Des Choses à lire
Visiteur occasionnel, épisodique ou régulier pourquoi ne pas pousser la porte et nous rejoindre ou seulement nous laisser un mot ?

Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 6 Déc - 14:39

174 résultats trouvés pour psychologique

Sofi Oksanen

Baby Jane.

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 8 Sofi-o10

J'ai adoré ce livre, que j'ai trouvé vif, brillant, chatoyant jusque dans son tragique. Ça commence par l'amour de deux filles Piki et la narratrice, un amour merveilleux comme l'amour aux premiers jours.


   Nos rêves n'avaient rien d’irréaliste: c'était de jolies choses, petites et grandes, qui ne nécessitaient rien d'autre qu'une bien-aimée et assez d'amour, ce dont on avait à profusion. Il fallait aussi le désir de les réaliser, bien sûr, mais cela aussi on l'avait. On avait tout ce qu'il fallait pour accomplir ces choses. On irait à  Linnanmäki ; à un jeu de tir de massacre, Piki décrocherait un gigantesque animal en peluche, que je serais fière de porter toute la journée. On irait se promener dans la neige fraîche et on contemplerait nos traces de pas contiguës derrière nous. On ferait tout cela ensemble. Tout cela serait à nous.


Et puis, peu à peu, c'est la descente aux enfers. Les deux femmes sont dépressives, mais Piki encore plus gravement, avec des angoisses qui l'empêchent d'affronter le monde sans alcool, qui l'empêchent d'affronter le monde tout court. Cela devient peu à peu tragique : elles montent une vague entreprise qui vend des petites culottes usagées aux fétichistes par téléphone, l'enfermement devient prison, elles se déchirent, elles se quittent.  Et le tragique ne s'arrête pas là.

 
 J'étais incapable d'écouter Piki dans les moments où sa voix devenait petite et fragile, toujours plus fragile - et en fait c'était sa voix intérieure, la plus profonde. Un grelot affolé sonnant l'alarme. Un grelot au cou d'un chaton abandonné dans une forêt impénétrable. Et moi je ne l'entendais pas .



Tout cela peut paraître bien glauque. Ce n'est pas gai, c'est sûr, mais il y a une espèce de vitalité dans l'écriture de Sofi Oksanen, une détermination à lutter contre l'amour qui n'est pas parti, mais qui n'en peut plus de lutter contre l'adversité, une détresse combative, une sincérité courageuse, un émerveillement qui persiste face à cet amour « unique » quoique détruit, qui m'ont fait coucher un peu tard.

(commentaire récupéré)


mots-clés : #pathologie #psychologique
par topocl
le Mer 21 Déc - 11:43
 
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Sujet: Sofi Oksanen
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Sandor Marai

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 8 Marai110

METAMORPHOSES D' UN MARIAGE

On l'a dit, Métamorphoses d'un mariage, c'est l'histoire de trois personnages racontée par eux-mêmes...
Au soir de leur vie, ils disent ce qu'ils ont vécu, appris, essayé d'entreprendre, de comprendre et de maitriser.
Peu de choses en vérité.
Chacun a souhaité de toutes ses forces posséder ce qu'il n'avait pas et qui lui manquait tellement.
Croyait-il.
Et quand il l'a enfin obtenu, il ne le désirait plus. Histoire connue.

Ils ont finalement conclu tous les trois que la vie était un malentendu tragique, une mauvaise plaisanterie, une sorte de jeu absurde et cruel dont ils ignoraient les règles, et qu'ils ont finalement perdu.
Forcément.
L'impossibilité d'aimer. D'être aimé. C'est peut-être cet échec-là qui leur coûte le plus. Mais il est tard. Le temps est passé et l'Histoire par là dessus.
Reste un gout de cendre.

Ce roman est un grand roman parmi ceux de l'Europe Centrale, de Musil, Broch, Canetti, Svevo...
Un seul reproche personnel au roman de Marai.
Dans la mesure où le premier récit seul m'a paru crédible, je pense en tant que lecteur que l'artifice de faire raconter leur vie aux trois personnages principaux est une erreur qui déséquilibre un peu le livre...

Mais c'est personnel.

(Message récupéré)



mots-clés : #psychologique
par bix_229
le Mar 20 Déc - 18:17
 
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Sujet: Sandor Marai
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David Lodge

L'auteur ! L'auteur !

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 8 Image170


Ce livre est le second que je lis de David Lodge (après avoir lu il y a quelques semaines La vie en sourdine). J'en tire la même impression d'un livre extrêmement agréable à lire, vivant, bien écrit, avec de grandes finesses psychologiques, et qui sans en avoir l'air ne manque pas de proposer des voies de réflexion.

Il s'agit d'une présentation romanesque de la vie d'Henri James, auteur anglo-américain devenu un classique, dont je n'ai jamais eu l'occasion de lire aucun livre. J'ai pourtant notion qu'il s'agit d'un auteur assez classique, constituant une réelle référence dans la littérature anglophone. Lodge nous présente cet auteur, qui acquit à l'époque une certaine réputation dans le petit monde des écrivains londoniens, voire européens, mais n'a jamais connu de son vivant de réels succès publics. Il nous montre très astucieusement un homme convaincu de sa valeur, se vouant à la littérature, n'hésitant pas à s'imposer le célibat pour mieux remplir sa mission (ou cache-t-il derrière ces hautes aspirations une incapacité réelle à affronter l'amour ?). Et derrière cette image d'homme respectable, pas vraiment drôle, ambitieux, pointent, sans critique fondamentale mais avec un certain humour, des traits de caractère moins reluisant : une jalousie fondamentale, une petitesse qui l'amène à des compromissions, des mesquineries, des choses beaucoup moins élégantes que ce que l'on attendrait d'un grand auteur. C'est tout l'art de Lodge de bien montrer l'ambivalence de la personnalité d'Henri James, sans en faire pour autant un personnage antipathique, mais plutôt un homme de chair et de sang, avec ses faiblesses.

On trouve aussi à travers la destinée de cet homme, le succès qu’il ne trouve jamais, la honte qu'il ressent devant ses échecs, l'envie face aux réussites des autres, y compris ses amis les plus chers, une réflexion sur l'art, la réussite, la célébrité, la reconnaissance par le public, la vanité…

C'est aussi l'occasion de croiser des figures de la littérature comme Oscar Wilde, Maupassant, Du Maurier (l'auteur du célébrissime Trilby qui enchanta ma grand-mère…), Agatha Christie quand elle avait 5 ans… Tout un monde du passé qu'on voit évoluer avec un plaisir extrême.

Une agréable lecture, une époque et des mœurs à découvrir, un auteur qui confirme un brio intelligent et charmeur.

(Commentaire récupéré)


mots-clés : #biographie #psychologique
par topocl
le Mar 20 Déc - 13:52
 
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Sujet: David Lodge
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Shashi DESHPANDE

Tu as raison, bix, Shashi Deshpande est un auteur important pour moi, surtout depuis que j'ai lu Petits remèdes, qui fut un immense coup de coeur. Ma lecture est assez ancienne désormais, mais j'ai tout de même tenté un petit commentaire à partir de mes notes.


Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 8 510tim10

Petits remèdes

Anéantie par la mort violente de son fils de 17 ans, Madhu est une femme au bord du gouffre, murée dans le silence. La compassion, les tentatives de réconfort ne sont pour elle qu'une souffrance supplémentaire. Aussi, lorsqu'on lui propose de s'exiler quelques mois pour rédiger la biographie de Savitribai, grande interprète du chant classique indien qu'elle connut dans son enfance, accepte t'elle avec empressement.

Cette biographie est à la fois un échappatoire, et un prétexte à l'introspection. Comment, en effet, survivre à son enfant ? Comment trouver en soi les ressources pour continuer, alors que tous les "petits remèdes", gris-gris et autres prières, ne sont pas parvenus à le maintenir en vie ? Comment, lorsque l'on se rend responsable du drame ? Lorsqu'on ne parvient plus regarder son mari, "miroir de sa propre douleur" ? Lorsqu'enfin, dans ce pays aux multiples langues où le silence n'existe pas, l'on n'a plus de mots ?

