Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 6 Déc - 14:49

174 résultats trouvés pour psychologique

Claude Simon

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 Livre_10

Le vent, Tentative de restitution d'un retable baroque

Bon, il y a des points au bout des phrases et il se passe des choses. D'accord. Il y a même une belle part de mystère et une large place faite au dialogue. Mais cette drôle d'histoire de type pas encore vieux mais plus jeune (intermédiaire alors ?), Montès, qui débarque dans une petite ville du Sud pour une histoire d'héritage et semble errer seulement avant de rencontrer, de sembler ne pas interagir avec d'autres... en fait c'est très intense. Certes, il y a du mordant dans ce portrait de vie provinciale, et peut-être une petite part d'autobiographie avec son appareil photo autour du cou. C'est intense dans les sensations, les hésitations, les mots qui ne se prononcent pas ou les gestes qui ne se font pas. C'est tout sauf froid. Dénuement mélancolique mêlé de grande douceur pour entourer quelques débordements, des ignorances et des drames aussi.

Grand plaisir ou grande satisfaction ou satiété dans cette lecture. Manière, rythme, ça a beau être plus actif que le Tramway par exemple, à la fois ça se démarque par la recherche évidente, surtout on retrouve une manière d'atmosphère et de regard, des moments. Attentes, souffles, une patience et un retour vers le marquant discret. Une grande force aussi.

Expliquer le sous-titre je ne saurais pas le faire mais ça n'empêche pas d'être captivé par ce portrait fragmenté et profond. C'est merveilleux de pouvoir lire des écritures pareilles...

Mots-clés : #lieu #nouveauroman #portrait #psychologique
par animal
le Mar 1 Jan - 20:59
 
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Sujet: Claude Simon
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Fédor Dostoïevski

Le Bourg de Stépantchikovo et sa population

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 Dosto10

Titre original: Степанчиково и его обитатели (Selo Stépantchikovo i iévla obitatli).
Sous-titré: Extrait des carnets d'un inconnu.
Roman, publié en 1859, 370 pages environ.

C'est un des premiers écrits parus après ses dix années de bagne, concrètement le second roman post-Sibérie, après Le Rêve de l'Oncle. Comme Le Rêve de l'Oncle, c'est une comédie.

Le narrateur, Sergueï, en général désigné par le diminutif affectueux Serioja, étudiant de 22 ans, est convié par son oncle propriétaire terrien à l'époque du servage (c'est-à-dire "gens et biens"), un certain Iégor Illitch Rostanev, lequel est colonel et fortuné, à se rendre au plus vite à sa propriété de Stépantchikovo.
Cette demande est faite par une lettre un peu confuse, où transparaît l'urgence, dans laquelle l'oncle laisse entrevoir au neveu (le neveu n'a que l'oncle comme famille) l'obligation d'épouser une jeune gouvernante qui est à son service.

Peu avant Stépantchikovo, il rencontre chez un forgeron un familier de la maison de son oncle, Stépane Alexéïtch, qui lui dépeint les gens vivant sous le toit familial comme possédés par un certain Foma Fomitch, qui règne là-bas sans partage, et fait la pluie et le beau temps sous la protection de la Générale, la mère de l'oncle Iégor Illitch.

En effet, après un conciliabule avec son oncle, le jeune homme rate son entrée dans cet "asile d'aliénés" (c'est l'impression qu'il en a), en se prenant les pieds dans le tapis du salon, salon peuplé comme il se doit ce jour-là d'yeux non désintéressés guettant son arrivée...

Il y a une grande théâtralité dans ce Dostoievski-là.
C'est assez enlevé, drôle mais grinçant, douloureux par séquence.
Foma Fomitch est un caractère de manipulateur intéressé, type Tartuffe de Molière, pervers narcissique, pas très loin par instants de Thierry Tilly dans la vraie vie (vous savez, l'affaire dite des Reclus de Monflanquin), mais peut-être d'une moindre dangerosité que ce dernier spécimen.

Son emprise est totale, et il foule, rejette, ridiculise ou assouvit ceux qui le rejettent (au nombre desquels se comptera Sergueï).
(NB: Toujours à propos des Reclus de Monflanquin, j'ai lu que l'avocat des victimes, Me Daniel Picotin, ferraille toujours pour que le délit d'emprise soit juridiquement reconnu).

Iégor Illitch est riche, maladivement pusillanime et soucieux au plus haut point d'une tranquillité, disons même d'une harmonie dans les relations humaines, Foma Fomitch tient là une victime idéale...

Mais, c'est une comédie et non un drame, quelques amours, quelques plans plus ou moins pitoyables échafaudés, quelques pantalonnades pimentées d'un zeste de grandiloquence et d'affectation (du moins à nos yeux d'aujourd'hui -et d'ici- pour ces deux derniers qualificatifs), quelques imprévus et autre improbabilités rendent le livre d'un parcours fort agréable.  
 
Et puis il y a...

Cette façon de Dostoievski de fouiller au scalpel les âmes, d'exacerber les caractères, une manière d'aller au bout du travail d'écrivain lorsqu'un personnage est sorti de sa plume.
C'est un roman fort peuplé de personnages, Dostoievski excelle, comme toujours direz-vous, à d'abord le peindre en trois ou quatre traits efficaces, à bien le marquer dans l'esprit du lecteur, et ensuite à en tirer le maximum.

Et puis il y a...

Cette lave d'écriture parfois, ces élans d'encre bouillante, toujours contenus, dont les exemples les plus vifs qui me restent en tête proviennent de Souvenirs de la maison des morts, et qui font qu'une fois Le Bourg de Stépantchikovo... refermé, je me dis, comme ça, que mes lectures de L'Idiot comme des Frères Karamazov, lectures que j'avais reçues de plein fouet en fin de lycée (oui, je sais, ça remonte !) mériteraient d'être effectuées de nouveau...


mots-clés : #humour #psychologique #xixesiecle
par Aventin
le Lun 31 Déc - 18:29
 
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Sujet: Fédor Dostoïevski
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Leopoldo Alas dit Clarín

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 97822110

La Régente

Voilà un livre que j’ai lu tout à fait par hasard : je l’ai aperçu en regardant les rayons d’une bouquinerie. Je ne connaissais même pas l’auteur de nom. J’avais trouvé quelque part un autre livre assez étrange, très intriguant, dans cette même édition Fayard, et c’est ce qui m’a fait tilter sur La Régente ― je dois dire que je trouve ces bouquins affreux, mais il s’agit ici d’aller au-delà des apparences ― qui était un autre livre absolument inconnu. C’était L’Ile du second visage d’Albert Vigoleis Thelen. Mais je veux parler ici du livre de Leopoldo Alas, connu sous le nom de Clarín. Il était par ailleurs un journaliste et critique très actif à son époque. On a l’idée en examinant ce livre d’un peu plus près, d’un écrivain très au fait de la littérature contemporaine (surtout française et espagnole) et des idées modernes, et qui souhaite y apporter une réponse originale.

Sur La Déshéritée de Benito Pérez Galdós publié en 1881 (soit quatre ans avant que La Régente soit entièrement publié), Clarín écrit :

Clarín a écrit:Un autre procédé employé par Galdós […] est celui déjà employé par Flaubert et Zola, avec des résultats si impressionnants : remplacer les observations sur la situation d’un personnage, faites fréquemment par l’auteur au moyen de sa propre voix, par l’observation du personnage lui-même et avec son propre style, mais non sous forme de monologue, mais comme si l’auteur était à l’intérieur de celui-ci.


