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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Lun 27 Jan - 13:51

72 résultats trouvés pour politique

Paolo Rumiz

Comme des chevaux qui dorment debout

Tag politique sur Des Choses à lire Proxy198

Première Guerre mondiale :
« Quand on comprend comment tout s’est vraiment passé, on ne peut pas supporter que cela ne se sache pas, qu’il ne soit pas écrit en lettres de feu, proclamé à tous les vents et dans tous les livres de classe de l’Union européenne que tout a éclaté par hasard, que la guerre était parfaitement évitable et que l’Europe s’est ainsi suicidée, par étourderie, à l’apogée de sa splendeur. Il devient inconcevable que l’on ne dise pas de façon claire et nette, avant de commencer le moindre discours sur le premier conflit mondial, que personne ne s’y attendait, que tout le monde est tombé des nues et que tout a été sous-évalué. »

Paolo Rumiz part à la recherche des ombres de ses aïeux dans le passé et la topographie de la Galicie, front de l’Est en 1914 et toujours ligne de faille géopolitique, en Mitteleuropa… Son grand-père, qu’il n’a pas connu, a survécu à cette guerre où des millions d’hommes (et de chevaux) sont morts dans la boue, mais c’est surtout la « mémoire perdue » qu’il recherche, « pour le dernier tour de manège de l’ancien monde »...
« …] avec l’Allemagne qui pousse vers l’est, la Russie qui pousse vers l’ouest et la Pologne qui tente d’exister au milieu, sur cette terre ondulée qui n’offre d’obstacles ni aux vents, ni aux armées. »

Dans ce récit, les références culturelles et à une Histoire que je ne connais guère (il semble que ce soit le cas plus généralement des Italiens) rendent difficile d’apprécier la part du chauvinisme, du passéisme, mais en tout cas l’amertume et la nostalgie sont réelles, ainsi qu’un certain ressentiment.
« …] après l’empire, il ne nous est tombé dessus que du mauvais : le fascisme, l’impérialisme, le communisme, la négation des langues des autres, l’esthétique de la mort »

« Et ce n’est pas la peine de leur expliquer que personne ne part d’un cœur léger pour une guerre lointaine et incompréhensible. »

« Il y a toujours quelqu’un pour vouloir vous banaliser, parce que votre complexité ne lui convient pas. Quelqu’un qui a besoin d’un ennemi pour exister. »

Paolo Rumiz paraît voir l’empire austro-hongrois comme une sorte de prélude, de prémisse de l’Europe unifiée. Italien déchiré, il n’est pas tendre pour l’Italie :
« …] ma nation de démolisseurs de voies ferrées, qui ont arraché de chez nous l’âme paysanne, ma nation dévorée par l’incurie, infestée de larbins et de faux dévots hypocrites et sans Dieu, ma terre de bambins tyranniques et d’adultes habitués depuis l’enfance à baiser la main des évêques et des sous-secrétaires. »

Il rencontre en voyage des personnes étonnantes, tels que Marina la Russe, ou Erwin, qui recherche les sépultures des Caduti, y allumant une petite lampe de cimetière pour tirer de l’oubli les morts (rite intime que Rumiz reprend à son compte).
« Afin d’éviter de dire que ces jeunes gens ne sont pas morts pour l’Italie, on emploie le terme générique "Caduti", tombés au champ d’honneur, morts au combat, et puisque les noms sont tous italiens, ce petit jeu de prestige a des chances de réussir. »

Ce sont les « soldats de l’Adriatique et du Trentin » :
« Après avoir été trop italiens pour les Allemands, voilà qu’ils étaient devenus trop allemands pour les Italiens. »

L’Italie a perdu jusqu’à leurs noms et leur nombre, tandis qu’Otto Jaus s’emploie à sauvegarder les tombes austro-hongroises de l’incurie et de l’amnésie.
« Il s’est aperçu que plus il parle avec les morts, plus il s’enfonce dans la compréhension du présent. […]
Et plus il pénètre les raisons de la dissolution de son vieil empire, plus lui apparaît fulgurante, à l’époque actuelle, la décadence de la fédération de peuples à laquelle il appartient. Peut-être ne s’est-il jamais autant avancé à l’intérieur du présent qu’il ne le fait depuis qu’il fréquente les cimetières. Il sent qu’il n’y a pas seulement la lecture des livres. Il y a aussi la voix puissante des lieux. Parce que les lieux ont toujours un secret à confier. »

Rumiz plaide que l’Histoire (hélas méconnue) permet de lire l’actualité (livre écrit en 2014, anniversaire du début de Première Guerre mondiale).
« La Pologne est le lieu entre tous où l’on voit le plus clairement que 1939 est la conséquence de 1914. »

Plus original, il soutient que l’Histoire se retrouve davantage dans les lieux que dans les livres.
« Ce que je cherchais, c’était le chant choral des voix, et je voulais surtout percevoir la distance réelle des événements, parce que les livres d’histoire ne me la donnaient pas. »

« Cela fait bien longtemps, désormais, que je ne cherche plus l’Histoire dans les livres et les monuments. La mémoire se trouve dans les galets des fleuves, dans le bois du Petit Poucet, au cœur du règne végétal, dans le goût des myrtilles couleur de sang. »

Ce récit de voyage dans le temps et l’espace est narré dans un perpétuel chassé-croisé du présent et du passé, dans « une déconcertante compression du temps ».
Se déplaçant essentiellement en train, c’est dans un train grande vitesse italien que Rumiz, de retour de Pologne, se fait voler ses notes, et ses irrécupérables pensées notées au fil du voyage : « l’horreur des pensées perdues »…
Il repart alors vers la Galicie, cette fois en Ukraine.
« Maintenant, je devais continuer, aller voir au-delà de la forteresse Bastiani, me tourner vers le désert des Tartares [… »

Puis il effectue un troisième voyage, dans « la poudrière balkanique », qu'en tant que journaliste il connaît bien aussi.
« Comme en 1914 et en 1992, Sarajevo n’est pas le détonateur, mais le révélateur. Elle montre impitoyablement le somnambulisme de l’Occident. À Sarajevo commence et finit le XXe siècle, la Bosnie est le symbole de l’échec de l’Union européenne. »

(On pense à la dégradation des valeurs décrite par Hermann Broch dans sa trilogie Les Somnambules).
Rumiz boucle logiquement la boucle avec les Centomila, les Cent Mille de Redipuglia dans le Carso (haut-plateau karstique italien).
« Et là, ballotté sur ces rails, je ne sais même plus ce que je cherche, si ce sont les Caduti de la Grande Guerre, ou bien les victimes de la grande famine infligée par Staline, les Juifs de la Shoah, les paysans exterminés par les nazis, déportés dans les goulags, ou même – pourquoi pas ? – les premiers morts de la place Maïdan à Kiev, dont on vient justement d’entendre parler au cours des dernières heures. »


Mots-clés : #deuxiemeguerre #guerre #historique #identite #lieu #mort #politique #premiereguerre
par Tristram
le Sam 25 Jan - 13:38
 
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Graham Greene

L'Agent secret

Tag politique sur Des Choses à lire L_agen11


D. est missionné par un pays en guerre civile (il est du côté des « pauvres ») à Londres pour négocier l’achat de charbon, et le parti de l’« aristocratie » et de la dictature tente de le faire échouer.
« D. était un homme infecté que la violence accompagne partout. »

« Mais l’on est toujours forcé d’employer les méthodes de l’ennemi. On lance les mêmes bombes, on démolit les mêmes existences. »

