Des Choses à lire
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Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Jeu 22 Aoû - 23:27

170 résultats trouvés pour psychologique

Giacomo Sartori

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 31ak3a10

Sacrificio

4e de couverture a écrit:Inspiré par un fait divers qui secoua voici quelques années le Trentin, Giacomo Sartori raconte ici une histoire noire et violente, celle d'un groupe de jeunes gens amis à qui tout semblait sourire. Mais un soir, au retour d'une virée, alors qu'ils s'emploient à guéer un torrent en crue à bord de deux véhicules tout terrain, l'un d'eux meurt noyé. Bouleversée par la tragédie - dont certains des témoins se sentent à juste titre coupables -, cette belle jeunesse aisée et désabusée va, tant bien que mal, tenter de recommencer à vivre, tout empêtrée qu'elle est dans les tracas du quotidien, alcool, drogues et amours difficiles. L'échec semble évidemment guetter ces personnages plus ou moins en situation de rupture et dont on se demande, au fil de ce récit d'une belle et fascinante rudesse, comment ils vont pouvoir s'en sortir.


Une lecture très poignante, très vive et brutale en émotions qui furent elles-mêmes nombreuses et multiples. L'on suit les péripéties de ce groupe survivant, en crise d'identité, en crise de vie finalement, l'on assiste à leurs relations sociales amicales et amoureuses difficiles, leurs interrogations envers l'avenir plus complexes qu'auparavant et cette perte fatale de l'innocence laissée derrière eux avec le drame qu'ils ont vécu.
Pas de mélodrame, pas de mièvrerie c'est brut, à fleur de peau, Marta la narratrice et héroïne possède une douceur désincarné dans son récit et c'est cette désincarnation, cette passivité face à ce qui est dramatique qui fait le plus de mal.
Le style est sans fioriture, clair et simple, le message délivré possède suffisamment de forces pour que l'auteur ne s'encombre pas de techniques esthétiques pour épaissir la densité de l'oeuvre. ce fut un moment de lecture très émouvant qui va indéniablement me marquer très longtemps et que je relirai à l'occasion.


mots-clés : #psychologique
par Hanta
le Mar 6 Déc - 23:10
 
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Sujet: Giacomo Sartori
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Jonathan Franzen

Freedom

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 Jonath11

Il y a fort longtemps, je racontais souvent à mes enfants un conte africain où la mère répétait à son enfant « Épaminondas, Épaminondas, qu’as-tu fait de la conscience que je t'ai donnée à la naissance ? ». Dans Freedom, l'Amérique serine à ses personnages « Patty, Walter, qu'avez-vous fait de la liberté que je vous ai offerte à la naissance ? ».

Pour s'en tenir à l'intrigue, Franzen raconte l'histoire de deux amis, aussi différents l'un de l'autre que peuvent l’être deux amis, qui sont pendant quarante ans amoureux de la même femme. Jules et Jim à l'américaine en quelque sorte, mais vraiment très américain. Un pavé subtil et tragique qui nous montre comment , bien qu'ils soient nés dans un pays démocratique, dans un milieu intellectuel et aisé, nos trois héros, gavés de bons sentiments, mais totalement immatures et égocentriques, vont écrire au fil des années leur propre malheur.

Cette toile de fond est l'occasion pour Franzen de  nous peindre une société américaine en pleine errance, pas une petite Amérique bêtement consumériste et sans cervelle, non, des Américains qui réfléchissent, pensent prendre du recul, mais dans un tel individualisme, un tel besoin de marquer leur territoire et montrer leur excellence, qu’ils n'arrivent pas à trouver leur place et détruisent tout sur leur passage.

Cela donne un livre joyeux et sarcastique, d'une richesse foisonnante, éblouissant d'idées et de détails, riche de scènes inoubliables, un portrait sans complaisance d'une société dans l'impasse.(Impasse que refuse Franzen dans les dernières pages fâcheusement un peu trop gentillettes). Tout au fil des 700 pages, il n’y a pas une baisse de régime, toutes les phrases sont pensées , brillantes, intelligentes, indispensables. Franzen aurait eu matière à 10 romans avec ce livre, et il choisit de nous offrir sa version du Grand Roman Américain.

