Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Mar 10 Déc 2019 - 18:53

69 résultats trouvés pour politique

Stieg Larsson

Les hommes qui n'aimaient pas les femmes.

Tag politique sur Des Choses à lire - Page 2 Index10
Très habilement troussé, en effet, ce premier opus  de Millenium. Une écriture millimétrique qui colle à ses deux héros réunis dans un  duo tout à la fois bancal et parfaitement adapté . Mikael Blomkvist,journaliste d'investigation plein d'une probité, haineux quand le pouvoir et l'argent sont mal employés, compassionnel avec les faibles et tout ce qui sort des rails, et Lisbeth Salander jeune femme asociale, tatouée et piercée, plaie hurlante hypermnésique, dont il est dit quelque part qu'elle pourrait être Aperger "ou quelque chose comme ça" (je penche pour le "quelque chose comme ça").

Quant à l’intrigue , il s’agit plutôt d'un faisceau d'intrigues intimement entremêlées à composante politique, économique, rituelle, sexuelle, d'une belle complexité qui arrive à rester claire jusqu'au bout, portée par des personnages (un peu moins fouillés que les enquêteurs) pour la plupart membres d'une richissime famille d'industriels suédois, capable derrière son écran de fric des pires turpitudes.

Intelligent, haletant, addictif, quoique un peu glauque par moments par l'accumulation.

mots-clés : #conditionfeminine #criminalite #famille #polar #politique #sexualité
par topocl
le Lun 11 Juin 2018 - 4:51
 
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Sujet: Stieg Larsson
Réponses: 10
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Hans Magnus Enzensberger

Hammerstein ou l'intransigeance : Une histoire allemande

Tag politique sur Des Choses à lire - Page 2 Hammer10

Biographie du chef d’état-major de la Reichswehr après la Première Guerre mondiale, de l’accession d’Hitler au pouvoir à sa propre mort en 1943.
Cet essai m’a paru constituer une narration claire de la montée du nazisme après l’élection d’Hitler (incendie du Reichstag, élimination des SA par les SS, assassinat de l’ancien ministre de la Défense, manque de réaction/ atermoiements de la Reichswehr et des politiques, etc.). La « vision du monde » du national-socialisme, c’est dès le début la dictature interne pour éradiquer le marxisme puis l’expansion "vitale" pour alimenter l’économie (et promouvoir la race).
Cet ouvrage est aussi un exposé approfondi de l’opposition communiste clandestine : lutte contre le fascisme, espionnage et auto-espionnage, dénonciations, falsifications et liquidations, paranoïa et terreur des purges staliniennes… Juxtaposition et affrontement des deux dictatures criminelles, allemande et russe.
Occasion également de découvrir une magnifique liste, qui aurait réjoui Eco et Borges :
« Dans leur histoire, tous les partis communistes ont travaillé avec virtuosité pour découvrir et punir les fautes réelles ou fictives commises par leurs membres. Voici une liste des déviations possibles, d’où il ressort que, pour de simples raisons de logique, déjà, personne ne pouvait être à l'abri des suspicions idéologiques.  

Anarchisme (petit-bourgeois)
Antibolchevisme
Avant-gardisme
Aventurisme
Blanquisme
Bonapartisme
Capitulationnisme
Centrisme
Cosmopolitisme
Culte (de la personnalité)
Défaitisme
Droitisme
Economisme
Egalitarisme
Entrisme
Formalisme
Fractionnisme
Gauchisme
Hitlero-trotskisme
Individualisme (bourgeois)
Libéralisme (pourri)
Liquidationnisme
Opportunisme de gauche
Opportunisme de droite
Putschisme
Relativisme
Renégatisme
Révisionnisme
Sectarisme
Sionisme
Social-démocratisme
Social-fascisme
Social-patriotisme
Trotskisme
Trotskisme de droite
Anti-parti
Contre-révolutionnaire
Élément (ennemi)
Ennemi de classe
Ennemi du peuple
Espion
Menchevik
Provocateur
Rat visqueux
Saboteur
Vipère lubrique


Hammerstein : un général brillant, intelligent voire génial, observateur remarquable et d’une grande sûreté de jugement, quasiment « visionnaire », sans compromis, mais aussi « paresseux » et plus intéressé par la chasse, d’origine noble et dernier représentant de l’état-major de la Première Guerre mondiale, d’un étonnant libéralisme (dans le sens de respect et de tolérance) avec ses filles (proches des milieux juif et/ou communiste, jusqu’à la clandestinité et le renseignement au sein du Kominterm). C’est lui l’auteur de cette célèbre analyse :
« Un jour qu’on lui demandait de quels points de vue il jugeait ses officiers, il dit : "Je distingue quatre espèces. Il y a les officiers intelligents, les travailleurs, les sots et les paresseux. Généralement, ces qualités vont par deux. Les uns sont intelligents et travailleurs, ceux-là doivent aller à l’état-major. Les suivants sont sots et paresseux ; ils constituent 90 % de toute armée et sont aptes aux tâches de routine. Celui qui est intelligent et en même temps paresseux se qualifie pour les plus hautes tâches de commandement, car il y apportera la clarté intellectuelle et la force nerveuse de prendre les décisions difficiles. Il faut prendre garde à qui est sot et travailleur, car il ne provoquera jamais que des désastres." »

Cet aristocrate déteste le bolchevisme, mais se rapproche d’abord de l’Armée rouge dans un pragmatique jeu gagnant-gagnant (instruction contre réarmement) :
« "Les relations avec Moscou sont un pacte avec Belzébuth. Mais nous n’avons pas le choix. La peur n’est pas une vision du monde." »

Malgré son opposition à Hitler et son « courage civique » jamais démentis, Hammerstein aurait toujours douté de l’opportunité d’un putsch (et à la lecture de ce livre on comprend mieux pourquoi les personnes perspicaces n’ont pas pu réagir efficacement contre Hitler), ce qu’il exprime fréquemment avec un certain cynisme :
« "Puisque le troupeau de moutons que sont les Allemands a élu un tel Führer, qu'ils le paient jusqu'au bout." Il ne fallait pas épargner cette expérience amère aux Allemands, sinon jamais ils ne deviendraient moins bêtes. »

« "…] il fallait absolument abandonner l’idée d’un attentat, étant donné que l’Allemand était à ce point peu doué politiquement qu’il ne comprendrait jamais la nécessité avant d’avoir bu la coupe amère jusqu’à la lie. Au contraire, il prétendrait toujours que le génie Hitler avait été tué par ambition. Nous avons sérieusement pesé cette opinion et n’avons pu en nier la justesse. Si finalement nous ne l’avons pas suivie, c’est après avoir réfléchi qu’il était du devoir de ceux qui voient clair de ne pas laisser plus longtemps la jeunesse allemande mourir d’une mort absurde »

« "À Goerdeler, il dit : "À quoi bon prendre encore des risques pour ces membres de la "communauté du peuple" ? Tant que Hitler remporte pour eux des victoires, ils ne se soucient pas des Juifs" »

Le sujet d’Enzensberger, c’est « la façon dont on pouvait survivre sous le régime hitlérien sans capituler devant lui. » Sa manière de l’aborder : documents d’archives, témoignages, mais aussi des « gloses » et « entretiens posthumes » avec les protagonistes (plusieurs personnalités intéressantes), qui lui permettent d’exposer ses interprétations d’enquêteur.


mots-clés : #deuxiemeguerre #politique
par Tristram
le Sam 12 Mai 2018 - 16:52
 
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Sujet: Hans Magnus Enzensberger
Réponses: 25
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Naomi Klein

Dire non ne suffit plus.

Tag politique sur Des Choses à lire - Page 2 Proxy_10

Mekasi Camp Horinek (membre de la nation ponka)
" je voudrais remercier le président pour toutes les mauvaises décisions qu'il prend - pour toutes les dominations aberrantes des membres de son cabinet, pour les efforts qu'il fait pour réveiller le géant qui dort. Ceux qui jusqu'ici ne s'étaient jamais battus pour leurs droits, qui ne s'étaient jamais fait entendre, s'indignent aujourd'hui. Je voudrais remercier le président Trump pour son sectarisme et son sexisme, car, grâce à lui, nous sommes tous debout et unis"


Naomi Klein analyse les raisons qui, dans le capitalisme galopant, le mépris des enjeux écologiques, des travailleurs et des minorités ont ouvert la voie à l'élection de Trump. Comment il a profité de ce terrain pour soigneusement construire sa marque (une "marque creuse " à l'instar de Nike et consorts, "qui siphonnent les profits et apposent ensuite leur nom sur des services bons marchés ou inexistants"), préparant cette victoire qui s'assimile à un coup d'Etat des grandes entreprises. Son fonctionnement s'appuie sur la stratégie du choc, chaque désastre économique, écologique, sociétale ou guerrier jouant pour terroriser la population, la sidérer pour lui  faire accepter l'inacceptable.  L'idée est même sans doute  que ce choc peut-être  volontairement recherché, d'autant que les tout-puissants multimilliardaires qui prennent actuellement les décisions politiques ont toute capacité à s'en protéger, s'isolant dans des « zones vertes » s'opposant aux "zones rouges "du chaos.

Naomi Klein, au contraire, affirme que la rage monte .

Face aux crises, les sociétés ne régressent pas forcément, ne rendent pas toujours les armes. Il existe une autre voix face au péril : on peut choisir de se rassembler et de faire un saut évolutif.(...) Refuser de se laisser prendre à c es vieilles tactiques de choc éculées, refuser d'avoir peur, quelles que soient les épreuves.


Face à Trump il n'est plus temps pour l'attente, atermoiement ou les querelles de chapelle:

« de toute évidence, il n'est plus temps de s'attaquer aux mesures politiques l'une après l'autre, il faut s'attaquer à la racine même de la culture qui les a produites."