Une femme paraît, deux en fait.
« Qu’est-il arrivé à votre femme ?
‒ Ils l’ont fusillée par erreur. »

L'atmosphère est lourde, faite de méfiance et d'une sorte de désabusement sans espoir.
Ce roman ne m’a pas convaincu ; je ne sais pas ce que Graham Greene voulait transmettre, mais dans mon cas peu de chose est passé…

Mots-clés : #espionnage #guerre #politique
par Tristram
le Mer 22 Jan - 20:26
 
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Joseph Conrad

L'Agent secret

Tag politique sur Des Choses à lire L_agen10

Verloc est agent secret provocateur pour le compte d’une ambassade à Londres (celle de Russie, pas nommée) dans le milieu des révolutionnaires propagandistes, conspirateurs, anarchistes et autres poseurs de bombes du début du XXe.
« À la destruction de ce qui est. »

C’est prétexte à un imbroglio psychologique qui culmine dans la belle scène tragique du chapitre XI.
En fait le roman porte surtout sur la misère et l’inégalité sociale. L’inspecteur de police Heat :
« Il fallait protéger tous ces gens-là ; la protection est le premier besoin des privilégiés. Il fallait les protéger ; et aussi leurs chevaux, leurs voitures, leurs maisons, leurs serviteurs ; et il fallait protéger la source de leurs richesses au cœur de la cité et au cœur du pays ; il fallait protéger tout l’ordre social favorable à leur hygiénique oisiveté, contre l’inepte envie de ceux qui peinent à des tâches malsaines. »

« Vous n’avez pas idée comme ces hauts personnages détestent les menus désappointements. »

La police :
« Elle est là pour que ceux qui n’ont rien ne prennent pas ce qui appartient à ceux qui possèdent quelque chose. »

Je signale la très réussie scène swiftienne (chapitre VIII) du départ à l’asile de la mère pleine d’abnégation de Winnie et du sensible et « singulier » Stevie, dans un sordide coche au « vieux cheval – coursier d’apocalyptique misère ‒ »…
« Cette dernière épithète [« abominable »] contenait toute son indignation et toute son horreur à l’égard d’un genre de misère obligé de s’alimenter des angoisses de l’autre, – à l’égard du pauvre cocher, battant le pauvre cheval au nom, pour ainsi dire, des pauvres mioches qu’il avait chez lui. »

J’ai récemment abandonné la lecture de l’illisible L’Aventure, que Conrad a malencontreusement écrit à quatre mains, mais cette fois le talent ne fait pas de doute ‒ quoique la partie finale me soit paru faible…

Mots-clés : #espionnage #politique
par Tristram
le Mar 21 Jan - 16:54
 
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Daniel de Roulet

10 petites anarchistes

Tag politique sur Des Choses à lire Index14

Au XIXème siècle, elles partent du Jura suisse  où les hommes et la vie les ont déçues, ces 10 jeunes femmes qui vont, avec une belle bande d’enfants,  tenter de vivre une utopie anarchiste en Amérique du Sud. L’exil, le climat, la rudesse des mâles, la difficulté de la tâche, l’amour, la mort, vont les éliminer une à une en dix  chapitres ouvertement placés sous la  férule d’Agatha Christie. Mais elles auront vécu – et partagé par ce roman - une belle aventure tout à la fois politique et humaine : d’amitié, de coopération .


Mots-clés : #amitié #conditionfeminine #immigration #politique #social #solidarite #xixesiecle
par topocl
le Jeu 3 Oct - 11:15
 
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Howard Fast

Tag politique sur Des Choses à lire Memoir10

Mémoires d'un rouge

Encore un commentaire qui ne rendra pas justice à la somme de choses qu'on trouve dans le livre. Surtout qu'il a du métier ce Howard Fast dont je ne connaissais pas le nom, les environ 550 pages de ses mémoires passent avec une facilité déconcertante.

On démarre fort avec un jeune homme qui rêve de s'engager contre le nazisme et qui se retrouve presque à regret à travailler comme un damné à la préparation des bulletins d'information qui seront diffusés dans toutes l'Europe occupée.

On découvre ensuite derrière ce patriotisme un parcours assez dur : très jeune il a dû travailler, se battre aussi et à côté de ça il a réussi malgré tout à lire, et à écrire. L'obsession après avoir juste ce qu'il faut pour se loger et se nourrir avec ses frères et leur père.

De rencontre en rencontre il se démène et accepte l'importance de sa tâche, stimulé aussi par sa place au cœur du système et de l'information. Néanmoins il veut partir, se confronter à la réalité de la guerre. Ce qui ne se fera pas comme il l'espérait. Ses penchants "à gauche" ou pro-russes alors que le conflit va toucher à sa fin dérangent et son départ se fera pour l'Afrique du Nord avant l'Inde.

Patriotisme toujours, et pacifisme encore plus fort face aux absurdités et injustices de la guerre. Nous voilà partis dans un vrai voyage qui vient nourrir l'homme et ses convictions. Il y a des pages très fortes là-dedans aussi.

De retour aux Etats-Unis les années difficiles pour les communistes et sympathisants sont là. D'auteur à succès il devient persona non grata. Procès, refus des éditeurs... Condamnation et montage de sa propre maison d'édition. Prison, campagnes politiques, meetings, récoltes de fonds pour les plus démunis, combat contre le racisme des années difficiles mais riches encore. La mise en place du maccarthysme et de mascarades judiciaires aux frais du contribuable sont décrites dans l'ombre non pas des écoutes et tracas incessants causés par un FBI envahissant mais plutôt dans la tension entre le parti communiste et ses lignes directrices et le sentiment d'injustice car au fond il reste et est volontairement ce qu'on pourrait un "bon américain" avec des idéaux indéboulonnables de liberté.

Des pages assez incroyables encore. Il faut aussi parler de la menace d'une troisième guerre mondiale avec la menace atomique mais aussi de l'antisémitisme et des rumeurs d'une URSS de moins en moins idyllique. Ne pas oublier les tentatives de lynchages ?

C'est dense, très dense, très riche et avance vers l'inévitable ras le bol d'un parti qui s'est peut-être d'abord plombé lui-même à force de rigidité et de dogmatisme aveugle. Désillusion ? Ptet ben que oui, ptet ben que non.

Après tout pour Howard Fast ce qu'on lit c'est sa volonté mais soutenue par les rencontres, sa femme, ses enfants et les amis d'un jour ou de toujours, ce sont aussi ses chroniques au Daily Worker et surtout surtout l'indépendance et la liberté de penser, de s'exprimer et d'aider.

Et il y a les images et idéologies qui sont mises en lumière dans le livre avec leurs reflets d'aujourd'hui...

Mots-clés : #autobiographie #documentaire #guerre #justice #politique #racisme #social #solidarite #universdulivre
par animal
le Jeu 26 Sep - 14:08
 
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Sujet: Howard Fast
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Marie de Rabutin-Chantal, Marquise de Sévigné [Madame de Sévigné]

Tag politique sur Des Choses à lire Nicola10
Nicolas Foucquet

Les lettres à Monsieur de Pomponne (novembre et décembre 1664) valent reportage sur le procès du Surintendant Nicolas Foucquet, qui exerça cette charge de tout premier plan de 1653 jusqu'à son arrestation (à Nantes en septembre 1661).

L'on s'aperçoit, avec autant de liberté que Madame de Sévigné puisse s'en permettre, de tout ce qui fut ourdi contre l'accusé; le complot est tramé par Colbert, dans le camp des pro-Foucquet mis à mal par cette triste affaire on retrouve, outre Madame de Sévigné, Bussy-Rabutin dont il vient d'être question, La Rochefoucauld (oui, celui des Maximes), La Fontaine, etc...

