, lui confie ce récit de Jésus enfant. La numérotation continue celle de la première partie !

Dans les trois « histoires/fragments » (de 60, 76 et 42 pages) il est question de mort (d’un enfant), séparation, et quelque part, et mystèrieusement, de reprise de vie et réorientation. Ils sont reliés par des personnâges ponts, et des bribes de sujets qui se renvoient l’un à l’autre : l’écrivain Antares – est-il l’auteur de cet enfance imaginé de Jésus ? Et Antares/Antonio ? L’enfant perdu, ou l’enfance perdu – sont ils pas pareillement des absurdités ? Et la séparation – est-elle inévitable à la suite de la mort vécue ? Et est-ce que l’approche artistique d’en faire face est expression de vie ou aussi empêchement ?

On retrouve lors de tout ce livre des éléments de la mythologie grècque, des face-à-face aussi avec des énoncés chrétiens. Il m’a semblé que Salmon était plus mal-à-l’aise de saisir le propre de ce message (chrétien). Ou est-ce qu’il s’agit de ses personnes ? Voilà le jeu de l’écrivain, peint par l’écrivain ? Des personnes dans la bouche desquelles on peut mettre divers propos. J’étais un peu désorienté.

L’écriture est dense, descriptive pas seulement d’actions extérieures, mais souvent aussi en donnant une interprétation possible d’une expression, d’une action. Trop ???

Il serait intéressant d’avoir d’autres avis sur ce roman qui ne m'a pas convaincu à 100 % mais qui néanmoins "a quelque chose..."


mots-clés : #contemythe #mort
par tom léo
le Mer 24 Oct - 18:46
 
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Sujet: Ricardo Menéndez Salmón
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Patrick Chamoiseau

La matière de l’absence

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 2 La_mat10


Dans le prolongement des récits autobiographiques sur son enfance, et d’un essai comme Écrire en pays dominé, Chamoiseau reprend une fois encore cet héritage du passé fatidique, « le manque fondateur, l’effacé structurant », la Traite impossible à oublier, avec des mots et une verve renouvelés en variations lyriques.
Roman ? participe plus de l’essai, dans un va-et-vient des souvenirs à l’approfondissement des réflexions.
Sous forme de dialogues avec la Baronne sa sœur à propos de Man Ninotte, leur mère décédée, évocation de la mort dans le monde créole, superstitions, rituels, vide/ en-dehors/ mystère/ disparition :
« Il ne se passait pas un jour sans qu’on ne les remplisse, leur amenant des personnes décrochées des dernières espérances, à croire qu’à la manière de pêcheurs clandestins les cimetières envoyaient vers la vie des lignes chargées d’hameçons, et en ramenaient des trâlées de victimes. »

« Sauf circonstances extraordinaires, et même si les sépultures seront en certains lieux réservées aux personnages marquants, nulle part sur cette planète (sauf durant la Traite des nègres, l’esclavage américain ou dans les camps nazis) un mort ne se verra abandonné sans un bout d’enchantement, et sans qu’il ne serve à étayer une quelconque autorité. »
(Impact, Légendaire du retour)

…théorie de la « grappe » comme groupe de Sapiens ; les Traces, concept venu de Glissant, ce à quoi se résume la culture perdue des esclaves déportés (en parallèle avec la narration de Man Ninotte proie d’Alzheimer après avoir vaillamment combattu la déveine ‒ stratégie de survie dans la misère) ; le jazz, notamment celui de Miles Davis ; un beau passage à propos des plantes, « mémoires végétales » connues des « marchandes-sorcières », les herboristes (pp 187-188) ; dissertation sur les origines de la beauté, de la poésie (et Césaire sera à son tour rappelé) :
« Parlons du sentiment de la beauté.
Imagine cette conscience humaine balbutiante qui s’ouvre sur trois immensités : sur la menace de l’inconscient humain chargé de toutes les animalités ; sur l’omnipuissance de la nature et du vivant ; sur l’infinie désolation de la mort
Imagine ce qui lui arrive…
Elle commence à se détacher de l’inconscient et d’une indistinction avec le monde. […]
Il faut appeler "présence" le rayonnement indéfinissable de la chose vivante ou minérale à son plus bel éclat. […]
La conscience archaïque percevra tout présence comme vivante : les éléments, les grottes, les pierres, la nuit, le vent, le soleil… Elle y soupçonnera un être imprévisible, secret, obscur, invisible et puissant ‒ je veux dire : une beauté. L’éclat du beau est dans l’intensité de la chose existante lorsque celle-ci inspire la sensation d’une présence. […]
La sacralisation qui donne du sens à l’existant est l’énergie première de la beauté.

