Des Choses à lire
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Après tout une communauté en ligne est faite de vraies personnes, avec peut-être un peu plus de liberté dans les manières. Et plus on est de fous...


Je te prie de trouver entre mes mots le meilleur de mon âme.

Georges Brassens, Lettre à Toussenot

La date/heure actuelle est Ven 6 Déc - 14:06

174 résultats trouvés pour psychologique

Robert Walser

L'Institut Benjamenta

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 Robert10


« Nous apprenons très peu ici, on manque de personnel enseignant, et nous autres, garçons de l'Institut Benjamenta, nous n'arriverons à rien, c'est-à-dire que nous serons plus tard des gens très humbles et subalternes. » Dès la première phrase, le ton est donné.
Jacob von Gunten a quitté sa famille pour entrer de son plein gré dans ce pensionnat où l'on n'apprend qu'une chose : obéir sans discuter. C'est une discipline du corps et de l'âme qui lui procure de curieux plaisirs : être réduit à zéro tout en enfreignant le sacro-saint règlement.
Jacob décrit ses condisciples, sort en ville, observe le directeur autoritaire, brutal, et sa sœur Lise, la douceur même. Tout ce qu'il voit nourrit ses réflexions et ses rêveries, tandis que l'Institut Benjamenta perd lentement les qualités qui faisaient son renom et s'achemine vers le drame.
« L'expérience réelle et la fantasmagorie sont ici dans un rapport poétique qui fait invinciblement penser à Kafka, dont on peut dire qu'il n'eût pas été tout à fait lui-même si Walser ne l'eût précédé », écrit Marthe Robert dans sa très belle préface où elle range l'écrivain, à juste titre, parmi les plus grands. »

Quatrième de L’imaginaire (Gallimard)

C’est le journal d’un jeune homme insolent, fier, venu de l’aristocratie, qui entre dans un médiocre établissement de formation pour expérimenter l’existence, « commencer par le bas », se préparer à un avenir servile. Il s’opiniâtre, railleur, à épiloguer sur cette "éducation" sans accès à la connaissance, aux allures militaires, soumise au règlement comme une fin en soi, et sur cette prédestination imparable, sa "mise en conformité" subie dans un sentiment d’indignité et d’insignifiance personnelles.
Narré sur le ton d’un conte de fée à la fois caricatural et puéril, tantôt espiègle, tantôt fantaisiste, souvent déroutant, alternant amertume et absurde, le récit est traversé, comme par des émois de liberté inatteignable, de rêveries exaltées (notamment à propos de la vénérée maîtresse d’école, et de la réussite, surtout pécuniaire) :

« Mon Dieu, j’ai encore le droit d’espérer être quelqu’un un jour. Mais comme dans le rêve tout frôle la folie ! »


Bien que ce texte ne propose aucune thèse ou message explicite, et que sa lecture soit loin d’être univoque, j’y ai vu une critique assez acerbe du système éducatif, de la façon dont une société formate inexorablement ses jeunes membres pour un destin tracé d’avance, auquel ils se résignent sans alternative, se soumettant dans une adhésion née de l’impuissance (c’est particulièrement le cas de son condisciple Kraus) :

« Kraus est un véritable ouvrage de Dieu, un rien, un laquais. Inculte, tout juste bon à faire le travail le plus dur, c’est ainsi que tout le monde le jugera, et chose étrange : on ne se trompera pas non plus en le jugeant de la sorte, on aura tout à fait raison, car c’est bien vrai : Kraus, la modestie incarnée, la couronne, le palais de l’humilité, veut accomplir des travaux médiocres, il le peut et il le veut. Il n’a en tête que le désir d’aider, d’obéir et de servir, on ne tardera pas à s’en apercevoir pour l’exploiter, et dans le fait qu’on l’exploitera se manifeste une justice divine si rayonnante, si resplendissante de bonté et de lumière ! »

« Du reste il y a beaucoup, beaucoup d’esclaves, parmi nous autres hommes modernes orgueilleusement prêts à tout. Peut-être sommes-nous tous quelque chose comme des esclaves, dominés par une idée universelle grossière, irritante, toujours en train de brandir son fouet. »

« Depuis quelque temps, le monde tourne autour de l’argent et non plus de l’histoire. »
« La masse est l’esclave de notre temps, et l’individu, l’esclave de la grandiose idée collective. Il n’y a plus rien de beau ni de parfait. Tu n’as plus qu’à rêver le beau, le bon et le juste. […] Tâche de réussir à gagner beaucoup, beaucoup d’argent. L’argent n’est pas encore gâché, tout le reste l’est. Tout, tout est corrompu, partagé, privé d’agrément et de magnificence. […] Reste pauvre et méprisé, cher ami. Chasse de ta tête même l’idée de l’argent. Le plus beau, le plus triomphal est d’être un pauvre diable. Les riches, Jacob, sont très mécontents et très malheureux. Les gens riches d’aujourd’hui n’ont plus rien. Ce sont eux les vrais affamés. » [Conseils de son frère aîné]


Jacob trouve même une forme de jouissance masochiste dans l’oppression, prend goût aux réprimandes, non sans une certaine rébellion dans l’interdit contourné en cachette :

« Oui, oui, je l’avoue, j’aime bien être opprimé. […] Il suit de là qu’il me faut supposer, et me tenir fermement à cette conviction, que les règles rendent l’existence argentée, peut-être même dorée, en un mot pleine d’attraits. »


Monsieur le Directeur Benjamenta est une sorte d’ogre déchu et paradoxal, irascible et faible, lui aussi avili avant même de vivre, avec lequel Jacob a des rapports ritualisés et ambivalents de crainte et de bravade. Le drame final, préparé de loin et présenté de façon parodiquement grandiloquente, glisse dans une envolée onirique qui s’échappe enfin.
Etrange narrateur aussi, qui se tient soigneusement – sournoisement ‒ à distance de toute familiarité, et même de toute sympathie ou affection de la part d’autrui : un « zéro » assumé, qui voudrait cesser de penser.

« Bah ! Laisse là l’interprétation. »


Impasse existentielle de l’individu dérisoire, l’impossibilité d’une réussite personnelle est placée d’entrée comme un axiome dans ce récit.
Paru (en allemand) en 1909, le conformisme infus qui y est précisément dépeint éclaire de façon sinistre l’Histoire subséquente : le consentement incontesté des disciples est effrayant (mais je vois une lueur d’espoir dans les réflexions ironiques de Jacob).

« Il y a quelque chose de déshonorant dans toutes ces petites exigences ridicules en vérité, mais seul doit nous importer l’honneur de l’Institut Benjamenta, non point le nôtre, et c’est probablement le mieux, car un élève a-t-il de l’honneur ? Pas question. Notre honneur consiste tout au plus à être brimé et tenu en tutelle. Etre dressé, voilà ce qui est honorable pour nous, c’est clair comme le jour. »


(kafkaïen, psychologie, éducation)

mots-clés : #education #psychologique
par Tristram
le Sam 9 Déc - 13:43
 
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Gerbrand Bakker

Des mots retrouvés

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 419szx10

Là-haut tout est calme

Une atmosphère très particulière, tout au long du livre , pesante ,traduisant un certain fatalisme et qui semble propice à tenir le lecteur en haleine , dans l'attente d'une libération .....

Helmer a repris la ferme de ses parents , contre son gré : C'est son frère jumeau qui aurait du avoir ce rôle là , alors qu'Helmer continuait des études littéraires ..... le sort en a décidé autrement puisque celui-ci meurt brutalement dans un accident de voiture aux côtés de sa fiancée qui , elle , en sortira indemne !
De là ,Helmer sombrera dans une sorte de léthargie sans plus se poser de questions que celles que lui imposeront les gestes triviaux de la vie quotidienne à la ferme en le mettant à l'abri de la souffrance psychique .

"Durant toute une moitié de mon existence , je n'ai pensé à rien . J'ai remis tous les jours ma tête sous les vaches .En un sens , je les maudis , ces vaches , mais elles sont par ailleurs pleines de chaleur et de sérénité, quand , front appuyé contre leur flanc , on leur met la trayeuse .Rien n'est aussi rassurant , rien n'est aussi protecteur qu'une étable bien remplie de vaches respirant paisiblement ; par un soir d'hiver . Jour après jour , été, automne , hiver , printemps ."


