Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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150 résultats trouvés pour poésie

Hector de Saint-Denys Garneau

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 518vqv10

Regards et jeux dans l'espace :

Hector de Saint-Denys Garneau est l'un de ces poètes dont on remarque l'étendue de son oeuvre, lecture après lecture. Je viens de découvrir le site de la Fondation de Saint-Denys Garneau qui est intéressant à plus d'un titre. Nous y retrouvons une sélection de textes assez impressionnante. Ce n'est rien, en revanche, pour rendre compte du poème à l'oeuvre. Hector de Saint-Denys Garneau avait un père qui a connu des déconvenues au niveau professionnel car il a perdu le sens de l'ouïe, ce qui l'a obligé à occuper des postes moins prestigieux que ce lui aurait permis son rang et sa situation dans les grandes familles du Québec. Nous pouvons retrouver cette métaphore dans certains de ses poèmes. Saint-Denys Garneau était très conscient de la condition de son père. Ça l'a amené à esquisser la figure du mauvais pauvre notamment.

Je vous livre quelques extraits. J'ai tenté de faire un peu différent, de vous offrir un autre aperçu de l'oeuvre garnélienne. Saint-Denys Garneau et Marie Uguay sont les deux poètes envers qui j'exprime un critère de fidélité quant aux lectures et relectures que je programme au fil du temps.

«Figures à nos yeux»

Figures à nos yeux
Figures surgies
À peine
Et qui ne quittez pas encore l’ombre
Quel désir vous attire
À percer l’ombre
Et quelle ombre vous retire
Évanescentes à nos yeux

Figures balancées
Aux confins du visible et qui surgissez
En un jeu de vous voiler et dévoiler
Vous venez mourir ici sur le bord
          d’un sourire imaginaire
Et nous envelopper dans la chaleur de votre gravité
Balancement entre l’apparence et l’adieu
Vous nous quittez et vos yeux n’auront pas regardé
Mais nous serons tombés dedans comme dans la nuit.



«Le silence des maisons vides»

Le silence des maisons vides
Est plus noir que celui qui dort dans les tombeaux,
Le lourd silence sans repos
Où passent les heures livides.

On dirait que, comme le vent
Qui siffle à travers les décombres
Des vieux moulins tout remplis d’ombre
Passe, toujours se poursuivant,

L’heure, passant par ce silence
Comme si le pendule lent
Qu’une antique horloge balance
La comptait à pas lourds et lents,

Passe sans rien changer aux choses
Dans un présent cristallisé
Où l’avenir et le passé
Seraient comme deux portes closes

Et dans ce silence béant
On dirait, tant le temps est lisse
Que c’est l’éternité qui glisse
À travers l’ombre du néant.



mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Ven 27 Oct - 7:39
 
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Sujet: Hector de Saint-Denys Garneau
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Jacques Brault

L’en dessous l’admirable (1975) :

Pour le moment, c’est le recueil qui me raccroche le plus à l’œuvre de Jacques Brault. Tout autant j’ai gardé l’exemple de son éthique en tant que poète-essayiste en mémoire pendant le Printemps étudiant de 2012, ce recueil m’a accompagné au gré de mes préoccupations depuis la démarche d’atelier des flâneries montréalaises en compagnie des poésies de Marie Uguay. J’étais donc dû pour y revenir : je prends pour preuve que les extraits retenus cette fois-ci diffèrent de ce que j’avais déjà publié sur l’autre forum.

Mettons ceci sur le compte de son titre énigmatique ou non, le recueil est prompt à explorer les profondeurs de l’âme :
«L’ombre est basse   pauvre amour   si basse
Qu’elle rampe à ras de jour et ronge ta joue
côté nuit celle qui suinte sous terre et fait une pâte
d’os à peine poussiérée encore à la peine de vivre

tu n’es plus qu’ombre d’une ombre mal portée loin de
moi   pauvre amour   égarement d’un cri qui se crut
extase   soleil déchiré d’un croissant d’oiseau sombre
et qui sombre dégrée vers l’ombre si basse

plus rien
               un vide blanc au cœur de l’ombre
                                                                            plus basse
que l’en dessous
                             de tout»

(p. 225)


Il y a quelque chose de désespérant dans la démarche, qui rappelle la posture singulière des Saint-Denys Garneau et Henri Michaux :

«Cette fois je serai clair
                                         j’ai vu l’aveugle voyante
ma trace quand je n’étais plus à l’arrivage
passée déjà   disparue vanité de naissance vite perdue

voilà c’est cela oui et je touche celui que je fus
il n’est pas sauvé de l’absurde mise en demeure il
ne comprend pas davantage yeux fermés dents brisantes
et quoi encore sait-on arrière ce qu’il espérait

choses simples et fidèles un craquement de porte
un mur de briques plus tendres frottées de pluie
le chien avec des prunelles de fille inaimée
le soleil attardé dans la rue pour un arbre un seul
tout l’avenir du monde suspendu aux branches tracassées
le geste là-bas de rire peut-être l’erreur
      des paupières plissées
qui donc m’a suivi par pitié m’a aimé jusqu’ici»

(p. 234)


Il y a un versant du recueil qui s’inscrit en prose. Nous pouvons lire un extrait ici :

«Quelques sons nés en dessous du prévisible m’occupèrent une
saison ou deux, histoire de me dévoiler par fragments successifs
un visage si méconnu qu’il en avait l’air inconnu.

L’admirable ne surgit pas au coin de l’éclair. Par pénombres
il se rend manifeste, sans gêne aucune, et sans parade - mais
pudique, le cœur aux lèvres sous apparence d’un sourire né
de douleur. Et il nous aime. Avec le temps qu’il faut, le
temps qu’il fait. Et puis il meurt. Comme l’instant. Pour
renaître ailleurs.

Alors, on se souvient.

On s’emploie, chaque jour, à bâtir une patrie, une vraie,
une école de libertés buissonnières.
»

(p. 244)


Puis surgit cette apothéose :

«C’était passerose et ras de ruines j’allais vers toi
remonter    l’en haut tirait doucement d’abord
             par les yeux
tout cet enfer de tranquillité   saoûlerie de solitude
pour un arbre   je ne sais pas   quelque chose comme

bourgeon avant terme éclaté
                                                   branche fourrée de fourmis
             feuille
méprisée lors de la cassure du froid
                                                                un ressuiement
de terre tôt dégelée
                                   un arbre juste un arbre
inqualifiable
                      lacis noir gris sur fond de pluie
et toi innommée inaperçue ma vieille usure
ma peau de petitesse
                                     l’extase de vivre
malade minable rouillé roulé par les rues
comme une boîte de conserve à la bouche ébrechée
de vivre un peu à peine ce petit reste   croûton de pain
séché   blêmi fade ton visage de laideur qu’un arbre là
aimait sans rien dire
                                   et je viens les yeux fermés
            où tu étais venue»

(p. 255)


Ce dernier poème me parle beaucoup en tant qu’adepte des flâneries. Du début à la fin, ses thématiques me sont familières. Nous pourrions même dire qu’il s’agit d’une poésie humble, à ras de terre, qui nous rappelle la fragilité de l’existence.


mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Dim 1 Oct - 10:49
 
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Sujet: Jacques Brault
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Alice Rivard

Shrapnels :

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Shrapn10

Il y a des lectures qui demandent du recul. J’en ai eu besoin. Ce livre est un véritable projectile. C’est une suite de «calligrammes» en forme de projectiles de diverses formes, de la manière que le recueil est conçu dans sa mise en page. Alice Rivard a offert l’un des meilleurs recueils de L’Écrou et nous pouvons même remonter à Jean-Sébastien Larouche pour retrouver une œuvre aussi dense dans son ensemble circonscrit. J’y ai retrouvé des accents de Geneviève Desrosiers même s’ils sont dissipés. La confession d’Alice Rivard publiée en partie plus haut m’a permis de mieux comprendre son projet poétique, même si j’ai eu l’impression dans un premier temps d’un véritable OVNI littéraire. J’ai de la misère à concevoir Réjean Ducharme tel un OVNI, si on ne considère pas ce dernier opus d’Alice Rivard qui fera date.

Tout d’abord, Alice Rivard est sans pitié. Prenons en conscience :

On m’arrache les dents
Parce que tu m’as mal nourrie
Je ne me souviens pas de nourriture
Juste du chocolat
Ça me rendait heureuse pour un instant
Tu m’en donnais plus
Parce que pendant ce temps-là
Tu n’avais pas à te questionner
Tout était simple
Peut-être que tu avais peur
Que je morde la main qui me nourrissait à coups de strap.


