Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Dim 19 Jan - 22:44

150 résultats trouvés pour poésie

Emily Dickinson

J'ai fini par revenir à Emily Dickinson par un mouvement de pendule. Il allait de soi que l'invitation de l'ouverture de son fil allait laisser place à un dépouillement de sa poésie. Je commencerai d'abord par des extraits de Car l'adieu, c'est la nuit.

Tout d'abord,

Chaque instant extatique
Se paie d'un tourment
À vive et frémissante proportion
De l'extase -

Chaque heure qui fut chère,
De maigres rations d'Années -
De sous disputés âprement -
Et de coffres remplis de larmes!


Éthiquement,

Inaccomplis pour l'Observation -
Incomplets - pour l'Oeil -
Mais pour la Foi - Révolution
En matière de Lieu -

Pour Nous - les Soleils s'éteignent -
À nos Antipodes -
Ils embellissent - des Horizons neufs -
Tournant vers Nous - leur Nuit.


Regard d'une cité,

Le plus vaste Incendie
A lieu chaque Soir -
On le découvre sans surprise
Il se poursuit sans souci -
Consume à l'insu des humains
Une Cité d'Occident,
Rebâtie un autre matin
Pour cendres redevenir


Quelques dames en ont eu la grâce :

Doux scepticisme du Coeur -
Qui sait - et ne sait pas -
Oscille comme une Flotte Balsamique -
Assaillie par la neige -
Invite et puis retarde la vérité
De crainte que le Sûr ne s'use
Comparé aux affres exquises
D'une extase que la Peur aiguise -


Comme tout se précède,

La Pensée est calme comme un Flocon -
Une Explosion silencieuse -
Écho de la Vie qui a trouvé
Son explication -


Ommm,

L'oeil commence son avarice
Une méditation épure le discours
Le Teinturier d'un arbre lointain
Reprend sa criarde occupation

Tout va vers une conclusion
Presque pérenne,
Puis échappant à la stabilité
Rappelle à l'immortalité -


Tout ça semble si solennel, dira-t-on. Gardez à l'esprit un humour pince-sans-rire. Emily Dickinson est forte dans ce qu'elle a accompli comme prouesse. Nous pouvons y trouver la sagacité. En même temps, son oeil malicieux a capté l'essence de la vie.


mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Ven 30 Déc - 9:16
 
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Sujet: Emily Dickinson
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Louis Aragon

Louis Aragon, c'est un rendez-vous avec la poésie. J'ai lu trois recueils, du moins effeuillé quelques uns. À l'usage, je dirais que Le Crève-coeur. Le nouveau Crève-coeur est ce qui se rapproche le plus de mes sensibilités poétiques même si je trouve que sa poésie n'est pas si commode à citer et diffère quelque peu de ma pensée de ce qu'est l'écriture poétique. Encore une fois, je suspecte ce qui a tendance à glisser vers la prose. Louis Aragon est un de ceux qui s'est quand même destiné à étudier la question de l'amour et des grandes occasions historiques.

J'ai arrêté mon choix sur un poème en particulier. Il s'agit de celui-là :

«Le rendez-vous perpétuel»

J’écris contre le vent majeur et n’en déplaise
À ceux-là qui ne sont que des voiles gonflées
Plus fort souffle ce vent et plus rouge est la braise

L’histoire et mon amour ont la même foulée
J’écris contre le vent majeur et que m’importe
Ceux qui ne lisent pas dans la blondeur des blés

Le pain futur et rient que pour moi toute porte
Ne soit que ton passage et tout ciel que tes yeux
Qu’un tramway qui s’en va toujours un peu t’emporte

Contre le vent majeur par un temps nuageux
J’écris comme je veux et tant pis pour les sourds
Si chanter leur paraît mentir à mauvais jeu

Il n’y a pas d’amour qui ne soit notre amour
La trace de tes pas m’explique le chemin
C’est toi non le soleil qui fais pour moi le jour

Je comprends le soleil au hâle de tes mains
Le soleil sans l’amour c’est la vie au hasard
Le soleil sans l’amour c’est hier sans demain

Tu me quittes toujours dans ceux qui se séparent
C’est toujours notre amour dans tous les yeux pleuré
C’est toujours notre amour la rue où l’on s’égare

C’est notre amour c’est toi quand la rue est barrée
C’est toi quand le train part le cœur qui se déchire
C’est toi le gant perdu pour le gant déparé

C’est toi tous les pensers qui font l’homme pâlir
C’est toi dans les mouchoirs agités longuement
Et c’est toi qui t’en vas sur le pont des navires

Toi les sanglots éteints toi les balbutiements
Et sur le seuil au soir les aveux sans paroles
Un murmure échappé Des mots dits en dormant

Le sourire surpris le rideau qui s’envole
Dans un préau d’école au loin l’écho des voix
Un deux trois enfants qui comptent qui s’y colle

La nuit le bruire des colombes sur le toit
La plainte des prisons la perle des plongeurs
Tout ce qui fait chanter et se taire c’est toi

Et c’est toi que je chante AVEC le vent majeur

Source (merci) : http://www.lesvoixdelapoesie.com/poemes/le-rendez-vous-perpetuel


Je n'ai pas d'autre commentaire à la lecture de ce poème de dire qu'il s'accueille flegmatiquement, en bon stoïcien que je suis.
mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Ven 30 Déc - 7:23
 
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Sujet: Louis Aragon
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Louis Aragon

Je traîne après moi trop d'échecs et de mécomptes
J'ai la méchanceté d'un homme qui se noie
Toute l'amertume de la mer me remonte
Il me faut me prouver toujours je ne sais quoi
Et tant pis qui j'écrase et tant pis qui je broie
Il me faut prendre ma revanche sur la honte

Ne puis je donner de la douleur Tourmenter
N'ai je pas à mon tour le droit d'être féroce
N'ai je pas à mon tour droit à la cruauté
Ah faire un mal pareil aux brisures de l'os
Ne puis je avoir sur autrui ce pouvoir atroce
N'ai je pas assez souffert assez sangloté

Je suis le prisonnier des choses interdites
Le fait qu'elles le soient me jette à leurs marais
Toute ma liberté quand je vois ses limites
Tient à ce pas de plus qui la démontrerait
Et c'est comme à la guerre il faut que je sois prêt
D'aller où le défi de l'ennemi m'invite

Toute idée a besoin pour moi d'un contrepied
Je ne puis supporter les vérités admises
Je remets l'évidence elle même en chantier
Je refuse midi quand il sonne à l'église
Et si j'entends en lui des paroles apprises
Je déchire mon coeur de mes mains sans pitié

Je ne sais plus dormir lorsque les autres dorment
Et tout ce que je pense est dans mon insomnie
Une ombre gigantesque au mur où se déforme
Le monde tel qu'il est que follement je nie
Mes rêves éveillés semblent des Saint Denis
Qui la tête à la main marchent contre la norme

Inexorablement je porte mon passé
Ce que je fus demeure à jamais mon partage
C'est comme si les mots pensés ou prononcés
Exerçaient pour toujours un pouvoir de chantage
Qui leur donne sur moi ce terrible avantage
Que je ne puisse pas de la main les chasser

Cette cage des mots il faudra que j'en sorte
Et j'ai le coeur en sang d'en chercher la sortie
Ce monde blanc et noir où donc en est la porte
Je brûle à ses barreaux mes doigts comme aux orties
Je bats avec mes poings ces murs qui m'ont menti
Des mots des mots autour de ma jeunesse morte

Le roman inachevé

Recopiage récupéré

Digression , cela me fait penser à un article de Josyane Savigneau sur Michel Déon ( Le Monde 28 décembre) dont j'extrais:
L’un de ses cadets qu’il a le plus soutenus et encouragés était Jean Rolin. Certains trouvaient paradoxal qu’un homme de droite, maurrassien, ancien secrétaire de rédaction de L’Action française, se sente si proche d’un ex-maoïste. Michel Déon en riait, et estimait que ceux qui voyaient là une contradiction ne comprenaient rien à la littérature.
mots-clés : #poésie
par Marie
le Ven 30 Déc - 4:48
 
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Sujet: Louis Aragon
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Clara B.-Turcotte

Ciels transitoires (2016) :

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 6 Clarab10

Je remercie le ciel d'avoir connu Clara B.-Turcotte à ce moment précis de mon parcours. J'ai lu et parcouru Ciels transitoires à plusieurs reprises avant que je vous en parle. En temps normal, il convient de mettre des gants blancs. Je dirai donc que Clara B.-Turcotte écrit bien. Elle se débrouille dans le genre poétique. À mon sens, sa plume vire du côté de la prose. Encore une fois, merci pour que j'aie appris l'existence de ses liens familiaux avec Élise Turcotte après l'avoir lue de manière soutenue.

Clara B.-Turcotte a une plume qui la sert bien :

«DÉLUGE»

deux lampadaires cassés

en dessous
enflée par la pluie
elle fond au lieu d'éclater

ce qu'il reste
une boîte électronique
un circuit à peine visible
qui transmet des copies
lueurs déficientes
et fausses neiges

le seul passant
ne se retourne pas
vers le parc
il est trépané
l'implant de métal
annoncé dans le journal
forme une étoile
entre ses yeux drainés
de toute substance

tous les rideaux sont tirés
on s'est passé le mot sur Facebook
les citadins attendent maintenant
le prochain épisode
ou la fin du monde
tout simplement

une jeune fille se moque
je suis neutralisée
mon ventre gonfle

perdu ma clé
j'attends mon tour
dans un labyrinthe

je saute dans les flaques d'huile
je me réconforte en me disant
que les autres n'ont pas eu
leur morceau de cristal
eux non plus

sans conviction
ils zieutent leur Tumblr
une jérémiade sans fin

p. 26-27


Clara B.-Turcotte vient de prendre le devant de la scène alors que la génération post-2010 prend pleinement sa place au sein de la scène littéraire. Dans ce contexte, il est de bon ton de déclamer :

«LE CLUB DES MOCHES URBAINES»

mon visage est une peinture à numéros
mauve candide
bleu frigide
rose salope
une décharge de portraits ratés
qui bouchent les pores

mon lit est un cercueil provisoire
ma chambre un cimetière de collégiennes glacées
qui ne transpireront jamais

la madame de l'horoscope
me conseille de risquer ma vie
pour rester sage

je propose mon dos
au public interloqué
je crache des tiges

les autres gagnent le concours à ma place

je me contente d'une case vide

en attendant que ma petite soeur de douze ans
vole mes grosses lunettes
qu'elle pille mes réserves
de plastique et de satin allergènes
pour enfin me rejoindre
au club des moches urbaines

p. 39


Nous reconnaissons ici que la poésie québécoise a connu une profonde mutation dans les dernières années. Nous pouvons dire qu'elle contient une part subversive, qu'elle glisse soit du côté de la prose ou toujours sur le versant poétique :

