Des Choses à lire
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Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mer 13 Nov - 15:21

145 résultats trouvés pour poésie

Roxane Desjardins

Roxane Desjardins
Né en 1991


Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 7 Roxane10

Roxane Desjardins est née en 1991. Elle a publié un premier recueil poétique en solo, Ciseaux, en 2014. Elle fut récipiendaire du prix Émile-Nelligan et du prix Félix-Leclerc en 2014. Nous pouvons parler d'un accomplissement peu commun. Il faut prendre acte que la maison d'édition Les Herbes Rouges jouit d'une excellente reconnaissance institutionnelle. Nous avons vu plusieurs poètes de cette maison d'édition remporter des prix littéraires au cours des dernières années. Roxane Desjardins étudiait à la maîtrise en Études littéraires à l'UQAM aux dernières nouvelles. Elle vient de faire publier Moi qui marche à tâtons dans ma jeunesse noire à l’automne 2016.


Oeuvres:
- Constance succombe (fanzine), 2013
- Cannibale maison (fanzine), 2013
- Ciseaux, 2014
- Moi qui marche à tâtons dans ma jeunesse noire, 2016

Mots-clés : #poésie #québec
par Jack-Hubert Bukowski
le Ven 9 Déc - 7:14
 
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Sujet: Roxane Desjardins
Réponses: 3
Vues: 443

Pierre Jean Jouve

ADIEU

I.

Noir. Noir. Sentiment noir.
Frappe image noire un coup retentissant sur le gong du lointain
Pour l'entrée à l'épaisseur bien obscure de ce coeur
L'épaisse cérémonie à la longue plaine noire
De l'intérieur et de l'adieu, de minuit et du départ!

Frappe, comme un gong noir à la porte d'enfer!
Un aigre vent soulève les roseuax des sables
Confond les monts
Sous les nuées de mauvais temps de la mémoire
Fait retomber la vague en éclatante blancheur dans le néant.

C'est la journée épaisse intime où Elle part
Jetant un dernier oeil aux prouesses d'amant,
Où il quitte, quelques maigres longueurs encor de faible sable
Et poussant la vieillesse de l'âge un aigre vent.

Noir, noir, sentiment noir, oh frappe clair et noir
Pour l'épaisse cérémonie à la terre sans lendemain
Portant comme un socle divin le monument de leur départ.

II.

De longues lignes de tristesse et de brouillard
Ouvrent de tous côtés cette plaine sans fin
Où les monts s'évaporent puis reprennent
A des hauteurs que ne touche plus le regard:
Là où nous sommes arrivés, donne ta main,

Puis aux saules plus écroulés que nos silences
A l'herbe de l'été que détruisent tes pieds
Dis un mot sans raison profèe un vrai poème,
Laisse que je caresses enfin tes cheveux morts
Car la mort vient roulant pour nous ses tambours loin,

Laisse que je retouche entièrement ton corps
Dans son vallon ou plage extrême fleur du temps
Que je plie un genou devant ta brume erreur
Ta beauté ton parfum défunt près du départ
Adorant ton défaut ton vice et ton caprice
Adorant ton abîme noir sans firmament.

Laisse ô déjà perdue, et que je te bénisse
Pour tous les maux par où tu m'as appris l'amour
Par tous les mots en quoi tu m'as appris le chant.

III.

Adieu. La nuit déjà nous fait méconnaissables
Ton visage est fondu dans l'absence. Oh adieu
Détache ta main de ma main et tes doigts de mes doigts arrache
Laissant tomber entre nos espaces le temps
Solitaire étranger le temps rempli d'espaces;
Et quand l'obscur aura totalement rongé
La forme de ton ombre ainsi qu'une Eurydice
Retourne-toi afin de consommer ta mort
Pour me communiquer l'adieu. Adieu ma grâce
Au point qu'il n'est espoir de relier nos sorts
Si même s'ouvre en nous le temple de la grâce.

Extrait de "Voyageur", in Mélodrame


mots-clés : #poésie
par Cliniou
le Mer 7 Déc - 9:41
 
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Sujet: Pierre Jean Jouve
Réponses: 8
Vues: 446

Pierre Jean Jouve

Pierre Jean Jouve
(1887-1976)

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 7 P_j_jo10

Enfant d'une famille bourgeoise et de santé fragile, Pierre Jean Jouve découvre, à seize ans, Baudelaire et Mallarmé, ses maîtres en poésie.
Ses premiers vers s'inspirent du symbolisme avant que Jouve ne devienne le chantre de l'unanimisme après sa rencontre avec le groupe de l'Abbaye. Pendant la Première Guerre mondiale, il s'engage comme infirmier dans un hôpital militaire, contractant de graves maladies qu'il part soigner en Suisse et sous influence de Romain Rolland, qu'il y rencontre, il publie des textes pacifistes.
De 1921 à 1927, Pierre Jean Jouve traverse une grave crise morale prenant conscience que la poésie est d'essence spirituelle.
Il reniera ensuite toute son oeuvre d'avant 1925. Sa rencontre avec la psychanalyste Blanche Reverchon lui révèle la profondeur de l'inconscient.

Son oeuvre, marquée par la foi chrétienne, tourne dès lors autour d'Eros et Thanatos, de l'inconscient dominé par la sexualité entravant l'aspiration spirituelle. Pierre se retranche dans la solitude pour lire les grands mystiques et publie les poèmes 'Noces' (1925), 'Sueur de sang' (1933), 'Matière céleste' (1937) et les romans 'Hécate' (1928), 'Vagadu' (1931) et 'Scène capitale' (1935).
Durant la Seconde Guerre, il publie une analyse du 'Don Juan' de Mozart (1942) ainsi que 'La Vierge de Paris' (1946), et une 'Défense et Illustration' (1946) de Baudelaire, Rimbaud et Nerval.
La poésie de Pierre Jean Jouve se fait le miroir du conflit de l'homme déchiré entre la spiritualité et les instincts.

source : Evene


Bibliographie :