D'emblée, Foucquet est sur la sellette,  s'y asseoir signifie qu'on assiste à son procès en qualité de coupable convaincu, autrement on répond debout, derrière le "Barreau".  
Foucquet, si l'on en croit Madame de Sévigné, répond avec beaucoup d'adresse à ses accusateurs, certains en notoire collusion avec ceux qui ont tout intérêt à le voir condamner, en particulier avec le Chancelier, homme de main et de paille de Colbert.
On croise aussi D'Artagnan, le vrai, un Monsieur d'Ormesson (est-ce un ancêtre de l'écrivain ?), on observe qu'un fait quasi-miraculeux (Madame Foucquet mère, très pieuse, donna un emplâtre à la Reine qui se trouva guérie de son mal) plaide autant si non plus que d'habiles réponses en faveur de Foucquet. Quelques déballages et autres assauts à fleurets mouchetés, avec tout le passé récent de la Fronde qui plane sur l'audience, sont susceptibles d'intéresser quiconque n'est pas indifférent à l'Histoire.

Au final Foucquet sauve sa tête et, mécontent de la sentence d'exil prononcée, le Roi fait ajouter l'emprisonnement à l'exil, à la citadelle de Pignerol, enclave française située dans le Piémont italien, en ne laissant pas la possibilité à son épouse de le rejoindre, ce qui scandalise Madame de Sévigné.
Et, pour faire bonne mesure, le Roi fait éparpiller toute la famille de Foucquet hors de Paris.



Mots-clés : #ancienregime #historique #justice #politique #regimeautoritaire #temoignage
par Aventin
le Jeu 15 Aoû - 8:30
 
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Sujet: Marie de Rabutin-Chantal, Marquise de Sévigné [Madame de Sévigné]
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Thierry Jonquet

Du passé faisons table rase

Tag politique sur Des Choses à lire Du_pas10

Un vrai régal que ce roman qui n’est pas vraiment policier, ni même d’espionnage, mais… politique ! Le personnage central de René Castel ramentoit furieusement Georges Marchais, un Secrétaire général de ce Parti tellement au-dessus des individus que la fin justifie tous les moyens. Le souvenir du bonhomme à la télé (en noir et blanc) colle avec l’image d’un pantin, d’un homme de paille sous la botte de Moscou : c’est vrai que les activités du personnage pendant l’Occupation ont été questionnées, et que l’appareil soviétique savait tenir les hommes politiques en main, gardant trace de ce qu’ils avaient à cacher :
« …] à chaque fois qu’un camarade grimpait un échelon, il lui fallait passer par le rite obligé de la rédaction de sa "bio". Personne ne pouvait conserver un double de ses déclarations. Des anomalies, même minimes, étaient parfois décelables lors des rédactions successives, à des années de distance. »

Judicieusement agrémenté de citations d’Aragon, ce livre dont le titre est tiré de L'Internationale est paru en 1982 sous le pseudonyme de Ramon Mercader (assassin de Trotski sur ordre de Staline, NDT) ; et Thierry Jonquet fut lui-même un trotskiste engagé…

Mots-clés : #historique #polar #politique
par Tristram
le Mer 7 Aoû - 22:21
 
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Sujet: Thierry Jonquet
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André Hardellet

Le parc des archers
Suivi de Lady Long Solo

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- Le parc des archers: roman, 1962, 215 pages environ.
- Lady Long Solo: nouvelle, 1971, 35 pages environ.
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Le parc des archers













Roman écrit au "je", et ce "je" se prénomme André et est écrivain de profession, donc le héros-narrateur n'est pas même masqué !
Idem, au reste, en ce qui concerne les noms propres utilisés (Vincerennes pour Vincennes, Saint-Macloud pour Saint-Cloud, etc...- seul Cortezzo, sur la riviera italienne à ce qu'il semble, m'échappe et semble une contraction de Cortina d'Ampezzo, qui n'a...rien à voir).


Au retour "d'un long voyage à l'étranger" André Miller, écrivain, se fait alpaguer dans le bois de Vincerennes par des membres des forces de l'ordre au bord d'un étang où il souhaitait retrouver un moment de son enfance. S'ensuit une plongée critique dans un monde en devenir ("La Gale") à la fois déshumanisé, policier, et attentant au moindre petit plaisir de l'existence.

Une soirée mondaine permet la rencontre avec deux personnages principaux, Frank Blake et Florence van Acker; caractères très fouillés qu'Hardellet dévoile peu à peu au fur et à mesure du déroulement du livre.  

Le peintre "Stève" Masson, personnage qui semble un peu fil-rouge chez Hardellet (il est le héros principal du Seuil du jardin, et c'est sous ce pseudo qu'Hardellet fit paraître Lourdes, lentes), fait quelques apparitions dans ce roman (il est devenu aliéné, sous camisole chimique et traitements).


Du mélange couple - insurrection - amitié - combats de rue - monde totalitaire sortent bien des péripéties, qu'on évitera de narrer ici. Roman attrayant, fort bien mené, même si c'est presque dans les séquences un peu digressives que je trouve que le bonheur de lire Hardellet atteint son summum.

Je regrette, certes avec mon regard d'occidental de 2019, le traitement de l'homosexualité - même si bien sûr les propos tenus par André Miller doivent être ramenés à l'époque d'écriture, etc... Et puis cela permet de se remémorer le chemin parcouru depuis ce temps-là, quand même pas si éloigné.

Jeter un coup d'œil aux actualités de 1962 et années précédentes pour essayer de trouver des correspondances entre cette fiction et ce temps-là n'a rien donné (peut-être n'ai-je pas bien cherché ?) - je pense qu'il est impossible de voir dans ces lignes-là une évocation ou une allégorie des guerres d'Indochine et d'Algérie, par exemple. De même une référence à l'occupation nazie ne fonctionne pas: je pense qu'Hardellet a vraiment tenté de signifier un avertissement au générations futures, dont la nôtre.

Chapitre XII La Section psychologique a écrit:"Vous êtes un petit joueur de banlieue, et c'est pour vous le démontrer que nous vous avons prié de venir faire un tour à la D.S. Vos amis politiques, eux, ont un programme et des buts définis, une organisation qui les soutient, vous, vous enfourchez des nuages. Ils vous utilisent provisoirement à cause de votre talent. Le romantisme est mort depuis pas mal d'années, monsieur Miller.
- Est-ce pour m'en faire part que vous m'avez prié de vous rendre visite ?"
Il haussa les épaules; il suait un mépris écrasant dans toute sa personne.  
"Vous ne vous nommez pas André Miller mais Durand et vous exercez l'emploi de comptable dans une compagnie d'assurances. Vous sortez d'une clinique psychiatrique où l'on vous a traité pendant six mois pour troubles mentaux. Votre état civil, votre profession, votre passé, c'est nous qui en disposons, qui vous les attribuons comme il nous plaît. Des témoignages, nous en produirons autant qu'il le faudra. [...]"  
 


La séquence du Parc des Archers proprement dite (c'est le titre de l'un des chapitres en plus d'être le titre de l'ouvrage), très chargée en onirisme, en symbolique, est un pur régal "hors tout". En prime, un érotisme léger, suggéré, flotte sur l'ensemble du livre.