Avec la participation d'organisations de tous bords faisant taire leurs divergences devant l' urgence(écologistes, syndicalistes, defenseurs des minorités, alter-mondialistes divers), elle participe à l'élaboration de "un bond vers l'avant", "manifeste en action", "projet vivant, en évolution, une sorte de chantier collaboratif", joint à la fin de l'ouvrage, dont  les valeurs déclarées sont : "respect des droits des Autochtones, internationalisme, droits humains, diversité et développement durable".

Elle affirme que:

« les plates-formes populaires commencent à  mener le jeu. Et les politiciens devront suivre. »


Après une première partie profondément déprimante, je me suis attachée (malheureusement sans trop d'illusions) à croire comme elle que l'utopie peut devenir réalité, et comme Howard Zinn
"il importe peu de savoir qui est assis à la Maison-Blanche, ce qui importe, c'est qui fait des sit-in - dans les rues, dans les cafétérias, dans les lieux de pouvoir, dans les usines. Qui proteste, qui occupe des bureaux et qui manifeste - voilà ce qui détermine le cours des choses."

.

Je fais tout ce que je peux pour y croire (mais ce n’est quand même pas facile...).

mots-clés : #discrimination #ecologie #immigration #insurrection #mondialisation #politique
par topocl
le Dim 6 Mai 2018 - 6:53
 
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Sujet: Naomi Klein
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Michel Houellebecq

Soumission

Tag politique sur Des Choses à lire - Page 2 Soumis10

Ce livre a déjà été abondamment et brillamment commenté, mais des citations furent réclamées, alors…
On retrouve d’emblée cette complaisance benoîte à préciser avec application notre propre médiocrité au travers de celle d’un narrateur type où l’on devine l’auteur. Houellebecq ne renonce pas à se rendre hostile une large part des lecteurs, non sans une certaine provocation plaisante, qui peut confiner au cynisme :
« Dans l'iconographie de l'ouvrage, il y avait la reproduction du prospectus d'un bordel parisien de la Belle Époque. J'avais éprouvé un vrai choc en constatant que certaines des spécialités sexuelles proposées par Mademoiselle Hortense ne m'évoquaient absolument rien ; je ne voyais absolument pas ce que pouvaient être le "voyage en terre jaune", ni la "savonnette impériale russe". Le souvenir de certaines pratiques sexuelles avait ainsi, en un siècle, disparu de la mémoire des hommes – un peu comme disparaissent certains savoir-faire artisanaux tels que ceux des sabotiers ou des carillonneurs. Comment, en effet, ne pas adhérer à l'idée de la décadence de l'Europe ? »

C’est une forme d’anticipation (le genre littéraire qui explore des évolutions possibles de nos sociétés), mais plus une sorte de diagnostic et de matière à réflexion qu’un pronostic ou une analyse argumentée.
C’est aussi le fil de Huysmans, sujet d’études du narrateur et de l’auteur, qui leur sert de vague référence existentielle :  
« Ç'aurait été une erreur d'accorder trop d'importance aux "débauches" et aux "noces" complaisamment évoquées par Huysmans, il y avait surtout là un tic naturaliste, un cliché d'époque, lié aussi à la nécessité de faire scandale, de choquer le bourgeois, en définitive à un plan de carrière [… »

« …] les plats pour micro-ondes, fiables dans leur insipidité, mais à l'emballage coloré et joyeux, représentaient quand même un vrai progrès par rapport aux désolantes tribulations des héros de Huysmans ; aucune malveillance ne pouvait s'y lire, et l'impression de participer à une expérience collective décevante, mais égalitaire, pouvait ouvrir le chemin d'une résignation partielle. »

Structure souple, enchaînement constant, sans temps mort ; une certaine élégance dans la narration, avec le côté clinique et détaché qui convient dans ce bilan d’une existence banale.
Savoureux regard sur la place de la carrière professionnelle (et les sujets de conversation entre collègues), la politique, l’intelligentsia et les médias, bref la société post 68 sur son erre : consommation de masse induite par la croissance, allongement et démocratisation de l'enseignement, émergence de "la jeunesse" comme nouveau groupe social et transformation des mœurs, sexe et détachement dans les rapports humains, solitude, vide de perspective…
« Que l'histoire politique puisse jouer un rôle dans ma propre vie continuait à me déconcerter, et à me répugner un peu. Je me rendais bien compte pourtant, et depuis des années, que l'écart croissant, devenu abyssal, entre la population et ceux qui parlaient en son nom, politiciens et journalistes, devait nécessairement conduire à quelque chose de chaotique, de violent et d'imprévisible. La France, comme les autres pays d'Europe occidentale, se dirigeait depuis longtemps vers la guerre civile, c'était une évidence ; mais jusqu'à ces derniers jours j'étais encore persuadé que les Français dans leur immense majorité restaient résignés et apathiques – sans doute parce que j'étais moi-même passablement résigné et apathique. Je m'étais trompé. »

Les partis et personnages politiques sont donc particulièrement visés, ainsi que les médias (et c'est piquant à lire suite aux dernières élections) :  
« L'implosion brutale du système d'opposition binaire centre-gauche – centre-droit qui structurait la vie politique française depuis des temps immémoriaux avait d'abord plongé l'ensemble des médias dans un état de stupeur confinant à l'aphasie. »

« "Ce qui est extraordinaire chez Bayrou, ce qui le rend irremplaçable", poursuivit Tanneur avec enthousiasme, "c'est qu'il est parfaitement stupide, son projet politique s'est toujours limité à son propre désir d'accéder par n'importe quel moyen à la “magistrature suprême”, comme on dit [… »

« Sous l'impulsion de personnalités aussi improbables que Jean-Luc Mélenchon et Michel Onfray [… »

« La gauche avait toujours eu cette capacité de faire accepter des réformes antisociales qui auraient été vigoureusement rejetées, venant de la droite [… »

« Les fascismes me sont toujours apparus comme une tentative spectrale, cauchemardesque et fausse de redonner vie à des nations mortes [… »

« Et l'existence d'un débat politique même factice est nécessaire au fonctionnement harmonieux des médias, peut-être même à l'existence au sein de la population d'un sentiment au moins formel de démocratie. »

« …] mais les journalistes ayant une tendance bien naturelle à ignorer les informations qu'ils ne comprennent pas, la déclaration n'avait été ni relevée, ni reprise. »

« L'absence de curiosité des journalistes était vraiment une bénédiction pour les intellectuels, parce que tout cela était aisément disponible sur Internet aujourd'hui, et il me semblait qu'exhumer certains de ces articles aurait pu lui valoir quelques ennuis ; mais après tout je me trompais peut-être, tant d'intellectuels au cours du XXe siècle avaient soutenu Staline, Mao ou Pol Pot sans que cela ne leur soit jamais vraiment reproché ; l'intellectuel en France n'avait pas à être responsable, ce n'était pas dans sa nature. »

La femme est particulièrement peu épargnée, cependant :
« Aucune femme n'avait été conviée, et le maintien d'une vie sociale acceptable en l'absence de femmes – et sans le support du foot, qui aurait été inapproprié dans ce contexte malgré tout universitaire – était une gageure bien difficile à tenir. »

Houellebecq donne une raison "scientifique" un peu biscornue au succès de l’islamisme : la prégnance de la polygamie (réservée aux dominants) du point de vue de la sélection naturelle !
« C'est à peine s'il revenait sur le cas des civilisations occidentales, tant elles lui paraissaient à l'évidence condamnées (autant l'individualisme libéral devait triompher tant qu'il se contentait de dissoudre ces structures intermédiaires qu'étaient les patries, les corporations et les castes, autant, lorsqu'il s'attaquait à cette structure ultime qu'était la famille, et donc à la démographie, il signait son échec final ; alors venait, logiquement, le temps de l'Islam). »

D’un point de vue religieux et historique, il en appelle (facilement) à Nietzsche pour discréditer la démocratie :
« L'idée de la divinité du Christ, reprenait Rediger, était l'erreur fondamentale conduisant inéluctablement à l'humanisme et aux "droits de l'homme". »

Quant au titre :
« "C'est la soumission" dit doucement Rediger. "L'idée renversante et simple, jamais exprimée auparavant avec cette force, que le sommet du bonheur humain réside dans la soumission la plus absolue. C'est une idée que j'hésiterais à exposer devant mes coreligionnaires, qu'ils jugeraient peut-être blasphématoire, mais il y a pour moi un rapport entre l'absolue soumission de la femme à l'homme, telle que la décrit Histoire d'O, et la soumission de l'homme à Dieu, telle que l'envisage l'islam." »

Ce fut pour moi une lecture fort agréable (et pas trop longue), effectivement impossible à prendre au premier degré.
Et il m’en restera quelques phrases, comme celle-ci :
« Il est probablement impossible, pour des gens ayant vécu et prospéré dans un système social donné, d'imaginer le point de vue de ceux qui, n'ayant jamais rien eu à attendre de ce système, envisagent sa destruction sans frayeur particulière. »



mots-clés : #contemporain #identite #medias #politique #religion #romananticipation #sexualité #social
par Tristram
le Lun 30 Avr 2018 - 15:12
 
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Sujet: Michel Houellebecq
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Frédéric Gros

Désobéir
Prix du livre incorrect 2018

Tag politique sur Des Choses à lire - Page 2 Desobe11

"il est si facile de se mettre d'accord sur la désespérance de l'ordre du monde, et si difficile pourtant de lui désobéir"


Face à l'accroissement des inégalités sociales, à la dégradation progressive de notre environnement, au processus de création des richesses par la dette et la spéculation, au détriment de l'humanité à venir, tout cet inacceptable que nous avons accepté, Frédéric Gros en appelle à une « démocratique  critique", définie par le refus des évidences consensuelles, des conformismes sociaux, du prêt-à-penser. Ce "soi politique" alimente la désobéissance.

