Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Lun 16 Déc - 14:04

103 résultats trouvés pour mort

Colm Toibin

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Cvt_no10

Nora Webster

J'ai beaucoup d'estime pour l'oeuvre de Colm Toibin, et ce dernier roman poursuit la recherche d'une simplicité et d'une retenue dans l'évocation des méandres d'une vie. Nora Webster, après avoir fait face à la mort de son mari, doit retrouver un équilibre et reconstruire un quotidien dans l'Irlande de la fin des années 1960. La confrontation du regard des autres, dans les circonstances du deuil et d'un vide à combler, précipite une révolte silencieuse et l'affirmation d'une autonomie, d'une solitude lui permet peu à peu de se dégager d'un poids trop lourd à porter.

Nora accepte des concessions momentanées et souhaite, parfois maladroitement, consolider des liens affectifs et familiaux alors que le conflit nord-irlandais apparait comme une toile de fond étrangement inquiétante. Son épanouissement, notamment à travers la musique, est cependant le reflet d'une indépendance, d'une prise de distance par rapport à des contraintes matérielles qu'elle veut désormais ignorer. Entre un passé évanoui et un futur incertain, Nora parvient progressivement à apprécier la valeur du présent, avec ses difficultés, ses doutes et sa part de renoncement.


mots-clés : #mort #viequotidienne
par Avadoro
le Sam 6 Mai - 22:25
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Colm Toibin
Réponses: 8
Vues: 472

Wallace Stegner

En lieu sûr

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 En-lie10

Où l’on retrouve Wallace Stegner, toujours aussi charmeur, avec ses thèmes favoris (la nature rédemptrice, la femme aimante et toujours là quand il le faut, affronter la mort , la maladie dans la dignité, la vie qui triomphe, la fidélité en amours et amitié) mais cette fois -ci les personnages sont fondamentalement sympathies, finis les grincheux misanthropes et ronchonneurs

J’ai passé quelques jours en compagnie de ses quatre personnages, et je ne suis pas près de les oublier. Wallace Stegner semble obéir ici à la requête d’un de ses personnages :
« Oh, écoute ! me répondit Charity. C’est vrai, quoi ! L’art et la littérature ont de ces modes ! Pourquoi ne laisses-tu pas de côté tous ces trucs auxquels s’intéressent tant d’auteurs contemporains ? Pourquoi ne pas écrire quelque chose sur un être humain bon, gentil, présentable, qui mènerait une existence normale dans un environnement normal et s‘intéresserait à ce à quoi s’intéressent la plupart des gens ordinaires – la famille, les enfants, leur éducation-, un livre qui serait à la fois divertissant et édifiant ? »


J’ajoute que ce livre serait aussi tendre, drôle et passionnant !

C’est l’histoire d’une amitié. Larry et Sally, Charity et Sid, deux couples de jeunes universitaires, qui veulent dévorer la vie à pleines dents, connaissent un coup de foudre d’amitié dès leur première rencontre en 1938. Les deux premières parties du livre racontent comment ils se sont passionnément aimés au fil des années, les uns pauvres et les autres riches, partageant les fêtes, les promenades, les pique-niques, leur amour de la musique et de la poésie, se réjouissant des succès des uns et des autres, s’épaulant dans les difficultés . C’est une description très réjouissante de l’amitié et de l’insouciance des jeunes années (i faut se rappeler que l’un des livres de Wallace Stegner, La Vie Obstinée, s’appelle en anglais All the Little Live Things). Ils ont un côté intellectuel, les deux hommes écrivent poèmes, romans ou nouvelles, et c’est l’occasion de réflexions passionnantes sur le métier d’écrire et qu’est ce que la littérature. Mais ils sont aussi pleins de vie et ouverts aux autres. Des enfants viennent combler les deux couples. Les meilleurs moments se passent dans la maison familiale de Charity, où cela grouille de vie, où l’emprise de la nature chère à Stegner transforme le quotidien en paradis. Par moments, il y a des choses qui les séparent, Charity est très déterminée, veut tout régenter et faire le bien de chacun sans se soucier de si cela lui plait ou non. Mais l’amitié est ce qu’elle est, il forment un sacré quatuor.

La vie ne les épargne pas , Sally est atteinte de Polio et perd l’usage des deux jambes, chacun des hommes après des périodes de chômage, trouve du travail dans un état différent des Etats Unis, et si les rencontres sont plus rares, ils s’écrivent et restent dans le cœur les uns des autres

En 1972, ils ne se sont pas vus depuis 8 ans. Charity appelle ses amis d’urgence car elle est atteinte d’un cancer. Ils n’hésitent pas à se rendre à son chevet, et Larry nous raconte ces retrouvailles dans la troisième partie.
Cette partie est tout bonnement bouleversante , la vie est passé et ils se retrouvent intacts et changés. Avec des sentiments tout aussi forts chacun a creusé son sillon, et Charity qui se meurt veut toujours mener son monde.

« Le temps ne l’a pas fait baisser d’intensité, la maladie n’a contribué qu’à augmenter sa puissance en watts. Elle éclaire comme un projecteur. »


La souffrance de chacun est en même temps exprimée et contenue, c’est absolument magnifique. J’ai arrêté de lire deux chapitres avant la fin pour me remettre un peu avant de finir ce roman magnifique.
Ce retour en arrière (le livre est sous forme de flash-back) d’un homme vieillissant sur sa vie est assez nostalgique, sa vie n’a pas été facile à perpétuellement entourer son épouse infirme, il y a eu beaucoup de renoncements, mais c’est un homme très positif et qui décrit à merveille les moments heureux de sa vie, et sait continuer à s’en réjouir et s’attarder aux chances qu’il a eues ; malgré les difficultés, il est heureux de ce qu’il a vécu. C’est un hymne à la fidélité en amitié et en amour, mais cela n’ a rien d’austère ou de raisonneur.


Petite citation pour vous mettre en appétit

« Comment à partir d’existences aussi paisibles que celles-ci, faire un livre qui trouverait des lecteurs ? Où se trouvent les éléments dont se saisissent les romanciers et qu’attendent lesdits lecteurs ? Où sont la grande vie, le gâchis criant, la violence, la dépravation, les désirs de mort ? Où sont les infidélités petites-bourgeoises, les promiscuités, les divorces convulsifs, l’alcool, les barbituriques, les week-ends d’égarement ? Où sont les haines, les ambitions politiques, les appétits de pouvoir ? Où sont la vitesse, le bruit, la laideur, tout ce qui nous fait ce que nous sommes et fait que nous nous reconnaissons dans la fiction ?
Les êtres dont nous sommes en train de parler sont les vestiges d’une époque plus paisible. Ils ont été en mesure d’acheter leur tranquillité et de mettre du champ entre eux et la hideur industrielle ; ils vivent une partie de l’année à l’abri des murs de l’université et passent le reste au milieu d’un berceau de verdure. Leur intelligence et leur tradition civilisée les protègent de la plupart des tentations, indiscrétions, vulgarités et emballements qui empoisonnent et perturbent la vie du commun. »



(commentaire rapatrié)


mots-clés : #amitié #mort #psychologique
par topocl
le Mar 18 Avr - 11:26
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Wallace Stegner
Réponses: 81
Vues: 2503

Dmitri Bortnikov

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Sm_97810

Repas de morts


Originale : Français, 2011

CONTENU :
« Dim » se souvient de ses morts : de ceux de sa famille, et puis du temps de son service militaire dans des conditions très dures dans le grand Nord. Dans ce travail de mémoire il va jusqu'au temps d'aujourd'hui, à Paris. Mais là aussi, ce sont la séparation et la mort. Il fait mémoire de ces morts, vit avec eux, et peut-être connaît aussi pour lui-même un étrange attirance, appel de mort...

