Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 13 Déc - 14:40

103 résultats trouvés pour mort

Kristopher Jansma

New York Odyssée

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Tous les quatre, Georges, Irene, Sara et jakob, à peine leurs études finies, sont venus à l'assaut de New York (cinquième personnage)  pour y vivre à fond le bonheur qui leur est dû, déambuler dans les rues, boire dans les bars branchés, s'amuser du temps qui passe et de la vie qui s'annonce; mais leur élan est brisé quand Irene apprend qu'elle a un cancer, qu'ils l'accompagnent avec fidélité et folie, puis quand elle meurt,  laissant ses jeunes amis désemparés, comme prématurément vieillis.

Kristopher Jansma traite avec un certain brio ce sujet casse-gueule, avec ce qu'il faut de tristesse sans tomber dans le larmoyant, et une belle intelligence émotionnelle. Cependant malgré des portraits épatants, et des scènes parfaitement réussies, il y a aussi de bonnes longueurs qui font que je n'ai pas adhéré pleinement à ce roman d'une génération, parfois déchirant, parfois joyeux, parfois inspiré.

Mots-clés : #amitié #lieu #mort #pathologie
par topocl
le Mer 27 Déc - 21:14
 
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Sujet: Kristopher Jansma
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Ivan Alekseïevitch Bounine

L’amour de Mitia

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Je n'ai pas grand chose à ajouter aux propos de mon éminent confrère dont je partage en tous points l'analyse. Ce qui m'a surtout intéressé dans ce livre ce sont les correspondances entre le tragique de l'histoire : amour fou, jalousie, trahison et les descriptions d'une nature en fête au printemps et au cœur de l'été. C'est très russe avec une pointe de nostalgie tchekhovienne Very Happy
Je recommande.

Mots-clés : #jalousie #mort #nature #psychologique
par ArenSor
le Mar 19 Déc - 19:06
 
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Sujet: Ivan Alekseïevitch Bounine
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Michela Murgia

Accabadora

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 4 Cvt_ac10

On est en Sardaigne de l’après guerre. L'île à donné ses hommes à la puissance souveraine, mais garde son identité singulière.
Maria, quatrième fille non désirée d'une veuve de guerre miséreuse, est adoptée contre rétribution par une vielle femme, Bonaria : son  fiancé n'est pas revenu de la guerre, la vie n'a pas été ce qui était prévu. Maria devient sa "fille de l'âme", elle peut étudier, elle héritera.
Dans ses ruelles tortueuses,  le village reste accroché à la religion et aux superstitions, à ses rites obscurs, aux cancanages. Mais cette tradition  n'exclue pas les transgressions, en matière de filiation, de transmission et de mort. Bonaria en est l'un des instruments, secret de polichinelle soigneusement occulté aux yeux de l'enfant.
Il va lui falloir des années pour comprendre a noire mission de sa mère adoptive, quelques secondes pour la comprendre, l'exécrer et la fuir, et tout un cheminement pour revenir et l’accepter.

C'est un très beau roman plein de sagesses ancestrales autour des mystères de la vie, une initiation à comprendre que la vie et la mort sont complexes, que le bien et le mal sont étroitement enchevêtrés. La phrase de Michela Murgia est ample et mélodieuse, elle donne son poids à la tragédie universelle comme à l'humble paix du quotidien.

mots-clés : #lieu #mort #relationenfantparent
par topocl
le Dim 3 Déc - 14:22
 
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Sujet: Michela Murgia
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Michela Murgia

"Quand s'achève le deuil, Tzia?"
La vieille femme n'avait même pas pris la peine de détourner les yeux du tablier auquel elle mettait la dernière main.
"Quelle question... le deuil s'achève quand s'achève le chagrin.
- Alors on prend le deuil pour montrer son chagrin... avait commenté Maria, croyant avoir compris, tandis que la conversation s'estompait déjà dans le lent silence du fil et de l'aiguille.
- Non, Maria. Le chagrin est nu. Le noir sert à le couvrir, non à l'exhiber."



Ainsi s' exprime Maria enfant à Tzia Bonaria Urrai.
"Fillus de anima. C'est ainsi qu' on appelle les enfants doublement engendré, de la pauvreté d'une femme de la stérilité d'une autre. De ce second accouchement était née Maria Listru, fruit tardif de l' ame de Bonaria Urrai."

C'est ainsi, en toute connaissance de cause que Tzia Bonaria Urrai adoptera Maria, six ans, une file en surnombre dans une famille très pauvre et déjà amplement pourvue d'enfants.
On est dans les années 50 dans un pauvre village de Sardaigne, où subsistent encore des coutumes et des rites qui ont force de lois. Plus que la religion et beaucoup plus anciens qu'elle.

Tzia Urrai est couturière de son métier et quand elle prend la mesure d'un client, elle sait tout de suite à qui elle a affaire.
Elle a aussi une autre tache, qu'elle tait à Maria par crainte d'être incomprise.
De fait, Maria apprendra la vérité trop tôt dans sa vie, et se séparera d elle pendant quelques années. Soupçonnant sa mère adoptive d' une faute qu'elle lui cache.

Cruelle séparation pour toutes deux puisqu'elles s'aiment profondément, se respectent, se comprennent avec ou sans mots.

Un jour, elle est prévenue par une amie du village que sa mère adoptive est en train de mourir.
Elle revient immédiatement  s'occupe de Bonaria avec le soin et l' affection d' une fille pour sa mère.
Bonaria s'affaiblit de plus en plus. Bientôt, elle n'a plus que la peau sur les os. Mais elle ne meurt pas.

Maria essaie de savoir ce qui la retient ainsi en vie.
Mais Bonaria est à moitié paralysée et ne peut plus s'exprimer.
Maria pense que c'est parce qu'elle a contractée une dette dont elle ne s'est pas acquittée si elle ne meurt pas.
Mais un jour, un ami d'enfance qu'elle connait et apprécie lui dit durement "qu'elle est devenue arrogante avec les péchés des autres", lui demandant s'il lui était seulement venu à l'idée qu'il n'y avait rien à pardonner...
En un instant, Maria comprend tout, et c est avec sérénité et douceur qu'elle rend à Bonaria l'ultime service qu' elle pouvait attendre.