Le sentiment du beau ouvre à l'état poétique : cette partie de la vie qui échappe aux obligations des survies immédiates. »
(Éjectats, Légendaire du langage)

Il y a d’ailleurs une réelle poétique chez Chamoiseau, quoiqu’il en dise ; ici, à un lever de jour :
« La ville perdait ses immobilités dans une marée d’éveils. »
(Impact, Légendaire de l’annonce)

Expérience déterminante du gouffre, la cale du navire négrier, d’où l’on doit se refonder, individu séparé du collectif vers la Relation au Tout-monde (notions de Glissant) ; puis le cimetière.

« Les nuits sont toujours enceintes, nous disent les Arabes, elles sont les seules qui, dans un même mouvement, peuvent dissiper les certitudes du jour et recharger le monde pour la splendeur d’une aube. C’est ce genre de nuits qui se vivait dans mes antans d’enfance. »
(Impact, Légendaire du retour)





mots-clés : #devoirdememoire #esclavage #fratrie #identite #insularite #lieu #mort
par Tristram
le Sam 20 Oct - 19:56
 
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Sujet: Patrick Chamoiseau
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Edmond Jabès

Le Livre des questions

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 2 Livre_11

C’est encore une nouvelle découverte de hasard à Emmaüs. Une édition originale, Blanche de Gallimard, avec dédicace de l’auteur. Surtout, il y a ce plaisir sensuel de glisser le coupe-papier entre les feuilles, d’entendre le bruit feutré du papier déchiré (ça vous intéresse monsieur Freud ?) ; gestes qui scandent à merveille la lecture de ce livre qui se déguste à petites gorgées. Hélas, les publications actuelles avec leur papier glacé, leurs pages massicotées, leur texte reproduit numériquement, nous ont ôté ces sensations qui s’accordaient tellement avec le plaisir de la lecture.

Jabès a écrit sept recueils sous le titre de Le Livre des questions, le premier portant ce nom dont il sera question ci-dessous, Le Livre de Yukel, Le Retour au livre, Yaël, Elya, Aely et El, ou le dernier livre.

Le premier opus se présente comme une succession d’aphorismes, de dialogues et de commentaires, de fragments de journaux, de sentences et de réflexions émises par de faux rabbins. Une histoire cherche parfois à s’élaborer, puis se perd, retrouve son fil, par fragments, entre rêve et réalité. Mais qu’importe puisque tout se transmue en poésie.

Il y est question de Yukel et de Sarah, deux jeunes amants revenus de la Shoah, non sans dommages, Sarah Schwall, aux initiales S.S., ayant perdu la raison dans le camp.

Le livre de Jabès est un livre particulier, la référence au verbe divin est explicite, livre unique car écrit par l’auteur mais aussi écrivant celui-ci dans l’espace et le temps, relation particulière entre l’écrivain et son texte.

Le livre de Jabès est empreint de mysticisme et de religiosité juive, ce qui pourrait paraître rebutant pour certains. En fait son discours et de portée universelle. Au travers du peuple élu c’est toute l’humanité qui est concernée.