(Voir aussi:  http://www.editions-allia.com/fr/livre/540/repas-de-morts )

REMARQUES :
En quatre chapitres, contenant plus ou moins différentes périodes de sa vie, le narrateur Dim (diminuitif de Dimitri) nous raconte de ses morts. Il s'agit au plus haut point (mais jusqu'à où?) d'un Alter Ego de l'auteur : on y trouve des concordances avec sa vita comme aussi l'allusion de sa vie d'écrivain à Paris, son premier grand succès avec « Le syndrome de Fritz » (voir récension en ci-dessus!) et des souvenirs du temps de l'armée qui puisent à coup sûr de l'expérience réel. Etc.

Cela devient une longue énumération de morts (et de situations de chagrins), en commençant avec sa mère, les grand-parents. Un moment donné on pourrait – avec reserve, à cause d'une chronologie assez déroutante – supposer qu'une partie de ces souvenirs ont été provoqués par le retour au pays, lors de la maladie avancée de son père.

Car Dim vit dans le temps le plus proche du présent, depuis longtemps déjà à Paris, loin de son pays, la Russie, et une petite bourgade dans la proximité de Samara et la Volga, proche de la steppe, où il avait grandi auprès des grand-parents.

De là, il va se remettre en route à la recherche des diamants cachés juste après son temps militaire. Il avait alors vécu un temps avec deux prostitués, Damiane et Valentine, aimant la première, adorant le fils Victor de l'autre, et s'en occupant comme de son fils. Mais là aussi, il connaît, sinon la mort, alors au moins la séparation...

Et s'intercalent dans ce chapitre des souvenirs très durs de son temps comme soldat dans le grand Nord il y a alors 25 ans: là aussi, humiliation, morts sur le programme. Et ces morts sont aussi présents pour lui, toute une liste, une litanie.

Mais il serait important, vu que d'autres et aussi lui-même pourraient être tenté de le qualifier comme morbide ou malade, de constater que Dim se comprend dans ce travail de souvenir aussi comme un chroniste. Est-ce que le décédé n'est pas perdu définitivement pour le monde si personne ne pense plus à lui ? Ainsi sa litanie des morts rappelle une litanie d'une réactualisation de mémoire, de la présence des morts. C'est peut-être tout un aspect qui se perd aujourd'hui dans nos sociétés ? On n'aimerait plus entendre parler de la mort, de la souffrance. Mais lui, Dim, il vit avec ces et ses morts, les arrache de l'oubli et mene la chronique.

Pour moi se pose juste alors la question comment faire basculer la balance toujours à nouveau vers la vie... Dans certains passages – et on peut le comprendre après tant de deuils, de séparations – le narrateur semble fatigué.

Pour telles raisons je ne le recommanderais pas en général. Il s'y ajoute une langue très franche, directe, crue, parlant de choses dures.

La chronologie n'est pas toujours très clair (autant plus pour moi, étranger?!). Mais c'est certainement aussi voulu. Il y a un échaos » d'impressions qui peuvent former en nous un image.

Le style dans la langue française qu'il a choisie ici pour la première fois (?) est souvent haché, interrompu. Des phrases se terminent très souvent avec « et. « et reprennent,  ou trois points (…). Des tirés séparent des bouts de phrases et des fois sa grammaire va volontairement suivre ses propres règles. Difficile de juger en général si cela lui réussit auprès de tous les lecteurs ! Pour ma part j'ai aimé justement cela. En lisant intérieurement ce texte « à haute voix », en le déclamant, on peut le lire encore plus comme un monologue dramatique, très dense et existencialiste. Je me l'imagine bien fait pour une lecture à haute voix devant public !

« Aimer les morts est une chose. Ne pas mépriser les vivants – une autre. »

Je donne entre 3 à 4 étoiles (sur 5).


mots-clés : #mort
par tom léo
le Dim 19 Mar - 8:28
 
Rechercher dans: Écrivains Russes
Sujet: Dmitri Bortnikov
Réponses: 5
Vues: 464

Jonathan Tropper

Perte et fracas

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Tylych26

J'avais une femme. Elle s'appelait Hailey. Aujourd'hui, elle est morte. Et je suis mort
Doug a 29 ans et il est veuf. Depuis deux ans. Depuis que l'avion dans lequel voyageait Hailey a explosé en plein vol. Depuis, Doug se noie dans l'auto apitoiement comme dans le Jack Daniel's et a pour seules activités le lancer de canettes de bière sur les lapins qui envahissent la pelouse et la rédaction d’une chronique hebdomadaire. « Comment parler à un veuf »
Nul doute qu’il se consacrerait à plein temps à cette douleur si sa sœur despotique, son beau-fils en mal d’attention et son père sénile ne venaient le sortir de sa léthargie.
Et que dire de sa voisine qui s’obstine à lui susurrer des mots cochons à l’oreille…
Qu’il le veuille ou non, plus question de se couper des autres. Mais pour Doug , ce retour à la vie ne se fera pas sans perte et fracas.


Vous aimez l’ironie, vous allez adorer ma vie…


Premier livre de cet auteur que je lis, pourtant dès les premières pages je me sens en terrain connu et reconnais le genre de trempe à la Brady Udall et David Lodge.
Un univers contemporain, famille déjantée sortie d’un sitcom, un veuf qui assassine un coup de verve cynique la société.
Jonathan Tropper explore le sujet de la perte de sa moitié, la perte de soi-même sur un ton juste, sans fausses notes et décrit la violence du monde souterrain dans lequel toute forme de vie devient impossible.
Pourtant, est-il possible de trouver une issue ?
Nous sommes happés dans cet univers tantôt bouleversant tantôt désopilant.
Je recommande vivement ce livre qui se dévore dès la première page.

« J’ai perdu quelque chose…J’ignore, au juste, comment l’appeler mais il s’agit de ce mécanisme qui vous retient
de dire la vérité quand les gens vous demandent comment vous vous sentez, de cette valve indispensable qui
vous permet de garder vos vrais sentiments sous clé, bien à l’abri. »


« C’est ainsi la vie voilà tout. Il n’y a pas de happy end comme au cinéma. Seulement des jours, des
moments heureux.
La seule fin véritable est la mort et, crois-moi, personne ne meurt heureux. Et le prix à payer, quand on ne meurt
pas, c’est que tout change constamment, et la seule certitude sur laquelle on peut s’appuyer est qu’on ne peut
s’appuyer sur aucune certitude. »



mots-clés : #mort
par Ouliposuccion
le Lun 27 Fév - 17:31
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Jonathan Tropper
Réponses: 2
Vues: 280

Plinio Martini

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Martin11

REQUIEM POUR IANTE DOMENICA

"Dans la grande cuisine de tante Domenica et en attendant son enterrement, Marco patientait au milieu des parents, presque tous frères et soeurs ou cousins paternels, neveux comme lui de la défunte et arrivés en compagnie de leur femme ou de leur mari et de leurs enfants si nombreux qu'à les voir réunis, lui qui vivait loin d'ici depuis quelques années, il s'en étonnait, et s'efforçait sans  trop de succès d'en faire le compte..."

Après dix sept ans d' absence, Marco revient dans son village natal, dans une vallée reculée du Tessin.
On y célèbre les obsèque de sa tante Domenica.
Et Marco se remémore sa vie passée au village.
Un village longtemps oublié de l'histoire, replié sur ses coutumes ancestrales, ses traditions, ses rites. Ses travaux rudes de montagnards pauvres et sans confort.