Artificiel, (1909)
Les Muses romaines et florentines, (1910)
Les Ordres qui changent, (1911)
La Rencontre dans le carrefour, (1911)
Les aéroplanes, (1911)
Présences,  (1912)
Les deux forces, pièce de théâtre en quatre actes, (1913)
Parler, Paris, (1913)
Vous êtes des Hommes, (1915)
Poème contre le grand crime, (1916)
Danse des Morts, Genève,  (1917)
A la Révolution russe, collectif, (1918)
Hôtel-Dieu, récits d'Hôpital en 1915, avec 25 bois gravés par Frans Masereel, (1918)
Le défaitisme contre l'homme libre, (1918)
Heures, Livre de la Nuit, (1919)
Heures, Livre de la Grâce, (1920)
Les Poètes contre la Guerre, collectif (Romain Rolland, Georges Duhamel, Charles Vildrac, bois gravé de Frans Masereel, etc.), (1920).
Romain Rolland vivant, 1914-1919, (1920)
Toscanes, (1921)
Tragiques suivi de Voyage sentimental, (1922)
Prière, portrait gravé par Frans Masereel, (1924)
Tombeau de Baudelaire, Paris, (1958)
Paulina 1880, (1959)
Le Monde désert, (1960)
Aventure de Catherine Crachat I, Hécate, (1961)
La Scène capitale, (1961), comprend Histoires sanglantes et La Scène capitale.
Aventure de Catherine Crachat II, (1963)
Poésie*, 1925-1938, I Les Noces, II Sueur de Sang, III Matière céleste, IV Kyrie, Mercure de France, (1964)
Poésie**, 1939-1947, V La Vierge de Paris, VI Hymne, Mercure de France, (1965)
Le Paradis perdu, Grasset, (1966)
Poésie***, 1939-1947, VII Diadème, VIII Ode, IX Langue, Mercure de France, (1966)
Poésie****, 1939-1967, X Mélodrame, XI Moires, Mercure de France, (1967)
Le Don Juan de Mozart, Plon (1968), avec un avant-dire de P. J. Jouve.

publications posthumes
Œuvre I, Paris
Œuvres II
Paradis perdu
Génie
Folie et génie
Sacrifices
Apologie du poète, suivi de Six lectures
Beau Regard
Le Don Juan de Mozart
Wozzeck d'Alban Berg
Lettres à Jean Paulhan - 1925-1961
Tombeau de Baudelaire




J'ajouterai que je ne connaissais pas Jouve. C'est en découvrant les poésies de David Gascoyne que j'ai découvert Pierre Jean Jouve; ses traductions y sont magnifiques de fidèlité à l'esprit gascoynien. Finalement, ils étaient amis et se ressemblaient quelque part.

Mot-clé : #poésie
par Cliniou
le Mer 7 Déc - 9:40
 
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Sujet: Pierre Jean Jouve
Réponses: 8
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Giuseppe Ungaretti

Extrait du Port Enseveli



IN MEMORIUM

Son nom c'était
Mohammed Scheab

Descendait
des émirs nomades
s'est suicidé
parce qu'avait
plus de Patrie

Aimait la France
changea de nom

Il fut Marcel
mais pas Français
savait plus vivre
sous la tente des siens
où l'on écoute
la cantilène du Coran
en buvant du café

Et ne savait
pas délivrer
la chanson
de son abandon

Je l'ai suivi
avec la patronne de l'hôtel
où nous vivions
à Paris
au numéro 5 de la Rues des Carmes
une ruelle en pente les murs fanés

Il repose
au cimetière d'Ivry
un faubourg qui semble
éternellement
dans une journée
où s'en va la foire

Et peut-être suis-je seul
à savoir encore
qu'il a vécu.

LE PORT ENSEVELI

Y pénètre le poète
et retourne à la lumière avec ses chants

et les disperse

De cette poésie
il ne reste
qu'un rien
d'inépuisable secret

LINDOR DE DESERT

Balancement d'ailes de fumée
tranche le silence des yeux

Avec le vent s'égrène le corail
d'une soif de baisers

Je blêmis de stupeur c'est l'aube

La vie se transvase en moi
dans un enchevêtrement de nostalgies

Je reflète à présent les coins du monde
que j'avais pour compagnons
et flairant l'étendue je m'oriente

Jusqu'à la mort à la merci du voyage

Nous avons les haltes du sommeil

Le soleil essuie les larmes

Je me couvre du manteau tiède
de lin d'or

De cette terrasse de désolation
je me penche dans les bras
du beau temps

VEILLEE

Une nuit entière
jeté à côté
d'un camarade
massacré
sa bouche
grinçante
tournée à la pleine lune
ses mains congestionnées
entrées
dans mon silence
j'ai écrit
des lettres pleines d'amour

Je n'ai jamais été
plus
attaché à la vie

AU REPOS

Qui m'accompagnera par les champs

Le soleil s'essaime en diamants
de gouttes d'eau
sur l'herbe souple

Je reste docile
à l'inclination
de l'univers serein

Les montagnes se dilatent
en gorgées d'ombre lilas
et vaguent avec le ciel

Là-haut à la voûte légère
l'enchantement s'est brisé

Et je tombe en moi

Et je m'enténèbre dans mon coin.

PHASE D'ORIENT

Dans la mollesse mouvante d'un sourire
nous nous sentons noués par un tourbillon
de bourgeons de désir

Le soleil nous vendange

Nous fermons les yeux
pour voir nager sur un lac
des promesses infinies

Nous en revenons marquer la terre
avec ce corps
qui à présent pèse si fort


COUCHER DE SOLEIL

La peau du ciel
éveille des oasis
au nomade d'amour


mots-clés : #poésie
par Cliniou
le Mer 7 Déc - 9:35
 
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Sujet: Giuseppe Ungaretti
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Giuseppe Ungaretti

" Il y a eu d'abord, au commencement de la vie d'Ungaretti (né à Alexandrie d'Egypte), au commencement de sa poésie, le désert; le désert qui est le rien, le vide, l'éternité vide où toute vie semble à la longue s'ensevelie; qui est aussi l'espace où l'on s'élance, où l'on se risque, où l'on respire; il y a eu la nuit qui est une autre espèce de rien, une autre espèce d'étendue (effrayante comme la cécité, l'opacité); et la lumière même, quelquefois, au désert, est si violente qu'elle devient noire, qu'elle aussi absorbe, anéantit toute existence. [...]
L'allégresse, le premier livre d'Ungaretti, s'est d'abord intitulé l'Allégresse des naufrages: jamais l'exaltation ne va sans péril.
De même qu'au vent et à la lumière aveuglante du désert ne résistent que l'os et le roc, de même qu'à l'épreuve de la guerre (celle de 14-18, vécue par Ungaretti dans le Carso) ne survit qu'un homme réduit à ses fibres élémentaires (l'"homme de peine", effrayé, endurant, meurtri, fraternel), de même, la poésie de L'allégresse semble le produit d'une calcination ou d'une érosion: nue, brève et rude; elle aussi une apparition sur l'étendue de la page, une venue et une fuite, le précieux tremblement du temps à peine saisi que libéré dans la durée. Ces poèmes eux-mêmes sont pareils à des tentes, haltes précaires: un moment de révolte, un moment de désespoir, un moment de trêve, d'attente, d'abandon, à peine le temps d'une réflexion, d'une sentence, et c'est déjà le silence. Un mot n'y est pas plus (mais pas moins) qu'une feuille qui tremble dans la nuit.
"
P.Jaccottet

L'allégresse(Ici, des traductions de Jean Lescure.)