Emblématique de la littérature québécoise comme de la littérature «at large», cette incarnation de la condition de mortalité prend une lueur caractéristique :

À dix ans
Elle est apparue
La première pensée
La première percée
Cette fois où j’ai découvert
Qu’il était possible de mourir par soi-même

*Well I swear that I don’t have a gun
No I don’t have a gun*


Impitoyable :

Tu es entrée
Je t’ai dit que tu n’avais plus le droit
J’étais dans le bain
J’étais souveraine
Tu étais fâchée
J’ai fermé le rideau
Je ne sais pas comment
J’en suis arrivée à te raconter ce qu’il m’a fait
Peut-être que je voulais t’éloigner
Tu as encore pleuré
C’est tout ce que tu savais faire
Tu n’avais plus ta violence
Tu n’avais plus d’emprise sur moi
J’étais déjà de la scrap
De la ferraille en train de rouiller dans le bain.


Alice Rivard a choisi de ne plus plaire au commun des mortels :

J’ai compris que je ne leur plairais jamais
Que je ne serais jamais eux
Malgré tous mes efforts
Malgré toutes mes larmes
Ces jours et ces nuits à me trouver trop ou trop peu
J’ai enfilé mon habit d’indifférence
Mes cargos verts, mes t-shirts, mes Converse
Et j’ai mis de la grosse musique sale dans mes oreilles
Ils disent que ce sont les rejects comme moi qui font des tueries
À date la seule personne qui est morte
C’est ben moi.

Il y a deux types de cartouches, à percussion annulaire et à
percussion centrale. Le percuteur frappe encore l’amorce.


L’Écrou est une véritable suite de «drop-outs» :

J’étudie en histoire
Tu étudies en sémiologie
On sait faire l’écreture
J’ai rencontré mon monsieur
Toi t’as quitté une connasse
Je me répare petit à petit
On se répare petit à petit
Ce n’est pas toujours facile
Mais tout va pas pire
Tout va pas pire.


Conscience très lucide :

Mais cette nuit j’ai rêvé à ta mère
Terrible et perdue dans un océan d’étrangers
Comme ce jour à côté
D’une boîte de cendres qui ne faisait pas de sens
Tu ne peux pas être cendres
Et nous ne pouvons pas être confinés
Relégués à tes jugements possibles dans un journal
Et moi, reléguée à la culpabilité, à la souffrance et à la haine
Tu ne peux pas être un placard
Tu ne peux pas être une ceinture
Tu ne peux pas être une pendaison
Tu ne peux pas être la mort
Ne peux pas être mon tortionnaire
Après avoir été une partie de moi, et moi une partie de toi
Tu ne peux pas être toutes ces choses
Auxquelles tu m’as condamnée à te réduire
À trembler devant
Tu ne peux pas être une chambre
Que je revisite constamment pour comprendre
Et pour essayer en vain de te sauver.


En parlant de plaies :

Plus tu fuckes tes plaies


Plus elles ouvrent
Plus elles mouillent
C’est facile une plaie
Béante
Salope béante
Ça reste toujours ouvert
Prêt à t’accueillir
On devient client de nos plaies
On en redemande.


Elle se dépasse :

Mes limites sont troublées
Elles ne savent pas qui elles sont
Elles font mal
Elles sont à vif
Comme un gratteux qu’on a trop gratté
On ne découvre rien en grattant trop
NUL si découvert
Mes limites ont tellement eu mal
Qu’elles ont déjà baisé tout ce qui bougeait pour être aimées
Qu’elles se sont déjà enivrées pour s’oublier
Mais mes limites c’est surtout de la nitroglycérine
Explosant dans ta crisse de face
Mes limites sont des supernovae
Implosant sur elles-mêmes.

Un choc brusque peut provoquer la mise à feu d’une arme à feu
Même si le mécanisme de sûreté est engagé.


Je vais sûrement me souvenir de Shrapnels.


mots-clés : #poésie  #Québec
par Jack-Hubert Bukowski
le Mer 23 Aoû - 11:40
 
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Sujet: Alice Rivard
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Federico Garcia Lorca

La femme adultère
Federico Garcia Lorca

A Lydia Cabrera y a su negrit

Je la pris près de la rivière
Car je la croyais sans mari
Tandis qu’elle était adultère
Ce fut la Saint-Jacques la nuit
Par rendez-vous et compromis
Quand s’éteignirent les lumières
Et s’allumèrent les cri-cri
Au coin des dernières enceintes
Je touchai ses seins endormis
Sa poitrine pour moi s’ouvrit
Comme des branches de jacinthes
Et dans mes oreilles l’empois
De ses jupes amidonnées
Crissait comme soie arrachée
Par douze couteaux à la fois
Les cimes d’arbres sans lumière
Grandissaient au bord du chemin
Et tout un horizon de chiens
Aboyait loin de la rivière

Quand nous avons franchi les ronces
Les épines et les ajoncs
Sous elle son chignon s’enfonce
Et fait un trou dans le limon
Quand ma cravate fût ôtée
Elle retira son jupon
Puis quand j’ôtai mon ceinturon
Quatre corsages d’affilée
Ni le nard ni les escargots
N’eurent jamais la peau si fine
Ni sous la lune les cristaux
N’ont de lueur plus cristalline
Ses cuisses s’enfuyaient sous moi
Comme des truites effrayées
L’une moitié toute embrasée
L’autre moitié pleine de froid
Cette nuit me vit galoper
De ma plus belle chevauchée
Sur une pouliche nacrée
Sans bride et sans étriers

Je suis homme et ne peux redire
Les choses qu’elle me disait
Le clair entendement m’inspire
De me montrer fort circonspect
Sale de baisers et de sable
Du bord de l’eau je la sortis
Les iris balançaient leur sabre
Contre les brises de la nuit
Pour agir en pleine droiture
Comme fait un loyal gitan
Je lui fis don en la quittant
D’un beau grand panier à couture
Mais sans vouloir en être épris
Parce qu’elle était adultère
Et se prétendait sans mari
Quand nous allions vers la rivière

Federico Garcia Lorca, extrait de « El Romancero Gitano »
Traduction Jean Prévost


mots-clés : #poésie
par Chamaco
le Mar 22 Aoû - 15:10
 
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Sujet: Federico Garcia Lorca
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Emile Nelligan

Emile Nelligan
(1879-1941)


Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Emile_10

Émile Nelligan, né le 24 décembre 1879 à Montréal et mort le 18 novembre 1941 dans la même ville, est un poète québécois influencé par le mouvement symboliste ainsi que par les grands romantiques. Souffrant de schizophrénie, Nelligan est interné dans un asile psychiatrique peu avant l'âge de vingt ans et y reste jusqu'à sa mort. Son œuvre est donc à proprement parler une œuvre de jeunesse. Ses poèmes, d'abord parus dans des journaux et des ouvrages collectifs, sont publiés pour la première fois en recueil par son ami Louis Dantin sous le titre Émile Nelligan et son œuvre (1904).

Ce recueil constitue un ensemble inégal sur le plan de l'authenticité créatrice – nombre de poèmes sont des pastiches ou des reflets de plumes bien connues –, mais révèle néanmoins un poète original au talent indéniable. La musicalité des vers est très certainement l'aspect le plus remarquable de la poésie d'Émile Nelligan. Les principaux thèmes abordés sont l'enfance, la folie, la musique, l'amour, la mort et la religion.

Au fil des ans, sa figure prend de plus en plus d'ascendant et il est généralement vu comme le point de départ de la poésie québécoise moderne, rompant avec la thématique patriotique de son époque pour explorer plutôt son espace intérieur. Depuis plus d'un siècle, Nelligan a inspiré chansons, films, tableaux, pièces de théâtre et même un opéra ; nombre de critiques, d'écrivains et de cinéastes ont exalté son génie, sa folie ou son martyre. Le phénomène a atteint une telle ampleur que sa figure a pris la dimension d'un « mythe » populaire, qui conjoint la figure romantique du poète maudit et celle de l'éternel adolescent. En tant que tel, il a aussi suscité la controverse et certains ont tenté d'attribuer son œuvre à un  « compositeur de génie » de ses amis.

Plusieurs de ses poèmes sont « parmi les plus réussis de la littérature québécoise, et mériteraient d'être intégrés au patrimoine de la littérature d'expression française. »

source wikipédia

En ce qui concerne la bibliographie, elle est brève puisque ses poésies complètes tiennent en un seul recueil.

