Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 12 Nov - 16:56

145 résultats trouvés pour poésie

Guy Goffette

Un manteau de fortune :

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Guygof11

J’ai pris le temps de lire une première fois le recueil dans l’édition qui paraît en couverture. J’y ai trouvé une quête qui se trouvait dans les déplacements et le mouvement tumultueux des amours comme des choses de la vie. Je n’ai pas beaucoup noté d’extraits et le dernier extrait se trouve dans Le relèvement d’Icare. J’imagine que la sagesse de mes lectures de poésie m’a dicté de marquer un temps de pause au milieu du recueil. J’ai été très sélectif dans ce que je dévoile comme extraits.
Tout d’abord, je vous cite la première de trois lettres à l’inconnue d’en face :

V

(Lettre à l’inconnue d’en face, 1)

Rideaux, tentures, voilages, non rien,
Madame, pour dérober à votre œil
de cyclope dans l’ombre qui m’épie
ce long corps nu de faux gisant recru
d’intempérances, et ce qui se pâme aussi
devant votre balcon où sèche toute
une lingerie de nonne aux abois -
fleurs vénéreuses pour le solitaire
que la mort affole dresse démoelle
dans la nuit, rivé à vos blanches cuisses.


Puis, je me suis dit que cet extrait aller vous arracher des sourires :

ROUTE

Comme un grand animal
la route s'est assise et souffle

Le cantonnier complice
partage l'unique cigarette

on est près de parler
mais la terre s'abat
d'un coup d'aile

midi vient de sonner


Dans la thématique de la ville, ce poème illustre bien la métaphore :

Première partie de l’amoureuse sur les toits

La nuit peut bien tomber sur la ville
endormie et, tempête, emporter les toits,
les arbres et les enseignes mortes,
je ne céderai pas, dit-elle,

comme ceux qui, voyant venir la fin
de la partie, s’effacent et consentent
à mourir avant que le joueur baisse
le pouce. J’ai une carte secrète

qui me bat sous les côtes un air si vif
que je vole et que la terre en tremble,
précipitant la nuit dans la nuit,
hier dans ses décombres.

J’aime, et le jour est tout neuf.


Pour clore le tout, un autre poème désenchanté point le jour dans l’œuvre de Guy Goffette, désenchantement que je qualifierais plutôt de terre-à-terre dans l’approche des événements de la vie :

Extrait du chant du ravi

IV

Comme vous j’ai vu le jeune homme grimper
dans le soleil sur ses ailes de cire, vu
comme il y croyait, l’impudent, comme
il était sûr d’avoir gagné

sur la vieille sagesse et sur l’air et
sur le poids du corps, et comme son visage
riait aux anges alors que tout déjà
avait repris son cours dans l’indifférence

des vivants pour les vivants, le pêcheur
ses filets, la vigie la barre de l’horizon,
et la mort sous le boisseau des feuilles,
des larmes, des regrets éternels,

son trou dans la terre.


Il y a une bonhomie qui émane de l'œuvre de Guy Goffette, mais nous sentons qu'il a vécu et mûri une quête. Les commentateurs qualifient son écriture. Je pense pour ma part que nous entrons en contact avec cette écriture et même si elle voisine souvent avec la prose poétique, nous sentons les écorchures qui émanent de cette expérience rendue à l'écrit.

mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Lun 21 Aoû - 11:03
 
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Sujet: Guy Goffette
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Jorge Luis Borges

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 41bmpq10

L'auteur et autres textes
:

Je viens de faire une autre tentative d'entrée dans l'œuvre de Jorge Luis Borges. Je pense qu'elle est mieux réussie en ce qui me concerne puisqu'elle contient une partie autobiographique en plus de la poésie. Nous lisons des extraits sans trop s'engager à poursuivre la lecture, ainsi nous y revenons mieux... Je prévois y revenir pas mal, puisque je suivrai un cours la session à venir sur Jorge Luis Borges.

Voici les extraits que j'ai retenus en vrac :

«Borges et moi»

C’est à l’autre, à Borges, que les choses arrivent. Moi, je marche dans Buenos Aires, je m’attarde peut-être machinalement, pour regarder la voûte d’un vestibule et la grille d’un patio. J’ai des nouvelles de Borges par la poste et je vois son nom proposé pour une chaire ou dans un dictionnaire biographique. J’aime les sabliers, les planisphères, la typographie du XVIIIe siècle, le goût du café et la prose de Stevenson : l’autre partage ces préférences, mais non sans complaisance et d’une manière qui en fait des attributs d’acteur. Il serait exagéré de prétendre que nos relations sont mauvaises. Je vis et me laisse vivre, pour que Borges puisse ourdir sa littérature et cette littérature me justifie. Je confesse volontiers qu’il a réussi quelques pages de valeur, mais ces pages ne peuvent rien pour moi, sans doute parce que ce qui est bon n’appartient à personne, pas même à lui, l’autre, mais au langage et à la tradition. Au demeurant, je suis  condamné à disparaître, définitivement, et seul quelque instant de moi aura chance de survivre dans l’autre. Peu à peu, je lui cède tout, bien que je me rende compte de sa manie perverse de tout falsifier et exagérer. Spinoza comprit que tout chose veut persévérer dans son être ; la pierre éternellement veut être pierre et le tigre un tigre. Mais moi je dois persévérer en Borges, non en moi (pour autant que je sois quelqu’un). Pourtant je me reconnais moins dans ses livres que dans beaucoup d’autres ou que dans le raclement laborieux d’une guitare. Il y a des années, j’ai essayé de me libérer de lui et j’ai passé des mythologies de banlieue aux jeux avec le temps et l’infini, mais maintenant ces jeux appartiennent à Borges et il faudra que j’imagine autre chose. De cette façon, ma vie est une fuite où je perds tout et où tout va à l’oubli ou à l’autre.
   
Je ne sais pas lequel des deux écrit cette page.
Lien de la retranscription informatisée (merci) :

http://emmila.canalblog.com/archives/2011/11/01/22547561.html


Il y a quelques poésies qui ont retenu mon attention. Elles ont plus à voir avec la personnalité et les talents de conteur de Borges que la poésie elle-même. Elle vaut quand même le détour...

«Susana Soca»

Avec un amour indolent elle observait
Les couleurs éparses du soir. Il lui plaisait
De se perdre dans la complexe mélodie
Mais aussi dans la vie singulière des vers.
Ce sont les gris et non le rouge élémentaire
Qui ont tissé les fils d’un destin délicat
Habitué au discerner et exercé
À toutes les hésitations et aux nuances.
N’osant jamais s’aventurer dans le perplexe
Labyrinthe, du dehors elle contemplait
Les formes, l’agitation et le tumulte,
Toute pareille à cette autre dame au miroir.
Des dieux qui séjournent au-delà des prières
L’abandonnèrent à cet autre tigre, le Feu.

Traduction La Pléiade, 1999

Lien de la retranscription informatisée (merci) : https://www.causeur.fr/petites-bouchees-froides-28502


À titre de comparaison, je vous propose mon édition de la collection L’Imaginaire :

«Susana Soca»

Avec un lent amour, elle regardait
Les éparses couleurs du soir. Elle aimait
À se perdre dans la complexe mélodie
Des vers ou dans leur étrange vie.
Ce ne fut pas le rouge élémentaire,
Mais les gris qui filèrent son délicat
Destin, qu’elle avait entraîné à toujours
Distinguer, qu’elle avait exercé aux
Hésitations et aux nuances.
Sans oser pénétrer dans le perplexe
Labyrinthe, du seuil elle regardait
Les formes, le tumulte, la course,
Pareille à une autre dame au miroir.
Des dieux qui habitent au-delà de la prière
La livrèrent à ce tigre, le Feu.

N.B. Susanna Soca est morte brûlée vive dans un accident d’aviation.