Avec sa Régente, Clarín donne à lire un roman dont la narration multiplie ses formes, descriptive ou ironique, s’immisçant dans les pensées des personnages, dans leurs souvenirs, dans leurs stratégies ou leurs élucubrations. Le roman a quelque-chose de théâtral et même de musical, on aimerait bien voir les monologues s’interpréter, et voir quelques-unes de ses scènes se jouer. On dirait que tout Vetusta ― pendant fictif d’Oviedo, où l’intrigue du roman se déroule ― semble faire chorus aux incidents du récit, pour exprimer sa désapprobation. Dans un village, tout se sait, et La Régente (notre personnage) a une certaine notoriété. Par moments la narration nous laisse aussi imaginer la ville imaginaire dans son architecture, dans sa mentalité ambiante ainsi que son atmosphère météorologique : quelques passages où Clarín parle de l’humidité qui plombe les personnages ou les rendent malades, ou bien dans des moments apaisés, la lumière, les arbres et les feuillages de Vivero.

Tout le roman est en quelque sorte le portrait de Vetusta, en contraste avec tous ces efforts de modernité littéraire, cette ville porte bien son nom. Vétuste, figée et dans le passé et l’hypocrisie des traditions. Vetustain n’est pas seulement le nom de ses habitants, mais aussi le qualificatif d’un certain état d’esprit. Les personnages sont tous victimes (ou bourreau), des ragots des uns envers les autres, des médisances, ou des assiduités érotiques d’intrigantes ou de vicieux, à moins d’en être exclu par disgrâce. Par ailleurs il faut croire et respecter dieu (l'athéisme est "accepté" pourvu qu'il ne fasse pas trop de vagues), mais pas trop, c'est-à-dire ne pas l'adorer. Dans la même logique, on ne laisse pas trop voir qu’on est débauché. Tout ce qui sort de ce bon ton est stigmatisé, a-t-on un mot un français, pour désigner tout cela simplement ?

Clarín a écrit:Rien de plus ridicule à Vetusta que le romantisme. Et l’on appelait romantique tout ce qui n’était ni vulgaire, ni grossier, ni commun, ni routinier. Visita était le pape de ce dogme antiromantique. Regarder la lune pendant plus d’une demi-minute était pur romantisme ; contempler en silence le coucher du soleil… idem ; respirer avec délices l’air embaumé de la campagne à l’heure où soufflait la brise… idem ; parler des étoiles… idem ; saisir une expression d’amour dans un regard, sans qu’il fût besoin de rien dire… idem ; s’apitoyer sur les enfants pauvres… idem ; manger peu… Oh ! C’était le comble du romantisme.


Ana Ozores, la fameuse régente, s’inscrit donc en faux de cette tendance qui l’a répugne en son for intérieur ― elle est très loin, hélas, de manifester un engagement quelconque ― elle reste attachée à une vie de l’esprit qui se convertit suite aux circonstances et aux influences, en une piété vertueuse voire bigote. C’est que Don Fermín de Pas, un chanoine aussi nommé Le Magistral, avide d’influence sur les autres et habile dans l’expression cherche à la garder dans le giron de l’Eglise puis à la séduire physiquement. Il a pour adversaire un Don Juan plutôt matérialiste ― mais un matérialisme fort peu intellectuel ―, Don Alvaro Mesía. Les deux découvrent qu’ils sont amoureux.

On voit Ana balancer entre une forme de transcendance ― qui n’a rien de naïf, mais qui n’a ni le temps ni la possibilité de se développer de manière autonome ― et une attirance inavouée pour l’amour physique. L’origine de cette irrésolution entre deux penchants que Ana n’arrive pas à concilier est en quelque sorte raconté par elle-même, toujours dans un style indirect libre qui fait la spécificité du roman : elle se rappelle d’une escapade ― finalement tout à fait innocente ― avec un garçon. Une culpabilité toujours sous-jacente est née du scandale et des reproches que cela a causés. A la suite de cela, elle se promet une vie dénué de l’élément masculin, mais on lui impose vite un mari (le personnage au demeurant le plus drôle et le plus touchant du roman, un ornithophile créateur de machines vivant dans le monde de Calderón). Les souvenirs lumineux de ses premières lectures, la manière dont celles-ci résonnaient en elle, a favorisé en contrepoint une ferveur que son libidineux confesseur appelle panthéisme. Avec tous ces éléments, je n’ai pu m’empêcher de repenser à Anne-Marie, le personnage des Deux Etendards. La comparaison n’est pas à l’avantage d’Ana Ozores ― il est vrai qu’on est un demi-siècle plus tôt ― mais avec toutes ces promesses on aimerait la voir moins vulnérable, plus dégourdie.

Clarín a écrit:Pendant ces nuits-là, Ana fit des rêves horribles […] Une nuit, La Régente reconnut dans ce souterrain les catacombes, d’après les descriptions romantiques de Chateaubriand et de Wiseman ; mais au lieu de vierges vêtues de blanches tuniques, elle voyait errer, dans ces galeries humides, étroites et basses, des larves dégoûtantes, décharnées, revêtues de chasubles d’or, de chapes et de manteaux de prêtres qui, au contact, étaient comme des ailes de chauves-souris. Ana courait, courait à perdre haleine sans pouvoir avancer, à la recherche de l’ouverture étroite, préférant y déchirer ses chairs plutôt que de supporter la puanteur et le contact de ces masques repoussants ; mais quand elle parvenait à la sortie, les uns lui demandaient des baisers, les autres de l’or, et elle cachait son visage en distribuant des monnaies d’argent et de cuivre, tandis qu’elle entendait chanter des requiems sardoniques et que son visage était éclaboussé par l’eau sale des goupillon qui s’abreuvaient dans les flaques.


Le livre est épais, oui, mais les pages sont épaisses. On dirait que Fayard cherche à canaliser ses textes fleuves dans de longues lignes et de grandes pages... un monde se referme lorsqu'on a terminé le livre. Mais qu'on se rassure, la bêtise, comme l'a dit l'autre, est infinie.


mots-clés : #psychologique #religion #romanchoral #xixesiecle
par Dreep
le Ven 30 Nov - 12:47
 
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Sujet: Leopoldo Alas dit Clarín
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Marie Darrieussecq

Tom est mort

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 Cvt_to10

Aucune école, aucun pays, aucun livre, aucune conversation, ne nous avait préparés à ça.


Dix ans après, la mère de Tom jette des mots sur un cahier, des mots, des phrases, dans un style haletant et écorché, un chaos de douleur, de solitude, d'anéantissement, ce cri perpétuel en soi. Tom est mort il y a dix ans, il avait quatre ans et demi, il est là tous les jours avec elle. Ses souvenirs sont à la fois précis et vagues, nets ou reconstruits, de cette longue errance, ce retrait du monde,  ce trajet déchirant à continuer avec Stuart, son mari, et Vince et Stella ,ses enfants qui eux sont devenus ados. A ne pas s'habituer ( à refuser de s'habituer), à chercher à faire un deuil impossible, qui ne soit pas un abandon.

