Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

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174 résultats trouvés pour psychologique

Ivan Gontcharov

Nymphodora Ivanovna

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 6 Tdftgf10

Un récit vraiment marquant. L'histoire d'une jeune femme russe perdant son mari fraîchement épousé.. Il y a beaucoup d'émotion dans cette histoire ce qui est assez déroutant car elle est directe, pure et étrangement simple, accessible. Gontcharov nous aide à la ressentir car il s'adresse directement à nous, joue le médiateur en tant que narrateur pour que nous puissions comprendre ce qui a priori nous est étranger.. Il nous explique la psychologie de l'héroïne et lui donne une véracité, une réalité en se jugeant lui, narrateur et auteur incapable de contrôler ni d'anticiper les actions de son personnage. Mélange des genres, drame réaliste, intrigue policière, le récit est accompagné d'un style précis, efficace, et percutant. Un style presque journalistique mais d'une époque où la presse savait écrire.
Je ressors ravi de cette lecture marquante.


mots-clés : #psychologique
par Hanta
le Dim 26 Fév - 12:23
 
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Sujet: Ivan Gontcharov
Réponses: 18
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Cormac McCarthy

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 6 Route111

LA ROUTE


Ce livre est l'histoire d'une fin ou plutôt de ce qui se passe après.
La fin c'est celle de la planète Terre ravagée par un cataclysme sans précédent.

Ils sont deux les personnages de ce livre, à marcher sur une route ou plutot une croûte de glace sale et couverte de cendre.
De la vie ils ne connaissent plus que le froid, la peur, la faim, la solitude, la fatigue et le silence.
Et chaque journée est pire que la précédente.
Ni soleil ni lune ni lumière, juste une opacité glauque obscurcie encore par la neige ou la pluie.
Ils savent tous les deux qu'ils marchent sur un astre mort.
Ils on guetté en vain un signe de vie, une lumière.
Mais il n'y a plus de vie. Juste des soubresauts convulsifs. Les spasmes violents de quelques survivants en sursis, obsédés par l'unique désir de survivre à tout prix.

S'ils marchent encore, les deux, c'est juste pour essayer de se rassurer l'un l'autre.
Mais ils savent.
Le père se souvient encore. d'un temps où le monde était encore vivant et d'une vie absurde mais inestimablement vivable...
Il y pense encore mais s'interdit d' en parler à son fils qui n'a connu que l'enfer où ils s'enfoncent et qui ne connaîtra rien d' autre.

Ils sont merveilleux tous les deux. Ils n'ont plus l'ombre d'un espoir sur l'avenir. Juste la certitude de l'instant et de l'autre.
L'enfant est pur comme peut l'être un enfant de cet âge. Son père lui, doit surmonter tous les démons qui sont au coeur de l'homme.
Il doit sans cesse louvoyer entre la priorité de survivre et celle d' éviter les pires bassesses qui blesseraient l'enfant.
Leur accord est tacite et se lit bien dans les brefs échanges verbaux qui se terminent toujours par ces mots.
D'accord.
D'accord.
Et derrière ces mots, toutes les interrogations, les angoisses, les doutes...

Ce livre ne serait qu'un cauchemar absolu s'il n'y avait la chaleur humaine qui les lie, au delà de la souffrance et de la mort préssentie.
Cette chaleur et cette confiance qui est ce qu'il y a de meilleur dans l'humain et dans toute l'histoire de l'humanité.

Comme Bédoulène, je pense que ce livre est une fable dont le thème serait : l' humanité saura-t-elle survivre à sa propre folie.

Question que se posait aussi cet autre écrivain Stig Dagerman.

Récupéré


mots-clés : #psychologique
par bix_229
le Mar 21 Fév - 15:24
 
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Sujet: Cormac McCarthy
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Andrew Sean Greer

L'histoire d'un mariage

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 6 Tylych17

Holland Cook est un jeune homme d'une grande beauté, à la personnalité mystérieuse. Pearlie tombe amoureuse de lui au premier regard. Séparés par la guerre, ils se retrouvent en 1949 à San Francisco et se marient. Pearlie pense vivre un bonheur tranquille. Quatre ans plus tard, la belle histoire vole en éclats lorsqu'elle reçoit la visite de Charles Drumer, un homme d'affaires qui lui propose un étrange marché.

Dès le début de cette lecture, j’ai repensé au  guide de la femme parfaite datant des années 60 et j’avais sous les yeux le portrait d’une vie acidulée en façade, celle des bonnes mœurs, le masque de la comédie pour cacher la tragédie de l’âme d’un couple dans un San Francisco des années 50 made in Guimauve.
Puis San Francisco s’assombrit  à l’arrivée d’une tierce personne et prend  la couleur d’un enfer, le mythe du mariage  prend l’apparence d’un spectre au rictus méphistophélique  dans ce foyer édulcoré terni  dans lequel on ne rêve plus, trop empreint de non-dits.
« Il a une maladie du cœur » dit-on en parlant de son mari…Affection pour cacher un dysfonctionnement affectif, une attirance qu’on ne nomme pas.
C’est l’histoire d’un pacte entre une épouse et un homme surgissant d’un passé inconnu,  d’une passion qui s’achète, payer les rêves de celle-ci  afin de vivre son besoin de l’autre.
D’un mari qui  survit d’un naufrage dans le pacifique durant la guerre pour finalement vivre une noyade en eaux troubles y plongeant tout l’univers qui gravite autour de lui en orbite.
D’une femme, de ses souvenirs fabriqués  et autant de questions sans réponses sur son mariage aux allures de trou noir d’Hypernova insondable et impénétrable.
D’une guerre dévastatrice inondant  chaque fragment  de l’esprit.  
Au milieu de tout ça, celui qui devrait être notre meilleur ennemi peut parfois devenir notre meilleur ami, un pacte avec celui qui change le cours de notre vie pour sauver celui qu’on aime.

« J’ignore ce qui unit les parties d’un atome, mais, semble-t-il, c’est la souffrance qui lie un être humain à un autre ».


Nous sommes désorientés devant cet abîme d’incertitudes, le précipice menant  à l’enfer d’une prise de conscience,  le néant obscur ou mène les  blessures pour finir dans un gouffre de solitude.
Aimer c’est peut-être ne pas savoir qui est l’autre, laissant la part d’imaginaire accomplir la magie d’une utopie.
La folie est sans aucun doute le moment où nous sommes dans la vérité, honnête avec nous-mêmes.
L’Histoire d’un mariage ou le cheminement de 3 âmes brisées mené par une écriture inquisitrice.
Délicieuse lecture.  

« Nous croyons connaitre ceux que nous aimons. Nos maris, nos femmes. Nous les connaissons, nous nous identifions à eux, parfois, séparés lors d’une soirée en bonne compagnie, nous nous surprenons à exprimer leurs opinions, leurs goûts culinaires ou littéraires, à raconter une anecdote qui ne sort pas de notre mémoire mais de la leur.
Nous observons leurs tics dans la conversation ou au volant, dans la manière de s’habiller et celle d’effleurer leur café avec un morceau de sucre qu’ils regardent virer du blanc au brun avant de le lâcher dans la tasse, satisfaits. Mon mari faisait cela tous les matins et je l’observais, j’étais une épouse vigilante.
Nous croyons les connaitre. Nous croyons les aimer. Mais ce que nous aimons ce révèle n’être qu’une traduction approximative, notre propre traduction d’une langue mal connue.
Nous tentons d’y apercevoir l’original le mari ou la femme véritables, mais nous n’y parvenons jamais. Nous avons tout vu. Mais qu’avons-nous vraiment compris ?
 



mots-clés : #psychologique
par Ouliposuccion
le Mar 21 Fév - 13:21
 
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Sujet: Andrew Sean Greer
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Peter Cameron

Un jour cette douleur te servira

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 6 Rhydhd10

Au début du livre, après ce titre qui évoque une tragédie antique, on est plutôt surpris de la légèreté qui, dans une grande acuité d'observation, évoque plutôt une comédie alerte. Ce n'est que peu à peu que les angoisses et le drame s'insinuent, mais il y a toujours ce recul de l’humour, de la tendresse pour ses personnages. La dérision (le monde de l’art contemporain par exemple) reste toujours affectueuse. James Peter Cameron a un sens de la formule, qui émaille son  texte sans pour autant tomber dans l'aphorisme .