Tel est ce récit, âpre et sans concession, mais où domine la tendresse. Et qui touche à une question fondamentale et éternelle sur le passage de la vie à la mort.
Dans ces moments ultimes où le corps est abandonné à la souffrance au point de n'être plus que souffrance seule.

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mots-clés : #lieu #mort #relationenfantparent #traditions
par bix_229
le Lun 27 Nov - 16:00
 
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Sujet: Michela Murgia
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Michela Murgia

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Accabadora

Je viens de terminer[i] Accabadora et j'ai été  saisi par la grande force de ce livre qui met l' accent sur une question fondamentale et éternelle. Celle de la mort.

Je sais que beaucoup ont lu et apprécié ce livre et j'y reviendrai.
Et j'invite ceux qui l'ont lu à rajouter leur grain de sel.


mots-clés : #mort #traditions
par bix_229
le Dim 26 Nov - 22:20
 
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Sujet: Michela Murgia
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Samuel Joseph Agnon

A la Fleur de l'âge

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« A la fleur de l’âge » est un court roman qui ressemble à un conte. L’action se passe dans une communauté juive de Galicie, probablement au début du XXe siècle, mais peu d’éléments ancrent la temporalité du récit. De même, les événements se passent en milieu clos, quasiment dans une famille, profondément religieuse et respectueuse du rituel hébraïque.

La jeune Tirtza assiste à la mort de sa mère, emportée dans la fleur de l’âge. Elle reste seule avec son père, la servante et Mintchy, la meilleure amie de sa mère, toutes deux se sont connues dans la classe où professait Akavia Mazal… l’énigmatique poète Mazal !

« A la fleur de l’âge » est un roman d’une concision et d’une pudeur rares. Tout est suggéré avec une extrême délicatesse, ce qui fait ressentir plus vivement la violence des passions qui animent le personnage central et en cascade, beaucoup d’autres. Un beau portrait de femme.

Agnon ayant eu successivement la nationalité austro-hongroise, allemande, palestinienne sous mandat anglais et israélienne, je l'ai placé dans cette dernière nationalité.

mots-clés : #mort #traditions
par ArenSor
le Dim 26 Nov - 18:55
 
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Sujet: Samuel Joseph Agnon
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Ivan Alekseïevitch Bounine

L’amour de Mitia

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Ou les affres de la jalousie chez Mitia, étudiant moscovite amoureux d’une belle comédienne en herbe, jeune ingénue un peu suspecte d’émancipation. De vagues dissonances dans leur relation l’alarment ‒ petits signes imprécis de la rupture ?

« Mitia accompagnait Katia au théâtre, au concert, il se rendait chez elle et y demeurait jusqu'à deux heures du matin. Elle passait aussi parfois chez lui, dans son meublé de la Moltchanovka, et leurs rendez-vous s'écoulaient tout entiers dans le lourd enivrement des baisers. Cependant Mitia ne pouvait se défaire de l'idée qu'une chose terrible s'était enclenchée tout soudain, qu'un changement s'était produit, qu'une transformation s'opérait peu à peu en Katia, dans son attitude envers lui. »


Plongée dans l’angoisse de la séparation, qu’un épisode de diversion plutôt sordide ne fait qu’aggraver, pour le malheureux reparti chez lui.
Intéressant rapprochement de l’obsession pour son amante absente avec la prégnance de la mort suite au décès du père : sa perception de son environnement est métamorphosée lors de chacune de ces expériences majeures, ayant lieu au printemps qui transfigure le monde.
Description psychologique minutieuse d’un drame romantique, en regard avec celle de la campagne russe.


mots-clés : #mort #nature #psychologique
par Tristram
le Lun 20 Nov - 20:13
 
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Sujet: Ivan Alekseïevitch Bounine
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William Faulkner

Tandis que j’agonise
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L’histoire : Mrs Burden mère de famille de 5 enfants agonise. L’un de ses enfants menuisier confectionne son cercueil et elle en apprécie le choix des planches qu’il lui soumet à travers la fenêtre de la chambre.
La vie difficile de cette famille de paysans leur a forgé un caractère dur, orgueilleux, tenace.
Après le décès de la mère, le père et ses enfants partent pour un long chemin enterrer celle-ci à Jefferson selon son vœu et la promesse du père. Le voyage de plusieurs jours se déroule sur la charrette portant le cercueil et se révèle pénible. Les obstacles qui se dressent devant eux : rivières en crue, perte des mulets, incendie d’une grange, blessure d’un des fils, manque de finances, charognards, ne les arrêteront pourtant pas.

Une histoire d'un réalisme cru et le devoir d'une promesse.

extraits dont une illustration

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"Je peux lui dire que ce n'est pas donné à tout le monde de pouvoir manger ses fautes"

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commentaire rapatrié


mots-clés : #mort
par Bédoulène
le Dim 5 Nov - 8:45
 
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Gunnar Gunnarsson

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J'avais beaucoup aimé cette lecture (merci encore Aventin) :

Le jeu des brins de paille et vaisseaux dans le ciel

  Souvenirs d'enfance dans les herbes islandaises. Souvenirs d'enfance racontés proches du point de vue de l'enfant qui est notre guide et narrateur. Donc exercice périlleux... mais réussite complète. On ne tarde en effet pas à se laisser prendre par la main et à regarder par ces yeux d'enfant.

  Ce qui veut dire que le talent de l'auteur pour la narration est tel qu'on ne se pose pas la question de savoir si l'on flirte avec la perfection ou non. De petit événement de la ferme en petite histoire de "Vieille Bega", Uggi notre gamin nous fait faire connaissance avec sa découverte du monde qui pour nous prend des allures de redécouverte.

  Il faut s'imaginer à lire une écriture mesurée, égale, fluide qui montre et raconte sans cesse pour dévoiler petit à petit un entourage et une naissance à soi. Les préoccupations sont d'enfant : être fort, à la hauteur du père mais juste et droit, s'amuser, imaginer mais bien montrées depuis l'adulte, sans niaiserie mais avec toute la douceur requise. Une nostalgie chaleureuse berce ces années qui font courir après un morceau de sucre, des fleurs ou un animal, la douceur du tissu familial au sens large et avec les "domestiques"... toute une confiance qui fait vivre un épanouissement chaleureux.