Je conclus par ce poème que j’ai pigé d’un numéro de Liberté, revue québécoise, datant de 1987 :

EN COMMENÇANT L'ÉTUDE
DE LA GRAMMAIRE ANGLO-SAXONNE

Au bout de cinquante générations
(Le temps nous impartit à tous pareils abîmes)
Je regagne la rive opposée d'un grand fleuve
Où n'abordèrent pas les dragons du Viking,
Je retrouve les âpres et laborieuses paroles
Qu'avec une bouche faite poussière, j'ai
Prononcées, aux temps de Northumbrie et de Mercie,
Avant de devenir Haslam ou Borges.
Samedi nous avons lu que Jules César
Vint le premier de Romeburh soumettre la Bretagne-
Avant que reviennent les raisins j'aurai écouté
La voix du rossignol de l'énigme
Et l'élégie des douze guerriers
Qui entourent le tombeau de leur roi.
Symboles d'autres symboles, ces paroles me semblent
Des variations de l'anglais ou de l'allemand futur;
Parfois, elles furent des images
Dont un homme usa pour célébrer la mer ou une épée;
Demain, elles vivront à nouveau,
Demain, fyr ne sera pas fire mais cette sorte
de dieu domestique et changeant
Que nul n'a pu regarder sans une antique stupeur.
Loué soit l'enchaînement
Infini des effets et des causes
Qui, avant de me montrer le miroir
Où je ne verrai personne ou bien verrai un autre,
M'accorde cette pure contemplation
D'un langage de l'aube.


Mot-clé : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Sam 19 Aoû - 9:36
 
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Sujet: Jorge Luis Borges
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Anise Koltz

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Anisek11

Somnambule du jour

Anise Koltz a vu l'une de ses anthologies être publiée au sein de la collection «NRF/poésie» de Gallimard sous le titre Somnambule du jour. Il y a tellement de choses à puiser dans ses poésies. Il faut y revenir à tête reposée, lorsque nous sommes prêts à accueillir sa poésie. Je vous livre trois extraits :

Ma poésie appartient
à la guérilla du langage

J'aiguise chaque mot
avant de l'intégrer
dans mes poèmes
qu'il devienne pierre
que je lance
contre la société pourrie

Oui - je fais partie
de l'intifada


Anise Koltz est une poétesse irréductible et elle cultive un art de la subversion.

QUESTION

Je me suis habituée
aux loups
qui rôdent en moi

À l'ange gardien
qui leur montre les dents

Sous quelle lune
continuerai-je mon périple?


Anise Koltz ne serait pas la poétesse qu'elle serait si elle n'entretenait pas une voie dialectique :

OUVERTE

Je traverse les mots
en marchant sans boussole
ma poésie est ouverte
comme une plaine

Je ne rencontre personne
si ce n'est moi
qui passe
sans me regarder


Une telle rencontre avec une poésie de la sorte est sans doute marquante.


mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Mer 16 Aoû - 10:14
 
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Sujet: Anise Koltz
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Marie Uguay

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Marieu12

En lisant un peu mon recueil édition Boréal pour la première fois au hasard, j'ai essayé de sortir des sentiers battus pour re-découvrir une nouvelle Marie Uguay. Nous avons souvent d'elle cette image forte du Mont-Mégantic, elle qui est sensible à la nature. Nous pouvons émettre l'hypothèse selon laquelle sa situation géographique en ville l'a mise dans la conscience de la proximité de l'eau et de la montagne dans le Sud-Ouest de Montréal.

Je me suis donc attardé aux motifs qu'elle esquisse dans L'Outre-vie, notamment de la ville, de la fenêtre et d'une chaise :

La grande ville métamorphose s'élance
dans le blanc roide de l’hiver
ou de ses gratte-ciel aux vitres magiciennes
(Derrière une fenêtre le dos détendu
d’une chaise de paille
évoque le tressage heureux
d’un quelconque voyage au soleil)

Sur le noir le bouleau est un signe amoureux
une rivière divisible et l’attente
sa blancheur semble fendre une nuit lucide

De tous ces jours et de toutes ces nuits malades
je n’ai gardé que le harcèlement de mon amour
que cette destruction monotone du ciel
que ce lent étouffement de mes sens
Je ne reconnais plus mon corps
je suis entrée dans un univers maladroit
habité uniquement par la trépidation des rues

p. 48


Sa conscience urbaine est bien ancrée dans la mesure où le Sud-Ouest contient sa part de béton, ce qui lui donne un côté urbain irréductible. Elle précise néanmoins sur le motif de la chaise :

Une chaise est postée comme un guetteur
comme une grille de jardin
comme un tambour
comme un cœur matinal sur le linoléum
Une chaise pliante pour un souvenir
un tableau de vacances
l’été tu as pris un verre d’orange
qui reposait dans sa couleur
et tu l’as bu
La chaise a dérivé comme une île
comme un bouchon sur le fleuve
happée
comme un morceau de bois grugé par l’eau

p. 95


Marie Uguay a une conscience insulaire et près de l'eau, même en ville. Ça me fait l'apprécier davantage dans une sensibilité que je partage avec elle... fait à noter, elle a cité Marguerite Duras en ouverture de son recueil.

mots-clés : #poésie #québec
par Jack-Hubert Bukowski
le Mar 15 Aoû - 9:14
 
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Sujet: Marie Uguay
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Pierre Reverdy

Plupart du temps :

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Pierre10

Je dois le dire d'emblée ici, j'ai lu le recueil de manière plutôt désordonnée et même à l'envers pour ainsi dire. C'est le cas pour la plupart des relectures en poésie. J'ai profité de l'occasion pour revenir sur le fil du forum défunt. Constance avait mis sa pierre à l'édifice. Pour ma part, je propose une autre lecture de Reverdy, qui colle davantage à sa prose poétique.

Débutons tout d'abord par un bloc de prose poétique :

«Plus tard»

Le temps passé dans une chambre où tout est noir reviendra plus tard. Alors j'apporterai une petite lampe et je vous éclairerai. Les gestes confus se préciseront. Je pourrai donner un sens aux mots qui n'en avaient pas, et contempler un enfant qui dort en souriant.

Est-il possible que ce soit nous-mêmes en vieillissant? Il y a quelques morceaux de ruines qui tombent. Ceux-là ne se relèveront plus. Il y a aussi quelques fenêtres qui s'éclairent. Et devant la porte un homme solide et doux qui connaît sa force et qui attend.

Il ne reconnaîtrait pas lui-même son visage.


Pierre Reverdy est un poète dont on découvre la force :

«Étoile filante»

À la pointe où se balance un mouchoir blanc
Au fond noir qui finit le monde
Devant nos yeux un petit espace

Tout ce qu'on ne voit pas
Et qui passe

Le soleil donne un peu de feu

Une étoile filante brille
Et tout tombe

Le ciel se ride
Les bras s'ouvrent

Et rien ne vient
Un cœur bat encore dans le vide

Un soupir douloureux s'achève
Dans les plis du rideau le jour se lève



Dans ce poème, il est possible de reconnaître une certaine musicalité d'âme :

«Pour le moment»

La vie est simple et gaie
Le soleil clair tinte avec un bruit doux
Le son des cloches s’est calmé
Ce matin la lumière traverse tout
Ma tête est une lampe rallumée
Et la chambre où j’habite est enfin éclairée

Un seul rayon suffit
Un seul éclat de rire
Ma joie qui secoue la maison
Retient ceux qui voudraient mourir
Par les notes de sa chanson

Je chante faux
Ah que c’est drôle
Ma bouche ouverte à tous les vents
Lance partout des notes folles
Qui sortent je ne sais comment
Pour voler vers d’autres oreilles
Entendez je ne suis pas fou
Je ris au bas de l’escalier
Devant la porte grande ouverte
Dans le soleil éparpillé
Au mur parmi la vigne verte
Et mes bras sont tendus vers vous

C’est aujourd’hui que je vous aime


Par rapport au poème introduisant le fil, je vous invite à la lecture de ce dernier poème, tel qu'il se versifie :

«Vue d’autrefois»

La cloche qui sonnait au loin
                                        Dès le réveil
Battement d'aile
                    Sur ma tête où joue le soleil
Un souvenir remue à peine
                 Mon cœur s'arrête d'écouter
            Les voix qui parlent
Depuis longtemps tout ce qui s'est passé
Est-ce le même
                 En passant qui m'a regardé

Ce sont les mêmes yeux qui tournent
                       Mais le portrait s'est effacé

Les traits de ton visage s'écartent
                       Un autre vient
Le front vieilli qu'avait caché ta main
Enfin la voix qui parle
           Un enfant qui courait ne te rappelle rien
Et celui qui s'en va là-bas
                      Tes lèvres tremblent
Dans un pays lointain et noir
                   Tu lui ressembles


Ici, il convient de rappeler l'importante dette contractée pour la retranscription informatisée de tous les poèmes. Avoir su, je me serais abstenu d'acheter Plupart du temps, même si je le dis par esprit de contradiction et avec un sens de la dérision. La poésie de Pierre Reverdy est quelque chose qui mûrit lentement à mesure que nos regards s'affinent à travers le temps.


mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Dim 13 Aoû - 9:57
 
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Sujet: Pierre Reverdy
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Pierre Reverdy

Pierre Reverdy
(1889-1960)

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Reverd11

Pierre Reverdy est un poète qu'on apprivoise lentement. Il m'a semblé, en le lisant, qu'il faut avoir lu et atteint un degré de maturité poétique pour comprendre sa démarche. Sa poésie n'est pas si compliquée à lire, mais qu'importe. Nous le connaissons surtout pour Plupart du temps. Il a pris part au mouvement du cubisme et fut reconnu comme un des précurseurs du surréalisme. Il est d'ailleurs considéré comme un poète exemplaire par Louis Aragon. Son cheminement a connu une brusque interruption en 1926, alors qu'il a choisi de se retirer pour se consacrer à Dieu. De nombreux poètes lui ont rendu hommage à son décès survenu en 1960.