Celle qui est morte avec Tom c'est la mère de Tom. Reste la mère de Vince et la mère de Stella. La mère de Tom n'est plus. Celle que Tom voyait. Celle que j'étais dans le regard de Tom, née avec Tom et pour Tom. 10 ans après, je me souviens mal d'elle. Je me souviens de Tom. Il me semble que je pourrais, pendant quatre ans et demi plus une grossesse, faire défiler, minute par minute, sa vie entière. De la première échographie à la dernière image. Je le contiens, il est avec moi. Mais dans les blancs, dans les moments où il était à l'école, dans les moments où il était loin de mon regard, qui était la mère de Tom ? Je ne la vois plus. Dans les blancs elle disparaît. Il m'a peut-être emportée. Il m'a prise avec lui. C'est une idée presque apaisante. Me dire que je l'accompagne, où qu'il soit. Que je lui suis un peu d'aide. Et qu'une écorce vide reste ici à faire mes gestes et à garder mon souffle, une femme de paille.


Je dois dire que je me suis laissée prendre, j'ai cru que Marie Darrieussecq avait réellement vécu cette chose-là, que c'était une autofiction. J'avais oublié l'histoire du plagiat lancée par Camille Laurens à la parution du livre (il va me falloir lire le livre de Camille Laurens...). Ce n'est  qu'au dernier paragraphe, tant attendu, mais qui révèle le caractère écrit, structuré, romanesque, que j'ai compris. Non, c'était bien une fiction de bout en bout.
Et puis : qu'est ce que ça change ?



mots-clés : #culpabilité #mort #psychologique #relationenfantparent
par topocl
le Ven 23 Nov - 16:31
 
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Sujet: Marie Darrieussecq
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Friedrich Dürrenmatt

La Promesse ‒ Requiem pour le roman policier

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 La_pro10


Un policier très capable et rigoureux promet à la mère d’une fillette massacrée de retrouver le meurtrier. Il abandonne tout pour mener une enquête privée, se servant d’une fillette similaire comme appât, se diluant peu à peu dans l’attente et l’alcool.
C’est le supérieur hiérarchique de l’enquêteur qui narre les évènements. Sans être Suisse, je m’y reconnaîtrais facilement :
« Je passais dans ce que j’appelais ma "boutique", un petit réduit tout enfumé à côté de mon bureau officiel, où je me fis monter une bouteille de Châteauneuf-du-Pape que j’envoyai chercher dans un restaurant proche du pont de la Sihl. Je bus un verre ou deux. Cette antichambre, j’aurais mauvaise grâce de le nier, était dans un désordre épouvantable, et l’on pouvait y voir quantité de livres au milieu des dossiers ; je professe l’opinion que c’est un devoir qui incombe à chacun, dans notre pays d’ordre et de propreté, de se ménager quelque part, de constituer par principe de petits îlots de désordre, quand bien même ce ne serait qu’en cachette. »

L’épreuve du guet auprès de l’"appeau humain" use aussi ce commandant, le menant à un état d’esprit paradoxal :
« A force de m’user les yeux sur elle, je la trouvais si banale, si quelconque, si commune et si vulgaire, cette gamine idiote, que j’aurais pu la tuer, l’étrangler de mes mains, la piétiner rien que pour ne plus l’entendre recommencer à chanter sa chansonnette imbécile ! »

Une atmosphère vaguement sordide, horrible, amorale ou immorale, en tout cas difficile à définir, baigne la Suisse pas si prospère et policée de ce roman policier ‒ il n’y a d’ailleurs pas de morale finale à cette chronique d’un effondrement obsessionnel (et/ou malchanceux ?!) dans la folie, même si elle mène à un dénouement inopiné.
Peut-être plus encore que La Panne, qui aborde aussi la fatalité avec humour noir, La Promesse est très bien écrit, déployant toutes les ramifications imbriquées du thème abordé : voir par exemple la conception du piège due aux observations sur la pêche.
Le sous-titre prévient que ce livre a pour vocation de rendre obsolète la logique appliquée des enquêteurs en littérature policière ; dès le début, le narrateur affirme ce credo que l’auteur veut illustrer :
« Dans vos romans, par contre, le hasard n’intervient pas, ne joue aucun rôle ; ou alors, s’il intervient tant soit peu, c’est pour aussitôt se travestir en Destin ou en Providence. Avec vous autres, les écrivains, la vérité finit toujours par être sacrifiée sur l’autel des Règles de l’art dramatique. Mais bon sang ! Fichez-les donc en l’air une bonne fois pour toutes, ces sacro-saintes règles ! La vie ne se présente pas comme un simple problème arithmétique ; une affaire ne saurait se régler comme une équation, pour la bonne raison que nous ne connaissons jamais tous les éléments, que nous ne possédons que quelques données seulement, et qui ne sont la plupart du temps jamais que très accessoires. Le grand rôle, c’est pour le hasard, l’imprévu, ce sur quoi l’on ne peut pas compter, la part énorme de l’incommensurable. »

En la circonstance, le hasard prendra une forme inattendue, celle de l’absurde.




mots-clés : #polar #psychologique
par Tristram
le Mer 14 Nov - 20:27
 
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Sujet: Friedrich Dürrenmatt
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Pierre Jourde

Winter is coming

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 Proxy_76

C'est l'un des livres les plus terribles, les plus noirs que j'aie lus. Quand on ouvre ce genre de livre, c 'est ce qu'on cherche, vous me direz.

Alors que la vie coulait pour Pierre Jourde un peu comme pour tout le monde, sans doute même un peu mieux que la moyenne,  on a diagnostiqué chez son fils de 19 ans un cancer du rein, d'une forme très rare, 12 cas au monde, et très virulente, pas de survie au-delà de 2 ans. Gabriel, dit Gazou, cet enfant pas encore homme, cet homme encore enfant,  aura droit à 11 mois.
Une histoire sans espoir aucun, racontée rétrospectivement, pas encore sorti de cette douleur dont il ne sait pas s'il en sortira jamais.

N'attendez pas une histoire de petits faits au jour le jour, de petits détails, de petites anecdotes qui permettent de reprendre souffle, de beaux détails sauvés dans ce marasme qui font quand même croire en la vie, C'est au contraire, malgré un vague souci chronologique, une grande déferlante sans répit faite de noirceur, de colère, de rage, d'impuissance et de fatalité. Cela reste sobre et contrôlé, parfois superbement écrit, avec parfois une note d’humour pour mieux cibler la naïveté  de l'équipe patiente (Gazou et sa famille), la vanité des espoirs et des dénis, mais il n'y a pas une seconde où souffler. C'est un homme qui se noie à voir son fils se noyer. Ce n'est pas un cri, mais une longue et déchirante vallée de larmes.

Si je comprends bien à quoi ça sert d’écrire cela, j'en suis toujours à me demander à quoi ça sert de le lire, et à y retourner, quand même. Un partage d'humanité, une oreille à ce qui se doit d'être dit ? Une façon de conjurer le sort? Une honnêteté à reconnaître que mes petits emmerdements, je ferai bien de ne pas trop m'en soucier ? Professionnellement une façon de comprendre ce qui se passe de l'autre côté de mon bureau ? Je ne sais pas. Mais mon cœur serré  doit bien y trouver quelque chose....