  D'autant plus précieux que tous ces événements et histoires si contés d'un ton léger n'en esquissent pas moins quelques dilemmes et questionnement moraux et les ombres de la vie et de la mort qui peuplent les aléas de l'existence terrestre. L'exercice de conscience se révélant d'autant plus touchant qu'aidé par la subtilité formelle de ces deux épisodes.

  Touchant aussi parce que ce regard conscient de lui-même et de ses rêves comme de ses très concrètes limites est fixé quand ce n'est pas sur ces vaisseaux dans le ciel que l'on n'entrevoit qu'assez tardivement en tant que tels sur l'entourage, les personnes, leurs beautés et leurs faiblesses et avec le plus souvent un voile sur les défauts. Et on s'amuse aussi à suivre ces tendres descriptions pleines d'empathie et de séductions diverses.

  Et dans la balance de l'expérience l'équilibre se fait entre les tensions et la sérénité, la confiance et la générosité du partage (par le récit, l'écriture) et sur un fond de nature omniprésente, rude et généreuse elle aussi, incertaine, méconnue. Quelque chose reste à portée mais méconnaissable et après il y a encore la mer.

  Et l'indéfectible amour pour cette figure de la mère qui sert d'ancrage à tous ces épisodes d'apprentissage parfois remuant, parfois silencieux et solitaire. Et quel plaisir que de pouvoir se plonger et replonger quelques jours dans une unité, une joie de lecteur comme neuf qui tout familiarisé et attaché qu'il devienne n'en finit pas lui non plus de tout simplement s'émerveiller.

  En conclusion je partage parfaitement l'enthousiasme pour cette petite merveille inestimable (comme souvent les petites merveilles). C'est une très belle façon de commencer son année de lecteur confiant.

 Très très beau, très subtil et pleinement élémentaire. J'associe ce genre de lecture au plus évident plaisir de lecteur, peut-être une des sensations qu'entre toutes je préfère. On est ailleurs le temps de la lecture, un peu ailleurs entre les moments de la lecture et encore ce n'est pas que ça.

(Récup).


mots-clés : #autobiographie #enfance #famille #mort
par animal
le Mer 1 Nov - 10:06
 
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Sujet: Gunnar Gunnarsson
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Marie de Hennezel

La mort intime.

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si la maladie est une ennemie à combattre, la mort, elle, n'en est pas une.


Marie de Hennezel rapporte ici, en épisodes de vie/mort entrecroisés, sous une forme accessible à tous quoique exigeante,  son expérience dans le premier service de soins palliatifs, dans un service de patients atteints du SIDA, ou dans sa vie personnelle. Marie de Hennezel comprend vite que la réserve et l'absence d'empathie de la psychanalyse ne sont ici qu'un bagage superflu, elle se forme à l’haptonomie.

La vie m'a appris trois choses : la première est que je n'éviterai ni ma mort ni celle de mes proches. La deuxième est que l'être humain ne se réduit pas à ce que nous voyons ou croyons voir. Il est toujours infiniment plus grand, plus profond que nos jugements étroits ne peuvent le dire. Il n'a, enfin, jamais dit son dernier mot, toujours en devenir, en puissance de s'accomplir, capable de  transformer à travers les crises et les épreuves de sa vie.


On est en 1995, ne l'oublions pas, la médecine, dans ses aspects techniques, humains et juridiques, a énormément évolué depuis. Mais le propos général reste parfaitement d'actualité, car la mort, elle, est toujours là: comment accompagner les patients en fin de vie, comment vivre sa mort, spiritualité ou pas,  pour qu'elle soit un acte de vie.

Dans Une mort intime, elle nous fait partager le chemin vers la mort d'une poignée patients, qui permettent d’illustrer son propos: il ne s'agit pas d’accompagner un corps souffrant, mais une personne qui est là jusqu’au dernier instant.

ceux qu'on appelle des "mourants" mais qui sont bien des "vivants jusqu’au bout.


Cette gageur est pleinement réussie: ses "personnages " existent, ils sont là avec leur personnalité, leurs angoisses, leurs forces et leurs faiblesses, vivants. Et on est impressionné de cet accompagnement profondément humain, épris de vérité comme de tendresse, qui leur permet de passer ce cap dans le meilleur confort possible, parfois même comme une épiphanie.

L'ouvrage est assez court, ce qui est judicieux car la lecture est si "émotionnelle" devant ces situations impitoyables, qu'il aurait sans doute été difficile d'en lire beaucoup plus. Sans qu'elle ne joue jamais sur le pathos, on est perpétuellement renvoyé à ses représentations et fantasmes personnels, à des  vécus plus ou moins douloureux. Au-delà de cette expérience personnelle qui constitue comme un terreau, Marie de Hennezel nous emmène doucement mais fermement vers l'introspection et la réflexion. Ce sont les buts réels de  cet ouvrage : la remise en question du lecteur, de son rapport à la mort, la sienne comme  celle des autres, la levée d'un tabou qui quoi qu'on en dise crânement  nous emprisonne tous. C'est pleinement réussi, j'ai découvert des choses en moi, j'ai l'impression réelle d'avoir fait un pas constructif.

C'est une lecture dure, mais il ne faut pas hésiter à s'y confronter (juste un bémol, qu'elle n'ait pas parlé aussi de ses échecs).




mots-clés : #medecine #mort
par topocl
le Lun 30 Oct - 11:03
 
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Sujet: Marie de Hennezel
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Andrzej Stasiuk

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 4 Stasiu11

Un vague sentiment de perte

Un petit livre , moins d'une centaine de pages, et qui regroupe quatre nouvelles ayant toutes le point commun de parler de la mort : celle qui est déjà passée, celle que l'on sait venir, celle qu'on refuse de reconnaître.

La première nouvelle "raconte" la grand-mère de l'écrivain et sa vie partagée avec les esprits de ceux qui sont partis : c'est presque un conte.
La dernière est plus longue , la moitié du livre , et donne la possibilité au narrateur de se souvenir du passé et d'évoquer une manière de vivre qu'il a souhaité quitter et qu'il évoque cependant avec une certaine nostalgie, que des paysages autrefois familiers maintes fois observés.