Pas de trop longs discours lorsqu’il s’agit de poésie, place aux citations :

Enfant, lorsque j’écrivis, pour la première fois, mon nom, j’eus conscience de commencer un livre
Reb Stein


Le présent, pour toi, est ce passage trop rapide pour être saisi. Ce qui reste du passage de la plume, c’est le mot avec ses branches et ses feuilles vertes ou déjà mortes, le mot projeté dans le futur pour le traduire.
Tu lis l’avenir, tu donnes à lire l’avenir et hier tu n’étais pas et demain tu n’es plus.
Et pourtant, tu as essayé de t’incruster dans le présent, d’être ce moment unique où la plume dispose du mot qui va survivre.
Tu as essayé.


Il y a les vainqueurs, disait le rabbin prisonnier, disait le saint prisonnier, avec leur arrogance, leur éloquence, et il y a les vaincus sans paroles et sans signes.
La race des muets est tenace.


Je crois à la mission de l’écrivain. Il la reçoit du verbe qui porte en lui sa souffrance et son espoir. Il interroge les mots qui l’interrogent, il accompagne les mots qui l’accompagnent. L’initiative est commune et comme spontanée. De les servir – de s’en servir – il donne un sens profond à sa vie et à la leur dont elle est issue.


Tu ne te doutais pas, mère, qu’en me concevant, tu léguais au jour des feuilles de chair et de lumière pour toutes les phrases qui sont des tatouages que j’allais être appelé à défendre ; pour toutes les phrases qui sont des banderoles et des insectes.
Tu taillais, à vif, dans le cri.


Mon pouce est un gardien sauvage, disait Reb Hakim. Mon index fut le plus prompt à reconnaître l’étoile du berger. Mon médius, le plus lointain, est le rêve qui éconduit les rives. Mon annulaire porte, à sa base, nos serments et nos chaînes. Les sons habitent et habillent de diamants mon auriculaire.
Mais l’index est mon préféré, car il est toujours prêt à sécher une larme.


L’intransigeance du croyant est pareille à une lame de rasoir dont le souci est d’être tranchante


Je vous parlerai des divers passages que l’être se fraie dans la nuit des songes jusqu’au verbe.
Il y a, d’abord, ce tracé à peine visible de la lettre à la lettre, de l’ombre à une ombre moins sombre ; puis cette percée déjà consciente du vocable ; enfin cette route pavée du discours et des récits domptés.
Mais ne croyez pas que la folie nous ait jamais quittés ; comme la douleur, elle nous guette à chaque étape, je veux dire à chaque fois que nous butons à la parole cachée dans la parole, à l’être enfoui dans l’être.
Pauvres que nous sommes de ne pouvoir frôler la démence sans risquer de ne plus recouvrer la raison.


Une page blanche est un fourmillement de pas sur le point de retrouver leurs traces. Une existence est une interrogation de signes.


Quelle différence y a-t-il entre l’amour et la mort ? Une voyelle enlevée au premier vocable, une consonne ajoutée au second..
J’ai perdu à jamais ma plus belle voyelle.
J’ai reçu en échange la cruelle consonne.


Mots-clés : #genocide #mort #poésie #religion #spiritualité
par ArenSor
le Jeu 11 Oct - 19:18
 
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Sujet: Edmond Jabès
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Daniel Pennac

Mon  frère

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 2 00538310

Bernard, son grand frère qui l'a tant protégé enfant, avec qui, adulte  il a partagé des parties d'échec, des ballades avec leurs chiens, beaucoup d'amour et peu de confidences, est mort il y a seize mois. Quoique d'une riche personnalité, c'était un type plutôt en retrait, ce que lui reprochait son épouse,  et c’est sans doute cela qui a poussé Daniel Pennac à mettre Bartleby en scène.