«L'ÈRE DU VERSEAU»

                   Au cimetière, des phrases renaissent
parfois de leurs cendres et retombent en poussière
sur les fleurs coupées. Le gardien veut semer la
terreur au village. Il a enregistré chaque mot et
les transforme en ondes qu'il propage chaque
nuit, aux mêmes heures. Un enfant vomit sur la
porte d'entrée de sa maison. Le lendemain, son
père le traîne jusqu'à l'école, là où les regards sont
devenus rouges.


p. 66


«DÉCAPANT»

planer au-dessus
d'un volcan
mal consolé

le paysage fond
d'un cosmos à l'autre
les ruelles sont perplexes

perdre sa parole
au fond du puits
reflux gastrique

le prix des bonbons d'Halloween
prévention contre les arêtes
os de fruits acides

mes bras émergent
d'une fontaine rue Sherbrooke
mes jambes sont prises
dans le marécage

les acteurs de mes soaps
parlent en haïkus

je recherche une arme
supplémentaire

p. 67


Avec ce que je viens de lire, je vois que la poésie est une option pour Clara B.-Turcotte. On ne gagne pas sa vie avec la publication de recueils de poésie uniquement. Dans cette mesure, l'écrivaine est allée à la bonne école avec sa mère et au sein du giron littéraire. Elle a entre autres connu l'opportunité de recevoir les bons conseils d'un conseiller littéraire chevronné. Je persiste et signe quand même pour dire qu'intuitivement, je sens que la plume de Clara B.-Turcotte se destine à la prose romanesque. Vous pouvez lire le recueil et analyser les extraits que je vous ai mis plus haut. Le moteur de son écriture est d'un autre ordre...


mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Jeu 29 Déc - 8:46
 
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Sujet: Clara B.-Turcotte
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Clara B.-Turcotte

Clara B.-Turcotte
Née en 1985


Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 6 Clarab11

Aujourd'hui, je lisais un recueil poétique de Clara B.-Turcotte. Je viens d'apprendre qu'Élise Turcotte n'est nulle autre que sa mère. L'analyse d'une de ses oeuvres est donc venue avant l'analyse de sa biographie. Mon avis sera donc plus objectif en quelque sorte. J'ai eu la chance d'apprendre l'existence de Clara B.-Turcotte alors qu'elle avait fait publier Demoiselles-cactus il y a peu de temps. Elle avait fait publier antérieurement un recueil de poésie, Mes soeurs siamoises et elle vient de publier Ciels transitoires en 2016.


Oeuvre :

Roman
- Demoiselles-cactus, 2015

Poésie
- Ciels transitoires, 2016

Poésie jeunesse
- Mes soeurs siamoises, 2014

Mots-clés : #poésie #québec
par Jack-Hubert Bukowski
le Jeu 29 Déc - 8:09
 
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Philippe Adam

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 6 411kh710

Canal Tamagawa

Récit court composé d'un long poème d'une trentaine de pages et d'une prose d'une dizaine de pages.
Le poème est brut, aux vers courts et aux rimes irrégulières, un propos triste, pessimiste, cruel envers son auteur, fâché de lui et du monde, la cadence est rapide comme si le souffle était court. Les mots sont simples et tranchants, ils sont agressifs, colériques, angoissés, on ressent la peine et l'émotion à vif.
L'histoire est du même niveau, le style est contrasté, soutenu lorsque le narrateur intervient, familier quand les personnages s'expriment dont le héros serait l'auteur fictif du dit poème.
Histoire absurde, aux propos nihilistes mais féconds, étrange paradoxe dont se nourrissent les dialogues des personnages qui sont fatigués, las avec un point de vue philosophique intéressant sur la notion de dégout qui semble diriger tout le récit bien qu'implicite.


mots-clés : #poésie
par Hanta
le Lun 26 Déc - 18:39
 
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Vladimir Holan

Une nuit avec Hamlet et autres poèmes

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 6 Sm_cvt13

Difficile de parler de poésie et j'aurais du mal à exprimer autre chose que mon sentiment. D'une parce que je suis peu doué pour commenter la technique littéraire d'un poète et de deux parce que la poésie parle d'elle-même à mon sens.

Je suis habituelle peu fan de poésie car je trouve souvent que la poésie fait du beau avec de jolis mots au détriment des idées. Mais là c'est le style tchèque qui transpire au travers de l'ouvre d'Holan : c'est simple, fluide et riche. Nombre d'idées éblouiraient le meilleur des philosophes s'il en est. Pas de langage alambiqué juste le plaisir d'exprimer des émotions et l'on est transporté par la sensibilité de cet auteur à fleur de peau.

Je n'en dis pas plus je gâcherais votre découverte. Un extrait pour vous donner l'envie de parcourir les pages de son ouvrage :

Ces deux poèmes se situent dans une partie du livre qui s'appelle Réponse à la France et qui est contextualisé par l'abandon de la Tchécoslovaquie par la France et le Royaume-Uni en la laissant être envahie par Hitler pour ne pas être eux-mêmes attaqués. La Tchéquie était avant un solide allié de la France et cette pure trahison fut tellement indigeste pour Dalladier qu'il s'attendait à être lynché par le peuple à son retour en France or il fut applaudi et se dit alors qu'en effet tout était perdu.


Holan a écrit:1

Même le soleil rend la nature malade,
elle vomit de l'ombre.
Jadis éternelle, la France
sonne le glas des actes.

Le crime seul se terre
dans son coin égoïste...
Pour être libre, il faut agir
C'est plus qu'un lien. Ce sont des chaînes.

2

Personne ne se soucie là-bas, chez vous tous,
que ce pays dans lequel je vis encore tranquillement
puisse n'être aujourd'hui ou demain pour votre orgueil
qu'une peau de chien pour la cornemuse.

Que personne ne se réjouisse, chez vous, fût ce par
ruse ou par intérêt,
de cette seconde de silence observée ici pour la paix.
Vous avez simplement trahi, déjà le châtiment s'élance
et va commencer par les lâches.

Cent ans ne me sont rien, pour moi qui suis poète.
je dis : rien, et donc, prenez qui vous voulez,
nous pouvons attendre. Dés maintenant, entre les mots,
ce n'est plus vous, mais quelqu'un d'autre qui se tient
près des caméras

et qui tourne...



mots-clés : #poésie
par Hanta
le Dim 25 Déc - 21:02
 
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Sujet: Vladimir Holan
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Nikos Kavvadias

MARABOUT


Tous ceux qui sur la mer ont ma vie partagé
prétendent que je suis un pervers, un infâme,
que très sournoisement je déteste les femmes,
qu'avec elles jamais je ne vais m'allonger.

On dit que je carbure au hasch, à la coco
et que je suis le jouet d'une passion impure,
que je porte gravées de bizarres peintures,
obscènes à vomir, cachées sous mon tricot.

On dit de moi d'horribles choses, sans arrêt,
qui ne sont que bobards et que fausses nouvelles ;
et ce qui m'a frappé de blessure mortelle,
nul ne l'a jamais su — j'ai gardé le secret.

Mais tandis que ce soir descend sur les tropiques,
que s'éloignent à l'ouest les vols de marabouts,
je suis forcé d'écrire, et d'avouer jusqu'au bout
quelle plaie est en moi, obscure et tyrannique.

En ce temps-là j'étais sur un bateau postal,
aspirant, sur la ligne d'Égypte à Marseille,
quand je la vis, aux fleurs de montagne pareille,
et devins son ami, son frère, son féal.

Noble, toute en finesse et en mélancolie
— son père, un Égyptien, s'était ouvert les veines—
elle traînait son deuil dans les contrées lointaines,
croyant qu'en les bougeant ces choses-là s'oublient.

De Marie Baschkirtseff elle adulait la prose,
aimait avec transport la Sainte d'Avila,
disait de tristes vers français d'un ton très las
et contemplait longtemps l'étendue bleue, morose.

Moi qui n'avais connu que les corps des drôlesses,
moi, l'âme sans vigueur, par la mer ballotté,
je retrouvais ma joie d'enfance à l'écouter parler
comme un prophète — extase et allégresse.

Je passai à son cou une petite croix
et reçus d'elle un portefeuille. Et à mesure que le port
approchait, terme de l'aventure,
mon cœur se remplissait de tristesse et d'effroi.

Combien de fois, plus tard, sur les cargos si lents,
ai-je invoqué l'amie, complice, ange gardienne !
Sa photo emportée dans mes virées lointaines était
une oasis sur les sables brûlants.

C'est là, je le sais bien, que je devrais finir.
Ma main tremble, le vent brûle et brouille ma vue.
Sur le fleuve africain les fleurs superbes puent.
Un marabout crétin se remet à glapir.

Je continue !... Un soir, dans un port très lointain,
m'étant noirci au gin, au whisky, à la bière,
vers minuit, titubant à m'en rouler par terre,
Je pris la rue qui mène aux maisons des putains.

C'est là que les traînées attirent les marins.
L'une d'elles, rieuse, arracha ma casquette
(vieil usage français qui signe une conquête),
et moi, sans le vouloir, je suivis le bourrin.

Une petite chambre sale aux murs sordides
où la chaux s'écaillant tombait comme une peau,
et cette loque humaine à la voix de corbeau, à l'étrange regard, noir, possédé, morbide.

Sans tarder je la fis éteindre. On se coucha.
Mes doigts sur tout son corps comptaient ses os
pointus. Elle empestait l'alcool. J'émergeai, courbatu,
«quand l'aurore sur nous sa joue rose pencha».

Lorsque dans la lueur pâle du petit jour, je la vis,
pitoyable, et pourtant impudique,
pris d'un étrange émoi proche de la panique,
je pris mon portefeuille et payai sans amour.

Douze francs... Mais poussant un grand cri tout à
coup, elle posa les yeux sur moi, blême, égarée,
puis sur mon portefeuille... Et c'est là, bouche bée,
que j'aperçus la croix suspendue à son cou.

Oubliant mon chapeau, je me ruai dehors
comme un fou, titubant et perdant la boussole,
emportant dans mon sang la méchante bestiole
qui depuis n'a cessé de tourmenter mon corps.