Les gens se figurent toujours que s’ils trouvent des arguments pour prouver qu'ils ont raison, on changera d'avis.


Ce roman séduit par la description de James, cet adolescent qui a un profond besoin de silence et de solitude, au point que cela le gêne dans sa communication avec les autres, mais le rend sans doute fort puisqu' il échappe au besoin de se rendre aimable, de séduire, d’avoir besoin du jugement favorable de l'autre. On est en même temps déchiré pour ce pauvre James, mais épaté de sa capacité à garder la tête hors de l’eau. J’ adore ce gamin, même si j’ imagine qu'il doit être assez difficile à supporter dans la vraie vie Je connais quelqu'un qui fonctionne exactement comme ça (en moins malheureux), j’ai une partie en moi qui y ressemble,  et je trouve que ce type de profil est rarement dépeint en littérature, dans une société où le relationnel, la communication, sont mis en exergue comme une espèce de postulat définitif (où le récapitulatif du nombre de ses amis est la base-même de l’image qu’on a  de soi).

Être seul constitue pour moi un besoin fondamental, comme la nourriture et l'eau, mais je me rends compte qu'il n'en va pas de même pour les autres. Mes compagnons de chambre paraissaient enchantés de la vie en commun dans le style on pète, on se fume un joint, et il se fichaient visiblement de ne jamais jouir de la solitude. Pour me sentir tout à fait moi-même, il faut que je sois seul. Communiquer avec les autres ne me vient pas spontanément ; c'est une contrainte qui me coûte un effort et donc, comme cela ne vient pas spontanément, je n'ai pas l'impression d'être tout à fait moi-même lorsque je fournis cet effort. Avec les membres de ma famille, je suis assez à l'aise, mais même là ça devient par moments une contrainte de ne pas me trouver seul


Plaisant aussi, c'est que, si on voit James et ses proches (ses parents, sa sœur) dans l’incapacité de gérer leur propre vie : ils courent désespérément après leurs amours impossibles, se comportent souvent en égoïste parfait, cependant, ils restent fondamentalement sympathiques, attentifs à l'autre dans leur détresse, complètemen,t maladroitement, certes, mais attentif quand même. Je trouve que beaucoup d'amour réunit ces quatre personnages qui devraient avoir la vie facile, mais se la compliquent perpétuellement, ils semblent partir chacun de leur côté mais un fil les retient.

Il me paraît à peu près évident que chacun retrouve dans cette histoire des choses qu'il a vécues étant adolescent, avec plus ou moins d'intensité, (et qu'il a peut-être revécu avec ses propres enfants adolescents) : cette solitude, cette incommunicabilité, cette impression d'être incompris, cette angoisse à entrer dans le monde des adultes, avec tout ce qu’il a de rebutant, ce refus des compromis, où il semble que faire le premier pas fait entrer dans un monde où on ne maîtrisera plus rien, où tout sera définitif sans échappatoire et prendre un chemin de traverse sera impossible. James prend finalement sa décision, à partir du moment où sa grand-mère lui propose d'autres pistes, où il comprend que l’ université n'est pas un chemin tout tracé par ses parents, contre lequel il faut se dresser, mais un choix qu'il assume lui-même puisqu'il n'est plus contraint.

Je vais émettre quelques réserves (ça sera moins louche) : j'ai trouvé que les 2 personnages tutélaires de James, la psy et la grand-mère était trop peu fouillés.
La psy est vraiment archétypale, avec tous les défauts qu'on retrouve toujours chez les psys dans la littérature (mais peut-être aussi dans la réalité ? ? Je n'en ai jamais rencontré en tant que thérapeute). Quant à la grand-mère, elle est un tout petit peu trop parfaite et  compréhensive. Mais tout cela n'est que détail, dans un roman gai et profond, d'une grande finesse psychologique sans être du tout psychologisant, parfois tordant, souvent émouvant où tout est subtilement dosé (je trouve que ce mot subtil lui va comme un gant)

(commentaire récupéré)


mots-clés : #initiatique #psychologique
par topocl
le Dim 19 Fév - 13:00
 
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Sujet: Peter Cameron
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Stefan Zweig

Lettre d'une inconnue

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 6 Tylych11

« C’est depuis cette seconde que je t’ai aimé. Je sais que les femmes t’ont souvent dit ce mot, à toi leur enfant gâté. Mais crois-moi, personne ne t’a aimé aussi fort – comme une esclave, comme un chien –, avec autant de dévouement que cet être que j’étais alors et que pour toi je suis restée. Rien sur la terre ne ressemble à l’amour inaperçu d’une enfant retirée dans l’ombre ; cet amour est si désintéressé, si humble, si soumis, si attentif et si passionné que jamais il ne pourra être égalé par l’amour, fait de désir, et, malgré tout, exigeant, d’une femme épanouie. »

Un amour total, passionnel, désintéressé, tapi dans l’ombre, n’attendant rien en retour que de pouvoir le confesser. Une blessure vive, la perte d’un enfant, symbole de cet amour que le temps n’a su effacer ni entamer. L’être aimé objet d’une admiration infinie mais lucide. Une déclaration fanatique, fiévreuse, pleine de tendresse et de folie. La voix d’une femme qui se meurt doucement, sans s’apitoyer sur elle-même, tout entière tournée vers celui qu’elle admire plus que tout. La voix d’une femme qui s’est donnée tout entière à un homme, qui jamais ne l’a reconnue. Avec Lettre d’une inconnue, Stefan Zweig pousse plus loin encore l’analyse du sentiment amoureux et de ses ravages, en nous offrant un cri déchirant d’une profonde humanité. Ici nulle confusion des sentiments : la passion est absolue


Un texte magnifique tout autant que l’écriture, néanmoins, j'attendais bien plus de cette lecture.
Touchée, mais pas submergée d'émotions.
Il m'est paru impensable de vivre une telle vie dans l'ignorance de l'être aimé, d'accumuler autant de souffrances et de s'excuser encore de le troubler ...
Etre un homme vivant sur le même palier qu'une enfant durant des années et de ne pas reconnaître la femme qu'elle devint après l'avoir mise dans son lit me laisse dubitative.  
Je n’ai tout simplement pas trouvé ce texte crédible.
Envoyer cette lettre alors que durant toute une vie on a eu de cesse de vouloir protéger son secret, refuser de  troubler, pour finalement envoyer une bombe dont le destinataire n’aura jamais de réponse…
Bon…lecture agréable, le genre d’abnégation qu’on ne lit que dans les livres.


mots-clés : #psychologique
par Ouliposuccion
le Mar 14 Fév - 22:50
 
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Sujet: Stefan Zweig
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Atiq Rahimi

Terre et cendres

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 6 Tylyc110

Un pont, une rivière asséchée dans un paysage grandiose et désolé, la guérite d'un gardien mal luné, une route qui se perd à l'horizon, un marchand qui pense le monde, un vieillard, un petit enfant, et puis l'attente. Rien ne bouge ou presque.