En guise d'accompagnement, je vous propose une lecture d'extraits tirés d'Esprits nomades qui expliquent sa démarche poétique :

Notre Narbonnais aux sourcils noirs, à la mèche combattante et à l'accent épais et râpeux comme le vin lourd de la Clape, est décrété trop monotone. Certes bien sûr il a écrit des centaines de poèmes, mais en fait toujours les mêmes vous dit-on, comme ce pauvre Vivaldi avec ses concertos. C'est ne rien vouloir comprendre aux mouvements imperceptibles de l'infini.

[…]

Toute en impression fugitive, sa poésie semble rester la patte en l'air, figée par ce qu'elle seule a vu, et que nous ne voyons pas encore. […] La poésie de Reverdy ne dit pas, elle chuchote.

[…]

Sa poésie est traces de passage, avertissement des feuilles qui craquent, de la nuit qui rôde. Il est totalement limpide, dangereusement limpide, aux frontières de la transparence et de la disparition. Nous ne sommes plus sur la terre ferme, mais dans l'infini volatil. Pierre Reverdy est le cristal de l'attente […].

[…]

Un souffle obscur où il est question de lui, question de nous. Tous ces manques, ces absences, ces trous de mots, sont emplis de cette vie qui nous cristallise. La poésie de Reverdy est lourde, lourde de sens, et lucide, secrètement aimantée par les rêves des pierres. Une flamme sourde. Mouvants reflets d'un monde proche et étranger à la fois.

Tiré de : Esprits Nomades


Œuvre :

Poèmes en prose, 1915, imprimerie Birault
La Lucarne ovale, 1916, imprimerie Birault
Quelques poèmes, 1916, imprimerie Birault
Le Voleur de Talan, 1917, roman, imprimerie Rullière
Les Ardoises du toit, 1918, avec deux dessins de Georges Braque, imprimerie Birault
Les Jockeys camouflés et période hors-texte, avec cinq dessins d'Henri Matisse, 1918, imprimerie F. Bernouard. Édition désavouée par le poète et par l'illustrateur. La « seule approuvée », avec l'achevé d'imprimer du 30 décembre 1918, fut tirée chez Birault.
La Guitare endormie, 1919, avec quatre dessins de Juan Gris, imprimerie Birault : Page 1
Self defence, 1919, essai critique, imprimerie Birault
Étoiles peintes, 1921, avec une eau-forte d'André Derain, Sagittaire
Cœur de chêne, avec huit gravures sur bois par Manolo, 1921, Éditions de la Galerie Simon.
Cravates de chanvre, 1922, avec trois eaux-fortes de Pablo Picasso, Éditions Nord-Sud : Page 1
Pablo Picasso et son œuvre, 1924, dans Pablo Picasso, avec vingt-six reproductions de peintures et dessins, Gallimard
Les Épaves du ciel, 1924, Gallimard
Écumes de la mer, 1925, avec un portrait de l'auteur par Picasso, Gallimard
Grande nature, 1925, Les Cahiers libres
La Peau de l'homme, 1926, roman, Gallimard
Le Gant de crin, 1927, Plon
La Balle au bond, 1928, avec un portrait de l'auteur par Amedeo Modigliani, Les Cahiers du Sud
En vrac, 1929.
Sources du vent, 1929, avec un portrait de l'auteur par Picasso, Maurice Sachs éditeur.
Flaques de verre, 1929, Gallimard : Page 1
Pierres blanches, 1930, avec un portrait de l'auteur et un frontispice de Marc Chagall, Éditions d'art Jordy
Risques et périls, 1930, recueil des contes écrits entre 1915 et 1928, Gallimard
Ferraille, 1937, Bruxelles.
Préface à Déluges, de Georges Herment, 1937, Éditions José Corti.
Plein verre, 1940, Nice.
Plupart du temps, 1945, recueil des livres Poèmes en prose, Quelques poèmes, La Lucarne ovale, Les Ardoises du toit, Les Jockeys camouflés, La Guitare endormie, Étoiles peintes, Cœur de chêne et Cravates de chanvre, Gallimard
Préface à Souspente, d'Antoine Tudal, 1945, Éditions R. J. Godet
Visages, 1946, avec quatorze lithographies d'Henri Matisse, Éditions du Chêne
Le Chant des morts, 1948, avec cent vingt-cinq lithographies de Pablo Picasso, Tériade éditeur.
Le Livre de mon bord, 1948, recueils de notes écrites entre 1930 et 1936, Mercure de France
Tombeau vivant et Dulce et decorum est pro patria mori, 1949, dans Tombeau de Jean-Sébastien Galanis, imprimé par Daragnès
Main d'œuvre, 1949, recueil des livres Grande nature, La Balle au bond, Sources du vent, Pierres blanches, Ferraille, Plein verre, Le Chant des morts, plus les inédits Cale sèche et Bois vert, Mercure de France Page 1
Une aventure méthodique, 1950, avec douze lithographies en couleurs et vingt-six en noir et blanc de Georges Braque, Mourlot
Cercle doré, 1953, chanson avec une lithographie de Georges Braque, Mourlot
Cette émotion appelée poésie, Mercure de France, no 1044, 1er août 1950
Au soleil du plafond, 1955, avec onze lithographies de Juan Gris, Tériade éditeur.: Page 1
La Liberté des mers, 1959, illustré par Georges Braque, Éditions Maeght
À René Char, 1962, poème épistolaire tiré à 4 exemplaires avec un dessin de Georges Braque, P. A. Benoît
Sable mouvant, 1966, avec dix aquatintes de Picasso, L. Broder éditeur
La revue Nord-Sud, 16 numéros du 15 mars 1917 au 15 octobre 1918, a été réimprimée en 1980 par l'éditeur Jean-Michel Place.
Anthologie, Éditions de la Différence, 1989.

màj le 12/11/2017

Mot-clé : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Dim 13 Aoû - 9:36
 
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Sujet: Pierre Reverdy
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Yves Boisvert

Classe moyenne :

J’ai particulièrement aimé ma lecture de ce recueil. Il s’agit d’un des derniers de Yves Boisvert qui est décédé en 2012. J’avais mieux apprécié mon expérience de lecture puisque j’étais immergé dans les bonnes conditions pour mieux saisir la matière dure de l’ouvrage. Yves Boisvert est un poète qui ne nous ménage pas, et est sans concessions. Nous l’adoptons d’emblée quand nous avons conscience de la vulnérabilité de la condition québécoise. Il a un regard très critique et acéré quant à la situation «coloniale» qui entoure les masses québécoises.

Pour l’instant, je vous livre quelques extraits. J’y reviendrai en temps utile pour en poster d’autres.

«Adresse au bonasse»

Il semble facile de laver la vaisselle
que ton entourage a salie.
Contrairement à certains éléments de la population
Salie s’accord en genre et en nombre
avec vaisselle
Un mot féminin singulier.
C’est un genre.
Chacun son genre.
Pour l’instant.

Pendant que tu laves les assiettes
les pots les utensiles les plats
les autres regardent la télévision
ils ont adopté une façon d’être
ils ont choisi une manière de se conduire
qui leur confère une apparence relativement sociétale
dans une maison privée
d’où s’échappe une lueur de magasin
artificielle et blafarde.