Il y a aussi l'évocation d'une chienne âgée qui qui permet de poser de nombreuses questions concernant la fin d'une vie.


Pour autant,même si la tristesse nous habite, une fois la dernière page tournée, il reste également l'émotion de ces moments partagés et de ces réflexions qui sont aussi nôtres!

Une très belle rencontre avec un auteur. Aux dires de la personne qui m'a conseillé ce livre, il est différent de ses autres écrits par sa mélancolie.

Mots-clés : #mort #nouvelle
par kashmir
le Mer 4 Oct - 21:34
 
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Sujet: Andrzej Stasiuk
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Jean-Louis Baudry

Les corps vulnérables

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Ouvrage que j'ai consciencieusement dévoré. une des plus belles et longues déclarations d'amour à un être disparu qui m'ait été donné de lire.
Sous forme de journal intime, on apprend à découvrir cette femme, épouse de l'auteur, ce couple si uni, si fusionnel et pourtant si pudique dans l'élancement des passions.
Déclaration délicate, récit d'une vie à deux, que l'auteur refuse de voir se clore, que l'auteur veut poursuivre par le passage de la vie au papier, j'ai été ému du début à la fin par tant de sincérité et de joliesse.

Ouvrage édité à titre posthume je ne suis pas certain que l'auteur aurait souhaité qu'il soit édité, je ne sais pas à vrai dire certains passages laissent penser l'inverse.

C'est le premier texte que je lis de cet auteur que je ne connaissais pas du tout, la lecture est facile même si cela demeure long. Le style est très classique, académique mais il sert de cadre à des émotions parfois écorchées parfois trop timides. Ce style permet ainsi un équilibre, une fondation solide.

Un livre d'une grande émotion et d'une beauté certaine.

Mots-clés : #mort
par Hanta
le Mer 4 Oct - 15:33
 
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William Kotzwinkle

Le nageur dans la mer secrète.

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 4 Le-nag11


Diane et Laski habitent au fin  fond d'une forêt engloutie sous la neige. Le bébé s'annonce, et tout se passe bien : la voiture démarre, ne tombe pas dans le fossé. Le travail dure longtemps , mais le personnel soignant est gentil et compétent.
Et puis l'enfant est mort.

J'ai construit une maison pour nous, avec une chambre pour lui, et à présent je fabrique son cercueil. Le travail est le même. Il nous faut avancer, simplement, les yeux ouverts, en restant attentif à ce que nous faisons, sans laisser la place aux sentiments inutiles. Puis nous sommes emportés par la nuit.


C'est une longue nouvelle - ou un court roman - , touchante et pudique, s'attachant au détail, qui sonde l'intime sans remuer  les larmes, une lecture bouleversante de retenue.

mots-clés : #famille #mort
par topocl
le Sam 16 Sep - 14:07
 
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Geneviève Brisac

Un année avec mon père

De la mort de sa femme dans un accident de voiture (sa femme qu'il a en quelque sorte tuée) jusqu'à son propre décès,  Geneviève Brisac a vécu une bonne année proche de son père, dans un compagnonnage subtil. Auprès de cet homme vaillant mais fragile, exigent et secret, il fallait une bonne louche de délicatesse pour que l'exercice, sur la corde raide, reste léger et confortable.

Ni grands discours, ni déballage d'émotions, ce n'est pas le genre de la maison, tout passe  en fierté et non-dits. Il faut un œil et une oreille acérés pour détecter l'épaule qui tombe de fatigue, le rare mot tendre (« ma grande »), la paupière qui cligne d'exaspération, cachés derrière la crânerie et le brio revendiqué. Et une bonne dose de doigté et de patience pour faire accepter le coup de main, sans amputer sur un territoire et une liberté farouchement revendiqués. Quelques souvenirs émergent, quelques confidence, assez rares,  car nos parents, ces êtres parmi les plus proches de nous, restent aussi parmi les plus mystérieux.

Sous la désinvolture apparente du récit, sous la tendre ironie, Geneviève Brisac cache des sentiments qui la (nous) prennent à la gorge.


mots-clés : #autobiographie #famille #mort #vieillesse #viequotidienne
par topocl
le Mar 12 Sep - 15:21
 
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Joseph Conrad

Gaspar Ruiz
Nouvelle, une centaine de pages, titre original éponyme, parue en 1906 dans le recueil A set of six (en français le recueil fut édité sous le titre Six nouvelles).

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Drapeaux et oriflamme du Royaume d'Espagne et des Indes, époque contemporaine à celle où se situe l'action de Gaspar Ruiz.

Il y a une parenté certaine entre les personnages Conradiens de Nostromo et de Gaspar Ruiz. Issus du peuple, entraînés dans les tumultes de leurs époques au point d'écrire, par leurs actes, une petite parcelle de l'Histoire, avec ce côté malgré-eux.
Conrad prétend d'ailleurs avoir écrit cette nouvelle en finissant Nostromo, inspiré par un livre du Capitaine Basil Hall, de la marine britannique, qui servit entre 1824 et 1828 sur la côte ouest de l'Amérique du Sud.

J'ai eu la joie de lire Gaspar Ruiz en édition bilingue, et là, enfin -révélation- les gallicismes et autres hispanismes sautent davantage aux yeux, on discerne aussi avec davantage de netteté ses fameux amenés, son rythme de phrases, et quelques autres éléments du procédé littéraire de Conrad.

La nouvelle démarre fort, sous le signe de l'action. La narration est en partie extérieure, en partie assurée par le Général Santierra, qui fut un compagnon du célèbre Général José de San-Martín, argentin et libérateur du Pérou et du Chili.
Santierra est, à l'époque où se situe la nouvelle, jeune lieutenant de dix-sept ans du camp républicain.

Un prisonnier, un colosse, Gaspar Ruiz, balloté du camp républicain au camp royaliste au gré de la guerre, sans qu'aucun choix politique n'entre en ligne de compte, se retrouve en attente d'exécution capitale, détenu avec d'autres pauvres hères présumés soldats royalistes.
Les Guerres de Vendée en version sud-américaine, quoi.