Nous sommes en Afghanistan, pendant la guerre contre l'Union soviétique. Le vieil homme vient annoncer à son fils qui travaille à la mine, le père du petit, qu'au village tous sont morts sous un bombardement. Il parle, il pense : enfer des souvenirs, des attentes, des remords, des conjectures, des soupçons... Cette parole nue dit toute l'horreur d'une souffrance qui cherche sa raison.


Toujours ce silence et ces paysages qui défilent , aussi beaux qu'ils sont souffrance.
Un texte d'une pureté magnifique qui nous mène vers un trouble indescriptible , un hommage à la vie, initiatique , au temps qui passe sur le non-dit , sur les âmes confuses en plein désarroi quand gronde l'agitation d'un l'Afghanistan secoué et ébranlé.
C'est en accompagnant ce grand-père et ce garçon que naît l'émoi et l'éblouissement au cœur d'un texte remarquable sous fond de malaise vertigineux.
Fascinant.


mots-clés : #guerre #psychologique
par Ouliposuccion
le Sam 4 Fév - 8:37
 
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Sujet: Atiq Rahimi
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Atiq Rahimi

Syngué Sabour,pierre de patience

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 6 Tylych32

En persan, Syngué sabour est le nom d’une pierre noire magique, une pierre de patience, qui accueille la détresse de ceux qui se confient à elle. Certains, dans ce livre en tout cas, disent même que c’est elle qui est à La Mecque, et autour de quoi tournent les millions de pèlerins. Le jour où elle explosera d’avoir ainsi reçu trop de malheur, ce sera l’Apocalypse.
Mais ici, la Syngué sabour, c’est un homme allongé, comme décérébré après qu’une balle se soit logée dans sa nuque sans pour autant le tuer. Sa femme est auprès de lui. Elle lui en veut de l’avoir sacrifiée à la guerre, de n’avoir jamais résisté à l’appel des armes, d’avoir été un héros, et pour ce résultat : n’être plus à la suite d’une rixe banale qu’un légume. Pourtant elle le soigne, et elle lui parle. Elle lui parle même de plus en plus. Tandis que dans les rues les factions s’affrontent, tandis que des soldats pillent et tuent alentour, elle parle, elle dévide sa litanie sans jamais savoir si son mari l’entend et la comprend. Et c’est une extraordinaire confession sans retenue par quoi elle se libère de l’oppression conjugale, sociale, religieuse, allant jusqu’à révéler d’impensables secrets dans le contexte d’un pays semblable à l’Afghanistan. À la fin du livre cette Syngué sabour explosera...
Avec ce roman, directement écrit en français, Atiq Rahimi retrouve une forme de réalisme très proche de Terre et cendres avec une écriture qui, sèche et précise, sait aussi devenir par moments lyrique, emportée. Cependant, plus directement que dans ses précédents livres, et comme de l’intérieur, il décrit avec beaucoup d’audace, la réalité oppressante, au quotidien et plus précisément au quotidien féminin, d’une certaine conception de l’Islam.


un livre que l'on referme afin de mieux écouter le silence pour un ultime hommage à cette écriture dépouillée et si admirable.
Pas besoin de beaucoup de mots ni de grandes envolées pour décrire ce texte merveilleux.
Le style Rahimi est d'une justesse à vous glacer le sang , conteur d'un Afghanistan si cruel et si chaleureux.

mots-clé : #conditionfeminine #psychologique
par Ouliposuccion
le Sam 4 Fév - 8:32
 
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Sujet: Atiq Rahimi
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Yasunari KAWABATA

Les belles endormies

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 6 T-l-ch14

Dans quel monde entrait le vieil Eguchi lorsqu'il franchissait le seuil des Belles Endormies ? Ce roman, publié en 1961, décrit la quête des vieillards en mal des plaisirs. Dans une mystérieuse demeure, ils viennent passer une nuit aux côtés d'adolescentes endormies sous l'effet de puissants narcotiques. Pour Eguchi ces nuits passées dans la chambre des voluptés lui permettront de se ressouvenir des femmes de son passé, et de se plonger dans de longues méditations. Pour atteindre, qui sait, au seuil de la mort, à la douceur de l'enfance et au pardon de ses fautes.


Il est des écrivains qu'on oublie pas , ceux qui nous troublent à la première lecture par la splendeur et la puissance des mots , par la sensualité et la poésie qui laissent un sillage à tout jamais , par la délicatesse et la fragilité qu'ils émanent; Yasunari Kawabata est de cette trempe.
Bien plus qu'un écrivain , il est un illusionniste que sa magie met en lumière , la clarté de la pureté des sens qu'il met en éveil auprès des jeunes endormies est un hymne à la beauté. Les réminiscences des femmes qui ont marqué la vie d'un homme qui n'en n'est plus un sont un flot de volupté et d'érotisme. De l'amour des femmes c'est l'ivresse des sensations qui inonde ces pages entreprenant le parcours autrefois viril d'un vieil homme qui revient s'abreuver à la source du désir.
Une grâce qui rayonne dans cet exil du vieillissement.
Une ode à la féminité.
Magistral.

Il était évident que la fille ne dormait là que par amour de l'argent. Cependant, pour les vieillards qui payaient, s'étendre aux côtés d'une fille comme celle-ci était certainement une joie sans pareille au monde. Du fait que jamais elle ne se réveillait, les vieux clients s'épargnaient la honte du sentiment d'infériorité propre à la décrépitude de l'âge, et trouvaient la liberté de s'abandonner sans réserve à leur imagination et à leurs souvenirs relatifs aux femmes. Était-ce pour cela qu'ils acceptaient de payer sans regret bien plus cher que pour une femme éveillée ?


Cependant le vieillard se demandait distraitement comment il avait pu se faire que le sein de la femelle humaine, seule parmi tous les animaux, avait, au terme d'une longue évolution, pris une forme si belle. Le beauté atteinte par les seins de la femme n'était-elle point la gloire la plus resplendissante de l'évolution de l'humanité ?



mots-clés : #psychologique
par Ouliposuccion
le Dim 29 Jan - 11:30
 
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Sujet: Yasunari KAWABATA
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David Grossman

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 6 5111vd10

Tombé hors du temps
traduit par Emmanuel Moses

Dans beaucoup de langues, il n'existe pas de mots pour qualifier ceux qui ont perdu un enfant. Parce que ce n'est pas dicible?Le mot existe en hébreu, mais qu'est-ce qu'un simple mot pour faire part du tsunami d'émotions qui nous noie à un instant donné, et dont les vagues ne cesseront jamais de nous submerger au fil du temps ( eux sont " tombés hors du temps", très belle image) jusqu'à notre propre mort, même si leur violence diminue.
David Grossman a donc perdu son fils, Uri, pendant qu'il écrivait un livre au titre prémonitoire, Une femme fuyant l'annonce.
Il est resté longtemps, tel le centaure-écrivain du texte, à chercher " les mots pour le dire".
Est ce que ces mots existent?
Il existe en tout cas une imposante littérature du deuil . Et dans celle-ci, beaucoup de livres , tous dignes d'intérêts, témoignant de la perte d'un enfant. Des parents qui ont cherché aussi à communiquer leur immense douleur.
Victor Hugo avait aussi écrit de la poésie , Demain dès l'aube, pour sa fille Léopoldine.
Un musicien s'exprimera par la musique , tel Mahler dans ses déchirants Kindertotenlieder.
Un écrivain cherchera les mots, d'autres ont creusé encore et encore dans toute leur oeuvre , et je pense à Philippe Forest,  l'incompréhension devant cette injustice suprême qu'est la mort d'un enfant.