Mais on pense à une célèbre phrase de Victor Hugo ("Le plus lourd fardeau , c'est d'exister sans vivre ) en lisant certains passages :
"C'est samedi, le soleil brille et il n'y a pas un souffle de vent.Une claire matinée de décembre où tout est nu et net . Un jour propice à la nostalgie. Non pas d'un "chez moi", puisque j'y suis , mais celle de jours exactement semblables, il y a longtemps.Et la chose a un autre nom, disons _la mélancolie."
Alors qu'il cohabite avec son vieux père grabataire , en fin de vie , dans un climat de rancoeur rendant l'atmosphère lourde , imprégnée presque d'une odeur de rance tant la force immuable des choses semble être leur quotidien , un évènement va bouleverser l'ordre établi et laisser entrevoir un bout d'horizon : la lettre de Riet , l'ancienne fiancée du jumeau après toutes ces années de silence ........
Helmer accepte le requête de Riet en embaûchant le fils de celui-ci pour quelques temps : le passé ressurgit à ce moment là(Riet a donné à son fils le nom de son fiancé parti "Henk"en plus !) et ainsi on entrevoit toute la complexité psychologique d'HELMER à l'automne de sa vie :
Ce nouvel Henk , dans la jeunesse éclatante , réveille ses penchants sexuels refoulés ......
réveille aussi la douleur de l'absence de son jumeau :

"HELMER ?"
_Oui ?
_Comment c'est d'avoir un frère jumeau?
_C'est la plus belle chose qui soit Henk.
_A présent tu te sens diminué de moitié ?
Je veux dire quelque chose , mais n'y parviens pas . Je suis même obligé de m'agripper à l'une des barres métalliques pour ne pas tomber. J'ai toujours été ignoré , papa et maman comptaient davantage ,Riet a revendiqué_si peu que cela ait duré _ son veuvage, et me voilà le fils de Riet ici, face à moi , en train de me demander si je me sens diminué de moitié.Henk m'attrape par les épaules , je lui fais lâcher prise.
"Pourquoi pleures-tu ?demande-t-il .
_Pour tout, dis-je.
Il me regarde.
Je le laisse me regarder ."

Cet extrait traduit avec grande pudeur le fond de l'âme de Helmer et ses souffrances intérieures .........

Si certains ont vu à travers la fin , une ouverture enfin ....... je n'ai pas pu m'empêcher de penser qu'une "happy-end" après un tel chemin ne peut être qu'illusoire .......
Un livre tout en retenu et pourtant intense , empreint de pudeur et pourtant trivial , poétique et pourtant rustique ....... Pour évoquer la profondeur de l'âme humaine , la souffrance dans les relations familiales , l'abnégation , le déterminisme , la nature incontournable .....


mots-clés : #psychologique
par églantine
le Sam 2 Déc - 14:33
 
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Gerbrand Bakker

Le détour

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 Cvt_le10

C'est l'histoire d'une femme qui décide de disparaître, clin d’œil parfait à ma lecture de David Le Breton. Étrange fuite sans explication - mais non sans raison - d'une universitaire limogée, réfugiée quelques mois dans une ferme isolée du pays de Galles, avec pour seule compagnie quelques oies, des moutons noirs et un blaireau, animal habituellement pacifique qui la mord lors d'une promenade vers le cercle de pierres.
Contrariant (et illuminant) ce projet de retour à soi-même par la solitude et le silence, un jeune homme la ramène à des émotions sans doute oubliées.
Son mari la cherche, ayant appris le secret qui n’est jamais qu'allusivement dévoilé.

Mais en fait ce n’est pas une histoire, ce sont des sensations, des gestes convaincus de leur bon droit, de menus faits accolés, des odeurs, des bruits, des impressions. Des jours qui passent et coulent, et dont l'auteur se refuse à donner la clé:

elle ne voulait rien connaître du pourquoi et du comment, ne pas en entendre parler.


J'ai été désarçonnée au début par cette distance, ce mur dressé entre le personnage et le lecteur. Puis j'ai peu à peu mieux habité cette ambiance sensuelle, sèche, secrète. Cet espace de liberté infinie où les mots sont à l'égal des silences. Cette femme étrange, qui décide de se trouver en fuyant ce qu'elle vit et qui n'est pas elle.


mots-clés : #nature #psychologique #solitude
par topocl
le Sam 2 Déc - 10:28
 
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Tanguy Viel

Article 353 du code pénal

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 Images45

Au prologue, lors d'un partie de pêche, Martial Kermeur passe Jean Lazenec par dessus bord et s'en rentre tranquillement chez lui.

Le texte est ensuite un long huis clos entre Kermeur et le juge d’instruction, très discret. Dans un monologue tourmenté, d'une oralité travaillée, (long monologue mais court roman), le narrateur raconte cette débine qui lui a collé à la peau et l'a mené à ce geste si impensable, et pourtant si logique. Cela commence  comme un roman social, le licenciement, le divorce, l'arnaque immobilière, la machine de guerre ordinaire du capitalisme au quotidien ... Et cela va vite  sonder des sentiments des  plus intimes et profonds, la lente dérive du loser, sa solitude, l'envahissement de la honte qui  finit par l'anéantir quand il en voit le reflet dans l’œil de son fils.

J'ai marché à fond dans ce thriller psychologique sobre et pudique sur fond de petite vie misérable de province.

Certes l'interprétation par le juge du fameux Article 353, m'a paru bien peu juridique, mais plutôt littéraire. Ma foi, qu'importe, n'est pas justement de la littérature, que je demande?


mots-clés : #criminalite #psychologique #relationenfantparent #social
par topocl
le Dim 26 Nov - 10:55
 
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Jonathan Safran Foer

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 Foer10

Me Voici


Isaac a choisi d’immigrer aux USA quand les nazis ont investi la Galicie où il est né.

Des horticulteurs allemands avaient élagué toutes les branches de l’arbre généalogique d’Isaac jusqu’au sol de Galicie. Mais avec de la chance et de l’intuition, et sans aide de l’au-delà, il en avait repiqué les racines dans les trottoirs de Washington et avait vécu assez longtemps pour en voir les repousses. Et à moins que l’Amérique ne se retourne contre les Juifs –jusqu’à ce qu’elle se retourne, le corrigeait son fils Irv -, l’arbre continuerait à produire des rameaux et des bourgeons. »

Jacob, le petit-fils,  est l’un des  rameaux ; il s’est marié avec Julia, de religion juive également, ils ont eu 3 enfants, des garçons, Sam, Max et Benjy.  De l’amour, du bonheur il y en a eu ;

« Chaque matin,  au réveil,  Jacob embrassait Julia entre les jambes – pas un geste sexuel (le rituel exigeait que le baiser ne donne pas matière à développement), mais religieux. Ils se mirent à collectionner, au cours de leurs voyages, des objets dont l’intérieur donnait l’impression d’être plus grand que l’extérieur : l’océan contenu dans un coquillage, le ruban usé d’une machine à écrire le monde dans un miroir au mercure. Tout semblait tendre vers le rituel – Jacob passait prendre Julia au travail le jeudi, le café du matin partagé en silence, Julia qui remplaçait les marque-pages de Jacob par de petits-mots, jusqu’ à ce que, tel un univers en expansion qui atteint ses limites avant de se contracter vers son commencement, tout se défasse. »

Mais 16 ans plus tard sous les dehors d’une famille heureuse, le couple bat de l’aile. Les mots tus comme  les mots dits ont eu pareillement raison de leur entente.  

Le quotidien continue,  les gestes habituels,  Jacob travaillent à la série tv de ses employeurs, Julia, architecte se construit sur papier une maison, mais une maison où inconsciemment ?  elle ne pourrait vivre que seule.

Un  évènement va  contribuer à l’instabilité du couple : Julia et Jacob sont convoqués par le Rabbin du Lycée car Sam a écrit des  insultes, et notamment un terrible mot en « n » que le lecteur ne peut qu’imaginer. Il lui est demandé de faire des excuses, qu’il refuse et nie être l’auteur de l’écrit. Julia croit en la culpabilité de Sam alors que Jacob la rejette. Leur position reflète bien le caractère opposé des deux parents. L’une est forte, l’autre « mou », il fuit, se cache la réalité alors qu’elle affronte.

Mais c’est une découverte  par Julia, qui va précipiter la séparation du couple ; celle d’un téléphone. Jacob envoie des messages salaces et très évocateurs à une femme, lui qui n’a plus de relation sexuelle avec la sienne et qui, comme lui jette Julia à la face,  a des projections au-dessus de ses moyens .   (ce dialogue est crument évocateur).