Mot-clef : #poésie
par Arturo
le Mar 22 Aoû - 13:52
 
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Sujet: Emile Nelligan
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Guy Goffette

Un manteau de fortune :

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Guygof11

J’ai pris le temps de lire une première fois le recueil dans l’édition qui paraît en couverture. J’y ai trouvé une quête qui se trouvait dans les déplacements et le mouvement tumultueux des amours comme des choses de la vie. Je n’ai pas beaucoup noté d’extraits et le dernier extrait se trouve dans Le relèvement d’Icare. J’imagine que la sagesse de mes lectures de poésie m’a dicté de marquer un temps de pause au milieu du recueil. J’ai été très sélectif dans ce que je dévoile comme extraits.
Tout d’abord, je vous cite la première de trois lettres à l’inconnue d’en face :

V

(Lettre à l’inconnue d’en face, 1)

Rideaux, tentures, voilages, non rien,
Madame, pour dérober à votre œil
de cyclope dans l’ombre qui m’épie
ce long corps nu de faux gisant recru
d’intempérances, et ce qui se pâme aussi
devant votre balcon où sèche toute
une lingerie de nonne aux abois -
fleurs vénéreuses pour le solitaire
que la mort affole dresse démoelle
dans la nuit, rivé à vos blanches cuisses.


Puis, je me suis dit que cet extrait aller vous arracher des sourires :

ROUTE

Comme un grand animal
la route s'est assise et souffle

Le cantonnier complice
partage l'unique cigarette

on est près de parler
mais la terre s'abat
d'un coup d'aile

midi vient de sonner


Dans la thématique de la ville, ce poème illustre bien la métaphore :

Première partie de l’amoureuse sur les toits

La nuit peut bien tomber sur la ville
endormie et, tempête, emporter les toits,
les arbres et les enseignes mortes,
je ne céderai pas, dit-elle,

comme ceux qui, voyant venir la fin
de la partie, s’effacent et consentent
à mourir avant que le joueur baisse
le pouce. J’ai une carte secrète

qui me bat sous les côtes un air si vif
que je vole et que la terre en tremble,
précipitant la nuit dans la nuit,
hier dans ses décombres.

J’aime, et le jour est tout neuf.


Pour clore le tout, un autre poème désenchanté point le jour dans l’œuvre de Guy Goffette, désenchantement que je qualifierais plutôt de terre-à-terre dans l’approche des événements de la vie :

Extrait du chant du ravi

IV

Comme vous j’ai vu le jeune homme grimper
dans le soleil sur ses ailes de cire, vu
comme il y croyait, l’impudent, comme
il était sûr d’avoir gagné

sur la vieille sagesse et sur l’air et
sur le poids du corps, et comme son visage
riait aux anges alors que tout déjà
avait repris son cours dans l’indifférence

des vivants pour les vivants, le pêcheur
ses filets, la vigie la barre de l’horizon,
et la mort sous le boisseau des feuilles,
des larmes, des regrets éternels,

son trou dans la terre.


Il y a une bonhomie qui émane de l'œuvre de Guy Goffette, mais nous sentons qu'il a vécu et mûri une quête. Les commentateurs qualifient son écriture. Je pense pour ma part que nous entrons en contact avec cette écriture et même si elle voisine souvent avec la prose poétique, nous sentons les écorchures qui émanent de cette expérience rendue à l'écrit.

mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Lun 21 Aoû - 11:03
 
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Sujet: Guy Goffette
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Jorge Luis Borges

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 41bmpq10

L'auteur et autres textes
:

Je viens de faire une autre tentative d'entrée dans l'œuvre de Jorge Luis Borges. Je pense qu'elle est mieux réussie en ce qui me concerne puisqu'elle contient une partie autobiographique en plus de la poésie. Nous lisons des extraits sans trop s'engager à poursuivre la lecture, ainsi nous y revenons mieux... Je prévois y revenir pas mal, puisque je suivrai un cours la session à venir sur Jorge Luis Borges.

Voici les extraits que j'ai retenus en vrac :

«Borges et moi»

C’est à l’autre, à Borges, que les choses arrivent. Moi, je marche dans Buenos Aires, je m’attarde peut-être machinalement, pour regarder la voûte d’un vestibule et la grille d’un patio. J’ai des nouvelles de Borges par la poste et je vois son nom proposé pour une chaire ou dans un dictionnaire biographique. J’aime les sabliers, les planisphères, la typographie du XVIIIe siècle, le goût du café et la prose de Stevenson : l’autre partage ces préférences, mais non sans complaisance et d’une manière qui en fait des attributs d’acteur. Il serait exagéré de prétendre que nos relations sont mauvaises. Je vis et me laisse vivre, pour que Borges puisse ourdir sa littérature et cette littérature me justifie. Je confesse volontiers qu’il a réussi quelques pages de valeur, mais ces pages ne peuvent rien pour moi, sans doute parce que ce qui est bon n’appartient à personne, pas même à lui, l’autre, mais au langage et à la tradition. Au demeurant, je suis  condamné à disparaître, définitivement, et seul quelque instant de moi aura chance de survivre dans l’autre. Peu à peu, je lui cède tout, bien que je me rende compte de sa manie perverse de tout falsifier et exagérer. Spinoza comprit que tout chose veut persévérer dans son être ; la pierre éternellement veut être pierre et le tigre un tigre. Mais moi je dois persévérer en Borges, non en moi (pour autant que je sois quelqu’un). Pourtant je me reconnais moins dans ses livres que dans beaucoup d’autres ou que dans le raclement laborieux d’une guitare. Il y a des années, j’ai essayé de me libérer de lui et j’ai passé des mythologies de banlieue aux jeux avec le temps et l’infini, mais maintenant ces jeux appartiennent à Borges et il faudra que j’imagine autre chose. De cette façon, ma vie est une fuite où je perds tout et où tout va à l’oubli ou à l’autre.
   
Je ne sais pas lequel des deux écrit cette page.
Lien de la retranscription informatisée (merci) :

http://emmila.canalblog.com/archives/2011/11/01/22547561.html


Il y a quelques poésies qui ont retenu mon attention. Elles ont plus à voir avec la personnalité et les talents de conteur de Borges que la poésie elle-même. Elle vaut quand même le détour...

«Susana Soca»

Avec un amour indolent elle observait
Les couleurs éparses du soir. Il lui plaisait
De se perdre dans la complexe mélodie
Mais aussi dans la vie singulière des vers.
Ce sont les gris et non le rouge élémentaire
Qui ont tissé les fils d’un destin délicat
Habitué au discerner et exercé
À toutes les hésitations et aux nuances.
N’osant jamais s’aventurer dans le perplexe
Labyrinthe, du dehors elle contemplait
Les formes, l’agitation et le tumulte,
Toute pareille à cette autre dame au miroir.
Des dieux qui séjournent au-delà des prières
L’abandonnèrent à cet autre tigre, le Feu.

Traduction La Pléiade, 1999

Lien de la retranscription informatisée (merci) : https://www.causeur.fr/petites-bouchees-froides-28502


À titre de comparaison, je vous propose mon édition de la collection L’Imaginaire :

«Susana Soca»

Avec un lent amour, elle regardait
Les éparses couleurs du soir. Elle aimait
À se perdre dans la complexe mélodie
Des vers ou dans leur étrange vie.
Ce ne fut pas le rouge élémentaire,
Mais les gris qui filèrent son délicat
Destin, qu’elle avait entraîné à toujours
Distinguer, qu’elle avait exercé aux
Hésitations et aux nuances.
Sans oser pénétrer dans le perplexe
Labyrinthe, du seuil elle regardait
Les formes, le tumulte, la course,
Pareille à une autre dame au miroir.
Des dieux qui habitent au-delà de la prière
La livrèrent à ce tigre, le Feu.

N.B. Susanna Soca est morte brûlée vive dans un accident d’aviation.


Je conclus par ce poème que j’ai pigé d’un numéro de Liberté, revue québécoise, datant de 1987 :

EN COMMENÇANT L'ÉTUDE
DE LA GRAMMAIRE ANGLO-SAXONNE

Au bout de cinquante générations
(Le temps nous impartit à tous pareils abîmes)
Je regagne la rive opposée d'un grand fleuve
Où n'abordèrent pas les dragons du Viking,
Je retrouve les âpres et laborieuses paroles
Qu'avec une bouche faite poussière, j'ai
Prononcées, aux temps de Northumbrie et de Mercie,
Avant de devenir Haslam ou Borges.
Samedi nous avons lu que Jules César
Vint le premier de Romeburh soumettre la Bretagne-
Avant que reviennent les raisins j'aurai écouté
La voix du rossignol de l'énigme
Et l'élégie des douze guerriers
Qui entourent le tombeau de leur roi.
Symboles d'autres symboles, ces paroles me semblent
Des variations de l'anglais ou de l'allemand futur;
Parfois, elles furent des images
Dont un homme usa pour célébrer la mer ou une épée;
Demain, elles vivront à nouveau,
Demain, fyr ne sera pas fire mais cette sorte
de dieu domestique et changeant
Que nul n'a pu regarder sans une antique stupeur.
Loué soit l'enchaînement
Infini des effets et des causes
Qui, avant de me montrer le miroir
Où je ne verrai personne ou bien verrai un autre,
M'accorde cette pure contemplation
D'un langage de l'aube.