(commentaire rapatrié)
mots-clés : #famille #psychologique
par topocl
le Mar 6 Déc - 15:22
 
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Henry James

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 41q5wi10

Un portrait de femme

Certains disent que « Un portrait de femme » est l’un des meilleurs romans de James. N’en ayant lu jusqu’à présent qu’un petit nombre, je ne peux me prononcer sur ce jugement. Mais, incontestablement, il s’agit là pour moi d’un vrai chef-d’œuvre.
L’auteur a construit un livre ambitieux, remarquablement construit, centré sur le personnage d’Isabel Archer, autour de laquelle gravitent des individus aussi très intéressants. Comme souvent avec James, la personnalité de ces protagonistes s’élabore par petites touches successives, non sans laisser en réserve des zones d’ombre, certains paradoxes et ambiguïtés.

L’ouvrage peut se diviser en deux parties. Dans la première, la jeune Isabel Archer, belle, intelligente, spirituelle, éprise de liberté, est avide de découvrir le monde, elle vit une sorte de conte de fée en Angleterre puis en Italie. Presque grisée, elle décline deux demandes en mariages dont l’un émis par un lord fortuné et « qui lui plaît ». Ses dialogues avec son cousin Ralph sont de petites merveilles, sortes de duels virevoltants à fleurets mouchetés ou chacun se dévoile (pas trop), cherche à deviner l’autre, s’agace, touche où cela peut faire mal (mais pas trop) ; scènes à mi-chemin entre Marivaux et Laclos. Mais bientôt le piège va se refermer sur Isabel, sans qu’on puisse définir quel en est le ressort principal : la fortune qu’elle a reçue grâce à Ralph qui voulait lui donner les moyens de laisser libre cours à son imagination ?  Le complot de Me Merle ? Le propre choix d’Isabel ? Toujours est-il qu’elle assumera jusqu’au bout sa condition, objet de la seconde moitié du roman. Maintenant, face à une triste réalité, Isabel a mûri, elle sait masquer ses sentiments, tempérer sa nature bouillante, faire preuve de patience. Vaincue, elle n’est pas brisée, elle reste entière, conservant toute son intégrité, elle a surtout gagné en profondeur. La preuve en est dans la dernière rencontre avec Ralph, d’une intense émotion, où chacun se livre enfin complètement à l’autre.

Clin d’œil : il y a une histoire de fantôme au début du livre qu’Isabel souhaiterait voir mais qu’elle ne peut pas, cette apparition étant réservée, selon son cousin, à ceux qui ont souffert « Il faut d’abord avoir souffert, et souffert beaucoup, avoir acquis quelque douloureux savoir » ; très logiquement Isabel apercevra le fantôme à la fin.
Pour terminer, un bout de dialogue qui résume bien pour moi ce beau portrait de femme libre :

« Vous tenez trop à votre liberté.
- Oui, j’y tiens beaucoup, je crois. Mais cela ne m’empêche pas de toujours souhaiter savoir les choses qui ne se font pas.
- Pour les faire ? demanda sa tante.
- Pour choisir, répondit Isabel »


mots-clés : #conditionfeminine #psychologique
par ArenSor
le Mar 6 Déc - 13:34
 
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Javier Cercas

A la vitesse de la lumière

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 41hcwk10

A Urbana, dans le Middlewest, le narrateur, jeune écrivain espagnol qui n'est jamais qu'un double de Cercas, s’est lié avec Robney, un vétéran de la guerre du Vietnam  hanté par son passé (je fais court, c’est beaucoup plus compliqué et subtil que ça). Pendant des années, le jeune écrivain va souhaiter écrire cette histoire, la différant perpétuellement. Il lui manque quelque chose. Puis peu à peu les pièces du puzzle se combinent. L’écrivain  un temps aveuglé par le succès de son dernier livre (Les Soldats de Salamine à l’évidence) découvre peu à peu les pièces manquantes du puzzle, pour qu’enfin il arrive à mener à bien cette histoire de souffrance et de culpabilité. La propre culpabilité de l’auteur en est un élément primordial, qui lui fera effleurer une meilleure compréhension de son ami.