Considérée pendant des siècles comme l'expression de « l'instinct sauvage », la désobéissance s'humanise avec Eichman, Hannah Arendte et la banalité du mal.

Frédéric Gros décortique les mécanismes de l'obéissance, qui dérive en  sur-obéissance et de ses réponses :  insoumission, objection de conscience et désobéissance civique. Celles-ci se basent sur une éthique de la responsabilité, responsabilité face au monde et face à soi-même

Désobéir, c'est donc, suprêmement, obéir à soi-même.. Obéir c’est se faire le traître de soi, avoir peur de la liberté qui oblige, qui met en demeure, déclenche la désobéissance.


C'est un livre relativement bref quoique très dense, qui s'appuie sur l'apport de nombreux philosophes, de Socrate à Foucault en passant par Kant et  La Boétie, et s'appuie sur des exemples d'obéisseurs  (Eichman, expériences de Asch et de Stanley Milgram) et de désobéisseurs célèbres (Antigone, Adam et Eve, Thoreau... ). L’érudition n'empêche pas les talents de conteur et  la fluidité d'écriture; l'intelligence de l'auteur donne à la lectrice  l'impression qu'elle la partage, ou du moins est apte à en cueillir de nombreuses retombées enrichissantes. C'est une belle stimulation intellectuelle, à l'exacte portée de mes faibles compétences "philosophiques", une invitation à s'engager, encourageante en ces temps où la rébellion devrait le disputer à l'uniformité.


mots-clés : #philosophique #politique
par topocl
le Dim 15 Avr 2018 - 10:49
 
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Sujet: Frédéric Gros
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Arundhati ROY

topocl, j'ai mis le temps, mais voilà mon avis...

Le ministère du bonheur suprême

Tag politique sur Des Choses à lire - Page 2 61javi10
Au début, lorsqu’elle était venue s’y installer, elle avait enduré des mois de cruauté insouciante comme l’aurait fait un arbre, sans broncher. Elle ne se retournait pas pour voir quel mouflet lui avait jeté une pierre, ne se dévissait pas le cou pour lire les insultes gravées dans son écorce. Quand les gens l’invectivaient - clown sans cirque, reine sans palais - , elle laissait la blessure traverser ses branches comme une brise, et de la musique de ses feuilles bruissantes elle tirait un baume pour apaiser la douleur.


Ce livre commence comme un tourbillon qui vous happe et ne vous lâche plus. Inspiré, enlevé et foisonnant, le style de l’auteur, qui n’est pas sans rappeler un certain Salman Rushdie, multiplie les trouvailles. Les quelques 200 pages consacrées au personnage follement romanesque d’Anjum sont un enchantement. Dans ce roman parfois très cru sur la réalité indienne, Arundhati Roy semble avoir voulu laisser en partie de côté ce que le quotidien des hijras peut avoir de sordide pour créer une figure flamboyante, rebelle et insondable, agréant autour d’elle, dans le cimetière dont elle a fait son domaine, une petite communauté hétéroclite et attachante. Une sorte d’idéal bancal de syncrétisme et de tolérance. L’Inde (presque) rêvée d’Arundhati Roy ?

Mais le rêve n’a qu’un temps, et le reste du roman délaisse Anjum pour se consacrer à des pages autrement plus politiques, multipliant les allusions à l'actualité indienne qu'un lecteur un minimum averti sera probablement plus à même d'apprécier. Toutefois, cette seconde partie est surtout consacrée au conflit au Cachemire, qui perdure depuis 70 ans, avec des horreurs perpétrées de tous côtés, et au milieu, une population équilibriste qui jongle pour sa survie. Les personnages de Tilo, Naga et Musa, sont là pour nous rappeler toute l’âpreté de cette existence en sursis.
Malheureusement, si Arundhati Roy retrouve régulièrement sa verve et son talent dans des pages particulièrement poignantes, celles-ci sont noyées dans de longues digressions qui saturent le lecteur. L'auteur a voulu mettre dans son roman toute la démesure et la folie d’une situation bouchée, mais aussi les doutes et les indignations de la militante qu’elle est depuis tant d’années, perdant parfois de vue qu’elle n’écrivait pas un nouvel essai... Inévitablement, ses héros en pâtissent, et font souvent figure d’alibis. J’aurais dû trembler pour eux, j’aurais voulu trembler pour eux, mais pour cela, il aurait fallu pouvoir s’attacher…

Arundhati Roy semble avoir eu pour projet d'écrire une sorte de roman total sur l'Inde, ou plutôt sur « son » Inde. Le pari n’est qu’en partie réussi. Une fois passé un premier tiers enchanteur dont la grâce n’est jamais revenue, le récit se fait quelque peu poussif. A vouloir absolument multiplier les péripéties pour évoquer tous les grands maux de l’Inde contemporaine, l’auteur s’est parfois perdue. Pourtant, quelque chose m’a retenue, malgré tout. Car c’est là un roman peu banal, qui agace, qui remue, qui veut crier au monde ce que l’Inde tient tant à cacher, qui émeut dans sa volonté farouche de rétablir l’humain dans les espaces où il est nié.
Je regrette évidemment le livre extraordinaire qu’Arundhati Roy aurait pu écrire si tout avait été à l’avenant du premier tiers, si les quelques fulgurances de la partie cachemirie n’avaient pas été engluées dans tant de redites... Mais rien que pour son début magnifique, ce roman vaut la peine. Rien que pour le style et l’évidente sincérité d’un auteur sans concession, il vaut la peine. Rien que pour la lutte obstinée contre la haine et l'obscurantisme, il vaut la peine. Et si le bonheur semble chaque jour plus illusoire, ce n’est pas une raison pour ne pas essayer d’y croire... un peu.

Il n’y avait pas de guide touristique à sa disposition pour lui expliquer qu’au Cachemire les cauchemars étaient volages. Infidèles à leurs propriétaires, ils s’invitaient dans les rêves des autres pour y folâtrer en toute impudeur. Des génies de l’embuscade qu’aucune fortification, aucune clôture ne pouvait tenir à distance. Au Cachemire, la seule chose à faire avec eux, c’était de les étreindre comme de vieux amis et de les manoeuvrer comme de vieux ennemis. Elle allait apprendre, bien sûr, bientôt.



mots-clés : #amitié #guerre #identitesexuelle #politique
par Armor
le Dim 11 Mar 2018 - 19:50
 
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Sujet: Arundhati ROY
Réponses: 16
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Olivier Pinalie

Chronique d'un Jardin Solidaire

Tag politique sur Des Choses à lire - Page 2 51in-c10

C'est un jardin collectif qui tient plus du jardin d'agrément que du potager, où chacun peut cependant planter ce qui lui chante. Notre projet est autant esthétique que politique, mais il y est plus question d'agitation que d'ordre.


Parce qu'il est un urbain libertaire qui a toujours aimé les jardins, un beau jour de mai 2000, Olivier Pinalie investit un terrain vague de 3000 mètres carrés du 20ème arrondissement de Paris, tout seul et sans autorisation, pour en faire un « jardin solidaire », par ce que « on ne peut pas partager que la misère ».

Il rencontre  beaucoup de scepticisme, éveille  quelques curiosités, rencontre quelques sympathisants.
Peu à peu, des volontaires le rejoignent, et au fil des mois, avec quelques brouettes et beaucoup d'enthousiasme, les gravats s'évacuent, pour laisser place à des plantations joyeusement sa inorganisée. Certains donnent de leur temps, d'autres offrent des arbres ou des bulbes à planter, quelqu'un propose sa canalisation d'eau.

Les enfants du quartier viennent rendre visite, les squatters voisins commencent à s'apprivoiser, et, opiniâtre, d'enthousiasme en événements, la petite équipe arrive  transformer ce lieu inhospitalier en un espace collectif, autonome, ouvert à tous, dont l'esprit de base est la liberté.

Pas si simple face aux voisins réticents,  aux flics insistants et au maire méprisant, mais cahin-caha, drainant peu à peu visiteurs et jardinier amateurs, récupérant quelques subventions, ce lieu va devenir le centre d'un quartier populaire, multiculturel, oublié, jusqu'à ce qu'il soit récupéré par la mairie pour la construction d'un gymnase.

C'est un petit bouquin absolument épatant, présenté sous forme de journal, optimiste malgré chaque final, qui montre comment on peut réussir, créer une niche urbaine dans un monde capitaliste et rejetant,  des plantes, faire rencontre des populations qui ne se connaissent pas, « rendre au désir un territoire qui lui soit propre".


mots-clés : #nature #politique #social
par topocl
le Mar 6 Mar 2018 - 13:02
 
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Sujet: Olivier Pinalie
Réponses: 5
Vues: 691

Emmanuel Carrère

Limonov

Tag politique sur Des Choses à lire - Page 2 Limono10

Biographie d’un personnage peu sympathique, surtout fasciné par la célébrité, envieux, narcissique, amoral, une sorte de quintessence de loser qui "réussit" ; il m’a paru déplaisant, même si on pense ou fait référence à Henry Miller, Bukowski ou Lou Reed. C’est un petit prolo, voyou, zonard, paumé et patriote, doublé d’une sorte de fier aventurier bourré d’énergie et prenant des risques à l’instinct pour échapper « à la misère et à l’anonymat. » (IV, 3) Il classe froidement les gens (y compris les femmes) ; l’échelle des valeurs va du misérable (qu’on méprise d’autant plus qu’on l’est soi-même) au succès social.

« Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends sur ce point mon jugement. » (Prologue, 4)


Cynique au pays des cyniques, Édouard Limonov est un brun-rouge, c'est-à-dire qu’il va du côté des forts, que ce soit la dictature fasciste ou le totalitarisme rouge. Il est devenu un va-t-en-guerre fasciné par l’héroïsme guerrier, en route pour rejoindre l’Histoire, et fonder le parti national-bolchevique (ou la rencontre des deux extrêmes, la contre-culture des parias) :

« Qui, des deux [Limonov et Douguine], a trouvé le nom du Parti national-bolchevik ? Plus tard, quand ils se sépareront, chacun le revendiquera. Encore plus tard, quand ils essayeront de devenir respectables, chacun en rejettera l’idée sur l’autre. En attendant, ils en sont enchantés tous les deux. Ils sont enchantés du titre qu’Édouard, nul ne le conteste, a trouvé pour leur futur journal : Limonka, la grenade. Pas celle qui se mange, bien sûr : celle qui explose. Ils sont enchantés, enfin, du drapeau qu’a dessiné sur une table de cuisine un peintre de leurs amis doux comme un agneau, spécialisé dans les paysages d’Ombrie et de Toscane. Ce drapeau, un cercle blanc sur fond rouge, évoque le drapeau nazi, sauf qu’en noir dans le cercle blanc, au lieu de la croix gammée, il y a la faucille et le marteau. » (VII, 3)


Un zek rescapé du Goulag comme Soljenitsyne ne mérite que mépris selon notre provocateur. À son sujet, on aimerait pouvoir croire Carrère lorsqu’il écrit :

« …] dès l’instant où un homme a le courage de la dire, personne ne peut plus rien contre la vérité. Peu de livres ont eu un tel retentissement, dans leur pays et dans le monde entier. Aucun, hormis dix ans plus tard L’Archipel du Goulag, n’a à ce point, et réellement, changé le cours de l’histoire. » (I, huit)


La vie de Limonov, beau spécimen d’adaptabilité, passe par toutes sortes d’expériences et de péripéties aux USA, en France et bien sûr en Eurasie, sans manquer la case "prison" (puis le bagne), où il trouve sa place, intégré comme chef de gang (son parti politique) et reconnaissant ses pairs les bandits, déployant enfin une certaine empathie, et s’accomplissant par la méditation.
Autrement, ce livre vaut, de mon point de vue, pour l’éclairage qu’il porte sur l’Histoire récente de l’Europe de l’Est, sur le choc de la disparation du parti communiste soviétique et de l’ouverture subséquente au marché (des oligarques). Aperçus du (des) peuple(s) laminé(s) par Staline :

« Ils [les démocrates] menaient un combat perdu d’avance dans un pays où l’on se soucie peu des libertés formelles pourvu que chacun ait le droit de s’enrichir. » (Prologue, 1)

« …] ça ne les empêchera pas de voter pour le parti au pouvoir parce qu’en Russie on vote, quand on a le droit de voter, pour le parti au pouvoir : c’est comme ça. » (VII, 6)

« Il est loin de chez lui, c’est la règle plutôt que l’exception en Union soviétique : déportations, exils, transferts massifs de populations, on ne cesse de déplacer les gens, les chances sont presque nulles de vivre et de mourir là où on est né. » (I, 1)

« Zapoï, c’est rester plusieurs jours sans dessoûler, errer d’un lieu à l’autre, monter dans des trains sans savoir où ils vont, confier ses secrets les plus intimes à des rencontres de hasard, oublier tout ce qu’on a dit et fait : une sorte de voyage. […]
…] ils ont dépassé les pentes ascendante et descendante typiques de la première journée d’ivresse, atteint cette plénitude sombre et têtue qui permet au zapoï de prendre son rythme de croisière. » (I, 4)


Aussi d’intéressantes réflexions sur le totalitarisme :

« Le privilège que saint Thomas d'Aquin déniait à Dieu, faire que n'ait pas eu lieu ce qui a eu lieu, le pouvoir soviétique se l'est arrogé, et ce n'est pas à Georges Orwell mais à un compagnon de Lénine, Piatakov, qu'on doit cette phrase extraordinaire : "Un vrai bolchevik, si le Parti l'exige, est prêt à croire que le noir est blanc et le blanc noir."
Le totalitarisme, que sur ce point décisif l'Union soviétique a poussé beaucoup plus loin que l'Allemagne national-socialiste, consiste, là où les gens voient noir, à leur dire que c'est blanc et à les obliger, non seulement à le répéter mais, à la longue, à le croire bel et bien. C'est de cet aspect-là que l'expérience soviétique tire cette qualité fantastique, à la fois monstrueuse et monstrueusement comique, que met en lumière toute la littérature souterraine, du Nous autres de Zamiatine aux Hauteurs béantes de Zinoviev en passant par Tchevengour de Platonov. C'est cet aspect-là qui fascine tous les écrivains capables, comme Philip K. Dick, comme Martin Amis ou comme moi, d'absorber des bibliothèques entières sur ce qui est arrivé à l'humanité en Russie au siècle dernier, et que résume ainsi un de mes préférés parmi les historiens, Martin Malia : "Le socialisme intégral n'est pas une attaque contre des abus spécifiques du capitalisme mais contre la réalité. C'est une tentative pour abroger le monde réel, tentative condamnée à long terme mais qui sur une certaine période réussit à créer un monde surréel défini par ce paradoxe : l'inefficacité, la pénurie et la violence y sont présentées comme le souverain bien."
L'abrogation du réel passe par celle de la mémoire. La collectivisation des terres et les millions de koulaks tués ou déportés, la famine organisée par Staline en Ukraine, les purges des années trente et les millions encore de tués ou de déportés de façon purement arbitraire : tout cela ne s'était jamais passé." » (IV, 4)


Pour faire bonne mesure, regard porté sur les fascistes :

« Douguine, sans complexe, se déclare fasciste, mais c’est un fasciste comme Édouard n’en a jamais rencontré. Ce qu’il connaissait sous cette enseigne, c’était soit des dandys parisiens qui, ayant un peu lu Drieu La Rochelle, trouvaient qu’être fasciste c’est chic et décadent, soit des brutes comme leur hôte du banquet, le général Prokhanov, dont il faut vraiment se forcer pour suivre la conversation, faite de paranoïa et de blagues antisémites. Il ignorait qu’entre petits cons poseurs et gros cons porcins il existe une troisième obédience, une variété de fascistes dont j’ai dans ma jeunesse connu quelques exemplaires : les fascistes intellectuels, garçons en général fiévreux, blafards, mal dans leur peau, réellement cultivés, fréquentant avec leurs gros cartables de petites librairies ésotéristes et développant des théories fumeuses sur les Templiers, l’Eurasie ou les Rose-Croix. Souvent, ils finissent par se convertir à l’islam. » (VII, 3)


Mais revenons à notre séduisant héros, avant que finalement l’auteur fasse un parallèle entre son destin avec celui de Poutine (mais qui, lui, a réussi) ‒ ce qui n’aide pas à le rendre fort sympathique :

« Est-ce qu’il ne vaut pas mieux mourir vivant que vivre mort ? » (I, 6)

« Édouard lui avoue un jour qu’il n’est pas certain d’en être capable [tuer un homme]. "Mais si, dit Porphyre, rassurant. Une fois au pied du mur, tu le feras comme tout le monde, ne t’inquiète pas." » (III, 2)

« Tuer un homme au corps-à-corps, dans sa philosophie, je pense que c’est comme se faire enculer : un truc à essayer au moins une fois. » (VII, 7)

« Écrire n’avait jamais été pour lui un but en soi mais le seul moyen à sa portée d’atteindre son vrai but, devenir riche et célèbre, surtout célèbre [… » (IV, 3)


D’une manière générale, je trouve que cette tendance contemporaine à se pencher sur la biographie de personnalités dérangeantes (et je pense à Javier Cercas et Juan Gabriel Vásquez, actuellement débattus sur le forum), cette mise en lumière discutable et déplaisante au premier abord, est en fait justifiée et même utile, dans la mesure où elle amorce la compréhension de l’autre, évite les jugements hâtifs, les discriminations et l’ostracisme. Il est judicieux d’étudier ce qui est masqué sous l’étiquette "infréquentable", de s’interroger sur ce qui est politiquement incorrect, de sortir de sa zone de confort pour avoir un regard plus ouvert.
Voici un (long) extrait sur ce questionnement et cette remise en question, ainsi que sur les tentatives de simplification par "camps" et autres qualificatifs ‒ où d’ailleurs l’auteur ne se présente pas à son avantage :

« Rétrospectivement, je me demande pourquoi je me suis privé d'un truc aussi romanesque et valorisant [la visite "organisée" de Sarajevo assiégée]. Un peu par trouille : j'y serais sans doute allé si je n'avais appris, au moment où on me le proposait, que Jean Hatzfeld venait d'être amputé d'une jambe après avoir reçu là-bas une rafale de kalachnikov. Mais je ne veux pas m'accabler : c'était aussi par circonspection. Je me méfiais, je me méfie toujours des unions sacrées ‒ même réduites au petit cercle qui m'entoure. Autant je me crois sincèrement incapable de violence gratuite, autant je m'imagine volontiers, peut-être trop, les raisons ou concours de circonstances qui auraient pu en d'autres temps me pousser vers la collaboration, le stalinisme ou la révolution culturelle. J'ai peut-être trop tendance aussi à me demander si, parmi les valeurs qui vont de soi dans mon milieu, celles que les gens de mon époque, de mon pays, de ma classe sociale, croient indépassables, éternelles et universelles, il ne s'en trouverait pas qui paraîtront un jour grotesques, scandaleuses ou tout simplement erronées. Quand des gens peu recommandables comme Limonov ou ses pareils disent que l'idéologie des droits de l'homme et de la démocratie, c'est exactement aujourd'hui l'équivalent du colonialisme catholique ‒ les mêmes bonnes intentions, la même bonne foi, la même certitude absolue d'apporter aux sauvages le vrai, le beau, le bien ‒, cet argument relativiste ne m'enchante pas, mais je n'ai rien de bien solide à lui opposer. Et comme je suis facilement, sur les questions politiques, de l'avis du dernier qui a parlé, je prêtais une oreille attentive aux esprits subtils expliquant qu'Izetbegović, présenté comme un apôtre de la tolérance, était en réalité un Musulman fondamentaliste, entouré de moudjahidines, résolu à instaurer à Sarajevo une république islamique et fortement intéressé, contrairement à Milošević, à ce que le siège et la guerre durent le plus longtemps possible. Que les Serbes, dans leur histoire, avaient assez subi le joug ottoman pour qu'on comprenne qu'ils n'aient pas envie d'y repiquer. Enfin, que sur toutes les photos publiées par la presse et montrant des victimes des Serbes, une sur deux si on regardait bien était une victime serbe. Je hochais la tête : oui, c'était plus compliqué que ça.
Là-dessus j’écoutais Bernard-Henri Lévy s’élever précisément contre cette formule et dire qu’elle justifiait toutes les lâchetés diplomatiques, toutes les démissions, tous les atermoiements. Répondre par ces mots : "C’est plus compliqué que ça", à ceux qui dénoncent le nettoyage ethnique de Milošević et sa clique, c’est exactement comme dire que oui, sans doute, les nazis ont exterminé les Juifs d’Europe, mais si on y regarde de plus près c’est plus compliqué que ça. Non, tempêtait BHL, ce n’est pas plus compliqué que ça, c’est au contraire tragiquement simple – et je hochais la tête aussi. » (VI, 3)