FIN DU PREMIER TEMPS (Milan 1914-1915)

TOUJOURS

D'une fleur cueillie à l'autre offerte
l'inexprimable rien

ENNUI

Cette nuit elle aussi passera

Cette solitude tout autour
ombre titubante des fils de tramways
sur l'asphalte humide

Je regarde les têtes des cochers
qui dans le demi-sommeil
vacillent

LEVANT

La ligne
vaporeuse s'efface
au cerceau lointain du ciel

Claques des pieds claques des mains
et la clarinette stridule ses arabesques
et la mer est de cendre
qui tremble douce inquiète
comme un pigeon

Des émigrants syriens dansent à la poupe

A la proue un jeune type tout seul

Le samedi soir à cette heure
les Juifs
là-bas
trimbalent
leurs morts
dans le trou d'escargot
chancellement
de ruelles
de lueurs

Eau confuse
comme le bruit de la poupe que j'entends
dans l'ombre
du
sommeil

TAPIS

Chaque couleur s'étend à son aise et s'installe
au milieu des autres couleurs

Pour être si vous la regardez plus seul

IL NAIT PEUT-ETRE

C'est la brume qui nous efface

Il naît peut-être un fleuve ici en haut

J'écoute le chat des sirènes
du lac où se trouvait la ville

AGONIE

Mourir comme les alouettes altérées
sur le mirage

Ou comme la caille
passée la mer
dans les premiers buissons
parce qu'elle n'a plus désir
de voler

Mais non pas vivre de plaintes
comme un chardonneret aveuglé

SOUVENIR D'AFRIQUE

Le soleil enlève la ville

On ne se voit plus

Même les tombes lui résistent à peine

MA MAISON

Après tant de temps
surprise
d'amour

Je croyais l'avoir éparpillé
aux quatre coins du monde

NUIT DE MAI

A la pointe des minarets
le ciel pose
des guirlandes de veilleuses

DANS LA GALLERIA

Un oeil d'étoile
nous prie de la mare là-haut
et filtre sa bénédiction glacée
sur cet aquarium
d'ennui somnambulique

CLAIR-OBSCUR

Même les tombes sont effacées

Espace noir infini descendu
de ce bacon
au cimetière

Il est venu me retrouver
Mon camarade arabe
qui s'est tué l'autre soir

Voici le jour encore

Les tombes reviennent
tapies dans le vert sombre
des dernières obscurités
dans le vert trouble
de la première clarté

PEUPLE

S'en est allé le troupeau solitaires des palmes
et la lune
infinie sur l'aridité des nuits

La nuit plus refermée
tortue lugubre
brasse ses écheveaux

Une couleur ne dure pas

La perle saoule du doute
agite déjà l'aurore et
à ses pieds momentanés
la braise

Grouillen déjà les cris
d'un vent neuf

Des ruches naissent dans lamontagne
de fanfares égarées

Redevenez d'anciens miroirs
lambeaux dissimulés de l'eau

Et
tandis qu'à présent tranchantes
les pousses des hautes neiges bordent

la vue familière à mes vieux
dans la clarté calme
s'alignent les voiles.

O ma Patrie chacun de tes jours
s'est allumé dans mon sang

Tranquille tu t'avances et chantes
sur une mer famélique


mots-clés : #poésie
par Cliniou
le Mer 7 Déc - 9:32
 
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Sujet: Giuseppe Ungaretti
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Dorothy Parker

Une idée du style:Ce qu'on en dit

La vie de Dorothy Parker a ceci d’émouvant qu’elle ressemble étrangement à ses personnages.
Dans l’édition de poche de ses œuvres complètes, parue à New York en 1944, son préfacier Brendan Gill écrivait :
« Comme tas de personnes qui ont perdu leur mère en bas âge, elle avait l’imagination du malheur et elle cultivait cette tendance. Son don pour que les choses tournent mal confinait au génie. »

Ce n’est pas un auteur charmant de saynètes de la vie américaine,
bien qu’elle ait surtout écrit des nouvelles, des épigrammes et
des poèmes. Son sujet de prédilection reste l’incommunicabilité,
la solitude à deux des couples, la recherche désespérée de l’amour. Dorothy Parker est une humoriste implacable face à l’absurdité
des passions non partagées, des bonnes manières qui dissimulent
les mauvais sentiments.
Féministe aussi, elle dénonce l’impossibilité d’un rapport vrai entre
ces sexes dont chacun se croit tenu, par la morale et les usages,
de se conformer à une sorte de caricature de lui-même.
Ses jeunes filles puériles, frivoles et mesquines, dont on voit d’avance
les épouses frustrées, bornées et invivables qu’elles deviendront,
sont parmi les personnages les plus tragi-comiques de la galerie de portraits proposée par Dorothy Parker.
Le fait que ses personnages n’aient pas pris une ride avec l’âge témoigne qu’elle est parvenue à ce niveau profond des êtres
où les comportements échappent aux modes pour révéler ce qu’il y a de pathétique, de dérisoire et d’immuable dans la condition humaine.

Conclusion de Benoîte Groult (traductrice de ‘la vie à deux’) :
Il est parfois difficile de juger un auteur qui a été porté au pinacle
par un milieu privilégié ou une tendance de mode. Mais l’humour, le vrai, ne se démode pas.
Quand on relit, 50 ans plus tard, les nouvelles de Dorothy Parker, elles vous frappent au cœur avec cette vérité acérée qui est le signe de ce qui dure.
Cette fois, il n’y a plus d’erreur possible :
nous sommes en présence d’un véritable écrivain.

(tiré d'une préface de Benoîte Groult)

Extrait de Hymnes à la haine (Hate Verses), ici dans la traduction de Patrick Reumaux.

   Je hais les Femmes :
   Elles me portent sur les nerfs.