Chapitre I a écrit: Ce long combat, mené d'un côté pour l'indépendance, de l'autre pour le pouvoir, accrut, au fil des ans et des aléas de la fortune, la sauvagerie et l'inhumanité d'une lutte pour la vie. Tout sentiment de pitié, de compassion disparut devant la haine politique grandissante. Et, comme d'habitude en temps de guerre, ce fut la vaste majorité de la population, celle qui avait le moins à gagner du résultat, qui vit ses membres obscurs et leurs humbles fortunes souffrir le plus.


Chapitre I a écrit: Au nombre des prisonniers faits parmi les troupes royalistes en déroute se trouvait un soldat nommé Gaspar Ruiz. Sa forte carrure et sa grosse tête le distinguaient de ses compagnons de captivité. Manifestement, cet homme était une personnalité. Quelques mois plus tôt, on avait constaté son absence dans les rangs des troupes républicaines, après l'une des nombreuses escarmouches qui précédèrent la grande bataille. Or, maintenant qu'il venait d'être capturé les armes à la main parmi les royalistes, à quel sort pouvait-il s'attendre sinon à être fusillé comme déserteur ?

Gaspar Ruiz, cependant, n'était pas un déserteur; il n'avait sûrement pas l'esprit assez alerte pour évaluer lucidement les avantages et les dangers de la trahison. Pourquoi changer de camp ? En réalité, il avait été fait prisonnier, il avait subi des mauvais traitements et bien des privations. Aucun des deux camps ne témoignait de tendresse à ses adversaires. Le jour vint où il reçut l'ordre, comme d'autres rebelles capturés, de marcher au premier rang des troupes royales. On lui avait fourré un fusil dans les mains. Il l'avait pris. Il avait marché. Il ne tenait pas à se faire tuer dans des circonstances atroces pour avoir refusé de marcher.


Le jeune lieutenant, mû par un intérêt naissant, une empathie spontanée, pour le colosse se débrouille à faire retarder l'exécution au soir, afin qu'un haut gradé dont on attend la visite puisse, qui sait ? intervenir.

Les prisonniers, cruellement assoiffés, doivent à l'humanité du lieutenant et à la force surhumaine de Gaspar Ruiz de pouvoir boire à un seau...quant au haut gradé, il ne viendra pas...


mots-clés : #guerre #mort #psychologique
par Aventin
le Ven 8 Sep - 21:28
 
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Karel Schoeman

En étrange pays

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Nous pourrons continuer à vivre ici, dans ce silence, comme les plantes du désert qui poussent dans des  fissures de rochers, en y enfonçant leurs racines pour rester en vie, et leurs petites fleurs sont si minuscules qu'on les voit à peine devant le gravier et le sable dans lequel elles poussent. Il n'y a rien, absolument rien ; mais on peut vivre comme ça.



Certains choisissent la Montagne Magique, Versluis a choisi Bloemfontein, cette ville perdue au milieu du veld - cette terre sans fin, aride, lumineuse et poussiéreuse, fascinante et hostile, réputée salutaire pour les poumons malades. C'est un bourgeois compassé, plein de conventions et de certitudes, pris dans son carcan de célibataire taciturne et hautain. Quoique libre penseur dans un milieu fortement religieux, il s'habitue peu à peu à la communauté européenne.

ce n'était qu'à ce moment, en cet instant fugitif de lucidité, qu'il était capable de mesurer la distance réelle qui existait entre ce pays et le monde d'où il venait - et il devint parfaitement conscient des frontières qui le séparaient de ces gens, des différences infinies entre les mondes respectifs de leurs expériences, de leurs valeurs et de leurs associations.


Il fuit les festivités frivoles au profit d'une relation curieusement intense avec un jeune pasteur et sa sœur infirme, frémissants de passion, ardents d'humanité, écartelés entre deux cultures, courant désespérément vers un accomplissement inaccessible, qui partagent avec lui leurs questionnements existentiels d'exilés.

Nous écoutons Mozart ou Schubert, nous lisons Goethe ou Schiller, et quand nous levons les yeux et voyons cette terre dure et aride nous sommes frappés par la distance qui existe entre ce que nous avons entendu et ce que nous constatons autour de nous - comme si deux réalités entièrement séparées existaient ici, côte à côte, un monde spirituel et celui de notre existence quotidienne. C'est exactement ce qu'Adèle considère comme notre faiblesse, le fait d être écartelés entre deux mondes et, en conséquence, de ne pouvoir vraiment être loyaux à aucun des deux.


Au cœur de ces trois solitudes, la mort, dont, entre gens bien élevés,  on détourne pudiquement le regard, plane, discrète mais inéluctable. Versluis meurt seul, comme il a vécu, mais il meurt sans  angoisse ni regret,  ayant appris le sens du vide  dans ce paysage étranger.

Je crois que progressivement je vois que quelque chose est caché derrière ce vide.
- Non, dit-elle doucement en souriant, alors vous voyez encore mal. Il n'y a rien derrière, il n'y a que le vide. C'est le vide lui-même qui est beau.


Cet enfermement, enrichi de couleurs, de lumières, de bruits et de silence, est un âpre écrin pour des solitudes misérables qui prennent "conscience de l'aspect inachevé de [leur] existence", chacun emprisonné dans un exil différent. Le lecteur se laisse peu à peu envahir par une chape austère, qui l'empêche de lâcher une histoire pathétique et sombre, qui avance à petits pas, pleine de silences, de non-dits et d'envolées fulgurantes, dont il pressent la fin.




mots-clés : #exil #mort #solitude
par topocl
le Mer 6 Sep - 20:46
 
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Sujet: Karel Schoeman
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Kate Atkinson

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C'est pas la fin du monde

Des petites nouvelles façon thé corsé, un peu âcre mais réconfortant pour une galerie de personnages à la banalité attachante et à l'extraordinaire palpable. Une pointe de... réalisme magique ? sur une belle couche d'humour sur la tartine de vie assez pathétique qui constitue la trame de ces vies.