Et puis il y a beaucoup de témoignages, David Grossman a reçu beaucoup de lettres de témoignages , et c'est peut être l'origine de ce conte tragique ," récit pour voix".

Un duché, avec son Duc et sa duchesse, un chroniqueur, la voix off, chargé de rapporter au Duc les actions des habitants.
Et puis un homme et sa femme. Cinq ans se sont écoulés depuis la mort du fils. Et, soudain, l'homme se lève et se met à marcher. Parce qu'il le faut.
La femme ne le suit pas, elle semble, elle, avoir parcouru pendant ces cinq ans, le chemin du deuil et ses étapes:
Mais nous nous le sommes promis
Nous en avons fait le serment
Nous serons, nous aurons le mal
De lui, il nous manquera
Et nous vivrons.
Alors que se passe-t-il, maintenant,
Que s'est-il passé tout d'un coup
Pour que tu déchires tout
Comme ça?"


Mais, à la suite de l'homme, d'autres voix se lèvent d'un peu partout dans ce Duché ( même celle du Duc, de sa femme et du chroniqueur de la ville..) et on s'aperçoit que ce lieu ne regroupe que des parents en deuil. Ils sont tous différents, s'expriment de manière différente ( tout n'est pas poésie, dans le texte) et ont chacun leur histoire. Dont ils n'ont pas pu parler. Et la parole d'un homme libère la leur, et cela devient un choeur, très dissonant au départ, mais comme dans tous les choeurs, leurs voix vont se rejoindre et se répondre, chacun trouvant à sa manière les mots pour le dire.
En fait, on retrouve très bien les cinq étapes du deuil , telles que décrites cliniquement:
La sidération, ou le déni: pendant 5 ans ( plus pour d'autres), ils n'en ont pas parlé.
La colère: l'homme se lève et part, le " ce n'est pas possible"
Le marchandage: les revoir, une fois..
La dépression: ici, la muraille à laquelle ils se heurtent
L'acceptation et la parole possible qui implique de réaliser :

"
Je veux apprendre à séparer
La mémoire
De la douleur. du moins en partie,
Autant que possible, afin que tout le passé
Ne soit pas à ce point imprégné de douleur.

"

Il faut accepter de se laisser porter par ce texte , déconcertant au départ, de l'arrêter, d'y revenir, il est vraiment déchirant. Et magnifique.
Un grand bravo aussi au traducteur,Emmanuel Moses.

récup


mots-clés : #psychologique
par Marie
le Jeu 26 Jan - 2:59
 
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Sujet: David Grossman
Réponses: 7
Vues: 510

Chang-rae Lee

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 6 40743_10

Les sombres feux du passé

Monsieur Hata est l'incarnation même du rêve américain. Japonais d'origine coréenne, il est parvenu à s'intégrer parfaitement dans la petite ville de Bedley Run, où il est un  commerçant respecté et  l'heureux propriétaire d'une maison cossue qui suscite bien des convoitises. Vient l'heure de la retraite, et avec le désœuvrement, de l'introspection. L'occasion pour le vieil homme de se pencher, par exemple, sur la place qui est la sienne dans cette ville  où il a tant œuvré pour  se faire accepter :

Même avec une cheminée couverte de cartes de vœux, je sens que la mémoire collective est ici plus courte que je n'aimerais le croire, et s'abrège de plus en plus. De « ce bon docteur Hata », je suis devenu « ce brave retraité », pour passer à « qui est donc ce vieil Asiatique ? », phrase  que j'ai entendu chuchoter l'été dernier pendant que je payais à la caisse du nouveau restaurant de Church Street – remarque sans malice ni vilain préjugé, mais qui m'a tout de même laissé perplexe. Car, quoique je sois convaincu que ce genre de triste effacement atteint n'importe quel homme ou femme qui vieillit, même ceux qui avaient une certaine position dans la ville, je commence à soupçonner que, dans mon cas, il ne s'agit pas seulement de l'érosion du temps et de la place qu'on attribue à la vieillesse dans la vie moderne, mais plutôt du fait persistant et immuable de ce que je suis, sinon de qui je suis ; de la simple permanence de mon visage.


Certains événements que je ne dévoilerai pas vont ouvrir la vanne des souvenirs que Monsieur Hata gardaient soigneusement enfouis,  lézardant le masque des apparences  et nous révélant un être infiniment plus complexe qu'il ne le laissait paraître.
Pourquoi cet homme, célibataire endurci, a-t-il voulu à toute force adopter une petite coréenne ? Une petite Sunny que, malgré sa coupable indulgence, il n'est jamais parvenu à apprivoiser tout à fait, assistant impuissant à l'inexorable délitement de leurs relations... Une plongée dans les errements les plus graves de l'adolescence qui nous est narrée par un père à la fois totalement impliqué et bizarrement détaché ; sentiment de lectrice que je peine à retranscrire…

Le retour sur lui-même qu'effectue cet homme est un récit grave, douloureux, tendre aussi, traversé de beaux moments d'humanité. Infiniment poignant dans sa retenue. Avec lui le lecteur plonge au plus profond des souvenirs, jusqu'à se retrouver confronté à toute l'horreur des comportements humains en temps de guerre. L'attente de la défaite dans un camp d'hommes à cran, incapable désormais de cacher leurs déviances et leur cruauté...
C'est là, auprès de soi-disant volontaires qui n'étaient en fait que des femmes arrachées à leurs familles pour servir, dans les pires conditions, de filles à soldats,  que le lecteur finira par débusquer le nœud du problème, l'événement autour duquel il tournait depuis de nombreuses pages, l'évidente source de bien des comportements futurs de Monsieur Hata…

Les questions que le lecteur se pose, de plus en plus nombreuses au fil des pages, sur cet homme qui toute sa vie chercha à se faire accepter et à réparer quelque chose, trouveront en partie leur réponse dans ce récit triste et tendre comme l'est la vie. Mais la vérité des êtres nous échappe ; jusqu'au bout, Monsieur Hata et Sunny conserveront  une part de leur mystère…

Une lecture très riche et très forte que celle de ce livre.

Au fond, mon désaccord avec Mary Burns – ou son désaccord avec moi – tenait à ce que, malgré ma décision de rester célibataire toute ma vie, j'aie continué de tergiverser dans mes idées et dans mes actes, au point même de lui demander un soir si elle ne voulait pas vendre sa maison pour venir s'installer chez moi. Nous étions assis l'un près de l'autre dans le salon, devant une bonne flambée, en sirotant notre thé coutumier. Quand je lui ai déclaré ça, elle a soudain posé sa tasse, son expression d'habitude impassible s'est d'abord figée d'étonnement puis s'est illuminée de joie, et j'ai compris alors que j'avais fait une énorme bourde. Dans le silence qui a suivi, j'ai pressenti la décomposition, une crise froide et grave, comme si quelque chose était en train de mourir dans un coin de la pièce, invisible, et sans un mot. Je n'ai cependant pas retiré ma proposition, ni sur le moment, ni les jours suivants, mais je ne l'ai pas renouvelée ; j'espérais simplement qu'elle viendrait peu à peu à expiration. Et bien sûr elle a expiré, sans autre discussion, et presque de la façon que j'aurais souhaitée.


(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #immigration #psychologique
par Armor
le Mar 24 Jan - 17:27
 
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Sujet: Chang-rae Lee
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David Grossman

Une femme fuyant l'annonce

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Ora, une femme séparée depuis peu de son mari Ilan, quitte son foyer de Jérusalem et fuit la nouvelle tant redoutée : la mort de son second fils, Ofer, qui, sur le point de terminer son service militaire, s’est porté volontaire pour « une opération d'envergure » de vingt-huit jours dans une ville palestinienne. Comme pour conjurer le sort, elle décide de s’absenter durant cette période : tant que les messagers de la mort ne la trouveront pas, son fils sera sauf. La randonnée en Galilée qu’elle avait prévue avec Ofer, elle l’entreprend avec Avram, son amour de jeunesse, pour lui raconter son fils. Elle espère protéger son enfant par la trame des mots qui dessinent sa vie depuis son premier souffle, et lui éviter ainsi le dernier.