Chacun trouvera sa clarté dans l’espace
qu’on voudra bien concéder, prévient le monstre.

Les autres, ils ont le sens du loisir
de l’évachement sur le divan
du mangeage de chips nature et buvage de Pepsi diète
en regardant des films incluant Roy Dupuis.

Toi, t’as le sens des responsabilités
c’est pourquoi tu laves la vaisselle
que tu frottes que t’essuies que tu ranges
plutôt que de juger les comportements des amateurs de
télé
et de leur crier par la tête
qu’ils sont des restants de fainéantise
qui te coûtent ce que t’aurais pu donner
aux enfants de l’insuline en Afrique orientale.

T’es vraiment quelqu’un de concret
Discret, sympathique, serviable.

Espérons souhaitons envisageons pour les autres
que que que demain
ne tombera pas dans un de ces jours de suicide
comme c’est souvent le cas
dans des régions où les rues sont numériques
au lieu de porter des noms de végétaux.

Bonne fin de semaine, bonasse de mes deux.


Cette thématique est récurrente et Hubert Aquin n’est jamais loin des références qui reviennent…

«Les fatigués fourrables»

Revendiquer une double identité
c’est se prendre pour un autre.
Faites-moi ricaner de n’avoir jamais ri d’être si drôle
ou, si l’on préfère, si tant performant dans le comique.

Vu que le monde refuse de s’engager
de peur de se fatiguer ou de se faire fourrer
Ce court poème devrait «plaire»
à une majorité de «fatigués fourrables»
Non parce qu’il paraîtrait «plaisant»
mais parce qu’il est court
et moins c’est long
moins longtemps ça fait suer.
N’est-ce pas?!
N’est-ce pas!?

Bonsouair, car surgissent les vrais problèmes.


Que dire de plus...

«Tu parles trop»

Quand tu parles trop
c’est que t’as rien à faire
c’est avec tes mots
qu’tu fais l’tour d’la terre
ni vrai ni faux
mais tu parles trop

si tu parles trop
près de la rivière
entre la rue Minto
et le bord de la mer
ça prendrait un bateau
mais tu parles trop

si tu parles trop
comme toutes les commères
t’as la face dans le dos
sens devant derrière
ni bas ni haut
pa’ce tu parles trop

quand tu parles trop
on pense à l’envers
équations d’oiseaux
l’aut’bord du miroir
ça pourrait être beau
mais tu parles trop

si tu parles trop
en r’gardant dans ‘es airs
comme des intellos
dans les séminaires
c’est pas un défaut
mais ça parle trop

quand on parle trop
de c’qui va d’travers
quand on dit tout haut
c’qui nous désespère
i’ est trop tard trop tôt
pa’ce qu’on parle trop

si tu parles trop
quand il faudrait se taire
allergique à l’eau
tu jases à ta bière
quand t’es b’in chaud
là tu parles trop

quand tu parles trop
seul dans l’univers
t’es un numéro
dans l’imaginaire
t’approcherais zéro
mais tu parles trop.

- Tu trouves vraiment vraiment que je parle trop?
Peut-être devrais-je m’exercer au raffinage de la
conjugaison.



mots-clés : #poésie #québec
par Jack-Hubert Bukowski
le Sam 12 Aoû - 11:43
 
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Sujet: Yves Boisvert
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Francis Ponge

Le parti pris des choses suivi de Proêmes :

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Franci10

J’ai eu la chance de connaître cette œuvre capitale et assez emblématique de l’œuvre de Francis Ponge. J’y ai puisé des éléments et des motifs façonnant mes premiers poèmes. À la lecture de tout ce qui vient de précéder, le premier extrait que j’ai noté :

«II. Le compliment à l’industriel

Sire, votre cerveau peut paraître pauvre, meublé de tables plates, de lumières coniques tirant sur des fils verticaux, de musiques à cribler l’esprit commercial,
mais votre voiture, autour de la terre, promène visiblement Paris, comme un gilet convexe, barré d’un fleuve de platine,  où pend la tour Eiffel avec d’autres breloques célèbres, et lorsque, revenant de vos usines, déposées au creux des campagnes comme autant de merdes puantes,
vous soulevez une tapisserie et pénétrez dans vos salons,
plusieurs femmes viennent à vous, vêtues de soie,
comme des mouches vertes.»


On peut se demander quelle mouche a piqué Yvette Bozon-Scalzitti… d’autant plus qu’il est question d’«enfant» et d’«ordre social» à la page précédente…

L’extrait suivant que j’ai noté, «Le cageot», est emblématique de la démarche pongienne :

«A mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie.

Agencé de façon qu'au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées fondantes ou nuageuses qu'il enferme.

A tous les coins de rues qui aboutissent aux halles, il luit alors de l'éclat sans vanité du bois blanc. Tout neuf encore, et légèrement ahuri d'être dans une pose maladroite à la voirie jeté sans retour, cet objet est en somme des plus sympathiques - sur le sort duquel il convient toutefois de ne s'appesantir longuement.»


Ponge est sensible au côté fragile de la vie. Pour ma part, j’ai été réceptif à cette métaphore du cageot puisque nous avons tendance à recycler toutes sortes de choses de nos jours. Ainsi, j’ai eu la chance de voir un de mes proches réutiliser le matériau offert par d’anciennes cages à homards pour fabriquer des meubles de circonstance.

L’extrait qui suit donnera valeur à cette confidence :

«Témoignage»

Un corps a été mis au monde et maintenu pendant trente-cinq années dont j'ignore à peu près tout, présent sans cesse à désirer une pensée que mon devoir serait de conduire au jour.

Ainsi, à l'épaisseur des choses, ne s'oppose qu'une exigence d'esprit, qui chaque jour rend les paroles plus coûteuses et plus urgent leur besoin.

N'importe. L'activité qui en résulte est le seule où soient mises en jeu toutes les qualités de cette construction prodigieuse, la personne, à partir de quoi tout a été remis en question et qui semble avoir tant de mal à accepter franchement son existence.


Francis Ponge semble conduit par l’exigence de décrire la condition de l’Homme. Yvette Bozon-Scalzitti s’est sentie le besoin de remettre en question certaines idées établies. Nous pouvons dire qu’elle a donné une certaine résonance aux extraits que je viens de citer.

Le poème qui suit ne fait rien pour arranger les choses si nous les considérons selon un point de vue puriste :

«Poésie du jeune arbre»

Ta rose distraite et trahie
Par un entourage d'insectes
Offre depuis sa robe ouverte
Un cœur par trop empiété

Pour cette pomme l'on te rente
Mais que t'importe quelqu'enfant
Fais de toi-même agitateur
Déchoir le fruit comme la fleur.

Quoiqu'encore malentendu
Et peut-être un peu bref contre eux
Parle! dressé face à tes pères

Jeune homme vêtu comme un arbre
Parle, parle contre le vent
Auteur d'un fort raisonnement.


Encore une fois, je picorerai de façon très précise :

«Si je les nomme [raisons de vivre] c’est que ce sont des retours de l’esprit aux choses. Il n’y a que l’esprit pour rafraîchir les choses. Notons d’ailleurs que ces raisons sont justes ou valables seulement si l’esprit retourne aux choses d’une manière acceptable par les choses : quand elles ne sont pas lésées, et pour ainsi dire qu’elles sont décrites de leur propre point de vue.»
Extrait de «Raisons de vivre heureux», p. 167


Francis Ponge s’est attardé à l’œuvre de Camus, comme plusieurs l’ont fait avant lui, au cœur de son époque. J’ai noté quelque chose de précis qui croque sur le vif les balbutiements de sa démarche exigeante :

«Historiquement voici ce qui s’est passé dans mon esprit :
1. J’ai reconnu l’impossibilité de m’exprimer;
2. Je me suis rabattu sur la tentative de description des choses (mais aussitôt j’ai voulu les transcender!);
3. J’ai reconnu (récemment) l’impossibilité non seulement d’exprimer mais de décrire les choses.

Ma démarche en est à ce point. Je puis donc soit décider de me taire, mais cela ne me convient pas : l’on ne se résout pas à l’abrutissement.

Soit décider de publier des descriptions ou des échecs de description.»
Extrait, p. 181-182.