Destins mal barrés, accidents de la vie, solitudes familiales, en bref coups de mou ou gros coups de mou sur paysage de catalogues contemporains automobiles, télévisuels en guise de mantras du quotidien.

Ce quotidien et le familier de ce décor assez envahissant sont ce qui m'a fait penser à William Gibson, et pourquoi pas avec ces personnages "simples" pris dans un itinéraire bis chaotique de leur existence. Avec peut-être ce goût de ne pas les abandonner et de ne pas faire l'impasse sur le merveilleux bancal d'un monde qui dérape (surtout dans les premières nouvelles d'ailleurs, celles qui cataloguent des objets).

Il y a un goût de recette au fil des pages, mais efficace, j'ai trouvé la cuillère un peu chargée mais je pardonne volontiers (en moins dur et plus moderne ça m'a aussi rappelé des nouvelles comme celles de Buzzati).

Par contre on reparle de Gibson. cat

mots-clés : #contemporain #famille #humour #mort #nouvelle #psychologique
par animal
le Lun 4 Sep - 21:34
 
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Sujet: Kate Atkinson
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Geneviève Brisac

Une année avec mon père

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 4 41dtns10

Un récit , ou plutôt des impressions qui demeurent ,d'une année de vie, d'un automne à un autre , après la mort de sa mère dans un accident, laissant leur père ,quelqu'un de très indépendant ,seul .

En exergue:
Dans toute parole donnée, dans toute parole reçue, dans chaque geste et la moindre pensée, dans tout fragment même bref et aléatoire, de notre vie et celle d’autrui, il y a quelque chose de précaire et quelque chose d’inéluctable, quelque chose de caduc et quelque chose d’indestructible.
Marisa Madieri

Malgré les deux morts qui marquent chaque automne- le père est mort en novembre, 14 mois après son épouse- ce n'est pas du tout un livre tragique. Mais tourmenté plutôt par le souci de , pour la narratrice, rester à sa place , veiller sans prendre en charge, il ne le permettrait pas de toutes façons, et c'est très difficile.

"Je déteste mon nouveau rôle. La vie privée de mon père ne m’intéresse pas, ne me regarde pas. D’ailleurs, il ne veut pas que nous nous en mêlions. Je voudrais en être dispensée. Etre loin, à l’autre bout du monde. Je le suis davantage pourtant que je ne le crois.
Le docteur Chaïm se moque de moi.
Vous vous accordez tellement d’importance!
Quelle injustice encore.
Que savez-vous de ce que pense votre père? De sa vie? De ses désirs, de ses principes, de ses peurs?
Presque rien, mais trop encore.
Et je ferme les yeux en versant l’eau du thé pour ne pas voir la rouille, les paquets de pâtes périmés, le calcaire, le vieux pain.
Vous regardez quand même.
Je ne veux pas verser l’eau à côté du pot.
J’essaie de faire des visites plus légères, des visites qui ne seraient plus des visites, des je-passais-juste-par là qui ne trompent personne, ni moi, mais je ne veux pas être l’infirmière, je ne suis pas la garde-malade, éloignez de moi la fille répressive, jamais je n’ai voulu priver mon père de quoi que ce soit, elles tournent autour de moi, ces figures hostiles, ô Cordelia, prête moi ton sourire! J’essaie de ne pas prendre trop d’habitudes filiales.
Je relis Le Roi Lear, Le Père Goriot,et le si beau David Golder pour me vacciner contre l’intimité si décriée des filles et de leurs pères. Je lis Anna Freud, Camille Claudel, Jenny Marx, Virginia Woolf. Les Antigones aux pieds englués dans les traces trop fraîches des semelles de leurs pères.
Je relis le Journal de Virginia Woolf. 1928.
«  Anniversaire de Père. Il aurait eu quatre-vingt-seize ans. Oui, quatre-vingt-seize ans aujourd’hui,comme d’autres personnes que l’on a connues. Mais, Dieu merci, il ne les a pas eus. Sa vie aurait absorbé toute la mienne. Je n’aurais rien écrit. Pas un seul livre. »
Ce n’est pas votre vie, dit le docteur Chaïm, grandissez donc un peu.
"


C'est une année pendant laquelle chacun recherche de nouvelles marques ,et leurs rapports sont:"un mélange de pudeur, d'admiration de frustration et de tendresse. Il y a tout ce qui ne se dit pas, les loupés ou les espoirs décus que l'on se camoufle parce qu'il est trop tard."

Une année traversée de beaucoup de chagrin, qui s'exprime très peu ,même entre soeurs:
"Je ne peux savoir ce que pensent mes sœurs. Un mur de chagrin nous sépare comme nous sépareraient des chutes d’eau. ( Je pense à une image d’Hitchcock, l’héroïne est cachée sous les chutes, un abri, une grotte impensée. La peine ressemble à cela.)"

Et de moments cocasses, dont du moins Geneviève Brisac, avec son humour, cherche à retranscrire la cocasserie.
Et aussi des moments joliment qualifiés d'apnées de l'optimisme..

Un ou deux règlements de compte, aussi faits avec finesse, mais quand même! Un extrait, j'aime assez la façon de raconter de Geneviève Brisac:

"J’ai invité les Butor, dit mon père. J’irai d’abord l’écouter à la Sorbonne, il reçoit une chose honorifique, il fait un discours, ils m’ont gentiment envoyé une invitation. Puis nous dînerons à la Closerie des Lilas. Voudrais-tu être des nôtres?