« L’intérieur de la vie devint beaucoup plus petit que son extérieur, ouvrant une cavité, un néant. Voilà pourquoi la bar-mitsva (celle de Sam) était si importante : c’était le dernier fil d’une corde effilochée. »

L’arrivée des cousins Israëliens va concorder avec un tremblement de terre en Israël ;  les sentiments de Jacob et Tamir, le cousin,  sont explicitement ceux des Juifs américains et des Juifs Israëliens avec leur antinomie, leur culture différente. Les juifs américains s’ils se sentent juifs, ne se sentent pas devoir quoi que ce soit à Israël (même s’ils donnent financièrement,  ce qui pour beaucoup se ressent comme une obligation)  alors que les juifs d’Israël se sentent avant tout  Israëliens.

Julia et Jacob divorceront,  mais il restera néanmoins un lien entre eux, au-delà de leurs enfants.

"Alors,  elle comprit Jacob. Elle l’avait cru quand il lui avait dit que les mots qu’il avait écrits n’étaient que des mots, mais elle ne l’avait pas compris. Désormais, elle comprenait : il avait besoin de mettre la main dans la porte. Mais il ne voulait pas la refermer lui-même."

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J’ ai beaucoup apprécié les dialogues, la dégradation graduelle du couple bien visible, le comportement  des enfants, des grands-parents. Les personnages sont bien croqués dans leur physique et leur psychologie.

Mais j’ai trouvé des longueurs, notamment :
dans les rites religieux, car même si intéressants ils sont digressifs  dans le processus de dégradation du couple,
le passage sur les trouvailles masturbatoires de Sam,
le tremblement de terre et les implications géopolitiques du proche-orient. (d’autant que j’ai eu beau chercher je n’ai pas trouvé trace de ce tremblement de terre qui devrait se situer en 1969 – année de l’incendie du Dôme du rocher évoqué -)

Cela reste néanmoins une bonne lecture grâce à l’écriture, à l’intelligence des rapports humains.



autres extraits :

« Ils continuèrent à coucher ensemble, même si ce qui s’était toujours produit spontanément réclamais désormais un stimulus… Ils se disaient parfois des choses dont, juste après l’orgasme, ils avaient tellement honte qu’ils se sentaient obligés de s’éclipser, au prétexte d’aller chercher un verre d’eau, alors qu’ils n’avaient pas soif. »

« Julia pouvait couper des ongles de nouveau-né d’un coup de dents, allaiter tout en préparant des lasagnes, faire en sorte que les enfants la supplient de leur passer le peigne à poux dans les cheveux, et les forcer à s’endormir grâce à un massage du troisième œil – mais elle avait oublié comment caresser son mari. Jacob apprenait aux garçons la différence entre éloigné et lointain, mais il ne savait plus comment parler à sa femme.

« Leur vie de famille était une somme d’ajustements et de corrections. D’infinis petits ajouts. »

« Ils avaient désormais tellement peur que les enfants ne soient plus là pour combler le vide. »

Leur vie de famille était une somme d’ajustements et de corrections. D’infinis petits ajouts.

Ils avaient désormais tellement peur que les enfants ne soient plus là pour combler le vide.

Les rituels domestiques étaient assez enracinés pour que leur façon de s’éviter soit naturelle et passe inaperçue.

Et quelqu’un  doute t-il vraiment qu’un jour, quand les conditions seront réunies, l’Amérique ne décide qu’on est trop bruyants, qu’on pue, qu’on est casse-pieds et bien trop intelligents pour ne pas nuire à tout le monde ?

En un instant, frappé d’une fulgurance, Jacob fut submergé par la terreur d’avoir démoli les trois plus beaux êtres humains sur terre.




mots-clés : #communautejuive #famille #psychologique
par Bédoulène
le Sam 25 Nov - 17:27
 
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Ivan Alekseïevitch Bounine

L’amour de Mitia

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 L_amou10

Ou les affres de la jalousie chez Mitia, étudiant moscovite amoureux d’une belle comédienne en herbe, jeune ingénue un peu suspecte d’émancipation. De vagues dissonances dans leur relation l’alarment ‒ petits signes imprécis de la rupture ?

« Mitia accompagnait Katia au théâtre, au concert, il se rendait chez elle et y demeurait jusqu'à deux heures du matin. Elle passait aussi parfois chez lui, dans son meublé de la Moltchanovka, et leurs rendez-vous s'écoulaient tout entiers dans le lourd enivrement des baisers. Cependant Mitia ne pouvait se défaire de l'idée qu'une chose terrible s'était enclenchée tout soudain, qu'un changement s'était produit, qu'une transformation s'opérait peu à peu en Katia, dans son attitude envers lui. »


Plongée dans l’angoisse de la séparation, qu’un épisode de diversion plutôt sordide ne fait qu’aggraver, pour le malheureux reparti chez lui.
Intéressant rapprochement de l’obsession pour son amante absente avec la prégnance de la mort suite au décès du père : sa perception de son environnement est métamorphosée lors de chacune de ces expériences majeures, ayant lieu au printemps qui transfigure le monde.
Description psychologique minutieuse d’un drame romantique, en regard avec celle de la campagne russe.


mots-clés : #mort #nature #psychologique
par Tristram
le Lun 20 Nov - 20:13
 
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Véronique Olmi

J'aimais mieux quand c'était toi

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J'essaie de ne pas trop en dire ( mais sachez que c'est déjà trop si vous voulez profiter pleinement du déroulé du récit), car c'est justement le mystère de l'inconnu où la narratrice nous emmène qui est l'une des forces de ce petit roman psychologique. On pourrait presque le qualifier de thriller, si cela ne risquait pas de lui enlever ses qualités littéraires, poétiques et métaphoriques.

A noter aussi que le titre, qui vient d'une chanson de Souchon, et fait un peu croire à quelque chose du genre Marc Lévy, est d'un ridicule achevé par  rapport à la finesse de ce qu'il y a à l'intérieur.

C'est l'histoire d'une histoire d'amour fou entre deux êtres qui se sont quittés. Et de sa réémergence brutale, le temps d'une nuit déchirante, où tout se questionne à nouveau.

La femme est actrice (et qu'elle joue dans la pièce de Pirandello : Six personnages en quête d'auteur), et cela ouvre tout un versant sur le théâtre, le rôle de l'acteur, pris entre réalité et fiction. Cet effet de dédoublement entre en résonance avec l'histoire, terriblement dramatique et forte dans son unité de temps, qui va questionner l'identité de deux êtres et le sens de l'amour.

C'est admirablement écrit, de par sa concision, servie par une prose d'une densité haletante.


mots-clés : #psychologique
par topocl
le Dim 5 Nov - 17:13
 
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Anne Godard

Une chance folle

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C'est l’histoire d'une petite fille qui devient grande, dans une solitude qui est celle de tous les enfants puis des adolescentes, mais exacerbée par cette brûlure qui envahit les heures et les pensées. Un horrible stigmate qui l'astreint à des traitements aussi pénibles et répétés qu'inefficaces, la condamne  au rôle du monstre regardé de travers voire moqué, ou pire encore, plaint. Elle vit  cette marque infamante dans la culpabilité  de l’horreur et de la peine qu'elle impose aux autres comme à elle-même.

Et chaque fois ce qui recommence, c'est le récit de ce dont je ne me souviens pas, tandis que ce qui compte vraiment, c'est ce que je ne raconte pas, ce qui se répète de rencontre en rencontre, leurs yeux sur moi et la question. C'est quoi, là ? Leurs yeux sur elle et la question. Qu'est-ce qui vous est arrivé ? Même lorsque la question n'est pas posée, lorsque leurs yeux ne se sont pas arrêtés, à chaque rencontre, j'attends, j'anticipe et je prévoir le moment où l'on ose enfin, le moment où l'on se permettra de me montrer que ça y est, cette chose, on l'a remarquée, cette chose sur moi qui est la trace d'une autre chose qui m'est arrivée.


Cet aspect est vraiment très bien traité, l’ostracisme lié à la différence, celui que les autres créent et celui qu'elle se crée elle-même. Magda est aimée-malaimée d'une façon tout à la fois phagocytante et rejetante par une mère à qui  le dévouement permet de se créer un personnage au détriment de sa fille. Tout cela est finement montré, les petites phrases, les petites hypocrisies, les petites maladresses qui n'empêchent pas l'amour, la grande détresse.
Ca part épatamment bien, cette relation perverses entre les  deux.