  

Mots-clés : #erotisme #insurrection #intimiste #jalousie #politique

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Lady Long Solo







En voici l'entame:
Je revenais d'une banlieue spongieuse où Fulcanelli m'avait donné rendez-vous.
À la station, j'attendis en vain le car qui devait me ramener à Paris et que j'avais pris plusieurs fois auparavant; je voulus me renseigner dans un café distant de quelques centaines de mètres, mais il était fermé.
Plus d'une heure s'écoula ainsi, puis survint un très vieux taxi, semblable à ceux de la Marne, et je fis signe au chauffeur dont l'aspect s'accordait à l'antique guimbarde "À Paris, lui dis-je, Place de la Concorde. - Je sais", me répondit-il.  


Nouvelle un peu fantastique, un peu libidineuse, assez onirique. Hardellet semble y reprendre le pseudonyme de "Stève" (Masson). Il y a un autre rappel aux thématiques du Seuil du jardin (voir plus haut): les images emmagasinées, donnant la possibilité à des scènes de se revivre, ou de se vivre fictivement. Et qui se couple à la fuite du temps...



Fats Waller, avec, évoqué comme "titre préféré" I've got to write myself a letter - bon, c'est I'm gonna sit right down and write myself a letter le vrai titre, on ne va pas chipoter !




Mots-clés : #contemythe #erotisme #intimiste #reve
par Aventin
le Mer 3 Juil - 15:29
 
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Sujet: André Hardellet
Réponses: 15
Vues: 450

François Bégaudeau

Histoire de ta bêtise

Tag politique sur Des Choses à lire 41nxhe10

Bégaudeau est en colère. Je le comprends. Moi aussi. Sur beaucoup de choses communes, bien  qu’il m’explique que ce n’est pas du tout pareil. La société capitalisme, la consommation outrancière, l’arrogance de certains, des trucs comme ça. Très bien.

Seulement il me crache à la gueule parce que je suis bourgeoise, que j’ai  évidemment voté Macron au deuxième tour . Que j’ignore la pensée, et encore plus la radicalité. Car nous tous les bourgeois sommes tous les mêmes, des petits trouillards minables , des nantis accrochés à nos acquis, des facilement arrivés, des bien-pensants non-pensants, accrochés à leur  petite morale.  Tout cela qu’il appelle notre bêtise,

Le présent livre ne prétend pas démontrer que tu as tord, mais que tu ne penses pas.


Il confond un peu, croit que nous avons tous fait Sciences Po ou HEC. Il faudrait un peu qu’il sorte, quand même, de son petit milieu qu’il lui est si pénible de fréquenter. Vivre dans une enclave sociale comme ça, avec les idées qu’il a, ça doit être triste.  Le pauvre.
Bégaudeau pense que les bourgeois sont une catégorie générique, qu’ils pensent tous pareil. Il les appelle « tu » et et leur  adresse son anathème. Mon père, qui aurait détesté ce livre, et avait pas mal d’humour, m’avait appris que « tous les gens qui disent des généralités sont des imbéciles » et ça va presque m’autoriser à renvoyer à Bégaudeau sa propre histoire de « bêtise »

Tout cela est un peu (beaucoup) agaçant (c’est voulu, d’ailleurs).
Car en fait son idée m’intéresse, son analyse de la société. Beaucoup, même. Ah, oui, mais le problème c’est que si son idée m’intéresse, c’est que je prône l’ouverture d’esprit, car je déteste le conflit, car le conflit c’est le chaos, le chaos c’est la fin des bourgeois.

Bégaudeau pense qu’il est meilleur que moi parce qu’il fait ses courses à Monoprix (je suppose que moi, je suis sensée aller chez Fauchon) ; seulement Monoprix, pour un gauchiste (terme qui n’a rien de dépréciatif), c’est quand même l’image même de la société capitaliste. Qu’il s’habille chez H et M, c’est à dire un truc qui fait bosser des gens dans des conditions d’esclavage, et, que, quand on a  la chance d’avoir des sous comme lui, on a plutôt tendance à éviter.  Et qu’il n’est pas la mode, quelle audace ! Mais je vous rassure, aller chez H et M lui « raidit les cervicales », et depuis peu sa copine Isabelle lui a fait découvrir La Vie Claire.

Bégaudeau ne cache pas qu’il a un appartement à Paris, et déclare 40 000 euros au fisc chaque année, mais ce n’est pas sa faute, le pauvre, car c’est son papa qui lui a fait cadeau de l’appartement (et il est tout petit, juste 40m2) et son succès qui lui vaut ses revenus, il n’y peut rigoureusement rien...Il sait bien qu’on (le bourgeois) peut le lui reprocher, ou plutôt lui faire remarquer qu’il y a  là comme une ambiguïté, à être contre la propriété privée, mais ce ne serait que mesquinerie bourgeoise.

Quand je me mets du côté de la tolérance sur les grandes questions de société, tout cela n’est que « L'écrin d'humanité dans lequel [je] feutre [ma] brutalité structurelle", et toujours et  encore « cette pulsion conciliatrice [qui] a un soubassement autoritaire ». Si je me soucie des pauvres c’est parce que je veux préserver ma bonne conscience, dans un paternalisme dégoûtant, pour en gros, par ma feinte gentillesse, annihiler la lutte des classes.

Ca continue comme ça sur des pages et des pages, à  asséner (plutôt brillamment et avec un sens certain de la formule) que tout ce que je dis, pense, fais, n’est que l’expression d’une morale mal placée et non d’une pensée, à me l‘en envoyer à la gueule pour m’agacer (il le dit : »J’aime bien t’emmerder » : la colère comme une pose), à expliquer qu’il est beaucoup plus intelligent que moi, et, si  ça m’agace encore et toujours, ça prouve bien que je suis une bourgeoise. Bref ça a un petit côté sophisme qui… m’agace encore plus, et que l’auteur va revendiquer jusqu’à la dernière page, tout à la fois habile et malsaine. Vous voyez, on n‘en sort pas de son petit jeu, il n’y a pas d’échappatoire

Et c’est très dommage, cette mauvaise foi (en fait je ne suis pas sûre que ce soit de la mauvaise foi, mais plutôt de l’aveuglement), cet amalgame, cette  fausseté de raisonnement, parce que cela nuit au reste, au réel propos qui aurait pu être vraiment intéressant, cette dissection des contradictions, sur les choix culturels, en particulier, la suppression de la prison, ou sur la perte totale de conscience qu’on peut avoir face au déterminisme, au hasard et à l’exclusion, à la dissection de contradictions.

Les leçons, je veux bien, mais avec un peu  d'humilité. Je n'utiliserai certainement pas l'argument bourgeois que derrière la critique et les idées, au-delà de l'agression caractérisée, je voudrais bien comprendre ce qu'il propose.
J’aurais voulu qu’il m’explique cette histoire que je n’aurais pas dû voter contre Le Pen, comment il voudrait abolir les privilèges et la propriété privée etc...ça m’aurait beaucoup intéressée. J’aurais voulu pouvoir réfléchir sereinement à cette idée de rentabilisation de tout, de perte de contact avec le rêve, mais aussi avec le réel, d’entre-soi.

Il est très dommage qu’il joue au procureur, n’épargnant aucun effet de manche, que la forme cynique, para-haineuse, arrogante, ait pris  le dessus sur le fond. Une analyse plus nuancée (donc bourgeoise) m’aurait paru plus convaincante. J'aurais aimé ne pas être asphyxiée (humiliée?), j'aurais certainement eu une meilleure  disponibilité pour entendre l'entendable, l'intéressant, l’intelligent. Mais ce serait sans doute encore la preuve de ma condition de bourgeoisie aspirant à la coolitude (sauf que je n’aspire pas trop à la coolitude, moi…)., à la confrontation polie cachant le  politiquement correct, Et Bégaudeau ne veut certainement pas s’y abaisser.