Mot-clé : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Sam 19 Aoû - 9:36
 
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Sujet: Jorge Luis Borges
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Anise Koltz

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Anisek11

Somnambule du jour

Anise Koltz a vu l'une de ses anthologies être publiée au sein de la collection «NRF/poésie» de Gallimard sous le titre Somnambule du jour. Il y a tellement de choses à puiser dans ses poésies. Il faut y revenir à tête reposée, lorsque nous sommes prêts à accueillir sa poésie. Je vous livre trois extraits :

Ma poésie appartient
à la guérilla du langage

J'aiguise chaque mot
avant de l'intégrer
dans mes poèmes
qu'il devienne pierre
que je lance
contre la société pourrie

Oui - je fais partie
de l'intifada


Anise Koltz est une poétesse irréductible et elle cultive un art de la subversion.

QUESTION

Je me suis habituée
aux loups
qui rôdent en moi

À l'ange gardien
qui leur montre les dents

Sous quelle lune
continuerai-je mon périple?


Anise Koltz ne serait pas la poétesse qu'elle serait si elle n'entretenait pas une voie dialectique :

OUVERTE

Je traverse les mots
en marchant sans boussole
ma poésie est ouverte
comme une plaine

Je ne rencontre personne
si ce n'est moi
qui passe
sans me regarder


Une telle rencontre avec une poésie de la sorte est sans doute marquante.


mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Mer 16 Aoû - 10:14
 
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Sujet: Anise Koltz
Réponses: 3
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Marie Uguay

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Marieu12

En lisant un peu mon recueil édition Boréal pour la première fois au hasard, j'ai essayé de sortir des sentiers battus pour re-découvrir une nouvelle Marie Uguay. Nous avons souvent d'elle cette image forte du Mont-Mégantic, elle qui est sensible à la nature. Nous pouvons émettre l'hypothèse selon laquelle sa situation géographique en ville l'a mise dans la conscience de la proximité de l'eau et de la montagne dans le Sud-Ouest de Montréal.

Je me suis donc attardé aux motifs qu'elle esquisse dans L'Outre-vie, notamment de la ville, de la fenêtre et d'une chaise :

La grande ville métamorphose s'élance
dans le blanc roide de l’hiver
ou de ses gratte-ciel aux vitres magiciennes
(Derrière une fenêtre le dos détendu
d’une chaise de paille
évoque le tressage heureux
d’un quelconque voyage au soleil)

Sur le noir le bouleau est un signe amoureux
une rivière divisible et l’attente
sa blancheur semble fendre une nuit lucide

De tous ces jours et de toutes ces nuits malades
je n’ai gardé que le harcèlement de mon amour
que cette destruction monotone du ciel
que ce lent étouffement de mes sens
Je ne reconnais plus mon corps
je suis entrée dans un univers maladroit
habité uniquement par la trépidation des rues

p. 48


Sa conscience urbaine est bien ancrée dans la mesure où le Sud-Ouest contient sa part de béton, ce qui lui donne un côté urbain irréductible. Elle précise néanmoins sur le motif de la chaise :

Une chaise est postée comme un guetteur
comme une grille de jardin
comme un tambour
comme un cœur matinal sur le linoléum
Une chaise pliante pour un souvenir
un tableau de vacances
l’été tu as pris un verre d’orange
qui reposait dans sa couleur
et tu l’as bu
La chaise a dérivé comme une île
comme un bouchon sur le fleuve
happée
comme un morceau de bois grugé par l’eau

p. 95


Marie Uguay a une conscience insulaire et près de l'eau, même en ville. Ça me fait l'apprécier davantage dans une sensibilité que je partage avec elle... fait à noter, elle a cité Marguerite Duras en ouverture de son recueil.

mots-clés : #poésie #québec
par Jack-Hubert Bukowski
le Mar 15 Aoû - 9:14
 
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Pierre Reverdy

Plupart du temps :

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Pierre10

Je dois le dire d'emblée ici, j'ai lu le recueil de manière plutôt désordonnée et même à l'envers pour ainsi dire. C'est le cas pour la plupart des relectures en poésie. J'ai profité de l'occasion pour revenir sur le fil du forum défunt. Constance avait mis sa pierre à l'édifice. Pour ma part, je propose une autre lecture de Reverdy, qui colle davantage à sa prose poétique.

Débutons tout d'abord par un bloc de prose poétique :

«Plus tard»

Le temps passé dans une chambre où tout est noir reviendra plus tard. Alors j'apporterai une petite lampe et je vous éclairerai. Les gestes confus se préciseront. Je pourrai donner un sens aux mots qui n'en avaient pas, et contempler un enfant qui dort en souriant.

Est-il possible que ce soit nous-mêmes en vieillissant? Il y a quelques morceaux de ruines qui tombent. Ceux-là ne se relèveront plus. Il y a aussi quelques fenêtres qui s'éclairent. Et devant la porte un homme solide et doux qui connaît sa force et qui attend.

Il ne reconnaîtrait pas lui-même son visage.


Pierre Reverdy est un poète dont on découvre la force :

«Étoile filante»

À la pointe où se balance un mouchoir blanc
Au fond noir qui finit le monde
Devant nos yeux un petit espace

Tout ce qu'on ne voit pas
Et qui passe

Le soleil donne un peu de feu

Une étoile filante brille
Et tout tombe

Le ciel se ride
Les bras s'ouvrent

Et rien ne vient
Un cœur bat encore dans le vide

Un soupir douloureux s'achève
Dans les plis du rideau le jour se lève



Dans ce poème, il est possible de reconnaître une certaine musicalité d'âme :

«Pour le moment»

La vie est simple et gaie
Le soleil clair tinte avec un bruit doux
Le son des cloches s’est calmé
Ce matin la lumière traverse tout
Ma tête est une lampe rallumée
Et la chambre où j’habite est enfin éclairée

Un seul rayon suffit
Un seul éclat de rire
Ma joie qui secoue la maison
Retient ceux qui voudraient mourir
Par les notes de sa chanson

Je chante faux
Ah que c’est drôle
Ma bouche ouverte à tous les vents
Lance partout des notes folles
Qui sortent je ne sais comment
Pour voler vers d’autres oreilles
Entendez je ne suis pas fou
Je ris au bas de l’escalier
Devant la porte grande ouverte
Dans le soleil éparpillé
Au mur parmi la vigne verte
Et mes bras sont tendus vers vous

C’est aujourd’hui que je vous aime


Par rapport au poème introduisant le fil, je vous invite à la lecture de ce dernier poème, tel qu'il se versifie :

«Vue d’autrefois»

La cloche qui sonnait au loin
                                        Dès le réveil
Battement d'aile
                    Sur ma tête où joue le soleil
Un souvenir remue à peine
                 Mon cœur s'arrête d'écouter
            Les voix qui parlent
Depuis longtemps tout ce qui s'est passé
Est-ce le même
                 En passant qui m'a regardé

Ce sont les mêmes yeux qui tournent
                       Mais le portrait s'est effacé

Les traits de ton visage s'écartent
                       Un autre vient
Le front vieilli qu'avait caché ta main
Enfin la voix qui parle
           Un enfant qui courait ne te rappelle rien
Et celui qui s'en va là-bas
                      Tes lèvres tremblent
Dans un pays lointain et noir
                   Tu lui ressembles


Ici, il convient de rappeler l'importante dette contractée pour la retranscription informatisée de tous les poèmes. Avoir su, je me serais abstenu d'acheter Plupart du temps, même si je le dis par esprit de contradiction et avec un sens de la dérision. La poésie de Pierre Reverdy est quelque chose qui mûrit lentement à mesure que nos regards s'affinent à travers le temps.


mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Dim 13 Aoû - 9:57
 
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Pierre Reverdy

Pierre Reverdy
(1889-1960)

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Reverd11

Pierre Reverdy est un poète qu'on apprivoise lentement. Il m'a semblé, en le lisant, qu'il faut avoir lu et atteint un degré de maturité poétique pour comprendre sa démarche. Sa poésie n'est pas si compliquée à lire, mais qu'importe. Nous le connaissons surtout pour Plupart du temps. Il a pris part au mouvement du cubisme et fut reconnu comme un des précurseurs du surréalisme. Il est d'ailleurs considéré comme un poète exemplaire par Louis Aragon. Son cheminement a connu une brusque interruption en 1926, alors qu'il a choisi de se retirer pour se consacrer à Dieu. De nombreux poètes lui ont rendu hommage à son décès survenu en 1960.