Tous ceux qui sur la mer avec moi ont peiné me
voient en vieux salaud, qui jamais ne s'allonge dans
le lit d'une femme, et que la coco ronge.
Malheureux ! S'ils savaient, ils m'auraient pardonné...

Ma main tremble... La fièvre... Ahuri, tête vide,
fixant un marabout là-bas, sans mouvement,
qui me zieute à son tour, non moins obstinément,
je me sens son égal, aussi seul et stupide.
-cumemini5.jpg  
   Traduction française de Michel  Volkovitch

Sur le site :
dornac.over-blog.com

_________________

mot-clé : #poésie
par bix_229
le Ven 23 Déc - 16:35
 
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Sujet: Nikos Kavvadias
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Christian Bobin

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 6 41zjee10

La dame blanche


2007

CONTENU :
Description du livre, en anglais a écrit:Jusqu'à aujourd'hui Emily Dickinson demeure une figure aimée et énigmatique de la poèsie américaine. Cette « Dame blanche » s'est isolée du monde et s'est entièrement dévouée à la parole. Elle était depuis sa mort prioritairement regardée sous l'aspect de sa poèsie qui lui confèrait de la beauté et de l'espérance dans l'agonie et la solitude de sa vie.

L'auteur de ce livre honore dans ce livre la poètesse dans un récit bref et poètique de sa vie et de son œuvre. C'est une interprétation fraîche et personnelle de cette vie, et on en sort avec l'impression de connaître Dickinson un peu mieux et de par sa poèsie évoquée par Bobin qu'aussi sa vie dont on ne connaît que des faits rares.



REMARQUES :
Cette « Dame blanche », c'est bien la poètesse américaine Emily Dickinson qui à partir de la mort de son père ne mettait plus que des robes blanches:

José Corti a écrit:Emily Dickinson est née à Amherst/Massachusetts en 1830, et elle mourra en 1886. Elle est considérée aujourd’hui comme l’un des plus grands poètes américains. Elle n’eut pas droit à la reconnaissance littéraire de son vivant. Presque absente de la scène littéraire, elle fut également peu présente dans le théâtre de la vie. Son champ d’expérience fut limité, puisqu’elle ne s’éloigna d’Amherst que pour passer une année au collège de Mount Holyoke à South Hadley ou lors de rares séjours, à Washington ou à Boston.

Il semble donc qu’elle n’ait guère quitté le cercle de cette petite communauté puritaine de Nouvelle-Angleterre, ni franchi le seuil de la maison familiale où elle disait tant se plaire – entre son père juriste et homme politique, admiré et craint, et sa mère plus effacée ; entre sa sœur Lavinia, qui ne partit jamais non plus et son frère Austin, installé dans la maison voisine avec sa femme Susan, amie de cœur de la poétesse. Le choix d’un certain retrait du monde livre un signe essentiel: la mise à distance, l’ironie.

Mais, à certains égards, ce retrait fut peut-être moins absolu qu’il n’y paraît : tout en se dérobant au monde, au mariage, elle adressa des lettres passionnées à divers correspondants masculins. La fin de sa vie fut marquée par des deuils répétés (son père en 1874, sa mère en 1882, son neveu Gilbert, mort à l’âge de huit ans en 1883, le juge Otis P. Lord (qu'elle devait épouser) en 1884). Secrète et expansive, grave et moqueuse, discrète mais audacieusement libre, sa personnalité est aussi complexe que l’espace réel de son expérience fut restreint.

Elle est enterrée dans un cercueil blanc dans le carré familial à l’ouest du Cimetière sur Triangle Street. Au cours de la cérémonie funéraire, Higginson lit « No Coward Soul Is Mine » (Mon âme n’est pas lâche), le poème d’Emily Brontë que préférait Emily Dickinson.


wikipedia.fr - Dickinson a écrit:Bien qu’ayant été un auteur prolifique, moins d’une douzaine de ses presque mille huit cents poèmes ont été publiés de son vivant. Ceux qui furent publiés alors étaient généralement modifiés par les éditeurs afin de se conformer aux règles poétiques de l’époque. Les poèmes de Dickinson sont uniques pour leur époque : ils sont constitués de vers très courts, n’ont pas de titres et utilisent fréquemment des rimes imparfaites et des majuscules et une ponctuation non conventionnelle[1]. Un grand nombre de ses poèmes traitent de la mort et de l’immortalité, des sujets récurrents dans sa correspondance avec ses amis.


Dans cet article on trouvera aussi encore d'autres informations...


Christian Bobin commence ces petites méditations (c'est plutôt cela qu'une pure et dure biographie classique) avec quelques pages autour de la mort. On comprendra que celle-ci avait joué un grand rôle dans la vie et dans l'oeuvre d'Emily, et se trouve probablement à juste titre évoquée ici au début : la perte de proches, mais aussi son dialogue intérieure avec la mort…

C'est après cette introduction que l'auteur reprend plus ou moins un fil chronologique, à partir de l'enfance, via ses relations avec ses parents, son choix progressif de se retirer, des liens de correspondace avec des amis et : sa mort.

Bobin choisit des petites unités, des petits paragraphes, tableaux, et utilise lui-même un langage poètique. Partiellement un peu fleuri, ce qui pourrait éventuellement ne pas plaire à tout le monde. Néanmoins : n'est-il pas comme poète et écrivain, mais aussi comme homme qui a choisi un certain éloignement, qui a lui-même connu la mort de la bien-aimée, très bien placé pour parler bien de la vie et de l'oeuvre de Dickinson ? Les deux se retrouvent probablement aussi dans une grande affinité vers le monde spirituel, voir de foi – aspect non négligeable et toujours retrouvable et chez Dickinson et chez Bobin.


Que vers un coeur brisé

Nul autre ne se dirige

Sans le haut privilège

D'avoir lui-même aussi souffert


(Emily Dickinson)


Christian Bobin a écrit:Sa mère recommande à Emily de ne pas aller seule dans les bois environnants : les serpents l'y piqueraient, les fleurs l'empoisonneraient et un sorcier l'enlèverait. L'enfant que ces dangers émerveillent s'échappe, bat la campagne, revient, dit n'avoir vu "que des anges" encore plus intimidés qu'elle par cette rencontre.

Parfois quelqu'un surgit qui nous sauve de notre personnage, que nous avions fini par confondre avec notre personne.

Cela donne envie à plus : des deux auteurs !?



mots-clés : #biographie #poésie
par tom léo
le Ven 23 Déc - 7:45
 
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Sujet: Christian Bobin
Réponses: 7
Vues: 505

Jean-Claude Pirotte

Jean-Claude Pirotte
(1939-2014)


Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 6 Pirott10

« Les romanciers authentiques ne mentent jamais. Je ne suis pas romancier. Je préfère raconter des histoires, des fables qui me seraient dictées par les nuits, dont la brume lâche enveloppe des terroirs indécis, quand le fleuve reflète, au sortir du bistro, le même néon, répété mille fois, et qui tremble comme mon regard. Des paquets d'ombre se détachent d'un firmament blessé, peut-être est-ce une montagne, peut-être une menace portée par les tombereaux cahotants de l'ivresse. »
(Récits incertains)


Jean-Claude Pirotte est un écrivain, poète et peintre belge né à Namur le 20 octobre 1939 et mort le 24 mai 2014.

Né à Namur (Wallonie) le 20 octobre 1939, Jean-Claude Pirotte grandit au sein d'une famille d'enseignants qu'il confessait haïr. Fréquentant des petits voyous, il eut une jeunesse tourmentée. Attiré précocement par les voyages et la littérature, il publia, durant ses études de droit, un premier recueil de poèmes en 1963, Goût de cendre (Thone). L'année suivante, il commença sa carrière d'avocat interrompue en 1975 par sa radiation du barreau. Pour avoir, selon l'accusation, facilité la tentative d'évasion d'un de ses clients- délit qu'il a toujours nié avoir commis-, il fut condamné à 18 mois de prison.

A la geôle, Jean-Claude Pirotte préféra la cavale. Il s'enfuit en France et y mena une existence nomade et clandestine. Sitôt prononcée la prescription de sa peine en 1981, il retourna à Namur et publia, la même année, Le Journal moche (Luneau-Ascot) puis la Pluie à Rethel, son premier roman en 1982. Ont suivi d'autres ouvrages, tels Un été dans la combe (prix Victor Rossel 1986), Sarah, feuille morte (Le Temps qu'il fait, 1989), Le Noël du cheval de bois (Le Temps qu'il fait, 1998), Autres arpents (La Table Ronde, 2000, prix Marguerite Duras).

En 2006, pour Une adolescence en Gueldre (La Table ronde), Pirotte obtint le prix des Deux-Magots. En 2012, il fut récompensé à la fois par le Grand prix de poésie de l'Académie française et le Goncourt de la poésie pour l'ensemble de son œuvre.
Jean-Claude Pirotte, c'était le poète du quotidien et du paysage, des bonheurs fragiles, de la solitude et des « ciels immenses, gorgés de vent », un prosateur à la fois mélancolique et grave, nonchalant et précis. Il y avait beaucoup de tendresse chez ce barbu qui ne s'appréciait guère. Il se traitait de renégat, ne s'était jamais pardonné d'avoir contracté un mariage sans amour et perdu sa fille suicidée en 1991. Jean-Claude Pirotte aimait Jacques Chardonne, Léon-Paul Fargue, André Dhôtel qui fut son ami et Pierre Mac Orlan avec lequel on l'a parfois comparé.