Une vingtaine de pages plus tard ou à peu près :

«Seule la littérature (et seule dans la littérature celle de description - par opposition à celle d’explication -; parti pris des choses, dictionnaire phénoménologique, cosmogonie) permet de jouer le grand jeu : de refaire le monde, à tous les sens du mot refaire, grâce au caractère à la fois concret et abstrait, intérieur et extérieur du VERBE, grâce à son épaisseur sémantique.»
(p. 200-201)


Un extrait m’a plus marqué :

«À la vérité, expression est plus que connaissance; écrire est plus que connaître; au moins plus que connaître analytiquement : c’est refaire.

*

C’est, sinon reproduire la chose : du moins produire quelque chose, un objet de plaisir pour l’homme.»

(p. 201)


Francis Ponge ne fait rien pour arranger son cas. Toutefois, je veux attirer votre attention en lisant le recueil, de passer par les poèmes «Fragments de masque» et «Des raisons d’écrire». Il y a des manières d’appréhender ses poèmes. Il y a une telle énergie qui circule à l’intérieur de ses poèmes. Les Proêmes ont été longuement analysés au cours de cette relecture du recueil Le parti pris des choses.


mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Mer 9 Aoû - 9:31
 
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Sujet: Francis Ponge
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Szymborska Wisława

Wislawa  Zsymborka est pour moi l'une des plus grandes poètes du XXe siècle.
Une voix bouleversante avec les mots de tout le monde.
Apparemment.
Et c'est là tout le mystère et la beauté de la poésie. B



[i] [b]Conversation avec la pierre[/b][/i]

 

Je frappe à la porte de la pierre
- C'est moi, laisse-moi entrer.
Je veux pénétrer dans ton intérieur,
y jeter un coup d'œil,
te respirer à fond.


- Va-t’en, dit la pierre
Je suis fermée à double tour.
Même brisée en mille morceaux
nous serons encore fermés.
Même broyés en poussière
nous ne laisserons entrer personne.


 

Je frappe à la porte de la pierre.
- C'est moi, laisse-moi entrer.
Je viens par pure curiosité.
La vie en est l'unique occasion.
Je tiens à me promener dans ton palais,
avant de visiter la feuille et la goutte d'eau.
Je n'ai pas beaucoup de temps pour tout cela.
Ma mortalité devrait t'émouvoir.


 

- Je suis de pierre, dit la pierre.
Je suis bien obligée de garder mon sérieux.
Va-t’en, je n'ai pas de zygomatiques.


 

Je frappe à la porte de la pierre.
- C'est moi, laisse-moi entrer.
On me dit qu'il y a en toi des salles grandes et vides,
jamais vues, aux beautés qui s'épanouissent en vain,
sourdes, où aucun pas ne retentit jamais.
Avoue maintenant que tu n'en sais pas davantage.


 

- Des salles grandes et vides, dit la pierre,
je veux bien, mais de place il n'y en a guère.
Belles, peut-être, mais hors d'atteinte
de tes six misérables sens.
Tu peux me connaître, mais m'éprouver jamais.
Toute mon apparence te regarde en face,
mais ce qui est intérieur te tourne à jamais le dos.


 

Je frappe à la porte de la pierre.
- C'est moi, laisse-moi entrer.
je ne cherche pas en toi un refuge pour l'éternité.
Je ne suis pas malheureuse.
Je ne suis pas sans abri.
Le monde qui est le mien mérite qu'on y retourne.
Je te promets d'entrer et sortir les mains vides,
et pour preuve de ma présence véritable en ton sein



je n'avancerai que des paroles
auxquelles personne n'ajoutera foi.


 

- Tu n'entreras pas - dit la pierre.
Il te manque le sens du partage.
Aucun sens ne remplace le sens du partage.
Même la vue affûtée jusqu'à l'éblouissement
ne te serait d'aucun secours sans le partage.
Tu n'entres pas, tu n'as que le désir de ce sens,
que son germe, son image.


 

Je frappe à la porte de pierre.
- C'est moi, laisse-moi entrer.
Je ne puis attendre deux mille siècles
pour pénétrer sous ton toit.


 

- Si tu ne me crois pas, dit la pierre,
va voir la feuille, elle t'en dira de même.
ou la goutte d'eau qui le confirmera.
Tu peux même t'adresser à un cheveu de ta tête
Je sens monter en moi un grand éclat de rire,
un rire immense, que je ne sais pas rire.


 

Je frappe à la porte de pierre.
- C'est moi, laisse-moi entrer.

- Je n'ai pas de porte, dit la pierre.


Traducteur Piotr Kaminski

Poésie/Fayard


mots-clés : #poésie
par bix_229
le Lun 7 Aoû - 17:55
 
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Sujet: Szymborska Wisława
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Ariane Audet

Ariane Audet
(Date inconnue)

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Ariane10

Ariane Audet est une poétesse de grand talent. J'ai lu son premier recueil de poésie, Déjà la horde de chair se tait, et un essai intitulé Présences intermittentes des Amériques. Elle trace un parallèle entre l'expérience des diverses poésies évoluant en contexte minoritaire en terre d'Amérique. Elle évolue maintenant aux États-Unis. Elle a un doctorat en études littéraires à l'UQAM.


Œuvre :

Poésie
Déjà la horde de chair se tait, 2016

Essai
Présence intermittente des Amériques, 2017

Mots-clés : #poésie #québec
par Jack-Hubert Bukowski
le Lun 7 Aoû - 10:13
 
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Sujet: Ariane Audet
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Raymond Radiguet

Mes lectures du Diable au corps, et du Comte du bal d'Orgel remontent à trop loin pour en parler sereinement. Toutefois, je dois dire que Radiguet fait partie de mon panthéon, et Le diable au corps m'avait littéralement soufflé. Une plume incomparable, pour un des meilleurs romans jamais écrits.

Pour Tristram, et les amateurs d'extraits (tout justes sortis de mes archives) :

« Celui qui aime agace toujours celui qui n’aime pas. »


«  Tout amour comporte sa jeunesse, son âge mûr, sa vieillesse. Etais-je à ce dernier stade où déjà l’amour ne me satisfait plus sans certaines recherches. Car si ma volupté s’appuyait sur l’habitude, elle s’avivait de ces mille riens, de ces légères corrections infligées à l’habitude. Ainsi, n’est-ce pas d’abord dans l’augmentation des doses, qui vite deviendraient mortelles, qu’un intoxiqué trouve l’extase, mais dans le rythme qu’il invente, soit en changeant ses heures, soit en usant de supercheries pour dérouter l’organisme. »


« Si la jeunesse est niaise, c’est faute d’avoir été paresseuse. Ce qui infirme nos systèmes d’éducation, c’est qu’ils s’adressent aux médiocres, à cause du nombre. Pour un esprit en marche, la paresse n’existe pas. Je n’ai jamais plus appris que dans ces longues journées qui, pour un témoin, eussent semblé vides, et où j’observais mon cœur novice comme un parvenu observe ses gestes à table. »


Je m'attèle désormais à la lecture de sa correspondance littéraire (1919 - 1923), où il échange avec les écrivains cités plus haut, les éditeurs, et amis. Il leur envoie poèmes en vers, en prose, et bons mots.

Je recopie celui que j'ai mis sur le fil poésie :

Hymen

En traversant le boulevard elle a changé de nom
Les arbres rougissent que disiez-vous
L'horizon se rouille
Sur le fil de fer une femme se promène
Elle n'a jamais vu le ciel
Son parapluie est noir
Tarif de nuit
Autre part ou ailleurs
Ici ce que nous ne voyons plus
Fouette la nuit qui se sauve sans rien dire
Un cheval lui donne des coups de pied
A demain


Raymond Radiguet
(poème adressé à Tzara en 1919, pour sa revue Dada)

Il ne s'agit pas de son recueil Les Joues en feu, d'ailleurs il écrit un court poème dans ses lettres portant titre de son futur recueil :

Insolemment à la beauté je me voue
Raison de plus pour ne plus penser qu'à vous
En plein été fallait-il que je l'avoue
Ni plus ni moins le soleil ou le courroux
En deux pêches transformera vos deux joues.