À travers le destin bouleversant d’une famille qui tente à tout prix de préserver ses valeurs et ses liens affectifs, l’auteur nous relate l’histoire de son pays de 1967 à nos jours et décrit avec une force incomparable les répercussions de cet état de guerre permanent sur la psyché des Israéliens, leurs angoisses, leurs doutes, mais aussi la vitalité, l’engagement, et l’amour sous toutes ses formes.  


Dès le prologue, on constate une puissance narrative, David Grossman ne fait pas qu’écrire et conter, il transbahute son lecteur sur un terrain miné qui tord les tripes. Il ressort de chaque personnage une extraordinaire humanité, une sensibilité singulière, un esprit divin.   Je n’ai pu me détacher de ce chef d’œuvre à la construction si parfaite qu’elle en est bien rare. Comment aborder le conflit Israélo-Palestinien sans tomber dans une gigantesque lourdeur ? C’est un homme ayant perdu son enfant tombé au Liban qui nous offre ce texte colossal, sans trébucher dans le sentimentaliste, juste un hymne admirable, une éloquence  de toute beauté. Un conflit abordé au travers d’une mère, Ora, fuyant de chez elle afin d’éviter l’éventuelle annonce des messagers de la mort alors que son fils s’est porté volontaire pour se battre, une manière de conjurer le sort  ne pouvant se résoudre à l’attendre. Pas d’annonce, pas de mort. C’est en ayant le ventre lacéré par ses entrailles que débute une élégie maternelle lors de son voyage en Galilée avec l’un de ses  amours de jeunesse, une introspection du destin de trois personnes brutalisées par un combat survivant dans la noirceur des sévices moraux et physiques. Ora  ou l’aura absolue, souveraine dans son royaume d’Israël fait de cendres et de  poussières, d’une force  admirable, les étincelles  d’une souffrance immarcescible. De cette guerre qui consume, incendie les âmes, calcine les espérances jaillit ce roman flamboyant , éblouissant.
Un livre  monumental et d’une profonde maîtrise dont on ne ressort pas indemne face à l’évidence que la guerre coule dans les veines, nourrit dès la plus jeune enfance  ceux d’une « terre promise », mais à qui ?


" En l’écoutant bredouiller des explications, les yeux baissés, Ora découvrit avec horreur que personne ne lui avait demandé de rempiler. Officiellement, il était libéré de ses obligations militaires et redevenu un civil. C’était son initiative, admit Ofer, le front buté, virant à l’écarlate, il n’allait pas manquer l’aubaine ! Pas question ! « Durant trois ans, j’en ai bavé pour me préparer à ce genre d’opération. » Trois années de barrages et de patrouilles, au cours desquelles il s’était fait matraquer à coups de pierres par les gamins des villages palestiniens ou des colonies, sans parler du fait qu’il n’était pas monté dans un tank depuis six mois, et maintenant, avec la déveine qui le caractérisait, il allait louper une expédition pareille avec trois unités blindées ! Il en avait les larmes aux yeux. On aurait dit qu’il lui demandait la permission de rentrer tard d’une soirée avec ses camarades de classe. Comment pourrait-il se prélasser à la maison ou se promener en Galilée pendant que ses camarades iraient au casse-pipe ? Bref, elle comprit qu’il s’était porté volontaire de son propre chef, pour vingt-huit jours."






mots-clés : #conflitisraelopalestinien #guerre #psychologique #voyage
par Ouliposuccion
le Mar 24 Jan - 17:23
 
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Sujet: David Grossman
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Paul Auster

Paul Auster
(Né en 1947)


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Paul Auster est un écrivain américain né le 3 février 1947 à Newark, New Jersey, aux États-Unis. Une partie de son œuvre évoque la ville de New York, notamment le quartier de Brooklyn où il vit. D'abord traducteur de poètes français, il écrit des poèmes avant de se tourner vers le roman et à partir des années 1990 de réaliser aussi quelques films. L'œuvre de Paul Auster se situe dans le mouvement du post-modernisme. Il est par excellence l'écrivain du hasard et de la contingence. Il traque au quotidien les bifurcations issues d'événements apparemment anodins. C'est ce que racontent La Musique du hasard, et surtout Léviathan dans une exceptionnelle scène centrale. Son style en apparence très dépouillé, travaillé au fil de ses œuvres poétiques, cache une architecture narrative complexe, faite de digressions exagérées, mais toujours pertinentes, d'histoires dans l'histoire et de trompe-l'œil (Le Noël d'Auggie Wren).  Il décrit aussi la perte, la dépossession, le rapport à l'argent, l'errance (dans Moon Palace, le personnage principal se nomme symboliquement Marco Stanley Fogg). Il s'interroge aussi sur l'identité, notamment dans la Trilogie new-yorkaise où l'un des personnages (qui n'est pas le narrateur) porte son nom, dans Léviathan, dont le narrateur a ses initiales (Peter Aaron) et rencontre une femme nommée Iris (anagramme du prénom de sa propre épouse Siri), ou dans La Nuit de l'oracle et Dans le scriptorium, dans lequel un personnage porte le nom de Trause (anagramme d'Auster).



Ouvrages traduits en français :

Trilogie new-yorkaise
1. La Cité de verre,  City of Glass, 1985)
2. Revenants,  Ghosts, 1986)
3. La Chambre dérobée,  The Locked Room, 1986)

Romans indépendants
Fausse Balle,  (Squeeze Play, 1982)
Sous le nom de Paul Benjamin.
Le Voyage d'Anna Blume,  (In the Country of Last Things, 1987)
Moon Palace,  (Moon Palace, 1989)
La Musique du hasard, (The Music of Chance, 1990)
Léviathan, (Leviathan, 1992)
Mr. Vertigo,  (Mr. Vertigo, 1994) : Page 2
Tombouctou,  (Timbuktu, 1999)
Le Livre des illusions, (The Book of Illusions, 2002) ; Page 5
La Nuit de l'oracle,  (Oracle Night, 2003)
Brooklyn Follies,  (The Brooklyn Follies, 2005)
Dans le scriptorium, (Travels in the Scriptorium, 2006)
Seul dans le noir,  (Man in the Dark, 2008) : Page 2
Invisible, (Invisible, 2009) : Page 1
Sunset Park,  (Sunset Park, 2010) : Page 1, 6
Ici & Maintenant (correspondances) : Page 1
Excursions dans la zone intérieure 2014 : Page 5
4 3 2 1 , (2018) : Pages 2, 3, 4

màj le 23/10/2019


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Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 6 41qnxm10

Invisible  roman paru en 2009.

Du Paul Auster pur jus, remarquablement écrit comme toujours.

«New York, 1967 : un jeune aspirant poète rencontre un énigmatique mécène français et sa sulfureuse maîtresse. Un meurtre scelle bientôt, de New York à Paris, cette communauté de destins placés sous le double signe du désir charnel et de la quête éperdue de justice.»