La soirée est belle et douce, je les trouve tous les trois en train de boire l’apéritif, Michel Butor a les joues roses, le ventre rond sous l’empiètement de sa cotte grise, une salopette du soir, il sourit aux anges, il évoque les hommages qui lui ont été rendus aujourd’hui. Elle en profite pour rappeler quelques réjouissances récentes, des colloques en l’honneur de ce même Butor, qui est son époux depuis plus de cinquante ans, peut être cinquante-cinq, cet heureux temps, ce temps si ancien, une exposition que nous ne devrions manquer sous aucun prétexte. Ils ont l’air heureux.
Vous ne pouvez pas imaginer le nombre d’universités qui réclament Michel partout dans le monde. Et nous adorons voyager.
Nous partons vers la Closerie des Lilas. Mon père a l'air épuisé, il est pâle. Il vacille sur sa canne...
L'Inde nous a éblouis, raconte Butor, une civilisation étonnante, des civilisations plutôt, des mythes passionnants, le Gange, les temples, les crémations, sans parler des singes qui nous volaient nos affaires ...
Si on commandait le dîner? propose mon père dont je crains qu'il ne défaille d'ennui.
Je crains aussi que les Butor ne sortent des photos, mais ils ont changé de sujet, et, en mangeant d'excellent appétit, ils évoquent les joies que leur donnent leurs enfants, les étés dans le Sud-Ouest avec leurs petits-enfants, les travaux dans la maison.
Ils resplendissent.
Ils ne posent aucune question.
Ils sont à leur affaire.
Mon père est maintenant jaune citron. Il paie le dîner, attrape sa veste, se prend les pieds dans les lanières de son sac, au revoir, au revoir, et nous marchons dans la nuit, clopin-clopant.
Quelles âmes desséchées, dis-je, quelle aura de vanité efficace, comme on dit la grâce efficace.
Ta mère avait raison, murmure mon père, la littérature durcit le coeur, les écrivains sont des monstres d'indifférence.C'est ce qu'elle disait toujours.
Il y a des boulangers d'une cruauté extrême, dis-je, et des fleuristes nazis.
Mon père trébuche une fois encore, l'alcool, la fatigue, le chagrin, nous sommes devant sa porte, je pianote pour l'ouvrir.
Michel Butor était son meilleur ami, et il n'a même pas prononcé son prénom, murmure-t-il.
Par pudeur, peut être, dis-je.
Mais j'ai des doutes.
"

Beaucoup aimé, vraiment.




mots-clés : #autobiographie #famille #mort #vieillesse #viequotidienne
par Marie
le Mer 30 Aoû - 14:22
 
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Sujet: Geneviève Brisac
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Jean-Pierre Martinet

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 4 41b2ca10

La grande vie
Editions l'Arbre vengeur

Désormais inscrite à la bibliographie de J- P  Martinet comme une pièce autonome, mais texte paru en 1979 dans la revue Subjectif, nous dit Eric Dussert dans sa  très belle préface.

En exergue: - A qui appartient la terre autour du Cimetière?  - On la réserve à l'agrandissement du cimetière.  Fritz Lang  Les trois Lumières

En bandeau autour de ce petit livre rouge, il est écrit que l'adaptation théâtrale de Denis Lavant lui a valu le Grand Prix de l'Humour Noir.
Là est peut être mon problème, noir, là oui, mais humour??
Tout au long de cette lecture, je pensais à cette chanson de Brel, Fernand, qui parvient encore à me mettre les larmes aux yeux.



Même si l'histoire n'a rien à voir et que, finalement à la réécouter, ce texte de Brel est presque une bluette à côté de celui de Martinet..

Adolphe Marlaud veut vivre le moins possible pour souffrir le moins possible et  y parvient à peu près. Il habite rue Froisdevaux qu'il ne quitte pratiquement jamais ,sauf pour aller au cinéma. Il travaille à mi-temps dans un magasin d'articles funéraires, où, à part cirer les bottes d'un patron d'une imbécillité hors du commun, il connait de grands émois sexuels devant les jeunes veuves qu'il conseille. Son appartement donne sur le cimetière où est enterré son père ( 1902-1953). Il avait 9 ans quand il est mort, il se serait suicidé? On se demande bien pourquoi, c'était un fonctionnaire modèle qui lui a appris ce qu'était un homme de devoir. Sa mère était partie en fumée à Auschwitz. Je crois savoir qu'il l'avait dénoncée à la Gestapo.Elle le trompait, c'était une putain, un divorce en 1942 avec retour à son nom de jeune fille , Jacob, a rapidement réglé le problème.
Histoire de lui apprendre les bonnes manières.

Adolphe finira cloitré dans son appartement ,ou au cimetière d'en face,  dégommant au fusil, les malheureux chats qui passent sur la tombe de son père.Tiens, les chats me font penser à Brel aussi ( j'ai jamais tué de chats, ou alors y a longtemps...) On devine qu'il ne se contentera peut être pas  de tirer sur des chats.
Entre temps, c'est Madame C. , sa concierge, qui aura réussi à briser cet  équilibre  de volontairement non-existence . Il en fallait peu, mais c'est du lourd..Et là...du noir complet, on tombe dans le vraiment sordide, même si tout se tient, bien sûr.

Que dire...Texte lu et relu.
Et j'étais toujours aussi désemparée pour en parler.
Peut être que dans ce dégoût pour le bonheur préfabriqué , Jean Pierre Martinet ( juste dans ce court texte, c'est bien sûr trop peu pour m'en faire une idée plus juste) a laissé suinter dans chacun de ses mots tant de malheur , son propre malheur, que j'ai été dépassée. Débordée. De compassion  dans la définition même, c'est à dire souffrir avec. J'ai souffert..
J'ai une certaine heu...admiration mêlée d'incompréhension pour ceux qui parviennent à en rire, puisqu'on me parle d'humour noir, il faut de sacrées défenses. Que je n'ai pas.Je vais peut être en rester là avec cet auteur, et pourtant, il m'intéresse.  J'y reviendrai peut être?