Marco a vécu sous l'autorité de la tante. Une bigote fanatique, confite dans ses mortifications ; ses prières et sa morale rigide.
Dans ce village antique elle est investie d'un chariisme qui domine l'inconscient collectif de la communauté, et l'inconscient profond de son neveu.
Laide, elle incarne une idéologie tout entière, dont l'emblème est le nez, un nez interminable.

Marco découvre l'amour avec une jeune fille de seize ans, sensuelle et beaucoup plus futée que lui.
Pris sur le fait alors qu'ils font l' amour, Marco, culpabilisé quitte le village.

Tel est ce récit, qu'on peut considérer comme un acte d' accusation contre la communauté de l'auteur,  ses rites, son étroitesse d'esprit.
Comme d'autres écrivains, Plinio Martini aime et déteste à la fois son milieu, le traditionalisme religieux qui a marqué son esprit de façon durable.
Mais il a su trouver la bonne distance par rapport à la réalité.

Son style est moderne et met en valeur les qualités psychologiques des personnages.
Je l'ai même trouvé envoûtant dans ce moment de ressassement de la mémoire qu'est le temps des obsèques et aussi de la narration.


mots-clés : #initiatique #religion #mort[/color]
par bix_229
le Ven 17 Fév - 19:39
 
Rechercher dans: Écrivains Italiens et Grecs
Sujet: Plinio Martini
Réponses: 1
Vues: 399

Enrique Vila-Matas

Suicides exemplaires

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Vila10

On ne le dira jamais assez, non seulement Vila-Matas est un immense connaisseur de la littérature mondiale mais c'est en plus un conteur hors-pair.

Il le démontre une nouvelle fois dans ce recueil de douze textes (le premier et le dernier étant très courts), passant en revue différentes formes de suicides ou de tentations du suicide.

Sans jamais être morbide, ni faire l'apologie de la fin de vie (certains personnages renonçant même à la mort volontaire pour retrouver la médiocrité de leur existence), Vila-Matas propose à la fois des textes drôles et des textes qui abordent les motifs qui marquent son répertoire : la disparition par l'effacement, la folie ou sa simulation, le doublement de personnages auxquels il ajoute l'idée que la mort ou l'idée même de la mort (possible, envisageable, rêvée) apporte cette plénitude dont la vie s'absente. Comme si la course effrénée des êtres ou leur banale fixité ne leur permettaient aucun des plaisirs simples que la plénitude (celle qui précède la fin) apporte.

Se jouant des codes narratifs, Vila-Matas fait se rencontrer les vivants et les morts, les vagabonds et les aristocrates, les blancs et les noirs, les espagnols et les cubains dans des récits qui ont le goût de l'inattendu, de l'irréel et d'une sensibilité particulière aux objets qui nous entourent.

Rafraîchissant.


mots-clés : #nouvelle #mort
par shanidar
le Mar 14 Fév - 12:33
 
Rechercher dans: Écrivains de la péninsule Ibérique
Sujet: Enrique Vila-Matas
Réponses: 55
Vues: 2268

Lafcadio Hearn

Fantômes du Japon

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Tylych20

La cinquantaine d'histoires recueillies par Lafcadio Hearn (1850-1904) d'après le folklore japonais révèlent un éventail thématique très ouvert, allant du conte de fées aux histoires d'ogres et de vampires... Mais l'imaginaire japonais ne force pas seulement les portes de la mort, il entrouvre aussi celles de la réincarnation, thème ignoré du folklore occidental, où s'affirme la coloration religieuse qui caractérise le fantastique japonais. Des réincarnations à l'apparence de métamorphoses qui laissent à leurs victimes un espoir immense, à échelle de l'infini dans lequel elles se perdent. Un sentiment de tragique inséparable de l'espoir, telle est la morale que Lafcadio Hearn invite le lecteur à tirer. Comme il l'avait tirée lui-même en trouvant au Japon l'apaisement.


Quelle grâce que ces lignes, quel onirisme autour de ces fables et du folklore japonais. Les fantômes et mythes font  partis d’un paysage, ils sont le tronc qui soutient les feuillages de vie, de croyances, la floraison  légendaire, les germes de l’imaginaire. Le crépuscule de chaque vie ne mène qu’à l’aube de la prochaine, qui ou quoi que nous soyons, le cœur de toute chose a une âme. Une philosophie  honorable, bien loin de nos contes  qui nous délivrent un espoir d’éternité, bien loin de la chambre noire de notre propre interprétation de la mort.

La délicatesse des personnages, leur richesse, leur bonté forcent à la révérence, les mauvais esprits, souvent aux visages féminins d’une pureté époustouflante nous transportent sur le bord de la route, nous promettent  le fabuleux, nous invoquent cette ouverture d’esprit sur cette autre culture.  
Un formidable échantillon d’histoires, au nombre de 50,  qui nous fait voyager au cœur du Japon et de ses traditions.


mots-clés : #contemythe #genocide #mort
par Ouliposuccion
le Mar 31 Jan - 22:46
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Lafcadio Hearn
Réponses: 10
Vues: 532

François Cheng

5 méditations sur la mort

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Tylych11

Essai.
Comme ses Cinq méditations sur la beauté, ce texte de François Cheng est né d’échanges avec ses amis, auxquels le lecteur est invité à devenir partie prenante. Il entendra ainsi le poète, au soir de sa vie, s’exprimer sur un sujet que beaucoup préfèrent éviter. Le voici se livrant comme il ne l’avait peut-être jamais fait, et transmettant une parole à la fois humble et hardie.
Il n’a pas la prétention de délivrer un « message » sur l’après-vie, ni d’élaborer un discours dogmatique, mais il témoigne d’une vision de la « vie ouverte ». Une vision en mouvement ascendant qui renverse notre perception de l’existence humaine, et nous invite à envisager la vie à la lumière de notre propre mort. Celle-ci, transformant chaque vie en destin singulier, la fait participer à une grande Aventure en devenir.


S’il est une heure qui s’arrête dans un espace-temps  de la vie , celle durant laquelle la mort dans notre civilisation entre en action afin de nous mener vers une autre dimension qui serait le « rien » alors cette heure serait celle de la continuité , puisque le rien engendre le tout et le tout engendre le rien. La vie serait donc le renouvellement d’un équilibre provenant d’un symbole universel, tel le Yin et le yang. Voici un résumé concis de cette pensée qui est celle de François Cheng , si l’on peut l’exposer en terme de résumé en vue de la richesse de ses écrits , de ses méditations. Si l’hésitation et le doute sont humains et empreints de sagesse, pour certains hommes c’est une force onirique et la pensée de l’excellence qui en ressort. La mort devient un hymne à la vie  sans jamais faire l’apologie de celle-ci , elle devient une douce poésie démontrant d’autant mieux la beauté qu’est l’existence en vue de notre sursis à tous. Que serait une  vie éternelle à côté de l’éphémère qui nous pousse vers une réalisation, aux échanges passionnés ? Ne serait-ce pas cette chrysalide fragile qui justement nous fait entrevoir la grandeur de la vie. 5 méditations prônant la pensée du double royaume (celui de la vie et de la mort) et non pas le versant d’un seul afin de savoir acquérir une philosophie allant vers la luminosité d’un mieux vivre rayonnant. C’est aux détours du mariage culturel occidental et Chinois (taoïsme, confucianisme et bouddhisme) que François Cheng explore la mort , la passion assimilée à une petite mort dans bien des poèmes et une grande partie de la littérature entre Eros et Thanatos , la violence et le mal en ce monde afin d’en ressortir toujours l'élixir , le nectar d’une pensée  des plus  philanthropes et des plus érudites en vue des références  et des grands hommes de ce monde cités. La dernière méditation est sous forme de poèmes d’une grande profondeur, relatant l’ensemble de ses pensées.