En guise d'accompagnement, je vous propose une lecture d'extraits tirés d'Esprits nomades qui expliquent sa démarche poétique :

Notre Narbonnais aux sourcils noirs, à la mèche combattante et à l'accent épais et râpeux comme le vin lourd de la Clape, est décrété trop monotone. Certes bien sûr il a écrit des centaines de poèmes, mais en fait toujours les mêmes vous dit-on, comme ce pauvre Vivaldi avec ses concertos. C'est ne rien vouloir comprendre aux mouvements imperceptibles de l'infini.

[…]

Toute en impression fugitive, sa poésie semble rester la patte en l'air, figée par ce qu'elle seule a vu, et que nous ne voyons pas encore. […] La poésie de Reverdy ne dit pas, elle chuchote.

[…]

Sa poésie est traces de passage, avertissement des feuilles qui craquent, de la nuit qui rôde. Il est totalement limpide, dangereusement limpide, aux frontières de la transparence et de la disparition. Nous ne sommes plus sur la terre ferme, mais dans l'infini volatil. Pierre Reverdy est le cristal de l'attente […].

[…]

Un souffle obscur où il est question de lui, question de nous. Tous ces manques, ces absences, ces trous de mots, sont emplis de cette vie qui nous cristallise. La poésie de Reverdy est lourde, lourde de sens, et lucide, secrètement aimantée par les rêves des pierres. Une flamme sourde. Mouvants reflets d'un monde proche et étranger à la fois.

Tiré de : Esprits Nomades


Œuvre :

Poèmes en prose, 1915, imprimerie Birault
La Lucarne ovale, 1916, imprimerie Birault
Quelques poèmes, 1916, imprimerie Birault
Le Voleur de Talan, 1917, roman, imprimerie Rullière
Les Ardoises du toit, 1918, avec deux dessins de Georges Braque, imprimerie Birault
Les Jockeys camouflés et période hors-texte, avec cinq dessins d'Henri Matisse, 1918, imprimerie F. Bernouard. Édition désavouée par le poète et par l'illustrateur. La « seule approuvée », avec l'achevé d'imprimer du 30 décembre 1918, fut tirée chez Birault.
La Guitare endormie, 1919, avec quatre dessins de Juan Gris, imprimerie Birault : Page 1
Self defence, 1919, essai critique, imprimerie Birault
Étoiles peintes, 1921, avec une eau-forte d'André Derain, Sagittaire
Cœur de chêne, avec huit gravures sur bois par Manolo, 1921, Éditions de la Galerie Simon.
Cravates de chanvre, 1922, avec trois eaux-fortes de Pablo Picasso, Éditions Nord-Sud : Page 1
Pablo Picasso et son œuvre, 1924, dans Pablo Picasso, avec vingt-six reproductions de peintures et dessins, Gallimard
Les Épaves du ciel, 1924, Gallimard
Écumes de la mer, 1925, avec un portrait de l'auteur par Picasso, Gallimard
Grande nature, 1925, Les Cahiers libres
La Peau de l'homme, 1926, roman, Gallimard
Le Gant de crin, 1927, Plon
La Balle au bond, 1928, avec un portrait de l'auteur par Amedeo Modigliani, Les Cahiers du Sud
En vrac, 1929.
Sources du vent, 1929, avec un portrait de l'auteur par Picasso, Maurice Sachs éditeur.
Flaques de verre, 1929, Gallimard : Page 1
Pierres blanches, 1930, avec un portrait de l'auteur et un frontispice de Marc Chagall, Éditions d'art Jordy
Risques et périls, 1930, recueil des contes écrits entre 1915 et 1928, Gallimard
Ferraille, 1937, Bruxelles.
Préface à Déluges, de Georges Herment, 1937, Éditions José Corti.
Plein verre, 1940, Nice.
Plupart du temps, 1945, recueil des livres Poèmes en prose, Quelques poèmes, La Lucarne ovale, Les Ardoises du toit, Les Jockeys camouflés, La Guitare endormie, Étoiles peintes, Cœur de chêne et Cravates de chanvre, Gallimard
Préface à Souspente, d'Antoine Tudal, 1945, Éditions R. J. Godet
Visages, 1946, avec quatorze lithographies d'Henri Matisse, Éditions du Chêne
Le Chant des morts, 1948, avec cent vingt-cinq lithographies de Pablo Picasso, Tériade éditeur.
Le Livre de mon bord, 1948, recueils de notes écrites entre 1930 et 1936, Mercure de France
Tombeau vivant et Dulce et decorum est pro patria mori, 1949, dans Tombeau de Jean-Sébastien Galanis, imprimé par Daragnès
Main d'œuvre, 1949, recueil des livres Grande nature, La Balle au bond, Sources du vent, Pierres blanches, Ferraille, Plein verre, Le Chant des morts, plus les inédits Cale sèche et Bois vert, Mercure de France Page 1
Une aventure méthodique, 1950, avec douze lithographies en couleurs et vingt-six en noir et blanc de Georges Braque, Mourlot
Cercle doré, 1953, chanson avec une lithographie de Georges Braque, Mourlot
Cette émotion appelée poésie, Mercure de France, no 1044, 1er août 1950
Au soleil du plafond, 1955, avec onze lithographies de Juan Gris, Tériade éditeur.: Page 1
La Liberté des mers, 1959, illustré par Georges Braque, Éditions Maeght
À René Char, 1962, poème épistolaire tiré à 4 exemplaires avec un dessin de Georges Braque, P. A. Benoît
Sable mouvant, 1966, avec dix aquatintes de Picasso, L. Broder éditeur
La revue Nord-Sud, 16 numéros du 15 mars 1917 au 15 octobre 1918, a été réimprimée en 1980 par l'éditeur Jean-Michel Place.
Anthologie, Éditions de la Différence, 1989.

màj le 12/11/2017

Mot-clé : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Dim 13 Aoû - 9:36
 
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Yves Boisvert

Classe moyenne :

J’ai particulièrement aimé ma lecture de ce recueil. Il s’agit d’un des derniers de Yves Boisvert qui est décédé en 2012. J’avais mieux apprécié mon expérience de lecture puisque j’étais immergé dans les bonnes conditions pour mieux saisir la matière dure de l’ouvrage. Yves Boisvert est un poète qui ne nous ménage pas, et est sans concessions. Nous l’adoptons d’emblée quand nous avons conscience de la vulnérabilité de la condition québécoise. Il a un regard très critique et acéré quant à la situation «coloniale» qui entoure les masses québécoises.

Pour l’instant, je vous livre quelques extraits. J’y reviendrai en temps utile pour en poster d’autres.

«Adresse au bonasse»

Il semble facile de laver la vaisselle
que ton entourage a salie.
Contrairement à certains éléments de la population
Salie s’accord en genre et en nombre
avec vaisselle
Un mot féminin singulier.
C’est un genre.
Chacun son genre.
Pour l’instant.

Pendant que tu laves les assiettes
les pots les utensiles les plats
les autres regardent la télévision
ils ont adopté une façon d’être
ils ont choisi une manière de se conduire
qui leur confère une apparence relativement sociétale
dans une maison privée
d’où s’échappe une lueur de magasin
artificielle et blafarde.

Chacun trouvera sa clarté dans l’espace
qu’on voudra bien concéder, prévient le monstre.

Les autres, ils ont le sens du loisir
de l’évachement sur le divan
du mangeage de chips nature et buvage de Pepsi diète
en regardant des films incluant Roy Dupuis.

Toi, t’as le sens des responsabilités
c’est pourquoi tu laves la vaisselle
que tu frottes que t’essuies que tu ranges
plutôt que de juger les comportements des amateurs de
télé
et de leur crier par la tête
qu’ils sont des restants de fainéantise
qui te coûtent ce que t’aurais pu donner
aux enfants de l’insuline en Afrique orientale.

T’es vraiment quelqu’un de concret
Discret, sympathique, serviable.

Espérons souhaitons envisageons pour les autres
que que que demain
ne tombera pas dans un de ces jours de suicide
comme c’est souvent le cas
dans des régions où les rues sont numériques
au lieu de porter des noms de végétaux.

Bonne fin de semaine, bonasse de mes deux.


Cette thématique est récurrente et Hubert Aquin n’est jamais loin des références qui reviennent…

«Les fatigués fourrables»

Revendiquer une double identité
c’est se prendre pour un autre.
Faites-moi ricaner de n’avoir jamais ri d’être si drôle
ou, si l’on préfère, si tant performant dans le comique.

Vu que le monde refuse de s’engager
de peur de se fatiguer ou de se faire fourrer
Ce court poème devrait «plaire»
à une majorité de «fatigués fourrables»
Non parce qu’il paraîtrait «plaisant»
mais parce qu’il est court
et moins c’est long
moins longtemps ça fait suer.
N’est-ce pas?!
N’est-ce pas!?

Bonsouair, car surgissent les vrais problèmes.


Que dire de plus...