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 2 Proxy_19


Ce récit alterne donc des histoires sur le frère de Pennnac, qui le rendent assez sympathique, et des éléments sur la pièce qu'il a jouée. Tout cela est intercalé, en chapitres alternants, avec le texte coupé de Bartleby, écrit en italique,  que Pennac a utilisé au théâtre. Au total sur 120 pages, 74 , souvent courtes, sont de Pennac. Si son frère paraissait en effet un type bien (comme c'est souvent le cas dans les éloges funèbres), s'il y a quelque moments d'émotion, le texte est quand même bien léger et tout cela est assez paresseux, sans que cela remette en cause la sincérité de l'auteur.



mots-clés : #autobiographie #fratrie #mort #théâtre
par topocl
le Jeu 4 Oct - 17:45
 
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Sujet: Daniel Pennac
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Ivan Jablonka

Ame soeur

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 2 Proxy_60

C'est expliqué dans la post-face, il s'agit d'une œuvre de jeunesse, publiée sous pseudonyme, qui n'a eu aucun succès, et qu'un éditeur a proposé à Ivan Jablonka de ressortir sous son vrai nom, maintenant qu'on peut considérer que celui-ci  fait vendre (la post-face présente les choses de façon un peu moins pragmatique).

Une histoire de frère et sœur à l'entrée de l'âge adulte, qui ne se sont pas trop connus au-delà du fait assez commun qu'enfant le garçon faisait bouffer du gazon à la fille. Chacun de son côté, elle sage et lui rebelle, bien paumés tous les deux entre des parents sérieux et lisses.

La fille "profite" du voyage de son frère au Maroc pour mourir, et, un peu par hasard, son journal intime tombe entre les mains  de ce dernier va donner quelques clés familiales.

Le voyage au Maroc (ou retourne le jeune homme) est l'occasion d'un jeu de miroirs entre une petite banlieue d'Amiens et un bled pas loin de Rabat, qui va bien au côté sociologue de Jablonka. Mais le jeune loser puceau, la prostituée noire à laquelle il ne touche pas (mais fait lire le journal intime), ont un relent de déjà vu que n'arrivent pas à cacher la gouaille assumée et le tendre cynisme du jeune homme.

Bref une œuvre de jeunesse, avec ce que cela a de défauts, mais une certaine fraîcheur aussi; et dont on comprend pourquoi ce n'est pas elle qui a révélé Jablonka, lequel ne gagne pas forcément à ce petit retour en arrière nostalgique (ou commercial?), ayant sans doute fait le bon choix entre l'histoire et le roman.


mots-clés : #fratrie #jeunesse #mort #voyage
par topocl
le Jeu 4 Oct - 14:54
 
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Sujet: Ivan Jablonka
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Jean-Philippe Domecq

L'amie, la mort, le fils

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 2 Proxy_59

Anne de Fourmentelle, psychanalyste, philosophe, écrivain, femme -phare de son cercle d'amis, est morte sur la plage, après avoir sauvé de la noyades les enfants-adolescents de ceux-ci. Jean-Philippe Domecq, lui-même écrivain, est de ceux là, son fils doit la vie à cette amie si chère.

Il n'a trouvé d'autre voix que d'écrire les instants, l'émotion, le chagrin qui ont marqué les quelques semaines  allant du moment où il a été prévenu, où il a assisté avec les autres aux derniers instants sur la plage, puis intimement vécu ce choc après lequel rien ne sera plus jamais pareil.

Il y a les faits dont la précision rattachent à la vie, qui, implacable, continue, et une émotion, une pensée,  un cri, face à ce cataclysme qui bouleverse un petit microcosme. Si  le portrait d' Anne qui parcourt les pages n'est pas la meilleure partie, il y a une belle pudeur lyrique qui conduit cet homme sur un chemin où il fait le choix de refuser le deuil, l'apaisement, en tout cas pour un temps.

mots-clés : #amitié #mort
par topocl
le Mer 3 Oct - 11:29
 
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Sujet: Jean-Philippe Domecq
Réponses: 5
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