C’est donc la même histoire, transposée, que Les soldats de Salamine. Le parallèle entre les 2 est impressionnant, des coups de téléphone répétés pour retrouver la piste des témoignages manquants jusqu’aux trains  en partance qui interrompent les confidences. On croit, longtemps, lire le même livre.

Mais ici Cercas va beaucoup plus loin, car le narrateur et son « héros » sont des contemporains, des amis, des doubles. L'écrivain aussi est pris dans la culpabilité.


Trouver des coupables, c’est très facile ; ce qui est difficile, c’est d’accepter qu’il n y en ait pas.


Et cela donne une dimension émotionnelle qui manquait aux Soldats de Salamine avec de très belles scènes d'intimité. Les diverses rencontres entre les personnages, tous souffrants à leur manière, sont d'une tendresse mélancolique et souvent désespérée. Cercas joue avec un grand talent sur les silences, les regards, les gestes, les non-dits. A la vitesse de la lumière, qui parle de guerre et d’abominations, de la violence et de l’abjection de l'homme, réalise le tour de force d’être aussi un roman d’une grande tendresse. L’amitié y a une expression forte et pudique. La vie est bien différente de ce que la jeunesse en attendait,  mais, quoique complexe et impitoyable, elle n’interdit pas une certaine réconciliation, avec le monde, avec soi-même.

L'écrivain est le seul qui puisse sauver la mémoire de Robney, il le sait, écartelé entre son amitié et l'horreur des actes que son ami a commis. Il sait que cette écriture sera pour lui une délivrance qui lui permettra, peut-être, un départ vers le meilleur. Pardonner à Robney, c’est se pardonner à soi-même. Et tous, Robney, son père, sa femme comptent sur lui pour défendre la mémoire du soldat, même s’ils savent que :

je mentirai sur tout, mais uniquement pour mieux dire la vérité.



On ne peut qu’être fasciné de  voir s’entremêler le roman et de l’autobiographie, non par une espèce de curiosité morbide, mais parce que c'est le sens-même de l'écriture que Cercas interroge ici : l'écriture donne sens à la vie et la vie donne sens à l'écriture. Qu’est ce que la vérité, qu’est ce que la fiction, qu’est ce que l’art si ce n’est un moyen de survie ?

Ce roman, qui ressemble d’abord à un remake de Les soldats de Salamine, ouvre peu à peu d'autres pistes, il est encore plus achevé, il fouille au plus près l’intimité de l'homme et de l'écrivain, ses interrogations, ses errances et sa possible rédemption.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #biographie #psychologique
par topocl
le Mar 6 Déc - 13:04
 
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Sujet: Javier Cercas
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Ernesto Sábato

Le tunnel

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 Images68

Juan Pablo Castel un peintre torturé, pris dans un tunnel d'incommunicabilité. Il croit un jour en sortir en tombant follement amoureux de Maria, en qui il  reconnaît la seule femme capable de comprendre le sens profond de ses tableaux et donc son sens profond à lui. Mais son amour ne s'entend que dans l' absolutisme, et Maria est une jeune femme libre... Il raconte dans cette confession comment, incapable d'admettre l'échec de cette résurrection  attendue, il en vient à assassiner Maria.

Plus que la description de cet amour contrarié par la jalousie, c'est l'implacable auto-analyse de  m'a tenue à ce livre. On endosse dès les premières pages une  chape de plomb dont aucun souffle n 'arrive à se libérer. Dans une lucidité totale,il dissèque sa propre personnalité et analyse les situations jusqu’à l'obsession, et, enfermé dans ce moi qui fait tout à la fois  sa fierté et son malheur mène à son terme son  un raisonnement implacable  .