Mots-clés : #autobiographie #medecine #mort #psychologique #relationenfantparent #temoignage
par topocl
le Mer 7 Nov - 18:22
 
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Sujet: Pierre Jourde
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Jens Christian Grøndahl

Quelle n'est pas ma joie

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 31n7g111

La narratrice, Ellinor,  vient de perdre son époux. Elle écrit à sa meilleure amie Anna , ancienne première épouse, décédée depuis longtemps et dont elle a « pris la place ». Cette meilleure amie avait eu une liaison avec le premier époux d'Ellinor. (Oui, c’est compliqué, mais c'est le livre qui est comme ça.) C'est l’occasion de revenir sur ce qu'Ellinor a été enfant, d'où elle vient (une union éphémère de sa mère avec un soldat allemand), et de cette impression d'être toujours « de trop », de la honte.

C'est une histoire biographique compliquée, avec un matériau très riche, peut-être un peu trop pour la brièveté du livre. On y retrouve ce qui a l'air de faire la marque de fabrique de Grondahl, une femme qui se retourne sur son passé, une certaine apologie des renoncements, l'empreinte d'une enfance qui ne s'est pas épanouie. C'est un peu la même histoire, d'une certaine façon, que Quatre jour en mars et c'est un peu aussi les mêmes maladresses qui alourdissent, avec cette complexité du récit du fait des flashbacks, et aussi ici du fait quelle s'adresse (« tu ») à Anna mais d'une façon si indifférenciée que  tout au fil du livre je me retrouvais à croire qu’elle s'adressait en fait à son défunt mari et qu'il fallait me recentrer. Cette histoire de vie est un éloge de la simplicité, et d'un certain dépouillement, et elle aurait sans doute gagné à un récit linéaire.


Mots-clés : #famille #psychologique
par topocl
le Jeu 1 Nov - 10:00
 
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Sujet: Jens Christian Grøndahl
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Jens Christian Grøndahl

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 Gronda10

SILENCE EN OCTOBRE

Après dix huit ans de vie commune, Astrid quitte le narrateur de cette histoire.
Elle lui a seulement dit qu'elle allait voyager. Il n'en saura jamais plus. Sinon indirectement. Elle a quitté le Danemark pour le Portugal où ils avaient voyagé ensemble dix ans auparavant...
L'assaillent aussitôt toutes les questions qu'il ne s' était jamais posées. Trop absorbé par son travail de critique artistique, sa famille, ses habitudes. Parce qu'il n' était pas besoin de mots entre sa femme et lui. Pensait-il.
Etait-il heureux avec elle ? Etait-elle heureuse avec lui ? Etaient-ils heureux ensemble ?

"Il m'est apparu soudain que nous n'avions pas vécu ensemble, mais l'un à côté de l' autre, chacun dans notre monde, avec les enfants comme dénominateurs communs."

Plus sa réflexion s'approfondit et plus le doute  s'installe en lui.
Que savait-il, que croyait-il savoir ? Se refusait-il de voir ?
Les souvenirs se brouillent, s'estompent, se modifient.

"Je dois tout réinventer, tout en sachant bien que je risque ainsi de recouvrir le peu que j' aurais peut-être mis au jour pendant ce temps. Tout en brodant mon histoire, je me rends compte à quel point une vie reste pleine d' ombres et de silences. Comment prend-elle forme ? Pourquoi a-t-elle pris cette direction-là, cette direction décisive ?"

Les seuls témoins, les enfants, sont devenus adultes et vivent leur vie. Le narrateur a parfois envie de les interroger, mais les scrupules l'empêchent de le faire.
A certains moments, la nouveauté de sa situation, la solitude, l'incitent à envisager ce qu'il n'a pu faire pendant ses années de vie commune. Il se dit qu'il va s'habituer peut-être.
A reconsidérer sa vie passée, ses fréquents voyages, les femmes qu'il a connues et aimées, avant et après son mariage, il réalise qu'il s'en est fallu de peu  pour que sa vie change radicalement.

Son questionnement ne l'a pas vraiment aidé. Il l'a conduit à des impasses, des questions sans réponses. Et qui le resteront, puisqu'on n'a qu'une vie.

"Peut-être avais-je passé toute ma vie à rêver, peut-être est-ce ainsi que nous passons tous nos vies jusqu'à ce qu'arrive l'instant, tôt ou tard, où nous nous réveillons face à un néant intégral."

Tel est ce roman introspectif que je qualifierai de psychologique, même si c'est un qualificatif lourd à porter.
Pourtant ce genre est classique et indémodable quand il est réussi.

Récupéré


mots-clés : #psychologique
par bix_229
le Mer 31 Oct - 15:16
 
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Sujet: Jens Christian Grøndahl
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Jens Christian Grøndahl

Quatre jours en mars

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 31n7g110

L'idée de départ est assez séduisante. Une femme architecte approchant la cinquantaine, dont tout porte à croire qu'elle a assez bien réussi sa vie, est confrontée, au cours de quatre jours, à des difficultés qui vont l’amener à un retour en arrière sur son passé familial, puis un changement radical de conditions de vie. Dans ce temps singulier de quatre jours, son fils adolescent est arrêté pour avoir participé au tabassage d'un jeune arabe, et la relation qu'elle a avec un homme marié plus âgé va entrer dans une phase de rupture. C'est l'occasion pour elle, par petits flash-backs intriqués les uns dans les autres, de revenir sur son histoire personnelle ainsi que sur celles de sa mère et de sa grand-mère. Toutes trois sont  des femmes qui ont souffert dans leur enfance d'un certain manque affectif, ont échoué dans l'accomplissement de leurs relations amoureuses, et n’ont pas su transmettre à leur enfant l'amour que celui-ci aurait souhaité. Comme si une certaine fatalité se transmettait d'une génération à l'autre.

Ce n'est pas pour rien que le roman se situe en mars, puisque, une fois le livre refermé, on imagine que l'héroïne pourra courageusement renaître de ses cendres, sans pour autant que cela soit un happy-end niais

Le récit se constitue sur quatre jours, qui constituent les quatre parties du livre, où on ne lâchera Ingrid d'un pouce, la suivant dans ses actes et dans ses pensées. Elle recherche ce qui dans son passé et celui de sa famille a pu être déterminant dans les échecs qu'elle rencontre. Ce qui gêne,  c'est ce parti pris de flash-backs menant eux-mêmes à un flash-back puis un autre encore etc. selon le système des poupées russes. On se perd  dans ces personnages multiples aux histoires complexes, on ne sait plus toujours si on est dans le présent ou dans le passé d'une telle ou de l'autre. Il règne une certaine confusion qui « alourdit » la lecture . L'histoire reste pour autant attachante, en prise très directe avec la vie, et fait passer un assez bon moment.

Commentaire récupéré 2011

Mots-clés : #conditionfeminine #psychologique
par topocl
le Mer 31 Oct - 9:46
 
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Sujet: Jens Christian Grøndahl
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Henry James

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 97827510

La Coupe d'Or

Même si la fascinante et complexe façon dont la narration se déploie a nettement plus d'importance que l'intrigue à proprement parler, qu'elle développe, mettons tout de même quelques-mots dessus : deux couples mariés se fréquentent, discutent entre eux avec la plus délicate mais apparente bienveillance. Personne ne se dit la vérité, tandis que l'époux de Maggie a une liaison avec Charlotte, elle-même épouse du père de Maggie.