Je n’ai pas hésité à être virulente, voire excessive, ou même caricaturale (mais pas tant que ça), je n’ai fait qu’utiliser ses armes.  J’ai bien conscience que ceci n’était qu’un (trop long, pardon) commentaire bourgeois, et des avis de « non-bourgeois» m’intéresseraient beaucoup.


Mots-clés : #politique
par topocl
le Ven 17 Mai - 21:19
 
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Sujet: François Bégaudeau
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Cyril Dion

Demain
Un nouveau monde en marche

(il a dû rager un peu de se faire piquer son « monde  en marche, Cyril Dion)

Tag politique sur Des Choses à lire 518bak10

Mais nous avons oublié un détail : est-ce que l'être humain a besoin de la nature ? Oui. Est-ce que la nature a besoin de l'être humain ? Non.
Pierre Rabhi.


En 2012, Cyril Dion « découvre », par une étude de Nature , que nous allons tous dans le mur.

"Que faire ? Mais pourquoi personne ne fait rien ? , se dit-il, c’est incroyable !"

Bien conscient qu’il ne faut pas compter sur les multinationales, ni sur les gouvernements que celles-ci tiennent pieds et poings liés, il décide, avec Mélanie Laurent,  de partir à la rencontre d’initiatives individuelles ou collectives, souvent implantées dans le local, qui non seulement créent une ambiance de pépinière, mais aussi prouvent que cela est possible, efficace, et aussi rentable. Et réussissent. Et diffusent leurs pratiques.

Et il les raconte,  persuadé que ce qui fait bouger les hommes, ce sont les récits. Il y met une sympathique naïveté feinte, qui permet de revenir aux fondamentaux dans  une volonté pédagogique, un enthousiasme déterminé qui permettent d’échapper à un côté trop catalogue, fait ressentir une réelle proximité au lecteur, traité d’égal à égal, totalement impliqué, pris en considération tant dans les carences de ses connaissances que dans ses motivations personnelles.

Thierry Salomon : « le mot "transition" est intéressant. Ce n'est pas un modèle, c'est une démarche. On part d'un certain nombre de petites expérimentations locales, qui arrivent à se bâtir dans les interstices de ce que permet l'institution, qui se reproduisent lorsqu'elles fonctionnent et, si elles ont fait leurs preuves, on crée une norme pour aller dans ce sens. Ce mouvement est intéressant car il part du bas, puis le haut raccroche les wagons pour généraliser. »


Cyril Dion mêle avec fluidité les données objectives, informations scientifiques, interviews d’experts et d’acteurs de terrain, observations personnelles. Il y met aussi une réelle  empathie, qui est l’une de ses forces, je crois, pour un réel ouvrage d’investigation populaire. Il s’introduit dans le récit, aussi humble que le lecteur,  réfléchissant à l’hôtel d’étape, cédant un temps au pessimisme pour mieux rebondir, se culpabilisant des km parcourus pour la cause en avion.
Cela donne, à côté de la rigueur de l’exercice,  une grande proximité à ce nouveau récitpour l’homme moderne qu’il nous propose, qui décide d’un optimisme (il dit bien quelque part qu'il a volontairement décidé de ne pas s'étendre sur les difficultés et les échecs).

Il finit en apothéose par la description de « son » monde idéal pour demain, écologique, citoyen, partagé, récit très utopique, il doit bien le savoir, mais  porteur d’espoirs et  ferment d’actions positives.

Spoiler:
Au niveau agroalimentaire, il rapporte les expériences de Detroit, ville économiquement ravagée reconvertie dans l' agriculture urbaine , de Topmordem en Angleterre dont les habitants ont développé Les Incroyables Comestibles, culture de fruits et légumes partagés , ou la ferme de permaculture du Bec-Helloin qui prouve sa compétitivité face à la culture intensive.

Au niveau énergétique il rapporte le scénario de transition énergétique Negawatt, qui montre que celle-ci est possible, entre décroissance du gaspillage énergétique, création d’énergies renouvelables, recherche d'autonomie, réduction d'émission de CO2 . Un pays (Islande), des îles (La réunion), des villes ( Copenhague classée n°1 des villes les plus résilientes au changement climatique, Malmö et son écoquartier prometteur, San Francisco avec l'objectif zéro déchet) se lancent à fond dans l’aventure de la transition énergétique.

Au niveau économique, en réponse à l’aberration de la croissance économique indéfinie, génératrice du pillage de la planète et des pire disparités, il évoque l’expérience d’Emmanuel Druon (dont j’ai lu Le syndrome du poisson lune) avec Pochéco,  une entreprise qui prouve au quotidien  que la performance économique est compatible avec une croissance raisonnée et une gestion écologique et humaine. Il parle des monnaies complémentaires comme celle de la  Wir Bank en Suisse ou la Bristol Pound, d’initiatives privilégiant le local., ou encore des makers et de la culture des Fab-labs, qui remplacent la consommation par la fabrication et la réparation.

Au niveau politique, il parle de la démocratie délibérative, du tirage au sort en alternative aux élections, des  ateliers constituants http://ateliersconstituants.org/ et s’appuie sur la rédaction de la Constitution Islandaise, ou les panchayat (conseils municipaux) et gram sabha (assemblées populaires) en Inde  notamment à Kuttambakkam, où le maire, par ce biais, a réussi à annihiler le système des castes et l’exclusion des Intouchables.

Tout cela ne tiendra pas sans l’éducation, bien sûr, une éducation à la coopération et non plus à la compétition, comme en Finlande où nous visitons une école.


Alors, nous, qu’est-ce que nous faisons aujourd’hui plus qu’hier pour entrer dans Demain ?

Mots-clés : #contemporain #documentaire #ecologie #economie #education #nature #politique #urbanité
par topocl
le Jeu 16 Mai - 11:50
 
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Sujet: Cyril Dion
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Ilya Ehrenbourg

Tag politique sur Des Choses à lire 617ssz10

Dix chevaux-vapeur

Derrière la jolie couverture, on trouve un texte daté au sens où il s'inscrit dans, si ce n'est revendique son appartenance aux événements de son moment et aux formes radicales d'alors.

Ca déménage ! Vignettes historiques ou épisodes particuliers, avec en trame de fond la 10 cv Citroën (plus connue sous le nom de 10 HP ?), Ilya Ehrenbourg déroule un film de la naissance de l'automobile et de l'exploitation industrielle. Exploitation en Occident mais aussi dans le monde entier pour le caoutchouc et le pétrole. Et la bourse aussi le jeu de la bourse, la spéculation.

En ligne de mire l'accélération toujours plus furieuse, la machine économique s'emballe pour broyer les hommes, la mécanique automobile emballe son conducteur qui écrase son semblable !

La folie intrinsèque de l'automobile est un des objets du livre. Par ailleurs efficace et instructif par sa vision d'ensemble et sa volonté documentaire, c'est dans sa radicalité et par ses excès qu'il pêche un peu par simplisme ou artificialité.

De belles formules à ne pas sous-estimer, cette forme vive et kaléidoscopique, son cosmopolitisme et même ses débordements sont des atouts pour les curieux. Il n'y a pas que les nouveaux Goncourt pour râler et garder un parfum d'actualité ?