Peut-être qu'elle s'était tellement habituée de le soigner qu'elle oubliait qu'il était à moi ce corps, ou peut-être qu'elle ne faisait plus la différence entre nous, depuis le temps que nous allions ensemble en cure ou à l'hôpital, elle et moi, comme si nous n'étions qu'une.


Et puis il se greffe diverses péripéties de cette vie familiale, tragiques mais au demeurant assez banales, des épisodes vus et revus ailleurs dans les récits d'adolescence, et auxquels manque une profondeur. Les personnalités des autres personnages sont à peine ébauchées et convenues. Cela donne un résultat assez bancal, livré avec une écriture singulière et urgente, mais qui, on le regrette,  ne suffit pas à convaincre pleinement.



mots-clés : #contemporain #enfance #psychologique #pathologie
par topocl
le Mer 1 Nov - 19:55
 
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Javier Cercas

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 Cercas10

A la vitesse de la lumière

Résumé:

Le narrateur est un jeune catalan qui trouve un poste à l'Université d'Urbana, aux Etats-Unis. Il y rencontre Rodney Falk, ancien soldat au Vietnam gravement traumatisé, pour qui il se prend d'amitié. Il découvre petit à petit ce que son ami a pu commettre d'horreurs pendant la guerre, durant laquelle il a progressivement perdu son identité.
Rentré chez lui et devenu écrivain à succès, le narrateur tombe dans la débauche et l'alcoolisme. Soudain, sa vie est bouleversée. Pour se reconstruire, et ce qu'il mûrissait depuis déjà longtemps, il écrit l'histoire de Rodney Falk, dont il a eu plus ample connaissance.

Avis:

Si j'ai bien compris, le narrateur est une sorte de double de Cercas. Ce qui est certain, c'est qu'il a réussi le tour de force de donner vie au personnage le plus insupportablement prétentieux et autocentré que j'aie jamais rencontré dans une lecture (aussi, quelle force d'évocation !)

Bon, on le comprend tout de suite, ce narrateur est dans une perpétuelle auto-critique dans laquelle il n'est jamais las de se vautrer. Cette prétendue lucidité, cette espèce de complaisance malsaine avec laquelle il énumère ses ridicules, cela donne à l'esprit une image tout autre que celle qu'il souhaiterait qu'on ait de lui. Et quel style fastidieux ! Pour chaque situation, il tient toutes prêtes deux ou trois hypothèses, toutes fumeuses et superficielles, qui alourdissent inutilement un récit qui manque déjà beaucoup d'allant. Qu'on lui pose un filtre ! Il paraît écrire tout ce qui lui passe par l'esprit. De sorte que si on en enlevait tout le gras, on pourrait se soulager d'une bonne moitié du roman, qui aurait peut-être gagné à ne faire l'objet que d'une nouvelle, centrée sur Rodney et absente de notre pénible guide.

Le narrateur, à part d'affligeantes banalités sur ce que doit être la littérature, ne semble pas l'aimer du tout, et on se demande ce qui a pu lui cheviller au corps cette idée de devenir écrivain. Jamais à court de nous asséner ses boiteuses théories (celles de Rodney, son mentor en quelque sorte, ne sont pas elles-mêmes des plus révolutionnaires), il ne semble pas se rendre compte qu'elles portent toutes uniquement sur la posture, jamais sur le fond, jamais sur la forme.
Je veux dire que les silences sont plus éloquents que les mots, et que tout l'art du narrateur consiste à savoir se taire à temps : c'est pour ça que, dans le fond, la meilleure façon de raconter une histoire, c'est de ne pas la raconter.

Avec un peu de mauvaise foi : pourquoi ne pas s'être tu ? Et effectivement, on esquive constamment d'écrire l'histoire en question, d'où l'impression de vaines contorsions qui s'achèvent sur une dernière grossièreté :

Spoiler:
"- Comment s'achève votre livre ?" *avec un sourire malin* "- Comme ceci."


Je passe rapidement sur la description de la vie de débauche et de mondanités de la nouvelle "coqueluche" du monde littéraire, pour dire seulement que c'est navrant. On dirait ces gens mal à l'aise qui se donnent l'air d'avoir vu du pays et parlent d'une vie qu'ils ne connaissent pas, sans que personne ne soit dupe. Sans mépris pour ces derniers, ça reste très maladroit de la part d'un écrivain.

Alors je m'interroge : Cercas, son narrateur, quelle distance ? S'il a eu pour seul but de créer un personnage odieux, je lui tire mon chapeau (seulement l'intérêt est limité, et ce n'est pas comme ça que je vois la littérature : s'infliger une telle purge). Ou met-il beaucoup de lui-même dans son personnage, certaines des considérations littéraires (dont j'ai parlé) étant affirmées avec trop peu de distance ? Je ne le lui souhaite pas, mais je le redoute.
Le narrateur ayant écrit un premier livre duquel le narrateur est lui-même un double du premier (mise en abyme Cercas => narrateur 1 => narrateur 2), Rodney le lit, se reconnaît dans un des personnages, qui est la seule chose qui l'intéresse dans le roman. J'ai pressenti que cette opinion serait aussi la mienne, concernant A la vitesse de la lumière.
 
Parce que le personnage de Rodney Falk m'a touché. Il est discrètement peint, par petites touches (mais ici, je crains que ce n'est que parce que le narrateur ne s'occupe que de sa propre personne). Ce qui s'y rattache semble vrai, sans affectation. On croit au personnage, à la douleur. Il est sympathique parce qu'il s'efface, parce qu'il est maladroit et inadapté. J'ai même de la tendresse pour lui. Alors ce roman n'aura pas tout raté.

Quelques citations pour donner envie :
Tout le monde regarde la réalité, mais rares sont ceux qui la voient

Je veux dire que celui qui sait toujours où il va n’arrive jamais nulle part et qu’on sait seulement ce qu’on veut dire une fois qu’on l’a dit.

L'artiste n'est pas celui qui rend visible l'invisible : ça, c'est vraiment du romantisme, bien que pas de la pire espèce; l'artiste est celui qui rend visible ce qui est déjà visible et que tout le monde regarde et que personne ne peut ou ne sait ou ne veut voir.


Voilà, je me sens mieux. Very Happy

mots-clés : #creationartistique #guerre #psychologique
par Quasimodo
le Dim 15 Oct - 21:37
 
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Sujet: Javier Cercas
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Amulya MALLADI

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 Cvt_un10

En Inde, le mariage est la grande affaire d’une vie. Alors, quand on a présenté à Anjali un jeune et beau militaire, elle n’a pas hésité longtemps. Malheureusement pour elle, très vite, le prince charmant s’est transformé en crapaud. Un soir, il a tout simplement oublié d’aller la chercher à la gare. Hors, ce soir-là, à Bhopal, l’usine d’Union Carbide a explosé. Asphyxiée par les gaz toxiques, Anjali a failli mourir. Peu après, elle a décidé de ne plus gâcher sa vie avec ce mufle, et a demandé le divorce. Une décision d’autant plus courageuse qu’en Inde, le divorce, synonyme d'ostracisme et, même, très souvent, de rejet familial, est encore impensable pour une femme de la classe moyenne.
Malgré tout, Anjali a réussi à rebondir : elle a repris ses études, et a refait sa vie avec un charmant professeur. Et ils ont eu un fils. Hélas, les gaz de Bhopal et leurs insidieuses conséquences ont terni leur bonheur : le petit garçon est né terriblement malade, condamné à brève échéance. Pour eux, dorénavant, c’est la vie vaille que vaille, l’espoir malgré tout, le sourire pour seule arme.
Un jour, hasard des affectations, l'ex-mari d'Anjali est muté dans la ville où elle a refait sa vie. Leur rencontre est inéluctable... Pour Anjali, c'est la confusion des sentiments. Pour l’ex-mari, confronté au triste résultat de son inconséquence, les remords, la honte, les pitoyables tentatives de se racheter. Et pour le mari actuel, la jalousie, l’amour, le doute, l’abnégation, l’amour encore.