Un extrait , pour l'écriture, souvent somptueuse:
La rue Froidevaux était laide comme une salle d'attente de deuxième classe perdue dans quelque banlieue où les trains sont si rares que l'on vient là pour dormir, juste pour dormir, au milieu des papiers gras et des restes de sandwichs au jambon, et des canettes de bière si misérables, si solitaires, dans l'urine, les confettis , les scintillants et le vomi, et la tristesse des chiens qui guettent la mort sur les murs salis par tant de doigts crasseux. Dans cette rue, on avait toujours la sensation d'un froid glacial, même au mois d'août. Les passants avaient des allures de chrysanthèmes tardifs, et novembre s'éternisait. Le lierre s'agrippait désespérément aux murs du cimetière, mais au fond, on sentait bien qu'il n'y croyait pas, et qu'il avait été placé là par les soins d'un décorateur neurasthénique. En été, les tombes reverdissaient , et le mur avançait, imperceptiblement. J'entendais parfois des craquements, la nuit, et cela me donnait d'épouvantables crises d'angoisse. Pauvre imitation de la vie. Comme on se sentait seul dans ce désert. Rue Froide. Avec tout ce que cela évoquait: chambre froide, morgue, cadavres abandonnés , jeune filles à moitié pourries, mauves et vertes et blanches, veaux assassinés à coups de merlin, au petit matin, sous une pluie fine. Comment peut-on porter un nom aussi horrible? Froidevaux! Ah, comme vos rues sont froides, messieurs, et comme on y meurt lentement , à petit feu, à petit pas, de chagrin et d'ennui!Comme le coeur est lourd à porter en vos déserts! On y chemine en exil toute sa vie. Etrange voyage d'hiver.





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mots-clés : #mort
par Marie
le Lun 21 Aoû - 17:51
 
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Sujet: Jean-Pierre Martinet
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Michel Rostain

Le fils

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 4 Tylych92

« Le onzième jour après ma mort, Papa est allé porter ma couette à la teinturerie. Monter la rue du Couédic, les bras chargés de ma literie, le nez dedans. Il se dit qu’il renifle mon odeur. En fait, ça pue, je ne les avais jamais fait laver ces draps ni cette couette. Ça ne le choque plus. Au contraire : subsiste encore quelque chose de moi dans les replis blancs qu’il porte à la teinturerie comme on porterait le saint sacrement. Papa pleure le nez dans le coton. Il profite. Il sniffe encore un coup la couette, et il pousse enfin la porte du magasin.Papa ne peut plus traîner. Condoléances, etc. Le teinturier , recondoléances, etc.Débarrasse papa de la couette. Papa aurait voulu que ça dure, une file d’attente, une livraison, une tempête, juste que ça dure le temps de respirer encore un peu plus des bribes de mon odeur. Papa se dépouille, il perd, il perd. »


C’est un coup de poing que l’on prend en plein cœur, l’auteur, Michel Rostain perd son fils, emmené par une méningite foudroyante. Pour autant, il n’est pas le narrateur de ce livre, c’est bien son fils, la voix qui n’est plus, qui narre son père de la naissance des symptômes jusqu’au désespoir absolu. Commence une réflexion , les remords , les regrets , la douleur,  les derniers jours sont  passés au peigne fin , un père se raccroche à tout pour continuer à faire vivre un fils ,  comprendre , mais surtout poursuivre  un chemin de vie.

« Quand on demandait à papa quel était son signe astral, il ricanait. Il disait qu'il se foutait éperdument de connaître son signe du zodiaque, et encore plus son ascendant. Il ajoutait qu'il ne savait qu'une chose, le nom de son descendant : "Lion", moi. Aujourd'hui où je viens de mourir, papa n'a plus rien, ni ascendant ni descendant »


Larmoyant, non. Pourtant l’on se retient bien , non pas par les lignes de Rostain , mais par sa sensibilité qui s’en échappe , par l’humanisme qui en découle.
On rit, oui. Pourtant le thème ne s’y prête pas, l’analyse d’un jeune homme de 21 ans décrivant  les tourments et maladresses  de son père est parfois  risible.  
Si la démarche d’un tel livre peut en rebuter quelques-uns, le contenu les réconciliera en vue d’une approche si insolite autour de cette épreuve.
C’est un appel à la volonté, celle d’un père enfermé lui-même dans le cercueil de la souffrance, celle d’un père qui au travers de la philosophie fait subsister son fils, celle d’un père qui à la crainte que toutes parcelles d’existence  de son fils partent en fumée.  

Je voudrais conclure avec les remerciements de Michel Rostain à la fin de son livre :

Le soir même de la mort de notre fils, Daniel Michel me téléphona «  je ne sais pas si un pareil jour tu peux entendre ce que je voudrais te dire, mais j’ai vécu cette horreur il y a quelques années, ce désespoir absolu. Je voudrais te dire qu’on peut vivre avec ça ».
Merci Daniel de m’avoir téléphoné ainsi, merci à toutes celles et ceux qui m’ont ce jour-là et par la suite transmis cette évidence : La mort fait partie de la vie, on peut vivre avec ça. Non pas geindre ni s’apitoyer sur soi et sur les malheurs du monde, ni attendre la fin, mais vivre ! Comment ? je ne sais pas, et je me garderai bien de donner des recettes ou des leçons. A chacun de trouver comment cela lui est possible. A chacun aussi d’aider les autres à trouver. Pour ma part, comme je n’ai pas le goût de me plaindre, ni de leçon à donner sur la vie et la mort, ce livre m’est venu sous la forme d’un récit, mi- réalité mi- fiction. Merci à cette formidable chaine humaine qui m’a donné l’énergie de raconter cette histoire et de transmettre à mon tour le message de Daniel «  On peut vivre avec ça »    

Extrait :

« En bon stoïcien moderne, papa croit comme tout le monde probablement aujourd’hui – que le vrai bonheur, c’est l’instant que l’on vit. Ne rien attendre d’espoirs sur l’avenir. Ne pas se cramponner au passé, vivre purement le moment présent, le bonheur serait là. Équation : maintenant que je suis mort, ton vrai bonheur serait donc ta douleur de l’instant présent ?
Tout ce qui éloigne papa de la détresse, occupations professionnelles, coups de téléphone, démarches etc. lui est insupportable. La seule chose à laquelle il aspire vraiment , c'est cette actualité intime , la souffrance que ma mort provoque en lui. Il en a pour un moment avec ce présent. Il le cultive donc. Faire retraite. Pleurer , assis à côté de ma tombe , le ciel de Douarnenez immense tout autour , la mer au fond , ma tombe toute petite devant l'océan , pleurer , ,accueillir cette douleur , l'aimer presque . le maigre bonheur de son présent c'est son malheur. Papa en veut à quiconque l'en éloigne.





mots-clés : #mort
par Ouliposuccion
le Jeu 11 Mai - 8:04
 
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Sujet: Michel Rostain
Réponses: 3
Vues: 318

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