Il est des moments durant lesquels nous sommes suspendus à la noblesse , ce sera celle des lignes  dans ce cas présent. Humbles, nous le sommes face à ce grand monsieur qui aurait tant à apprendre à toutes générations confondues.
Un recueil, la bible d’un croyant pour une athée comme moi qui pourrait trouver un palliatif à dieu au sein de cette philosophie très personnelle afin de trouver la force en soi-même à défaut de foi, de dogme.    
Je conclus donc par la traduction de son  sinogramme en couverture « la vie engendre la vie, il n’y a pas de fin »


mots-clés : #essai #mort
par Ouliposuccion
le Lun 30 Jan - 14:00
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: François Cheng
Réponses: 11
Vues: 735

Mira Jacob

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 97823312

L'homme qui parlait à la nuit

Un soir, Amina, jeune américaine d’origine indienne, reçoit un curieux appel de sa mère. Son père, éminent neurochirurgien, passe ses soirées à discourir avec les morts. Il « voit » littéralement ses proches décédés, et passe de longs moments en conversation avec eux. L’instant est grave, Amina décide de rentrer au bercail.

Le roman de Mira Jacob se partage entre le présent et le passé, faisant la part belle à de long flash-back qui reconstruisent patiemment l’histoire de la famille Eapen. A l’origine de tout, il y a ce moment poignant et irréversible, cette visite dans la famille paternelle. L’impossibilité du père d’Amina à endosser le rôle d’aîné traditionnellement dévolu par la société indienne. Tous les non-dits et rancœurs qui d’un coup explosent. La rupture familiale qui s’ensuit, définitive cette fois. Et le retour en Amérique, avec une déchirure au cœur qui s’étend au couple parental…

Amina et son frère aîné Akhil grandissent donc dans une famille où l’amour ne sait se dire ni se montrer, avec un père absent et une mère réfugiée dans sa cuisine.
Une vie non dénuée de joie toutefois, ne serait-ce parce que la famille perdue a été remplacée par une autre, réunion d'immigrants venus de l'Inde du sud qui reconstituent par l’amitié ces grandes familles indiennes aux liens inextricables, le malayalam se mêlant à l'anglais dans les discussions dominicales.
Tandis que les parents restent fidèles à leurs racines, les enfants s'émancipent, font leur crise d'adolescence, et s'ouvrent aux moeurs américaines.

Puis il y a le drame. La mort d’Akhil, à 18 ans. Cette mort hante tout le livre, laissant les vivants à vif, tout aussi désemparés 10 ans après. Ne croyez pas la quatrième de couverture, la conversation avec les fantômes n’est en rien le cœur du livre. Le véritable sujet de Mira Jacob est bel et bien le deuil, la difficile construction d’une adolescente privée de son frère, l’atroce souffrance des parents qui doivent néanmoins demeurer debout pour celle qui reste.

« Mais ce qu’Amina savait, ce dont elle était soudain tout à fait sûre, (…) c’était que ses parent auraient besoin désormais qu’elle existe plus qu’elle n’avait jamais existé et que, en même temps que grandirait ce besoin, grandirait aussi son incapacité à le satisfaire. »

Une fois de retour à la maison, Amina devra faire avec cette absence. Mener sa vie, et accepter que d'autres soient à jamais éteintes. Faire face à la pathologie de son père, et au choix crucial qui s'ensuit...
Mira Jacob a mis beaucoup d’elle-même et de son histoire dans ce roman, ainsi que j’ai pu le découvrir ici : clic. Est-ce pour cet accent de sincérité que j’ai lu les cent cinquante dernières pages la gorge nouée ? L’auteur évite avec brio l’écueil du pathos, elle sait à merveille retranscrire les liens qui unissent deux êtres au-delà de toutes les dissensions, l’amour qui se tait mais qui est pourtant bel et bien présent, la famille qui se resserre quand les mots sont devenus superflus…

Je ne saurais dire si j’ai aimé ce livre. Ce n’est pas le qualificatif que j'emploierais. Après un début prometteur, je n'ai pas spécialement accroché aux premières pages sur la vie de jeune femme d'Amina. Puis sont venus les flash-backs, et ces liens familiaux aussi complexes que mystérieux que l'auteur dessine sans jamais chercher à les expliciter tout à fait. Et je me suis prise à dévorer les pages… avant d'être cueillie par l’émotion, alors que je ne m’y attendais pas.
Aimé ? Mon rapport à ce roman est plus complexe que cela. Tout ce que je sais, c'est que cela fait des semaines qu’il me reste en tête et que je cherche à en parler sans vraiment trouver les mots... Tiens, j'ai d’ailleurs oublié de vous dire que l'auteur a parfois un vrai sens de l'humour et de l'absurde...

(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #identite #immigration  #pathologie #famille #mort
par Armor
le Sam 28 Jan - 15:56
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Mira Jacob
Réponses: 1
Vues: 317

Brigitte Giraud

A présent

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Image240

Difficile de critiquer un livre où Brigitte Giraud nous parle aussi sobrement et dignement de son deuil. Elle adopte un discours extrêmement précis et factuel pour nous décrire scrupuleusement les 10 journées qui vont de la nouvelle du décès de son compagnon dans un accident de moto, jusqu'à l'enterrement de celui-ci. Cependant, et sans doute parce que je n'ai personnellement jamais connu de deuil vraiment proche, je suis restée un peu à l'écart de tout ceci. Intéressée cependant pas l'idée que, prise par le temps et l'énormité des efforts qu'une rébellion demanderait, efforts impossibles à fournir dans une période aussi douloureuse, elle se laisse mener et imposer pour ses obsèques une conduite qui lui déplaît, et qui déplairait à son époux.
Rien à redire à ce court texte, plutôt une perception personnelle.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #mort
par topocl
le Jeu 29 Déc - 9:49
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Brigitte Giraud
Réponses: 12
Vues: 510

Joyce Carol Oates

JCO, versant autobiographie:

J'ai réussi à rester en vie

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 41c-mb10

«Nous ne choisissons pas les gens dont nous tombons amoureux. L'amour que nous éprouvons est notre destin. Nous ne choisissons pas notre destin.»


Sur les bancs de l'université où elle est toute jeune étudiante en littérature anglaise, Joyce rencontre Ray, de 8 ans son aîné. Un mois plus tard ils sont fiancés, deux mois après mariés. S’ensuivent 47 années d'un amour indéfectible, subtil, où ils vont vivre dans leur bulle, parfaitement complémentaires, en affinité parfaite tant au niveau affectif qu’intellectuel, sans un nuage, sans un orage. À tel point que quand Ray atteint 78 ans, et meurt en l'espace d'une semaine, Joyce, qui n'avait jamais imaginé la vie sans lui, se retrouve dans une espèce de désespoir douloureux et hébété. Ce livre est le récit des 4 mois qui suivirent son veuvage.

Il faut dire aussi que ce n'est pas un roman, mais un récit autobiographique de la grande écrivaine Joyce Carol Oates. J'ai été très intéressée par tout ce qui touche au «vivant» : cette relation d'exception, ces époux-amant si proches, qui partagent toute pensée et tous moments, mais ne lisent jamais les écrits de fiction l'un de l'autre, les fameux amis qui ne sont autres que Richard Ford, Philip Roth, Jeffrey Eugenides… et de nombreux autres tout aussi célèbres, quelques passages intéressants sur la création littéraire, la personnalité de JCO enfin: bêtement, cette femme aux plus de 100 ouvrages, dont on parle régulièrement pour le Nobel, qui montre une finesse aussi implacable à décrypter les arcanes de l'âme humaine dans ce qu'elle a de plus retors, je me l'imaginais forte, voire implacable. C'est en fait une femme douce, timide, humble, menant une vie fort ordinaire, qui n'est plus rien sans l’étayage de son mari tuteur, ayant besoin d'être regardée et aimée pour exister.