James alterne les points de vue au cours de son livre, ce qui nous permet d'opposer les perceptions de chacun. Une attention à ce que ressentent les personnages ainsi qu'à tous les détails infimes est portée par cette écriture avec son réseau d'images et de subtilités qu'on suit pour mieux comprendre son développement. On a l'impression que le style de James se dompte, avec les charges qu'il envoie, et malgré tout on fait face, on enchaîne les pages avec plaisir s'il on est sensible à cette façon de caractériser des choses à plusieurs facettes, les ambiguïtés des personnages ou des situations parfois nébuleuses d'autres fois très drôle. On se sent complice avec James, on a envie de continuer après la page final...
Définitivement une conquête.

Mots-clés : #psychologique
par Dreep
le Dim 21 Oct - 21:37
 
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Sujet: Henry James
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Marie Cardinal

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 Une-vi10

Une vie pour deux

Un couple, Simone et Jean-François, essaie de s'en sortir tant bien que mal. Ensemble, ils vont entreprendre un voyage de quelques mois. En compagnie de Simone, nous serons témoins de certains épisodes de sa vie de même que de cette démarche qu'elle entreprend avec Jean-François. Comment retrouver le fil perdu des années et communiquer à l'autre son histoire de femme? Jean-François découvre une femme morte sur la plage, qui est-elle? À deux, ils réécriront l'histoire de cette femme et, en filigrane, celle de Simone s'exprimera.


Simone, après vingt années de mariage, une fois les enfants partis, lors d’un voyage prévu pour se re-rencontrer avec son mari, va explorer sa vie, ses interrogations, ses doutes, son sentiment de sacrifice à ses enfants… Elle se retrouve à Corvagh, lieu de leurs vacances, avec son marin, cet inconnu avec lequel elle a partagé 20 ans, celui qu’elle ne connait plus vraiment, comme il ne la connait pas non plus. Chacun étranger l’un à l’autre. Elle exprime ses doutes, ses interrogations, ses frustrations, ses souvenirs de vie, de solitude à côté de lui, leurs divergences, etc, comment elle était la mère et non la femme, comment lui s’est tourné vers d’autres femmes, comment la société lui enjoignait d’être cette bonne mère, comment elle s’en est oubliée et le lui a reproché.

Au-delà de l’histoire de ce couple, ce roman est surtout une introspection, une rencontre de Simone avec elle-même, cela d’une manière assez originale. En effet, après quelques jours de vacances, le mari de Simone, Jean-François, découvre sur la plage un cadavre. C’est ce cadavre qui va ranimer les accusations et crises  de Simone envers son mari, car elle sent dans ce cadavre comme une nouvelle maîtresse entre son mari et elle. Puis, ils vont se l’approprier à deux, tentant ensemble d’écrire l »histoire de la morte, lui prêtant des sentiments, lui inventant une vie, ce non sans désaccords. Au travers de cette vie inventée, Simone se confronte à la sienne, car, au final, cette vie qu’elle construit à la morte avec son mari, c’est la sienne, ses non dits, ses frustrations, ses rêves avortés déçus, etc, qu’elle projette sur la morte.
Au ravers de l’histoire inventée de cette incinnu, elle apprend à se découvrir, tout en même temps qu’elle montre et dit enfin qui elle est à son mari, qu’elle lui livre des bribes de ce quelle a vécu.

C’est l’histoire d’une femme enfermée en elle-même, qui n’a jamais, jusque là, pu se libérer du carcan sociétal et familial, qui n’a pu sortir des chemins tracés, de la figure de ce que doit être une mère imposée, et n’a pu se rencontrer elle-même, en tant que femme, et en tant que libérée, que lors de rares événements de sa vie

Cette vie de femme, qui pourrait je pense être celle de nombreuses femmes de l’époque, est écrite avec toute la profondeur de la plume de Marie Cardinal, avec son style si particulier alliant, juxtapositions et métaphores en association libre. Une écriture où elle emmêle réalité et fantasme sans filtre, où elle nous amène dans les tréfonds de la pensée de Simone, dans ses aspirations, ses « perversions » dans cette jouissance scopique qui a pu être la sienne, ses renoncements, …
Ce roman est comme une psychanalyse du personnage, en tous les cas il en suit les rouages, de la mise en mots à la découverte de soi.  

Pour autant, parcourir cette vie de femme, aujourd'hui, là où j'en suis personnellement, n'a pas pu m'amener à vraiment entrer dans le roman et apprécier. Ce roman est superbe à mon sens, mais il vient interpeller, interroger, certaines part en nous qui vont, ou pas, faire résonnance. Et cette vie de femme, bien que très bien analysée, menée, présentée, n'a pas retenue mon adhésion car c'est simplement pas ce que j'ai envie de lire en ce moment.


mots-clés : #conditionfeminine #psychologique
par chrysta
le Jeu 4 Oct - 7:52
 
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Sujet: Marie Cardinal
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Willa Marsh

Le prix de l'innocence :

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Pique-nique et virées en décapotable le week-end, premières cigarettes, premiers slows : poussée par ses amis Vanessa et Tony, si joyeusement délurés, l'innocente Fiona prend goût à la liberté. Ce n'est pas la même chanson pendant la semaine. Au grand magasin Winslow, elle doit subir les remontrances de la terrible Mme Ferrars, chef du rayon verre et porcelaine. Elle découvre, stupéfaite, un monde d'intrigues et de coups bas.
Trois décennies plus tard, Fiona reçoit une lettre de Vanessa lui annonçant la visite de son fils Alex. Les souvenirs affluent... Peu à peu, pour Fiona, tout s'éclaire.

(Quatrième de couverture.)

Honnètement, le résumé ne rend pas vraiment l'atmosphère du roman.
On côtoie deux amies, essentiellement, en découvrant leur jeunesse, leur monde du travail et leurs sorties et alternent les chapitres où l'une des deux nous raconte leurs histoires, ce qu'elles sont devenues, leurs vies; leurs couples, leurs familles, leurs chagrins d'adultes.
C'est très "british" autant dans la personnalités des protagonistes que dans les situations, les tasses de thé, le tweed...

Mais c'est aussi bien autre chose : le bilan de vies, les caractères bien décrits, ce que la vie fait de toutes ces personnalités , qu'elle malaxe et façonne.
Et bien sûr, il y a de la retenue, des secrets, des bassesses , des bavardages, des regrets.

La fin risque de différer de ce que vous attendez. L'auteur sait bien nous manipuler et j'ai aimé cela !

mots-clés : #initiatique #psychologique
par kashmir
le Lun 1 Oct - 17:55
 
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Sujet: Willa Marsh
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Patricia Highsmith