«Tu parles trop»

Quand tu parles trop
c’est que t’as rien à faire
c’est avec tes mots
qu’tu fais l’tour d’la terre
ni vrai ni faux
mais tu parles trop

si tu parles trop
près de la rivière
entre la rue Minto
et le bord de la mer
ça prendrait un bateau
mais tu parles trop

si tu parles trop
comme toutes les commères
t’as la face dans le dos
sens devant derrière
ni bas ni haut
pa’ce tu parles trop

quand tu parles trop
on pense à l’envers
équations d’oiseaux
l’aut’bord du miroir
ça pourrait être beau
mais tu parles trop

si tu parles trop
en r’gardant dans ‘es airs
comme des intellos
dans les séminaires
c’est pas un défaut
mais ça parle trop

quand on parle trop
de c’qui va d’travers
quand on dit tout haut
c’qui nous désespère
i’ est trop tard trop tôt
pa’ce qu’on parle trop

si tu parles trop
quand il faudrait se taire
allergique à l’eau
tu jases à ta bière
quand t’es b’in chaud
là tu parles trop

quand tu parles trop
seul dans l’univers
t’es un numéro
dans l’imaginaire
t’approcherais zéro
mais tu parles trop.

- Tu trouves vraiment vraiment que je parle trop?
Peut-être devrais-je m’exercer au raffinage de la
conjugaison.



mots-clés : #poésie #québec
par Jack-Hubert Bukowski
le Sam 12 Aoû - 11:43
 
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Sujet: Yves Boisvert
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Francis Ponge

Le parti pris des choses suivi de Proêmes :

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Franci10

J’ai eu la chance de connaître cette œuvre capitale et assez emblématique de l’œuvre de Francis Ponge. J’y ai puisé des éléments et des motifs façonnant mes premiers poèmes. À la lecture de tout ce qui vient de précéder, le premier extrait que j’ai noté :

«II. Le compliment à l’industriel

Sire, votre cerveau peut paraître pauvre, meublé de tables plates, de lumières coniques tirant sur des fils verticaux, de musiques à cribler l’esprit commercial,
mais votre voiture, autour de la terre, promène visiblement Paris, comme un gilet convexe, barré d’un fleuve de platine,  où pend la tour Eiffel avec d’autres breloques célèbres, et lorsque, revenant de vos usines, déposées au creux des campagnes comme autant de merdes puantes,
vous soulevez une tapisserie et pénétrez dans vos salons,
plusieurs femmes viennent à vous, vêtues de soie,
comme des mouches vertes.»


On peut se demander quelle mouche a piqué Yvette Bozon-Scalzitti… d’autant plus qu’il est question d’«enfant» et d’«ordre social» à la page précédente…

L’extrait suivant que j’ai noté, «Le cageot», est emblématique de la démarche pongienne :

«A mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie.

Agencé de façon qu'au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées fondantes ou nuageuses qu'il enferme.

A tous les coins de rues qui aboutissent aux halles, il luit alors de l'éclat sans vanité du bois blanc. Tout neuf encore, et légèrement ahuri d'être dans une pose maladroite à la voirie jeté sans retour, cet objet est en somme des plus sympathiques - sur le sort duquel il convient toutefois de ne s'appesantir longuement.»


Ponge est sensible au côté fragile de la vie. Pour ma part, j’ai été réceptif à cette métaphore du cageot puisque nous avons tendance à recycler toutes sortes de choses de nos jours. Ainsi, j’ai eu la chance de voir un de mes proches réutiliser le matériau offert par d’anciennes cages à homards pour fabriquer des meubles de circonstance.

L’extrait qui suit donnera valeur à cette confidence :

«Témoignage»

Un corps a été mis au monde et maintenu pendant trente-cinq années dont j'ignore à peu près tout, présent sans cesse à désirer une pensée que mon devoir serait de conduire au jour.

Ainsi, à l'épaisseur des choses, ne s'oppose qu'une exigence d'esprit, qui chaque jour rend les paroles plus coûteuses et plus urgent leur besoin.

N'importe. L'activité qui en résulte est le seule où soient mises en jeu toutes les qualités de cette construction prodigieuse, la personne, à partir de quoi tout a été remis en question et qui semble avoir tant de mal à accepter franchement son existence.


Francis Ponge semble conduit par l’exigence de décrire la condition de l’Homme. Yvette Bozon-Scalzitti s’est sentie le besoin de remettre en question certaines idées établies. Nous pouvons dire qu’elle a donné une certaine résonance aux extraits que je viens de citer.

Le poème qui suit ne fait rien pour arranger les choses si nous les considérons selon un point de vue puriste :

«Poésie du jeune arbre»

Ta rose distraite et trahie
Par un entourage d'insectes
Offre depuis sa robe ouverte
Un cœur par trop empiété

Pour cette pomme l'on te rente
Mais que t'importe quelqu'enfant
Fais de toi-même agitateur
Déchoir le fruit comme la fleur.

Quoiqu'encore malentendu
Et peut-être un peu bref contre eux
Parle! dressé face à tes pères

Jeune homme vêtu comme un arbre
Parle, parle contre le vent
Auteur d'un fort raisonnement.


Encore une fois, je picorerai de façon très précise :

«Si je les nomme [raisons de vivre] c’est que ce sont des retours de l’esprit aux choses. Il n’y a que l’esprit pour rafraîchir les choses. Notons d’ailleurs que ces raisons sont justes ou valables seulement si l’esprit retourne aux choses d’une manière acceptable par les choses : quand elles ne sont pas lésées, et pour ainsi dire qu’elles sont décrites de leur propre point de vue.»
Extrait de «Raisons de vivre heureux», p. 167


Francis Ponge s’est attardé à l’œuvre de Camus, comme plusieurs l’ont fait avant lui, au cœur de son époque. J’ai noté quelque chose de précis qui croque sur le vif les balbutiements de sa démarche exigeante :

«Historiquement voici ce qui s’est passé dans mon esprit :
1. J’ai reconnu l’impossibilité de m’exprimer;
2. Je me suis rabattu sur la tentative de description des choses (mais aussitôt j’ai voulu les transcender!);
3. J’ai reconnu (récemment) l’impossibilité non seulement d’exprimer mais de décrire les choses.

Ma démarche en est à ce point. Je puis donc soit décider de me taire, mais cela ne me convient pas : l’on ne se résout pas à l’abrutissement.

Soit décider de publier des descriptions ou des échecs de description.»
Extrait, p. 181-182.


Une vingtaine de pages plus tard ou à peu près :

«Seule la littérature (et seule dans la littérature celle de description - par opposition à celle d’explication -; parti pris des choses, dictionnaire phénoménologique, cosmogonie) permet de jouer le grand jeu : de refaire le monde, à tous les sens du mot refaire, grâce au caractère à la fois concret et abstrait, intérieur et extérieur du VERBE, grâce à son épaisseur sémantique.»
(p. 200-201)


Un extrait m’a plus marqué :

«À la vérité, expression est plus que connaissance; écrire est plus que connaître; au moins plus que connaître analytiquement : c’est refaire.

*

C’est, sinon reproduire la chose : du moins produire quelque chose, un objet de plaisir pour l’homme.»

(p. 201)


Francis Ponge ne fait rien pour arranger son cas. Toutefois, je veux attirer votre attention en lisant le recueil, de passer par les poèmes «Fragments de masque» et «Des raisons d’écrire». Il y a des manières d’appréhender ses poèmes. Il y a une telle énergie qui circule à l’intérieur de ses poèmes. Les Proêmes ont été longuement analysés au cours de cette relecture du recueil Le parti pris des choses.


mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Mer 9 Aoû - 9:31
 
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Sujet: Francis Ponge
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Szymborska Wisława

Wislawa  Zsymborka est pour moi l'une des plus grandes poètes du XXe siècle.
Une voix bouleversante avec les mots de tout le monde.
Apparemment.
Et c'est là tout le mystère et la beauté de la poésie. B



[i] [b]Conversation avec la pierre[/b][/i]

 

Je frappe à la porte de la pierre
- C'est moi, laisse-moi entrer.
Je veux pénétrer dans ton intérieur,
y jeter un coup d'œil,
te respirer à fond.


- Va-t’en, dit la pierre
Je suis fermée à double tour.
Même brisée en mille morceaux
nous serons encore fermés.
Même broyés en poussière
nous ne laisserons entrer personne.


 

Je frappe à la porte de la pierre.
- C'est moi, laisse-moi entrer.
Je viens par pure curiosité.
La vie en est l'unique occasion.
Je tiens à me promener dans ton palais,
avant de visiter la feuille et la goutte d'eau.
Je n'ai pas beaucoup de temps pour tout cela.
Ma mortalité devrait t'émouvoir.