Plongée en elle-même, Madhu est aussi confrontée à la vague de ses souvenirs. Les destins des multiples personnages de sa vie dessinent en creux les contours d'une Inde qui se cherche encore,  entre violences inter-religieuses, progrès et régression du statut des femmes, et incommunicabilité entre les êtres… Le lecteur, au départ un peu dérouté, voit peu à peu le puzzle prendre forme et les caractères se révéler dans toute leur complexité : les plus lumineux d'entre eux recèlent aussi leur part d'ombre…

De livre en livre, Sashi Deshpande explore encore et toujours les mêmes thèmes : femmes en souffrance, en révolte, en reconstruction, selon une trame quasi inamovible qui n'exclut pas de multiples nuances. Deux portraits émergent particulièrement de ces Petits remèdes :
ll y a Savitribai, chanteuse classique adulée s'accrochant désespérément à la légende qu'elle s'est forgée ; assumant d'avoir quitté mari et statut social pour suivre l'enseignement musical de son guru, mais laissant dans l'ombre la part la plus intime d'elle-même.
Et puis il y a Leela, femme engagée, en lutte pour l'indépendance de son pays d'abord, pour une amélioration du sort des ouvriers de Bombay ensuite. Soutien et confidente de Madhu ; amoureuse éternelle de Joe. Définitivement libre.
Deux femmes d'exception, qui auront assumé au grand jour leur rejet des conventions bien qu'en Inde plus qu'ailleurs, la liberté des femmes ait un prix…

La reconstruction de Madhu sera longue. Mais malgré l'infinie tristesse qui sourd en permanence de ce texte, sa lecture ne m'a jamais paru pesante. Les questionnements des femmes de ce roman, leur lutte pour trouver une place en ce monde sans trop sacrifier au bonheur personnel, ne peuvent qu'entrer en résonance avec le lecteur. En ce sens, Shashi Deshpande a réussi la prouesse d'écrire un livre à la fois profondément indien et totalement universel. Du grand art !

(Ancien commentaire _très_ remanié)


mots-clés : #famille #mort #psychologique
par Armor
le Lun 19 Déc - 20:35
 
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Sujet: Shashi DESHPANDE
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Ian McEwan

L’intérêt de l’enfant

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 8 Produc26

Originale : The children act, Anglais, 2014

CONTENU :
Fiona Maye est une juge respectée à la Haut Court de Londres, connue pour sa méticulosité, son sérieux. Depuis plus de trente ans elle est mariée avec Jack, un professeur d'histoire. Un couple jusqu'à là harmonieux, mais un peu distant récemment. D'un coup il demande sa bénédiction pour une affaire extraconjugale, ne trouvant pas assez d'activité dans son couple…

Juste dans ce moment Fiona est confrontée à un cas spécial et urgent : un garçon de 17 ans, souffrant de leucèmie, aurait urgemment besoin d'une transfusion sanguine. Mais lui et sa famille, témoins de Jéhova, réfusent pour des raisons réligieuses. Mais sans cela il mourra atrocement. Resteront juste 24 heures pour la juge d'émettre un jugement…
(avec des éléments de l'éditeur pour la version allemande)

REMARQUES :
Donc, on trouvera apparemment deux niveaux de narration parallèles : la situation personnelle de la juge dans les tensions actuelles de son couple d'un coté, et puis de l'autre, son travail comme juge devant un tribunal. On pourrait alors se demander à quel point éventuellement le personnel dérangera la sphère professionnelle, et vis-versa, si la vie professionnelle ne constitue pas un poids trop grand dans sa vie de couple, l'empêche à être présent.

A mon avis on trouvera une interaction beaucoup plus fine et étendue entre ces deux niveaux dans ces premiers chapitres. Quelques remarques sur ce sujet :
Quand dans une première partie (quasiment comme une présentation du travail de Fiona) nous sont racontés des cas différents, pointus, il s'agit pas juste de juger des situations d'une façon finale ou de nous présenter des devinettes éthiques à partir desquelles nous serions invités à nous former une opinion sur des sujets délicats.

Dans ces cas précis, presque toujours, on raconte des refus de gens d'accepter une certaine façon soit disant normal à procèder, à cause de certaines idées et convictions traditionelles sur un bien supérieur et une autre forme de bien-être en accord avec ces principes. Au même moment nous est raconté la situation de Fiona, apparemment si détachée, cultivée etc, comment elle arrive – certes à cause d'autres motivations et dans un autre cadre – aussi à énoncer une position catégorique, un refus presque incompréhensible d'aller à l'encontre de son mari… Elle risque un bien à cause d'une autre référence. Et – aussi parallèlement à des gens des cas exemplaires – elle menace même d'exclusion l'autre (ici son mari). Cette mise en dehors de l'autre va dans le roman jusqu'au point qu'elle changera littéralement les clés de portes (sans légalité aucune).

Voilà une présentation des choses incroyable : un comportement d'exclusion, voir une forme de dogmatisme (si on veut utiliser ce mot) trouve un terrain même en dehors de la stricte sphère réligieuse : à se demander si nous sommes pas tous potentiellement des « empêcheurs » du bien-être, et des possibles défendeurs de nos rigorismes moraux et autres ! Celle qui va juger dans le contexte du livre et qui a une certaine largeur de comprendre l'autre, fait des efforts d'empathies ou de compréhension, est en fait elle-même « emprisonnée » !

Et est-ce qu'elle sera capable d'émettre un jugement de l'extérieur, d'avoir le bien-être de l'autre comme souci, si elle ne regarde que de son point de vue de ce qu'est le « bien-être », et si elle refuse de remplir les trous énormes et existentiels qui s'ouvrent pour le garçon en question ?

Donc, il me semble que McEwan n'émet pas de jugements trop faciles sur des fondamentalistesA réligieux, il ne facilite pas des apriori. Tout cela, et le livre, me semblent plus fins. On y parle aussi de références néccessaires dans une vie (ou dangéreuses?), de sécurité, de certitudes, convictions, sens. Est-ce que je pourrais vraiment me mettre au dessus et proclamer que telle ou telle référence ne devrait pas compter ? Qui va remplir les espaces vides qui sont créés par la soit-disante libération des traditions vieillotes ? Espace de liberté ou abîme ?

Presqu'entièrement je ne pouvais qu'observer avec étonnement la capacité d'analyse de McEwan. Un livre très riche dont je n'ai encore rien dit avec ces lignes...


mots-clés : #psychologique #religion
par tom léo
le Lun 19 Déc - 17:42
 
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Sujet: Ian McEwan
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Ian McEwan

Samedi

[Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 8 Captur77

Un samedi "ordinaire", de l'insomnie matinale à l'endormissement collé contre son épouse, 24 heures de la vie d'un homme , neurochirurgien performant, mari amoureux, fils dévoué, père aimant, 24 heures où apparaissent et grandissent au fil des heures les failles d'un homme , ses errances, et où explosent ses vagues certitudes.

Dans un récit à la précision quasi obsessionnelle , Ian McEwan raconte comment Henry Perowne, pour qui « Tout est sous contrôle », dans le contexte d'une époque «perplexe et inquiète » (l'après 11 septembre), voit sa routine bienheureuse se gripper, confrontée à la chose publique et aux interrogations qu’elle génère, et à diverses péripéties privées. Peu à peu « la confusion le gagne », se posent les questions du destin, du hasard et du choix.

Insensiblement, cet homme qui commence le récit comme « un roi, immense, accommodant, invulnérable, [qui] veut bien dire oui à tout projet empreint de chaleur et de bienveillance » , au fil des heures, « se sent faible et ignorant, effrayé par la vitesse à laquelle les conséquences d'une action peuvent vous échapper et engendrer de nouveaux événements, de nouvelles conséquences, jusqu'à vous mettre dans une situation que jamais vous n'auriez imaginée ni choisie »

Mécanique factuelle implacable, récit au suspense progressif, frisant parfois, mais plutôt élégamment, la caricature, Samedi nous confronte, dans un monde hostile et angoissant, aux abîmes de nos fragilités comme à nos aveuglements, et sasn la condamner pour autant, à notre défense mesquine et désespérée d'un bonheur personnel égoïste.