Monsieur Ripley

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Encore un livre lu de Highsmith, qui confirme son procédé d'écriture : elle nous fait suivre de l'intérieur les pensées d'un homme , la logique qui l'habite, et c'est assez magistral. Ce n'est pas du point de vue stylistique, bien qu'un certain génie préside à la manière de dérouler, ralentir ou accélérer les soliloques, mais du point de vue de la psychologie qu'elle fait mouche : l'auteure singe si bien nos mouvements émotionnels que l'intériorité de Ripley sait montrer comme la base du criminel ressemble à la nôtre, comme pourtant un léger pas de côté, supplémentaire, fait dérailler le Droit. C'est une lecture qui m'a happée, mise mal à l'aise, d'ailleurs je vais cesser un peu l'exploration de l'auteur.
Après cette lecture , mes pensées intérieures me semblaient toutes douteuses, vous savez , les mouvements d'orgueil, les fantasmes, les opinions sur nos cercles sociaux, toute la dialectique du masque me semblait avoir potentiellement investi ma psychologie, l'auto critique était prégnante, la quasi peur d'être dysfonctionnelle socialement !! Franche poilade, en rire jaune.
Le pire étant qu'on a de la compassion pour Ripley, qui est totalement en incapacité émotionnelle d'être au monde, sauf en le filtrant via un scénario pour y paraître.
Effrayant, aussi, parce qu'une part de ces dysfonctionnements que Highsmith sait si bien décrire me semblent fonder bien des psychoses, sans que celles-ci heureusement, ne permettent des passages à l'acte criminel, mais la paranoïa, le narcissisme , sont décrits de manière aigüe et si empathiquement qu'on est pris dans cette perception totalement tragique.
Je pense à ces personnes  qui une vie entière mentent à leur entourage, Jean Claude Romand, par exemple. J'ai l'impression que c'est la même gamme de fonctionnement, ce n'est pas un polar qui définit le "Mal" clairement, il plonge plutôt dans la logique brillante d'un esprit différent et dangereux.
Glups


mots-clés : #criminalite #pathologie #polar #psychologique
par Nadine
le Lun 3 Sep - 9:56
 
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Irvin Yalom

Ca va un peu prolonger ce qu'écrivait Arturo dans le précédent post...

Comment je suis devenu moi-même ? (2018)

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Devenir soi-même, c’est toujours un peu con, si on le savait on irait droit dessus. Nonobstant, certains bouquins de développement personnel se mettent en tête l’idée de nous faire advenir à nous-mêmes à l’aide de petits trucs et de petites astuces qui permettent également, et assez insidieusement, d’augmenter notre aptitude à entrer dans le rang d’oignons sans faire pleurer les éplucheurs de légumes. La méthode de Yalom est un peu différente : devenir soi-même, c’est vieillir, tout simplement. Appréciez la subtilité de l’idée : chaque instant qui passe, au lieu de vous rapprocher de la mort, vous rapproche de l’essence même de votre être. Bravo à vous, bravo à nous, nous devenons plus authentiques à chaque seconde, même nos égarements finiront par le confirmer.


Le parcours n’est pas aisé pour autant, tout le monde le sait. Les premiers chapitres du livre sont laborieux voire rebutants. Ils présentent le schéma rigide suivant : évocation de la situation d’un patient sur un paragraphe, création d’un lien entre cette situation et celle de l’enfant Irvin, narration du souvenir, brève échappée non détruite par le temps sur le court filament chronologique d’une vie d’enfant. L’évocation du cas clinique semble n’être qu’un prétexte vite écorché, le souvenir peine à remonter à la surface, le vieil Irvin semblant avoir tout oublié du jeune Irvin un peu angoissé qu’il dit avoir été, sans doute parce que le reste de sa vie fut un triomphe relatif, sans doute aussi parce que la colère qu’il dit avoir ressenti dans sa jeunesse semble avoir désormais laissé place à la compréhension et au pardon.

Ce voyage était divin, pourtant je me sentais souvent impatient et agité, peut-être à cause du « choc des cultures » ou parce que je ne savais pas vivre sans bûcher. Ce sentiment de mal-être a empoisonné mes premières années d’âge adulte. Vu de l’extérieur, je réussissais formidablement : j’avais épousé la femme que j’aimais, j’avais été admis en fac de médecine où tout marchait bien ; mais, en réalité, je n’étais jamais à mon aise, doutant toujours de moi, sans arriver à saisir l’origine de cette anxiété, soupçonnant une blessure profonde remontant à mes jeunes années, et avec l’impression de ne pas être à ma place, de ne pas être aussi méritant que les autres.



Ce n’est qu’à partir de la page 100 que la biographie devient plus fluide et plus captivante lorsque Irvin, enfin marié et sûr de sa voie professionnelle, nous raconte les petits et grands événements sa vie de couple et de famille, ses découvertes psychothérapeutiques et ses relations professionnelles avec des personnes plus ou moins connues du lecteur. Même s’il se montre parfois un peu agaçant à vouloir nous faire comprendre à quel point sa vie a été merveilleuse, pleine d’amour, d’enfants, d’amis riches et célèbres, de best-sellers et de maisons à Hawaï, il reste aussi attendrissant et il n’hésite pas à mettre à l’œuvre dans son bouquin ce qu’il a toujours préconisé en tant que psychothérapeute : pour briser la cuirasse de méfiance de son patient, il faut savoir prendre des risques soi-même et ne pas hésiter à révéler sa vulnérabilité la plus profonde. Si la méthode a fait ses preuves en psychothérapie, elle fonctionne aussi en littérature, permettant de surmonter les moments d’ennui et d’agacement et procurant un plaisir de lecture simple sans être non plus transcendant.

Plus je vieillis, plus je ressens cet isolement. Je pense au monde de mon enfance – les réunions du samedi soir chez tante Luba, les odeurs s’échappant de la cuisine, la poitrine de bœuf, le ragoût et les carottes à la juive, les parties de Monopoly et les parties d’échec avec mon père, l’odeur du manteau de laine d’agneau bouclé de ma mère – et je frissonne en comprenant que tout cela n’existe plus que dans ma mémoire.


Cette profession, qui nous offre l'occasion de dépasser notre petite personne, fait de nous des explorateurs, plongés dans la plus grandiose des recherches - le développement et la préservation de l'esprit humain. Main dans la main avec les patients, nous savourons le plaisir de la découverte - le moment décisif où des fragments idéels disparates glissent brusquement l'un vers l'autre pour former un tout cohérent. Je me fais parfois l'effet d'un guide escortant des étrangers à travers les pièces de leur propre maison. Quel bonheur de les regarder ouvrir les portes de chambres où ils n'étaient jamais entrés, de découvrir dans des parties inexplorées des éléments de leur identité, beaux et novateurs.



mots-clés : #autobiographie #medecine #psychologique
par colimasson
le Lun 13 Aoû - 16:49
 
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Sujet: Irvin Yalom
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Søren Kierkegaard

La reprise

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« Essai de psychologie », certes, mais avec tant d’esprit et d’ironie qu’elle confine au facétieux (sans oublier la certaine misogynie d’époque).
« Il est assez rare de trouver en pareil état une jeune fille abandonnée. Quand je la vis, quelques jours après, elle était encore vive comme un poisson tout frais péché ; d’ordinaire, une jeune fille est alors plutôt hâve, affamée comme un poisson qui a séjourné dans un vivier. »

« Quand le malheur atteint une jeune fille, aussitôt surviennent tous ces monstres affamés qui veulent assouvir leur faim et leur soif de psychologie ou écrire des nouvelles. J’oserai donc me précipiter pour éloigner du moins ces œufs de mouches de ce fruit qui m’était plus doux que tout, plus délicat, plus tendre à regarder qu’une pêche, à l’instant le plus favorable, quand elle se pare avec la plus grande magnificence de soie et de velours. »

Vu, écouté, lu et conseillé par le narrateur-observateur, le personnage de composition (et d’origine autobiographique) du jeune amoureux que cela rendit poète et inéluctablement malheureux fuit l’aimée. Il y a une vision idéalisée de la femme-leurre à garder à l’esprit lorsqu’on lit des auteurs du XIXe, aussi la notion d’honneur, la mélancolie de rigueur, les adjurations peu ou prou religieuses, etc., et toutes ces exaltations forment le moteur d’un mode de comportement pour le moins daté (nous parlerions peut-être de sens de la responsabilité, culpabilité, dépression). Après l’examen approfondi de ces transes et tourments (malentendu, culpabilité, etc.), non sans une longue digression sur la farce théâtrale, et encore des affres et lamentations entre romantisme allemand et Baudelaire,
« Les nuages vont et viennent,
Ils sont si las, ils sont si lourds ;
Voilà qu’ils s’abîment à grand bruit,
Et le sein de la terre devient leur tombe. »