Voilà. C’est donc un livre à trois voix, qui entend plonger au plus intime de ses personnages. Ce livre parle de reconstruction, de pardon, de maladie. Il évoque des sujets tabous en Inde, et se veut le reflet de toute l’ambiguïté des sentiments humains. On ne peut pas dire que ce soit simpliste, alors, pourquoi n’ai-je pas adhéré à ce roman ?

Comme d’autres livres indiens publiés récemment par Mercure de France, Une bouffée d’air pur répond à un certain schéma. Et s’il se lit si facilement, c’est peut-être, _Allez, j’ose le dire ?_ grâce à son écriture calibrée pour plaire à un certain public, de toute évidence féminin. Un public dont on présuppose qu’il consent à être bousculé, mais pas trop ; qu’il admet des drames, mais pas sans amour immortel ; qu’il accepte l’inéluctable, tant qu’on ne lui interdit pas de rêver quand même…
Pour moi, c’est là qu’est le hic. En effet, il suffit d’un peu de lucidité pour voir que le destin d’Anjali, si douloureux soit-il, n’est guère crédible. Ca ne doit pas être si fréquent qu’une femme indienne, divorcée, rejetée par les siens  -et donc quasi sans ressources-, puisse ainsi reprendre des études, rencontrer des amis « pour la vie » absolument merveilleux, puis un homme « pour la vie »  non moins merveilleux (et orphelin, ce qui, vous l’avouerez, est bigrement pratique pour l‘écrivain, les parents n'étant plus là pour s’opposer au mariage).
Ils ne doivent pas être si nombreux non plus, les ex-maris mufles-crapauds, qui, d’un coup d’un seul, sont bourrelés de remords et prêt à tout pour se racheter… (avec _ attention spoiler_  l’aide de leur nouvelle femme, tout amour et compréhension sous ses airs de mégère non apprivoisée).
Alors, que dire de la probabilité que ces bons sentiments soient tous réunis en même temps ? Quasi nulle, bien sûr.
Bon, il y a aussi quelques méchants irrécupérables, dans ce livre. Mais comme un passage obligé...

Pour être tout à fait honnête, je suis dure envers ce roman, qui n’a quand même rien d’une bluette à la Barbara Cartland, et auquel je reconnais des qualités. Mais j'en attendais beaucoup plus, et j'ai été déçue. En vérité, cette écriture « aseptisée » ne correspond tout simplement pas au public que je suis aujourd'hui.
Reste quand même, au milieu de tout cela, un enfant condamné par le cynisme des hommes. Et là, malgré toutes mes réserves, j'avoue, à la fin, j’ai pleuré...


mots-clés : #conditionfeminine #famille #pathologie #psychologique #romanchoral
par Armor
le Lun 9 Oct - 22:50
 
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Sujet: Amulya MALLADI
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Joseph Conrad

Gaspar Ruiz
Nouvelle, une centaine de pages, titre original éponyme, parue en 1906 dans le recueil A set of six (en français le recueil fut édité sous le titre Six nouvelles).

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Drapeaux et oriflamme du Royaume d'Espagne et des Indes, époque contemporaine à celle où se situe l'action de Gaspar Ruiz.

Il y a une parenté certaine entre les personnages Conradiens de Nostromo et de Gaspar Ruiz. Issus du peuple, entraînés dans les tumultes de leurs époques au point d'écrire, par leurs actes, une petite parcelle de l'Histoire, avec ce côté malgré-eux.
Conrad prétend d'ailleurs avoir écrit cette nouvelle en finissant Nostromo, inspiré par un livre du Capitaine Basil Hall, de la marine britannique, qui servit entre 1824 et 1828 sur la côte ouest de l'Amérique du Sud.

J'ai eu la joie de lire Gaspar Ruiz en édition bilingue, et là, enfin -révélation- les gallicismes et autres hispanismes sautent davantage aux yeux, on discerne aussi avec davantage de netteté ses fameux amenés, son rythme de phrases, et quelques autres éléments du procédé littéraire de Conrad.

La nouvelle démarre fort, sous le signe de l'action. La narration est en partie extérieure, en partie assurée par le Général Santierra, qui fut un compagnon du célèbre Général José de San-Martín, argentin et libérateur du Pérou et du Chili.
Santierra est, à l'époque où se situe la nouvelle, jeune lieutenant de dix-sept ans du camp républicain.

Un prisonnier, un colosse, Gaspar Ruiz, balloté du camp républicain au camp royaliste au gré de la guerre, sans qu'aucun choix politique n'entre en ligne de compte, se retrouve en attente d'exécution capitale, détenu avec d'autres pauvres hères présumés soldats royalistes.
Les Guerres de Vendée en version sud-américaine, quoi.

Chapitre I a écrit: Ce long combat, mené d'un côté pour l'indépendance, de l'autre pour le pouvoir, accrut, au fil des ans et des aléas de la fortune, la sauvagerie et l'inhumanité d'une lutte pour la vie. Tout sentiment de pitié, de compassion disparut devant la haine politique grandissante. Et, comme d'habitude en temps de guerre, ce fut la vaste majorité de la population, celle qui avait le moins à gagner du résultat, qui vit ses membres obscurs et leurs humbles fortunes souffrir le plus.


Chapitre I a écrit: Au nombre des prisonniers faits parmi les troupes royalistes en déroute se trouvait un soldat nommé Gaspar Ruiz. Sa forte carrure et sa grosse tête le distinguaient de ses compagnons de captivité. Manifestement, cet homme était une personnalité. Quelques mois plus tôt, on avait constaté son absence dans les rangs des troupes républicaines, après l'une des nombreuses escarmouches qui précédèrent la grande bataille. Or, maintenant qu'il venait d'être capturé les armes à la main parmi les royalistes, à quel sort pouvait-il s'attendre sinon à être fusillé comme déserteur ?

Gaspar Ruiz, cependant, n'était pas un déserteur; il n'avait sûrement pas l'esprit assez alerte pour évaluer lucidement les avantages et les dangers de la trahison. Pourquoi changer de camp ? En réalité, il avait été fait prisonnier, il avait subi des mauvais traitements et bien des privations. Aucun des deux camps ne témoignait de tendresse à ses adversaires. Le jour vint où il reçut l'ordre, comme d'autres rebelles capturés, de marcher au premier rang des troupes royales. On lui avait fourré un fusil dans les mains. Il l'avait pris. Il avait marché. Il ne tenait pas à se faire tuer dans des circonstances atroces pour avoir refusé de marcher.


Le jeune lieutenant, mû par un intérêt naissant, une empathie spontanée, pour le colosse se débrouille à faire retarder l'exécution au soir, afin qu'un haut gradé dont on attend la visite puisse, qui sait ? intervenir.

Les prisonniers, cruellement assoiffés, doivent à l'humanité du lieutenant et à la force surhumaine de Gaspar Ruiz de pouvoir boire à un seau...quant au haut gradé, il ne viendra pas...


mots-clés : #guerre #mort #psychologique
par Aventin
le Ven 8 Sep - 21:28
 
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Sujet: Joseph Conrad
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Kate Atkinson

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C'est pas la fin du monde

Des petites nouvelles façon thé corsé, un peu âcre mais réconfortant pour une galerie de personnages à la banalité attachante et à l'extraordinaire palpable. Une pointe de... réalisme magique ? sur une belle couche d'humour sur la tartine de vie assez pathétique qui constitue la trame de ces vies.

Destins mal barrés, accidents de la vie, solitudes familiales, en bref coups de mou ou gros coups de mou sur paysage de catalogues contemporains automobiles, télévisuels en guise de mantras du quotidien.

Ce quotidien et le familier de ce décor assez envahissant sont ce qui m'a fait penser à William Gibson, et pourquoi pas avec ces personnages "simples" pris dans un itinéraire bis chaotique de leur existence. Avec peut-être ce goût de ne pas les abandonner et de ne pas faire l'impasse sur le merveilleux bancal d'un monde qui dérape (surtout dans les premières nouvelles d'ailleurs, celles qui cataloguent des objets).

Il y a un goût de recette au fil des pages, mais efficace, j'ai trouvé la cuillère un peu chargée mais je pardonne volontiers (en moins dur et plus moderne ça m'a aussi rappelé des nouvelles comme celles de Buzzati).