« Seulement, j’ai du mal à choisir entre deux versions de ce romantisme : le terrorisme et le réseau de résistance, Carlos et Jean Moulin ‒ il est vrai que tant que les jeux ne sont pas faits, la version officielle de l’histoire arrêtée, ça se ressemble. » (Prologue, 3)


Sur les motivations et l’éthique de reporters :

« Ni l’un ni l’autre [« les deux Jean : Rolin et Hatzfeld »], je pense, n’aimerait tenir dans ces pages le rôle de héros positif. Tant pis. J’admire leur courage, leur talent, et surtout que, comme leur modèle George Orwell, ils préfèrent la vérité à ce qu’ils aimeraient qu’elle soit. Pas plus que Limonov ils ne feignent d’ignorer que la guerre est quelque chose d’excitant et qu’on n’y va pas, quand on a le choix, par vertu mais par goût. Ils aiment l’adrénaline et le ramassis de cinglés qu’on rencontre sur toutes les lignes de front. Les souffrances des victimes les touchent quel que soit leur camp, et même les raisons qui animent les bourreaux, ils peuvent jusqu’à un certain point les comprendre. Curieux de la complexité du monde, s’ils observent un fait qui plaide contre leur opinion, au lieu de le cacher ils le monteront en épingle. Ainsi Jean Hatzfeld, qui croyait par réflexe manichéen avoir été pris en embuscade par des snipers serbes décidés à se payer un journaliste, est revenu après un an d’hôpital enquêter à Sarajevo, et la conclusion de cette enquête, c’est que les tirs qui lui ont coûté sa jambe provenaient, manque de pot, de miliciens bosniaques. Cette honnêteté m’impressionne d’autant plus qu’elle ne débouche pas sur le "tout-se-vaut" qui est la tentation des esprits subtils. Car un moment arrive où il faut choisir son camp, et en tout cas la place d’où on observera les événements. Lors du siège de Sarajevo, passé les premiers temps où, d’un coup d’accélérateur et au prix de grosses frayeurs, on pouvait tirer des bords d’un front à l’autre, le choix était de le suivre de la ville assiégée ou des positions assiégeantes. Même pour des hommes aussi réticents que les deux Jean à rallier le troupeau des belles âmes, ce choix s’imposait naturellement : quand il y a un plus faible et un plus fort, on met peut-être son point d’honneur à noter que le plus faible n’est pas tout blanc et le plus fort pas tout noir, mais on se place du côté du plus faible. On va là où tombent les obus, pas là d’où on les tire. Quand la situation se retourne, il y a certes un instant où on se surprend à éprouver, comme Jean Rolin, "une indéniable satisfaction à l’idée que pour une fois les Serbes étaient ceux qui prenaient tout cela sur la gueule." Mais cet instant ne dure pas, la roue tourne et, si on est ce genre d’homme, on se retrouve à dénoncer la partialité du Tribunal international de La Haye qui poursuit sans mollir les criminels de guerre serbes alors qu’il abandonne leurs homologues croates ou bosniaques à la prévisible mansuétude de leurs propres tribunaux. Ou encore on fait des reportages sur la condition horrible qui est aujourd’hui celle des Serbes vaincus dans leurs enclaves du Kosovo. C’est une règle sinistre mais rarement démentie que les rôles s’échangent entre bourreaux et victimes. Il faut s’adapter vite, et n’être pas facilement dégoûté, pour se tenir toujours du côté des secondes. » (VI, 3)


En conclusion :

« "L’homme qui se juge supérieur, inférieur ou même égal à un autre homme ne comprend pas la réalité" ‒ est le sommet de la sagesse et qu’une vie ne suffit pas à s’en imprégner, à la digérer, à se l’incorporer, en sorte qu’elle cesse d’être une idée pour informer le regard et l’action en toutes circonstances. Faire de livre, pour moi, est une façon bizarre d’y travailler. » (Sutra bouddhique, IV, 2)



mots-clés : #actualité #biographie #contemporain #guerre #politique #regimeautoritaire #revolution
par Tristram
le Dim 25 Fév 2018 - 9:06
 
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Sujet: Emmanuel Carrère
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Juan Gabriel Vásquez

Le corps des ruines

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Il va être difficile de rendre compte de ce roman tant il est tentaculaire, intelligent, maîtrisé, tant le roman et le non-roman y sont étroitement intriqués au bénéfice de l'esprit et d'une certaine générosité.

Juan Gabriel Vasquez s'y montre  écrivain à l’œuvre, s’appropriant peu à peu un sujet qui l'a initialement rebuté, à l'écoute des signes qu'au fil des années celui-ci peut lui envoyer, l'amenant à accepter de douter, de se remettre en question pour finalement se l'approprier au prix d'un itinéraire affectivo-intellectuel traversant le temps et les continents.

Ce sujet lui est apporté/imposé par une espèce de complotiste exalté, monomaniaque et  agaçant, Carlos Carballo, fasciné par deux assassinats politiques qui ont été  des tournants majeurs dans l'histoire de la Colombie:  celui de Rafael Uribe Uribe en 1914, et celui de Jorge Eliécer Gaitán en 1948, deux figures de l'opposition libérale. Pour ces deux assassinats,  les exécutants ont été châtiés, et Carballo soutient que la justice s'est refusée à remonter le fil des vrais commanditaires. La juxtaposition de ces deux affaires est l'occasion  d'interroger la société colombienne, pervertie d'avoir toujours frayé avec la violence,  de réfléchir au lien que celle-ci entretient avec le mensonge et la dissimulation, et de montrer comment la quête de la vérité, si elle est vouée à l'échec, permet cependant d'interroger sa propre intimité, mais aussi tout le corps social  notamment dans sa  dimension  politico-judiciaire.

On est  dans une démarche assez curieuse (et plusieurs fois revendiquée) qui mêle sciemment l'autofiction et  l'histoire d'un pays, mais aussi l'Histoire et la fiction  pour produire une œuvre protéiforme, mi-polar politique, mi-réflexion et quête de sens. Dans cette démarche qui n'est pas sans rappeler Cercas, mais portée ici par une écriture fluide et pleine de vivacité, parfois à la limite de la faconde, Juan Gabriel Vasquez communique, par un montage époustouflant,  sa passion, ses émotions  et son érudition. il tire un fil qui en révèle un autre, suggère sans imposer, les longueurs sont très rares (et sans doute indispensables), c'est de la belle ouvrage.




mots-clés : #autofiction #complotisme #creationartistique #historique #justice #politique #violence
par topocl
le Mar 20 Fév 2018 - 12:20
 
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Sujet: Juan Gabriel Vásquez
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Goliarda Sapienza



L'art de la joie



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Non je ne vous raconterai pas l'histoire , les résumés à rallonge fleurissant un peu partout et comme je n'ai aucun goût pour la répétition , je vous renvoie sur Babélio si vous voulez avoir quelques éléments de la trame .
Mais moi je vous dis juste :
C'est un vent de liberté d'une violence rare .
C'est un portrait de femme comme dans les vrais romans du XIX siècles , mais d'une fibre transgressive difficilement embrassable , un éclatement de tous les carcans , une prise de pouvoir et une abolition intérieure de toutes formes de limites imposées par les lois et institutions des hommes .
C'est un ouvrage politique aussi  et libertaire écrit par une femme féministe portée par une énergie , une audace et une affirmation de soi qui peut déranger , encore aujourd'hui .
Pas étonnant qu'il mit tant de temps à être publié dans une Italie fortement imprégnée par l'institution religieuse .
C'est une fresque romanesque du genre saga , fleuve que l'on verrait bien portée à l'écran en feuilleton télévisé .
Ce n'est pas un roman d'amour , mais dans la logique du personnage , c'est un roman d'amours : on s'aime , on s'unit et se désunit , sans tabous ni lois , dans l'unique "art de la joie" régulateur des tragédies .
C'est un flux , un mouvement de pensées foisonnant , à rattacher non seulement à une personnalité exceptionnelle mais à une époque où nécessité il y avait à faire éclater toutes les entraves sociétales et redonner au corps et à l'esprit une libération et l'héroine du roman Modesta ( facétie de Goliarda Sapienza bien sûr, ce prénom en contresens ) ne fait rien d'autre que d'exulter et de briser toutes ses chaines , sans pudeur ni fausse morale , avec force détermination , violence souvent mais  toujours "droite dans ses bottes" .
Quant à la forme , en échos au fond , Goliarda Sapienza s'autorise tous mélanges de genres sans chercher à garder une cohérence styliste .
Autant de prise de pouvoir, fond et forme confondus peut aussi bien destabiliser le lecteur que le porter à une vénération sans limite vers Modesta et/ou Goliarda (on l'aura compris , au delà de la forme romanesque et des péripéties de l'héroine crée par Goliarda , l'auteure ne fait que s'appuyer sur son personnage pour s'offrir , nue , majestueuse, impudique , armée de sa plume et de là, à nous d'imaginer, dans son sillage hordes de femmes mais aussi d'hommes , fantômes d'eux-mêmes , coupables , assujettis par lois ,religions et ignorance ,  abandonnant leurs vieux oripeaux , pour renaître,  sous ce chant de joie et de fureur , hymne porteur d'une force vitale primitive , animale , enracinée à la terre et à l'ordre presque cosmique du monde , pulsée par un souffle libertaire sans limites .
Voilà .
Je n'ai pourtant eu aucun goût dans cette lecture , une forme plus maitrisée et tenues par quelques rennes m'a manqué . Si Modesta garde une certaine rigueur dans son cheminement vers la libération , Goliarda n'en va pas de même dans son écriture à mon avis .