   Il y a les femmes d'Intérieur...
   Ce sont les pires.
   Chaque instant est ficelé de Bonheur.
   Elles respirent avec méthode
   Et pour l'éternité se hâtent à grand pas vers la maison
   Où il faut surveiller le dîner...
   Il y a aussi les douces
   Qui disent avec un tendre sourire « L'argent ne fait pas le bonheur »
   Et ne cessent de me faire admirer leur robe
   En me confiant : « Je l'ai faite moi-même »...
   Et vont épluchant les pages féminines des magazines ;
   Toujours à essayer de nouvelles recettes...
   Ah, que je les hais, ces sortes de femmes !

   Et puis il y a les Petites Fleurs Sensibles.
   Les Pelotes de Nerfs...
   Elles ne ressemblent pas aux autres et ne se privent pas
   De vous le rappeler.
   Il y a toujours quelqu'un pour froisser leurs sentiments,
   Tout les blesse... très profondément,
   Elles ont toujours la larme à l'œil...
   Ce qu'elles peuvent m'enquiquiner, celles-là, à ne parler jamais
   Que des Choses Réelles,
   Des choses qui Importent Vraiment.
   Oui, elles savent qu'elles aussi pourraient écrire...
   Les conventions les étouffent :
   Elles n'ont qu'une seule idée, partir...partir Loin de Tout !
   Et moi je prie le Ciel : oui, qu'elles foutent le camp !

   Et puis, il y a celles qui ont toujours des Ennuis.
   Toujours.
   En général avec leur Mari...
   On est injuste avec elles,
   Personne jamais ne les comprend, ces femmes.
   Elles arborent un petit sourire désenchanté
   Et quand on leur parle elles sursautent.
   Elles commencent par vous dire que leur lot est de souffrir
   En silence :
   Personne ne saura jamais...
   Et en avant le déballage...

   Et puis, il y a les Madame-Je- Sais-Tout.
   Elles sont la peste !
   Elles savent tout ce qui de par le monde arrive
   Et sont au régal de vous en informer.
   Il est de leur devoir de corriger les impressions fausses,
   Elles connaissent les Dates de Naissance, les Second Prénoms
   De tout un chacun
   Et leur être sue la Banalité Factuelle.
   Pour moi, elles sont l'Ennui !

   Il y a aussi celles qui s'avouent Incapables de Deviner
   Pourquoi tant d'hommes sont fous d'elles !
   Elles vous disent qu'elles ont essayé mais en vain.
   Elles vous parlent du mari d'une telle :
   Ce qu'il a dit
   Et sur quel ton...
   Ensuite elles soupirent et demandent :
   « Chérie, en quoi cela d'ailleurs me concerne-t-il ? »
   Ne les détestez-vous pas, celles-là, vous aussi ?

   Il y a enfin celles qui ont toujours le Sourire aux Lèvres.
   Elles ne sont pas mariées,
   Passent leur temps à distribuer de menus cadeaux,
   A préparer de petites surprises,
   Elles me conseillent de prendre, comme elles, les choses
   Du Bon Côté.
   Ah, que deviendraient elles si elles venaient à perdre leur sens
   De l'humour ?...
   Et moi qui brûle de les étrangler !...
   N'importe quel jury m'acquitterait.

   Je hais les femmes :
   Elles me portent sur les nerfs.



mots-clés : #poésie
par Cliniou
le Mer 7 Déc - 8:30
 
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Sujet: Dorothy Parker
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Geneviève Desrosiers

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 7 41hu5t10

Nombreux seront nos ennemis (1999, première publication posthume) :

Emblématique du destin inachevé du Québec-Canada, la poésie de Geneviève Desrosiers s'est surtout rédigée entre 1994 et 1996. Elle fut publiée par ses proches et la maison d'édition L'Oie de Cravan qui ont exhumé les partitions en attente. À mon sens, les conditions dans lesquelles la poésie québécoise fut traitée ont longtemps fait en dépit d'un rayonnage institutionnel adéquat. En 1996, Gaston Miron mourait en même temps que Geneviève Desrosiers fut happée par la vie. Nous perdions alors l'ambassadeur de la poésie québécoise par excellence. Il faut toutefois dire que la poésie du pays avait alors fait son temps. Des poètes de la relève avaient eu le temps de s'illustrer de belle façon pendant que Gaston Miron les encourageait infailliblement. Nous pouvons notamment penser aux Michel Beaulieu de ce monde.

Revenons à nos moutons. Geneviève Desrosiers est aujourd'hui portée aux nues. Des critiques et des poètes aussi illustres que Mathieu Arsenault, Maxime Catellier et François Guerrette prennent part à la réhabilitation de l'oeuvre de Geneviève Desrosiers dans les cercles restreints de la pratique littéraire. Il est remarquable que des hommes prennent la parole pour défendre la cause d'une femme et s'effacer devant l'immensité de son oeuvre. Imaginez, son oeuvre était tout juste un embryon. Il est étonnant qu'elle puisse être d'aussi bonne qualité et avec des données brutes et tangibles en ce qui concerne les qualités formelles de sa poésie.

Pour ma part, j'ai pris connaissance de l'existence de Geneviève Desrosiers quelque part à la fin de l'année 2014, début 2015... À l'époque, je n'étais pas encore prêt à encaisser l'immense météorite de Nombreux seront nos ennemis. J'avais eu la chance de voir Nelly Arcan de son vivant, j'ai lu la poésie de Marie Uguay et je connaissais lointainement Josée Yvon. Plus près de nous, Vickie Gendreau est morte des suites d'un cancer il n'y a pas si longtemps... il y a une conscience du survivant qui entre en ligne de compte.

Il y a tellement d'extraits qui doivent être cités. Le recueil en entier est une citation à lui seul. Disons qu'il nous faut agglutiner ce qui donne de vitalité à une poésie qui ne se surprenait plus dans les horizons blafards qui précédaient la revitalisation de la poésie québécoise. François Guerrette et Zéa Beaulieu-April ont révéré et pratiqué un intertexte qui renvoie à la référence de Geneviève Desrosiers comme fondatrice de la poésie québécoise moderne post-2010.


mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Mer 7 Déc - 5:03
 
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Sujet: Geneviève Desrosiers
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Geneviève Desrosiers

Geneviève Desrosiers
(1970-1996)


Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 7 Genevi10

Je reprends mon périple. Finalement, Geneviève Desrosiers est la première poétesse québécoise que je cite.