Dans La légende des petits matins (Manya 1990), il faisait l'éloge de la paresse « limogeage consenti », consacrant « un état de vacuité redoutable, que seule une élite rarissime supporte sans terreur ». Flâneur de vignobles qu'il beaucoup chantés et grand amateur de vin qu'il considérait comme «le refuge ultime de la délicatesse et, disons le mot, de la civilisation », Jean-Claude Pirotte avait été choisi pour diriger un colloque international organisé par le centre d'études pluridisciplinaires des imaginaires du vin en 2004. Peintre, il avait aussi illustré plusieurs livres. Il s'est éteint dans le Jura, à la frontière suisse.[

source : Le Monde


Bibliographie

1963 : Goût de cendre (poèmes)
1965 : Contrée (poèmes)
1969 : D'un mourant paysage poèmes
1981 : Journal moche essai
1982 : La Pluie à Rethel (roman)
1984 : Fond de cale (roman)
1986 : Un été dans la combe (roman)
1987 : La Vallée de misère (poèmes)
1988 : Les Contes bleus du vin (chroniques)
1989 : Sarah, feuille morte (roman)
1990 : La Légende des petits matins (roman)
1991 : L'Épreuve du jour enfantine
1991 : Fond de cale roman
1992 : Récits incertains (mélanges)
1993 : Il est minuit depuis toujours (essais)
1993 : Lettres de Sainte Croix du Mont (photographies de Jean-Luc Chapin)
1994 : Plis perdus (mélanges)
1996 : Un voyage en automne (récit)
1997 : Cavale (roman)
1997 : Faubourg (poèmes)
1997 : Le Noël du cheval de bois (conte illustré)
1998 : Boléro (roman)
1999 : Mont Afrique (roman)
2000 : Autres arpents (chroniques)
2000 : Enjoués monostiches (avec Jean-Marie Queneau)
2001 : Ange Vincent (roman)
2002 : Les Chiens du vent (avec Pierre Silvain)
2003 : Rue des Remberges (prélude)
2003 : Un rêve en Lotharingie (récit)
2003 : Dame et dentiste poèmes (Inventaire/Invention)
1953-2003 : Le Promenoir magique et autres poèmes
2004 : Fougerolles (poèmes)
2004 : La Boîte à musique (avec Sylvie Doizelet) (poèmes)
2005 : Une adolescence en Gueldre (roman)
2006 : Expédition nocturne autour de ma cave (récit)
2006 : Un bruit ordinaire suivi de Blues de la racaille (poèmes)
2006 : Hollande poèmes et peintures
2007 : Absent de Bagdad (roman)
2008 : Passage des ombres (poèmes)
2008 : Revermont
2008 : Avoir été
2009 : Voix de Bruxelles (avec Hugues Robaye)
2010 : Autres séjours
2011 : Cette âme perdue
2011 : Place des savannes
2012 : Ajoie
2012 : Le très vieux temps, Le Temps qu'il fait, 2012
2013 : Vaine pâture, Mercure de France, 2013
2013 : Brouillard, Le Cherche Midi, 2013
2014 : Gens sérieux s'abstenir, Le Castor Astral, 2014
2014 : Portrait craché, Le Cherche Midi, 2014
2014 : À Saint-Léger suis réfugié, L'Arrière-Pays, 2014
2016 :  Le Silence, Stock, 2016

Mots-clés : #poésie
par bix_229
le Jeu 22 Déc - 18:38
 
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Sujet: Jean-Claude Pirotte
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Mathias Enard

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 6 Enardm10

Dernière communication à la société proustienne de Barcelone

Un recueil de poésies.

Mathias Enard serait-il non seulement un formidable prosateur mais également un fin poète ? Pour tout dire et le dire franchement, ce recueil m'a semblé bien peu convainquant. Si on y retrouve les thèmes importants de l'auteur : la guerre, les voyages, le Liban et la Russie, le souvenir des morts et la recherche de paradis alcoolisés, il faut se rendre à l'évidence , en dehors de quelques pages l'ensemble manque de relief... Bien sûr, n'étant pas très adepte de poésie, je suis sans doute passée à côté de la plupart des références (en particulier aux poètes arabes) mais si j'ai pu goûter certains passages, teintés par cette noire nostalgie qui semble toujours hanter l'auteur, je reste sur ma faim (et mon enthousiasme total envers Enard quoique non écorné reste sur la réserve).

On dira donc que le meilleur du recueil se tient peut-être dans la farceuse préface d'Olivier Rolin qui y dit son admiration pour l'auteur et ajoute ces mots qui disent mieux que moi ce qui fait la grande beauté et le grand bonheur de lire Enard :

Mathias, c'est comme un petit frère (même s'il est maintenant bien plus médaillé que moi). J'ai lu tous ses livres, il n'y a rien de médiocre, il y a la curiosité du vaste monde, des langues, des styles, des pensées, des gueules. De l'histoire et de la géographie. Mathias, c'est un écrivain comme je les aime, qui connaît Joyce et Proust, et Homère et Claude Simon, mais aussi Kessel et Cendrars. C'est le savoir, ce qu'on appelait autrefois la culture, du temps où tout n'était pas prétendument, culture, mais aussi la générosité, ce qui ne va pas toujours ensemble. La délicatesse et la puissance. C'est un écrivain pas assignable, qui échappe aux contrôles. Un intellectuel et un explorateur, un homme des livres qui a goûté aussi à "la mélancolie des paquebots" et ce qui s'ensuit, je ne sais plus comment Flaubert dit ça mais vous connaissez (...)

Et voici les premiers mots du premier poème intitulé Beyrouth

J'ai allumé mon carnet mécanique
C'est le matin de Pâques
J'ai un livre à dix sous
Qui me raconte des histoires de fantômes
De marins et d'Asie Centrale
Mon ombre
Une légère toux
Et un peu d'argent emprunté

(...)

mot-clef : #poésie
par shanidar
le Jeu 22 Déc - 11:05
 
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Sujet: Mathias Enard
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Paul-Marie Lapointe

Paul-Marie Lapointe
(1929-2011)

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 6 Paul-m10

Sur l’autre forum, je vous ai soumis la nomination de Paul-Marie Lapointe. De longue date, je vous dirais que son exemple demeure l’une des références poétiques classiques sûres. Avec Hector de Saint-Denys Garneau et Marie Uguay, Paul-Marie Lapointe a bien traversé les générations. Il a écrit une œuvre qui a fini par s’imposer envers et contre toutes. Surréaliste en parallèle, il a reçu l’appui de Claude Gauvreau pour la publication du recueil Le vierge incendié en 1948. Il ne fut pas signataire du Refus global, il l’a tout juste manqué de peu. Le long silence qui a suivi la publication de son premier recueil laisse préfigurer un «prochain épisode» fécond. Son recueil Pour les âmes fera figure de classique inattaquable. Son parcours jusqu’à écRiturEs tient du tour de force. Il aura eu assez d’indépendance pour assumer l’héritage poétique qui est le sien.


Œuvre

- Le vierge incendié, 1948
- Choix de poèmes. Arbres, 1960
- Pour les âmes, 1964
- Le réel absolu. Poèmes 1948-1965. Comprenant toutes les œuvres précédemment citées, 1971
- Tableaux de l’amoureuse suivi de Une, Unique, Art égyptien, Voyage et autres poèmes, 1974
- Bouche rouge, 1976
- Arbres, 1978
- Tombeau de René Crevel, 1979
- écRiturEs (2 volumes), 1980
- Le sacre, 1998
- Espèces fragiles, 2002
- L’espace de vivre. Poèmes 1968-2002, 2004

#poésie #québec
par Jack-Hubert Bukowski
le Lun 19 Déc - 23:03
 
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Sujet: Paul-Marie Lapointe
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Paul Verlaine

En se disant comme ça, se sera fait, peut-être va-t-on ouvrir ce fil par une thématique lugubre, non, ne fuyez pas !

Comme dit dans le message précédent, le premier poème connu de Verlaine, celui qu'il posta à Victor Hugo à quatorze ans, est La mort. Et son dernier connu s'intitule... Mort !.

La mort
         
Spoiler:

Telle qu'un moissonneur, dont l'aveugle faucille
Abat le frais bleuet, comme le dur chardon,
Telle qu'un plomb cruel qui, dans sa course, brille,
Siffle, et, fendant les airs, vous frappe sans pardon ;

Telle l'affreuse mort sur un dragon se montre,
Passant comme un tonnerre au milieu des humains,
Renversant, foudroyant tout ce qu'elle rencontre
Et tenant une faulx dans ses livides mains.

Riche, vieux, jeune, pauvre, à son lugubre empire
Tout le monde obéit ; dans le cœur des mortels
Le monstre plonge, hélas ! ses ongles de vampire !
Il s'acharne aux enfants, tout comme aux criminels :

Aigle fier et serein, quand du haut de ton aire
Tu vois sur l'univers planer ce noir vautour,
Le mépris (n'est-ce pas, plutôt que la colère)
Magnanime génie, dans ton cœur, a son tour ?

Mais, tout en dédaignant la mort et ses alarmes,
Hugo, tu t'apitoies sur les tristes vaincus ;
Tu sais, quand il le faut, répandre quelques larmes,
Quelques larmes d'amour pour ceux qui ne sont plus.


Mort !

Spoiler:
Les Armes ont tu leurs ordres en attendant
De vibrer à nouveau dans des mains admirables
Ou scélérates, et, tristes, le bras pendant,
Nous allons, mal rêveurs, dans le vague des Fables.

Les Armes ont tu leurs ordres qu'on attendait
Même chez les rêveurs mensongers que nous sommes,
Honteux de notre bras qui pendait et tardait,
Et nous allons, désappointés, parmi les hommes.

Armes, vibrez ! mains admirables, prenez-les,
Mains scélérates à défaut des admirables !
Prenez-les donc et faites signe aux En-allés
Dans les fables plus incertaines que les sables.

Tirez du rêve notre exode, voulez-vous ?
Nous mourons d'être ainsi languides, presque infâmes !
Armes, parlez ! Vos ordres vont être pour nous
La vie enfin fleurie au bout, s'il faut, des lames.

La mort que nous aimons, que nous eûmes toujours
Pour but de ce chemin où prospèrent la ronce
Et l'ortie, ô la mort sans plus ces émois lourds,
Délicieuse et dont la victoire est l'annonce !

(Décembre 1895)



C'est curieux sinon troublant, d'autant que dans le cas de Verlaine on a envie de mettre en exergue la célèbre apostrophe de Saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens (qui fit les choux gras de Daniel-Rops):
Ô mort, où est ta victoire ?

Où est ta victoire, tant Verlaine est présent, dans les noms de voirie et d'édifices comme je le disais dans le message ci-dessus, mais aussi dont certains poèmes sont appris par cœur en Poésie (alias récitation) par les générations d'écoliers qui se succèdent depuis un bon trois quart de siècle ?
Où est ta victoire, quand vous demandez à une dizaine d'adultes, par jeu, de vous dire quelques vers, une strophe si possible, plusieurs d'entre eux vous déclameront spontanément du Verlaine ?
Où est ta victoire, quand le message codé le plus célèbre de la Résistance française lors du deuxième conflit mondial furent deux vers tirés de Chanson d'automne (BBC, 21h, 1er et 5 juin 1944) ?
Les sanglots longs des violons de l'automne
Blessent mon cœur d'une langueur monotone.