Par contre on reparle de Gibson. cat

mots-clés : #contemporain #famille #humour #mort #nouvelle #psychologique
par animal
le Lun 4 Sep - 21:34
 
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Réjean Ducharme

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 Cvt_la10



L'avalée des avalés

ouf je me suis moi aussi laissée avalée par le récit, par les phrases  qui s'enchainent rapides, intrépides, choquantes, bouleversantes comme le sont les idées, les actions et les sentiments de cette gamine rebelle. Sa rébellion qu'elle nourrit de sa haine, de sa force,  de sa solitude et de sa peur parce que la vie n'est que "vacherie de vacherie", les adultes ne sont pas à la hauteur, ni sa mère, ni son père lesquels dans un  profond ressentiment réciproque se sont "partagés" l'éducation  des enfants, l'aîné Christian appartiendra à la mère (catholique) et Bérénice à son père (Juif). Comment un enfant peut-il vivre son enfance,  être équilibré dans un tel foyer  ?

De Christian et Constance son amie, seuls, elle souhaite obtenir.

"Quelque raison qui m'éclaire ce soir, quelque force qui m'émeuve maintenant, il reste que Christian et Constance me hantent que je les cherche, que je les attends, qu'il faudrait que je les possède, qu'il faudrait que je ne souffre pas à cause d'eux. Il faudrait que je ne connaisse d'eux que leur visage. Il faudrait qu'ils ne soient pour moi que le fou et la reine qu'on déplace sur l'échiquier. Mais je m'ennuierais. Il ne faut pas souffrir. Mais il faut prendre le risque de souffrir beaucoup. Mais j'aime trop les victoires pour ne pas courir après toutes les batailles, pour ne pas risquer de tout perdre. Va te coucher. Vacherie de vacherie!"

"On ne peut rien contre la solitude et la peur. Rien ne peut aider. La faim et la soif ont leurs pissenlits et leur eau de pluie. La solitude et la peur n'ont rien."


Mais Bérénice  veut que son frère lui appartienne elle veut compter beaucoup, trop, pour lui alors même qu'elle est très lucide sur la soumission qu' il accorde à sa mère qu' elle veut haïr ; qu'elle croit haïr.

"Elle me dépasse. Elle m'échappe. Elle me glisse entre les yeux comme l'eau glisse entre les doigts. Pour moi c'est clair : elle est un danger, une menace terrible. C'est un soleil qui me flamberait l'âme si je ne fuyais pas, ne m'en défendais pas."

"Mon idylle avec la panthère blanche aux yeux d'azur ne dure plus, n' a plus cours. Elle a vécu ce que vit toute douceur : l'espace d'un malentendu. C'est sa faute ! C'est une imbécile. Elle est bête à pierre fendre. Elle n'a rien compris. Je l'aimais comme un garçon aime une fille.  Quand j'étais seule avec elle je ne pouvais la regarder sans avoir l'impression de faire du mal. Elle n'a rien compris."

Il faut à Bérénice se protéger en niant, en fuyant tout, même la vie.

"La vie ne se passe pas sur terre, mais dans ma tête. La vie est dans ma tête et ma tête est dans la vie. Je suis englobante et englobée. Je suis l'avalée de l'avalé."

La gamine, se réjouit des disputes entre ses parents, ce qui est d'ailleurs assez rare chez les enfants, mais elle s'en nourrit.

Le père évoquant la mère  :

"Elle a un sexe entre les jambes, elle le porte haut et droit, et un sexe, ma bonne amie, un sexe de femme, un sexe comme tu as la douleur et la honte de devoir en avoir un, c'est tout ce qu'un homme a besoin quand il prend une maîtresse. Elle copule, et ça ne lui met pas le coeur à l'envers. Elle se regarde quand elle est toute nue, et ça ne la dégoute pas. J'ai entendu dire qu'elle lave aussi souvent son sexe qu'elle se lave les oreilles. Pis, elle m'a avoué qu'elle traite son sexe comme son estomac. Quand l'un ou l'autre crie famine, elle lui donne à manger. C'est un curieux spécimen d'une race à laquelle ont ne veut plus guère appartenir : la race humaine."

La mère au père :

"-oui mes frères collaboraient ! Et j'aurais dû collaborer avec eux ! A quatre, nous aurions tué plus de juifs ! Il en resterait moins aujourd'hui. Vous ne seriez peut-être pas de ceux qui restent."

Alors que Christian se bouleverse pour ses péchés, Bérénice ne cède rien à la religion, n' y trouve aucun secours.

"Je ne marcherai pas avec Yahveh. Je marcherai contre les flammes et contre les armées. J'aime mieux être du mauvais côté, s'il faut absolument être d'un côté."

Bérénice choque son frère par son attitude, ses excès ; elle s'accorde tout de même un inceste dans la vie qu'elle a dans sa tête avant d' être expédiée  à New York par son père chez un oncle "redresseur".

"Je sors enceinte du lit de l'enfance. J'en ai plein la ceinture. Des crimes ont pris racine dans mes entrailles, et poussent, se gonglent. Quand je mettrai bas, ce sera laid ! Quand je me promènerai sur le trottoir avec ma ribambelle de crimes, ils trembleront. S'ils ne tremblent pas, ils vomiront ou me cracheront à la figure."

Son amie Constance l'accompagne dans son exil, mais elle y perdra la vie. Bérénice grandit mais elle continue à faire le "mal" et l'oncle la renvoi chez elle.

"J'ai si mal à l'âme Zio, et c'est si important d'avoir mal à l'âme quand on a très mal à l'âme, que je ne peux m'empêcher de m'occuper de mon âme."

Son père l'expédie, à nouveau, mais en Israël.

"Je crois que si les êtres humains s'habituaient à vivre sans rêves, sans leurres, sans faux-fuyants, se décidaient à prendre leur angoisse à bras le corps ils finiraient par produire des individus capables de les guérir.

Elle est incorporée dans une section de l'armée dans  poste de surveillance à la frontière.

"Le seul combat logique est un combat contre tous. C'est mon combat. C'est, sans qu'ils s'en rendent compte, le combat de tous ceux qui font la guerre.

Elle nous l'a dit Bérénice, elle aime les victoires, toutes les batailles, elle le démontrera.



L'écriture m'a encore une fois séduite et c'était pourtant un choix difficile que ce (presque) monologue intérieur d'adolescente.


mots-clés : #initiatique #psychologique
par Bédoulène
le Mer 30 Aoû - 14:46
 
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Sujet: Réjean Ducharme
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André Gide

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 300_4510

La symphonie pastorale

Pas vraiment pris mon pied avec cette petite lecture (qui change apparemment de couverture tous les quatre matins). Ou tout simplement l'attente était trop grande en regard des Faux monnayeurs ?

Cette histoire de pasteur qui couve une jeune aveugle Gertrude en toute simplicité mais pas tant que ça... n'est pas une vraiment une histoire de suspens, faussement entretenu, plus un jeu amusé du faux semblant du sentiment amoureux.

Un sentiment d'ailleurs aussi difficile à définir que celui de la générosité qui anime initialement le pasteur ? Tout est dans cet aveuglement plus profond toute grandeur réduite, sans tant de malice que ça ? à des impulsions plus simple.

On appréciera les façons discrètes et très correctes de tourner, avec malice cette fois, autour du pot pour les colères et jalousies. A force de lire le brouillard de différences de fond, ou au contraire de formes ?, entre protestantisme et catholicisme n'est pas aussi opaque mais.

J'ai surtout eu l'impression d'un texte écrit avec le sourire, en dilettante, sans forcer et c'est amusant mais ça reste vite, immédiatement ?, lassant. Ou alors ce n'était pas la saison ?

C'est pourtant gentiment croqué ces monceaux d'égoïsme au naturel...

(Et on sent l'attrait particulier pour le sens des mots).

mots-clés : #psychologique
par animal
le Mar 29 Aoû - 18:10
 
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Ken Kesey

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 Captur29


Et quelquefois j'ai comme une grande idée...


S'entortillant puis, après un temps d'arrêt, se détortillant dans les bourrasques de pluie, à deux ou trois mètres au-dessus du flot rapide, un bras humain, attaché par le poignet (rien que le bras, qui tourne, là au-dessus de l'eau)... spectacle à l'intention des chiens sur la rive, de cette satanée pluie, de la fumée, de la maison, des arbres et de la foule qui crie, excédée, depuis l'autre côté de la rivière : "Stammmper ! Va pourrir en enfer, Hank Stammmmper !"
Et à l'intention de tous ceux qui auraient envie de regarder.
...celui qui s'est démené pour que le bras vienne osciller bien en vue depuis la route a aussi pris la peine de replier tous les doigts avant de les attacher, tous sauf le majeur, de sorte que cette provocation à la raideur universelle demeure, dressée dans son mépris, bien reconnaissable par n'importe qui..