Superbe variation sur L'ère du soupçon, Invisible explore, sur plus de trois décennies, les méandres psychiques de protagonistes immergés dans des relations complexes et tourmentées..." dixit la quatrième de couverture... Je ne saurais mieux dire, une remarquable construction narrative.  On suit avec un intense intérêt les aventures d'Adam, jeune étudiant séduisant et idéaliste confronté à un personnage cynique, Born, professeur en poste pour une année dans un établissement prestigieux et à sa compagne Margot , séduisante jeune femme dont il tombe vite sinon amoureux.... du moins sous le charme. Tous deux français, rencontré au cours d'une soirée...qui vont jouer un rôle certain dans son destin... On croit que tout est joué au fil du récit... et bien non... toujours une surprise... génial ! Smile


mots-clés : #psychologique
par simla
le Ven 20 Jan - 5:28
 
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Sujet: Paul Auster
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Conrad Aiken

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UN COEUR POUR LES DIEUX DU MEXIQUE
Edité par La Table ronde/La Petite Vermillon

Deux hommes et une femme quittent les États-Unis pour aller au Mexique. Ce roman est l'histoire de ce voyage.
Les deux hommes aiment cette femme depuis longtemps, mais les aléas de la vie l'ont écartée de leur existence sinon de leur mémoire.
Condamnée à mourir à brève échéance, elle décide d'aller au Mexique avec eux. Et ce voyage avec l'amour et avec la mort se transforme vite en cauchemar. Comme si la mort, délaissant les paysages avait déjà frappé les humains, les transformant en fantômes ou en zombies.

Ce qui m'a ému dans ce livre, c'est le portrait d'une femme comme il en existe de temps en temps dans la fiction comme dans la vie.

"... De type nordique, très blonde ; des yeux bleu gentiane, si ça peut vous dire quelque chose - les plus bleus que vous ayez jamais vus. Mais sur le plan prosaïque, on ne sait pas très bien la décrire, car ce qu'on remarque essentiellement dans son visage, c'est la mobilité, la luminosité. L'énergie et le courage. Son rire est simplement délicieux ; en riant, elle détourne toujours un peu, très peu, son visage, mais sans vous quitter des yeux, à la fois timide et éclatante. Elle est timide. Mais la timidité lui donne une brusquerie, une hardiesse charmantes. On sent en elle un besoin de regarder et de dire la vérité, d'exprimer ses sentiments et c'est ce qu' elle fait. Mon Dieu quelle sincérité ! J'ai souvent pensé, vous savez, qu'elle est l'être le plus transparent que j'aie... Mais en fait la chose la plus étonnante chez elle, et pourtant évidente en même temps, c'est qu'elle fait partie de ces êtres rares qu'on ne peut s'empêcher d'aimer, tout simplement."

Et puis il y a dans ce livre une intensité dramatique à cause de la mort attendue, et de la révolte et de l'amertume des survivants.
Ce livre-là est romantique et les sentiments évoqués deviennent merveilleusement crédibles sous les yeux fascinés du narrateur…

(Message récupéré)

mots-clés : #psychologique #voyage
par bix_229
le Mer 11 Jan - 16:30
 
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Sujet: Conrad Aiken
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Thomas Savage

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LE POUVOIR DU CHIEN

Publié aux États-Unis en 1967, et resté étrangement méconnu pendant des décennies, la redécouverte d'un chef-d'oeuvre de la littérature américaine contemporaine et d'un roman emblématique du catalogue Belfond. Grand sondeur des méandres tortueux de l'âme humaine, Thomas Savage retrace la lente dégradation des relations entre deux frères issus d'une riche famille d'éleveurs du Montana, dont le quotidien rude et laborieux est soudain bouleversé par l'arrivée d'une femme.

« Les ombres de Steinbeck et de Tennessee Williams planent dans le ciel de Thomas Savage et l'Ouest, le vrai, est une nouvelle fois terre de littérature. »
Pierre Sorgue, Télérama

En évoquant la lente dégradation des relations entre deux frères, que vient troubler l'arrivée d'une femme, Thomas Savage signe un huis clos d'une rare intensité psychologique, un western littéraire d'avant-garde qui scandalisa la critique lors de sa sortie en 1967 pour avoir porté atteinte au mythe du rude et viril cow-boy de l'Ouest.
Inexplicablement resté dans les limbes de l'édition pendant de longues décennies, redécouvert à la fin des années 1990, Le Pouvoir du chien est aujourd'hui reconnu comme un chef-d'oeuvre de la littérature américaine du xxe siècle.
À lire ou à relire d'urgence.

Belfond

J'ai lu tout ce qui était traduit de Savage, c'est peu. Et c'est depuis plus de dix ans.
Souvenir très positif de ce livre.


mots-clés : #identitesexuelle #psychologique
par bix_229
le Mar 10 Jan - 17:04
 
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Sujet: Thomas Savage
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Claudia Piñeiro

Elena et le roi détrôné

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 6 Image310

Pour une fois, j’en veux à Actes Sud. Ce roman n’a rien d’une littérature policière, contrairement à ce que dit le 4ème de couverture. Et le titre français est un abus, voulant donner un autre ton au livre que le titre original « Elena sabe » (Elena sait) .
On comprend que « Elena et le roi détrôné » avec  un air de tragédie antique, ait séduit pour ce livre qui parle de vie et de mort, de dette et de filiation. (Il s’explique par le cerveau d’Elena qui est « un roi détrôné, qui ne s’est pas aperçu qu’il ne gouvernait plus »).

Mais  lire le livre à la lumière du titre original lui donne un sens plus prosaïque, plus humble,  qui ne me déplaît pas. Elena sait . Elena est quelqu’un qui sait, quelqu’un qui ne questionne pas (ou mal), et avance. Elle est atteinte de maladie de Parkinson. On la suit au fil d’une journée, les assaut de la maladie rythmés pas les prises de médicaments, lesquelles accordent un répit. Claudia Pineiro nous livre une description scrupuleuse, quasi obsessionnelle de la maladie qui envahit le corps, fige tous les instants en un combat toujours recommencé, amène Elena à des ressassements taraudants. Elena est à la merci de la maladie, ce démon « cette salope » dit-elle, qui lui dicte une vie réduite à s’observer.

Au-delà de l’émotion que peut donner cette description d’un quotidien impitoyable, Elena est donc quelqu’un qui sait. Ou plutôt qui croit savoir. Elle croit savoir que sa fille Rita, n’est qu’une catholique froide et revêche, sans affect et sans vie personnelle. Qu’elle ne peut donc pas s’être suicidée, pendue au bout d’une corde à une poutre de l’église comme le prétend la police. Elle croit savoir qu’Isabel, qu’elle a  empêchée d’avorter il y a vingt ans de cela, lui doit une fière chandelle. Et qu’elle ne peut lui refuser de l’aider à prouver « l’innocence »  de Rita. Que d’ailleurs la maladie lui donne ce droit d’exiger. Elle va apprendre au bout d’un long voyage en train puis en taxi à travers la ville, mené avec obstination malgré la maladie, que la vie n’est pas toujours ce que l’on croit, que les droits, les devoirs et l’amour ne se commandent pas, ne se décident pas unilatéralement.

Ce livre propose une description de l’intérieur de la maladie de Parkinson, vraiment bien rendue , mais aussi des ravages de toute maladie (le handicap, la culpabilité, la honte, la dépendance, mais aussi l’arrogance que cela donne parfois). Mais aussi une histoire de vie et de mort, d’amour mal exprimé, de vengeance peut-être face à une vie qui n’a pas donné tout ce qu’on en attendait.
Une héroïne qu’on suit à petits pas, comme elle marche elle-même , qu’on découvre peu à peu, qui, butée et déterminée, veut vivre, quoi qu’il arrive,  et est prête à beaucoup pour cela, même à certains mensonges. On apprend dans ce livre qu’à trop savoir, on se trompe souvent.