  « Quand on se focalise sur les grands problèmes, la situation politique, le réchauffement de la planète, la pauvreté dans le monde, tout paraît vraiment épouvantable, sans aucune amélioration en vue, sans aucun espoir auquel se raccrocher. Alors que si je change d'échelle, que je pense aux petites choses de la vie – comme la fille que je viens de rencontrer, la chanson que je prépare avec Chas ou la perspective de faire du snowboard le mois prochain, tout s'éclaircit. Elle sera donc ma devise : « Voir les choses en petit. »


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #psychologique
par topocl
le Lun 19 Déc - 13:23
 
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Sujet: Ian McEwan
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Cees Nooteboom

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 8 Captur82

Arnold Peters, un Hollandais d' une trentaine d' années marche dans les rues de Ginza, le quartier des affaires de Tokyo. On est au début des années 80.
Il en est à son cinquième  et dernier séjour au Japon. Et le photographe qu' il est,  aimerait emporter une image du pays qu'il aime.
Mais il a l'impression que ce pays a disparu au profit d' un autre, occidentalisé et sans authenticité.

Il fait la connaissance d'une femme, un modèle pour photographes, et il décide de faire une série de photos avec elle.
Ce sera beaucoup plus que cela. Une pasion dévorante, cruelle, morbide, destructrice.
Il aimera à la folie - c'est bien le mot qui convient - cette femme qui lui échappe dans  l'acte amoureux lui-même. Qui lui échappera toujours. Même dans le sommeil.
Il fera plusieurs séjours au Japon pour la revoir et leurs rapports resteront tout aussi  dévorants que frustrants.
Enfin pour lui. Jamais il ne parviendra à la convaincre de l'accompagner. Ni comprendre vraiment pourquoi elle refuse.

Il perdra son temps, son argent, son métier, hanté à tout jamais par cette passion incandescente, mais inoubliable.
Que dire de plus sur cette histoire d'amour, de volupté, de chagrin et de mort, sinon qu'elle est remarquablement écrite.
Pour le reste, on le sait, "la beauté est toujours étrange" et les amours véritables souvent cruelles.

"Entre eux, l'amour était un acte généralement silencieux mais jamais sans... comment dire ? sans danger. Aucun être ne lui avait fait éprouver ce sentiment de menace, le défi d' une fureur guerrière intimement mêlée à d'incompréhensibles témoignages amoureux et à des caresses camouflées en morsures. P. 22

Arnold Pessers ne pouvait regarder une photo sans y penser : rien ne le fascinait plus que des photos d'inconnus prises par d'autres inconnus, surtout si elles étaient suffisamment anciennes pour qu'on put avoir la certitude que tous les intéressés étaient morts. Et parfois il avait la conviction absolue, infaillible, d'être lui-même en train de produire un de ces clichés, une image, qu'un jour, quelque part, un passant indéfini découvrirait sur un étal de marché aux puces ou dans une boutique. P. 51

Cette nuit-là commença la seule véritable histoire d' amour de sa vie. Lorsque plus tard il voulait en parler à  des amis, il s'apercevait chaque fois que ces sortes de choses ne se laissent  approcher qu'en termes élémentaires, et ce sont ceux qui suscitent le plus le rire ou l'incrédulité. Mais cela n' y changeait rien. C'était une passion qui le consumerait jusqu' aux moelles et effacerait tout l' avenir et le passé."..P. 55

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mots-clés : #psychologique
par bix_229
le Sam 17 Déc - 18:04
 
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Sujet: Cees Nooteboom
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Jonathan Franzen

Les corrections

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 8 Image135

Cette histoire d'une famille ordinaire du Midwest où ils sont tous plus paumés les uns que les autres.

Tu vois quelqu'un qui a des enfants, dit-elle, et tu vois combien il est heureux d'être père, et tu es attiré par ce bonheur. L'impossibilité est attirante. Tu sais, la sécurité des impasses.


D'abord le père, figure fondatrice, Paranoïaque Psychorigide Puritain, qui croit que transmettre son amour à sa femme et ses enfants c’est leur apprendre que ce monde est dégueulasse et que le devoir prime sur le plaisir.

L'étrange en vérité au sujet d'Alfred était que l'amour, pour lui, n'était pas une affaire de rapprochement mais de distance.


Sa femme essaie timidement de combler certains trous laissés par cette éducation et appelle surtout maladroitement au secours et à l'amour de tous côtés sans vraiment recevoir de réponse. Poussés comme il le peuvent sur ce terreau bien mal préparé, les 3 enfants, évidemment, payent, chacun à sa façon, les pots cassés. Je laisse Jonathan Franzen  vous les décrire dans ce raccourci saisissant (c’est un de ses grands talents de savoir en dire autant en si peu de mots):

Les portables étaient en train de tuer les cabines publiques. Mais, contrairement à Denise, qui considérait les portables comme les accessoires vulgaires de gens vulgaires, et contrairement à Gary, qui non seulement ne les haïssait pas mais on avait acheté un à chacun de ses trois fils, Chip haïssait les portables principalement parce qu'il n'en possédait pas un.


Tous font preuve d'une tendance un peu névrotique à ne considérer que leurs propres problèmes, leur propre point de vue, et à ne jamais savoir lâcher.

Quand nous faisons leur connaissance, le père traîne un Parkinson bien évolué depuis des années, la mère est définitivement attendrissante tant elle est  insupportable. Ils comblent le silence en participant à une croisière pour retraités désœuvrés, et leur objectif premier est d'arriver à réunir leur petite famille pour une fête de Noël que chacun reconnaît comme étant sans doute la dernière.

Elle avait le pressentiment que la famille qu'il avait essayé de rassembler n'était plus la famille dont elle avait le souvenir-que ce Noël ne ressemblerait en rien aux Noëls d'antan.


De réunir chacun malgré les casseroles qu'il traîne derrière lui : échecs personnels, petites jalousies, rancœurs tenaces… Mais de réussir cependant une fête cordiale (si ce n’est chaleureuse) où s'épanouit enfin l'amour familial, indéniable mais toujours si mal exprimé…


(message récupéré)


mots-clés : #famille #psychologique
par topocl
le Sam 17 Déc - 16:06
 
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Sujet: Jonathan Franzen
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Rafael Chirbes

Les vieux amis

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 8 Images15


   Comme si je n'avais pas appris après tout ça que savoir et vivre sont incompatibles ; que savoir nous bousille la vie, nous lamine.


Dans leur jeunesse, du temps de Franco, ils participaient à des réunions de cellules, ils menaient des actions violentes ; ils sont même passés par la prison. On n'en saura pas beaucoup plus.

  Poussières d'étoile qui ont brillé un instant puis se sont éteintes.


Et là, la vie les ayant menés – malmenés ou choyés - chacun sur son propre chemin, ils se retrouvent dans un grand restaurant madrilène, du moins ceux qui ont bien voulu répondre à l’invitation.  Histoire de reconnaître :

"Qu'avons nous gagné ? Qu’avons nous perdu ? Nos illusions ? Salope de vie, non ?"  


Du repas, on ne saura pas grand chose, non plus. Car ce qui intéresse Chirbes, c'est ce qui se passe dans leur tête, l'un après l'autre. Cet enchaînement d'idées, de rétrospectives, de considérations parfois fumeuses. Cette litanie d'histoires ressassées. On est un peu perdu , d'ailleurs, on ne sait pas toujours qui parle, qui a épousé qui, quel métier fait tel autre. Quelle importance ? Ce qui compte ce sont à peine les individus, c'est cette amertume commune, ces regrets. Ceux qui portent beau, ceux qui ont souffert ou souffrent encore, ceux qui simulent la réussite : tous, amers , entre regrets, nostalgies et rancune. Rancune face à leur passé, où ils ont tant voulu tout changer. Et le changement est là, oui, sans doute. Pas celui qu'ils auraient voulu, mais d'une évidence telle que, paresseux, il n'ont su que trahir leurs illusions pour lui, pour son opulence, sa vulgarité, sa facilité. Qui sont si douces, pourtant....