Geneviève Desrosiers (1970-1996) est une poétesse québécoise qui a fulguré on ne sait trop d'où. Aujourd'hui même, nous la consacrons dans la confection de nos recueils de poésie. Cette même poésie aura beau se tenir dans des semblants de blocs de prose, la plume de Geneviève Desrosiers est sans pitié, avec tout juste ce qu'il faut de tendresse et de lumière pour survivre à travers les ténèbres de la vie. Fauchée rapidement à l'âge de 25 ans, elle a connu l'opportunité d'une correspondance avec l'ultime critique fait institution, Gilles Marcotte. Son passage au sein de la constellation québécoise fait en sorte que la poésie post-2010 s'écrit d'une manière on ne peut plus consacrée.

Nombreux seront nos ennemis est son seul recueil. Composé de quelques poèmes achevés d'une rare maestria et d'une suite d'écritures poétiques inachevées ponctuées de quelques correspondances avec le critique cité plus haut, le recueil est immaculé. Il s'est vendu comme des petits pains bien chauds et les fournées ne sont pas fait attendre par la suite. Geneviève Desrosiers aura connu la consécration à partir des années 2010. Là réside son legs qui aura fait bifurquer la littérature et la poésie québécoise dans une direction inattendue…


Oeuvre

Nombreux seront nos ennemis

mots-clés : #poésie #Québec
par Jack-Hubert Bukowski
le Mer 7 Déc - 4:59
 
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Sujet: Geneviève Desrosiers
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Miguel Barnet

Poème 1

Maintenant je quitte l'omnibus et son dernier visage
Il est tard mais il y a tant à faire
La chaleur envahit la ville



autour de moi les gens, le cri éveillé,
et les enfants avec leurs foulards au cou
dans un délicieux labeur

sur La Havane il y a beaucoup à dire
quand les portes du marché ouvrent
et que se voient les vendeurs
aux portails
avec un grand couteau à la ceinture
et les yeux jaunes

sur la havane les eglises barroques
dans leurs marches d’oranges à la Goya
et de fermes kilos de sueur sans éclat


a midi ses rues s’enfoncent sous la terre


et que monte par les grilles torsadées une vieille mélodie

le vieillard de la philarmonique tend son chapeau
défraichi aux dames
on devine l’arrivée de l’automne
cela peut être aussi triste
autant que cela peut être joyeux

la grande population sommeille
et se precipite
dans ce fracas
quand le jour n’est pas encore arrivé
nous pouvons contempler le ciel tranquillement

les lumières de la havane sont blanches la nuit
le malecón est propice à l’amour
et unie à Yemayà (déesse de la mer)
une barque s’éloigne lentement devant mes yeux


impossible de dormir dans le passage
c’est trop beau
et cette nostalgie est mienne
et les phantasmes de ma tenue
et les femmes avec des fruits dans les mains
et les larges hanches aux odeurs de mousses
et tout


plus que jamais la chaleur embrase
vrai Juvenal, que c’est bon de se rappeler
comment on a pu capturer un lézard rouge
une fois par bonheur ?
et se rappeler que dans cette même cité il y a peu d’années en arrière
nous étions un morceau de verre qui se brisait en été
ou une graine sèche.


peut être la plume d’un oiseau mort ?

A mes amis legitimes
ceux qui portent ma chemise
et à la maitresse de maison qui reçoit souriante.
au vendeur d’essences

je les aime plus que tout...


il fait chaud
et je me rappele du 8 Janvier
ou peut être du 6
quand j'ai vu pleurer le soldat aux moustaches grises


autant cela peut être triste
autant cela peut être joyeux...


(de la pierre fine et du paon)...

Mots-clés : #poésie
par Chamaco
le Mer 7 Déc - 0:39
 
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Sujet: Miguel Barnet
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Carlos Pintado

Carlos Pintado
(Né en 1974)


Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 7 Final_10
Né à Pinar del Rio (Cuba) en 1974....Exilé à Miami....







TALES DE MILETO

Yo, Tales de Mileto,
que he visto la belleza reflejada en el agua
en la forma de un rostro,
no quiero ser juzgado por algo imperceptible.

Yo, uno de los siete grandes sabios de Grecia,
que confirmé la fecha del eclipse
y el uso de los símbolos geométricos,
que he mirado mi sombra
arrastrarse en silencio por la arena de Egipto.

Yo, que también he dicho
que en todo están los dioses,
he quemado los libros que los nombran.

Yo, Tales de Mileto,
mirando cómo el agua al tocarme me olvida,
sufro el dolor y el miedo hasta en mis sueños

-----------------------------------------------------------------
traduction possible :

Moi Thalès de Milet
qui ai vu la beauté réfléchie dans l’eau
sous la forme d’un buste
je ne veux pas être jugé pour quelque chose d’imperceptible.

Moi, un des sept grands sages de Grèce
qui confirma la date de l’éclipse
et l’usage des symboles géometriques
qui ait regardé mon ombre
ramper en silence sur le sable d’Egypte

Moi qui ai aussi dit,
que les dieux sont partout
j'ai brûlé les livres qui les nomment.

Moi Thalès de Milet,
regardant  comment l’eau après m’avoir touché m’oublie
je subis la douleur et la peur jusque dans mes rêves.

Mots-clés : #poésie
par Chamaco
le Mer 7 Déc - 0:34
 
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Sujet: Carlos Pintado
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josé Agustin Quintero

José Agustin Quintero (1829-1885)

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 7 Quinte10

La Havane 1829 - Nouvelle Orléans 1885
Fils d'un planteur de tabac cubain et d'une anglaise, José Agustin Quintero naît à la Havane en 1829. Diplômé en droit, il devient journaliste, écrivant pour la révolution patriote cubaine. Arrêté à 3 reprises par les Espagnols pour ses écrits, il est condamné à mort, mais parvient à s'échapper.

Réfugié aux Etats-Unis, il prend le parti du sud pendant la guerre de sécession.
A la fin de la guerre, il s'établit à la Nouvelle Orléans. Il deviendra consul américain en Belise et au Costa Rica. Il meurt à La Nouvelle Orléans en 1885.






¡Adelante!, ¡adelante!


¡Adelante!


Dios le dijo a la luz con voz sonora:
¡adelante!, ¡adelante!
Movió el tiempo su rueda giradora,
y un sol tras otro sol, y hora tras hora,
su marcha comenzaron incesante.

Los arroyos, los ríos y las fuentes,
con eco murmurante,
desataron sus límpidas corrientes,
y las nubes y vientos prepotentes
gritaron: ¡adelante!

Las montañas se alzaron altaneras
con majestad triunfante;
su penacho alzaron las palmeras
y su vuelo las águilas ligeras.
¡Adelante!, ¡adelante!