(commentaire récupéré)



mots-clés : #psychologique #pathologie
par topocl
le Sam 7 Jan - 10:15
 
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Sujet: Claudia Piñeiro
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Milan Kundera

L'insoutenable légèreté de l'être

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 6 Image277

Quand on me met dans les mains un livre avec l'amicale injonction « Lis-le ! », même si je n'aime pas, je fais  toujours un effort pour trouver quelque chose qui rattrape le reste. Mais là... je dois dire que c'est au-dessus  de mes forces. Cherchant à rester polie, je dirai que j'ai dû zapper des choses, ne pas comprendre ou... je ne sais quoi. J'ai trouvé ce livre excessivement cérébral. Kundera a des idées, exprime en permanence des théories , souvent vaseuses, une espèce de truc qui se veut philosophique et prend le dessus sur le roman (vivrait-on pareil si on avait une deuxième chance, cette fameuse opposition entre légèreté et pesanteur, qui se continue dans l'opposition entre la merde et le kitsch, le rôle du hasard dans nos vies, l'animal n'est-il pas meilleur que l'homme...) On alterne entre le primaire et l'incompréhensible vaguement provocateur. Il crée des personnages pour illustrer ces théories, montrer tout le poids de ces interrogations profondes . Seulement ces personnages sont des fantoches dont les rêves sont lourdement démonstratifs . Eux aussi totalement cérébraux et leurs sentiments ne sont que des théories . Par exemple pour justifier que Tomas multiplie les aventures alors que sa femme, le grand amour de sa vie, le voudrait fidèle, Kundera justifie les choses ainsi :

C’était donc non pas le désir de volupté (la volupté venait pour ainsi dire en prime) mais le désir de s'emparer du monde (ouvrir au scalpel le corps gisant du monde) qui le jetait à la poursuite des femmes.


C'est mieux que de dire qu'il baise à droite et à gauche, non ? Kundera se prend considérablement   au sérieux dans une certaine philosophie de bazar, est souvent péremptoire.

Le temps humain ne tourne pas en cercle mais avance en ligne droite. C'est pourquoi l'homme ne peut être heureux puisque le bonheur est désir de répétition .


Car les questions vraiment graves sont celles – et celles-là seulement -  que peut formuler un enfant.


Ah, bon ?

Il décrit des situations sans construire un vrai roman, tout cela m'ennuie et m'irrite alternativement, me lasse définitivement, d'autant que la distance factuelle de son écriture donne souvent un texte d'une platitude qui frise  le médiocre. Une ou deux autres citations où il échappe à cette platitude, touche au pompeux, mais, est-ce meilleur?

Les cuvettes des waters moderne se dressent au-dessus du sol comme la fleur blanche du nénuphar.


Le héros beethovénien est un haltérophile soulevant des poids métaphysiques.


(commentaire récupéré)


mots-clés : #psychologique
par topocl
le Jeu 5 Jan - 11:37
 
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Ernest Gaines

Le nom du fils

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 6 Index213

Le révérend Philipp Martin, la soixantaine empâtée, bon père, bon époux, belle maison, est unanimement respecté par ses paroissiens et par tous les habitants de Saint Adrienne, les Blancs comme les Noirs, pour avoir construit, organisé, donné un poids réel au Mouvement des Droits Civiques local. Mais quand arrive son fils abandonné d'une première union, étrange, inquiétant, son ancienne vie de débauche lui revient en pleine figure, une paternité honteuse le bouleverse, le doute s'installe et tout s'effondre : la famille, la foi, les amis, l'engagement :

J'étais rien qu'une de ces brutes épaisses, capable de tricher, de voler, de tuer, mais pas de tenir debout, d'être responsable, de vous protéger, toi ou ta mère. Ils nous avaient mis ça dans la tête depuis le temps de l'esclavage.


Le roman commence de façon très prenante dans cette petite ville, la nuit, sous la pluie, par un homme inconnu qui débarque ici sans vouloir communiquer, un désir de vengeance chevillé au corps. On se croirait dans un western, mais non, ce n'est pas d'action que l'on va parler, mais bien de culpabilité, de rédemption et de pardon, dans cette vertigineuse  descente aux enfers d'un homme rattrapé par son passé.

Le récit se centre ensuite sur le pasteur, pris dans un marécage de remords et d'incompréhension, et on pense aux pièces de théâtre à thèse de Sartre ou de Camus : un homme bon, charismatique, traqué par sa conscience. Pièces de théâtre car il y a énormément de dialogues, et que le texte suit avec une précision obsédante les gestes, les déplacements, les contacts physiques entre les personnages, comme une espèce de didascalie géante  romancée . Gaines colle à la peau de son héros, tourne en rond, se noie avec lui (et nous avec) dans ses sables mouvants, et il faut accepter de prendre son temps, de revenir en arrière, de voir  les protagonistes se répéter, dans leurs paroles comme dans leurs non-dits. C'est une ambiance très troublante, étouffante par moment, un reflet terrifiant du tumulte qui s'empare de Philipp :

  Je suis en guerre avec moi-même, Adeline . En guerre avec mon âme. Depuis quelques jours je n'arrête pas de me poser des questions, et je ne rencontre que des doutes, sur tout.


On parle donc ici de liberté, de libre arbitre, de filiation et de paternité. Il faut aussi relever la place des femmes, ces personnages apparemment effacés, vouées au service de leurs hommes, maris ou enfants, (on est dans le Sud des années 70), mais qui au final  sont la source de tout, en particulier de l'élan vital et du pardon : elles sont la source et le refuge. Car ce roman si sombre est un roman de foi, un roman qui croit en l'homme et sa capacité à se sauver lui-même.

(commentairé récupéré)


mots-clés : #psychologique #religion
par topocl
le Jeu 5 Jan - 11:36
 
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Sujet: Ernest Gaines
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Elena Ferrante

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 6 Poupye10


P
OUPEE VOLEE

"Le plus difficile à raconter, c'est ce que nous ne parvenons pas nous-mêmes à comprendre." Ainsi pense Leda, la narratrice, au début de ce roman. Après un séjour à la mer, elle a un accident de voiture. Elle dit à ses amis que c'était la faute au sommeil.

"Mais je savais bien que ce n'était pas la faute au sommeil. A l'origine, il y avait ce geste, mon geste privé de sens dont justement parce qu'il était insensé, je décidai tout de suite de ne parler à personne"...

Et, c'est ainsi que Leda est amenée à se pencher sur son passé et à essayer de comprendre pourquoi elle a eu ce geste insensé en apparence... Voler sur la plage la poupée d'une petite fille. Leda est enseignante, une intellectuelle et même si elle n'a pas lu Freud, elle sait que son geste n'est pas anodin.

À l'hôpital où elle a été admise, elle commence à fouiller dans sa vie. Au tout début, quand elle a entrepris volontairement de prendre sa vie en main. Dès l'enfance, elle a commencé à s'opposer à sa mère... Une mère belle, très belle, mais napolitaine ! Une culture populaire et très prégnante. Sa quête d' identité se poursuivra dans sa vie d'épouse puis de mère. Et enfin dans la séparation et le divorce d'avec son mari et l'éloignement de ses filles...

Leda se croit alors libre, enfin elle-même, mais le séjour qu'elle fait à la mer la met en présence d'une très jeune mère et de sa petite fille. Lui revient alors en boomerang, l'éducation de ses propres filles, leurs relations, leurs malentendus... Et sa vie à elle, ratée.

Inutile de raconter l'histoire... Une confession sans concession. Et qui va dévoiler tout ce qu'elle s'est caché jusqu'à présent. Un confession impudique et cruelle qui va l'obliger à libérer la violence contenue en elle. Elle n'en finit pas de creuser, encore et encore, parce qu'à creuser ainsi, on se rend compte qu'il n' y a pas de fond en vérité, mais seulement des ombres et des reflets trompeurs.