   Le bel âge est passé. La bel âge où il semblait que nous allions vivre entourés d'art au lieu d'argent.


Qu'est ce qu'ils ont tant voulu dans leur jeunesse qu'il n'ont pas su trouver ? Qu'est ce qu'ils ont tant voulu  dans ces retrouvailles auxquelles ils n'ont su donner plus de sens ? Ont-ils réellement cru que cela suffirait à écarter les gigantesques solitudes dans lesquelles ils se sont enfermées ? Tant de douleurs sur le parcours, tant d'amitiés trahies, , tant de morts, tant d'amours dévastés, tant de mesquineries...

   Nous avons tellement changé, nous avons tellement peu changé.


C'est un livre incroyablement triste sur des vies mal vécues et vite passées, sur l'amer désespoir des illusions perdues. Car, comme les autres,  les anciens combattants de la révolution ont leurs faiblesses, leurs médiocrités, leur facilités. Mais la flamme qui continue à s’entretenir, bien cachée au fond d'eux même, éclaire ces petites compromissions d'une lueur bien cruelle.

   (…) que je lui raconte qui ils sont, mes camarades de jeunesse, ce que j'ai aimé, ce que j'ai cherché, ce que je n'ai pas su trouver et ce que j'ai perdu, parce que c'est ce que je veux raconter,  qu'en plus de la maturité j'ai moi aussi, en moi, une parcelle de jeunesse, les vieux ont tout, sous un emballage laid et rugueux, tout est là au chaud, je veux lui raconter que je suis ce qu'il est et en même temps ce qu'il sera un jour.



(commentaire rapatrié)


mots-clés : #psychologique
par topocl
le Ven 16 Déc - 19:39
 
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Sujet: Rafael Chirbes
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Manil SURI

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 8 51nfsd10

Mother India

Delhi, 1955.
Mîra convoite en secret le petit ami de sa soeur Roopa, le beau Dev à la voix envoûtante. Aussi, lorsque Roopa rompt pour un prétendant bien plus riche, il suffit d'un aveu, de quelques minutes de fol abandon surprises par des yeux indiscrets pour que coure et enfle la rumeur, et que le destin de Mîra soit scellé ; avant même de se demander sérieusement si elle est amoureuse, la voici mariée.

Le choc est rude ; car si les deux  familles font partie des réfugiés de la Partition, leurs idées comme leur niveau social n'ont rien de commun. Mîra a été élevée dans un milieu aisé ; son père, éditeur et admirateur Nehru, prônait l'éducation des femmes, l'amitié entre hindous et musulmans et l'abandon des pratiques religieuses.
Du jour au lendemain, la voici propulsée dans une maison à la promiscuité embarrassante, avec un beau-frère membre actif d'un mouvement nationaliste intolérant, et une belle-mère qui attend d'elle qu'elle vénère son époux à l'égal d'un dieu.

Le jeune couple rêve d'évasion. Depuis toujours, Dev a envie de tenter sa chance à Bombay comme son idole, l'acteur et chanteur Saigal. Mais le jeune couple manque d'argent. C'est là qu'intervient le père de Mîra : il paiera, à condition que Mîra aille à la faculté. Et il exigera d'elle, pour cela, le pire des sacrifices...
Cet homme ambigü, usant de son argent comme d'un appât pour manipuler sa fille, est sans conteste l'un des personnages les plus intéressants du roman. Aussi progressiste que patriarcal. Véritable tyran au nom de l'émancipation des femmes…
Les tentatives de rébellion de Mîra se révèleront bien pitoyables, et tandis que Dev, échouant sans cesse dans sa quête de célébrité, est tenté de trouver refuge dans la boisson, elle accumule sa rancoeur contre les hommes de sa famille.

C'est alors que naît Ashvin. D'emblée, Mîra éprouve pour son fils un amour absolu et possessif. Prête à tout pour entretenir avec son enfant une relation exclusive, envahissante, obsessionnelle, à la limite de l'inceste. Certaines pages se révèleront étouffantes pour le lecteur…


J'ai beaucoup aimé ce livre, qui se lit d'une traite malgré ses 630 pages. L'auteur réussit la prouesse de nous passionner pour le destin de Mîra, personnage pourtant antipathique et aux motivations obscures, lointaine cousine de Jeanne, l'héroïne d'Une Vie de Maupassant, à laquelle elle m'a plus d'une fois fait penser.

Ce roman au long cours donne aussi au lecteur l'occasion de se plonger dans vingt ans de l'histoire indienne ; si Mîra, tout occupée d'elle-même, ne s'intéresse guère à la politique, elle vit dans une période historiquement troublée, et très riche. Traumatismes de la Partition, Répression de l'état d'urgence ou montée du nationalisme Hindou, autant d'événements qui nous donnent à comprendre un peu de l'histoire de l'Inde moderne.

Enfin, le livre est émaillé, par petites touches sensibles, de très beaux portraits de femmes dans toute leur complexité. Soumises aux mâles désirs par une société patriarcale, elles ont bien peu de possibilités de s'affirmer…
C'est probablement dans ces portraits nuancés que le talent de Manil Suri prend toute sa dimension…


(Ancien commentaire remanié).


mots-clés : #psychologique #famille #intimiste
par Armor
le Jeu 15 Déc - 21:01
 
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Sujet: Manil SURI
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Natacha Appanah

J'ai lu deux de ses livres : Le dernier frère et La noce d'Anna.
Natacha Appanah a vraiment un style particulier, usant des temps à sa guise, se jouant de leur concordance, et si cela avait pu me gêner dans Le dernier frère, cela m'avait plutôt séduite dans La noce d'Anna. Question de dosage ?
D'ailleurs, Chamaco, use t'elle toujours des temps à sa guise dans Tropique de la Violence ?


Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 8 Appana11

La noce d'Anna

Ce matin, Sonia marie sa fille.
Un évènement bouleversant pour cette femme qui a mené une vie sans homme et (assez cruellement je trouve) sans famille, se consacrant entièrement à son enfant. Alors, en cette matinée si particulière, les sentiments se bousculent… Sonia nous les livre sans tabou, dans un récit-confession d'une sincérité parfois désarmante.

Il y a la vérité de Sonia… Ses errances, ses étranges indifférences. Son inquiétude et son amour immense.
Et il y a les mots de Natacha Appanah…
Car si l'auteur s'efface la plupart du temps derrière sa narratrice, elle n'en est pas moins bel et bien présente. Par petites touches, petits détails savamment distillés, elle nous parle d'une autre réalité, bien plus nuancée… Et explore l'air de rien l'infinie complexité des rapports mère-fille.

J'ai passé un très joli moment avec ce texte.
Nathacha Appanah a un don rare pour nous imposer tout de suite et tout en douceur son univers et son écriture bien à elle. Une écriture poétique qui vous enveloppe. Les libertés qu'elle prend avec la conjugaison ou la construction des phrases m'ont nettement moins gênée que durant la lecture du dernier frère ; le talent et le sens du "dosage" sont là, et participent de la petite musique Appanah. Car j'ai vraiment ressenti une véritable musicalité à la lecture de ces pages sensibles et lucides.
Oui, vraiment, un très joli moment...

"Anna m'appelle maman. J'aurais aimé qu'elle me donne un petit nom qu'elle aurait inventé pour moi, qui ne serait qu'à moi et si, par hasard, un jour, elle m'appelle alors que j'ai le dos tourné dans une grosse foule, si ce jour-là elle m'appelle à tue-tête de ce nom qu'elle m'aurait donné, je me retournerai, forcément, je saurai. Mais dans une foule, si quelqu'un crie maman, des centaines de femmes se retournent. Anna m'appelle maman, solennellement, gravement. Elle y met de la force, elle articule, elle fait des angles droits à ce mot-là, des falaises abruptes et des rochers affûtés en dessous, elle y met de la distance parfois, de la réprobation souvent. Elle me somme aussi, ai-je quelquefois l'impression, puisque je me raidis à ce mot-là. Une ou deux fois, au lieu de maman j'ai entendu madame et ça m'a rempli le coeur de larmes."