La mort, pourtant, si souvent évoquée dans son œuvre...de magnifique manière, comme dans Sub Urbe (recueil: Poèmes Saturniens):

Sub urbe

Les petits ifs du cimetière
Frémissent au vent hiémal,
Dans la glaciale lumière.

Avec des bruits sourds qui font mal,
Les croix de bois des tombes neuves
Vibrent sur un ton anormal.

Silencieux comme les fleuves,
Mais gros de pleurs comme eux de flots,
Les fils, les mères et les veuves,

Par les détours du triste enclos,
S’écoulent, - lente théorie, -
Au rythme heurté des sanglots.

Le sol sous les pieds glisse et crie,
Là-haut de grands nuages tors
S’échevèlent avec furie.

Pénétrant comme le remords,
Tombe un froid lourd qui vous écœure
Et qui doit filtrer chez les morts,

Chez les pauvres morts, à toute heure
Seuls, et sans cesse grelottants,
- Qu’on les oublie ou qu’on les pleure ! -

Ah ! vienne vite le Printemps,
Et son clair soleil qui caresse,
Et ses doux oiseaux caquetants !

Refleurisse l’enchanteresse
Gloire des jardins et des champs
Que l’âpre hiver tient en détresse !

Et que - des levers aux couchants -
L’or dilaté d’un ciel sans bornes
Berce de parfums et de chants,

Chers endormis, vos sommeils mornes !


La prodigieuse première strophe est archi-connue à juste titre: normalement, en poésie classique, c'est elle qui donne le nombre de pieds, et là, petit piège, sommes-nous sur du huit ou du neuf pieds ?  Sur le premier vers, en détachant les diérèses, on peut arriver à compter dix syllabes !
L'emploi (géniale trouvaille) de ifs à la césure permet toutes les audaces, surtout avec l'emploi du pluriel (Le petit if du cimetière, au singulier, eût fait basculer la liaison de -zifs en -tif, pour un résultat sensiblement moins harmonieux) !
 
A la diction, j'ai presque tendance, pour ma part, à scander dix syllabes, problème: ensuite je n'ai pas "mon compte" de pieds pour les vers qui suivent. Il faut donc en élider une, mais laquelle ? Le "e" de "petits" ne paraît pas possible à supprimer (c'est-à-dire prononcer "p'tits" à la façon des tribus sauvages d'outre Loire, idem le "e" de "cimetières", "cim'tières" serait rédhibitoire pour l'effet du mot et la musique générale du vers, donc c'est à la fin de cimetière qu'on peut retomber, tel le poulpe, sur "nos" neuf pieds.
Donc il ne faut pas prononcer cime-ti-ère, mais -tière. C'est, au reste, l'usage de prononciation courant de cimetière.

C'est une belle figure de style poétique, en ce sens qu'en matière d'usage, en poésie française, les groupes de voyelles ne formant qu'une seule syllabe par synérèse (une diphtongue, quoi) et ne comprenant pas un -e muet sont plutôt exceptionnels, or, là, Verlaine nous tend en une, mais agrémentée de deux "e" potentiellement muets, qui s'avèrent ne pas l'être, dans le même vers !      
Sachant, de surcroît, que ne pas utiliser -i... en diphtongue a tendance à être plutôt rare, en poésie française, on détache le -i de la voyelle qui le suit ou le précède, sauf bien sûr l'-e muet, quitte à donner dans l'emphase vis-à-vis de la prononciation du mot, en comparaison de lorsqu'il est habillé en tous-les-jours, exemple:
Nuages, firmaments, plé-i-ades protectrices (Victor Hugo, les Quatre Vents de l'Esprit)
Où le -i détaché sert carrément de césure !
Ou, au moins aussi précieux dans la construction, pas là pour "faire nombre" des pieds, beau parce que tirant tout le vers:
Et, comme un long linceul traînant à l'Or-i-ent, (Charles Baudelaire, Recueillement).  

Vous aurez noté la prise rythmique bien distincte, résultant d'un vers cassé, par simple onomatopée:
Ah ! vienne vite le Printemps,

Et tout ainsi jusqu'à la fin du poème, qui est un vers isolé s'achevant sur une sourde. A noter l'entrelac permanent, rigoureux, de rimes masculines et de rimes féminines, du plus bel effet, vraiment efficace.

Et cette permanence de la musique, on a parlé du goût de la chanson grise à son propos, je crois que c'est un compliment.

Moult thèses, sûrement, ont dû voir le jour sur le travail euphonique chez Verlaine, mais il y a là matière à émerveillement.

C'est peut-être aussi pour cet aspect-là, en dehors d'autres que nous aborderons sans doute au fil du...fil, que, à mon humble avis, Verlaine est l'une des grandes canalisations centrales de la poésie française au XIXème, avec Baudelaire, Hugo et Mallarmé. Des gens vers qui aboutit la poésie française antérieure, et d'où part la poésie française ultérieure.


mots-clés : #poésie
par Aventin
le Sam 17 Déc - 21:19
 
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Sujet: Paul Verlaine
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Paul Verlaine

Paul Verlaine
(30 mars 1844-8 janvier 1896)

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 6 Paul_v10

Fils d’un officier napoléonien, Paul Verlaine fait ses études à Paris au lycée Bonaparte. Il travaille ensuite à l’hôtel de ville de la capitale. Ne pouvant supporter cet emploi médiocre, il fréquente les cafés et leurs poètes et commence à boire.
Ce rapport catastrophique à l'alcool est générateur de violence. Tout au long de sa vie, il est sujet, en état d'ivresse, à de très graves colères qui lui font commettre des actes qu'il regrettera ensuite.

Cette compagnie l’incite à rédiger ses premiers poèmes, empreints de mélancolie, où se mêlent préciosité et personnages de la commedia dell'arte ("Fêtes galantes" 1869) ainsi que son admiration pour Baudelaire ("Poèmes saturniens" 1866 à 22 ans) . En 1870, il fait la connaissance de Mathilde Mauté, qu’il épouse. Il écrit pour elle le recueil "La Bonne Chanson".

En 1871, il rencontre Arthur Rimbaud pour lequel il sacrifie son couple et s’enfuit en Angleterre. A l'issue d'une dispute entre eux, il blesse à coups de pistolet le jeune poète. Condamné pour homosexualité, Verlaine est emprisonné pendant deux ans et c'est à cette époque qu'il rédige l’essentiel des recueils "Romance sans paroles" (1874) et "Sagesse" (1881). De retour à Paris, il sombre à nouveau dans l’alcoolisme. En 1884, paraît son recueil "Jadis et naguère" qui reprend des poèmes écrits une décennie plus tôt et que couronne Art poétique. La mort de sa mère en 1886, le condamne à la misère, malgré l’admiration des symbolistes.

Paul Verlaine est avant tout le poète des clairs-obscurs. L’emploi de rythmes impairs, d’assonances, de paysages en demi-teintes le confirment, rapprochant même, par exemple, l’univers des Romances sans paroles des plus belles réussites impressionnistes. Il s'ingénie à introduire le maximum de variété dans le rythme, initiant par là l'avènement du vers libre.

C’est lui qui a lancé la notion de « poètes maudits»

source : Babelio

Pour accéder à une biographie très complète rédigée par Aventin, cliquer ici:
Paul Verlaine est né le 30 mars 1844 à Metz, où son père est officier du Génie, ville que la famille quitte en 1850.
De 1851 à 1861, Verlaine fait ses études à Paris à l'institution Landry, rue Chaptal, puis au Lycée Bonaparte (futur lycée Condorcet).
En 1858 (à 14 ans), il envoie à Victor Hugo un poème de sa composition, intitulé La Mort.
Passionné de dessin et de littérature, il écrit des vers et des nouvelles à la manière d'Edgar Poe.
En 1862, il passe son bac ès lettres, mais fréquente plus les cafés littéraires que la fac de droit où il s'est inscrit.

A 21 ans, Verlaine est chargé de la critique littéraire dans la revue "L'Art", il écrit des articles élogieux sur Charles Baudelaire et Victor Hugo. Il rencontre les parnassiens, François Coppée, Théodore de Banville, José-Maria de Heredia et Leconte de Lisle.
Il vit toujours chez ses parents et, après le décès de son père en décembre 1865, chez sa mère avec laquelle il entretiendra une relation de proximité et de violence toute sa vie.

Paul Verlaine est aussi très proche de sa chère cousine Élisa, orpheline recueillie en 1836 et élevée par les Verlaine avec leur fils: il souhaitait secrètement l'épouser, mais elle se marie en 1861 avec un entrepreneur aisé (il possède une sucrerie dans le Nord) ce qui permettra à Élisa de l'aider à faire paraître son premier recueil.
La mort en couches en 1867 de celle dont il restait amoureux le fait basculer un peu plus dans l'excès d'alcool qui le rend violent: il tente alors plusieurs fois de tuer sa mère.

En 1866, Verlaine collabore au premier Parnasse contemporain et publie les Poèmes saturniens. On y sent l'influence de Charles Baudelaire, cependant que s'y annonce déjà "l'effort vers l'Expression, vers la Sensation rendue" (Lettre à Mallarmé du 22 novembre 1866), qui caractérise, sinon le meilleur de sa poésie, appréciation dangereuse que l'on laisse volontiers de côté au vu du maniement précautionneux qu'elle entraîne, du moins le plus notoire.

1867 voit la parution confidentielle et la diffusion sous le manteau, histoire de contourner la censure, de la plaquette Les Amies (sous-titré Scènes d'amour sapphique)) comprenant cinq sonnets (Sur le balcon, Pensionnaires, Per amica silentia, Printemps, Été, Sappho).

En 1869, Les Fêtes galantes, des fantaisies évoquant le dix-huitième siècle de Watteau, confirment cette orientation vers la sensation restituée, ajoutant toutefois une touche de musicalité, et le rendu quasi-musical restera désormais une de ses caractéristiques, fût-ce au prix de quelques acrobaties formelles.

Il se marie en 1870 avec une jeune fille de 17 ans, Mathilde Mauté de Fleurville pour qui il vient de publier La Bonne Chanson, union encouragée par la mère de Verlaine.
Mais le couple dysfonctionne presque d'emblée. L'alcool est de plus en plus présent dans la vie du poète, et, au rêve des fiançailles succèdent, presque tout de suite, les malentendus, aggravés par la violence conjugale dont Verlaine fait preuve.