«J'aimerais leur dire qu'être un écrivain « établi » ,- voire un « écrivain majeur » (qualificatif qui me semble totalement irréel )- ne donne ni assurance ni sentiment de sécurité, ni même une idée de qui l'on est.»


«En dépit de ma réputation d'écrivain, ma vie privée a été aussi mesurée et bienséante qu’un papier peint de Laura Ashley»


J'ai été estomaquée de voir cette femme, si roulée dans sa création littéraire, totalement naïve et désemparée face à la vie, n'ayant pas une seconde imaginée qu'une vie pour Joyce pouvait exister sans Ray et pour Ray sans Joyce, et donc totalement impréparée à ce veuvage dévastateur. J'ai moins accroché à tout ce qui touche à la mort et au veuvage, je trouve cela plutôt long, et j'ai regretté que Joyce Carol Oates ne m’ait pas traitée en tant que lectrice comme elle traitait son mari :

«Nous avions pour habitude de ne pas partager tout ce qui était perturbant, déprimant, démoralisant, ennuyeux (...) Car  à quoi sert de partager ses misères avec quelqu'un, sinon à le rendre misérable lui aussi ?»


Autant je comprends qu'elle ait ressenti le besoin de mettre cela par écrit pour le dépasser, autant je n'ai pas trouvé cette expérience enrichissante pour moi. Enfin j'ai été très gênée par les nombreux aphorismes sur le thème de «un homme, une femme», «une veuve», comme si nous étions tous pareils et réagissions tous de la même façon…

(commentaire récupéré)



mots-clés : #autobiographie  #mort
par topocl
le Mar 27 Déc - 9:38
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: Joyce Carol Oates
Réponses: 104
Vues: 4090

Julian Barnes

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 51qgke10

Quand tout est déjà arrivé

Originale : « Levels of Life » (Anglais, 2013)
Traduction : Jean-Pierre Aoustin (2014)

CONTENU :
4ème de couverture a écrit:« You put together two things that have not been put together before. And the world is changed. »
Nous vivons à ras de terre, à hauteur d'homme et pourtant - et par conséquent - nous aspirons à nous élever. Créatures terrestres, nous pouvons parfois nous hisser jusqu'aux dieux. Certains s'élèvent au moyen de l'art ; d'autres, de la religion ; la plupart, de l'amour. Mais lorsqu'on s'envole, on peut aussi s'écraser. Il y a peu d'atterrissages en douceur. On peut rebondir sur le sol assez violemment pour se casser une jambe, entraîné vers quelque voie ferrée étrangère. Chaque histoire d'amour est une histoire de chagrin potentielle. Sinon sur le moment, alors plus tard. Sinon pour l'un, alors pour l'autre. Parfois pour les deux.



REMARQUES :
Dans « Tout est arrivé » Barnes nous présente dans trois chapitres différentes associations, compositions de personnes avec des objets, ou entre personnes, sur des « niveaux différents ». Voilà le temps arrivé pour dire que le titre dans l’originale anglaise est « Levels of Life », alors quelque chose comme niveaux, plans de vie :

- D’abord on présente différentes tentatives de l’homme de prendre de l’altitude et de regarder la terre d’en haut. Entre eux Nadar, pionnier des voyages en ballon, et au même moment de la photographie. En mettant ces deux choses ensemble il arrive à être en 1858 le premier homme à faire des prises de vue aériennes de la terre. Un approche donc quasimment inimaginable jusque là qui aboutit pour l’instant par exemple à une prise de la levée de la terre, vue de la lune...,  pour Barnes une forme de négation d’un interdit presque réligieux de « s’élever ». Cette première partie est racontée surtout avec beaucoup d’humour, mais aussi des détails historiques : Barnes a fait ses recherches. Mais cela ne devient pas sec. « So british ! »

- Puis nous est présenté un autre pionnier de l’aéronautique, Fred Barnaby : bohémien, soldat et... amoureux de Sarah Bernhardt, l’actrice qui fait un tabac à Paris dans ces années. Ils vont vivre une passion intense, mais quand pour Barnaby pose la demande en mariage, Bernhardt, en femme libre, répond à sa façon. Deux « niveaux » de voir cette relation, de prendre position...

- Mais qui s’élève en amour peut tomber d’en haut. Dans la troisième partie – la plus personnelle et poignante, et de loin – l’auteur parle de son chagrin : la perte de son épouse Pat en 2008, après une trentaine d’années de mariage qu’on devine heureuses et épanouies. Voilà une « perte d’hauteur » car le regard vers la vie, ensemble plus riche et large, se rétrecit un peu, et il n’y a pas le vis-à-vis avec lequel on partage toutes ses impressions, ses idées, ses élancements du cœur. On semble plus « incomplet » sans l’autre. Et quelles bêtises ne doit-on pas entendre : « Ah, tu as déjà meilleure mine !  Et maintenant c’est derrière toi ?! » Des amis et connaissances ne trouvent pas toujours un échos bienveillant chez lui. Il a l’air de se fâcher devant certaines paroles qui se veulent apaisantes. Alors je n’ose à peine de parler de ce chapitre, de peur d’être aussi complétement à coté de la plaque. Mais une chose est sûre : Barnes n’accepte pas des consolations d’une vie promise, d’un au-délà etc. Il se déclare résolumment athéiste, donc doit assumer la séparation absolue, sans aucun compromis (est-ce qu’il tient la route?).

Pour cette forme de conséquence radicale il faut avoir du respect. Je ne peux pas lui suivre dans cette logique (terrible), même si – et je suis proche à le suivre en cela - en beaucoup de choses cela doit interpeller de ne pas chercher des consolations faciles et se chercher rapidemment un ailleurs meilleur. Cette vie ici-bas est à prendre au sérieux et elle est unique. Mais il est bien possible que la lecture d’un tel livre demande une certaine maturité. Je ne le donnerais pas à certainen personnes mal-préparées et trop peu sûres.

Mais quelle force d’écriture et aussi d’ouverture dans cette troisième partie forte ! Chapeau !

(J’ai lu le livre dans sa version anglaise.)


mots-clés : #mort
par tom léo
le Ven 23 Déc - 18:19
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Julian Barnes
Réponses: 54
Vues: 1260

David Lodge

La vie en sourdine

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Image130

Un livre fort sympathique, mon premier de David Lodge, qui jongle très habilement entre humour et émotion.
Le début bien qu’entamant une réflexion sur le vieillissement et la surdité est franchement de l’ordre de la comédie, pour évoluer insensiblement vers une réflexion douloureuse sur la maladie et la mort. Puis une dernière page à nouveau tendre et amusée pour une note d’optimisme.
La morale qu’on en tire étant assez classique, qu’il ne faut pas faire un plat de ce qui peut être pris à la légère, et que tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir et il convient d’en profiter.

Un petit côté Philip Roth dans cette histoire d’un intellectuel que la retraite et la surdité (chez Roth c’est la prostate) ont rendu un peu misanthrope, qui ne craint pas d’être émoustillé par une jolie étudiante. Oui, mais ici l’humour est anglais et non juif, et la fidélité à son épouse reste une priorité.