(Ancien commentaire remanié)


mots-clés : #psychologique
par Armor
le Jeu 15 Déc - 11:40
 
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Bernard Malamud

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 8 Malamu10

LA  VIE  MULTIPLE  DE  WILLIAM D.

A 56 ans, William D. se sent à l'étroit dans sa vie. Il criaint de vieillir sans avoir  assouvi ses désirs, ses fantasmes romaneques et érotiques. Ni achevé en beauté sa vie de biographe.
Écrivain et spécialiste du genre, il a déjà publié la biographie de Thoreau et, il envisage d'écrire celle de David Herbert Lawrence.

Mais la profession de biographe est un métier à risque. Quand on consacre sa vie à raconter celle des autres, on risque de sacrifier la sienne et celle de ceux qui vous entourent. Sans parler des frustrations produites par l'excès de travail et de concentration.
William D. aime sa femme, mais en vingt cinq ans de vie commune, les sentiments ont changé de nature. Ses enfants sont adultes et ils sont loin.
Leur histoire a été un peu compliquée. Un peu plus que la nôtre - qui sait ? -  Mais ce sont des personnages romanesques et Malamud n'a pas l'intention de les laisser en paix. A commencer par William D., qui se juge trop jeune pour donner dans la continence et la chasteté !
Et donc, il rencontre Fanny qui a 23 ans. Mais comme tout un chacun, l'éloignement attise ses désirs et William pense à elle tout l'hiver. Et chaud comme un lapin, il profite du printemps et de l'absence de Ruth, son épouse, pour inviter Fanny à vivre un séjour à Venise avec lui.
Un séjour à moitié raté, parce que Fanny jette sa gourme ailleurs.

Va-t-il devenir plus raisonnable, plus responsable ? Que nenni ! William retrouve Fanny à New York  et ils vivent une relation passionnée et sensuelle.
En courant toujours plus de risques. Il joue avec le feu et fatalement, il se brûle. Bien entendu sa femme finit par tout savoir. Mais William ne veut renoncer à rien. Même si les rapports conjugaux deviennent  la sources de disputes violentes et continuelles.

Ainsi va la vie de William D.

Mais sa vie elle même change et le change. Il connaît les premières atteintes de la vieillesse. Il frôle le désespoir, se sent grotesque. Quand sa femme prend un amant et que sa fille bien aimée est lâchée par son propre amant, un prof d'espagnol de la Fac, la boucle est bouclée.
La vie n'est vraiment pas sérieuse, même si elle peut etre dramatique.

William D. se répète souvent à lui-même que toute personne a plusieurs vies, même si elle ne fait que les inventer. Et William fait visiblement partie de ceux qui imaginent sans cesse. Et ce n'est pas pour rien qu'il est devenu biographe.

Voilà un livre inoubliable parce que Malamud a l'art suprême de sonder les faiblesses et les contradictions de ses  personnages. Leurs faiblesses, leurs compromissions et leur égoïsme. Mais il ne les juge pas.
Il traite de l'incertitude de tout un chacun, la crainte de rater sa vie. Leurs interrogations sur la souffrance, la solitude, leur appétit de vivre et l'obsession de la mort.
Il laisse ses personnages errer vers une forme ultime d'évolution, d'acceptation. La vie à deux finit souvent dans la solitude et la solitude est davantage un pis aller qu'un choix.
Malamud a des dons de conteur extraordinaire dans une tradition juive qu'il a connue et vécue. Ses dialogues sont d'une grande justesse. Et le style superbe, celui d'un des grands romanciers de sa génération.
Quant au livre lui-même, c'est l'un des meilleurs que j'ai jamais lus.


mots-clés : #psychologique
par bix_229
le Mer 14 Déc - 21:38
 
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Sujet: Bernard Malamud
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Silvio d'Arzo

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 8 41ls6510

Silvio d'Arzo - Maison des autres. - Verdier. - 1992. - Rivages 1997

Ce roman est bref : moins de 80 pages. Un court roman, une longue nouvelle, mais c'est un joyau.

Le décor ? Un village de montagne en Emilie, un village quelconque oublié de tous... Un prêtre y vit et il essaie de donner du sens à ce qui n'en a guère : aux mystères, aux peurs, à la vie, à la mort. Mais la seule fois où une vieille femme finit par lui poser une question essentielle et torturante, il ne lui répond pas. Par impuissance autant que par honneteté. Peut-être sait-il depuis longtemps que les vraies questions ont rarement des réponses. Mais lui, le médiateur spirituel, qui est censé savoir et rassurer sait désormais que son role est terminé. Qu'il ne sert plus à rien, qu'il est inutile.

Et le livre est terminé.

C'est un livre sur lequel pèsent la solitude, le silence et la mélancolie. Dans ce village, rien ne se passe sinon l'écoulement du temps, mais Silvio d'Arzo a compris, comme James ou Conrad qu'il admire, que les
moments essentiels sont ceux où rien ne se passe. Ce livre n'est pas ennuyeux. Par contre, il est fort parce qu'il excelle dans la suggestion, le non-dit ou l'indicible, qui renvoient le lecteur à ses propres interrogations intimes.

A la grisaille du paysage, à la monotonie de la vie, à l'étouffement du silence, Silvio d'Arzo sait comme peu, mettre en valeur quelques couleurs -le violet des ravines, l'argent de la lune- quelques bruits -l'aboiement d'un chien, le tintement des clarines.

Donner du rythme au récit, une tension poétique qu'on trouve rarement ailleurs à ce degré. Sinon justement dans Au coeur des ténèbres de Conrad ou Le tour d'écrou de James. Ce livre est court je le répète. On peut avoir la tentation de le relire pour essayer de comprendre la beauté et le mystère de l'écriture...

Citations :

«Ce fut un soir. A la fin d'octobre. Je revenais des tourbières d'en haut. Ni content ni triste, comme ça. Sans même une pensée en tête. Il était tard, il faisait froid, j'étais encore sur la route : je devais redescendre chez moi, voilà tout. La nuit n'était pas encore tout à fait tombée : on entendait par instants les clarines des moutons et des chèvres ça et là un peu avant les paturages. Juste l'heure, vous comprenez, où la tristesse de vivre semble grandir en meme temps que le soir et vous ne savez à qui en attribuer la faute : mauvaise heure. Un écureuil traversa la route en courant, glissant presque entre mes pieds.»

«Ici, en haut, il y a une certaine heure. le ravin et les bois, les sentiers et les paturages deviennent d'une couleur vieille rouille, puis violette, puis bleue : dans le soir naissant, les femmes soufflent sur leurs réchauds, penchées au dessus des marches... Les chèvres se montrent aux portes avec des yeux qui semblent les notres.»

«Et maintenant, c'était fini. Quelque chose était arrivé, une fois, une seule, et maintenant tout était fini. Pourtant, je n'éprouvais meme pas de douleur, ni de remords, de mélancolie ou quoi que ce soit de ce genre. Je sentais seulement en moi un grand vide comme si désormais plus rien n'avait pu m'arriver. Rien jusqu'à la fin des siècles.»


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mots-clés : #psychologique #religion
par bix_229
le Mer 14 Déc - 17:43
 
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Sujet: Silvio d'Arzo
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Antal Szerb

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 8 Arton410

Le voyageur et le clair de lune

C’est à l’occasion de leur voyage de noces en Italie que Mihaly et Erzsi prendront conscience de ce qui les lie et les délie.

Le principal attrait de se livre est avant tout la découverte de l’Italie, par Mihaly qui a étudié dans sa jeunesse l’histoire des religions, fasciné par  les vieilles maisons, leur architecture.

Mihaly a recherché toute sa vie la différence, il l’est lui-même, « abstrait » d’après certains, incapable de s’intéresser aux autres. Tourmenté dans sa jeunesse par des troubles nerveux (hallucinations, sensation de subir un tourbillon ….) qui l’isolaient et le conduisaient à trouver de la terreur dans l’ordinaire. (par exemple dans les mosaïques de Ravenne)

Mihaly regarde au cimetière de Cestius un couple d’anglais devant la tombe de Keats :
« j’ai du mal à imaginer une scène plus insignifiante et banale, et néanmoins, toute l’indicible horreur du monde a envahi mon cœur. »

Erzsi fait elle aussi partie des autres, ceux dont les pensées, les désirs n’intéressent pas Mihaly, c’est un fait qu’il faut accepter, si elle vit avec lui.