Al ánima del hombre el mismo acento
le dijo resonante:
corta el altivo cedro corpulento,
doma del mar el ímpetu violento.
¡Adelante!, ¡adelante!

Ve saca del mármol y, con noble anhelo,
toma el cincel cortante...
Cúpulas y columnas desde el suelo
alzáronse soberbias hasta el cielo.
¡Adelante!, ¡adelante!

Del cometa la marcha misteriosa
ve y descubre constante.
Arrebata a la nube tenebrosa
el rayo de explosión estrepitante.
¡Adelante!, ¡adelante!

El hombre oyó la celestial llamada
de emoción palpitante;
y en base inmensa la dejo grabada
con dócil pluma o vengadora espada.
¡Adelante!, ¡adelante!

Los sabios en las aulas proclamaron
el principio triunfante;
la razón y la gloria se hermanaron
y las artes y ciencias exclamaron:
¡Adelante!, ¡adelante!

Despierta ¡oh Cuba! Tras tormenta fiera
asoma el sol radiante
¡Esperanza y valor! Oprobio fuera
no llevar por divisa en tu bandera:
¡Adelante!, ¡adelante!

bel hymne à la gloire de Cuba de la part d'un avocat, journaliste, redacteur de journaux qui participa à la guerre de liberation contre l'Espagne, emprisonné plusieurs fois et condamné à mort pour ses idées patriotiques il dut s'exiler à plusieurs reprises aux Etats Unis dont il fut l'ami d'un des présidents....

Mots-clés : #poésie
par Chamaco
le Mer 7 Déc - 0:31
 
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Sujet: josé Agustin Quintero
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Ernesto Diaz Rodriguez

Ernesto Diaz Rodriguez
Né en 1937


Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 7 Ernest12

Né à Cuba en 1937, poète, emprisonné pendant 22 ans en raison de ses activités anti-castristes et de sa lutte pour les droits du peuple cubain. Libéré le 23 mars 1991, après de longues campagnes internationales en sa faveur., il a écrit neuf livres de poèmes et un sur la vie au bagne politique. C'est un activiste politique et dirigeant du mouvement ouvrier.


Bibliographie en français :

La cloche à l'aube (écrit en prison)





Un poème écrit en prison par un poète cubain, pêcheur à Cojimar de son état, Ernesto Diaz Rodriguez:

LE PETIT

Si un enfant te demande
De lui raconter
Ce qu'est la vie
D'un prisonnier.
Dis-lui d'abord
Qu'il y a d'autres choses
Beaucoup plus belles,
Comme les fleurs
Quand se pare
De mille couleurs
La primevère.
Montre-lui le ciel,
Le papillon
Et la mouette…
La robe blanche
De son plumage
Sur les vagues.
Si le petit pleure,
S'il a besoin ensuite
Que tu lui racontes
Ce qu'est la vie
D'un prisonnier…
Dis-lui qu'il y a des choses
Encore plus belles :
La rose blanche,
La blanche étoile
Les couleurs
De son panache.
Si un petit te demande
De lui raconter
Ce qu'est la vie
D'un prisonnier.
Chante lui un couplet,
Invente un jeu…!
Mais ne dis pas
A un petit
Ce qu'est la vie
D'un prisonnier.

Mots-clés : #poésie
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le Mer 7 Déc - 0:27
 
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José Lezama Lima

José Lezama Lima (1910-1976)

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 7 Lezama10

José Lezama Lima, né le 19 décembre 1910 à La Havane et mort le 9 août 1976 (à 65 ans) dans la même ville, Un des plus grand poète cubain, si ce n'est le plus grand, il fut condamné par le régime cubain qui lui reprochait son homosexualité.



Bibliographie des oeuvres traduites en français

1969 : L'Expression américaine (essai)
1960 : Dador (poésie)
1966 : Paradiso (roman)
1971 : Introduction aux vases orphiques
1982 : Le Jeu des décapitations







RUEDA EL CIELO

Rueda el cielo -que no concuerde
su intento y el grácil tiempo-
a recorrer la posesión del clavel
sobre la nuca más fría
de ese alto imperio de siglos.
Rueda el cielo -el aliento le corona
de agua mansa en palacios
silenciosos sobre el río
a decir su imagen clara.
Su imagen clara.

Va el cielo a presumir
-los mastines desvelados contra el viento-
de un aroma aconsejado.
Rueda el cielo
sobre ese aroma agolpado
en las ventanas,
como una oscura potencia
desviada a nuevas tierras.
Rueda el cielo
sobre la extraña flor de este cielo,
de esta flor,
única cárcel:
corona sin ruido.

Mots-clés : #poésie
par Chamaco
le Mer 7 Déc - 0:14
 
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José Marti

José Marti (1853-1895)

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 7 Marti910

Patriote et écrivain cubain, apôtre de l’Independance de Cuba, dernière colonie espagnole  en Amerique. Le fait d’avoir été tué au combat le transforma en martyr des aspirations cubaines à l’Independance.
Il naquit au sein d’une modeste famille espagnole à La Havane (sa maison natale existe toujours), le 28 Janvier 1853, où il fit ses etudes primaires.
A l’âge de 16 ans il fut condamné à 6 années de prison pour ses idées revolutionnaires. Alors qu’il avait une mauvaise santé il fut incarcéré dans l’île des Pins. Déporté en Espagne en 1871, il publia un debat politique sur Cuba, la première des nombreuses plaidoiries pour l’Independance cubaine avant la Révolution…

Du point de vue de la poésie, ses œuvres les plus connues sont Ismaelillo, Versos sencillos et Versos libres.







Cultivo una Rosa Blanca

Cultivo una rosa blanca
En Junio como en Enero,
Para el amigo sincero,
Que me da su mano franca.

Y para el cruel que me arranca
El corazón con que vivo,
Cardo ni ortiga cultivo
cultivo una rosa blanca.

Je cultive une rose blanche

Je cultive une rose blanche
en Juin comme en Janvier
pour l'ami sincère
qui me donne sa main franche

et pour le cruel qui m'arrache
le coeur avec lequel je vis
je ne cultive ni le chardon ni l'ortie
je cultive une rose blanche

Mots-clés : #poésie
par Chamaco
le Mar 6 Déc - 23:49
 
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Nicolás Cristóbal Guillén Batista

Un de ses recueils de poésie (je l'ai trouvé Plaza de armas à La Havane) : "Todas las flores de Abril" :
extrait :

Nada

El tiempo pasa silencioso
Con un pasar de agua nocturna
Y ve mi frente taciturna
Y ve mi pecho sin reposo

En ese tiempo silencioso
Hundo mi voz de agua nocturna
Pongo la frente taciturna
Reposo el pecho sin reposo

Guardo mi pena en el penario
Guardo mi alma en el armario
Guardo mi voz como una espada

Ya nada tengo, nada quiero
Ya nada busco, nada espero
Nada

Y ya era rico. Yo tenia
Una guitarra de agua pura,
Un ruisenor en la espesura
Y el gran fulgor del mediodia.