Mots-clés : #historique #mondialisation #politique #social
par animal
le Lun 6 Mai - 22:17
 
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Sujet: Ilya Ehrenbourg
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Claudie Hunzinger

Elles vivaient d'espoir

Tag politique sur Des Choses à lire C_hunz10


"Thérèse disait qu'elle se compromettait follement. Je n'ai pas coutume de m'occuper de l'opinion des autres, répondait Emma. La mienne me suffit. Et je trouve plus honorable d'être au ban de la société qu'en ses trônes d'honneur."

C. H.

Elles vivaient d'espoir est un roman qui raconte l'émancipation de deux femmes, Emma et Thérèse. Elles tentent de construire ensemble, dans les années trente, une vie à la fois amoureuse et engagée, parallèlement à la montée des utopies et du nazisme. Un homme et la guerre vont les séparer. Leur histoire personnelle rejoint alors la grande Histoire et l'horrible beauté des tragédies.

Présentation de l'éditeur.

Troisième roman de Claudie Hunzinger que je lis et je l'ai trouvé différent des autres. Dans le sujet bien sûr, le style et les sentiments qu'il m'en reste, une fois la dernière page tournée.

L'histoire en parallèle de deux femmes qui s'aiment  et qui n'auront pas le même trajet de vie.
Je n'ai pu m'empêcher d'avoir une affinité plus prononcée pour l'une plutôt que pour l'autre...Même si j'essayais de rester neutre, l'égoïsme de l'une face à l'abnégation de l'autre me dérangeait.
En regard de leurs vies intimes partagées ou non, gronde la montée du nazisme et donc des choix vont être à faire...

Durant toute la deuxième partie du roman qui est le récit d'un réseau de résistance dans le pays de Fougères, en Bretagne, je n'ai pu éloigner, de mes pensées, le souvenir lu de la vie de Thérèse de Moëlien, égérie de la Chouannerie bretonne au destin tragique. (Et Claudie Hunzinger en parle dans les dernières pages du roman.)
Cette partie du roman m'a captivée et je pense désormais, souvent, à Thérèse Pierre et à son courage. J'ai refermé le livre encore plus partagée sur le récit de la vie de ces deux femmes : et si elles avaient fait d'autres choix personnels ?


Mots-clés : {#}amour{/#} {#}biographie{/#} {#}deuxiemeguerre{/#} {#}identitesexuelle{/#} {#}politique{/#}
par Invité
le Jeu 4 Avr - 18:30
 
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Martin Hirsch

La lettre perdue

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Après l'avoir portée sur lui pendant 23 ans, l'avoir lue et relue, apprise par cœur, Martin Hirsch a perdu  la dernière lettre écrite par son père, celle qui le félicitait pour sa réussite au concours de l'ENA, et le mettait en garde contre la suffisance.

C'est l'occasion pour lui de revenir sur son parcours, et surtout sur la notion d'engagement qui a mené sa destinée, conduit lui ses décisions, mis son empreinte sur son parcours.

Martin Hirsch revient sur des personnes, des personnalités, des événements, des situations anecdotiques ou non, certaines savoureuses, des épisodes, des liens, qui ont tous contribué à construire ce grand puzzle d'une vie dédiée à l'engagement. Il rend un hommage vibrant à son père et son grand-père.
Ça a l'air plutôt anecdotique comme ça, mais c'est une belle lecture avec un texte  bien écrit, par un esprit intelligent tout à la fois noble et humble, qui sait manier l'humour et reconnaître ses erreurs, Il y a de très belles pages sur la musique et l'alpinisme lequel est, pour lui, une autre représentation de l'engagement puisque :
Dans l'engagement, il y a la prise de risque, la mise en déséquilibre, le dépassement de soi, la participation à un projet collectif, la solidarisation avec une communauté, l'aspiration par le haut, la poursuite d'un idéal., l'envie de transformation.



Mots-clés : #alpinisme #autobiographie #identite #politique
par topocl
le Mar 2 Avr - 17:11
 
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Le One-shot des paresseux

Tout ce que je suis d'Anna Funder

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Berlin,1933, leur vie bascule. Militants anti-nazis, persécutés, exilés, la photographe Ruth Becker, son mari Hans, l'écrivain socialiste Ernst Toller et son amante, l'ardente Dora, tentent depuis Londres d'alerter le monde sur la menace hitlérienne – en vain. Leur fraternité vacille, Dora est assassinée. Soixante-dix ans après, exhumant les Mémoires d'Ernst, Ruth se souvient... Inspiré d'une histoire vraie, ce magnifique roman d'amour et d'espionnage tisse les destinées tragiques de ces héros de l'ombre dans un hommage virtuose


Juste pour vous parler de ce roman, qui finalement n'en est un que pour la narration, mais qui parle de l'Allemagne de 1914 à 1939, des mouvements pacifistes, en retraçant l'action de personnages réels et qui ne laisse qu'une envie : celle de lire les écrits d'Ernst Toller pour mieux comprendre comment une nation peut ainsi basculer.

Du roman à l'essai autobiographique.


mots-clés : {#}historique{/#} {#}politique{/#} {#}regimeautoritaire{/#}
par Invité
le Jeu 7 Mar - 18:52
 
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Robert Aron et Arnaud Dandieu

Tag politique sur Des Choses à lire Ob_f9910

Le cancer américain

l'éditeur a écrit:Paru en octobre 1931, Le cancer américain est le second ouvrage publié par Robert Aron et Arnaud Dandieu, deux des figures marquantes des relèves des années trente qui sont aux origines d'un des mouvements emblématiques de la nébuleuse «non conformiste», l'Ordre nouveau. Si le titre choisi, « le cancer américain », frappe aujourd'hui par sa véhémence, il est tout aussi fort, vu de 1931, époque où l'Amérique triomphante de l'après-guerre nourrit déjà les peurs et les inquiétudes de beaucoup d'Européens.


Véhémence parfois inspirante mais potentiellement gênante aussi à moins que ce ne soient seulement une manière d'écrire qui se traduit en une lecture pas tout à fait intuitive. Malgré l'impression d'avoir eu du mal à raccrocher tous les wagons l'essentiel, je crois, me reste.

Comment se passe cette critique du système américain aux lendemains du krach de 1929 et de la première guerre mondiale ? Sommairement la critique ne s'attaque pas seulement, ou pas d'abord, à la mécanisation et à la rationalisation et à leurs conséquences mais à l'abstraction du système.

La banque n'investissant plus seulement dans des moyens de production mais dans des paris (forcés) sur le futur par le crédit puis par la pure spéculation déconnectée du concret-réel s'emballe. Vient ensuite l'assurance comme un moyen de gommer les effets du réel (exemples : crédit pour pouvoir semer puis assurance pour se prémunir des risques d'une mauvaise récolte).

Obligation de production élevée, obligation de rendement et baisse du coût pour nourrir une société de consommation qui se constituent de chômeurs potentiels.

Tension, grogne et ombres des extrêmes comme soupape "humaine", arrivée de la guerre comme soupape "économique". En chemin épinglées les non-réponses politiques, perte des principes qui ont fondé l'Amérique et incapacité de l'Europe à ne pas suivre naïvement tout en essayant de se rassurer sur son esprit.

Difficile effectivement de ne pas penser à l'actualité, difficile de ne pas se sentir oppressé et sans solution en vue. De plus tout y passe dans la critique, y compris la charité ou les mécanismes de soutient social qui masqueraient le problème de fond pour mieux laisser le monstre se développer dans l'angle mort d'une bonne conscience suffisamment préservée.