L'écriture précise et économe de Sabato est à la hauteur de cet enfermement. On en sort oppressé, tenté malgré soi par une empathie pour ce personnage déchiré.



(commentaire rapatrié)



mots-clés : #psychologique #pathologie
par topocl
le Mar 6 Déc - 12:54
 
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Sujet: Ernesto Sábato
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Magda Szabó

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 Captur57

La porte

Il s'agit d'un splendide portrait de femme, une vieille  femme, servante mais libre, et qui s'est construite sur les drames de sa vie. Mais surtout d'une relation tout à fait ambiguë, à travers  l'humble allégeance d'une femme de lettre face à une femme du peuple.
En effet, si elle tend à sacraliser Emerence, l'auteur trace un portrait d’elle-même, sans indulgence : psychorigide, pleine de de préjugés, accrochée à sa machine à écrire autant qu'à son intellect, à sa rationalité plus qu'à son cœur. A tel point qu'on se demande parfois pourquoi elle est fascinée par Emerence, avec ses humeurs, sa tyrannie, ses leçons perpétuelles, ses excès. Mais cette femme a un charisme, un passé et une intelligence affective qui l'expliquent.
Et on se demande encore plus pourquoi Emerence s’attache à sa « maitresse », ce n’est pas seulement pour Viola, le chien, c'est bien elle qu'elle l'aime, c'est que dans sa finesse elle perçoit en Magda (décidons de l'appeler ainsi et de faire la part belle à l’autobiographie) ce que l'auteur ne sait trouver en elle-même.

J'écrivais, j'étais encore jeune, je n'avais pas analysé à fond à quel point l'affection est un sentiment illogique, mortel, imprévisible


C'est au final dans le commentaire d'églantine que je me reconnais le mieux, c''est aussi pour moi
@églantine a écrit:Un récit qui dérange

de par
@églantine a écrit:l'incapacité qu'il nous est donné de comprendre toute sa complexité : il en découle un inévitable sentiment de frustration ......

En effet on n'est pas dans une histoire romanesque où tout colle et se suffit à lui-même, mais dans la vraie vie, où on ne comprend pas grand chose, où les mystères demeurent, où on se satisfait de ce qu'on a. et ce d'autant plus que ce bout de vie est raconté par une femme fascinée par autre qu'elle même, honteuse de sa propre « grandeur » et de ses petitesses.

La vraie vie ? Mais plus encore.
Par sa façon d'aduler Emerence, ( cette femme admirable par certains côtés, généreuse, «chrétienne» sans foi, mais aussi capricieuse, pire qu'exigente, et incapable de se mettre à la place de l'autre) mais aussi en se présentant elle-même comme si revêche, incapable d'un amour désintéressé, l'auteur fait entrer une part de subjectivité complète dans son récit, elle en est à la limite du pathétique par moment. Cette histoire est comme un conte où les personnages sont emblématiques et non de chair et d'os. Il y a d'ailleurs comme dans un conte des mystères, des pouvoirs quasi magiques,  une cache inviolable et tentatrice, la mort qui finit par ouvrir les yeux. Le chien  est  un compagnon fidèle et omniscient, qui prend par moments des allures de chœur antique. Tout  le véritable travail de l'écrivain apparaît là dans la transformation d'un récit autobiographique en un roman à la limite de l'onirique qui rend hommage aux petites gens.