Le couple explosera en 1871, lorsque Verlaine fait la connaissance d'un certain Arthur Rimbaud, qui n'est pas la première liaison homosexuelle qu'on lui prête (à 16 ans il se serait épris d'un de ses camarades de lycée, Edmond Lepelletier, qui sera son futur biographe, puis de Lucien Viotti qui sera tué lors de la guerre de 1870).

En janvier 1872, la pauvre Mathilde, victime de ces violences conjugales, s'enfuit à Périgueux avec leur jeune fils Georges qui vient de naître.

Verlaine, quant à lui, suit le jeune poète ardennais en Angleterre puis en Belgique, avec parfois Germain Nouveau en complément du duo. C'est pendant ces voyages qu'il écrit Les Romances sans paroles.

En 1873, il blesse Rimbaud d'un coup de revolver et est condamné à deux ans de prison, bien que Rimbaud ait retiré sa plainte, peine qu'il purge à Bruxelles et à Mons. Il apprend lors de sa détention que Mathilde a demandé et obtenu la séparation de corps et la garde de leur fils.

Son retour au catholicisme date de ce séjour dans les geôles belges. C'est là qu'il entreprend, puis peaufine le futur recueil Sagesse (paru en 1880).

A sa sortie, il se rend à nouveau en Angleterre, puis à Rethel et exerce une charge de professeur. En 1884, il publie un essai sur Trois "poètes maudits" (Mallarmé, Tristan Corbière, Rimbaud) qui contribue à le faire connaître.

Jadis et Naguère parait également en 1884, c'est un patchwork de recueil, franchement disparate, comprenant pour l'essentiel (et le plus notable !) des pièces écrites dix ans plus tôt, et des poésies secondaires: recueil alimentaire ? Hum, sans doute, mais il cèle quelques petits joyaux, comme "Art poétique", ou encore "Langueur", etc... qui sont des jalons de prime importance dans sa trajectoire poétique.

Avec Mallarmé, il est traité comme un maître et un précurseur par les poètes du symbolisme et par les décadents. A partir de 1887, alors que sa célébrité s'accroît, il plonge dans la misère la plus noire.

Il publie, pourtant, et de façon assez régulière et abondante: Amour (1888), Parallèlement (1889), Dédicaces (1890), un bref recueil érotique Femmes (1890), Bonheur (1891), Chanson pour Elle (1891), Liturgies intimes (1892), Odes en son honneur (1893), Élégies (1893), Dans les limbes (1894), Épigrammes (1894).

En 1895, la ville de Nancy donne son nom à une de ses rues, ce sera le début d'une interminable série, puisque, de nos jours, de la métropole à la sous-préfecture voire même certains villages, il n'y a pas une agglomération de France qui ne s'enorgueillisse de "sa" plaque Paul Verlaine, sur un édifice ou en nom de voirie.  

En 1895 toujours, il signe la préface d'un recueil des œuvres complètes de Rimbaud publiées par la sœur de ce dernier.

Puis, post-mortem, paraissent Chair (1896), Invectives (1896), Hombres (1903), Biblio-sonnets (1913).

Partageant son temps entre cafés, hôpitaux et asiles, usé de façon prématurée, il sombre dans la misère, tendance semi-clochardisation. Comme un peu de baume sur ses plaies, il est pensionné par le gouvernement en 1894, pathétiquement couronné par celui-ci "Prince des Poètes".

Pour être complet, signalons qu'il a aussi écrit quelques ouvrages critiques, quelques fragments autobiographiques et d'autres polémiques, des récits de voyage et même des livres de fiction type roman, qu'il a tenté et abandonné des recueils de poésie (Les Vaincus, Cellulairement, Varia...). Quelques crobards ou dessins plus élaborés jalonnent aussi son parcours, et bon nombre de vers sont perdus ou restent à compiler, à recueillir: des collectionneurs fortunés en gardent jalousement, dit-on.  


Il décède d'une congestion pulmonaire à Paris le 8 janvier 1896.
Le lendemain de son enterrement, plusieurs quotidiens relatent un événement curieux: dans la nuit qui a suivi les obsèques, la statue de la Poésie, au faîte de l'Opéra, a perdu un bras qui s'est écrasé, avec la lyre qu'il soutenait, à l'endroit où le corbillard de Verlaine venait de passer...


Bibliographie sélective :

Recueils en vers
1866 : Poèmes Saturniens
1867 : Les Amies, scènes d'amour sapphique (recueil érotique)
1869 : Fêtes galante
1874 : Romances sans paroles
1880 : Sagesse
1884 : Jadis et Naguère
1888 : Amour
1889 : Parallèlement
1890 : Dédicaces
1890 : Femmes (recueil érotique)
1891 : Bonheur
1891 : Chansons pour Elle
1892 : Liturgies intimes
1893 : Odes en son honneur
1893 : Élégies
1894 : Dans les limbes
1894 : Épigrammes
1896 : Chair
1896 : Invectives
1903 : Hombres (recueil érotique)
1913 : Biblio-sonnets

Œuvres de fiction (en prose)
1886 : Les mémoires d'un veuf
1886 : Louise Leclercq - Le Poteau - Madame Aubin - Pierre Duchatelet
1888 – 1890 : Histoires comme ça
1893 : L'obsesseur
1895 : Conte pédagogique

Œuvres autobiographiques (en prose)
1885 ? : La goutte
1889 – 1891 : Gosses
1891 : Mes hôpitaux
1891 : Souvenirs
1891 : Bénéfices
1891 : Le Diable
1892 : Chronique de l'hôpital. L'ennui, là
1892 : Souvenirs d'un messin
1893 : Mes prisons
1893 : Quinze jours en Hollande. Lettres à un ami
1893 : Onze jours en Belgique
1894 : Un tour à Londres
1895 : Confessions
1895 : Croquis de Belgique
Enfance chrétienne (publication posthume)
La mère souris (publication posthume)
Les Bigarrures de l'honneur  (publication posthume)

Œuvres critiques
1884 et 1888 : Les Poètes maudits
1885 – 1892 : Les hommes d'aujourd'hui

Œuvres polémiques et récits de voyages
1867 : Les Imbéciles
1869 : Articles du Rappel
1880 : Voyage en France par un Français
1882 – 1883 : Nos Ardennes

Mot-clé : #poésie
par Aventin
le Sam 17 Déc - 9:23
 
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Sujet: Paul Verlaine
Réponses: 25
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Fernando Pessoa

Fernando Pessoa (1888–1935)

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 6 Pessoa10

“Les poètes n’ont pas de biographie. C’est leur œuvre qui est leur biographie. Pessoa, qui douta toujours de la réalité de ce monde, accepterait sans hésiter d’appartenir directement à ses poèmes, en oubliant les incidents et les accidents de son existence terrestre. Rien de surprenant dans sa vie – rien, sauf ses poèmes. (…) Son secret, en outre, est inscrit dans son nom (…). Masque, personnage de fiction, personne : Pessoa. Son histoire pourrait se résumer par le passage entre l’irréalité de sa vie quotidienne et la réalité de ses fictions.” 

Octavio Paz, Un inconnu de lui-même : Fernando Pessoa, in La fleur saxifrage, Gallimard, 1984.
     
 Biographie sommaire des principaux hétéronymes de Fernando Pessoa :

Fernando Pessoa : Lisbonne, 1888-1935.
     Très jeune, orphelin de père. Sa mère se remarie. De 1898 à 1905 à Durban, il vit en Afrique du Sud – son beau-père y est consul du Portugal – où il reçoit une éducation anglaise. En 1907, il quitte l’université (Lettres) et ouvre un atelier de typographie. Ce sera un échec. Le 8 mars 1914, naissance du maître, Alberto Caeiro, qui lui donne Le gardeur de troupeau et lui présente ses disciples, Ricardo Reis et Alvaro de Campos. Création en 1915 de la revue Orpheu qui ne comptera que deux numéros ; autour de lui : Sà-Carneiro, Luiz de Montalvor, Angelo Lima, les peintres Sousa-Cardoso et Almado Negreiros et le poète açorien Armando Cortes-Rodrigues. Sera admiré par la génération suivante (José Régio, Joáo Gaspar Simóes, Adolpho Casais Monteiro). Entre 1918 et 1921, il fait imprimer à compte d’auteur des poèmes écrits en anglais. Devenu une gloire internationale bien après sa mort. La fameuse grande malle rustique, découverte après son décès, a révélé au monde un écrivain qui comptera désormais parmi les plus importants de ce siècle, pour ne pas dire, de tous les temps.

     Alberto Caeiro : Lisbonne 1889-1915.
     Très jeune, orphelin de père et de mère. Il vécut presque toute sa vie dans la villa de Ribatejo avec une vieille tante. N’a pas beaucoup fréquenté les bancs d’école – niveau primaire uniquement. Paganiste convaincu et convainquant : “Mon maître Caeiro n’était pas païen ; il était le paganisme même” (Alvaro de Campos) ; “Il ne croit en rien, il existe. (…) Ce n’est pas un philosophe, c’est un sage” (Octavio Paz).
     Il est l’auteur de :
     – Le Gardien de troupeau (1911-1912)
     – Le Pâtre amoureux, poèmes épars (1913-1915)

     Alvaro de Campos : Tariva, 15 octobre 1890
     D’ascendance juive. Il devient ingénieur naval à Glasgow. Il voyage en Orient et ramène certainement l’inspiration de son Opium à bord. Il est partisan d’un esthétique non aristotélicienne qu’il voit incarnée par trois poètes : Walt Whitman, Alberto Caeiro et,…lui-même. Il utilise un monocle et s’est forgé une solide réputation d’homme irascible et impassible. Aime les falsifications et ses masques sont autant de contradictions. Auteur, entre autres, du très célèbre Bureau de Tabac “qui ouvre l’ère de l’absurde, de l’humour triste, d’un existentialisme penché sur son narcissique miroir où il pressent le plissement des premières rides ” (Armand Guibert) et du sulfureux Ultimatum.
Fernando Pessoa l’appelle “son fils”.

     Ricardo Reis : Porto, 1887. Vivait encore en 1935 au Brésil (depuis 1919), il y est peut-être mort.
     Élevé dans un collège de jésuite. Latiniste par devoir et semi-helléniste par goût. “Reis est un ermite au même titre que Campos était un vagabond” (Octavio Paz). Il est l’auteur des Odes et d’un Débat esthétique entre Ricardo reis et Alvaro de Campos.