(coquinou le Raymond !  cat )

Et j'aime particulièrement cet enchaînement de vers envoyé dans un poème à Tzara (CMFH):

Les cordes du banjo sont nos nerfs
sifflez comme des serpents des frissons grimpent
le long
des jambes des femmes



Le livre en question :

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 22580910


mots-clés : #poésie
par Arturo
le Ven 4 Aoû - 15:44
 
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Sujet: Raymond Radiguet
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Sébastien B Gagnon

sébastien b gagnon
(Né en 1978)

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Sebast11

Sébastien B Gagnon s'est illustré sur la scène musicale avant de s'y mettre du côté de la poésie. Il a tout d'abord publié des poèmes en anglais en s'identifiant comme indépendantiste québécois. Puis, Mèche est survenue. Il anime la maison d'édition Le Cosmographe. Nous pouvons le considérer comme prenant part à une mouvance d'avant-garde dans la mesure où il signe des œuvres subversives.


Œuvres

Revolt and disgust and poems mostly written in english by an indépendantiste, Rodrigol, 2012
Mèche, L'Oie de Cravan, 2016

Mots-clés : #Québec #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Mer 2 Aoû - 8:10
 
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Sujet: Sébastien B Gagnon
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Henri Michaux

L'espace du dedans (extrait de Lointain intérieur) :

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Henrim10

Je vais introduire le fil avec ce passage en prose qui est très caractéristique de la démarche de Michaux.

«Le bourreau»

Vu la faiblesse de mon bras, je n'eusse jamais pu être bourreau. Aucun cou, je ne l'eusse tranché proprement, ni même d'aucune façon. L'arme, dans mes mains, eût buté non seulement sur l'obstacle impérial de l'os, mais encore sur les muscles de la région du cou de ces hommes entraînés à l'effort, à la résistance.
Un jour, cependant, se présenta pour mourir un condamné au cou si blanc, si frêle qu'on se rappela ma candidature au poste de bourreau, on conduisit le condamné près de ma porte et on me l'offrit à tuer.
Comme son cou était oblong et délicat, il eût pu être tranché comme une tartine. Je ne manquai pas de m'en rendre compte aussitôt, c'était vraiment tentant. Toutefois, je refusai poliment, tout en remerciant vivement.
Presque aussitôt après, je regrettai mon refus, mais il était trop tard, déjà le bourreau ordinaire lui tranchait la tête. Il la lui trancha communément, ainsi que n'importe quelle tête, suivant l'usage qu'il avait des têtes, inintéressé, sans même voir la différence.
Alors je regrettai, j'eus du dépit et me fis des reproches d'avoir, comme j'avais fait, refusé vite, nerveusement et presque s'en m'en rendre compte.
Extrait recopié à partir de : http://miladyrenoir.skynetblogs.be/archive/2006/08/21/le-bourreau-le-henri-michaux.html (merci)



mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Sam 29 Juil - 9:51
 
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Sujet: Henri Michaux
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Henri Michaux

Henri Michaux
(1899-1984)

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Henri-10

Henri Michaux est né en Belgique. Il fut naturalisé français en 1955. Son œuvre atteint une rare ampleur en ce qui a trait à une versatilité de sa plume qui se renouvelle d'ouvrage en ouvrage. Il a fréquenté le milieu des surréalistes et fut mis en contact avec des idées et une démarche qui lui ont permis de hisser une œuvre sans nulle autre pareille, peut-être à l'exception d'Antonin Artaud. Il a tâté du récit de voyage en plus de donner une profondeur insoupçonnée aux divers écrits de prose poétique, entre autres styles, en plus de la poésie qui est sa carte de visite. Le poète et essayiste québécois Jacques Brault parlait d'ailleurs avec éloquence du genre Michaux.


Bibliographie

Cas de folie circulaire, 1922
Les Rêves et la Jambe, 1923
Fables des origines, Disque vert, 1923
Qui je fus, 1927
Mes propriétés, Fourcade, 1929 : Page 2
La Jetée, 1929
Ecuador, 1929
Un certain Plume, Editions du Carrefour, 1930 : Page 1
Un barbare en Asie, 1933
La nuit remue, 1935 : Page 2
Voyage en Grande Garabagne, 1936
La Ralentie, 1937
Lointain Intérieur, 1938
Plume, 1938
Peintures. GLM, 1939
Au pays de la Magie, 1941
Arbres des tropiques, 1942
L'Espace du dedans, 1944 : Page 1
Épreuves, Exorcismes, 1940-1944 : Page 2
Ici, Poddema, 1946
Peintures et dessins. Le point du jour, 1946
Meidosems. Le point du jour, 1948.
Ailleurs, 1948
Nous deux encore. Lambert, 1948
La Vie dans les plis, 1949
Poésie pour pouvoir. Drouin, 1949
Passages, 1950
Mouvements, 1952
Face aux verrous, 1954
L'Infini turbulent, 1957
Paix dans les brisements, 1959
Connaissance par les gouffres, 1961
Vents et Poussières, 1962
Postface à Plume et Lointain intérieur (« On est né de trop de mère... ») 1963
Désagrégation, 1965
Les Grandes Épreuves de l'esprit et les innombrables petites, 1966
Façons d'endormi, façons d'éveillé, 1969 : Page 1
Poteaux d'angle, 1971 : Page 2
Misérable Miracle (La mescaline), 1972
En rêvant à partir de peintures énigmatiques, 1972
Émergences, Résurgences, 1972
Bras cassé, 1973
Moments, traversées du temps, 1973
Quand tombent les toits, 1973
Par la voie des rythmes, 1974
Idéogrammes en Chine, 1975
Coups d'arrêt, 1975
Face à ce qui se dérobe, 1976
Les Ravagés, 1976
Jours de silence, 1978
Saisir, 1979
Une voie pour l'insubordination, 1980
Affrontements, 1981
Chemins recherchés, chemins perdus, transgressions, 1982
Les Commencements, 1983
Le Jardin exalté, 1983
Par surprise, 1983
Par des traits, 1984
Déplacements, Dégagements, 1985 (posthume)
Rencontres (avec Paolo Marinotti), 1991(posthume)
Jeux d'encre. Trajet Zao Wou-Ki, 1993 (posthume)
En songeant à l'avenir, 1994 (posthume)
J'excuserais une assemblée anonyme..., 1994 (posthume)
À distance, 1996 (posthume)
Donc c'est non, 2016, (posthume)

(bibliographie tiré de Wikipédia)

Mot-clé : #poésie

màj le 25/09/2019
par Jack-Hubert Bukowski
le Sam 29 Juil - 9:46
 
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Sujet: Henri Michaux
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Natasha Kanapé Fontaine

Bleuets et abricots (2016) :

J'ai lu les trois recueils de Natasha Kanapé Fontaine. J'ai notamment aimé Manifeste Assi. Je préfère quand même le degré d'aboutissement de sa démarche dans Bleuets et abricots. Elle sort des âges pour se mettre dans la posture de la femme autochtone qui revendique, et nous le sentons tout au long de sa démarche poétique. Jugeons en par les extraits :

Ton nom surgit
corps d'écume
allongé sur le rivage
cailloux ouverts sur la mer
les plaques tectoniques
s'engouffrent en moi
la nature t'a si bien fait
le calcaire retentissant
sous mes robes
femelle première

Hommage à la vie
hommage à l'amour

Je dis je
pour dire les autres
la souffrance des miens
collines et fleuves
levant et couchant
pétris par les Perséides
promesses de l'aube

Parvenu
à mon archipel
récit égorgé

(p. 16)


J'y vais images par images, pour montrer ce qu'elles évoquent :

J'ai mangé le livre
j'ai redonné naissance à ma grand-mère
j'ai redonné naissance à ma naissance

Aujourd'hui je suis ivre
ma douleur est sourde
les animaux ne savent pas dire
mercure
je bois la source de l'orage
les barrages sont mes chaînes
le rhum brun assouvit ma soif
je jure sur le nom de la canne
mon canot renversé ma risée
mes collines pillées mon or

Je me souviens
des premiers déportés
du soleil brûlé des Antilles
je remonte le courant
les temples du sacrifice
les plages glorieuses

(p. 28)


À propos des bleuets :

Je marche vers le Sud

Je me nourris de bleuets et d'abricots
les rivages ne se répondent pas
je dois parler par le commencement
je dois concocter des confitures
je mangerai la peau bleue des baies
pour garder ma chaleur
j'offrirai des fruits
à la froidure
apprendre le nom
de mon pays

Je cours pieds nus vers le rivage
dans le sable chaud du Nord
je transperce la mer
tu t'es arrêté sur le bord
souviens-toi

(p. 31)


Il me semble avoir cité ce poème quelque part :

Mon peuple est un peuple de nuages
nous ne les pelletons pas l'hiver
la neige nous élève en êtres insurgés
raquettes aux pieds, joues saillantes
miel de sapins sur les lèvres

Guidés par les neiges
les ères glaciaires notre espace
nous sommes dignes
nous sommes vivants

Je déguste les cumulus
immeubles de béton clôtures de bois
je dois étirer le cou

Je sirote les cirrus
les autres parlent
une autre langue
une autre pensée
une autre vie

L'horizon a un nom
ici
que je ne connais pas

(p. 39)


À certaines occasions, j'ai senti que Natasha Kanapé Fontaine s'est référée à Anne Hébert, mais ce n'est qu'une impression...