(commentaire rapatrié)


mots-clés : #psychologique
par topocl
le Lun 5 Déc - 9:19
 
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Mathias Enard

Ou un autre genre, court et flamboyant:

L'alcool et la nostalgie  

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 Images20
Longtemps que je n'avais rien lu aussi beau, et si triste.
À Moscou où Jeanne est partie étudier à la recherche de « l'âme russe », elle a formé avec Mathias jeune écrivain français paumé, jeune homme seul et désespéré : « ma vie à moi était bien vide », et Vladimir/Vlako/Volodia, russe brillant et cultivé, un trio infernal. Éperdus de drogue et alcool, ces trois se sont aimés, et déchirés, courant après d’inatteignables  chimères. Fuyant à Paris cette relation aussi passionnelle que délétère,  Matthias y apprend un an après la mort de Vladimir, et saute dans un avion. Plutôt que de rester à Moscou pour protéger  Jeanne (ou s’en faire protéger ?), il voyage trois jours le transsibérien, à la recherche vaine du village natal de Vladimir, dans un huis clos terrible. C’est une descente aux enfers solitaire, où il se remémore cette histoire, s'adressant désespérément à son ami mort. On est bien loin de l’exotisme sentimental habituel de ce genre de voyage. Malgré les bois de bouleaux qui défilent aux fenêtres  et le samovar au fond du wagon, il se laisse submerger par les forces maléfiques de ce pays qu’il a  adoré autant qu’haï, ses écrivains déchirés, son histoire sanglante.

Il ne s’agit pas, on s’en doute, d’une banale histoire d’amour à trois. C’est la rencontre désespérée de trois êtres en perdition, conscients de la déchéance que leur imposent les drogues, dans un pays lui-même en déliquescence. L’histoire marque son sceau par ses événements les plus terribles et Mathias Enard, adepte d’une commémoration intime et littéraire, nous parle de la révolution, du communisme, de la Kolyma, et des dérives du libéralisme. On croise au passage, et cela prend tout son sens après avoir lu Tout sera oublié, le mausolée de Lénine, le musée de la Kolyma, la cathédrale où on rend un culte aux Romanov, le monument qui marque la limite de l’avancée allemande . On est plongé comme dans beaucoup de ses autres livres, dans un monde terriblement violent qui écrase  des peuples impuissants.

Enard se dépeint en écrivain débutant stérile, ne sachant plus s’il se drogue pour écrire ou et parce qu'il ne peut écrire. C'est l'occasion de réflexions sur la littérature, les auteurs qui nous ont construits, les grands Américains, les géants Russes, ce que les livres nous ont apporté, comment ils nous font grandir, et nous protègent .

Quand je l'ai rencontré à Paris nous avions dix huit ans à peine, je débarquais de ma province j'avais l'impression de sortir de prison, de rentrer du Goulag, de Magadan ou d'ailleurs et de retrouver une liberté qu'en réalité je n'avais jamais connue, à part dans les livres, dans les livres qui sont bien plus dangereux pour un adolescent que les armes, puisqu'ils avaient creusé en moi des désirs impossibles à combler, Kerouac, Cendrars ou Conrad me donnaient envie d'un infini départ, d'amitiés à la vie à la mort au fil de la route et de substances interdites pour nous y amener, pour partager ces instants extraordinaires sur le chemin, pour brûler dans le monde, nous n'avions plus de révolution, il nous restait l'illusion du voyage, de l'écriture et de la drogue

.

L’écriture de Mathias Enard est proprement époustouflante. Il a un rythme, fait de grandes phrases entrecoupées, de répétition, on croirait entendre ce train, qui ne s’arrête jamais, ne reprend pas souffle, et la résonance rythmée que donnent les traverses. À moins que ce ne soit les chocs que la vie envoie  dans la figure de Mathias. Ecoutez ça.