En prime quelques délires follement drôles sur la linguistique, les discours abscons de spécialistes, les lecteurs de bibliothèques criminels qui saccagent les livres en les surlignant et la fête de Noël quand on la déteste

Je ne résiste pas au plaisir de citer cet éloge funèbre, citation d’un « naturaliste nommé Cummings » qui résonne puissamment en moi :

« L’honneur me suffit quant à moi d’appartenir à l’univers – un univers si grandiose et un dessein si majestueux. Pas même la Mort ne peut me priver de cet honneur. Car rien ne peut changer le fait que j’ai vécu ; j’ai été moi, ne serait-ce que pour un temsp très court. Et quand je serai mort, la matière qui compose mon corps demeurera indestructible – et éternelle, si bien que, quoi qu’il puisse arriver à mon « Ame », ma poussière demeurera toujours, chaque atome individuel de moi jouant son rôle individuel – j’aurai encore un peu mon rôle à jouer. Quand je serai mort , vous pouvez faire bouillir mon corps, me réduire en cendre, me noyer, me disperser – mais vous ne pourrez pas me détruire : mes petits atomes tourneraient simplement en ridicule pareille vengeance sadique. La Mort ne peut rien faire d ‘autre que vous tuer. »


(commentaire récupéré)


mots-clés : #humour #mort #vieillesse
par topocl
le Mar 20 Déc - 13:51
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: David Lodge
Réponses: 10
Vues: 523

Shashi DESHPANDE

Tu as raison, bix, Shashi Deshpande est un auteur important pour moi, surtout depuis que j'ai lu Petits remèdes, qui fut un immense coup de coeur. Ma lecture est assez ancienne désormais, mais j'ai tout de même tenté un petit commentaire à partir de mes notes.


Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 510tim10

Petits remèdes

Anéantie par la mort violente de son fils de 17 ans, Madhu est une femme au bord du gouffre, murée dans le silence. La compassion, les tentatives de réconfort ne sont pour elle qu'une souffrance supplémentaire. Aussi, lorsqu'on lui propose de s'exiler quelques mois pour rédiger la biographie de Savitribai, grande interprète du chant classique indien qu'elle connut dans son enfance, accepte t'elle avec empressement.

Cette biographie est à la fois un échappatoire, et un prétexte à l'introspection. Comment, en effet, survivre à son enfant ? Comment trouver en soi les ressources pour continuer, alors que tous les "petits remèdes", gris-gris et autres prières, ne sont pas parvenus à le maintenir en vie ? Comment, lorsque l'on se rend responsable du drame ? Lorsqu'on ne parvient plus regarder son mari, "miroir de sa propre douleur" ? Lorsqu'enfin, dans ce pays aux multiples langues où le silence n'existe pas, l'on n'a plus de mots ?

Plongée en elle-même, Madhu est aussi confrontée à la vague de ses souvenirs. Les destins des multiples personnages de sa vie dessinent en creux les contours d'une Inde qui se cherche encore,  entre violences inter-religieuses, progrès et régression du statut des femmes, et incommunicabilité entre les êtres… Le lecteur, au départ un peu dérouté, voit peu à peu le puzzle prendre forme et les caractères se révéler dans toute leur complexité : les plus lumineux d'entre eux recèlent aussi leur part d'ombre…

De livre en livre, Sashi Deshpande explore encore et toujours les mêmes thèmes : femmes en souffrance, en révolte, en reconstruction, selon une trame quasi inamovible qui n'exclut pas de multiples nuances. Deux portraits émergent particulièrement de ces Petits remèdes :
ll y a Savitribai, chanteuse classique adulée s'accrochant désespérément à la légende qu'elle s'est forgée ; assumant d'avoir quitté mari et statut social pour suivre l'enseignement musical de son guru, mais laissant dans l'ombre la part la plus intime d'elle-même.
Et puis il y a Leela, femme engagée, en lutte pour l'indépendance de son pays d'abord, pour une amélioration du sort des ouvriers de Bombay ensuite. Soutien et confidente de Madhu ; amoureuse éternelle de Joe. Définitivement libre.
Deux femmes d'exception, qui auront assumé au grand jour leur rejet des conventions bien qu'en Inde plus qu'ailleurs, la liberté des femmes ait un prix…

La reconstruction de Madhu sera longue. Mais malgré l'infinie tristesse qui sourd en permanence de ce texte, sa lecture ne m'a jamais paru pesante. Les questionnements des femmes de ce roman, leur lutte pour trouver une place en ce monde sans trop sacrifier au bonheur personnel, ne peuvent qu'entrer en résonance avec le lecteur. En ce sens, Shashi Deshpande a réussi la prouesse d'écrire un livre à la fois profondément indien et totalement universel. Du grand art !

(Ancien commentaire _très_ remanié)


mots-clés : #famille #mort #psychologique
par Armor
le Lun 19 Déc - 20:35
 
Rechercher dans: Écrivains d'Asie
Sujet: Shashi DESHPANDE
Réponses: 4
Vues: 409

Julian Barnes

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 514zwp10

Rien à craindre
traduit de l'anglais par Jean Pierre Aoustin
Mercure de France

Voici un livre qui n’est ni une œuvre de fiction, ni une biographie, ni vraiment un essai. Ce n’est pas non plus un livre de philosophie, bien que..
Plutôt une flânerie , très littéraire dans l’écriture et la construction ( redoutablement efficace, car elle rend le livre passionnant alors que le sujet , la mort, et la peur de la mort, c’est dit, peut dissuader..). Pleine d’humour, de citations ( beaucoup de Jules Renard , cela m’a donné l’envie de lire son Journal, tant les extraits empruntés m’ont semblé fins et drôles . Un connaisseur certes,ce Jules Renard, qui a vu sa mère tomber dans un puits,son père se suicider à son domicile d’un coup de fusil, son frère mourir à son bureau des suites d’une intoxication liée à un chauffage mal réglé ..).

Pleine également d’anecdotes sur des écrivains, des musiciens ( surprenant Rossini..), bref un régal d'érudition et un art parfait de l'autodérision!

Egalement un portrait familial ( vie et mort d'une famille, grands parents, parents, et un frère, philosophe légèrement déjanté, spécialiste d'Aristote et vivant lui aussi en France.). Les deux frères faisaient d'ailleurs le malheur de leur pauvre mère :
Un de mes fils, disait-elle, publie des livres que je peux lire mais ne peux pas comprendre, et l'autre écrit des livres que je peux comprendre mais ne peux pas lire.


Pauvre Mrs Barnes!

Et une réflexion sur ce qu'est un romancier, ce qui fait démarrer une histoire.

Un petit extrait à ce sujet:

La fiction est créée selon un processus qui combine une liberté totale et un contrôle absolu, qui contrebalance l’observation précise par le libre jeu de l’imagination, qui utilise des mensonges pour dire la vérité et la vérité pour dire des mensonges. Elle est à la fois centripète et centrifuge. Elle veut raconter toutes histoires, dans toutes leurs incohérences, leurs contradictions et leur insolubilité; en même temps, elle veut raconter LA vraie histoire, celle qui fond en une seule et raffine et résout toutes les autres histoires. Le romancier est à la fois un impudent cynique et un poète lyrique, s’inspirant de l’austère exigence d’un Wittgenstein- «  ne parle que de ce que tu peux vraiment connaître »- et de l’espiègle effronterie d’un Stendhal.

message partiellement rapatrié


mots-clés : #creationartistique #humour #mort
par Marie
le Sam 17 Déc - 2:33
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Julian Barnes
Réponses: 54
Vues: 1260

Bernard Chambaz

Martin cet été

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Index115



J'avais été fort émue par Dernières nouvelles du martin-pêcheur. Je ne pouvais que revenir à Martin cet été, où Bernard Chambaz raconte « à chaud » les six mois qui ont suivi le décès de son fils Martin, mais aussi les quelques semaines, et les 16 années qui l'ont précédé, le bonheur, l'ultime malheur, sa vie en quelque sorte. Six mois au terme desquels il est content d'avoir progressé : il arrive à pleurer assis et non plus la tête enfouie dans l'oreiller.