Pero perdi lo que tenia
El ruisenor y el agua pura
Y la guitarra y la espesura
Se me hizo noche el mediodià.

Pido limosna. Pero en vano
Tiendo la voz, abro la mano.
Comprende usted, desmemoriada ?

Ya nada tengo, nada espero
Ya nada busco, nada quiero.
Nada


traduction suggérée :

Rien,
Le temps passe silencieux
Avec un écoulement d’eau nocturne
Et vois mon front taciturne
Et vois ma poitrine sans repos.


En ce temps silencieux
Je baisse ma voix d’eau taciturne
Je prends un front taciturne
Je repose ma poitrine sans repos.

Je garde ma peine dans le pénitencier
Je garde mon âme dans l’armoire
Je garde ma voix comme une épée.

Maintenant je n’ai rien, je ne veux rien
Maintenant je ne cherche rien, je n’espère rien
Rien.

Et alors j’étais riche, j’avais
Une guitare d’eau pure
Un rossignol dans les fourrés
Et le grand éclat du midi.

Je quémande une aumône. Mais en vain
J’élève la voix, ouvre la main.
Comprenez-vous, distraite ?

Maintenant je n’ai rien, je ne veux rien
Maintenant je ne cherche rien, je n’espère rien
Rien.

Mots-clés : #poésie
par Chamaco
le Mar 6 Déc - 23:38
 
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Severo Sarduy

Severo Sarduy
(Né en 1937)


Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 7 Sarduy10

Né le 25 février 1937 Camagüey, mort le 8 juin 1993 à Paris, réfugié en France depuis 1961. Poète, peintre et critique d'art, élève de Roland Barthès....


Ouvrages traduits en français :

1967 : Écrit en dansant (De donde son los vantante)
1972 : Cobra (roman)
1974 : Barroco (essai)
1974 : Big Bang (Big Bang)
1978 : Maitreya (Maitreya)
1984 : Colibri (Colibrí)
1990 : Pour que personne ne sache que j’ai peur (Cocuyo)
1993 : Les oiseaux de la plage (Pájaros de la playa)
1977 : La Plage, pièce de théâtre





El mar con destructora música invocando la helada quietud...


El mar con destructora música invocando la helada quietud,
la ciudad que la luz redescubre jubilosa.
El ave gritando toscamente hacia un círculo que el agua desdibuja.
Todo su amplia vigilia lo gobierna -a tientas sus señales conjuro, sus palabras invoco-
menos el agua amenazando desde un duro jardín, menos el agua.
El hombre está solo frente a la luz soñada por Dios.
Los gritos de los ángeles, las aguas de la tierra por él han sido nombradas.
He aquí que él se descubre soñado y acepta su señal:
la furia de los ángeles, la nada, el olvido de Dios.


traduction proposée :

La mer avec sa musique destructrice invoquant la tranquillité glacée,
la ville que la lumière redécouvre joyeuse.
L'oiseau criant grossièrement vers un cercle que l'eau efface.
Tout sa grande vigilance le gouverne. A tâtons je conjure ses signes, j'invoque ses mots – moins d’eau menaçante depuis un jardin sécure, moins d'eau.
L'homme est seul en face de la lumière rêvée par Dieu.
Les cris des anges, les eaux de la terre ont été nommés par lui.
Alors il se découvre rêvé et accepte son signe :
la furie des anges, le néant, l'oubli de Dieu.


mots-clés : #poésie
par Chamaco
le Mar 6 Déc - 23:30
 
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Eliseo Diego

Eliseo Diego
(1920 - 1994)


Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 7 Escrit10

Eliseo Diego, né le 2 juillet 1920 à La Havane (Cuba) et mort le 1er mars 1994 à Mexico (Mexique), est un écrivain cubain, poète, conteur et essayiste.







Voici le poème d'Eliseo Diego, que personnellement je trouve très beau et émouvant, c'est la complainte d'un homme qui quitte un endroit aimé, et qui donne un nom aux choses qu'il quitte pour toujours s'en souvenir, pour un cubain c'est tres significatif, j'espère que vous lirez ce poème, amicalement :


VOY A NOMBRAR LAS COSAS


Voy a nombrar las cosas, los sonoros
altos que ven el festejar del viento,
los portales profundos, las mamparas
cerradas a la sombra y al silencio.

Y el interior sagrado, la penumbra
que surcan los oficios polvorientos,
la madera del hombre, la nocturna
madera de mi cuerpo cuando duermo.

Y la pobreza del lugar, y el polvo
en que testaron las huellas de mi padre,
sitios de piedra decidida y limpia,
despojados de sombra, siempre iguales.

Sin olvidar la compasión del fuego
en la intemperie del solar distante
ni el sacramento gozoso de la lluvia
en el humilde cáliz de mi parque.

Ni el estupendo muro, mediodía,
terso y añil e interminable.

Con la mirada inmóvil del verano
mi cariño sabrá de las veredas
por donde huyen los ávidos domingos
y regresan, ya lunes, cabizbajos.

Y nombraré las cosas, tan despacio
que cuando pierda el Paraíso de mi calle
y mis olvidos me la vuelvan sueño,
pueda llamarla de pronto con el alba.
-----------------------------------------------------------------------
ma traduction (toujours perfectible)

JE VAIS NOMMER LES CHOSES

Je vais nommer les choses, les hauteurs
sonores qui voient la fête du vent,
les vestibules profonds, les paravents
clos à l'ombre et au silence.

Et l'intérieur sacré, la pénombre
que sillonnent les offices poussiéreux,
le bois de l'homme, le bois
nocturne de mon corps quand je dors.


Et la pauvreté de l’endroit, et la poussière
dans laquelle s'inscrivent les traces de mon père,
lieux de pierre déterminée et propre,
dépouillés d'ombre, toujours égaux.

Sans oublier la compassion du feu
dans la rigueur du terrain vague distant
ni le sacrement joyeux de la pluie
dans le calice humble de mon parc.