Des pistes ? La préface donne la déclaration d'intention de L'Ordre Nouveau en 1933 :

1. L'Ordre Nouveau est fondé sur la distinction entre le patriotisme spontané et nécessaire et toutes les formes d'impérialisme, rigides, abstraites. Il s'ensuit que le contact fécond de la personne humaine avec son groupe ou sa terre ne peut s'obtenir que par une décentralisation à forme fédérale, où la corporation professionnelle rejoint la région naturelle.

2. L'Ordre Nouveau reconnaît la propriété privée sous ses aspects personnels et concrets. Il s'ensuit que toute propriété privée est légitime pourvu qu'elle se présente sous forme individuelle, familiale ou corporative. Inversement les propriétés appartenant à des organismes abstraits (banques, sociétés anonymes, trusts) sont par principe illégitimes, et leur usage est illicite.

3. L'Ordre Nouveau reconnaît la nécessité d'un crédit direct à la production, s'exerçant dans le cadre des corporations, stimulant leur activité et partageant leurs risques. Il condamne donc, en dehors de l'activité corporative, toutes les formes de prêt à intérêt, du commerce de l'argent et de l'échange de titres.

4. L'Ordre Nouveau est fondé sur l'abolition de la condition prolétarienne, la dictature, comme l'esclavage du prolétariat, étant également des consolidations de l'oppression technique dont souffrent les travailleurs. Abolir la condition prolétarienne signifie répartir sur la totalité du corps social, sans distinction de classe, l'ensemble du travail automatique et inhumain, que la rationalisation bourgeoise impose aux seuls prolétaires.


Intéressant car accusateur mais en dehors des notions directes de propriété et d'exploitation (pour simplifier) et conjuguant la vie de la société et celle de l'individu finalement : crédit, assurance, ... travail. Sans définir cet individu ou ces/ses masses finalement ils lui donnent une certaine place.


Mots-clés : #economie #essai #mondialisation #politique
par animal
le Dim 25 Nov - 21:42
 
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Sujet: Robert Aron et Arnaud Dandieu
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Norman Rush

Tag politique sur Des Choses à lire 51wqg110

Accouplement

Une jeune trentenaire, étudiante américaine en anthropologie, cherche un sens à sa future thèse au coeur du Botswana. Entre fuite et cynisme, saupoudrant d'un humour clairvoyant son itinéraire, elle se fait narratrice de ses perditions et ressacs, de ses lubies, et nous prévient très vite que tout son récit voudra expliciter la rencontre exceptionnelle qu'elle va faire d'un homme .

Le tempérament de cette femme, singulier, tisse tout le corps textuel, elle mène la danse, mais ce présupposé est servi par la nature de son caractère, analytique, anthropologue jusqu'au bout des poils, mais aussi rompu au détour psychanalytique.
En conséquence, on accrochera ou pas quant au ton, au mouvement du récit.

F.Le corre pour cairn info a écrit:Exploration territoriale, confrontation des idées, rencontre des cultures, utopie politique, épreuve de la personnalité, passion amoureuse et rivalité des sexes, le tout exposé par une jeune anthropologue américaine, perdue au Botsawana pour les besoins d'une thèse en anthropologie nutritionnelle ? une vraie fausse piste sur laquelle elle ironise : « En Afrique, on veut plus, je pense. Les gens y sont pris d'avidité. Je n'ai pas échappé à la règle. » Ce sont les premiers mots du livre. Le ton est donné. Observatrice méticuleuse d'elle-même et des autres, des institutions et des sociétés, la jeune femme, aussi maîtrisée que caractérielle, est une surdouée des interprétations multiprises qu'elle démonte aussi vite qu'elle les monte. Elle est à elle seule un prodige de méfiance et de détermination, une virtuose en dialectique, mélange détonant de cérébralité et de sensualité. Quand elle entend parler d'un certain Nelson Denoon, intellectuel qui aurait fondé une cité secrète au fin fond du Kalahari , « ce vide replié dans le vide jusqu'à l'Atlantique », elle sait qu'elle ira le rejoindre. Ce qu'elle fait seule avec deux ânes, avant d'arriver à moitié morte à Tsau, la fameuse communauté de Denoon où des femmes tentent d'émerger de leur asservissement séculaire. Là sont Denoon, l'utopie, et un temps immobile qui recèle sa propre capacité de destruction. Contrairement au royaume des hauteurs où s'accouplent les vautours, ce repaire qui prétend écarter la violence ne pourra protéger l'accouplement de chair et d'esprit qu'elle aurait voulu comme une confrontation loyale, équitable et jamais achevée. L'illusion se défait, sans que le mouvement s'épuise, sans que cessent de tenailler l'envie de comprendre et le grand, l'insatiable appétit de vivre.



c'est drôle, spécieux (jargon universitaire bonjour), empathique et arborescent dans sa logique, c'est un roman sur l'amour féminin, sur la société botswanaise, sur l'utopie socialiste.
Assez épatant du point de vue de la personnalité féminine décrite (auteur empathique, observateur, qui sait pourtant aussi par touche discrète nous démonter sous un jour moins favorable ), l'auteur dit qu'il a eu l'ambition de construire le personnage féminin le plus complet de la littérature anglophone. Pour avoir survolé des articles non traduits sur lui, il semble que ce soit un grand hommage à sa femme, à leur relation, bien que transposé, détail qui rend assez sympathique le fatras global où nous transporte cette femme de foi perdue et d'instinct sauf. A moins que ce ne soit tout l'inverse.

Une très jolie lecture . Le regard politique est intéressant, aussi, bien que la lecture de nos jours puisse le faire paraitre un peu déjà vu. Mais sans doute qu'à l'époque il valait son poids.
Et je n'ai pas de citation. pardon. rendu à la médiathèque.




mots-clés : #amour #conditionfeminine #huisclos #independance #initiatique #insularite #politique #social
par Nadine
le Mer 21 Nov - 19:28
 
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Sylvain Pattieu

Avant de disparaître - Chronique de PSA-Aulnay

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A travers des témoignages recueillis au fil des jours et cités en direct, petite chronique de la mort annoncé de PSA-Aulnay, de ses travailleurs syndiqués ou non, attachés ou revanchards face à l'entreprise, d'une belle histoire de lutte et de solidarité tout à la fois pleine d'espoirs et de désespoir.
Parfois un peu fouillis, pas toujours très clair pour une non-initiée, mais ça n'empêche pas d'être révoltée et écœurée.


mots-clés : #contemporain #mondedutravail #politique #social #temoignage
par topocl
le Mer 24 Oct - 17:18
 
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Edouard Louis

Qui a tué mon père

Tag politique sur Des Choses à lire Proxy_70

Edouard Louis dresse un portrait de son père, cet homme frustre et taiseux qu’il aime et hait tout à la fois, cet homme détruit par la vie, devenu précocement invalide, qui aime et hait son fils tout à la fois. C’est un portrait tout en nuance et ambivalence, très touchant, d’un homme qui est resté captif d’une réalité sociale terrible, alors que son fils, lui, en est sorti . Et du prix terrible à payer : ce fossé infranchissable entre eux (encore que la fin laisse entendre que cela ne soit pas totalement infranchissable).

Puis sur la fin  Edouard Louis en veut à  Chirac, Sarkozy, Macron, et quelques autres, qui ont entretenu et durci un système qui enserre dans la fatalité de la précarité et de l’exclusion, au niveau social, financier, culturel et de la santé. Cette courte partie est malheureusement très superficielle, quasi anecdotique et déçoit en cela.