« Avec Mihaly, c’était l’inverse ; il s’efforçait scrupuleusement d’expliquer tous ses faits et ses gestes, voulant à tout prix qu’Erzsi le connût en entier, mais plus il s’expliquait, plus les choses devenaient confuses. Erzsi savait depuis longtemps qu’elle ne comprenait pas Mihaly, parce qu’il avait des secrets qu’il n’osait s’avouer à lui-même. De même Mihaly ne la comprenait pas davantage, parce que l’idée ne l’effleurait pas qu’on pût s’intéresser à une vie intérieure autre que la sienne. »

Le fil rouge de ce livre est la mort. L’ Etre a de façon intrinsèque « l’Autre désir » celui de connaître la mort, quitte à se l’approprier pour certains,  mais plus généralement à la rejeter, à se comporter comme si elle n’existait pas.

« Parce que la nature de la civilisation est partout, de détourner l’attention des hommes de la réalité de la mort, de compenser le désir de mort en diminuant le désir brut de la vie. La civilisation chrétienne l’a fait également.
Tu remarqueras que dans les sociétés civilisées, la mort s’est dans l’ensemble, retrouvée parmi les notions taboues. C’est ainsi que la civilisation se défend contre un danger monstrueux, à savoir qu’en tout homme agit un instinct opposé à l’instinct de vie, instinct très malin qui nous pousse d’une main douce mais ferme vers le néant. »


Mihaly, jeune homme a touché du doigt ce néant, mais a reculé devant l’inconnue ; là à Rome dans une attente d’ une rencontre, de son destin il s’est perdu dans la solitude et les fantômes du passé ressurgissent. Reculera t-til devant sa mort ? sa propre mort comme la considère Eva (rencontre du passé) cette mort qu’on se donne !

Une lecture intéressante sous l’écriture précise mais non dénuée de poésie.
C’est un rêve qui donne son titre au livre.

Autres Extraits

« Et pourtant, pourquoi le nier, je me fais beaucoup de soucis non seulement parce que je connais Erzsi mais aussi, et surtout, parce que je te connais, toi. [….] Erzsi t’aime sûrement parce que tu es tel que tu es, parce que tu es si lointain et abstrait que rien ni personne ne te concerne , comme si tu étais un Martien, un étranger de passage sur la terre ; parce que tu ne peux rien garder en mémoire de précis, parce que tu es incapable d’en vouloir vraiment à quelqu’un, parce que tu ne sais pas prêter attention aux paroles des autres, parce que c’est plutôt par bonne volonté et politesse que tu fais quelquefois semblant d’être un homme toi aussi. »

« Je ne supporte pas les responsabilités et je déteste systématiquement ceux qui attendent quelque chose de moi… »

« La politique ne touche que la surface, et le peuple italien, ce peuple végétatif pareil à la mer, supporte temps changeants avec une étonnante passivité et ne se solidarise pas avec la grande histoire. Il soupçonnait que déjà la Rome républicaine et impériale, avec ses gestes démesurés, son héroïsme et ses saloperies n’était qu’un jeu viril de surface, et que toute la romanité n’était que l’affaire privée de quelques comédiens géniaux, alors que pendant ce temps, les Italiens mangeaient tranquillement leurs pâtes, chantaient l’amour et engendraient une innombrable progéniture. »

« Voici un homme qui a réussi à se figer à l’âge qui lui convient. »



mots-clés : #psychologique #voyage
par Bédoulène
le Mar 13 Déc - 11:50
 
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Italo Svevo

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 8 Svevo110


LA CONSCIENCE DE ZENO. - Gallimard.

Ce roman est une confession. La confession tardive d'un homme agé qui nous raconte ses souvenirs en commençant par les plus lointains, et sur les conseils de son médecin psychanalyste.
Zeno est un malade, un velléitaire condamné à ne plus agir pour trop s'analyser. C'est ce qui nous apparaît d'abord. Mais Zeno est malin, et l'on se demande en avançant dans la lecture, si l'histoire de Zeno n'est pas celle d'un triomphe plutôt que d'une série d'échecs.
Certes, la rigueur avec laquelle Zeno étudie les moindres réactions de son organisme entrave chez lui tout mouvement, de même que sa volonté d'être tout à fait conscient obscurcit sa pensée.
Mais son intelligence est satisfaite. On voit bien qu'il hésiterait à changer ses faiblesses ou ses maladresses contre la désinvolture et l'aisance de ceux qui l'entourent. Et qu'il fait semblant d'admirer humblement !

Une confession écrite est toujours mensongère, écrit il...

Et c'est peut-être pour cela qu'il met fin à sa psychanalyse. Parce qu'il n'en a plus besoin et s'assume enfin tel qu'il est.

Depuis longtemps je savais que la santé pour moi, ne pouvait etre que la conviction d'etre sain.

Zeno est pessimiste et la fin du livre l'est aussi :

La vie actuelle est contaminée aux racines. L'homme a usurpé la place des arbres et des betes. Il a vicié l'air, il a limité le libre espace.
Et que sera demain ? Cet animal actif et triste peut encore découvrir et asservir d'autre forces... P. 536

Peut-être une catastrophe inouïe, produite par les machines, nous ouvrirat'elle de nouveau le chemin de la santé.
Quand les gaz asphyxiants ne suffiront plus, un homme fait comme les autres inventera, dans le secret de sa chambre, un explosif en comparaison duquel tous ceux que nous connaissons paraitront des jeux d'enfants. Puis un homme fait comme les autres, lui aussi, mais un peu plus malade que les autres, dérobera l'explosif et le disposera au centre de la terre.
Une détonation formidable que nul n'entendra - et la terre, revenue à l'état de nébuleuse, continuera sa course dans les cieux délivrée des hommes - sans parasites, sans maladies.
P. 537


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mots-clés : #psychologique
par bix_229
le Lun 12 Déc - 19:06
 
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Sujet: Italo Svevo
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Richard Brautigan

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 8 512bxp10

MEMOIRES SAUVES DU VENT

Un homme de 43 ans se remémore les évenements qui se sont passés trente-deux ans auparavant. Il avait alors douze ans et vivait avec sa mère et ses deux soeurs une vie de misère. Sans voiture, sans livres, sans même une radio.
Ils errent dans l'Oregon, d'un motel miteux à l'autre. Et sa mère est souvent absente. Et sinon obsédée par la misère, la solitude et les fuites du gaz.

«Un soir, elle rentra vers 10 heures, plus tot que prévu. J'entendis la camionnette du couvreur au chomage s'arrêter devant la maison... Je sus que quelque chose n'allait pas quand j'entendis ma mère claquer la porte de la camionnette.
- Tu ne dors pas encore ? dit-elle quand elle rentra, la colère au visage.
Je voulais me concilier ses bonnes graces : je lui dis que j'avais lu le Reader's Digest. Je ne sais vraiment pas pourquoi je croyais obtenir ses bonnes grâces avec ça. J'étais un gosse bizarre. Je crois même que vous pourriez ajouter «très». Ma mère se contenta de me regarder lorsque je lui dis que j'avais lu le Reader's Digest. Ça n'avait pas marché. C'était l'heure d'aller prestement au lit. Quelques instants plus tard, j' entendis ma mère au salon, qui se répétait sans arrêt, dans murmure chuintant : «Le gaz, le gaz, le gaz, le gaz.» À y repenser aujourd'hui dans la quarante-quatrième année de ma vie, la seule chose qui fuyait vraiment chez nous, c'était ma mère.»


L'un des rares plaisirs du gamin, c'est de bavarder avec un «vieux» de 35 ans, chez qui il récupère les cannettes de bière vide pour se faire un peu d'argent et bavarder avec lui. Et il aimait beaucoup parler avec les «vieux» de tout âge !
Mais sa grande distraction, c' est de voir chaque année arriver dans un vieux tacot un couple extravagant et de les observer. Ils viennent pêcher le poisson-chat dans un étang, mais d'abord ils débarquent tous leurs vieux meubles d' occasion sur l' herbe. Y compris une cuisinière à bois !