Je savais que je ne pourrais qu'être déchirée par cette lecture, mais, comme je pense qu'il faut être là pour écouter un ami qui souhaite parler dans sa souffrance, je crois qu'il faut être là pour lire un écrivain qui souhaite écrire dans la douleur. Sans juger si c'est pudique ou impudique, juste ou déplacé, exhibitionniste ou approprié, si c'est réalité ou hagiographie, sans chercher si c'est voyeur, masochiste ou compassionnel de la part du lecteur, toutes questions totalement déplacées face à ce genre d'appel au secours. Parce que pour lui, continuer sans écrire dessus est impossible et que pour moi, je ressens que mon rôle est d'être là.

Lire ce livre le jour de Noël, cet égoïste jour de joies sous le signe du partage, des petits ou grands bonheurs, était assez troublant, inconsciemment provocateur peut-être, ou simplement l'application d'un des messages de Bernard Chambaz : aimez vos enfants et profitez-en tant qu'il est encore temps. Ne tenez rien pour acquis. Evidence, bien sûr, mais évidence sortie de ses tripes.

Je ne peux évidemment pas louer la « justesse » d'un tel livre, mais bien plus certainement sa sincérité, et j'ajouterai qu'il est superbement écrit (Chambaz est aussi poète), donne envie d'accompagner plus loin l'auteur, qui, à la dernière ligne, pour se sauver, pour entamer son long cheminement vers Dernières nouvelles du martin-pêcheur, conclue :


   Demain je me remets au roman.



(commentaire rapatrié)


mots-clés : #mort
par topocl
le Ven 16 Déc - 18:56
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Bernard Chambaz
Réponses: 5
Vues: 333

Bernard Chambaz

Dernières nouvelles du martin-pêcheur

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Image117


   Que nous demeurions inconsolables n'enlève rien à notre effort de tenir tête à la tristesse et à ma volonté d'écrire un livre joyeux.



Le 11 juillet 2011 démarre , pour Anne et Bernard Chambaz, une traversée de l'Amérique peu ordinaire. Elle roule en Cadillac, lui à vélo. Ils se retrouvent le soir au hasard des motels. Ils traversent ainsi l'Amérique d'Est en Ouest, courant après Martin, leur fils mort 19 ans plus tôt d'un accident de voiture, dont le symbole est le martin-pêcheur.


Ce livre est donc un road movie, où Bernard Chambaz, qui arbore les socquettes vertes de son fils, parle de la joie du cycliste, non comme un spécialiste qui vous saoule, mais comme un amoureux qui vous fait partager son émotion.


  Quant à la joie, elle est intense, elle est ce désir comblé ou, mieux encore, en train de l'être (…) La joie est ce sentiment qui accompagne en nous une expansion de notre puissance d'exister et d'agir ; elle est un plaisir, en mouvement et en acte, d'exister d'avantage et mieux. Et je comprend l’allégresse comme la joie d'être joyeux.



Concentré sur l'effort, sur le but à atteindre, sur la pente à conquérir,  dont il tire une jouissance rédemptrice, il voit filer des paysages changeants mais ordinaires, croise des voitures, des motards, des autochtones souvent accueillants. Il nous livre ses pensées, déchirées sans être tristes, ses associations d'idées, ses observations. Il observe, il raconte, il y met de l'humour. Au fil des miles parcourus, il raconte d’autres destins, d’autres parents confrontés à la mort d'autres « enfants » saisis trop tôt (chez les Roosvelt, les Lincoln, les Lindberg et bien d'autres). C'est toujours à la fois passionnant et bouleversant, cette douleur à la fois unique et commune.

Et comme le livre est annoncé comme roman, il s'autorise  des coïncidences répétées (tous ces Martin en chemin, ce chiffre 19 qui revient, ces signes qui le ramènent à son deuil...). Il s'autorise même à croiser son garçon qui l'emmène par la main pour un bout de chemin dans des scènes où s'intriquent bonheur et douleur .


   Plus nous sommes tirés en avant, plus nous pouvons regarder en arrière sans y rester empêtrés.



C'est donc bien un livre qui n'est pas triste quoique poignant, qui est empreint de ce que Chambaz appelle « joie »,  cette douceur obstinée à avancer , à ne pas regarder en arrière, mais à conserver aussi en chaque instant le souvenir, voire une manière de présence. Un livre qui donne une version tangible et simplement belle du célèbre texte de St Augustin :

« La mort n'est rien.
Je suis seulement dans la pièce d'à côté.
Je suis moi, vous êtes vous. Ce que nous étions les uns pour les autres, nous le sommes toujours.
Donnez-moi le nom que vous m'avez toujours donné . Parlez-moi comme vous l'avez toujours fait.
N'employez pas un ton différent, ne prenez pas un air solennel et triste.
Continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.
Priez, souriez, pensez à moi, priez pour moi.
Que mon nom soit prononcé comme il l'a toujours été, sans emphase d'aucune sorte. Le fil n'est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de votre pensée simplement parce que je suis hors de votre vue ?
Je vous attends. Je ne suis pas loin, juste de l'autre côté du chemin. »



(commentaire rapatrié)


mots-clés : #mort #voyage
par topocl
le Ven 16 Déc - 18:55
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Bernard Chambaz
Réponses: 5
Vues: 333

Sergio Alvarez

35 morts

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 97822111


Le héros de 35 morts ne demande pas grand-chose d'autre à la vie que de se partager entre l'amour et le sexe - dont il n'arrive pas à savoir lequel il aime le plus - , d'être d'autant plus sympa avec ses potes que ceux-ci se soucient de lui, et d'adoucir les difficultés avec les bières et la drogue.


   Je ne te crois pas, dis-je quand elle me raconta combien de gens elle avait tués. Moi, je te crois, dit-elle quand je lui racontai combien de femmes m'avaient plaqué. On rit beaucoup.



Un gars plutôt sympa, seulement voilà, il est né en Colombie, un pays où l'on peut dire :

   Tu es devenu vieux sans avoir compris comment fonctionne ce pays. Et comment il fonctionne, pour voir ? Grâce aux morts, vieux, dans ce pays, celui qui n'a pas tué ou fait tuer quelqu'un n'avance pas. Je le regardais, impressionné. Crois-moi, vieux, c'est la mort qui commande, et celui qui ne tue pas ou qui ne fait pas tuer, il n'est personne, il ne vaut rien.


La Colombie,  où on n'a guère le choix que de flirter avec la révolution, les militaires, les narcotrafiquants, de pratiquer la violence, les arnaques et la corruption. Un pays où les poings et les armes sont les vrais outils de communication.
Et où il ne reste donc pas beaucoup d'autres solutions que de jouir à fond de l'instant, pour mieux pleurer quand le bonheur vous est ravi – on pleure beaucoup dans ce livre, les filles, les copains, les puissants, les méchants, tous sont de gros sentimentaux fleur-bleus.

À côté, il y a plein d'autres petites histoires, d'autres trajectoires de vie, d'autres destins ballottés par la violence, qui alternent avec le principal, tous à la première personne du singulier,  des personnes qu'on identifie ou qu'on n'identifie pas, qui interfèrent avec l’histoire principale ou pas, comme autant de nouvelles coup-de-poing enchâssées dans le récit.

Au sein de ces petites séquences à l'alternance rapide,  toutes annoncées par une phrase d'une chanson populaire, le style trouve une singularité qui captive, en ne s'autorisant aucun paragraphe, aucun alinéa, aucun retour à la ligne, y compris dans les dialogues, tout s'enchaîne sans pause pour  une impression de rapidité, de dévastation, de naturel haletant : le lecteur est emporté et submergé : la violence, le monde et la vie qui grouillent, l'impasse existentielle...