 

- Je suis de pierre, dit la pierre.
Je suis bien obligée de garder mon sérieux.
Va-t’en, je n'ai pas de zygomatiques.


 

Je frappe à la porte de la pierre.
- C'est moi, laisse-moi entrer.
On me dit qu'il y a en toi des salles grandes et vides,
jamais vues, aux beautés qui s'épanouissent en vain,
sourdes, où aucun pas ne retentit jamais.
Avoue maintenant que tu n'en sais pas davantage.


 

- Des salles grandes et vides, dit la pierre,
je veux bien, mais de place il n'y en a guère.
Belles, peut-être, mais hors d'atteinte
de tes six misérables sens.
Tu peux me connaître, mais m'éprouver jamais.
Toute mon apparence te regarde en face,
mais ce qui est intérieur te tourne à jamais le dos.


 

Je frappe à la porte de la pierre.
- C'est moi, laisse-moi entrer.
je ne cherche pas en toi un refuge pour l'éternité.
Je ne suis pas malheureuse.
Je ne suis pas sans abri.
Le monde qui est le mien mérite qu'on y retourne.
Je te promets d'entrer et sortir les mains vides,
et pour preuve de ma présence véritable en ton sein



je n'avancerai que des paroles
auxquelles personne n'ajoutera foi.


 

- Tu n'entreras pas - dit la pierre.
Il te manque le sens du partage.
Aucun sens ne remplace le sens du partage.
Même la vue affûtée jusqu'à l'éblouissement
ne te serait d'aucun secours sans le partage.
Tu n'entres pas, tu n'as que le désir de ce sens,
que son germe, son image.


 

Je frappe à la porte de pierre.
- C'est moi, laisse-moi entrer.
Je ne puis attendre deux mille siècles
pour pénétrer sous ton toit.


 

- Si tu ne me crois pas, dit la pierre,
va voir la feuille, elle t'en dira de même.
ou la goutte d'eau qui le confirmera.
Tu peux même t'adresser à un cheveu de ta tête
Je sens monter en moi un grand éclat de rire,
un rire immense, que je ne sais pas rire.


 

Je frappe à la porte de pierre.
- C'est moi, laisse-moi entrer.

- Je n'ai pas de porte, dit la pierre.


Traducteur Piotr Kaminski

Poésie/Fayard


mots-clés : #poésie
par bix_229
le Lun 7 Aoû - 17:55
 
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Sujet: Szymborska Wisława
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Ariane Audet

Ariane Audet
(Date inconnue)

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Ariane10

Ariane Audet est une poétesse de grand talent. J'ai lu son premier recueil de poésie, Déjà la horde de chair se tait, et un essai intitulé Présences intermittentes des Amériques. Elle trace un parallèle entre l'expérience des diverses poésies évoluant en contexte minoritaire en terre d'Amérique. Elle évolue maintenant aux États-Unis. Elle a un doctorat en études littéraires à l'UQAM.


Œuvre :

Poésie
Déjà la horde de chair se tait, 2016

Essai
Présence intermittente des Amériques, 2017

Mots-clés : #poésie #québec
par Jack-Hubert Bukowski
le Lun 7 Aoû - 10:13
 
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Sujet: Ariane Audet
Réponses: 4
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Raymond Radiguet

Mes lectures du Diable au corps, et du Comte du bal d'Orgel remontent à trop loin pour en parler sereinement. Toutefois, je dois dire que Radiguet fait partie de mon panthéon, et Le diable au corps m'avait littéralement soufflé. Une plume incomparable, pour un des meilleurs romans jamais écrits.

Pour Tristram, et les amateurs d'extraits (tout justes sortis de mes archives) :

« Celui qui aime agace toujours celui qui n’aime pas. »


«  Tout amour comporte sa jeunesse, son âge mûr, sa vieillesse. Etais-je à ce dernier stade où déjà l’amour ne me satisfait plus sans certaines recherches. Car si ma volupté s’appuyait sur l’habitude, elle s’avivait de ces mille riens, de ces légères corrections infligées à l’habitude. Ainsi, n’est-ce pas d’abord dans l’augmentation des doses, qui vite deviendraient mortelles, qu’un intoxiqué trouve l’extase, mais dans le rythme qu’il invente, soit en changeant ses heures, soit en usant de supercheries pour dérouter l’organisme. »


« Si la jeunesse est niaise, c’est faute d’avoir été paresseuse. Ce qui infirme nos systèmes d’éducation, c’est qu’ils s’adressent aux médiocres, à cause du nombre. Pour un esprit en marche, la paresse n’existe pas. Je n’ai jamais plus appris que dans ces longues journées qui, pour un témoin, eussent semblé vides, et où j’observais mon cœur novice comme un parvenu observe ses gestes à table. »


Je m'attèle désormais à la lecture de sa correspondance littéraire (1919 - 1923), où il échange avec les écrivains cités plus haut, les éditeurs, et amis. Il leur envoie poèmes en vers, en prose, et bons mots.

Je recopie celui que j'ai mis sur le fil poésie :

Hymen

En traversant le boulevard elle a changé de nom
Les arbres rougissent que disiez-vous
L'horizon se rouille
Sur le fil de fer une femme se promène
Elle n'a jamais vu le ciel
Son parapluie est noir
Tarif de nuit
Autre part ou ailleurs
Ici ce que nous ne voyons plus
Fouette la nuit qui se sauve sans rien dire
Un cheval lui donne des coups de pied
A demain


Raymond Radiguet
(poème adressé à Tzara en 1919, pour sa revue Dada)

Il ne s'agit pas de son recueil Les Joues en feu, d'ailleurs il écrit un court poème dans ses lettres portant titre de son futur recueil :

Insolemment à la beauté je me voue
Raison de plus pour ne plus penser qu'à vous
En plein été fallait-il que je l'avoue
Ni plus ni moins le soleil ou le courroux
En deux pêches transformera vos deux joues.


(coquinou le Raymond !  cat )

Et j'aime particulièrement cet enchaînement de vers envoyé dans un poème à Tzara (CMFH):

Les cordes du banjo sont nos nerfs
sifflez comme des serpents des frissons grimpent
le long
des jambes des femmes



Le livre en question :

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 22580910


mots-clés : #poésie
par Arturo
le Ven 4 Aoû - 15:44
 
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Sujet: Raymond Radiguet
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Sébastien B Gagnon

sébastien b gagnon
(Né en 1978)

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Sebast11

Sébastien B Gagnon s'est illustré sur la scène musicale avant de s'y mettre du côté de la poésie. Il a tout d'abord publié des poèmes en anglais en s'identifiant comme indépendantiste québécois. Puis, Mèche est survenue. Il anime la maison d'édition Le Cosmographe. Nous pouvons le considérer comme prenant part à une mouvance d'avant-garde dans la mesure où il signe des œuvres subversives.


Œuvres

Revolt and disgust and poems mostly written in english by an indépendantiste, Rodrigol, 2012
Mèche, L'Oie de Cravan, 2016

Mots-clés : #Québec #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Mer 2 Aoû - 8:10
 
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Henri Michaux

L'espace du dedans (extrait de Lointain intérieur) :

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Henrim10

Je vais introduire le fil avec ce passage en prose qui est très caractéristique de la démarche de Michaux.

«Le bourreau»

Vu la faiblesse de mon bras, je n'eusse jamais pu être bourreau. Aucun cou, je ne l'eusse tranché proprement, ni même d'aucune façon. L'arme, dans mes mains, eût buté non seulement sur l'obstacle impérial de l'os, mais encore sur les muscles de la région du cou de ces hommes entraînés à l'effort, à la résistance.
Un jour, cependant, se présenta pour mourir un condamné au cou si blanc, si frêle qu'on se rappela ma candidature au poste de bourreau, on conduisit le condamné près de ma porte et on me l'offrit à tuer.
Comme son cou était oblong et délicat, il eût pu être tranché comme une tartine. Je ne manquai pas de m'en rendre compte aussitôt, c'était vraiment tentant. Toutefois, je refusai poliment, tout en remerciant vivement.
Presque aussitôt après, je regrettai mon refus, mais il était trop tard, déjà le bourreau ordinaire lui tranchait la tête. Il la lui trancha communément, ainsi que n'importe quelle tête, suivant l'usage qu'il avait des têtes, inintéressé, sans même voir la différence.
Alors je regrettai, j'eus du dépit et me fis des reproches d'avoir, comme j'avais fait, refusé vite, nerveusement et presque s'en m'en rendre compte.
Extrait recopié à partir de : http://miladyrenoir.skynetblogs.be/archive/2006/08/21/le-bourreau-le-henri-michaux.html (merci)



mots-clés : #poésie
par Jack-Hubert Bukowski
le Sam 29 Juil - 9:51
 
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Henri Michaux

Henri Michaux
(1899-1984)

Tag poésie sur Des Choses à lire - Page 4 Henri-10

Henri Michaux est né en Belgique. Il fut naturalisé français en 1955. Son œuvre atteint une rare ampleur en ce qui a trait à une versatilité de sa plume qui se renouvelle d'ouvrage en ouvrage. Il a fréquenté le milieu des surréalistes et fut mis en contact avec des idées et une démarche qui lui ont permis de hisser une œuvre sans nulle autre pareille, peut-être à l'exception d'Antonin Artaud. Il a tâté du récit de voyage en plus de donner une profondeur insoupçonnée aux divers écrits de prose poétique, entre autres styles, en plus de la poésie qui est sa carte de visite. Le poète et essayiste québécois Jacques Brault parlait d'ailleurs avec éloquence du genre Michaux.


Bibliographie

Cas de folie circulaire, 1922
Les Rêves et la Jambe, 1923
Fables des origines, Disque vert, 1923
Qui je fus, 1927
Mes propriétés, Fourcade, 1929 : Page 2
La Jetée, 1929
Ecuador, 1929
Un certain Plume, Editions du Carrefour, 1930 : Page 1
Un barbare en Asie, 1933
La nuit remue, 1935 : Page 2
Voyage en Grande Garabagne, 1936
La Ralentie, 1937
Lointain Intérieur, 1938
Plume, 1938
Peintures. GLM, 1939
Au pays de la Magie, 1941
Arbres des tropiques, 1942
L'Espace du dedans, 1944 : Page 1
Épreuves, Exorcismes, 1940-1944 : Page 2
Ici, Poddema, 1946
Peintures et dessins. Le point du jour, 1946
Meidosems. Le point du jour, 1948.
Ailleurs, 1948
Nous deux encore. Lambert, 1948
La Vie dans les plis, 1949
Poésie pour pouvoir. Drouin, 1949
Passages, 1950
Mouvements, 1952
Face aux verrous, 1954
L'Infini turbulent, 1957
Paix dans les brisements, 1959
Connaissance par les gouffres, 1961
Vents et Poussières, 1962
Postface à Plume et Lointain intérieur (« On est né de trop de mère... ») 1963
Désagrégation, 1965
Les Grandes Épreuves de l'esprit et les innombrables petites, 1966
Façons d'endormi, façons d'éveillé, 1969 : Page 1
Poteaux d'angle, 1971 : Page 2
Misérable Miracle (La mescaline), 1972
En rêvant à partir de peintures énigmatiques, 1972
Émergences, Résurgences, 1972
Bras cassé, 1973
Moments, traversées du temps, 1973
Quand tombent les toits, 1973
Par la voie des rythmes, 1974
Idéogrammes en Chine, 1975
Coups d'arrêt, 1975
Face à ce qui se dérobe, 1976
Les Ravagés, 1976
Jours de silence, 1978
Saisir, 1979
Une voie pour l'insubordination, 1980
Affrontements, 1981
Chemins recherchés, chemins perdus, transgressions, 1982
Les Commencements, 1983
Le Jardin exalté, 1983
Par surprise, 1983
Par des traits, 1984
Déplacements, Dégagements, 1985 (posthume)
Rencontres (avec Paolo Marinotti), 1991(posthume)
Jeux d'encre. Trajet Zao Wou-Ki, 1993 (posthume)
En songeant à l'avenir, 1994 (posthume)
J'excuserais une assemblée anonyme..., 1994 (posthume)
À distance, 1996 (posthume)
Donc c'est non, 2016, (posthume)

(bibliographie tiré de Wikipédia)

Mot-clé : #poésie

màj le 25/09/2019
par Jack-Hubert Bukowski
le Sam 29 Juil - 9:46
 
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Sujet: Henri Michaux
Réponses: 30
Vues: 1471

Natasha Kanapé Fontaine

Bleuets et abricots (2016) :

J'ai lu les trois recueils de Natasha Kanapé Fontaine. J'ai notamment aimé Manifeste Assi. Je préfère quand même le degré d'aboutissement de sa démarche dans Bleuets et abricots. Elle sort des âges pour se mettre dans la posture de la femme autochtone qui revendique, et nous le sentons tout au long de sa démarche poétique. Jugeons en par les extraits :

Ton nom surgit
corps d'écume
allongé sur le rivage
cailloux ouverts sur la mer
les plaques tectoniques
s'engouffrent en moi
la nature t'a si bien fait
le calcaire retentissant
sous mes robes
femelle première

Hommage à la vie
hommage à l'amour

Je dis je
pour dire les autres
la souffrance des miens
collines et fleuves
levant et couchant
pétris par les Perséides
promesses de l'aube

Parvenu
à mon archipel
récit égorgé

(p. 16)


J'y vais images par images, pour montrer ce qu'elles évoquent :

J'ai mangé le livre
j'ai redonné naissance à ma grand-mère
j'ai redonné naissance à ma naissance

Aujourd'hui je suis ivre
ma douleur est sourde
les animaux ne savent pas dire
mercure
je bois la source de l'orage
les barrages sont mes chaînes
le rhum brun assouvit ma soif
je jure sur le nom de la canne
mon canot renversé ma risée
mes collines pillées mon or

Je me souviens
des premiers déportés
du soleil brûlé des Antilles
je remonte le courant
les temples du sacrifice
les plages glorieuses

(p. 28)


À propos des bleuets :

Je marche vers le Sud

Je me nourris de bleuets et d'abricots
les rivages ne se répondent pas
je dois parler par le commencement
je dois concocter des confitures
je mangerai la peau bleue des baies
pour garder ma chaleur
j'offrirai des fruits
à la froidure
apprendre le nom
de mon pays

Je cours pieds nus vers le rivage
dans le sable chaud du Nord
je transperce la mer
tu t'es arrêté sur le bord
souviens-toi

(p. 31)


Il me semble avoir cité ce poème quelque part :

Mon peuple est un peuple de nuages
nous ne les pelletons pas l'hiver
la neige nous élève en êtres insurgés
raquettes aux pieds, joues saillantes
miel de sapins sur les lèvres

Guidés par les neiges
les ères glaciaires notre espace
nous sommes dignes
nous sommes vivants

Je déguste les cumulus
immeubles de béton clôtures de bois
je dois étirer le cou

Je sirote les cirrus
les autres parlent
une autre langue
une autre pensée
une autre vie

L'horizon a un nom
ici
que je ne connais pas

(p. 39)


À certaines occasions, j'ai senti que Natasha Kanapé Fontaine s'est référée à Anne Hébert, mais ce n'est qu'une impression...

Où as-tu échappé ta vertu?
où as-tu égaré ton peuple?

Je t'entends toussoter
je descends de mon bûcher
- on me dit sorcière -
de la croix des écoles
je te donnerai le sein
tu boiras au lait
de ma mamelle gauche

Je ne me souviens plus de ton nom
je cache mon visage dans mes mains
épelle-moi le nom de ma terre
épelle-moi le nom de ma mère
mes paupières sont closes
depuis trop de siècles

M'offriras-tu de ces bijoux d'or
pour me lier les poignets?

Mon nom fut inventé par la révolte.

(p. 45)


Il y a une tendresse natale qui se ressent jusqu'à la composition:

J'écris un poème
sur la hanche de l'aube

l'aube que j'imagine
pendre à mes seins
la bouche
de mon amant

une nuit un rêve
mon fils lui dirai-je
tu dois retrouver
la route

vers les pieds
de ta mère

(p. 48)


Son plaidoyer subsiste :

Écoutez le monde
s'effrondrer
ponts de béton
routes d'asphalte

Aho pour la joie
Aho pour l'amour

Surgit la femme
poings serrés
vers la lumière

Voici que migrent
les peuples sans terre
nous récrirons la guerre
fable unique

Qui peut gagner sur le mensonge
construire un empire de vainqueurs
et le croire sans limites

Ce qui empoisonne
ne méritera pas de vivre
ce qui blesse ne méritera pas le clan
cinq cents ans plus tard
sept générations après

(p. 58)


Je me sens plus proche de Natasha Kanapé Fontaine de par la manière qu'elle nous interpelle à propos des enjeux de la nation autochtone. Elle a tout de même un certain côté ludique dans son jeu et son maniement des motifs poétiques, mais elle n'égalera pas le plaisir que j'ai ressenti à l'énergie de la lecture des vers de Marie-Andrée Gill. Il reste quand même que je la sens plus franche, authentique dans son engagement. Natasha Kanapé Fontaine figurera dans les livres de l'histoire.


mots-clés : #poésie #quebec
par Jack-Hubert Bukowski
le Sam 15 Juil - 9:39
 
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Sujet: Natasha Kanapé Fontaine
Réponses: 16
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