Nous sommes dans l’Oregon et ce bras moqueur qui fait enrager la foule sur l’autre rive de la rivière Wakanga  est aussi indépendant que la famille Stamper. Cette grande famille de bûcherons depuis des décennies, installée dans ce village.

Henry Stamper le patriarche, implacable même à 80 ans
Hank son fils, (son père avait accroché à sa naissance sa règle de vie écrite : « ne lâche rien de rien)sa femme Vivian,
Joe Ben le cousin (un sympathique et utopique gnome) avec sa famille vivent tous dans la « vieille maison Stamper » renommée par sa position au-dessus de la rivière. Elle s’accroche au flan de la montagne, soutenue par un étaiement hétéroclite et anarchique, ne cédant rien à l’appétit de la rivière.


Le village est en effervescence : les ouvriers de la Cie WP sont en grève illimitée afin d’obtenir satisfaction de leur revendication ; la durée de ce conflit social a mis leur économie en grande difficulté aussi ils voient avec colère que Hank (qui dirige l’entreprise familiale) continue avec son équipe à travailler dur.
Hank est à la fois admiré et envié mais à ce moment là c’est l’envie et la colère qui dominent. Ce dernier craint de ne pouvoir assumer le contrat qui le lie à la WP, aussi sur les conseils de Joe il accepte de demander à son demi-frère Leland (Lee) (introverti)qui a quitté la maison avec sa mère depuis une douzaine d’années, de revenir pour les aider, car c’est lui aussi un Stamper.

Dernière entrevue entre les deux frères  alors que Lee est un gamin d’une dizaine d’années :

Lee :
...attends un peu le jour où...
...attends voir le jour où je serais assez grand pour...


Sur la carte invitant Lee à rejoindre la famille Hank a inscrit en gras au bas :
Tu dois être assez grand maintenant frérot !


Oui il est assez grand maintenant le frérot, mais il est toujours sous l’ « ombre » du grand frère, celui qui réussit tout, celui qui lui a volé sa vie, celui qui est responsable de ses échecs.

Au village la situation s’envenime quand le syndicat des ouvriers apprend le contrat qui lie Hank à la WP et qui constitue de fait une entrave à leur grève. Les ouvriers doivent empêcher Hank d’ honorer son contrat.

Les coups dans le dos de la vie, de la Nature  toucheront si profondément Hank qu’il laisse tomber, il accepte la proposition qui lui est faite par le syndicat ; il est las de lutter,  Cependant sa chute sera si hypocritement et ironiquement saluée par les ouvriers, par la ville entière qu’il en tirera une grande force générée par sa grande faiblesse, parce que Hank a pris conscience que la force n’existe pas elle  n’est rien d’ autre qu’un degré de faiblesse.

Lee lui ne veut plus rester encore 12 ans sous l’ombre de son frère, si grande fut-elle. Le petit compagnon dans sa tête qui l’accompagne depuis toutes ces années ne sera pas écouté.



Cette saga familiale est portée par une écriture à la fois réaliste et poétique. Les descriptions de la Nature permettent une véritable imprégnation dans l’ atmosphère de la région. La rivière Wakanga est un élément et un lien essentiel à la vie de la région.
Tous les personnages sont psychologiquement bien étudiés.

C’est une excellente lecture qui reflète, je pense, la dure vie dans cette région car pour la connaître il faut « avoir passé un hiver » . Certains n’ont pas pu, pas su passer l’hiver.
C'est surtout une plongée dans les méandres des relations humaines.


Extraits

Y a peut-être des pères qui causent avec leur fils comme ça, mais le vieux Henry et moi, c'était pas notre genre. Il a fait autrement. Il m' a couché ça par écrit et il l'a accroché au mur de ma chambre. Le jour même de ma naissance, à ce qu'on m' a dit. Tout ça il m'a fallu un bon bout de temps avant de le comprendre. Seize ans. Et là encore c'est pas le paternel qui me l'a expliqué ; c'est sa femme, ma belle-mère.
la rivière, un personnage : la voir comme elle est, c'est déjà bien assez. Et la meilleure façon de la voir c'est pas de regarder derrière elle - ni en-deça ni au-delà - mais de la regarder en face. Et ne jamais oublier que ce qu'elle veut c'est tirer un bon profit.

"et ne pas être assez grand pour prendre sa place 'a privé de ma propre place, m' a laissé n'être plus personne. Moi, je voulais être quelqu'un, Viv, et il n'y avait apparemment qu'une seule façon d'y arriver...

Lee pense :  Hank oublie les paroles cachées derrière mes paroles, reste encore, continue de parler. C'est notre chance. C'est ma chance. Continue de parler assez pour confirmer l'amour ou la haine, assez pour que je sois sûr de l'un ou de l'autre. S'il te plait reste encore, reste encore...

Ce qui voulait dire reconquérir la fierté que j’avais troquée contre la pitié.
Ce qui voulait dire ne pas laisser ce salopard descendre cette putain de rivière sans moi, pas une fois de plus, pas cette fois-ci, même si nous devions nous noyer tous les deux.



mots-clés : #famille #social #psychologique
par Bédoulène
le Lun 21 Aoû - 13:52
 
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Arthur Schnitzler

Mademoiselle Else

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 Sm_cvt10
Oui admirable ..... mais surtout pour moi dérangeant : Schnitzler réussit avec grand talent( à travers son procédé littéraire qui consiste à écrire la pensée de son héroine) à exposer l'état névrotique grave de cette jeune jouvencelle ! On rentre dans le cheminement chaotique des émotions ambivalentes de celle ci : lucidité criante face aux fragilités familiales mêlée à des contradictions fortes concernant son attitude face à la gente masculine , conscience de cette monnaie d'échange dont elle est l'objet et qui "tue" son appartenance à cette famille qui la livre en pâture sans scrupules...... révoltée et flattée à la fois .....consciente du pouvoir de son pouvoir d'attraction sur les hommes et sachant en jouer avec volupté avec le sentiment de culpabilité qui découle de ce plaisir ......
C'est d'hystérie dont il s'agit dans ce portait (appelée aussi histrionie par la suite ) : le narcissisme maladif , la relation au père dans le schéma oedipien , la sexualité refoulée , le besoin constant d'attirer l'attention dans la théatralisation et se sentir le centre du monde , le mouvement tumultueux des émotions toujours dans les extrêmes ......
oui admirable .....bien que ce ne soit pas une vraie lecture plaisir .....
Néanmoins je pense que je ne résisterai pas à l'envie de découvrir Schnitzler à travers d'autres ouvrages .........

Commentaire rapatrié


mots-clés : #psychologique
#sexualité
par églantine
le Sam 19 Aoû - 22:08
 
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Sujet: Arthur Schnitzler
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Hermann Ungar

Mince, j'avais oublié que le fil existait déjà, occasion néanmoins pour en remettre une couche :

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 97829012
Enfants et meurtriers

quatrième de couverture a écrit: Salué dès sa parution en 1920 par Thomas Mann comme « l’aube d’un très grand talent » Enfants et meurtriers, premier livre d’Hermann Ungar, se compose de deux récits « Histoire d’un meurtre », description minutieuse de l’enfance d’un criminel, une enfance piétinée, sans amour où la solitude et la honte sont telles que l’assassinat seul l’apaise alors. « Un homme et une servante », le second récit, retrace la vie d’un orphelin humilié par sa condition, sa frustration sociale et sexuelle, sa relation obsessionnelle pour la servante de l’hospice et qui ne trouve d’issue que dans la cruauté et la mortification.

Ces deux textes antérieurs aux Mutilés, moins démonstrativement ignobles dans l'ensemble et plus facilement identifiables sont attachés à l'enfance. Une enfance où les frustrations et une violence sociale et humaine transforment ce qu'il pourrait y avoir d'amour en un refuge de haine et de méchanceté,  non sans quelques hésitations et questionnements. On peut aussi dire vengeance, et cruauté.