(le personnage de) Kierkegaard en vient à s’identifier à l’épreuve transcendante de Job, évite une solution religieuse et enfin, dans un glissement de sens des mots qui ramène à la reprise, au retour, à la duplication du même, parvient à une sorte de renaissance à se consacrer à la pensée
« dans le for intérieur, là enfin où, à chaque instant l’on met sa vie en jeu, pour, à chaque instant, la perdre et la gagner de nouveau. »

Ouvrage assez décousu (dans le fond comme la forme), où la part existentielle est assez réduite :
« Comment ai-je été intéressé à cette vaste entreprise qu’on appelle réalité ? Pourquoi dois-je être intéressé ? N’est-ce pas affaire de liberté ? Et si je suis forcé de l’être, où est le directeur ? J’ai une remarque à lui faire. N’y a-t-il aucun directeur ? Où dois-je adresser ma plainte ? L’existence est assurément un débat ; puis-je demander que mes observations soient prises en considération ? Si on doit prendre l’existence comme elle est, ne serait-il pas bien mieux de savoir comment elle est ? »

La part "philosophique" et/ ou "spirituelle" est encore plus congrue, et c’est dans les exégèses qu’on cherchera l’approche du concept de répétition/ reprise dans toutes ses acceptions, comme le renouveau.
« …] la reprise est le terme décisif pour exprimer ce qu’était la « réminiscence » (ou ressouvenir) chez les Grecs. Ceux-ci enseignaient que toute connaissance est un ressouvenir. De même, la nouvelle philosophie enseignera que la vie tout entière est une reprise. »

Ici, on en parle beaucoup plus clairement.
Sinon, il m’a semblé que cette étude de la fuite d’un homme devant sa fiancée éclaire le cas Kafka.


Mots-clés : #amour #philosophique #psychologique #spiritualité
par Tristram
le Sam 11 Aoû - 20:31
 
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Sujet: Søren Kierkegaard
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Claire Messud

La fille qui brûle

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C'est l'histoire du passage à l'adolescence entre deux amies de la toute petite enfance, celle qui  raconte, et s'en sort pas mal, et l'autre moins bien dotée au départ, qui s'éloigne, s'enfonce dans des comportements que plus personne ne comprend, entraînant un rejet qui ne fait qu'aggraver sa détresse.

C'est très finement observé, cette fragilité d'une période où se révèlent les carences de l'enfance jusque-là masquées, où explosent les questionnements, et tout est si difficile si on ne trouve pas les bonnes alliances.

Le récit est tout en nuance, en bonnes trouvailles, c'est parfaitement maîtrisé, presque trop, les sentiments sont pour ainsi dire remplacés par cette acuité. C'est une bonne lecture, d'un roman bien structuré, qui  remue des périodes de trouble que nous avons vécues, mais où, peut-être, justement, il manque un certain trouble.

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mots-clés : #amitié #conditionfeminine #enfance #identite #initiatique #psychologique #relationenfantparent #solitude
par topocl
le Mer 8 Aoû - 9:27
 
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Sujet: Claire Messud
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Robert Olen Butler

L'appel du fleuve.
traduit par jean-Luc Piningre

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Cela aurait pu s'appeler aussi l'Appel de la guerre. Sur 5 générations, c'est une histoire du genre "Tu seras un homme mon fils!", mais ça ne marche pas.

Robert 70 ans est marié à Darna dans une relation toute de silences, de non dits, de  respect, de partage intellectuel, de courtes phrase qui se suffisent à elles-même. Pendant les quelques jours qui entourent la mort de son père, les vieux démons qu'il a ramenés de la guerre du Vietnam et gardés secrets au fil des décennies l'envahissent. Le grand-père a fait la Grande Guerre, le père a combattu Hitler. Lui a voulu gagner l'amour de son père (bel échec) en s'engageant, alors que son frère a fui au Canada, tranchant définitivement dans l'amour des siens. Ceux qui sont partis ont ramené des secrets terribles que leur femmes ont respectés, les soutenant chacune à sa manière. Un SDF  psychotique traîne par là, son père vétéran du Viet-Nam lui soufflant sa conduite dans son cerveau malade.

C'est donc un thème qu'on a déjà vu et revu, la guerre, le Vietnam, les traumatismes, les secrets, les enfants , les femmes, tout l’entourage qui en souffre.

J'ai assez aimé la façon de faire de Robert (tiens, il s'appelle Robert et je n'ai pas trouvé de biographie qui dise s'il a fait le Viet Nam) Olen Butler. D'abord j'aime bien les enterrements et tout ce qui tourne autour, en littérature du moins : c’est le moment de réunir tout le monde, de catalyser les sentiments, de dire les choses inavouées etc... Et là il s'en sort plutôt bien, c'est puissamment mené, sans débordements, dans cette réserve sentimentale qui semble affecter 'presque) tous les membres de la famille, cachant leur détresse derrière un mot, un geste, un silence.

Robert, cet homme vieillissant qui devient du jour au lendemain l’aîné de cette  famille déchirée, n’est pas la brute qu'ont pu donner les guerres aux générations précédentes; c'est un homme éduqué, intelligent, brillant même , attachant,  qui cache, tout enfoui,  un tout jeune garçon traumatisé et est autant déchiré par le traumatisme que par le secret. J'ai beaucoup aimé ce couple qu'il forme avec sa femme (et d'une façon générale la place des femmes dans ce roman), ce que l'amour est devenu en 50 ans, qui n'a plus besoin des mêmes enthousiasmes et artifices, qui trouve une certaine paix, laquelle peut sembler terne, mais cache en fait une énergie et une tendresse qui n'a même plus besoin de se dire.

Et puis, si au début les réminiscences et autres ramentevances m'ont un peu irritée, comme des flashbacks hollywoodiens, elles  se sont peu à peu mêlées au quotidien, aux espoirs, aux pensées, aux rêves, aux délires, elles ont pris leur place et tout le récit  fonctionne  sur cela, le passé, toujours présent, c'est assez prenant.



mots-clés : #amour #famille #guerre #mort #psychologique #relationenfantparent #vieillesse
par topocl
le Dim 5 Aoû - 11:05
 
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Bruno Gepner

Autismes: Ralentir le monde extérieur, calmer le monde intérieur

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Le docteur Gepner est considéré comme l'un des plus grands, si ce n'est le plus grand psychiatre spécialiste de l'autisme dans le monde.
Peu connu car peu développé dans la vulgarisation d'ouvrages il demeure une référence de la communauté scientifique et d'une aide inestimable en tant que praticien et docteur pour de nombreux enfants (dont le mien) et adultes.
Carole Tardif très présente également considérée elle-même comme l'une des plus grandes psychologues spécialisées dans l'autisme, n'est pas rédactrice du présent ouvrage mais demeure une partenaire de recherches indispensables dans le cadre de ce handicap.