Il n'en reste pas moins que L'art de la joie est incontestablement une oeuvre majeure incontournable pour qui s'intéresse à la littérature Italienne , sans pour autant en fait un chef-d'oeuvre .


mots-clés : #conditionfeminine #politique #regimeautoritaire #sexualité
par églantine
le Sam 27 Jan 2018 - 10:18
 
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Sujet: Goliarda Sapienza
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Carlo Levi

Le Christ s'est arrêté à Eboli.

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« Confinati » - c-à-d mis en résidence surveillée – de 1935 à 1936, pour antifascisme, à Gagliano, petit village de Lucanie (Basilicate actuelle), Carlo Levi a rapporté de son séjour forcé dans « cette terre sans consolation ni douceur, où le paysan vit, dans la misère et l’éloignement, sa vie immobile sur un sol aride en face de la mort ».

Pourquoi ce titre ?
« Nous ne sommes pas des chrétiens, disent-ils ; le Christ s’est arrêté à Eboli. » Chrétien veut dire, dans leur langage, homme – et ce proverbe que j’ai entendu répéter si souvent n’est peut-être dans leurs bouches que l’expression désolée d’un complexe d’infériorité : nous ne sommes pas des chrétiens, nous ne sommes pas des hommes, nous ne sommes pas considérés comme des hommes, mais comme des bêtes, moins que les gnomes qui vivent leur libre vie, diabolique ou angélique, parce que nous devons subir le monde des chrétiens, au-delà de l’horizon, et en supporter le poids et la comparaison.


Carlo Levi, dans la lenteur et la langueur du temps qui passe, des journées qui paraissent interminablement calmes et vides, observe et peint, découvre et décrit, comprend et analyse.
Sans jamais tomber dans l’apitoiement misérable, Carlo Levi nous confie son vécu dans une écriture qui coule comme une source claire et fraîche, nous livre ses réflexions d’une profonde humanité, nous bouleverse avec ses mots simples. Les descriptions des paysages y sont certes très belles mais ce qu’il réussit à merveille c’est de nous approcher de ses paysans, de leur monde. Le texte sobre donne une telle dimension à la souffrance et au désespoir que l’on frissonne tant on finit par aimer ces paysans.
Carlo Levi fait la lumière sur la réalité de ce qu’était le sud de l’Italie, un pays oublié vivant toujours comme à l’époque féodale où les propriétaires et les fascistes (la petite bourgeoisie) régnaient sur une population décimée par la malaria.
A la fin du roman, Levi expose une sorte de réquisitoire où sont développées les réelles solutions à apporter pour que cette région et ses paysans et leurs enfants se sentent intégrés dans leur propre pays, « créer une nouvelle forme d’Etat qui soit aussi l’Etat des paysans ».

Grande émotion.

(carnet retrouvé...)


mots-clés : #autobiographie #exil #politique #ruralité #social
par Cliniou
le Lun 15 Jan 2018 - 8:08
 
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Sujet: Carlo Levi
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Howard Zinn

Howard Zinn fait partie des penseurs libertaires états-uniens, comme Chomsky, pourfendeurs du capitalisme néo-libéral.

Historien, mais j'aborde son oeuvre par le pan du théâtre avec sa pièce Karl Marx, le retour. (Marx in Soho, 1999)

Tag politique sur Des Choses à lire - Page 2 Captur13

Un Karl Marx qui ressuscite et qui débarque à la fin du vingtième siècle. Le pitch est bon !
Un monologue en un acte.
Truculent. Beaucoup d'humour, des attaques dans tous les sens (Bakounine en prend pour son grade).
Cette pièce est "un travail d'éducation populaire qui doit plus à la contre-information qu'à la vulgarisation".
Avoir une bonne connaissance de l'Histoire et de la vie de Marx est un pré-requis pour apprécier cette pièce un peu foutraque.
La dernière partie se veut comme une sorte de réhabilitation des idées marxistes, un sauvetage désespéré ?

Quelques tirades :

Avez-vous jamais eu des furoncles  ? Il n'y a pas de maladie plus odieuse. Les furoncles m'ont pourri la vie. Et encouragé certains imbéciles à tout expliquer à cause d'eux. "Marx enrage contre le capitalisme à causes de ses furoncles! " (...) Peut-être que ma colère enflamme mes furoncles ? Mais essayez de travailler en restant assis avec des furoncles au cul !


Sa femme, dans un passage très drôle se moque de l'ennui que provoque la lecture du Kapital :
- Sais-tu pourquoi les censeurs ont autorisé sa publication ? Parce qu'ils n'y ont rien compris et qu'ils étaient certains que personne n'y comprendrait rien.


En plus, elle a accepté le fait que je ne puisse jamais avoir tout simplement un travail comme les autres. J'ai bien essayé une fois. J'ai adressé une lettre de candidature aux chemins de fer pour un emploi de bureau. Ils m'ont répondu comme suit : "Dr. Marx,
nous sommes honorés par votre demande d'emploi dans nos services. Nous n'avons jamais eu de docteur en philosophie parmi nos employés de bureau. Mais, ce poste nécessitant une écriture lisible, nous sommes au regret de devoir décliner votre offre. "


mots-clés : #politique #théâtre
par Arturo
le Lun 27 Nov 2017 - 12:08
 
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Sujet: Howard Zinn
Réponses: 12
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Nicolas Machiavel

Discours sur la première décade de Tite-Live

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Livre à mon sens majeur de Machiavel, le plus important. Comme je le disais dans ma critique du Prince, cet ouvrage est irrémédiablement lié.
Machiavel y réfute la prééminence légitime d'un seul chef qui pourrait gouverner sans la participation du peuple ( le peuple pour Machiavel étant tout le monde).
Machiavel pour ce faire, inscrit sa réflexion à l'époque de la première décade de Tite-Live donc, au moment de la création de la plèbe comme assemblée populaire et contre pouvoir du Sénat.

Toute l'articulation logique de Machiavel est de considérer que le pouvoir politique ne peut évoluer, progresser et s'enrichir que dans le débat et l'émulation conflictuelle (mais pacifique) d'arguments et d'idées.
on touche là du doigt une pensée qu'aura Montesquieu dans la distribution des pouvoirs mais aussi Rousseau dans la confrontation constructive des pouvoirs politiques.

Brillamment écrit, comme toutes les oeuvres de Machiavel, défense du peuple et de son bon sens, le philosophe en profite pour empoisonner sa plume à l'attention des chefs corrompus de son époque avec lesquels il eut de mauvais rapports.

Lorsque je lus cet ouvrage je pensai d'emblée aux caractères de La Bruyère, les petites constatations, les petites anecdotes parsemant l'oeuvre et permettant l'illustration d'un propos plus abstrait et philosophique.

un livre que je conseille à tout amoureux de la philosophie politique.


mots-clés : #politique
par Hanta
le Mer 22 Nov 2017 - 8:31
 
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Sujet: Nicolas Machiavel
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Nicolas Machiavel

Le prince

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Ouvrage miroir du discours sur  la première décade de Tite Live, Machiavel rédige un code à l'usage de tous les gouverneurs pour maintenir un pouvoir politique stable et demeurer populaire et légitime aux yeux du peuple, peuple qui il n'est pas anodin de le noter pour l'époque comporte femmes, hommes, et enfants.
On ne peut pas lire Le Prince sans lire le discours sur la première décade de Tite Live. Si on le fait on pensera Machiavel stratège, manipulateur et cruel envers le peuple, ce qui donnera l'adjectif machiavélique.
Si on lit les deux on notera que Machiavel est un fantastique observateur de la politique et de la philosophie des idées politiques, un fervent démocrate mais surtout un peu comme Hobbes un phobique de la guerre comme outil de déstabilisation du pouvoir.
C'est cette détestation qui poussera Clausewitz à penser que la guerre n'est que l'extension de la politique par d'autres formes.

Machiavel indique alors les bons procédés pour que le chef soit légitime à demeurer. Il ne pense pas comme pensera Rousseau plus tard qu'on ne peut être assez fort pour demeurer le plus fort. Pour Machiavel nulle question de force, il convient de posséder un art de gouverner, une Virtu mélange de charisme, de bon sens morale et logique, et de séduction.
De même, il doit se révéler en capacité de faire un meilleur choix que nul autre concitoyen face à n'importe quelle situation.