Œuvres traduites en français

Notes en souvenir de mon maître Caeiro
Chronique de la vie qui passe (œuvres en prose en dehors du Livre de l'intranquillité)
Ode maritime et autres poèmes
Le Gardeur de troupeaux et les autres poèmes d'Alberto Caeiro avec Poésies d'Alvaro de Campos
Erostratus (Erostrate)
Lisbonne
Le Marin
Bureau de tabac, traduit par Adolfo Casais Monteiro et Pierre Hourcade
Ode Maritime
Bureau de tabac et autres poèmes
Le Gardeur de troupeaux et les autres poèmes d'Alberto Caeiro
Visage avec masques, poèmes des principaux hétéronymes
Antinoüs
Bureau de tabac
Le Gardeur de troupeaux
L'Ode triomphale & douze poèmes de la fin d'Alvaro de Campos
Cent cinquante-quatre quatrains
Le Livre de l'intranquillité
Le Gardeur de troupeaux et autres poèmes
Alvaros de Campos, choix de poèmes
Quatrains complets
Bureau de tabac
Ultimatum
Opium à bord.
Sur les hétéronymes
Quaresma
Le Banquier anarchiste
Contes, fables et autres fictions
Le Pèlerin
Proses vol.1 : 1912-1922, vol. 1
Proses vol.2 : 1923-1935, vol. 2
Histoires d'un raisonneur
Ode maritime
Dans la collection « Pléiade » : Œuvres poétiques





Pessoa par pessoa(s)


     “La vérité est la seule excuse de l’abondance. Nul homme ne devrait laisser 20 livres à moins de pouvoir écrire comme 20 hommes différents (…), s’il peut écrire comme 20 hommes différents de quelque manière que cela puisse être, et ses vingt livres sont justifiés.”
     Erostratus

     “Et pourtant – je le pense avec tristesse – j’ai mis en Caeiro tout mon pouvoir de dépersonnalisation dramatique, j’ai mis en Ricardo Reis toute ma discipline intellectuelle revêtue de la musique qui lui est propre, j’ai mis en Alvaro de Campos toute l’émotion que je n’accorde ni à la vie, ni à moi-même. (...)
     Enfant, j’avais déjà tendance à créer autour de moi un monde fictif, à m’entourer d’amis et de connaissances qui n’avaient jamais existé – (je ne sais pas bien entendu s’ils n’ont pas existé ou si c’est moi qui n’existe pas. 
     Un jour…– ce fut le 8 mars 1914 – je m’approchai d’une commode haute, et prenant un papier, je commençai d’écrire, debout, comme je le fais chaque fois que je le peux. Et j’écrivis une bonne trentaine de poèmes d’affilée, dans une sorte d’extase dont je ne saurais définir la nature. Ce fut le jour triomphal de ma vie, et je n’en connaîtrai jamais de semblable. Je débutai par un titre Le gardeur de troupeau et ce qui suivit fut l’apparition en moi de quelqu’un que j’ai d’emblée appelé Alberto Caeiro. Pardonnez-moi cette absurdité : en moi était apparu mon maître. "
     Extraits de la lettre à Adolpho Casais Montero, le 13 janvier 1935. (La traduction intégrale, par Rémy Hourcade, de la lettre se trouve dans Sur les hétéronymes, éditions Unes, 1985.)

     “Je suis un gardeur de troupeaux.
     Le troupeau c’est mes pensées
     et mes pensées sont toutes des sensations.
     Je pense par les yeux et par les oreilles
     par les mains et par les pieds
     par le nez et par la bouche.”
     (…)
     Alberto Caeiro, Le Gardeur de troupeau
     Èditions Unes, 1986, traduit du Portugais par Rémy Hourcade et Jean-Louis Giovannoni.

     “ La réalité n’a pas besoin de moi.”
     (idem)

     “J’impose à mon esprit altier l’exigence assidue
     De la hauteur, et au hasard je laisse,
     Et à ses lois, le vers :
     Car, lorsqu’est souveraine et haute la pensée,
     Soumise la phrase la cherche,
     Et le rythme esclave la sert.”
     Ricardo Reis, Odes, in Poèmes Païens, Christian Bourgois, 1989.

     “Je pressens le crâne que je serai
     (…)
     Lors c’est moins l’instant que je pleure,
     que ce moi futur que je vois,
     Vassal absent et nul
     Du destin universel. "
     (idem)

     "Nombreux sont ceux qui vivent en nous ;
     Si je pense, si je ressens, j’ignore
     Qui est celui qui pense, qui ressent.
     Je suis seulement le lieu
     Où l’on pense, où l’on ressent.
     (…)
     À celui que je me connais : J’écris. "
     (idem)

     “ ‘J’ai horreur du mensonge parce que c’est une inexactitude.’ Tout Ricardo Reis – passé, présent et futur – est dans cette phrase.”
     Alvaro de Campos, Notes à la mémoire de mon maître Caiero, in Sur les hétéronymes, éditions Unes, 1986, traduction de Rémy Hourcade.

     “Fernando Pessoa éprouve les choses mais il ne bouge pas, pas même à l’intérieur.”
     (idem)



Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 6 Pessoa10


Les édition José Corti


Mots-clés : #poésie
par bix_229
le Jeu 15 Déc - 19:32
 
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Sujet: Fernando Pessoa
Réponses: 49
Vues: 2698

Vladimir Maïakovski

Est-ce vous

Qui comprendrez pourquoi,

Serein,

Sous une tempête de sarcasmes,

Au dîner des années futures

J’apporte mon âme sur un plateau ?

Larme inutile coulant

De la joue mal rasée des places,

Je suis peut-être

Le dernier poète.

Vous avez vu

Comme se balance

Entre les allées de briques

Le visage strié de l’ennui pendu,

Tandis que sur le cou écumeux

Des rivières bondissantes,

Les ponts tordent leurs bras de pierre.

Le ciel pleure

Avec bruit,

Sans retenue,

Et le petit nuage

À au coin de la bouche,

Une grimace fripée,

Comme une femme dans l’attente d’un enfant

À qui dieu aurait jeté un idiot bancroche.

De ses doigts enflés couverts de poils roux, le soleil vous a épuisé de caresses, importun comme un bourdon.

Vos âmes sont asservies de baisers.

Moi, intrépide,

je porte aux siècles ma haine des rayons du jour ;

l’âme tendue comme un nerf de cuivre,

je suis l’empereur des lampes.

Venez à moi, vous tous qui avez déchiré le silence,

Qui hurlez,

Le cou serré dans les nœuds coulants de midi.

Mes paroles,

Simples comme un mugissement,

Vous révèleront

Nos âmes nouvelles,

Bourdonnantes

Comme l’arc électrique.

De mes doigts je n’ai qu’à toucher vos têtes,

Et il vous poussera

Des lèvres

Faites pour d’énormes baisers

Et une langue

Que tous les peuples comprendront.

Mais moi, avec mon âme boitillante,

Je m’en irai vers mon trône

Sous les voûtes usées, trouées d’étoiles.

Je m’allongerai,

Lumineux,

Revêtu de paresse,

Sur une couche moelleuse de vrai fumier,

Et doucement,

Baisant les genoux des traverses,

La roue d’une locomotive étreindra ton cou.











Si je croyais à l’outre-tombe…

Une promenade est facile.

Il suffit d’allonger le bras, –

la balle aussitôt

dans l’autre vie

tracera un chemin retentissant.

Que puis-je faire

     si moi

         de toutes mes forces

             de tout mon cœur

en cette vie

  en cet

      univers

         ai cru

            crois.



Maïakovski, Cela, 1923


mots-clés : #poésie
par Bédoulène
le Mer 14 Déc - 23:10
 
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Sujet: Vladimir Maïakovski
Réponses: 19
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Vladimir Maïakovski

Vladimir Maïakovski (1893-1930)

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 6 Vladim10

Vladimir Vladimirovitch Maïakovski né le 19 juillet (7 juillet) 1893 à Baghdati (gouvernement de Koutaïssi, Géorgie, Empire russe) et mort le 14 avril 1930 à Moscou, est un poète, dramaturge et futuriste soviétique.
Issu d’une famille modeste, il s’installe à Moscou en 1906, après la mort de son père. Il adhère au Parti social démocrate (bolchévique) à 15 ans et participe aux manifestations révolutionnaires de 1905. Arrêté trois fois pour conspiration, il s'initie à la poésie alors qu'il est emprisonné à Boutyrskaïa en 1909.

En 1911, il entre à l'École de peinture, sculpture et architecture de Moscou.
Il commence sa carrière littéraire à l'âge de 18 ans par une tragédie provocante intitulée Vladimir Maïakovski, montée au Luna-Park à Saint-Pétersbourg en 1913. Elle sera copieusement sifflée « à y percer des trous », dira-t-il.

Il devient rapidement un des meneurs du mouvement futuriste après sa rencontre avec le poète et peintre David Bourliouk avec lequel il fonde l'association Queue d'Âne. Le premier manifeste du mouvement est publié en 1912.
Tout en exploitant cette nouvelle poésie, il en révolutionne les codes dans La Flûte en colonne vertébrale (aussi connue sous le nom de La Flûte des vertèbres, 1915) ou dans son Nuage en pantalon (1915), véritable manifeste du futurisme, qui est le fruit de sa relation troublée avec Lili Brik qu'il a rencontrée en 1915 alors qu'il entretient une relation avec sa jeune sœur Elsa Triolet.
Il lui écrira et lui dédiera sa vie durant ses plus belles poésies. Lili est déjà mariée avec Ossip Brik qui devient l'ami et l'éditeur du poète. Un ménage complice à trois s'instaure.

De retour à Moscou et après la Révolution d’Octobre de 1917, il utilise sincèrement, son talent au service du pouvoir politique, notamment dans le poème « Lénine ».
Il écrit également deux pièces satiriques. Son Mystère-Bouffe est une pièce qui traite de la Révolution d'une façon épique : « Mystère, c’est ce que la Révolution a de grand. Bouffe, ce qu’elle a de comique ». Il se heurte une fois encore au conformisme des critiques et du Parti.

Il sillonne pourtant l'Europe en ambassadeur et visite Londres et Paris. De 1923 à 1925 il prend les commandes de la revue LEF, à l'avant garde du futurisme et qui influencera toute une génération d'écrivains.
Partout on écoute ce géant à la voix de stentor célébrer la révolution dont il est le chantre. Il se met au service de l'Agence télégraphique russe (ROSTA) et conçoit les images et les textes des posters satiriques. Après une série de ruptures et de réconciliations, il se sépare définitivement de Lili en 1924. A New York, il rencontre Elly Jones, une jeune émigrée russe, et de leur brève passion naît une fille : Patricia Jones Thompson, qu'il ne reverra qu'en 1929.