Le café me remet dans les narines l'odeur de l'opium, j'ai une demi-tablette de rohypnol dans ma valise, mais je les garde en cas de coup dur, maintenant je préfère me laisser aller à la drogue douce du souvenir,  percé par les errances de ce train qui danse comme un ours sur ses retraverses, des arbres, des arbres de haute futaie, des arbres à abattre, holzfallen,  holzfallen, comme criait ce personnage de Thomas Bernhard dans son fauteuil à oreilles, en maugréant contre les acteurs et la bonne société de Vienne, jamais je n'écrirai comme ça, Vlado, tu sais, jamais jamais, cette langue inouïe, répétitive jusqu'à l'hypnose, méchante, incantatoire, d'une méchanceté, d'une méchanceté hallucinée, j'avais vingt ans quand j'ai lu ce livre Vlad, vingt ans et j'ai été pris d'une énergie extraordinaire, d'une énergie fulgurante qui explosait dans une étoile de tristesse parce que j'ai su que je n'arriverais jamais à écrire comme cela, je n'étais pas assez fou, ou pas assez ivre, ou pas assez drogué, alors j'ai cherché dans tout cela, dans la folie, dans l'alcool, dans les stupéfiants, plus tard dans la Russie qui est une drogue est un alcool j'ai cherché la violence qui manquait à mes mots Vlad, dans notre amitié démesurée, dans mes sentiments pour Jeanne, dans la passion pour Jeanne qui s'échappait dans tes bras, dans la  douleur que signifiait la voir dans tes bras, dans mon absence apparente de jalousie, dans cette consolation joyeuse que ce soit toi dans ses bras, je savais qu'elle faisait ce que je ne pouvais pas faire, par éducation, par volonté, par destin, par goût tout simplement, elle occupait la place que je ne pouvais pas prendre et je vous regardais sans vous voir comme Thomas Bernhard  dans son fauteuil à oreilles, et c'était bien comme ça.


Parfois, Enard  donne la parole à Jeanne, et le ton est plus calme, fragile, presque humble. Quant à la forme, ce petit livre de 88 pages, Enard ne l’a sans doute pas choisie (c'était la copie qu'il devait rendre pour remercier d’avoir été invité avec une vingtaine d’écrivains, pour un voyage de deux semaines en transsibérien, une résidence mouvante en quelque sorte). Et certes,  j’aurais apprécié un énorme pavé, qui m’aurait laissé le temps de me morfondre et m’ennuyer à plaisir, comme Mathias dans son compartiment. Cependant, cette forme brève aussi m’a énormément séduite, avec une intensité, une violence, qui n'aurait peut-être pas été soutenable sous un plus grand format.



C’est un roman follement romantique c’est à dire romantique à la folie, d’un romantisme  des plus terribles et des moins mièvres.


(commentaire rapatrié)



mots-clés : #mort #psychologique #regimeautoritaire #voyage
par topocl
le Dim 4 Déc - 9:33
 
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Sujet: Mathias Enard
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Joyce Carol Oates

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 41zdof10

Les chutes


Ce livre nous fait traverser une vingtaine d'année de la vie d'Ariah, tout d'abord jeune mariée et qui finira, malgré son déni par être veuve 2 fois. Ariah se considère damnée, condamnée. Elle a perdu son premier mari le lendemain de ses noces... dans les chutes.... C'est de cette façon que commence le roman. Heureusement, il s'en suivra des années heureuses lors desquelles elle deviendra de nouveau épouse puis maman, sans oublier, toujours, son piano. Mais le sort s'acharne et elle cachera à ses 3 enfants les raisons de la mort de leur père, elle n'en parlera pas. Les enfants, adultes, ados, chercheront, tout naturellement, à mieux comprendre ; car au sein de la ville, leur nom de famille semble connoté.... Quelques longueurs parfois, mais c'est un livre où l'auteur nous entraîne dans le suspens et les ressentis de chaque personnage de la famille.


Lu en novembre 2014


mots-clés : #psychologique #famille
par Allumette
le Dim 4 Déc - 9:19
 
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Sujet: Joyce Carol Oates
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Joyce Carol Oates