35 morts est le roman brillant et palpitant d'un personnage attachant, de son destin déterminé par un lieu de naissance aimé et honni tout à la fois, pris en otage par on ne sait qui, des politiques, des décideurs, des bandits, des riches, des filous qui ont réussi à annihiler les espoirs d'un peuple tout entier, à le faire renoncer au bonheur et à la sérénité, à le faire toujours courir, toujours cacher sa peur, toujours grappiller son  plaisir au plus vite. Un peuple romantique et désespéré qui ne renonce pas à vivre mais n'en finit pas de pleurer.


   J'étais un vrai fumier,
   j'ai cogné, violé, tué.
   J'ai mis le feu aux fermes,
   me suis cru invincible
   en regardant les flammes
   éclairer les cadavres.
   J'ai dégommé comme on tire à la cible
   le corps de tous mes ennemis,
   j'ai bu leur sang, jonglé avec leur tête,
   et débité à la machette
   ou à la tronçonneuse.
   J'ai encaissé du fric,
   on m'a donné  campo,
   et j'ai filé à la fête,
   j'ai dansé,
   salué les potes.
   Pris une bonne cuite.
   Je suis tombé amoureux.
   Elle m'ont donné plein de baisers
   leur chaleur et leurs corps.
   Cet amour m'a donné la force
   de continuer,
   de ne jamais faiblir,
   de bien faire le boulot.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #guerre #mort
par topocl
le Ven 16 Déc - 9:14
 
Rechercher dans: Écrivains d'Amérique Centrale, du Sud et des Caraïbes
Sujet: Sergio Alvarez
Réponses: 2
Vues: 261

James Agee

Une mort dans la famille

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 Images45


   Il sentait que son père avait beau aimer sa maison et les siens, il était pourtant trop solitaire pour trouver dans la satisfaction de cet amour familial l'aide dont il avait besoin ; que sa solitude même en était accrue, ou bien lui rendait plus difficile de ne pas se sentir seul.(...) Il savait qu' une grande partie de son bien-être tenait à ce qu'il s'attardait pendant quelques minutes loin de chez lui, dans un grand calme, à écouter remuer les feuilles, et regarder les étoiles ; et que sa propre présence, à lui, Rufus, était tout aussi indispensable à son bien-être. Il savait que tous deux savaient le bien-être de l'autre, et les raisons à cela, et à quel point chacun comptait plus pour l'autre, de cette façon incomparable et capitale, que qui ou quoi que ce soit dans le monde ; enfin que le meilleur de leur bien-être reposait dans ce savoir mutuel, lequel n'était ni caché ni révélé.




James Agee nous parle d'une famille où les enfants se savent protégés par leur père, et aimés par leur mère, intuitivement, sans que cela soit forcément dit, et que cela suffit pour que le monde soit beau. Rufus, six ans, que son père emmène au cinéma voir Charlot, et avec qui il s'arrête, rituellement, assis sur une pierre proche de la maison, transmettant par son silence l'intensité de ses sentiments. Et dont la mère, une fois sa vaisselle faite, se repose bienveillante sur le fauteuil à bascule de la véranda, s'en remettant à Dieu.


   Parfois ces soirs-là son père fredonnait un peu et un mot ou deux émergeaient de ce fredonnement, mais il n'achevait jamais fût-ce un lambeau d'air, car dans le silence il y avait plus de contentement, et parfois il disait quelques mots sans conséquences, mais jamais n'essayait d'en dire plus, ou de s'attendre à une réponse ; puisque dans le silence il y avait plus de contentement.


James Agee nous parle des quelques jours qui entourent la  mort de ce jeune père follement aimant quoique farouche, de la sidération face à ce tragique événement, de la bonté réciproque des survivants, ainsi que de leur entourage familial et amical, qui va étayer ces premiers instants.

Et curieusement, ce n'est pas le sentiment du tragique qui ressort de la lecture, mais l'émotion contenue dans  la bonté des personnages, de l'attention à l'autre. Cette délicatesse donne une lecture d'une incroyable et déchirante douceur. Chaque personnage,  vraiment chacun,  les sanglots au fond de la gorge, est  subtilement magnifié par sa générosité intrinsèque. Ils savent que c'est ensemble, dans l’humanité partagée, qu'est leur seule ressource. Les enfants déboussolés sont jetés hors d'un monde qu'ils croyaient bienfaisant, et qu'ils découvrent implacable. Ils observent cette étrange cérémonie entre adultes, reçoivent leur lot d'attention, et en retour sont le soutien volontaire et involontaires des grandes personnes. Chaque personnage, adulte ou enfant, éperdu de solitude et d'amour mêlés, trouve quelqu’un à aider et pour l’aider

Un seul personnage échappe à cette aura d'humanité, dans un monde ou croyants et non-croyants partagent amour et respect, un prêtre aveuglé par son intransigeance, symbole effrayant de ce monde inhospitalier.

Beaucoup de dialogues, aussi réalistes que travaillés, avec ce que cela implique de phrases non terminées, d’alternance de non-dits et  de courage à dire les mots aussi douloureux soient-ils, de silences partagés. Mais James Agee n'écoute pas que les mots, il traque les bruits, aussi insignifiants soient-il, frôlements, gouttes qui tombent, criquets qui s'acharnent… et aussi, une fois encore, l'épaisseur bienheureuse des silences.

Pour parler de cette histoire qui évoque sa propre enfance, James Agee a une plume tout à fait singulière, précieuse, d'une sensibilité infinie, et  qui laisse la lectrice tout a la fois remuée et bercée. Comblée.

(commentaire rapatrié)



mots-clés : #autobiographie #mort
par topocl
le Jeu 15 Déc - 13:29
 
Rechercher dans: Écrivains des États-Unis d'Amérique
Sujet: James Agee
Réponses: 2
Vues: 327

Emmanuelle Bernheim

Tout s’est bien passé

Tag mort sur Des Choses à lire - Page 5 41prse10

À 88 ans, cloué par un AVC dans un fauteuil roulant, le père  d 'Emmanuelle Bernheim, ce père cabotin et autocentré, ce père tant aimé, cet « homme extrêmement volontaire auquel il n'est pas facile de refuser quoi que ce soit » a demandé à ses filles de « l'aider à partir ».

Sujet casse-gueule s’il en est.
Emmanuelle Bernheim choisit de nous offrir un récit des plus factuels des quelques mois où le projet s’est monté, par petites phrases, petits paragraphes, petites observations et petits faits. Loin d’elle l'idée d'y mettre la moindre émotion déplacée, la moindre opinion, la moindre leçon. Elle témoigne. Comment ça s'est passé, sans dramatiser, sans minimiser. Et ce « tout s'est bien passé » qui ouvre et clôt le livre parle d'un devoir accompli et, derrière l’écartèlement de ces semaines douloureuses, la détermination puis la sérénité d’avoir mené à bien ce qui devait l’être.

J'ai donc suivi ce récit à la fois posé et haletant  comme un thriller dont on connaîtrait la fin, gardant tout au fil des pages l’émotion à la distance juste, souhaitée par Emmanuelle Bernheim. Et c’est à la dernière page, que j’ai eu la surprise de sentir ma gorge se serrer de la tension accumulée, de la dignité aimante de ces deux filles.

Dérangeant.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #autobiographie #biographie #mort
par topocl
le Lun 5 Déc - 20:27
 
Rechercher dans: Écrivains européens francophones
Sujet: Emmanuelle Bernheim
Réponses: 2
Vues: 432

Revenir en haut

Page 5 sur 6 Précédent  1, 2, 3, 4, 5, 6  Suivant

Sauter vers: