Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 19 Nov - 9:11

131 résultats trouvés pour polar

Leonardo Sciascia

Le Jour de la chouette

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Le_jou10


Le capitaine des carabiniers Bellodi enquête habilement pour obtenir les noms derrière des meurtres, que tout le monde sait et tait.
Sous couvert de roman policier, c’est un pamphlet politique. Paru en 1961, ce livre est un des premiers à dénoncer la mafia, qui est comme consubstantielle à la Sicile… et le fascisme, que l’Italie ne parvient pas à rejeter.
« Mais la Sicile n’est qu’un espace imaginaire : comment y résider sans jamais faire jouer son imagination ? »

« "Il devient philosophe, parfois", pensait le jeune homme qui considérait la philosophie comme une sorte de jeu de miroirs dans lesquels de longs souvenirs et un bref avenir se renvoyaient une vague lueur crépusculaire d’idées, et aussi des images incertaines et déformées de la réalité. »


Mots-clés : #polar
par Tristram
le Ven 26 Avr - 1:17
 
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Sujet: Leonardo Sciascia
Réponses: 8
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Alain Robbe-Grillet

La reprise

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 La-rep10

Roman assez court (2001 ‒ le dernier écrit par Robbe-Grillet ?), comprenant un prologue, cinq journées et un épilogue.
Incipit :
« Reprise et ressouvenir sont un même mouvement, mais dans des directions opposées ; car, ce dont on a ressouvenir, cela a été : il s’agit donc d’une répétition tournée vers l’arrière ; alors que la reprise proprement dite serait un ressouvenir tourné vers l’avant. »
Søren Kierkegaard, Gjentagelsen

« Et puis, qu’on ne vienne pas m’embêter avec les éternelles dénonciations de détails inexacts ou contradictoires. Il s’agit, dans ce rapport, du réel objectif, et non d’une quelconque soi-disant vérité historique. »
A. R.-G.

Début du prologue (c’est moi qui souligne) :
« Ici, donc, je reprends, et je résume. Au cours de l'interminable trajet en chemin de fer, qui, à partir d'Eisenach, me conduisait vers Berlin à travers la Thuringe et la Saxe en ruines, j'ai, pour la première fois depuis fort longtemps, aperçu cet homme que j'appelle mon double, pour simplifier, ou bien mon sosie, ou encore et d'une manière moins théâtrale : le voyageur. »

Références à Kafka, Kierkegaard, Sterne (qui sert de nom de plume à Pierre Garin…), aussi aux œuvres antérieures d’A. R.-G. (prégnance du canal et du pont à bascule, etc.) ?
Donc voyage en train dans l’Allemagne (contrée du Doppelgänger ‒ le mot n’apparaît pas dans le livre) dévastée d’après-guerre, de Henri Robin, pseudo-ingénieur en mission secrète en RDA, qui croise donc son double, ce qui lui était déjà arrivé enfant sur une grève de sa Bretagne natale, « pays des sorcières, des revenants et des fantômes en tout genre ». Il retrouve à Berlin-Est son contact, Pierre Garin, et doit observer de l’appartement d’une mystérieuse J. K. une énigmatique entrevue dans les ruines de la ville ; l’homme qui apparaît au pied d’un socle vacant est abattu, c’est Dany von Brücke, officier des services spéciaux de la Wehrmacht.
« Le visage ressemble à celui du vieillard de bronze, ce qui ne veut rien dire, puisque je l'avais moi-même inventé. »

Nombreux signes (soufre, miroir) en une profusion d’indices qui déroute le lecteur. Le narrateur poursuit la rédaction de son rapport, que commentent de mystérieuses notes de son "employeur", le Service Action Discrète. Le texte est rédigé dans une langue précise, châtiée, à la limite componctueuse (« la langue de Goethe », « la langue de Racine », et tutti quanti).
Première journée :
Surnommé Ascher, celui qui sera dorénavant appelé « le voyageur » (est-ce le même narrateur ?) change d’identité de couverture (désormais Boris Wallon, dit Wall) et rejoint la zone occidentale de Berlin où, victime d’une sensation de déjà-vu (un souvenir d’enfance en ce même lieu) et de « visions récurrentes, d'un passé enfoui qui resurgit en lambeaux », il est reconnu par un hôtelier dédoublé en jumeaux ‒ dont il ne se souvient pas avoir été l’hôte l’avant-veille…
Deuxième journée :
Après avoir reconnu l’immixtion d’une parenthèse onirique dans son réel, le narrateur passe temporairement au « je » de l’auteur lui-même :
« À gauche comme à droite de ce vaste bureau en acajou dont j'ai décrit ailleurs la pompeuse ornementation napoléonienne, de plus en plus envahi sur chaque côté par les piles sournoises des paperasses existentielles s'accumulant en strates, je laisse désormais clos toute la journée les volets des trois fenêtres qui donnent sur le parc, au sud, au nord et à l'ouest, pour ne plus apercevoir le désastre obscur où je vis depuis l'ouragan qui a ravagé la Normandie juste après Noël, marquant d'une manière certes inoubliable la fin du siècle et le mythique passage à l'an deux mille.
[…]
J'ai souvent parlé de la joyeuse énergie créatrice que l'homme doit sans cesse déployer pour reprendre le monde en ruine dans des constructions nouvelles. Et voilà que je me remets à ce manuscrit après une année entière de rédaction cinématographique entrecoupée de trop nombreux voyages, quelques jours à peine après la destruction d'une part notable de ma vie, me retrouvant donc à Berlin après un autre cataclysme, portant une fois de plus un autre nom, d'autres noms, faisant un métier d'emprunt muni de plusieurs faux passeports et d'une mission énigmatique toujours prête à se dissoudre, continuant néanmoins de me débattre avec obstination au milieu de dédoublements, d'apparitions insaisissables, d'images récurrentes dans des miroirs qui reviennent. »

Puis il rencontre les séduisantes jeune veuve et fille de l’officier allemand tué en prologue : Joëlle/ Jo/ la mythique I, l’ex-Madame von Brücke, née Kastanjevica dite Kast (soit J. K.), et « Gegenecke, vite transformé en Gege, c'est-à-dire Guégué selon la prononciation allemande, mais francisé en Gigi et devenu ensuite Djidji pour les Américains », GG ou 2 G en nom de code. C’était un second mariage :
« "Ça n'était qu'une répétition, m'assurait-il, avant la générale." J'ai ensuite compris peu à peu, au contraire, que je devais être seulement moi-même une doublure… ou, au mieux, la vedette de quelque reprise, éphémère, d'une pièce déjà ancienne… »

Dans cette villa pleine de poupées et pantins, il oscille entre exténuation et délire hallucinatoire, voire intoxication, et se réveille « Franck Matthieu (ou aussi bien Mathieu Frank, puisqu'il s'agit là en vérité de ses deux prénoms) », dans une chambre d’enfants où un tableau se réfléchit et s’inverse dans des miroirs (allusions à l’Alice au pays des merveilles de Carroll, « Alice Liddell en petite mendiante photographiée par le pasteur Dodgson avec sa chemisette aux lambeaux suggestifs ») :
« La scène immémoriale se déroule une fois de plus, dans son étrangeté familière. »

Troisième journée :
(Redevenu) HR dans la même situation découvre à son réveil l’effrontée Guégué qui le surveille. Une chaussure de bal à haut talon, dont l'empeigne est recouverte d'écailles bleu métallisé, apparaît dans les endroits les plus incongrus. Une fresque a été peinte en trompe-l’œil dans la fenêtre aveugle, scène de la récente guerre, œuvre de Walther, le demi-frère de Guégué mort depuis. Les références picturales se multiplient (Caspar David Friedrich, Klingsor, etc.), ainsi que les allusions mythologiques (Io, Gorgone, etc.) et psychanalytiques :
« Une rivalité féroce à caractère ouvertement œdipien. Cette famille maudite, c'est le royaume de Thèbes ! »

Les notes sont bizarrement décalées, et changent d’auteur : jusqu’à Walther, qui remplace HR dans la scène passée de sa découverte de la villa avec Guégué ainsi qu’en vitrine. Voici les deux versions :
« Wall lève alors les yeux vers la façade du coquet pavillon, dont la fenêtre centrale, au premier étage, est grande ouverte. Dans l'embrasure béante se tient un personnage féminin que le visiteur pense d'abord être un mannequin de vitrine, tant son immobilité vue d'un peu loin semble parfaite, l'hypothèse de son exposition en évidence face à la rue paraissant d'ailleurs tout à fait vraisemblable ici, étant donné la nature commerciale des lieux affichée sur le panonceau d'entrée. Mais, ayant soudain reçu un éclat vivant du regard qui le fixe, tandis qu'un impondérable sourire aurait légèrement disjoint les lèvres à l'ourlet boudeur, Wall doit reconnaître sa méprise : en dépit du froid qu'elle affronte dans une tenue outrageusement légère, il s'agit – Dieu me pardonne ! – d'une adolescente de chair et de sang qui le dévisage avec un aplomb ostentatoire. La jeune fille aux boucles blondes en désordre, peut-être sortant à peine du lit, est, il faut le dire, très mignonne, autant du moins que cet adjectif aux connotations mièvres puisse convenir à son éclatante beauté du diable, à sa posture immodeste, à ses airs conquérants qui laissent au contraire prévoir un caractère fort affirmé, aguerri, voire aventureux, dépourvu en tout cas de la fragilité dont son âge tendre (quelque treize ou quatorze ans) devrait normalement être l'augure. »

« Levant ensuite mes regards vers le toujours coquet pavillon familial, j'ai constaté avec surprise (comment ne pas l'avoir remarqué en arrivant ?) que, juste au-dessus de la porte d'entrée avec son haut judas rectangulaire dont la vitre est protégée par de massives arabesques en fonte, la fenêtre centrale du premier étage était grande ouverte, ce qui n'avait du reste rien d'anormal par cette chaude journée d'automne. Dans l'embrasure béante se tenait un personnage féminin que j'ai cru d'abord être un mannequin de vitrine, tant son immobilité vue de loin semblait parfaite, l'hypothèse d'une telle exposition, en évidence face à la rue, paraissant d'ailleurs tout à fait vraisemblable étant donné la nature commerciale des lieux affichée sur le panonceau servant d'enseigne. Quant au modèle de poupée grandeur nature choisi comme appât pour attirer le chaland (une grâcieuse adolescente aux boucles blondes en désordre suggestif, offerte dans une tenue outrageusement légère laissant plus que deviner l'attrait de ses charmes juvéniles, et prometteurs), il ne pouvait que renforcer le caractère équivoque – pour ne pas dire racoleur – de l'annonce calligraphiée, le trafic des petites catins mineures risquant d'être aujourd'hui, dans notre capitale à la dérive, beaucoup plus répandu que celui des jouets pour enfants ou des simulacres en cire pour magasins de mode. »

Changement de protagoniste, le passage à Walther constitue en fait un vrai basculement, puisque ce dernier enlève Guégué (maintenant Geneviève, diminutif Ginette ou Gigi, qui se révèle entraîneuse dans un cabaret louche, assez garce et fort menteuse) et la soumet à un interrogatoire sado-érotique, guère arrêté de découvrir qu’elle est sa demi-sœur, voire sa fille ‒ HR est tiré de cette rêverie phantasmagorique par le bruit d’une coupe de champagne brisée.
Quatrième journée :
Un bruit de vitre près de casser éveille HR, de nouveau dans sa chambre d’hôtel. Il apprend que son diminutif de Wall correspond à Walther.
Il reprend son rapport sur les faits récents : il s’est fait un poignard de cristal du plus grand éclat de la coupe à champagne brisée ; comme de coutume, il ne connaît pas l’heure, et n’est pas même sûr du jour ; Io lui fait l’amour, « maternelle » ; il découvre trois dessins pornographiques de Gigi par Walther :
« Les traits sensuels de l'adolescente expriment une sorte d'extase, qui pourrait être de souffrance mais évoque davantage la voluptueuse jouissance du martyre. »

Ensuite HR poignarde (au pubis) Violetta, une consœur de Gigi en s’enfuyant de la chambre d’enfants.
Cinquième journée :
« HR rêve qu'il se réveille en sursaut dans la chambre sans fenêtre des anciens enfants von Brücke ». « Malade », il reçoit la visite de Pierre Garin, cherche toujours une « vérité objective ». Le colonel von Brücke n’a été que blessé lors du premier attentat, mais vient de succomber à un second ; la police le soupçonne d’être l’assassin, HR se considère trahi dans un complot voué à sa perte et accuse Walther (WB ou Vébé), qui effectivement n’est pas mort, mais espion, comme beaucoup des personnages… et retrouve le voyageur qui a pris sa place dans sa chambre ; c’est son jumeau, Walther, et il est Markus, en plein drame œdipien, sur qui son frère tire :
« Le calme, le gris… Et sans doute, bientôt, l'innommable… De remous, certes, aucun. Mais ce ne sont pourtant pas les ténèbres annoncées. L'absence, l'oubli, l'attente baignent calmement dans une grisaille malgré tout assez lumineuse, comme les brumes translucides d'une prochaine aurore. Et la solitude, elle aussi serait trompeuse… Il y aurait en fait quelqu'un, à la fois le même et l'autre, le démolisseur et le gardien de l'ordre, la présence narratrice et le voyageur…, solution élégante au problème jamais résolu : qui parle ici, maintenant ? Les anciens mots toujours déjà prononcés se répètent, racontant toujours la même vieille histoire de siècle en siècle, reprise une fois de plus, et toujours nouvelle… »

Épilogue :
« Markus von Brücke, dit Marco, dit "Ascher" l'homme gris, couvert de cendres, qui émerge de son propre bûcher refroidi, se réveille dans la blancheur sans relief d'une cellule hospitalière moderne. »

A son chevet, la désinvolte Gigi l’appelle « Mister Faou-Bé », « la prononciation allemande pour V. B. » Le commissaire de police allemande l’accuse d’avoir violenté Violetta, et décrit avec complaisance et dans un style parodique les sévices autorisés des courtisanes mineures dans
« Berlin-Ouest, plaque tournante de tous les vices, trafics immoraux et marchés corrompus. »

« L'éros serait-il aussi le lieu privilégié du ressassement éternel et de la reprise insaisissable, toujours prête à resurgir ? »

Gigi empoisonne Walther, son demi-frère et amant (et peut-être même géniteur), Marco prend son identité pour commencer une nouvelle vie en se fiançant à Gigi dès sa sortie de l’hôpital américain.
Le lecteur est incessamment tenu en alerte par de menues reprises (deux occurrences de fauteuil crevé à la déchirure triangulaire, par exemple, alors qu’Angélica n’apparaît qu’une fois ‒ visage angélique de Gigi ?) qui se répondent dans diverses situations (sans nécessairement avoir un sens ?). Les plans des lieux (logement, ville) sont précisément indiqués.
Œuvre propre à nouer inextricablement les circonvolutions cérébrales, à recommander aux cervelles adeptes de labyrinthes méandriques.
Comme j’ai lu auparavant Littératures 1 de Nabokov, je me dis que la jubilation de ce dernier à décrypter ce roman n’aurait eu d’égale que celle d’Alain Robbe-Grillet à le fomenter… Il aurait sans doute savouré les transitions, d’un narrateur à l’autre, d’une séquence à la suivante, et dont les fondus enchaînés rappellent les procédés cinématographiques.


Polar (en fait espionnage)

Mots-clés : #polar
par Tristram
le Ven 12 Avr - 1:06
 
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Sujet: Alain Robbe-Grillet
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Wajdi Mouawad

Anima

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Anima_10


Quelque narrateur décrit un homme découvrant sa femme sauvagement assassinée : c’est le chat, et l’homme c’est Wahhch Debch. Puis ce sont des moineaux qui observent ce dernier, tétanisé par le traumatisme, dans sa chambre d’hôpital. À chaque chapitre, c’est une autre espèce qui le décrit ; comme elle est relativement individuée, le lecteur, s’il ne lit pas les titres en latin, peut deviner progressivement l’espèce en cause. Ce procédé est habilement, systématiquement déroulé. Pour mémoire, anima en latin signifie souffle, air, vie, âme, être animé, et a notamment donné animal, animisme… Les bêtes perçoivent nettement toutes les scènes qui permettent au lecteur de suivre l’histoire ‒ et parfois elles perçoivent un peu plus que ne le pourrait un homme ‒ intuition, pressentiment, innocence…
« Au-delà de sa parure humaine derrière laquelle il se camouflait, cet être était emmailloté au cœur d’une toile invisible tissée d’une soie née de sa propre chair, et la bête odieuse qui le tenait prisonnier, se nourrissant à même ses viscères, n’était nulle autre que lui-même. Il était sa propre proie et son propre piège. »

« Quelque chose d’humain est venu m’effleurer et les ténèbres m’ont envahie. Je me suis reculée et je me suis enfuie par une fissure du mur pour le sortir de ma vue et retrouver l’obscurité profonde des arachnées, bien plus lumineuse, bien plus rassurante que cette nuit effroyable que je venais d’entrevoir et qui est, je le sais à présent, le propre des humains. »

Ce regard des bêtes crée une distanciation, au sein des animaux, avec la sauvagerie monstrueuse des humains. Parfois cependant ils éprouvent de l’empathie pour ce spécimen distinct de leurs dangereux adversaires. Leurs jugements des hommes sont quelquefois l’occasion de considérations métaphysiques un peu creuses.
Wahhch poursuit donc le meurtrier dans une réserve mohawk du Québec, puis aux USA ; Angola, Lebanon, Thebes, Cairo, Oran, Carthage, Cabool…), étrange road movie sur l’atlas, de part et d’autre de la Mason-Dixon Line (à ce propos, on consultera avec grand intérêt Mason & Dixon, de Thomas Pynchon), aussi ligne de partition entre Nord et Sud lors de la guerre de Sécession.
Avec une curieuse récurrence, Wahhch s’imagine être l’assassin de sa femme,
« J’ai vu mon regard me voir »

et le drame lui fait se rappeler vaguement qu’enfant on l’avait enterré vivant sous terre, à Sabra et Chatila. Mouawad rapproche ce massacre de la manière de « régler la "question indienne" une fois pour toutes » au moyen des lois d’intégration canadiennes, qui consistent à exiler les jeunes enfants indiens loin de leurs familles et cultures.
Les rappels et renvois internes de ce thriller très travaillé sont efficaces ; outre les récits des animaux, j’ai apprécié les passages en anglais et même en arabe ("littéral", si j’ose dire) (pas certain cependant que ce soit agréable pour tous les lecteurs), mais l’aspect trash m’a au mieux paru inutile, et surtout je regrette que tout cela tourne un peu à vide, avec des considérations gratuites, voire sans signification.
J’ai pensé à Fred Vargas (peut-être le ton ?)


Mots-clés : #polar
par Tristram
le Ven 5 Avr - 14:11
 
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Sujet: Wajdi Mouawad
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Chris Offutt

Nuits Appalaches

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 1920-c10

Originale : Country Dark (Anglais/E.-U., 2018)

Quatre chapitres titrés entre 1954 et 1971. Tucker rentre de la guerre de Corée, juste âgé de dix-dept ans. En train, à pieds et en stop il rentre au pays, le Kentucky des Appalaches, assez isolé, oublié par tous, comme cette guerre qu’il vien de quitter. En chemin il libère Rhonda, quinze ans, assez énergiquemment des griffes de son oncle qui voulait l’abuser. Coup de foudre ! Et ils se marient rapidemment. Dix ans après ils ont cinq enfants, dont quatre avec des signes de retardements… Ils habitent dans des conditions simples dans un « settlement » et se sont construit une vie pauvre, certes, mais aussi quelque part heureux. Tucker travaille chez un traffiquant d’alcool. Et les institutions s’intéressent aux conditions des enfants dans de « telles » conditions. Simples ? Ou déjà inacceptables ? Des nouveaux problèmes apparaissent et Tucker se voit dans l’obligation d’agir...


REMARQUES :
L’auteur lui-même est de ce milieu des Appalaches, de villages réculés, à la limite de l’abandon : sans vrai reseau de routes, sans accès simple à des hopitaux, sans eaux courants. Des endroits oubliés où des gens travaillent dur, proche de la nature dont ils font en quelque sorte partie. Celle-ci est parfois cruel, mais offre aussi à Tucker un cadre dans lequel il se meut avec une certaine aisance. Cet homme est capable d’une forme de romantisme, d’un savoir faire naturel, d’une intelligence pratique. Et aussi : comme ancien combattant il avait appris à tuer, à exprimer une violence, à maitriser un savoir faire guerrier qui peut s’apparenter à la maxime de Sunzi : « Penser lentement, agir rapidemment. » (L’art de la guerre).

Edité chez Gallmeister, ce livre est classé sous la série des « natural writing ». Mais l’auteur disait (lors d’une lecture) que cela lui est bien égale comment on veut prendre ses livres. Certains parlent même de « policier, de thriller, de roman tout simplement ». N’importe : le livre dépasse les limites, à mon avis, est pourrait parler à différents types de lecteurs. Il y a aussi cette grande tendresse vécué envers ses enfants handicappés et surtout la complicité avec Rhonda. Et cela coexistent – comme en nous tous – avec une violence possible, surtout quand il s’agit de défendre les siens.

« Il ne réflèchissait pas en termes d’innocence et de culpabilité, de bien et du mal, de justice ou de mérite. Il ne regrette rien et n’en voulait à personne. »

Peut-être on trouve des motifs « américains » de l’innocent persécuté par le destin qui doit se défendre car il ne trouve pas de justice ? Il y a là un « déjà vu » par d’autres films et livres américains.

« J’entends et j’observe », dit Tucker. Combien c’est vrai ! Et on le souhaite aussi pour tous. Bonne découverte d’un auteur jusqu’ici inconnu pour moi !


Mots-clés : #guerre #nature #polar #violence
par tom léo
le Sam 30 Mar - 18:43
 
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Sujet: Chris Offutt
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Robert Louis Stevenson

Nouvelles mille et une nuits

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Nouvel10

Le personnage de Pendragon, dans Histoire d’un carton à chapeau, premier texte de Le Diamant du Rajah (1878), m’a ramentu ce même nom dans La sagesse du père Brown (1914). Sur le fil de Chesterton, je notais :
Curiosité : le nom de Pendragon, dans Les naufragés des Pendragon, se retrouve dans L’étrange crime de John Boulnois ‒ mais aussi l’épée qui sort de la haie… En fait, c’est le contraire, puisque Les naufragés des Pendragon est paru dans la presse presque un an après L’étrange crime de John Boulnois !
On goûte le même bizarre plaisir un peu suranné qu’à la lecture de son contemporain Arthur Conan Doyle ‒ ou à celle de cet autre, Maurice Leblanc, qui répondit au Sir en créant le personnage d’Herlock Sholmès, ennemi juré de son Arsène Lupin ‒ ou encore à celle de Gaston Leroux, et de leur prédécesseur à tous, Émile Gaboriau…

Il paraît évident que Chesterton renvoie à Stevenson, et de toute manière ces récits sont de la même veine.
D’ailleurs :
« ‒Vous me mettez dans l'embarras, dit l'étranger ; j'avoue n'avoir pas grande idée de l'utilité des livres, sauf comme amusement pendant un voyage en chemin de fer. Il existe toutefois, je suppose, quelques traités très exacts sur l'astronomie, l'agriculture et l'art de faire des fleurs en papier. Sur les emplois secondaires de la vie, je crains que vous ne trouviez rien de véridique. Cependant, attendez, ajouta-t-il ; avez-vous lu Gaboriau ? »


Mots-clés : #nouvelle #polar
par Tristram
le Sam 23 Mar - 21:29
 
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Olga Tokarczuk

Sur les ossements des morts

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Dans ces paysages enfouis sous la neige où le soleil  n’apparaît que quelques heures par jour, où les habitants sont de vieux originaux taiseux, sont commis des crimes curieux, sans vrai mobile, symboliques peut-être, qui terrorisent les habitants. L'histoire est racontée par une vieille « folle » solitaire qui court les montagnes, complice des animaux et de la nature, hantée (un peu trop) par l'astrologie et la poésie de William Blake. L'ambiance est assez curieuse, on ne sait trop si l'on est dans le fantastique, l’ésotérique, en fait on ne sait pas trop où l'on va.

Malgré la belle étrangeté de cette  nature retirée et toute puissante, j'ai mis longtemps, très longtemps à m'attacher à ce faux polar philosophico-écologique. Seule, cette idée « où me mène -t'elle ? », m'a tenue, car je me disais bien que la fin serait décisive. Et en effet, malgré une lecture un peu poussive, j'ai trouvé le dénouement très réussi, il a fait pencher la balance dans le bon sens.

Récup 2015
mots-clés : #nature #polar
par topocl
le Dim 24 Fév - 10:16
 
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Sheridan Le Fanu

La Maison près du cimetière

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 516opf10

« La Maison près du cimetière » est un gros roman de plus de 600 pages.

La lecture en est au départ très déstabilisante. Cela commence comme une enquête policière dans une atmosphère fantastique : découverte d’un crâne avec fracture dans le cimetière de Chapelizod, aujourd’hui banlieue de Dublin.

Puis, nous voilà introduit dans la vie de cette bourgade au bord de la Liffey, vers le milieu du 18e siècle, alors qu’elle conservait encore son caractère rural.

Peu à peu se dessinent des personnages, souvent hauts en couleur : docteurs, officiers du régiment royal d’artillerie, ecclésiastiques, aristocrates et notables, serviteurs etc. Tout ce petit monde vaque à ses occupations, se croise, s’évite, se rencontre dans des lieux qui dessinent une géographie imagée : « Les Ormes », « Les Moulins », « Sous les tuiles », « La Maison du roi », « Belmont », « Les Jaunets »…
Surtout, les deux auberges « La Saumonière », mais surtout « Le Phoenix» sont les lieux principaux de discussions, on y apprend les nouvelles, on papote, on y répand les cancans, on y médit. Là naissent des amitiés, se profilent des rancœurs, des rivalités, voire des haines. Le tout dans une atmosphère de tabac, de bière et de punch.

On aime bien les fêtes à Chapelizod : mariages, bals et défilés du régiment. On ripaille, on boit, on danse, chacun selon sa personnalité. A l’inverse, l’actualité est marquée par quelques duels.

Autrement dit, le rythme du livre est vraiment très lent. On ne sait pas trop où vous entraîne l’auteur et il faut plusieurs centaines de pages avant que l’intrigue se dessine. Mais ensuite, elle ne vous lâche plus. Sheridan le Fanu est un maître dans l’art du suspens ! Et les dernières centaines de pages se dévorent avec avidité.

En résumé, je dirai que l’intérêt principal du roman réside dans ce tableau  d’un microcosme dont les personnages et les histoires se croisent et s’entrecroisent. Shéridan Le Fanu l’examine avec acuité et tendresse. Bien sûr, il y a cette enquête policière et cette atmosphère fantastique qui sous-tendent le récit. Mais là n’est pas l’essentiel.
« La Maison près du cimetière » était un des livres favoris de Joyce et je comprends pourquoi ! Pour ma part, j’ai été marri de quitter ce petit monde de Chapelizod qui m’a accompagné pendant un mois et auquel je m’étais attaché.  Very Happy


mots-clés : #fantastique #polar
par ArenSor
le Ven 22 Fév - 16:06
 
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Sujet: Sheridan Le Fanu
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François Bégaudeau

Molécules

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Proxy122

Vous croyez commencer à lire un polar :  Ben oui puisqu’il y a un meurtre, une victime, une policière, un adjoint, des indices, une concierge portugaise pour mettre sur la voie. Ah oui, Bégaudeau, il fait ça aussi ? Rassurez-vous, il fait ça à sa façon bien singulière : la victime travaille dans un service de psychiatrie, la policière ne manque pas de répartie, chacun a ses petites obsessions, l’adjoint est le roi de la statistique, la concierge juge Dieu supérieur à la justice humaine, la fille de la victime s’incarne dans une science revendiquée. Apparaissent ensuite un assassin, une juge d’instruction, des avocats, des  jurés . Et là, mais oui, tout est résolu, mais la vie continue. Ils sont encore  là « les survivants » , leur histoire se poursuit, il ne suffit pas d’élucider.

C’est donc bien plus qu’un polar, c’est un attachant roman qui s’intéresse à ses personnages jusqu’au bout, et les aime tous à sa façon marrante, attentive, quasi affectueuse, qui donne  la parole à un autiste, c’est vous dire. Et jusqu’à Bégaudeau encore étudiant qui vient tenir un petit rôle épatant pour faire avancer son intrigue.

Au-delà de cette histoire perpétuellement malicieuse, Bégaudeau (l’auteur, pas le personnage), traque le sens des choses et des mots, et tout ce que leur non-sens implique aussi, le poids des stéréotypes verbaux et comportementaux. Il   instille de l’humour à chaque page, un truc discret, pince sans rire, dévastateur. La légèreté est ici un atout,  le sérieux se cache sous le gracieux. J’ai adoré.

mots-clés : #humour #polar #vengeance
par topocl
le Sam 16 Fév - 9:32
 
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Sujet: François Bégaudeau
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Louis Owens

Même la vue la plus perçante
(en exergue : Invisibles, les flèches de la mort volent en plein midi ; même la vue la plus perçante ne peut les discerner. Jonathan Edwards)
Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Meme-l10


Une histoire qui débute par la recherche d’un corps, la victime et de l’assassin. Mais en fait deux des personnages, le shérif-adjoint Mundo Morales et le frère de la victime, Cole Mc Curtain  découvriront leur « identité »  dans leurs  recherches.

Savoir d’où l’on vient, quelles sont nos origines, notre culture   :  c’est ce qui changera à jamais la vie de ces deux hommes.

Quelle part  colore la peau d’un être ? signe distinctif dans ce pays et ces régions où la couleur de peau est incriminée, rejetée.  

Quelle part de nos ancêtres dans notre âme ?

La spiritualité des Choctaws est particulièrement complexe, vivante alors que paradoxalement les morts semblent réclamer mais aussi offrir plus.


C’est une histoire empreinte de spiritualité, celle des Choctaws et de tous ceux, métis notamment de cette ethnie  indienne ou autres, dont les racines s' y retrouvent.

Les morts s’invitent dans la vie  des  vivants auxquels ils apportent leur sagesse,  car « même la vue la plus perçante » ne peut voir si le cœur et l’âme ne voient pas ;  savoir vivre c’est avant tout savoir regarder et voir.


Je vois aussi dans ce livre une critique sur la guerre, là particulièrement celle du Vietnam  d’où sont revenus abimés  psychiquement  beaucoup de soldats et  plusieurs des personnages sont des anciens soldats.

C’est une lecture intéressante  sur  l’identité et la spiritualité des indiens Choctaws et plus particulièrement sur leur respect et manière de traiter leurs morts.
L’auteur a puisé dans sa vie, sa famille, dans son vécu, pour ce livre (mon premier de l’auteur) c’est évident.

Je prévois une autre rencontre avec l’auteur.

mots-clés : #amérindiens #guerre #identite #polar #spiritualité #traditions
par Bédoulène
le Mer 2 Jan - 14:19
 
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Sujet: Louis Owens
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Tony Hillerman

La Voie de l'Ennemi

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 La-voi10


Premier "polar ethnologique" de Tony Hillerman, il s'agit aussi de la première enquête de son célèbre personnage, le lieutenant de la police tribale navajo Joe Leaphorn.
L'anthropologue Bergen McKee et son collègue, le professeur J. R. Canfield campent dans la région désertique de Four Corners, dans la réserve navajo du plateau du Colorado. Parallèlement, une de leurs connaissances, le lieutenant Joe Leaphorn du Service de la Loi et de l’Ordre (Bureau des Affaires Indiennes), est à la recherche de Luis Horseman, un jeune Navajo déculturé, qui se terre dans le désert parce qu'il a poignardé un Mexicain.
L’histoire s’organise autour des croyances navajos en sorcellerie d’une sorte de loup-garou, ce qui sera l’occasion d’évoquer les rituels (tel "La Voie de l'Ennemi") et le mode de pensée, mais aussi la déculturation des Indiens, leurs rapports avec notre société et l’argent :
« Mise à part la satisfaction de besoins élémentaires simples, la culture navajo fait peu de cas de la propriété. En fait, être plus riche que ses frères de clan s’accompagne d’un discrédit social. C’est contre nature et, par conséquent, considéré avec méfiance. »

A ce propos, dans le glossaire des traducteurs, Danièle et Pierre Bondil, on trouve :
« Richesse : le désir de posséder est, chez les Navajos, le pire des maux, pouvant même s’apparenter à la sorcellerie. Citons Alex Etcitty, un Navajo ami de l’auteur : « On m’a appris que c’était une chose juste de posséder ce que l’on a. Mais si on commence à avoir trop, cela montre que l’on ne se préoccupe pas des siens comme on le devrait. Si l’on devient riche, c’est que l’on a pris des choses qui appartiennent à d’autres. Prononcer les mots “ Navajo riche ” revient à dire “ eau sèche ” ». (Arizona Highways, août 1979). »

Outre l’aspect "ethnologique", qui bien sûr est ce qui m’a attiré chez cet auteur, le fait de situer le thriller dans un tel contexte présente beaucoup d’intérêt, ne serait-ce que la confrontation entre « la piste de la beauté » qui fonde le mode de vie du "Peuple", et l’énigme policière.
Il est aussi intéressant de voir comment le personnage principal "d’origine", McKee, laissera la place à Joe Leaphorn.
En répons à la citation de Topocl sur le fil "Vincent Hein" :
« La légère brise, soufflant soudain dans l’axe du canyon, apporta l’odeur légèrement âcre de l’ozone libéré par la décharge électrique ainsi que le parfum de la poussière humide et de l’herbe frappée par la pluie. Elle emplit ses narines de nostalgie. Il n’y avait là rien de ces odeurs de goudron fumant, de poussière en dissolution ou de gaz d’échappement prisonniers de l’humidité qui caractérisaient les pluies urbaines. C’était une odeur d’enfance passée à la campagne, d’autant plus évocatrice qu’elle avait été oubliée. »



Mots-clés : #aventure #contemythe #identite #nature #polar
par Tristram
le Mar 1 Jan - 14:35
 
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Sujet: Tony Hillerman
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Friedrich Dürrenmatt

La Promesse ‒ Requiem pour le roman policier

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 La_pro10


Un policier très capable et rigoureux promet à la mère d’une fillette massacrée de retrouver le meurtrier. Il abandonne tout pour mener une enquête privée, se servant d’une fillette similaire comme appât, se diluant peu à peu dans l’attente et l’alcool.
C’est le supérieur hiérarchique de l’enquêteur qui narre les évènements. Sans être Suisse, je m’y reconnaîtrais facilement :
« Je passais dans ce que j’appelais ma "boutique", un petit réduit tout enfumé à côté de mon bureau officiel, où je me fis monter une bouteille de Châteauneuf-du-Pape que j’envoyai chercher dans un restaurant proche du pont de la Sihl. Je bus un verre ou deux. Cette antichambre, j’aurais mauvaise grâce de le nier, était dans un désordre épouvantable, et l’on pouvait y voir quantité de livres au milieu des dossiers ; je professe l’opinion que c’est un devoir qui incombe à chacun, dans notre pays d’ordre et de propreté, de se ménager quelque part, de constituer par principe de petits îlots de désordre, quand bien même ce ne serait qu’en cachette. »

L’épreuve du guet auprès de l’"appeau humain" use aussi ce commandant, le menant à un état d’esprit paradoxal :
« A force de m’user les yeux sur elle, je la trouvais si banale, si quelconque, si commune et si vulgaire, cette gamine idiote, que j’aurais pu la tuer, l’étrangler de mes mains, la piétiner rien que pour ne plus l’entendre recommencer à chanter sa chansonnette imbécile ! »

Une atmosphère vaguement sordide, horrible, amorale ou immorale, en tout cas difficile à définir, baigne la Suisse pas si prospère et policée de ce roman policier ‒ il n’y a d’ailleurs pas de morale finale à cette chronique d’un effondrement obsessionnel (et/ou malchanceux ?!) dans la folie, même si elle mène à un dénouement inopiné.
Peut-être plus encore que La Panne, qui aborde aussi la fatalité avec humour noir, La Promesse est très bien écrit, déployant toutes les ramifications imbriquées du thème abordé : voir par exemple la conception du piège due aux observations sur la pêche.
Le sous-titre prévient que ce livre a pour vocation de rendre obsolète la logique appliquée des enquêteurs en littérature policière ; dès le début, le narrateur affirme ce credo que l’auteur veut illustrer :
« Dans vos romans, par contre, le hasard n’intervient pas, ne joue aucun rôle ; ou alors, s’il intervient tant soit peu, c’est pour aussitôt se travestir en Destin ou en Providence. Avec vous autres, les écrivains, la vérité finit toujours par être sacrifiée sur l’autel des Règles de l’art dramatique. Mais bon sang ! Fichez-les donc en l’air une bonne fois pour toutes, ces sacro-saintes règles ! La vie ne se présente pas comme un simple problème arithmétique ; une affaire ne saurait se régler comme une équation, pour la bonne raison que nous ne connaissons jamais tous les éléments, que nous ne possédons que quelques données seulement, et qui ne sont la plupart du temps jamais que très accessoires. Le grand rôle, c’est pour le hasard, l’imprévu, ce sur quoi l’on ne peut pas compter, la part énorme de l’incommensurable. »

En la circonstance, le hasard prendra une forme inattendue, celle de l’absurde.




mots-clés : #polar #psychologique
par Tristram
le Mer 14 Nov - 20:27
 
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Valerio Varesi

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 51z-dq11

Ca y est, je l'ai lu, ce fleuve des brumes.

Deux frères disparus à quelques jours d'intervalle, l'un volatilisé tandis que sa péniche naviguait toute seule sur le fleuve, l'autre défenestré, voilà qui a de quoi intriguer le commissaire Soneri...
Le Pô est en crue, la vie semble s'arrêter, et le commissaire navigue à vue dans les plaines brumeuses, à la recherche d'il ne sait trop quoi... Il rôde dans les parages d'un cercle nautique dont les membres semblent en savoir long sur les secrets de la région. Mais ce sont des taiseux, et ils sont coriaces... Alors le commissaire traîne son spleen, se régale dans les auberges, évite ou étreint sa volcanique compagne, et attend, encore et encore, qu'enfin les langues se délient.

Comme l'a justement dit Silou, Les brumes du fleuves est un roman d'atmosphère et non un thriller. Mais c'est ce que j'aime, quand les choses prennent leur temps, que le décor se construit peu à peu, et qu'il y a de la place pour la subtilité. Cette fois, ce sont les plaies non cicatrisées du fascisme qui sont au coeur du récit, avec leur cortège de douleurs, de haine, et de remords aussi, parfois.

J'ai vraiment bien aimé l'ambiance de ce polar, que j'ai lu avec plaisir, même si j'avoue avoir été un chouilla déçue par la fin, qu'on sentait venir depuis très longtemps. Sans demander de spectaculaires révélations (encore une fois, on n'est pas dans un thriller), j'aurais aimé un petit quelque chose en plus, une nouvelle clé de compréhension, un peu d'inattendu. Cela dit, cette légère déconvenue n'a en rien entamé mon envie de poursuivre plus avant la découverte de l'auteur, d'autant plus que son petit dernier est à la médiathèque...

Merci Silou !


mots-clés : #culpabilité #lieu #polar
par Armor
le Jeu 6 Sep - 21:51
 
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Sujet: Valerio Varesi
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Patricia Highsmith

Monsieur Ripley

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Monsie10

Encore un livre lu de Highsmith, qui confirme son procédé d'écriture : elle nous fait suivre de l'intérieur les pensées d'un homme , la logique qui l'habite, et c'est assez magistral. Ce n'est pas du point de vue stylistique, bien qu'un certain génie préside à la manière de dérouler, ralentir ou accélérer les soliloques, mais du point de vue de la psychologie qu'elle fait mouche : l'auteure singe si bien nos mouvements émotionnels que l'intériorité de Ripley sait montrer comme la base du criminel ressemble à la nôtre, comme pourtant un léger pas de côté, supplémentaire, fait dérailler le Droit. C'est une lecture qui m'a happée, mise mal à l'aise, d'ailleurs je vais cesser un peu l'exploration de l'auteur.
Après cette lecture , mes pensées intérieures me semblaient toutes douteuses, vous savez , les mouvements d'orgueil, les fantasmes, les opinions sur nos cercles sociaux, toute la dialectique du masque me semblait avoir potentiellement investi ma psychologie, l'auto critique était prégnante, la quasi peur d'être dysfonctionnelle socialement !! Franche poilade, en rire jaune.
Le pire étant qu'on a de la compassion pour Ripley, qui est totalement en incapacité émotionnelle d'être au monde, sauf en le filtrant via un scénario pour y paraître.
Effrayant, aussi, parce qu'une part de ces dysfonctionnements que Highsmith sait si bien décrire me semblent fonder bien des psychoses, sans que celles-ci heureusement, ne permettent des passages à l'acte criminel, mais la paranoïa, le narcissisme , sont décrits de manière aigüe et si empathiquement qu'on est pris dans cette perception totalement tragique.
Je pense à ces personnes  qui une vie entière mentent à leur entourage, Jean Claude Romand, par exemple. J'ai l'impression que c'est la même gamme de fonctionnement, ce n'est pas un polar qui définit le "Mal" clairement, il plonge plutôt dans la logique brillante d'un esprit différent et dangereux.
Glups


mots-clés : #criminalite #pathologie #polar #psychologique
par Nadine
le Lun 3 Sep - 9:56
 
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Georges Bernanos

Un crime

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 51ewy610


Je n'ai que rarement autant patiné dans la progression d'une lecture et suis forcée d'admettre que je suis totalement passée à côté de ce roman.
J'étais pourtant très enthousiaste au départ, charmée par cette langue un peu désuète , "sérieuse". (Je le dis comme ça, parce que je l'ai pensé comme ça. Je me préparais à du lourd fond/forme.)
Par l'idée qu'une sorte de polar allait se déployer;
or, je reste frappée par la force des premiers chapitres, qui peignent de manière très efficace les scènes de crime, la nuit, la solitude, la psychologie du curé, de sa bonne, puis tout cela s'est totalement affadi, j'ai trouvé grotesque la transcription du parlé paysan, pénibles les tirades prétendûment métaphysiques, nébuleuses les avancées de l'enquête, si nébuleuses que j'ai tout de même réussi à finir le livre sans comprendre qui était le meurtrier. C'est incroyable.  
J'ai hésité à rendre compte ici , du coup, car être passée à côté à ce point de l'intrigue trahi la grande nonchalance de ma progression dans le livre, j'ai forcément lu en diagonale, disons que j'ai perdu l'intérêt en route, fatiguée par la fréquence des sketchs procureur/juge de même teneur, et désenchantée sur l'aura du curée, assez vite.

J'ai tout de même, en lisant une note critique, après coup , compris que tout cela devait être bien ficelé. Et reste abasourdie par le fait que je puisse n'avoir rien compris. O lecture, si subjective parfois.
Aux aveugles et paresseux, la lumière échappe. Mon été a perdu mon cerveau. Amen.


mots-clés : #polar
par Nadine
le Jeu 30 Aoû - 10:33
 
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James Hadley Chase

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 20180820

Un lotus pour Miss Chaung (1961)

Peu avant la guerre du Vietnam, un un peu simple et plutôt massif américain profite mollement de sa vie d'expat à Saïgon. Un peu de boulot, des clubs, de l'alcool et Nanh sa maîtresse vietnamienne. Pour que ça dégénère il trouve par hasard de beaux diamants et quand on est massif et que les vietnamiens sont petits un accident est vite arrivé.

Les péripéties s'enchaînent sans traîner autour de ce bonhomme presque sympathique, balourd et pas très utile. Il se révèle d'ailleurs plutôt accessoire, l'action c'est pour les hommes de la Sûreté, la jeune femme et deux frères chinois.

On peut y voir un abus de clichés (extrait à venir ?) de violence et de menaces potentiellement gratuites mais ça fait le boulot avec le minimum de charisme qui évite de s'ennuyer. Dans le genre aventures exotiques on doit pouvoir trouver mieux, dans le genre polar aussi mais si vous n'êtes pas complètement allergiques à une imagerie macho-occidentale primaire ou que vous pouvez vous en amuser ça peut vous passer une paire de soirées.

J'ai lu pire dans le même registre, là j'y ai quand même trouvé un certain plaisir.


mots-clés : #polar
par animal
le Dim 12 Aoû - 19:08
 
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Dominique Sylvain

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Images12

Les Infidèles

Salomé Jolain est une jeune journaliste prometteuse qui travaille pour TV24, à Paris. Elle décide un jour de faire un reportage sur les couples adultères. Pour ce faire, elle prend une chambre dans un hôtel répertorié sur un site nommé Lovealibi.com, qui a pour mission de fournir « clé en main » des excuses, y compris sous forme de preuves matérielles, aux couples illégitimes pour se justifier auprès de leur conjoint. La fondatrice de ce site n’est autre que… sa tante, Alice Kléber. Lorsqu’on retrouve Salomé morte dans le square qui fait face à l’hôtel, le commandant Barnier et son lieutenant Maze se demandent s’il faut faire le lien. Qui est Alice, qui vit isolée dans une grande maison en Bourgogne ? Qui avait des raisons d’en vouloir à Salomé ? Que sait Valentin, l’homme à tout faire de TV24 et simple d’esprit ? Et pourquoi Maze trouble-t-il son supérieur ? Le roman alterne les points de vue de différents personnages, recomposant petit à petit le puzzle, retraçant les relations parfois complexes entre eux. L’écriture est efficace et semée de belles trouvailles stylistiques. C’est le deuxième livre que je lis de cette auteure, après Kabukicho qui se déroulait au Japon. Ça ne sera pas le dernier !


mots-clés : #polar
par Bleuenn
le Jeu 5 Juil - 18:17
 
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Philippe Claudel

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Cvt_la10

L’Archipel du Chien


Originale: Français, 2018

CONTENU :
Une île assez éloigné dans l’Archipel du Chien, une petite société vivant de la pêche, les vignes, les plantations d’olives et des câpres. Et la vie tranquille est chamboulée un jour quand trois cadavres échouent sur la plage. D’un coup un noyau de gens, représentant la communauté insulaire, est confronté avec des choix qui vont revéler leur nature. Quoi faire avec ces corps, qui vont, sinon, mettre en question un projet d’installation d’un centre thermal et salir la réputation de l’île ? Des opinions divergent, des scrupules et l’absence de celles-ci se confrontent. Comment cela va continuer ?

REMARQUES :
Dans un sens strict on n’arriverait pas à localiser géographiquemment les lieux. L’auteur se sert d’éléments de la réalité et d’un monde de fable. Néanmoins certaines caractérisations pourraient s’appliquer sur les îles Canaries (tirant son nom de Canes = chien). Aussi, c’est là que dans un certain sens ont débuté les premiers signes d’une fuite massives de réfugiés et où ont échoué des cadavres de naufragés...

Mais dans des premières pages d’une fureur splendide, le narrateur mystérieux ; témoin, ni homme, ni femme (mais rappelant un ange ? Ou un coeur grecque de tragédie?) s’adressent à tous, car « tout cela aurait pu se passer n’importe où, hier, il y a un an ou aujourd’hui ». Et alors c’est à nous qu’on devrait appliquer « la morale de l’histoire, ayant une sorte de valeur universelle.

La communauté insulaire, vivant dans une sorte de tranquillité isolée (ou un isolement tranquille?!) est bouleversé par l’apparition de ces trois cadavres. Mise en question de nos projets, de notre tranquillité ? Est-ce que cela va mettre la puce à l’oreille aux investisseurs qu’il faudra pour financer le projet d’une station thérmale ? Et voilà que les sept témoins sans noms (appelé par leur fonction ou un trait de caractère) forment une communauté unie par un but ?! Mené par le maire ils décident quoi faire. Juste le jeune instituteur, étant arrivé récemment lui-même aussi de l’extérieur, reste sceptique, s’oppose un peu. Est-il bien le seul à vouloir savoir « la vérité » ?

Devant certains événements les personnes dans les romans de Claudel sont souvent mis devant leur vérité, une d’obscurité, de petitesse. Parfois il semble que ce livre est traversé par une sorte de pessimisme, surtout dans le comportement face à l’étranger, à l’Autre, pas seulement réprésenté par les trois réfugiés échoués mais aussi par l’instit d’ailleurs. Et on peut se demander si l’Autre est forcemùent plus sensible pour pour l’injustice ? Quelle institution : la foi, la raison, le pouvoir, discerne le bien et agit ? Comment foctionne des mécanismes d’auto-défense, de constitution de groupe qui refusent la part de responsabilité mais cherchent à culbabiliser l’autre ? Mais aussi : est-ce que le refus de l’Autre est finalement refus de moi-même et mène vers l’autodestrcution ???

Peut-être certains mécanismes seront typés, comme aussi les personnes sans noms. Parfois peut-être trop évident ce que l’auteur suggère ?

Le lecteur de Claudel retrouvera certains sujets. Je me sentais fortement rappelé au « Rapport de Brodeck ». Aussi, dans un certain sens, on pourrait parler d’une prolongation de la trilogie sur les génocides, car ici, le génocide des temps modernes, c’est bien à la face du monde et à notre grande connaissance, celui envers des réfugiés qu’on laisse tranquillement mourir dans la Méditerranée et ailleurs… Et notre façon de faire sera un jugement de nous-mêmes et de notre avenir...

Remarquable !

mots-clés : #contemporain #culpabilité #immigration #polar
par tom léo
le Mar 19 Juin - 16:00
 
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Sujet: Philippe Claudel
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José Manuel Prieto

Papillons de nuit dans l'empire de russie

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Prieto10

Le narrateur, un certain J, profite de l’effondrement de l’empire soviétique pour faire du trafic avec l’occident en privilégiant le matériel militaire high-tech : guides laser et googles infra-rouge. Il a bien compris qu’il peut bénéficier d’une plus-value non négligeable sur ce type d’objet peu encombrant, en revanche il risque gros. Il rencontre lors d’une vente un richissime suédois qui lui suggère un autre type de trafic, moins dangereux, celui des papillons. J se lance donc à la recherche du mystérieux yaziku dont le dernier spécimen a été donné au tsar Nicolas II en 1914.
Lors d’un voyage à Istanbul avec son employeur suédois, J remarque dans une boîte de nuit une stripteaseuse et prostituée, une certaine V, une jeune russe qui a voulu fuir son village sordide de Sibérie. Celle-ci lui demande de l’aider à fuir et retourner en Russie (cas classique, le propriétaire de la boîte lui a confisqué son passeport et l’a endettée à vie). Par la suite, J recevra sept lettres de V, lettres sublimes. Pour lui répondre il va lire de nombreuses correspondances de l’Antiquité à nos jours.

Encore un détail : si nous sommes en admiration devant les lettres de Flaubert à Louise Collet, ou celles de Kafka à Milena (et aussi à Felice), pourquoi ne pas imaginer qu’elles ont été inspirées par des lettres de bien meilleure qualité, écrites par ces femmes ? Bien souvent on ne lit ou ne publie que les lettres des écrivains, en majorité des hommes, mais derrière celles-ci – tout comme derrière ce brouillon – se cachent des lettres de femmes, de vraies œuvres d’art, sublimes. Sublimes, il ne me vient pas d’autre mot à l’esprit.


Le livre est donc un roman épistolaire d’un genre nouveau. Le narrateur raconte sa vie avant, pendant et après sa fuite avec V. Le tout s’entremêle de réflexions sur l’existence, de notations sur le temps, les paysages, les scènes du quotidien. Surtout, la poésie est omniprésente.
J’ai été plus particulièrement séduit par l’atmosphère slave qui se dégage du livre, Prieto est cubain mais il a vécu longtemps en Russie ; également ce dialogue particulier qui s’instaure entre Orient et Occident. En effet, le récit oscille entre deux sites, un Istanbul plutôt marqué par l’Orient et Livadia en Crimée où les influences occidentales sont plus marquées. Cependant, ce sont aussi des villes où coexistent des deux cultures, les deux esprits.
En littérature, le mot « papillon » renvoie immanquablement à Nobokov. C’est dans un genre un peu différent que Prieto nous entraîne dans les aventures de J chassant le yaziku dans le delta de la Volga. Mais il a gardé le côté « enchanteur » du maître.
Une très belle lecture et un écrivain à découvrir.  Very Happy

Lorsque mes yeux glissèrent sur son nom, à la dernière page, étourdi par ce que je venais de lire et parce que cette lettre était peut-être encore plus belle que la précédente, je perdis un court instant la pleine conscience du lieu où je me trouvais, immergé dans le plus profond silence, tandis que sa phrase d’au revoir résonnait comme une perle de cristal rebondissant sur les parois d’un coquillage, se déplaçant rapidement dans la spirale de ses cavités.


Un voyage doit se profiler à l’avance dans l’esprit du voyageur comme dans un minuscule polygone, comme dans une chambre de Wilson où l’on étudierait sa trajectoire de particule atomique, où l’on envisagerait l’état de satisfaction qui nous attend sur l’autre rive, l’eau en train de bouillir dans la marmite, le soleil en train de se coucher derrière les arbres, les guides bachkirs discutant à voix basse tout près de toi, dans leur boutique de fortune. Voilà pour ce qui est de l’importance physique de la peau exposée au vent et du soleil derrière les paupières. Mais on notera la nécessité d’un cadre mental, métaphysique, d’une expérience supra personnelle qui nous permette de d’admirer, ravis, les traces des bulles dans la masse liquide, de découvrir des univers confinés entre ces minces parois. Une idée inaccessible et d’apparence fragile, les ailes d’un papillon, un rêve.


A l’intérieur de ces troncs survivaient des forces qui refusaient de se consumer, qui protestaient en émettant des craquements, dans un rapide staccato, ralentissant le rythme par moments pour émettre ensuite des appels à l’aide frénétiques. C’étaient les plaintes des âmes emprisonnées dans les arbres, divinités sylvestres martyrisées par le feu, ou peut-être, pensais-je tout à coup, les cris de joie qu’elles poussaient en s’élevant vers le ciel, libres enfin. Avant de se mêler au reste du troupeau des âmes, elles devaient avoir averti mon autre moitié errante, l’importunant l’espace d’une seconde dans un bar de Linz en Autriche.


Pour ma part, je n’avais aucune raison de m’inquiéter, mais comme je la regardais, droit dans les yeux, tout en l’écoutant parler de mode (son rêve était de devenir mannequin, m’avait-elle dit) je pus voir la peur voiler son regard, la solution aqueuse de ses yeux se cristalliser soudain, se précipiter et tomber lentement comme des flocons de neige.


mots-clés : #contemporain #correspondances #polar #voyage
par ArenSor
le Lun 18 Juin - 18:31
 
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Sujet: José Manuel Prieto
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Stieg Larsson

La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 41r3pa10

Il ne faut pas craindre l'accumulation ou  le trop plein. Stieg Larsson était un obsessionnel, qui n'hésitait pas à écrire une page entière sur l'achat de mobilier de Lisbeth à ikea, sur sa liste de courses à 7-eleven, à ne louper aucun café avalé (en précisant de quel café il s'agit)  aucune cigarette fumée, aucune douche prise, aucune biographie détaillée, aucune marque d'arme à feu, aucun itinéraire etc...Et qui manifestement jubilait à entrecroiser les nœuds de sa pelote soigneusement emmêlée, d'y ajouter des couches, des complications, des liens externes,  des complications encore. Un type à la logique si implacable que même les multiples coïncidences deviennent acceptables..

Ceci admis , c'est avec un parfait plaisir qu'on retrouve Lisbeth Salander, soigneusement occupée à effacer toute trace d'elle sur terre (dans une première partie il est vrai un peu longuette - mais après, quand ça démarre, ça démarre à 100 à l'heure). Cette habile manipulation va malheureusement aboutir au résultat de la placer sous les projecteurs, comme principale suspecte de trois meurtres opérés en une même soirée. Le lien s’avérera être le commerce du sexe, thème féministe une fois de plus chez cet auteur.

Lisbeth tient la place centrale dans ce roman, qui non seulement nous découvre ses origines dans une enfance plutôt corsée (et même plus), une adolescence manipulée sans que nul ne le sache par les services secrets. Elle reste cette Lisbeth si atypique, et ses talents de super-woman augmentent encore, capable de hacker n'importe quel ordinateur, de défier n'importe quel système de surveillance, de fixer n'importe quel document en détail dans sa mémoire hypermnésique, de terrasser n’importe quel agresseur deux fois plus lourd qu'elle, et le pire c’est qu'on y croit!  Dans son libertarisme solitaire, sa logique très personnelle, sa violence intériorisée et extériorisée, sa détermination insondable, son mètre cinquante, elle reste épatamment séduisante (pour une héroïne de roman en tout cas), déroutante et invincible.

Dans cette enquête bien corsée, trois équipes font la course et interagissent, la police, globalement convaincue de la culpabilité de Lisbeth, et ses deux amis : Dragan l'ancien employeur  qui voudrait bien comprendre et Mikael Blomkvist convaincu de son innocence. On est dans un sacré roman choral, avec un aspect militant pour la liberté  et les droits de l'homme et de la femme. qui prend alternativement le point de vue de Lisbeth, des divers enquêteurs, et des malfrats pour dresser des portraits incisifs  sans négliger personne. On passe un vraiment bon moment, on sait très bien que Lisbeth s'en sortira, et qu'importent les moyens



mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #polar #politique #relationenfantparent #romanchoral #vengeance
par topocl
le Sam 16 Juin - 10:41
 
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Sujet: Stieg Larsson
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Stieg Larsson

Les hommes qui n'aimaient pas les femmes.

Tag polar sur Des Choses à lire - Page 2 Index10
Très habilement troussé, en effet, ce premier opus  de Millenium. Une écriture millimétrique qui colle à ses deux héros réunis dans un  duo tout à la fois bancal et parfaitement adapté . Mikael Blomkvist,journaliste d'investigation plein d'une probité, haineux quand le pouvoir et l'argent sont mal employés, compassionnel avec les faibles et tout ce qui sort des rails, et Lisbeth Salander jeune femme asociale, tatouée et piercée, plaie hurlante hypermnésique, dont il est dit quelque part qu'elle pourrait être Aperger "ou quelque chose comme ça" (je penche pour le "quelque chose comme ça").

Quant à l’intrigue , il s’agit plutôt d'un faisceau d'intrigues intimement entremêlées à composante politique, économique, rituelle, sexuelle, d'une belle complexité qui arrive à rester claire jusqu'au bout, portée par des personnages (un peu moins fouillés que les enquêteurs) pour la plupart membres d'une richissime famille d'industriels suédois, capable derrière son écran de fric des pires turpitudes.

Intelligent, haletant, addictif, quoique un peu glauque par moments par l'accumulation.

mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #famille #polar #politique #sexualité
par topocl
le Lun 11 Juin - 9:51
 
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Sujet: Stieg Larsson
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