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 41c3li10

CORKY

Corky, cet Irlandais issu des quartiers pauvres qui va se hisser jusqu'à la classe supérieure, jusqu'à devenir Conseiller municipal, grâce à ses amitiés, son audace, à son mariage avec la fille d'un riche agent immobilier. Le père de Corky a été tué par balles dans le dos devant la porte de leur maison alors qu'il n'est âgé que de 10 ans et il sera aussi privé de sa mère devenue folle et qui mourra elle aussi jeune. De ce drame, Corky en ignorera très longtemps l'origine mais en gardera une appréhension qui le fera se tenir toujours dos au mur dans les lieux publics. Corky ne sait résister ni à la boisson ni aux femmes et se trouvera embarqué dans des situations aventureuses, embarrassantes, dangereuses car comme beaucoup d'hommes au fond il est naïf. Parfois le lecteur à envie de le plaindre de se laisser attendrir par Corky, à d'autres moments on le trouve haïssable, opportuniste. Il sait qu'il a été lâche à plusieurs reprises, il se dégoûte parfois et cette lucidité sur lui-même nous permet de l'excuser.

Corky aime qu'on l'aime, qu'on l'apprécie. Il est dans une mauvaise passe en ce moment, problèmes financiers importants, rupture avec sa maîtresse et soucis avec la fille de son ex-femme. Il doit gérer tous ces problèmes et le suicide d'une amie de sa «belle-fille» ajoute à son malaise car il en vient à soupçonner son meilleur ami, le fils de l'actuel maire. Il ne maîtrise plus rien et pense à dénoncer son ami mais sa belle-fille joue les justiciers et il s'interpose. Gravement bléssé il reste quelques jours dans le coma mais finalement Corky l'Irlandais s'en sort et l'horizon s'éclaircit, il peut encore rêver à son avenir.

Ce livre est vraiment puissant, déroutant ; l'auteure «habite» le cerveau et le coeur de son personnage principal et elle nous en livre le contenu sans censure aucune. Une connaissance des arcanes de la politique et de l'émancipation de cette ville et de ses habitants. J'aurais voulu mettre des extraits mais il y en avait beaucoup trop que j'avais noté tellement ce livre est intéressant dans sa plongée libre dans les sentiments d'un homme.



mots-clés : #criminalite #psychologique
par Bédoulène
le Dim 4 Déc - 8:11
 
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Sujet: Joyce Carol Oates
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Hubert Mingarelli

Un repas en hiver

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 9 97822310

Un court roman dans l'épure stylistique mettant en scène trois allemands , un polonais et un juif prisonnier autour d'un repas improvisé dans une vieille maison désaffectée lors de la seconde guerre mondiale .

Quelques minutes de réchauffement , quelques secondes de bien-être dans la communion pourtant improbable dans d'autres conditions , un élan fugace de compassion , un regard de haine engendrant une réaction compassionnelle impossible l'instant d'avant , un refuge névrotique pour l'un , un refuge éphémère dans le rêve pour l'autre , une armure d'insensibilité encore ou une absence à soi ....


Il a fallu faire partir le décor en fumée pour se réchauffer de la bonne soupe sur la cuisinière à bois : pour taire la faim , pour retrouver une étincelle d'humanité et d'éclat de fraternité ...Mais bientôt le bruit de la cuillère contre le quart vide annonce la fin de la trêve .


Cinq hommes dans la survie , l'âme abimée par l'histoire de l'humanité et le rôle que le destin leur fait porter : quel que soit le choix restreint du moment , les conséquences seront tragiques , comment garder un peu d'humanité face à une implacable destinée historique ....


La trivialité du moment décrite avec une sobriété quasi minimaliste laisse hurler le silence et fait résonner les pensées secrètes de chacun ou les absences intellectuelles ....Que reste-t-il de l'homme lorsque sa conscience se trouve prisonnière de l'absurdité de l'histoire ...


On pourrait disserter à l'infini : Mingarelli éveille les blessures secrètes de l'humanité par la petite porte intimiste ....


Inutile de vouloir refermer le livre : il vit en nous , c'est toute l'histoire du monde et de l'humanité auquel il est vain de vouloir échapper puisque nous en sommes créateurs ....


mots-clés : #psychologique #guerre
par églantine
le Ven 2 Déc - 18:41
 
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Sujet: Hubert Mingarelli
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