Où as-tu échappé ta vertu?
où as-tu égaré ton peuple?

Je t'entends toussoter
je descends de mon bûcher
- on me dit sorcière -
de la croix des écoles
je te donnerai le sein
tu boiras au lait
de ma mamelle gauche

Je ne me souviens plus de ton nom
je cache mon visage dans mes mains
épelle-moi le nom de ma terre
épelle-moi le nom de ma mère
mes paupières sont closes
depuis trop de siècles

M'offriras-tu de ces bijoux d'or
pour me lier les poignets?

Mon nom fut inventé par la révolte.

(p. 45)


Il y a une tendresse natale qui se ressent jusqu'à la composition:

J'écris un poème
sur la hanche de l'aube

l'aube que j'imagine
pendre à mes seins
la bouche
de mon amant

une nuit un rêve
mon fils lui dirai-je
tu dois retrouver
la route

vers les pieds
de ta mère

(p. 48)


Son plaidoyer subsiste :

Écoutez le monde
s'effrondrer
ponts de béton
routes d'asphalte

Aho pour la joie
Aho pour l'amour

Surgit la femme
poings serrés
vers la lumière

Voici que migrent
les peuples sans terre
nous récrirons la guerre
fable unique

Qui peut gagner sur le mensonge
construire un empire de vainqueurs
et le croire sans limites

Ce qui empoisonne
ne méritera pas de vivre
ce qui blesse ne méritera pas le clan
cinq cents ans plus tard
sept générations après

(p. 58)


Je me sens plus proche de Natasha Kanapé Fontaine de par la manière qu'elle nous interpelle à propos des enjeux de la nation autochtone. Elle a tout de même un certain côté ludique dans son jeu et son maniement des motifs poétiques, mais elle n'égalera pas le plaisir que j'ai ressenti à l'énergie de la lecture des vers de Marie-Andrée Gill. Il reste quand même que je la sens plus franche, authentique dans son engagement. Natasha Kanapé Fontaine figurera dans les livres de l'histoire.


mots-clés : #poésie #quebec
par Jack-Hubert Bukowski
le Sam 15 Juil - 9:39
 
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Sujet: Natasha Kanapé Fontaine
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David Goudreault

S'édenter la chienne (2014) :

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Davidg10

Juste en relisant le recueil à tête reposée, j'ai eu l'impression que David Goudreault s'est inscrit dans la lignée des Josée Yvon, Denis Vanier, Yves Boisvert, Lucien Francoeur et Patrice Desbiens. J'avance une telle affirmation avec le recul des œuvres déjà lues.

Pour arriver à ce constat, il a fallu que je lise S'édenter la chienne une première fois. J'ai pris du recul, lu des poésies et j'ai fini par revenir à S'édenter la chienne. Entretemps, j'ai eu l'occasion de lire Premiers soins et j'ai fini par lire Testament de naissance. S'édenter la chienne sera difficile à dupliquer. Je dirais qu'il s'agit d'une œuvre qui deviendra une œuvre classique de poésie québécoise. David Goudreault s'y est dépassé et j'ai l'impression qu'il a beaucoup donné de lui dans cette œuvre.

La poésie comme telle est assez simple à comprendre et assimiler. On n'a pas l'impression d'être en face de métaphores opaques. Nous pourrions dire que ce genre d'écriture a tout pour réconcilier avec la poésie. Je pourrais d'ailleurs comprendre pourquoi cette poésie ne m'a pas sauté aux yeux dans un premier temps. Je vous laisserai donc avec quelques extraits en guise d'avant-goût, car elles ne sont pas nécessairement représentatives du projet d'ensemble, mais répondent plutôt à un critère d'éclat et de motifs poétiques.

Pomper le frein

T'ai vu venir
Comme un accident
À la dernière seconde
En pompant le frein
Suspendu dans le temps
Nos gueules et nos cœurs brisés
Sur le bord de la route
Avant même qu'on se touche
Je glisse en toi
Comme une ambulance
Sur une plaque de glace

(p. 39)


Dans ce dernier extrait, on peut voir l'influence de Patrice Desbiens... Dans l'extrait qui suit, je sens se profiler l'ombre d'autres poètes :

Cinq

Lave roches et cendres
Crache sur mes seins
Chaude tu disais crache
Fais-toi glisser mais
Tu pleurais souvent après

Tes amours impossibles
Les fumées enchevêtrées
Volutes et corps parfait

Crache tu disais crache
Tes seins magnifiques aussi
Toute chaleur en cendres suspendues
Je ne te crachais jamais sur le coeur

(p. 55)


Comme amateur de poésie végé, cet extrait me parle :

Non merci

Je boirai vos femmes
Fumerai vos viandes
Baiserai vos cendres
Et cracherai de la boue
À force de mordre la poussière

Sans lendemain ni fermer l'œil
Je m'empalerai sur vos sourires
Et attendrai encore une offre
Encore un petit verre
Encore une fois

(p. 108)


En tant que travailleur, je suis tombé au hasard sur cet extrait :

La chaîne

Des travailleurs
Vont chercher la matière première
D'autres la transportent
Et d'autres encore la transforment
Des travailleurs
Transforment encore d'autres matières
Pour emballer la première transformée
D'autres travailleurs l'entreposent
D'autres encore la transportent
Sur des milliers de kilomètres
D'autres travailleurs l'enregistrent
D'autres encore te la vendent
Un dollar
Un
Dollar

La valeur de ton achat

(p. 136)


Là-dessus, je vous réfère aux poètes nommés plus haut :

Tel que je le conçois

Dieu est une déesse émotive
Poétesse hépatique
Touillant nos sexes amourachés
Les chiens font chiennes chattes
Font les meilleures histoires
Argile ayant tendance à saisir
Le soleil n'a rien de spécial à y voir
Et la marée lave les péchés
De père en fils
À cycle doux

(p. 156)


Pour clore le tout :

Égotisme bien ordonné

En canne en boîte je conserve
Mes photographies de mal-aimées
Mes lettres en éclats lyriques
Certains dessous mémorables

J'installe ma chanson triste
Tamise mes armures
Me roule en croix
Jouis de mes plaies

Laisse-moi me reposer
Dans un état critique

(p. 187)


Retenez bien ce titre. On ne reverra pas un S'édenter la chienne de sitôt.

mots-clés : #poesie #quebec
par Jack-Hubert Bukowski
le Mer 12 Juil - 10:17
 
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Sujet: David Goudreault
Réponses: 4
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Renée Vivien

Poème d’amour


O toi qui savamment jettes un beau regard,
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres,
Je te vis sur la route où j’errais au hasard
Des parfums et de l’heure et des rires champêtres.


Le soleil blondissait tes cheveux d’un long rai,
Tes prunelles sur moi dardaient leur double flamme;
Tu m’apparus, ô nymphe ! et je considérai
Ton visage de vierge et tes hanches de femmes.


Je te vis sur la route où j’errais au hasard
Des ombres et de l’heure et des rires champêtres,
O toi qui longuement jettes un beau regard,
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres.



(Du recueil "Les Kitharèdes" - 1904)


La façon dont la première strophe se mire dans la dernière "arrondit" l'ensemble, et c'est un exercice difficile si l'on souhaite éviter la trop simple figure de style -et la vacuité qui s'y attache souvent. Mais là, les quelques mots, petites variantes de rien en apparence, procurent une effluve de subtilité qui se laisse volontiers flairer.