Référence de la philosophie politique, préface fut un temps par Mussolini qui n'avait pas compris grand chose,  le Prince a subi une réputation peu flatteuse à cause de tous les lecteurs qui n'avaient lu que cela de Machiavel alors que la pensée d'un philosophe s'éprouve dans la totalité de son oeuvre. Inspirateur de Locke, Hobbes, Rousseau, Kant et tant d'autres Machiavel fut le plus grand professeur de bonne conduite et de bon sens face aux chefs et aux tyrans.

mots-clés : #politique
par Hanta
le Mer 22 Nov 2017 - 7:39
 
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Sujet: Nicolas Machiavel
Réponses: 9
Vues: 408

Henry David Thoreau

@bix_229 a écrit:
Pourquoi ? parce qu'il refusa à un certain moment de payer ses impôts, parce qu'il détestait les règles et les diktats imposés par la société.
Surtout, il s'opposa à l'esclavagisme et à la guerre de conquête au Mexique du gouvernement américain.



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La désobéissance civile

En 1849 est publié "La Désobéissance civile" de HD Thoreau (traduction anonyme), cet ouvrage comme il l'écrit est une réaction à l'esclavagisme et à la Guerre du Mexique, il y développe ses idées sur les réactions à avoir face au "Gouvernement."
Pour lui : "le gouvernement le meilleur est celui qui ne gouverne pas du tout" . Il est contre "une armée permanente", le gouvernement ne serait qu'un simple intermédiaire choisi par le peuple pour exercer ses volontés, il est cependant sujet à abus et perversions. Il relève le fait que le gouvernement américain n'est qu'une tradition récente, il n'aurait ni "vitalité ni énergie", car un seul homme peut le soumettre, cependant Thoreau n'est pas Anarchiste, il le dit lui même : "je ne demande pas d'emblée "point de gouvernement", mais d'emblée un meilleur gouvernement"
"Ne peut il exister de gouvernement où ce ne seraient pas les majorités qui trancheraient du bien ou du mal, mais la conscience?"
Il s'oppose à l'esclavage prôné par le monde du commerce : "en d'autres termes, lorsqu'un sixième de la population d'une nation qui se prétend le havre de la liberté est composé d'esclaves, et que tout un pays est injustement envahi et conquis (..le Mexique..) par une armée étrangère et soumis à la loi martiale, je pense qu'il n'est pas trop tôt pour les honnêtes gens de se soulever et de passer à la révolte".
En 1863 les esclaves étaient émancipés alors que la guerre de Sécession avait commencé deux ans plus tôt et que deux ans plus tard Lincoln sera assassiné (premier Président à être assassiné) en 1848 la Guerre du Mexique fut une des causes de la Guerre de Sécession.

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mots-clés : #essai #politique
par Chamaco
le Sam 18 Nov 2017 - 10:19
 
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Sujet: Henry David Thoreau
Réponses: 17
Vues: 894

Arthur Koestler

LA CORDE RAIDE

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Koestler nous livre son enfance, son adolescence et sa vie de jeune adulte. Enfant Arthur  vit une vie familiale plate  entre  ses parents, l’un rigide, l’autre insignifiant, privé presque totalement de rapports avec les autres enfants. Il acquiert très vite les notions de culpabilité, de punition et de rédemption. Il  sera atteint  toute sa vie d’une timidité incontrôlable  et  emportera ses mythes (Hora Baboue) et  à chaque nouveau choix de vie il passera ce qu’il appelle des « ponts brûlés ».

Koestler est un homme de foi, il a besoin de croire et quand il croit il s’y engage à fond ; c’est ainsi que jeune homme,  il adhère à une société Sioniste et part en Palestine travailler dans une « Kvutsa ». Il restera 3 ans en Palestine, mais la culture Européenne lui manque tant qu’il rentre en Europe où il exercera dans plusieurs grandes villes sont métier de journaliste.

Pendant ses 3 ans la montée du fascisme s’est  décuplée, les partis socialistes d’Allemagne et de Prusse n’ont eu de cesse que de s’affronter au Parti Communiste en se discréditant auprès des ouvriers ;  le seul parti qui représente une alternative au régime fasciste et un espoir  c’est le Parti Communiste avec pour  « guide » la nouvelle Russie.

Après une suite d’ennuis triviaux Koestler se « regarda » et ce qu’il vit ne lui plu pas, un petit bourgeois à succès. Où était le révolté qui partit en Palestine ? Il lui fallut à nouveau engager sa foi.

Arthur Koestler est un révolté , il s’indigne et s’engage toujours avec  ferveur , c’est ainsi que plaçant sa foi dans le Parti Communiste il adhère  en 1931.



« tout comprendre et ne rien se pardonner »  C’est à cette règle que s’est prêté l’auteur.

C’est avec son écriture que moi je qualifie de « noble » (honnête, digne, humaine, agréable et propre) avec  son impitoyable lucidité, ses analyses irréfutables (très argumentées) son esprit scientifique aussi  qui mesure et pèse précisément  que Koestler se décortique et  présente au lecteur le processus d’enrôlement  et de maintien dans cette société au « système clos » qu’est le Communisme.

Il fait aussi une leçon historico-politique de l’Europe d’entre- deux guerres. Son travail de reporter, (notamment les nombreux documents qu’il adresse aux journaux) en Palestine et dans la région lui permet de dresser la situation politique et géographique de cette partie du Monde.

Ce qui est vérifiable aujourd’ hui c’est l’échec des partis de gauche prompt à répéter les mêmes erreurs « On ne peut que les contempler avec horreur et désespoir, car, cette fois, il n’y aura point de salut. »

Son humour mesuré  s’exerce à bon escient et participe aussi à l’efficacité de l’écriture.
Bref encore ne très intéressante lecture !

Extraits :
» nous avions tort pour de bonnes raisons et je continue à croire que, à quelques exceptions près, ceux qui dès le début dénigrèrent la révolution Russe le firent principalement pour des raisons moins louables que notre erreur.
« Les prolétaires naïfs croient aux promesses révolutionnaires du camarade Hyde, sans se soucier des accords diplomatiques, des compromis et des trahisons du docteur Jekyll : c’est dans cette catégorie que se rangent les millions de gens, économiquement déshérités et politiquement incultes, qui votent pour les candidats communistes, en Europe et en Asie. D’autre part, les libéraux naïfs, eux, considèrent le camarade Hyde comme un croquemitaine inventé par les réactionnaires. Cette catégorie compte un certain nombre d’hommes d’Etat (elle comptait le président Roosevelt), d’hommes politiques, de savants et d’artistes occidentaux. »
« je n’en retiens pas moins comme valable une certaine méthode marxiste d’examen . Je continue également à croire qu’éliminer Marx et Engels de l’histoire de la pensée humaine y laisserait un vide presque aussi grand que ferait l’élimination de Darwin. »
« Je n’ai jamais vécu dans une telle promiscuité avec la divinité et ne m’en suis jamais senti plus éloigné. »

« C’est cette conscience de la défaite soulignée par le hautain silence du désert, des cours d’eau taris et des rocs arides, qui provoque la mélancolie de Jérusalem.
"Pendant la grande crise, la plupart des restaurants de Tel-Aviv consentaient à leurs habitués sans ressources un certain crédit. Le système de crédit rotatoire consistait à prendre régulièrement le petit déjeuner dans un établissement A, le déjeuner dans un autre B et le dîner dans un troisième C. Quand on se trouvait en possession d'un peu d'argent, on payait A, où la dette était la plus lourde, la fois suivante B et ainsi de suite par rotation. Si A ou meme A et C vous coupaient votre crédit, il restait toujours B, chez qui on était assuré d'au moins un repas par jour. Je n'ai jamais, depuis, vu un psychanalyste parvenir à des résultats thérapeutiques aussi efficaces."

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #autobiographie #enfance #politique
par Bédoulène
le Sam 4 Nov 2017 - 11:21
 
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Sujet: Arthur Koestler
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Marguerite Yourcenar

Le denier du rêve

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J’ai lu le texte de 1959, version profondément remaniée de celle de 1934. La préface de l’auteur est intéressante, peut-être à lire en post-scriptum. On y lit notamment que cette œuvre « fut en son temps d’un des premiers romans français (le premier peut-être) à regarder en face la creuse réalité cachée derrière la façade boursouflée du fascisme »
C’est la Rome de l'an XI de la dictature, hantée de figures mythologiques, de destins sans notoriété, de révoltés clandestins qui échouent à renverser le régime fasciste.
Basé sur l’histoire contemporaine de l’époque, la cohérence de ce roman est due au cheminement de main en main d’une pièce de dix lires, qui permet de rencontrer plusieurs personnages (dont quelques étrangers) au portrait peu ou prou approfondi, diverses existences plus ou moins livrées à l’illusion et à l’espoir. L’ouvrage est aussi rassemblé dans la journée d’un attentat manqué contre « César ».  

« Et comme toutes les femmes ont à peu près le même corps, et sans doute la même âme, lorsque Lina parlait et que la lampe était éteinte, il oubliait que Lina n’était pas Angiola, et que son Angiola ne l’avait pas aimé.
On n'achète pas l'amour : les femmes qui se vendent ne font après tout que se louer aux hommes ; mais on achète du rêve ; cette denrée impalpable se débite sous bien des formes. Le peu d'argent que Paolo Farina donnait à Lina chaque semaine lui servait à payer une illusion volontaire, c'est-à-dire, peut-être, la seule chose au monde qui ne trompe pas. »


Destinées qui se croisent, ici réunies le temps d’une messe (la religion‒croyance-autorité tient une grande place) :
« Ces flammèches [de cierges] s’étaient consumées infiniment plus vite que les brèves vies humaines : certains vœux avaient été repoussés, d'autres exaucés au contraire, car le malheur est que, parfois, des souhaits s'accomplissent, afin que se perpétue le supplice de l'espérance. »


L’écriture de Yourcenar est toujours aussi belle, mais je n’ai pas retrouvé dans cette lecture tout ce qui m’avait transporté dans ses autres ouvrages, plus intimistes.
Nota bene : Jack-Hubert, je ne vois pas de populisme conservateur ni beaucoup de simplisme dans cette oeuvre !


mots-clés : #contemythe #politique #religion
par Tristram
le Sam 26 Aoû 2017 - 12:43
 
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Sujet: Marguerite Yourcenar
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Geneviève Brisac

Vie de ma voisine

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L'histoire de vie de la voisine de Geneviève Brisac est tragiquement banale, et évidemment unique. Ses parents, juifs laïques, ont émigré de Pologne pour fuir les pressions de la tradition et vivre à Paris leur idéal socialiste, qui va rapidement  rompre avec l'horreur soviétique. Ils élèvent leurs deux enfants sans beaucoup d'argent mais pleins d'amour et d'attention, et un désir de leur transmettre culture, dignité, liberté et ouverture d'esprit.
Les enfants, nés en France et donc français, échappent à la rafle qui mènera les parents à leur tragique destin de fumée.
La jeune femme de 17 ans se bat matériellement et intellectuellement pour obéir à la consigne que son père a jetée sur un papier chiffonné, du wagon qui l'emmenait de Drancy, et qui lui est miraculeusement parvenue : Vivez et espérez. Elle devient une institutrice aux méthodes innovantes, militante lors de la guerre d'Algérie et en mai 68, femme ouverte, pudique et cultivée.