Ni le mur excellent, à midi,
lisse, indigo et interminable.

Avec le regard immobile de l'été
mon affection connaîtra les sentiers
par où fuient les dimanches avides
et reviennent, ensuite les lundis, têtes basses.


Et je nommerai les choses, si lentement
que quand je perdrai le Paradis de ma rue
mes oublis reviendront en rêve,
pour que je puisse l’appeler tôt avec l'aube.

Mots-clés : #poésie
par Chamaco
le Mar 6 Déc - 23:22
 
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Carilda Oliver Labra

Carilda Oliver Labra
(Née en 1922)


Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 7 15031010

Carilda Oliver Labra est née à Matanzas (Cuba) en 1922.
En 1950 elle gagne le Prix national de poèsie avec son livre "Al sur de mi garganta" (au sud de ma gorge)…






Un de ses poèmes très connu (à Cuba..?):


Me desordeno, amor, me desordeno

Me desordeno, amor, me desordeno
cuando voy en tu boca, demorada;
y casi sin por qué, casi por nada,
te toco con la punta de mi seno.

Te toco con la punta de mi seno
y con mi soledad desamparada;
y acaso sin estar enamorada
me desordeno, amor, me desordeno.

Y mi suerte de fruta respetada
arde en tu mano lúbrica y turbada
como una mala promesa de veneno;

y aunque quiero besarte arrodillada,
cuando voy en tu boca, demorada,
me desordeno, amor, me desordeno.

ma traduction sous réserve de mieux :

Tu me bouleverses, amour, tu me bouleverses.

Tu me bouleverses, amour, tu me bouleverses
Quand je vais dans ta bouche, en retard,
Et presque sans raison, presque pour rien
je te touche avec la pointe de mon sein

je te touche avec la pointe de mon sein
et avec ma solitude abandonnée;
et peut être sans t'aimer
tu me bouleverses amour, tu me bouleverses

Et mon sort de fruit respecté
brûle dans ta main lubrique et troublée
comme une mauvaise promesse de poison;

et bien que je veuille t'embrasser agenouillée,
Quand je vais dans ta bouche, en retard,
Tu me bouleverses, amour, tu me bouleverses.





Mots-clés : #poésie
par Chamaco
le Mar 6 Déc - 23:18
 
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Clovis Hugues


"Ce que nous chantions en prison »
(prison de Tours, mai 1873) :

Et pourtant que demandions-nous ?
Nous voulions, comme nos ancêtres,
Ne plus tomber à deux genoux
Devant le lâche orgueil des maîtres ;
Nous voulions que la royauté
Ne vînt plus bâillonner nos bouches,
Et nous voulions dans la cité
Garder nos droits et nos cartouches.


mots-clés : #poésie
par Chamaco
le Dim 4 Déc - 0:52
 
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Sujet: Clovis Hugues
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Clovis Hugues

Clovis Hugues
(1851-1907)


Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 7 Tylych14

Clovis Hugues, 1851-1907,  écrivain, poète et homme politique. Membre de la Commune de Marseille en 1871 en compagnie de Gaston Crémieux, il échappa au peloton d’exécution de Thiers et fut emprisonné, libéré il devint journaliste, redoutable duelliste, élu député du Parti Ouvrier Français, dès lors il quitta Marseille et monta à Paris. Tout en tenant son rôle politique il écrivit des poèmes.
Il fut l’ami deVictor Hugo et d’Aristide Bruant, surnommé «le Rouge du Midi» il écrivit les vers du «Droit au bonheur». En 1944 son buste en bronze ayant été fondu au profit de l’Allemagne nazie, un buste en pierre fut réinstallé de nuit à Ménerbes sur la place du village.
Une exposition sur cet auteur a lieu au foyer rural de Ménerbes dans la Maison de la Truffe et du Vin jusqu’au 18 Septembre...


Bibliographie:

Poésie
1875 : Poèmes de prison
1876 : La Charrue
1883 : Les soirs de bataille
1883 : Jours de combats
1885 : Les Évocations
1889 : Le Travail
1900 : La chanson de Jehanne d'Arc
1903 : Les roses du laurier
1906 : Ode au vagin

Romans
1881 : La vierge rouge
1885 : Madame Phaëton
1891 : Monsieur le gendarme, roman villageois

Théâtre
1888 : Une étoile
1888 : Le sommeil de Danton, drame en 5 actes
1905 : Les Joujoux du théâtre, comédies enfantines : Cendrillon, La Boîte à musique, La Maison des dimanches, Tyl l'Espiègle





Poème dédié à Embrun :

Le ciel m’est à témoin que ton vieux Roc m’attire

Ainsi qu’un vaste aimant mystérieux et pur.

Je suspends à tes pins mon bâton et ma lyre

Comme l’ancien prophète aux grands cèdres d’Assur.

Je ne puis ni pleurer doucement, ni sourire,

Que devant tes sommets envolés dans l’azur ;

Je vois s’épanouir, loin des vents en délire,

La bonté dans tes cœurs et les fleurs dans ton mur.

Et c’est pourquoi je t’offre, ô Ville maternelle,

Ce livre né de toi, dans l’ombre de ton aile,

Pendant que la Durance au flot illimité

S’en allait recueillir, entre l’Orme et l’Yeuse,

Le torrent qui berça mon enfance rêveuse

Et l’adopter ainsi que tu m’as adopté !


Poème de «Jours de Combat»

«J’irai, je vengerai tous ceux que l’ombre assiège,  
Les gueux, les damnés, les bannis ;  
Je flétrirai les dieux et les maîtres, dussé-je  
Oublier la chanson des nids ;
Et si la corde un jour se tait, déjà brisée  
Sous l’effort de mon doigt vainqueur,  
J’en aurai vite une autre, et qui sera tissée
Avec les fibres de mon cœur !»

Apostrophe à Jules Ferry :

«Et quand nous dénoncions les banquiers lourds de graisse,
Les financiers de grand chemin,
Qui ne prenaient pas même, avant d’emplir leurs caisse
Le temps de se laver les mains ;
Quand le cœur nous sautait brusquement à la gorge
Quand nous disions : «Châtiez-les !»
Monsieur Ferry, soufflant comme un soufflet de forge
Applaudi par tous ses valets,
S’écriait sur le ton d’un pédant qui professe :
«Vous êtes des gens de parti !»


mots-clés : #poésie
par Chamaco
le Dim 4 Déc - 0:51
 
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Sujet: Clovis Hugues
Réponses: 2
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