Si la lucidité de ces témoignages (il s'agit de témoignages-confessions des intéressés à la première personne) ne cherchant ni pardon et ni excuses ne rejettent pas le lecteur, si le "malin plaisir" de l'auteur à aller fouiller les recoins sombres de l'âme humaine (et à écrire des trucs potentiellement bien crades) ne l’écœure pas, c'est que son talent est déjà là. Progression des récits, détails, caractères et que la tension entre une lueur fragile et le besoin bestial de refuge dans un rapport de force sont parfaitement bien racontés et expliqués.

Un petit mot sur la deuxième nouvelle, Un homme et une servante, qui aborde en plus en sombre et désillusionné l'émigration en Amérique et un mélange d'ascension sociale et d'industrialisation. Un élargissement de l'horizon et une autre preuve de la sagacité de l'auteur...

Moins horrible que les Mutilés malgré des passages difficiles, une autre lecture marquante (ça fait réfléchir là où se crée le malaise) et encore un superbe petit livre de la Petite Bibliothèque Ombres...

mots-clés : #psychologique
par animal
le Ven 18 Aoû - 19:07
 
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Sujet: Hermann Ungar
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Ian McEwan

Expiation

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Briony, treize ans, aperçoit depuis sa fenêtre sa sœur qui se déshabille et qui plonge dans la fontaine. Son amie d’enfance regarde sa soeur, et Briony le regarde la regarder. Elle n’est pas certaine de comprendre ce qui se déroule. Mais la confusion, la transformation engendrée par cette scène la pousseront à commettre un crime.

Première fois que je lis un roman de Ian McEwan, et je suis frappée par son écriture qui réveille de lointains échos de psychologie cognitive : ce n’est pas une personne qui approche, mais une forme que le personnage interprète d’abord comme ceci, puis comme cela, jusqu’à comprendre : c’est une personne qui approche… et on change les points de vue, et la même scène est réécrite comme un ensemble différent de cognitions. J’ai trouvé marquant ce découpage de la pensée et de la sensation.

Si j’ai adoré le début, j’ai commencé à m’ennuyer vers le milieu : seconde guerre mondiale, on suit l’un des personnages, mobilisé en France. Je regrette un certain goût de déjà-lu sur toute cette section (un goût de déjà-lu que la fin justifie en partie, mais qui m’a tout de même embêtée). Mais le roman se raccroche à un récit à mon sens plus intéressant, du point de vue d’une infirmière, de l’arrivée des blessés de guerre à l’hôpital.

La fin laisse rêveur.

À lire vos commentaires, je serais bien tentée d’en emprunter un autre


mots-clés : #deuxiemeguerre #psychologique
par Baleine
le Lun 14 Aoû - 18:28
 
Rechercher dans: Écrivains européens de langues anglaise et gaéliques
Sujet: Ian McEwan
Réponses: 14
Vues: 592

Henning Mankell

Profondeurs

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 Profon10


Véritable "coup de coeur "pour moi : L'athmosphère si particulière de ces pays Nordiques nous ensorcelle et comme il est bon de s'y laisser aller (sachant qu'on peut en ressortir !)
Dans ce monde glacé , sombre , où les jours et les nuits semblent se ressembler ,au début de la première guerre mondiale , le capitaine LTS part en mission pour fonder les fonds de la mer Baltique et approfondir les connaissances des voies maritimes .
D'emblée ,ce qui se dégage de ce personnage c'est cette obsession du contrôle : des distances , des mesures , des profondeurs , des relations humaines ....... Toute sa vie ne semble avoir de sens que dans cette volonté névrotique de tout maîtriser : Très vite l'auteur nous laisse deviner qu'une enfance douloureuse dans la relation avec son père est à l'origine de la construction de cette personnalité inquiétante , dénuée de sentiments donnant accès à des comportements étranges , sans affect la plupart du temps, avec quelquefois des réactions démesurées  face à la circonstance ( à un moment il gifle l'un des marins sous ses ordres ne supportant de le voir "la morve au nez" ..... conscient de son geste inconsidéré malgré tout il se justifiera en disant que l'homme en question "ne travaillait pas correctement ")
La rencontre avec une femme sur une petite île alors qu'il est mission sur la Baltique ouvre une brèche en lui qui dès lors ne va cesser de s'agrandir jusqu'à devenir le véritable gouffre abyssal qu'il recherche depuis toujours : la folie s'empare de lui, ses mensonges creuseront sa tombe ............acculé à aller au bout de lui -même , devenant de plus en plus monstrueux , seule la mort le délivrera de cette prison intérieure ; une phrase clé dans le roman :
"mais la distance ne comptait pas , seule la proximité avait un sens "

: il avait passé sa vie à mesurer les distances , la notion de proximité n'existait pas pour lui .........Besoin de se couper de ce père avec lequel les relations furent douloureuses , il était devenu un être , insensible , mécanique , cassant et enfermé dans son monde au bord de la psychose ..
Je n'ai pas pu m'extirper de ma lecture , prise dans les filets de cette écriture magique .........

Com rapatrié


mots-clés : #psychologique
par églantine
le Mer 9 Aoû - 0:12
 
Rechercher dans: Écrivains de Scandinavie
Sujet: Henning Mankell
Réponses: 28
Vues: 1779

Yukio Mishima

Puisqu'on parle de lui sur le fil Kawabata, il mérite bien son fil. Un homme aux multiples visages, qui a marqué beaucoup de monde avec son suicide spectaculaire.
Mais c'est surtout un immense écrivain, dont je m'attèle à lire l'oeuvre complète, du moins ce qui nous a été traduit.

J'ai commencé par son recueil de nouvelles Pèlerinage aux trois montagnes, que j'avais trouvé tout bonnement génial. Puis, j'ai lu presque tout ce que j'ai pu trouver.

Un peu de récup pour commencer : (je n'ai pas encore lu La mer de la fertilité, mais les deux romans ci-dessous méritent d'être ses plus connus, à mon goût tant ils sont forts).  

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 51rvez10

Le pavillon d'or:


C'est une lecture forte, qui marque le lecteur que je suis.
Mais j'ai bien du mal à en parler.
Car j'ai le sentiment de ne pouvoir mettre des mots sur les émotions, et qu'également des choses m'échappent.
Bien que l'on dise que Mishima a un côté occidental, et plus facilement accessible pour nous que d'autres écrivains japonais, je suis persuadé que ce chef-d'oeuvre est difficilement compréhensible.
De par la philosophie orientale (Bouddhisme zen et shinto) qui embrasse le récit.
On peut voir plein d'explications pour tenter d'expliquer les motivations du personnage central, mais pourtant il m'est à penser qu'il demeure de l'inexplicable.

C'est un roman esthétique, philosophique, graphique, poétique, haletant, voire oppressant.
Comment comprendre la relation de Mishima à la Beauté? Le caractère éphémère de son paroxysme?

Parti d'un fait divers, Mishima a fait très fort avec ce roman. Son écriture est sublime, et le message très complexe.
L'histoire du chat qui vient dans un monastère est répétée plusieurs fois, et est totalement déroutante. C'est ici je crois que la difficulté se pose.

Sinon plus personnellement, j'ai pris plaisir à retourner virtuellement dans Kyoto, Mishima dépeint à la perfection tous ces lieux magiques, tous ces temples qui parsèment l'ancienne cité impériale.






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Confession d'un masque:


Premier succès de Mishima, un roman de jeunesse, mais qui plante le décor pour les suivants. Un personnage central en proie aux troubles de l'âme, torturé. Ici, le thème central est l'homosexualité refoulée, qui rejaillit toujours en dépit des efforts pour correspondre à la norme.
A contrario de ce que j'ai pu lire sur le fil, il y a bien une histoire dans ce roman, avec des chapitres, des personnages, etc.
Si le style est plus ou moins fluide, il n'est pas si aisé de progresser, et de suivre la pensée de l'auteur, qui derrière le personnage central, nous livre peu ou prou une autobiographie.
C'est parfois déroutant, et effrayant, cette fascination pour le corps des jeunes éphèbes, et surtout ce fantasme de leur mise à mort sanguinolente.
Le personnage arbore également un masque face à la guerre, qu'il occulte autant que possible, se réfugiant dans la routine, et parfois la retrouve, et tout ce qu'il souhaite alors, c'est mourir, qu'un bombardement ne le délivre de ses souffrances.

Tag psychologique sur Des Choses à lire - Page 4 Mishim11


mots-clés : #identitesexuelle #psychologique
par Arturo
le Mar 8 Aoû - 16:41
 
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Sujet: Yukio Mishima
Réponses: 19
Vues: 843

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