«Je ne voulais pas les mettre en colère contre moi, parce que, pour parler franchement, ils étaient ce que j'avais de plus intéressant dans ma vie. Parfois je souhaitais qu'il y en eut tout un lot comme des jouets que je pusse emporte chez moi pour m'amuser : des petites figurines miniatures en bois sculptés représentant un homme, une femme, tous leurs meubles et leur camionnette avec un morceau de tissu vert qui aurait eu la forme exacte de l'étang et sur lequel aurait été disposé tout ce qui l'entourait avec chaque chose exactement à sa place.»

Et la vie aurait pu continuer ainsi...
Mais ce livre est surtout l'histoire d' une blessure d' enfance qui ne s' est jamais refermée parce que le destin est parfois cruel et qu'on ne peur refaire ce qui a été défait à jamais.
Ce jour-là, un jour comme les autres, l'enfant aurait pu acheter un hamburger au lieu d'acheter des balles pour sa carabine. Mais il a acheté des balles, et un peu plus tard, il a tué accidentellement son meilleur ami, en tout cas son ami secret.
Et tout est dit.

Mémoires Sauvés du Vent
Poussières d' Amérique...

Il remâche son histoire, il remonte le fil du temps.
Mais c'est une histoire impossible, parce qu'il essaie de remettre en question un simple fait, un choix fortuit qui ont un jour pourri sa vie. Alors, 32 ans après, il multiplie les parenthèses, les digressions avant de se raconter une fois encore cette histoire fatale et dont il connait la fin.

L'histoire, celle que nous raconte Brautigan, n'est que la sélection de souvenirs que la mémoire de son personnage a fixé à jamais. Tout comme les personnages qui ne sont que des silhouettes, mais que Brautigan a le don magique de faire surgir devant nous et de les rendre inoubliables.

Comme le dit Marc Chenetier, l'excellent traducteur du livre :

«Les images chez Brautigan constituent un récit parallèle qui relativise l' importance des faits narrés et invite à lire en creux dans les trous et manques ces récits qui débordent les faits rapportés. Il avait la volonté de casser les cadres.»

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mots-clés : #psychologique
par bix_229
le Lun 12 Déc - 15:51
 
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Elizabeth Strout

Olive Kitteridge

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 8 Ab36010

Olive Kitteridge est une femme lunatique, parfois arrogante, parfois à l’ écoute. Elle a vite compris que la vie n‘est pas forcément simple, qu’elle est injuste, mais qu’il ne faut pas en faire un plat si on veut s’en sortir. Dire ce qu’on a à dire, tenir le cap et passer à travers les gouttes sans s’arrêter à l’opinion des autres.
Elle a épousé Henry, un pharmacien dont la gentillesse flirte avec la naïveté. Il forment un couple plutôt mal assorti, où l’amour n’est pas de la passion, où chacun étaye l’autre avec une certaine connivence, mais sans le ménager, ce qui leur permet de s’en sortit à leur façon.
Un personnage secondaire, commentant un drame qui touche l’une de leur connaissance dit : « Je pense qu’elle s ‘en sortira. On s’en sort, généralement ». Et Elizabeth Strout va gratter là dessous, voir ce que cela veut dire, de s ‘en sortir , ce que cela comprend de solitude, d’amertume et d’envie d’avancer quand même.

Olive Kitteridge n’est absolument pas un personnage de roman, mais bien une femme ordinaire, de ces femmes qu’on croise aisément dans le microcosme des petites villes : ni haïssable, ni franchement aimable. On vous raconte des histoires sur elle ; elle-même vous confie un élément complémentaire, parfois une chose extrêmement intime qui vous surprend, plus souvent des choses plus superficielles, qu’elle a peut-être arrangées à sa façon (en a t’elle conscience elle-même ?), la bande transporte vaguement des histoires de sa jeunesse, qui eut sa note de tragédie (c’est un peu flou, des éléments manquent). On la croise aussi au concert , et d’aucun se permettent un commentaire sur elle, on ne la croise justement pas l’église, et cela aussi alimente les discussions. Votre fils a un copain qui l’a eu comme prof des maths et rapporte son comportement ou une parole qu’elle a eue. On l’aperçoit au bureau de poste , étonné de lui voir mettre certaines lettres à la poubelle, ou elle vous frôle dans un magasin où vos ne vous attendiez pas à la voir.

C’est cette façon très originale qu’Elizabeth Strout adopte pour nous parler d’elle qui nous désarçonne au début (où veut-elle revenir ?), puis nous apprivoise : on n’ a pas absolument, toutes les cartes en main comme dans un roman, classique, certains chapitres nous parlent d’autres habitants de la ville et ne font qu’effleurer Olive qui passe en quelques lignes, mais cela permet un portrait tout en nuances, en distances focales variées (ce q’elle pense elle-même, les impressions qu'elle inspire), qui nous permet une approche vraiment interpelante. Cela donne un livre dont on ne sait plus guère s'il s'agit d'un roman ou de nouvelles imbriquées les unes dans les autres, dans une progression d'une grande liberté. Il n’y a pas un début et une fin, non seulement car la chronologie est explosée, mais aussi parce qu'il n'y a pas ce désir de construire une histoire avec ses tenants et aboutissants, ses buts et sa logique, ses chemins tracés mais bien de dresser une chronique d'une vie qui s'écoule, le grand âge qui s’installe et on n’en est pas moins femme…

Sans spoiler, la fin est non une espèce de happy end, mais plutôt un doux apaisement au terme d'un livre plutôt sombre, où l'auteur pleine d'humour joue habilement avec la mauvaise foi de son héroïne.

Bref, l'histoire d'une femme ordinaire (mais qui est ordinaire ?) racontée d'une façon extraordinaire.


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #psychologique
par topocl
le Sam 10 Déc - 10:32
 
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Sujet: Elizabeth Strout
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W.G. Sebald

Austerlitz

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 8 Auster10

CONTENU:
Le conteur non-nommé rencontre dans la Belgique des années 60 Jacques Austerlitz. Il va le croiser dans les décennies à venir plusieurs fois et c’est bien lui qui devient le centre de l’histoire et nous revèle de plus en plus le fil de sa vie. Né en 1934, il a grandi dans une famille pasteur galloise qui ne soigne pas beaucoup la communication. C’est seulement au cours d’examens scolaires, après la mort de sa mère et la lente glissade de son père vers le démence qu’il découvre que son vrai nom n’est pas Dafydd Elias, mais bien Jacques Austerlitz. Mais il n’y a plus personne pour l’éclairer sur ses vraies origines et ainsi il reste pour les décennies à venir comme « sans racines et patrie ». Plus que cela, il est dans une certaine isolation, un état d’écart jusqu’à ce que lui, le professeur pour l’histoire d’architecture, a une expérience de « Déjà Vu » au début des années 90 dans une gare londonienne : d’un coup, il se rappelle comment il y est arrivé en 1938, ayant quatre ans, venant avec un transport d’enfant de Prague. Maintenant il se met à la recherche de ses parents et va à Prague où il trouvera vraiment à travers d’archives l’ancienne adresse et par là même la gouvernante très agée. Le voyage vers ses origines va le mener encore plus loin et le mettra en contact direct avec les horreurs du régime fasciste.

QUELQUES REMARQUES:
C’était mon premier Sebald et cela fut la découverte pour moi d’un genre tout à fait originale : un mélange entre roman, descriptions précises (comme des bâtiments, des gares etc.), des notes semblables à un diaire, mais aussi des photos noir et blancs, des esquisses qui soulignent le réalisme (apparent ou fictif) de ce qui est raconté. Il est évident que derrière un tel travail se cache une multitude de recherches. Si on connaît cette « Gründlichkeit », ce désir d’aller au fond et de se baser sur des recherches, on comprend bien pourquoi il n’a écrit que 4/5 romans !