La famine gronde, le cri torturé du Treizième apôtre plus désespéré que jamais résonne: « À bas votre amour, à bas votre art, à bas votre société, à bas votre religion ».
Le 14 avril 1930 à 10 h 15, le poète harassé, qui par défi jouait aussi à la roulette russe, se tire une balle dans le cœur. La thèse du suicide semble évidente. Le poète qui exhortait la jeunesse à vivre à la mort terrible d'Essenine est lui aussi « reparti vers les étoiles ».

Une certitude, il rédigea sa propre épitaphe deux jours avant sa mort : « Le canot de l'amour s'est fracassé contre la vie (courante). Comme on dit, l'incident est clos. Avec vous, nous sommes quittes. N'accusez personne de ma mort. Le défunt a horreur des cancans. Au diable les douleurs, les angoisses et les torts réciproques !... Soyez Heureux ! ».
On trouvera aussi ce mot : « Maman, mes sœurs, mes amis pardonnez-moi - ce n'est pas la voie ( je ne la recommande à personne ) mais il n'y a pas d'autre chemin possible pour moi. Lili aime-moi ! ».

Staline ordonne des funérailles nationales pour celui qu'il qualifiera plus tard de « poète de la Révolution ».
Il sera après sa mort tour à tour déconsidéré, oublié, réhabilité par Staline sur l'insistance des Brik - « Ils l'ont tué une seconde fois » dira Boris Pasternak, mis à l'index à nouveau et, finalement, redécouvert au fil des révolutions.

source : wikipédia

Bibliographie sélective en français :

Vers et prose (traduction Elsa Triolet)
Lettres à Lili Brik (1917-1930)
Comment ça va ? Au secours !
Du monde j'ai fait le tour
Le Nuage en pantalon
L'universel reportage
A pleine voix, anthologie poétique
Ecoutez si on allume les étoiles…
De ça
L'amour, la poésie, la révolution

Mots-clés : #poésie
par GrandGousierGuerin
le Mer 14 Déc - 21:25
 
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Sujet: Vladimir Maïakovski
Réponses: 19
Vues: 1642

Marie-Ève Comtois

Marie-Ève Comtois
Née en 1980

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 6 Comtoi10

Plus ça va, plus j'enchaîne les fils d'auteurs de poésie avec un sens du synchronisme qui épouse bien les questionnements sous-jacents à ma quête poétique.

Marie-Ève Comtois est née en 1980. Elle est issue des arts visuels et elle a publié en 2007 son premier recueil, Le Windex de Narcisse, chez Michel Brûlé éditeur. Il ne serait pas exact de prétendre qu'il s'agit de poésie post-2010. Elle fait partie des précurseurs du courant, un peu comme Geneviève Desrosiers et Jean-Sébastien Larouche pour en citer deux. Kim Doré animait la collection de poésie chez Michel Brûlé Éditeur avant de transférer les opérations dans une nouvelle maison de poésie indépendante dénommée les Poètes de brousse. Marie-Ève Comtois a publié son deuxième recueil - Je te trouve belle mon homme - chez les Écrits des Forges, une maison d'édition basée à Trois-Rivières.

J'ai connu Marie-Ève Comtois par l'entremise de Doctorak Go. Mathieu Arsenault a écrit à son sujet :

La poésie de Marie-Ève Comtois reprend la formule de l'intimisme des années 80, celui de François Charron, d'Élise turcotte et de tant d'autres. Mais elle arrive à une époque où l'ancrage dans la réalité du monde, le quotidien ordinaire, les intérieurs rangés de la demeure sont devenus des rêves inaccessibles. L'époque de Je te trouve belle mon homme est celle d'un décalage perpétuel par rapport à la réalité, celle des antidépresseurs et de sa subjectivité coupée du présent immédiat. La voix du recueil n'arrive à parler que d'une voix étrangement modulée, faussement naïve, faussement insouciante, meublant par des images farfelues cette difficulté de franchir cette distance qui nous sépare désormais des autres. Et malgré cela, la poésie de Comtois reste enjouée, drôle même et forte d'une ironie sourde et ambiguë qui n'arrive à révéler la lassitude de vivre qu'en faisant mine de la cacher.

Source : http://productionsarreuh.blogspot.ca/2013/03/marie-eve-comtois-je-te-trouve-belle.htmL


Oeuvre :

- Le Windex de Narcisse, 2007
- Je te trouve belle mon homme, 2012
- Roucouler comme des raisins sauvages, 2016

Mots-clés : #poésie #Québec
par Jack-Hubert Bukowski
le Mar 13 Déc - 6:00
 
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Sujet: Marie-Ève Comtois
Réponses: 13
Vues: 623

Maude Veilleux

Maude Veilleux
Née en 1987

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 6 Maudev10

Maude Veilleux est née en 1987. Elle est originaire de la Beauce, dans la région de Chaudière-Appalaches en périphérie de la ville de Québec. De nos jours, elle vit et travaille à Montréal. Maude Veilleux semble être très portée sur le fait de se laisser prendre en photo dans des poses inédites : http://maudeveilleuxv.tumblr.com/. Ce n'est pas nécessairement ce qu'il y a de plus gracieux mais bon, on comprend le fondement de la démarche.

Jusqu'à ce jour, Maude Veilleux a écrit deux recueils de poésie et deux romans. Elle vient d'ailleurs de faire publier son dernier recueil. J'avais déjà lu Les choses de l'amour à marde, mais j'imagine que j'attendais d'en voir plus avant de vous parler d'elle. Je la trouve très simple dans sa posture. Elle assume une démarche qui va à contre-courant du «star-system», mais j'imagine que ça pourrait aller dans le sens d'une mode «contre-culturelle» nouvelle mouture, que ça finisse par être récupéré par l'establishment.

Il est de plus en plus fréquent que des poètes de vocation écrivent des romans au Québec. Nous pouvons notamment penser aux Maude Veilleux, Daniel Leblanc-Poirier, Danny Plourde, Jean-Simon Desrochers, Élise Turcotte, Rachel Leclerc et compagnie... Le mouvement inverse - le fait d'aller du roman vers la poésie - est plus rare. Quoi qu'il en soit, je vois Maude Veilleux comme une poète authentique.


Oeuvres

Poésie
- Les choses de l'amour à marde, 2013
- Last call les murènes, 2016

Romans
- Le Vertige des insectes, 2014
- Prague, 2016[/quote]

Mots-clés : #poésie #Québec
par Jack-Hubert Bukowski
le Mar 13 Déc - 5:36
 
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Sujet: Maude Veilleux
Réponses: 12
Vues: 1189

Charles Dionne

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 6 Charle11

D'espoir de mourir maigre (2013) :

Je serai un critique sans concession pour le recueil. C'est un bien grand mot dans la mesure où le recueil présente plusieurs belles pages de poésie qui rappellent l'importance du courant de poésie post-2010. Étant donné qu'il s'agit d'avant-garde et que nous parlons du fondateur d'un site de poésie révéré dans les milieux où la poésie tend à s'innover, il y a la tentation d'un programme. Gardez ce mot à l'esprit.

Tout bien compris, la poésie de Charles Dionne s'affirme avec beaucoup d'ampleur. Par rapport à une notion de programme, j'attire votre attention sur :

Charles Dionne, D'espoir de mourir maigre, 2013, Montréal : La Tournure, p. 19 a écrit:bourgeoisie d'asphalte
terrasse devant l'autoroute
pichet d'eau de javel

grand roi de centre d'achat de muscles de vitrine

cultivateur de rêves de croissance en affaires
de capital porte d'entrée dans le monde des grands
de cauchemar de taux de rebond
de détresse de mauvais trimestre
de mythe du monde sur ses épaules
et de poursuite de l'élévation personnelle

construire un quatrième étage
sur le bungalow

et s'approcher du ciel


Nous sommes dans une critique sociale féroce ponctuée d'une tonalité poétique - pensons ici à la référence cryptée du titre Le Windex de Narcisse de Marie-Ève Comtois :

p. 22

tous les rabais - soldes occasions incroyables
orgasmes à valeur réduite
pour éjaculer le Windex
entre deux pipes de fond de Zellers

communauté de plastique
bombeurs de torse

revenus les mains pleines de sacs espérance


En majuscules, accompagné d'une illustration sobre qui pourrait évoquer soit du papier ou des draps froissés.

p. 30

JE SUIS ALLÉ ME FAIRE DÉBOSSELER
LA GUEULE À TON PARTY PAR
CEUX QUI VENAIENT DE VIVRE
UNE RÉVÉLATION AU CENTRE
D'ACHAT


Un peu plus tard, nous restons dans le registre de la critique sociale à l'aune des baby-boomers vieillissants :

p. 45

somme toute verser le vin
devant la réussite d'une vue sur les montagnes

fatigue de marivaudage arraché au visage
d'un honneur asthmatique
indignant amour de jeunesse

ne reste qu'une fatigue pilote automatique
air enflé
journées sèches
adaptation large des contes où les vieux baisent encore
langoureusement


Nous pouvons parler d'un portrait sans concession, qui a tendance à dénoncer les travers d'une époque. Néanmoins, la référence littéraire québécoise prédomine :

p. 49

pauvres
lisant Gauvreau Giguère Aquin Lapointe
marchant pieds nus sur la neige qui ne fond pas
suicidés un peu sans succès souriant au reflet qui
stagne à leurs pieds

quel animal de métal et de brique a pris leur crâne entre ses
griffes de ciment
pour les fendre

rouage affreux des jours qui s'emboîtent

rouage
ordinaire

pour fendre leurs images tordues
fendre leurs places près des autobus

monstre de solitude
de cauchemar
laideur affreuse
machine infernale
aveugle
cannibale
monstre sans corps
sans âme


Commentaire a posteriori suite aux lectures croisées :

Il m'a semblé en lisant Quand j'parl' pour parler de Jean Narrache que Charles Dionne s'en est inspiré pour son titre. J'ai lu de la poésie, des motifs qui faisaient que Charles Dionne semble les avoir «repiqués» pour donner une résonance face à ce qu'il entreprend comme esthétique et propos. Il faudrait que je relise le recueil par exemple pour vous trouver les passages cités...

Commentaires rapatriés.


mots-clés : #poésie #quebec
par Jack-Hubert Bukowski
le Mar 13 Déc - 5:15
 
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Sujet: Charles Dionne
Réponses: 8
Vues: 483

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