En fait, pour tout vous dire, c'est presque la double césure du troisième vers de la seconde strophe qui me gêne, il "casse" un peu la diction, laquelle perd en fluidité (ou alors je n'ai pas trouvé le ton juste), comme en harmonie.

Pourtant, sur cette strophe-là, peut-être pour atténuer ce vers dont elle ne souhaitait se défaire (? Simple hypothèse de ma part), Renée Vivien a souhaité "blinder" avec ces trois "T" durs en tête de vers (Tes, Tu, Ton).

Mon vers préféré ?    
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres
"Bleu" longue syllabe lourde sourde, contraste avec le scintillant et léger minuits au niveau duquel tombe la césure, le côté translatif de "à travers" sur l'objet par excellence de l'au-delà (du regard), les fenêtres.
Les "è" de travers et fenêtres sonnent avec le "tr" allitératif des mêmes travers et fenêtres pour suggérer le passage:
Limpide, sobre, efficace.


(Rajeuni d'un message du 23 octobre 2015 sur Parfum)


mots-clés : #poésie
par Aventin
le Ven 9 Juin - 17:44
 
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Sujet: Renée Vivien
Réponses: 1
Vues: 257

Emily Dickinson

Il semble bien que j'étais mûr pour me recueillir dans l'œuvre d'Emily Dickinson. En empruntant Lieu-dit l'éternité à la bibliothèque, j'y ai encore fois extrait un nectar :

La poussière est le seul Secret -
La Mort, la Seule
À rester partout introuvable
Dans sa «ville natale».

Personne n'a connu «son Père» -
N'a jamais été Enfant -
N'a jamais eu de compagnes,
Ni de «Vieilles histoires» -

Laborieuse! Laconique!
Ponctuelle! Posée!
Hardie comme un Brigand!
Plus silencieuse qu'une Flotte!

J'oubliais : bâtit comme un Oiseau!
Le Christ vole le Nid -
Rouge-gorge après Rouge-gorge
Passés en fraude au Repos!


Emily a le chic de décrire les choses de façon très précise :

Oses-tu voir une Âme Chauffée à Blanc?
Alors accroupis-toi dans la porte -
Rouge - est la teinte ordinaire du Feu -
Mais quand le Minerai fondu
A passé l'épreuve des Flammes,
Il frémit dans la Forge
Sans couleur, comme la lumière
De la Fournaise profane.
Le moindre Village est fier de son Forgeron
Dont l'Enclume résonne en cadence
Symbole d'une Forge plus fine
Ces coups inaudibles - à l'intérieur -
Affinant les Minerais impatients
À coups de Marteau dans la Fournaise
Jusqu'à l'instant où la Lumière Élue
Répudie la Forge -


Dans son humilité à l'ouvrage :

Tout Rater - M'a empêchée
De rater les petites Choses.
S'il n'y a rien eu de plus à Noter
Que quitter le monde sur un Gond
Ou que l'extinction du Soleil
Ce n'était pas à noter au point
De lever le Front de mon ouvrage
Par Curiosité


Il y a un poème emblématique de l'œuvre très peaufinée d'Emily Dickinson :

Il y a une solitude de l'espace
Une solitude de la mer
Une solitude de la mort, mais toutes
Seront jeux de société en face
De ce site plus profond
De cette intimité polaire
Où une âme se boucle avec elle-même -
Infinité finie.


Je lisais par ailleurs dans le recueil en notes d'accompagnement qu'Emily Dickinson était très habitée par l'idée et les réflexions à propos de la mort. À la lumière de ce que nous pouvons lire dans le recueil, nous y voyons un nouveau éclairage sur son œuvre.


mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Lun 6 Mar - 7:44
 
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Sujet: Emily Dickinson
Réponses: 33
Vues: 1151

Émile Verhaeren

Commençons par un titre très connu, tiré du recueil Les villages illusoires, sans doute dira-t-il quelque chose à plusieurs habitués de ce forum, de surcroît nous avons la chance de disposer d'un enregistrement vidéo de ce poème:

Le vent

Sur la bruyère longue infiniment,
Voici le vent cornant Novembre ;
Sur la bruyère, infiniment,
Voici le vent
Qui se déchire et se démembre,
En souffles lourds, battant les bourgs ;
Voici le vent,
Le vent sauvage de Novembre.

Aux puits des fermes,
Les seaux de fer et les poulies
Grincent ;
Aux citernes des fermes.
Les seaux et les poulies
Grincent et crient
Toute la mort, dans leurs mélancolies.

Le vent rafle, le long de l'eau,
Les feuilles mortes des bouleaux,
Le vent sauvage de Novembre ;
Le vent mord, dans les branches,
Des nids d'oiseaux ;
Le vent râpe du fer
Et peigne, au loin, les avalanches,
Rageusement du vieil hiver,
Rageusement, le vent,
Le vent sauvage de Novembre.

Dans les étables lamentables,
Les lucarnes rapiécées
Ballottent leurs loques falotes
De vitres et de papier.
- Le vent sauvage de Novembre ! -
Sur sa butte de gazon bistre,
De bas en haut, à travers airs,
De haut en bas, à coups d'éclairs,
Le moulin noir fauche, sinistre,
Le moulin noir fauche le vent,
Le vent,
Le vent sauvage de Novembre.

Les vieux chaumes, à cropetons,
Autour de leurs clochers d'église.
Sont ébranlés sur leurs bâtons ;
Les vieux chaumes et leurs auvents
Claquent au vent,
Au vent sauvage de Novembre.
Les croix du cimetière étroit,
Les bras des morts que sont ces croix,
Tombent, comme un grand vol,
Rabattu noir, contre le sol.

Le vent sauvage de Novembre,
Le vent,
L'avez-vous rencontré le vent,
Au carrefour des trois cents routes,
Criant de froid, soufflant d'ahan,
L'avez-vous rencontré le vent,
Celui des peurs et des déroutes ;
L'avez-vous vu, cette nuit-là,
Quand il jeta la lune à bas,
Et que, n'en pouvant plus,
Tous les villages vermoulus
Criaient, comme des bêtes,
Sous la tempête ?

Sur la bruyère, infiniment,
Voici le vent hurlant,
Voici le vent cornant Novembre.


Émile Verhaeren disant Le Vent:


Une vraie mission impossible que ce texte !
On "entend" le vent automnal, ou peut-être plus exactement pré-hivernal, rien qu'à lire ce poème.  
Il y a là une remarquable restitution de ce côté farouche, imprévisible, puissant et (mais ?) presque dysharmonique du vent soufflant.

On note les vers libres ou plutôt, à bien y regarder, rimés de façon non académique ou conventionnelle, placés parmi les vers rimés, l'apparente absence d'harmonie métrique.
Apparence seulement, ça va de soi.
Les inflexions de voix, si nous nous servons de la diction de l'auteur comme tutoriel, doivent "marquer" très fort par endroits - je crois que ce texte supporte quelques grammes d'emphase bien soupesée à saupoudrer çà et là (sans déclamer non plus !).

Idem, moduler sa hauteur de voix est un précieux allié de suggestion/restitution poétique, on devine cela plutôt qu'on ne l'entend réellement dans l'enregistrement.


mots-clés : #poésie
par Aventin
le Sam 4 Mar - 18:01
 
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Sujet: Émile Verhaeren
Réponses: 10
Vues: 691

Marjolaine Beauchamp

Marjolaine Beauchamp
(Née en ?)


Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Marjol10

Marjolaine Beauchamp est une poète et slammeuse québécoise. En tant que poète-slammeuse qui publie, elle a eu l'occasion de s'illustrer à L'Écrou. Elle avait écrit Aux plexus en 2010. Elle vient de persister et signer avec Fourrer le feu à la fin 2016. Sa poésie est poignante. Elle n'y va pas avec le dos de la cuiller et n'y va pas moins sans douceur. Comme la plupart des écrivain-e-s de cette maison d'édition, les données biographiques semblent être absoutes de leur registre mémoriel.


Œuvres

- Aux plexus, 2010
- Fourrer le feu, 2016

Mots-clés : #poésie #Québec
par Jack-Hubert Bukowski
le Ven 3 Mar - 9:57
 
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Sujet: Marjolaine Beauchamp
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Vues: 580

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