Dans une grande partie de la vie d’Austerlitz, son énorme et incroyable savoir sur les aspects les plus divers de l’architecture est en parallèle avec un certain refus du souvenir. Significatif pour cette grande période dans sa vie sont alors des expressions – je cite – comme « Heimatlosigkeit » (être sans patrie/terre natale), « l‘isolement », « l’état de se sentir perdu, exilé, banni » etc. Comme question on pourrait très bien formulée pour Austerlitz la suivante : Comment de l’étranger arriver vers un chez soi, chez soi ? C’est seulement au cours du livre que la guerre et le bannissement se révèlent lentement comme ayant étés et étant omniprésents dans cette vie dès le début.
Dans cette question de l’identité, de la guerre et de la manière de vivre avec la mémoire se trouvent des sujets essentiels dans la vie de Sebald lui-même : à cause de sa rébellion contre l’Allemagne de l’après-guerre et sa façon de traiter son passé, il quitta l’Allemagne et s’installa en Angleterre.

Le souvenir, le travail de mémoire devient un devoir qu’Austerlitz confie dans un certain sens au conteur et, Sebald indirectement à nous, ses lecteurs.

Dès le début c’est la langue de Sebald qui frappe : précise, belle, fluide malgré des phrases quelques fois interminables (allant jusqu'à trois pages d'affilé!), innovatrice. Mais aussi fatiguante ou exigeante, souvent dans le discours indirect, rapporté, presque sans paragraphes jusqu’à la fin qui nous donneraient un temps de souffler.  Mais la maîtrise de Sebald, en allemand, se montre, que cela tient la route ! Que cette langue reste fluide. Ecrire sans s'interrompre: est-ce qu'une pause est alors nécessairement une rupture, un arrachement ? Peut-être l’auteur insiste par là sur cette quête d’identité sans relâche… ?

On y trouve par ailleurs quelques remarques très fines sur la langue et sa perte.

Je fus spécialement impressionné par la parenté, le parallélisme entre  les descriptions des paysages, des constructions (par exemple les gares, des remparts, la nouvelle Bibliothèque nationale à Paris…) ET PUIS, pour ainsi dire, le paysage et l’état intérieurs. Là, l’extérieur devient un miroir pour les données intérieures et les apparentes descriptions si anodines recevront un sens.

Alors, c’était mon premier Sebald, mais je me suis promis d’explorer son univers le plus possible.

Un chef-d’oeuvre!


mots-clés : #deuxiemeguerre #psychologique
par tom léo
le Ven 9 Déc - 22:16
 
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Sujet: W.G. Sebald
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Tarjei Vesaas

La blanchisserie

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 8 417hne10

À travers ce roman court mais intense , fidèle à son style , Tarjei Vesaas nous entraine dans une blanchisserie (lieu déjà symbolique !)qui sera le décor d'une tragédie :

C'est l'histoire banale d'un homme mûr, marié et sans histoire , propriétaire d'une blanchisserie ,qui sombrera au fil des pages dans un état obsessionnel grandissant face à l'arrivée d'une jeune employée ...... Vouant une haine farouche à l'égard du fiancée de celle-ci , ce sentiment le hante jour et nuit , l'accapare , le dénature , l'éloigne de la réalité : très rapidement son entourage perçoit le danger qui émane de Tander et les réactions des uns et des autres sont surprenantes ! Telles les schémas de tragédie classique , on assistera à une montée en puissance des sentiments dans une atmosphère de plus en plus oppressante jusqu'au dénouement final où la mort ne semble être que la seule issue libératrice et rédemptrice!

Tarjei a su habilement créer un climat ambivalent et malsain très bien traduit dans ce passage :

«Elles travaillent certes silencieusement ces jeunes filles , mais de temps à autre , elles dirigent leurs regards vers la fenêtre ou la porte . Car dehors le soleil brille ,les nuages défilent et le linge claque au vent . Comme si passait un cortège invisible . Quelque chose d'étrange porté par le vent . Loin , très loin d'une blanchisserie installée dans une cave . Des chants . Des chants d'hommes . Perçus par le coeur . tel le chant de marins partis vers de nouveaux horizons ou quelque autre absurdité venue de la terre ferme .Tout simplement quelque chose qui est dans l'air et que chacun porte en soi .Comme issu de quelque chose pour quoi l'on a été créé mais ne peut obtenir puisque le vent souffle sur les vastes espaces et que l'on est jeune et neuf .C'est tout cela le chant .»


Certains ont vu dans la folie qui menace Tander , une simple obsession issue d'un amour non partagé : pour ma part je n'ai pas ressenti les choses ainsi et j'ai plutôt perçu cet «attachement» à cette jeune fille comme une réaction inconsciente due à un traumatisme antérieur ( la perte d'un enfant ) .Plusieurs passages ont orienté mon regard vers cette analyse :

«Et voici Vera .......C'est là que se trouve Vera . Et c'est là qu'elle restera».

«Depuis que Véra est venue travailler chez lui . À peine était-elle arrivée qu'il avait senti un nouvel espace s'ouvrir en lui . Avec la soudaine puissance d'une révélation......Vera aubeau milieux de piles de linges immaculées, toujours ! Et dans cela personne ne peut entrer . C'est ainsi . Il faut se contenter de regarder et de rester à proximité».

Quelques lignes plus loin :«Vis-à-vis d'elle il avait senti se développer en lui un absurde sentiment de propriété. Il fallait que Véra demeure telle qu'elle avait été en arrivant , avait-il décrété ».


Plus loin encore alors qu'il est confronté à une explication avec le fiancé de Véra, il parle de :

«celle que personne ne devait toucher!»


A travers ces passages , Tander semble plutôt victime de perturbations psychiques importantes que soumis à une passion dévorante : Véra n'est que l'objet de son obsession dans ce qu'elle représente de virginité , pureté lui apportant un sentiment de sécurité !

J'ai apprécié cette lecture pour la qualité d'écriture toute en finesse , poétique et rythmée... envoûtée par cette histoire qui témoigne de la fragilité du sens de la vie , de l'interdépendance des êtres, de la frontière ténue entre la raison et la folie...
Mais la présentation de ce livre dans laquelle on parle d'amour me heurte. Je serais aussi ravie de susciter l'envie de quelques lecteurs pour confronter nos lectures !!!!


mots-clés : #psychologique
par églantine
le Ven 9 Déc - 17:13
 
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Sujet: Tarjei Vesaas
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Philip Roth

@Bédoulène a écrit: Tu as lu les 4 livres du cycle Topocl ?


Oui, j'ai lu les quatre
wikipedia a écrit:Cycle Nemesis
Un homme, 2007
Indignation, 2010
Le Rabaissement, 2011
Némésis, 2012


Et j'avais commenté Némésis

Némésis

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 8 Images50

wikipedia a écrit:
   Dans la mythologie grecque, Némésis est la déesse de la juste colère des dieux, parfois assimilée à la vengeance. Elle est aussi interprétée comme étant un messager de mort envoyé par les dieux comme punition.


Destin d’un homme, destin du monde, le dernier Philip Roth abandonne toute légèreté. C’est le constat amer d’un homme au seuil de sa vie, un écrivain dont on a l’impression qu’il a plutôt été gâté par les dieux, mais qui s’interroge : qu’est ce qui fait la valeur d’un homme, qu’est ce que le hasard, qu’est ce que la fatalité ? quel est notre responsabilité face au déroulement implacable de nos vies incertaines ? Bucky Cantor a cru naïvement qu’on pouvait prendre sa revanche sur le destin à la force des poignets, que travail, honneur et moralité suffisaient à écarter l’adversité et à nous offrir le bonheur sur un plateau. Cruelle déconvenue, histoire tragique d’un homme qui croit porter la responsabilité du monde sur ses épaules, alors que celui-ci se joue de lui, le ballote, l’égratigne, le rattrape, comme un chat avec sa souris. Et puis la grande fluidité d’écriture de Philip Roth, les habituelles scènes de sport, l’éclatement lumineux de la nature, des petites filles qui jouent à la corde au bord d’un square en chantant, très loin au loin les bruits d’une chanson sur un phono alors que Bucky s’épanouit dans les bras de Marcia. Quel talent d’écrivain !


(commentaire rapatrié)


mots-clés : #psychologique
par topocl
le Ven 9 Déc - 8:09
 
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Sujet: Philip Roth
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