Je n'ai pas bien compris le choix de Geneviève Brisac de s'impliquer elle-même dans le récit (le "je" désigne alternativement l'auteur et sa voisine ce qui ne simplifie pas toujours la compréhension) soit pour étayer les propos de ses propres références littéraires, soit pour raconter une histoire assez lourdement métaphorique où, grâce à sa voisine, elle arrive enfin à faire pousser des impatiences…

La partie sur la vie avant et pendant l'occupation est complètement bouleversante, à la fois pudique et précise, et  mérite qu'on s'attache à ce petit livre, par ailleurs assez brouillon, et dont la deuxième partie est malheureusement inaboutie.
Si le destin de cette femme est tout à fait poignant, il manque une cohérence (et une humilité?)  pour que Vie de ma voisine soit un objet littéraire réellement performant.



mots-clés : #deuxiemeguerre #politique
par topocl
le Sam 26 Aoû 2017 - 4:04
 
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Sujet: Geneviève Brisac
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Anjan SUNDARAM

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Kinshasa jusqu'au cou

éditions Marchialy a écrit:Dans la lignée de Ryszard Kapuściński et de V. S. Naipaul, Anjan Sundaram raconte une année de quête de vérité, une poursuite effrénée dans un pays ravagé par la misère et la violence.

Sa route est toute tracée : études de mathématiques dans la prestigieuse université américaine Yale et offre d’emploi chez Goldman Sachs. Un chemin balisé que le jeune Anjan Sundaram décide de quitter en 2005. Il abandonne tout pour plonger dans l’inconnu et prend un aller simple pour la République démocratique du Congo. Il sera désormais reporter. Ou, plutôt, essaiera de le devenir. Car derrière le romantisme de la vie d’aventures, Anjan Sundaram découvre une réalité hostile. De déconvenues en rebondissements, l’apprenti journaliste doit apprendre à survivre dans la jungle urbaine de Kinshasa. Malgré l’euphorie de l’élection présidentielle de 2006 – premières élections libres et démocratiques depuis quarante ans –, la chaleur paralysante est à l’image d’un pays qui suffoque.

Entre reportage journalistique et roman d’aventures Kinshasa jusqu’au cou est le portait sensible et humain d’un pays trop souvent réduit aux gros titres de journaux. Anjan Sundaram prend le temps de nous dévoiler la République démocratique du Congo dans toute sa complexité à travers la description d’une ville hors norme, une galerie de personnages éloquente et des aventures inédites.


Une découverte en forme de récit autobiographique de la République Démocratique du Congo ou plutôt de l'envers du décor. L'envers des titres des journaux du monde, l'envers des communiqués, une immersion aussi dans un imaginaire d'idées parfois préconçues ?

Anjan se fait loger par des connaissances de sa banquière. Loin des hôtels climatisés de la "ville", sa contribution financière à la vie de cette famille du quartier de VIctoire s'avère essentielle. Son apprentissage de la vie locale inclut de la débrouille, la peur, des amitiés incertaines et toujours une distance particulière entre lui et les autres. Lui et d'autres journalistes étrangers, d'autres indiens installés dans le pays, surtout lui et les Africains.

Il a beau partager une part de leur précarité le fait est que de pouvoir s'en aller, de pouvoir avoir plus de moyens, d'avoir plus d'opportunités  le rend forcément étranger. Désireux par ses articles, en plus du brut besoin de liquidités, de faire la lumière sur un Congo plus "vrai" on sent que ce statut a quelque chose de conflictuel. Il bénéficie de cette vision qui se perpétue et ronge le pays depuis la colonisation.

Au fil des pages on rencontre un peuple qui ne s'appartient plus vraiment et ce depuis si longtemps qu'il semble que ça en soit devenu pour ainsi dire culturel. Pays Européens, Etats-Unis, Chine, Inde et voisins africains tout le monde semble en vouloir toujours plus ou autant et à l'abris des regards du monde. Ce qui est simple quand la région concernée par la déforestation, l'exploitation minière et une violence sans fin est difficilement accessible, Au cœur des ténèbres et plus loin encore peut-être. Si l'éloignement ne suffit pas le contrat commercial, l'écologie ou encore l'ONU font apparemment amplement l'affaire.

De ce côté on tombe au moins aussi bas que les baisses de moral de notre journaliste esseulé quand il quitte la ville pour des reportages éventuels au milieu de nulle part. La mise en scène, mise en place des élections laissent songeur. Au delà d'un résultat attendu l'images de familles faisant des kilomètres pour voter... avec des haricots secs ? a quelque chose de... fou.

Une folie qui n'est qu'une fibre de celles plus vaste de Kinshasa violente, tumultueuse, injuste dans son élan vital destructeur, une ville repliée sur elle-même, ses quartiers repliés sur eux-mêmes.

Un portrait troublant, très simple dans la forme, tentaculaire et étouffant dans son contenu, les rapports de force et d'intérêts omniprésents entre individus. Un pas infranchissable vers l'autre, de la colère, de la frustration sans verser vers le document proprement à charge ou la leçon de vie.

La distance qui persiste, l'énigme culturelle imposée dans cette histoire contemporaine. C'est un fichu voyage celui dans lequel nous embarque le journaliste qui n'est plus en devenir. Et quelques impressions que je ne sais pas formuler...


mots-clés : #medias #mondialisation #politique
par animal
le Dim 9 Juil 2017 - 12:44
 
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Sujet: Anjan SUNDARAM
Réponses: 6
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Rodrigo Hasbún

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Les tourments


Originale : Los afectos (2015)

Editeur Buchet Chastel a écrit:Bolivie, années 1950 : Hans Ertl, ancien cameraman de Leni Riefenstahl, a quitté l’Allemagne avec sa famille pour s’installer à La Paz. Là, dans cette Amérique latine sauvage et mystérieuse, le patriarche hors norme se réinvente un destin d’explorateur, obsédé jusqu’à la folie par la cité inca perdue de Païtiti dans la forêt amazonienne. Ni sa femme ni ses trois filles ne sortiront indemnes de ces aventures ; et alors que la famille se délite et que chacun tente d’émerger de ce maelström, les soubresauts d’une autre histoire, celle des mouvements de libération nationale qui secouent l’Amérique latine, viennent à leur tour bouleverser la destinée des Ertl.

Le texte prend corps à travers les voix des trois filles et d’un des amants de l’aînée, Monika ; s’y mêle, sur près de vingt ans, fiction, éléments biographiques et faits historiques pour livrer une fresque concise et subtilement nostalgique sur le destin d’une de ces familles marquées au fer par les errances idéologiques du XXe siècle et sur l’histoire sanglante d’un pays, la Bolivie.




REMARQUES :
Inspiré par des personnages et des faits historiques, l'auteur raconte avec quatre perspectifs différents et en deux parties de six chapitres chacune. Ce sont les points de vues des trois filles de Hans Ertl (ancien cameraman de Leni Riefenstahl, explorateur, alpiniste, documentaliste) et d'un ami de l'une d'entre elles. C'est l'histoire d'une aliénation croissante entre quasiment tous les personnages, d'une forme de dislocation, désintégration de toute la famille. Chacun connaîtra ses gouffres, sa solitude, la perte des rêves, un isolement… C'est raconté avec beaucoup d'habilité, liant chaque récit à une voix propre, voir une langue, un style particuliers.

Rapidement on a le pressentiment d'une « catastrophe à venir ». Elle consistera en quoi ? Est-ce que – comme le père a fait un choix douteux sous le régime nazi et à du connaître une mise à part de lui et sa famille après la IIème guerre, maintenant, dans la Bolivie des années 50 et suite, un autre membre de la famille va connaître un pareil destin ? Mais sous autre paramètres ? On le comprendra vite : la personne concernée est Monique/Monika, l'ainée des trois filles Ertl, et peut-être le plus ressemblant au père ?! C'est elle qui – dans le contexte politique bolivienne des années mentionnées, va vivre une radicalisation jusqu'à prendre les armes et devenir recherchée par les autorités.

Donc, récit avec des multiples encastrements dans la grande Histoire. Et en plus ; authentique. En gros le récit va du milieu des années 50 jusqu'à la veille du nouveau millénaire.

La première partie était encore plus polyphone que la deuxième qui se concentre plus sur Monique. Mais en général bien fisselé, bien structuré. Peut-être le récit pourrait faire naître encore plus d'interrogations que je n'arrive à mentionner.

Auteur à suivre...


mots-clés : #biographie #politique
par tom léo
le Dim 25 Juin 2017 - 17:20
 
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Sujet: Rodrigo Hasbún
Réponses: 8
Vues: 362

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