Leda prend conscience des rapports qui unissent et parfois de façon obsessionnelle, mère et enfants, ici mère et filles. Et de tous les sentiments contradictoires qui ne cessent d' affluer : culpabilité, reproches, amertumes, approches et demandes insatisfaites, tensions.

Le propos n'est pas dans ce roman de dire ce qu'il adviendra, mais seulement de se libérer d'un état de crise trop lourd à porter. Voilà un livre classique et remarquablement écrit, et qui m'a beaucoup appris sur les femmes... En tout cas, sur celle qui nous est présentée ici.


mots-clés : #famille #psychologique
par bix_229
le Mer 4 Jan - 20:01
 
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Sujet: Elena Ferrante
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Wajdi Mouawad

Anima

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 6 Image281

On se sent tout petit face à un tel livre, d’une telle ampleur, d’une beauté aussi déchirante, d'une violence aussi définitive.
Un livre que je ne saurais conseiller , tant il est cru et impudique, mais qui parviendra à’ s'y colleter sera payé en retour par une émotion qui laissera en lui une trace, qui n’est pas près de s’effacer. Il faut en être prévenu, et plus d'un abandonneront la lecture. C'est d'ailleurs une des questions que pose le livre : Mouawad a écrit un chef-d'oeuvre douloureux à la noirceur flamboyante, mais il est certain que ce qu'il gagne en majesté, que ses excès lyriques, vont lui faire perdre une bonne part du public. Ce que son message gagne en force risque de n'être accessible qu'à un petit nombre  – et il en est de même dans le choix de ne pas traduire les dialogues prononcés en anglais, même en note, qui a un petit coté élitiste gênant.

Les premières pages décrivent le meurtre atroce de Léonie. Quand son mari découvre son corps violenté, cela déchaîne en lui l’émergence d'un déchirement refoulé et inexploré que Wahhch Debch n'aura de cesse de ramener au jour, la révélation du traumatisme étant le passage obligé pour un possible retour à une vie plus normale. Ainsi Wahhch Debch, muré comme pierre dans sa douleur, étranger aux hommes qui l'entourent, part pour une errance à travers le Canada et les États-Unis, à la rencontre de son passé-destin (que je ne révèle pas mais qui le lie à l’histoire d’aujourd’hui dans ce qu’elle a de plus atroce, histoire des Etats Unis à travers la guerre de sécession et le destin indien, histoire du monde à travers la tragédie palestinienne). C’est une odyssée désespérée qui le mènera à la découverte de son propre sens dans un dénouement en apothéose cathartique d’une violence sauvage.

Cet homme est lié par une étrange communion aux animaux qu’il frôle et rencontre. Et ce sont eux, les animaux, chats et chiens familiers, chevaux, mais aussi oiseaux de passage, insectes, mulots…, étonnant chœur antique, qui se passent le relais pour raconter l'histoire, histoire d'un homme tellement désespéré des hommes que seuls les animaux peuvent le comprendre. Il ne s'agit pas là d'un anthropomorphisme niaiseux, mais d'une façon autre de voir notre monde et de le décrire. Eux seuls savent que :

 
le monde est vaste, mais les humains s’entêtent à aller là où leur âme se déchire.


Ce qui pourrait n'être qu'une astuce, un procédé, nous emporte dans des moments d'émotion littéraire intense. Le style de Mouawad alterne des enchaînements de petites phrases haletantes, sujet-verbe-complément, puis une envolée magique nous fait perpétuellement retourner sur le texte, pour mieux le savourer, en apprécier la portée.

Il faut donc savoir qu'on aborde un livre cruel, insistant dans cette cruauté humaine, souvent à la limite du soutenable, mais un livre totalement unique, bouleversant dans l'écriture, ouvert sur l'histoire et les racines, émerveillant dans une compréhension noire des hommes, crûment descriptif de leurs déchaînements les plus atroces. Mais pas un livre dont on redemande, on en sort épuisé : il prend justement sa valeur parce qu'il est totalement unique et qu’on va l’assimiler peu à peu, On se sent boa, digérant cette prose sublime et malfaisante qu'on a pris un plaisir farouche à avaler.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #psychologique #violence
par topocl
le Mer 4 Jan - 14:44
 
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Sujet: Wajdi Mouawad
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Knut Hamsun

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 6 Vagabo11

UN VAGABOND JOUE EN SOURDINE

Imaginez une un grand domaine agricole en Norvège au printemps.
Le narrateur de cette histoire est sensible à la beauté du lieu et du temps. Mais il aime aussi une femme qu'il a connue ici-même six ans auparavant.
Il a la cinquantaine à présent et se considère comme vieux, et c'est pour cela qu'il joue en sourdine.
C'est un errant, un vagabond qui ne s'est jamais fixé et qui se sent étranger partout. Peut-être parce que l'amour ne l'a jamais incité à s'arrêter.

C'est dans ce domaine que va se jouer un drame entre quatre personnes. Le propriétaire du domaine, sa femme, l'amant de sa femme et le narrateur.
Le mari est bon, généreux, intelligent. Il est amoureux de sa femme, mais c'est un amour non partagé et qui engendre les malentendus et la violence.
Le narrateur aussi est amoureux de la femme, mais il est trop tard pour lui aussi. Elle en aime un autre.
Et puis, il est loyal. Alors il se contente de la regarder et de se réchauffer à ses sourires.
L'amant est un homme futile et vaniteux. Mais il est jeune et riche... Et ça pose un homme parfois.
Le narrateur le décrit comme un jeune homme cambré et au gros cul !

Que se passe-t-il ? Toujours pareil, toujours la même chose...Ceux qui aiment ne sont pas payés de retour. Seul celui qui n'aime pas est aimé.
Et finalement, la femme ira retrouver son amant, mais mourra noyée en traversant un fleuve gelé.
Il y a dans ce roman quelque chose d'extraordinairement âpre, fait de douleurs, de non-dits ou de trop dits, de passions entravées ou impossibles.
On a l'impression que ces gens, du moins les trois, le mari, la femme et le narrateur se dessèchent vivants.
Et vivants, ils le sont les personnages de Knut Hamsun ! De quelle belle façon il parle de sensualité, d'érotisme, de frustration, de sentiments refoulés.

Qui est cette femme ? Qui est Loise ? Personne ne le saura. Elle change aux yeux du narrateur, selon qu'il espère, désire, adore ou désespère.
On a trop vite fait d'appeler ces femmes-là des Bovary! Et d' ailleurs qui peut savoir qui était Emma Bovary ?

Un vagabond joue en sourdine quand il atteint le demi-siècle. Alors il joue en sourdine. Je pourrais aussi exprimer cela ainsi : S'il arrive trop tard dans la forêt aux baies en automne, c'est qu'il est arrivé trop tard et si, un beau jour il ne se trouve plus en état de se montrer joyeux, c'est sans doute qu' il est devenu vieux, ne l'en blâmez pas!

Maintenant, j'ai pas mal vagabondé pendant ma vie, me voilà devenu bête et flétri.
Mais je n'ai pas la croyance perverse des vieillards d'être devenu plus sage que je ne l'étais. Et j'espère que je ne deviendrai jamais sage non plus. C'est un signe de décrépitude.

Il va de soi que j'aurais pu, moi aussi m'arrêter dans les lieux habités, il se serait bien trouvé un moyen, pour moi comme pour les autres qui ont estimé le moment venu de se fixer.


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mots-clés : #psychologique
par bix_229
le Dim 1 Jan - 19:14
 
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Sujet: Knut Hamsun
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