Le livre étant d’une minceur extrême, on ne pouvait guère s’attendre à mieux (mais peut-être un peu, quand même), d’autant qu’il s’agit plus d’une accumulation d’anecdotes que d’un récit réellement construit et je dois dire que 12 euros pour 76 petites pages, même si quelques unes sont poignantes, ça coince un peu.

mots-clés : #autobiographie #politique #relationenfantparent
par topocl
le Mer 24 Oct - 10:14
 
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Toni Morrison

L'origine des autres

Tag politique sur Des Choses à lire 97822610

"l’auteur se replonge dans ses propres souvenirs mais également dans l’histoire, la politique, et surtout la littérature qui joue un rôle important – notamment la littérature de William Faulkner, Flannery O’Connor et Joseph Conrad – dans la notion de « race » aux États-Unis, que ce soit de manière positive ou négative. L’auteur s’intéresse à ce que signifie être noir, à la notion de pureté des « races » et à la façon dont la littérature utilise la couleur de peau pour décrire un personnage ou faire avancer un récit. Élargissant la portée de son discours, Toni Morrison étudie également la mondialisation et le déplacement des populations à notre époque. " Babelio
« Toni Morrison retrace, à travers la littérature américaine, les modes de pensée et de comportement qui désignent, de manière subtile, qui trouve sa place et qui ne la trouve pas… L’Origine des autres associe l’éloquence caractéristique de Toni Morrison à la signification que revêt, de nos jours, l’expression citoyen de monde. " The New Republic


Je copie les commentaires ci-dessus parce qu'ils synthétisent bien l'objet de cet essai.
Morrisson décortique les mouvements culturels et les postures identitaires, et c'est passionnant. Sa langue reste très accessible, i vous êtes intéressés par l'auteur et son engagement, à travers son écriture, mais que vous hésiteriez pourtant à lire un texte plus directement analytique, essayez tout de même, ce n'est pas du blabla, Morrisson donne beaucoup d'éléments d'analyse, des extraits littéraires, elle explique et met à jour des traits fondamentaux, son analyse historique et sociologique sont très pertinentes, neuves sans doute, mais surtout elle transmet cela d'une manière très intéressante et accessible, je le redis.

Elle n'hésite pas non plus à parler de son propre travail d'écriture, et cet aspect est aussi passionnant : comment choisir l'énonciation , la faire politique.

En somme, un très court mais très dense livre qui nous donne des clefs fondamentales pour mettre en question nos postures face à nos identités construites, et qui nous invite à devenir créateurs d'un monde meilleur. J'ai été très impressionnée notamment par l'analyse qu'elle fait de la société américaine, difficile à appréhender pour un occidental avec une réelle pertinence, pertinence qu'elle nous offre, nous descillant sur de subtils oublis de fondamentaux.

"La romancière montre aussi  comment l'obsession de la couleur n'a cessé de s'exprimer en littérature, par exemple chez Faulkner et Hemingway, participant à la perpétuation de tropes racistes. Elle revient sur les raisons qui l'ont poussée, pour sa part, à "effacer les indices raciaux" dans plusieurs romans et nouvelles, notamment Beloved et Paradise. Laissant longuement parler la littérature, elle invite à une transformation des regards, par l'éthique et par les livres. La langue comme champ de bataille, et comme lieu de résistance. " Lenartowicz pour l'Express

mots-clés : #creationartistique #esclavage #essai #historique #identite #mondialisation #politique #racisme
par Nadine
le Mar 2 Oct - 11:02
 
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Sujet: Toni Morrison
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Collectif (coordonné par Jade Lindgaard) - Eloge des mauvaises herbes

Tag politique sur Des Choses à lire Zad_210

Éloge des mauvaises herbes
Ce que nous devons à la ZAD

Coordonné par jade Lindgaard
Préface de David Graeber
Collaboration de Alain Damasio, Virginie Despentes, Bruno Latour, Pablo Servigne, Vandana Shiva, Kristin Ross... Olivier Abel, Christophe Bonneuil, Patrick Bouchain, Amandine Gay, John Jordan, Wilfried Lupano, Geneviève Pruvost, Nathalie Quintane et Starhawk

David Graeber a écrit:"  Etre conscient que de tel lieux existent nous permet de voir tout ce que nous faisons sous un jour nouveau : nous sommes des communistes lorsque nous travaillons sur un projet commun, nous sommes déjà des anarchistes lorsque nous trouvons des solutions aux problèmes sans le recours aux avocats ou à la police, nous sommes tous des révolutionnaires lorsque nous créons quelque chose de véritablement nouveau."



La ZAD, c'est l’imagination comme force politique C'est un assemblage d’hommes et de femmes d' opinions et d'intérêts très diverss, qui essaient - pas facile -de vivre ensemble dans une solidarité, malgré les dissensions, en respect des autres espèces, du vivant et de la terre en général.. C'est bien plus qu'une opposition à un aéroport, et cela tente de survivre à l'abandon du projet. C'est une piste pour aujourd’hui, une alternative là où on nous fait croire qu'il n'y en a pas, et peut-être tout simplement une solution pour demain. Un lieu d'espoir pour beaucoup, en tout cas.
Alors pourquoi tant de haine, tant de gendarmes et de grenades? Pourquoi cette disproportion si ubuesque? C'est,  en face, le refus d'un possible identifié comme chaos terrorisant, l'Etat de droit comme radeau salvateur, la puissance économique comme guide.

Les 16 petits textes qui constituent ce livre ont été produits dans l’urgence de l'attaque militaire de la ZAD en avril 2018, et chacun présente son point de vue, sa façon de voir, à sa façon d'écrivain, de sociologue, d'historien, de philosophe, d'architecte, etc... Certains ont séjourné, voire vivent,  dans la ZAD, d'autres se sont  contentés de sympathiser de loin.  C'est sans doute cette urgence, et la forme brève imposée, qui font qu'on a parfois un peu l’impression de tourner en rond, d'un travail peu abouti, d'une naïveté commune voir la victoire à deux pas. L'inconvénient aussi d'un tel ouvrage, et inhérent à son concept (concept dont on se demande si le principal objectif n'est pas de récupérer des fonds, puisque les bénéfices seront reversés aux activités de la Zad, ce qui est louables, mais cette noble cause conduit vite à accepter  le côté moyen du bouquin) c'est le côté hagiographique que vient seule entacher Amandine Gay qui, tout en le respectant,  fustige ce combat de privilégiés blancs

Apothéose finale et poétique, avec la nouvelle d'Alain Damasio. "Hyphe", qu'on peut lire ici. Autrement dit la ZAD en 2045, ce monde magique a survécu,  leurs belles causes et leurs petites querelles, l'utopie se poursuit et résiste malgré Suez et LVMH qui rôdent.

Alain Damasio a écrit:Nous percevons toujours la forêt ou la ZAD comme des verticalités. Des résistances hautes, altières, des insurrections. Toute nos nuit fières, tous nos chaos sont toujours « debout ». Pour ma part, j'ai plutôt cette impression que les arbres, comme la ZAD, sont d'abord des ruisseaux, d'abord une force horizontale qui court en secret sous nos pas, une épaisseur à la fois véloce et lente dans la terre qu'elle ouvre et troue. Les fins filaments des hyphes, le mycélium qui le tresse, cette nappe qui fascicule furtivement sous la majesté très visible des houppes, c'est ça qui en vérité tient la forêt.


Mots-clés : #actualité #politique
par topocl
le Sam 15 Sep - 18:01
 
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Sujet: Collectif (coordonné par Jade Lindgaard) - Eloge des mauvaises herbes
Réponses: 5
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