Deuxième ouvrage de vulgarisation, ce livre présente les résultats actuels des recherches en génétique, psychologie et psychiatrie quant à la compréhension des causes et des possibles solutions au sujet de l'autisme ou plutôt des autismes.
Il est également proposé des solutions thérapeutiques ou du moins des conseils sur le cadre de vie bien que la plupart des solutions ne peuvent être possibles que par un accompagnement social et un encadrement thérapeutique structuré.

J'ai appris beaucoup au contact de cet homme et  la lecture de ce livre ce qui m'a permis de mieux me comprendre moi-même et de mieux comprendre mon fils notamment sur le décalage temporel ayant pour cause un fonctionnement cérébral différent.

Ce livre est indispensable pour comprendre l'autisme.


mots-clés : #psychologique
par Hanta
le Ven 3 Aoû - 10:21
 
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Sujet: Bruno Gepner
Réponses: 2
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Alan Pauls

Histoire de larmes

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Septembre 1973, au Chili le palais de la Moneda est en flammes et Salvadore Allende, le Président meurt. Le narrateur se trouve chez un ami tous deux regardent la télévision mais seul l’ami est en larmes, lui il ne peut pas pleurer il ne pleure plus depuis qu’il l’a décidé à l’âge de 7 ans. Pourtant lui plus que bien d’autres aurait des raisons de pleurer ;  instruit politiquement, il lit toute la littérature  marxiste, il attend fébrilement tous les mardis la sortie du journal « la Cause Péroniste ».

Pourtant il était un enfant très sensible, sensibilité que son père vantait, mais les pleurs ne se libéraient qu’en présence de son père. Ses parents étant divorcés, il vit avec sa mère et va à la piscine avec son père. Il revient de ces journées là avec les doigts flétris et rougis par les frottements au fond de la piscine mais quel bonheur ! L’ enfant associe très jeune le bonheur à la douleur aussi ce sont les souffrances de superman, son héros, qu’il imitera en volant à travers la porte vitrée, qu’il aime, plus que ses exploits.

Enfant silencieux, qui dessine et lit sans  savoir lire, il a une faculté qui fait l’orgueil de son père : son écoute, tous ceux qui l’approche éprouvent le besoin de se confier à lui ; mais que retient, que comprend un enfant de 4 ans de ses confessions ? L’auteur veut-il  montrer l’interdit qui règne en Argentine , l’impossibilité de s’exprimer ?

Il pleure, puis ne pleure plus, et  à la mort d’Allende il rejette sa petite amie qui se trouve être de droite, elle pleure, puis d’autre comme un ami pleurera devant lui ; à présent c’est lui qui fait pleurer les autres. Larmes oui mais plus les siennes.

Pourtant un soir la réalité dépasse la fiction, fiction qui lui était plus proche tel  les costumes impeccables des militaires qui cachent l’homme qui les porte. Ces  militaires qu’il voit, enfant, comme des extra-terrestres, des envahisseurs.

Un soir donc la dure réalité le rattrape dans un épisode de son enfance alors qu’il voit à la Une du journal  le cadavre d’une femme nue.

[…] et même ainsi maintenant qu’il la voit non seulement nue mais le corps transpercé de plusieurs balles, souillée de terre comme si on l’avait traînée sur le ventre , déjà morte, le long du terre-plein du camp militaire où elle a été tuée, selon la légende de la photo, floue et de mauvaise qualité,  qui pourrait suggérer que c’est un cadavre comme les autres [….] il lit  […] et, au bout d’un moment la lumière est  si faible, les mots si difficiles à distinguer , qu’il ferme les yeux  et continue à lire comme le font les aveugles , suppose-t-il, en caressant les phrases du bout des doigts , jusqu’à ce qu’une sensation froide sur le revers de sa main, puis une autre et une autre encore, l’obligent à s’ interrompre. Il ouvre les yeux. Pleut-il ? non :  il pleure. Il pleure dans la ville comme il pleut dans son cœur…. […] et il reconnait en elle le voisin de la rue Ortega y Gasset , le militaire, le maniaque qui  a chanté à son oreille, lui a donné asile , a lu sur le bout de ses doigts le secret de sa douleur…
C’est simple, il n’a pas compris ce qu’il aurait dû comprendre. Il n’a pas été de son temps, il n’est pas de son temps et ne le sera jamais. Quoi qu’il fasse, quoi qu’il pense, c’est une condamnation qui l’accompagnera toujours.



J’ ai apprécié l’écriture incisive (de caractère plutôt) qui donne du poids au sujet, à l’ambiance,  les petits détails qui dévoilent les personnages.  Je pense aussi que c’est habile de se servir d’un évènement  survenu dans un  pays voisin pour critiquer le sien.

Je vous engage à lire ce petit livre lequel sera suivi de deux autres lectures, indépendantes, Histoire de cheveux et Histoire d’argent. J’ aimerais avoir votre regard sur cet auteur.





mots-clés : #enfance #psychologique #regimeautoritaire
par Bédoulène
le Dim 29 Juil - 10:08
 
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Sujet: Alan Pauls
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Arthur Schnitzler

Vienne au crépuscule

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 2 Proxy_21

Nous sommes dans les salons viennois de la fin du XIXème siècle, les salons où l'on cause, où l'on brille. Toute cette superficialité pare "agréablement" l'écrasante victoire d'une caste arrogante (je m'y suis beaucoup perdue, dans les 150 premières pages, impossible de savoir qui est qui dans cet entrecroisement mondain d'Ehrenberg, de Nurnberger, d'Oberger).

Les juifs, sourire crispé ou rictus effrayé, aveugles ou clairvoyants, mais humiliés toujours, croient encore (pour certains) pouvoir échapper à leur sort par l'assimilation ou le sionisme. Les femmes papillonnent, les jeunes filles attendent le mari, les jeunes hommes, libérés des soucis matériels, écrivent ou composent, voyagent (ah ! Le voyage en Italie !), prennent les femmes comme d'aimables êtres jetables : les utilisent, les échanges, les négligent, les abandonnent…

Bien des façons de se livrer à ce petit jeu : avec la distinction forcenée du jeune Georges von Wergenthin , Monsieur le Baron, avec l'ironie mordante et désespérée  de Nurnberger, avec le désespoir défaitiste et égocentré de Bermann. Tous se cachent derrière leur bons mots, leur haute opinion d'eux-mêmes, leurs hautes aspirations. Quel égoïsme, quelle autosatisfaction (mon dieu, que la vie leur est compliquée!). Ce sont d'infâmes mâles imbus d'eux-mêmes, persuadés de leur bon droit et de leur raffinement.

C'est assez bavard et souvent ennuyeux, et ma lecture fut laborieuse, mais il y aussi de bons moments, et peu à peu s'est dévoilée une réflexion sur la destinée au sein de cette  société infatuée qu'on voudrait agonisante.  Le décorticage méticuleux  de la nature humaine et notamment masculine finit par déclencher un certain dégoût. Ces homme sont des porcs croisés de paons : parés,  artistes et intellectuels, c'est à dire soi-disant pensants et pleins de sensibilité, ils  se délectent dans une perpétuelle introspection déculpabilisante, qu'ils croient raffinée, mais qui est  en fait bornée, condescendante  et  auto-satisfaite.


Mots-clés : #antisémitisme #conditionfeminine #culpabilité #historique #initiatique #lieu #psychologique #xixesiecle
par topocl
le Sam 30 Juin - 16:30
 
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Sujet: Arthur Schnitzler
Réponses: 5
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